<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><FictionBook xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0" xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink"><description><title-info><genre>antique</genre><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><book-title>GE 20-Tuyau-Zwingli</book-title><coverpage><image l:href="#cover"/></coverpage><lang>ru</lang><keywords>antique</keywords></title-info><document-info><author><first-name/><last-name>Larousse</last-name></author><program-used>calibre 3.44.0, fb2cut 2.5.4, fb2cut 2.6.2</program-used><date>16.8.2020</date><id>1d6f9ded-d73e-4a28-bbe8-8746e3d3cd44</id><version>1.0</version></document-info><publish-info><year>0101</year></publish-info></description><body><section><empty-line/><empty-line/><p>*Titre : *La Grande encyclop�die. 20, Tuyau-Zwingli / Larousse</p><p>*Auteur : *Larousse</p><p>*�diteur : *Larousse (Paris)</p><p>*Date d'�dition : *1976</p><p>*Type : *monographie imprim�e</p><p>*Langue : * Fran�ais</p><p>*Format : *P. 12249-12931 : ill. en noir et en coul. ; 30 cm</p><p>*Format : *application/pdf</p><p>*Droits : *domaine public</p><p>*Identifiant : * ark:/12148/bpt6k1200531x</p><p>*Identifiant : *ISBN 2030009202</p><p>*Source : *Larousse, 2012-129459</p><p>*Relation : *Notice d'ensemble :</p><p>http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb342941967</p><p>*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34698107f</p><p>*Provenance : *bnf.fr</p><p>Le texte affich� comporte un certain nombre d'erreurs.</p><p>En effet, le mode texte de ce document a �t� g�n�r� de fa�on automatique par un programme de reconnaissance optique de caract�res (OCR). Le taux de reconnaissance obtenu pour ce document est de 100 %.</p><p>downloadModeText.vue.download 1 sur 635</p><p><strong>Volume 20</strong></p><p>Cet ouvrage est paru � l�origine aux �ditions Larousse en 1976 ; sa num�risation a �t� r�alis�e avec le soutien du CNL. Cette �dition num�rique a �t� sp�cialement recompos�e par les �ditions Larousse dans le cadre d�une collaboration avec la BnF</p><p>pour la biblioth�que num�rique Gallica.</p><p>downloadModeText.vue.download 2 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11213</p><p>tuyau sonore</p><p>Instrument o� le son est �mis par la vibration d�une colonne d�air. Cette colonne d�air, limit�e par un tube de bois, de m�tal..., est mise en vibration,</p><p>dans les instruments � vent, par une embouchure fix�e � l�une des extr�mi-t�s du tube, � travers laquelle on force l�air � passer.</p><p>On peut donc classer les tuyaux sonores suivant la forme du tube limitant la colonne d�air qui vibre et suivant la nature de leur embouchure. �ventuellement, il faudra pr�ciser les conditions impos�es � l�extr�mit� du tube oppos�e � l�embouchure, extr�mit� qui peut �tre ouverte ou ferm�e. Par exemple, le hautbois est un tuyau conique � anche ouvert � son extr�mit�, tandis qu�un</p><p>� bourdon � d�orgue est un tuyau cylindrique � embouchure de fl�te ferm� � son extr�mit�.</p><p>L��tude des tuyaux sonores peut</p><p>donc se faire en trois �tapes. La premi�re consiste � rechercher quels sont les modes propres de vibration de la colonne d�air � l�int�rieur des tuyaux.</p><p>La seconde � d�crire les diff�rentes embouchures que l�on utilise et la mani�re dont elles fonctionnent. Il faut enfin rechercher comment va se comporter l�assemblage embouchure-colonne d�air dans l�ensemble constituant le tuyau complet.</p><p>Vibrations propres</p><p>des colonnes d�air</p><p>Comme les cordes* vibrantes, les colonnes d�air poss�dent des modes de vibration propres qui correspondent � toutes les ondes* stationnaires dont elles peuvent �tre le si�ge. Les sons que la colonne �met lorsqu�elle vibre suivant ses modes propres seront, de la m�me mani�re, appel�s ses � partiels �. Les seuls cas int�ressants, couvrant pratiquement tous ceux qui sont rencontr�s dans les instruments � vent, correspondent � des colonnes d�air limit�es par des tubes cylindriques ou coniques, ouverts aux deux extr�mi-t�s ou ferm�s � l�une d�entre elles. On peut exciter facilement ces partiels par r�sonance, en pla�ant � proximit� d�un orifice ouvert du tube un haut-parleur aliment� par un oscillateur � fr�quence variable. Chaque fois que la fr�quence de l�oscillateur co�ncide avec celle d�un partiel, on en est averti par un renforcement du son d� au fait que la</p><p>colonne d�air entre en r�sonance.</p><p>Colonne d�air limit�e par un tube cylindrique</p><p>La r�gle est alors la suivante : les ondes stationnaires qui peuvent s��tablir dans la colonne d�air emplissant un tel tube pr�sentent un ventre de vibration � toute extr�mit� ouverte, un noeud de vibration � toute extr�mit� ferm�e.</p><p>La figure 1 repr�sente la r�partition des noeuds et des ventres de vibration pour les trois premiers modes d�une colonne d�air ouverte aux deux bouts.</p><p>La distance entre deux ventres cons�-</p><p>cutifs �tant �gale � une demi-longueur d�onde la longueur L de la colonne d�air est donc �gale � un multiple entier k de demi-longueurs d�onde, l�entier k rep�rant le num�ro du mode ou encore le rang du partiel. Comme la longueur d�onde est mesur�e par le rapport de la vitesse du son dans l�air V � la fr�-</p><p>quence N du son �mis, on peut �crire : Nk �tant la fr�quence du partiel de rang k. D�o� :</p><p>On voit donc que les fr�quences des partiels successifs sont des multiples entiers de la fr�quence fondamentale N1 = V / 2L. Ils forment par suite une s�rie harmonique compl�te.</p><p>Dans le cas o� le tuyau est ferm� � une extr�mit�, on v�rifie ais�ment (fig. 2) que la longueur de la colonne d�air repr�sente un multiple impair de quarts de longueur d�onde, et que la fr�quence du partiel de rang k s�exprime par :</p><p>Les partiels forment encore une s�rie harmonique, mais qui ne comprend</p><p>que les harmoniques impairs d�un fondamental de fr�quence N1 = V / 4L, � l�octave grave du fondamental de la colonne cylindrique de m�me longueur ouverte aux deux extr�mit�s.</p><p>On dit des tuyaux cylindriques</p><p>ouverts aux deux bouts qu�ils � octavient �, parce que leur deuxi�me partiel est � l�octave aigu� du premier ; des tuyaux cylindriques ferm�s � une extr�mit�, qu�ils � quintoient �, parce que leur deuxi�me partiel est � la douzi�me aigu� du premier, c�est-�-dire � une octave plus une quinte.</p><p>Les lois pr�c�dentes (lois de Bernoulli*) sont en r�alit� approch�es.</p><p>Elles sont d�autant mieux v�rifi�es que les dimensions lat�rales du tube sont plus faibles par rapport � sa longueur.</p><p>En fait, on observe toujours que la fr�-</p><p>quence du premier partiel est inf�rieure � celle qu�on peut calculer d�apr�s les formules pr�c�dentes. Tout se passe donc comme si la longueur � apparente � du tube, celle qu�il faudrait introduire dans les formules de Bernoulli pour avoir la fr�quence correcte du premier partiel, �tait sup�rieure � la longueur vraie du tube. Donc comme si les ventres de vibration aux extr�mit�s ouvertes du tube �taient un peu en dehors de ces extr�mit�s. Cette � correction aux extr�mit�s � ne peut d�ailleurs que diminuer quand le rang du partiel augmente, puisqu�on ne peut avoir de noeud de vibration � l�ext�rieur du tube.</p><p>En cons�quence, non seulement le premier partiel est plus grave que celui qu�on peut d�duire brutalement des formules de Bernoulli, mais la s�rie des partiels ne peut former rigoureusement une suite harmonique, les partiels successifs �tant un peu plus aigus que les harmoniques du premier partiel. Les lois et formules de Bernoulli ne sont donc qu�approch�es, mais d�autant mieux que le diam�tre du tube est plus faible par rapport � sa longueur.</p><p>Colonne d�air limit�e par un tube conique</p><p>Le probl�me est dans ce cas plus compliqu� parce que les ondes stationnaires qui peuvent s��tablir ne sont plus des ondes planes. Par ailleurs, les colonnes d�air � l�int�rieur des instruments � vent dits � coniques �</p><p>sont plut�t tronconiques (il faut bien couper le c�ne pr�s du sommet pour y fixer l�embouchure). On peut alors montrer que les partiels d�une colonne d�air limit�e par un tube tronconique ouvert aux deux bouts sont les m�mes que ceux d�une colonne d�air limit�e par un tube cylindrique ouvert aux deux extr�mit�s, de longueur �gale � celle d�une g�n�ratrice du tronc de c�ne, c�est-�-dire un fondamental de fr�quence N1 = V / 2L et la suite harmonique compl�te.</p><p>Il en est de m�me pour un tube tronconique ouvert au bout large et ferm� au bout �troit, la loi dans ce dernier cas n��tant qu�approch�e et d�autant mieux satisfaite que le bout �troit est plus pr�s du sommet du c�ne.</p><p>Embouchures</p><p>Elles sont essentiellement de deux types, les embouchures de fl�te et les embouchures � anche.</p><p>La figure 3 montre la coupe d�un</p><p>tuyau d�orgue en bois � embouchure de fl�te. L�air, insuffl� par le porte-vent P, p�n�tre dans la bo�te � vent V. Il en ressort par une fente �troite L, appel�e lumi�re, sous forme d�une lame mince d�air qui rencontre le biseau B, d�ar�te parall�le � la lumi�re, m�nag� dans la paroi lat�rale du tuyau. La rencontre de la lame d�air issue de la lumi�re avec l�ar�te mince du biseau provoque l��mission d�un son, dit</p><p>� son de biseau �, de fr�quence �lev�e, beaucoup plus �lev�e que le fondamental du tuyau auquel l�embouchure est associ�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 3 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11214</p><p>Dans la fl�te � bec, on retrouve les m�mes �l�ments. Il suffit, comme pour le tuyau d�orgue, de souffler dans le bec de l�instrument pour faire sortir le son. Mais dans beaucoup d�instruments, tels que la fl�te traversi�re et pratiquement toutes les fl�tes l�gu�es par le folklore mondial (fl�te de Pan, kh�na...), l�embouchure est pour une partie constitu�e par la bouche m�me de l�ex�cutant, la lumi�re �tant form�e par l��troit espace entre ses deux l�vres, le biseau �tant une ar�te plus ou moins vive m�nag�e dans le tube formant le corps de l�instrument. Il n�est plus ici simplement question de souffler dans l�instrument pour �mettre un son. La position des l�vres par rapport au biseau et leur �cartement doivent �tre r�gl�s par l�instrumentiste lui-m�me.</p><p>Les embouchures � anche associ�es aux tuyaux sonores sont toujours du type � anche battante. Nous prenons</p><p>comme exemple une embouchure � anche d�orgue (fig. 4). Elle est constitu�e par une languette mince m�tallique � l�anche proprement dite �, l�g�rement courb�e, fix�e sur une goutti�re creuse encastr�e dans la bo�te � vent, l�anche fermant compl�tement la goutti�re quand on l�y applique. Une rasette, gros fil m�tallique recourb�, permet de limiter la partie de l�anche susceptible de vibrer. Lorsque l�air passe entre l�anche et la goutti�re, l�anche se rabat vers la goutti�re, de m�me qu�une porte se referme sous l�effet d�un courant d�air. L��lasticit� de l�anche est telle que, le courant d�air �tant alors pratiquement interrompu, elle tende � se redresser, et le processus recommence. Les interruptions p�riodiques de l�air sous l�effet des battements de l�anche provoquent l��mission d�un son (son d�anche) dont la fr�quence d�pend de la pression du</p><p>� vent � et de la longueur de l�anche qui bat, longueur que la rasette permet de r�gler.</p><p>Dans les instruments � vent o� l�air est fourni par les poumons de l�ex�cutant, l�anche peut �tre simple comme dans la clarinette. C�est alors une languette de roseau fix�e sur le bec de l�instrument que pincent plus ou moins les l�vres de l�instrumentiste. Elle peut �tre double comme dans le hautbois, chacune des deux languettes de roseau qui la constituent battant l�une contre l�autre. Dans les instruments comme le cor, le trombone, l�anche double est constitu�e par les deux l�vres de l�ex�cutant qui s�appuient sur les bords d�une petite coupole � bords arrondis, le � bassin �, adapt�e � l�embouchure de l�instrument.</p><p>Les instruments � vent</p><p>Ils constituent un tuyau sonore complet comprenant la colonne d�air limit�e par le tuyau et son syst�me excita-teur, l�embouchure. Nous avons d�j� signal�, � propos des embouchures de fl�te, que les fr�quences propres de ces deux syst�mes �taient fort diff�rentes.</p><p>Or, ils sont fortement coupl�s l�un � l�autre et la question est de savoir lequel des deux va imposer ses vibrations � l�autre. Dans le cas des tuyaux � embouchure de fl�te, on constate que le tuyau l�emporte sur l�embouchure</p><p>et impose ses fr�quences propres aux vibrations de l�air au voisinage du biseau. On observe en effet que tout tuyau � embouchure de fl�te a, � tr�s peu pr�s, la m�me s�rie de partiels que la colonne d�air qu�il d�limite, embouchure retir�e. Cela revient � dire que, dans un tuyau � embouchure de fl�te, il existe approximativement un ventre de vibration au voisinage de l�embouchure. La fr�quence du son �mis par un tuyau � embouchure de fl�te ne d�pendra donc, en premi�re approximation, que de la longueur du tuyau et du fait qu�il est ouvert ou ferm� � l�extr�mit� oppos�e � l�embouchure.</p><p>Le timbre, lui, d�pendra beaucoup de la � taille � du tuyau, c�est-�-dire du rapport des dimensions lat�rales et longitudinales du tuyau. Puisque plus ce rapport est grand, plus la s�rie des partiels diff�re d�une s�rie harmonique, les tuyaux de menue taille auront un timbre plus cors� que ceux de grande taille. En effet, lorsque le tuyau est aliment� en vent pour sonner le fondamental, le son qu�il �met est p�riodique, donc form� par la superposition de sons purs dont les fr�quences sont rigoureusement harmoniques du son fondamental. Il comportera d�autant plus d�harmoniques de rang �lev� que la s�rie de ses partiels sera plus voisine des harmoniques du fondamental. Les jeux d�orgue de petite taille (au sens pr�c�dent du terme, il ne s�agit pas de la longueur du tuyau) comme ceux de violon, gambe... ont pour cette raison un timbre nettement plus riche que les jeux de la famille des fl�tes (fl�te, tibia, portunal...), qui sont des jeux de grande taille et ne sonnent gu�re que le fondamental.</p><p>Dans le cas des tuyaux dont l�em-</p><p>bouchure est munie d�une anche, le probl�me du couplage anche-tuyau est beaucoup plus complexe. Dans certains jeux d�orgue comme celui de trompette, c�est l�anche, tr�s raide, aliment�e � forte pression d�air, qui impose sa fr�quence, le tuyau n�ayant pour r�le que de renforcer, par r�sonance, certains harmoniques du fondamental.</p><p>Dans les instruments � vent � anches de roseau, tels que le hautbois, la clarinette..., tuyau et anche s�accommodent, gr�ce � l�intervention de l�ex�cutant,</p><p>sur les modes propres du tuyau, la condition � l�embouchure �tant qu�il existe approximativement un noeud de vibration au voisinage de l�anche. En cons�quence, la clarinette, dont le tube est cylindrique, quintoie, alors que le hautbois, conique, octavie.</p><p>Dans les instruments � anche lippale comme le cor, l�ex�cutant est dans une large mesure ma�tre du son qu�il veut �mettre en modifiant la pression des l�vres sur le bassin, leur �cartement, etc.</p><p>Dans le cas de l�orgue, un tuyau</p><p>n��met qu�une seule note, et l�on ne peut jouer une m�lodie qu�en alimentant successivement les tuyaux correspondant � chacune des notes de cette m�lodie. Le probl�me est tout autre pour les instruments � vent de l�orchestre, o� il faut pouvoir �mettre plusieurs notes avec le m�me tuyau, donc pouvoir modifier instantan�ment sa longueur. Cela peut �tre obtenu soit en d�bouchant un trou dans la paroi du tuyau, ce qui a pour effet de ramener le ventre de vibration de l�extr�mit� du tuyau non pas au niveau exact du trou, mais � son voisinage et augmente ainsi la fr�quence de la note �mise (c�est le cas pour la fl�te, la clarinette, le hautbois, le basson, etc.) ; soit en faisant varier la longueur de mani�re continue au moyen d�une coulisse, le cas, unique, �tant celui du trombone ; soit enfin en la faisant varier de mani�re discontinue comme dans les instruments � pistons.</p><p>P. M.</p><p>Tvardovski</p><p>(Aleksandr</p><p>Trifonovitch)</p><p>Po�te russe (Zagorie 1910 - Krasna�a-Pakhra, pr�s de Moscou, 1971).</p><p>Fils d�un forgeron instruit et f�ru de po�sie, Aleksandr Tvardovski a v�cu jusqu�� l��ge de dix-huit ans dans son village natal de Zagorie, dans la r�gion de Smolensk. Tout enfant, il compose d�j� des vers qui ne doivent rien � la po�sie moderne et se rattachent � la tradition po�tique du XIXe s. et du folklore.</p><p>D�s l��ge de quatorze ans, il collabore</p><p>en qualit� de � correspondant rural �</p><p>(selkor) aux journaux de Smolensk, o� il est accueilli et encourag� par son a�n�, le po�te Mikha�l Vassilievitch Issakovski (1900-1973), qui traite de sujets ruraux en s�inspirant des formes de la chanson populaire. Un premier s�jour � Moscou, o� la revue Oktiabr a publi� quelques-uns de ses po�mes, ne lui permet pas de percer. Il revient � Smolensk, o� il commence � l��cole normale des �tudes qu�il ach�ve � Moscou, � l�Institut de philosophie, litt�rature et art (MIFLI) [1936-1939].</p><p>Membre de l�organisation locale</p><p>de la jeunesse communiste (Komso-</p><p>mol), engag�, avec sa g�n�ration, dans la transformation socialiste des campagnes, en particulier au moment de la collectivisation (1930-1932), Tvardovski consacre � ce sujet ses deux premi�res oeuvres de longue haleine, le po�me Pout k sotsializmou (la Voie du socialisme, 1931), description d�un kolkhoze qui porte ce nom, �crite en vers libres et dans un langage d�lib�r�-</p><p>ment � d�po�tis� �, pauvre en images et abondant en prosa�smes, et Vstouplenie (l�Introduction, 1933), o� il s�efforce de reconstituer une forme po�tique spontan�e et populaire � partir d��l�-</p><p>ments rythmiques emprunt�s aux proverbes et aux dictons. La c�l�brit� lui vient avec un troisi�me po�me, Strana Mouravia (le Pays des merveilles, downloadModeText.vue.download 4 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11215</p><p>1936), qui obtiendra en 1941 le prix Staline. Il y cr�e, � partir du motif folklorique de la qu�te d�un pays de r�ves, un personnage de paysan mi-r�el, mi-l�gendaire, Nikita Morgounok, qui, au terme de sa qu�te, trouve le bonheur dans un kolkhoze.</p><p>Il revient ici aux formes rythmiques traditionnelles de la po�sie et de la chanson, qu�il renouvelle cependant par la vari�t� et la libert� de ses intona-tions narratives, et par la saveur d�une langue populaire riche et drue.</p><p>Appel� dans l�arm�e rouge en 1939, Tvardovski participe en qualit� de cor-</p><p>respondant de guerre � l�occupation de la Pologne orientale, puis � la guerre russo-finlandaise, et enfin � la Seconde Guerre mondiale. Il cr�e alors, dans un feuilleton en vers publi� dans la presse de 1942 � 1945 (Vassili Terkine. Kniga pro bo�tsa [Vassili Terkine. Le livre du combattant]), le personnage de Vassili Terkine, type du simple soldat, c�est-</p><p>�-dire de l�homme du peuple incarnant les qualit�s nationales d�astuce, de bonne humeur, d�endurance et de courage tranquille, pouss� s�il le faut jusqu�� l�h�ro�sme : c�est l�oeuvre la plus populaire de la litt�rature de guerre, et peut-�tre m�me de toute la litt�rature sovi�tique.</p><p>Au lendemain de la guerre, le po�me Dom ou dorogui (la Maison au bord de la route, 1946) d�crit celle-ci sous son aspect de trag�die nationale. Il t�moigne d�un approfondissement lyrique et philosophique de l�inspiration de Tvardovski et de son m�tier po�-</p><p>tique. Cette �volution se confirme dans le po�me Za daliou-dal (Lointains sans limites), commenc� en 1953, achev� et publi� en 1960, � la faveur du d�gel : le th�me du voyage dans l�espace et dans le temps y sert de fil conducteur � une m�ditation sur les destin�es de la nation � la lumi�re de la grande crise morale de la d�stalinisation : Staline y est d�crit comme un sinistre despote oriental. La critique du stalinisme lui inspire d�s 1954 une suite satirique � Vassili Terkine, Vassili Terkine na tom svete (Vassili Terkine dans l�autre monde), publi�e en 1963, qui donne � l�enfer o� �choue le h�ros les apparences d�un fantastique labyrinthe bureaucratique �voquant l�univers stalinien. La veine lyrique et r�flexive reprend ses droits dans les deux derniers recueils, Stikhi iz zapisno� knijki (Vers tir�s d�un carnet, 1961) et Iz liriki etykh let (Choix de po�sies de ces derni�res ann�es, 1967).</p><p>R�dacteur en chef de la revue Novy� Mir de 1950 � 1954, Tvardovski y</p><p>publie d�s avant la mort de Staline des oeuvres (telles que les chroniques rurales de V. V. Ovetchkine) qui</p><p>anticipent sur la litt�rature du d�gel.</p><p>Revenu � sa t�te en 1958, il utilise sa popularit� et la confiance dont il jouit aupr�s de certains dirigeants du parti (il est d�sign� en 1961 comme candi-</p><p>dat au Comit� central) pour soutenir des critiques tels que V. I. Lakchine, Siniavski, Igor Vinogradov et des �crivains tels que V. P. Nekrassov, B. A. Moja�ev, V. V. Bykov et surtout Soljenitsyne*, qui d�fendent ou incarnent l�id�al d�une litt�rature lucide et libre, profond�ment engag�e dans une critique impitoyable du stalinisme et de ses s�quelles et jouant par l� le r�le d�une conscience sociale.</p><p>Priv� en 1964 de son principal appui politique par la chute de Khrouchtchev, et affaibli par la maladie, il continue n�anmoins, au milieu de critiques et de pressions de plus en plus insistantes, � faire de Novy� Mir le bastion des id�es lib�rales, mais il sera contraint de d�-</p><p>missionner peu avant sa mort, en 1970.</p><p>M. A.</p><p>&amp; A. M. Tourkov, Aleksandr Tvardovski (en russe, Moscou, 1960 ; nouv. �d., 1970). /</p><p>P. F. Rochtchin, Aleksandr Tvardovski (en russe, Moscou, 1966).</p><p>Twain (Mark)</p><p>Pseudonyme de SAMUEL LANGHORNE</p><p>CLEMENS, �crivain am�ricain (Florida, Missouri, 1835 - Redding, Connecticut, 1910).</p><p>Longtemps consid�r� comme un</p><p>vulgaire humoriste et un conteur pour enfants, Mark Twain appara�t au XXe s.</p><p>comme l�un des plus grands �crivains am�ricains. Depuis 1920, son influence a marqu� la plupart des romanciers am�ricains, qui voient dans les Aventures d�Huckleberry Finn (1884) le premier roman v�ritablement am�-</p><p>ricain. Hemingway �crit : � Toute la litt�rature am�ricaine moderne descend d�un livre de Mark Twain intitul� Huckleberry Finn. C�est le meilleur livre que nous ayons eu. Tout ce qui s�est �crit en Am�rique vient de l�. �</p><p>Cette influence de Mark Twain se</p><p>marque sur deux plans principaux : celui du style et celui du sujet. Il arrache la litt�rature am�ricaine � l�Europe. Avant lui, l��crivain am�ricain transcrivait en rh�torique anglaise.</p><p>Twain, lui, exploite les ressources de la langue populaire et des patois de l�Ouest pour cr�er un style parl� dont le rythme et les structures sont ceux du</p><p>conteur populaire oral. �tranger aux coteries litt�raires de l�Est, cet outsider du Far West lib�re la prose am�ricaine des contraintes rh�toriques et la ram�ne � la parole directe et concr�te, source vive de la litt�rature. � Mark Twain, �crit T. S. Eliot, a d�couvert une nouvelle mani�re d��crire. Il faut le placer avec Dryden et Swift parmi les �crivains qui ont renouvel� la langue et donn� un sens nouveau aux mots de la tribu. �</p><p>Cette qualit� vient des origines</p><p>populaires de Twain. Ce n�est pas un</p><p>� homme de lettres �. Marinier, chercheur d�or, reporter, c�est un homme du peuple qui sort le roman de la tour d�ivoire des salons de Boston et ouvre la litt�rature au grand vent d�ouest. Il a peu de culture et pas de bon go�t.</p><p>Mais il donne � voir l�Am�rique avec ses personnages pittoresques et ses immenses paysages. Twain est grand parce que l�Am�rique est grande, brutale, crue, et qu�il la montre tout en-ti�re dans son grand mouvement vers l�ouest, avec cette force, cette violence et cet humour qui marquent l�Am�-</p><p>rique de la fin du XIXe s.</p><p>Samuel L. Clemens est n� dans</p><p>l�Ouest, sur la � Frontier �, en 1835, dans un hameau perdu sur un affluent du Mississippi, la Rivi�re sal�e. En 1839, son p�re, �picier mythomane, s�installe � Hannibal (Missouri), sur les bords du Mississippi ; Twain y vit de quatre � douze ans : il en transpose les d�cors et les personnages dans Huck Finn et Tom Sawyer. Dans ce village de l�Ouest, on laboure le fusil sur l��paule.</p><p>Si Huck se met si facilement hors la loi, c�est qu�il vit dans un monde de violence, de lynchage et d�esclavage.</p><p>Soumis � l��ducation puritaine d�une m�re ambitieuse, Clemens restera toute sa vie d�chir� entre ses go�ts anarchistes et ses aspirations mondaines.</p><p>Le choix d�un pseudonyme trahit chez lui un d�chirement presque n�vrotique.</p><p>� douze ans, � la mort de son p�re, il devient apprenti chez un imprimeur.</p><p>Typographe, il bourlingue de dix-huit � vingt ans entre New York et Saint Louis, Philadelphie et Washington.</p><p>Il publie ses premiers articles sous le pseudonyme de � Snodgrass �, dans le Californian de l�humoriste Bret Harte.</p><p>En 1857, il devient apprenti, puis pilote d�un des bateaux � aubes du Mississippi. Dans Life on the Mississippi (Vie sur le Mississippi, 1883), il raconte cette vie libre, haute en couleurs : de Saint Louis � La Nouvelle-Orl�ans, quatre mille kilom�tres parmi les �cueils, les brouillards, les escrocs. Sa nostalgie de ce m�tier libre est si profonde que Clemens choisit pour pseudonyme ce cri de marinier : � Mark twain ! � (� Deux brasses de fond ! �) Toute sa vie, le Mississippi sera pour Twain le symbole de la libert�.</p><p>En 1861, la guerre de S�cession</p><p>interrompt la navigation sur le Mississippi, voie de transport naturelle entre Nord et Sud. Clemens file au Far West, en Californie, puis au Nevada comme chercheur d�or. Dans Roughing it (Mes folles ann�es, 1872), il racontera sa ru�e vers l�or. Cette vie sans femme, cette vie de violence, de vols, d�espoirs et de d�couragements fous puisait son antidote dans un humour particulier : l�humour de l�Ouest. Humour sauvage, cruel et burlesque qui cache la trag�die et rit d�une balle perdue qui se trompe de victime. Humour dont la source n�est pas la joie, mais la peur d�avoir peur. Le � comique � est un personnage traditionnel de l�Ouest, que le</p><p>� western � perp�tue. Mauvais chercheur d�or, Clemens se fit une r�putation de conteur. Bret Harte l�encourage. Le 18 novembre 1865, il publie dans Saturday Post son premier conte folklorique du Far West, la Fameuse Grenouille sauteuse de Calaveras. En 1867, il rassemble ces contes en un premier volume : The Celebrated Jum-ping Frog of Calaveras County, and Other Sketches.</p><p>Mieux fait pour raconter l�aventure que pour la vivre, il vient � New York et se lance dans une carri�re de reporter et d�humoriste. Reporter en Europe, il r�unit ses articles en un volume, The Innocents abroad (les Innocents � l��tranger, 1869), o� ce Candide am�ricain ridiculise l�Europe. Avec un sens aigu du � show business �, ce com�dien-n� lance ses livres avec des conf�rences � succ�s. Devant un public fascin� par la conqu�te de l�Ouest, il exploite le r�gionalisme, fondement du nouveau r�alisme am�ricain. Son g�nie</p><p>extraverti ressemble � celui de Balzac ou de Dickens, avec cette m�me pointe d�hyst�rie et d�angoisse. Clemens n�est lui-m�me que sous l�histrionie de Twain. Mais il souffre de son r�le de comique. Il veut joindre au succ�s financier la reconnaissance sociale. Il �pouse en 1870 une bourgeoise an�-</p><p>mique, distingu�e et prude, Olivia Langdon, qui surveille ses mani�res, expurge ses manuscrits des � gros mots � et castre son g�nie r�aliste sans que Twain se d�fende. Car on retrouve chez lui, � un paroxysme, ce d�chirement si typique de la litt�rature am�ricaine entre l�esprit picaresque et anarchiste des pionniers et le temp�rament aust�re et inquiet des puritains.</p><p>downloadModeText.vue.download 5 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11216</p><p>D�chir� entre sa vocation d�artiste et ses ambitions mondaines, Mark Twain exploite sa nostalgie de l�Ouest pour devenir un bourgeois de l�Est. Cet �crivain sans imagination emprunte beaucoup � ses souvenirs. Roughing it (1872) a tous les ingr�dients du picaresque : d�un ton tant�t h�bleur, tant�t m�lodramatique, il m�le folklore, humour et descriptions r�alistes.</p><p>Emprunt� aussi � ses souvenirs, The Gilded Age (l��ge dor�, 1873), en d�rivant de l�Est � l�Ouest, devient une satire politique de la corruption, de la sp�culation. En 1875, il raconte ses souvenirs de pilote dans des feuilletons, qui forment la base d�un de ses meilleurs livres : Life on the Mississippi (1883). Le r�alisme se double de po�sie dans ce livre d�initiation, o� s�opposent le r�ve et la r�alit�, le pass� et le pr�sent.</p><p>En 1876, il publie son best-sel-</p><p>ler, le roman probablement le plus lu en Am�rique : les Aventures de Tom Sawyer. Il met en sc�ne des enfants qui, en jouant, assistent � un meurtre. Un innocent est arr�t�. Les jeux d�enfants tournent alors � la r�volte contre des adultes ridicules et incapables : seuls les enfants d�masquent le coupable. Le th�me est d�j� celui de la sup�riorit� de l�innocence sur l�exp�rience adulte.</p><p>Il sera repris et d�velopp� dans Huck</p><p>Finn. Mais, � partir de 1875, Clemens multiplie les oeuvres alimentaires pour mener grand train de vie. Il se fait construire un ch�teau dans le Connecticut. Il se jette dans les affaires, finance une machine � vapeur, un g�n�rateur �lectrique, une presse � imprimer, une maison d��dition. Il voyage en Europe, rencontre le kaiser et le pape.</p><p>En 1880, A Tramp abroad raconte ses nouvelles aventures europ�ennes. La m�me ann�e, il publie, sous le manteau, un livre scabreux, 1601. En 1882, The Prince and the Pauper (le Prince et le pauvre), variations humoristiques et satiriques sur le th�me � le roi est nu �, raconte les aventures imaginaires de Tom Canty � la cour d�Edouard VI.</p><p>Devenu son propre �diteur, Twain</p><p>publie en 1884 son plus grand, peut-</p><p>�tre son seul livre g�nial, les Aventures d�Huckleberry Finn, qui se pr�sente comme une suite � Tom Sawyer. Mais, m�ri pendant huit ans, il exprime les nostalgies libertaires de Twain. La censure l�interdit dans plusieurs �tats. Au plan de la langue, c�est en effet � un joyeux exorcisme de l�anglais litt�raire traditionnel �, racont� � la premi�re personne avec l�argot pittoresque d�un enfant mal �lev�. C�est surtout un livre de contestation. Huck, c�est le gavroche am�ricain. Son histoire, celle d�un gar�on qui n�accepte pas les choses telles qu�elles sont. Sa r�volte, c�est celle de l�innocence. Son esca-pade, c�est la fuite des hommes devant l�ordre du monde et leur qu�te d�un univers meilleur. Ce Candide du Mississippi, c�est la nouvelle version du</p><p>� bon sauvage �. De tous les classiques litt�raires am�ricains, c�est celui qui pose le plus radicalement le probl�me de la contestation au plan de l��ducation, de la morale, de la soci�t�, de la civilisation et m�me des rapports entre l�homme et la nature.</p><p>� Huck �, comme disent les Am�ri-</p><p>cains, orphelin de m�re, abandonn� par un p�re d�linquant et alcoolique, est recueilli par une veuve, �duqu�, dress�.</p><p>Mais, pr�f�rant les coups de son p�re � l�ennui de l��cole, il le rejoint au maquis. S�questr�, menac� de mort par son p�re atteint de delirium tremens, Huck s�enfuit sur une �le du Mississippi. Il y rencontre Jim, esclave �vad�, dont on</p><p>a vendu la femme et l�enfant. L�enfant blanc et l�esclave noir s��chappent sur un radeau au fil du Mississippi. Le roman prend alors, sous le comique et l�humour noir, une dimension mythique, o�, tels Quichotte et Sancho, les deux innocents devisent du train dont va le monde, tout en �chappant sans cesse � la mort. Car ils risquent la mort : � l��poque, aider un esclave en fuite �tait plus grave que voler du b�tail. Huck se jette dans cette aventure parce qu�il est inculte et immoral. Le paradoxe moral de Huck, c�est que le mauvais gar�on, en d�fiant les lois et les coutumes, d�finit une morale sup�-</p><p>rieure, o� tous les hommes, quelles que soient leur classe, leur couleur ou leur instruction, sont �gaux. Le garne-ment aide l�esclave � d�fier la soci�t�.</p><p>Hors la loi, cet extraordinaire couple du Gavroche blanc et du Sancho noir d�monte l�ordre social. La vendetta, o� ils manquent mourir, devient une satire des guerres. Les deux escrocs dont ils deviennent les complices involontaires fournissent une satire des impostures hi�rarchiques.</p><p>Le radeau qui emporte Huck et</p><p>Jim est la seule �le de puret� dans un univers corrompu et absurde. � terre r�gnent l�escroquerie, la violence, le lynchage, l�esclavage. Le radeau, par une sorte de manich�isme qui oppose la terre et l�eau comme les deux nouvelles formes du bien et du mal, c�est la vie naturelle, l�innocence du r�ve am�-</p><p>ricain, qui aspire � descendre � jamais sur le radeau ivre d�Huckleberry Finn.</p><p>La fin du roman est discut�e : parce que le radeau d�rive par erreur dans le Sud, terre d�esclavage ; parce que surtout l�intervention finale de Tom Sawyer, comme un deus ex machina, ram�ne ce grand livre mythique � sa dimension de roman pour enfants. Malgr� cette fin rat�e, le roman est l�expression la plus �labor�e et la plus vigoureuse de l�id�al am�ricain et du destin manqu� de l�Am�rique, r�ve de l�Occident o� la nature et l�homme se sont laiss�s de nouveau corrompre par la civilisation.</p><p>La derni�re phrase de Huck, souvent cit�e, est le cri du coeur de tout homme pollu� par un exc�s de civilisation, et qui r�ve de l�Ouest comme d�un paradis : � Il va falloir que je file au territoire indien, car tante Sally veut me</p><p>civiliser, et je ne peux pas supporter �a ! � Au-del� m�me de l�Am�rique, dans son va-et-vient entre l�eau et la terre, le monde de l�enfance et celui de l�adulte, le manich�isme du livre re-fl�te les h�sitations de toute civilisation entre l�impossible id�al et l�insupportable r�alit�.</p><p>Spontan�ment g�nial, Huckleberry</p><p>Finn est un livre essentiel. Le reste de son oeuvre, plus m�diocre, devient avec l��ge tr�s pessimiste. Il reprend la veine et le personnage de Tom Sawyer (Tom Sawyer abroad, 1894 ; Tom</p><p>Sawyer, Detective, 1896), sans d�passer le niveau du livre pour enfants. Il reprend sa satire du beau monde europ�en : dans A Connecticut Yankee at King Arthur�s Court (Un Yankee � la cour du roi Arthur, 1889), un Am�ricain �gar� au Moyen �ge se montre meilleur magicien que l�enchanteur Merlin.</p><p>Those Extraordinary Twins (Ces</p><p>jumeaux extraordinaires, 1894) s�inspirent du th�me, obs�dant pour cet auteur d�chir�, du double : deux enfants n�s le m�me jour, l�un fils du ma�tre, l�autre d�un esclave, sont confondus � la naissance. En 1894, Pudd�enhead Wilson, chronique d�un village, pr�figure la mani�re de Sherwood Anderson*. Sans le signer, il publie un livre tr�s s�rieux sur son h�ro�ne favorite, Jeanne d�Arc, qu�il consid�re comme son meilleur livre (Personal Recollections of Joan of Arc [Souvenirs personnels de Jeanne d�Arc], 1896).</p><p>La mort de sa femme, de trois de ses filles, assombrit la fin de sa vie. Les oeuvres pessimistes se succ�dent : The Man that corrupted Hadleyburg (1900) sur la malhonn�tet� humaine ; A Person sitting in Darkness (1901), satire de l�argent ; King�s Leopold�s Soliloquy, satire de l�imp�rialisme. Ses derniers livres, Extracts from Adam�s Diary, Extracts from Eve�s Diary (1904), What is Man ? (1906), donnent une dimension m�taphysique � sa vision d�sesp�r�e de la solitude de l�homme dans un univers absurde. OEuvre posthume, The Mysterious Stranger</p><p>(l��tranger myst�rieux, 1916) r�v�le un Dieu indiff�rent et blas� cr�ant le monde pour divertir son ennui. De bout</p><p>en bout, l�inqui�tude puritaine parcourt l�humour paradoxal de l�oeuvre in�gale de Mark Twain. Ces contradictions ne trouvent leur �quilibre que dans l�exceptionnel chef-d�oeuvre qu�est Huckleberry Finn. Cette parfaite expression des mythes et des r�ves am�ricains, de l�esprit de contestation, de d�mocratie et d�entreprise � la fois id�aliste et r�aliste n�a probablement jamais �t� d�pass�e, et n�a pas cess� d�inspirer la litt�rature am�ricaine.</p><p>J. C.</p><p>&amp; B. A. De Voto, Mark Twain�s America (Boston, 1932 ; nouv. �d., Cambridge, Mass., 1951) ; Mark Twain at Work (Cambridge, Mass., 1942). / M. M. Brashear, Mark Twain, Son of Missouri (Chapel Hill, N. C., 1934). / W. Blair, Mark Twain and Huck Finn (Berkeley, 1960 ; nouv. �d., 1973). / H. N. Smith (sous la dir. de).</p><p>Mark Twain. A Collection of Critical Essays (Englewood Cliffs, N. J., 1963). / B. Poli, Mark Twain, �crivain de l�Ouest (P. U. F., 1965) ; le Roman am�ricain, 1865-1917. Mythes de la fronti�re et de la ville (A. Colin, coll. � U 2 �, 1972). / J. Kaplan, Mr Clemens and Mark Twain : a Biography (New York, 1966).</p><p>Tyndale (William)</p><p>R�formateur gallois (pays de Galles v. 1494 - Vilvorde 1536).</p><p>Il s�ins�re dans la lign�e des Rolle et de John Wycliffe donnant la premi�re traduction de la Bible en anglais, proclamant son hostilit� � la papaut� et, en quelque mani�re, � l�origine du mouvement contestataire lollard*.</p><p>Il arrive � un moment o� la politique d�Henri VIII* dresse la couronne</p><p>d�Angleterre contre Rome. Lui aussi</p><p>� dont John Foxe se fait le biographe dans ses Acts and Monuments of these Latter and Perilous Days (ou The</p><p>Book of Martyrs, 1563) � lutte pour la R�forme* et devient par l� m�me le champion de la langue nationale.</p><p>Mais les voies royales diff�rent singuli�rement de la seule que connaisse et emprunte ce fervent serviteur de Dieu.</p><p>En porte t�moignage sa condamnation � mort deux ans apr�s que l�Acte de supr�matie (1534), en consommant la rupture entre Londres et Rome, sonne le glas des � papistes �, contre lesquels il se bat toute sa vie. N� d�une famille ais�e, il fr�quente d�abord le Magda-</p><p>len College d�Oxford et y re�oit sans doute sa pr�trise. De 1519 � 1521, on downloadModeText.vue.download 6 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11217</p><p>le trouve � Cambridge. Ensuite pr�-</p><p>cepteur des enfants de sir John Walsh, il traduit chez ce dernier Enchiridion (1523) d��rasme. Mais il nourrit</p><p>d�autres ambitions. Depuis 1522, il travaille d�j� � la traduction en anglais du Nouveau Testament. Il veut mettre la Bible � la port�e de tous. Une telle libert� semble difficilement tol�rable � une �poque o� l�orthodoxie religieuse ne souffre aucun �cart et o� il faut arriver en 1582 pour que les catholiques eux-m�mes se d�cident en Angleterre � user des m�mes armes que les � h�r�-</p><p>tiques � en publiant leur propre version de la Bible, le Reims New Testament.</p><p>En attendant, son entreprise place Tyndale parmi les � fils d�iniquit� �, �</p><p>selon l�expression de Cuthbert Tunstall (1474-1559), �v�que de Londres �, qui, non content de refuser son appui � son projet, le poursuit de sa haine et le contraint � la fuite ; en Allemagne pour commencer, o� peut-�tre il rencontre, en 1524, Luther, qu�il admire ; puis, aux Pays-Bas, l� o� finalement, trahi � son quartier g�n�ral d�Anvers, sa mort marque le terme de ses errances et aussi d�une courte mais intense vie de luttes. En effet, � c�t� de la traduction du Nouveau et de l�Ancien Testament (Cologne Fragment, 1525 ; New Testament, trois �ditions, 1526, 1534</p><p>et 1535 ; Pentateuch, 1530 et 1534 ; Jonah, 1531), ses oeuvres de pol�mique et de controverse (Introduction to the Epistle to the Romans, 1526 ; The Parable of the Wycked Mammon, 1528</p><p>[premi�re oeuvre � porter son nom], Exposition of the First Epistle of St John, 1531, et Exposition upon the Fifth, Sixth and Seventh Chapters of Matthew, 1532? en passant par Practice of Prelates, 1530, o� il critique le projet de divorce du roi d�avec Catherine d�Aragon, et An Answer to Sir Thomas More�s Dialogue, 1530) attestent de l��pret� d�une joute o� chacun s�engage jusqu�� la mort. L��v�que Tunstall non seulement voue � l�autodaf� les oeuvres de Tyndale, mais encore il</p><p>mande Thomas* More pour relever le gant de l�orthodoxie face aux � folies �</p><p>luth�riennes personnifi�es par Tyndale.</p><p>Accus� de d�former les textes en leur faveur (A Dialogue concerning Here-cies and Matters of Religion, against Tyndale. 1529 ; The Confutation of Tyndale�s Answer, 1532-33, de Thomas More �galement) et plus tard exclu de son sacerdoce et ex�cut� comme h�r�tique, Tyndale rend coup pour coup � ces � Ant�christs � qui, dit-il dans Mammon, � vous aiment tant qu�ils vous feraient plut�t br�ler que de vous voir devenir intimes avec le Christ �. Il d�nonce abus et vices des hi�rarchies fossilis�es, des pr�lats � la botte des gouvernants. Au pouvoir des rois servant de � bourreaux � au clerg�, il assigne comme limite la conscience de leurs sujets et glorifie la langue anglaise (The Obedience of a Christian Man [1528] ; Exposition on Matthew).</p><p>Il pr�che le retour aux sources vives de la foi, la messe simplifi�e, d�pouill�e, plus communautaire et en langue nationale (Supper of the Lord, 1533), toutes choses d�une actualit� br�lante dans l��glise d�aujourd�hui. Enfin, pour les traducteurs � venir, il laisse une version r�f�rence avec l�un des premiers monuments de la langue anglaise,</p><p>cette traduction de la Bible, soign�e, honn�te, vivante, directe et famili�re, qui permet enfin au plus humble des chr�tiens d�acc�der directement au Seigneur.</p><p>D. S.-F.</p><p>F Anglicanisme / Protestantisme / R�forme.</p><p>&amp; J. F. Mozly, W. Tyndale (Londres, 1937). /</p><p>C. S. Lewis, English literature in the Sixteenth Century, excluding Drama (Oxford, 1954).</p><p>types sociaux</p><p>Repr�sentations id�ales � issues de l�observation ou logiquement coh�-</p><p>rentes � permettant de rendre intelligibles certaines situations sociales ou le jeu des divers acteurs sociaux.</p><p>Importance et difficult�</p><p>de leur d�signation</p><p>Toute science qui s��labore � partir de l�observation des donn�es concr�tes</p><p>doit avoir recours � une typologie qui lui permet de ramener la diversit� des ph�nom�nes, des �tres ou des objets � des cat�gories dans lesquelles on les peut inclure, car il n�y a pas de science de ce qui est purement singulier. Cela signifie que l�on fait abstraction de certaines diff�rences et caract�ristiques individuelles pour retenir seulement ce qui est commun � plusieurs exemplaires observ�s, et l�on peut appeler type la notion obtenue en rassemblant ces traits communs � tous les individus qui entrent dans cette cat�gorie, et qui sont eux-m�mes d�autant plus typiques qu�ils se diff�rencient de ce type par un nombre plus restreint de caract�res sp�cifiques. Le type est ainsi le repr�-</p><p>sentant par excellence d�une cat�gorie.</p><p>Platon* employait le mot typos dans le sens d�une repr�sentation sch�matique o� s�exprime l�essence d�une chose ou d�un �tre. Selon lui, le type est ce qui en repr�sente la forme la plus parfaite, mais on emploie aussi ce terme, un peu abusivement selon le m�me</p><p>auteur, pour d�signer un individu pris comme �chantillon particuli�rement repr�sentatif. Le langage actuel retient � peu pr�s ces m�mes usages du mot, auxquels s�ajoute parfois aussi celui qui s�applique � un sch�ma g�n�ral de structure, lorsqu�on parle, par exemple, du type arborescent ou du type grec.</p><p>C�est Durkheim* qui a le premier</p><p>et le plus nettement reconnu l�importance de la notion de type en sociologie. C�est gr�ce � l��tablissement d�une typologie, disait-il, que l�esp�ce sociale peut se situer � mi-chemin entre les lois g�n�rales de l�humanit� et l��miettement de l�histoire �v�nemen-tielle. La sociologie, pour �tablir des classifications, est moins favoris�e que les sciences naturelles. En effet, les es-p�ces animales ou v�g�tales sont fix�es dans la r�alit�, notamment par l�h�r�-</p><p>dit�. Un moineau donne naissance � un moineau. Pour �tablir des classifications entre les ph�nom�nes sociaux, il faut donc se contenter d�observer un petit nombre d�entre eux judicieusement choisis et retenir les caract�res qui semblent essentiels. Comme ces caract�res consistent en des �l�ments et en leur mode de composition, la typologie sociale, concluait Durkheim, doit �tre une morphologie sociale. De</p><p>l�, cet auteur tirait un syst�me de classification des esp�ces sociales d�apr�s leur plus ou moins grande complexit�, en partant de la forme sociale qui lui paraissait la plus simple de toutes, et qu�il appelait le clan, pour aboutir aux plus �labor�es, qui sont, par exemple, les nations modernes.</p><p>Mais Durkheim proposait l� un</p><p>emploi tr�s particulier de la typologie sociale ayant le d�faut de supposer une �volution d�un type � l�autre, et qui ne s�appliquait qu�� la classification des soci�t�s globales. Or, le m�me auteur, dans une autre �tude, avait lui-m�me senti le besoin d��largir la notion, puisqu�il parlait, notamment, de � types sociaux du suicide �</p><p>en classant les vari�t�s de suicides d�apr�s leurs causes sociales. Et cette nouvelle conception de la typologie lui permettait � la fois d�abandonner l�hypoth�se �volutionniste et d�utiliser la statistique.</p><p>Diverses sortes</p><p>de typologies</p><p>sociologiques</p><p>Dans les faits, on peut observer que les sociologues ont utilis� la notion de type selon quatre conceptions diff�rentes que l�on peut d�nommer : typologie du facteur pr�dominant ; m�thodologie du type concret ; d�termination du type id�al ; �laboration du type construit.</p><p>La premi�re de ces m�thodes est</p><p>sans doute la plus usit�e dans les sciences sociales. Elle consiste � caract�riser les ph�nom�nes observ�s par un seul des facteurs qui les constituent et � en rep�rer les principaux aspects.</p><p>Par exemple, on peut, si l�on se r�f�re � un facteur biologique, distinguer les soci�t�s d�apr�s les races, comme le faisait Gobineau*, en supposant que cela explique tout le reste. On peut retenir un facteur technologique et consid�rer alors que les types sociaux se distinguent par l�, ce qui am�ne � classer les soci�t�s en quelques cat�gories, suivant qu�elles sont agricoles ou industrielles. Et, bien entendu, on �tablit des sous-cat�gories, par exemple en distinguant plusieurs �tapes dans</p><p>l��volution des soci�t�s agricoles. De la m�me fa�on, on peut choisir pour facteur pr�dominant la technique de communication et voir dans l�histoire se succ�der les soci�t�s audio-orales, les soci�t�s de l��criture et celles de la communication �lectronique, selon les sch�mas de McLuhan. Riesman combinant le facteur d�mographique et le caract�re dominant psychosociologique, faisait se succ�der les soci�t�s � individualit�s d�termin�es par la tradition et � d�mographie �quilibr�e, les soci�t�s � individualit�s d�termin�es de l�int�-</p><p>rieur et � d�mographie croissante, enfin les soci�t�s � individualit�s d�termin�es de l�ext�rieur et � d�mographie d�clinante. Auguste Comte*, avec sa fameuse � loi des trois �tats �, avait donn� le mod�le d�une typologie privil�giant le facteur intellectuel en distinguant la phase th�ologique, la phase m�taphysique et la phase positiviste.</p><p>Karl Marx*, pour sa part, a propos� diverses typologies, �volutionnistes elles aussi, faisant intervenir comme crit�re la technologie ou les rapports de production. Dire, par exemple, comme il le fait, que le moulin � bras donne la soci�t� avec suzerain tandis que le moulin � vapeur donne le capitalisme industriel, c�est chercher dans un facteur pr�dominant le principe selon lequel peuvent �tre �tablis les types sociaux. Malgr� leur int�r�t, leur efficacit� et leur importance dans l�histoire des id�es, les typologies de ce genre ne peuvent gu�re satisfaire pleinement les sociologues, car elles se fondent sur la pr�supposition selon laquelle un �l�-</p><p>ment de la r�alit� sociale conditionne tous les autres. Et la diversit� m�me de downloadModeText.vue.download 7 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11218</p><p>ces typologies d�montre que l�accord ne se fait pas ais�ment sur le choix de cet �l�ment.</p><p>C�est d�ailleurs apr�s une critique en r�gle de ces tentatives que Georges Gurvitch* a propos� une typologie fond�e sur la prise en consid�ration des r�alit�s concr�tes dans toute leur complexit�. Selon lui, c�est principalement par la typologie que la sociologie</p><p>se distingue de l�histoire, en d�coupant dans l�exp�rience collective des ensembles significatifs qui sont pr�ci-s�ment des types sociaux, permettant de regrouper et de rationaliser des �l�-</p><p>ments qui composent la r�alit� sociale mouvante.</p><p>Cette mani�re de voir est fort dif-f�rente de celle de Max Weber*. Celui-ci, en effet, ne voulait absolument pas faire d�river les types sociaux de l�exp�rience, mais au contraire les pr�senter comme une construction rationnelle servant, apr�s coup, � comprendre le r�el. Ce qu�il a nomm� type id�al (ou id�al-type) est �labor� par le sociologue non pas pour sch�-</p><p>matiser ce qu�il observe concr�tement, mais pour servir de fil conducteur dans l�observation. La rationalit� l�emporte donc ici sur l�objectivit�. Ce type id�al n�est cependant pas l�analogue de l�id�e platonicienne, car il n�a pas plus d�existence dans le monde des essences m�taphysiques que dans celui du r�el. Il n�est qu�un instrument de travail. Par exemple, pour comprendre le fonctionnement d�un certain nombre de soci�t�s domin�es par les int�r�ts de l�investissement priv�, le sociologue se forge le type id�al du capitalisme en retenant les principes essentiels de ce syst�me, en les isolant pour les imaginer fonctionnant � l��tat pur, de sorte qu�il grossit ces �l�ments qui lui paraissent fondamentaux. Il obtient ainsi un concept de la soci�t� capitaliste qui, bien entendu, n�existe nulle part, car, partout, les traits caract�ristiques du capitalisme sont att�nu�s ou alt�r�s par quelque �l�ment qui n�en est pas vraiment repr�sentatif. Mais cela lui sert � mieux comprendre ces soci�t�s r�elles qui sont partiellement conformes � ce type id�al. Celui-ci n�est donc pas non plus un mod�le � suivre, car il n�entra�ne aucun jugement de valeur. Le capitalisme � id�al typique � n�est pas consid�r� comme meilleur, mais seulement plus rationnel, plus coh�rent, plus intelligible que la soci�t� partiellement capitaliste observable ici ou l�. On peut dire que le type id�al est utopique, puisqu�il ne part pas du r�el, mais il sert � faire des hypoth�ses empiriquement v�rifiables. On a pu comparer le type w�b�rien au portrait litt�raire. Par exemple, le � distrait � d�crit par La</p><p>Bruy�re est l�homme chez qui la distraction se trouve � l��tat pur, et non pas le r�sultat d�une comparaison entre quelques hommes distraits existant r�ellement. Lorsque Weber propose de pr�senter la structure logique du capitalisme en �laborant non seulement le type id�al du capitalisme, mais aussi le type id�al du capitaliste, il proc�de d�une fa�on un peu analogue. Il va de soi, cependant, que le type w�b�-</p><p>rien est � finalit� scientifique et non pas esth�tique ou litt�raire, et encore moins humoristique comme le serait la caricature.</p><p>Les principales difficult�s de cette m�thode proviennent de l�incertitude dans la d�termination des types sociaux, puisque ceux-ci pourraient concerner aussi bien des personnes que des groupes ou des formes de d�veloppement, et puisque chaque sociologue, en chaque circonstance, �laborerait sur le m�me th�me un type diff�rent pour un m�me ordre de r�alit�. D�autre part, il n�est gu�re concevable qu�en d�finitive cette �laboration ne se fasse pas d�abord � partir de l�observation de ce qui existe. Comment parlerait-on de type de capitalisme ou d�artisanat si l�on n�avait d�abord sous les yeux dans l�histoire tel ou tel exemple de ces soci�t�s ? Mais, inversement, la m�thode du type concret pr�n�e par Gurvitch ne risque-t-elle pas de laisser le sociologue trop riv� � la r�alit� ? En d�finitive, le type social est en partie id�al, en partie concret. C�est ce qui justifie une m�thodologie propos�e par d�autres auteurs, tel F. McKinney, selon lesquels les sciences humaines utiliseraient plus exactement des � types construits �, qui seraient obtenus � partir de l�exp�rience mais ne s��puiseraient pas dans les donn�es concr�tes, car ils impliqueraient des choix et des adjonctions de qualit�s et d��l�ments. Le type construit est un moyen de r�duire les diversit�s et complexit�s des ph�nom�nes r�els � un niveau de g�n�ralit� pr�sentant une certaine coh�rence. Bien souvent, c�est le recours � un mod�le construit qui permet l�utilisation des statistiques, et plus g�n�ralement de la mesure. Par exemple, c�est � un type de ce genre qu�a eu recours Durkheim en d�finissant un suicide altruiste et un suicide �go�ste, pour en trouver les lois gr�ce</p><p>aux statistiques applicables � l�un ou l�autre type. On peut �tablir des �chelles pour appr�cier quantitativement les d�viations par rapport au type construit.</p><p>Les applications de la</p><p>m�thode typologique</p><p>C�est probablement Gurvitch qui a donn� l�exemple le plus complet et le plus syst�matique d�une sociologie typologique, en �tablissant des types � tous les niveaux de la r�alit� sociale.</p><p>C�est ainsi qu�il distingue notamment plusieurs types de sociabilit� (les rapports avec autrui et les � Nous �, qui peuvent �tre de l�ordre de la masse, de la communaut� ou de la communion), plusieurs types de groupements class�s suivant des crit�res divers tels que la dur�e (groupements temporaires, durables ou permanents), la fonction, l�envergure, le degr� de dispersion (groupements � distance ou � r�union permanente) ou le mode d�acc�s (groupements ouverts, clos ou conditionnels). De la m�me fa�on, les soci�t�s globales sont class�es d�apr�s leurs structures et divers autres �l�ments de leur r�alit�, en diff�rents types tels que les soci�t�s archa�ques, patriarcales, f�odales (les cit�s-�tats devenant empires), les soci�t�s pr�capitalistes, les soci�t�s d�mocratico-lib�rales, diri-gistes, fascistes, collectivistes.</p><p>Dans bien des cas, les sociologues ont recours � des typologies dualistes, qui opposent deux � deux des formes sociales, de telle sorte qu�on puisse placer les r�alit�s observ�es dans l�une ou l�autre cat�gorie, ou bien les situer sur une �chelle entre les deux extr�mes.</p><p>C�est de cet ordre qu�est par exemple la distinction �tablie par plusieurs sociologues allemands entre communaut� (Gemeinschaft) et soci�t� (Gesellschaft), ou bien l�antinomie entre type progressif et type traditionnaliste, entre type d�mocratique et type autoritaire ou encore l�antith�se �tablie par Ruth Benedict entre soci�t�s apolliniennes et soci�t�s dionysiennes (v. cultura-lisme). On peut aussi retenir seulement un des types possibles dans un �ventail plus large et le d�finir par un certain nombre de crit�res. Cela permet d�orienter des recherches pour classer les exemples observ�s selon qu�ils se</p><p>rapprochent plus ou moins de ce type, et, par suite, trouver des variables associ�es. Une �tude de ce genre a �t� consacr�e par Adorno* et ses collaborateurs � un type d�attitude sociale que ces auteurs appellent la � personnalit� autoritaire � et qu�ils mettent en relation, exp�rimentalement, avec l�ethnocentrisme et aussi avec certains types de rapports familiaux.</p><p>Ainsi, sous des formes diverses, les sciences humaines utilisent des classifications entre des types sociaux qui permettent de d�passer la simple observation des r�alit�s.</p><p>J. C.</p><p>&amp; F. J. Tonnies, Gemeinschaft und Gesellschaft (Leipzig, 1887, 8e �d., 1935 ; trad. fr.</p><p>Communaut� et soci�t�. Cat�gories fondamentales de la sociologie pure, P. U. F., 1946).</p><p>/ E. Durkheim, les R�gles de la m�thode sociologique (Alcan, 1895). / M. Weber, Gesammelte Aufs�tze zur Religionssoziologie, t. I : Die protestantische Ethik und der Geist des Kapi-talismus (T�bingen, 1920, nouv. �d., 1947 ; trad. fr. �tudes de sociologie de la religion, t. I : l��thique protestante et l�esprit du capitalisme, Plon, 1964) ; Gesammelte Aufs�tze zur Wissens-chaftslehre (T�bingen, 1947, nouv. �d., trad.</p><p>fr. partielle Essais sur la th�orie de la science, Plon, 1965). / T. W. Adorno et coll., The Autho-ritarian Personality (New York, 1950 ; nouv.</p><p>�d., 1969). / G. Gurvitch, la Vocation actuelle de la sociologie (P. U. F., 1950 ; nouv. �d., 1957-1963, 2 vol.). / D. Riesman, The Lonely Crowd (New Haven, Conn., 1950 ; trad. fr. la Foule solitaire, Arthaud, 1964). / G. Gurvitch (sous la dir. de), Trait� de sociologie (P. U. F., 1958 ; 2 vol.). / M. McLuhan, Understanding Media.</p><p>The Extensions of Man (New York, 1964, nouv.</p><p>�d., 1973 ; trad. fr. Pour comprendre les media, les prolongements technologiques de l�homme, �d. du Seuil et Mame, 1968). / F. McKinney,</p><p>� Constructive typology and social research �, in J. T. Doby (sous la dir. de), An Introduction to Social Research (Harrisburg, 1965 ; 2e �d., New York, 1967).</p><p>typho�de (fi�vre)</p><p>Maladie infectieuse, contagieuse, en-d�mo-�pid�mique, due � des Salmo-</p><p>nelles (bacille typhique [d�Eberth] ou paratyphique A, B ou, plus rarement, C).</p><p>La gravit� de la fi�vre typho�de, ou</p><p>� typho�de �, et sa fr�quence ont diminu� depuis l�apparition de l�antibiotique sp�cifique, le chloramph�nicol, mais cette maladie s�observe encore du fait de la n�gligence en face de la vaccination (d�efficacit� d�ailleurs incompl�te) et de l�hygi�ne, souvent encore insuffisante.</p><p>L�Homme est en principe le seul</p><p>porteur de germes (malade, convalescent ou porteur sain), qu�il �limine surtout dans ses selles.</p><p>La contagion peut �tre directe ou indirecte (eau, crudit�s, coquillages, lait, etc.).</p><p>Les �pid�mies sont plus rares qu�autrefois, mais les formes sporadiques plus fr�quentes.</p><p>Physiopathologie</p><p>Le germe passe la barri�re intestinale et colonise les ganglions lymphatiques m�sent�riques, puis se multiplie et est d�vers� dans le sang (septic�mie).</p><p>C�est la toxine du germe qui est responsable des signes cliniques et des downloadModeText.vue.download 8 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11219</p><p>complications en agissant notamment sur le syst�me neurov�g�tatif, qu�elle d�r�gle.</p><p>Signes cliniques</p><p>Dans la forme typique, apr�s une incubation de 10 � 15 jours, le d�but est marqu� par une ascension thermique progressive, des troubles digestifs, des c�phal�es, des �pistaxis (saignements de nez). L�examen montre un abdomen gargouillant, une grosse rate et surtout un pouls dissoci� (plus lent que ne le voudrait la temp�rature).</p><p>Au 8e jour s�observent une fi�vre en plateau, des troubles de la conscience (tuphos), des troubles digestifs, la dissociation du pouls. L�abdomen est bal-lonn�, gargouillant, la spl�nom�galie quasi constante. On peut observer des</p><p>taches ros�es lenticulaires sur la peau de l�abdomen.</p><p>L��volution spontan�e �tait marqu�e dans les formes favorables par une d�fervescence progressive avec une longue convalescence. Les complications �taient fr�quentes : h�morragies ou perforations intestinales, d�faillance cardiaque.</p><p>Depuis le chloramph�nicol, l��vo-</p><p>lution est plus rapide : la chute de la fi�vre se fait en quelques jours, la convalescence est br�ve. Deux coprocultures n�gatives affirment que le sujet n�est pas porteur de germes.</p><p>Des rechutes sont possibles (5 p. 100</p><p>des cas), surtout en cas de traitement insuffisant.</p><p>Les formes cliniques sont</p><p>nombreuses :</p><p>� formes brutales d�butant par une complication ;</p><p>� formes malignes avec syndrome</p><p>h�morragique ;</p><p>� formes att�nu�es avec tableau</p><p>fruste.</p><p>La maladie est souvent brutale chez l�enfant ; elle peut s�observer chez le vaccin�.</p><p>Les complications peuvent �tre digestives (h�morragies intestinales, perforations intestinales ou localisations h�pato-biliaires [chol�cystite] sources de portage de germe, de rechute) ; cardio-vasculaires avec risque de myocardite, de phl�bite ou d�art�rite ; neuro-m�ning�es (m�ningite, enc�phalite) ; ost�o-articulaires avec risque d�arthrites ; r�nales, h�matologiques, sensorielles, oculaires ou auditives.</p><p>Le diagnostic soup�onn� par la clinique est affirm� par la biologie : la leucop�nie (baisse du nombre des leucocytes) oriente. Les h�mocultures, la coproculture isolent le germe et affirment le diagnostic.</p><p>Le s�rodiagnostic de Widal et Felix met en �vidence l�ascension du taux</p><p>des anticorps de type O et H, mais il est parfois d�interpr�tation difficile.</p><p>Traitement</p><p>Il repose sur l�antibioth�rapie.</p><p>Les mesures hygi�no-di�t�tiques</p><p>sont importantes (r�gime, d�sinfection). La d�claration est obligatoire.</p><p>L�antibioth�rapie peut utiliser le chloramph�nicol ou le thiamph�nicol, l�ampicilline.</p><p>La voie buccale est pr�f�rable. Les doses doivent �tre augment�es progressivement pour �viter des accidents. Le traitement doit �tre poursuivi 15 jours apr�s l�apyrexie (retour � la temp�-</p><p>rature normale). Une surveillance est n�cessaire pour d�pister des complications (de la maladie ou du traitement).</p><p>Les porteurs de germes persistants posent des probl�mes difficiles.</p><p>Le traitement pr�ventif repose sur la vaccination et l�hygi�ne alimentaire.</p><p>P. V.</p><p>&amp; M. D�paris et R. Ardaillou, la Fi�vre typho�de. �tude critique d��pid�miologie appliqu�e (Masson, 1958).</p><p>typhus</p><p>Maladie infectieuse et �pid�mique due � des Rickettsies, microbes interm�-</p><p>diaires entre les Bact�ries et les Virus et transmis par les Poux ou les Puces.</p><p>Le typhus historique (transmis par les Poux*), comme le typhus murin (transmis par les Puces*), fait partie des rickettsioses* majeures (classiquement en opposition avec les autres rickettsioses, am�ricaines ou exotiques : fi�vre pourpr�e des montagnes Rocheuses et sud-am�ricaines, typhus des broussailles, fi�vre Q).</p><p>Les �pid�mies de typhus exanth�-</p><p>matique, meurtri�res autrefois, surtout lors des guerres, ont pratiquement disparu. Mais il reste des foyers end�-</p><p>miques, surtout en Afrique.</p><p>Le Pou de corps est le vecteur, et l�Homme le r�servoir de Virus. Ac-</p><p>tuellement, on consid�re que la Puce et certains animaux peuvent jouer un certain r�le. Les d�jections du Pou sont infectantes, et c�est la p�n�tration des Rickettsies au niveau des l�sions de grattage qui d�termine l�infection.</p><p>Signes cliniques</p><p>L�incubation est d�une douzaine de jours. Des frissons, des douleurs rachidiennes marquent l�invasion, qui dure 48 heures.</p><p>� la phase d��tat, on note un syndrome infectieux grave (temp�rature � 40 �C, pouls rapide, urines rares) ; des signes nerveux avec obnubilation et d�lire allant jusqu�au coma ; une �ruption apparaissant au 4e ou 5e jour en une pouss�e d�abord maculeuse</p><p>(taches rouges), puis p�t�chiale (petites h�morragies dans la peau).</p><p>L��volution �tait souvent mortelle (myocardite), vers le 15e jour, avant les antibiotiques. Parfois cependant �tait observ�e une crise spontan�e avec sueurs, polyurie, chute thermique.</p><p>Actuellement, les antibiotiques permettent le plus souvent une gu�rison rapide.</p><p>Des formes graves, h�morragiques</p><p>ou avec myocardite aigu� peuvent encore s�observer.</p><p>Dans certains cas, un typhus b�nin peut s�observer de fa�on sporadique, loin de toute �pid�mie (maladie de Brill).</p><p>Parfois, des complications car-</p><p>diaques ou vasculaires (art�rite) peuvent s�observer � distance.</p><p>Des complications nerveuses sont</p><p>possibles (enc�phalites ou my�lites).</p><p>Le diagnostic est fond� sur le s�rodiagnostic de Weill F�lix plus que sur l�isolement des Rickettsies.</p><p>Traitement</p><p>Le traitement curatif repose sur</p><p>l�emploi des t�tracyclines ou du</p><p>chloramph�nicol.</p><p>Le traitement pr�ventif est fond� sur</p><p>la vaccination, mais aussi sur le respect des r�gles d�hygi�ne, notamment sur la suppression des parasites.</p><p>Typhus murin</p><p>V. rickettsioses.</p><p>P. V.</p><p>&amp; H. da Rocha Lima, Estudos sobre o tifo exantematico (S�o Paulo, 1966).</p><p>typographie</p><p>Proc�d� d�impression utilisant des formes en relief.</p><p>La typographie imprime � partir</p><p>d��l�ments en relief, tous � la m�me hauteur : caract�res d�imprimerie, gravures, clich�s de photogravure, clich�s duplicata. Encr�s par des rouleaux, ces �l�ments transf�rent sur le papier une mince pellicule d�encre d��paisseur uniforme. Les valeurs de tonalit�s sont exprim�es par les surfaces relatives des �l�ments imprimants.</p><p>C�est le plus ancien proc�d� d�impression, que Gutenberg inventa dans son ensemble, il y a plus de 500 ans (v. imprimerie). Avant lui, on utilisait couramment des bois grav�s pour imprimer des images avec des textes succincts : c��tait l�impression xylographique.</p><p>L�impression directe de caract�res en m�tal a �t� et reste encore la caract�ristique de la typographie, dont le mat�riel et les techniques n�ont �volu� que lentement pendant trois si�cles, et plus rapidement au cours du XIXe s., jalonn� par les progr�s successifs de l�invention de la presse m�canique, de la clicherie, de la presse rotative, de la photogravure. La typographie, � peu pr�s le seul proc�d� d�impression de textes jusque vers 1900, se trouve de plus en plus concurrenc�e par l�offset*, et dans une moindre mesure par l�h�liogravure*. Elle reste cependant le mieux connu des proc�d�s et le plus souple d�emploi. La grande diversit� de ses presses � imprimer et surtout la grande diversit� de ses formes d�impression permettent une adaptation � tous les genres de travaux, depuis les</p><p>cartes commerciales jusqu�aux revues de luxe ou aux quotidiens.</p><p>Impression en</p><p>typographie</p><p>La presse de Gutenberg �tait constitu�e par un plateau horizontal en bois sur lequel �tait pos�e la forme d�impression, assemblage de caract�res. On pla�ait le papier par-dessus et la pression �tait donn�e par un autre plateau, ou platine, qu�une vis en bois faisait descendre.</p><p>Ce type de pression plan contre plan se retrouve de nos jours dans les presses � platine, de petit format. Au d�but du XIXe s. sont apparues les premi�res presses � cylindre, o� la pression est donn�e par un cylindre qui entra�ne le papier et sous lequel se d�place la forme d�impression plane. Les presses � cylindre ont eu de nombreuses variantes m�caniques, et sont largement utilis�es aujourd�hui. Les rotatives, o� la forme d�impression est elle-m�me fix�e sur un cylindre, offrent l�avantage d�une plus grande rapidit�. Les rotatives � journal, qui impriment sur du papier en bobines, ont �t� depuis un si�cle l�objet de perfectionnements downloadModeText.vue.download 9 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11220</p><p>constants. Les rotatives � feuilles essaient depuis les ann�es 1950 de concurrencer les machines offset.</p><p>Le papier re�oit directement l�encre de la forme, sur laquelle il est press�.</p><p>La nettet� et la pr�cision de l�image ainsi d�calqu�e caract�risent la frappe de la machine. Une pression insuffisante donnerait une image faible, avec des parties mal encr�es, une pression exag�r�e �craserait l�encre sur le papier. Pour �viter le passage du papier entre deux surfaces dures, les presses typographiques portent sur leur platine ou leur cylindre un habillage, garnissage relativement souple constitu� par une superposition de feuilles de papier, de carton ou de tissu caoutchout�.</p><p>L�emploi de clich�s en caoutchouc ou en plastique souple laisse une plus grande latitude au conducteur pour le</p><p>r�glage de sa machine. Il faut que tous les �l�ments imprimants exercent sur le papier une pression autant que possible �gale par unit� de surface. Or, la majeure partie des formes d�impression ne sont pas homog�nes ; elles contiennent des caract�res neufs ou vieux, des filets, des clich�s tram�s. Aussi doit-on d�abord amener toutes leurs surfaces sur un m�me plan, � la hauteur d�impression, ou hauteur en papier ; c�est le but de la mise de niveau. Puis il faut leur donner de petites diff�rences de hauteur, de l�ordre de � 0,02 mm, en fonction de leur pourcentage de surface imprimante : c�est la mise de puissance. L�ensemble de ce travail sur la forme d�impression constitue la mise en train, vieille habitude en typographie. L�imprimeur du XVIe s. collait d�j� sur sa platine des petits morceaux de parchemin ou de papier pour compenser les d�fauts de la forme et ceux de la presse. Actuellement, les imprimeurs font encore certaines mises en train par d�coupage manuel de papier pelure. Mais c�est une perte de temps sur la machine � imprimer. L�usage s�est r�pandu de contr�ler la hauteur des �l�ments de la forme d�impression et de pr�parer celle-ci avant son calage sur la presse. C�est la pr�mise en train, travail qui va de pair avec l�imposition et qui utilise les m�thodes dites � de la protom�trie � : tirage d��preuves sur des presses de pr�cision, mesures de hauteur avec des comparateurs, confection par des proc�d�s m�caniques et chimiques des feuilles de mise en train qui seront plac�es dans l�habillage de la presse.</p><p>Caract�ristiques de la</p><p>typographie</p><p>Elle permet d�imprimer sur toutes sortes de papiers, � condition d�adapter la grosseur de trame des clich�s au liss� de leur surface : textes seuls sur papier bouffant, trame grossi�re sur le papier satin� des journaux, trame fine sur du papier couch�, o� les fins d�tails sont nettement reproduits. L�aspect des imprim�s, mis en pages avec des �l�ments rigides, a une allure g�o-m�trique et classique ; les textes sont bien nets. On imprime souvent sur la composition elle-m�me, qu�on appelle le mobile ; la forme d�impression est</p><p>alors peu co�teuse. On peut y apporter des corrections, des changements, la conserver pour un nouveau tirage. En plus de l�impression proprement dite, les presses typographiques peuvent faire du num�rotage, de la perforation, du d�coupage, du gaufrage ; de robustes presses � platine sont construites sp�cialement � cet effet.</p><p>Le proc�d� convient toujours bien aux petits tirages, mais la n�cessit� de la mise en train et la faible vitesse des presses � mouvement alternatif l�handicapent vis-�-vis de l�offset. Proc�d� traditionnel d�impression de livres, on l�emploie aussi pour l�impression de p�riodiques � petit ou moyen tirage, de travaux de ville (cartes, t�tes de lettres), de catalogues, d��tiquettes, de billets.</p><p>Mis � part les imprimeries de presse, les imprimeries typographiques sont actuellement de petites ou moyennes entreprises qui ont des ateliers de composition, d�impression, de fa�onnage simple et qui font appel � des entreprises sp�cialis�es pour la photogravure et pour des travaux particuliers.</p><p>Nombre d�entre elles ont achet� des petites machines offset et impriment par les deux proc�d�s. Ayant souvent une client�le locale, elles peuvent lui offrir des services tels que conception des imprim�s, pr�sentation de maquettes, r�approvisionnement rapide, fourniture d�articles de papeterie.</p><p>G. B.</p><p>F Clicherie / Composition / Imprimerie / Photogravure / Presse / Rotative.</p><p>&amp; A. Bargilliat, Typographie, impression (Institut nat. des industries et arts graphiques, 1956 ; 5e �d., 1968). / G. Baudry et R. Marange, Comment on imprime (Dunod, 1956 ; 4e �d., 1971). / E. Kollecker et W. Matuschke (sous la dir. de), Der moderne Druck (Hambourg, 1956 ; 2e �d., 1958). / A. Javet et H. Matthey, Typographie (�cole romande de typographie, Lausanne, 1967). / V. Strauss, The Printing Industry (New York, 1967).</p><p>Tyr</p><p>Antique m�tropole ph�nicienne, situ�e en bord de mer, entre Beyrouth et Ha�fa, au pied du Liban. C�est l�ac-</p><p>tuelle Sour (S&#x16B;r), dont le nom arabe signifie � rempart �.</p><p>La ville ph�nicienne �tait situ�e en partie dans une �le proche de la c�te, mais l�agglom�ration primitive se trouva d�abord dans la colline voisine, le Tell al-Ma�cheek, qui demeura par la suite un lieu v�n�r�. On y voit une n�cropole ph�nicienne dont les tombes rupestres portent le signe de Tanit.</p><p>La tradition rapport�e par H�rodote situe la fondation de la ville et de son temple de Melqart vers 2750 av. J.-C.</p><p>Colonie de Sidon, elle n�est vraiment connue qu�� dater du XIVe s. Elle est alors mentionn�e dans la correspondance de Tell al-Amarna, et dans des papyrus du XIIIe s., sous le nom d�Usu.</p><p>Elle s�accro�t ensuite d�un flot de r�-</p><p>fugi�s venus de Sidon, qui a perdu sa supr�matie, puis, renon�ant � ses juges (ou suff�tes), se donne un roi. Un des membres de la dynastie, Hiram Ier (969-935), est l�alli� des rois h�breux David et Salomon. Il leur fournit des bois du Liban et de la main-d�oeuvre pour la construction du Temple de J�rusalem.</p><p>Pendant ce long r�gne se d�veloppe la colonisation ph�nicienne en Occident (Sicile, Afrique, Tarsis) et s�am�-</p><p>nagent les deux ports, sidonien au nord, �gyptien au sud, de part et d�autre de la digue et de l�aqueduc joignant au continent l��le principale ainsi que l��lot voisin, o� une poign�e de Grecs avaient �tabli une colonie marchande et �difi� un temple. L�activit� �conomique est alors consid�rable. De Tarsis viennent l�argent et l��tain. Ayant adopt� les techniques babyloniennes downloadModeText.vue.download 10 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11221</p><p>en mati�re de fours, les Tyriens profitent de leurs ressources en sable tr�s pur pour devenir les verriers les plus r�put�s. � cela s�ajoutent l�industrie de la pourpre et les constructions navales.</p><p>Apr�s le r�gne d�Hiram Ier, le d�-</p><p>sordre politique trouble fr�quemment la cit�. La princesse Didon, soeur du roi Pygmalion, apr�s avoir tremp� dans un complot, passe pour avoir men� le</p><p>groupe d��migrants qui allait fonder Carthage* (v. 825-819). Les rois assy-riens, envieux de la prosp�rit� tyrienne, portent � la ville des coups nombreux : ce sont si�ges (sous Shoulm�n-as-har�dou IV [Salmanasar], puis sous Assour-b�napli [Assourbanipal], 669 -</p><p>v. 627) et tributs � verser, au moment m�me o� l�activit� maritime en Occident subit fortement la concurrence des Grecs et des �trusques. Celle-ci est bient�t relay�e par celle de Carthage, qui cr�e � son tour une colonisation c�ti�re. Le roi de Babylone* Nabucho-donosor fait subir � Tyr un si�ge prolong� qui aboutit � la destruction des quartiers de terre ferme (v. 585-572).</p><p>La ville se replie dans l��le, puis tombe sous la domination des Perses (539).</p><p>Alexandre* le Grand en entreprend � son tour un si�ge qui nous est connu dans ses d�tails : les ruines parsem�es sur le continent servent � construire une puissante chauss�e qui m�ne � l��le ; jamais d�truite, cette chauss�e fut le point de d�part de l�ensablement des ports qui forma petit � petit le tombolo actuel. La cit� insulaire est d�truite. Un grand nombre d�habitants sont r�duits en esclavage, et les notables sont ex�-</p><p>cut�s (janv.-ao�t 332). Reconstruite, Tyr est colonis�e par les Mac�doniens.</p><p>Une certaine prosp�rit� r�appara�t alors, qui se maintient sous la domination romaine (64 av. J.-C.). La population s�hell�nise beaucoup, bien que le menu peuple conserve l�usage de l�aram�en, qui s�est substitu� au ph�nicien.</p><p>Pline d�crit Tyr comme une ville d�-</p><p>chue, mais la fabrication des tissus de pourpre (la � pourpre tyrienne �) et la verrerie l�animent toujours, comme les �tudiants qui affluent, attir�s par l�enseignement philosophique de Maxime de Tyr (seconde moiti� du IIe s. apr. J.-</p><p>C.) et de Porphyre (234 - v. 305).</p><p>Le christianisme s�implante de</p><p>bonne heure, et un si�ge �piscopal y est fond� d�s le IIe s. En 638, l�invasion arabe condamne la ville � entrer dans une longue p�riode de sommeil.</p><p>Occup�e par les Turcs Seldjoukides en 1089, Tyr est prise le 7 juillet 1124</p><p>par les crois�s (aid�s des V�nitiens), qui en font une des cit�s les plus florissantes du royaume latin de J�rusalem.</p><p>Les V�nitiens, qui disposent du tiers de la ville, lui font recouvrer une forte</p><p>activit� commerciale par l�exportation des produits de son industrie et de l�ar-ri�re-pays (vins, verrerie, c�ramique, soieries).</p><p>Sur les restes de la basilique du IVe s.</p><p>est entreprise v. 1127 la construction d�une cath�drale o� sont remploy�es de belles colonnes de granit �gyptien qui doivent provenir des temples pa�ens antiques (celui de Melqart ou celui de Jupiter).</p><p>En 1291, effray�s par l�arriv�e des Mamelouks, les habitants chr�tiens prirent la fuite, laissant le champ libre aux d�vastateurs. Depuis, Tyr n�a plus gu�re eu que l�apparence d�un gros village, entour� de ruines exploit�es comme des carri�res. On voit encore, outre d�importants tron�ons des remparts m�di�vaux, quantit� de tom-</p><p>beaux, les traces d�un grand aqueduc antique et, sous les eaux marines, les restes de digues et de constructions portuaires. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, des fouilles ont mis au jour des constructions, des dallages et des mosa�ques des �poques hell�nistique et romaine.</p><p>R. H.</p><p>F Ph�niciens.</p><p>&amp; C. Autran, Tyr �g�enne, son nom et la route des Indes (Geuthner, 1928 ; 2 fasc.). / R. Dus-saud, Topographie historique de la Syrie ancienne et m�di�vale (Geuthner, 1929).</p><p>Tyrol</p><p>R�gion alpine et de passage entre l�Allemagne f�d�rale et l�Italie.</p><p>Le Tyrol tire son nom d�un ch�teau, Castel Tirolo, situ� pr�s de Merano (Tyrol m�ridional) en Italie. Il forme un Land d�Autriche (Tirol), seul d�crit ici.</p><p>La g�ographie</p><p>La totalit� des 12 648 km 2 de la surface est situ�e dans le domaine alpin.</p><p>Comptant un peu moins de 550 000 habitants, le Land Tyrol n�abrite qu�un peu plus du quinzi�me de la population autrichienne. Les terres de labours couvrent � peine 3 p. 100 de la surface</p><p>totale ; 36 p. 100 correspondent aux pr�s, p�turages et alpages, et 33 p. 100</p><p>� la for�t. Le reste est improductif : montagnes, glaciers, etc.</p><p>Sur le plan physique, le Tyrol appartient pour sa partie septentrionale aux Pr�alpes calcaires. On peut distinguer une s�rie de cha�nes parall�les de direction ouest-est : Allg�uer Alpen (fronti�re avec la R. F. A.), Wettersteinge-birge (comprenant le point culminant, �galement � la fronti�re, la Zugspitze, avec 2 963 m), Karwendelgebirge (qui se r�partit, � son tour, en quatre cha�-</p><p>nons). Le plus �lev� (Solsteinkette, ou Innsbrucker Nordkette, 2 641 m) se situe imm�diatement au nord d�Innsbruck. Les couches secondaires sont fortement pliss�es, faill�es et chevauch�es. Les calcaires, en position culminante, donnent des paysages sauvages aux pentes abruptes, aux reliefs karstiques. Les couches plus tendres correspondent aux d�pressions. Les couches triasiques contiennent du sel.</p><p>L�exploitation de ce dernier remonte � la pr�histoire (civilisation de Hallstatt).</p><p>Le contact entre Pr�alpes et Alpes cristallines se fait par l�interm�diaire de la vall�e de l�Inn, sorte de � sillon alpin � aux environs d�Innsbruck. C�est l�axe vital du Tyrol. Son origine est tectonique. Mais la vall�e a �t� �largie lors des glaciations (les vall�es affluentes sont suspendues, sauf celle de la Ziller). De larges terrasses fluvio-glaciaires ont �t� recherch�es tr�s t�t par l�homme. Par contre, le fond de la vall�e est relativement humide et mal drain�. La vall�e de l�Inn n�a pas un aspect uniforme. � l�est d�Innsbruck, la rivi�re change de cours, traversant les Pr�alpes en cluses, en direction du nord.</p><p>Au sud de l�Inn, les Alpes centrales cristallines (�tztaler Alpen, Stubaier Alpen, Zillertaler Alpen, Hohe Tauern) constituent l�essentiel des massifs cristallins du Tyrol. C�est dans ces massifs qu�on trouve les paysages alpins les plus typiques, avec de nombreux sommets d�passant 3 500 m (Gross-glockner, 3 796 m, point culminant de l�Autriche). Les glaciers sont tr�s �tendus. Les vall�es sont le plus souvent perpendiculaires aux alignements mon-</p><p>tagneux. Parmi les principales, il faut citer : l��tztal, la Stubaital et la Zillertal. Toutes form�es d�une succession de bassins et de verrous, contribuant � la formation de petites unit�s humaines originales.</p><p>La vie rurale est typiquement montagnarde. L�habitat isol� domine dans la montagne ; hameaux et villages sont plus fr�quents dans les vall�es. Mais le tourisme am�ne une concentration de l�habitat du fait de la n�cessaire pr�-</p><p>servation des pistes de ski. La ferme de type bavarois abrite hommes, b�tes et r�coltes sous le m�me toit. Pour l�ensemble du Tyrol, la population active agricole ne repr�sente plus que 20 p. 100 de la population active totale.</p><p>L�agriculture est surtout maintenue sur les pentes et � l�int�rieur des massifs.</p><p>Les vall�es, par contre, voient dominer l�industrie, l�artisanat, le commerce et le tourisme. L�exploitation des alpages est la base de la vie agricole � partir de 1 000 m d�altitude environ. Les alpages sont le plus souvent en propri�t� coop�rative. Les migrations lointaines de b�tail sont rares. Un vieux principe juridique veut qu�� chaque exploitation de la vall�e correspondent un ou plusieurs alpages imm�diatement au-dessus. La p�ture des for�ts de m�l�zes est fr�quente. L�habitat permanent le plus �lev� d�Autriche se trouve dans la vall�e sup�rieure de l�Oetz (Rofenh�fe, � 2 014 m). Les vall�es sont des �lots de s�cheresse relative (S�lden � 1 377 m re�oit 707 mm de pluie ; Obergurgl � 1 927 m, 826 mm). L�irrigation est une n�cessit�. Elle se fait de plus en plus par aspersion. Les exploitations sont de taille m�diocre ou moyenne.</p><p>L�industrie et l�artisanat emploient pr�s de la moiti� des travailleurs de la province. L�extraction mini�re est peu importante. Les industries m�tallurgiques, alimentaires et textiles (Loden) sont quelque peu d�velopp�es dans les villes.</p><p>Le chemin de fer a favoris� l�essor touristique de l�avant-pays et de la vall�e de l�Inn. L�automobile, plus r�cemment, a contribu� � la r�volution touristique des vall�es priv�es de chemin de fer : �tztal et Stubaital. L�h�-</p><p>tellerie est presque enti�rement entre</p><p>les mains des propri�taires indig�nes.</p><p>Agriculteurs et artisans se lancent dans cette activit�. De nouvelles stations ont �t� cr��es vers 2 000 m : Obergurgl (1 927 m), Hochgurgl (2 150 m).</p><p>Nombre de chalets de montagne utilis�s pour l�estivage des b�tes sont convertis en chalets d�habitation. La fr�quentation touristique est plus forte en �t� qu�en hiver. Pour l�ensemble de l�ann�e touristique 1972-73 (hiver-</p><p>�t�), le Tyrol a re�u 4,1 millions de touristes, dont 3,7 millions d��trangers. Le total des nuit�es s�est �lev� � 29,5 millions, dont 27,8 pour les �trangers.</p><p>La saison d��t� totalise 68 p. 100 du nombre des touristes et 69 p. 100 des nuit�es. En �t�, les �trangers constituent 85 p. 100 de la client�le ; la proportion est un peu moindre en hiver.</p><p>Les Allemands (R. F. A.) arrivent en t�te avec 71,9 p. 100 de tous les touristes �trangers. Ils sont suivis, de loin, par les Anglais et les N�erlandais.</p><p>downloadModeText.vue.download 11 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11222</p><p>Innsbruck* (gouvernement provin-</p><p>cial, universit�) est la capitale historique et politique du Tyrol.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>Les plus anciens habitants connus du Tyrol sont les Rh�tiens, des Celtes, qui furent vaincus en 15 av. J.-C. par les l�gions romaines que commandaient Drusus et Tib�re*. Leur territoire devint la province romaine de Rh�tie pour environ six si�cles. Au cours du VIe s., la Rh�tie fut conquise par un peuple germanique, les Bavarois. � la m�me �poque, la r�gion de Trente �tait occup�e par les Lombards, un autre peuple germanique, qui fut rapidement assimil� par les populations de langue latine. Ainsi se fixa la fronti�re linguistique. Bavi�re et Lombardie furent absorb�es par l�Empire carolingien et pass�rent par la suite sous l�autorit� des rois de Germanie. En 1004, Henri II, roi de Germanie depuis 1002, donna la r�gion du Brenner � l��v�que de Trente, et, en 1027, Conrad II, qui lui succ�de,</p><p>y ajoutait le comt� de Bolzano (Bozen).</p><p>Il agrandissait �galement l��v�ch� de Bressanone (Brixen), conform�ment � une politique favorable aux princes eccl�siastiques, cens�s �tre plus ob�issants au pouvoir royal que les princes la�ques. Les deux �v�ch�s situ�s au sud du Brenner relevaient directement de l�empereur et n��taient pas inf�od�s au duc de Bavi�re. Pourtant, un seigneur la�que, le comte de Tyrol (du nom de Castel Tirolo, situ� non loin de Merano</p><p>[Meran]), �tendit peu � peu son autorit� sur l�ensemble du pays.</p><p>Au XIVe s., en 1335, la lign�e des comtes de Tyrol s��teignait. L�h�ri-ti�re, Marguerite Maultasch (1318-1369), apr�s un mariage malheureux, perdit son fils unique, Meinhard, en 1363 et fit du Habsbourg Rodolphe IV, duc d�Autriche (1358-1365), son l�-</p><p>gataire universel. Jusqu�en 1918, le comt� de Tyrol devait �tre partie int�-</p><p>grante du patrimoine h�r�ditaire des Habsbourg.</p><p>La province rev�t une grande importance strat�gique puisque le Brenner est le passage le plus commode entre l�Allemagne et l�Italie septentrionale et que le Tyrol a �t� le trait d�union entre les possessions occidentales des Habsbourg et les provinces autrichiennes de leur patrimoine. C�est pourquoi l�empereur Maximilien* r�sida le plus souvent � Innsbruck, dont il fit sa capitale, au d�triment de Vienne. Gr�ce aux mines de cuivre et d�argent (Schwaz) conc�d�es aux Fugger*, le Tyrol �tait alors un pays riche, mais l�importance de ce secteur n�a cess� de d�cro�tre, et l�agriculture de subsistance associ�e � l��levage transhumant demeurait la ressource essentielle. C�est pourquoi nombre d�artisans et d�artistes se virent dans l�obligation d��migrer, temporairement ou d�finitivement.</p><p>Comme dans toutes les autres</p><p>provinces autrichiennes, les ordres jouaient un r�le pr�pond�rant dans le gouvernement local ; et, exception � peu pr�s unique en Allemagne (avec la Frise), les paysans �taient repr�sent�s � la di�te, o� ils constituaient un ordre distinct de la noblesse et du clerg�.</p><p>Cette place privil�gi�e dans le syst�me politique ne les emp�cha pas de parti-</p><p>ciper � la guerre des Paysans en 1525, pour protester contre l�alourdissement des charges seigneuriales.</p><p>En revanche, le luth�ranisme ne</p><p>trouva gu�re d��cho dans la population tyrolienne (pas plus que dans la Ba-vi�re voisine) ; � la diff�rence de ce qui se passait dans le reste des provinces autrichiennes, le Tyrol fut toujours un bastion du catholicisme romain. L�accord profond de la population avec les Habsbourg date de cette �poque, d�autant plus que ceux-ci flatt�rent le particularisme du Tyrolien en cr�ant � Innsbruck un gouvernement � peu pr�s ind�pendant de celui de Vienne. En 1564 s�installait en effet un fils cadet de Ferdinand Ier, l�archiduc Ferdinand (1529-1595), qui avait re�u le Tyrol et l�Autriche ant�rieure en apanage. Il y cr�ait un Conseil priv�, une Chambre des comptes et un Conseil de la guerre.</p><p>Lorsqu�en 1665, � la mort de l�archiduc Sigismond-Fran�ois, le Tyrol</p><p>revint � la branche a�n�e, l�empereur L�opold (1658-1705) prit soin de garantir les libert�s du pays et y laissa un Conseil d��tat ; par la suite, il y �tablit sa demi-soeur El�onore (1653-1697) et son beau-fr�re Charles IV de Lorraine.</p><p>Au XVIIIe s., Marie-Th�r�se* poursuivit une politique qui donnait satisfaction aux sujets comme au souverain.</p><p>En particulier, les Tyroliens jouissaient de tr�s grands privil�ges fiscaux et ne contribuaient gu�re aux d�penses communes de la monarchie. Ce sont les guerres de l�Empire qui provoqu�rent une crise politique grave. En 1805, au trait� de Presbourg, l�Autriche, vaincue par Napol�on, dut c�der le Tyrol au roi de Bavi�re, alli� et client de la France. Ainsi le Brenner �chapperait aux Autrichiens. Mais les Tyroliens support�rent mal le gouvernement de Munich, beaucoup plus autoritaire et plus moderne que celui des Habsbourg. Tr�s conservateurs, catholiques convaincus, ils �taient hostiles � toutes les nouveaut�s impos�es par les fran-</p><p>�ais ou leurs alli�s. Aussi devaient-ils profiter de la reprise de la guerre entre Vienne et Paris, en 1808, pour se rebeller contre la Bavi�re. L��me de la r�sistance fut un jeune aubergiste, Andreas Hofer (1767-1810), qui, � trois reprises, se souleva contre les Franco-</p><p>Bavarois. Captur�, il fut condamn� � mort par un conseil de guerre et fusill� � Mantoue en 1810. Il devint le h�ros national, mais le trait� de Sch�nbrunn (1809), qui consacrait la d�faite autrichienne, confirma l�annexion bavaroise ; la r�gion de Lienz �tait toutefois rattach�e aux Provinces Illyriennes et celle de Trente au royaume d�Italie.</p><p>Il fallut attendre les trait�s de 1814-15 pour que le Tyrol redev�nt partie in-t�grante de l�empire d�Autriche. Toutefois, les trait�s de Vienne contenaient le germe de difficult�s ult�rieures : au comt� de Tyrol �tait rattach� l��v�-</p><p>ch� de Trente (attribu� � l�Autriche de 1801 � 1805), qui, nagu�re autonome, �tait une province de culture et de langue italiennes. Ainsi naquit au Tyrol l�irr�dentisme italien, qui prit des proportions inqui�tantes apr�s la r�alisation de l�unit� italienne. Certes, l�administration autrichienne respec-tait l�autonomie culturelle du groupe italien (l�homme d��tat italien A. De Gasperi* fut, d�s 1911, d�put� du Trentin au Reichsrat de Vienne), mais c��tait fournir un argument de poids au gouvernement de Rome, qui r�clamait toutes les terres italiennes. Le reste de la province, en d�pit de la construction des chemins de fer au cours des ann�es 1850 et 1860 (ligne de l�Arlberg, de Zurich � Vienne par la haute vall�e de l�Inn et ligne transalpine du Brenner reliant Munich � V�rone), demeura un secteur rural, conservateur, tr�s � l��cart des grands courants du si�cle ; Innsbruck avait servi de refuge � l�empereur Ferdinand Ier (1835-1848) et � sa cour, chass�s par la r�volution viennoise de 1848.</p><p>Aussi l�effondrement de la mo-</p><p>narchie et le partage du pays entre la R�publique autrichienne et le royaume d�Italie �clat�rent-ils comme un coup de tonnerre. D�s la d�claration de guerre, le gouvernement de Rome avait n�goci� avec les deux camps pour</p><p>se faire payer son concours au plus offrant. Vienne promit le Trentin et rien d�autre ; les Alli�s offrirent tout le Tyrol m�ridional jusqu�au Brenner, pour des raisons strat�giques, promesse qui fut ratifi�e par le trait� de Londres de 1915, base de toutes les revendications ult�rieures de l�Italie. En</p><p>1918, celle-ci r�clama non seulement le Trentin, mais la province de Bolzano (Bozen), qui, en 1910, �tait peupl�e de 215 000 Allemands contre 16 500 Italiens et 6 000 Ladins (analogues aux Romanches de la Conf�d�ration helv�tique). C��tait �videmment contraire aux quatorze points de Wilson. N�anmoins, par le trait� de Saint-Germain en 1919, la R�publique autrichienne dut c�der � l�Italie la province de Bolzano. Les Tyroliens, m�contents, avaient song� un instant � se rattacher � l�Allemagne, mais les Alli�s s�y oppos�rent formellement. Ainsi �tait pos�e la question du Tyrol m�ridional (appel� pudiquement par les Italiens Haut-Adige), qui n�est toujours pas r�solue aujourd�hui. D�autre part, les Tyroliens se sentaient mal � l�aise dans une R�publique autrichienne domin�e par � Vienne la rouge � ; c�est pourquoi ils contribu�rent � faire adopter une constitution de type f�d�ral, qui leur garantissait une certaine autonomie par rapport au centralisme viennois.</p><p>� partir de 1922, les minorit�s allemandes de la province de Bolzano furent vraiment opprim�es. Aucun</p><p>trait� ne liait l�Italie quant � la protection des minorit�s, et Mussolini s�engagea r�solument dans une politique d�italianisation du pays en imposant l�enseignement de l�italien, en pla�ant des fonctionnaires italiens et surtout en implantant dans les villes des Italiens venus du Mezzogiorno. L�alliance</p><p>germano-italienne, � partir de 1936, ne contribua gu�re � am�liorer le sort de la population germanophone. Hitler sacrifia les Tyroliens � l�alliance dont il avait besoin, et l�accord du 21 octobre 1939 ne fut qu�un progr�s apparent : les habitants du Tyrol m�ridional devaient opter d�finitivement pour la citoyennet� italienne ou la citoyennet� allemande. Dans ce dernier cas, ils devaient d�m�nager ; en fait, l�accord avait pour but de vider le pays de sa minorit� allemande. Environ 70 000 germanophones quitt�rent le pays ; quant au Tyrol septentrional, il fut, en 1938, annex� au Reich allemand, comme le reste de l�Autriche.</p><p>En 1945, le Tyrol, occup� par la</p><p>Ier arm�e fran�aise, retrouva son administration autonome � l�int�rieur de la R�publique autrichienne, tandis que</p><p>les Anglo-Saxons songeaient � restituer � l�Autriche la r�gion de Bolzano.</p><p>Pourtant, le point de vue italien, qui s�appuyait sur les investissements faits entre 1919 et 1939 et sur les progr�s du groupe ethnique italien, finit par triompher � la conf�rence de la paix downloadModeText.vue.download 12 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11223</p><p>en 1947. L�article 10 du trait� de paix avec l�Italie l�obligea cependant � garantir la libre circulation des biens et des personnes entre les r�gions de Lienz et d�Innsbruck et prit note de l�accord austro-italien du 5 septembre 1946 ; celui-ci promit la compl�te �galit� des droits aux deux groupes ethno-linguistiques et envisagea la constitution d�une r�gion autonome du Haut-Adige. Si le point de d�part juridique �tait meilleur qu�en 1919, le r�sultat pour la minorit� germanophone fut sensiblement le m�me. Le Haut-Adige, augment� de la province de Bolzano et de celle de Trente, forme depuis f�vrier 1948 la r�gion � autonome � du Trentin-Haut-Adige*, qui a d�une part fort peu d�autonomie et o� d�autre part l��l�ment italien est pr�pond�rant.</p><p>En fait, la langue allemande a pu se maintenir dans les communes rurales, mais le bilinguisme n�est gu�re respect� dans les villes, o� dominent les fonctionnaires italiens. En 1960, l�Autriche portait l�affaire devant l�Assembl�e g�n�rale des Nations unies, tandis que les gouvernements de Vienne et de Rome engageaient des n�gociations. En 1966, celui-ci s�engageait � respecter les accords de 1946. En r�alit�, le temps travaille contre l��l�-</p><p>ment germanophone rural et monta-</p><p>gnard. Ainsi, le Tyrol risque fort d��tre ramen� dans une ou deux g�n�rations � sa partie autrichienne et septentrionale ; en attendant, la question du Tyrol m�ridional empoisonne les relations austro-italiennes.</p><p>J. B.</p><p>F Autriche / Innsbruck / Italie / Trentin-Haut-Adige.</p><p>&amp; H. Schreiber, Tyrol (Horizons de France, 1958). / R. de Castillon, le Probl�me du Sud-Tyrol (Pedone, 1960). / A. Fenet, la Question du Tyrol du Sud, un probl�me de droit international (L. G. D. J., 1968).</p><p>Tzara (Tristan)</p><p>�crivain fran�ais d�origine roumaine (Moine&#x15F;ti, Roumanie, 1896 - Paris 1963).</p><p>Malgr� les quelques po�mes qu�il</p><p>�crivit dans sa langue maternelle, il semble avoir pris naissance � Zurich (1916), o� il �tait venu poursuivre ses �tudes. En compagnie de Hugo Ball, de Richard Huelsenbeck, de Marcel Janco, de Hans Arp, il invente � dada �.</p><p>Dada* est le produit de la r�union d�hommes convaincus de la n�cessit� d�un changement radical � intellectuel, social, artistique � d�non�ant dans le m�me temps le marasme de</p><p>la guerre et l��croulement des valeurs de la soci�t� occidentale. Le r�le de Tzara fut d�terminant : il donna � dada non seulement le nom, mais surtout le stimulus indispensable pour qu�il soit absolument immod�r�. Dada ne devait pas se conformer � une id�e qui soit diff�rente de la libert� absolue, totale.</p><p>D�s la parution de Dada 3, Tzara prend l�initiative non seulement de la revue, mais du groupe, qu�il anime avec une vitalit� in�puisable. Malgr� la dissolution de l��quipe zurichoise (fin 1919), Tzara assure la continuit� de dada en l�exportant � Paris.</p><p>Dans cette premi�re partie de sa vie, Tzara fut le dada�ste int�gral, ne mesurant aucun de ses efforts pour �tre d�li-b�r�ment fou, dada�sant dans la vie et donnant une oeuvre digne de dada : les Aventures de M. Antipyrine, parues en 1916, auxquelles succ�deront les Vingt-Cinq Po�mes (1918) disloquant �galement les id�es, les associations d�id�es les plus consacr�es. Parall�lement, le langage �clate dans l�incoh�rence la plus exemplaire, donnant des sons (drrr... drrr... grrr... grrr...) bizarres, des images inattendues (� cendrier pour fumeurs d�algues et de filtres interr�gnes �), des comparaisons �tranges (� Les �chelles montent comme le sang ganga �), inventant des expressions</p><p>apparemment gratuites (� s�riciculture horizontale des b�timents pal�gosco-piques �) ou dont la signification, sinon ludique ou parodique, n�est pas directement perceptible.</p><p>Par son activit� incessante, une</p><p>fr�n�sie in�puisable, une verve inta-rissable, Tzara exercera une influence consid�rable aussi bien � Zurich qu�� Paris, o� il d�barque au d�but de l�an-n�e 1920, attendu comme le Messie :</p><p>� Enfin Tristan Tzara vint � (Soupault). Le groupe Litt�rature, anim� par Breton*, avait �t� r�guli�rement inform� des activit�s zurichoises. Et lorsque Tzara vint, un mythe prit r�alit� : � Nous f�mes quelques-uns qui l�attend�mes � Paris comme s�il e�t �t� cet adolescent qui s�abattit au temps de la Commune sur la capitale d�vast�e �</p><p>(Aragon). � Monsieur Dada � pr�cise le ton de la revue Litt�rature, qui devient franchement dada. Tzara entra�ne le groupe � organiser des manifestations identiques � celles de Zurich. Mais, bient�t, en 1922, Breton, lass� par le jusqu�au-boutisme de Tzara, en qui il avait cru reconna�tre Jacques Vach�, se s�pare de ce partenaire un peu trop exub�rant et encombrant.</p><p>Cette rupture n�emp�che pas Tzara de poursuivre sa voie, en solitaire, cette fois... En 1924, il fait para�tre les Sept Manifestes dada, qui r�unissent les textes lus dans les diff�rentes manifestations de Zurich et de Paris ou ceux qui ont �t� publi�s dans la revue Dada. Ces manifestes font le point sur l�activit� n�gatrice de dada tant sur le plan litt�raire que sur celui du v�cu, les deux niveaux �tant ins�parables. Dada ne signifie rien. Il suscite seulement la spontan�it�. Il manifeste son d�go�t, et de la fa�on la plus virulente, pour les fondements de la soci�t� et, plus particuli�rement, pour la logique, � danse des impuissants de la cr�ation �. Dada s�insurge contre le respect des hi�-</p><p>rarchies, qui emp�che � la libert� de s�accomplir. Car dada est avant tout libert�, libert� de la libert� et rend compte, avec une hargne obstin�e, des entraves qui la ligotent : � Hurlements de douleurs crisp�es, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des incons�-</p><p>quences : la vie. �</p><p>La contradiction permanente de Tzara qui le m�ne toujours au-del� de la n�gation radicale effectu�e demande quelques explications. Il s�en expliquera dans le Surr�alisme et l�apr�s-guerre (1947). Tzara n�a pas pr�tendu qu�il voulait d�truire pour le seul plaisir de d�truire avec un esprit malin. Il d�sirait seulement retrouver l�� essentielle nudit� de la conscience �, pour pouvoir ensuite reconstruire, sur des bases totalement nouvelles. S�il pr�co-nisait le chaos, il ne voulait pas administrer le n�ant. � Il est certain que la table rase dont nous faisions le principe directeur de notre activit� n�avait de valeur que dans la mesure o� autre chose devait lui succ�der. � Et le poids du pass� �tait tel que l��nergie d�vastatrice de dada n��tait jamais suffisante pour le supprimer.</p><p>Malgr� les affirmations de sa jeunesse, qui allaient jusqu�� nier la n�-</p><p>cessit� de l�oeuvre d�art, toujours suspecte de v�hiculer, � son insu, des mots d�ordres anciens, Tzara fit pourtant une oeuvre de po�te, digne de l�attention la plus litt�raire. En 1931, il fait para�tre l�Homme approximatif, que Jean Cas-sou a pu qualifier d�� extraordinaire po�me primitif �. Sans souci de forme a priori, Tzara tente de reconstituer le magma informel de la r�alit� malgr� l�obstacle de la langue, qu�il triture pour essayer d�abolir toute distinction entre la vie et la po�sie. D�barrass� par dada des contraintes et des conventions, il peut laisser libre cours � un lyrisme d�autant plus florissant qu�il fut longtemps r�prim� par l�ironie corrosive de dada. Il s�interdit de d�finir et dit au fur et � mesure, retrouvant le jaillissement de la parole s�organisant selon l�ordre d�une logique int�rieure qui ne laisse rien au hasard des formulations st�r�otyp�es. Cet � homme approximatif � se cherche, et, en m�me temps, recherche le langage capable de formuler la r�alit�, la transformant par la suppression des barri�res �tablies entre le po�me et la vie. O� boivent les loups (1932), l�Antit�te (1933) rendent �galement compte de cette � po�sie activit� de l�esprit �, directement li�e � la vie, d�faisant de son pi�destal la po�sie traditionnelle. La po�sie n�est plus alors un � moyen d�expression � ; elle est la vie elle-m�me, du moins une</p><p>pression constante pour que la r�alit� devienne effectivement r�elle et se d�-</p><p>robe � l�id�ologie r�gnante. Jusque-l�, la po�sie n�a �t� la plupart du temps que le reflet de la bourgeoisie ; elle doit devenir une � activit� de l�esprit � qui permettrait son effondrement. Mais, � l�encontre de Sartre, Tzara ne se fait pas le d�fenseur d�un art engag� : � Il n�y a pas d�engagement du po�te envers quoi que ce soit �, et encore : � La po�sie n�a pas � exprimer une r�alit�.</p><p>Elle est elle-m�me une r�alit�. Elle s�exprime elle-m�me. Mais pour �tre valable, elle doit �tre incluse dans une r�alit� plus large, celle du monde des vivants. �</p><p>Malgr� sa rupture avec Breton,</p><p>qui avait entra�n� dans sa suite les dada�stes pour �tablir le surr�alisme*, Tzara n�a jamais compl�tement rompu avec ses anciens amis. Le 15 d�cembre 1929, le nom de Tzara figure dans la R�volution surr�aliste. Il collabore �galement au Surr�alisme au service de la r�volution. Mais, � partir de 1935, il s�engage activement dans l�action politique, alors que Breton s�est s�par� du parti communiste (1933). Cette fois, la rupture avec les surr�alistes est d�finitive. Tzara s�occupe en 1937 du secr�tariat du Comit� pour la d�fense de la culture espagnole (il a �t� profond�ment affect� par la mort de Lorca).</p><p>Alors que dada � sauf � Berlin �</p><p>s��tait refus� � tout engagement politique par crainte de se compromettre, Tzara prend conscience de la n�cessit� de cet engagement pour op�rer un changement radical de la soci�t�.</p><p>Jusqu�� sa mort, en 1963, Tzara</p><p>ne cesse de faire para�tre des recueils de po�mes dont les principaux sont : Midis gagn�s (1939), la Fruit� (1947), Parler seul (1950), la Face int�rieure (1953), poursuivant cette recherche inlassable de la r�alit� r�elle, v�cue, downloadModeText.vue.download 13 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11224</p><p>retournant aux sources d�un langage qui serait capable de l�organiser sans la d�figurer.</p><p>M. B.</p><p>F Breton (Andr�) / Dada (mouvement) / Surr�alisme.</p><p>&amp; R. Lac�te, Tristan Tzara (Seghers, 1962).</p><p>Uccello (Paolo)</p><p>Peintre italien (Florence, 1397 - id.</p><p>1475).</p><p>La longue carri�re de Paolo di Dono, dit Paolo Uccello, semble avoir �t� f�conde, mais ses oeuvres s�res sont conserv�es en petit nombre et dans des conditions peu satisfaisantes. Son �ducation eut lieu dans l�atelier de Ghiberti*, en compagnie de Donatello*.</p><p>Entre 1425 et 1430, on trouve l�artiste � Venise, travaillant � des cartons pour les mosa�ques de San Marco. Revenu � Florence, il participe en 1430 � la d�coration (tr�s endommag�e, surtout par l�inondation de 1966) du clo�tre de Santa Maria Novella, dit � Chiostro Verde � (Clo�tre vert). On doit � Uccello la fresque � deux registres repr�sentant en haut la cr�ation des animaux et celle d�Adam, en bas la cr�ation d��ve et le p�ch� originel. Les souvenirs gothiques � notamment la juxtaposition de deux �pisodes dans le m�me cadre � s�y m�lent � un style o� l�on reconna�t l�influence de Ghiberti.</p><p>Jusque-l�, Uccello ne semble pas</p><p>s��tre beaucoup �cart� d�une esth�-</p><p>tique impos�e par la tradition. L�an-n�e 1436 marque un tournant de sa carri�re et son adh�sion r�solue aux principes de la Renaissance : dans la nef de la cath�drale Santa Maria del Fiore, il peint le monument �questre de John Hawkwood (Giovanni Acuto), un condottiere anglais qui avait �t� au service de Florence. Cette fresque monochrome imite la ronde-bosse, mais il faut noter qu�elle est ant�rieure aux vraies statues �questres de Donatello et de Verrocchio*. � la m�me �poque se situent quelques fresques controvers�es de la cath�drale de Prato. En 1443, Uccello donne, avec Ghiberti, Donatello et Andrea* del Castagno, des cartons pour les vitraux de Santa Maria del Fiore. Deux ans plus tard, il est amen� par Donatello � Padoue, ce grand laboratoire de la Renaissance ;</p><p>il y peint � fresque, dans la casa Vita-liani, des figures de g�ants (perdues) que Mantegna* regardera avec fruit.</p><p>Revenu � Florence avant 1450, il participe une seconde fois � la d�coration du Chiostro Verde, mais dans un esprit moderne, en peignant la fresque qui repr�sente en haut le D�luge et le retrait des eaux (v. espace plastique), en bas le sacrifice et l�ivresse de No�.</p><p>Vers 1455, le palais M�dicis accueille les trois panneaux, aujourd�hui aux Offices, au Louvre et � la National Gallery de Londres, qui repr�sentent autant d��pisodes de la bataille de San Romano.</p><p>� l�approche de 1460, Paolo semble avoir adopt� un style moins tendu, dont t�moigne notamment la charmante</p><p>Chasse nocturne de l�Ashmolean Museum d�Oxford, qui a sans doute d�-</p><p>cor� un cassone (coffre d�apparat). Le chef-d�oeuvre de cette derni�re p�riode est le Miracle de l�hostie profan�e, en six �pisodes, pr�delle de retable peinte en 1465-1467 pour l��glise du Corpus Domini d�Urbino* et que viendra compl�ter une Communion des Ap�tres de Juste de Gand (Galleria nazionale delle Marche). Paolo y r�v�le un talent de conteur que servent la nervosit� de la facture et la pr�ciosit� des tons.</p><p>Uccello appartient � la premi�re</p><p>g�n�ration des cr�ateurs de la Renaissance florentine. Il est le h�ros d�une l�gende dont Vasari* s�est fait l��cho : celle d�un artiste absorb� par l��tude de la perspective au point de lui consacrer ses nuits, raill� par Donatello qui lui reproche de perdre son temps en de vaines sp�culations g�om�triques. De fait, dans sa maturit� surtout, Paolo a montr� un vif int�r�t pour la perspective rationnelle, la fuite calcul�e des lignes (celles de l�arche dans le D�luge, de la treille dans l�ivresse de No�), la diminution des figures et des objets. Il a recherch� en m�me temps la densit� des formes (Hawkwood), ou leur r�-</p><p>duction � des solides g�om�triques tels que le mazzocchio, poly�dre annulaire aux facettes alternativement claires et sombres, visible dans l�histoire de No� et dans les batailles. Cela dit, on a depuis longtemps remarqu� les singularit�s de la perspective uccellienne.</p><p>D�abord sa complexit� : au lieu d�une</p><p>vision coh�rente, c�est une perspective � points de fuite multiples, variant � l�int�rieur de chaque composition ; ainsi dans les trois batailles, o� les cadavres du premier plan sont en raccourci tr�s accus�, alors que les combattants se pr�sentent frontalement.</p><p>D�autre part, cette perspective semble avoir sa fin en soi, au lieu d�aider simplement � rendre perceptible la notion d�espace. Elle fige le mouvement, dans le D�luge comme dans les batailles.</p><p>Elle construit un espace priv� d�air ; dans des compositions serr�es, pauvres en vides, les formes s�embo�tent avec la rigueur d�un travail de marqueterie</p><p>� et ce n�est pas un hasard si Uccello a dessin� des vitraux et des mosa�ques.</p><p>L��tranget� de cet espace intel-</p><p>lectuel contribue � la fascination qu�exerce l�oeuvre si fragmentaire de l�artiste. L�histoire de No� et les batailles nous font entrevoir un monde fantastique, aux couleurs arbitraires.</p><p>Mais Uccello n�ignore pas le r�alisme, comme le prouvent les paysages aux d�tails minutieux qui servent de fonds aux batailles ou qui, avec des sc�nes d�int�rieur, ajoutent au charme narratif du Miracle de l�hostie.</p><p>B. de M.</p><p>&amp; J. Pope-Hennessy, The Complete Work of Paolo Uccello (Londres, 1950 ; 2e �d., 1969). /</p><p>E. Carli, Tutta la pittura di Paolo Uccello (Milan, 1954). / E. Sindona, Paolo Uccello (Milan, 1957 ; trad. fr., Bibl. des Arts, 1962). / L. Tongiorgi-To-masi, Paolo Uccello (Milan, 1971 ; trad. fr. Tout l�oeuvre peint de Paolo Uccello, Flammarion, 1972).</p><p>ukiyo-e</p><p>�cole picturale et graphique japonaise des XVIIe, XVIIIe et XIXe s.</p><p>Le terme ukiyo-e signifie � peinture du monde qui passe � ou � images du monde flottant �. Attach� au quotidien �ph�m�re, ce mouvement artistique est issu, � la fin du XVIe s., de la peinture de genre, cr��e tout d�abord pour satisfaire la curiosit� de l�aristocratie japonaise. Ces sc�nes de genre devinrent de plus en plus nombreuses dans la production artistique des �coles traditionnelles Tosa* et Kan&#x14D;*. La plupart des</p><p>grands ma�tres de l�ukiyo-e ont re�u de l��cole Kan&#x14D; leur formation de base, tout en subissant indirectement l�influence de l��cole concurrente Tosa.</p><p>Les membres de la classe guer-</p><p>ri�re s�int�ressent les premiers � ce genre nouveau, qui se r�pand ensuite dans la classe marchande acc�dant � la vie culturelle au cours de la p�riode d�Edo (1616-1868). Sous sa forme de xylographie, il s�adresse enfin � une client�le plus populaire, et tout particuli�rement aux habitants d�Edo (auj.</p><p>T&#x14D;ky&#x14D;*), la capitale cr��e par les shog&#x16B;n Tokugawa.</p><p>Les th�mes de l�ukiyo-e</p><p>L��cole ukiyo-e s�est particuli�rement int�ress�e aux faits divers et aux ph�nom�nes sociaux. Elle se sp�cialise tr�s vite dans la repr�sentation de sc�nes de quartiers de plaisirs, o� il n�y a plus de distinction de classes entre les nobles et les bourgeois. Le quartier de Yoshiwara � Edo est un exemple de ces lieux de divertissement o� �voluent de jolies courtisanes, parfaitement �duqu�es. Elles en font de v�ritables centres de la vie sociale masculine, fr�quent�s par les �crivains, les musiciens et les artistes, qui y puisent leur inspiration. Les courtisanes deviennent leurs mod�les pr�f�r�s. Par�es de somptueux kimonos, elles apparaissent avec Moronobu* Hishikawa (1618?-</p><p>1694) opulentes et �panouies. Suke-nobu Nishikawa (1671-1751) cr�e de son c�t� la repr�sentation de la femme id�ale japonaise, petite et gracile, quasi immat�rielle, que Harunobu Suzuki (1725-1770) immortalisera plus tard.</p><p>Utamaro* Kitagawa (1753-1806) et</p><p>Eishi Hosoda (1756-1829) lui apporteront une nouvelle majest�, avec un maintien r�serv�, empreint d�un �rotisme subtil.</p><p>De son c�t�, le th��tre de kabuki exerce sur les amateurs de plaisirs le m�me attrait que le quartier des � maisons vertes �. Au cours des XVIIIe et XIXe s., la popularit� des acteurs de th��tre de kabuki devient tr�s grande et la diffusion de leurs portraits explique le nombre consid�rable de gravures figurant tel ou tel acteur, repr�sent� souvent dans son r�le le plus populaire et</p><p>dans une attitude caract�ristique de son jeu de sc�ne. La lign�e des Torii, qui s�est perp�tu�e jusqu�� nos jours, est la premi�re � s�en faire une sp�cialit� et obtient, d�s le d�but, le monopole des affiches ornant l�entr�e des th��tres. La stylisation de leur dessin plein de mouvement et l�exag�ration des attitudes donnent aux gravures de ces artistes une puissance qui aboutit bient�t � une repr�sentation st�r�otyp�e. Mais l�apparition du portrait psychologique et les progr�s du r�alisme donnent un �lan nouveau au portrait d�acteur. Les oeuvres pleines de force et de sobri�t� de Shunsh&#x14D; Katsukawa (1726-1792)</p><p>et de Bunch&#x14D; Ippitsusai (1725-1794), dont le r�alisme reste cependant superficiel, constituent deux sommets de cet art. L�influence de Shunsh&#x14D;</p><p>semble s�exercer sur Sharaku*, dont la p�riode d�activit� est �ph�m�re (1794-95). On constate chez lui un parti pris d�appuyer les effets avec un r�alisme extr�me, que d�sapprouvent les acteurs eux-m�mes, habitu�s � �tre plus id�alis�s.</p><p>Un autre th�me majeur trait� par les artistes de l�ukiyo-e est le paysage, qui n�atteindra sa perfection qu�au XIXe s.</p><p>Hokusai* Katsushika (1760-1849)</p><p>r�nove l�ukiyo-e en y introduisant le paysage comme genre ind�pendant, d�-</p><p>downloadModeText.vue.download 14 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11225</p><p>laissant ainsi le monde du th��tre et des quartiers r�serv�s. Les Cent Vues du mont Fuji, chefs-d�oeuvre de la conception de l�espace, o� Hokusai restitue avec intensit� le dynamisme des �l�-</p><p>ments naturels, paraissent en 1834-35, au moment o� l�artiste paysagiste par excellence, Hiroshige* (1797-1858), �voque dans une vision plus calme, � la fois r�aliste et pleine de lyrisme, les Cinquante-Trois �tapes de la route du Tokaido.</p><p>Au-del� de ces th�mes essentiels, l��cole de l�ukiyo-e s�attache � la repr�sentation de la nature (fleurs, oiseaux, poissons) et � celle de sc�nes populaires dont les lutteurs sum&#x14D; et les h�ros guerriers sont les principaux</p><p>sujets.</p><p>L�estampe ukiyo-e</p><p>Pour r�pondre � une demande de plus en plus grande de la part d�une client�le bourgeoise en pleine expansion, les peintres de l�ukiyo-e ont recours � la technique de la xylographie. La peinture, plus intellectuelle, reste attach�e � la tradition classique et jouit � l��poque d��do d�une consid�ration plus grande que l�estampe. Les m�rites esth�tiques de l�une et de l�autre se situent dans des domaines diff�rents. Une peinture est une oeuvre unique r�alis�e par l�artiste seul, alors que l�estampe r�sulte d�une collaboration entre l�artiste, le graveur, l�imprimeur et l��diteur.</p><p>Le d�veloppement de l�estampe</p><p>ukiyo-e a connu trois p�riodes successives. C�est vers 1670 que Moronobu utilise la xylographie pour la diffusion de ses oeuvres. Ce sont d�abord des impressions monochromes � l�encre de Chine (sumi-e), aux contours vigoureux, qu��clipse encore, pourtant, la richesse de coloris des oeuvres peintes.</p><p>Mais, d�s le d�but du XVIIIe s., une nouvelle technique intervient, consistant � rehausser les estampes de couleurs appliqu�es au pinceau. Peu apr�s, ces estampes, nomm�es tan-e, donnent naissance aux urushi-e, estampes la-qu�es o� le tan (vermillon) est remplac� par le rose clair, beni, utilis� avec du jaune, du vert, du marron, du violet et additionn� parfois de limaille de cuivre. Vers 1740, la technique de la xylographie conna�t de nouveaux raffinements avec les premi�res estampes benizuri-e, tir�es en deux couleurs, rose-pourpre et vert bleut�.</p><p>� partir de 1765, la d�couverte de la technique du rep�rage, qui permet d�imprimer successivement et avec une grande nettet� plusieurs couleurs sur une m�me gravure, ouvre l��ge d�or de l�estampe ukiyo-e. On obtient des oeuvres d�une telle richesse qu�elles sont appel�es nishiki-e, � estampes de brocart �. La collaboration entre l�artiste, l�imprimeur et l��diteur atteint alors une perfection dont on trouve un parfait exemple dans les Huit Sc�nes de salon d�Harunobu. Au d�but du XIXe s.,</p><p>la technique de l�estampe n��volue plus en dehors de perfectionnements secondaires, tel le gaufrage.</p><p>La r�v�lation de l�art japonais en France, dans la seconde moiti� du XIXe s., et l�influence de l�estampe ukiyo-e sur l�art pictural occidental, notamment sur l��cole impressionniste*, sont l�un des ph�nom�nes les plus caract�ristiques des �changes artistiques entre l�Orient et l�Occident.</p><p>L. P.</p><p>&amp; C. Vignier et Inada, Estampes japonaises (Biblioth�que d�art et d�arch�ologie, 1909-1914 ; 5 vol.). / R. D. Lane, Masters of the Japanese Print (Garden City, N. Y., 1962 ; trad. fr. l�Estampe japonaise, Somogy, 1962). / J. R. Hillier, Japanese Colour Print (Londres, 1966).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Images du temps qui passe, peintures et estampes d�Ukiyo-e (mus�e des Arts d�coratifs, Paris, 1966).</p><p>Ukraine</p><p>En russe OUKRAINA, r�publique f�d�r�e de l�U. R. S. S. (Oukrainska�a S. S. R.).</p><p>Capit. Kiev*.</p><p>C�est la deuxi�me r�publique f�d�-</p><p>r�e de l�U. R. S. S. par l�importance �conomique et la population : 47,1 millions d�habitants (sur une superficie de 604 000 km 2, soit une densit� kilom�-</p><p>trique de 78). Elle est divis�e en trois</p><p>� grandes r�gions �conomiques � : Donets-Dniepr, Sud-Ouest et Sud.</p><p>La g�ographie</p><p>Le pays des terres noires</p><p>L�Ukraine est, avant tout, le pays des terres noires (tchernoziom). Ces terres noires recouvrent un socle vari�, entaill� par de larges vall�es. Elles pr�-</p><p>sentent un haut coefficient d�humus (80 p. 100) qui diminue vers l�est. Les terres noires correspondent � une zone de climat � �t�s plus chauds qu�en Bi�-</p><p>lorussie et en Russie, mais dont le total des pr�cipitations (moins de 800 mm au nord, 500 mm par endroits dans le sud) ne permet pas le d�veloppement d�une belle for�t dense. Au nord, l�Ukraine est couverte par la steppe bois�e, au sud et dans sa majeure partie par la steppe (step en russe), en fait une</p><p>prairie dont les esp�ces, pour la plupart des gramin�es, se dressent � la hauteur d�un homme, parfois davantage (artemisia, stipe � plumet, f�tuque...). Leurs fleurs au printemps �closent rapidement, transformant la steppe en une mer, ondulante sous le vent, de couleurs vari�es. Elles se dess�chent rapidement en �t�, fournissant ainsi, � l�automne et en hiver, l�humus. Ces terres de couleur sombre comptent th�oriquement parmi les plus fertiles du monde : c�est pourquoi elles furent d�frich�es aux XVIIIe et XIXe s., l�Ukraine devenant l�un des greniers � bl� de l�Europe.</p><p>Il ne reste gu�re de steppe � l��tat naturel en raison de l�intense colonisation de la r�gion, mais les Ukrainiens conservent, sous la forme d�un parc national, la r�serve d�Askania-Nova, o� les v�g�taux et les animaux ont la possibilit� de se reproduire. D�autres lambeaux de steppe apparaissent sur les sables sublittoraux et en direction du Don, o� le climat devient plus sec.</p><p>L�Ukraine n�est cependant pas</p><p>qu�une r�gion steppique. M�me peu prononc�, le relief apporte un �l�ment de diversit�. Une vaste plaine s��tend des bords de la mer Noire au parall�le de Nikopol. Au nord s��l�ve un plateau (les � hauteurs du Dniepr �) dont l�altitude varie de 200 m � plus de 300 m. La large vall�e du Dniepr forme un beau ruban alluvial, parfois mar�cageux.</p><p>Tout au nord, les affluents de la rive droite du Pripiat (Pripet), les marais et la for�t qui leur est li�e annoncent les plaines de la Bi�lorussie.</p><p>On distingue de plus des r�gions bien d�limit�es. � l�est de la plaine steppique, le bombement du Donets ou du Donbass* correspond � la zone houill�re, o� les mines sont creus�es dans le substratum primaire � peine voil� de d�p�ts r�cents : les altitudes d�passent 350 m. Tout au sud, la presqu��le de Crim�e, rattach�e avant la guerre � la r�publique de Russie, et apr�s � celle d�Ukraine, se compose de deux parties : au nord, une plaine steppique tr�s s�che, parfois mar�cageuse, reli�e au continent par l�isthme de Perekop ; au sud, dominant la mer Noire, les montagnes des ia�la (p�turages d��t�) d�-</p><p>passent 1 500 m, pr�sentant leur pente</p><p>douce vers la steppe, leur pente abrupte au-dessus du littoral.</p><p>� l�ouest, les �l�ments du relief sont plus vari�s encore. Le Dniestr creuse une vall�e profond�ment encaiss�e dans les plateaux et collines de Podolie et de Volhynie, qui n�atteignent pas l�altitude de 500 m. Le plateau de Podolie est un fragment de massif ancien recouvert d�une table crayeuse, entaill�e par de nombreuses vall�es et dominant les marais du nord de l�Ukraine et le bassin de Lvov d�une belle c�te (ou cuesta) : les Gologory. La Volhynie est, � ses pieds, une plaine partiellement recouverte de loess o� s�est d�velopp�e la grande culture. La Ruth�nie subcarpatique (l�ex-Ruth�nie, qui faisait partie de la R�publique tch�coslovaque avant la guerre), seul pays sovi�-</p><p>tique au-del� des Carpates, comprenant une partie, il est vrai tr�s faible, de la plaine pannonienne, est un pays de montagnes de flysch � qui forment ici un ensellement dans le fa�te carpatique</p><p>� et de collines n�og�nes couvertes de vergers. La Bucovine, qui appartenait avant la guerre � la Roumanie, est un pays de collines couvertes de for�ts, de vergers et de vignobles. Si on ajoute la Volhynie et le territoire de Lvov, on voit l�importance �conomique des pays annex�s, formant ce qu�on peut appeler la p�riph�rie de l�Ukraine classique.</p><p>Le midi de l�U. R. S. S.</p><p>L�Ukraine est situ�e au sud de la Russie. Son nom signifie (par rapport � Moscou) � les confins �. Malgr� les caract�res continentaux de l�hiver, aux nombreuses journ�es de gel, l��t� est pr�coce et tr�s chaud, l�automne ensoleill� et tardif. C�est ainsi que le coton et le riz, plantes subtropicales, peuvent �tre cultiv�s, gr�ce � l�apport de l�irrigation, sur les bords de la mer Noire et en Crim�e. En revanche, les ceps de vigne doivent �tre enterr�s durant la mauvaise saison. La seule r�gion qui b�n�ficie d�hivers relativement doux est le littoral (la � Riviera �) de Crim�e (les agrumes et l�olivier sont toutefois absents).</p><p>Les caract�res du Midi ne se reconnaissent pas seulement aux cultures.</p><p>Ils se d�c�lent dans l�architecture des</p><p>villes, la mentalit� des paysans, les particularismes du folklore, la langue, diff�rente du russe, la pr�sence d�une belle fa�ade maritime o� les activit�s �conomiques, comme le cosmopolitisme de la population, apportent des aspects �trangers � la Russie.</p><p>C�est pourquoi ces pays de steppe, parcourus par les nomades et guerriers depuis l�effondrement de la premi�re Russie, la � Russie ki�vienne �, disparue sous les coups des Tatars au XIIIe s., ont fait l�objet de convoitises. Les Polonais les ont occup�s. Catherine II y transf�re des colons-paysans, et cette province devient aux XVIIIe et XIXe s. la</p><p>� Russie mineure � ou la � Nouvelle Russie �. Terre de colonisation relativement r�cente, peupl�e de paysans charg�s de d�fricher la steppe, elle downloadModeText.vue.download 15 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11226</p><p>devient le grand pays � c�r�ales (bl� et orge) de la Russie tsariste ; elle en exporte par les ports de la mer d�Azov et de la mer Noire, dont Odessa, fond�e par un �migr� fran�ais, le duc de Richelieu. La liaison par chemin de fer avec Moscou, la fondation de la base navale de S�bastopol, l�activit� due � la culture et au commerce des c�r�ales, l��tablissement des premi�res stations de vill�giature le long de la Riviera t�moignent de la volont�, � la fin du XIXe s. et au d�but du XXe s., d�int�grer � la Russie traditionnelle un pays riche offrant une fa�ade maritime. L�exploitation des richesses min�rales date �galement de la fin de la p�riode tsariste.</p><p>L�identit� des pays ukrainiens a �t� reconnue sous les Soviets par la cr�ation d�une r�publique d�Ukraine dont la capitale est Kiev.</p><p>Un pays agricole</p><p>L�Ukraine reste l�une des terres c�r�a-li�res les plus riches de l�Union. Les rendements du bl�, tr�s sup�rieurs � la moyenne de l�Union, d�passent 18 q/</p><p>ha. La r�publique assure le cinqui�me de la r�colte des c�r�ales. Cette culture ne va pas sans difficult�s. Les terres noires ne sont pas in�puisables et il faut</p><p>leur fournir des engrais, encore insuffisants comme dans toute l�U. R. S. S.</p><p>Les s�cheresses, fr�quentes, abaissent les rendements. Le vent qui souffle du Kazakhstan (le soukhove�) apporte des nuages de poussi�re qui retombent sur les villages et les cultures. L��rosion creuse dans la steppe des ravins de forme lin�aire ou arrondie (ovrag).</p><p>L��rosion des sols cause des d�g�ts difficilement r�parables. C�est une des raisons pour lesquelles on a substitu�, � la monoculture du bl�, divers syst�mes de polyculture. Enfin, les sols sont de qualit� in�gale : 45 p. 100 sont des terres noires, 23 p. 100 des sols bruns forestiers, 16 p. 100 des podzols, rend-zines et gleys, 6 p. 100 des sols squelettiques. C�est pourquoi l�Ukraine consomme la moiti� des engrais am-moniaqu�s de l�U. R. S. S.</p><p>Les types et syst�mes de cultures et d��levage s�ordonnent en fonction de la latitude, de la couverture v�g�tale et de la qualit� des sols. Un � cadastre d�utilisation des cultures � a �t� �tabli, sp�cialement en Ukraine, dans le dessein de favoriser la localisation optimale des productions. On distingue plusieurs zones du nord au sud, chacune d�elles �tant marqu�e par la pr�pond�rance d�une culture. Au nord dominent encore, comme en Bi�lorussie, le seigle et le sarrasin, auxquels s�associe la pomme de terre. Sur les terres drain�es, les cultures fourrag�res et les prairies permettent l��levage du gros b�tail. Au centre s�allonge la zone de la betterave � sucre, cultiv�e en assolement avec le bl� ou des ol�agineux comme le ricin. Au sud s��tend la v�ritable zone du froment : la moiti� est sem�e en automne, dans les r�gions occidentales surtout, l�autre, dans les r�gions orientales, qui annoncent les steppes de la Volga, au printemps. Une partie se compose de bl� dur, autrefois en majeure partie export�. Le bl� s�ins�re dans un assolement complexe o� entrent aussi des plantes fourrag�res, la betterave � sucre, le tournesol (plante ukrainienne par excellence) et le ma�s (introduit sous Khrouchtchev), qui, tout en remontant dans la zone septentrionale, ne couvre que de 5 � 20 p. 100 des superficies ensemenc�es. La partie m�ridionale est un vaste p�rim�tre d�irrigation : au sud du r�-</p><p>servoir de Kakhovka et dans la moiti� orientale des steppes de Crim�e. Sur des centaines de milliers d�hectares, on a commenc�, outre les cultures du coton et du riz, celle de plantes mara�-</p><p>ch�res, fruiti�res ou fourrag�res. Enfin, la � Riviera � de Crim�e est justement c�l�bre par la qualit� de ses vignobles tapissant les pentes de la montagne et s�avan�ant jusqu�au littoral. Celui de Massandra est le plus c�l�bre.</p><p>L�agriculture est plus vari�e encore r�gionalement ou localement dans ses productions. C�est ainsi que des villages sont sp�cialis�s dans la production : du tabac dans la r�gion du Dniepr moyen ; du colza, de la chicor�e et du houblon au nord-ouest, au contact avec la Bi�lorussie occidentale ; du tabac grossier appel� makhorka au nord-est ; des plantes aromatiques et m�dicinales surtout en Crim�e et dans la r�gion du Boug inf�rieur.</p><p>Dans l�ensemble, l�Ukraine est un pays de kolkhozes de taille moyenne par rapport � l�Union, englobant un ou quelques villages. Les sovkhozes se composent de stations exp�rimentales, de p�pini�res et de plantations, de centres d��levage mod�les ou de cultures sp�ciales. C�r�ales et betterave � sucre sont les productions dominantes.</p><p>L�Ukraine industrielle</p><p>L�Ukraine est l�un des plus anciens foyers, la premi�re � base � industrielle de l�U. R. S. S., la seule, avec l�Oural, de la Russie tsariste.</p><p>Il faut distinguer trois bassins avec trois types d�industries. Le premier est fond� sur la houille. C�est le Donets, ou Donbass, qui s��tend en majeure partie en Ukraine. Le massif se compose de deux anticlinaux O.-N.-O. - E.-S.-E. et de deux synclinaux dans le carbonif�re moyen, o� se trouvent les couches les plus abondantes, atteintes ais�ment par des forages � travers la couverture tertiaire. Ainsi d�fini, il s��tend sur plus de 60 000 km 2, soit plus de 600 km d�ouest en est, de 70 � 170 km du nord au sud. Les r�serves utilisables sont �valu�es � 190 milliards de tonnes (2,4 p. 100 de celles de l�U. R. S. S.),</p><p>et les r�serves prospect�es � plus du quart de celles de l�U. R. S. S. La production annuelle passe de 120 000 t en 1860 � 25 Mt en 1913, 83 en 1940, 80</p><p>en 1950, 200 Mt actuellement. Le tiers de la production comme des r�serves se compose d�anthracites.</p><p>Une �norme agglom�ration hu-</p><p>maine, d�bordant donc le cadre de la r�publique, a �t� cr��e, comprenant plus de 8 millions d�habitants, une densit� de 600 habitants au kilom�tre carr�, 60 villes et plus de 250 � agglom�rations de type urbain �. C�est, en fait, une vaste conurbation comprenant 25 villes de plus de 100 000 habitants pr�sentant peu de diff�rences entre elles, tant dans le paysage urbain que dans la production.</p><p>La deuxi�me r�gion industrielle</p><p>est celle du Dniepr inf�rieur. Elle est en voie de formation et peut encore s��tendre. Elle repose avant tout sur la pr�sence d�un tr�s riche bassin de minerai de fer, celui de Krivo� Rog, premier centre mondial d�extraction du minerai : 4 Mt en 1927, plus de 50 Mt actuellement. Le minerai se trouve depuis la surface jusqu�� une profondeur de 1 500 m et a une teneur de 40 � 60 p. 100 selon les veines. Ses r�serves permettront l�extraction pendant des dizaines d�ann�es. Une partie du minerai est envoy�e vers les combinats sid�rurgiques du Comecon, une autre, vers le Donbass, o� les hauts fourneaux sont situ�s sur le bassin houiller, une troisi�me partie vers les aci�ries du Dniepr. En effet, le second facteur de d�veloppement de la r�gion r�side dans l��quipement hydro�lectrique du Dniepr sous la forme d�escaliers de centrales, comme sur la Volga. D�aval en amont, on recense la centrale et le barrage-r�servoir de Kakhovka, puis la c�l�bre centrale dite � L�nine � du Dnieprogues, ou Dnieprostro�, celle de Dniepropetrovsk en aval du barrage du m�me nom, celle de Krementchoug,</p><p>enfin celle de Kiev en amont de la ville.</p><p>Les eaux, notamment celles du barrage de Kakhovka, servent �galement � l�irrigation et au ravitaillement en eaux urbaines et industrielles. Chaque r�servoir est devenu un centre de loisirs et de vacances. La production totale d��lectricit� hydraulique passe de</p><p>2 TWh en 1940 � 15 TWh en 1970 (soit le dixi�me de la production �lectrique totale de toute l�Ukraine).</p><p>Or, la r�gion industrielle du Dniepr s�est d�velopp�e � partir de l�utilisation du courant bon march�. Un autre type de sid�rurgie a fait son apparition, celle des aciers �lectriques et des aciers sp�ciaux. Zaporojie est la ville de l��lectrom�tallurgie et de l��lectrochi-mie, le si�ge d�une des grandes usines d�aluminium (install�e en partie par Pechiney) de l�U. R. S. S. Dniepropetrovsk et Dnieprodzerjinsk fournissent de l�acier Martin. Zaporojstal produit des t�les pour carrosserie automobile et l��lectrom�nager. D�autres combinats se sont r�cemment cr��s dans cette nouvelle zone industrielle : papier, cellulose, industries l�g�res et m�me une fabrique de voitures de tourisme appel�es Ialta. Au total, plusieurs millions d�habitants et une production de plusieurs millions de tonnes d�acier.</p><p>downloadModeText.vue.download 16 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11227</p><p>Ces deux Ukraines industrielles, la traditionnelle et la moderne, peuvent se rejoindre, gr�ce � la localisation d�autres productions et � leur diversification : c�est ainsi qu�on a d�couvert du mercure dans le Donbass, des charbons bruns � l�ouest du Dniepr et en Volhynie, du titane en plusieurs points, du graphite dans la vall�e du Boug moyen, et que le vieux gisement de mangan�se de Nikopol, sur le Dniepr inf�rieur, est toujours en activit�, ainsi que les mines de fer de Kertch, � l�ex-tr�mit� orientale de la presqu��le de Crim�e. L�Ukraine est une des r�gions les plus riches de l�Union, au point de vue minier et industriel.</p><p>Un troisi�me type de base indus-</p><p>trielle se constitue aujourd�hui. Il s�agit des gisements de gaz r�cemment d�-</p><p>couverts. D�j�, l�U. R. S. S. avait apr�s la guerre acquis le gisement autrefois polonais de Lvov, fournissant surtout du gaz naturel. Depuis une dizaine d�ann�es ont �t� mis en exploitation des gisements plus puissants : dans la r�gion du Dniestr sup�rieur, celui de</p><p>Dachava ; au sud de Kharkov, celui de Chebelinka.</p><p>Ils sont li�s entre eux par un long gazoduc qui se ramifie en Ukraine m�ridionale (gazoduc Chebelinka-Nikola�ev), l�un et l�autre gisement envoyant une partie de leur production � Moscou. Les deux gisements assurent une production de 68 milliards de m�tres cubes, ce qui repr�sente le quart de la production de l�U. R. S. S.</p><p>en 1974 (contre 1,5 en 1950), auxquels s�ajoutent une quinzaine de millions de tonnes de p�trole. L�industrie du gaz n�emploie pas un grand nombre de salari�s, mais elle cr�e un nouveau type d�industrie.</p><p>Population et villes</p><p>�prouv�e par la Seconde Guerre mondiale, la population a retrouv� son niveau de 1940 au recensement de</p><p>1951. Elle doit atteindre 50 millions � la fin des ann�es 1970. Le taux de croissance est l�g�rement inf�rieur � celui de l�Union tout enti�re, mais su-p�rieur � celui de la r�gion du centre de la Russie, de l�Oural, et est comparable � celui des �tats baltes.</p><p>L�Ukraine est d�coup�e en trois</p><p>� grandes r�gions �conomiques �</p><p>d�importance d�mographique et g�ographique diff�rente. Ainsi, la r�gion du Donets et du Dniepr l�emporte par les densit�s, celle du Sud, en plein d�-</p><p>veloppement gr�ce � l�irrigation et la colonisation, par le taux de croissance.</p><p>La population de la r�publique est form�e pour les trois quarts d�Ukrainiens et, pour pr�s d�un cinqui�me, de Russes.</p><p>Les principales villes de l�Ukraine ont fait l�objet d�articles sp�ciaux � leur ordre alphab�tique : Kiev, sa capitale, Odessa, son plus grand port, Kharkov, sa grande ville industrielle.</p><p>Restent les villes moyennes et celles de la p�riph�rie occidentale.</p><p>La campagne ukrainienne est r�-</p><p>guli�rement ponctu�e de villes de quelques dizaines de milliers, parfois 100 000 habitants, chefs-lieux d�oblast, centres d�une r�gion agri-</p><p>cole, si�ges de coop�ratives, d�ateliers de r�paration de machines, d�instituts exp�rimentaux, d�industries classiques transformant les produits de la campagne ; certaines d�entre elles ont re�u des industries de d�centralisation, de sous-traitance ou forgent elles-m�mes leur propre industrie � partir de ressources agricoles ou min�rales. Ainsi, on peut citer Poltava, Vinnitsa, Jitomir, Rovno, Kamenets-Podolski, etc.</p><p>L�Ukraine p�riph�rique se compose de villes ayant fait partie des �tats voisins, annex�es par l�U. R. S. S., industrialis�es et en partie russifi�es. C�est le cas de Lvov, l�ancienne capitale de la Galicie, qui passe de 340 000 habitants en 1939 � pr�s d�un demi-million en 1970 et sp�cialise son industrie dans les transports automobiles, la m�canique de pr�cision, la radio et l��lectrom�nager. C�est le cas aussi de Tchernovtsy, l�ancienne Cern&#x103;u&#x163;i de la Bucovine roumaine, ou celui des petites villes de Ruth�nie devenues villes de carrefour ou de passage � travers les Carpates, qui pr�sentent ici leur ensellement le plus bas : Oujgorod, Moukatchevo.</p><p>On ne sait rien du destin de ces</p><p>villes, mais on peut penser qu�elles seront vivifi�es par un tourisme, encore incertain, qui ne demande qu�� se d�-</p><p>velopper, et par l�implantation d�industries utilisant l��nergie de l�ol�oduc et du gazoduc qui les traversent.</p><p>A. B.</p><p>L�histoire</p><p>L�apparition de l�homme en Ukraine remonte au Pal�olithique inf�rieur. Les premi�res tribus se forment � l��poque du M�solithique. Du IVe au VIe s. apr.</p><p>J.-C., la r�gion entre le Dniepr et le Dniestr est habit�e par des tribus de Slaves orientaux, les Antes. Ceux-ci disparaissent ensuite des documents historiques, mais, d�s la seconde moiti� du IXe s., le terme Rous d�signe une nouvelle union des Slaves orientaux, d�o� na�tra l��tat russe ancien avec Kiev pour capitale.</p><p>Le premier prince connu est Oleg.</p><p>Au milieu du IXe s., le prince Igor (912-941 ou 945) et son �pouse Olga re�oivent le bapt�me. En 911, un trait�</p><p>sign� avec Byzance t�moigne de l�importance politique du prince de Kiev*, qui se fait appeler � prince de Rous �.</p><p>Sous les r�gnes de Sviatoslav Igore-vitch (957 ou 964-972) et de Vladimir Sviatoslavitch (980-1015), l��tat de Kiev s��tend consid�rablement. Vladimir, consid�r� comme le fondateur de la dynastie, r�alise l�union de tous les territoires des Slaves orientaux et les incorpore � l�empire de Kiev. Il re�oit le bapt�me vers 988 et christianise son empire. L�importance du clerg� se fait vite sentir dans tous les domaines. Le rapprochement de Kiev et de Byzance favorise l�extension de la civilisation slavo-byzantine dans tout l�empire.</p><p>Du r�gne de Iaroslav Vladimirovitch (1019-1054) date le premier recueil de lois, la Rousska�a Pravda, reflet de l��volution des rapports f�odaux et de la lutte de classes dans la Russie ancienne. Les luttes dynastiques, le congr�s des princes � Lioubetch en 1097 favorisent le d�clin de la supr�-</p><p>matie de Kiev, qui s�ach�vera avec l�invasion tatare.</p><p>Un mouvement important de la po-</p><p>pulation s�effectue du bassin du Dniepr vers le nord-ouest et vers l�ouest.</p><p>Trois nouvelles grandes procinces se forment : la Galicie et la Volhynie � l�ouest et celle de Rostov-Souzdal au nord. En 1199, Roman Mstislavitch, prince de Volhynie, unit la Galicie et la Volhynie. En 1240, Kiev est an�antie par les Tatars ; le m�tropolite quittera la ville en 1299 pour s�installer dans le Nord, � Vladimir. Le prince Daniel Romanovitch Galitski (1201-1264), fils de Roman, couronn� en 1253, est vaincu en 1264 par les Tatars. Pendant deux si�cles, la Galicie, ou � Petite-Russie �, b�n�ficie de l��migration de l��lite ukrainienne et est influenc�e par l�Occident et l��glise de Rome.</p><p>La domination lituano-polonaise</p><p>Entre-temps, le nouvel �tat lituanien, sous la dynastie de G�dymin (1316-1341), soumet les pays blancs-russiens et ukrainiens. Kiev sera annex�e en 1363. Casimir III* le Grand, roi de Pologne, s�empare en 1349 de la Galicie et de la Volhynie occidentale. La politique d�extension territoriale suivie par les princes lituaniens est arr�t�e net par le trait� de Krevo (ou Krewo), en</p><p>1385, qui unit � � perp�tuit� � la couronne de Pologne les pays lituaniens et de Rous �. Ce trait� aura de lourdes cons�quences sur le destin de l�Ukraine pour une longue p�riode. Si les princes lituaniens conservent leur souverainet� en Ukraine orientale et adoptent les anciennes coutumes ki�viennes, l�Ukraine occidentale subira de plus en plus la polonisation, consacr�e par le rescrit de 1434. Au cours des XVe et XVIe s., la vie culturelle de l�Ukraine se d�place en Volhynie, r�gion moins expos�e et mieux d�fendue.</p><p>De 1480 � 1530, l�Ukraine orientale est sans cesse assaillie par les Tatars et est l�objet des pr�tentions moscovites.</p><p>La Pologne profite de cet affaiblissement, et, le 1er juillet 1569, l�Union de Lublin consacre d�finitivement l�union de la Pologne et de la Lituanie*. Cette derni�re ne garde que la Bi�lorussie, alors que la Pologne obtient la plus grande partie du territoire ukrainien.</p><p>L�organisation sociale de l�Ukraine est totalement transform�e : les postes administratifs clefs passent aux mains des Polonais ; l�aristocratie se polonise ou perd ses droits et, de plus, seuls les catholiques sont citoyens. L�Ukraine devient un grand producteur et exportateur de bl� ; l�oppression des paysans par les nobles polonais se fait plus lourde. Le concile de Brest-Litovsk, en 1596, unit l��glise ukrainienne � Rome. Il se forme alors en divers points de l�Ukraine et surtout � Lvov des organisations culturelles pour sauvegarder la vie nationale et la religion orthodoxe. Cet �lan marque la premi�re Renaissance ukrainienne. La situation confuse et agit�e explique l�appel des orthodoxes de l�Ukraine orientale aux organisations cosaques et la recherche de la protection de Moscou.</p><p>L��pop�e cosaque</p><p>La setch des Cosaques* Zaporogues se forme au milieu du XVIe s. Arm�e bien organis�e et ind�pendante, elle commence � inqui�ter le gouvernement lituano-polonais, qui cr�e, sans beaucoup de succ�s, un corps officiel de Cosaques � enregistr�s �, command� downloadModeText.vue.download 17 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11228</p><p>par un chef polonais. Une �migration venant de l�Ukraine orientale s�op�re au-del� du Dniepr, o� se forment des villages de paysans libres : c�est la Slobodska�a Oukraina (en ukrainien Slobidska). La population se r�fugie dans les organisations cosaques pour b�n�ficier de leur immunit�. L�hetman �lu devient le chef de toute l�Ukraine orientale. Kiev est, vers 1615, de nouveau un centre intellectuel et eccl�siastique important.</p><p>L�hetman Piotr Konaszewicz-Sa-</p><p>hajdaczny� (en russe P. Saga�datchny) pense un moment obtenir, en r�compense de son aide � la Pologne dans la guerre avec la Turquie en 1621, le r�tablissement de la hi�rarchie orthodoxe � Kiev. D��u, le m�tropolite de Kiev demande en 1625 l�aide de Moscou.</p><p>Apr�s la d�faite des Cosaques par les Polonais en 1638, 6 000 Cosaques sont enregistr�s, et la population doit se soumettre aux seigneurs. Cette situation, mal support�e, durera jusqu�en 1647. La population de la Slobodska�a Oukraina, m�contente, se rapproche de l��tat moscovite.</p><p>Au d�but de 1648, sous le comman-</p><p>dement de Bogdan Khmelnitski (1595-1657), de la setch des Zaporogues, commence le soul�vement national de tout le bassin du Dniepr. Les Cosaques remportent contre les Polonais une premi�re victoire � Korsoun le 26 mai 1648. Mais la Volhynie et la Galicie subissent l�assaut polonais, et l�accord de Zborov (18-20 ao�t 1649) ne c�de rien aux revendications cosaques.</p><p>Khmelnitski demande l�aide du tsar.</p><p>En 1653, le Zemski Sobor de Mos-</p><p>cou d�cide � de prendre sous sa haute protection l�arm�e zaporogue � ; le trait� de Pere�aslav (8 janv. 1654) �tablit la suzerainet� du tsar sur l�Ukraine orientale. Mais les Cosaques n�ont plus le droit d�administrer le territoire, et la population ainsi que le clerg� d�-</p><p>pendent de Moscou. Le trait� de Ga-diatch en 1658 met fin � la politique d�h�sitation des hetmans et partage l�Ukraine en deux : la partie orientale revient � la Russie, la partie occiden-</p><p>tale � la Pologne. Le peuple, d��u et divis�, subit le contrecoup d�une politique incertaine. L�Ukraine est consid�rablement affaiblie.</p><p>Toute la vie nationale de l�Ukraine se porte sur la rive gauche du Dniepr, et Moscou poursuit sa politique de centralisation. Le peuple, tiraill� entre les chefs cosaques et les agents du tsar, aspire au calme. Ivan Stepanovitch Mazepa, ou Mazeppa (1644-1709),</p><p>hetman vers 1687, apporte une relative tranquillit� � la r�gion. Sa politique ext�rieure balance un moment entre Pierre* le Grand et Charles XII* de Su�de. En 1708, Mazeppa s�allie � la Su�de, esp�rant obtenir l�ind�pendance de l�Ukraine. Apr�s la d�faite de Poltava en 1709, la r�pression de Moscou est terrible. L�Ukraine se retrouve plus soumise que jamais. Mazeppa est excommuni� et s�enfuit en Turquie, o� une grande partie de la setch s�exile (elle y restera jusqu�en 1734).</p><p>Un oukase de Pierre le Grand interdit en 1720 la langue ukrainienne, et, en 1722, le tsar cr�e un � Coll�ge petit-russien � charg� de surveiller l�hetman ; l�Ukraine devient administrativement une simple province de Russie.</p><p>La Slobodska�a Oukraina, n�ayant pas d�hetman, d�pend du repr�sentant du tsar, qui s�installe � Bielgorod. Au cours de la p�riode couvrant le r�gne de Pierre II (1727-1730) jusqu�� celui d��lisabeth (1741-1762), l�Ukraine retrouve quelques libert�s, mais le pays est tr�s affaibli. La Russie, en supprimant, en 1755, les droits de douane avec l�Ukraine, annexe �conomiquement cette r�gion. Les r�glements de 1760 assujettissent la paysannerie � l�aristocratie cosaque.</p><p>Fin de l�autonomie ukrainienne</p><p>Abolissant l�hetmanat en novembre 1764, Catherine II* le remplace par un deuxi�me � Coll�ge petit-russien � et, en 1775, liquide la setch des Zaporogues. En 1781 est parachev�e la fin de l�organisation autonome de l�Ukraine, et, en 1783, un oukase lie d�finitivement le paysan � la terre. En 1786, les biens de l��glise ukrainienne sont s�cularis�s.</p><p>L�Ukraine occidentale au XVIIIe s. est soumise � la noblesse polonaise. La r�gion est affaiblie par une politique �conomique incoh�rente. L�activit� intellectuelle est presque nulle. Le mouvement populaire des Ga�damak na�t.</p><p>Les partages successifs de la Po-</p><p>logne en 1772, 1793 et 1795 remo-</p><p>d�lent l�Ukraine : � l�Autriche-Hongrie reviennent la Galicie, la Bucovine et l�Ukraine subcarpatique ; � la Russie, la Ki�vie, la Volhynie occidentale, la Podolie et la Bi�lorussie occidentale.</p><p>Ce nouveau partage modifie peu la vie nationale, sociale ou administrative du peuple ukrainien. Un retour � l�autonomie ukrainienne est �bauch� sous le r�gne du fils de Catherine II, Paul Ier (1796-1801). La litt�rature devient le reflet de la vie nationale : les premiers chants de l��n�ide travestie, d�Ivan Petrovitch Kotliarevski (1769-1838), sont publi�s en 1798 en langue ukrainienne.</p><p>La renaissance ukrainienne</p><p>Alexandre Ier* reprend la politique de Catherine II, mais une conscience nationale se d�veloppe.</p><p>Des universit�s et des lyc�es sont cr��s entre 1804 et 1835. L�intelligentsia ukrainienne compte parmi ses membres le po�te Tarass Grigorievitch Chevtchenko (1814-1861) et l�historien Nikola� Ivanovitch Kostomarov (1817-1885). En 1846 se forme la</p><p>� Confr�rie de Cyrille et M�thode �, dirig�e par Chevtchenko ; elle a pour but de r�aliser une future f�d�ration des peuples slaves sur la base d�une enti�re libert� et d�une compl�te autonomie des nationalit�s. D�nonc�e au printemps de 1847, elle subit une r�-</p><p>pression tsariste impitoyable qui arr�-</p><p>tera la vie litt�raire en Ukraine pendant plus de dix ans.</p><p>En Galicie occidentale, la fondation � Lvov, � la faveur de la r�volution de 1848-49, du � Grand Conseil ruth�ne �</p><p>marque la solidarit� des Ukrainiens de Galicie avec ceux de l�Empire russe.</p><p>Mais l�espoir de 1848 est de courte dur�e ; la noblesse polonaise reste ma�-</p><p>tresse de la Galicie, et la vie nationale ukrainienne stagnera de 1850 � 1860.</p><p>Sous Alexandre II*, apr�s la guerre de Crim�e de 1855, l�Ukraine russe conna�t une p�riode de calme ; les hommes politiques et litt�raires rentrent d�exil, et les revues reparaissent. Mais, apr�s l�insurrection polonaise de janvier 1863, la r�pression gouvernementale reprend : la circulaire de juin 1863, renforc�e par l�oukase de 1866, �tend la censure � toutes les publications en langue ukrainienne. La vie intellectuelle se transporte pour peu de temps � Lvov.</p><p>D��ue par Alexandre II, la jeu-</p><p>nesse ukrainienne commence � pen-</p><p>ser � la lib�ration nationale par la r�volution. Un professeur de l�universit� de Kiev, Mikha�l Petrovitch Dragomanov (1841-1895), fait des</p><p>adeptes par ses id�es nationales li�es aux revendications politiques et sociales. Les mouvements intellectuels sont en pleine effervescence : en 1873, la � Soci�t� Chevtchenko � est fond�e � Lvov. L�int�r�t que les historiens occidentaux portent au pays inqui�te le gouvernement tsariste : l�oukase d�Ems de 1876, qui interdit d�imprimer des ouvrages en ukrainien, restera en vigueur trente ans.</p><p>Les liens se resserrent entre Kiev et la Galicie. En 1882, une revue consacr�e � l�histoire de l�Ukraine, la Kie-vska�a Starina, est publi�e en russe ; elle produira pendant trente ans un travail �norme. Des soci�t�s secr�tes se forment : les gromadi (communaut�s). Dragomanov devient le</p><p>dirigeant de l�opposition radicale.</p><p>� la fin du XIXe s., le mouvement ukrainien a pris une grande ampleur sur le plan litt�raire, scientifique et artistique et est pass� des id�es � la pratique.</p><p>L��conomie elle aussi a �volu�.</p><p>En agriculture, le bl� et le sucre dominent. On peut parler de r�volution industrielle avec la houille du Donets et les mines de fer de Krivo� Rog. Un prol�tariat se forme, les villes grandissent, une bourgeoisie cultiv�e se manifeste. En 1860, l�Ukraine russe compte treize millions d�habitants.</p><p>Des cercles marxistes apparaissent d�s 1875 � Odessa, entre 1880 et</p><p>1890 � Kiev et � Kharkov ; en 1897,</p><p>� Kiev puis � Iekaterinoslav sont cr��es les � Unions de combat pour la lib�ration de la classe ouvri�re �, qui joueront un r�le important au premier congr�s du parti ouvrier social-d�mocrate de Russie (P. O. S. D. R.)</p><p>[mars 1898] � Minsk. En 1899, les Ukrainiens obtiennent l�introduction de la langue ukrainienne dans les �coles primaires. Cependant, les grands probl�mes sont maintenant � l��chelle de l�empire. Les partis politiques s�organisent : c�est ainsi que le parti ukrainien r�volutionnaire est fond� en 1900. Le mouvement paysan de 1902 et les gr�ves politiques de 1903 jouent un r�le important</p><p>dans la pr�paration de la r�volution de 1905-1907.</p><p>Lors de la guerre russo-japonaise de 1904, le gouvernement russe</p><p>cherche l�appui du mouvement</p><p>ukrainien : apr�s la promulgation de la Constitution russe le 17 octobre 1905, les restrictions de 1876 sont annul�es ; l�ukrainien sera reconnu comme langue nationale en f�vrier 1906.</p><p>De 1910 � 1914, le sort de l�Ukraine suit celui de l�empire tsariste. La politique r�pressive du gouvernement Stolypine frappe durement le mouvement national ukrainien.</p><p>La guerre civile</p><p>Apr�s la r�volution de f�vrier 1917, une dualit� de pouvoirs s�instaure en Ukraine. En mars 1917, une Rada</p><p>(conseil) centrale, organe de la bourgeoisie ukrainienne, pr�sid�e par l�historien Mikha�l Sergue�evitch downloadModeText.vue.download 18 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11229</p><p>Grouchevski (1866-1934), est cr��e � Kiev ; elle s�efforce d�obtenir l�autonomie ukrainienne. Cependant, le prol�tariat et la masse paysanne d�Ukraine participent activement</p><p>aux actions r�volutionnaires qui</p><p>se d�roulent dans l�ancien empire</p><p>tsariste. Le premier � ouniversal �</p><p>(r�glement) de la Rada (juin 1917) demande l�autonomie l�gislative</p><p>sans s�paration d�avec la Russie.</p><p>En novembre, la Rada annonce la</p><p>downloadModeText.vue.download 19 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11230</p><p>cr�ation de la R�publique populaire d�Ukraine.</p><p>Cependant, le pouvoir sovi�tique</p><p>est d�j� �tabli dans quelques r�gions de l�Ukraine ; le 11 (24) d�cembre, � Kharkov, le premier congr�s pa-nukrainien des Soviets proclame la R�publique sovi�tique d�Ukraine ; le 9 (22) janvier 1918, la Rada centrale proclame l�ind�pendance totale de l�Ukraine.</p><p>Alors commencent des soul�vements arm�s dans tout le pays ; les forces bolcheviques occupent les grandes villes et sont � Kiev le 26 janvier (8 f�vr.) ; la Rada centrale se r�fugie en Volhynie. Elle signe, le 9 f�vrier 1918, � Brest-Litovsk, un trait� de paix s�par� avec l�Allemagne et l�Autriche-Hongrie qui donne le droit � ces deux �tats d�occuper l�Ukraine, ce qui est effectif en avril. La Rada est chass�e � la fin d�avril par l�occupant, qui restaure l�hetmanat et met � sa t�te Pavel Petrovitch Skoropadski (1873-1945). C�est le point de d�part d�un formidable soul�vement populaire national. Le 13 novembre 1918, le gouvernement de Russie sovi�tique annule le trait� de paix de Brest-Litovsk ; en d�cembre 1918, l�hetmanat tombe ; le 14 d�cembre se reconstitue un �tat antibolchevique �ph�m�re, sous la direction de Simon Vassilievitch Petlioura (1877-1926), �lu Pr�sident du Directoire de la R�-</p><p>publique nationale d�Ukraine, qui annonce en janvier 1919 sa r�union avec la R�publique populaire d�Ukraine occidentale (ex-Galicie), cr��e d�s octobre 1918.</p><p>� la fin de 1918, les troupes sovi�-</p><p>tiques se battent en Ukraine orientale contre les troupes de l�Entente, celles de l�arm�e blanche du g�n�ral Deni-</p><p>kine (1919) et les troupes anarchistes de Nestor I. Makhno (1884-1934). Le pays, lib�r� par les troupes sovi�tiques, subit les attaques de la Pologne, qui reconna�tra, par l�accord de paix de Riga (mars 1921), la R�publique socialiste sovi�tique d�Ukraine (v. polono-so-vi�tique [guerre]). Puis le pays subit les attaques contre-r�volutionnaires des troupes de l�arm�e blanche du g�n�ral Wrangel jusqu�au d�but de novembre 1920.</p><p>L�Ukraine sovi�tique</p><p>Apr�s la guerre civile s��bauche la r�organisation du pays. Le 30 d�-</p><p>cembre 1922, la R. S. S. d�Ukraine participe � la fondation de l�Union des r�publiques socialistes sovi�tiques.</p><p>D�s ao�t 1923, l�ukrainisation est officielle dans tous les domaines. En 1934, la capitale de l�Ukraine est transf�r�e de Kharkov � Kiev.</p><p>En 1925-26, l��conomie du pays se r�tablit. La collectivisation est r�alis�e dans la r�publique au 1er f�vrier 1930</p><p>pour 31 p. 100 des foyers paysans et fin 1932 pour 70 p. 100. Au terme du premier plan quinquennal, la production nationale s�est accrue de 72 p. 100. �</p><p>la fin du deuxi�me quinquennat (1937), la production industrielle en Ukraine atteint celle de la Russie d�avant la r�-</p><p>volution. � la m�me �poque, les kolkhozes regroupent 96 p. 100 des foyers paysans.</p><p>Sur le plan culturel, l�Ukraine s�est d�velopp�e d�une fa�on significative avec l�accroissement du nombre d��tablissements d�enseignement et de nombreuses publications en ukrainien.</p><p>Le 5 d�cembre 1936 est appliqu�e la nouvelle constitution de l�U. R. S. S., et, � la fin de janvier 1937, la constitution de la R. S. S. d�Ukraine. Le 2 novembre 1939, l�Ukraine occidentale, annex�e par la Pologne en 1921, est recouvr�e.</p><p>L�expansion �conomique du pays et sa r�organisation sociale et culturelle sont arr�t�es le 22 juin 1941 par la Seconde Guerre mondiale ; une �vacuation massive est effectu�e vers l�est. En 1942, les troupes allemandes occupent</p><p>l�Ukraine : 4,5 millions d�Ukrainiens p�riront, 2 millions seront envoy�s dans les camps de concentration en Allemagne. Les troupes sovi�tiques lib�rent Kharkov le 23 ao�t 1943, Kiev le 6 novembre, Odessa le 10 avril 1944, Lvov le 27 juillet. En octobre 1944, tout le territoire de l�Ukraine sovi�-</p><p>tique est lib�r�.</p><p>Cinq ans apr�s la guerre, l��conomie de la r�publique a retrouv� son niveau de 1940. L�Ukraine participe � part enti�re � la fondation de l�O. N. U.</p><p>(1945). Le 22 mai 1954, en comm�moration du tricentenaire de la r�union de l�Ukraine � la Russie, la r�publique est d�cor�e de l�ordre de L�nine ; en 1954, elle entre � l�Unesco.</p><p>N. R.</p><p>F Cosaques / Donbass / Kharkov / Kiev / Odessa / R�volution russe de 1917 / Russie / Tatars /</p><p>U. R. S. S.</p><p>&amp; M. Hruchevsky et A. Choulguine, Cours d�histoire de l�Ukraine (Impr. ukrainienne en France, 1959). / K. Doubina, Histoire de la RSS</p><p>d�Ukraine (en russe, Kiev, 1969 ; 2 vol.). / R. Portal, Russes et Ukrainiens (Flammarion, 1970).</p><p>La Ruth�nie</p><p>subcarpatique</p><p>R�gion d�Europe orientale appel�e aussi Russie subcarpatique (Podkarpatskaia Rous), Ukraine subcarpatique. Soumise � la Hongrie jusqu�en 1918, elle est rattach�e � la Tch�coslovaquie de 1918 � 1945, et annex�e apr�s cette date � l�Ukraine sovi�tique.</p><p>ORIGINES</p><p>Avant 1918, cette r�gion n�a jamais form� une unit� politique. Carrefour de peuples, elle semble avoir �t� peupl�e d�s le IXe s.</p><p>par des Slaves, les Ruth�nes, comme le prouve la toponymie. Apr�s le Xe s., elle est occup�e par les Hongrois, qui en font une � marche contre les Ruth�nes �. Au cours des si�cles, des colons allemands et roumains s�y installent. Les Juifs y sont pr�sents d�s le haut Moyen �ge, mais ils arrivent surtout en grand nombre au XVIe et au XVIIe s. de la Galicie.</p><p>C�est aussi un carrefour de religions.</p><p>Les Hongrois sont plus souvent calvinistes que catholiques. Les Ruth�nes, de religion orthodoxe, sont touch�s au XVIIIe s. par le mouvement uniate. En 1652, au synode d�Ungv�r (Oujgorod), l��v�que de Munk�cs (Moukatchevo) signe un acte d�union avec Rome, tout en conservant l�ancienne liturgie orthodoxe.</p><p>En 1849, les troupes russes de Nicolas Ier passent les cols des Carpates pour aider � l��crasement de l�insurrection hongroise et contribuent � entretenir dans la population slave un sentiment russophile. Le gouvernement de Vienne accorde alors une relative autonomie aux quatre comitats ukrainiens. Un Ruth�ne, Adolf Dobr-janskij (1817-1901), qui avait accompagn� les troupes russes comme commissaire imp�rial autrichien, repr�sente ces tendances autonomistes et, en 1875, il est le seul d�put� slave � la di�te de Hongrie. Le renouveau culturel est favoris� par l�installation � Oujgorod d�une acad�mie nationale. Mais, apr�s 1879, la Hongrie impose une politique de magyarisation brutale. En 1913, lors du proc�s de Marmoro�-Sziget, une centaine de paysans ukrainiens sont condamn�s.</p><p>Lorsque �clate la Premi�re Guerre mondiale, les troupes russes du g�n�ral Broussilov* passent les Carpates, � l�automne de 1914, et le pays sert alors de champ de bataille.</p><p>LE RATTACHEMENT � LA</p><p>TCH�COSLOVAQUIE*</p><p>Les Ruth�nes de Hongrie ont �migr� en grand nombre aux �tats-Unis, o� ils forment une colonie de 300 000 personnes.</p><p>Du 23 au 26 octobre 1918, lors du congr�s des nationalit�s opprim�es, � Philadelphie, �atkovi&#x10D;, d�l�gu� des Ruth�nes d�Am�-</p><p>rique, propose � Masaryk le rattachement de la Ruth�nie � la Tch�coslovaquie. Un pl�biscite organis� parmi les Ruth�nes d�Am�rique donne 67 p. 100 des voix en faveur de cette solution. Le Conseil national des Ruth�nes d�Am�rique demande, en d�cembre 1918, � Scranton (Pennsylvanie), l�entr�e dans l��tat tch�coslovaque.</p><p>Sur place, la situation est confuse � la fin de 1918. Trois conseils se forment : l�un, � Pre�ov, se prononce pour la Tch�-</p><p>coslovaquie ; l�autre, � Oujgorod, pour la Hongrie ; le troisi�me, � Khoust, pour</p><p>le rattachement d�une grande Ukraine.</p><p>�atkovi&#x10D;, venu des �tats-Unis, r�unit les trois conseils en un seul, � Oujgorod, du 8 au 16 mai 1919. Il se prononce pour le rattachement � la Tch�coslovaquie. Les trait�s de Saint-Germain et de Trianon ratifient cette adh�sion.</p><p>Pour la premi�re fois, la Ruth�nie subcarpatique forme donc une entit� politique. Dans l�Europe orientale balkanis�e, elle a une grande importance strat�gique, car elle contr�le les cols des Carpates. Elle donne � la Tch�coslovaquie une fronti�re commune avec la Roumanie. En m�me temps, elle coupe la Pologne de la Hongrie.</p><p>LA RUTH�NIE DE 1918 � 1938</p><p>En 1921, sur 604 000 habitants, il y a 62 p. 100 de Ruth�nes, 17 p. 100 de Hongrois, 13 p. 100 de Juifs, 1,7 p. 100 d�Allemands, seulement 3,3 p. 100 de Tch�coslovaques, le reste se r�partissant en diverses nationalit�s. Dans ce pays presque compl�tement couvert de for�ts, la population est employ�e � 71 p. 100 dans l�agriculture (82 p. 100 pour les Ruth�nes). Elle est pauvre, analphab�te (78 p. 100 pour les Ruth�nes). Les villes sont domin�es par l��l�ment hongrois et juif, qui y vit de formes archa�ques du commerce et de l�artisanat. La capitale administrative, Oujgorod (en tch�que U�horod), n�a que 27 000 habitants. Ainsi, la Tch�coslovaquie re�oit une r�gion arri�r�e et mis�rable qu�elle va tenter de faire entrer dans le monde moderne.</p><p>Le 10 septembre 1919, la Tch�coslovaquie s��tait engag�e � accorder l�autonomie � la Ruth�nie. Mais appliquer l�autonomie imm�diatement serait remettre le pouvoir politique aux Hongrois et le pouvoir �conomique aux Juifs. Le but de la politique tch�coslovaque est de sortir la population ruth�ne de sa passivit� et de cr�er une intelligentsia et des cadres politiques. Jusqu�en 1933, le gouvernement de Prague d�pense 1 600 millions de couronnes pour la mise en valeur du pays : cr�ation de routes, �lectrification, modernisation des villes. Un gros effort est fait pour l�enseignement. Le ruth�ne a �t� mis � �galit� avec le tch�que comme langue officielle. Mais ce n�est qu�une s�rie de dialectes, plus proches de l�ukrainien ou du slovaque selon les r�gions. La langue litt�-</p><p>raire enseign�e dans les �coles est l�ukrainien ou le russe. Plusieurs courants cultu-</p><p>rels se partagent la Ruth�nie, encourag�s tour � tour par les divers gouvernements.</p><p>Malgr� les efforts du gouvernement de Prague, le m�contentement politique se manifeste par 45 p. 100 de votes communistes en 1924. La crise �conomique aggrave le ch�mage. Apr�s avoir, en 1934, promis la r�alisation prochaine de l�autonomie, Bene�* donne par la loi du 8 octobre 1937 des pouvoirs plus �tendus au gouverneur.</p><p>LA CRISE DE 1938-39</p><p>Avec le d�membrement de la Tch�coslovaquie apr�s les accords de Munich (sept.</p><p>1938), la petite Ruth�nie subcarpatique devient brusquement un �l�ment de downloadModeText.vue.download 20 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11231</p><p>premier plan dans la rivalit� des grandes puissances.</p><p>Au d�but du mois d�octobre 1938, un gouvernement autonome est constitu�. La tendance russophile y domine avec son pr�sident Brody. Mais, d�s la fin du mois, le clan favorable � l�Ukraine, avec Mgr A. Volo�yn, prend la t�te du gouvernement.</p><p>La Hongrie, soutenue par la Pologne, veut l�annexion pure et simple du pays.</p><p>L�arbitrage de Vienne du 2 novembre 1938</p><p>lui donne les deux grandes villes, Oujgorod et Moukatchevo. Le gouvernement allemand a pr�serv� un petit �tat autonome autour de la nouvelle capitale, Khoust, et semble vouloir en faire un centre d�agitation en Ukraine, un point de d�part pour son expansion vers l�est. La Ruth�nie s�organise dans le style totalitaire, avec son parti unique, l�Union nationale ukrainienne, qui a 90 p. 100 des voix aux �lections de janvier 1939, et une milice arm�e, la setch. Le 14 mars 1939, Mgr Volo�yn proclame l�ind�pendance de la Ruth�nie.</p><p>Mais il est trop tard. D�s le lendemain, la Hongrie envahit tout le pays et, le 16 mars, proclame son annexion. Elle impose une dure politique de magyarisation ; les �lites ruth�nes doivent s�enfuir en Slovaquie ou en Union sovi�tique, o� les �migr�s sont arr�t�s pour espionnage.</p><p>LE SORT DE LA RUTH�NIE</p><p>EN 1944-45</p><p>Apr�s l�entr�e en guerre de l�Union sovi�-</p><p>tique, des unit�s tch�coslovaques se forment sur place. Apr�s novembre 1942, les Ruth�nes lib�r�s s�engagent dans les brigades du g�n�ral Ludv�k Svoboda, o� ils forment une grande partie de l�effectif.</p><p>Dans ses relations avec le gouvernement tch�coslovaque en exil � Londres, l�U. R. S. S. n��l�ve aucune revendication sur la Ruth�nie subcarpatique. En mai 1942, par un message d�Aleksandr Iefre-movitch Bogomolov � Bene�, l�U. R. S. S.</p><p>d�clare vouloir restaurer les fronti�res tch�coslovaques d�avant Munich. Dans le trait� d�amiti� sign� le 12 d�cembre 1943</p><p>par Bene� � Moscou, aucune allusion n�est faite � une possible r�vision des fronti�res.</p><p>Du 18 au 28 octobre 1944, les troupes sovi�tiques du quatri�me front ukrainien lib�rent la Ruth�nie subcarpatique sans que soient engag�es les brigades tch�coslovaques.</p><p>Des conseils populaires se forment avec les repr�sentants des anciens partis, au niveau des communes et des cantons. Lorsque, le 27 octobre 1944, arrive � Khoust le d�l�gu� du gouvernement de Londres, F. N&#x11B;mec, les autorit�s sovi�-</p><p>tiques l�emp�chent de prendre contact avec la population. En novembre, un congr�s des comit�s populaires, de 600 membres, d�cide � de r�unir l�Ukraine subcarpatique � sa m�re patrie, la grande Ukraine sovi�tique, et de sortir des cadres de la Tch�coslovaquie �.</p><p>Le gouvernement Bene� ne d�sire pas entrer en conflit avec l�U. R. S. S., il cherche seulement � ajourner la d�cision finale apr�s la fin du conflit. D�s avril 1945, dans son programme de gouvernement de</p><p>Ko�ice, il se d�clare pr�t � abandonner la Ruth�nie.</p><p>Le 29 juin 1945, une d�l�gation tch�coslovaque que dirige le pr�sident du conseil, Zden&#x11B;k Fierlinger, vient signer � Moscou le trait� de cession de la Ruth�nie � l�Ukraine.</p><p>D�sormais, l�ancienne Ruth�nie formera en Ukraine � la r�gion subcarpatique �.</p><p>B. M.</p><p>&amp; J. Mousset, les Villes de la Russie subcarpatique, 1919-1938. L�effort tch�coslovaque (Droz, 1939). / V. Markus, l�Incorporation de l�Ukraine subcarpatique � l�Ukraine sovi�tique, 1944-1945 (Dnipro, Bruxelles, 1957).</p><p>ulc�re</p><p>Solution de continuit� avec perte de substance si�geant au niveau des muqueuses ou de la peau et �voluant de fa�on chronique.</p><p>Un ulc�re peut laisser passer</p><p>un �coulement : on parle alors de</p><p>� fistule �.</p><p>Il existe une infinie vari�t� d�ul-c�res observ�s en m�decine. Ils sont class�s et qualifi�s avant tout en fonction de leur si�ge anatomique et de leur �tiologie (causes, circonstances d�apparition).</p><p>Les principaux si�ges anatomiques des ulc�res sont : la peau (n�importe o�), les muqueuses des cavit�s naturelles (bouche, nez, pharynx, organes g�nitaux, anus, etc.), la corn�e oculaire, la muqueuse de tout le tube digestif, de l�arbre broncho-trach�al et du larynx, de l�appareil excr�to-urinaire.</p><p>y Les traumatismes. Un traumatisme unique est responsable d�une plaie qui �volue habituellement vers la cicatrisation. La non-cicatrisation et le passage � la chronicit� qui caract�risent l�ulc�re ne se voient gu�re que s�il se surajoute une autre �tiologie telle que l�infection ou l�isch�mie (d�faut d�irrigation).</p><p>Les traumatismes mod�r�s mais</p><p>r�p�t�s aboutissent � la formation d�ul-c�res ; il en est ainsi des ulc�rations de la joue ou de la langue en regard d�un chicot dentaire, des ulc�rations vaginales au contact d�un pessaire, des ulc�rations des pieds par frottement sur la chaussure ou d�un moignon d�amputation par frottement dans la proth�se, etc.</p><p>Enfin, certains traumatismes �lectriques ou chimiques, par la n�crose tissulaire qu�ils entra�nent, provoquent des plaies atones, c�est-�-dire sans ten-</p><p>dance � la cicatrisation et qui constituent un ulc�re.</p><p>y Les tumeurs. Une tumeur b�nigne peut faire �clater la muqueuse ou la peau qui se tend � sa surface et y provoquer un ulc�re ; il en est ainsi par exemple des ulc�res que l�on observe � la surface des tumeurs b�nignes du tube digestif.</p><p>Une tumeur maligne, ou cancer, entra�ne souvent une ulc�ration en d�truisant la peau ou la muqueuse. Cet ulc�re est une tumeur maligne ulc�r�e.</p><p>y L�infection. Un abc�s qui s�ouvre spontan�ment � l�ext�rieur ou dans un visc�re creux le fait en ulc�rant la peau ou la muqueuse. Dans le cas des abc�s froids tuberculeux ou mycosiques, ou dans celui des gommes syphilitiques ulc�r�es, l�ulc�re, qui ne tend qu�� s��tendre, a des caract�res particuliers qui permettent souvent de l�identifier par le simple examen clinique.</p><p>y L�isch�mie. Le d�faut d�irrigation sanguine entra�ne la n�crose (mortification locale) d�une zone de peau ou de muqueuse, n�crose qui, en s��liminant, laisse place � un ulc�re, car la cicatrisation n�est pas possible � partir de tissus isch�miques (non irrigu�s).</p><p>Le d�faut de vascularisation peut �tre d� � une insuffisance d�apport de sang par les art�res ou � une insuffisance de retour du sang dans les veines.</p><p>Cela s�observe essentiellement au niveau des pieds et des jambes. Les ulc�res de jambe de cause veineuse sont dus � l�existence des varices (ul-c�res variqueux). Ils si�gent d�abord dans le tiers inf�rieur de la jambe, au niveau de sa face interne, en regard de la veine saph�ne interne, mais ils peuvent s��tendre consid�rablement sur toute la jambe. Les ulc�res de cause art�rielle peuvent si�ger en n�importe quel point des extr�mit�s, mais le plus souvent au niveau des zones de point d�appui et de frottement. Ils s�accompagnent habituellement de douleurs importantes.</p><p>y Neuropathie (affection nerveuse).</p><p>Des ulc�res du pied, indolores et si�-</p><p>geant aussi aux points d�appui et de</p><p>frottement, et que l�on qualifie de</p><p>� maux perforants �, se voient dans le tab�s (neuropathie syphilitique), les my�lopathies (l�sions de la moelle �pini�re), le diab�te (� la neuropathie diab�tique s�associe une art�riolite diab�tique), les plaies du nerf sciatique, etc. On invoque dans leur pathog�nie un r�le trophique de certains nerfs et la perte de la sensibilit� dou-downloadModeText.vue.download 21 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11232</p><p>loureuse, qui ne permet plus aux tissus locaux de signaler leur souffrance.</p><p>y Ulc�res de causes complexes. Les plus connus des ulc�res, ceux qui si�gent au niveau de l�oesophage, de l�estomac et du duod�num, ne</p><p>rentrent pas dans ces cinq premiers chapitres. Leur pathog�nie est certainement plurifactorielle. On invoque dans leur survenue la fragilit� muqueuse, l�h�r�dit�, les agressions physiques et psychiques. Un seul fait certain est la provocation des ulc�res de l�oesophage et du duod�num par le suc gastrique acide : soit qu�il y ait arriv�e d�un suc trop riche en acide dans le duod�num, soit qu�il y ait reflux d�un suc gastrique m�me normal dans l�oesophage. Dans la plupart des ulc�res gastriques, au contraire, on ne retrouve pas d�hyperacidit� du suc gastrique.</p><p>Enfin, il est au niveau de l�estomac et du duod�num des ulc�rations aigu�s dites � de stress �, parce qu�on les observe quand l�organisme doit faire face � une agression grave : traumatisme cr�nien, br�lure �tendue, septic�-</p><p>mie, insuffisance r�nale aigu�, pouss�e aigu� d�insuffisance respiratoire, etc.</p><p>Ces ulc�res ont une forte propension � saigner et constituent une cause importante de mortalit� chez les malades des services de r�animation. La pathog�nie de ces ulc�rations gastriques est encore inconnue, bien qu�on sache les reproduire chez le rat en agissant sur son psychisme (ulc�re de contrainte) ou par des prises m�dicamenteuses.</p><p>J. T.</p><p>F Estomac / Veine.</p><p>&amp; P. G�rard, les Ulc�res de jambe de cause circulatoire (ESF, 1961). / P. Hillemand, Comment prescrire le traitement des ulc�res gastro-duod�naux et de leurs complications (ESF, 1962). / H. Weiner (sous la dir. de), Duodenal Ulcer (B�le, 1971). / R. Wiel, l�Ulc�re d�estomac (Laffont, 1975).</p><p>ultrason</p><p>Ph�nom�ne p�riodique dont la fr�-</p><p>quence est sup�rieure � celle de la limite physiologique d�audibilit�.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Le seuil de la bande utilisable d�ultrasons est tr�s flou, car il d�pend, entre autres choses, de l��tat physiologique de chaque individu et de son �ge.</p><p>C�est la raison pour laquelle on consid�re qu�il se situe � des fr�quences de l�ordre de 20 � 25 kHz. On ne peut non plus d�finir la limite sup�rieure de la bande d�ultrasons, mais elle peut �tre tr�s �lev�e pour certaines applications.</p><p>Sous l�effet d�ultrasons, les �l�ments de la mati�re subissent des acc�l�rations �normes, m�me avec des amplitudes tr�s faibles : � 800 kHz, une amplitude de 1 � correspond � une acc�l�ration de 250 g. Il se produit alors une dissociation de la mati�re qui se traduit par des effets destructeurs, mais il s�agit l� de ce que l�on peut consid�rer comme un cas limite.</p><p>Applications</p><p>Pour des fr�quences beaucoup plus basses, les effets des ultrasons sur la mati�re sont innombrables. En traversant un corps, une partie de leur �nergie peut se d�grader en chaleur � l�in-t�rieur m�me de ce corps, et cet effet thermique assure un chauffage � coeur.</p><p>D�autre part, les ultrasons peuvent se r�fl�chir et revenir � leur point d��mission. Il est alors possible, avec un �quipement appropri�, d�explorer la surface d�un �l�ment et de d�celer la moindre irr�gularit�, ce qui permet d�effectuer un contr�le non destructif.</p><p>En chimie, les applications des ultrasons sont tr�s nombreuses, notamment</p><p>si l�on r�alise un brassage de substances diff�rentes. C�est ainsi qu�en photographie on peut obtenir des �mul-sions stables � partir de substances normalement non miscibles. De m�me, les ultrasons peuvent jouer le r�le de catalyseur en acc�l�rant certaines r�actions. Ils permettent le d�gazage des liquides. Dans les gaz soumis � des ultrasons, on observe un ph�nom�ne de coagulation des particules fines, dont la pr�cipitation apporte une solution au probl�me de la pollution par les suies et les fum�es.</p><p>Enfin, en biologie, on a pu lutter avec succ�s contre les bact�ries et les micro-organismes (st�rilisation du lait) et m�me envisager de v�ritables traitements th�rapeutiques.</p><p>L�application la plus spectaculaire des ultrasons s�apparente � celle du radar pour la mesure des distances en milieu marin ; on lui a donn� le nom de sonar (SOund Navigation And Ranging). Le premier, Paul Langevin*</p><p>r�alisa un tel sondeur au cours de la Premi�re Guerre mondiale pour la d�-</p><p>tection des sous-marins ennemis. Sch�-</p><p>matiquement, le sondeur comprend un g�n�rateur d�impulsions ultrasonores concentr�es en un �troit faisceau par un syst�me de projection qui les dirige vers le fond. Ces impulsions se r�fl�-</p><p>chissent et reviennent au r�cepteur, o� les deux signaux sont enregistr�s.</p><p>La vitesse de propagation dans l�eau de mer �tant de l�ordre de 1 500 m/s, il s��coule un temps tr�s court entre l��mission du signal et sa r�ception, de sorte que la dur�e de celui-ci doit �tre beaucoup plus courte que le temps total de propagation : pour un fond de 150 m, le d�calage de temps est de 0,2 s et les impulsions �mises ne peuvent durer que quelques microsecondes.</p><p>Deux types principaux de g�n�rateurs sont utilis�s. Le premier fait appel � la magn�tostriction, ph�nom�ne par lequel un corps ferromagn�tique modifie ses caract�ristiques dimensionnelles par compression, traction ou torsion sous l�influence de son aimantation, ce ph�nom�ne �tant r�versible. Le grand avantage d�un tel syst�me est d��tre robuste et d�un prix relativement bas.</p><p>En revanche, il est tr�s sensible aux variations de temp�rature. Le second type</p><p>est fond� sur les propri�t�s des substances pi�zo�lectriques, telles qu�une lame de quartz taill�e en fonction de la fr�quence d�sir�e ou une lame de sels de Seignette sur laquelle une excitation �lectrique provoque une d�formation. En raison de la r�versibilit� du ph�nom�ne, une d�formation de la lame entra�ne son �lectrisation. Ind�-</p><p>pendamment de sa fragilit�, d�ailleurs toute relative, un dispositif � cristal est d�une tr�s grande stabilit�, assurant une fr�quence constante et une grande pr�cision de rel�vement, ce qui justifie son prix plus �lev�.</p><p>D�autre part, en modifiant les trajectoires des impulsions ultrasonores, il est possible avec un sonar � lat�ral �</p><p>de tracer le relief des fonds marins, donc d�y d�celer �ventuellement des �paves ; il existe �galement des balises r�pondeuses � ultrasons pour d�terminer avec pr�cision la distance qui les s�pare de l�interrogateur, etc.</p><p>Ces applications oc�anographiques ont aussi une incidence sur la vie de l�humanit� : tous les grands chalutiers sont �quip�s aujourd�hui de sondeurs pour la d�tection des bancs de poissons. Dans un autre domaine, en car-diologie, on fonde de grands espoirs sur l��chocardiographie. Des dispositifs perfectionn�s permettent d�obtenir des images internes du corps humain, lesquelles sont parfois plus fines que celles qui sont obtenues par radiographie. Pr�vues pour les examens cardiaques, mouvements des cavit�s du coeur, surveillance des aortes, etc., les impulsions ultrasonores traversent un milieu moins homog�ne que le milieu marin et donnent lieu � des transmissions diff�rentes, ce qui permet d�avoir sur l�appareil de contr�le de v�ritables coupes tomologiques. Cette m�thode a aussi �t� �tendue aux examens du cerveau sous le nom d��choenc�phalographie ; elle a naturellement beaucoup d�autres applications. Son grand avantage est de ne pas n�cessiter d�intervention chirurgicale et d��tre absolument indolore pour le patient.</p><p>Enfin, il existe des sifflets et des sir�nes ultrasonores (fr�quence maximale de 20 kHz) fonctionnant par jets d�air perturb�s.</p><p>Le r�gne animal utilise aussi les ultrasons : l�exemple le plus connu est celui des chauves-souris, avec une fr�-</p><p>quence d�impulsions de 40 kHz.</p><p>H. P.</p><p>F Radar.</p><p>&amp; P. Biquard, Ultrasons (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 8e �d., 1972). / P. Riv�re et M. Jessel, � Magn�tostriction �, dans �lectronique, t. I (Techniques de l�ing�nieur, 1953). /</p><p>G. W. van Santen, les Vibrations m�caniques (Dunod, 1957). / G. Gazanhes et M. Jessel, � les Ultrasons �, dans �lectronique, t. III (Techniques de l�ing�nieur, 1970).</p><p>Applications m�dicales</p><p>des ultrasons</p><p>Les applications m�dicales des ultrasons sont de deux ordres assez diff�rents : th�-</p><p>rapeutique, d�une part, et diagnostique d�autre part, par l��chographie.</p><p>EMPLOI TH�RAPEUTIQUE</p><p>Les travaux de Langevin, commenc�s d�s 1917, avaient permis de pr�voir l�utilisation m�dicale des ultrasons ; mais celle-ci n�entra dans la pratique que beaucoup plus tard.</p><p>L�effet biologique des ultrasons est triple : physico-chimique, m�canique et thermique. L�action physico-chimique se manifeste sous forme de d�polym�ri-downloadModeText.vue.download 22 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11233</p><p>sation ou de fragmentation des grosses mol�cules et par des ph�nom�nes d�oxydation. L�action m�canique est due aux ph�nom�nes de cavitation, qui peuvent aboutir � la lyse cellulaire (destruction des cellules). L�action thermique, qui varie avec les tissus travers�s, r�sulte des ph�-</p><p>nom�nes d�absorption des ultrasons par la mati�re vivante : transformation de l��nergie vibratoire en �nergie calorifique.</p><p>Cette derni�re, en fonction de l�intensit� des ultrasons, peut produire des oed�mes, des h�morragies localis�es, des br�lures</p><p>et des n�croses. En fait, l�utilisation des ultrasons est extr�mement souple, et l�on �vite � coup s�r tout incident si les applications sont faites en mobilisant la t�te vibrante sur le sujet trait� et en �vitant autant que possible les applications fixes, qui n�cessitent une surveillance tr�s attentive. L�action th�rapeutique des ultrasons est souvent remarquable dans les douleurs diverses : celles des lombagos, des sciatiques, des arthralgies, des arthroses.</p><p>Une action fort int�ressante mais moins constante consiste dans la destruction des tissus scl�reux : de beaux r�sultats ont �t� obtenus dans le traitement de la maladie de Dupuytren et dans celui de la scl�rose des corps caverneux. Signalons des r�sultats assez remarquables dans le traitement des cellulites.</p><p>EMPLOI DIAGNOSTIQUE</p><p>�CHOGRAPHIE</p><p>Plus r�centes sont les applications des vibrations ultrasonores � l�exploration de l�organisme humain. On sait que, comme les sons, les ultrasons se r�fl�chissent sur un obstacle ou au niveau du contact de deux structures acoustiques diff�rentes, d�o� la production d�un �cho. Cette onde de r�flexion peut �tre re�ue sur un oscilloscope et rendue visible sur un �cran. Dans ce cas, la sonde �mettrice et r�ceptrice est manoeuvr�e � la main par l�op�rateur.</p><p>Dans un autre type d�appareil, le d�placement de la sonde est automatique, et le signal sonore n�est plus re�u directement sur un oscilloscope, mais est, au pr�alable, trait�. L�information appara�t sous forme d�un spot lumineux dont la position par rapport au plan cutan� permet de d�terminer la profondeur dans les tissus de la structure donnant naissance � un �cho.</p><p>On obtient ainsi des coupes �chotomogra-phiques d�un organe d�termin�. Ces deux m�thodes sont compl�mentaires, et les appareillages r�cents permettent la visualisation de l�information sur un �cran de t�l�vision. Le recueil de l�information peut se faire soit par photographie de l�oscilloscope ou de l��cran de t�l�vision, soit par magn�toscope ou enfin sous forme d�enregistrement �lectronique direct.</p><p>En dehors du syst�me, osseux, dont l�imp�dance acoustique est tr�s �lev�e et qui, de ce fait, constitue un obstacle � peu pr�s absolu � la propagation des ultrasons, tous les tissus biologiques peuvent �tre explor�s, et cela d�autant mieux qu�il s�agit</p><p>de milieux liquides, les ultrasons ne traversant pas les espaces a�riques (air du c�lon par exemple).</p><p>En obst�trique, l�examen du foetus, des enveloppes amniotiques, du placenta, le diagnostic de grossesses multiples sont du domaine des ultrasons. Pendant le travail de l�accouchement, la surveillance des mouvements du coeur du foetus est assur�e (effet Doppler, qui est obtenu en cas de d�placement de l�obstacle r�fl�chissant). La vessie, la v�sicule biliaire, l�oeil, le coeur et les vaisseaux, qui peuvent �tre consid�r�s comme des milieux liquides, fournissent une exploration ultrasonore tr�s remarquable. La pr�cision de cette m�thode est telle qu�il est possible d�ap-pr�cier sur les trac�s obtenus par �chocardiographie l��tat et le fonctionnement des valvules du coeur et de l�aorte, et d�assurer la surveillance des proth�ses valvulaires.</p><p>En ce qui concerne les organes pleins, les vibrations ultrasonores permettent de d�terminer les contours du foie, de la rate, du pancr�as et des reins. Les tumeurs solides de ces organes et plus encore les tumeurs � contenu liquidien peuvent �tre mises en �vidence.</p><p>En r�sum�, l��chographie est une m�-</p><p>thode d�avenir, sans danger, n�utilisant pas de radiations ionisantes : elle compl�te et remplace en certains cas les explorations radiologiques et isotopiques.</p><p>E. W.</p><p>ultraviolets</p><p>(rayons)</p><p>Radiations* invisibles � l�oeil, situ�es dans le spectre lumineux au-del� des rayons violets et qui ont d�importantes applications m�dicales.</p><p>Les radiations ultraviolettes (U. V.), de m�me que les infrarouges, invisibles � l�oeil humain, sont m�l�es aux radiations lumineuses dans l��mission du Soleil et de la plupart des sources de lu-mi�re artificielle. Comme les autres radiations, le rayonnement ultraviolet est une vibration �lectromagn�tique dont la longueur d�onde s��tend de la limite du spectre visible (0,39 �) jusqu�� une limite arbitraire de 0,0144 �, � partir de laquelle, par une transition insensible,</p><p>on aboutit aux rayons X.</p><p>Une recommandation internatio-</p><p>nale a indiqu� qu�il �tait souhaitable de diviser en trois types les radiations ultraviolettes, en les distinguant par des filtrations diff�rentes :</p><p>� les rayons ultraviolets A, filtr�s par un novioflint au baryum et qui ont une grande longueur d�onde, allant de 0,4</p><p>� 0,315 � ;</p><p>� les rayons U. V. B, isol�s par un filtre de flint au baryum-pyrex et qui ont une longueur d�onde moyenne si-tu�e entre 0,315 et 0,28 � ;</p><p>� les U. V. C, filtr�s par un compos� de quartz-pyrex et qui ont une longueur d�onde inf�rieure � 0,28 �.</p><p>Outre la lumi�re solaire, les rayons U. V. trouvent leur source dans un certain nombre de dispositifs. L�arc au charbon fournit des U. V. � grande longueur d�onde. Si l�on adjoint des oxydes m�talliques divers, le spectre s��largit en radiations U. V. Des �lectrodes de fer et de tungst�ne produisent un arc tr�s riche en U. V. de longueur d�onde moyenne. Une source de rayons U. V. qui a �t� tr�s utilis�e est la lampe � vapeur de mercure, qui fournit en abondance les rayons C de courte longueur d�onde. Le br�leur de cette lampe est en quartz, car le verre ordinaire absorbe une grande partie des U. V.</p><p>Parmi les propri�t�s physico-chi-</p><p>miques des U. V., l�une d�elles comporte des applications m�dicales int�-</p><p>ressantes : il s�agit de ph�nom�nes de fluorescence. En �liminant les radiations lumineuses visibles par un �cran de Wood � l�oxyde de nickel, qui ne laisse filtrer que les radiations U. V.</p><p>de grande longueur d�onde, on obtient la lumi�re noire, qui rend fluorescent un certain nombre de substances ou de tissus vivants. Cette propri�t� est utilis�e dans le diagnostic de dermatoses et de l�sions dentaires, ainsi que dans l��tude du cristallin (diagnostic de la cataracte).</p><p>En th�rapeutique humaine, les U. V.</p><p>peuvent �tre utilis�s en applications locales et en applications g�n�rales.</p><p>Ces applications doivent �tre progressives en temps d�exposition et en distance focale. Dans les applications g�n�rales, il faut s�efforcer de s�arr�-</p><p>ter � un �ryth�me l�ger (rougeur) des t�guments, et l�on augmentera les doses en fonction de cette r�action. Les U. V. sont particuli�rement efficaces dans le traitement des carences (rachitisme), de la spasmophilie, des troubles de l�ossification, de la croissance. Ils agissent remarquablement dans les tuberculoses cutan�es ou ganglionnaires, les fistules tuberculeuses, les ost�ites, les orchi�pididymites tuberculeuses.</p><p>Ils sont absolument contre-indiqu�s dans la tuberculose pulmonaire. Parmi les applications locales citons le traitement du lupus tuberculeux suivant la m�thode de Finsen : il s�agit d�un arc lumineux de grande puissance o� les rayons U. V. sont associ�s aux autres radiations lumineuses.</p><p>La protection contre les U. V. n�est d�licate qu�en ce qui concerne l�oeil, tant chez le patient que chez le mani-pulateur. Des verres sp�ciaux � l�escu-line sont d�une bonne efficacit�. Pour le reste du corps, un simple tissu arr�te les rayons U. V.</p><p>Les rayons U. V. de courte longueur d�onde ont une action biologique remarquable sur les organismes tels que bact�ries, infusoires et levures. L�effet bact�ricide des U. V. a �t� utilis� dans la st�rilisation des eaux et de l�atmosph�re de locaux collectifs, dans l�asep-sie de m�dicaments et d�instruments m�dicaux.</p><p>On voit donc que les actions phy-</p><p>sico-chimiques, biologiques et th�rapeutiques des U. V. conf�rent � ceux-ci de multiples indications m�dicales.</p><p>E. W.</p><p>F Physioth�rapie / Radiations.</p><p>Unamuno</p><p>(Miguel de)</p><p>�crivain espagnol (Bilbao 1864 - Salamanque 1936).</p><p>C�est le penseur le plus altier et le plus profond de l�Espagne dans le pre-</p><p>mier tiers de ce si�cle.</p><p>Il na�t � Bilbao dans une famille de petite bourgeoisie r�cemment urbanis�e. � l��ge de dix ans, il assiste au si�ge, par les carlistes, de la ville, commer�ante et industrielle, donc li-b�rale et progressiste. La paysannerie basque, fid�le � ses traditions, � ses libert�s, refusait de s�int�grer � la nouvelle �conomie, qui l�e�t transform�e en prol�tariat industriel ou agricole.</p><p>En 1880, Unamuno fait ses �tudes � Madrid, m�tropole administrative et si�ge d�un gouvernement parlementaire centraliste. Il s�y sent r�publicain et f�d�raliste avec le Catalan Pi y Mar-gall, qu�il admire. Avec le � krausiste �</p><p>(n�o-kantiste) Francisco Giner de los R�os, il aspire � un renouveau de la vie intellectuelle de l�Espagne, � une ouverture sur l�Europe. Sa soif de lecture l�am�ne � cultiver, outre le grec (sa sp�cialit�), les langues et les litt�ratures �trang�res : l�italien, le fran�ais, l�anglais ; Unamuno restera sa vie durant marqu� par les �crivains et les penseurs romantiques : Leopardi, Carlyle, Senancour, Kant, Hegel. Son catholicisme est �branl� ; Unamuno bataille en lui-m�me contre Luther et Calvin. Il est attir� par la doctrine socialiste, dans laquelle il voit la nouvelle � religion du peuple �.</p><p>Son mariage en 1891 lui r�v�le des ressorts plus profonds de son �tre ; la downloadModeText.vue.download 23 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11234</p><p>nature s�enracine dans le surnaturel, le physique dans la m�taphysique.</p><p>L�homme � en chair et en os � (dont il fait si souvent �tat) est assoiff� d�immortalit� ; il veut s�accomplir, par impossible, dans la conqu�te de tout ce qui n�est pas lui (� serse y serlo todo �).</p><p>Militant socialiste, il n�adh�re que du bout des l�vres au mat�rialisme historique ; mais il rejoint Marx lorsque celui-ci accorde � l�homme et � sa prise de conscience le r�le essentiel dans les mutations �conomiques et politiques de la soci�t�. Il constate que les masses ouvri�res demeurent indiff�rentes au nouvel �vangile. Car le socialisme de</p><p>ce temps-l� reste dans la lign�e du vieux lib�ralisme et d�fend les petites gens, commer�ants, artisans et �lite ouvri�re, contre les formes avanc�es du capitalisme : la soci�t� anonyme, la banque, la bourse.</p><p>Tandis que le militant et penseur collabore � des journaux d�opinion et � des revues de culture, l�homme passe par une crise spirituelle, dont t�moigne son journal intime en 1897. � cette date para�t son roman sur la guerre civile au pays basque, Paz en la guerra. Seul le titre rappelle Tolsto� ou Proudhon.</p><p>Dans l�esprit d�Unamuno, les adversaires carlistes et lib�raux d�fendent deux causes �galement l�gitimes ; leur affrontement n�cessaire se r�soudra dans une paix f�conde qui fera appara�tre leurs positions comme l�endroit et l�envers d�une m�me r�alit� historique, et les totalisera ; la paix �tait, d�s le d�but, install�e au coeur de la guerre ; la guerre restera demain sous-jacente au coeur de la paix. Cette vision du monde, qui substitue au d�passement h�g�lien des contraires une perp�tuelle tension, se retrouve dans les trois essais (Ensayos) publi�s en 1900</p><p>et dans les cinq essais de En torno al casticismo (Essence de l�Espagne), publi�s en 1902. Pour Unamuno, l��v�nement demeure � jamais li� au temps et au lieu qui l�ont caus� et conditionn� ; pass�, il ne saurait peser sur notre �laboration du pr�sent et de l�avenir ; pr�sent, il s�investit dans une m�me formule constante, propre � notre collectivit�. C�est ainsi qu�au sein du v�cu s�opposent l�histoire et l�infra-histoire ; l�une est simple �ph�m�ride, alors que l�autre est permanente ; la premi�re est d�autant plus cons�quente qu�elle s�enracine dans la seconde, et la seconde est d�autant plus signifiante qu�elle donne une forme, un contenant � la premi�re. Ces deux p�les, de sens contraire, ne sont ni inverses ni contradictoires ; ils rel�vent de deux r�alit�s : l�une concr�te et imm�diate, l�autre qui en est soustraite a posteriori, les deux �tant n�cessaires. Unamuno renvoie donc dos � dos les traditionalistes espagnols, qui s�ent�tent � faire revivre les momies, et les partisans de l�Europe, qui s�obstinent � verser l�essence de l�Espagne dans un moule qui n�est pas le sien.</p><p>En 1902 �galement para�t un second roman, Amor y pedagog�a. Unamuno y d�crit et ridiculise l�illusion des biologistes, des sociologues, des p�dagogues et autres positivistes, qui cherchent � modeler l�homme de demain, un surhomme g�nial. Le h�ros, soumis � un pareil traitement, se donne la mort pour la plus � inexplicable � des causes. Aussi bien l�auteur se demande s�il n�aurait pas d� laisser au lecteur le choix entre deux d�nouements.</p><p>La vida de don Quijote y Sancho</p><p>prolonge l�oeuvre de Cervant�s par une ex�g�se tout � fait libre et qui �carte d�lib�r�ment les intentions de cet auteur. L�ouvrage para�t en 1905 � l�occasion du troisi�me centenaire de la premi�re �dition de Don Quichotte.</p><p>Unamuno donne aux personnages une autonomie qui, d�ailleurs, n�a pas cess� de se manifester depuis lors. Il distingue l�individualit�, bien espagnole, bien XVIIe s., du pauvre et courageux hidalgo Quijano et la personnalit� universelle et �ternelle de don Quichotte, en qui il s�est transform�. La mort de l�un assure l�immortalit� de l�autre ; dans un m�me moment, le hobereau, sur le point de mourir, reconna�t qu�il s�est tromp� et renonce � ses illusions, tandis que le personnage devient vivant dans la conscience du lecteur, et cela de g�n�ration en g�n�ration.</p><p>En 1907, Unamuno publie un recueil de Poes�as. Il n�a jamais cess�, il ne cessera jamais d��crire des po�sies : Rosario de sonetos l�ricos (1911), El Cristo de Vel�zquez (1913-1920), Rimas de dentro (1923), Teresa (1924), Romancero del destierro (1928), El cancionero (diario po�tico) [1928-1936], les po�sies ins�r�es dans An-danzas y visiones espa�olas (1922), les sonnets de De Fuerteventura a Par�s (1925). Qu�est-ce pour lui que l�invention po�tique ? Le professeur de philologie classique de l�universit� de Salamanque voit dans la pens�e et le langage deux p�les sous tension. Ainsi en est-il de l�intra-histoire, l��tre et le monde, la personne et l�individu, la formule vaut pour tous les contraires v�cus. Au commencement �tait le</p><p>Verbe. Le nom donne l�existence � la chose, et la logique, dont la moindre esp�ce est la logique rationnelle,</p><p>constitue la � syntaxe � du monde.</p><p>Et c�est le jeu des mots entre eux (� commencer par les appels des rimes) qui �veille la pens�e. Alors intervient le penseur-�crivain. Il recueille cette pens�e et se l�approprie ; il la f�conde, la d�veloppe � sa guise ; il l�impose au public. Du patrimoine accumul� par l�humanit� parlante, il ne reste qu�une infime partie, car la litt�rature �crite n�est que le vestige de l�esprit vivant hier ; soustraite � la conjoncture historique oubli�e, elle reste parfois actuelle d��ge en �ge. Pour se p�renniser dans un pr�sent �ternel, la po�sie doit exprimer ce qu�il y a d�irr�ductible dans un homme � en chair et en os �. Le tr�s romantique Unamuno, guid� par le � logos �, se sert du vers pour dire la tension des pulsions contraires qui l�habitent et crier son angoisse.</p><p>Tel est donc le processus : le Verbe</p><p>� la langue � pr�c�de la pens�e ; le po�te l�organise en langage et inscrit son discours, � la demande de son temps, dans la vie historique de la communaut�. Persuad� de d�tenir seul la v�rit�, Unamuno prend le lecteur � parti et, pour le convaincre, recourt � tous les moyens de l�expressivit�, � la fa�on parfois d�un �nergum�ne (Ortega y Gasset dixit). Le public re�oit passivement la bonne nouvelle de son guide et proph�te dans la mesure o� elle s�int�gre � la configuration mentale �ternelle de la communaut�. La po�sie d�Unamuno est une po�sie de cimes et, comme telle, rocailleuse, car les mots, chez lui, sont trop s�rieux pour jouer de la musique.</p><p>Unamuno a lu Kierkegaard en</p><p>danois d�s les premi�res ann�es du si�cle. Il a cru reconna�tre en lui ses propres obsessions. De fait, leurs � angoisses � ne sont pas de m�me nature.</p><p>La � congoja � d�Unamuno rappelle le supplice de Prom�th�e, d�un Prom�-</p><p>th�e qui se serait lui-m�me encha�n� au rocher et offrirait chaque jour ses entrailles � l�aigle d�vorant afin de s�assurer, m�me � ce prix, de l�immortalit�.</p><p>C�est encore un trait de son existentialisme que son recours au roman, car, pour lui, aucun trait� de philosophie ne saurait rendre compte du v�cu. L��crivain plonge ses personnages dans des</p><p>situations extr�mes simul�es et il observe leurs comportements. S�il intervient lui-m�me, c�est pour d�gager une conduite coh�rente � partir de leurs actions et de leurs r�actions, en apparence absurdes et contradictoires, et pour d�voiler leurs premiers mobiles.</p><p>On ne pouvait rompre plus claire-</p><p>ment avec les conventions du roman r�aliste. Unamuno est donc amen� � cr�er la � nivola �, une vari�t� de la</p><p>� novela � : c�est le sous-titre qu�il donne � Niebla (Brouillard, 1914).</p><p>Le personnage se rebelle contre son auteur, se refuse � dispara�tre, lui d�-</p><p>clare qu�il se donnera plut�t la mort !</p><p>D�ailleurs, le cr�ateur n�est-il pas, lui aussi, un �tre de fiction ? Lui aussi, il avance dans sa vie inauthentique comme dans le brouillard. L�un des h�ros de Tres novelas ejemplares y un pr�logo (1920) se conna�t sous trois aspects : Juan est � la fois ou successivement celui qu�il pense �tre, celui que les autres voient, celui qu�il est devant son cr�ateur ; et il est encore celui qu�il tend � �tre. Dans le roman La t�a Tula (1921), une vieille fille incarne l�esprit de maternit� ; elle �l�ve les enfants de la famille et, quand ceux-ci font d�faut, elle marie ses proches, dont elle attend de la prog�niture. Ainsi, l�abeille st�-</p><p>rile, l�ouvri�re, assure aussi bien que la reine f�conde la continuit� de la ruche.</p><p>Puisque Unamuno voit le monde</p><p>comme le lieu des contraires, son sentiment tragique de la vie (titre d�un long essai dat� de 1912, Del sentimiento trag�co de la vida) trouverait-il sa meilleure expression dans le th��tre ? Unamuno s�essaie dans ce genre, refond les dramaturges grecs (Fedra [Ph�dre], 1924), �crit Raquel encaneda (1933) et El hermano Juan o el mundo del teatro (1934) ; il tire de l�une de ses nouvelles (Nada menos que) une pi�ce Todo</p><p>un hombre (1925). Or, ses drames</p><p>ne passent pas la rampe. Plus encore que les conventions romanesques, les conventions th��trales supposent certains �gards de l�auteur envers son public. L�auditoire ne peut admettre que le deus ex machina d�truise ostensiblement la machinerie et descende sur les planches au niveau des autres personnages, comme le fait chaque fois don Miguel de Unamuno.</p><p>Cette sorte de litt�rature, pour arbitraire ou paradoxale qu�elle se veuille, n�a pourtant rien de gratuit. Unamuno s�engage tout entier ; il enracine chacune de ses oeuvres dans l��v�nement social, politique ou culturel contemporain. Ainsi, lorsqu�il publie en 1917 son roman Abel S�nchez, r�cit d�une lutte fratricide, il vise les juntes militaires intervenant dans les gr�ves ouvri�res en cette ann�e de crise : Ca�n et Abel sont pourris par l�envie et se disputent l�h�ritage du P�re. En 1923, le g�n�ral Primo* de Rivera impose la dictature pour couvrir les responsabilit�s personnelles du roi dans le d�sastre militaire du Maroc. Unamuno s�en prend au souverain. Il est exil� dans une �le downloadModeText.vue.download 24 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11235</p><p>des Canaries. Un journaliste parisien va l�y chercher et le ram�ne � Paris.</p><p>Mais l�exil est p�nible pour l��crivain et accentue le sentiment de la solitude.</p><p>Unamuno �crit La agon�a del cris-</p><p>tianismo (l�Agonie du christianisme, 1925), pour dire la lutte agonique, le doute angoiss�, la remise constante en question du dogme, sans laquelle le christianisme resterait et reste souvent lettre morte. Son essai C�mo se hace une novela (Comment on fait un roman, 1927) tient du lyrisme et de la pol�mique : le h�ros esquiss�, double de l�auteur, incarne l�esprit national ; il meurt (comme don Quichotte) apr�s s��tre accompli dans un combat inutile et n�cessaire, mettant de la sorte un point final au roman, le roman de sa vie.</p><p>Rentr� en Espagne, Unamuno est</p><p>couvert d�honneurs. Mais la R�pu-</p><p>blique, en 1931, donne le pouvoir aux professeurs, des � intellectuels au sens commun �. Cette m�me ann�e, Unamuno traduit sa propre situation dans le roman San Manuel Bueno, m�rtir (Saint Emmanuel Lebon, t�moin et</p><p>martyr) : un brave cur� de campagne ne croit pas en Dieu ; mais il sait que ses paroissiens ont besoin de la foi pour supporter leur mis�re ; il ment, et son �me se damne, du moins assur�e</p><p>de l�immortalit� dans les tourments de l�enfer.</p><p>Arrive la guerre civile. Abel et Ca�n se prennent � la gorge. Les contraires se tendront-ils pour se d�finir � un plus haut niveau, comme le souhaite, fid�le � sa vision coh�rente du monde, Unamuno, recteur de l�universit� de Salamanque ? H�las, l�un et l�autre trichent et se portent des coups bas. Unamuno descend dans la sanglante ar�ne. Le soldat victorieux le consigne dans son logis. C�est l� qu�il meurt, au sein de sa famille � charnelle �, le dernier jour de l�ann�e 1936.</p><p>L�histoire litt�raire, pour la commodit� didactique, fait d�Unamuno une figure principale de la � g�n�ration de 1898 �, l�un des intellectuels artisans de la r�g�n�ration de l�Espagne.</p><p>Or, l��crivain se voit plut�t lui-m�me comme un � sanglier solitaire � ou un</p><p>� chartreux la�c �. Po�te, il n�entre pas dans les cadres des mouvements contemporains. Romancier, il �chappe aux crit�res traditionnels. Les philosophes le tiennent pour marginal, les hommes d��glise pour h�r�tique.</p><p>Comme don Quichotte, son ma�tre,</p><p>Unamuno s�est port� t�moin de la</p><p>V�rit� totale, risquant la m�saventure ; comme lui, il n�a jamais cess� d��tre l�humble hidalgo de son village, l�Espagne, et, � l�heure de la mort, comme lui, comme Emmanuel (comme le</p><p>Christ), il a mis fin � son roman, � sa divine mission sur terre. Ainsi �tancha-t-il sa soif d��ternit�, car il a rejoint les morts et les vivants qui ont fait et continuent � faire l��ternelle Espagne dans les transes de son histoire.</p><p>C. V. A.</p><p>&amp; J. Ferrater Mora, Unamuno, Bosquejo de une filosof�a (Buenos Aires, 1944). / M. Garc�a Blanco, Don Miguel de Unamuno y sus poes�as (Salamanque, 1954). / F. Meyer, l�Ontologie de Miguel de Unamuno (P. U. F., 1955). / A. Guy, Unamuno (Seghers, 1964). / E. Salcedo, Vida de don Miguel (Salamanque, 1964 ; nouv. �d., 1972). / P. Ilie, Unamuno. An Existentialist View of Self and Society (Madison, Wisconsin, 1967).</p><p>Undset (Sigrid)</p><p>Femme de lettres norv�gienne (Ka-</p><p>lundborg, Danemark, 1882 - Lilleham-mer 1949).</p><p>Fille d�un �minent arch�ologue nor-v�gien, elle se passionne tr�s t�t pour l�histoire du Moyen �ge. Son p�re meurt lorsqu�elle a onze ans ; elle grandit � Oslo, o�, d�s l��ge de seize ans, elle est contrainte de gagner sa vie comme employ�e de bureau. Pendant ses loisirs, elle consacre de longues heures � l��tude des l�gendes m�di�-</p><p>vales et des sagas. Mais elle se sent aussi des attaches profondes avec la capitale norv�gienne et elle comprend les probl�mes du monde contemporain tels qu�ils se posent � la ville. Elle �pouse en 1912 le peintre Anders Svarstad ; ils divorceront en 1925.</p><p>Sigrid Undset est tout d�abord ame-n�e � d�crire ce qui l�entoure et expose surtout le rel�chement des liens familiaux. Mais ce n�est pas la soci�t� qui, � son avis, est responsable : ce sont les individus eux-m�mes. Apr�s Madame Martha Oulie (roman publi� en 1907), dont l�h�ro�ne est le mod�le de la femme qui m�rite son sort, et les deux nouvelles de l��ge heureux, �crites l�ann�e suivante, para�t en 1911 son premier chef-d�oeuvre, Jenny. L�auteur y raconte la lutte tragique d�une femme qui cherche � r�aliser (en vain) son r�ve d�amour et elle fait de ce roman une �tude psychologique tr�s p�n�trante.</p><p>Les nouvelles group�es sous le</p><p>titre de Destins pauvres, publi�es en 1913, sont le signe que les th�mes de la femme et du foyer, de la m�re et de l�enfant sont ancr�s dans son oeuvre.</p><p>� partir de Printemps (roman, 1914), c�est d�ailleurs l�enfant qui, de plus en plus, vient r�soudre la question du bonheur, et notamment dans les nouvelles de 1918 : les Vierges sages. Les essais de Point de vue d�une femme (1919) retracent son �volution : si elle reconna�t un certain droit � l��mancipation, elle entend pr�server les int�r�ts du foyer et des enfants.</p><p>Ce sont, dans l�ensemble, les m�mes conflits qui �tayent les romans historiques, et le r�alisme est d�autant plus frappant que le Moyen �ge n�a pour elle plus de secrets. Kristin Lavrans-datter, qui para�t de 1920 � 1922, est</p><p>une trilogie ayant pour cadre la Norv�ge du XIVe s. : le premier volume, intitul� la Couronne, �voque les jeunes ann�es de Kristin et la lutte qu�elle m�ne contre son p�re pour �pouser Erlend, l�homme qu�elle aime ; le deuxi�me, la Femme, traite des rapports et des heurts entre elle et son mari, tandis que le dernier, la Croix, apporte en conclusion l�image touchante de Kristin, qui, vieillie et humili�e, mais toujours forte, aide � soigner les malades souffrant de la peste dont ellem�me sera victime. Les quatre tomes d�Olav Audunss�n, publi�s entre 1925</p><p>et 1927, dont l�action se d�roule � la fin du XIIIe s., sont aussi l�histoire tragique d�un amour et d�un mariage, domin�e par le personnage bien camp� du h�ros.</p><p>En 1928, l�oeuvre de Sigrid Undset est couronn�e par la remise du prix Nobel de litt�rature.</p><p>Cependant, sa conversion au catholicisme, d�s 1924, est l�aboutissement logique de sa pens�e. Non seulement ses nombreux essais, parmi lesquels il faut citer les deux s�ries d��tapes, qui paraissent en 1929 et en 1933, ainsi que Saints norv�giens (1937), mais encore ses nouveaux romans contemporains refl�tent ses convictions religieuses : Gymnadenia et le Buisson ardent,</p><p>parus en 1930, qui sont �galement le r�cit d�une conversion ; Ida Elisabeth (1932), dans lequel une m�re, pour le bien de ses enfants, se force � rester avec son mari, un �tre mis�rable ; l��pouse fid�le (1936), qui reprend sous une autre forme, avec peut-�tre moins de fra�cheur artistique, l�histoire de la femme r�sign�e, comme l��tait l�h�ro�ne de Printemps.</p><p>Dans Madame Dorthea (1939), Si-</p><p>grid Undset d�crit la fin du XVIIIe s. avec autant de p�n�tration que le Moyen �ge ou les Temps modernes. Ses portraits d�enfants y sont particuli�rement attachants. Elle conte par ailleurs les impressions de sa propre enfance dans l�ouvrage autobiographique intitul� Onze Ann�es (1934).</p><p>Entre-temps, elle prend ouverte-</p><p>ment parti contre le nazisme dans une s�rie d�essais et d�articles virulents.</p><p>Quand, en 1940, les Allemands oc-</p><p>cupent la Norv�ge, elle doit se r�fugier aux �tats-Unis. Sa fuite par la Su�de</p><p>et la Russie est au centre de Retour � l�avenir (1942) ; et en 1943 para�t un livre de souvenirs qui porte le titre de Jours heureux en Norv�ge. Sigrid Undset rentre en Norv�ge en 1945 o� elle trouve la force de terminer son importante biographie de Catherine de Sienne, dont l��dition posthume est de 1951.</p><p>Romanci�re admir�e, pol�miste</p><p>redoutable, elle a la franchise d�accepter la r�alit� telle quelle et le don de la reproduire dans un style narratif f�cond et soutenu, �largissant ainsi l�horizon de la litt�rature norv�gienne.</p><p>J. R.</p><p>&amp; A. H. Winsness, Sigrid Undset ; une �tude dans le r�alisme chr�tien (en norv�gien, Oslo, 1949). / H. H. Moen, Notes sur les romans du Moyen �ge de Sigrid Undset (en norv�gien, Oslo, 1950). / N. Deschamps, les Femmes dans les romans de Sigrid Undset (Universit� de Paris, 1962).</p><p>Ungaretti</p><p>(Giuseppe)</p><p>Po�te italien (Alexandrie, �gypte, 1888 - Milan 1970).</p><p>Le p�re d�Ungaretti, originaire de Lucques (Toscane), avait �migr� en �gypte pour travailler comme manoeuvre au percement du canal de Suez.</p><p>Il mourut en 1890 d�un accident du travail. Malgr� les maigres ressources de sa famille, Ungaretti eut une scolarit� r�guli�re, compl�t�e par la lecture de Leopardi et des symbolistes fran�ais (Baudelaire, Mallarm�, Laforgue) ainsi que par la fr�quentation des milieux cosmopolites d�Alexandrie, o� il se lia d�amiti� avec Enrico Pea (1881-1958), le pittoresque auteur de Moscardino (1922), qu�Ezra Pound traduisit en anglais.</p><p>En 1912, il quitte l��gypte pour</p><p>une br�ve visite � sa terre ancestrale, puis pour Paris, o� l�accompagne un ami �gyptien, Mohammed Sceab, qui se suicidera peu apr�s et dont plusieurs po�mes (dans Il Porto sepolto et la Guerre) rappellent le souvenir. Il s�inscrit � la Sorbonne et suit les cours de Bergson au coll�ge de France. Il devient l�ami d�Apollinaire et entre en</p><p>contact � travers lui avec les principaux mouvements d�avant-garde artistiques et litt�raires. � l�exposition futuriste de downloadModeText.vue.download 25 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11236</p><p>1914 (� Paris), il fait la connaissance de Giovanni Papini, de Ardengo Soffici et de Aldo Palazzeschi, qui publieront ses premiers po�mes dans la revue futuriste florentine Lacerba (1915).</p><p>Au d�but de la guerre, il s�ins-</p><p>talle � Milan, puis s�engage volontaire et part pour le front du Carso.</p><p>L�exp�rience de la guerre lui inspire les po�mes d�Il Porto sepolto, plaquette publi�e � 80 exemplaires en 1916, r��dit�e et augment�e en 1919</p><p>sous le titre d�Allegria di naufragi (o� sont repris les po�mes fran�ais de la Guerre, Paris, 1919), puis en 1923 sous son titre primitif avec une pr�face de Mussolini. Ungaretti s�est, plus tard, �lev� avec fermet� contre toute exploitation patriotique de son recueil : Il Porto sepolto �tait la po�sie d�un soldat, la po�sie d�un homme expos� � la mort au milieu de la mort ; c��tait aussi la po�sie d�un homme qui acceptait la souffrance avec r�signation et comme une n�cessit�, mais ce n��tait certainement pas un livre qui exaltait l�h�ro�sme.</p><p>C��tait un livre de compassion du po�te � l��gard de lui-m�me, de ses camarades, de la condition humaine.</p><p>C��tait un cri, une offrande, une invocation de fraternit�. C��tait surtout le livre � la fois le plus inspir� et formellement le plus r�volutionnaire de la po�sie moderne italienne. � partir de l��dition de 1931, le titre d�finitif du recueil est L�Allegria.</p><p>� la fin de la guerre, Ungaretti</p><p>est de nouveau � Paris, o� il �pouse en 1920 Jeanne Dupoix. En 1921, il est affect� � Rome au minist�re des Affaires �trang�res, et ses fonctions l�entra�nent � de fr�quents voyages.</p><p>En 1933 para�t Sentimento del tempo, qui, sous le signe du baroque, marque un tournant dans sa po�sie. De 1936</p><p>� 1942, Ungaretti vit au Br�sil et enseigne � l�universit� de S�o Paulo. En</p><p>1939, � l��ge de neuf ans, meurt son fils Antonietto, � la m�moire duquel est en grande partie consacr� son troisi�me recueil, Il Dolore (1947). De retour � Rome, Ungaretti occupe la chaire de litt�rature italienne contemporaine � l�universit�. Ses derniers recueils se distinguent des pr�c�dents par l�abondance des notes et des variantes qui les composent : La Terra promessa (1950), Un grido e pae-saggi (1952), Il Taccuino del vecchio (1960), Morte delle stagioni (1967), Dialogo (1968). En 1969 para�t l��dition int�grale de son oeuvre po�tique sous le titre de La Vita di un uomo.</p><p>Il faut y ajouter deux volumes de proses, Il Povero nella citt� (1949) et surtout Il Deserto e dopo (1961), ainsi qu�un grand nombre de traductions : 40 Sonetti di Shakespeare (1946), Da Gongora e da Mallarm�</p><p>(1948), Fedra di Jean Racine (1950), Visioni di William Blake (1965).</p><p>La valeur inaugurale de L�Allegria dans la po�sie moderne italienne tient � ce que la rupture formelle y co�ncide avec une exp�rience radicale du d�nuement. Dans le d�sastre de la guerre, la parole po�tique, � parole tremblant/dans la nuit �, appara�t � Ungaretti comme l�unique recours</p><p>de l�homme, son � lieu innocent �.</p><p>Parole primordiale �ludant toute syntaxe pour mettre � nu le pur ph�no-m�ne de son �nonciation. Quiconque a entendu Ungaretti dire ses po�mes a pu �prouver � quel point sa po�tique s�enracine dans la voix ; et cette pr�-</p><p>sence � soi de la voix dans le po�me a pour Ungaretti valeur de preuve ontologique. D�autre part, la d�construction syntaxique qu�op�re L�Allegria a son origine dans la scansion discontinue d�une diction visant � isoler, � sertir de silence la fulgurante naissance de chaque mot prof�r�. La langue, au demeurant, de ces � �piphanies de parole � est le plus souvent la langue parl�e, et seule la tension po�tique conf�re aux �nonc�s les plus quotidiens une force et une �vidence oraculaires.</p><p>� la lumi�re de l��volution suc-</p><p>cessive de la po�sie d�Ungaretti, qui</p><p>� r�invente � la tradition po�tique italienne (de P�trarque � Leopoldi, en</p><p>passant par le Tasse et Foscolo), la critique a parfois tent� de � recomposer �, non sans la d�naturer, la</p><p>� parole pulv�ris�e � de L�Allegria, d�en minimiser la force de rupture et d�en att�nuer le pouvoir de subversion, comme si la dislocation du vers classique n�y relevait que d�un pur artifice typographique et non d�une pratique r�volutionnaire de l�� espace po�tique �. � l�inverse, certains lecteurs d�avant-garde (en particulier Sanguineti) voudraient, aujourd�hui, ne voir dans l�oeuvre d�Ungaretti post�rieure � L�Allegria qu�une</p><p>longue r�gression po�tique, suspecte de classicisme, de symbolisme et de religiosit�, encourag�e � � des fins non d�sint�ress�es � par la critique pr�c�dente.</p><p>On s�accorde en tout cas g�n�ra-</p><p>lement pour qualifier, avec Unga-</p><p>retti lui-m�me, respectivement de</p><p>� baroque � et de � mani�riste � la deuxi�me et la troisi�me de ses � saisons � po�tiques. Le baroque de Sentimento del tempo est d�ordre figuratif (le d�cor de Rome et de la campagne romaine � Tivoli � o� le po�te s�-</p><p>journait alors), rh�torique (aux �chos du Tasse s�ajoutent d�j� ceux de</p><p>Shakespeare et de Gongora) et symbolique (r�versibilit� de la vie et de la mort, ambivalence du temps, �rotisme fun�bre). La complexit� syntaxique, la richesse des m�tres, la subtilit� des r�f�rences implicites et la somptueuse raret� du verbe dans Sentimento del tempo auront une profonde influence sur les recherches quintessenci�es de toute la po�sie � herm�tique �.</p><p>� la m�ditation historique et m�taphysique de Sentimento del tempo</p><p>(la mort de l�homme y co�ncide avec la mort de la civilisation) se substitue dans les recueils successifs une inspiration autobiographique de plus en plus fragment�e. Plus encore que de mani�risme, c�est, � vrai dire, de pr�ciosit� qu�il conviendrait de parler � leur propos. Mais le formalisme m�me de cette pr�ciosit�, �ludant tout message, apparente singuli�rement les derniers po�mes d�Ungaretti � maintes recherches d�avant-garde. Et c�est peut-�tre � Ponge que fait le plus penser le dernier Ungaretti, Ponge qui</p><p>l�a traduit dans Tel quel, et dont il a lui-m�me admirablement transpos�</p><p>en italien le Pr� et Nouvelles Notes sur Fautrier, crayonn�es h�tivement apr�s sa mort.</p><p>J.-M. G.</p><p>&amp; P. Bigongiari, Poesia italiana del Nove-cento (Florence, 1965). / L. Piccioni, Vita di un poeta : Giuseppe Ungaretti (Milan, 1970). /</p><p>F. Giolli, Ungaretti e altri scritti (Naples, 1972).</p><p>unit�s (syst�me</p><p>international d�)</p><p>Syst�me d�unit�s de mesure adopt� en 1960 par la Conf�rence g�n�-</p><p>rale des poids et mesures afin qu�il puisse devenir le seul syst�me dans le monde pour tous les usages.</p><p>Devant la multiplicit� des sys-</p><p>t�mes d�unit�s et des unit�s �chappant � tout syst�me, la Conf�rence g�n�rale des poids et mesures, d�s 1948, avait demand� � son Comit� international � [...] d��tudier l��tablissement d�une r�glementation com-</p><p>pl�te des unit�s de mesure, d�ouvrir � cet effet une enqu�te officielle sur l�opinion des milieux scientifiques, techniques et p�dagogiques de tous les pays, et d��mettre des recommandations concernant l��tablissement d�un syst�me pratique d�unit�s de mesure susceptible d��tre adopt� par tous les pays [...] �. L�accord s�est r�alis� sur un syst�me qui a re�u en 1960 le nom de syst�me international d�unit�s (en abr�g� SI dans toutes les langues). Ce syst�me est maintenant l�gal dans presque tous les pays et obligatoire, c�est-�-dire seul autoris�, dans la plupart d�entre eux, y compris en France et m�me</p><p>d�j� dans quelques pays o� le sys-t�me anglo-saxon (yard, inch, pound, etc.) �tait � peu pr�s seul en usage ; downloadModeText.vue.download 26 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11237</p><p>il est recommand� par toutes les</p><p>grandes associations internationales scientifiques. Son emploi exclusif</p><p>apportera une unification de langage qui faisait d�faut et provoquait bien des complications, des gaspillages d�efforts, des incompr�hensions et des erreurs.</p><p>Le syst�me international d�unit�s rassemble plusieurs avantages : il y a une unit� SI pour chaque grandeur et une seule. Ces unit�s SI �taient d�j� connues pour la plupart. C�est ainsi que les unit�s SI des grandeurs �lectriques sont celles de l�usage courant (amp�re, ohm, volt, etc.). Toutes les unit�s SI sont coh�rentes, au sens de la coh�rence dans un syst�me</p><p>d�unit�s, c�est-�-dire que les relations entre grandeurs sont les m�mes que les relations entre unit�s, sans facteur num�rique : la vitesse d�un mobile �tant la longueur parcourue divis�e par le temps mis � la parcourir, l�unit� de vitesse est le m�tre par seconde ; le kilom�tre par heure, qui est une autre unit� de vitesse, non coh�rente avec les unit�s SI, est une unit� �trang�re au syst�me international d�unit�s. Chaque unit� SI peut donner naissance � des multiples ou � des sous-multiples d�cimaux par l�emploi des pr�fixes SI.</p><p>Les unit�s des grandeurs g�om�-</p><p>triques, cin�matiques et m�caniques sont obtenues par combinaison (�l�-</p><p>vation aux puissances, multiplication ou division) des trois unit�s : le m�tre (longueur), le kilogramme (masse) et la seconde (temps), dont les symboles sont respectivement</p><p>m, kg et s (exemples : superficie m 2, acc�l�ration m/s 2, masse volumique kg/m3). Ces trois unit�s sont appel�es unit�s de base pour cette raison et non pas parce qu�elles auraient des qualit�s physiques plus �minentes.</p><p>Deux autres unit�s de base, le kelvin (temp�rature) et la mole (quantit� de mati�re), sont ajout�es pour les grandeurs thermodynamiques ; une</p><p>autre, l�amp�re (intensit� de courant), est ajout�e pour les grandeurs �lectriques, et une autre, la candela (intensit� lumineuse), pour les grandeurs photom�triques ; leurs sym-</p><p>boles sont respectivement K, mol, A, cd. Il y a donc actuellement sept unit�s SI de base ; on y ajoute deux autres unit�s purement g�om�triques, le radian (angle plan) et le st�radian</p><p>(angle solide), de symboles rd et sr, appel�es unit�s SI suppl�mentaires.</p><p>Toutes les autres unit�s SI sont obtenues par combinaison de ces neuf unit�s SI et sont appel�es unit�s d�riv�es.</p><p>Si l�on s�en tenait � ces neuf uni-t�s SI, de base et suppl�mentaires, il suffirait de se rappeler neuf noms et les neuf symboles correspondants pour d�nommer les unit�s de toutes les grandeurs physiques en utilisant leurs combinaisons. Pourtant, dix-sept unit�s SI d�riv�es ont re�u un nom sp�cial, et leur expression symbolique a �t� faite en termes des unit�s de base et suppl�mentaires.</p><p>Les noms n�cessaires pour d�nom-</p><p>mer toutes les unit�s SI sont donc au nombre de 9 + 17 = 26. Ces dix-sept noms sp�ciaux peuvent �tre</p><p>employ�s aussi en combinaison avec d�autres noms d�unit�s SI pour simplifier l�expression de nombreuses unit�s d�riv�es :</p><p>joule par kelvin (entropie),</p><p>J/K = m2 . kg . s� 2 . K� 1 ;</p><p>volt par m�tre (champ �lectrique), V/m = m . kg . s� 3 . A� 1.</p><p>Lorsque les unit�s SI sont d�un</p><p>ordre de grandeur malcommode, trop grandes ou trop petites, on peut se servir de leurs multiples ou sous-multiples d�cimaux form�s en utilisant les pr�fixes SI.</p><p>M�me avec le souci de n�employer</p><p>que le syst�me international d�uni-t�s, il semble impossible de faire cesser l�emploi, actuellement universel, des unit�s suivantes, qui sont �trang�res � ce syst�me : les unit�s de temps, minute, heure et jour, les unit�s d�angle plan, degr�, minute et seconde (sexag�simales), le litre (nom sp�cial du d�cim�tre cube)</p><p>et la tonne (nom sp�cial du m�ga-</p><p>gramme). En raison de la force des usages existants dans certains pays, le Comit� international des poids et mesures estime pr�f�rable de ne pas interdire d�s maintenant, dans les</p><p>pays o� elles sont fortement enracin�es, les unit�s suivantes, qui sont en dehors du syst�me international d�unit�s, mais qui pourront �tre remplac�es par des unit�s SI : mille marin, noeud, �ngstr�m, are, hectare, barn, bar, atmosph�re normale, gal, curie, r�ntgen, rad. Les utilisateurs du syst�me international d�unit�s devraient pouvoir �viter d�s maintenant l�emploi de toutes les autres unit�s �trang�res � ce syst�me, telles que dyne, erg, poise, stokes, gauss, oersted, maxwell, stilb, phot, fermi, carat, torr, kilogramme-force, calorie, micron, unit� X, st�re, gamma, etc.</p><p>J. T.</p><p>F Amp�re / Candela / Kelvin / Kilogramme /</p><p>M�tre / M�trique (syst�me) / Ohm / Poids et mesures (Bureau international des) / Seconde / Volt.</p><p>Univers</p><p>Ensemble constitu� par tout ce qui existe. Notion � la fois de contenant et de contenu.</p><p>Le perfectionnement des tech-</p><p>niques, les d�couvertes astronomiques ont constamment recul� les limites de l�Univers et enrichi son contenu. Vers 1920, la th�orie de la relativit�* g�n�-</p><p>rale d�Albert Einstein* a fait la synth�se de ces deux notions en �tablissant que le contenu d�termine la forme du contenant. Au cours du temps, les astres �voluent : des �toiles s�allument dans des r�gions riches en n�bulosit�s et en poussi�res ; d�autres explosent, comme les supernovae, et la plupart de celles qui sont apparemment stables rayonnent une �nergie provenant de r�actions thermonucl�aires irr�versibles, ce qui les modifie constamment et limite leur dur�e de vie ; ainsi, l�Univers se transforme. Des savants ont cherch�, � chaque �poque, avec les moyens dont ils disposaient, � r�-</p><p>pondre aux questions fondamentales que l�homme se pose sur l�Univers : dans l�espace, est-il fini ou infini et est-il partout comme nous l�observons dans notre voisinage ? Dans le temps, existe-t-il depuis toujours ou bien a-t-il eu un commencement et aura-t-il une fin ?</p><p>Le domaine de la m�canique classique</p><p>Le monde des �toiles</p><p>Au IIe s. apr. J.-C., Ptol�m�e, astronome grec, pense que la Terre est au centre du Monde, immobile, entour�e de sept sph�res cristallines, transparentes, portant la Lune, le Soleil, puis chacune des cinq plan�tes connues alors : Mercure, V�nus, Mars, Jupiter et Saturne. La huiti�me sph�re porte toutes les �toiles, qui sont fixes les unes par rapport aux autres ; appel�e sph�re des fixes, elle limite le Ciel � une distance que Ptol�m�e estime de 20 000 rayons terrestres, soit environ 120 millions de kilom�tres. Au d�but du XVIe s., Copernic* place le Soleil au centre du Monde. La Terre et les autres plan�tes tournent autour du Soleil, mais toujours sur des sph�res cristallines, les orbes, et la � sph�re des fixes �, immobile comme le Soleil, limite encore l�Univers. Copernic essaie de mesurer les parallaxes des �toiles au cours du mouvement annuel de la Terre et, ne les d�tec-tant pas, en d�duit que la distance des �toiles est au moins deux mille fois plus grande que le rayon donn� par Ptol�m�e. Galil�e* imagine la lunette astronomique et d�couvre les lois du mouvement des corps � la</p><p>surface de la Terre. Jusqu�� lui, on pensait que tout mouvement produi-sait des sensations physiques ou des effets m�caniques. Galil�e montre que c�est le cas pour les mouvements acc�l�r�s, mais que les mouvements rectilignes et uniformes ne sont pas perceptibles, sinon par rapport � un rep�re ext�rieur. Il croit au syst�me h�liocentrique de Copernic, et l�on conna�t les tourments qu�il subit pour avoir diffus� ses id�es, consid�r�es comme h�r�tiques. Disposant des</p><p>observations accumul�es par Tycho Brahe*, Kepler* �tablit les lois</p><p>exactes du mouvement des plan�tes sur des orbites elliptiques et non pas circulaires. Enfin, Newton* d�couvre la cause physique du mouvement des corps mat�riels. C�est une attraction qui est une propri�t� inh�rente � la mati�re et agit � distance. En 1687, Newton �nonce la loi universelle de la gravitation : selon laquelle</p><p>deux corps s�attirent avec une force F</p><p>proportionnelle � leurs masses gravifiques M et M&#x2032; et inversement proportionnelle au carr� de leur distance D.</p><p>Le facteur de proportionnalit� G est la constante universelle de la gravitation. L�attraction exerc�e par la masse de la Terre retient tout objet mat�riel situ� � sa surface avec une force appel�e le poids de l�objet. Elle explique les mouvements des astres les uns par rapport aux autres. On peut, en effet, calculer le mouvement d� � l�action d�une force par une force downloadModeText.vue.download 27 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11238</p><p>par une autre relation g�n�rale �tablie par Newton : F = M&#x413;, selon laquelle une force F appliqu�e � une masse M</p><p>lui communique un mouvement uni-</p><p>form�ment acc�l�r�, d�acc�l�ration &#x413;.</p><p>Cette masse, dite masse d�inertie (car, pour une force donn�e, l�acc�l�ration produite est d�autant plus faible que la masse de l�objet est plus grande), est �gale � la masse gravifique de l�objet.</p><p>L�Univers des galaxies</p><p>Au XVIIIe s., le philosophe allemand E. Kant* sugg�re que les �toiles forment un vaste syst�me aplati, dont la Voie lact�e est la trace apparente due aux �toiles accumul�es sur la ligne de vis�e dans la direction de la plus grande dimension du syst�me. C�est un Univers-Ile isol� dans l�espace parmi d�autres, semblables au n�tre. Gr�ce � ses grands t�lescopes, sir William Herschel* d�couvre � la fin du XVIIIe s.</p><p>des milliers de petits nuages ellip-</p><p>tiques diffus et p�les, des n�buleuses.</p><p>En 1924, l�astronome am�ricain</p><p>Edwin Hubble (1889-1953), avec le t�lescope de 2,50 m du mont Wilson, r�sout en �toiles la n�buleuse d�Androm�de. Alors, les distances changent d��chelles. Les Univers-Iles prennent le nom de galaxies* pour les distinguer des n�bulosit�s de gaz et de poussi�res qui se trouvent dans notre propre Galaxie*. � l�aide des C�ph�ides, �toiles faibles, mais pulsantes, dont la lumi�re varie avec une p�riode de l�ordre de 2 � 50 jours, on peut calculer la distance des galaxies proches. En effet, il existe une relation entre la p�riode de pulsation, l�indice de couleur B-V (diff�rence des magnitudes dans le bleu et dans le � visible �, c�est-�-dire le jaune) et la magnitude absolue des C�ph�ides.</p><p>De la mesure des deux premi�res grandeurs, on d�duit la magnitude absolue, puis la comparaison avec la magnitude apparente observ�e donne la distance.</p><p>Androm�de, la galaxie la plus proche de nous, est � une distance d�environ 700 kpc, c�est-�-dire 2 � 1019 km, et son diam�tre est de 30 kpc. Actuellement, le t�lescope de 5 m du mont Palomar pourrait d�tecter un milliard de galaxies jusqu�� la magnitude 22. Les galaxies les plus proches de la Terre sont en majorit� normales. Elles ont une forme typique, elliptique, spirale</p><p>avec des bras partant d�un bulbe central ou irr�guli�re avec des r�gions tr�s lumineuses, dites � r�gions H II �, contenant des �toiles jeunes, bleues, tr�s lumineuses. Les propri�t�s intrins�ques de ces galaxies sont li�es par des relations qui permettent de ramener � deux seulement tous les param�tres caract�ristiques. Ceux-ci peuvent �tre le type morphologique et la luminosit� totale, les plus ais�ment observables, ou bien la masse et le moment angulaire, deux param�tres dynamiques fondamentaux qu�on suppose invariants au cours de l��volution des galaxies et permettent de remonter � l��poque o� les galaxies se sont form�es � partir de nuages de gaz primitifs. Ces grandeurs intrins�ques, compar�es aux grandeurs observ�es, ainsi que des indicateurs de distance plus lumineux, mais moins pr�cis que les C�ph�ides permettent d��valuer les distances des galaxies au-del� de 1 Mpc. La mesure de ces distances a permis � Hubble de mettre en �vidence un ph�nom�ne grandiose, universel, la fuite des galaxies. Les galaxies apparaissent rougies proportionnellement � leur distance. Ce rou-gissement est d� � un d�calage spectral</p><p>vers les grandes longueurs d�onde. Or, d�apr�s la loi Doppler-Fizeau, un tel d�calage entre la longueur d�onde &#x3BB;</p><p>d�une raie produite en laboratoire et la longueur d�onde &#x3BB; + &#x394;&#x3BB; de la m�me raie �mise par un astre indique que cet astre est anim� d�une vitesse</p><p>c �tant la vitesse de la lumi�re et z la variation relative de la longueur d�onde. La loi de Hubble v = HD donne alors la vitesse v (en km/s) de r�cession d�une galaxie distante de D (en Mpc).</p><p>La quantit� H = 80 (� 20) km/s/Mpc est la constante de Hubble. Cette loi est valable dans toutes les directions downloadModeText.vue.download 28 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11239</p><p>jusqu�� des distances de l�ordre du milliard de parsecs. Les techniques modernes, telles que la radioastronomie et l�astronautique, permettent de percer le voile de l�atmosph�re terrestre absorbante et perturbante pour la lumi�re visible, et d�ouvrir de nouvelles fen�tres sur l�Univers, dans un domaine de longueurs d�onde tr�s �tendu, couvrant maintenant les rayonnements &#x3B3;, X, UV</p><p>visibles, IR et radio�lectriques. L�Univers s�est alors peupl� d�astres nouveaux, �tranges, posant des probl�mes nouveaux et qui sont situ�s jusqu�� des distances consid�rables.</p><p>Astres � anormaux �</p><p>Il y a des galaxies dites � anormales �, qui ne satisfont pas les relations trouv�es pour les galaxies dites � normales �. C�est le cas des galaxies explosives telles que Messier 82, pour laquelle des photographies prises avec un filtre ne laissant passer que la raie H&#x3B1; de l�hydrog�ne ionis� montrent un enchev�trement de filaments lumineux, de gaz et de poussi�res s��chappant du centre de la galaxie. Les galaxies de Seyfert, bien qu�ayant une forme, spi-</p><p>rale ou elliptique, r�guli�re, poss�dent un noyau central tr�s lumineux, si�ge d�une activit� intense. De tr�s petit diam�tre, de l�ordre du parsec ou moins encore, ce noyau peut �mettre 40 p. 100</p><p>de la lumi�re totale de la galaxie ; les spectres de ces galaxies ont des raies d��mission intenses et larges provenant de masses gazeuses chaudes, anim�es de grandes vitesses, pouvant atteindre plusieurs milliers de kilom�tres par seconde. Ces galaxies ont aussi un fort exc�s de rayonnement ultraviolet et de rayonnement infrarouge ainsi qu�une �mission radio. On estime que cette activit� de Seyfert existe dans 1 � 2 p. 100 des galaxies ; elle n�est donc pas tr�s rare et a peut-�tre un sens �volutif. Les galaxies de Markarian, � fort exc�s de rayonnement ultraviolet, les galaxies bleues de Arp viennent d��tre d�couvertes r�cemment. Les galaxies compactes de Zwicky repr�sentent une autre cat�gorie d�objets, lumineux comme une galaxie ordinaire, mais avec un diam�tre de dix � cent fois plus petit, riches en gaz d�hydrog�ne neutre et en �toiles brillantes tr�s jeunes.</p><p>Les galaxies �mettent normalement un faible rayonnement radio�lectrique, mais certaines d�entre elles, appel�es radiogalaxies, rayonnent une fraction importante de leur �nergie dans ce domaine de longueur d�onde. Elles �jectent de la mati�re sous forme de plasma, gaz compl�tement ionis�,</p><p>dans lequel des �lectrons, anim�s de vitesses voisines de celle de la lumi�re, s�enroulent autour des lignes de forces du champ magn�tique du plasma en</p><p>�mettant un rayonnement continu dit synchrotron. Les radiogalaxies sont le plus souvent des galaxies elliptiques g�antes. L��mission radio�lectrique est parfois si puissante (1028 W/Hz/sr) et nous parvient de si loin que la galaxie optique est hors de port�e des t�lescopes. La plus lointaine radiogalaxie photographi�e est Bouvier A, dont la vitesse de r�cession v, calcul�e par la loi Doppler-Fizeau, est de pr�s de 150 000 km/s, la moiti� de la vitesse de la lumi�re. Pouvant �mettre en radio autant que les radiogalaxies, les quasars*, d�couverts en 1963, posent de nombreux probl�mes. Leur luminosit� intrins�que est de l�ordre de cent fois celle d�une galaxie g�ante. Les qua-</p><p>sars qui �mettent des ondes radio�lectriques, appel�s QSR, ont un rayonnement continu synchrotron qui peut varier du simple au double en un jour, la r�gion active responsable de cette variation �tant donc tr�s petite, inf�-</p><p>rieure � l�unit� astronomique. Mais, la plupart des quasars, appel�s QSO, n�ont pas d��mission radio�lectrique.</p><p>Leur spectre optique comporte un fond continu synchrotron auquel se superposent des raies d��mission larges, caract�ristiques d�une n�buleuse gazeuse de 15 000 K, de masse 106 masses</p><p>solaires et de rayon 10 pc, formant une atmosph�re autour d�un noyau actif.</p><p>Les noyaux des galaxies de Seyfert et certaines galaxies tr�s compactes ressemblent fort � des quasars, dont la nature est encore inconnue. Jusqu�� la magnitude 20, il y a environ 106 quasars optiques. Enfin, la d�couverte des plus lointains quasars a r�volutionn� l�astrophysique : leur vitesse de r�cession, d�apr�s la loi Doppler-Fizeau, d�passe la vitesse c de la lumi�re.</p><p>Ainsi, celle du quasar 4C 05 . 34 est de 863 100 km/s, soit pr�s de trois fois la vitesse de la lumi�re c. Certains astrophysiciens remettent en question l�interpr�tation du d�calage spectral par une vitesse de r�cession et font appel � des effets relativistes ; d�autres supposent que les grandeurs physiques, telles que la masse de l��lectron, apparemment constantes dans notre voisinage, sont diff�rentes dans des astres tr�s lointains. Actuellement, le probl�me n�est pas r�solu. Mais si l�interpr�tation par une vitesse de r�cession est valable, il est, par contre, certain que la m�canique classique de Newton et la loi Doppler-Fizeau ne sont pas valables pour des astres dont la vitesse de r�cession approche celle de la lumi�re.</p><p>Le domaine de la</p><p>relativit� g�n�rale</p><p>Au-del� de 1 Gpc, il faut faire appel � la relativit� g�n�rale d�Einstein. D�s le d�but du XXe s., plusieurs faits astronomiques ont mis en cause la validit� de la m�canique newtonienne, et plusieurs observations � des distances bien inf�rieures au gigaparsec n��taient pas explicables par la m�canique classique. En revanche, elles s�interpr�-</p><p>taient par l�effet relativiste d�un fort</p><p>champ gravitationnel. Ainsi en est-il pour la plan�te Mercure, proche du Soleil, dont l�orbite elliptique n�est pas fixe par rapport aux �toiles, le p�rih�lie avan�ant de 43 secondes d�arc environ par si�cle. Pendant l��clipse de 1919, devenue historique, car elle permit de confirmer une pr�diction de la th�orie d�Einstein, on a pu observer des �toiles tr�s proches angulairement du Soleil et dont les rayonnements nous parvenaient apr�s �tre pass�s tout pr�s du globe solaire. La comparaison avec les positions des �toiles observ�es � une �poque ant�rieure, quand le Soleil n��tait pas dans le champ, a montr� que les rayons lumineux �taient d�vi�s par le Soleil. Actuellement, on observe cette d�viation sur des ondes radio�lectriques provenant de quasars d�aspect ponctuel, pr�cis comme des �toiles.</p><p>De m�me, un fort champ de pesanteur modifie l��nergie d�une onde �lectromagn�tique : ce fait a �t� observ� sur des rayonnements sortant d��toiles, en particulier du Soleil, dont les raies spectrales sont en effet rougies.</p><p>Principes</p><p>Pour interpr�ter l�exp�rience d�Albert Michelson (1852-1931) montrant que la lumi�re ne se comporte pas comme un ph�nom�ne m�canique et que sa vitesse de propagation ne se compose pas avec la vitesse de rotation de la Terre, Einstein con�oit les deux principes de base de la th�orie de la relativit� restreinte : le principe de relativit�, selon lequel la vitesse de propagation de la lumi�re est ind�pendante du mouvement du laboratoire qui la re�oit, et le principe de l�invariance de la vitesse de la lumi�re, selon lequel la vitesse de propagation de la lumi�re est ind�-</p><p>pendante du mouvement de la source qui l��met. Il en d�duit qu�aucun corps mat�riel ne peut se mouvoir � une vitesse sup�rieure ou �gale � celle de la lumi�re : c = 300 000 km/s. La relativit� g�n�rale repose sur un troisi�me principe, qui est le principe de l��quivalence entre force gravitationnelle et force d�inertie. Elle comprend les trois propositions suivantes.</p><p>1. L�Univers est rempli de mati�re et d��nergie (sous forme de rayonnements, par exemple) qui sont locali-</p><p>s�es par trois coordonn�es d�espace, x, y, z, et une coordonn�e de temps, t ; l�ensemble forme l�espace-temps S � quatre dimensions.</p><p>2. La distribution de la mati�re et de l��nergie dans l�Univers d�termine la structure g�om�trique de l�espace-temps S (mati�re-�nergie   g�om�-</p><p>trie) : cette interd�pendance est r�gie par les �quations d�Einstein.</p><p>3. Les particules de mati�re dans l�Univers d�crivent dans l�espace-temps S</p><p>des courbes, dites lignes d�Univers des particules, qui sont des g�od�siques de l�espace-temps, une g�od�sique �tant downloadModeText.vue.download 29 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11240</p><p>le plus court chemin entre deux points.</p><p>Il n�est plus besoin d�attraction gravitationnelle � distance pour expliquer les mouvements des corps mat�riels : ceux-ci ont la propri�t� de suivre les g�od�siques de l�espace-temps S.</p><p>Ainsi, les orbites plan�taires, la trajectoire d�un corps tombant en chute libre ou bien celle d�un rayon lumineux sont des g�od�siques dans l�espace-temps S. Les �quations de la relativit� g�n�rale sont impossibles � r�soudre dans leur g�n�ralit�. Mais, si l�on suppose l�Univers homog�ne et isotrope, c�est-�-dire l�espace poss�dant les m�mes propri�t�s dans toutes les directions, on trouve que l�espace-temps peut �tre repr�sent� par un espace courbe � trois dimensions, x, y, z, dont le rayon de courbure R est fonction d�un temps appel� temps cosmique.</p><p>Conditions d�application</p><p>� petite �chelle, les galaxies ne sont pas distribu�es de fa�on homog�ne.</p><p>Elles se r�partissent en petits groupes de 1 � 2 Mpc de diam�tre, contenant de six � dix galaxies et s�par�s les uns des autres par environ 7 Mpc. Le groupe qui contient la Galaxie et Androm�de s�appelle le Groupe local. Il existe des groupements plus importants, les amas, rassemblant de 200 � 300 galaxies, comme l�Amas Virgo, ou plus encore.</p><p>George O. Abell a d�nombr�, jusqu��</p><p>une distance de 800 Mpc, 2 700 amas riches d�un millier de galaxies, tels que l�amas de Coma. Il existe aussi des amas d�amas. Abell en a trouv� dix-sept, groupant en moyenne une dizaine d�amas riches et autant de plus petits, dans un diam�tre d�environ 50 Mpc.</p><p>N�anmoins, le comptage du nombre N</p><p>de galaxies individuelles observ�es dans un degr� carr� de ciel, jusqu�� une magnitude limite m = 18,5, prouve qu�� grande �chelle la population est uniforme. C�est ce qu�indique le coefficient 0,6 de la formule obtenue : log10N = 0,6 m � 9,1.</p><p>Dans les comptages de radiosources, des effets �volutifs et relativistes apparaissent, mais la r�partition est isotrope jusqu�� une grande distance. �</p><p>l��chelle des distances consid�r�es, les �toiles individuelles n�interviennent pas. Cependant, leur importance cos-mogonique est tr�s grande, en particulier dans l��volution chimique du contenu de l�Univers. Elles se forment � partir de gaz qu�elles transforment dans leur fournaise centrale, par synth�se thermonucl�aire, en �l�ments gazeux plus lourds, qu�elles rejettent ensuite en partie dans le milieu galactique, � partir duquel se formeront de nouvelles �toiles. Elles ont aussi un grand int�r�t physique, car elles permettent l��tude de conditions physiques et d��tats de la mati�re inconnus sur Terre, tels que les tr�s hautes temp�ratures, les tr�s faibles densit�s, l��tat hyperdense des pulsars. Les mo-l�cules organiques d�couvertes dans l�espace interstellaire sont d�un int�r�t consid�rable pour les probl�mes de la vie ; mais, pour l��tude de la structure de l�Univers � grande �chelle, seules sont prises en compte les galaxies qui peuvent �tre consid�r�es comme les mol�cules d�un gaz homog�ne et isotrope remplissant l�Univers. La pression de ce gaz est n�gligeable, car les vitesses d�agitation des galaxies sont tr�s petites par rapport � leurs vitesses de r�cession.</p><p>Cons�quences th�oriques</p><p>Dans le cadre de la th�orie de la relativit� g�n�rale, la r�cession des galaxies s�explique par l�expansion de l�Uni-</p><p>vers lui-m�me, c�est-�-dire l�augmentation du rayon de courbure en fonction du temps cosmique, les coordonn�es des galaxies, appel�es coordonn�es comobiles, �tant fixes dans cet Univers en expansion. Les astrophysiciens ont pouss� loin les cons�quences th�oriques de la relativit� g�n�rale et pr�disent l�existence d�objets �tranges qu�on appelle des trous noirs. Puisque, au voisinage d�un astre de masse M, l�espace-temps se courbe d�autant plus que la masse est plus grande, il existe pour cet astre un rayon limite</p><p>dit rayon de Schwarzschild, qui correspond � une courbure si grande</p><p>des rayons lumineux que ceux-ci ne peuvent plus quitter l�astre, lequel devient donc invisible. Pour le Soleil, de masse 2 � 1033 g, le rayon limite r0 est de 3 km, alors que le rayon actuel est de 700 000 km ! � l�int�rieur du trou noir, le mouvement n�est pas celui d�un objet mat�riel sur une g�od�sique, mais l��croulement de l�espace lui-m�me.</p><p>Mod�les d�Univers</p><p>� partir des �quations d�Einstein, Aleksandr Aleksandrovitch Friedmann (1888-1925) a calcul� des mo-d�les d�univers uniformes, � courbure constante, donnant le rayon de courbure R de l�Univers en fonction du temps cosmique t. En r�alit�, chaque masse courbe l�espace dans son voisinage, et la courbure g�n�rale de l�Univers est la r�sultante de toutes ces courbures. Selon que la courbure est positive, nulle ou n�gative, l�espace est sph�rique, euclidien ou hyperbolique.</p><p>On peut se repr�senter, par exemple, un espace sph�rique � trois dimensions par la surface d�une sph�re � deux dimensions, en supprimant une dimension. Les g�od�siques sont des arcs de grands cercles, et le rayon de courbure est �gal � celui de la sph�re. Si l�on se d�place � en ligne droite �, on revient au point de d�part sur le cercle ; l�espace est donc fini, mais non born�, car on peut le parcourir en tous sens ind�finiment sans jamais rencontrer de limite. La somme des angles d�un triangle y est sup�rieure � &#x3C0;, tandis que la circonf�rence y est inf�rieure � 2 &#x3C0;</p><p>fois le rayon. Si l�espace est sph�rique, le rayon de courbure R(t) oscille au</p><p>cours du temps de fa�on cyclo�dale en passant par des points singuliers, o� il est voisin de z�ro. Si l�espace est hyperbolique, le rayon R d�cro�t du temps t = � &#x221E; � t = 0, puis augmente ind�finiment de t = 0 � t = + &#x221E;. Si l�espace est euclidien, le rayon R est un param�tre d��chelle qui varie comme t2/ 3.</p><p>C�est le mod�le d�Einstein-de Sitter le plus simple. La notion de distance perd son sens pour les grandes distances puisque, entre l�instant o� la lumi�re part d�un astre lointain et l�instant o� elle nous arrive, le rayon de l�Univers a vari� ; la seule notion bien d�finie qui situe vraiment un astre � en profondeur � est son d�calage spectral z.</p><p>Celui-ci permet de calculer, dans les divers mod�les, le temps de trajet des photons, ce qui donne l��poque o� un astre �tait dans l��tat o� il est observ�.</p><p>Pour une valeur de z infinie le temps de downloadModeText.vue.download 30 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11241</p><p>trajet atteint une valeur limite �gale � l��ge de l�Univers.</p><p>Choix du mod�le � partir</p><p>des observations</p><p>Ces mod�les permettent d�interpr�-</p><p>ter un r�sultat important obtenu par M. Ryle par d�nombrement de radiosources jusqu�� de grandes valeurs de z.</p><p>En fonction de la magnitude apparente radio�lectrique mr de ces objets, le d�-</p><p>nombrement N ne suit pas la loi de distribution uniforme en 0,6 mr, mais une loi d�abord plus rapide en 0,75 mr pour les sources intenses, puis plus lente et qui tend � la limite d�observation vers une loi en 0,3 mr. Ce plafonnement final s�explique par un effet relativiste d�horizon cosmologique : lorsque la vitesse de r�cession d�un astre lointain devient proche de la vitesse de la lumi�re par rapport � la Terre, il y a comp�tition entre vitesse de r�cession et vitesse des ondes �mises. La forte croissance en 0,75 mr suivie d�un ralentissement s�interpr�te par un effet �volutif : la magnitude apparente est un nombre d�autant plus grand que l�intensit� de la source est plus faible, c�est-�-dire</p><p>plus �loign�e ; la source appara�t dans l��tat o� elle �tait il y a des milliards d�ann�es, � l��poque o� elle a �mis le rayonnement re�u aujourd�hui sur la Terre. Cela concerne surtout les quasars, qui apparaissent comme ayant exist� en bien plus grand nombre dans le pass� et durant une p�riode transitoire li�e � l��tat primordial de l�Univers. Une autre d�couverte importante survenue en faveur des mod�les de Friedmann, appel�s mod�les explosifs, qui ont un point singulier, initial, correspondant � un �tat originel tr�s condens�, tr�s chaud de l�Univers : le rayonnement thermique cosmologique.</p><p>Observ� maintenant sur plusieurs longueurs d�onde, ce rayonnement se</p><p>pr�sente comme celui d�un corps noir de 2,7 � 0,1 K, isotrope, comme si la Terre �tait plong�e dans un four parfait ayant cette temp�rature. Il prouve que l�Univers a connu un �tat condens� tr�s chaud, qui s�est refroidi, jusqu�� la temp�rature actuelle, au cours de l�expansion. De plus, il fournit une donn�e � introduire dans les �quations de la relativit� g�n�rale. Pour choisir parmi les divers mod�les explosifs celui qui correspond � l�Univers r�el, on dispose de trois donn�es :</p><p>1o la valeur actuelle H0 de la constante d�expansion de Hubble ;</p><p>2o la densit� actuelle &#x3C1;0 de l�Univers, estim�e � 3 � 10� 31 g/cm 3, mais avec une grande incertitude, car, par exemple, on ignore encore s�il existe une densit� tr�s faible d�hydrog�ne ionis� entre les galaxies ou des trous noirs denses de mati�re, invisibles, qui seront peut-�tre d�tectables par les ondes de gravitation produites par leurs d�placements : 3o l��ge de l�Univers, estim� �</p><p>12 � 3 milliards d�ann�es d�apr�s l��ge des amas globulaires d��toiles de la Galaxie qui se sont form�es tr�s t�t.</p><p>On dispose aussi du diagramme de</p><p>Hubble, obtenu par Sandage en portant le d�calage spectral z en fonction de la magnitude bolom�trique m0</p><p>des galaxies observ�es. Des mod�les d�univers ont �t� calcul�s sur ordinateurs dans des cas plus complexes que ceux qui ont �t� consid�r�s par Fried-</p><p>mann, qui prenait la valeur z�ro pour la constante &#x39B; des �quations d�Einstein, dite constante cosmologique. Ils ont �t� test�s par le diagramme de Hubble, et les r�sultats actuels conduisent � un Univers hyperbolique. La constante cosmologique &#x39B; a une valeur comprise entre � 1,5 et + 0,5, non n�cessairement nulle, et, par suite, il y a deux possibilit�s entre lesquelles on ne peut pas encore choisir : une croissance monotone ou bien une variation cyclo�dale du rayon de l�Univers. Les cons�quences downloadModeText.vue.download 31 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11242</p><p>pour l�avenir sont oppos�es, puisqu�on irait dans le premier cas vers un froid absolu et dans le second vers une chaleur extr�me, lorsque la contraction suivant l�expansion nous ram�nerait � un �tat extr�mement condens�. Mais cet avenir est tr�s lointain !</p><p>Histoire de l�Univers</p><p>Les astrophysiciens ont �galement essay� de remonter le cours du temps cosmique en s�approchant le plus possible de l�instant de l�explosion initiale.</p><p>Actuellement, la densit� de mati�re &#x3C1;m est bien sup�rieure � la densit� du rayonnement &#x3C1;r, et l�on peut n�gliger les pressions de mati�re Pm et de radiation Pr. Mais, quand l�Univers est tr�s condens�, donc tr�s chaud, la densit� de rayonnement &#x3C1;r devient sup�rieure � la densit� de mati�re &#x3C1;m et l�on ne peut plus n�gliger la pression de radiation Pr. Les solutions aux �quations d�Einstein sont alors un peu diff�rentes. Dans le cas euclidien, par exemple, le param�tre d��chelle est proportionnel � t1/ 2, au lieu de l��tre � t2/ 3. Le calcul de la g�om�trie [repr�sent�e par le rayon R(t)] en fonction du contenu (repr�-</p><p>sent� par pression, densit� et temp�-</p><p>rature) montre que plus on remonte dans le temps, plus la temp�rature T est grande, et, quand R tend vers z�ro au temps t = 0, la temp�rature T tend vers l�infini. Au temps cosmique t = 1/100</p><p>de seconde, T = 1011K, &#x3C1;r = 109 g/cm 3, l�Univers est rempli d�un gaz opaque de photons, d��lectrons et de neutrinos</p><p>en �quilibre thermodynamique entre eux. Les �lectrons sont cr��s par paires (1 �lectron, 1 positron) � partir des photons et s�annihilent par collision en formant de nouveau des photons. La mati�re existe sous forme de nucl�ons de densit� peu �lev�e (10 g/cm 3) et de vitesses non relativistes. Au temps t = 1 s, la temp�rature T a baiss�, et, par suite, l��nergie moyenne des photons est trop faible pour que des �lectrons soient cr��s. Au temps t = 10 s, la temp�rature T est inf�rieure � 1010 K, et les protons et les neutrons forment du deut�rium. Il se forme aussi des �l�-</p><p>ments l�gers He 3, Li 7 et d�autres moins abondants. Au temps t = 15 mn, la temp�rature T ayant continu� � baisser et l�Univers en expansion � se diluer, les r�actions s�arr�tent. Le calcul montre que le quart de la masse de mati�re est constitu� d�h�lium, le reste �tant presque enti�rement constitu� d�hydrog�ne. Ce sont justement les abondances que l�on trouve aujourd�hui dans les �toiles les plus anciennes. Au temps t = 10 000 ans, la temp�rature est inf�rieure � 10 000 K, et la ma-ti�re jusque-l� ionis�e devient neutre.</p><p>Vers t =100 � 200 millions d�ann�es, les galaxies se condensent � partir de nuages gazeux protogalactiques. Si l�on essaie de remonter le temps vers t = 0 s � partir de t = 1/100 de seconde, on trouve la cr�ation et l�annihilation, par paires, de particules de plus en plus lourdes, correspondant � une plus grande �nergie moyenne des photons ; au temps t ~ 10� 4 s se mat�rialisent et s�annihilent des m�sons &#x3BC; et &#x3C0;, puis des m�sons K, des nucl�ons et des antinucl�ons, des hyp�rons et des anti-hyp�rons, etc. Au temps t = 10� 43 s, on arrive � une sorte de limite au-del� de laquelle les ph�nom�nes quantiques interviennent, entra�nant une telle incertitude dans la g�om�trie de l�Univers qu�il est impossible, dans l��tat actuel de la science, de d�terminer son �tat.</p><p>Peut-�tre existe-t-il alors dans l��tat hyperdense de l�Univers une particule appel�e parton, v�ritable quantum de trou noir ; son rayon r = h/2&#x3C0;mc (h = constante de Planck) est �gal � son rayon de Schwarzschild ce qui</p><p>donne m = 10� 5 g et r = 10� 33 cm.</p><p>Il faut trois partons pour former un proton (par l�interm�diaire de quarks) ;</p><p>donc 3 � 10� 5 g donnent une particule de 1,67 � 10� 24 g. Le d�faut de masse est consid�rable. Ce serait lui qui, toujours selon l��quation d�Einstein E = mc 2, reliant la masse et l��nergie, fournirait l��nergie �norme de l�explosion primordiale. Dans ce sch�ma rapide, la proportion initiale de mati�re et d��nergie diff�re selon deux th�ories : d�une part, celle d�un Univers sym�trique, pour laquelle il n�y a, � l�origine, que de l��nergie, les particules et les antiparticules �tant cr��es en quantit�s �gales dans l�Univers pour aboutir finalement � des galaxies faites de mati�re et � d�autres faites d�antimati�re ; d�autre part, celle d�un Univers non sym�trique, supposant l�existence, a priori, d�un petit exc�s de mati�re sur l��nergie, exc�s qui subsiste � l�annihilation, par paires, des particules au cours des phases condens�es. Actuellement, cette derni�re th�orie semble pr�f�rable, mais les th�ories n�ont pas fini d��voluer. Ainsi la th�orie de Newton a �t� inclue dans la th�orie plus g�n�rale d�Einstein. Le besoin actuel d�introduire les ph�no-m�nes quantiques conduira sans doute � de nouveaux progr�s. R�cemment, des observations de grande pr�cision et de grande sensibilit� ont montr� des</p><p>� d�calages spectraux anormaux � dans des groupes de galaxies ou au voisinage d�objets massifs. Cette constatation peut remettre en question une partie de l�interpr�tation cosmologique de la r�cession des galaxies et des quasars. Le rayonnement thermique cosmologique isotrope de 2,7 K est m�me interpr�t� par certains comme un effet local d� aux photons �mis par les astres proches qui nous entourent. Il reste encore beaucoup d�hypoth�ses � v�rifier, mais la cosmologie est entr�e dans le domaine de la science, et l�on peut esp�rer qu�un jour elle apportera des r�ponses scientifiques bien �tay�es aux questions essentielles que les hommes se posent sur l�Univers.</p><p>N. H.</p><p>F �ge de la Terre / Astronomie / Ciel / Coordonn�es astronomiques / Copernic / Einstein / �toile</p><p>/ Galaxie / Galil�e / Kepler / M�canique c�leste /</p><p>N�bulosit� galactique / Pulsar / Quasar / Radioastronomie / Relativit�.</p><p>&amp; A. Koestler, les Somnambules. Copernic, Kepler, Tycho Brahe, Galil�e (Calmann-L�vy, 1960). / H. Andrillar, Introduction � l��tude des cosmologies (A. Colin, 1970). / J. C. Pecker (sous la dir. de), la Nouvelle Astronomie, science de l�Univers (Hachette, 1971). / F. Hoyle, From Stonehenge to Modern Cosmology (San Francisco, 1972). / J. Heidmann, Introduction � la cosmologie (P. U. F., 1973). / W. J. Kaufmann, Relativity and Cosmology (New York, 1973).</p><p>/ R. Omn�s, l�Univers et ses m�tamorphoses (Hermann, 1973). / M. Rouz�, Copernic et la conqu�te du cosmos (La Farandole, 1973).</p><p>Unkei</p><p>Sculpteur japonais (Ky&#x14D;to v. 1148 - ?</p><p>1223).</p><p>� la fin du XIIe s., le Japon conna�t d�importants bouleversements sociaux qui se terminent par la victoire d�un gouvernement militaire. Peu � peu, un art nouveau et r�aliste se fait jour, et, dans le domaine de la sculpture, � la beaut� id�alis�e de l��poque pr�-</p><p>c�dente succ�dent une vigueur et un naturalisme caract�ristiques d�une classe sociale � l�esprit pratique : celle des guerriers. Parall�lement, de nouvelles sectes religieuses, ne trouvant plus appui aupr�s de l�aristocratie, se tournent vers les classes populaires avec un langage simple et des images proches de la r�alit� quotidienne. Les grands sanctuaires de Nara*, d�vast�s par les guerres civiles, sont restaur�s par des artistes qui sont ainsi amen�s � se familiariser avec les chefs-d�oeuvre impr�gn�s de r�alisme du VIIIe s. Ces hommes, enfin, doivent accueillir une nouvelle vague d�influences chinoises d�s lors que reprennent, dans la seconde moiti� du XIIe s., les relations avec l�empire des Song.</p><p>Tous ces facteurs se conjuguent pour que la sculpture japonaise s��panouisse une fois encore. Elle trouve sa meilleure expression dans l�art d�un ma�tre de g�nie, Unkei. On sait peu de chose sur la vie de celui-ci. Il serait le fils du sculpteur Kobei, lui-m�me descendant du c�l�bre J&#x14D;ch&#x14D;*, fondateur, � Ky&#x14D;to, de l�� �cole de la septi�me rue �. Succ�dant � son p�re et entour� de collaborateurs de valeur comme Kaikei, Unkei va redonner � cet atelier tout son</p><p>prestige. Vers 1190, il est charg� de la restauration de nombreux temples de Nara, t�che qu�il poursuivra jusqu�� sa mort et qui lui vaudra les titres les plus honorifiques de la hi�rarchie bouddhique ainsi qu�une tr�s belle carri�re officielle.</p><p>Ses premi�res oeuvres ne sont pas encore celles d�un esprit novateur, mais plut�t le fruit de la technique parfaite et traditionnelle d�un homme de talent. Ainsi, le Dainichi Nyorai de l�Enj&#x14D;-ji � Nara, dat� de 1176, garde bien des �l�ments classiques, infl�chis toutefois dans le sens des recherches de l��poque : mouvement des bras plus souple, visage plus anim�, haute coiffure dans le style des Song.</p><p>Unkei doit sa renomm�e aux oeuvres de sa maturit�. Parmi les plus c�l�bres se trouvent les deux gardiens g�ants de la grande porte sud du temple T&#x14D;dai-ji � Nara. Ces colosses, d�environ 8 m de haut, ont �t� ex�cut�s en 1203 avec la collaboration de Kaikei et de seize assistants. Leur position dynamique et bien �quilibr�e, leur expression mena-</p><p>�ante, leurs gestes brusques et violents, soulign�s par des muscles tendus, leur conf�rent un air de virilit� tout en d�finissant un nouvel expressionnisme. C�est gr�ce � la technique par pi�ces assembl�es (yosegi) de J&#x14D;ch&#x14D;, qu�il porte � la perfection, qu�Unkei, plus libre par rapport � la mati�re qu�il travaille, permet au r�alisme de s��panouir. Les yeux de cristal, encastr�s dans les orbites creuses selon une m�thode neuve, ne font qu�accentuer l�allure terrifiante des personnages.</p><p>Bien d�autres oeuvres � portraits de Seshin et de Muchaku au K&#x14D;fuku-ji de Nara, Jiz&#x14D; Basatsu du Rokuharamitsu-ji de Ky&#x14D;to... � t�moignent de tout ce qu�Unkei, tant par sa qualit� spirituelle que par ses innovations pratiques, a apport� au style de cette p�riode Ka-makura. Malheureusement, ses �l�ves, parmi lesquels ses fils, Tankei, K&#x14D;ben et K&#x14D;sh&#x14D;, perdront vite cette belle vigueur, et la sculpture japonaise tom-downloadModeText.vue.download 32 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11243</p><p>bera, � partir des XIVe-XVe s., dans la redite et la virtuosit�.</p><p>M. M.</p><p>Updike (John)</p><p>�crivain am�ricain (Shillington, Pennsylvanie, 1932).</p><p>John Updike appara�t comme l�un</p><p>des �crivains am�ricains les plus repr�sentatifs de sa g�n�ration. L�un des plus vari�s aussi : il a publi� cinq romans, dont deux � best-sellers �, quatre recueils de nouvelles, trois volumes de po�sie et un recueil d�Assorted Prose (1965), qui groupe des �tudes, des portraits, des pastiches et des articles de critique litt�raire. �crivain tr�s cultiv�, un peu sophistiqu�, il se signale par une certaine pr�ciosit� : il aime la sonorit� et la texture des mots, l�ampleur des phrases et manie la langue avec une virtuosit� que certains trouvent �blouissante, mais d�autres trop recherch�e. � C�est le malheur d�Updike, �crit Norman Mailer, d��tre invariablement honor� pour son style et insuffisamment reconnu pour ses dons. Il pourrait devenir le meilleur de nos �crivains litt�raires. Dommage qu�il cultive ce vice priv� qu�il partage avec tant d�autres jeunes �crivains : le style pour l�amour du style. �</p><p>C�est que John Updike est d�abord po�te. Mais il fut marqu� d�s l�enfance, dans un milieu tr�s pauvre, par</p><p>� un monde r�duit au silence par ces deux grandes catastrophes, la grande crise �conomique des ann�es 1930 et la Seconde Guerre mondiale �. Il est n� dans une petite ville de Pennsylvanie, Shillington, qu�il d�crit dans plusieurs de ses livres sous le nom d�Olinger. Il re�oit une �ducation tr�s stricte, qui laissera une empreinte puritaine perceptible. � force de sacrifices, il fait d�excellentes �tudes litt�raires � Harvard, puis des �tudes de dessin � Oxford, en Angleterre, qui lui donnent un sens aigu de l�observation et de la description pr�cise. Il commence sa carri�re au New Yorker, qui est la revue</p><p>� chic �, l�expression d�un dandysme de confection caract�ristique des d�-</p><p>buts de la soci�t� de consommation.</p><p>Entre publicit� l�ch�e et dessins humo-</p><p>ristiques, il y apprend le style � boutique �, �l�gant et d�sinvolte, avec une pointe de d�senchantement sophistiqu�. Il y publie ses premiers textes, po�mes, essais et nouvelles, dans le style pr�cis, mais mani�r� de la revue.</p><p>Son premier livre est un recueil de po�sie, The Carpentered Hen (1958).</p><p>Il r�unit des po�mes brillants, sonores ; certains sont des feux d�artifice o� se m�lent humour et satire dans un d�ferlement de m�taphores. Comme plus tard dans les po�mes de Telephone Poles and Other Poems (1963), la splendeur de l��criture dissimule un sens de l�absurdit� de la vie. Ces vers donnent une impression de facilit� dor�e, mais un peu superficielle. De la m�me fa�on, les nouvelles, que l�auteur r�unit en volumes (The Same Door, 1959 ; Pigeon Feathers [les Plumes du pigeon], 1962 ; The Music School [les Quatre Faces d�une histoire], 1966), sont des r�cits brillants mais t�nus, � l�intrigue presque inexistante, aux personnages flous. L�essentiel y reste la technique et le style ainsi qu�une certaine ma-ni�re de d�chiffrer les �piphanies, qui fait jaillir du r�alisme quotidien une signification po�tique et m�taphysique.</p><p>Les th�mes profonds sont la mort, la nostalgie du pass�, la peur du monde adulte, l�usure de l�amour, mais trait�s de biais, souvent � travers des incidents minimes : la mort d�un chat, une sc�ne de m�nage, un emprunt d�argent. Sous l��vocation de la vie quotidienne ser-pente une m�ditation angoiss�e, qu�explicitent les �pigraphes emprunt�es � Bergson ou � Kafka.</p><p>C�est surtout comme romancier</p><p>qu�Updike est connu. Son premier</p><p>roman, The Poorhouse Fair (la F�te � l�asile, 1959), est une moralit�. Roman d�anticipation didactique, il se situe en 1980, dans un hospice de vieillards du New Jersey, o� l�on pr�pare la f�te annuelle. Cet hospice est le symbole d�un monde occidental d�cr�pit, qui ne sait plus lutter contre le communisme et le d�r�glement des moeurs, d�une civilisation moribonde, qui a perdu sa foi et sa morale. Le livre oppose deux personnages : Conner, le directeur, symbole du cat�chum�ne mat�rialiste, incarnation de la morale la�que, et Hooke, anim� d�une foi farouche en Dieu, partisan des valeurs morales, patriotiques</p><p>et religieuses traditionnelles. Le livre est un pamphlet conservateur, d�un ton assez swiftien, qui s�inscrit dans la tradition de Huxley � Orwell. La pens�e est contestable dans son parti pris r�actionnaire de r�armement moral, mais la forme annonce d�j� le talent d�un ma�tre romancier.</p><p>Rabbit, Run (Coeur de li�vre, 1960) eut un succ�s imm�diat et durable. En apparence, c�est un fait divers simple et sordide : un mari fait une fugue ; son �pouse s�enivre et noie accidentellement son nouveau-n� dans une baignoire ; le mari revient pour l�enterrement, pour s�enfuir de nouveau comme un li�vre traqu� � d�o� le</p><p>titre. Ce Rabbit, au nom symbolique de � lapin �, rappelle aussi le Babbitt de Sinclair Lewis*. Mais, au lieu de se complaire dans la civilisation de consommation, cet autre voyageur de commerce a peur de s�engourdir parmi les gadgets, entre sa femme enceinte, sa voiture et sa t�l�vision. Refusant de payer les traites de l�amour bourgeois, il fuit vers l�Ouest, sur la route de la libert�. Mais il n�y a plus de Far West pour les hommes libres, plus d�issue au</p><p>� cauchemar climatis� � am�ricain. La satire sociale se double d�une �vocation puritaine de la condition humaine.</p><p>La femme, ici, plus que le capitalisme, est le mal. Un r�alisme obs�dant, parfois obsc�ne rassemble les objets ali�-</p><p>nants autour du ventre gonfl� et suin-tant de la femme, ce pi�ge organique o� s�embourbe l�homme. Le roman</p><p>poursuit une m�ditation sur le cheminement obscur de la gr�ce par les voies obscures du p�ch�. Et ce Rabbit veule est en fait un h�ros de la race de ceux de Graham Greene. S�il fuit, c�est qu�il sent que l�homme n�est pas fait pour la femme et l�ali�nation de l�amour terrestre, mais pour le royaume du P�re. Le talent d�Updike sait, ici, rendre exemplaire et porter au plan m�taphysique la crise de la conscience am�ricaine.</p><p>The Centaur (le Centaure, 1963),</p><p>qui re�ut le National Book Award, est un livre plus savant et plus ambitieux, nourri � la fois de souvenirs d�enfance et de mythologie classique. Updike y transpose le mythe du centaure Chiron, frapp� d�une fl�che empoisonn�e.</p><p>L�immortel demi-dieu souffre tant qu�il demande aux dieux la gr�ce de mourir en expiation du crime de Prom�th�e. Chiron est ici un professeur d�Olinger, tyrannis� par son directeur et ses �l�ves. Son fils, Peter, d�vor� par un psoriasis, tient le r�le de Prom�th�e. En trois jours d�hiver, p�re et fils revivent le cheminement de Chiron vers la mort et de Prom�th�e vers la libert�. Sur le th�me central de la place de l�homme dans la cr�ation se greffe celui de la mort du p�re apr�s qu�il a donn� au fils la force de vivre. Pr�-</p><p>c�d� d�une �pigraphe de Karl Barth, ce superbe et savant roman semble marquer un apaisement de l�inqui�-</p><p>tude d�Updike : � l�image du li�vre effar� succ�de celle du centaure, qui choisit le destin de mortel. Ce roman ambitieux trouve sa signification dans le contrepoint minutieux de la r�alit� et du mythe. La qualit� m�me de la vision po�tique s�cr�te une s�r�nit� : car, si l�immortel centaure trouve ici la mort d�un commis voyageur, cette mort n�est d�nu�e ni de signification ni de beaut�.</p><p>Of the Farm (la Ferme, 1965), qui succ�de � un troisi�me recueil de nouvelles autobiographiques (The Olinger Stories, 1964), est un roman inspir� par les souvenirs d�enfance d�Updike.</p><p>Cette oeuvre, plus simple et d�pouill�e que les pr�c�dentes, �voque le week-end d�un trio d�suni � la campagne : la m�re et l��pouse de Joe Robinson se querellent, pendant que lui est d�chir� entre sa nostalgie de la ferme d�enfance et sa vie ind�pendante � New York.</p><p>Couples (Couples, 1968) eut un gros succ�s de scandale. Updike y dresse l�organigramme des rapports sexuels d�une petite ville pr�s de Boston, o� l�on couche par ennui, par jalousie ou par vengeance. C�est en partie un livre � cl�s. Mais cette chronique d��changeurs dans une Am�rique d�apr�s la</p><p>� pilule � est en r�alit� une �p�tre aux fornicateurs, o� Updike poursuit une m�ditation puritaine. Cette histoire naturelle du sexe n�est pas une encyclop�die �rotique, mais l�histoire du vide moral et politique. Dieu a abandonn� l�Am�rique, dont l��glise br�le, comme Sodome, � force de d�gradation. Pour Updike, le couple est ici</p><p>la machine � perp�tuer le p�ch�, car il d�truit la communaut� des �mes et d�tourne la cr�ature de sa vocation spirituelle. Contre la � dolce vita � yan-kee, Updike pr�che ici le r�armement moral.</p><p>Bech : a Book (Bech voyage, 1970) pose le probl�me de l��crivain dans le monde moderne. C�est moins un</p><p>roman qu�un subtil portrait � facettes d�un �crivain juif qui fait penser � Saul Bellow. Livre-miroir, Bech pr�-</p><p>sente sept aspects d�un intellectuel qui r�ve en voyageant, d�couvre l�Europe communiste, le snobisme londonien et m�me la drogue. Timide et gaffeur, exploit� mais critique, ce nouveau Candide visite au fond le labyrinthe de l�angoisse existentielle. Mais il ne s�y laisse pas enfermer. Il s�en sort avec humour, demeurant jusque dans la critique � humain trop humain �.</p><p>En 1971, avec Rabbit redux (Rabbit rattrap�), Updike revient au personnage de Rabbit. R�sign�, revenu � sa famille, celui-ci est, cette fois, abandonn� par sa femme. Cocu et ch�meur, il tente de se recycler en abritant des anarchistes et des drogu�s. Il faudra un incendie pour le tirer de son �garement id�ologique. Updike passe ici downloadModeText.vue.download 33 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11244</p><p>en revue les principaux aspects de la crise am�ricaine : drogue, conqu�te de l�espace, probl�me noir, lib�ration de la femme, enfance d�linquante... Longtemps consid�r� comme non engag�, Updike montre ici son int�r�t pour les probl�mes sociaux. Mais le roman y perd en dimension m�taphysique.</p><p>Ainsi, ce styliste semble avoir</p><p>compos� peu � peu une com�die de</p><p>moeurs, faite d�instantan�s, qui s��largit jusqu�� englober les principaux probl�mes de son temps et � les situer dans une perspective �ternelle et m�taphysique. Pleinement conscient de la crise de civilisation, il demeure un mod�r�, avec une tendance au conservatisme puritain. Parti d�une conception assez superficielle et pr�cieuse de l��criture,</p><p>il est parvenu � voir dans l��criture es-th�tique la meilleure mani�re de lutter contre la corruption et la d�sint�gration sociale. Paradoxalement, cet esth�te a donc trouv� dans l��criture une forme d�engagement. Il reste que l�oeuvre � venir modifiera peut-�tre ce jugement sur un �crivain dou�, brillant, mais profond�ment troubl�.</p><p>J. C.</p><p>&amp; J. Cabau, la Prairie perdue. Histoire du roman am�ricain (�d. du Seuil, 1966). /</p><p>D. D. Galloway, The Absurd Hero in American Fiction (Austin, 1966 ; nouv. �d., 1970). /</p><p>P. Dommergues, les U. S. A. � la recherche de leur identit� (Grasset, 1967). / H. M. Harper, Desperate Faith (Chapel Hill, North Carolina, 1968). / M. Saporta, Histoire du roman am�ricain (Seghers, 1970).</p><p>uranium</p><p>�l�ment chimique m�tallique.</p><p>L�uranium, dernier �l�ment naturel de la classification de Mendele�ev*</p><p>(no 92), fut d�couvert en 1789 par l�Allemand Klaproth et isol� en 1841 par le Fran�ais Peligot.</p><p>Propri�t�s et usages</p><p>de l�uranium m�tal</p><p>Propri�t�s</p><p>L�uranium est un m�tal blanc, tr�s ductile ; il se ternit � l�air par oxydation ; sous forme de poudre fra�che, il peut s�enflammer spontan�ment.</p><p>C�est un corps radioactif qui, par d�sint�grations successives, donne naissance � d�autres �l�ments radioactifs, parmi lesquels le plus important est le radium* ; uranium et radium se trouvent toujours associ�s dans les minerais suivant une proportion de l�ordre de 3 millions de parties d�uranium pour une partie de radium. L�uranium naturel comprend trois isotopes, dont le plus abondant est l�uranium 238 (on le fabrique par irradiation du thorium 232</p><p>dans les r�acteurs nucl�aires), mais on conna�t �galement une dizaine d�isotopes artificiels de l�uranium dont les nombres de masse sont compris entre 227 et 240. Le pourcentage des iso-</p><p>topes de l�uranium naturel peut varier.</p><p>En effet, dans des �chantillons d�hexafluorure d�uranium produits � partir de concentr�s de minerais provenant du gisement d�Oklo, au Gabon, on a observ� des concentrations en uranium 235 variant entre 0,440 et 0,740.</p><p>On pense qu�� l�origine de l��re primaire (il y aurait quelque 1,7 milliard d�ann�es) une r�action en cha�ne se serait produite et qu�une sorte de pile atomique aurait fonctionn� pendant peut-�tre un million d�ann�es !</p><p>L�uranium 235 est appel� substance fissile, en ce sens qu�il est susceptible de subir la fission nucl�aire par absorption d�un neutron thermique, et l�uranium 238 substance fertile, c�est-�-dire qu�il est susceptible d��tre transform� en une substance fissile (en l�occurrence le plutonium 239) par capture de neutrons.</p><p>Avec l�oxyg�ne, on peut avoir quatre oxydes : UO2, brun ; UO3, orange ; UO4, jaune p�le ; U3O8, vert.</p><p>Usages</p><p>Avant la Premi�re Guerre mondiale, on exploitait les minerais d�uranium pour en extraire le radium, qui �tait utilis� dans le monde m�dical pour le traitement du cancer ; apr�s la Seconde Guerre mondiale, l�uranium devint l��l�ment principal. L�uranium m�tal n�avait auparavant aucune application industrielle ; en revanche, quelques-uns de ses oxydes et de ses sels �taient utilis�s dans les industries de la c�ramique et de la verrerie pour la coloration des verres et des �maux.</p><p>Fabrication de</p><p>l�uranium m�tal</p><p>Gisements d�uranium</p><p>Ceux-ci sont largement r�pandus dans le monde, mais les teneurs des minerais sont tr�s variables, allant de quelques dizaines de pour-cent pour les minerais les plus riches (g�tes filoniens) � quelques pour-mille pour les plus pauvres (gisements s�dimentaires).</p><p>Avant la Seconde Guerre mondiale</p><p>l�exploitation �tait limit�e (Boh�me, Colorado, Katanga, Canada). Actuelle-</p><p>ment, les r�serves les plus importantes se situent au Canada et aux �tats-Unis, et peut-�tre aussi en Australie.</p><p>Au d�but de 1974, les r�serves</p><p>mondiales connues �taient �valu�es � 900 000 t d�uranium m�tal, � un prix d�exploitation inf�rieur � 10 dollars la livre ; on peut doubler le chiffre pr�c�-</p><p>dent si l�on accepte de payer 15 dollars la livre le concentr� d�uranium. � ces quantit�s s�ajoutent pr�s de 2 millions de tonnes de concentr�s � des prix divers, que l�on pourrait tirer de ce que l�on appelle les � ressources suppl�-</p><p>mentaires estim�es �.</p><p>On �value � 4 milliards de tonnes la quantit� d�uranium contenue dans les mers et les oc�ans.</p><p>La France prospecte et recherche</p><p>surtout la pechblende et l�autunite.</p><p>Les gisements mis en exploitation sont r�partis en trois divisions uranif�res : Vend�e, Limousin et Forez ; des gisements importants ont �t� d�couverts �galement dans l�H�rault. Les minerais sont envoy�s � Malv�si (Aude), o� l�on fabrique l�uranium m�tal. La production fran�aise s��l�ve � environ 1 500 t par an d�uranium m�tal nucl�airement pur. Les r�serves fran�aises uranif�res seraient de l�ordre de 60 000 t.</p><p>Fabrication de l�uranium m�tal</p><p>y Extraction et enrichissement des minerais. Les minerais d�uranium</p><p>peuvent pr�senter de grandes variations dans leur composition ; c�est pourquoi on a pris l�habitude de les enrichir sur place et de les transformer en concentr�s par divers proc�d�s, comportant g�n�ralement l�emploi de r�actifs peu co�teux. Les conditions �conomiques de concentration ont �t� am�lior�es au cours de ces derni�res ann�es gr�ce � la m�canisation des op�rations et � l�emploi de techniques modernes (�changeurs d�ions et extraction par solvants).</p><p>y Traitements chimiques. Les traitements chimiques du minerai com-</p><p>portent plusieurs op�rations pour la pr�paration, aboutissant finalement � la fabrication de lingots pesant 90 kg environ et dont la richesse en uranium</p><p>est de 98 p. 100.</p><p>L�uranium m�tal, utilis� comme</p><p>combustible nucl�aire, est employ� sous forme de barres ou de billettes de quelques centim�tres de diam�tre avec des longueurs variables. Mais, avant de les introduire dans le r�acteur, on les gaine. Ce gainage pr�sente le double avantage d��viter la corrosion du combustible et la dispersion des produits de fission. Pour les petits r�acteurs fonctionnant � basse temp�rature, on utilise comme gaine de l�aluminium ; pour les r�acteurs fonctionnant � temp�rature plus �lev�e, on prend de l�acier inoxydable, du magn�sium, du b�ryllium ou du zirconium.</p><p>On utilise �galement comme com-</p><p>bustible l�oxyde uraneux, UO2, plus r�sistant � la corrosion que l�uranium.</p><p>Uranium 235</p><p>L�uranium 235 existe dans la pro-</p><p>portion moyenne de 0,7 p. 100 dans l�uranium naturel, c�est-�-dire qu�il n�en repr�sente que la fraction 1/140.</p><p>0,7 p. 100 pour l�uranium 235 est l�enrichissement dit naturel ; quand, dans un �chantillon d�uranium, on a une proportion en uranium 235 sup�-</p><p>rieure � 0,7 p. 100, on dit qu�on a de l�uranium enrichi ; quand cette proportion est inf�rieure � 0,7 p. 100, on a de l�uranium appauvri.</p><p>L�enrichissement de l�uranium</p><p>consiste � s�parer les deux isotopes de fa�on � augmenter la proportion d�uranium 235.</p><p>On appelle d�une fa�on g�n�rale :</p><p>� &#x3B1;, facteur d�enrichissement, le rapport de la fraction des atomes appartenant � un isotope d�termin� dans un m�lange enrichi en cet isotope � la fraction des atomes appartenant � cet isotope dans un m�lange de composition naturelle ;</p><p>� &#x454;, degr� d�enrichissement, le facteur d�enrichissement diminu� de 1 : &#x454; = &#x3B1; � 1.</p><p>Pour faire cette s�paration, on joue non pas sur des propri�t�s chimiques</p><p>(car tous les isotopes d�un m�me �l�ment ont les m�mes propri�t�s</p><p>chimiques), mais sur des diff�rences de propri�t�s physiques.</p><p>Pour les centrales nucl�aires fonctionnant avec de l�uranium enrichi (centrales appartenant aux fili�res PWR, BWR) l�enrichissement est de l�ordre de 3 � 4 p. 100 pour compenser les absorptions parasites de neutrons dans l�hydrog�ne de l�eau ordinaire et dans les mat�riaux de structure constitutifs du coeur du r�acteur ; pour les armes nucl�aires, l�enrichissement recherch� est sup�rieur � 90 p. 100. Les deux proc�d�s les plus importants pour enrichir l�uranium sont la diffusion gazeuse et l�ultracentrifugation.</p><p>Diffusion gazeuse</p><p>Le proc�d� est simple : on applique (loi de Graham) le fait que la vitesse de diffusion d�un gaz � travers une paroi poreuse est inversement proportionnelle � la racine carr�e de sa downloadModeText.vue.download 34 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11245</p><p>masse mol�culaire. Il est donc n�cessaire de passer par un interm�diaire gazeux, l�hexafluorure d�uranium</p><p>UF6. En r�alit�, il existe deux interm�diaires : 235UF6 (masse mol�cu-</p><p>laire M1 = 235 + 6.19 = 349) et 238UF6</p><p>(M2 = 238 + 6.19 = 352) ; le 235UF6</p><p>diffuse plus rapidement que le 238UF6, si bien que, dans ce processus, les produits de t�te s�enrichissent peu � peu en 235U.</p><p>On a, par application de la loi</p><p>pr�c�dente,</p><p>K �tant une constante et T la temp�rature de l�exp�rience.</p><p>On en d�duit la valeur du facteur d�enrichissement :</p><p>Pour un seul passage, le degr� d�enrichissement &#x454; est th�oriquement de l�ordre de 4/1 000 ; pratiquement, pour tenir compte de certaines contingences technologiques, il ne d�passe gu�re</p><p>2/1 000.</p><p>Le proc�d� de diffusion gazeuse a �t� employ� sur le plan national pour obtenir de l�uranium 235, utilis� dans les engins nucl�aires ; pour obtenir l�enrichissement, il faut donc avoir une installation disposant de plusieurs milliers de parois poreuses, ou barri�res.</p><p>Chaque �tage se compose d�un</p><p>diffuseur, qui contient des barri�res poreuses de s�paration, d�un compresseur, qui am�ne le gaz au diffuseur, et d�un �changeur de temp�rature, qui refroidit le gaz avant son entr�e dans le diffuseur. Le flux gazeux passant dans le diffuseur se partage donc en deux parties : la premi�re, diffus�e � travers la barri�re, se trouve donc enrichie en uranium 235, et elle est reprise par le compresseur de l��tage suivant ; la seconde, qui est appauvrie en uranium 235, est renvoy�e au compresseur d�alimentation de l��tage pr�c�dent.</p><p>Le Centre de Pierrelatte, en France, est une usine de s�paration des isotopes de l�uranium �tablie sur ce principe. Ce complexe industriel comprend quatre usines :</p><p>� l�usine basse produit depuis la fin de 1964 de l�uranium enrichi � 2 p. 100 en uranium 235 ;</p><p>� l�usine moyenne, en service depuis l��t� de 1965, sort de l�uranium enrichi � 7 p. 100 ;</p><p>� l�usine haute donne de l�uranium enrichi � 25 p. 100 ;</p><p>� l�usine tr�s haute, qui est en fonctionnement depuis avril 1967, produit de l�uranium enrichi en uranium 235 � plus de 90 p. 100.</p><p>L�uranium enrichi produit par cette usine, dont la capacit� reste secr�te, �tait destin� � l�origine aux besoins militaires.</p><p>Ce proc�d� de la diffusion gazeuse est �galement utilis� aux �tats-Unis (trois usines civiles � Oak Ridge, � Paducah et � Portsmouth), en Grande-Bretagne (Capenhurst) et en Chine (Lanzhou [Lan-tcheou]).</p><p>Ultracentrifugation Ce proc�d� utilise l�action de la force centrifuge sur de l�hexafluorure d�uranium gazeux contenu dans un r�ci-</p><p>pient appel� bol et tournant � grande vitesse autour d�un axe. La diff�rence de masse des deux isotopes est si faible qu�il faut faire tourner la centrifugeuse � une vitesse lin�aire �norme, qui peut atteindre 500 m/s, ce qui pose des probl�mes particuliers de r�sistance des mat�riaux.</p><p>L�intensit� des forces centrifuges �tant proportionnelle � la masse des corps, les atomes d�uranium 238 sont chass�s vers la p�riph�rie. Aussi le gaz situ� au centre du � bol � est-il enrichi en uranium 235, tandis qu�il est appauvri pr�s de la paroi. Simultan�ment, on force le fluide, en le soumettant � des diff�rences de temp�rature, � op�rer dans la centrifugeuse des mouvements de convection assurant des �changes � contre-courant entre le gaz enrichi et le gaz appauvri.</p><p>Ce proc�d� d�ultracentrifugation</p><p>�tait utilis� � l�origine dans deux petites usines : l�une � Almelo, en Hollande, et l�autre � Capenhurst, en Grande-Bretagne.</p><p>Le projet europ�en</p><p>� la suite des difficult�s d�approvisionnement en p�trole il a �t� d�cid�, � la fin de novembre 1973, de construire une usine europ�enne d�enrichissement de l�uranium par le proc�d� de la diffusion gazeuse.</p><p>Cette usine sera install�e dans le Tricastin (vall�e du Rh�ne), � c�t� de Pierrelatte ; elle pourra assurer d�s 1980 l�alimentation en uranium enrichi de quatre-vingts centrales de 1 000 MW et consommera annuellement 13 500 t d�uranium naturel sous forme d�hexafluorure UF6 et une �nergie �lectrique de 22 � 23 milliards de kilowatts-heures, qui sera fournie par quatre centrales nucl�aires d�une puissance unitaire de 900 MW.</p><p>Ce projet, pr�sent� par la soci�t� EURODIF, groupe cinq partenaires</p><p>europ�ens (Belgique, Espagne, France,</p><p>Italie, Su�de).</p><p>Cette usine permettra d��conomiser, estime-t-on, 120 millions de tonnes de p�trole par an ; sur le plan national, 40 p. 100 de notre fourniture �nerg�-</p><p>tique � la fin du si�cle parviendront du secteur nucl�aire.</p><p>Ajoutons que, sur le plan europ�en, une autre soci�t�, URENCO, groupant la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l�Allemagne f�d�rale, envisage de r�-</p><p>soudre le probl�me de l�enrichissement de l�uranium en se fondant sur la technique de l�ultracentrifugation.</p><p>Les dangers de l�uranium</p><p>L�uranium naturel</p><p>y L�uranium �met un rayonnement</p><p>alpha dont la port�e dans l�air est de 2,6 cm.</p><p>Le danger d�irradiation externe est pratiquement nul ; on peut donc mani-downloadModeText.vue.download 35 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11246</p><p>puler ce m�tal, ou ses diff�rents minerais, comme s�il s�agissait d�un �l�ment stable ; toutefois, pour �viter le risque de contamination, c�est-�-dire d�irradiation interne, il est recommand� de mettre des gants pour effectuer les manipulations.</p><p>y Le m�tabolisme de l�uranium est le suivant :</p><p>� sous forme de sel insoluble, l�uranium n�est pas absorb� par voie</p><p>digestive ;</p><p>� sous forme soluble, il atteint l�organe critique, le rein.</p><p>L�uranium, enrichi</p><p>y Si, avec l�uranium faiblement</p><p>enrichi, le danger de contamination est minime, il est quand m�me n�cessaire, au-del� d�un enrichissement de 5 p. 100, de travailler dans des bo�tes � gants (enceintes �tanches en</p><p>d�pression).</p><p>Voici quelques r�sultats de l�activit� alpha exprim�e en nombre de</p><p>d�sint�grations par minute et par microgramme :</p><p>� uranium naturel : 1,5 ;</p><p>� uranium enrichi � 20 p. 100 : 20 ;</p><p>� uranium enrichi � 90 p. 100 : 120.</p><p>y L�uranium enrichi pr�sente un</p><p>autre risque, beaucoup plus s�rieux et d�autant plus grave que le pourcentage en isotope 235 est plus �lev� : c�est celui de criticit�.</p><p>Le risque de criticit� de l�uranium enrichi s�explique par l�accumulation de mati�re fissile en quantit� �gale ou sup�rieure � la masse critique ou en concentration trop �lev�e dans un liquide. La r�action en cha�ne peut alors se d�clencher, ce qui, mat�riellement, se traduit par l�apparition d�une intense lueur bleue accompagnant une forte irradiation en rayons gamma et en neutrons, laquelle peut �tre mortelle pour les personnes du voisinage.</p><p>Ph. R.</p><p>Deux savants</p><p>Martin Heinrich Klaproth, chimiste allemand (Wernigerode 1743 - Berlin 1817). Il a d�couvert le zirconium (1789), le titane (1795) et l�urane, qu�il consid�rait comme un corps simple.</p><p>Eug�ne Melchior Peligot, chimiste fran�ais (Paris 1811 - id. 1890). Il �tablit en 1835, en m�me temps que J.-B. DUMAS*, les propri�t�s de la fonction alcool et retira l�uranium de l�urane en 1841.</p><p>F �nergie / Isotopes / Nucl�aire (�nergie) / Ra-dioactivit� / Radium.</p><p>&amp; P. Devaux, Uranium (�d. M�dicis, 1946).</p><p>/ J. J. Katz et E. Rabinowitch, The Chemistry of Uranium (New York, 1951). / E. Kohl, Uran (Stuttgart, 1954). / G. Jurain, l�Uranium (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964).</p><p>urbanisation</p><p>�volution spatiale et socio-professionnelle tendant � une concentration croissante des hommes dans les villes.</p><p>La dimension spatiale</p><p>Le monde s�urbanise � un rythme rapide. En 1800, il n�y avait gu�re que 22 millions de personnes r�sidant dans des villes de plus de 20 000 habitants ; cela repr�sentait 2,4 p. 100 de l�humanit�. En 1960, 800 millions de personnes, soit 27,1 p. 100 de la population mondiale, vivaient dans cette m�me cat�gorie de centres. En 1970, si l�on prend en consid�ration tous les noyaux urbains retenus par les services officiels des divers pays (la d�finition en varie notablement, on y reviendra), on compte 1 370 millions de citadins, soit 38 p. 100 de la population mondiale. Comme le cro�t d�mographique g�n�ral est rapide, cela veut dire que la population urbaine augmente � un rythme tr�s soutenu : au cours des deux derni�res d�cennies, il est peu de nations o� le taux d�accroissement de cette population urbaine ait �t� inf�-</p><p>rieur � 2 p. 100 par an ; il a atteint dans bien des cas 4 ou 5 p. 100 et d�pass� m�me 6 p. 100 dans quelques r�gions.</p><p>Il est pr�visible que la population urbaine sera devenue majoritaire dans le monde avant 1990.</p><p>La dimension</p><p>sociologique</p><p>Les statistiques fournissent une image saisissante de la concentration de la population dans les villes. Elles appr�-</p><p>hendent ainsi une des deux dimensions de l�urbanisation, la dimension spatiale, la plus facile � mesurer. L�autre aspect de la transformation est plus malais� � d�finir : il est sociologique et traduit le passage d�une vie o� la collectivit� de petite dimension joue un r�le pr�dominant � une situation o� les solidarit�s cessent d��tre locales, o� les �changes se multiplient et o� les flux d�information s�intensifient dans tous les domaines.</p><p>Les travaux des sociologues et des psychosociologues �clairent les mutations que l�on d�crit sous le nom d�urbanisation. Dans les groupes �troits des soci�t�s archa�ques et des soci�-</p><p>t�s paysannes, l�individu �volue dans un milieu peu nombreux ; il conna�t tout le monde et ne peut jamais dispara�tre dans l�anonymat. Il a un horizon intellectuel n�cessairement limit�. Il d�pend pour l�essentiel de son acculturation, de ce qui lui est appris directement dans la famille, dans le groupe de jeunes avec lesquels il joue ou dans les cellules auxquelles il se trouve progressivement int�gr� au fur et � mesure qu�il prend de l��ge. Le langage, les connaissances techniques, la morale, tout provient, en d�finitive, du milieu proche. Le conservatisme g�n�ral est bien moins une attitude choisie que la traduction, au plan des comportements, de l��troitesse des perspectives et de la pauvret� des techniques de la vie mat�-</p><p>rielle et sociale.</p><p>Les soci�t�s locales traditionnelles sont peu diff�renci�es au plan de leurs ressources : la plus grande partie de leurs membres doivent travailler pour tirer de la nature avare ce qui est indispensable � la subsistance du groupe.</p><p>Les r�les professionnels que l�individu peut avoir � remplir sont donc tr�s uniformes. Ils ne varient gu�re qu�en fonction de l��ge et du sexe, si bien qu�en d�crivant l�emploi du temps d�un adulte on sait presque tout ce qu�il convient de conna�tre pour comprendre la soci�t� en question : les g�ographes du d�but du si�cle l�avaient remarqu� lorsqu�ils d�crivaient les genres de vie.</p><p>Les r�les sociaux sont plus divers que les r�les professionnels ; c�est une des caract�ristiques des soci�t�s archa�ques que d�avoir de la sorte cr�� des structures souvent tr�s complexes � partir d�une base �conomique �l�mentaire.</p><p>La personnalit� de base des individus est marqu�e par la faible dimension du groupe et par la structure des r�les qui doivent �tre assum�s successivement au cours de l�existence. Il est, en effet, impossible d�oublier dans une fonction ce que l�on fait dans d�autres : on est catalogu� d�s l�enfance selon le milieu familial dont on est issu ; par la suite, les diff�rentes options prises aux moments cruciaux de l�existence sont connues de tous. Les r�les sont enveloppants : il n�est pas possible de changer de visage, de r�actions, de comportement chaque fois qu�on se trouve</p><p>engag� dans une t�che diff�rente. Il appara�t donc indispensable de se montrer prudent, circonspect, mais, une fois un engagement pris, il est difficile de revenir dessus. Ainsi se forment des caract�res paysans, avis�s, lents, soucieux des r�actions d�autrui, mais aussi mesur�s et souvent attachants, dans la mesure o� le sens de la fid�lit� � soi-m�me leur donne de la grandeur.</p><p>Lorsque le primitif ou le paysan</p><p>se trouvent au contact de personnes form�es dans une soci�t� diff�rente, plus ouverte, plus riche en contacts et relations lointaines, il prend vite conscience de son inf�riorit� et se tire d�affaire par la ruse, par la dissimulation : il pr�f�re ne pas lutter de front lorsqu�on s�oppose � lui, car il sait qu�il n�est pas arm� pour les affrontements directs, dans lesquels l�avantage revient au plus disert.</p><p>L�urbanisation est la transforma-</p><p>tion qui permet de rompre l�ensemble des conditions qui donnent ainsi aux petites cellules leur conservatisme, certains traits de leur mentalit� et leur m�fiance � l��gard de l�ext�rieur.</p><p>Une telle mutation suppose un grand nombre de modifications li�es dans le syst�me de la vie sociale.</p><p>Nature et conditions</p><p>de l�urbanisation</p><p>� l�acculturation pratiqu�e au sein du groupe �troit, dans des cadres o� l�imitation directe des fa�ons de parler et d�agir est le mode d�acquisition le plus fr�quent, se substitue une formation plus diverse et dans laquelle les moyens de communication modernes</p><p>se combinent ou se substituent aux downloadModeText.vue.download 36 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11247</p><p>relations audio-visuelles directes.</p><p>L��cole, la presse, les livres ouvrent depuis longtemps de larges horizons.</p><p>La part qui est faite aux mass media, radio, cin�ma, t�l�vision, va croissante aujourd�hui. D�s l�enfance, l�individu se trouve donc confront� � une multiplicit� de messages, et sa formation a</p><p>pour objet de lui apprendre � s�orienter dans cette masse prolif�rante bien plus qu�� retenir des exemples et des fa�ons d��tre et de penser qui seraient fix�es une fois pour toutes : la personne se trouve, d�s l�origine, ins�r�e dans un milieu dont les bornes sont mobiles, sans cesse repouss�es ou remani�es par les transformations de la culture, de l��conomie, mais aussi de la morale.</p><p>La seconde �volution qui m�ne �</p><p>l�urbanisation est celle qui conduit � la multiplication des r�les, surtout au plan de l�activit� professionnelle.</p><p>Lorsque la soci�t� sait mieux tirer parti du milieu dans lequel elle vit, il n�est plus n�cessaire de mobiliser la totalit� de la population pour nourrir le groupe.</p><p>Les t�ches agricoles ne retiennent plus qu�une fraction des actifs. Les autres peuvent s�occuper � satisfaire des besoins jusque-l� n�glig�s : ils enrichissent l�environnement instrumental de chacun en multipliant les objets fabriqu�s ; ils r�pondent aux imp�ratifs de la vie collective, auxquels chacun essayait, tant bien que mal, de satisfaire une fois les t�ches fondamentales effectu�es. Les sp�cialistes se multiplient dans le domaine des services.</p><p>L��volution qui multiplie les r�les professionnels est quelquefois contrebalanc�e par l�appauvrissement des r�les sociaux, mais il est rare que les deux mouvements s��quilibrent exactement. Au total, la structure de la population devient beaucoup plus complexe.</p><p>Il n�est plus possible de comprendre la vie du groupe en se contentant de d�crire l�activit� d�un individu choisi comme exemple. On est oblig� de passer en revue les diverses cat�gories de r�les.</p><p>Dans la mesure o� les horizons sociaux s��largissent comme il se doit dans une soci�t� plus diverse, les r�les perdent leur caract�re enveloppant : il est de plus en plus difficile de conna�tre tous les aspects de la vie de chaque individu ; ce qu�il fait en dehors du milieu o� l�on a affaire � lui �chappe parfois totalement. La personne n�est donc pas contrainte � la prudence et � l�unit� des jugements et des comportements qui donnait � la vie paysanne son caract�re tragique, faisait sa grandeur, mais qui cr�ait aussi chez beaucoup un</p><p>sentiment de g�ne d� � la pesanteur du milieu et � l�engagement trop profond exig� de chacun. Dans la soci�t� urbanis�e, la part de jeu qui s�offre � chacun est grande : il peut en profiter pour diversifier son comportement en fonction des milieux dans lesquels il se trouve : mari domin� ici, mais patron imp�rieux quelques minutes plus tard ou compagnon enjou� avec les amis retrouv�s ; le citadin en profite pour �voluer au gr� des circonstances, pour s�adapter au contexte, pour r�pondre aux pressions diverses auxquelles il est soumis.</p><p>Tout n�est pas b�n�fique dans l��volution qui m�ne � l�urbanisation. L�individu �prouve une nouvelle dimension de la libert�, mais il perd une partie des soutiens qui lui �vitaient de souffrir de la solitude, de l�isolement et qui lui permettaient de r�sister victorieusement aux �preuves d�une existence souvent dure. L�urbanisation conduit � une vie plus facile, mais, paradoxalement, elle multiplie les troubles psychologiques dans la mesure o� elle conf�re � la personne une autonomie que tous n�arrivent pas � assumer.</p><p>Notre soci�t� est celle des n�vroses et des crises de personnalit�. � se trouver ainsi plus totalement ma�tre de son destin que par le pass�, l�homme des villes se trouve confront� � d�autres dangers, � d�autres tentations, � une t�che plus difficile, peut-�tre, au total, que celle des membres de la collectivit� traditionnelle.</p><p>L�opposition que nous venons de</p><p>rappeler entre les deux types de soci�t� que s�pare l�urbanisation est une des plus classiques de toute la pens�e sociologique : elle a �t� propos�e sous sa forme la plus structur�e par Ferdinand T�nnies ; celui-ci opposait � la communaut�, la Gemeinschaft, du monde traditionnel � la soci�t�, la Gesellschaft, un peu d�shumanis�e du monde moderne. Depuis, l�analyse s�est affin�e : la description des r�les, la mani�re dont leur combinaison fa-</p><p>�onne la personnalit� de base �clairent les cat�gories, dont on sentait la diff�-</p><p>rence sans bien comprendre la gen�se.</p><p>Les travaux des sociologues et des anthropologues am�ricains ont fait de l�opposition entre l�urbanis� et le tra-</p><p>ditionnel une dimension fondamentale de toute �tude sociale. Louis Wirth a introduit dans le monde anglo-saxon une bonne partie des id�es des sociologues allemands de la fin du si�cle pass� ou du d�but du n�tre ; Robert Redfield a montr� l�originalit� des civilisations paysannes, leur affinit� avec les soci�-</p><p>t�s archa�ques et a propos�, pour les d�signer ensemble, l�expression � so-ci�t� de type folk � : il mettait ainsi en relief le r�le fondamental des modes de transmission de la culture pour qui veut arriver � une interpr�tation g�n�-</p><p>rale des faits sociaux.</p><p>La r�flexion g�n�rale des sociologues permet de pr�ciser les conditions et les modalit�s de l�urbanisation de la population. Le passage d�un syst�me social � l�autre est fonction d�une pluralit� de facteurs. Il est conditionn� par le niveau technologique : 1o tant que la production alimentaire demeure si inefficace qu�elle doit mobiliser la totalit� des actifs, la multiplication des r�les demeure limit�e ; 2o la concentration de population, qui est une des voies que peut prendre la recherche de la diversification sociale, suppose des moyens de transport efficaces pour acheminer au m�me point les exc�dents agricoles des r�gions productrices (une mutation dans les techniques agricoles est insuffisante pour promouvoir l�urbanisation si celle-ci ne peut b�n�ficier d�infrastructures satisfaisantes en ma-ti�re de circulation) ; 3o l�urbanisation d�pend de la fa�on dont l�acculturation se d�roule : la dimension du groupe qui fa�onne l�individu varie avec les moyens dont on dispose pour traiter et transmettre les informations. Qu�on d�couvre de nouveaux m�dias pour</p><p>faciliter la conservation et la transmission du savoir, et tout l��quilibre des groupes se trouve affect� ! � la limite, dans une soci�t� o� les t�l�communications sont suffisamment �volu�es, l�urbanisation sociologique peut se produire sans que la concentration g�ographique des gens, jusqu�alors indispensable, soit n�cessaire. On est en train de faire cette exp�rience. Les sociologues ruraux d�crivent dans tout l�Occident la fin des paysans : cela ne veut pas dire que la population rurale soit amen�e � dispara�tre, mais cela signifie qu�elle cesse de s�opposer par</p><p>sa personnalit� de base, par ses comportements, par sa d�fiance et ses complexes d�inf�riorit� au monde urbain ; elle participe d�sormais � la m�me vie g�n�rale d��changes, au m�me espace culturel ; la mobilit� individuelle accrue permet � chacun d��chapper, lorsqu�il le d�sire, aux regards des voisins et � la tyrannie de l�opinion publique, qui en �tait la cons�quence directe.</p><p>Les conditions techniques ne sont pas les seules � influer sur l�urbanisation. Il est clair que les groupes peuvent, dans ce domaine, choisir des solutions diff�rentes : il en est qui manifestent une affection toute particuli�re pour les modes de vie s�curisants de la soci�t� traditionnelle et qui s�in-g�nient � les garder vivants lors m�me que les circonstances et le niveau g�-</p><p>n�ral de d�veloppement �conomique devraient pousser � la concentration : il y a eu ainsi longtemps chez les peuples anglo-saxons ou germaniques une certaine m�fiance � l�encontre des modes de vie trop r�solument urbains. �</p><p>l�inverse, on remarque chez les Latins des efforts remarquables pour garder les avantages de la vie collective quand la dispersion s�impose : on conna�t l�exemple br�silien des � villes du dimanche �, qui ne s�animent que pour la messe, le repos et les rencontres. C�est l� un moyen de refuser la dissolution du groupe dans l��tendue.</p><p>La difficult� de mesurer</p><p>le degr� d�urbanisation</p><p>La prise en consid�ration des dimensions sociologiques et morphologiques de l�urbanisation fait comprendre pourquoi il est difficile de cerner le ph�nom�ne. On sait la diversit� des d�finitions que l�on donne de la ville selon les nations. Ici, le crit�re est purement num�rique, ce qui compte plus de 500 habitants, de 1 000, de 2 000, de 10 000 selon le cas. Ailleurs, les statisticiens retiennent des crit�res �conomiques : ils mesurent la part de l�activit� qui est tourn�e vers les services et, dans certains cas, vers les op�rations de transformation ; certains pays font intervenir des crit�res plus proprement sociologiques : niveau de vie, d�instruction ; d�autres se fient</p><p>aux caract�res propres au paysage, � la pr�sence de certains monuments.</p><p>Depuis une vingtaine d�ann�es, on prend conscience de ce que l�urbanisation peut s�effectuer sans qu�il y ait n�cessairement concentration : en France, l�I. N. S. E. E. a d�limit� de la sorte des zones de peuplement urbain et industriel dans lesquelles la notion de densit� cesse d��tre essentielle. Aux �tats-Unis, il y a longtemps que la d�finition des aires m�tropolitaines a �t� �largie pour y inclure les franges p�ri-urbaines, dont le paysage est encore rural, mais dont la soci�t� est d�j� transform�e en profondeur. Lorsqu�on veut appr�cier le degr� d�urbanisation du monde actuel, il convient donc de joindre � la population des agglom�-</p><p>rations et de leurs couronnes de banlieue toute la masse plus dilu�e des ruraux qui participent d�j� des m�mes rythmes de vie et peuvent participer sans trop de peine � la vie d��change la plus intense. Brian Berry a ainsi d�li-downloadModeText.vue.download 37 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11248</p><p>mit� pour les �tats-Unis l�ensemble de l�espace qui se trouve caract�ris� par ces formes complexes de l�urbanisation : en 1970, elles regroupaient 96 p. 100 de la population totale (alors que la population proprement urbaine n�exc�dait pas 75 p. 100). En France, les communes urbaines groupaient</p><p>70 p. 100 de la population au recensement de 1968, mais les zones de peuplement industriel et urbain en renfermaient 79 p. 100. On pourrait multiplier les exemples pour tous les pays d��conomie avanc�e. Presque partout, on sent venir l��re de l�urbanisation totale, l��re de la soci�t� postindustrielle, lib�r�e du vieux dualisme, de l�opposition des villes et des campagnes que l�humanit� tra�nait avec elle depuis les d�buts de l�histoire.</p><p>D�veloppement</p><p>historique</p><p>La naissance des villes</p><p>L�urbanisation du monde a, en effet, commenc� quelques milliers d�ann�es</p><p>avant notre �re. Les premi�res villes dont on ait retrouv� des ruines �taient install�es au Moyen-Orient, �atal h�y�k en Anatolie*, J�richo en Palestine, et peut-�tre dans les pays danubiens, o� les progr�s de la datation au carbone 14 ont permis de vieillir des sites qu�on estimait jusqu�alors nettement post�rieurs � ceux de l�Orient.</p><p>Dans un certain sens, les premi�res cit�s livr�es � la curiosit� moderne par les fouilles n��taient pas encore urbaines : il s�agissait plut�t de gros villages install�s dans des secteurs privil�gi�s pour la chasse et pour l�agriculture, et leur structure de population devait demeurer tr�s uniforme. La part faite aux soucis esth�tiques, l�importance des lieux de culte, une certaine diff�renciation sociale sensible dans l�habitat attestent pourtant que la so-ci�t� avait d�pass� le stade des collectivit�s �troites du monde traditionnel.</p><p>Dans quelles circonstances ces premiers centres ont-ils pu se former ? Il a fallu un concours multiple de possibilit�s. Il n�est pas douteux que les plus imp�rieuses sont � chercher du c�t� de la productivit� du travail primaire. La r�volution urbaine est fille de la r�volution agricole du N�olithique, qui l�a pr�c�d�e de quelques mill�naires, parfois moins, en particulier dans le cas de �atal h�y�k. Depuis les travaux de Gordon Vere Childe (1892-1957), il y a un demi-si�cle, c�est devenu un lieu commun que de montrer comment l�apparition d�exc�dents de produits alimentaires, qui traduit l�av�nement de l�agriculture, est � l�origine de la mutation qui fait brusquement surgir, dans une soci�t� encore faite de cellules de petite dimension, des centres plus pesants, dot�s d�une influence plus forte. Gordon Childe ne faisait, en somme, que fournir une interpr�tation d�inspiration technicienne � on pourrait presque dire marxiste � de la naissance des villes. Depuis lors, des voix se sont �lev�es pour souligner ce que le sch�ma a sans doute d�incomplet, peut-�tre m�me d�inexact. Dans le cas de �atal h�y�k, la ville appara�t avant m�me qu�on soit arriv� au stade de l�agriculture et de la domestication des animaux ; cette derni�re semble progresser au cours du mill�naire d�histoire que les fouilles ont permis de re-</p><p>constituer. Ne pourrait-on pas inverser les termes de l�explication habituelle ?</p><p>Dire, par exemple, que les progr�s d�-</p><p>cisifs en mati�re de plantes cultiv�es ou d��levage sont le r�sultat d�une diff�renciation sociale, de l�apparition d�une �lite encadrante qui, appuy�e sur les points forts que constituent les premi�res cit�s, impose aux populations qu�elle domine des pr�l�vements qui rendent n�cessaires les am�liorations ?</p><p>Les arguments arch�ologiques ne permettent pas de choisir chronologiquement entre les deux hypoth�ses.</p><p>Les travaux men�s en Chine, dans</p><p>certains pays du Moyen-Orient et dans le Nouveau Monde pour essayer de</p><p>pr�ciser la nature et le r�le des plus vieilles cit�s conduisent de plus en plus � souligner le r�le religieux de celles-ci : elles ont �t� des foyers de culte, des centres dont les formes symbolisent souvent les fonctions m�diatrices dans la cosmologie dominante. L�aventure de la cit� grecque place plus pr�s de nous, au seuil m�me de l�histoire, un mouvement de concentration de</p><p>l�habitat, une vague d�urbanisation dont le motif fondamental semble �tre religieux et qui entra�ne tr�s vite une refonte compl�te des structures de la soci�t�, le d�veloppement des arts, du commerce, l�apparition d�une nouvelle civilisation intellectuelle.</p><p>On devine ainsi que les causes qui sont � l�origine de la premi�re urbanisation sont multiples : la ma�trise de techniques efficaces d�exploitation du sol est un �l�ment d�cisif, mais n�est sans doute pas la seule condition. Des mouvements purement sociaux, intellectuels, religieux ont pu conduire au groupement et � l�intensification de l�interaction sociale, et inciter aux indispensables innovations techniques.</p><p>� peine form�es, les villes se</p><p>trouvent en face de probl�mes nouveaux en mati�re de conservation des savoirs, de circulation des nouvelles, de transparence de l�espace. Partout ou presque o� l�on voit des groupements s�op�rer, l�ing�niosit� humaine fait faire des progr�s d�cisifs dans ce domaine : l��gypte, Sumer inventent l��criture ; la Chine arrive tr�s vite � une solution originale du m�me probl�me. Dans le Nouveau Monde, ce</p><p>stade n�est jamais franchi, mais on sait que les Azt�ques et les Incas disposaient de moyens qui leur permettaient de garder trace de leurs computs.</p><p>L�urbanisation est ainsi � l�origine, un peu partout, du passage � l�histoire : elle suscite des techniques de communication qui donnent � l�humanit� le sens de l��coulement du temps, qui manquait aux groupes archa�ques.</p><p>Dans un bon nombre de civilisa-</p><p>tions, les connaissances r�volutionnaires qu�apporte l�usage de l��criture permettent d�asseoir sur de nouvelles bases la division des t�ches sociales et, dans une certaine mesure, l�in�galit�, qui en est la traduction au niveau des richesses et des statuts. Le pouvoir s�appuie � la fois sur la force militaire, que donne le contr�le de points forts, sur le prestige, qui tient � l�apparition de cultes plus s�duisants, et sur l�administration pr�cise des richesses, que rend possible la comptabilit� des scribes. Comment cette domination est-elle support�e ? Pourquoi l�est-elle souvent tr�s bien ? C�est qu�elle s�accompagne, pour l�ensemble de la zone organis�e, d�une s�rie d�am�liorations substantielles. Karl Wittfogel a d�velopp� sur ce point une des th�ses implicites dans les d�veloppements que Marx avait consacr�s � diverses reprises au mode de production asiatique. En insistant sur les origines et les caract�res du despotisme oriental, il souligne la parent� qui existe entre toutes les civilisations de la diagonale aride de l�Ancien Monde ou des r�gions subtropicales ou tropicales de l�Asie orientale. Dans tous ces pays, il faut une autorit� solide : sans elle, les grands travaux d�hydraulique seraient impossibles ; le despotisme oriental est le reflet social des contraintes de l��conomie hydraulique. Il est inconcevable sans l�appui que constituent partout les villes.</p><p>La th�se de Wittfogel est sans doute critiquable sur bien des points. Elle d�-</p><p>peint cependant assez bien la situation des pays de la M�diterran�e orientale � la fin du IIe mill�naire avant notre �re, explique la structure de l��gypte, de la M�sopotamie, mais aussi l��mergence des minuscules royaumes de la Gr�ce ach�enne comme ceux de la Cr�te. �</p><p>la m�me �poque, la Chine appara�t de plus en plus comme une civilisation hydraulique, comme aussi les cit�s pr�-</p><p>indo-europ�ennes de l�Inde du nord, Mohenjo-Daro ou Harapp&#x101; (v. Indus</p><p>[l�]).</p><p>La limitation du mouvement</p><p>d�urbanisation et son extension</p><p>g�ographique</p><p>Dans toutes les soci�t�s, le mouvement d�urbanisation est demeur� longtemps limit� par les imp�ratifs de la production primaire : l�accroissement de la productivit� n�a peut-�tre pas �t� une condition suffisante pour que se g�n�-</p><p>ralise partout, � partir du passage de l�agriculture, l�apparition de villes.</p><p>Mais, une fois les villes cr��es, leur d�-</p><p>veloppement est rest� tr�s s�v�rement limit� par la m�diocrit� des techniques de production et de transport. Les premi�res techniques �taient si inefficaces que le rapport entre le nombre d�agriculteurs et celui des autres classes de la soci�t� ne pouvait gu�re diminuer : il fallait plusieurs personnes travaillant � la terre pour fournir le n�cessaire � un citadin : souvent dix et, dans le meilleur des cas, quatre ou cinq. Cela explique que les activit�s agricoles soient rest�es importantes dans les populations citadines. Dans certains cas, en pays yoruba, en Afrique, ou dans nombre d�oasis du Moyen-Orient, l�agriculture �tait le secteur d�emploi le plus important. Les villes europ�ennes du Moyen �ge avaient leurs jardins int�rieurs, leurs exploitations de banlieue. Tr�s souvent, elles tiraient de certaines sp�-</p><p>cialisations d�licates leurs plus grandes ressources : dans une bonne partie de l�Europe, la vigne a �t� affaire de citadins jusque fort avant dans l�histoire.</p><p>La p�nurie de moyens de transport efficaces rendait impossible l�accumulation de populations tr�s nombreuses loin des aires de production : il y avait de la sorte un contr�le �cologique de la taille des villes. Il �tait tr�s s�v�re dans les humanit�s qui ignoraient la roue et les animaux de b�t. Il l��tait un peu moins lorsque les charrois �taient courants. Dans ce cas, les villes pouvaient tirer leur subsistance de rayons de 30 ou de 40 km, ce qui autorisait le groupement de 20 000 ou de 30 000 personnes dans l�ambiance</p><p>de la civilisation rurale traditionnelle.</p><p>Les conditions ne devenaient meilleures que l� o� le milieu �tait d�une exceptionnelle f�condit� (c�est ce qui faisait l�avantage du site de Mexico, downloadModeText.vue.download 38 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11249</p><p>gr�ce � la richesse des productions que l�on pouvait tirer du lac et des terres qui l�entourent) et l� o� l�on pouvait faire venir les approvisionnements par voie d�eau, car les transports �taient ainsi beaucoup moins on�reux. L�urbanisation aboutissait presque partout � la multiplication de centres menus et dispers�s ; les cit�s ne prenaient de poids que dans quelques situations tr�s particuli�res, le long des grands fleuves ou en sites portuaires : la M�diterran�e a eu ainsi d�s la plus haute antiquit� ses greniers � bl�, sans lesquels l�essor des grandes villes (Ath�nes, Alexandrie, plus tard Rome ou Byzance) ne s�expliquerait gu�re. En Extr�me-Orient, la situation �tait un peu la m�me ; les capitales chinoises s�installaient sur les rives de fleuves ou sur les canaux qui les suppl�ent. Au Japon, Edo, l�actuelle T&#x14D;ky&#x14D;, drainait le riz de toutes les plaines c�ti�res de l�archipel.</p><p>L�urbanisation demeurait faible sans doute aussi pour des raisons d�mographiques et m�dicales. Jusqu�� la fin du XIXe s., les conditions d�hygi�ne dans les villes �taient, partout dans le monde, si d�plorables que la population n�arrivait pas � se reproduire. La qualit� de l�eau laissait souvent � d�sirer ; toutes les cit�s ne savaient pas s��quiper de mani�re � �vacuer les eaux us�es : la pollution �tait g�n�rale. Elle entra�nait de graves affections intestinales, s�accompagnait d��pid�mies redoutables, que favorisaient aussi l�entassement et le manque d�air et de lumi�re dans beaucoup de logis. Dans ces conditions, la population des citadins ne se maintenait que par l�arriv�e renouvel�e de ruraux d�racin�s. � une �poque o� les exc�dents d�mographiques �taient m�diocres par suite de la r�currence des crises li�es aux mauvaises r�coltes et aux �pid�mies, cela limitait la proportion possible des citadins dans une</p><p>population. Au-del� d�un certain seuil, tout l��quilibre devenait fragile : ainsi, au XIIIe s. en Europe, l�accumulation humaine s�accompagne d�une urbanisation pouss�e, mais tout le syst�me s�effondre au milieu du XIVe s. par suite des famines, des ravages de la peste noire et des �pid�mies qui lui succ�-</p><p>dent p�riodiquement.</p><p>Il y a donc de tr�s solides raisons au maintien du dualisme qui caract�rise toutes les soci�t�s pr�industrielles ; la part urbanis�e y demeure m�diocre : 20 p. 100 dans les meilleurs des cas, souvent bien moins. L�inefficacit� des transports, la m�diocrit� de l�agriculture, l�hygi�ne d�plorable rendent impossible la poursuite du mouvement de concentration au-del� de ce seuil tr�s bas, cependant que les villes demeurent g�n�ralement petites. Faute de disposer de techniques de communication � distance, l�urbanisation sur place d�une population dispers�e n�est gu�re envisageable : elle ne peut se concevoir que dans le cadre d�une alphab�tisation qui donnerait � tous acc�s � la culture g�n�rale d�velopp�e dans les villes. La chose n�est pas possible avant la mise au point de l�imprimerie. Elle commence � se r�aliser dans les pays protestants � partir de la R�forme, mais le mouvement est lent : � la fin du XVIIIe s., les diff�rences sociologiques entre les masses paysannes et les groupes urbains, bourgeoisies et monde ouvrier, sont encore aussi marqu�es qu�au</p><p>cours des p�riodes pr�c�dentes.</p><p>Les civilisations historiques s�inscrivent de la sorte dans une dur�e multiple : celle, tr�s lente, presque immobile, qui marque les masses rurales et est ponctu�e par l��volution souvent inconsciente des techniques et par le retour des crises de subsistance, qui mettent en p�ril des �quilibres toujours fragiles ; celle, beaucoup plus rapide, qui est marqu�e par le foisonnement des guerres, des intrigues, par la conscience politique et donne son sens � la vie des �lites urbaines. � prendre du recul, les deux apparaissent comme curieusement immobiles : durant plusieurs mill�naires, les transformations sont incapables de modifier de mani�re efficace le rapport entre les deux secteurs, ruraux et urbains ; l�urbanisation</p><p>ne progresse gu�re faute de progr�s d�cisifs en mati�re technique. Rien ne ressemble aux mutations profondes qui se d�roulent depuis maintenant deux si�cles.</p><p>Le trait le plus important de l��volution de l�urbanisation entre la formation des premi�res villes et la fin du XVIIIe s. r�side sans doute dans la mani�re dont ces formes sup�rieures de l�organisation des groupes humains se sont peu � peu r�pandues sur la Terre. Dans certains cas, la vie urbaine est le r�sultat d�une invention locale originale, alors qu�ailleurs elle na�t d�un apport ext�rieur que l�histoire de la diffusion des techniques permet de pr�ciser. Tout le monde s�accorde pour reconna�tre l�existence de foyers originaux au Moyen-Orient (et dans les pays danubiens ?), en Chine du Nord et dans le Nouveau Monde. Les interrogations commencent � appara�tre au sujet de noyaux de vie urbaine isol�s, semble-t-il, longtemps des zones o� celle-ci s��tait �panouie auparavant : les villes de la r�gion du Niger inf�-</p><p>rieur et de la c�te du B�nin sont-elles des cr�ations autonomes ? Traduisent-elles des influences m�diterran�ennes lointaines, accompagn�es de r�interpr�tations multiples ? Il est difficile de se prononcer. De m�me, en Am�rique, il est malais� d��lucider les rapports entre l�Am�rique centrale, autour du pays maya ou de l�aire azt�que, et l�Am�rique andine, dont la civilisation urbaine s��panouit � l��poque incasique.</p><p>� partir du foyer du Moyen-Orient, la diffusion des formes urbaines vers le sud et l�est est rapide : d�s le IIe mill�naire avant notre �re, les cit�s de la vall�e de l�Indus t�moignent de cette �volution. Vers l�ouest, la progression est plus lente : le bassin occidental de la M�diterran�e est progressivement conquis durant le Ire mill�naire avant notre �re, cependant que la conqu�te romaine porte les formes sup�rieures de l�art urbain jusqu�en Bretagne.</p><p>La progression reprend apr�s plu-</p><p>sieurs si�cles d�interruption � partir du VIe s. : les Scandinaves et les Slaves construisent des cit�s de bois qui constituent les premi�res formes de la vie sociale concentr�e dans des</p><p>terres longtemps d�laiss�es par la civilisation.</p><p>Vers le sud, la barri�re saharienne a arr�t� la diffusion des formes de vie urbaine : elle n�a c�d�, au cours de l�Antiquit�, que dans un secteur, celui du Soudan, gr�ce au Nil. Le royaume de M�ro� conna�t l� un essor pr�coce, et l�Ethiopie voisine b�n�ficie de l�innovation. Dans le reste du continent africain, la ville n�appara�t qu�apr�s l�invasion arabe, en rapport avec les formes de la propagation de l�isl&#x101;m et avec les courants d��change qui se nouent entre le monde noir, l�Arabie et le monde m�diterran�en. Tout le Sahel est gagn� � la vie urbaine entre les IXe et XIVe s., au moment, �galement, o� les ports se multiplient sur la c�te orientale de l�Afrique.</p><p>En Chine, la mise au point des</p><p>formes urbaines s�effectue durant le IIe mill�naire avant notre �re, et les centres sont nombreux jusqu�au Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) d�s la fin du Ier mill�naire avant J.-C. La p�n�tration de la Chine du Sud se fait plus lentement ; au-del�, le mouvement affecte d�s les premiers si�cles de notre �re le Vi�t-nam. La diffusion est plus tardive vers l�est, Cor�e et Japon, mais elle se fait, semble-t-il, tr�s vite au moment de l�expansion du bouddhisme, vers les Ve et VIe s.</p><p>En Asie du Sud-Est, les mod�les</p><p>de villes sont emprunt�s aux deux grandes aires culturelles voisines, Inde ou Chine. La propagation de la civilisation hindouiste et bouddhique provoque l�apparition de capitales et de sanctuaires urbains dans toute la p�ninsule indochinoise et en Indon�sie au cours du Ier mill�naire de notre �re ; les civilisations qui se constituent ainsi n�atteignent leur pleine maturit� qu�un peu plus tard, du XIe au XVe s. La p�n�-</p><p>tration des influences chinoises est plus tardive en dehors du Vi�t-nam.</p><p>En Am�rique, enfin, les r�gions o� l�urbanisation a commenc� sont tr�s limit�es au moment de la d�couverte : elles se cantonnent aux deux foyers de haute civilisation des Andes et de l�Am�rique centrale.</p><p>Une bonne partie de la premi�re urbanisation du monde est le r�sultat de l�expansion europ�enne : l� o� des villes existaient, les commer�ants europ�ens se content�rent d�y installer des comptoirs ; ils ne cr�aient de centres que le long des c�tes, comme relais � leur commerce. L� o� la vie urbaine manquait totalement, dans la plus grande partie de l�Afrique et de l�Am�rique, ils furent amen�s � multiplier les fondations : le mouvement fut pr�coce en Am�rique ; il ne s�acc�l�ra en Afrique qu�au cours du XIXe s., tant la p�n�tration du continent a demeur� longtemps m�diocre.</p><p>L��poque moderne</p><p>et contemporaine</p><p>L�urbanisation du monde s�est prodigieusement acc�l�r�e depuis le XVIIIe s.</p><p>On estime qu�en France la population urbaine ne correspondait encore qu�� 16 p. 100 de la population totale en 1801. Les proportions �taient encore plus faibles dans bon nombre de pays.</p><p>Dans les colonies d�Am�rique, elle �tait voisine de 5 p. 100 � la m�me �poque. En Russie, on �tait pass� de 2,5 p. 100 en 1630 � 4 p. 100 en 1790.</p><p>Les seuls pays o� les taux d�urbanisation �taient plus �lev�s �taient ceux qui �taient caract�ris�s par l�essor pr�coce des activit�s commerciales et industrielles. � certaines �poques du Moyen �ge, la population flamande a peut-</p><p>�tre �t� urbanis�e � 50 p. 100. Dans la province n�erlandaise d�Overijssel, le recensement de 1795 note 54,4 p. 100</p><p>de citadins. Les estimations que l�on propose pour la population urbaine de l�Angleterre ne sont pas coh�rentes.</p><p>Pour les villes de plus de 20 000 habitants, le taux est de 19 p. 100 en 1801, mais la d�finition est bien trop restrictive pour l��poque. Les estimations les downloadModeText.vue.download 39 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11250</p><p>plus raisonnables donnent un peu plus de 30 p. 100 de citadins � ce moment.</p><p>Depuis la fin du XVIIIe s., l�histoire distingue traditionnellement une s�rie de r�volutions techniques : r�volution</p><p>agricole du XVIIIe s., r�volution industrielle, r�volution des transports. Au fur et � mesure que l�analyse s�est pr�-</p><p>cis�e, il a fallu multiplier les �tapes : on parle maintenant de seconde r�volution industrielle ; on d�crit une nouvelle r�volution agricole, qui se d�roule en Europe occidentale et aux �tats-Unis depuis une quarantaine d�ann�es. Il est utile de regrouper ces notations : au fur et � mesure que le temps passe, on prend mieux conscience de l�ampleur des transformations que subit l�humanit� ; on est en train de vivre la phase de transition de la soci�t� traditionnelle, marqu�e par le dualisme des villes et des campagnes, � la soci�t� postindustrielle, caract�ris�e par son urbanisation � peu pr�s totale.</p><p>Quelles sont les causes de cette</p><p>�volution ? Elles se situent d�abord au niveau des techniques. L�am�lioration permanente de la productivit� en ma-ti�re agricole et en mati�re industrielle a provoqu� un glissement continu de la population active d�un secteur � l�autre, comme l�ont bien montr� Colin Clark et Jean Fourasti�. En mati�re de production alimentaire, les progr�s ont vite amen� une r�duction de l�emploi, dans la mesure o� la demande est relativement in�lastique : il faut peu de temps pour satisfaire tous les besoins.</p><p>En mati�re de production industrielle, l��volution a �t� assez diff�rente. Les app�tits instrumentaux des soci�t�s �taient consid�rables, et la production �tait r�duite. Dans un premier temps, la population industrielle a cr� rapidement : l�augmentation de la demande �tait tr�s vive, et l�abaissement des prix de revient la stimulait. L�invention de nouvelles cat�gories de biens d��quipement a maintenu la pression sur la demande aussi vive jusqu�au milieu de notre si�cle, mais l�accroissement de la production s�est de plus en plus effectu� sans hausse des effectifs employ�s.</p><p>On voit maintenant s�esquisser une diminution de ceux-ci : elle est d�j� importante aux �tats-Unis et au Canada.</p><p>En un si�cle et demi, la part de la population employ�e dans l�agriculture a baiss� de 80 � 5 p. 100 ; les effectifs ouvriers, qui correspondaient � 10 p. 100</p><p>du total au d�but du XIXe s., ont cr� jusqu�� repr�senter 50 ou 55 p. 100 de la population active. De nos jours, la</p><p>part du secteur secondaire n�est plus que de 30 p. 100 aux �tats-Unis. La population agricole est n�cessairement dispers�e et soustraite � l�urbanisation. Les ouvriers et les employ�s de l�industrie peuvent aussi bien travailler � la campagne qu�en ville. Cependant, la concentration croissante des fabrications tend � faire des zones de peuplement industriel des aires assez denses pour justifier des �quipements proprement urbains, et les activit�s modernes ont de plus en plus tendance � s�implanter dans les milieux urbains pour profiter de toutes les externalit�s qui y sont produites.</p><p>L�urbanisation appara�t comme le</p><p>r�sultat essentiel de la phase de transition de la soci�t� traditionnelle � la so-ci�t� postmoderne, mais elle n�est pas la cons�quence seulement des gains de productivit� dans les secteurs primaire et secondaire : ceux-ci rendent plus facile la concentration, autorisent donc les transformations sociologiques profondes qui sont li�es aux possibilit�s d�interaction li�es � la vie urbaine, mais des mutations aussi importantes pour comprendre l��volution contemporaine ont pour cause l��l�vation g�n�rale des niveaux de vie ; celle-ci permet d��largir progressivement la place r�serv�e, dans les d�penses et dans les emplois du temps, aux activit�s de relation, que les services favorisent, organisent et structurent. D�autres mutations significatives affectent les moyens de transport, augmentent la mobilit� des biens, facilitent ainsi les accumulations de population et la mobilit� des personnes : celle-ci multiplie pour tous les occasions de se rencontrer. Plus que tout comptent enfin les progr�s dans le domaine des communications : les mass media donnent � l�espace une transparence qu�il n�avait jamais eue ; les moyens de communication � distance rendent possible la confrontation instantan�e. Les effets de ces transformations sont divers : tous ne tendent pas aux m�mes effets g�ographiques.</p><p>Dans l�ensemble, l��volution a</p><p>jou� en faveur de l�urbanisation sous sa forme classique : formation de villes, de noyaux � densit� �lev�e, o� la structure des �quipements facilite les d�placements, les rencontres, les</p><p>confrontations, toutes les formes de l�interaction. Dans la mesure o� les contraintes �cologiques de jadis disparaissent, rien n�impose plus la multiplicit� des centres : la part qui revient aux grandes agglom�rations cro�t plus vite que celle qui revient aux villes petites et moyennes, sauf dans les nations o� l��volution a commenc� le plus t�t et o� la concentration est d�j� tr�s pouss�e.</p><p>Les formes actuelles</p><p>et l�avenir</p><p>On d�c�le pourtant les signes d�une transformation articul�e selon des lignes nouvelles. L��largissement des aires urbaines, la formation de villes r�gionales, de grandes m�tropoles, leur organisation en longs chapelets selon le mod�le des m�galopoles ne marquent pas seulement le triomphe de la</p><p>concentration : ils traduisent le passage des organisations monocentriques aux organisations polycentriques, la fin de l�avantage de l�accumulation sur une toute petite aire. Plus loin des noyaux de peuplement, les zones urbaines subissent une double transformation : l�urbanisation y r�sulte de l�arriv�e de migrants venus de secteurs urbains d�-</p><p>sormais satur�s ; elle provient aussi de l��volution sur place des populations autochtones. Celles-ci acc�dent aux nouvelles formes de l�existence sociale sans avoir besoin de s�installer dans les concentrations urbaines. Au-del� de toutes les aur�oles marqu�es encore par l�influence des grands centres, le d�veloppement de l�instruction et des mass media pr�cipite partout la fin des paysans.</p><p>L��volution peut-elle se poursuivre jusqu�au point o� le processus de concentration par lequel l�urbanisation s�est d�abord traduite s�inverserait ?</p><p>N�est-il pas possible de concevoir une soci�t� urbaine dans son principe, mais o� les accumulations gigantesques du monde actuel perdraient leur raison d��tre ? C�est encore une utopie, mais l��re de la tr�s grande ville ne durera peut-�tre pas sous les formes que nous lui connaissons. Pour que l�existence sociale soit riche d�opportunit�s diverses, il faut une densit� suffisante pour justifier des �quipements complexes. Mais il est possible d�envisager</p><p>une structuration de l�espace par aires peupl�es altern�es avec les espaces de repos, de d�tente ou de loisir constitu�s par les zones agricoles, foresti�res ou les aires inutilisables.</p><p>Il existe parfois des d�calages entre l��volution des mentalit�s et des genres de vie qui r�sultent de la transformation en profondeur de l�art de communiquer et d�habiter et les transformations de l�espace. Ici, l�urbanisation sociologique est � peu pr�s compl�te sans que le paysage de la campagne classique pr�industrielle ait �t� d�figur� : c�est fr�quemment le cas dans les r�gions rurales de Suisse, d�Allemagne ou de l�Angleterre du Sud. Ailleurs, les grandes cit�s accueillent des masses rurales attir�es par la recherche de l�emploi et par l�espoir d�un niveau de vie meilleur : elles n�ont pas le temps de les assimiler, si bien qu�il demeure curieusement dans le tissu urbain des �lots de vie traditionnelle qui, une fois constitu�s, r�sistent longtemps � l�usure du milieu ambiant. On cite volontiers l�exemple de villages italiens, irlandais, mexicains ou yougoslaves maintenus vivants depuis trois quarts de si�cle dans la trame de l�espace apparemment monotone des grandes</p><p>m�tropoles nord-am�ricaines.</p><p>La phase de transition des soci�t�s traditionnelles � la soci�t� postindustrielle s��tale sur deux si�cles pour les pays les plus avanc�s : elle s�annonce d�s la fin du XVIIIe s. dans les pays d�Europe du Nord-Ouest et sur la c�te orientale des �tats-Unis. La plus grande partie de la plan�te est demeur�e � l��cart du mouvement jusque tr�s avant dans notre si�cle. Les nations touch�es par la r�volution industrielle se limitaient au monde temp�r� des deux h�misph�res, et encore, pour certaines, le moment d�cisif de l��volution s�est situ� tr�s tard, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme en Europe orientale ou m�ridionale. Ailleurs, les structures de la soci�t� traditionnelle n�avaient �t� que partiellement mises en cause par les aventures coloniales. Le dualisme, qui �tait la plaie des soci�t�s interm�diaires, avait pris une nouvelle forme, mais l�architecture des soci�t�s restait fid�le � ses mod�les traditionnels.</p><p>Depuis une g�n�ration, les pays du tiers monde ont pris conscience de leur retard. Ils se trouvent boulevers�s par les cons�quences de la r�volution des t�l�communications et des mass media avant m�me d�avoir connu les mutations agricoles et industrielles, par lesquelles l�Europe et l�Am�rique avaient commenc�. Un peu partout, � l�image des nations d�velopp�es, on fait des efforts rapides pour assurer la scolarisation. Les programmes, m�me lorsqu�ils sont adapt�s aux conditions g�n�rales du pays, sont imit�s de ceux qui existent dans les nations industrielles : ils sont faits pour pr�parer � la vie sociale urbaine la foule des employ�s et des ouvriers de demain.</p><p>Ainsi, la transformation sociologique commence bien avant que ne soient �branl�es les structures �conomiques traditionnelles.</p><p>Dans la mesure o� les possibilit�s d�emploi dans le secteur agricole sont m�diocres, soit qu�il y ait surpopula-tion rurale, soit que la pr�dominance de la grande propri�t� extensive d�-</p><p>downloadModeText.vue.download 40 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11251</p><p>courage la majeure partie des jeunes, une part croissante du cro�t d�mographique se trouve dirig� vers les villes.</p><p>Les seules qui offrent des avantages urbains v�ritables sont les plus importantes : la migration se fait directement des villages vers les grandes villes, dont la seule, dans beaucoup de pays, est la capitale.</p><p>L�urbanisation entra�ne donc dans l�espace urbain des groupes h�t�ro-g�nes : � c�t� des classes rompues � toutes les pratiques de la vie citadine, on voit s�entasser dans les bidonvilles des ruraux qui ne sont pour ainsi dire pas assimil�s et qui gardent dans leur comportement l�h�ritage tr�s lourd d�un pass� de tradition. De plus en plus, les jeunes, scolaris�s et le plus souvent politis�s, constituent une nouvelle cat�gorie : id�ologiquement, ils appartiennent d�j� � la soci�t� nouvelle, mais celle-ci ne leur r�serve au-</p><p>cune place, et leur formation les rend incapables, dans la plupart des cas, de suivre les voies traditionnelles d�int�-</p><p>gration, par lesquelles les nouveaux venus apprenaient � se mouler dans le cadre d�une civilisation qui leur �tait �trang�re, mais qui leur fournissait travail et mod�le.</p><p>L�urbanisation des pays du tiers</p><p>monde se fait � un rythme in�gal� jusqu�ici : m�me dans l�Europe du XIXe s., au moment de l�industrialisation forcen�e, on n�a jamais vu la population des villes s�accro�tre au rythme de 6 ou 7 p. 100 par an, ce qui est devenu courant dans les petites nations, cependant que des taux de 5 p. 100 se rencontrent pour des pays de la dimension du Mexique ou du Br�sil.</p><p>Dans le monde actuel, les espaces qui sont encore le moins marqu�s par le mouvement g�n�ral d�urbanisation sont ceux de l�Afrique noire et de l�Asie de la mousson. Dans ce dernier domaine, les densit�s moyennes des r�gions rurales sont si �lev�es que la mutation sociologique peut se faire sans concentration g�n�rale de la population : c�est un peu en ce sens qu�il faut interpr�ter l�exp�rience chinoise de socialisme. En Afrique noire, o� la population est g�n�ralement dispers�e, on voit mal comment les mutations en cours pourraient se faire sans un bouleversement profond de l�organisation de l�espace. (V. ill. population.)</p><p>P. C.</p><p>F Agglom�ration urbaine / Ville.</p><p>&amp; J. Beaujeu-Garnier et G. Chabot, Trait� de g�ographie urbaine (A. Colin, 1964). /</p><p>G. Breese, Urbonization in Newly Developing Countries (Englewood Cliffs, N. J., 1966). /</p><p>K. Davis, World Urbanization, 1950-1970</p><p>(Berkeley, 1969-1972 ; 2 vol.). / M. Santos, les Villes du tiers monde (G�nin, 1972). / J. R�my et L. Voy�, la Ville et l�urbanisation (Duculot, Gembloux, 1974).</p><p>urbanisme</p><p>Science de la cr�ation et de l�am�nage-</p><p>ment des espaces urbains.</p><p>HISTOIRE DE</p><p>L�URBANISME</p><p>Il en est de l�urbanisme comme de la prose : on en a toujours fait sans le savoir. Le concept est de cr�ation r�-</p><p>cente : la premi�re utilisation du mot en langue fran�aise date de 1910, et son origine semble remonter � l�ouvrage d�Ildefonso Cerd� (1816-1876), l�urbaniste de Barcelone, Teor�a general de la Urbanizaci�n y applicaci�n de sus doctrinas a la reforma y ensanche de Barcelona (1867). Il n�en reste pas moins que l�urbanisme, en tant que pratique, remonte � la plus haute antiquit� : Hippodamos de Milet, donnant les plans des villes grecques d�Asie Mineure au Ve s. av. J.-C., �tait indiscutablement un urbaniste.</p><p>L�urbanisme, qui se d�finit comme une science, se distingue, par le fait m�me, de l�urbanisation* spontan�e, produit des n�cessit�s d�une situation, mais sans aucun contr�le ni de cette situation, ni de ses cons�quences sur l�organisation de l�espace urbain (c�est ce qu�on appelerait aujourd�hui l�urbanisme sauvage).</p><p>L�urbanisme est donc un ph�nom�ne mod�rateur des app�tits de puissance de certains groupes sociaux dans l�espace collectif de la ville. Il en �tait ainsi au Moyen �ge, lorsque le voyer, repr�sentant de la communaut� urbaine, faisait d�molir par force les maisons empi�tant sur l�espace de la rue.</p><p>La pratique urbanistique se r�duisait ici � la protection d�une certaine surface, assurant au coeur de villes extr�mement denses les �changes et les communications. Le contr�le de la collectivit� sur les individus se bornait donc � la d�limitation des sols (ce qu�est encore de nos jours le cadastre*), sans pr�juger d�une utilisation plus ou moins abusive de la parcelle priv�e.</p><p>De l�urbanisme</p><p>r�glementaire</p><p>� l�urbanisme</p><p>planificateur</p><p>L�urbanisme classique, tel qu�il se d�finit � partir de la Renaissance et jusqu�� l��poque haussmannienne, a</p><p>attach� une importance croissante � l�espace collectif et � son image, en d�veloppant le contr�le des fa�ades : avec la r�glementation de Versailles, sous Louis XIV, et surtout l�illustre</p><p>� loi des b�timents � d�Antoine Desgo-dets, au XVIIIe s., les r�gles de l�alignement sont �tendues au plan vertical des fa�ades, � leurs reliefs et � leur gabarit, voire m�me � leur ornementation qui, sans faire l�objet d�un ordonnancement absolument syst�matique, est n�anmoins �troitement contr�l�e (surtout � l��poque haussmannienne).</p><p>Avec la r�glementation sur les servitudes de cours communes, qui se vulgarise dans la seconde moiti� du XVIIIe s. (notamment pour le lotissement de la Halle-au-Bl�, � Paris), appara�t la premi�re tentative de contr�le de la puissance publique sur l�espace privatif des parcelles : la r�glementation contemporaine ne fera que renforcer cette surveillance de la collectivit� dans la double perspective d�un d�veloppement de l�hygi�ne (r�gles sur les dimensions d�ouvertures, les installations sanitaires, etc.) et d�une s�curit� accrue contre les incendies ou les accidents (obligation d�accessibilit� des fa-</p><p>�ades, de cloisonnement des escaliers, syst�mes anti-fum�e, parois coupe-feu, etc.).</p><p>Mais cet urbanisme purement r�glementaire, m�me s�il tend � encadrer de plus en plus �troitement la construction, ne concerne, en fait, que l�architecture et laisse de c�t� les probl�mes d�organisation urbaine, qui sont devenus prioritaires depuis l��poque industrielle : le changement d��chelle des villes, � partir du XIXe s., a impos� une r�flexion nouvelle sur l�organisation des espaces urbains d�s que le point de rupture de l�ancienne �chelle pi�tonni�re a �t� atteint. � compter du moment, en effet, o� le trajet � pied d�un point � un autre n�est plus possible (en raison de l�extension de la ville) et o� des transports de relais s�imposent � l�int�rieur de la ville, l�ancienne structure urbaine, h�rit�e d�une tradition antique, tend � �clater sous l�effet d�une circulation de plus en plus intensive, qui envahit les espaces collectifs, dont elle chasse peu � peu les autres formes d�activit�. On aboutit ainsi � une asphyxie de l�organisme urbain.</p><p>C�est ce qui explique l�importance prise d�s le milieu du XVIIIe s., notamment en France, par les ing�nieurs du corps des Ponts et Chauss�es : avec l�accroissement des �changes, leur r�le devient prioritaire et leur fonction glisse peu � peu de la construction des routes et des ouvrages d�art � la planification urbaine, par le biais des �tudes de circulation*. Urbanisme de village, au d�part � il s�agit, en profitant de la construction d�une route royale, d�adapter la structure du bourg au nouveau r�seau de connexions, dress� � l��chelle r�gionale �, l�activit� des Ponts et Chauss�es s��tend tr�s rapidement au domaine proprement urbain, provoquant dans les villes anciennes des percements qui correspondent � une hi�rarchie des voies (primaires, secondaires ou de desserte) : l�urbanisme de restructuration d�Haussmann correspond tr�s exactement � cette d�finition.</p><p>L�urbanisme contemporain n�est que l�extension de cette philosophie de la circulation comme moteur de l�espace urbain et du droit de regard qu�exerce l�administration publique sur l�activit� priv�e de la construction � travers une r�glementation d�une rare abondance et d�une totale complexit�. Simplement, et par la force des choses, on est pass� d�une planification locale, d��chelle souvent modeste, � des interventions beaucoup plus larges, qui peuvent se situer au niveau national ou m�me international.</p><p>L�� image � de la ville</p><p>De l�urbanisme r�glementaire � l�urbanisme planificateur, on n�a envisag� qu�un aspect du traitement des espaces urbains : celui de leur gestion.</p><p>Sans doute faut-il maintenant aborder un autre niveau de l�analyse portant sur l�� image urbaine �, produit d�un syst�me de rapports sociaux et transcription de ceux-ci dans la r�alit� de l�espace concret. Du plan de l��conomie, on passe � celui de la sociologie et, �ventuellement � celui de la politique. Si �troites que puissent �tre les interactions, on peut, en effet, distinguer ce qui ressort d�un bon fonctionnement de l�organisme urbain comme outil de production et ce qui appartient</p><p>� l�organisation sociale comme lieu d�expression ou d�affrontement des divers groupes sociaux qui constituent la ville.</p><p>Image consciente ou inconsciente, ce n�est pas l� le probl�me le plus im-m�diat : que la domination des grandes capitales par la silhouette des gratte-downloadModeText.vue.download 41 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11252</p><p>ciel* de bureaux soit le produit d�une volont� clairement exprim�e ou le r�sultat fortuit de la loi de la jungle, peu importe � partir du moment o� le ph�nom�ne existe et o� sa signification vient � la connaissance de tous. Ainsi, on n��tonnera personne en signalant qu�il est plus co�teux d�habiter au coeur d�une ville � l� o� les communications sont les plus nombreuses, les plus ais�es et o� se concentre le maximum d�avantages (services, loisirs, etc.) �</p><p>que de se retrouver dans une banlieue lointaine, mal desservie et d�pourvue des �quipements les plus �l�mentaires : la g�ographie des prix d�achat des logements n�est que le constat d�une diff�rence de statut social entre les uns et les autres, diff�rence exprimant la possession ou la non-possession des biens de production.</p><p>Sous cet angle, l�image de la ville devient image de la soci�t� qui l�a produite. Ainsi peut-on s�int�resser, ethnologiquement parlant, � la distribution spatiale d�un village dans une tribu d�Afrique, qui refl�te les rapports de production entre les individus, leurs rapports sociaux et m�me leur vision du monde. Miroir de la civilisation, le ph�nom�ne urbain est un lieu privil�gi� pour son observation ou son intelligence : � preuve, les �tudes que le sociologue Paul Henry Chombart de Lauwe a pu effectuer sur les d�placements d�une Parisienne relativement � son origine sociale.</p><p>Terrain de chasse des ethnologues ou des sociologues, l�espace urbain peut m�me int�resser le psychanalyste. Il y a longtemps d�j� que le</p><p>� test du village � est utilis� par les</p><p>psychologues pour mesurer la richesse de l�inconscient du sujet � travers sa symbolique de l�espace. Mais l�on pouvait aller plus loin, comme l�a fait Alexander Mitscherlich : la � lecture �</p><p>de l�espace urbain a un caract�re �minemment symbolique, et la vision logique de l�organisme urbain manque perp�tuellement son but lorsqu�elle ignore le � sens � de la ville, son code de signification pr�sent dans tous les inconscients, aussi bien collectifs qu�individuels.</p><p>Cette lecture de la ville, qui int�-</p><p>resse hautement notre �poque (et particuli�rement les sciences humaines), a �clat� dans des directions tr�s diverses, depuis l�analyse politique, telle que la pratique en France Henri Lefebvre, jusqu�� la recherche d�une � image de la ville �, telle qu�elle a �t� per�ue dans le pass� (ou telle qu�elle est vue par ses actuels habitants) comme l�a tent�e l��cole am�ricaine : �tudes scientifiques de la perception visuelle des espaces et des formes (Georgy Kepes), enqu�tes sociologiques sur la description de la ville ou du quartier (Kevin Lynch) ou bien m�me les �tudes plus paradoxales men�es sur Las Vegas</p><p>par l�architecte Robert Venturi, qui constatent la destruction de l�espace par le signe.</p><p>La ville</p><p>dans la r�flexion</p><p>contemporaine</p><p>Il faut souligner la richesse des travaux actuels portant sur l�histoire urbaine et la participation de plus en plus fr�-</p><p>quente des historiens aux �quipes d�urbanistes � qui incluaient d�j� g�ographes, sociologues et psychologues � pour montrer toute l�ampleur que l��tude th�orique de la ville a prise dans la r�flexion contemporaine � propos du cadre b�ti.</p><p>� ce deuxi�me niveau, l�urbanisme appara�t moins comme un m�canisme de sauvegarde de l�organisme urbain, dont il assure la gestion, que comme une science humaine, pour laquelle la ville n�est qu�un objet et qui a son sujet en elle-m�me, hors de toute pratique.</p><p>Hauss�e au niveau d�une discipline intellectuelle, cette science perd ainsi</p><p>une partie de son pouvoir d�intervention et tend � devenir un sujet de pure sp�culation, s�appliquant � n�importe quel espace, ind�pendamment de ses qualit�s intrins�ques. La disparition des perspectives axiomatiques dans l�urbanisme n�est pas sans danger pour son efficacit�, et l�on comprend mieux � ce niveau l�importance id�ologique qu�Henri Lefebvre attribue � la pratique urbanistique : les choix en urbanisme sont des actes de haute port�e politique, impliquant une certaine conception de l�utilisation de l�espace et, cons�cutivement, une vision donn�e des rapports sociaux et des rapports de production. En d�autres termes, attribuer � un terrain quelconque une fonction autorouti�re ou un r�le de promenade publique implique une vision diff�rente de la place de l�homme dans la ville et, partant, de son r�le dans la soci�t�...</p><p>C�est pourquoi le troisi�me plan de cette �tude, qui est le plan axiomatique � o� interviennent les crit�res esth�tiques de la � beaut� � architecturale ou urbaine �, prend une telle importance : une approche purement fonctionnaliste de l�espace urbain ne peut accepter ce crit�re (ce qui signifie qu�elle le nie au nom d�un autre crit�re, l�efficacit�), pas plus que l��tude intellectuelle, l�observation d�une situation suffisent � ma�triser la cr�ation ou la restructuration des espaces urbains � venir.</p><p>Il faut, � un moment, prendre en</p><p>compte la formulation de l�espace urbain, le r�sultat esth�tique obtenu � travers telle ou telle solution et juger de la ville comme d�un objet, comme d�un paysage, comme d�un spectacle ou comme d�un r�cit � mais en juger plastiquement... La difficult� de l�urbanisme est, ici, qu�il appartient � plusieurs modes d�expression esth�tique : on peut prendre la ville comme une collection de tableaux ou d�objets, repr�sent�e par les architectures qui la constituent (et qui forment autant d�oeuvres d�art s�par�es) ainsi que le paysage obtenu par cette r�union m�di-t�e de multiples objets architecturaux.</p><p>On peut aussi voir dans la ville un spectacle de l�activit� humaine dans son cadre physique : spectacle de l�ani-</p><p>mation des rues, des �changes, des dialogues, des conflits ou des incoh�-</p><p>rences cocasses ; il est enfin possible de prendre la ville comme un � r�cit �, une sorte de roman ou d�histoire, s�inscrivant dans la succession temporelle des espaces et dans leur encha�nement plus ou moins d�lib�r� : c�est dans ce dernier sens que les auteurs du</p><p>� nouveau roman �, tels Alain Robbe-Grillet dans les Gommes, Marguerite Duras dans Moderato cantabile, Michel Butor dans l�Emploi du temps, se sont montr�s, avec certains auteurs de romans policiers (Agatha Christie, Dashiell Hammett, Raymond Chan-dler) et quelques cin�astes, parmi les interpr�tes les plus sensibles de cette lecture urbaine, qui demande chaque fois une nouvelle intelligence.</p><p>L�impossibilit� � dominer simul-</p><p>tan�ment les diff�rentes approches du ph�nom�ne urbain (�conomique,</p><p>sociologique, g�ographique, psychologique, esth�tique, etc.) et celle, non moins grande, d�appr�hender compl�-</p><p>tement cette oeuvre totale qu�est la ville dans sa seule perception esth�tique expliquent la difficult� ressentie � pr�ciser le champ de l�activit� urbanistique, � constituer celle-ci comme science et comme art, � la distinguer de l�architecture, dont elle tend � d�river plus ou moins confus�ment, enfin � la pratiquer dans toute l�amplitude de son champ.</p><p>Cette difficult� s�est exprim�e � travers les appr�hensions contradictoires que le concept a pu recevoir depuis sa cr�ation. En ne retenant de l�urbanisme, comme l�a fait Fran�oise Choay, que son caract�re de discours scientifique, li� � la r�volution industrielle (et, en un certain sens, � l��clatement urbain), on est conduit, en effet, � rejeter tout l�art de la composition urbaine, tel qu�il s�est d�fini depuis les d�buts de l�Antiquit� classique jusqu�au XIXe s. � un art pourtant non n�gligeable !</p><p>L�art urbain</p><p>Depuis les premiers efforts de mise en valeur des �difices de la Gr�ce du VIe et du Ve s. (�gine, Ath�nes*) jusqu�� l�immense acropole hell�nistique* de Pergame, l�art urbain de l�Antiquit� s�est toujours donn� pour but la structuration de l�espace urbain gr�ce �</p><p>l�insertion de constructions monumentales � la fois au niveau du paysage, par l��mergence de leur silhouette, et au niveau de l�espace proprement dit �</p><p>en favorisant par la cr�ation de vides signifiants (agora ou acropole) les contacts n�cessaires � la collectivit�.</p><p>La Rome* antique a pouss� beau-</p><p>coup plus loin ce processus de valorisation des espaces collectifs et, abandonnant le � monument-sculpture �</p><p>qu��tait encore le temple grec, elle a r�orient� tout l�art de l�architecture autour de l�espace du forum et des basiliques qui l�accompagnaient (cr�ant le premier des grands espaces couverts publics de l�histoire urbaine). Le grand art romain, qui exploitait les ressources de la sym�trie et de la frontalit�, est de caract�re �minemment spectaculaire : il est comme une gigantesque mise en sc�ne urbaine, dont la vocation symbolique est d�exprimer le culte imp�-</p><p>rial et la pr��minence des institutions qui le repr�sentent. Les trois temples jumeaux des capitoles d�Afrique du Nord, � Dougga ou � Sbe�tla, affirment plus clairement leur contenu institutionnel que leur signification sacr�e.</p><p>C�est avec la Renaissance italienne</p><p>� et principalement Bramante*, puis Michel-Ange* � Rome* (le Belv�-</p><p>d�re, Saint-Pierre, le Capitole) � que le grand art urbain de l�Antiquit� reprend toute sa signification. Espace essentiellement visuel et spectaculaire, il reste constamment tiraill� entre la dimension picturale et la dimension sc�nographique de sa composition. Le recours syst�matique aux artifices de la perspective et aux truquages d��chelle (dont Michel-Ange donne le premier l�exemple d�s la place du Capitole) lui donne ce caract�re emphatique qui est �troitement li� � l�esth�tique baroque : les grandes mises en sc�ne de Versailles* ou de Nancy*, dans la France des XVIIe et XVIIIe s., constituent l�aboutissement plastique de deux si�cles downloadModeText.vue.download 42 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11253</p><p>d�art urbain monumental et savant.</p><p>Comme l�a dit tr�s justement Fran-</p><p>�oise Choay, cet espace de spectacle rend la ville, de � discourante, discourue � ; en d�autres termes, la signification des formes urbaines, d�implicite et de spontan�e, devient consciente et r�fl�chie. Le ph�nom�ne, qui n�avait d�abord atteint que les grandes r�alisations monumentales du pouvoir, tend, avec le XVIIIe s., � s��largir jusque dans l�habitat, qui est monumentalis� et int�gr� au spectacle urbain (ce qui ne s��tait jamais produit dans l�Antiquit�).</p><p>Nous avons � suivant en cela une</p><p>tradition dans l�analyse des espaces urbains m�di�vaux ou classiques �</p><p>oppos� l�art � savant � des uns � la conception � spontan�e � des autres.</p><p>Il serait plus juste de parler de composition � int�gr�e � ou de composition</p><p>� a priori � : l�urbanisme m�di�val, en effet, n�a de libre que la n�cessit� qu�il se donne de s�adapter � un contexte historiquement ou g�ographiquement pr�d�termin� � en se fixant pour but de tirer de cet accident du lieu et de son histoire une nouvelle structure qui soit pr�gnante en elle-m�me ; l�urbanisme classique, en revanche, est beaucoup plus �troitement attach� � des mod�les formels pr��tablis, � une tradition acad�mique o� chaque nouvelle cr�ation n�est que la suite ou la r�ponse � une cr�ation pr�c�dente (ainsi peut-on faire l�histoire du ch�teau fran�ais ou de la place Royale...), et il traite les conditions particuli�res de l�insertion d�un � parti � (dans le sens de l�architecture) plus comme des obstacles � vaincre que comme des stimulations � l�imagination.</p><p>L�urbanisme m�di�val, pour moins</p><p>sc�nographique qu�il soit, appara�t comme beaucoup plus authentiquement urbain que celui de l��poque classique : espace de contact et non espace de spectacle (selon F. Choay), il privil�gie en effet l��change plut�t que la repr�sentation ; il est beaucoup plus directement l�expression des forces en pr�sence et de leur r�le sp�-</p><p>cifique que le cadre syst�matique des grandes compositions classiques. Ici, en fait, une vision conceptuelle de la ville s�oppose � une vision organique de l�urbain.</p><p>N�anmoins, et il est important de le souligner, les deux syst�mes de com-</p><p>position urbaine n�attachent pas moins d�importance l�un que l�autre aux ph�-</p><p>nom�nes visuels dans le traitement des espaces urbains : les grandes places de Sienne, de V�rone ou de Florence sont tout aussi profond�ment m�dit�es que celles de Rome ou de Bath. Plus encore, l�urbanisme m�di�val, dans sa dimension organique, lie si �troitement ph�nom�ne plastique et signification �conomique, sociale ou politique que le r�sultat est presque indissociable (la r�ussite plastique de certains ensembles de l��poque classique pouvant, au contraire, s�accompagner d�un �chec fonctionnel ou d�une rivalit� permanente de l�un et de l�autre).</p><p>Ainsi, l�urbanisme (ou plut�t l�art urbain), en tant que pratique plusieurs fois mill�naire, se d�finit comme un art de la composition plastique � spontan�e ou ordonn�e � � l�int�rieur d�un syst�me de valeurs dont elle est la traduction, sans r�flexion pr�alable ni remise en cause. Cet aspect contrebalance la vision utilitariste de l�urbanisme � r�glementaire �, que nous avons d�abord d�fini. L�un et l�autre points de vue ont cohabit� longtemps comme des degr�s diff�rents d�un</p><p>m�me syst�me de valeurs.</p><p>La r�volution</p><p>industrielle</p><p>et la th�orie</p><p>de l�urbanisme</p><p>La r�volution industrielle*, en rompant l��quilibre traditionnel des �changes, a perturb� gravement l�espace urbain : le renversement du rapport ville-campagne, conduisant � l�explosion urbaine, a n�cessit� une r�flexion d�ordre plus th�orique sur l�organisation urbaine et la recherche de mo-d�les nouveaux, acceptant la modification des contraintes traditionnelles.</p><p>C�est de cette mani�re qu�est apparu l�urbanisme en tant que th�orie, condi-tionnant une pratique urbanistique a posteriori.</p><p>Les premiers signes d�une remise</p><p>en cause de la ville comme structure apparaissent d�s le XV s. en Italie avec le d�veloppement de la grande bourgeoisie d�affaires : les esquisses de L�onard de Vinci pour une superposi-</p><p>tion des circulations urbaines (pr�figurant �trangement certaines r�alisations du XXe s.) appartiennent � cette remise en cause du syst�me urbain et du brassage des fonctions qui s�y produit. De cette r�duction logique de l�organisme urbain, on pourrait dire, dans un certain sens, que les souks m�di�vaux sont significatifs : le zonage syst�matique des activit�s qui tend � marquer la ville m�di�vale, surtout en Orient, est une tentative intellectuelle de domination, de mise en ordre d�une activit� foison-nante et multiple.</p><p>Mais c�est surtout par l�utopie*, image invers�e du r�el, que s�est constitu�e la pens�e sur l�urbanisme : utopies g�om�triques des ing�nieurs de la Renaissance (Filarete, Francesco di Giorgio Martini*), utopies litt�raires d�un Rabelais* (Th�l�me) ou d�un</p><p>Thomas* More (l�Amaurote). Baign�s dans la pens�e n�o-platonicienne, les projets de la Renaissance proposent de l�homme une vision fig�e dans l��ternel de la perfection ; ils rejoignent le plan de l�id�e platonicienne en proposant de la ville un mod�le, r�f�rence id�ale vers laquelle tendrait toute r�alisation.</p><p>R�introduire l�imaginaire dans cette vision conceptuelle a �t� la t�che de toute la Renaissance : par le biais des tableaux de marqueterie, des grands paysages architectur�s o� s�enferme la figuration picturale (notamment l��cole de Fontainebleau) et dans l�espace de convention de la repr�sentation sc�-</p><p>nique (Inigo Jones* par exemple) s�est peu � peu constitu�e l�image visuelle de la ville baroque et de son spectacle, nouveau moment d��quilibre.</p><p>Avec les bouleversements du d�but du XIXe s. r�appara�t l�utopie, d�abord chez les architectes r�volutionnaires fran�ais, auteurs de mod�les architecturaux th�oriques (o� la g�om�trie souligne l�abstraction de la forme), puis chez les th�oriciens socialistes : Charles Fourier*, qui fonde le phalanst�re de Cond�-sur-Vesgre vers 1830 ; Robert Owen*, qui cr�e la ville de New Harmony dans l�Indiana en 1825 ; �tienne Cabet, enfin, qui donne naissance � deux reprises (dans le Texas et l�Iowa) � des colonies phalanst�riennes rest�es sans lendemain. Seul, en d�finitive, le � Familist�re de Guise �, cr��</p><p>� l�initiative de l�industriel Jean-Baptiste Godin pour ses ouvriers, a connu une vie autre qu��ph�m�re et t�moigne de la conception urbaine des th�oriciens socialisants du XIXe s. �trange conception, � vrai dire, marqu�e par l�immobilisme platonicien des fonctions, par leur hi�rarchisation baroque (le phalanst�re �tant un � palais � ouvrier) ainsi que par la fermeture g�n�-</p><p>rale et l�isolement de ces colonies qui sont repli�es sur elles-m�mes autour d�une vaste cour collective � valeur symbolique.</p><p>� l�urbanisme utopique des fouri�-</p><p>ristes r�pondra l�urbanisme haussmannien, produit d�une � transformation �</p><p>de la ville n�cessit�e par son adaptation � l��poque industrielle (v. Paris).</p><p>Plastiquement, l�haussmannisme n�est que du baroque continu� ; son originalit� tient � la hi�rarchisation qu�il impose entre les voies et, dans un tissu traditionnellement orthogonal, � l�utilisation de trac�s rayonnants ou diagonaux (h�rit�s des projets de la fin du XVIIIe s.). Enfin, les perc�es haussmanniennes, trop souvent r�duites par la critique � une fonction polici�re, ont introduit dans l�espace serr� de la ville un r�seau de verdure (avenues plant�es et squares) qui a pris le relais des anciens jardins de coeur d��lot, disparus sous la pouss�e immobili�re. L�urbanisme haussmannien, m�me s�il est l�expression privil�gi�e d�une bourgeoisie triomphante, au service de laquelle il s�est plac�, n�en est pas moins une r�ussite exceptionnelle, digne des grandes r�alisations baroques qui l�avaient pr�c�d�.</p><p>Urbanisme bourgeois, l�haussman-</p><p>nisme s�est trouv� incapable de r�-</p><p>soudre les contradictions de la soci�t� du XIXe s., dont l�espace urbain est marqu� du sceau de l�incoh�rence et de la confusion : quartiers ouvriers, zones industrielles et lignes de transports forment dans les faubourgs des capitales un enchev�trement inextricable ; univers de gigantisme et de laideur qu�illustrent bien les faubourgs anglais de Manchester ou les docks de Londres.</p><p>La soci�t� du XIXe s. est une soci�t� de l�endroit et de l�envers, �difi�e dans un rapport de d�pendance absolu, illustration caricaturale de la dialectique du</p><p>ma�tre et de l�esclave.</p><p>La nouvelle r�flexion</p><p>� urbanistique �</p><p>et l�urbanisme</p><p>progressiste</p><p>On comprend que certains artistes de l��poque soient entr�s en r�volte contre ce monde de mis�re et de laideur que tra�nait derri�re elle l�industrialisation : en Angleterre, t�t touch�e par ce ph�nom�ne, John Ruskin* devait se faire le d�fenseur � la fois des valeurs esth�tiques et morales de la civilisation ancienne et de la classe ouvri�re, ali�n�e par le monde de la machine. Ce socialisme nostalgique, d�fini comme</p><p>� culturaliste � par certains, devait influencer fortement l�art de William Morris (1834-1896) et des pr�rapha�-</p><p>lites* anglais, puis d�boucher sur une r�flexion urbanistique dont, � la fin du si�cle, les deux ouvrages presque simultan�s de William Morris � Londres (News from nowhere, 1891) et de Camillo Sitte (1843-1903) � Vienne (Der St�dtebau nach seinen k�nstlerischen Grunds�tzen, 1899) se font l��cho.</p><p>Camillo Sitte, dans une perspective tr�s ruskinienne, exaltait les qualit�s downloadModeText.vue.download 43 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11254</p><p>de l�espace m�di�val, l�intimit� de son �chelle et l�ampleur des contrastes qu�il autorise, le principe de � conti-nuum � urbain sur lequel il repose (en opposition totale avec les espaces fractionn�s et isol�s de la ville moderne).</p><p>Enrichie d�un contenu social, cette pens�e devait se concr�tiser chez sir Ebenezer Howard (1850-1928), avec la cr�ation d�un nouveau mod�le urbain, la � cit�-jardin �, dont le principe, d�-</p><p>fini dans Tomorrow : a Peaceful Path to Social Reform (1898), est appliqu� d�s 1903 � Letchworth (Hertfordshire), puis en 1920 � Welwyn Garden City, au nord de Londres.</p><p>Exploit� surtout dans les pays germaniques et anglo-saxons, le th�me de la cit�-jardin devait se heurter � de fortes r�sistances dans les pays latins,</p><p>traditionnellement attach�s � la densit� urbaine et aux �changes multiples que celle-ci autorise. L�aboutissement ex-tr�me de la cit�-jardin ne pouvait �tre que la th�orie du � d�surbanisme �, soutenue par certains architectes sovi�-</p><p>tiques des ann�es 20 et qui appara�t comme une n�gation de la ville et, dans une certaine mesure, comme une nostalgie du monde rural pr�industriel.</p><p>Au mythe de la nature devait donc r�pondre l�apologie du modernisme, rendu possible par la civilisation industrielle : la � Cit� industrielle � de Tony Garnier (1869-1948) offre une vision positive du monde m�canique, en associant paysage industriel et paysage urbain en une image unique et r�con-fortante. Tentative exceptionnelle pour concilier l�humain et le m�canique, le mythe du modernisme repose sur l�id�e d�une mise au service de l�homme des moyens lib�r�s par la machine : l�int�-</p><p>ressante querelle qui, au sein du Werkbund, opposera en 1914 Walter Gropius � Henry Van de Velde sur le th�me de l�homme et de la machine marque le point de d�part de ce nouveau courant d�id�es, dont les ann�es 30 devaient voir l��panouissement.</p><p>C�est en effet apr�s 1920 que cet urbanisme progressiste devait se</p><p>constituer en syst�me, soulign� en 1933 par la publication de la � Charte d�Ath�nes �, document collectif �man� des congr�s internationaux d�architecture moderne (C. I. A. M.). Le projet de Le Corbusier* � pour une ville de trois millions d�habitants � (1922), ou le plan Voisin (1925), et, en Allemagne, les r�alisations de la r�publique de Weimar (Bruno Taut � Berlin, Gro-pius* � Dessau, Ernst May � Stuttgart) sont les pr�alables � cette d�finition de principe.</p><p>En poussant � l�extr�me le principe de la hi�rarchisation des circulations, l�isolement des �difices dans la verdure et la syst�matisation des plans, les urbanistes de la Charte d�Ath�nes n�ont fait qu�acc�l�rer, sous une forme radicale, les sch�mas urbains invent�s d�s les d�buts de l��poque industrielle ; ce faisant, ils condamnaient d�finitivement la ville ancienne, tax�e d�archa�sme, et d�truisaient ce qui en avait �t� le fondement, le principe de voisi-</p><p>nage. La � maladie de l�isolement �, d�tect�e par Camillo Sitte dans la cit� moderne, se concluait par une d�composition totale de la trame urbaine, dont nos ensembles contemporains, inspir�s par les th�ories de l�urbanisme progressiste, sont le t�moignage quotidien.</p><p>On peut donc parler, en d�finitive, d�un �chec de l�urbanisme scientifique et rationnel pr�n� par l��cole moderne.</p><p>D�s les ann�es 60, Lewis Mumford</p><p>aux �tats-Unis, Fran�oise Choay et Gaston Bardet en France, suivant en cela un mouvement d�opinion, pronon-</p><p>�aient la condamnation de la th�orie de l�urbanisme moderne et, introduisant la dimension de l�histoire dans l�analyse de la ville, soulignaient le caract�re organique de cette derni�re, mis depuis plus en lumi�re par les �tudes de Christopher Alexander sur les syst�mes logiques ou par toutes ces ouvertures, dont nous avons parl�, vers les sciences humaines.</p><p>Aujourd�hui, l�urbanisme � hormis son aspect de planification � appara�t moins comme une science exacte que comme une aptitude � la compr�hension de l�humain, dans chaque situation particuli�re que les conditions de l��conomie, de l�histoire, de la culture ont constitu�e et que le concepteur doit structurer en un nouvel ensemble, ayant son unit� et sa vitalit� propres. Il reste � esp�rer que les �tudes r�flexives qui ont �t� conduites durant la derni�re d�cennie aboutissent � d�authentiques cr�ations urbaines contemporaines, dont nous ne connaissons malheureusement pas encore d�exemple.</p><p>F. L.</p><p>L�URBANISME</p><p>EN FRANCE</p><p>Entre le conformisme de la tradition et les r�ves plus ou moins nostalgiques des visionnaires, l�urbaniste doit trouver une voie qui ne soit plus l�adaptation � ce qui existe, mais qui pr�pare le cadre de notre vie de demain.</p><p>En France, c�est Jean-Fran�ois Gravier qui, en 1947, devait �tre un des</p><p>premiers � lancer un cri d�alarme par son ouvrage Paris et le d�sert fran�ais.</p><p>La critique �tait peut-�tre facile.</p><p>Mais l�anarchie apparente des implantations urbaines �tait-elle �vitable, notamment le d�veloppement tentaculaire de la r�gion parisienne... ?</p><p>Le cas de la D. A. T. A. R.</p><p>(D�l�gation �</p><p>l�am�nagement du</p><p>territoire et � l�action</p><p>r�gionale)</p><p>Pourquoi se poser des probl�mes d�urbanisme alors que 90 p. 100 du sol fran-</p><p>�ais appartiennent encore aujourd�hui � la � campagne � et qu�il suffit le plus souvent de gagner sur les champs pour �tendre les villes ?... Imaginons que chaque foyer veuille vivre dans une maison individuelle. Avec 16 millions de foyers disposant chacun de 500 m2</p><p>et en ajoutant 20 p. 100 de superficies pour les voies de circulation, on ne couvrirait que 1 million d�hectares, alors que le territoire national s��tend sur plus de 55 millions d�hectares.</p><p>Les probl�mes de l�urbanisme ne</p><p>se posent donc pas tellement, pour les Fran�ais, en termes de surface, mais bien plut�t en envisageant l�am�nagement des m�tropoles, des � conurbations �, des cit�s industrielles, des grands ensembles d�habitation, etc.</p><p>Cela implique �videmment un plan</p><p>d�ensemble, une coordination dont la n�cessit� n�est vraiment apparue aux pouvoirs publics qu�il y a peu d�ann�es.</p><p>En f�vrier 1963, la D. A. T. A. R.</p><p>�tait cr��e : une petite �quipe allait mener de front des actions de fond, des �tudes et des recherches. Orienter et coordonner le d�veloppement de l�Hexagone n�est pas une t�che facile.</p><p>Les objectifs ne font pas toujours l�unanimit� : les querelles relatives � Fos-sur-Mer, pour ne citer qu�elles, le montrent bien.</p><p>La D. A. T. A. R. n�est pas une</p><p>caisse d�entraide des r�gions ou un fonds de secours pour les industriels en crise. Sa politique n�est pas fond�e sur l�assistance : c�est une politique natio-</p><p>nale visant � r��quilibrer les activit�s � travers tout le pays. Son action n�est donc pas con�ue comme un catalogue des revendications r�gionales.</p><p>Depuis sa cr�ation et compte tenu de son �volution, on peut distinguer six grandes cat�gories d�actions : l�industrialisation des r�gions de l�Ouest ; la conversion industrielle dans le Nord, en Lorraine, dans l�Ouest atlantique et sur la fa�ade m�diterran�enne ; la conversion rurale en Bretagne, dans le Limousin, dans les pays de montagne et en Auvergne ; la d�centralisation � tertiaire � ; la politique urbaine, articul�e entre Paris, les m�tropoles d��quilibre et, depuis peu, les villes moyennes.</p><p>Entre 1955 et 1960, le volume de</p><p>l��migration de la province vers Paris avait plus que doubl� par rapport � la p�riode de l�imm�diat apr�s-guerre ; entre 1962 et 1968, les dix r�gions situ�es � l�ouest d�une ligne Marseille-Le Havre ont gagn� 200 000 � ac-</p><p>tifs �, alors qu�elles en avaient perdu 400 000 dans les dix ann�es pr�c�-</p><p>dentes. L��change �quilibr� de population entre Paris et la province est aujourd�hui une r�alit�. On peut tenter d�extraire du bilan des tentatives de la D. A. T. A. R. les r�ponses � trois grandes questions : l�action de cet organisme ne change-t-elle pas de niveau et de signification ? Comment les lignes de force de la politique sont-elles mises en forme dans l�am�nagement du territoire ? Quel devrait-�tre le visage de la France de demain ?</p><p>Selon J�r�me Monod, � les fonda-</p><p>teurs de la D. A. T. A. R. ne lui deman-deraient plus de placer au premier rang de ses activit�s propres des innovations techniques (villes nouvelles) ou technologiques (A�rotrain), des cr�ations institutionnelles (C. O. D. E. R., O. R. E. A. M., agences financi�res), qui sont entr�es dans les faits et dans les moeurs, mais de consacrer le meilleur de ses soins � � d�bloquer �</p><p>certains rouages essentiels de la vie sociale (formation des hommes, information des citoyens, initiative des partenaires r�gionaux, capacit� d�entreprise des collectivit�s locales) et de porter davantage son attention � d�celer les voies diverses et possibles des</p><p>changements de soci�t�, ses aspirations nouvelles et les tendances immuables de son comportement �.</p><p>Les structures nouvelles de d�ve-</p><p>loppement du territoire ont �t� mises en place pendant ces dix derni�res ann�es, et il ne s�agit pas de les remettre en cause, mais de poursuivre le travail sur le terrain (d�centralisation industrielle, �quipement de la province, r��quilibrage des concentrations d�mographiques).</p><p>downloadModeText.vue.download 44 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11255</p><p>Le permis de construire</p><p>Il vise les constructions nouvelles ainsi que les modifications ext�rieures, reprises de gros oeuvre, sur�l�vations de constructions pr�existantes, et la cr�ation de niveaux suppl�mentaires � l�int�rieur d�un immeuble.</p><p>La demande</p><p>Le permis de construire doit faire l�objet d�une demande en principe r�dig�e en trois exemplaires, selon un mod�le fix� par arr�t�. L�un des exemplaires est destin� au maire de la commune de la construction, et les autres au directeur d�partemental de l��quipement. Un dossier, joint � la demande, comprend un plan de la situation du terrain et un plan de masse des constructions � �difier ou � modifier. Dans le mois o� l�exemplaire de la demande de permis lui est parvenu, le maire transmet son avis au directeur d�partemental de l��quipement. Il est communiqu� au pr�fet s�il est d�favorable.</p><p>L�instruction de la demande</p><p>Le directeur d�partemental de l��quipement proc�de � l�instruction de la demande ; il formule un avis et le transmet � l�autorit� comp�tente pour statuer sur la demande. Le d�lai de l�instruction est en principe de deux mois, mais il d�passe ce laps de temps dans un certain nombre de cas particuliers. Pour les communes de plus de 50 000 habitants dot�es d�un plan d�occupation des sols rendu public ou approuv�, ou d�un plan d�urbanisme ap-</p><p>prouv�, le pr�fet peut confier au maire le pouvoir d�instruction aux lieu et place du directeur d�partemental de l��quipement.</p><p>La d�cision</p><p>La d�cision est de la comp�tence du maire, sauf dans certains cas (notamment pour les grands immeubles), o� elle est de la comp�tence du pr�fet. Elle peut �tre de la comp�tence du ministre charg� de l�urbanisme pour les constructions � usage industriel dont la superficie de planchers, hors oeuvre, est �gale ou sup�rieure � 2 000 m 2. L�autorit� comp�tente se prononce par arr�t�, notifi� au demandeur par lettre recommand�e, mais il existe �galement une proc�dure d�octroi tacite sans d�cision apparente de l�Administration.</p><p>D�sormais, le permis est, en effet, consid�r� comme octroy� s�il n�est pas l�objet d�un refus exprim� dans un certain d�lai.</p><p>L�absence de r�ponse est consid�r�e comme une r�ponse favorable : la libert� est la r�gle, l�interdiction l�exception. Le d�lai d�instruction �tant normalement de deux mois, c�est le silence de l�Administration � l�issue de ce d�lai qui vaut autorisation.</p><p>Lorsque le permis a �t� accord� (implicitement ou explicitement), les travaux doivent �tre entrepris dans le d�lai d�un an.</p><p>J. L.</p><p>L�urbanisme et la France</p><p>de l�an 2000</p><p>Les travaux de la D. A. T. A. R. donnent une � toile de fond � et un canevas aux urbanistes et aux architectes : la France de l�an 2000. On peut r�sumer ce canevas en quelques points essentiels.</p><p>y �quilibre urbain. La d�centralisation ne s�oppose pas � l��volution de Paris. Il s�agit de freiner la croissance quantitative de la m�tropole et de sa r�gion pour que leurs fonctions sp�cifiques de � tertiaire sup�rieur � et de capital culturel puissent s��panouir, et que les conditions de vie des Parisiens soient am�lior�es. Paris jouera ce r�le � l�int�rieur d�un r�seau urbain fond� sur une compl�mentarit� avec les m�tropoles d��quilibre, les villes moyennes et les zones rurales en voie</p><p>d�urbanisation.</p><p>y Un pari sur la mer. Am�nager,</p><p>pr�server, faire s��panouir les possibilit�s d�un littoral mal occup�, tel est l�un des paris principaux faits par la D. A. T. A. R., pour les ann�es � venir. Le sch�ma d�am�nagement</p><p>du littoral fait l�objet d��tudes et de consultations.</p><p>y La d�centralisation de la � mati�re grise �. Cette d�centralisation, qui int�resse les pouvoirs de d�cision, de la recherche, de la culture, sera plus difficile et plus longue � r�aliser. On doit, n�anmoins, en tenir compte dans les plans en pr�paration.</p><p>y Les sch�mas directeurs et les</p><p>�tudes nouvelles. Le sch�ma directeur consacr� aux grandes liaisons routi�res est en cours de red�finition ; celui qui est relatif aux t�l�communications, qui en est � sa deuxi�me �tape, doit permettre de d�finir une strat�gie de d�veloppement des services nouveaux, et en particulier de la t�l�informatique, n�cessaire � la cr�ation de banques de donn�es et de nouveaux centres de d�cision et de gestion.</p><p>De nouveaux � livres blancs � sont �labor�s : sur le d�veloppement de la recherche scientifique et technique en province ; sur la d�centralisation des institutions sociales et de certaines fonctions de grandes administrations centrales ; sur la nouvelle politique culturelle, qui associerait davantage la province aux grandes cr�ations intellectuelles ; sur le r�le et les vocations de Paris en tant que m�tropole internationale ; sur les changements que le March� commun peut entra�ner en ce qui concerne le rythme du d�veloppement des r�gions.</p><p>Bien �videmment, l�urbanisme n�est pas l�am�nagement* du territoire. Mais comment promouvoir l�un sans les pr�-</p><p>visions de l�autre ?</p><p>Pour ne prendre qu�un seul exemple, il a fallu attendre 1967 pour que Paris soit dot� d�un organisme d��tudes d�urbanisme (l�Atelier parisien d�urbanisme [A. P. U. R.]), et ce n�est pas du jour au lendemain qu�il a �t� possible �</p><p>cette institution de proc�der � l��tude de tout ce qui touche l�urbanisme parisien : sch�ma directeur, plan d�occupation des sols, �tudes de circulation, secteur de front Seine, secteur du Sud-Est (Lyon-Austerlitz-Bercy), secteur du Nord-Ouest, r�novation des Halles et du Marais, cit� financi�re de Paris, voie express rive gauche, etc.</p><p>� beaucoup plus long terme, com-</p><p>ment imaginer ce que sera la ville et m�me si elle existera encore ? L��crivain am�ricain Clifford D. Simak</p><p>d�crit dans Demain les chiens (City, 1952) une soci�t� o� la ville a disparu : le d�veloppement des hydroponiques a rendu inutile la culture de la terre ; celle-ci, ne repr�sentant plus une unit� �conomique, peut �tre acquise � vil prix, et les habitants des cit�s s��parpillent dans la campagne ; ils vivent dans des maisons neuves achet�es</p><p>toutes faites et en changent comme on change de meubles ; ils travaillent � 100 ou 150 km de leurs r�sidences gr�ce � l�avion familial... Dans une telle hypoth�se, l�urbanisme n�a �videmment plus de raison d��tre. Nous n�en sommes certes pas l�. Actuellement, l�urbanisme ne se contente plus de raccommoder ; il s�efforce de pr�voir et de pr�venir. C�est � ce titre qu�il devient, enfin, adulte et peut �tre consid�r� comme un des meilleurs</p><p>outils dont dispose l�am�nagement du territoire.</p><p>La r�glementation de la</p><p>profession de promoteur</p><p>Elle a longtemps fait l�objet d�une l�gislation �parse. La loi du 16 juillet 1971, modifi�e par la loi du 11 juillet 1972, est venue rem�dier � cette faiblesse en r�glementant le contrat* de promotion immobili�re.</p><p>Tout contrat par lequel quelqu�un s�engage � faire proc�der � la construction d�un immeuble d�habitation ou � usage professionnel et d�habitation autrement que comme vendeur est soumis aux dispositions de la loi. Le contrat de promotion donne pouvoir au � promoteur � de conclure les contrats et, g�n�ralement, celui de r�aliser tous les actes qu�implique la r�alisation du programme. La mission du promoteur s�ach�ve � la livraison de l�ouvrage, lorsque les comptes de la construc-</p><p>tion ont �t� d�finitivement arr�t�s entre le ma�tre de l�ouvrage et le promoteur.</p><p>J. L.</p><p>Les probl�mes de la</p><p>gestion urbaine</p><p>en France</p><p>La planification urbaine ne peut proc�-</p><p>der que des forces �conomiques : elle a comme source fondamentale le pouvoir des citoyens et l�int�r�t g�n�ral. La gestion urbaine doit donc mener parall�lement deux actions compl�mentaires :</p><p>� l�une qui consiste � promouvoir le</p><p>� pouvoir urbain � des citoyens, cette force vive qui, seule, doit �tre le moteur de l�am�nagement ;</p><p>� l�autre qui est l�organisation technique des �tudes, des analyses de situation, des propositions d�am�nagement, des expos�s d�arbitrage qui doivent �tre propos�s aux divers �chelons du pouvoir.</p><p>Cette face technique est plus fami-li�re � tous, mais elle n�a de sens que dans la mesure o� il y a r�ellement un pouvoir urbain d�mocratique et si, tout au long du processus d�analyse, d��tude et de propositions, elle est l�expression d�taill�e des besoins des citoyens. Il conviendrait donc que la planification urbaine r�ponde aux crit�res suivants.</p><p>y La mise en �vidence des �chelons de gestion du cadre de vie. Il faut pr�server, ou r�tablir, l�organisation urbaine en unit�s clairement perceptibles et se livrant chacune � une gamme tr�s �tendue d�activit�s compl�mentaires.</p><p>Ici s�inscrit, d�une part, la modulation de la politique des grands ensembles, encore trop souvent diffus et informes, et, d�autre part, l�organisation des sp�cialisations de l�espace en zones fragment�es d�habitat, de loisirs, de commerces, de travail.</p><p>Il faut donc examiner les plans d�occupation des sols et les sch�mas directeurs d�am�nagement et d�urbanisme (S. D. A. U.) afin de les �tudier en fonction d�une appartenance du citoyen � des groupes clairement perceptibles, au sein desquels chacun pourra contribuer � l�exercice du pouvoir urbain</p><p>d�mocratique. Ces �chelons de gestion, forces vives de collectivit�s locales, se fortifieront, d�abord et surtout, au niveau du quartier, de la commune, du groupement de communes, puis de l�entit� g�ographique ou �conomique, du d�partement ou de la r�gion.</p><p>y La consultation des habitants sur les projets du cadre de vie. L�organisation, sous l��gide des �lus locaux, downloadModeText.vue.download 45 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11256</p><p>de consultations populaires sur les probl�mes d�am�nagement est souhaitable aux diff�rents �chelons de gestion, en accordant au d�part la pr�f�rence aux groupements les plus restreints. Toute �lection municipale, en particulier, peut �tre l�occasion de ratifier ou de rejeter un plan clair et coh�rent de gestion urbaine. Toute �lection cantonale peut pr�senter la m�me occasion � l��chelle d�un sch�ma directeur. Dans les quartiers, des consultations peuvent engendrer des r�flexions, des informations r�ciproques, mettre en �vidence des int�r�ts contradictoires, orienter des choix, tant techniques que politiques.</p><p>y La mise en place d�une p�dagogie de l�urbanisme et du cadre de vie. Une v�ritable sensibilisation du public aux probl�mes pos�s par l�am�nagement concert� et planifi� est indispensable.</p><p>Cette entreprise, corollaire indispensable des consultations, peut se faire en encourageant des actions ponctuelles engag�es par des groupes locaux � l�occasion d�une modification envisag�e de leur cadre de vie. C�est au travers de ces actions pr�cises que les habitants peuvent le mieux aborder les aspects plus th�oriques et plus complexes r�sultant de leurs options.</p><p>C�est aussi par l�interm�diaire de ces actions ponctuelles qu�ils peuvent le mieux percevoir l�impact r�el du pouvoir urbain, m�me partiel, qu�ils ont assum� et, ainsi, �liminer progressivement l�impression r�pandue d�une impuissance g�n�rale � ma�triser</p><p>l�am�nagement du cadre de vie.</p><p>Par ailleurs et en compl�ment, cette sensibilisation du public doit �tre men�e au sein de l�enseignement g�n�-</p><p>ral et par le canal des grands moyens de diffusion (presse, radio, t�l�vision, etc.).</p><p>En outre, une politique de formation doit amener le public � prendre position sur l�am�nagement urbain par une gamme de probl�mes compl�mentaires pos�s au travers de d�bats, d�expositions, de concours d�id�es, de r�actions sur les exp�riences en cours. Une recherche p�dagogique permanente peut d�gager progressivement les diverses m�thodes propres � d�mystifier le caract�re abstrait et exclusivement technique de l�am�nagement urbain.</p><p>Les organismes d��tudes doivent</p><p>avoir pour mission premi�re d��laborer tous les documents propres � faire appr�hender de la fa�on la plus simple possible, par l�ensemble des citoyens, la r�alit� complexe de la gestion urbaine.</p><p>y La cr�ation de groupes de travail.</p><p>Les groupes de travail adapt�s � chacun des �chelons de gestion doivent comprendre, outre des d�l�gu�s des habitants concern�s par l�am�nagement �tudi� et leurs �lus locaux, des techniciens et des repr�sentants des administrations. Ces groupes de travail doivent donc �tre �tablis aux �chelons des quartiers, des communes, des groupements de communes, des</p><p>d�partements et des r�gions, �chelons g�ographiquement n�cessit�s par la gestion du cadre de vie.</p><p>y Des mesures concr�tes d�incita-</p><p>tion. Il faut que chacun puisse effectivement consacrer une part de son temps � la gestion urbaine et non plus seulement subir ou d�l�guer ses pr�-</p><p>occupations. Des mesures concr�tes d�incitation financi�re, administrative, l�gislative sont �videmment n�cessaires.</p><p>Les moyens financiers seront mis en oeuvre : pour la formation permanente, dans le cadre de l��ducation nationale ; pour que les citoyens aient des disponibilit�s de temps ; pour que fonctionnent les groupes de travail ; pour que soient</p><p>assur�s les moyens mat�riels n�cessaires aux consultations populaires ; enfin pour d�velopper la recherche m�thodologique et p�dagogique.</p><p>Les moyens administratifs permet-</p><p>tront une int�gration et une compl�-</p><p>mentarit� des diff�rents services dans toutes les expressions de la gestion urbaine.</p><p>Les moyens l�gislatifs �tabliront une liaison �troite entre les lois fonci�res en vigueur, l��volution des structures des collectivit�s locales et de leurs ressources, la planification.</p><p>Les bases l�gislatives</p><p>et r�glementaires de</p><p>l�urbanisme fran�ais</p><p>L�urbanisme fran�ais dispose de tout un appareil l�gislatif et r�glementaire, qui se traduit par une s�rie de documents.</p><p>Les sch�mas directeurs</p><p>d�am�nagement et d�urbanisme</p><p>(S. D. A. U.)</p><p>Ce type de documents comprend : un rapport o� l�on analyse la situation existante, les perspectives du d�veloppement d�mographique et �cono-</p><p>mique ; le parti d�am�nagement adopt�, compte tenu de l��quilibre � pr�server entre le d�veloppement urbain et l�am�nagement rural, et de l�utilisation optimale des grands �quipements existants ou pr�vus ; l�indication des principales phases de r�alisation.</p><p>Des documents graphiques portent</p><p>sur la destination g�n�rale des sols : zones d�extension des agglom�rations, secteurs de restructuration et de r�novation, espaces libres, sites, principales activit�s, circulation et transports, p�ri-m�tres devant faire l�objet d�am�nagement de sch�mas de secteur.</p><p>y Le plan d�occupation des sols</p><p>(P. O. S.). Il fixe le cadre des orientations des sch�mas directeurs, s�il en existe, les r�gles g�n�rales et les servitudes d�utilisation des sols. Il est constitu� par un rapport exposant les perspectives de d�veloppement d�mo-</p><p>graphique et �conomique ainsi que les programmes d��quipement.</p><p>Les documents graphiques du</p><p>P. O. S. sont relatifs au zonage : zones d�urbanisation poss�dant les �quipements n�cessaires ; zones naturelles ou non �quip�es ; secteurs susceptibles d��tre urbanis�s dans le cadre du S. D. A. U. ou du rapport de pr�sentation, � l�occasion soit d�une modification du P. O. S., soit de la cr�ation d�une zone d�am�nagement concert�e (Z. A. C.) ; secteurs de protection particuli�re en raison des sites ou de la valeur agricole ; espaces bois�s ; zones d�activit�s sp�cialis�es ; secteurs soumis � des prescriptions architecturales (plan de masse) ; zones soumises � des servitudes sp�ciales contre les nuisances, les risques naturels, etc. Ces documents graphiques concernent �galement les voies de circulation et, le cas �ch�ant, les p�rim�tres de secteurs sauvegard�s, les p�rim�tres � sensibles �, les p�rim�tres de zones d�am�nagement diff�r� (Z. A. D.), sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent, en cas de transactions, exercer un droit de pr�-</p><p>emption, les p�rim�tres de concessions temporaires du sol, les zones � urbaniser en priorit� (Z. U. P.), les Z. A. C., les servitudes publiques.</p><p>Le P. O. S. comprend enfin un</p><p>r�glement relatif aux dispositions applicables dans les diverses zones : le � coefficient d�occupation du sol �</p><p>(C. O. S.) fixe la superficie de plancher construit par rapport � la superficie des parcelles ; il permet ainsi de moduler la densit� selon les zones et d�indiquer les d�rogations possibles aux r�gles de zonage, d�implantation, de stationnement et d�espaces verts (mais non au C. O. S.).</p><p>En annexes figurent : la liste des emplacements r�serv�s pour les ouvrages publics et les espaces verts, avec les collectivit�s b�n�ficiaires ; la liste des op�rations d�clar�es d�utilit� publique � l�occasion de l�approbation ; les �l�-</p><p>ments concernant les r�seaux d�eau et d�assainissement, l��limination des d�chets urbains.</p><p>L�article 12 du Code de l�urba-</p><p>nisme et de l�habitation pr�voit que des</p><p>� sch�mas de secteur � peuvent d�tailler et pr�ciser le contenu de certaines parties des S. D. A. U. Les P. O. S.</p><p>pr�cisent, en leur donnant une port�e juridique indiscutable, les dispositions des S. D. A. U.</p><p>Il faut souligner enfin le caract�re moins pr�cis et plus � prospectif � du contenu normal des S. D. A. U. ainsi que l�aspect beaucoup plus pr�cis de la partie r�glementaire des P. O. S.</p><p>Cette diff�rence s�explique par les diff�rences de termes entre les deux planifications (approximativement trente ans pour les S. D. A. U. et dix ans pour les P. O. S.) et par l�opposabilit� des P. O. S. � l��gard des particuliers.</p><p>Selon la loi d�orientation fonci�re du 30 d�cembre 1967, les S. D. A. U.</p><p>et les P. O. S. peuvent, seuls, au sens strict, �tre class�s parmi les � plans d�urbanisme �.</p><p>Cependant, la notion de � plans d�urbanisme � est suffisamment vague pour inclure dans son acception d�autres documents de planification g�ographique ou de programmation dans le temps int�ressant les villes.</p><p>Les programmes de</p><p>modernisation et d��quipement</p><p>des villes (P. M. E.)</p><p>Ils sont �labor�s dans le cadre de documents r�gionaux d�armature urbaine, au niveau des agglom�rations de plus de 50 000 habitants, avec la participation des services de l��tat et d��lus locaux ; ils pr�voient les programmes de logements et d��quipements publics. La premi�re partie, soumise au groupe central de planification urbaine, trace ses perspectives sur dix ans ; la seconde, examin�e par un comit� du F. D. E. S. (Fonds de d�veloppement �conomique et social), trace les perspectives de financement des �quipements urbains pour la dur�e du plan.</p><p>Le F. D. E. S. s�efforce d�obtenir que les cr�dits n�cessaires � la r�alisation des objectifs du P. M. E. pour la dur�e du plan soient bien attribu�s par les minist�res int�ress�s. Cette garantie ainsi que la force attach�e aux � contrats de plan � sign�s entre l��tat et les communaut�s urbaines font de ces documents</p><p>downloadModeText.vue.download 46 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11257</p><p>de v�ritables instruments de planification urbaine, encore que non spatiale.</p><p>Le lien juridique de ces programmes de modernisation et d��quipement</p><p>avec les plans d�urbanisme est cependant douteux, en raison des textes eux-m�mes. Ainsi, l�article premier du d�cret du 28 mai 1969, relatif aux S. D. A. U. et aux sch�mas de secteurs, semble bien faire des S. D. A. U.</p><p>� le cadre des interventions de l��tat, des collectivit�s locales et des �tablissements et services publics �, et, donc, leur soumettre plus ou moins les P. M. E. D�autre part, la seule obligation juridique � la charge des auteurs du P. O. S. semble �tre de � tenir compte du P. M. E. �, mais non de le respecter.</p><p>Les sch�mas directeurs</p><p>d�am�nagements des aires</p><p>m�tropolitaines (S. D. A. A. M.)</p><p>Moins juridique encore et moins strict est le lien entre les S. D. A. A. M., les S. D. A. U. et les P. O. S. Les � aires m�tropolitaines � correspondent � une politique d�am�nagement du territoire pr�voyant la constitution de grandes m�tropoles r�gionales, pour lesquelles les sch�mas d�am�nagement pr�voient, dans la perspective de l�an 2000, l�urbanisation, la place de l�espace agricole, les principaux �quipements, etc.</p><p>La fonction des S. D. A. A. M. est de donner � tous les partenaires publics et priv�s un cadre de r�f�rence commun.</p><p>Cependant, ces sch�mas peuvent aussi �tre consid�r�s comme des directives d�am�nagement du territoire et, selon l�article premier du d�cret du 28 mai 1969, servir de � cadre � � l��laboration des S. D. A. U.</p><p>M. R.</p><p>F Agglom�ration urbaine / Am�nagement du territoire / Architecture / Espace g�ographique /</p><p>Urbanisation / Ville.</p><p>&amp; C. Sitte, Der St�dtebau nach seinen k�nst-</p><p>lerischen Grunds�tzen (Vienne, 1889, 4e �d., 1909 ; trad. fr. l�Art de b�tir les villes, Renouard, 1902). / E. Howard, Garden Cities of tomorrow (Londres, 1902, nouv. �d., Cambridge, Mass., 1965 ; trad. fr. les Cit�s jardins de demain, Dunod, 1969). / P. Lavedan, Histoire de l�urbanisme (Laurens, 1927-1952, 3 vol. ; nouv.</p><p>�d., 1966 et suiv.). / Le Corbusier, Mani�re de penser l�urbanisme (�d. de l�architecture d�aujourd�hui, 1946 ; nouv. �d., Gonthier, 1963) ; la Charte d�Ath�nes (�d. de Minuit, 1971). /</p><p>R. Auzelle, Technique de l�urbanisme (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1954 ; 4e �d., 1970) ; Clefs pour l�urbanisme (Seghers, 1971). / R. Auzelle et I. Jankovic, Encyclop�die de l�urbanisme (Vincent et Fr�al, 1957-1968 ; 3 vol. parus). /</p><p>L. Mumford, The City in History (New York, 1961 ; trad. fr. la Cit� � travers l�histoire, �d.</p><p>du Seuil, 1964). / C. Alexander, Notes on the Synthesis of Form (Cambridge, Mass., 1964 ; trad. fr. De la synth�se de la forme, Dunod, 1971). / G. Bardet, l�Urbanisme (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1965 ; 7e �d., 1972). / F. Choay, l�Urbanisme. Utopies et r�alit�s. Une anthologie (�d. du Seuil, 1965). / E. N. Bacon, Design of Cities (Londres, 1967 ; nouv. �d., 1973). /</p><p>H. Lefebvre, le Droit � la ville (Anthropos, 1968-1972 ; 2 vol.) ; la R�volution urbaine (Gallimard, 1970). / A. Mistcherlich, Die Unwirtlichkeit unserer St�dte. Anstiftung zum Unfrieden (Francfort, 1970 ; trad. fr. Psychanalyse et urbanisme.</p><p>R�ponse aux planificateurs, Gallimard, 1970).</p><p>/ G. L. Burke, Towns in the Making (Londres, 1971). / H. Laborit, l�Homme et la ville (Flammarion, 1971). / C. Chaline, l�Urbanisme en Grande-Bretagne (A. Colin, 1972). / J.-P. Gilli et H. Charles, les Grands Arr�ts du droit de l�urbanisme (Sirey, 1974). / J. Marolleau, Vivre en l�an 2000 (P. U. F., 1975). / R. Ledrut, l�Espace en question ou le Nouveau Monde urbain (Anthropos, 1977).</p><p>Urbino</p><p>V. d�Italie, dans les Marches ;</p><p>18 900 hab.</p><p>Son principal titre de gloire est d�avoir �t�, dans la seconde moiti� du quattrocento, l�un des plus brillants foyers de la Renaissance* italienne, gr�ce au m�c�nat du duc Federico da Montefeltro (1422-1482). Homme de guerre et fin politique, humaniste et amateur averti, celui-ci fit de sa petite cour un rendez-vous de savants, de philosophes, d��crivains et d�artistes.</p><p>C�est ce que refl�te le monument es-</p><p>sentiel d�Urbino : le palais ducal, mo-d�le des r�sidences princi�res de la premi�re Renaissance, occup� aujourd�hui par la Galleria Nazionale delle Marche.</p><p>Federico le fit entreprendre quelques ann�es apr�s son av�nement (1444).</p><p>Mais c�est en 1468 qu�il chargea Luciano Laurana (v. 1420-1479), architecte dalmate, d�en mener � bien la construction selon un nouveau projet, plus ambitieux et plus moderne, qu�inspirent les th�ories d�Alberti* et de Piero* della Francesca. Ainsi prit forme, en s�adaptant � un terrain difficile, ce complexe irr�gulier, mais savamment articul�, de locaux con�us pour les diff�rents besoins de la vie de cour. Face � la campagne, quatre arcades trait�es en loggia s��tagent entre deux fines tours cylindriques. La cour principale, quadrangulaire, allie une gr�ce nerveuse � la justesse des proportions.</p><p>Le palais fut achev� sous la direction de Francesco di Giorgio Martini*</p><p>(auteur, �galement, d�une �glise � plan ramass�, San Bernardino). Dans les salles aux vo�tes harmonieuses, la d�coration, r�partie avec discernement, t�moigne d�un go�t exquis. Des stucs ornent les chemin�es et les encadrements de portes ; les vantaux comptent parmi les chefs-d�oeuvre de la tarsia, cet art qui fait servir l�assemblage de bois d�coup�s � une repr�sentation tr�s intellectuelle de l�espace et des volumes. Botticelli* et d�autres grands artistes ont pu donner les dessins de ces vantaux, comme ceux des magnifiques tarsie, d�environ 1475, qui rev�tent la zone inf�rieure du studiolo ducal, cabinet de travail dont le programme iconographique c�l�bre les activit�s de l�esprit. Ici, les panneaux repr�-</p><p>sentent les Vertus th�ologales, des armures, des instruments de musique et de science, des livres, un paysage, etc. Sous un riche plafond � caissons, la zone sup�rieure du studiolo montrait, dispos�es sur deux registres, vingt-quatre figures peintes de philosophes, de th�ologiens, de savants et de po�tes � les unes aujourd�hui au mus�e du Louvre, les autres � la Galleria delle Marche � ainsi qu�un portrait de Federico en armure et lisant un manuscrit, en compagnie de son jeune fils Guidobaldo (ibid.). L�attribution</p><p>de cet ensemble semble devoir �tre r�partie entre Joos Van Wassenhove (Giusto di Gand, v. 1435/1440 - apr.</p><p>1480), l�Espagnol Pedro Berruguete*</p><p>et peut-�tre Melozzo* da Forli. Le premier, en tout cas, est l�auteur de la Communion des Ap�tres peinte vers 1475, dans la mani�re flamande, pour le sanctuaire du Corpus Domini, avec une pr�delle de Paolo Uccello* (Galleria delle Marche). Des s�jours de Piero della Francesca, dont l�influence a �t� capitale, on garde le souvenir avec la Flagellation, la Madone de Senigallia (ibid.), le double portrait de Federico et de son �pouse (Offices, Florence), la pala de San Bernardino (pinacoth�que Brera, Milan).</p><p>Le palais abrite encore le temple des Muses, achev� au temps du duc Guidobaldo et dont les figures sont peintes par l��clectique Giovanni Santi (v. 1440-1494), p�re de Rapha�l*.</p><p>Sous Francesco Maria Della Rovere, puis sous Guidobaldo II, dans la premi�re moiti� du XVIe s., on rel�ve les travaux de Titien* pour la cour ducale.</p><p>C�est aussi, � Urbino comme � Gubbio et � Castel Durante (auj. Urbania), la grande �poque de la majolique � l��clatant d�cor lustr�, dont Nicolo Pellipa-rio (av. 1480 - entre 1540 et 1547) fut le ma�tre le plus renomm�.</p><p>L�affaiblissement du pouvoir ducal (qui aboutira en 1631 au rattachement d�Urbino au domaine de l��glise)</p><p>am�ne d�s la fin du XVIe s. un d�p�rissement, auquel �chappe cependant l�art aimable de Federico Barocci*.</p><p>B. de M.</p><p>&amp; P. Zampetti, Il Palazzo Ducale di Urbino e la Galleria nazionale delle Marche (Rome, 1951).</p><p>/ L. Moranti, Bibliografia Urbinate (Florence, 1959). / F. Mazzini, Guida di Urbino (Vicence, 1962).</p><p>Ur�dinales</p><p>Ordre de Champignons microsco-</p><p>piques d�pourvus de carpophores, � basides cloisonn�es transversalement (h�t�robasides), issues d�une probaside enkyst�e, uni, bi- ou pluricellulaire, la t�liospore (ou t�leutospore).</p><p>Dans la nature, les Ur�dinales sont des parasites obligatoires de v�g�-</p><p>taux chlorophylliens, Spermaphytes et Foug�res. On en recense environ 5 000 esp�ces, r�parties en 125 genres, responsables d�affections souvent s�-</p><p>v�res connues sous le nom de rouilles ; certaines rouilles sont �troitement sp�-</p><p>cifiques, alors que d�autres parasitent une large gamme de v�g�taux sauvages ou cultiv�s. Leur myc�lium chemine entre les cellules de l�h�te, o� il applique des su�oirs ; la sporulation se manifeste, � la surface des feuilles ou des tiges de la plante attaqu�e, par de petites taches localis�es, souvent vivement color�es. Au laboratoire, on a pu obtenir r�cemment en culture artificielle le d�veloppement v�g�tatif d�un petit nombre d�esp�ces, dont l�agent de la rouille du Bl�, Puccinia graminis.</p><p>Le cycle de d�veloppement des</p><p>Ur�dinales est complexe : il s�accomplit soit sur un seul h�te (le parasite est alors dit auto�que ou autox�ne), soit sur deux h�tes altern�s, l�un accueillant les stades gam�tophytiques, l�autre les stades sporophytiques ; c�est le cas des rouilles dites h�t�ro�ques ou h�t�rox�nes. Le cycle complet, qui caract�rise les esp�ces macrocycliques, comporte en principe cinq stades successifs, conventionnellement num�ro-t�s de 0 � IV ; mais, chez bon nombre d�esp�ces, en g�n�ral microcycliques, un ou plusieurs stades font r�guli�rement d�faut.</p><p>L�exemple typique d�Ur�dinale</p><p>macrocyclique h�t�rox�ne est fourni par Puccinia graminis, agent de la rouille noire des Graminac�es, qui est, en outre, h�t�rothallique et dont l�h�te alternatif est l��pine-Vinette (Berberis). Le stade 0 appara�t au printemps sur les feuilles de Berberis, au niveau d�une tache d�infection induite par la germination d�une basidiospore ; il se forme des spermogonies, ou pycnies, conceptacles comparables aux fructifi-cations des Sphaeropsidales et g�n�ratrices de spermaties ; ces pycnies sont accompagn�es de filaments r�cepteurs downloadModeText.vue.download 47 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11258</p><p>qui captent les spermaties d�un thalle de sexualit� compl�mentaire, pour constituer un myc�lium � dicaryons. Ce myc�lium est � l�origine des �cies (ou �cidies), en forme de petites cupules group�es � la face inf�rieure des feuilles d��pine-Vinette et produisant des files d��ciospores unicellulaires, jaune orang� (stade I) ; ces conidies vont infecter les jeunes feuilles ou les tiges du Bl�. Le myc�lium parasite produit d�abord des pustules allong�es de couleur rouille, les ur�dies, tapiss�es d�ur�dospores p�dicell�es, toujours dicaryotiques ; entra�n�es par le vent, les ur�dies propagent la maladie parmi les plants de Bl� (stade II). Vers la fin de l��t� se substituent progressivement aux ur�dies des t�lies � t�liospores (ou t�leutospores) bicellulaires, pourvues de parois �paisses, fortement pigment�es ; d�o� l�aspect de � rouille noire �</p><p>que prend la maladie (stade III). La t�liospore, o� les deux noyaux du dicaryon se sont conjugu�s, est une spore r�sistante qui hiverne sur les chaumes pour ne germer qu�au printemps suivant (stade IV).</p><p>Elle �met alors un tube germinatif (promyc�lium) o� le noyau diplo�de subit la m�iose ; des cloisons transversales d�limitent une file de quatre cellules uninucl��es, haplo�des, fonctionnant comme une phragmobaside : chaque segment produit sur un court st�rigmate une basidiospore typique ; �ject�e brutalement, celle-ci peut rencontrer une feuille d��pine-Vinette, sur laquelle s�amorce un nouveau cycle.</p><p>Le cycle r�duit des Ur�dinales</p><p>microcycliques offre de multiples combinaisons ; chez Puccinia malva-cearum, parasite commun des Mauves et des Roses tr�mi�res, il est r�duit � l�extr�me : aussit�t apr�s la dicaryoti-sation, le myc�lium produit des t�lies et des t�liospores, sans stades interm�-</p><p>diaires � �cies ou � ur�dies.</p><p>Parmi les genres les plus repr�sentatifs d�Ur�dinales, on peut citer les Puccinia, avec plusieurs milliers d�esp�ces h�t�ro�ques ou auto�ques, macro- ou microcycliques, dont certaines provoquent chez les c�r�ales des affections souvent graves : rouille de l�Orge, rouille couronn�e de l�Avoine, rouille</p><p>noire du Bl�, etc. Uromyces dactylis parasite les Graminac�es fourrag�res.</p><p>Les �cies (roestelia) des Gymnospo-rangium, dont les t�lies se forment sur les Gen�vriers, produisent la � rouille grillag�e � des Pomac�es ; celles des Melampsora sont parasite de Conif�res, qui r�agissent par des malformations ou des � balais de sorci�res �.</p><p>J. N.</p><p>F C�r�ales.</p><p>ur�e</p><p>F FONCTIONS QUADRIVALENTES.</p><p>urinaires (voies)</p><p>Ensemble des canaux qui concourent � l�excr�tion de l�urine depuis sa sortie des reins jusqu�� l�ext�rieur.</p><p>Ces voies excr�trices extrar�nales sont repr�sent�es par les uret�res, la vessie et l�ur�tre, que nous �tudierons ici. Elles constituent avec les reins*</p><p>l�appareil urinaire.</p><p>Anatomie</p><p>Uret�res</p><p>Il y a normalement un uret�re pour chaque rein. L�uret�re fait suite au bassinet et descend jusqu�� la vessie en arri�re du p�ritoine. Il pr�sente quatre portions : lombaire, iliaque, pelvienne, intra-murale (dans l��paisseur du</p><p>� mur � de la vessie).</p><p>Les rapports les plus importants au point de vue chirurgical sont ceux de l�uret�re pelvien. En effet, celui-ci, devenu transversal profond, est crois� en avant par les art�res ombilicale, puis g�nitales, traverse chez la femme la base du ligament large, longe la paroi lat�rale du col ut�rin, puis croise le vagin pour s�engager sur un tr�s court segment entre vagin et vessie avant de p�n�trer dans le muscle v�sical.</p><p>L�uret�re terminal traverse enfin obliquement la paroi v�sicale et, apr�s un trajet sous-muqueux de 1,5 cm, s�ouvre au m�at ur�t�ral.</p><p>Vessie</p><p>C�est un muscle creux formant r�servoir et assurant la miction. Elle est situ�e derri�re le pubis et la paroi abdominale ant�rieure : chez l�homme, elle repose sur la prostate, s�par�e du rectum en arri�re par le cul-de-sac p�riton�al de Douglas ; chez la femme, elle repose sur la face ant�rieure du vagin et r�pond en arri�re � l�ut�rus, dont la s�pare un cul-de-sac p�riton�al.</p><p>Elle est sous-p�riton�ale, situ�e dans une loge limit�e lat�ralement par les lames (tissu conjonctif celluleux) sacro-recto-g�nito-pubiennes, dans lesquelles sont noy�s les vaisseaux du p�dicule g�nito-v�sical.</p><p>Elle comprend une portion fixe, le trigone, o� s�ouvrent ses trois orifices : ur�tre (col v�sical) en avant, uret�res (m�ats ur�t�raux) de chaque c�t� et une portion mobile, la calotte, qui s�adapte au volume du contenu v�sical.</p><p>La paroi de la vessie est form�e de deux tuniques l�chement unies : la muqueuse et la musculeuse, ou d�trusor.</p><p>Deux sphincters lui sont annex�s : le sphincter lisse (autour du col v�sical) et le sphincter stri� (autour de l�ur�tre prostatique et membraneux chez l�homme).</p><p>L�innervation de la vessie m�rite d��tre sch�matis�e ici en raison de la fr�quence de ses alt�rations pathologiques, cong�nitales ou traumatiques (vessie neurologique). Elle est assur�e par des centres c�r�braux, m�dullaires (centre v�sico-spinal de Budge au niveau de la troisi�me vert�bre sacr�e) et v�sicaux (dans la paroi v�sicale elle-m�me), qui se contr�lent les uns les autres : la disparition anatomique ou fonctionnelle de l�un d�eux lib�re le centre sous-jacent, qui prend, dans la mesure de ses possibilit�s, un certain fonctionnement de la vessie � sa charge. Les centres sont r�unis par des voies de conduction sympathiques ou parasympathiques de la sensibilit� et de la motricit�. Ces voies passent dans (ou en �manent) deux amas nerveux situ�s dans le bassin : les ganglions</p><p>hypogastriques. Seul le sphincter stri� est innerv� par un nerf c�r�bro-spinal, le nerf honteux interne.</p><p>Ur�tre</p><p>Chez l�homme, il s��tend du col v�sical � l�extr�mit� de la verge. Il traverse d�abord la prostate (ur�tre pros-downloadModeText.vue.download 48 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11259</p><p>tatique), puis l�apon�vrose p�rin�ale moyenne (ur�tre membraneux entour� du sphincter stri�) ; il est ensuite entour� dans son segment p�rin�al et dans son segment p�nien par la gaine des corps �rectiles (ur�tre ant�rieur ou spongieux).</p><p>Chez la femme, l�ur�tre, long de 3</p><p>� 4 cm, va du col v�sical au vestibule vulvaire. Il est en rapport direct avec la paroi ant�rieure du vagin. Le sphincter stri� est seulement repr�sent� par quelques fibres non syst�matis�es, dans la portion juxta-cervicale de l�ur�tre.</p><p>Notions physiologiques</p><p>L�ur�tre mis � part, la voie d�excr�tion de l�urine n�est pas un simple canal laissant passer l�urine. L�uret�re assure sa progression gr�ce � des contractions p�ristaltiques.</p><p>La vessie assure son stockage entre les mictions et son �vacuation lors de la miction. Le besoin d�uriner se fait sentir au-del� de 300 ml environ (capacit� v�sicale physiologique). La contraction du d�trusor et le rel�chement synergique (simultan�) des sphincters permettent la miction ; le sphincter stri� est soumis � la volont� ; le reflux v�sico-ur�t�ral (retour de l�urine de la vessie vers l�uret�re) est emp�ch� par la longueur du trajet intramural (dans l��paisseur du muscle v�sical).</p><p>M�thodes</p><p>d�exploration</p><p>Exploration clinique</p><p>Elle comporte d�abord un interroga-</p><p>toire portant sur les signes fonctionnels et g�n�raux concomitants ainsi que sur les ant�c�dents urog�nitaux. Outre l�examen clinique de l�appareil urinaire et g�nital (avec touchers pelviens), on n�omettra pas l�examen macroscopique de l�urine recueillie devant soi pour juger la qualit� du jet et dans trois verres pour juger, d�s son �mission, de sa couleur et de sa limpidit�.</p><p>Exploration biologique</p><p>Elle comporte notamment une �tude qualitative, une num�ration des �l�-</p><p>ments figur�s de l�urine (h�maties, leucocytes et autres cellules) et une �tude bact�riologique � l�examen direct et apr�s culture. On doit, de m�me, examiner les s�cr�tions g�nitales, les �coulements fistuleux �ventuels. Il convient aussi de faire une �tude fonctionnelle des reins*.</p><p>Exploration radiologique</p><p>L�urographie intraveineuse est l�exploration reine des voies excr�trices extrar�nales, car elle est sans danger et montre celles-ci dans leur aspect physiologique normal ou pathologique. Encore faut-il lui donner tous ces atouts : forte dose de liquide de contraste, absence de compression, clich�s suffisamment tardifs pour objectiver tout le trajet des deux uret�res et la vessie, clich�s pr�-, per- et post-mictionnel de la vessie pour juger de sa morphologie, du fonctionnement de son col, d�un reflux v�sico-ur�tral �ventuel, de la qualit� de son �vacuation et enfin ur�trographie mictionnelle.</p><p>Une bonne urographie dispense le</p><p>plus souvent d�une exploration par voie r�trograde (ur�trographie, cystogra-phie, ur�t�ropy�lographie r�trogrades), dont les risques traumatiques et infectieux ne sont jamais n�gligeables, mais particuli�rement s�v�res s�il existe une stase dans les cavit�s explor�es.</p><p>Exploration endoscopique</p><p>Des risques voisins entourent l�exploration endoscopique : celle-ci est plus</p><p>agressive chez l�homme, o� la travers�e de l�ur�tre par un instrument droit et rigide provoque souvent des effrac-tions muqueuses, facteur de saignements et surtout de passage de germes dans la circulation sanguine (bact�ri�mie) ou dans les voies g�nitales profondes (risques d��pididymites, de prostatite), la vessie et les reins, si les urines stagnent dans un segment des voies excr�trices.</p><p>Les indications de l�endoscopie</p><p>d�exploration (ur�troscopie ou cystoscopie) sont donc r�duites aux cas o� le diagnostic n�est pas fait par l�exploration radiologique ou clinique, ou doit �tre pr�cis� en vue de fixer l�indication et la m�thode th�rapeutiques. Lorsque le traitement peut �tre fait par voie endoscopique, il est pr�f�rable de le r�aliser imm�diatement pour �viter les inconv�nients d�une seconde endoscopie. En tout cas, cet examen, douloureux surtout chez l�homme, doit �tre fait sous anesth�sie et sous couverture antibiotique.</p><p>Principaux</p><p>sympt�mes</p><p>urinaires</p><p>Douleurs urinaires</p><p>La topographie lombo-abdominale</p><p>est la plus fr�quente, mais la douleur n�est caract�ristique que si elle est unilat�rale et descendante. Bien des malades qui � souffrent des reins � ont en r�alit� des douleurs vert�brales ou musculaires lombo-sacr�es, donc plus basses, bilat�rales, souvent positionnelles. Certaines douleurs d�origine urinaire peuvent �tre pelvi-p�rin�ales ou inguino-scrotales (vers l�anus ou autour des organes g�nitaux).</p><p>Troubles de la miction</p><p>Leur d�finition est importante, car chacun d�eux pr�sente une signification utile pour orienter vers le diagnostic.</p><p>y Pollakiurie. C�est une fr�quence anormale des mictions sans augmen-</p><p>tation du volume de la diur�se : elle �voque une irritation du col v�sical.</p><p>y Dysurie. C�est une miction dif-</p><p>ficile : elle �voque un obstacle � la miction.</p><p>y Miction douloureuse. Distincte de la dysurie, elle �voque une inflammation muqueuse.</p><p>y R�tention v�sicale. Il en existe deux types : la r�tention compl�te avec miction impossible ; la r�tention incompl�te avec miction possible, mais avec r�sidu intrav�sical d�urine apr�s elle. La r�tention compl�te attire d�embl�e l�attention par les douleurs qui l�accompagnent. Exigeant un soulagement imm�diat, elle ne</p><p>retentit donc pas sur les reins. La r�-</p><p>tention incompl�te, au contraire, peut �tre longtemps m�connue ; elle peut entra�ner la distension progressive des voies excr�trices et, si l�obstacle n�est pas lev�, une distension des cavit�s du rein et une insuffisance r�nale d�finitive.</p><p>y Incontinence. C�est l�impossibilit� de contenir l�urine dans la vessie.</p><p>Plusieurs causes peuvent l�expliquer : perte de la capacit� v�sicale (�volution des cystites graves) ; fistule (v�sico-vaginale surtout) ; for�age du sphincter (miction par regorgement des r�tentions incompl�tes avec distension v�sicale) ; perte du syst�me sphinct�rien (traumatisme, accouchement, intervention chirurgicale, l�sion du col) ; perte du contr�le c�r�bral ; abouchement d�un uret�re au-del� du sphincter (m�at ectopique).</p><p>Modifications qualitatives</p><p>de l�urine et examen</p><p>cytobact�riologique</p><p>L�aspect de l�urine d�s l��mission peut pr�senter des modifications caract�ristiques : trouble, il �voque une pyurie (pus dans les urines) ou une phospha-turie ; rose, rouge ou brun, il peut �tre le signe d�une h�maturie (sang dans les urines), d�une h�moglobinurie, d�une coloration d�origine m�dicamenteuse ou alimentaire.</p><p>Le recueil du jet mictionnel dans</p><p>trois verres permet de situer l�origine de l�h�maturie, si elle est initiale (h�-</p><p>maturie ur�tro-prostatique) ou terminale (h�maturie v�sicale), mais une h�maturie totale (dans les trois verres) n�autorise aucune conclusion topographique ; le diagnostic topographique est une �tape importante vers le diagnostic �tiologique, but de l�examen.</p><p>Les modifications pathologiques de l�urine constituent en effet non pas une maladie, mais un sympt�me qu�il faut absolument rattacher � sa cause.</p><p>L�examen cytologique est toujours n�cessaire pour �liminer les causes d�erreur macroscopiques et d�pister h�maturie ou pyurie microscopiques.</p><p>La pr�sence du sang est d�finie par celle d�une quantit� anormale d�h�maties (plus de 10 par millim�tre cube), et la pr�sence de pus par celle de leucocytes nombreux (plus de 10 par millim�tre cube) et, de plus, alt�r�s, en amas.</p><p>L�examen bact�riologique porte</p><p>sur le culot de centrifugation urinaire et identifie les germes urinaires, apr�s coloration de Gram et de Ziehl (sp�cifique du bacille de Koch), � l�examen direct ou � la culture. Normalement, l�urine est st�rile au cours de son �laboration r�nale et tant qu�elle s��coule dans l�appareil urinaire excr�teur, mais elle est souill�e au moment de la miction par des germes ramass�s au niveau du segment terminal de l�ur�tre et du m�at.</p><p>Modifications quantitatives de</p><p>l�urine</p><p>y Polyurie. C�est l�augmentation du volume urinaire �mis par vingt-quatre downloadModeText.vue.download 49 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11260</p><p>heures au-del� des normes (2 litres et plus).</p><p>y Oligurie. C�est la diminution volum�trique des urines de vingt-quatre heures au-dessous d�un litre.</p><p>y Anurie. C�est la disparition des mictions sans r�tention v�sicale. On distingue l�anurie s�cr�toire (par absence de s�cr�tion r�nale d�urine) et l�anurie excr�toire (par obstacle sur la voie excr�trice en amont de la vessie).</p><p>L�anurie entra�ne au bout de quelques heures des perturbations humorales caract�ristiques (r�tention azot�e, d�shydratation extracellulaire, hypo-tonie osmotique du plasma et aci-</p><p>dose), dont le degr� donne la mesure d�une situation r�versible si la reprise de la diur�se est obtenue et si le parenchyme r�nal a gard� son pouvoir de concentration.</p><p>Tumeurs ou tum�factions</p><p>y Lombaires ou lombo-abdominales.</p><p>Un gros rein donne le contact lombaire au palper bimanuel du flanc.</p><p>y Pelviennes. Chez l�homme, c�est le toucher rectal combin� au palper abdominal qui explore la vessie et le carrefour g�nito-urinaire pr�rectal (ur�tre-prostate-v�sicules s�minales-ampoules d�f�rentielles) ; chez la femme, le toucher vaginal permet l�exploration g�nito-urinaire basse.</p><p>y P�rin�ales. Il faut pr�ciser les connexions tumorales avec l�ur�tre, les organes g�nitaux, le rectum et explorer les �ventuels trajets fistuleux.</p><p>Fi�vre</p><p>Elle est le plus souvent synonyme d�infection et s�accompagne souvent de pyurie (pus dans les urines). Elle doit faire rechercher une stase urinaire et, en son absence, une infection d�un des parenchymes uro-g�nitaux : reins, prostate, ensemble �pididymo-testiculaire.</p><p>Elle peut appara�tre en dehors de toute infection : certains cancers du rein se r�v�lent parfois par une fi�vre ; il en est de m�me, mais plus rarement, de certains h�matomes intrap�-</p><p>rin�aux ; la fi�vre peut, enfin, accompagner un infarctus r�nal spontan� ou postop�ratoire.</p><p>Pathologie</p><p>Obstruction urinaire</p><p>La majorit� des anomalies ou des maladies de l�appareil excr�teur est susceptible d�en provoquer l�obstruction, entra�nant une hyperpression urinaire avec dilatation de cet appareil en amont de l�obstacle ; peu � peu se constitue une alt�ration du rein susjacent pouvant aller jusqu�� sa destruction fonctionnelle et, si l�action est bilat�rale (obstruction du bas appareil), � l�insuffisance r�nale et � la mort.</p><p>L�infection du haut appareil (py�lo-n�phrite, pyon�phrite) complique souvent l�obstruction ou en acc�l�re les effets et peut conduire � la pyon�ph-rose, stade ultime o� le rein n�est plus qu�une poche de pus.</p><p>OBSTRUCTION DU HAUT APPAREIL</p><p>Aspects cliniques.</p><p>1. Obstruction aigu�. Le signe en est la colique n�phr�tique (v. rein).</p><p>Une anurie excr�toire peut compliquer une obstruction si celle-ci est bilat�rale ou si l�autre rein a �t� pr�-</p><p>alablement d�truit ou est inexistant.</p><p>2. Obstruction chronique. Elle se r�v�le par des douleurs lombaires ou lombo-iliaques, par la constatation d�un gros rein ou par une complication : lithiase ou infection urinaire ; l�obstruction est parfois latente sans signe clinique. L�urographie intraveineuse permet le diagnostic en montrant une � trop belle image �, l�obstacle freinant l��coulement du liquide de contraste, ou d�j� un retard de s�cr�-</p><p>tion et des dilatations cavitaires, un amincissement du parenchyme, une</p><p>mutit� r�nale (absence de s�cr�tion).</p><p>Causes d�obstruction du haut appareil.</p><p>Outre le retentissement possible</p><p>des obstructions du bas appareil, qui seront �tudi�es ci-dessous, les principales causes d�obstruction</p><p>du haut appareil sont multiples.</p><p>1. Causes cong�nitales d�obs-</p><p>truction. Ce sont les malforma-</p><p>tions cong�nitales du haut appareil.</p><p>� Syndrome de la jonction py�lo-ur�-</p><p>t�rale. Il existe un gros bassinet et des calices en impression qui se vident mal dans un uret�re normal : ce syndrome est d� � un r�tr�cissement ou � une compression de l�uret�re par un vaisseau sanguin anormal, ou encore � une obs-</p><p>truction fonctionnelle, les ondes p�ristaltiques du bassinet ne se transmettant plus � l�uret�re (achalasie localis�e).</p><p>� Reflux v�sico-r�nal. L�urine peut refluer de la vessie dans l�uret�re par malformation de la jonction v�sico-ur�t�rale (mais le reflux est parfois acquis, secondaire � une intervention sur le m�at ur�t�ral, � une cystite, � une surpression dans le bas appareil).</p><p>Ce reflux peut �tre passif avec communication permanente entre la vessie et l�uret�re ou seulement actif pendant la miction. Il peut accompagner d�autres malformations : duplicit� ur�-</p><p>t�rale, uret�re double, m�ga-uret�re.</p><p>� Le r�tr�cissement cong�nital,</p><p>l�abouchement extrav�sical de l�uret�re, l�ur�t�roc�le (dilatation kystique en amont d�une st�nose cong�nitale du m�at), l�uret�re r�trocave (derri�re la veine cave). Ce sont autant d�autres causes d�obstruction cong�nitale.</p><p>2. Causes acquises d�obstruction.</p><p>� Compressions de l�uret�re. Elles peuvent se faire par infection ou par tumeur de voisinage, ou encore par scl�rose r�trop�riton�ale secondaire � un cancer ou primitive.</p><p>� R�tr�cissements pari�taux. Les</p><p>parois des canaux peuvent �tre r�tr�-</p><p>cies par origine infectieuse (tuberculose notamment) ou secondaires</p><p>� une l�sion traumatique acciden-</p><p>telle ou op�ratoire de l�uret�re.</p><p>� Obstacles intracavitaires. Ce sont la lithiase (calculs) ou une tumeur.</p><p>OBSTRUCTION DU BAS APPAREIL</p><p>Aspects cliniques.</p><p>Les obstructions du bas appareil</p><p>si�gent au niveau du col de la vessie ou au niveau de l�ur�tre ; l�obstruction du bas appareil entra�ne une dysurie, une r�tention v�sicale compl�te ou</p><p>incompl�te, r�alisant deux syndromes tr�s diff�rents dans leur aspect clinique et �volutif, puisque seule la r�tention incompl�te pr�sente un danger pour les reins. Localement, l�obstruction chronique du bas appareil peut cr�er diverses complications : diverticules v�sicaux (hernie de la muqueuse v�sicale � travers la musculeuse), lithiase v�sicale.</p><p>Causes d�obstruction du bas appareil.</p><p>� Obstruction cervicale (du col de la vessie). L�ouverture du col v�sical peut �tre entrav�e par diff�rents obstacles :</p><p>� Scl�rose cervicale primitive</p><p>ou secondaire � une intervention</p><p>sur la vessie ou sur la prostate ;</p><p>� Dysfonctionnement v�sico-sphinct�-</p><p>rien d�origine neurologique. Certains �tats pathologiques affectent en effet les commandes nerveuses de la vessie : enc�phalites, fractures vert�brales avec parapl�gies traumatiques, inflammations et tumeurs de la moelle �pi-ni�re, l�sions des nerfs pelviens cr��es par certaines op�rations (amputation du rectum, hyst�rectomies �largies) et enfin l�sions cong�nitales (spina-bifida, ag�n�sie du sacrum avec l�sion de la queue de cheval [nerfs terminant la moelle �pini�re]).</p><p>Maladies de la prostate</p><p>V. prostate.</p><p>Maladies de l�ur�tre</p><p>(r�tr�cissements de l�ur�tre)</p><p>Les r�tr�cissements de l�ur�tre sont beaucoup plus fr�quents chez l�homme que chez la femme. Une dysurie ou une r�tention urinaire les r�v�lent.</p><p>Le passage d�une sonde dans l�ur�tre ant�rieur et l�ur�trographie permettent le diagnostic pr�cis de leur si�ge (m�at, ur�tre ant�rieur, ur�tre post�-</p><p>rieur). Les causes de ces r�tr�cissements sont nombreuses : cong�nitales (m�at hypospade), inflammatoires</p><p>(complication d�une ur�trite surtout blennorragique, voire d�une tuberculose urog�nitale), tumorales (polype ou cancer de l�ur�tre) ou post-traumatiques (rupture de l�ur�tre, blessure par une sonde ou un appareil, intervention ant�rieure). Outre les complications r�tentionnelles, on peut observer dans l��volution de r�tr�cissements n�glig�s des complications infectieuses : prostatites, cystites, orchi�pididymites, abc�s p�ri-ur�traux, fistules p�rin�ales.</p><p>Tumeurs des voies urinaires</p><p>Les tumeurs ayant pour point de d�part la muqueuse excr�to-urinaire sont des tumeurs �pith�liales. Leur structure est identique d�un bout � l�autre de la voie excr�trice, ce qui explique leur identit� histologique.</p><p>Les tumeurs peuvent �tre b�nignes ou malignes. Les unes et les autres peuvent rev�tir le type papillaire v�g�-</p><p>tant. Ce qui caract�rise les tumeurs malignes est qu�elles sont infiltrantes : la prolif�ration �pith�liale anarchique d�-</p><p>passe la couche basale de l��pith�lium, gagne ensuite toute la paroi excr�trice, puis le tissu cellulaire sous-p�riton�al voisin, et enfin des m�tastases lymphatiques ou � distance surviennent.</p><p>Les tumeurs excr�to-urinaires</p><p>ont une grande tendance � r�cidiver, de sorte que, m�me b�nignes, elles peuvent poser des probl�mes th�rapeutiques difficiles, surtout si elles sont diffuses, � foyers multiples.</p><p>Elles se r�v�lent le plus souvent par des h�maturies (urines sanglantes).</p><p>Leur diagnostic est envisag� � la suite d�une urographie intraveineuse, montrant une ou plusieurs images lacu-naires dans les cavit�s naturelles.</p><p>La localisation tumorale conditionne �videmment les particularit�s cliniques et surtout les images urographiques.</p><p>Au niveau de l�uret�re (comme du</p><p>bassinet et des calices), toute tumeur, downloadModeText.vue.download 50 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11261</p><p>b�nigne ou non, est capable de donner une dilatation des cavit�s d�amont ou une mutit� r�nale (suppression de la s�cr�tion du rein).</p><p>Au niveau de la vessie, seules les tumeurs malignes, infiltrantes peuvent avoir un retentissement r�nal. Le toucher rectal permet parfois de constater une infiltration sus-prostatique, mais c�est l�urographie et surtout l�examen histologique des fragments pr�lev�s par r�section endoscopique qui permettront de pr�ciser la r�alit� et le degr� de l�infiltration.</p><p>Au niveau de l�ur�tre, la tumeur</p><p>coexiste souvent avec un r�tr�cissement ur�tral. Sa nature sera pr�cis�e par biopsie.</p><p>y Complications. L�alt�ration r�nale et l�extension constituent les principales complications des tumeurs de l�appareil excr�teur. N�glig�es, elles conduisent � un �tat pr�caire (infection r�nale, cystite intense, douleurs d�extension m�tastatique, h�maturies � r�p�tition, r�tentions d�urine, insuffisance r�nale).</p><p>Infections et parasitoses urinaires La localisation d�agents microbiens ou parasitaires peut se faire � tous les �tages de l�appareil excr�teur (ur�trite, ur�t�rite), mais c�est au niveau de la vessie (cystite) que les localisations sont les plus fr�quentes et les plus manifestes.</p><p>y Cystite et cystalgie. La cystite, due � l�alt�ration inflammatoire de la paroi visc�rale, est un syndrome o� l�infection urinaire (pyurie) s�associe � une pollakiurie et � des douleurs mictionnelles. Ces deux derniers syndromes peuvent exister sans infection urinaire : il ne s�agit plus alors de cystite, mais d�une cystalgie (douleur de la vessie) � urine claire. Des h�maturies peuvent survenir dans les deux syndromes. L�opposition entre cystite et cystalgie est importante, puisque le traitement est diff�rent, mais les passages de l�un � l�autre syndrome sont</p><p>fr�quents aux cours de l��volution.</p><p>Une cystite non trait�e ou r�cidivante peut �voluer vers une scl�rose de la vessie (notamment en cas de tuberculose urinaire) avec r�duction irr�-</p><p>versible de la capacit�. La recherche radiologique, chimique et bact�riologique de la cause de toute cystite est essentielle au traitement.</p><p>Maladies du haut appareil (notam-</p><p>ment tuberculose), r�tention v�sicale, calculs, corps �trangers, tumeurs v�sicales et maladies prostatiques repr�-</p><p>sentent les causes les plus fr�quentes.</p><p>Il faut aussi penser aux l�sions de voisinage, g�nitales, en particulier chez la femme.</p><p>La bilharziose v�sicale se complique tr�s souvent de surinfection urinaire et de cystite. Cette parasitose est due � un Ver, Schistosama haematobium, qui pollue des cours d�eau d�Afrique notamment et p�n�tre l�organisme par la peau, � l��tat larvaire. Parvenu � l��tat adulte, le ver femelle pond des oeufs dans les veines sous la muqueuse de la vessie ou de l�uret�re : les oeufs passent dans les cavit�s excr�trices et s��vacuent avec l�urine ; l�h�maturie est le principal sympt�me. L�urographie peut montrer un lis�r� cernant la vessie et parfois un reflux ou un r�tr�cissement de l�uret�re ; en cystoscopie, les oeufs sont visibles.</p><p>La cystalgie, comme la cystite, peut �tre secondaire � une l�sion de voisinage ou apparemment primitive : tout ce qui provoque l�oed�me cervico-trigonal peut, en effet, cr�er une cystopathie : allergie, carence hormonale chez la femme (troubles ovariens, m�nopause), mais des conflits affectifs peuvent entra�ner aussi des cystalgies de caract�re psychosomatique. La cystalgie �volue parfois � la longue vers une cystopathie interstitielle avec r�-</p><p>duction de la capacit� v�sicale.</p><p>y Ur�trite. L�inflammation de</p><p>l�ur�tre, ou ur�trite, se r�v�le par un �coulement purulent apparaissant</p><p>au m�at ur�tral. La blennorragie est l�ur�trite la plus commune. Gu�rie en moins de deux jours par un traitement appropri�, elle se complique tr�s ra-</p><p>rement aujourd�hui (sauf n�gligence th�rapeutique) de prostatite, d��pididymite, d�arthrites. Mais il faut se m�fier des rechutes possibles ou des recontaminations, d�autant plus faciles que, chez la femme, la gono-coccie est le plus souvent latente, ou des associations � d�autres ur�trites (� Trichomonas, � germes banals, � virus, � Candida albicans [mycose]).</p><p>Traumatismes et fuites urinaires</p><p>y Les traumatismes des voies excr�-</p><p>trices extrar�nales. Ils sont accidentels ou op�ratoires. Reconnus, ils sont imm�diatement r�par�s, mais</p><p>entra�nent parfois, s�ils si�gent sur un canal, uret�re ou ur�tre, des r�tr�cissements secondaires.</p><p>M�connus, ils se r�v�lent par une fistule urocutan�e, urovaginale ou uro-intestinale ou par un r�tr�cissement.</p><p>On ne peut que citer ici les principales l�sions traumatiques et leur �tiologie.</p><p>� L�sions traumatiques de l�uret�re et de la vessie. Elles sont le plus souvent chirurgicales, par blessure ou ligature au coeur d�une intervention obst�tri-cale, gyn�cologique ou digestive.</p><p>� L�sions traumatiques de l�ur�tre.</p><p>Elles sont le plus souvent secondaires � un accident : fracture du bassin entra�nant une rupture de l�ur�tre membraneux ; chute � califourchon sur un corps dur entra�nant une rupture de l�ur�tre p�rin�o-bulbaire. La cicatrisation de l�ur�tre entour� du corps spongieux est r�tractile et provoque un r�tr�cissement �volutif et r�cidivant.</p><p>y Les fuites urinaires. Il faut distinguer parmi les �coulements involontaires d�urine ceux qui se font au niveau d�un orifice anormal de la voie excr�trice, les fistules urinaires, et ceux qui se font par le m�at ur�tral, les incontinences.</p><p>� Fistules urinaires. La plupart sont d�origine traumatique, ainsi qu�on l�a vu plus haut. Certaines sont secondaires � une l�sion urinaire (cancer de la vessie, cancer de la prostate, r�tr�cissement de l�ur�tre) ou � une l�sion de</p><p>voisinage (sigmo�dite, cancer digestif, cancer ut�rin), � la faveur desquelles se constitue une fistule urovaginale ou urodigestive.</p><p>� Incontinence urinaire. Il faut distinguer l�incontinence par miction imp�rieuse et celle par regorgement (avec globe v�sical) de l�incontinence vraie par insuffisance sphinct�rienne.</p><p>La plus souvent rencontr�e est l�incontinence orthostatique de la femme, caract�ris�e par la survenue de la fuite d�urine uniquement en position debout ou aux changements de position, en cas d�effort : elle n�cessite un traitement chirurgical r�tablissant l�angle cervico-ur�tral (suspension du col).</p><p>M�thodes de traitement</p><p>des l�sions des voies</p><p>urinaires</p><p>M�thodes m�dicales</p><p>Elles visent le traitement de l�infection urinaire, dont il faut savoir qu�il doit �tre �clair� � la fois par l�identification du genre, par l��tude de sa sensibilit� aux divers antibiotiques et par la recherche de sa cause (malformation, calcul, tumeur, etc.), car c�est le traitement de celle-ci qui prime.</p><p>Le traitement de la douleur uri-</p><p>naire doit �tre symptomatique d�abord (� base d�antispasmodiques, d�antalgiques) et �tiologique ensuite.</p><p>M�thodes endoscopiques</p><p>L��lectrocoagulation endoscopique s�adresse � certaines l�sions ur�trov�sicales inflammatoires, trophiques (ur�trites chroniques, cystalgies) ou tumorales (papillomes).</p><p>La r�section endoscopique s�ap-</p><p>plique � certaines tumeurs v�sicales papillaires localis�es et aux obstacles cervico-prostatiques de faible ou de moyen volume, dont elle permet l�examen histologique.</p><p>M�thodes chirurgicales</p><p>y Drainage ou d�rivation de l�urine.</p><p>Le drainage se fait au moyen d�une sonde. Celle-ci est introduite par les voies naturelles (sonde ur�trale, sonde</p><p>ur�t�rale) ou chirurgicales (n�phros-tomie ou cystostomie). Elle permet de drainer l�urine en amont d�un obstacle ou d�une suture � prot�ger apr�s une intervention r�paratrice.</p><p>Malgr� l�utilisation de sondes silicon�es, mieux tol�r�es, le drainage n�est pas une solution confortable � la longue en raison des servitudes d�entretien, des risques d�infection et de l�obligation de changer la sonde p�riodiquement.</p><p>La d�rivation est au contraire une solution qui peut �tre d�finitive (ou temporaire) : elle se fait par abouchement � la peau (ur�trostomie cutan�e directe ou par l�interm�diaire d�un greffon intestinal isol� du transit avec ses �l�-</p><p>ments de vascularisation et abouch� � la peau) : on peut aussi d�river l�urine dans la continuit� colique (ur�t�ro-sigmo�dostomie), ce qui ne n�cessite aucun appareillage, la continence �tant assur�e par le sphincter anal.</p><p>y Ex�r�se et r�tablissement de la continuit�. L�ablation d�un segment pathologique de la voie excr�trice est compatible avec un r�tablissement chirurgical imm�diat de sa continuit� par suture ou r�implantation : il en est ainsi en cas de courte ur�t�rectomie segmentaire, de cystectomie partielle, de courte ur�trectomie segmentaire.</p><p>Mais, si la solution de continuit� canalaire ou, pour la vessie, la perte de capacit� sont trop importantes pour permettre la suture, il faut utiliser un greffon pr�lev� sur un organe voisin ou un mat�riau synth�tique.</p><p>Pour la vessie, on utilise d�ordinaire un greffon intestinal isol� (il�al ou colique), qui assure le remplacement partiel ou total de l�organe. Par exemple, apr�s une cystectomie totale, on peut constituer une n�o-vessie avec un tel greffon, dans lequel on anastomose downloadModeText.vue.download 51 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11262</p><p>downloadModeText.vue.download 52 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11263</p><p>downloadModeText.vue.download 53 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11264</p><p>les uret�res et dont une extr�mit� sera sutur�e � la base prostatique ; on peut aussi utiliser l�ampoule rectale apr�s d�rivation du transit intestinal comme n�o-vessie.</p><p>Pour l�uret�re, les segments ex-</p><p>tr�mes peuvent �tre remplac�s par un lambeau tubul� pr�lev�, selon le cas, sur le bassinet ou sur la vessie. Un greffon intestinal pourvoit au remplacement du segment interm�diaire ou m�me de l�uret�re dans sa totalit�. Un tube souple en �lastom�re de silicone est une autre solution de remplacement promise � d�veloppement en raison de sa rapidit� d�ex�cution.</p><p>Pour l�ur�tre, les plasties utilisent surtout la peau voisine.</p><p>M�thodes radioth�rapiques</p><p>L�irradiation des tumeurs malignes de l�appareil excr�teur se justifie en association avec leur traitement chirurgical ou endoscopique, car 20 p. 100 d�entre elles sont radiosensibles.</p><p>On utilise des radiations de haute �nergie (t�l�cobalt, b�tatron) ou, pour les tumeurs de l�ur�tre, des radio-isotopes en grains ou en aiguilles implant�s dans la tumeur (iridium, ytrium, or radioactifs).</p><p>M�thodes chimioth�rapiques</p><p>Les agents antimitotiques sont peu actifs sur les tumeurs excr�trices. Ils sont des adjuvants possibles aux autres traitements, en particulier pour les tumeurs v�sicales (en installations r�p�-</p><p>t�es dans la vessie) et pour les m�tastases pulmonaires (par voie g�n�rale).</p><p>A. M.</p><p>F Diur�tiques / Rein.</p><p>&amp; R. Couvelaire, J. Patel et P. Petit, Pathologie de l�appareil urinaire et de l�appareil g�nital masculin et f�minin (Masson, 1947 ; 2e �d., 1956). / D. R. Smith, General Urology (Los Altos, Calif., 1957, 7e �d., 1972 ; trad. fr. Urologie, Flammarion, 1972). / L. et H. Lurz, Die Eingriffe auf die Harnorganen, Nebennieren und m�n-nlichen Geschlechtsorganen (Berlin, 1961).</p><p>/ R. Jean, Infections urinaires chez l�enfant (Heures de France, 1963).</p><p>Urod�les</p><p>Ordre de Vert�br�s Amphibiens*, � quatre membres, � queue persistante, ayant la forme g�n�rale des L�zards.</p><p>La m�tamorphose qui s�pare la</p><p>forme larvaire aquatique de l�adulte terrestre est bien moins importante que celle des Anoures* et peut m�me manquer. Les Urod�les habitent surtout les zones temp�r�es de l�h�misph�re Nord ; on en conna�t environ trois cents esp�ces, r�parties en huit familles.</p><p>� l�inverse des Anoures, dont les larves sont microphages, les Urod�les ont des larves carnassi�res et pr�datrices, qui �closent apr�s un d�veloppement embryonnaire long,</p><p>et sont d�embl�e capables de chasser.</p><p>Ces larves naissent d�oeufs � vitellus abondant, pondus en petit nombre.</p><p>Elles sont pourvues d�organes de fixation appel�s balanciers, de membres ant�rieurs gr�les, d�organes sensoriels diff�renci�s et d�une denture efficace.</p><p>La respiration est branchiale ; les trois paires de branchies externes subsistent jusqu�� la m�tamorphose. Il existe un organe de la ligne lat�rale, et l�oeil est pourvu d�un cristallin sph�rique adapt� � la vision aquatique.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, l�adulte terrestre a un mode de vie peu diff�rent de celui de la larve, et la m�tamorphose est peu spectaculaire : l�animal conserve sa queue et se d�place au sol par des ondulations lat�rales analogues aux mouvements de nage. La respiration branchiale devient pulmonaire, mais le poumon garde une structure primitive et peu compartiment�e. La peau se modifie �galement et se k�ratinise, ce qui entra�ne des mues p�riodiques.</p><p>L�oreille moyenne se constitue, mais se limite en g�n�ral � la columelle, reli�e</p><p>par un ligament musculaire � la ceinture pectorale. La ligne lat�rale dispara�t. Il se forme des paupi�res.</p><p>La m�tamorphose peut ne pas appa-</p><p>ra�tre chez certaines esp�ces comme l�Axolotl, forme n�ot�nique qui</p><p>acquiert � l��tat larvaire la maturit� sexuelle. Cette absence de m�tamorphose est due � un mauvais fonctionnement d�un des �l�ments de la cha�ne fonctionnelle : � hypophyse-thyro�de-thyroxine-tissu cible �. Chez d�autres esp�ces, dites � P�rennibranches �, la m�tamorphose est incompl�te et peut n�affecter que la peau.</p><p>Chez les Urod�les, la f�condation des oeufs est en g�n�ral interne, � la suite d�un pseudo-accouplement au cours duquel le m�le d�pose sur le sol un spermatophore que la femelle vient saisir de ses l�vres cloacales, apr�s une danse nuptiale souvent complexe. La plupart des Urod�les sont ovipares ; quelques-uns, comme la Salamandre noire, font leurs petits vivants. Dans les voies g�nitales femelles, les larves ont tous les organes des larves libres ; elles se nourrissent du vitellus d�oeufs abor-tifs, puis, par absorption branchiale, de s�cr�tions des oviductes. Elles naissent apr�s qu�a eu lieu la m�tamorphose.</p><p>Classification des Urod�les</p><p>Sous-ordre des Hynobio�des</p><p>F�condation externe comme chez les Anoures. Poumons souvent r�gresses.</p><p>Deux familles.</p><p>y Hynobiid�s. Esp�ces asiatiques terrestres, � poumons r�duits ou absents (respiration cutan�e).</p><p>y Cryptobranchid�s. M�tamorphoses incompl�tes ; la premi�re fente branchiale, ou spiracle, peut rester ouverte ou se ferme tardivement ; la vascularisation cutan�e est intense. Cette famille comprend deux esp�ces qui restent aquatiques toute leur vie : le M�nopome des Appalaches (Crypto-branchus alleganiensis), qui atteint 60 cm, et la Salamandre g�ante (M�galobatrachus japonicus) de la Chine et du Japon, qui peut atteindre 1,60 m et un poids de 10 kg.</p><p>Sous-ordre des Ambystomo�des</p><p>Une seule famille nord-am�ricaine de Salamandres d�pourvues de dents palatines.</p><p>Les adultes sont terrestres et vont � l�eau pour se reproduire ou pondent leurs oeufs sur le sol, les larves gagnant alors l�eau d�s leur �closion. F�condation semi-interne.</p><p>Genres principaux : Ambystoma (dont l�Axolotl est la larve n�ot�nique d�A. tigri-num, �galement connu sous sa forme adulte) et Dicamptodon.</p><p>Sous-ordre des Salamandro�des</p><p>Urod�les � f�condation semi-interne, des dents palatines. Trois familles.</p><p>y Salamandrid�s. Famille dont les nombreux genres se rencontrent en Asie (Tylo-totriton), en Am�rique du Nord (Diemicty-lus), mais surtout en Europe, en Afrique du Nord et en Asie Mineure. Citons les genres principaux : Salamandra (S. Salamandra, la Salamandre commune jaune et noir, et S. atra, la Salamandre noire vivipare des Alpes), Salamandrina (la Salamandre � trois orteils d�Italie), Chioglossa (la Salamandre d�Espagne), Pleurodeles (d�Espagne, dont les c�tes traversent la peau au niveau des flancs), Euproctus (des Pyr�-</p><p>n�es, de Corse et de Sardaigne, qui s�accouple comme un Crapaud) et enfin Tri-turus (les Tritons), au dimorphisme sexuel accus�. Il existe en France quatre esp�ces de Tritons : le Triton vulgaire (T. vulgaris), le Triton marbr� (T. marmoratus), le Triton alpestre (T. alpestris) et le Triton � cr�te (T. cristatus).</p><p>y Amphiumid�s. Famille du sud-est des �tats-Unis. L�Amphiume, appel� aussi � tort Anguille du Congo (Amphiuma means), aux membres r�duits, conserve de nombreux caract�res larvaires.</p><p>y Pl�thodontid�s. Famille surtout nord-am�ricaine, d�pourvue de poumons. Il existe de nombreux genres am�ricains (Pseudotriton, Eurycea, Plethodon, Des-mognathus, Aneides) � moeurs normales, d�autres cavernicoles et une esp�ce de l�Ancien Monde, la Salamandre cavernicole (Hydromantes genei), pr�sente en Italie du Nord et dans le sud de la France.</p><p>Sous-ordre des Prot�o�des</p><p>Urod�les p�rennibranches, pulmon�s, sans paupi�res. Une seule famille, � laquelle on rapporte deux genres : Necturus, vivant</p><p>dans les rivi�res riches en v�g�taux du Canada au golfe du Mexique, et Proteus, ani-downloadModeText.vue.download 54 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11265</p><p>mal cavernicole de Yougoslavie, aveugle et d�pigment�.</p><p>Sous-ordre des Sir�no�des</p><p>Urod�les P�rennibranches sans membres post�rieurs, � nombreux caract�res larvaires et � f�condation externe. Une seule famille, repr�sent�e par deux genres : Siren, � quatre doigts, des rivi�res ombreuses des Appalaches, et Pseudobranchus, � trois doigts, des mar�cages de Floride.</p><p>R. B.</p><p>&amp; G. K. Noble, The Biology of the Amphibia, (New York, 1931). / J. A. Moore, Physiology of the Amphibia (New York, 1964). / H. W. Parker et A. Bellairs, les Amphibiens et les reptiles (trad. de l�angl., Rencontre, Lausanne, 1971).</p><p>U. R. S. S.</p><p>(Union des</p><p>r�publiques</p><p>socialistes</p><p>sovi�tiques)</p><p>En russe, S. S. S. R. (So�ouz sovietskikh sotsialistitcheskikh respoublik), le plus vaste �tat du monde (22 400 000 km2), et le troisi�me par sa population (255 millions d�habitants). Capit.</p><p>Moscou.</p><p>UN CONTINENT ET UNE</p><p>SUPERPUISSANCE</p><p>Le continent</p><p>sovi�tique</p><p>L�U. R. S. S. est compt�e � part dans de nombreuses publications statistiques, en particulier celles de l�O. N. U. On a pris l�habitude de la dissocier � la fois du reste de l�Europe et du reste de l�Asie, et c�est un non-sens que de la consid�rer comme une puissance ou europ�enne ou asiatique. D�autre part, son isolement (le pays est rest�</p><p>longtemps ferm� aux influences ext�-</p><p>rieures), son pass�, sa politique jusqu�� ces derni�res ann�es autorisent � la consid�rer comme un �tat � part, un v�ritable subcontinent, mieux encore un continent, qu�on peut diff�rencier de l�Europe, d�une part, et de l�Asie, d�autre part.</p><p>Sa superficie repr�sente quarante fois celle de la France, sept cents fois celle des Pays-Bas. Un quart du territoire de l�U. R. S. S. (5,6 millions de kilom�tres carr�s) s��tend en Europe, au sens traditionnel du terme, le reste de l�Europe couvrant une superficie � peu pr�s �gale (5,4 millions de kilom�tres carr�s). Mais les trois quarts du territoire se situent en Asie : 16,8 millions de kilom�tres carr�s sur les 44 millions de kilom�tres carr�s sur lesquels s��tend l�Asie enti�re, ce qui repr�sente un peu plus du tiers du territoire de ce continent. En revanche, 58 millions de Sovi�tiques seulement vivent en Asie (� peine 4 p. 100 de la population de l�Asie), contre 192 millions en Europe (475 millions pour le reste de l�Europe).</p><p>Par la population, l�U. R. S. S. vient ainsi au troisi�me rang dans le monde, apr�s la Chine et l�Inde, mais c�est bien par l��tendue qu�elle acquiert un caract�re continental. Mal limit�e par ses oc�ans et ses mers aux c�tes ge-l�es, elle a v�cu repli�e sur elle-m�me.</p><p>L��cartement de ses voies ferr�es autant que le maintien, jusqu�� l��poque actuelle, de son syst�me de poids et mesures t�moignent de cet isolement.</p><p>Continentale, l�U. R. S. S. l�est encore par l�immensit� d�une partie de son territoire, dont les richesses ne sont pas encore toutes explor�es. La plupart des d�p�ts g�ologiques exploitables, d�origine continentale, sont d�un acc�s souvent difficile. La for�t repr�sente la moiti� des r�sineux du monde ; on compte une superficie moyenne</p><p>de 3,4 ha de for�t par habitant. Plus de 100 000 cours d�eau sillonnent le pays, et 2 500 lacs s�y �talent, dont le lac Ba�kal, le plus profond de la Terre (de 1 750 m � 1 900 m, selon les estimations), et la Caspienne, la mer ferm�e la plus �tendue du globe. C�est en U. R. S. S. qu�on a relev� la plus vaste</p><p>nappe phr�atique du monde : celle-ci s��tend sous la Sib�rie occidentale sur une superficie de plus de 3 millions de kilom�tres carr�s.</p><p>Continentale, l�U. R. S. S. l�est encore par le climat. Il faut excepter quelques franges de climats o� l�hiver est plus doux et l��t� moins sec � le rivage des �tats baltes, la Riviera crim�enne et celle, � caract�re subtropical, du Caucase �, et la fa�ade pacifique, qui jouit d�un climat de mousson durant l��t�. Mais nul point n�est exempt de gel. Les hautes pressions stables s��tendent jusque dans le sud des d�serts, jusqu�aux c�tes de la mer Noire, maintenant un r�gime de froids vifs. En janvier, les isothermes prennent la direction N.-O.-S.-E., si bien qu�Odessa a la m�me temp�rature moyenne que Riga et qu�en Sib�rie les courbes enveloppent le p�le du froid (r�gion de Verkho�ansk-O�miakon).</p><p>La neige n�est jamais tr�s �paisse, surtout dans les d�serts et dans le Grand Nord, mais il s��coule souvent six mois entre les premi�res chutes et les premi�res fontes. La Russie offre un bon exemple de ces hivers rigoureux et longs de l�Union, bien �tudi�s par des savants, bien d�crits par les �crivains et les po�tes. Autrefois, l�hiver marquait un long temps de repos des cultures, des b�tes et des gens ; c��tait le temps des voyages en tra�neau sur la neige glac�e, des visites de village � village, des longues veill�es, au cours desquelles les artisans fabriquaient les objets de cuir et de bois. Certaines foires se tenaient �galement en hiver.</p><p>Lorsque la temp�rature devenait trop basse, les �coliers �taient mis en cong�.</p><p>Enfin, on sait combien souvent les incendies survenaient dans les villages et les villes d�isbas. De nos jours, l�hiver pose de s�rieux probl�mes � la circulation, au g�nie civil, � la vie des hommes : l�U. R. S. S. est le pays o� ont �t� mises au point les meilleures techniques de lutte et de protection contre le froid.</p><p>Les saisons interm�diaires sont</p><p>tr�s br�ves, comme dans tout climat continental. � la fin de l�hiver surgit le d�gel, la raspoutitsa. Les travaux des champs sont �court�s, et la</p><p>p�riode v�g�tative ne d�passe pas de 12 � 15 semaines, ce qui explique la h�te f�brile des travaux des champs : il faut tout engranger avant de pr�parer les terres pour la campagne suivante.</p><p>On comprend ainsi les n�gligences, les lenteurs dans l�acheminement de la main-d�oeuvre ou des machines. Le</p><p>� triangle utile � de l�agriculture a pour base la ligne Kaliningrad-Odessa et pour pointe Novossibirsk. Ailleurs, la culture est insulaire, cantonn�e dans les clairi�res de la for�t ou, dans le Midi, confondue avec les �lots et les p�rim�tres d�irrigation. On estime ainsi qu�un dixi�me au moins du territoire est en culture continue et permanente.</p><p>Enfin, la chaleur (�vaporation et aridit� des �t�s) est un autre trait de la continentalit� du climat. L�irr�gularit� des saisons accentue encore les al�as de l�agriculture pionni�re aux limites m�me du triangle utile.</p><p>Continentale, l�U. R. S. S. l�est encore en raison de la barri�re de hautes montagnes, qui, dans des positions p�riph�riques, l�enserrent au sud et � l�est, et emp�chent l�acc�s aux mers et aux �tats riverains du Midi. Montagnes et massifs se disposent en coulisses, allong�s de l�ouest vers l�est, s�par�s par de profonds passages, mais formant souvent des masses compactes et infranchissables. Ainsi, en Asie surtout, de la Caspienne � l�Extr�me-Orient, se succ�dent des cha�nes tr�s �lev�es de type himalayen : du Kopet-Dag (ou Kopet Dagh) au Pamir, puis � l�Alta�.</p><p>Les passages de l�Ili et de Djoungarie (Dzoungarie) illustrent, par leurs lacs et leurs mar�cages, l�ind�cision des fronti�res asiatiques.</p><p>Plus au nord s�allongent des cha�nes plus anciennes, hercyniennes, comme les Sa�an, la Ba�kalie, les Iablonovoy� et les Stanovo�. Enfin, un troisi�me type est repr�sent� par les arcs volcaniques de Sakhaline et du Kamtchatka.</p><p>Ainsi, les passages avec les pays frontaliers (Iran, Afgh&#x101;nist&#x101;n, Chine) sont-ils rendus difficiles, parfois impossibles. Mais tout le long de l�immense fronti�re sino-sovi�tique se disposent des postes gard�s par les frontaliers de l�U. R. S. S. Les courants commerciaux avec la Chine sont deve-</p><p>nus insignifiants ; la fermeture de la fronti�re sino-sovi�tique t�moigne plus encore de l�isolement de l�U. R. S. S.</p><p>D�autre part, les altitudes des cha�nes du Sud ont toujours emp�ch� l�Union sovi�tique d�acc�der soit aux mers chaudes, soit aux richesses p�troli�res.</p><p>Elles ne lui permettent pas de b�n�ficier d�un vrai climat m�diterran�en : la ville de Kouchka, la plus m�ridionale de l�U. R. S. S., plac�e sur le m�me parall�le que Tunis, conna�t des �t�s et des automnes chauds, mais �prouve des temp�ratures d�hiver, moyennes et minimales, tr�s basses.</p><p>On a donc l�impression d�un �tat</p><p>prisonnier des montagnes au sud</p><p>comme � l�est, ces montagnes comptant parmi les plus hostiles et les plus imp�n�trables. L�U. R. S. S. appara�t ainsi radicalement coup�e de l�Asie, tourn�e vers le nord plus que vers le midi.</p><p>Continentale enfin, l�U. R. S. S. l�est par le gel intense et prolong� de ses c�tes. Un g�ographe, Georges Jorr� �crivait jadis : � Quand les mers ne sont pas bloqu�es par les glaces, elles le sont par le relief et la politique. � Or, les douze mers de l�U. R. S. S. d�veloppent plus de 10 000 km de c�tes, sur lesquels un seul port, fond� dans un fjord, Mourmansk, est enti�rement libre de glaces durant toute l�ann�e (les eaux �tant r�chauff�es par le Gulf Stream et la d�rive nord-atlantique). Tous les autres ports, m�me les ports du Sud, comme Odessa, et m�me Vladivostok, le � Dominateur de l�Orient �, sont pris par le gel au moins trois mois durant l�hiver. Certains ports peuvent �tre lib�r�s par l�emploi de brise-glace puissants, et ce n�est pas un hasard si l�U. R. S. S. a �t� downloadModeText.vue.download 55 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11266</p><p>le premier pays du monde � pr�voir la construction de brise-glace de fort tonnage � propulsion nucl�aire. Les autres ports doivent attendre le d�gel du printemps : d�Arkhangelsk aux ports de la mer d�Okhotsk, ils sont prisonniers des glaces six mois ou davantage dans</p><p>l�ann�e. La fameuse Route maritime du Nord, qui relie Mourmansk � Vladivostok, n�est en service que pendant deux � trois mois, en plein �t�. Le brise-glace L�nine, appel� en renfort, trace un chenal pour un convoi relativement modeste, charg� de bois et de minerais.</p><p>On conna�t d�autre part les difficult�s et les tentatives historiques de la Russie des tsars pour se frayer un passage vers les mers libres, oc�an Atlantique ou M�diterran�e. On remarquera que les extensions de territoire qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale ont particuli�rement vis� un but commun : l�acc�s vers les mers ou les oc�ans plus libres l�hiver. On s�explique ainsi les annexions du port finlandais de Petsamo, sur l�Arctique, de celui de Vyborg, au fond du golfe de Finlande, de celui de Kaliningrad (ex-K�nigsberg), d�gag� de glaces au bord de la Baltique, le plus avanc� vers l�ouest, des ports maritimes et fluviaux de la branche du Danube, qui forme la fronti�re sovi�to-roumaine, et enfin, en Extr�me-Orient, de la moiti� m�ridionale de l��le de Sakhaline et de l�arc des Kouriles. Ces annexions maritimes ont souvent plus de valeur que celles de territoires qui constituent leur ar-ri�re-pays. Elles ne prouvent pas que l�U. R. S. S. est d�gag�e de tout souci, mais elles montrent qu�elle a tent� de d�nouer par places l�anneau de la continentalit�.</p><p>Un des deux</p><p>super-grands</p><p>Malgr� d��normes pertes de population, l�U. R. S. S. est sortie renforc�e de la Seconde Guerre mondiale et elle appara�t de nos jours comme la grande rivale �conomique et strat�gique des �tats-Unis : elle est consid�r�e comme la seconde superpuissance du globe, laissant loin derri�re elle les puissances de taille moyenne.</p><p>Toutes les conditions ont �t� r�unies pour qu�elle occupe ce rang. La taille de l�Union d�abord : le pays couvre le sixi�me des terres �merg�es.</p><p>Onze fuseaux horaires le d�coupent, si bien que le jour se l�ve en Extr�me-Orient quand la nuit tombe dans les �tats baltes. La distance du nord au sud, environ 5 000 km, repr�sente la</p><p>moiti� de la distance du p�le � l��quateur. L�U. R. S. S. s��tend d�ouest en est sur une longueur de 10 000 km, ce qui repr�sente le quart du globe terrestre � l��quateur. Enfin, ses fronti�res terrestres se d�roulent sur plus de 36 000 km.</p><p>Puissance g�ante, l�U. R. S. S. l�est �galement par l��normit� des r�serves de minerais et d��nergie qu�elle renferme. Ainsi, elle contient les premi�res r�serves mondiales prospect�es dans le domaine houiller, soit plus de 4 000 milliards de tonnes. Son sous-sol renferme 40 p. 100 des r�serves de minerai de fer du monde, 2,5 milliards de tonnes de mangan�se (plus de la moiti� des r�serves mondiales). L�U. R. S. S.</p><p>est en t�te pour les m�taux suivants : plomb et zinc (15 p. 100 des r�serves mondiales), nickel, molybd�ne, mercure, antimoine, auxquels il faut ajouter les m�taux pr�cieux (or en quantit�s illimit�es ; platine [90 p. 100 des r�serves du monde]) et des minerais tels que la potasse. C�est le seul grand pays qui ne soit pratiquement tributaire d�aucune autre puissance quant aux hydrocarbures.</p><p>Enfin, le r�seau hydrographique,</p><p>par sa longueur, ses d�bits, repr�sente 11 p. 100 des r�serves mondiales, ce qui signifie qu�il pourrait fournir plus de 2 000 TWh annuellement.</p><p>Super-puissance, l�U. R. S. S. l�est encore par ses productions annuelles.</p><p>Dans certains domaines, elle l�emporte sur les �tats-Unis, surtout dans celui de l�industrie lourde, alors qu�elle a beaucoup de retard dans les industries �labor�es.</p><p>Elle se distingue �galement, parmi presque toutes les puissances mondiales, par ses taux de croissance tr�s �lev�s, d�autant plus que l�industrie partait du niveau tr�s bas de l��poque tsariste ou d�apr�s la r�volution. C�est ainsi que la production a �t� multipli�e par 60 pour l�ensemble de l�industrie depuis 1917, par 166 pour l�industrie faisant partie du groupe A, dit � des moyens de production �, par 23 seulement pour le groupe B, ce qui repr�-</p><p>sente cependant un gros progr�s en faveur d�un secteur d�sh�rit�.</p><p>Il faut donc attribuer cet essor rapide sans doute � la richesse du territoire de l�Union, mais aussi � l�effort des dirigeants et de la population dans le cadre des plans quinquennaux.</p><p>Enfin, l�U. R. S. S. est une superpuissance qui a forg� de puissants liens avec d�autres pays socialistes, gr�ce, sur le plan strat�gique, au pacte de Varsovie* et, sur le plan �conomique, au Comecon*, qui, bien que la Chine et l�Albanie s�en soient retir�es, occupe une grande place dans l��conomie</p><p>mondiale. Elle d�tient le r�le pr�pond�rant dans ces ensembles. Elle anime les organes de liaison, apporte son aide technique, proc�de � la d�termination des normes des plans coordonn�s, d�-</p><p>tient, de loin, la majeure partie du capital de deux banques li�es au Comecon, la Banque internationale de coop�ration �conomique et la Banque internationale d�investissements. Elle repr�-</p><p>sente des parts consid�rables dans les importations des pays d�Europe centrale, allant de 70 � plus de 90 p. 100</p><p>selon les cas (minerai de fer, p�trole, coke, etc.). La majeure partie de son commerce s�effectue d�ailleurs avec les pays du Comecon. L�Allemagne orientale, la Pologne, la Tch�coslovaquie, la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie sont, dans un ordre d�croissant, ses principaux partenaires commerciaux.</p><p>L�U. R. S. S. est d�ailleurs, de tr�s loin g�n�ralement, le premier client et le premier fournisseur de chacun de ces pays. La division internationale du travail permet � chaque �tat une sp�cialisation de ses productions, souvent au profit de l�U. R. S. S. Celle-ci est donc � la t�te d�un bloc qui lui est presque enti�rement soumis, qu�elle prot�ge, mais dont elle retire �galement des ressources appr�ciables.</p><p>LA ZONALIT�</p><p>DES CLIMATS</p><p>ET DES MILIEUX DE VIE</p><p>Tous les savants sovi�tiques ont mis en valeur l�importance du principe de zonalit� dans la description physique, les ressources, la population et l�am�nagement du territoire. Ce sont</p><p>des s�ries d�indices climatiques et biog�ographiques qui caract�risent une zone. Toutes les cartes montrent que ces zones � � l�exception du d�sert, qui ne concerne que l�Asie moyenne</p><p>� s��tirent d�ouest en est, depuis les terres glac�es du Grand Nord jusqu�aux montagnes du Sud.</p><p>La for�t sovi�tique</p><p>La zone �tendue est la zone m�diane, celle de la for�t : le cinqui�me de la superficie des for�ts de la plan�te, la moiti� du potentiel de la production mondiale, faisant de l�U. R. S. S. le premier producteur de bois d�oeuvre. Ainsi, la moiti� de l�U. R. S. S. est couverte de for�ts, dont la masse s��tale sur toutes les cartes entre l�isotherme de + 10 �C</p><p>en juillet (limite thermique) au nord et l�isohy�te de 400 mm au sud (limite x�rophytique). Cette for�t est plus va-ri�e qu�il n�y para�t au premier abord.</p><p>Au nord de la Russie, la ta�ga se compose de r�sineux et de bouleaux �pars.</p><p>downloadModeText.vue.download 56 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11267</p><p>Certaines esp�ces (sapin, �pic�a) et des sous-bois font place par endroits � une for�t sombre, mais qui s��claircit aux approches de la toundra. En Sib�rie, la for�t de m�l�zes � petites aiguilles, supportant les plus grands froids, est tr�s claire, � l�exception des � domaines de la peur �, les for�ts mar�cageuses du bassin m�ridional de l�Ob. Vers le sud, � partir du parall�le de Moscou, la for�t devient mixte et correspond � des hivers moins longs. Les essences caduques (tilleul, ch�ne, aulne) se joignent alors aux conif�res. Mais c�est la zone la plus d�frich�e en Europe ; elle ne s��tend gu�re en Asie, et la for�t primitive est difficile � reconna�tre tant les clairi�res y sont nombreuses et vastes. Enfin, vers le sud (nord de l�Ukraine, plaines du Don) appara�t la lessostep, la steppe bois�e, qui, tr�s essart�e, ne laisse que des boqueteaux le long des fleuves ou au fond des ravins.</p><p>La for�t a toujours �t� le milieu de vie des Russes. Dans l��conomie traditionnelle, elle fournit des bois de chauf-</p><p>fage et de construction pour l�isba, la mati�re premi�re d�outils agricoles fabriqu�s par les artisans, les koustari. Les �corces de tilleul servent � la fabrication de sandales, les lapti. La for�t offre une ressource alimentaire d�appoint pour l�homme (baies, champignons, fruits secs) et pour le b�tail.</p><p>L�horizon B des sols de podzols qu�elle a engendr�s contient du minerai de fer, que les forges de Pierre le Grand ont utilis�. Mais la for�t primitive a �t� transform�e en taillis par l�abattage des grands f�ts pour la marine, et l�agriculture y a ouvert de vastes clairi�res ou campagnes, les pole. Zone de refuge pour les Russes durant les ann�es d�incursions des peuples de la steppe, la zone primitive de la for�t est devenue, malgr� la m�diocrit� des sols (qui, d�ailleurs, re�oivent davantage d�engrais), la grande r�gion agricole du Nord, fournissant le lin, le seigle, des vari�t�s � v�g�tation rapide et rustique d�orge et de bl�, et permettant un �levage assez m�diocre. Les progr�s de l�agronomie sovi�tique ont consist� � �tendre vers le nord la zone de culture de plantes favoris�es par la grande lumi�re du jour en �t�, comme certaines vari�t�s de bl� et d�orge, et vers le sud les plantes � faible ou � moyenne longueur du jour : soja, chanvre, ma�s, betterave.</p><p>La part de l�exploitation de la for�t dans le total de la valeur de la production industrielle atteint � peine 7 p. 100 ; dans la main-d�oeuvre, 14 p. 100. Mais le d�veloppement de la production n�a affect� que les fabrications de base : l�Union, bien que premier producteur de bois d�oeuvre, n�assure que 5 p. 100</p><p>de la production totale de cellulose.</p><p>Des progr�s doivent �tre accomplis.</p><p>Des organisations sp�ciales, les leskhoz (entreprises du bois) et les lespromkhoz (entreprises industrielles du bois) s�occupent de la mise en valeur de la for�t.</p><p>On est en voie de cartographier la for�t et d�en �tablir un cadastre, de prospecter l�Asie, qui renferme 80 p. 100 des r�serves, tandis que les trois quarts de la production globale sont fournis par l�Europe. On s�efforce de mieux am�-</p><p>nager les cours d�eau en vue du flottage ou du poussage des grumes : mais les chemins de fer, le long desquels sont organis�es les coupes, transportent</p><p>encore 75 p. 100 des bois coup�s. On observe une hi�rarchie dans les �tablissements : entreprises primaires des scieries, �gren�es le long des cours d�eau, aux confluences et dans les petits ports ; usines d�allumettes, pour la plupart dans la for�t mixte ; usines de p�tes � papier et de cellulose, concentr�es dans les grandes villes du syst�me des Cinq-Mers ; usines chimiques, qui n�int�ressent encore que 7 p. 100 des bois (50 p. 100 au Canada).</p><p>Enfin, des efforts de bonification et de protection des nouvelles for�ts ont �t� entrepris sur d�immenses surfaces : drainage de la for�t bi�lorusse et des �tats baltes ; reboisement des friches et des mauvaises clairi�res ; bandes de protection le long des grands fleuves ou dans les pi�monts de l�Asie centrale. Tout indique que l�exploitation du bois va atteindre un stade majeur et se comparer � celle des plus grandes puissances...</p><p>La toundra,</p><p>steppe froide</p><p>Au sud comme au nord de la for�t</p><p>s��tendent des zones sans arbres et moins peupl�es, mais qui jouent dans l��tat sovi�tique un r�le croissant.</p><p>Au nord, c�est la toundra* avec les c�tes et les �les de l�Arctique, qui font de l�U. R. S. S. une grande puissance polaire, contr�lant la moiti� de l�oc�an Arctique*. L�Union sovi�tique envoie de fortes exp�ditions dans l�Antarctique, o� elle affirme ses droits, au m�me titre que les autres grands. Le littoral arctique de Mourmansk au d�-</p><p>troit de B�ring se d�veloppe sur plus de 5 000 km. Les estuaires profonds et les deltas digit�s, comme celui de la Lena, apportent des eaux douces. La banquise ne touche jamais la c�te en �t�.</p><p>Certaines �les, comme Nova�a Zemlia (Nouvelle-Zemble), ne sont qu�en partie glac�es.</p><p>Cette fa�ade arctique a pris depuis la Seconde Guerre mondiale une grande importance strat�gique face au Groenland et � l�Alaska. Dans le d�troit de B�ring, l��le de Ratmanova, ou Grande Diom�de, est russe ; la Petite Diom�de est am�ricaine. L�Arctique sovi�tique, avec ses champs de radars, ses terrains</p><p>d�aviation, ses bases de missiles et de sous-marins, constitue un �l�ment g�ographique original dans le plan de dissuasion de l�U. R. S. S.</p><p>Avant m�me cette p�riode, ces</p><p>terres d�exploration ont toujours �t� consid�r�es avec un int�r�t passionn� par les Russes. D�s l��poque tsariste, le savant M. V. Lomonossov les fit conna�tre. L�Arctique est devenu pour les komsomols l��cole du courage et de l�enthousiasme, et nombreux sont ceux qui peuplent les stations glacio-logiques, hydrologiques et �cologiques.</p><p>L�Institut arctique a �t� cr�e dans les premi�res ann�es du r�gime ; la Route maritime du Nord, qui relie l��t� Mourmansk � Vladivostok, a �t� fond�e en 1935. Depuis, les � trusts � d�exploration et d�exploitation de minerais ont �t� fond�s. Une partie des savants de la Soci�t� sib�rienne des sciences � Akademgorodok se pr�occupe des probl�mes de l�Arctique.</p><p>La toundra s��tend sur 15 p. 100 du territoire de l�U. R. S. S., en majeure partie en Asie. Elle est peupl�e d�un million d�habitants, dont les trois quarts se concentrent en Europe. Le milieu naturel est r�pulsif. Aucun jour de l�an-n�e n�est exempt de gel. La moyenne de juillet ne d�passe pas 10 �C, ce qui interdit la pousse des arbres. Les vents sont tr�s violents. La longueur des nuits d�hiver (presque 19 heures au 70e parall�le), de m�me que la longueur des jours d��t� perturbent les fonctions de l�organisme. L�hiver entra�ne le nanisme des esp�ces et le d�veloppement horizontal des rares organismes arbustifs, bouleaux et pins. L��t�, on assiste � une floraison bariol�e et intense des graminac�es, � des croissances extraordinaires.</p><p>Mais la toundra reste en toute saison le domaine des mousses et des lichens d�s que la limite septentrionale de la</p><p>� for�t claire � est franchie. Les peuples de la toundra et certains peuples de la for�t vivent essentiellement de l��levage des rennes. Cette activit� a �t� favoris�e par les Sovi�tiques, qui ont contribu� � l�accroissement du troupeau : 2 400 000 t�tes en 1972 contre 1 900 000 en 1941 (420 000 dans le nord de l�Europe, 460 000 dans la Sib�-</p><p>rie du Nord-Ouest, 1,5 million en Ex-tr�me-Orient, notamment en Iakoutie et dans la zone de la for�t de m�l�zes).</p><p>Les vrais peuples hyperbor�ens (300 000 personnes) se r�partissent entre la r�gion de Tioumen (Iamalo-Ne-nets, 80 000), la presqu��le de Ta�myr (38 000), la p�ninsule de B�ring et le Kamtchatka (160 000). Nombre d�entre eux ne comptent que quelques milliers d�habitants. Il faut ajouter les Lapons de la presqu��le de Kola (30 000). Certains sont en pleine croissance d�mographique ; d�autres ont d�clin� depuis l��poque tsariste.</p><p>Les Russes immigr�s constituent</p><p>donc la grande majorit�. La colonisation de peuplement et d�exploration a permis le d�veloppement de techniques nouvelles. Le premier probl�me, celui des communications, est r�solu par la cr�ation d�un r�seau de lignes a�-</p><p>riennes, par la g�n�ralisation de l�h�licopt�re et des petits avions, qui relient entre eux de v�ritables isolats. L��nergie est rare ; la tourbe alimente quelques centrales. Des groupes �lectrog�nes ont �t� partout install�s � des co�ts �lev�s.</p><p>Une agriculture polaire est n�e des n�-</p><p>cessit�s du ravitaillement local. La ver-nalisation, la multiplication de serres chauff�es ont permis la production de l�gumes frais. Le bl� d��t� et l�orge m�rissent � la limite des deux zones.</p><p>Mais l�essentiel du ravitaillement est convoy� par des avions-cargos.</p><p>La pr�sence de la couche de terre</p><p>� perp�tuellement gel�e �, la merzlota, dure et imperm�able, au-dessus de laquelle le sol d�g�le chaque �t�, a pos� de redoutables probl�mes, comme dans la partie orientale de la for�t, o� elle s�est �galement form�e (dans le creusement de galeries de mines, la fondation de b�timents, le g�nie civil a d� tant bien que mal s�y adapter). Il existe d�ailleurs un v�ritable urbanisme polaire : Norilsk, la ville du nickel, du charbon et du cuivre, d�passe les 100 000 habitants.</p><p>Il est donc difficile d��valuer la rentabilit� des investissements, mais le Grand Nord sovi�tique pose trop de probl�mes de prestige pour que cette question soit rationnellement r�solue ; la meilleure preuve en est fournie par la Route maritime du Nord.</p><p>Cette institution a �t� favoris�e par</p><p>des fonds consid�rables et par la d�l�-</p><p>gation de l�autorit� de la pr�sidence du Conseil, et elle a form�, au moins avant la Seconde Guerre mondiale, un �tat dans l��tat. Mais les avantages commerciaux sont maigres, m�me apr�s la mise en service du brise-glace � propulsion nucl�aire L�nine. Les convois se composent de dix � vingt cargos.</p><p>Le passage est ouvert en mer des Lap-downloadModeText.vue.download 57 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11268</p><p>tev deux � trois mois seulement. Les marchandises sont rassembl�es dans les ports durant l�hiver : minerai de fluor � Anderma, nickel et cuivre � Igarka, bois un peu partout. Il existe des �changes entre diff�rents ports, mais les trafics � de bout en bout �</p><p>sont rares. On peut �valuer la somme des trafics r�gionaux � 2 Mt, et il est difficile d�obtenir une id�e exacte de la nature et des tonnages. Cependant, le fonctionnement de la Route, connu dans le monde entier, reste un �l�ment de prestige de premier ordre. Bien que, par rapport � d�autres projets, la Route soit rest�e en relatif sommeil au cours des derni�res ann�es, elle s�am�liore par un accroissement de la flotte et des brise-glace, par la fondation de nouveaux ports miniers, par la r�gularisation, gr�ce aux barrages, de la circulation fluviale dans la partie aval des fleuves. Sa dur�e de fonctionnement durant l��t� est pass�e certaines ann�es � trois et quatre mois. Elle reste donc �galement un des facteurs du d�veloppement du Grand Nord.</p><p>Les probl�mes</p><p>de la steppe :</p><p>les approches du Midi</p><p>Au sud de la for�t mixte s��tend un autre domaine sans arbres, occup� par la steppe* et les demi-d�serts. Les pr�-</p><p>cipitations annuelles sont inf�rieures � 400 mm. Le terme russe de step d�signe en fait une prairie, s�appliquant � une formation v�g�tale form�e de grami-nac�es plus ou moins �lev�es, plus ou moins denses, plus ou moins x�rophytiques : f�tuque, artemisia, stipe, buissons �pineux. Au cours de phases d�as-</p><p>s�chement au Quarternaire, la steppe s�est �tendue vers le nord ; les nomades ont entra�n� la destruction de la lisi�re m�ridionale de la for�t. Au cours de phases contraires, le domaine steppique s�est r�tr�ci, entra�nant l�ass�chement du climat et l��rosion des sols. La reconstitution de la for�t disparue � la suite d�actions anthropiques en a �t� rendue plus difficile.</p><p>Ainsi d�finie, la steppe couvre</p><p>16 p. 100 du territoire de l�Union. La steppe dense de l�Ukraine a �t� en majeure partie essart�e : elle est li�e aux terres noires, le tchernoziom, qui, avec l�apport d�engrais, est une des terres les plus fertiles du monde. � l�est du Don commence une steppe plus aride, � la v�g�tation �parse et rabougrie, o�, malgr� les d�frichements et la s�lection des plantes, les cultures sont plus dispers�es et sont repr�sent�es par le millet et le bl� de printemps. Enfin, les steppes du Kazakhstan sont marqu�es par des �coulements endor�iques. Elles posent les probl�mes des limites, � l�est, de la culture s�che des c�r�ales : les Terres vierges ont �t� � cet �gard un terrain d�exp�rimentation.</p><p>Les �crans forestiers</p><p>Reconqu�rir aux d�pens de la steppe les espaces les plus favorables � la plantation d�arbres, donc provoquer l�avanc�e, vers le sud, de lambeaux de la for�t mixte, puis prot�ger les cultures par des �crans forestiers, des brise-vent, tel a �t� le projet pr�sent� d�s la fin du si�cle dernier, repris et amplifi� par le plan de 1948, lanc� � grand renfort de propagande (il faisait partie des � plans staliniens de transformation de la nature �). La constitution de ces � bandes foresti�res de protection � a r�pondu au besoin d�att�nuation des effets des vents et de modification du climat local.</p><p>Chaque bande, d�une largeur variant entre 40 et 60 m, d�limite un espace quadrangulaire de 600 m au moins, de quelques kilom�tres dans certains cas. Elle se compose de feuillus et de conif�res, fournis par des sovkhozes sp�cialis�s. Huit grandes bandes dites</p><p>� d��tat �, s�appuyant sur la Volga in-f�rieure et les derniers massifs du sud de l�Oural, devaient quadriller l�espace compris entre les fleuves Donets et</p><p>Oural, d�une part, et la Caspienne et le Caucase, d�autre part. � l�int�rieur de ces grandes mailles, on avait pr�vu des bandes de moindre largeur, d�limitant des carr�s plus petits.</p><p>En fait, des d�boires furent enregistr�s en ce qui concerne les modifications climatiques. Les stations-p�-</p><p>pini�res ne purent fournir � temps les plants n�cessaires. Aussi l�am�nagement ne porte-t-il que sur le dixi�me (un demi-million d�hectares seulement) des superficies pr�vues. Les cartes r�centes sont assez discr�tes, et les manuels ne mentionnent plus le projet. Seules les bandes situ�es le long des fleuves semblent avoir r�ussi ; d�autres se sont dess�ch�es, et le gaspillage semble avoir �t� �norme. Le succ�s global du projet ne pouvait se concevoir qu�avec l�extension des p�rim�tres irrigu�s. En 1963, Khrouchtchev* s�orienta vers le plan dit � des Terres vierges �, et il est probable qu�un gigantesque transfert d�investissement a �t� r�alis�.</p><p>Le plan des Terres vierges</p><p>On d�signe sous le nom de Terres</p><p>vierges, directement traduit du russe, les terres situ�es � la limite de l�aridit� et qui n�avaient jamais �t� mises en culture : �tendues plates entre Caspienne et Alta�, dont les trois quarts appartiennent � la r�publique du Kazakhstan. Un nouveau district, celui de Tselinograd (ancien Akmolinsk), a �t� cr��. Le plan int�resse 500 000 km 2, comprenant 650 sovkhozes, plus de 100 kolkhozes, �quip�s en tout de 90 000 tracteurs. La population s��l�ve � 2 700 000 habitants.</p><p>Le projet avait une valeur �cono-</p><p>mique : il s�agissait d�accro�tre la production des c�r�ales, de � gagner la bataille du bl� � en augmentant les superficies cultiv�es. C��tait aussi un dessein politique : il fallait enthousiasmer la population et les jeunes, et cr�er un mouvement d�immigration semblable � ceux qu�avait connus la Sib�rie. � Il faut, disait Khrouchtchev, apporter dans la steppe notre culture citadine, afin que l��tranger remarque que ce sont des colons de Moscou qui y vivent confortablement, ais�ment. �</p><p>L�op�ration prit des aspects divers : extension consid�rable des surfaces cultiv�es (35 millions d�hectares dans le Kazakhstan) ; fondation de villages et d�immenses sovkhozes, avec des fermes principales et des fermes secondaires, ou stations (stanitsa) ; semailles de bl� de printemps et de millet ; entretien des p�tures. On employa des machines g�antes, l�avion et l�h�licopt�re pour l��pandage des semences et des insecticides. Des agrograd r�unissaient la population des grands sovkhozes.</p><p>La production n�a pas donne les</p><p>r�sultats qu�on attendait de ce gigantesque effort. Les rendements des r�coltes ont �t� �troitement tributaires des pr�cipitations ; or, de 1953 � 1961, cinq ann�es ont �t� tr�s s�ches, deux moyennes, deux assez bonnes. Il faut ajouter le gaspillage, le manque de machines, les lenteurs, l�incomp�tence de la main-d�oeuvre, les d�parts d�une partie de celle-ci, d�sabus�e, en direction de l�Europe.</p><p>Si bien qu�apr�s la chute de</p><p>Khrouchtchev on a pu se demander</p><p>ce qu�il restait de l�oeuvre accomplie.</p><p>Op�ration peu rentable ou simplement de prestige ? La r�gion des Terres vierges a �t� dissoute. Mais l�ensemble de l�habitat et des institutions agricoles est demeur�. On a d�velopp� l��levage extensif, tel qu�il existait autrefois, on a introduit des races de c�r�ales � cycle v�g�tatif plus court, on a appliqu� des rotations comprenant des jach�res herbeuses, on a commenc� d�irriguer certaines r�gions.</p><p>Durant quinze ans, les informations ont �t� donn�es parcimonieusement, et les manuels ne mentionn�rent plus gu�re les Terres vierges. C�est un discours de Brejnev, au printemps de 1974, � l�occasion du 20e anniversaire du premier d�frichement, qui a sorti l�ensemble de l�op�ration de l�oubli et a r�v�l� qu�en vingt ans 42 millions d�hectares suppl�mentaires, fournissant 27 p. 100 des c�r�ales de l�Union, ont �t� mis en culture. Restent de graves probl�mes en suspens : l�int�ressement des cultivateurs � leur propre production ; l�intensification de la production gr�ce aux progr�s de la g�n�tique, de la biologie et de la chimie ; le regroupe-</p><p>ment des exploitations en d�immenses sovkhozes au d�triment des kolkhozes, trop petits.</p><p>Il faut voir l� un nouveau d�part, sous d�autres conditions, d�un plan lanc� de fa�on un peu trop ambitieuse, mais qui s�est poursuivi dans des conditions difficiles.</p><p>Les d�serts sovi�tiques</p><p>Les d�serts* n�occupent que 13 p. 100</p><p>de la superficie de l�U. R. S. S. et ne constituent pas une zone allong�e.</p><p>Ils se cantonnent au sud de la steppe aride du Kazakhstan, dans le fond de la d�pression aralo-caspienne. Ils pr�-</p><p>sentent des analogies avec les autres d�serts : pr�cipitations annuelles inf�rieures � 200 mm ; discontinuit� d�un maigre tapis v�g�tal ; r�gime endor�ique des cours d�eau (daria), dont les principaux se jettent dans deux mers ferm�es, le lac Balkhach et la mer d�Aral. Ils en diff�rent par l�amplitude moyenne et absolue (temp�ratures de + 45 �C l��t� � � 10 �C</p><p>l�hiver). La ville la plus m�ridionale, Kouchka, a connu un minimum absolu de � 33 �C : ces d�serts sont donc des d�serts froids. Le r�gime des pr�cipitations est continental dans le Nord, m�diterran�en dans le Sud, mais le total des pr�cipitations est plus �lev� et plus r�gulier que dans le Sahara ; la densit� de la v�g�tation y est �galement plus �lev�e. Les lacs int�rieurs (Balkhach, Aral, Caspienne), les nombreux marais, les limans, ou saz ou tenguiz, sont aliment�s par des cours d�eau endor�iques, mais le Syr-Daria et l�Amou-Daria ont de l�eau pendant toute l�ann�e. Ces traits s�expliquent par le fait que ces d�serts sont situ�s au pied des hautes cha�nes de l�Asie centrale.</p><p>La vari�t� des d�serts est encore accus�e par le relief et les sols. Les zones septentrionales, de transition, les semi-d�serts sont encore couverts dans les d�pressions de petites forma-downloadModeText.vue.download 58 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11269</p><p>tions v�g�tales. Le semi-d�sert s�est retir� au profit de la steppe et m�me de la for�t mixte lors des p�riodes de plus forte humidit� ou lorsque les nomades ont cess� de d�truire la for�t.</p><p>Les sols s�appauvrissent en humus du nord au sud ; ils se chargent en sel et font place aux solonets et aux solont-chak. Les rivi�res se perdent dans des lacs saum�tres. C�est dans cette zone que, par place, une culture al�atoire est possible.</p><p>downloadModeText.vue.download 59 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11270</p><p>Dans la zone d�sertique proprement dite, les milieux p�dologiques et v�g�-</p><p>taux sont vari�s et nombreux : sols gris clair, sols sableux, sols salins, loess, sols argileux ou takyr. Les associations v�g�tales comportent des plantes de sable : les d�serts du Karakoum (� sable noir �) et du Kyzylkoum</p><p>(� sable rouge �) sont couverts d��ph�-</p><p>m�res dans une proportion de 25 � 45 p. 100. Il y a aussi des plantes de sel (salicornes), � densit� de couverture de 15 � 30 p. 100 ; enfin, les saxaouls, ces arbustes �tranges de 5 � 6 m de haut, priv�s de feuilles, forment de v�ritables petites for�ts.</p><p>Le relief introduit d�autres nuances : d�pressions des bords de la Caspienne, au-dessous du niveau de la mer ;</p><p>cuvettes int�rieures, domin�es par des rebords de plateaux ; d�pressions salines et mar�cageuses, les chory ; champs de dunes, tr�s �tendus ; plateaux tr�s secs et pierreux ; pi�mont m�ridional, form� d�un glacis d�coup� par les torrents, de deltas fossiles et de c�nes de d�jections recouverts de loess.</p><p>La culture s�che, dite bogara, n�est possible qu�au pied des montagnes ou dans des d�pressions humides. L�am�-</p><p>lioration des conditions physiques consiste � lutter contre trois ennemis : la s�cheresse (par la plantation de pins dans le nord, par la constitution de r�servoirs et par l�essai de plantes adapt�es) ; le sel (par le dessalage par</p><p>venue d�eaux et par l�introduction de plantes � longues racines) ; le sable (par la fixation des massifs dunaires ainsi que par la plantation de salicornes et de saxaouls blancs).</p><p>La densit� moyenne de la population rend compte de la diversit� des d�serts.</p><p>Il s�agit encore de semi-nomades et de transhumants, fix�s par le gouvernement sovi�tique, suivant des itin�raires fixes, le long desquels se disposent habitats et r�serves de fourrages ; les produits, surtout la laine, sont commercialis�s. Plus rarement, des agriculteurs sont fix�s dans les oasis, surtout au sud ou le long de l�Amou- et du Syr-Daria.</p><p>Certains consid�rent qu�il s�est produit une d�sertification des zones cultiv�es et de l�habitat ainsi qu�un transfert en des zones plus favorables au cours de l�histoire, mais ces faits ne sont pas exactement prouv�s, que les raisons soient physiques (diminution du d�bit des cours d�eau) ou historiques (d�vastations dues � l�invasion mongole).</p><p>Au total, plus de la moiti� de la zone d�sertique est couverte de p�turages exploit�s ; de 2 � 3 p. 100 seulement de cette zone sont propres � la culture.</p><p>La transformation essentielle doit venir de l�irrigation. Sans doute les grands p�rim�tres se situent-ils �galement dans la steppe � Ukraine</p><p>m�ridionale, steppes du Manytch et du Kouban, sud de l�Oural �, mais l�essentiel int�resse le d�sert. La superficie des terres irrigu�es est pass�e de 3,5 millions d�hectares en 1913 � 6 millions d�hectares en 1940 et � plus de 10 millions d�hectares au d�but des ann�es 70 ; Khrouchtchev esp�rait un maximum de 50 millions d�hectares.</p><p>Environ 60 p. 100 des surfaces irrigu�es s��tendent actuellement en Asie moyenne, et le tiers dans l�Ouzb�kistan.</p><p>L�irrigation moderne se substitue de plus en plus aux traditions artisanales : utilisation des eaux de ruissellement ; construction de r�seaux de kiariz (ou qan&#x101;t, ressemblant aux foggaras) ; emploi de chadoufs, etc. Les nouveaux p�rim�tres r�sultent de la construction d��normes barrages-r�servoirs. Ainsi, les canaux de la Fergana font le tour de cette grande vall�e, recueillant les eaux des montagnes ; l�oasis de Tachkent</p><p>est irrigu�e par de nombreux r�servoirs situ�s dans la montagne. Des canaux de pi�mont unissent les oasis. Le plus important est le � grand canal turk-m�ne �, dont les premiers tron�ons, � partir de l�Amou-Daria, sont achev�s et qui d�passe Achkhabad. Il y aura 1 500 km de canaux et 600 000 ha sont d�j� irrigu�s.</p><p>Partout ont �t� fond�s des vodkhozes (� institutions � ou � �conomies � de l�eau), qui g�rent le syst�me d�irrigation et la rotation des cultures. Au nord, ce sont encore les l�gumes, le ma�s et les fourrages qui dominent. Au sud, le coton s�impose. L�� or blanc �</p><p>fait la fortune des sovkhozes. La politique sovi�tique n�a fait qu�amplifier la politique tsariste, a permis la s�dentarisation de nomades, la colonisation de r�gions d�sertiques, la formation d�institutions sovi�tiques, la cr�ation d�organisations mod�les. � c�t� se d�-</p><p>veloppent les plantes fourrag�res pour l��levage bovin, les l�gumes d�eau, les fruits m�ridionaux (amandes, p�ches, abricots), le m�rier et le vignoble pour la production de raisins de table.</p><p>Facteur de stabilit� d�mographique, �l�ment essentiel du niveau de vie, condition premi�re de l�industrialisation, l�irrigation pr�sente le type d�am�nagement � grande �chelle le plus efficace, l�avenir le plus s�r de l�agriculture sovi�tique, le facteur de propagande le plus efficace en direction du tiers monde.</p><p>A. B.</p><p>L�HISTOIRE</p><p>La guerre civile</p><p>(1917-1922)</p><p>La r�volution d�Octobre (v. r�volution russe de 1917) avait permis aux bolcheviks de conqu�rir le pouvoir � Petrograd, mais il faudra pr�s de cinq ans au pouvoir sovi�tique pour s�affermir et vaincre ses adversaires de l�int�rieur et de l�ext�rieur.</p><p>D�s le 8 novembre (26 oct. ancien style) 1917, un pouvoir ex�cutif est constitu� : le Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom). L�nine* en est le pr�sident ; Alekse� Ivanovitch</p><p>Rykov (1881-1938) est � l�Int�rieur, Trotski* aux Affaires �trang�res, Staline* aux Nationalit�s.</p><p>Le Conseil propose au IIe Congr�s panrusse des Soviets, qui les adopte, deux d�crets dont l�importance sera consid�rable pour la suite des �v�nements. Le premier offre la paix � � tous les peuples en guerre et � leurs gouvernements � ; les accords secrets d�avant la r�volution sont d�nonc�s. Le second confisque toutes les propri�t�s fonci�res appartenant au tsar, � l��glise orthodoxe, aux nobles, aux bourgeois ; ces terres seront distribu�es aux paysans pauvres, � qui en est confi�e l�exploitation, mais non la propri�t�.</p><p>Le 15 (2) novembre 1917, le Conseil des commissaires du peuple publie une</p><p>� d�claration des droits des peuples de Russie �, qui promet l�ind�pendance aux peuples de l�ancien Empire russe qui la d�sireraient et promulgue</p><p>� l��galit� et la souverainet� des peuples de Russie �.</p><p>L�opposition au pouvoir sovi�-</p><p>tique s�organise cependant. Kerenski*</p><p>regroupe ses partisans et tente de reprendre Petrograd, mais il est vaincu le 14 (1) novembre 1917 sur les hauteurs de Poulkovo. � Moscou, de violents combats opposent les d�tachements rouges et les Blancs. Plusieurs centaines de jeunes soldats rouges sont ex�cut�s � l�int�rieur du Kremlin par les Blancs. Le soviet de Moscou n�est ma�tre de la ville que dans la nuit du 16</p><p>au 17 novembre.</p><p>Dans le Sud, de v�ritables arm�es blanches commencent � se constituer d�s la fin de 1917. De nombreuses nationalit�s d�cident de constituer des �tats ind�pendants : la Finlande, l�Ukraine, les nationalit�s du Caucase.</p><p>Plusieurs puissances �trang�res utilisent les circonstances pour �tendre leur influence. C�est le cas des Turcs dans le Caucase, des Japonais en Ex-tr�me-Orient. Quant � l�Allemagne, elle entend profiter de la r�volution pour �craser la Russie. Un armistice a �t� conclu le 15 (2) d�cembre 1917, mais les n�gociations de paix tra�nent en longueur � Brest-Litovsk. Les exi-</p><p>gences allemandes sont tr�s �lev�es et suscitent de violentes r�actions du c�t� sovi�tique. L�nine, favorable � leur acceptation par r�alisme � car il est impossible d�opposer une r�sistance s�rieuse aux Allemands (� il faut perdre de l�espace pour gagner du temps �) �, est mis en minorit� pendant plusieurs semaines. Il faut que la situation militaire s�aggrave pour que les soviets se d�cident � accepter les conditions allemandes, plus draconiennes encore : le 3 mars 1918, la paix de Brest-Litovsk, humiliante mais n�cessaire, est sign�e. La Russie sovi�-</p><p>tique doit renoncer � la Pologne, � la Finlande, � l�Ukraine, aux �tats baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) et � une partie de la Bi�lorussie. Il lui faut d�-</p><p>mobiliser l�arm�e, payer une forte indemnit� de guerre, c�der des territoires � la Turquie, accepter une commission de contr�le allemande � Moscou, o� le Conseil des commissaires du peuple s��tait install�, abandonnant Petrograd, trop expos�e � l�invasion.</p><p>La signature de la paix � Brest-Litovsk, si elle permet au jeune pouvoir sovi�tique de gagner du temps, aggrave les difficult�s internes de la r�volution.</p><p>Depuis d�cembre 1917, les sociaux-r�-</p><p>volutionnaires (S. R.) de gauche colla-boraient au gouvernement avec les bolcheviks ; mais ils d�missionnent apr�s la signature du trait� de Brest-Litovsk.</p><p>La Russie conna�t alors une p�riode de v�ritable d�composition et de d�-</p><p>sordre total. Les Allemands s�emparent d�une partie de l�Ukraine. Des d�tachements tch�ques (appartenant � l�arm�e autrichienne, faits prisonniers par les Russes et constitu�s en unit�s militaires) se r�voltent contre les soviets.</p><p>Les Turcs occupent presque tout le Caucase, et les Japonais Vladivostok ; des arm�es blanches se constituent dans la r�gion du Don, dans les steppes de la Volga et en Sib�rie.</p><p>Pour lutter contre le d�sordre, les menaces �trang�res et la contre-r�volution int�rieure, les bolcheviks d�cident la cr�ation de l�arm�e rouge, dont la constitution est confi�e � Trotski, devenu en mars 1918 commissaire</p><p>du peuple � la Guerre. L�industrie et le commerce sont nationalis�s en juin 1918. Des mesures d�exception sont</p><p>prises contre la sp�culation. Cepen-downloadModeText.vue.download 60 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11271</p><p>dant, la r�pression reste relativement mod�r�e jusqu�en ao�t 1918.</p><p>En juillet 1918, apr�s l�assassinat de l�ambassadeur d�Allemagne � Moscou, le comte Wilhem von Mirbach (1871-1918), les sociaux-r�volutionnaires de gauche tentent un putsch antibolchevik � Moscou et dans plusieurs autres villes. Ils �chouent, et leur tentative marque la fin de l�essai d�union entre socialistes et bolcheviks. Elle conduit le r�gime sovi�tique au r�gime du parti unique.</p><p>Britanniques et Fran�ais inter-</p><p>viennent � leur tour en Russie et d�barquent de mai � ao�t 1918 des troupes dans le Nord, � Arkhangelsk et � Mourmansk.</p><p>Le 30 ao�t 1918, L�nine est bless� s�rieusement par une socialiste r�volutionnaire de droite, Fanny Roid-Kaplan. Le m�me jour, un dirigeant bolchevik de Petrograd, Moisse� Solo-monovitch Ouritski (1873-1918), est assassin�. La terreur blanche fait rage dans tout le pays, livr� aux exactions des Blancs et des interventionnistes �trangers.</p><p>En septembre 1918, la terreur rouge r�pond � la terreur blanche. D�j�, en janvier 1918, les bolcheviks ont dissous l�Assembl�e constituante, dont la majorit� �tait antibolchevik. Les partis</p><p>� bourgeois � ont �t� interdits, et leurs journaux suspendus ; en raison des �v�nements, ces mesures s��tendront � tous les partis et � tous les journaux.</p><p>Des tribunaux r�volutionnaires ont �t� constitu�s. Enfin, une police politique, la Tcheka, a �t� mise sur pied en d�cembre 1917 par les bolcheviks. Au lendemain de la tentative d�assassinat contre L�nine, des otages ont �t� fusill�s en masse dans les villes les plus importantes du pays.</p><p>� partir de septembre 1918, la guerre civile fait rage, d�vastant le pays et fai-</p><p>sant des centaines de milliers de victimes. Le plus �tonnant, si l�on tient compte de la puissance de ses adversaires, c�est que le pouvoir sovi�tique l�ait emport�. On peut essayer de comprendre les raisons de cette victoire.</p><p>L�intervention �trang�re est importante, mais elle reste divis�e et partielle. L�Allemagne d�pose les armes le 11 novembre 1918, et la Turquie a sign� quelque temps auparavant l�armistice de Moudros. Quant aux vainqueurs</p><p>de la Premi�re Guerre mondiale, ils sont dans l�incapacit�, en raison de la r�sistance de l�opinion publique et de l��puisement de leurs forces, d�intervenir massivement. Les troupes fran-</p><p>�aises d�barquent � Odessa en 1919, mais une partie de la flotte fran�aise de la mer Noire refuse de se battre, les sovi�tiques reprennent la ville : limit�e quant � ses objectifs, cette</p><p>� r�volte � n�en est pas moins significative de l��tat d�esprit des peuples europ�ens. L�intervention �trang�re se traduit aussi par l�envoi de sp�cialistes, d�armes, de fonds aux arm�es blanches et par le boycott syst�matique des soviets dans tous les domaines.</p><p>Sur le plan int�rieur, les adversaires des bolcheviks sont divis�s. Le tsar et toute la famille imp�riale ont �t� tu�s le 17 juillet 1918 � Iekaterinbourg (auj. Sverdlovsk), ce qui rend impossible toute tentative de regroupement, derri�re un nouveau tsar, de tous les contre-r�volutionnaires. G�n�raux et hauts dignitaires de l�Ancien R�gime ne savent pas unir contre les bolcheviks leurs forces et leurs �nergies. Les ambitions personnelles aggravent les rivalit�s politiques et suscitent de nouvelles dissensions.</p><p>En outre, les trois grandes tendances politiques sont incapables de s�entendre sur le futur r�gime de la Russie : les d�fenseurs du tsarisme entendent revenir � l�Ancien R�gime au prix de quelques am�nagements ; la bourgeoisie lib�rale souhaite cr�er une r�publique parlementaire, mais sans op�-</p><p>rer de r�formes sociales s�rieuses ; les mencheviks et les sociaux-r�volutionnaires, d�accord pour une r�publique de type occidental, entendent garantir des modifications sociales importantes</p><p>et parfois refusent de combattre militairement le pouvoir sovi�tique.</p><p>Les bolcheviks, eux, disposent</p><p>d�atouts s�rieux, qu�ils sauront exploiter. Ils ont l�appui des ouvriers et d�un nombre important d�habitants des villes. Quant aux paysans, ils soutiennent dans certaines r�gions le pouvoir sovi�tique, qui leur a donn� la terre. Ce nouveau pouvoir, fort de l�appui d�une partie importante des masses, forge les instruments de sa victoire militaire. L�arm�e rouge peut lever des millions de volontaires, et ses effectifs atteindront 5 millions d�hommes en 1921 ; elle recrute de nombreux officiers tsaristes, qui mettent leurs connaissances au service des soviets souvent par nationalisme, parce qu�ils consid�rent les bolcheviks comme les seuls capables de pr�server l�unit� du pays et de sauver l��tat russe de la d�b�cle ; une stricte discipline est impos�e � l�arm�e, dont l��quipement provient de l�ancienne arm�e tsariste.</p><p>La police politique (la Tcheka) voit ses effectifs augmenter et son r�le s�accro�tre au fil des mois. La terreur rouge s�attaque aux classes poss�dantes, aux sp�culateurs, aux contre-r�volutionnaires, et la Tcheka, bras s�culier des bolcheviks, tend � devenir un �tat dans l��tat.</p><p>Les institutions sovi�tiques mises en place sont �videmment marqu�es par les circonstances. La Constitution de la R�publique socialiste f�d�rative sovi�tique de Russie (R. S. F. S. R.), adopt�e en juillet 1918, pr�voit que seront exclus du suffrage les membres des anciennes classes dirigeantes et les popes. Les d�l�gu�s aux soviets sont �lus sur la base d�un repr�sentant pour 25 000 personnes dans les villes et d�un pour 125 000 dans les campagnes. Le suffrage est public et non secret.</p><p>Sur le plan �conomique, l��tat</p><p>est amen� � instaurer un syst�me de contr�le et de r�quisition que l�on a appel� le � communisme de guerre �.</p><p>Des pr�l�vements consid�rables sont op�r�s chez les paysans, soumis � des contr�les s�v�res. L��tat poss�de les principaux leviers de commande de la vie �conomique. Toutes les entreprises</p><p>de plus de cinq ouvriers sont socialis�es (dix quand elles ne poss�dent pas de moteur). Le travail est obligatoire de seize � cinquante ans. Les services publics sont gratuits, et la propri�t� immobili�re est supprim�e.</p><p>En fait, il s�agit d�un ensemble de mesures rendues n�cessaires par la guerre civile et qui n�ont pas grand-chose � voir avec le communisme. La tension des forces de la r�volution permettra au pouvoir sovi�tique de mettre en oeuvre des moyens �normes, qu�il �tait difficile d�imaginer aux premiers temps de la guerre civile.</p><p>Cependant, plusieurs arm�es</p><p>blanches se constituent d�s le milieu de 1918. Dans le Sud, elles sont dirig�es par le g�n�ral Denikine, � l�est par l�amiral Koltchak et au nord-ouest par le g�n�ral Ioudenitch. Les unes apr�s les autres � et non parfois sans un p�ril extr�me pour la r�volution �, elles sont vaincues par l�arm�e rouge.</p><p>En 1920, la Pologne esp�re profiter des difficult�s de sa voisine orientale et l�attaque (v. polono-sovi�tique</p><p>[guerre]). Apr�s une avance surprise sur Varsovie, qui �choue de peu, l�arm�e rouge, �puis�e, est oblig�e de se retirer, et la Russie sovi�tique doit signer le trait� de Riga (1921), qui abandonne � la Pologne les parties occidentales de l�Ukraine et de la Bi�lorussie. La derni�re tentative d�une arm�e blanche dirig�e par Wrangel est bris�e par l�ar-m�e rouge en novembre 1920.</p><p>En 1921, les bolcheviks sont les</p><p>ma�tres incontest�s de la Russie, de l�Ukraine, de la Bi�lorussie et du Caucase. La Pologne, la Finlande, les �tats baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) sont devenus ind�pendants. La Bessarabie a �t� rattach�e � la Roumanie. Par rapport � 1913, les soviets contr�lent 770 000 km 2 en moins avec une population de 30 millions d�habitants.</p><p>La guerre civile � survenant apr�s la guerre contre les Empires centraux</p><p>� a eu des cons�quences humaines et mat�rielles catastrophiques.</p><p>Les op�rations militaires ont amen� une baisse brutale de la production agricole, aggrav�e par la s�cheresse de l��t� 1921. La famine de l�hiver</p><p>de 1921-22 fait plus de 8 millions de morts, qui s�ajoutent aux victimes de la Premi�re Guerre mondiale, � celles de la guerre civile et � celles des �pid�-</p><p>mies qui ravageront le pays des ann�es durant. Au total, on compte 13 millions de morts de 1913 � 1921 et un d�ficit de naissances d�un ordre semblable. Quant � la production, elle est tr�s faible : en 1921, elle repr�sente � peine le tiers pour les c�r�ales et moins du quart pour l�industrie de celle de 1913. Des millions de vagabonds parcourent les routes � la recherche d�un peu de travail. Des bandes arm�es mettent le pays en coupe r�gl�e, et des millions d�enfants sont abandonn�s.</p><p>Sur le plan politique, les cons�-</p><p>quences de la guerre civile ne sont pas moindres. Le parti bolchevik est devenu un parti unique. Peu � peu, les activit�s de tous les autres partis ont �t� interdites, et la presse et l��dition s�v�rement contr�l�es. La Tcheka, aux effectifs nombreux, est toute-puissante. Les soviets ont perdu de leur autonomie par rapport au parti, qui dirige toute la vie �conomique, sociale, politique et id�ologique du pays.</p><p>Les difficult�s �conomiques sus-</p><p>citent des crises s�rieuses : r�voltes paysannes, gr�ves ouvri�res et jusqu�� une v�ritable r�volution � Kronchtadt, le port militaire de Petrograd, o� une r�volte des ouvriers et des marins se transforme en une insurrection contre les bolcheviks, qui la r�priment avec �nergie (f�vr.-mars 1921).</p><p>Bref, en 1922, le pays est � reconstruire, le socialisme est encore � �difier, et ce alors que la r�volution socialiste a �chou� partout, sauf dans l�ancien Empire russe. Le plus difficile reste � faire.</p><p>downloadModeText.vue.download 61 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11272</p><p>Naissance de l�arm�e</p><p>rouge</p><p>La cr�ation des forces arm�es sovi�tiques ne saurait �tre s�par�e de la situation dramatique que conna�t la r�volution bol-</p><p>chevik au d�but de 1918. Las des interminables n�gociations qui suivent l�armistice de Brest-Litovsk (15 d�c. [2 d�c. ancien style] 1917), les Allemands signent le 9 f�-</p><p>vrier 1918 un trait� s�par� avec l�Ukraine, et, le 10 f�vrier (28 janv.), Trotski* rompt les pourparlers de Brest-Litovsk et annonce la d�mobilisation g�n�rale des arm�es russes. Les Allemands d�clenchent le 19</p><p>un mouvement en avant de leurs arm�es du front oriental en direction des pays baltiques, de la Russie Blanche et de l�Ukraine.</p><p>C�est dans ces conditions que, alors que tout semble s�effondrer devant lui, L�nine se r�signe � traiter avec l�Allemagne. Il fait publier le 23 (10) f�vrier le d�cret, sign� le 28 (15) janvier mais tenu secret en raison des circonstances, qui cr�e une arm�e rouge des ouvriers et des paysans (rabotchekrestianska�a krasna�a armia).</p><p>Le 4 mars, lendemain de la signature du trait� de Brest-Litovsk, la nouvelle arm�e de volontaires est dot�e d�un comit� sup�-</p><p>rieur de guerre ; � sa t�te est plac� Trotski, qui, responsable militaire de l�insurrection d�Octobre, sera le v�ritable cr�ateur de l�arm�e rouge.</p><p>Avec les militaires � conscients � de la garnison de Petrograd et de nombreux marins, c�est la Garde rouge, ensemble h�t�roclite d�environ 13 000 hommes form� de groupes arm�s dont les soviets locaux ont pris le contr�le, qui constitue l��l�ment de base de l�arm�e nouvelle,</p><p>� rempart du pouvoir bolchevik dans le pr�sent... et appui de la future r�volution sociale en Europe �. Con�ue en pleine anarchie comme un instrument de lutte politique compos� uniquement de volontaires �lisant leurs chefs, l�arm�e rouge va rapidement prendre un visage beaucoup plus militaire. Au d�but d�avril est institu� le corps des commissaires politiques et est cr��e l�organisation militaire du territoire, avec ses r�gions et ses districts, qui permet de r�cup�rer d�un seul coup de nombreux �tats-majors et services locaux de l�ancienne arm�e, qui tout naturellement restent � leur poste. En m�me temps, devant la p�nurie et la qualit� m�diocre des volontaires, le gouvernement r�tablit la conscription. � cette �poque, beaucoup d�officiers sont d�abord neutres vis-�-vis de la r�volution ; une minorit� rejoint les arm�es blanches, mais un grand nombre aussi (estim� � environ 40 000) accepte de rallier l�arm�e rouge par ambition, par</p><p>patriotisme ou tout simplement sous la menace pour sauver leurs familles retenues comme otages. Trotski, qui mesure l�importance du probl�me des cadres, d�cide de les y accueillir sous l�appellation de spets (sp�cialistes). Jumel�s avec les commissaires politiques, surveill�s par la police du r�gime, ou Tcheka, ils exer-ceront le commandement des unit�s et permettront m�me la cr�ation d��coles militaires. � Il faut, d�clare Trotski en d�-</p><p>cembre 1919, que chaque officier de carri�re sache qu�il ne s�agit pas d�un louage de service provisoire, mais d�une action d��clat, d�esprit et de sang. � C�est en effet dans les combats des ann�es h�ro�ques de 1918 � 1921 que se forgera le haut commandement futur des forces sovi�tiques avec des cadres de l�ancienne arm�e, des sous-officiers comme S. M. Boudenny� et I. S. Koniev*, et des officiers tels Toukhatchevski*, A. I. Iegorov, Joukov*, V. K. Bl�-</p><p>cher (Blioukher), Chapochnikov*, A. M. Vassilievski... Ce combat est d�abord celui de la r�volution, men� sur de nombreux fronts contre les arm�es blanches, mais c�est aussi en 1920 la r�sistance oppos�e � l�envahisseur polonais qui provoque un sursaut national marqu� par l�appel de l�ancien g�n�ralissime Broussilov* � ses camarades des arm�es tsaristes de venir d�fendre la patrie russe (v. polono-sovi�-</p><p>tique [guerre]).</p><p>En 1919, l�arm�e rouge (elle gardera ce nom jusqu�en 1946) compte environ un million d�hommes, dont plus de 500 000 combattants. Son commandant downloadModeText.vue.download 62 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11273</p><p>en chef de 1919 � 1924 est l�ancien colonel brevet� d��tat-major Sergue� Sergue�evitch Kamenev (1881-1936) ; au moment o� il prend ses fonctions, les principaux fronts de combats, ceux d�Arkhangelsk, de la Volga, du Don et du Caucase sont dirig�s par des g�n�raux de l�ancienne arm�e du tsar. Ainsi, au-del� de la rupture brutale que signifiait la r�volution bolchevik, l�ar-m�e de classe des gardes rouges avait retrouv� son caract�re d�arm�e nationale. Le premier m�mento de l�arm�e rouge, paru en 1919, sera celui que le g�n�ral (prince) Souvorov (1729-1800) avait consacr� � l�art</p><p>de vaincre, et le r�glement de la nouvelle arm�e pourra affirmer que � l�affermissement, la conservation et le d�veloppement des traditions militaires de la grande nation russe sont devenus pour l�arm�e rouge un devoir sacr� �.</p><p>P. D.</p><p>Les combats des arm�es</p><p>blanches (1918-1920)</p><p>On regroupe commun�ment sous le nom d�arm�es blanches les formations militaires qui, de 1918 � 1920, tent�rent de s�opposer au pouvoir bolchevik issu de la r�volution d�Octobre. Parmi les op�rations tr�s d�cousues de cette p�riode h�ro�que de la guerre civile, on ne retiendra ici que les principales, qui eurent pour th��tres le sud de la Russie, la Sib�rie et les pays baltiques.</p><p>Les arm�es blanches de la Russie du Sud</p><p>Commandant la VIIIe arm�e lors de l�offensive Broussilov* de 1916, le g�n�ral Alekse� Maksimovitch Kaledine (1861-1918) �tait �lu un an plus tard ataman des Cosaques du Don. Install� � Novotcherkassk, il refuse de reconna�tre la prise du pouvoir par L�nine et est rejoint � la fin de 1917</p><p>par les g�n�raux Lavr Gueorguievitch Kornilov (1870-1918), Anton Ivanovitch Denikine (1872-1947) et Mikha�l Vassilievitch Alekse�ev (1857-1918). Ces derniers lancent un appel aux armes � contre les Allemands et les bolcheviks � qui permet la formation d�une arm�e volontaire. Au d�but de 1918, elle compte 4 000 hommes (dont de nombreux officiers) que renforcent 3 000 Cosaques. Attaqu�s par les Rouges, ceux-ci refusent de se battre, Kaledine se suicide en f�vrier, et Kornilov, qui le remplace, se replie sur le Kouban, o� il est tu� en avril. Alors que tout semblait perdu, l�arm�e blanche est sauv�e par le soul�-</p><p>vement des Cosaques, qui, exc�d�s de la terreur sem�e par les Rouges, la rallient en masse. Au cours de l��t�, deux arm�es se constituent : celle du g�n�ral Petr Nikola�evitch Krasnov (1869-1947), �lu ataman, qui, soutenu par les Allemands, chasse les Rouges de la r�gion du Don ; celle du g�n�-</p><p>ral Denikine, successeur de Kornilov, qui s�appuie sur les Alli�s. Alekse�ev �tant mort en octobre et Krasnov ayant d�missionn� au lendemain de la d�faite allemande (qui</p><p>donne l�Ukraine aux bolcheviks), Denikine se proclame chef des forces arm�es de la Russie du Sud (150 000 hommes) install�es sur le Don inf�rieur et au Kouban. Apr�s une s�rie de succ�s qui, pendant l��t� de 1919, leur donnent la Crim�e et l�Ukraine, puis les conduisent en octobre jusqu�� Vo-ronej et Orel, les troupes de Denikine sont battues en octobre-novembre par l�attaque convergente de six arm�es rouges.</p><p>Trois mois apr�s, les Blancs se r�fugient en Crim�e, o� Denikine est remplac� en avril 1920 par le g�n�ral Petr Nikola�evitch Wrangel (ou Vrangel, 1878-1928). Profitant du r�pit que lui donne la guerre polono-sovi�tique*, celui-ci reprend l�offensive et atteint en juin Iekaterinoslav (auj. Dniepropetrovsk) et Marioupol (auj. Jdanov).</p><p>Le 12 ao�t 1920, son � gouvernement � est reconnu de facto par la France, mais, en novembre, la fin de la guerre de Pologne permet � l�arm�e rouge de regrouper toutes ses troupes contre Wrangel. Ce dernier se r�fugie en Crim�e et, quand les Rouges que commande Mikha�l Vassilievitch Frounze (1885-1925) forcent l�isthme de Perekop en novembre 1920, il r�ussit � embarquer, gr�ce � l�aide des Alli�s, 135 000 personnes, dont 70 000 soldats.</p><p>Ses navires, convoy�s par deux b�timents fran�ais, rallient Bizerte le 27 d�cembre 1920. Ses troupes seront transf�r�es en Yougoslavie, o� Wrangel ne renoncera � la lutte qu�en 1925.</p><p>Les arm�es blanches de Sib�rie</p><p>Au lendemain du trait� de Brest-Litovsk (3 mars 1918), il avait �t� convenu qu�un corps de 50 000 Tch�ques, form� � la demande de Masaryk en Russie avec des prisonniers de l�arm�e autrichienne, serait transf�r� sur le front fran�ais via Vladivostok. Sur l�intervention des Allemands, les bolcheviks d�cident en mai 1918 de d�sarmer les Tch�ques, ce qui oblige ceux-ci � se frayer un passage par la force sur le Transsib�rien. Dispers�s le long de la voie ferr�e, ils sont rejoints durant l��t� de 1918 par les Cosaques de l�Oural et diverses formations de Russes blancs, dont un d�tachement entre le 25 juillet � Iekaterinbourg (auj.</p><p>Sverdlovsk), huit jours apr�s le massacre du tsar et de sa famille. Ainsi se forme une arm�e h�t�roclite de 120 000 hommes qui occupe Kazan en ao�t. En novembre 1918, ces forces renversent le directoire socialiste d�Omsk et confient le pouvoir � l�amiral Aleksandr Vassilievitch Koltchak (1873-</p><p>1920), ancien commandant de la flotte de la mer Noire dont Denikine reconna�t aussit�t l�autorit�. En 1919, apr�s avoir remport� des succ�s (janvier-mars), Koltchak doit faire face � une grande offensive de l�arm�e rouge command�e par Kamenev (avril), tandis que les Tch�ques adoptent sur ordre du gouvernement de Prague une attitude de neutralit�. L�amiral doit alors entreprendre un vaste mouvement de retrait en direction du Pacifique avec des troupes qui se d�composent de plus en plus. Abandonn� de tous, il r�silie ses fonctions le 4 janvier 1920, mais, livr� par les Tch�ques aux bolcheviks, il est fusill� � Irkoutsk le 7 f�vrier. Seuls quelques �l�-</p><p>ments de ses troupes atteindront Vladivostok, alors occup� par les Japonais.</p><p>L�arm�e blanche des pays baltiques Ancien chef de l�arm�e du Caucase, le g�n�ral Nikola� Nikola�evitch Ioudenitch (1862-1933) organise en Estonie en 1919</p><p>une petite arm�e dite du � Nord-Ouest �</p><p>avec l�appui des Anglais. Apr�s que les pays baltiques, devenus ind�pendants, eurent trait� avec L�nine, Ioudenitch lance ses troupes dans une attaque d�sesp�r�e contre Petrograd, dont elles atteignent la banlieue en octobre 1919. Violemment contre-attaque par l�arm�e rouge, il doit faire retraite pr�cipitamment et repasser la fronti�re avec ses troupes, qui sont intern�es en d�cembre 1919.</p><p>L. A. et P. D.</p><p>La p�riode de la NEP</p><p>(1921-1929)</p><p>La Nouvelle Politique �conomique</p><p>(Nova�a Ekonomitcheska�a Politika</p><p>[NEP]) est d�cid�e en mars 1921 au Xe Congr�s du parti bolchevik. Elle signifie l�abandon du � communisme de guerre �. Les r�quisitions sont supprim�es, le commerce int�rieur devient libre, mais l��tat garde le monopole du commerce ext�rieur. La petite industrie est d�nationalis�e, l�h�ritage � dans des limites pr�cises � r�tabli, et l�on d�cide m�me d�accorder des concessions aux soci�t�s �trang�res qui en feraient la demande.</p><p>L�nine estime qu��tant donn� la</p><p>situation de la Russie sovi�tique en 1921 l��dification du socialisme sera</p><p>une entreprise de longue dur�e. Il faut d�abord d�velopper l�industrie sur une base moderne, cr�er une grande agriculture m�canis�e et collective sur la base de l�adh�sion volontaire des paysans aux coop�ratives de production, op�rer une r�volution culturelle qui doit se traduire par le d�veloppement de masse de l�enseignement et de la culture autant que par la transformation des attitudes et des mentalit�s. Or, la Russie de 1921 est un pays o� l�arri�-</p><p>ration culturelle est tr�s profonde et o� pr�domine une population de paysans moyens. Le prol�tariat a presque totalement disparu, et les intellectuels, d�j� peu nombreux avant la r�volution, ont fui en masse le pays depuis 1917.</p><p>Pour affronter ces t�ches complexes et de longue haleine, les bolcheviks ne peuvent gu�re compter sur l�aide ex-t�rieure. Les grands pays capitalistes continuent � boycotter l�Union sovi�-</p><p>tique : la France reconna�t l�U. R. S. S.</p><p>en 1924, mais les �tats-Unis ne</p><p>le feront qu�en 1933. Les grandes firmes �trang�res refusent de profiter des concessions, et, tout autour de la Russie sovi�tique, un v�ritable � cordon sanitaire � est mis en place ; des r�gimes militaires violemment anticommunistes veillent aux fronti�res de l�Union sovi�tique. Seule l�Allemagne, m�contente du trait� de Versailles, signe avec les soviets le trait� de Rapallo (avr. 1922), qui ouvre la voie � une coop�ration �conomique et militaire entre les deux pays.</p><p>Ma�tres du pouvoir et l�exer�ant totalement, les bolcheviks n�en sont pas moins faibles. Ils sont 515 000 � la fin de 1921, apr�s l��puration qui a permis d�exclure les � carri�ristes �, mais la plupart des membres du parti ont adh�r� apr�s la r�volution d�Octobre.</p><p>Des bolcheviks d�avant f�vrier 1917</p><p>� ils �taient 24 000 environ �, il n�en reste plus gu�re que 10 000. Seulement 8 p. 100 des bolcheviks ont une �ducation secondaire et 5 p. 100 une instruction sup�rieure. Il n�est pas �tonnant, dans ces conditions, qu�on assiste en 1922 � un retour en masse des anciens fonctionnaires tsaristes.</p><p>Quant � la direction du parti bolchevik, elle reste faible et divis�e, affaiblie</p><p>encore plus par la maladie de L�nine.</p><p>Frapp� d�une premi�re attaque en mai 1922, en partie r�tabli en octobre 1922, ce dernier est d�finitivement paralys� en mars 1923 et meurt le 21 janvier 1924. Dans ses derniers textes publi�s � l��poque ou destin�s seulement aux dirigeants du parti et publi�s apr�s sa mort, on trouve une critique s�v�re du fonctionnement du r�gime sovi�tique et de l�appareil d��tat, du parti et des dirigeants.</p><p>Selon L�nine, la Russie sovi�tique est un �tat ouvrier � d�formation bureaucratique. � C�est le vrai type de notre ancien appareil d��tat, �crit-il, le pass� a �t� boulevers� et non aboli. �</p><p>Quant au parti lui-m�me, il est �galement menac� par la bureaucratie. Pour pr�server sa puret�, il avait �t� d�cid� que les postes dirigeants seraient r�serv�s aux vieux bolcheviks. L�nine crai-gnait en effet le danger d�une scission du parti et reprochait � de nombreux dirigeants leur attitude nationaliste</p><p>� grand-russe � dans leurs rapports avec les nationalit�s non russes, par exemple avec les G�orgiens. Dans son</p><p>� testament � (en r�alit�, des notes dict�es � sa secr�taire � la fin de 1922), il propose d�enlever � Staline son poste de secr�taire g�n�ral, car il le juge en partie responsable du d�veloppement de la bureaucratie et de cette politique nationaliste grand-russe. Tout en estimant les capacit�s de Trotski (� peut-</p><p>�tre l�homme le plus capable du Comit� central �), il d�clare se m�fier �galement � de son go�t excessif pour le c�t� administratif des choses �.</p><p>L�nine �cart� des affaires, la lutte pour la succession se complique en downloadModeText.vue.download 63 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11274</p><p>raison de l�acuit� des probl�mes politiques et de la difficult� persistante � r�soudre les probl�mes �conomiques et sociaux.</p><p>Staline, �lu secr�taire g�n�ral en avril 1922, � l�issue du XIe Congr�s du parti communiste, cumule les fonctions : membre du bureau politique et</p><p>du bureau d�organisation, commissaire du peuple aux Nationalit�s et � l�Inspection ouvri�re et paysanne, il d�tient, selon l�expression de L�nine, un � pouvoir illimit� �.</p><p>Charg� de l�� appareil du parti � et des nominations des dirigeants, il en profite pour asseoir encore plus son autorit� au lendemain de la maladie de L�nine. Avec Zinoviev (Grigori Ievse�evitch Radomyslski, 1883-1936) et Kamenev (Lev Borissovitch Rosenfeld, 1883-1936), il constitue un triu-mvirat (une � tro�ka �). D�s 1923, une opposition se manifeste, qui prend le relais des groupes constitu�s � l�int�-</p><p>rieur du parti d�s 1920 (par exemple celui de l�� opposition ouvri�re �).</p><p>En octobre 1923, 46 militants responsables envoient une lettre publique au Comit� central pour demander plus de d�mocratie et une politique �conomique plus �nergique du point de vue de l�industrialisation. Trotski appuie ces demandes, et le Comit� central reconna�t que l�on peut am�liorer le fonctionnement d�mocratique du parti.</p><p>Staline promet d��tre plus patient, quand, apr�s la mort de L�nine, la veuve de ce dernier, Nadejda Kroups-ka�a, communique au Comit� central les actes r�dig�s par son mari et, en mai 1924, le XIIIe Congr�s d�cide de le maintenir au secr�tariat g�n�ral du parti.</p><p>Dans les discussions qui se d�roulent de 1924 � 1927, Staline, soutenu par N. I. Boukharine*, d�veloppe l�id�e</p><p>� populaire chez les paysans � qu�il faut � construire le socialisme dans un seul pays �, ce qui signifie la paix � l�ext�rieur. L��chec de la r�volution en Europe rend in�vitable ce mot d�ordre.</p><p>Contre Staline, l�� opposition �, qui se renforce du fait du ralliement de Kamenev et de Zinoviev, ne peut que mener un combat d�arri�re-garde et le perdre. Peu � peu, isol�e dans le pays, elle est conduite � organiser un v�ritable parti dans le parti, ce qui facilite sa propre �limination. Trotski perd son poste de commissaire du peuple � la Guerre en 1925 et, en novembre 1927, il est exclu du parti, ainsi que Zinoviev et plusieurs dizaines d�autres militants responsables.</p><p>Le pouvoir de Staline sort renforc� de cette bataille interne, d�autant plus que la NEP est marqu�e par des succ�s �conomiques incontestables : l�agriculture revient � peu pr�s � son niveau de 1913. La petite et la moyenne exploitation dominent dans les campagnes ; cependant, les paysans les plus � l�aise, les koulaks (du mot russe qui signifie � poing �), profitent plus de l�expansion agricole que les paysans sans terres et les ouvriers agricoles.</p><p>L�industrie progresse �galement, plus lentement jusqu�en 1929, plus rapidement ensuite. L�arri�ration culturelle recule du fait des progr�s de l�enseignement et de la lutte de masse contre l�analphab�tisme.</p><p>Malgr� ces succ�s, la situation de l�Union sovi�tique reste pr�caire. Sur le plan international, celle-ci continue � �tre isol�e. Sur le plan �conomique, elle ne peut compter que sur ses propres forces. Sur le plan politique, le poids de la paysannerie moyenne demeure pr�pond�rant : koulaks et nepmen se sont enrichis en profitant de la libert� de commerce.</p><p>Au XVe Congr�s du parti commu-</p><p>niste (1927) est d�cid� le d�veloppement de la collectivisation, qui entra�ne des mesures s�rieuses contre les profits des koulaks. Cependant, un grand nombre de petits ou moyens paysans prennent peur de mesures qui ne sont pourtant pas dirig�es contre eux ; le bl� dispara�t des march�s, et le gouvernement sovi�tique est amen� �</p><p>prendre des mesures de plus en plus autoritaires.</p><p>C�est alors que Staline amorce un v�ritable tournant dans la politique jusqu�alors suivie par le parti. Il reprend largement � son compte les orientations propos�es par l�� opposition �</p><p>les ann�es pr�c�dentes ; le rythme de l�industrialisation doit s�accro�tre, et l�accumulation socialiste primitive se r�alisera gr�ce aux fonds pr�lev�s sur l�agriculture. Cela implique une collectivisation acc�l�r�e des terres ; en effet, il n�existe alors qu�une faible proportion de kolkhozes (coop�ratives de production) et de sovkhozes (fermes d��tat).</p><p>Le premier plan quinquennal</p><p>(1928/29-1932/33), �labor� selon les directives du XVe Congr�s du parti, est adopt� en 1929 apr�s de nombreuses discussions. Staline fera relever � plusieurs reprises les objectifs du d�veloppement industriel et de la collectivisation des terres.</p><p>Le Grand Tournant</p><p>(1929-1934)</p><p>Cette orientation re�oit l�appui de la plupart des anciens opposants, � l�exception de Trotski. Par contre, de nombreux dirigeants, parmi lesquels Boukharine, pr�sident de l�Internationale communiste, Rykov, pr�sident du Conseil des commissaires du peuple, et Mikha�l Pavlovitch Tomski (1880-1936), pr�sident du Comit� central des syndicats, critiquent les m�thodes utilis�es pour collectiviser les terres et condamnent la terreur dirig�e contre les paysans moyens ainsi que le pouvoir personnel de Staline.</p><p>Dans la seconde moiti� de 1929, la collectivisation massive des terres est mise en oeuvre. De proche en proche, des r�gions enti�res sont collectivis�es, souvent par la force. Volontaire dans son principe, la collectivisation est, en fait, impos�e � la plupart des paysans moyens. Le r�le de la police politique (la Gu�p�ou [GPU] depuis 1922) est essentiel. Staline d�clare, le 27 d�cembre 1929, que � le moment est venu de liquider les koulaks en tant que classe �. Des centaines de milliers de koulaks sont d�port�s avec leurs familles en Sib�rie orientale, et de tr�s nombreux paysans moyens prennent</p><p>le m�me chemin. Les r�sultats sont catastrophiques : de nombreux paysans s�insurgent contre la terreur, tuent leur cheptel, et la production agricole conna�t une baisse brutale.</p><p>C�est pourquoi le parti com-</p><p>muniste condamne les exc�s de la</p><p>collectivisation.</p><p>Le 2 mars 1930, la Pravda publie</p><p>un article de Staline, � le Vertige du succ�s �, dans lequel ce dernier reconna�t les exc�s de la collectivisation et demande que l�on cesse les abus. Les chiffres sont �loquents : au 1er mars 1930, 14 260 000 paysans (avec leurs familles) sont entr�s dans les kolk-</p><p>hozes ; au 1er mai 1930, 5 999 000</p><p>seulement y sont rest�s. La collectivisation reprend au d�but de 1931, mais beaucoup plus lentement. En novembre 1931, cependant, 15 millions de paysans ont rejoint les kolkhozes avec leurs familles (soit 52,7 p. 100 des familles paysannes). Ce n�est qu�en 1937</p><p>que la collectivisation devient quasi totale (93 p. 100). Le statut mod�le des kolkhozes, adopt� en 1930, est modifi� en 1935 ; il laisse aux kolkhoziens la jouissance d�un lopin de terre individuel (de 25 � 50 ares), qui permet aux paysans de produire 21,5 p. 100 de la production agricole totale du pays sur 3,3 p. 100 de la superficie cultiv�e en 1938 (dont 55 p. 100 des vaches et plus de la moiti� des fruits et des l�gumes).</p><p>N�anmoins, la baisse de la production agricole est consid�rable, en particulier dans le domaine de l��levage.</p><p>Elle met l�Union sovi�tique au bord de la famine dans les ann�es 1931 et 1932. Il y aura m�me des cas de disette grave dans certaines r�gions.</p><p>Quant � l�industrie, elle conna�t des succ�s incontestables, du moins en ce qui concerne l�industrie lourde, car l�industrie l�g�re pi�tine, encore que, dans l�ensemble, les r�sultats obtenus aient �t� quelque peu en retrait par rapport aux objectifs fix�s par Staline.</p><p>Le premier plan quinquennal, achev� en 1932, voit progresser la production �nerg�tique et sid�rurgique.</p><p>Un effort particulier porte sur l�Oural et la Sib�rie occidentale. Des villes nouvelles sont cr��es, et l��mulation socialiste suscite l�apparition de dizaines de milliers d�ouvriers de choc, les oudarniki. En m�me temps, pour fixer la main-d�oeuvre sur les lieux de travail, les autorit�s sovi�tiques prennent des mesures draconiennes destin�es � combattre l�absent�isme ou les changements trop fr�quents d�entreprises. On instaure un livret de travail et on lutte contre la d�t�rioration des machines.</p><p>Le commerce priv� et la petite industrie disparaissent durant cette p�riode ; cependant, des coop�ratives (artel) subsistent dans quelques professions, par exemple dans l�industrie textile.</p><p>L�Union sovi�tique se transforme profond�ment du fait des progr�s de l�instruction et de l�urbanisation, cons�-</p><p>quences de l�industrialisation.</p><p>Mais, parall�lement, la politique so-vi�tique s�alourdit. Dans la temp�te qui a secou� l�Union sovi�tique en 1930</p><p>et qui a menac� son existence m�me, la terreur s�est renforc�e. Le r�le de la police politique (la Gu�p�ou) s�est encore accru. Des camps de travail forc� ont �t� ouverts en grand nombre et l�on commence � utiliser la main-d�oeuvre concentrationnaire pour la construction de grands travaux (par exemple le canal Staline, mer Blanche-Baltique, mis en service en 1933).</p><p>L�opposition aux m�thodes de Sta-</p><p>line grandit dans le parti lui-m�me et au sein de sa direction. L�affaire la plus s�rieuse est celle de Rioutine, qui organise une v�ritable conspiration pour �carter Staline du pouvoir et �labore une plate-forme politique d�opposition.</p><p>Un nombre important de dirigeants du parti refusent de suivre Staline sur la voie de l�aggravation de la terreur et downloadModeText.vue.download 64 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11275</p><p>d�approuver l�ex�cution de Rioutine ; sans remettre en cause l�orientation de 1930 (industrialisation et collectivisation des terres), ils souhaitent que l�on proc�de avec plus de lenteur et de calme. Le succ�s d�Hitler en Allemagne en janvier 1933 inqui�te les bolcheviks en m�me temps qu�il constitue un �chec s�rieux pour le Komintern (l�Internationale communiste) et la politique de Staline. Celui-ci, sans renoncer � ses objectifs, doit reculer quelque peu. La plupart des anciens opposants reviennent alors de d�portation et re�oivent des postes responsables.</p><p>L�U. R. S. S. entre � la Soci�t� des Nations en 1934. Cette m�me ann�e, la Gu�p�ou est supprim�e et remplac�e par le Commissariat du peuple aux Affaires int�rieures (NKVD).</p><p>Le XVIIe Congr�s, du d�but de l�an-n�e 1934, marque un moment impor-</p><p>tant dans la r�alisation de l�union du</p><p>parti, alors que s�accumulent les p�rils ext�rieurs (danger hitl�rien et attaques japonaises) et que subsistent les difficult�s int�rieures. Les louanges � Staline abondent dans les discours, mais, derri�re cette fa�ade, nombreux sont les dirigeants qui souhaitent limiter les pouvoirs du secr�taire g�n�ral, voire le remplacer � ce poste, comme L�nine l�avait conseill� douze ans auparavant.</p><p>Les anciens opposants participent au Congr�s et interviennent avec une certaine autorit�. Staline, au terme du Congr�s, reste secr�taire g�n�ral, mais ses pouvoirs sont quelque peu limit�s.</p><p>Du XVIIe Congr�s � la</p><p>guerre (1934-1941)</p><p>� la suite du XVIIe Congr�s, un nouveau dirigeant voit son �toile monter : il s�agit de Kirov (Sergue� Mironovitch Kostrikov [1886-1934]). Membre du Comit� central depuis 1923 et du bureau politique depuis 1930, Kirov est secr�taire du parti � Leningrad quand il est �lu secr�taire du Comit� central au XVIIe Congr�s : il devient ainsi le second de Staline et son successeur possible.</p><p>Le 1er d�cembre 1934, il est assassin� dans son bureau � Leningrad par un communiste du nom de Nikola�ev. Les raisons du crime sont obscures, mais nombre de circonstances qui entourent cet assassinat montrent pr�cis�ment le r�le du NKVD. Il n�y a pas de preuves selon lesquelles Staline aurait �t� l�ins-tigateur de l�attentat, mais le crime lui profite. � partir de d�cembre 1934, une vague de terreur s�abat sur l�Union sovi�tique, et d�abord sur le parti et ses dirigeants. Staline est d�barrass� d�un rival dangereux et rejette la responsabilit� du crime sur les adversaires de sa politique terroriste.</p><p>En cinq ans, de 1935 � 1939, des</p><p>centaines de milliers de communistes trouvent ainsi la mort dans des conditions dramatiques. Certains d�entre eux sont traduits devant une haute cour si�-</p><p>geant � Moscou. Sous la pression de tortures physiques et morales (reconnues en 1956 lors du XXe Congr�s du parti communiste par Khrouchtchev), les accus�s � la plupart des dirigeants de la r�volution d�Octobre � avouent</p><p>des crimes imaginaires, rendant ainsi cr�dibles les accusations port�es par Staline contre tous ceux qu�il fait ar-r�ter et tuer, et cela d�autant plus que les complots de l�imp�rialisme contre l�U. R. S. S. sont une r�alit�. Zinoviev, Kamenev, Boukharine, et des dizaines de membres du Comit� central de 1921</p><p>sont ex�cut�s ; 98 des membres du Comit� central �lus au XVIIe Congr�s (sur 139), 1 108 d�l�gu�s au XVIIe Congr�s (sur 1966), 5 membres du Politburo, des dizaines de secr�taires r�gionaux, des directions enti�res des partis communistes des r�publiques f�d�r�es p�rissent dans ces ann�es de terreur.</p><p>De nombreux commissaires du peuple, des officiers sup�rieurs par milliers (dont Toukhatchevski*, V. K. Bl�cher</p><p>[Blioukher], 13 commandants d�arm�e sur 15, 110 g�n�raux de division sur 185) trouvent �galement la mort. Disparaissent aussi de nombreux responsables �conomiques, des intellectuels par milliers, des �crivains (Babel, Pilniak, Mandelstam), des historiens (Knorine), des philosophes, des juristes (Ievgueni Bronislavovitch Pachouka-nis [1891-1938]), des sp�cialistes des sciences de la nature. Les camps de travail forc� re�oivent des milliers de d�port�s, qui sont utilis�s � de grands travaux (construction de canaux, de voies ferr�es, d�immeubles, extraction de mati�res premi�res, exploitation du bois). Faute d�informations pr�cises du c�t� sovi�tique, on ignore le nombre de d�port�s et celui des victimes, et l�on ne peut �mettre que des hypoth�ses, mais le chiffre de 10 millions de d�port�s (dont la moiti� dispara�tront du fait des conditions de vie difficiles dans les camps) est un chiffre moyen et sans doute pas tr�s �loign� de la r�alit�.</p><p>Le NKVD joue un r�le d�cisif dans la r�pression. Il peut arr�ter qui il veut et quand il le veut. Il a re�u le droit de d�porter pour cinq ans, sur simple d�cision d�une conf�rence sp�ciale (l�osso), tout � individu socialement dangereux �. Il domine ainsi le parti et l��tat. Staline, cependant, cherche � le contr�ler. Il fait arr�ter et ex�cuter Guenrikh Grigorievitch Iagoda (1891-1938), puis son rempla�ant (depuis 1936) � la t�te du NKVD, Nikola� Ivanovitch Iejov, � qui succ�de Lavrenti Pavlovitch Beria (1899-1953).</p><p>Cette politique forme un contraste saisissant avec le texte de la nouvelle Constitution vot�e en 1936, qui �tablit l��galit� r�elle entre les citoyens sur le plan politique en supprimant les dispositions restrictives (envers les paysans, notamment) des Constitutions de 1918 et de 1924. Mais, entre la th�orie, les textes constitutionnels et la r�alit�, il y a une grande diff�rence. Staline s�attaque aussi aux nationalit�s non russes. L�Union des r�publiques socialistes sovi�tiques (U. R. S. S.) a �t� cr��e en 1922 sur une base f�d�rale par le Ier Congr�s des soviets, auquel participent la R�-</p><p>publique socialiste f�d�rative sovi�-</p><p>tique de Russie (R. S. F. S. R.) et les R. S. S. d�Ukraine, de Transcaucasie, de Bi�lorussie (Russie blanche). En 1924-25, des r�publiques f�d�r�es sont cr��es en Asie centrale. La R. S. S. de Transcaucasie est divis�e, en 1936, en trois r�publiques : G�orgie, Arm�nie et Azerba�djan. En fait, Staline d�veloppe une politique centralisatrice prorusse destin�e � unifier toute l�Union sovi�-</p><p>tique et � contr�ler toutes les parties tr�s diverses du pays (des dizaines de langues, d�ethnies, de religions).</p><p>Il serait, cependant, tout � fait erron� de r�duire le ph�nom�ne stalinien � ces seuls aspects terroristes. On assiste, en effet, dans la m�me p�riode, � une transformation radicale de l�U. R. S. S.</p><p>sur le plan �conomique comme sur le plan culturel.</p><p>Le deuxi�me quinquennat (1933-</p><p>1937), en raison de la mise en activit� de nombreux chantiers ouverts pendant le premier quinquennat, voit un progr�s rapide de l�industrie lourde et de la production des sources d��nergie.</p><p>L�industrie des biens de consommation progresse moins vite. Quant au troisi�me quinquennat (commenc� en 1938, mais interrompu par la guerre en 1941), il se caract�rise par un ralentissement g�n�ral de l�essor �conomique, li� � la mise en place d�une �conomie de guerre. En 1941, cependant, l�Union sovi�tique est devenue, derri�re les �tats-Unis et l�Allemagne, la troisi�me puissance industrielle du monde. Son retard est encore �norme, mais elle l�a en partie combl�.</p><p>Sur le plan agricole, les r�sultats ne sont pas bons, en raison des conditions dans lesquelles la collectivisation a �t� r�alis�e : en 1940, la production de c�-</p><p>r�ales est tout juste sup�rieure � celle de 1913, mais la production de coton s�est multipli�e par trois et celle de betterave � sucre par deux.</p><p>Quant au cheptel, il retrouve presque les chiffres de 1928. Des stations de machines et de tracteurs (les MTS) ont �t� cr��es depuis 1928-29 et constituent des centres d�initiation technique d�une importance consid�rable pour l�avenir ; l�U. R. S. S. dispose en 1940</p><p>d�environ 500 000 tracteurs. La vie reste dure dans les campagnes sovi�-</p><p>tiques, mais elle s�am�liore quelque peu.</p><p>Ce qui est sans doute le plus impressionnant, c�est l�ampleur des progr�s culturels. En 1940, l�analphab�tisme a disparu chez les jeunes et presque totalement chez les moins de cinquante ans. L�enseignement secon-</p><p>daire a connu un essor �tonnant ; plus de 10 millions d�enfants suivent une scolarit� de sept ans. Depuis 1929, le nombre d�enseignants a tripl� et, en 1940, il y a 811 000 �tudiants. La diffusion de la culture s�est effectu�e par le canal de nombreuses associations soit politiques, les pionniers et l�Union communiste l�niniste de la jeunesse sovi�tique (komsomol : Vsesso�ouzny� Leninski Kommounistitcheski So�ouz Molodeji), soit purement culturelles.</p><p>L�� �mulation socialiste � joue un r�le important dans la formation de la jeunesse. L�exemple du mineur Alekse� Grigorievitch Stakhanov (1905-1975), qui a battu des records de production, est c�l�br� par les autorit�s sovi�-</p><p>tiques. Les meilleurs ouvriers sont mis � l�honneur. La formation professionnelle conna�t une faveur toute particuli�re, car l�Union sovi�tique doit d�velopper son propre corps de techniciens et d�ing�nieurs. �coles sp�cialis�es, cours du soir, Rabfak (Rabotchi fakoultet, Facult� ouvri�re), apprentissage sur le tas constituent des facettes diff�rentes d�une politique audacieuse et de longue haleine. La jeunesse s�enthousiasme pour les exploits d�Ivan Dmitrievitch Papanine (n� en 1894)</p><p>dans l�Arctique et de Valeri Pavlovitch Tchkalov (1904-1938), qui r�alise la premi�re liaison a�rienne U. R. S. S. -</p><p>�tats-Unis par le p�le.</p><p>Les progr�s sont particuli�rement sensibles dans les r�publiques sovi�-</p><p>tiques d�Asie, o� l�arri�ration culturelle �tait presque totale � la veille de la r�volution. Par exemple, en Ouzb�kistan, 78,7 p. 100 des personnes de neuf � quarante-neuf ans savent lire et �crire en 1939 (contre 11,6 p. 100 en 1926).</p><p>downloadModeText.vue.download 65 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11276</p><p>Cette p�riode est marqu�e par</p><p>l�aggravation du danger de guerre.</p><p>L�U. R. S. S. cherche d�abord � isoler Hitler en s�alliant aux puissances occidentales ; membre de la S. D. N.</p><p>depuis 1934, elle signe en 1935 avec la Tch�coslovaquie et avec la France des trait�s d�assistance mutuelle, mais ses efforts se heurtent � l�anticommunisme de la plupart des dirigeants occidentaux. Si les �tats-Unis restent neutres, la Grande-Bretagne refuse tout accord avec l�U. R. S. S., et la France se contente d�un accord de caract�re tr�s g�n�ral, sans implications militaires.</p><p>Lors de la guerre civile d�Espagne*</p><p>(1936-1939), l�U. R. S. S. fournit armes et militaires aux r�publicains, qui luttent contre les nationalistes soutenus par l�Allemagne nazie et l�Italie fasciste, la France et la Grande-Bretagne s�en tenant au principe de non-intervention.</p><p>Hitler, apr�s avoir remilitaris� la rive gauche du Rhin en 1936, r�alise en mars 1938 l�Anschluss, le rattachement de l�Autriche � l�Allemagne. En septembre 1938, malgr� les engagements ant�rieurs, Daladier, le pr�sident du Conseil fran�ais, et Chamberlain, le Premier ministre britannique, signent � Munich avec Hitler et Mussolini un accord qui c�de les Sud�tes � l�Allemagne. L�U. R. S. S. n�a pas m�me �t� inform�e de cet accord ; or, elle peut l�gitimement s�inqui�ter et craindre que les Occidentaux veuillent d�tourner vers l�Est le flot hitl�rien.</p><p>Le XVIIIe Congr�s du parti communiste de l�U. R. S. S. se tient en mars 1939 dans cette situation internationale troubl�e et dangereuse. La terreur a diminu� d�intensit� apr�s l��limination d�Iejov, mais elle n�en subsiste pas moins. Dans son rapport, Staline reconna�t que des erreurs ont �t� commises, mais sans plus. Il critique la politique occidentale, qui laisse Hitler agir, et d�clare qu�il n�entend pas tirer les marrons du feu pour les Occidentaux. On apprend, au d�but de mai, que Maksim Maksimovitch Litvinov</p><p>(1876-1951), commissaire du peuple aux Affaires �trang�res (et d�origine juive), a �t� remplac� par Molotov (Viatcheslav Mikha�lovitch Skriabine, n� en 1890).</p><p>L�U. R. S. S. se met ainsi en �tat de discuter avec Hitler, faute de pouvoir signer un accord satisfaisant pour elle avec, les Occidentaux. Les n�gociations avec les Fran�ais et les Anglais n�aboutissent � aucun r�sultat concret et tra�nent en longueur. C�est alors que Staline d�cide de traiter avec Hitler.</p><p>Le 23 ao�t 1939, Ribbentrop se rend � Moscou et signe avec Molotov un pacte de � non-agression � qui laisse les mains libres aux nazis pour occuper la Pologne et combattre les Occidentaux. L�U. R. S. S. d�tourne ainsi vers l�Ouest le flot hitl�rien. Le pacte contient en outre des clauses secr�tes qui permettent � l�U. R. S. S. et � l�Allemagne � de d�limiter des sph�res d�int�r�t r�ciproques en Europe orientale �. La sph�re d�int�r�t sovi�tique comprend les �tats baltes (Lituanie, Estonie, Lettonie), la Finlande, la partie orientale de la Pologne et la Bessarabie, territoires qui appartenaient � l�Empire russe en 1917.</p><p>Lors de l�invasion par Hitler de la Pologne en septembre 1939, Staline fait entrer l�arm�e rouge dans la partie orientale du pays, celle-l� m�me que la Pologne a prise � l�Union sovi�tique en 1921. Le 30 novembre 1939, une guerre commence entre la Finlande et l�U. R. S. S. qui se termine seulement le 12 mars 1940. La Finlande doit retirer ses troupes � 25 km au-del� de l�ancienne fronti�re. Fran�ais et Britanniques ont envisag� une action militaire contre l�U. R. S. S. au nord</p><p>(par un d�barquement � Petsamo) et au sud (par une exp�dition a�roport�e contre Bakou et les puits de p�trole du Caucase).</p><p>En juin 1940, la Roumanie doit c�der � l�U. R. S. S. la Bessarabie et la Bucovine du Nord, qui constituent en ao�t la R�publique socialiste sovi�tique de Moldavie. De m�me, les trois r�publiques baltes, Lettonie, Lituanie, Estonie, deviennent alors des r�publiques sovi�tiques incorpor�es � l�U. R. S. S.</p><p>La population sovi�tique s�est donc accrue depuis septembre 1939 de</p><p>21 835 000 personnes ; quatre nouvelles r�publiques sovi�tiques ont �t� constitu�es. Dans le m�me temps, les relations �conomiques entre l�Allemagne et l�U. R. S. S. se sont d�velopp�es. Il peut sembler � la fin de 1940</p><p>que les relations germano-sovi�tiques sont au beau fixe et cependant, d�s juillet 1940, Hitler fait pr�parer les plans d�invasion de l�U. R. S. S. et signe le 18 d�cembre 1940 l�ordonnance 21 qui pr�voit l�op�ration Barbarossa, c�est-�-</p><p>dire l�invasion de l�U. R. S. S. pour le 15 mai 1941.</p><p>L�U. R. S. S. en guerre</p><p>(1941-1945)</p><p>En r�alit�, l�invasion nazie n�a lieu que dans la nuit du 21 au 22 juin 1941. L�U. R. S. S. est surprise par l�invasion, Staline n�ayant pas voulu tenir compte des renseignements que lui ont transmis ses services d�espionnage et les Anglo-Saxons. Le 14 juin, l�agence Tass a d�nonc� toute rumeur pr�tendant qu�il y avait des difficult�s dans les relations germano-sovi�tiques.</p><p>Quelques heures apr�s les d�buts de l�invasion, le commissariat du peuple � la D�fense continue � donner l�ordre de ne pas utiliser l�artillerie � pour ne pas provoquer les Allemands �. Or, l�arm�e rouge est tr�s inf�rieure � la Wehrmacht sur le plan de l�armement ; elle manque de chars, d�avions et de canons.</p><p>Les premi�res semaines de la guerre sont catastrophiques : 1 200 avions sont d�truits, la plupart au sol, dans les premiers jours de la guerre. En moins de quatre mois, les troupes hitl�riennes</p><p>ont occup� les �tats baltes, la Bi�lorussie, la plus grande partie de l�Ukraine, la Crim�e � � l�exception de S�bastopol �, presque tous les territoires � l�ouest de Leningrad et de Moscou.</p><p>Cependant, les troupes sovi�tiques r�ussissent � contenir les troupes hitl�riennes dans les faubourgs de Leningrad et aux portes de Moscou, apr�s des combats d�une violence inou�e qui font de part et d�autre des millions de morts.</p><p>Ainsi, les plans hitl�riens sont tenus en �chec. Loin de s�effondrer, le r�gime sovi�tique, apr�s la catastrophe des premi�res semaines, r�ussit � se ressaisir. Les Allemands trouvent devant eux une � terre br�l�e � ou d�serte ; des milliers d�entreprises peuvent �tre d�-</p><p>mont�es en quelques semaines et exp�-</p><p>di�es vers l�Oural (et au-del�) pour �tre reconstruites et devenir les centres vitaux de la production de guerre sovi�-</p><p>tique. Cependant, la contre-offensive sovi�tique de l�hiver 1941-42 n�obtient que des r�sultats limit�s.</p><p>De juin 1941 � juin 1944, les Sovi�-</p><p>tiques supportent le poids principal de la guerre contre Hitler. Certes, les �tats-Unis d�clarent la guerre � l�Allemagne apr�s Pearl Harbor en d�cembre 1941, mais, jusqu�� l�ouverture du � second front �, le 6 juin 1944, les Britanniques et les Am�ricains se contentent d�op�-</p><p>rations en M�diterran�e (d�barquement en Afrique du Nord, puis en Italie) qui ne retiennent qu�une faible partie des troupes allemandes.</p><p>En avril 1942, celles-ci repartent � l�offensive sur le front m�ridional ; leurs objectifs sont Stalingrad* et le Caucase. Leningrad reste encercl� (le ravitaillement n�a pu parvenir que par le lac Ladoga, gel� en hiver), et les Allemands continuent � menacer Moscou. En juillet 1942, la r�sistance de l�arm�e rouge s�effondre de nouveau.</p><p>Les Allemands p�n�trent dans le Caucase, franchissent le Don et atteignent les faubourgs de Stalingrad. De nouveau, l�arm�e rouge r�ussit � contenir l�avance allemande dans le Caucase devant les champs de p�trole et sur la Volga devant Stalingrad. Mieux encore, par une manoeuvre hardie, elle lance le 19 novembre une puissante contre-of-</p><p>fensive qui permet d�encercler 22 divisions nazies, avec 300 000 hommes qui capitulent, le 2 f�vrier 1943, avec leur commandant en chef, le mar�chal Paulus. La victoire de Stalingrad marque le d�but du d�clin du IIIe Reich et a un retentissement �norme.</p><p>Dans toutes ces circonstances souvent difficiles � voire tragiques �, le courage des peuples de l�U. R. S. S. est extraordinaire. Pendant des mois, les habitants de Leningrad assi�g�e vivent avec moins de 100 grammes de pain par jour. L�occupation allemande est partout terrible : communistes et juifs sont ex�cut�s ou d�port�s par millions ; des milliers de villages sont incendi�s. N�anmoins, il n�y a que peu de tra�tres. Aucun parmi les dirigeants politiques : un seul g�n�ral, Andre� Andre�evitch Vlassov (1900-1946), constitue � partir de d�cembre 1942</p><p>une arm�e pour le compte des Allemands avec des gens de sac et de corde et aussi avec des dizaines de milliers de Russes prisonniers, qui obtiennent ainsi leur lib�ration. Quant aux livraisons des territoires occup�s, elles sont sept fois moins importantes que celles de la France occup�e (dont la population est cependant moins importante que celle des territoires sovi�tiques occup�s). Des d�tachements de partisans se livrent � une guerre acharn�e sur les arri�res des troupes allemandes, en particulier en Bi�lorussie et en Ukraine.</p><p>L�effort de guerre est tout autant colossal dans les r�gions non envahies. D�s 1942, l�industrie de guerre sovi�tique fournit plus d�avions et de blind�s que l�Allemagne hitl�rienne.</p><p>Apr�s Stalingrad, l�arm�e rouge</p><p>avance vers l�ouest. En juillet 1943, elle repousse la derni�re grande offensive allemande dans le saillant de Koursk. En novembre 1943, Kiev est lib�r�e. En janvier 1944, Leningrad est d�livr�e de l�encerclement qui p�se sur elle depuis 900 jours terribles.</p><p>Pendant l��t� de 1944, le territoire sovi�tique est compl�tement lib�r� (� l�exception des pays baltes, qui le seront � l�automne) et l�arm�e rouge commence � lib�rer la Pologne ; la downloadModeText.vue.download 66 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11277</p><p>Roumanie, vaincue, demande l�armistice (23 ao�t), d�clare la guerre � l�Allemagne et se d�barrasse de son gouvernement fasciste. En janvier 1945, l�arm�e rouge p�n�tre en Prusse-Orientale et en haute Sil�sie. Elle lib�re presque toute l�Europe orientale et une partie de l�Europe centrale. Le 2 mai 1945, elle est � Berlin. Le 7 mai 1945, l�Allemagne signe � Reims la reddition inconditionnelle de la Wehrmacht, confirm�e le lendemain � Berlin.</p><p>Au fil des ans, les relations entre les Alli�s se sont am�lior�es malgr� le retard mis � �tablir un second front. En novembre 1943 � T�h�ran, Churchill, Roosevelt et Staline ont renforc� leur alliance. En f�vrier 1945, � Yalta (sur la c�te de Crim�e), ils confirment leur d�cision d�exiger la capitulation sans conditions de l�Allemagne. Ils tentent �galement, mais avec moins de succ�s, d�organiser le monde d�apr�s guerre.</p><p>Enfin, l�Union sovi�tique promet de d�clarer la guerre au Japon d�s la fin de la guerre contre Hitler ; elle recevra en contrepartie la moiti� de Sakhaline, des �les Kouriles, de Port-Arthur et du chemin de fer de Dairen.</p><p>D�s avril 1945, l�U. R. S. S. d�nonce le pacte de neutralit� avec le Japon conclu en 1941 ; en ao�t 1945, les troupes sovi�tiques lib�rent la Mandchourie et aident l�insurrection populaire en Cor�e. Avec la capitulation japonaise du 2 septembre 1945, la guerre est termin�e.</p><p>L�Union sovi�tique sort victorieuse mais exsangue d�une guerre longue et impitoyable. Elle d�plore plus de 20 millions de morts. Les pertes ma-t�rielles sont �galement �normes : 7 000 villes, 70 000 villages ont �t� d�truits, 31 850 usines, 65 000 km de voies ferr�es, 428 000 wagons ont �t� endommag�s. La production a baiss� dans tous les domaines (par exemple de 40 p. 100 pour l�industrie des biens de consommation et l�agriculture). Mais l�arm�e rouge occupe l�est de l�Allemagne et l�Autriche. Elle a lib�r� la Roumanie, la Bulgarie, la Pologne, la Tch�coslovaquie, la Cor�e et le nord</p><p>de la Chine ; le prestige et l�autorit� de l�U. R. S. S. et de Staline sont immenses aux yeux de dizaines de millions d�Europ�ens.</p><p>Les arm�es de la grande</p><p>guerre patriotique</p><p>(1941-1945)</p><p>� Puisse vous inspirer [...] le glorieux exemple de nos grands anc�tres, Alexandre Nevski, Dimitri Donsko�, Kouzma Minine, Dmitri Pojarski, Aleksandr Souvorov, Mikha�l Koutouzov � (Staline aux combattants de l�arm�e rouge, 7 nov. 1941).</p><p>Apr�s l�arm�e issue de la guerre civile �</p><p>� laquelle M. V. Frounze, son organisateur des ann�es 1920-1925, a donn� le caract�re d�une force de classe, celle du prol�tariat sovi�tique, avant-garde du prol�tariat mondial �, apr�s la construction plus classique de Toukhatchevski*, communiste fervent mais avant tout militaire russe, qui sera bris�e dans les purges sanglantes de 1937 et 1938, c�est la � grande guerre patriotique � de 1941-1945 qui consacre d�finitivement la marque � nationale � des forces arm�es de l�U. R. S. S. et en fait les h�riti�res des grandes traditions militaires de l�ancienne Russie.</p><p>L�alerte avait �t� d�autant plus grave que, se refusant jusqu�au bout � croire � la possibilit� d�une attaque brusqu�e de la Wehrmacht, Staline avait n�glig� la mise en �tat de d�fense de la nouvelle fronti�re germano-sovi�tique... L�ampleur de la d�-</p><p>faite initiale, qui ne put �tre stopp�e que devant Moscou, donne aussi la mesure du redressement accompli par l�arm�e rouge en d�pit de pertes �normes et d�un territoire largement envahi. Ce sera l�oeuvre d�un haut commandement enti�rement renouvel� et qu�illustrent les noms de Chapochnikov*, Joukov*, Koniev*, Malinovski*, Rokossovski*, Timochenko*, F. I. Tol-boukhine, A. M. Vassilievski..., disposant d�une troupe qui t�moigne au plus haut point des qualit�s d�endurance et de patriotisme du soldat russe.</p><p>Surprise en pleine r�organisation en 1941 par un adversaire qui lui est largement sup�rieur, l�arm�e rouge r�ussit d�abord � rattraper sensiblement le niveau de ce dernier � la fin de 1942 pour le d�passer nettement au lendemain de sa grande victoire de Stalingrad* en 1943. Au</p><p>d�but de 1945, apr�s avoir progress� de plus de 1 000 km sur un front de 2 000 km et chass� la Wehrmacht du territoire national, les forces sovi�tiques groupent un total de 7,1 millions d�hommes (6,3 dans l�arm�e, 0,46 dans l�aviation et 0,32 dans la marine). L�arm�e rouge compte environ 500 divisions (d�effectif r�duit) qui sont articul�es en 55 arm�es, 6 arm�es blind�es et 13 arm�es a�riennes. Elle dispose de 115 000 canons et mortiers, de 15 000 chars et de 15 800 avions. Depuis 1943, le corps des commissaires politiques a �t� supprim�, et l�appellation d�officier (avec les insignes de grade analogues � ceux de l�ancienne arm�e russe) rendue aux cadres de commandement, parmi lesquels Staline*, qui exerce lui-m�me les fonctions de commissaire � la D�fense du 19 juillet 1941 au 3 mars 1947, nommera une trentaine de mar�chaux...</p><p>C�est avec ce formidable appareil de combat que l�arm�e rouge abattra l�adversaire allemand et cr�era en Europe orientale un glacis qui, trente ans plus tard, demeure pour toute politique sovi�tique le symbole et le gage de la s�curit�.</p><p>P. D.</p><p>F Guerre mondiale (Seconde).</p><p>&amp; A. L. Guillaume, Pourquoi l�arm�e rouge a vaincu (Julliard, 1948). / R. L. Garthoff, Soviet Military Doctrine (Glencoe, Illinois, 1953 ; trad. fr. la Doctrine militaire sovi�tique, Plon, 1956). / M. Garder, Histoire de l�arm�e sovi�-</p><p>tique (Plon, 1959). / C. R. Andolenko, Histoire de l�arm�e russe (trad. du russe, Flammarion, 1967). / A. Costantini, l�Union sovi�tique en guerre (Impr. nat., 1968-69 ; 3 vol.).</p><p>L�apr�s-guerre et la fin</p><p>de la p�riode stalinienne</p><p>(1946-1953)</p><p>D�s juillet 1945, la division entre les vainqueurs appara�t clairement lors de la conf�rence de Potsdam qui r�unit Staline et les repr�sentants britanniques et am�ricains. L�Union sovi�tique ne dispose pas de la bombe atomique, alors que les �tats-Unis l�utilisent contre le Japon � Hiroshima et � Naga-saki (ao�t 1945). Ce n�est qu�en 1949</p><p>que l�U. R. S. S. exp�rimentera sa premi�re bombe atomique.</p><p>Il n�est pas question ici de rechercher les responsabilit�s des uns et des autres dans la situation de l�apr�s-guerre. On peut dire simplement que l�U. R. S. S.</p><p>a alors le sentiment d��tre rejet�e par ses alli�s occidentaux, malgr� sa participation � l�organisation des Nations unies, o� elle est membre permanent du Conseil de s�curit�, disposant du droit de veto. Elle ne re�oit, malgr� les destructions de la guerre, aucune aide �conomique des �tats-Unis pour la reconstruction et ne b�n�ficie gu�re des r�parations allemandes (� l�exception des pr�l�vements effectu�s dans sa propre zone d�occupation). Quant aux Occidentaux, ils s�inqui�tent de la politique sovi�tique en Europe orientale, de la cr�ation d��tats de d�mocratie populaire dans les pays lib�r�s par l�ar-m�e rouge. Il est juste de dire que Staline ne fait rien, bien au contraire, pour rassurer l�Occident. Le conflit entre la Yougoslavie et l�U. R. S. S. montre bien � quel point les m�thodes autoritaires de Staline ne peuvent qu�alimenter l�antisovi�tisme occidental. Staline pr�tendait qu�il lui suffisait de � lever le petit doigt pour �craser Tito � : il ne peut mettre � la raison la Yougoslavie socialiste.</p><p>Le Bureau d�information (le Kominform), cr�� en septembre 1947, a un r�le beaucoup moins important que le Komintern dans les ann�es d�avant guerre. N�anmoins, la politique stalinienne stimule la tension internationale, m�me si l�Union sovi�tique ne cherche pas � faire une guerre qu�elle ne peut supporter.</p><p>On le constate lors de la crise de Berlin, commenc�e en juin 1948. Les Sovi�tiques estiment alors que les accords de Potsdam sont caducs du fait de leur rupture par les �tats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui ont organis� leur zone d�occupation en Allemagne ind�pendamment de</p><p>l�U. R. S. S. � la suite de la d�cision prise par les Occidentaux d�effectuer une r�forme mon�taire et de l�introduction du deutsche Mark en Alle-</p><p>magne occidentale, les Sovi�tiques interrompent les relations entre Berlin et l�Allemagne occidentale ; les Am�-</p><p>ricains ripostent en �tablissant un pont a�rien, destin� � emp�cher le blocus</p><p>de Berlin. Les Sovi�tiques protestent, mais s�inclinent, le pont a�rien et le blocus durent jusqu�en mai 1949.</p><p>En m�me temps, la R�publique f�d�-</p><p>rale d�Allemagne est cr��e. Approuv�e d�s juin 1948, le pacte de l�Atlantique n�entre cependant effectivement en vigueur qu�en ao�t 1949. � ces mesures occidentales r�pondent en 1949</p><p>la cr�ation de la R�publique d�mocratique allemande et en 1955 la signature du pacte de Varsovie*, auquel adh�rent les �tats de d�mocratie populaire, � l�exception de la Yougoslavie.</p><p>En Asie, le triomphe de la r�vo-</p><p>lution chinoise et la fondation de la R�publique populaire de Chine* en 1949 modifient le rapport des forces.</p><p>� l��poque de Staline, les rapports entre Sovi�tiques et Chinois sont plut�t bons : en d�cembre 1949, Mao Zedong (Mao Ts�-tong) se rend � Moscou � l�occasion des f�tes du 70e anniversaire de Staline et il signe le 14 f�vrier 1950</p><p>un trait� d�assistance mutuelle entre la Chine et l�U. R. S. S. Les Sovi�tiques fournissent aux Chinois une aide �conomique importante.</p><p>C�est en Cor�e* que les �v�nements les plus graves se produisent. Les accords de Moscou sign�s en d�cembre 1945 ont pr�vu par �tapes une r�unification du pays. En fait, la division de ce dernier s�accentue : au nord, la R�publique d�mocratique populaire de Cor�e, pr�sid�e par Kim Il-s&#x14F;ng, et, au sud, un autre �tat cor�en violemment anticommuniste, dirig� par Li Seung-man (Syngman Rhee).</p><p>� la suite de sanglants incidents de fronti�re, la guerre de Cor�e commence en juin 1950 et, d�s les premiers jours, le pr�sident am�ricain Truman fait intervenir les troupes am�ricaines pour �viter la d�faite du r�gime de Li Seung-man. Des � volontaires �</p><p>chinois interviennent � leur tour en novembre-d�cembre. Au d�but de</p><p>1951, quand le g�n�ral MacArthur*</p><p>menace de bombarder la Chine, on peut craindre le pire, c�est-�-dire une troisi�me guerre mondiale, mais MacAr-downloadModeText.vue.download 67 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11278</p><p>thur est destitu� et, en avril 1951, des n�gociations d�armistice s�engagent entre les combattants.</p><p>Sur le plan int�rieur, la reconstruction �conomique de l�Union sovi�tique est men�e avec vigueur et obtient des r�sultats remarquables dans le domaine de l�industrie lourde et dans celui de la production des sources d��nergie au cours des quatri�me et cinqui�me quinquennats (1946-1950, 1951-1955).</p><p>D�s 1948-49, les chiffres de 1940 sont atteints ; ils sont d�pass�s de 2 � 3 fois en 1953.</p><p>L�U. R. S. S. devient ainsi la deu-xi�me puissance industrielle du globe, bien que l�industrie l�g�re reste encore tr�s en retard. Le pays produit tr�s peu d�appareils �lectrom�nagers et d�automobiles et pas du tout de textiles synth�tiques. Quant � la situation agricole, elle est catastrophique, malgr� l�optimisme des d�clarations officielles : la production de c�r�ales est en effet inf�rieure � celle de 1940 et tr�s l�g�rement sup�rieure � celle de 1913. Quant au cheptel, il reste � peu pr�s �gal � celui de 1913. Le coton, la betterave � sucre et les pommes de terre sont les seuls produits dont la production a connu une augmentation s�rieuse.</p><p>Ajoutons que l�effort militaire reste consid�rable, en premier lieu pour l�armement atomique � qui est en passe de devenir le plus puissant du monde</p><p>� et que des sommes �normes sont</p><p>d�pens�es pour l�industrie spatiale en cours d��tablissement.</p><p>Si les conditions de vie restent</p><p>m�diocres, l�effort culturel est gigantesque. Les enseignements sup�rieur, moyen et technique font un bond en avant consid�rable. Sur le plan politique, le prestige de Staline est � son z�nith malgr� toutes les difficult�s et les fautes du pass� et du pr�sent. Or, le syst�me apparu dans les ann�es 1920, mis en place et utilis� dans les ann�es 1930, demeure, m�me si la terreur appara�t moindre apr�s la guerre.</p><p>Les camps de travail forc� subsistent et accueillent les millions de prisonniers de guerre sovi�tiques en Allemagne,</p><p>que l�on consid�re comme des tra�tres.</p><p>L��puration est moins vive au niveau de la direction ; mais Nikola� Alekse�evitch Voznessenski (1903-1950),</p><p>membre du Politburo, et de nombreux autres dirigeants du parti de la r�gion de Leningrad sont ex�cut�s sans jugement. Une tutelle s�v�re est exerc�e dans les domaines des arts, des lettres et des sciences. Sous la direction d�Andre� Aleksandrovitch Jdanov (1896-1948), responsable jusqu�en 1948 aux questions culturelles, un � r�alisme*</p><p>socialiste � �triqu� est impos� aux �crivains. Trofim Denissovitch Lyssenko (1898-1976) triomphe en biologie. La lutte � contre le cosmopolitisme � d�-</p><p>g�n�re vite en x�nophobie. Einstein et Freud sont interdits. Toutes les grandes d�couvertes des temps modernes sont attribu�es � des Russes, tandis que les travaux des savants �trangers sont voil�s. Le culte de Staline prend des proportions inou�es. Staline dirige tout, et le parti lui-m�me doit lui ob�ir, au point qu�il n�y aura pas de congr�s du parti communiste entre 1939 et 1952. Le bureau politique, le Comit� central ne se r�unissent plus.</p><p>En janvier 1953, des m�decins</p><p>d�origine juive sont arr�t�s et accus�s d�avoir mont� un complot destin� � assassiner la plupart des dirigeants sovi�-</p><p>tiques : c�est le � complot des blouses blanches �. De plus en plus soup�onneux, Staline accuse ses plus anciens collaborateurs d��tre des tra�tres : Molotov, le mar�chal Vorochilov, Anastas Ivanovitch Miko�an (n� en 1895).</p><p>Le 3 mars 1953, la radio de Moscou annonce que Staline a eu une congestion c�r�brale. Le 5 mars, le dirigeant de l�U. R. S. S. meurt ; le 9 mars, il repose dans le mausol�e de la place Rouge aux c�t�s de L�nine.</p><p>L�U. R. S. S.</p><p>contemporaine</p><p>(depuis 1953)</p><p>D�sormais le terrain historique qui a donn� naissance au stalinisme a en partie disparu. Il reste toutefois � supprimer les institutions les plus barbares qui ont organis� la terreur ; en outre, il faut d�velopper la qualit� de la produc-</p><p>tion, am�liorer le syst�me de gestion et de planification hyper-centralis� et bureaucratique, porter rem�de aux maux dont souffre l�agriculture et cr�er enfin une industrie l�g�re digne de ce nom.</p><p>Staline n�avait pas pr�vu sa suc-</p><p>cession. Le 6 mars, Gueorgui Maksi-milianovitch Malenkov (n� en 1902), qui avait �t� rapporteur principal au XIXe Congr�s du parti (oct. 1952), s�attribue l�h�ritage avec la complicit� de Beria et se nomme (sans r�union des organismes l�gaux) pr�sident du Conseil des ministres (l�expression a �t� r�tablie en 1946) et Premier secr�-</p><p>taire du parti. Quant au Praesidium (qui remplace depuis le XIXe Congr�s le Politburo), il est remani�, et le nombre de ses membres diminu� ; Kossyguine, Brejnev et Mikha�l Andre�eviteh</p><p>Souslov (n� en 1902) en sont �limi-n�s en 1953 et 1954. Coup de th��tre le 21 mars (mais l��v�nement date du 14 mars) : Malenkov a d� abandonner ses fonctions de Premier secr�taire du parti ; Nikita Sergue�evitch Khrouchtchev* le remplace officiellement en septembre.</p><p>Membre du Comit� central depuis</p><p>1934, du Politburo depuis 1939,</p><p>Khrouchtchev �tait depuis longtemps un des premiers dirigeants du parti.</p><p>Il avait �t� secr�taire de la r�gion de Moscou, puis du parti communiste d�Ukraine. Il �tait cependant moins connu que la plupart des autres dirigeants.</p><p>Le 16 avril, la Pravda (le journal du parti) d�nonce � ceux qui violent le principe de la coll�gialit� �. D�s le 4 avril, on avait annonc� la lib�ration de 13 des 15 m�decins arr�t�s dans le complot des � blouses blanches � ; les deux autres �taient d�c�d�s des suites des tortures. Un d�cret d�amnistie li-b�re plusieurs centaines de milliers de d�tenus. Avec l�arrestation de Beria, le chef de la police politique (annonc�e le 10 juill.), et son ex�cution apr�s un proc�s � huis clos (annonc�e le 23 d�c.), une page est tourn�e dans l�histoire de l�U. R. S. S., celle de la r�pression de masse et de la terreur sanglante qui s�est abattue sur le peuple et sur les communistes. En politique �trang�re, la nouvelle politique sovi�tique se tra-</p><p>duit par la signature de l�armistice en Cor�e (juill. 1953) et l�am�lioration des rapports Est-Ouest, mais en m�me temps elle facilite, par sa nouveaut� et ses incertitudes, les actions subversives dans les �tats de d�mocratie populaire.</p><p>Les �v�nements les plus graves se produisent � Berlin � partir de 1953, mais il y a �galement des gr�ves et des manifestations en Pologne (� Pozn�n en 1956) et en Tch�coslovaquie. Le d�gel diplomatique se poursuit n�anmoins : il se traduit par la signature d�un trait� de paix (mai 1955) avec l�Autriche, �tablissant la neutralit� de ce pays et pr�voyant l��vacuation des troupes �trang�res (sovi�tiques en particulier).</p><p>La premi�re guerre d�Indochine* se termine en 1954 par les accords de Gen�ve � l�issue d�une conf�rence � laquelle ont particip� toutes les grandes puissances, y compris la Chine.</p><p>En U. R. S. S., la nouvelle politique consiste � r�organiser l�agriculture et l�industrie. D�s septembre 1953, le Comit� central examine les probl�mes agricoles : Khrouchtchev dresse alors un tableau r�aliste de la situation. Un effort plus grand est consenti pour les industries de consommation. Il est d�cid� de mettre en valeur les � terres vierges � de l�Asie centrale, celles du Kazakhstan en particulier. Des centaines de milliers de jeunes partent comme volontaires pour des campagnes de d�frichement. Un certain nombre de dirigeants du parti s�opposent cependant � cette nouvelle politique, en particulier Malenkov, Molotov et Lazar Moisse�ev Kaganovitch (n� en 1893).</p><p>Le cinqui�me plan quinquennal</p><p>est achev� en 1955 et l�on met en chantier le sixi�me plan quinquennal (1956-1960).</p><p>Malenkov d�missionne de son poste de pr�sident du Conseil des ministres et est remplac� en f�vrier 1955 par Nikola� Aleksandrovitch Boulganine (1895-1975), un autre membre du Politburo. Le mar�chal Joukov � �cart� par Staline d�s 1946 � refait son apparition et devient ministre de la D�fense � la place de Boulganine.</p><p>Les camps de travail forc� se vident</p><p>peu � peu et l�on commence m�me � r�habiliter d�anciens condamn�s, certains � titre posthume il est vrai. Sur le plan international, une conf�rence au sommet se tient � Gen�ve en juillet 1955 entre les quatre grandes puissances ; s�il n�y a pas de d�cision pr�cise de prise, on convient de respecter le principe de la coexistence*</p><p>pacifique. L�Union sovi�tique reprend ses relations avec la Yougoslavie, et Khrouchtchev se rend en mai 1955 � Belgrade.</p><p>C�est en f�vrier 1956 que se r�unit le XXe Congr�s du parti : il confirme et amplifie l�orientation d�cid�e depuis 1953. Miko�an critique certains �crits th�oriques de Staline, mais, surtout, Khrouchtchev prononce, au cours</p><p>d�une s�ance secr�te, un rapport de-downloadModeText.vue.download 68 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11279</p><p>venu c�l�bre dans lequel il met en accusation Staline et ses � crimes �. Les critiques de Khrouchtchev sont incontestablement fond�es, mais les explications qu�il donne apparaissent assez fragiles, d�autant plus que lui-m�me a �t� un des plus proches collaborateurs de Staline. Communiqu� � tous les membres du parti, le rapport Khrouchtchev fait l�effet d�une bombe. Les esprits en U. R. S. S. ne sont pas pr�-</p><p>par�s � le recevoir : d�o� le trouble et la confusion politique qui s�ensuivent, d�autant plus que les r�sistances � l�int�rieur du parti communiste et de sa direction se font plus fortes.</p><p>Les �v�nements de Hongrie* sont</p><p>li�s aux cons�quences du XXe Congr�s.</p><p>Le refus de la � destalinisation � par les dirigeants communistes hongrois suscite la col�re populaire, qui est utilis�e par les adversaires du socialisme.</p><p>L�Union sovi�tique estime n�cessaire d�intervenir militairement pour �viter � la Hongrie de quitter le camp socialiste et, sans doute, pour emp�cher la d�sint�gration du monde socialiste. La politique du XXe Congr�s subit ainsi un s�rieux �chec.</p><p>L�affaire de Suez*, � la fin de</p><p>l�ann�e 1956, contribue � aggraver la situation internationale. L�exp�dition franco-anglaise contre Suez, d�cid�e en repr�sailles de la nationalisation du canal par Nasser*, est un moment tr�s grave de l�apr�s-guerre. Venant apr�s les �v�nements de Hongrie, elle montre que tout n�est pas aussi simple que le XXe Congr�s l�a estim�.</p><p>Sur le plan �conomique et politique, cette p�riode est caract�ris�e par les t�-</p><p>tonnements, les recherches de solutions nouvelles dans tous les domaines. � la direction centralis�e, on cherche des solutions de remplacement. C�est ainsi que des conseils �conomiques r�gionaux, les sovnarkhozes � organes qui de la fin de 1917 � 1932 avaient contribu� � l�industrialisation du pays �, sont r�organis�s en 1957, mais le gouvernement ne supprime pas pour autant les directions centralis�es des minist�res. Il y a bien 2 millions de fonctionnaires r�voqu�s de leurs emplois � Moscou et renvoy�s en province, et par cons�quent une diminution quantitative de l�appareil bureaucratique, mais les chevauchements de comp�tence</p><p>entre les organismes anciens laiss�s en place et les nouveaux, cr��s souvent � la h�te, ne permettent pas de supprimer le ph�nom�ne bureaucratique et cr�ent m�me de nouveaux goulets d��tranglement.</p><p>Le parti communiste et le Conseil des ministres d�cident en 1957 de substituer au sixi�me plan quinquennal un plan septennal (1959-1965). � la fin des ann�es 1950 et au d�but des ann�es 1960, l�industrie sovi�tique poursuit son essor, mais dans des proportions moindres qu�auparavant. L�industrie l�g�re continue � conna�tre des difficult�s d�expansion dues, certes, aux besoins prioritaires des industries atomique et spatiale, mais aussi au syst�me de gestion utilis� jusque-l�.</p><p>Si la production d�automobiles</p><p>n�augmente gu�re, par contre l�U. R, S. S. fabrique massivement r�frig�-</p><p>rateurs, machines � laver et t�l�visions. Des efforts particuliers ont �t� d�cid�s pour l�industrie chimique et la construction et ils commencent � produire des r�sultats ; mais, par rapport aux objectifs d�cid�s au XXe Congr�s, ces r�sultats sont insuffisants. Le sys-</p><p>t�me de contrainte h�rit� de la p�riode stalinienne a disparu et les salari�s ont acquis une certaine libert� dans leur travail, mais l�utilisation des stimulants �conomiques et mat�riels reste encore m�diocre. Quant aux objectifs du plan septennal, ils ont �t� con�us d�une fa�on encore trop utopique.</p><p>Il ne faut pas n�gliger dans l�explication plus g�n�rale de la crise de croissance et d�adaptation que conna�t alors l�Union sovi�tique la part des difficult�s agricoles persistantes. En effet, apr�s quelques succ�s, l�agriculture sovi�tique pi�tine ; le cheptel n�augmente que lentement ; la production de c�r�ales reste in�gale et insuffisante par rapport aux besoins nouveaux n�s des progr�s du niveau de vie.</p><p>L�Union sovi�tique obtient des r�-</p><p>sultats spectaculaires dans le domaine de l�espace. Elle lance le premier engin autour de la Terre en octobre 1957, le</p><p>� Spoutnik �, et envoie pour la premi�re fois un homme dans l�espace, Iouri Gagarine (avril 1961). Ces succ�s ne peuvent cependant pas masquer les retards dans toute une s�rie de domaines et un certain ralentissement de l�expansion. Il est vrai que les difficult�s internationales ne permettent pas de diminuer dans des proportions suffisantes le budget militaire. Apr�s la crise hongroise de 1956, la politique de</p><p>� destalinisation � se heurte � des r�-</p><p>sistances de plus en plus vives au sein de la direction du parti. Majoritaires au sein du Praesidium, les opposants profitent en juin 1957 d�un voyage de Khrouchtchev en Finlande pour tenter de l��liminer. Khrouchtchev r�ussit � convoquer le Comit� central et � redresser la situation. Malenkov, Molotov, Kaganovitch et Maksim Zakharovitch Sabourov (n� en 1900) sont exclus du Praesidium, Mikha�l Gueorgu�evitch Pervoukhine (n� en 1904) redevient membre suppl�ant du Praesidium, � la place de Dmitri Trofimovitch Chepilov (n� en 1905).</p><p>Quant � Boulganine, il doit d�missionner en mars 1958 de son poste de pr�sident du Conseil ; il est remplac� par N. Khrouchtchev, qui cumule ainsi les postes de premier secr�taire du parti et de pr�sident du Conseil. En octobre</p><p>1957, le mar�chal Joukov a �t� �limin� de la direction du parti et a perdu son poste de ministre de la D�fense.</p><p>La situation internationale conna�t encore des p�riodes de tension brutale.</p><p>Les Occidentaux refusent de recon-na�tre la R�publique d�mocratique allemande, qui se trouve affaiblie par l�h�morragie d�hommes (et surtout de cadres) qui l�atteint en raison de la fuite massive de ceux-ci par Berlin-Ouest. La question de Berlin aggrave la situation internationale.</p><p>En septembre 1959, Khrouchtchev</p><p>se rend aux �tats-Unis sur l�invitation du pr�sident Eisenhower et il a avec lui de longues discussions � Camp David (Maryland). Malgr� les bonnes paroles et les promesses faites de part et d�autre, la conf�rence au sommet (U. R. S. S., �tats-Unis, Grande-Bretagne et France), convoqu�e � Paris en mai 1960, ne peut m�me pas se r�unir.</p><p>Quelques jours auparavant, les Sovi�-</p><p>tiques ont abattu un avion � U-2 � qui survolait � haute altitude le territoire sovi�tique pour l�espionner.</p><p>Sans r�ussir vraiment � obtenir la d�tente internationale qu�elle souhaite et dont elle a besoin, l�U. R. S. S.</p><p>voit se d�t�riorer ses relations avec la Chine. Mao Zedong (Mao Ts�-tong)</p><p>s�inqui�te en effet du rapprochement sovi�to-am�ricain et le critique ; la presse chinoise met en cause la � destalinisation �. Elle r�clame les territoires sovi�tiques d�Asie que les tsars ont annex�s un si�cle auparavant et accuse les Sovi�tiques de r�visionnisme. La querelle, publique d�s 1960, aboutit en 1963 � une rupture totale.</p><p>L�Union sovi�tique aide �conomi-</p><p>quement la r�volution cubaine, victime du blocus am�ricain ; les �tats-Unis vont m�me jusqu�� soutenir, en 1961, une tentative de d�barquement d��migr�s anticastristes � la baie des Cochons. En ao�t 1961, la R. D. A.</p><p>d�cide, avec l�accord sovi�tique, de construire un mur destin� � interdire le passage de Berlin-Est � Berlin-Ouest.</p><p>En 1962, les Sovi�tiques installent � Cuba des fus�es destin�es � prot�ger la R�publique cubaine d�une agression</p><p>am�ricaine. Kennedy, qui, en juin 1961, a rencontr� Khrouchtchev sans succ�s � Vienne, d�cide d�emp�cher la venue du mat�riel de guerre sovi�tique par bateaux � Cuba, et l�on peut craindre le pire, mais l�Union sovi�tique c�de et retire ses fus�es de Cuba, sans que les Am�ricains arrivent cependant � d�truire le socialisme cubain.</p><p>En 1961, le XXIIe Congr�s du parti s�est livr� � une condamnation vigoureuse de la politique de Staline et de quelques-uns de ses collaborateurs (Molotov, Kaganovitch, etc.). Il a adopt� le nouveau programme du parti, qui reprend les perspectives du nouveau plan septennal sur la construction des bases du communisme et donne</p><p>son accord au nouveau projet de statuts. Celui-ci pr�voit une rotation plus grande des dirigeants jusqu�au niveau du Comit� central non inclus.</p><p>La nouvelle direction, �lue � l�issue du congr�s, n�est pas tr�s diff�rente de la pr�c�dente. Autour de Khrouchtchev, on trouve Vassili Ivanovitch Kozlov (1903-1967), Brejnev, Kossyguine, Podgorny�, Souslov et Miko�an. Dans les mois qui suivent, la direction du parti conna�t cependant de nombreuses modifications de d�tail.</p><p>L�application du plan septennal se heurte � des difficult�s de plus en plus grandes. L�agriculture pi�tine. L�industrie progresse, mais � un rythme trop lent ; la situation ne s�am�liore gu�re ; les relations avec les �tats-Unis ne sont pas bonnes, d�autant moins que commence alors la guerre du Vi�tnam ; les relations avec la Chine deviennent mauvaises.</p><p>En U. R. S. S., les difficult�s entre le parti et les intellectuels s�accroissent, comme le d�montre la violente sortie de Khrouchtchev contre l�art abstrait, � l�occasion de l�exposition du Man�ge en d�cembre 1962. Cependant, un</p><p>jeune �crivain inconnu, Soljenitsyne*, re�oit l�autorisation de publier un livre o� il utilise ses souvenirs de d�portation : Une journ�e d�Ivan Denissovitch.</p><p>Les critiques commencent � s�accumuler contre Khrouchtchev, qui m�ne une politique de plus en plus per-downloadModeText.vue.download 69 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11280</p><p>sonnelle et de plus en plus familiale.</p><p>Contre lui, une coalition se noue qui profite de son absence � il se repose en Crim�e � pour r�unir le Comit� central et l�obliger � d�missionner en octobre 1964.</p><p>C�est Leonid Brejnev qui remplace Khrouchtchev comme Premier secr�-</p><p>taire du parti, Kossyguine devenant pr�sident du Conseil des ministres.</p><p>La nouvelle �quipe dirigeante, tout en conservant l�essentiel des acquis de la p�riode khrouchtch�vienne, s�efforce de r�pondre avec s�rieux aux questions que prescrit l��conomie sovi�tique.</p><p>Elle peut ainsi mettre au point la r�-</p><p>forme �conomique de 1965, qui donne l�autonomie financi�re aux entreprises socialistes et am�liore le syst�me de gestion et de centralisation. L�utilisation plus grande des stimulants mat�-</p><p>riels, l�am�lioration des techniques de gestion, la fixation plus s�rieuse des prix (en rapport avec le co�t r�el de la production) permettent, apr�s quelques ann�es de t�tonnements, d�obtenir des r�sultats incontestables avec le huiti�me plan quinquennal (1966-1970) et, surtout, avec le neuvi�me quinquennat (1971-1975).</p><p>La production des biens de consommation s�accro�t maintenant au m�me rythme que celle de l�industrie lourde.</p><p>L�U. R. S. S. produit plus de charbon et d�acier que les �tats-Unis et, en 1974, plus de p�trole. Elle reste en retard par rapport aux produits de consommation, mais il faut tenir compte naturellement du point de</p><p>d�part (du retard de l�U. R. S. S. dans les ann�es 20) et des cons�quences de la Seconde Guerre mondiale, o� l�U. R. S. S. a perdu de vingt � trente ans par rapport aux �tats-Unis. L�am�-</p><p>lioration de la productivit� du travail reste une pr�occupation essentielle des dirigeants sovi�tiques (elle est, en effet, inf�rieure de plus de 40 p. 100 de la productivit� am�ricaine).</p><p>L�agriculture sovi�tique conna�t, m�me apr�s 1965, des jours difficiles.</p><p>La r�colte de 1972, avec des conditions m�t�orologiques particuli�rement dramatiques, est catastrophique. Par contre, celle de 1973 est la meilleure de toute l�histoire de l�U. R. S. S. et d�-</p><p>passe plus de 200 Mt pour les c�r�ales.</p><p>Les progr�s du niveau de vie sont r�els et vont de pair avec l�essor culturel.</p><p>C�est un fait que l�U. R. S. S. ignore les crises qui frappent l�Occident et qu�elle rattrape peu � peu le retard immense qui �tait le sien.</p><p>La d�tente internationale fait des pas en avant consid�rables depuis 1965. Les rapports sovi�to-am�ricains se sont am�lior�s, en particulier depuis les accords de 1972 sur la limitation des armes nucl�aires. La guerre du Vi�t-nam s�est arr�t�e. Les rapports entre l�U. R. S. S. et la R�publique f�d�rale d�Allemagne se sont am�lior�s avec la signature en 1970 du trait� germano-sovi�tique ratifi� par le Bun-destag en 1972 et la reconnaissance de facto par les puissances occidentales de la R�publique d�mocratique allemande. L�ombre la plus grave qui p�se sur les rapports Est-Ouest vient du Moyen-Orient.</p><p>La politique sovi�tique reste cependant tr�s marqu�e par la volont� de sauvegarder l�unit� du monde socialiste sur la base des crit�res que l�Union sovi�tique a fix�s elle-m�me. C�est ce qui explique son intervention en Tch�-</p><p>coslovaquie* en 1968 pour emp�cher la continuation d�une exp�rience qui s�av�rait devoir �tre originale par rapport au mod�le sovi�tique de socialisme. Les relations avec la Chine sont toujours mauvaises, m�me si l�on en a fini avec les violents combats qui ont oppos� en 1969 Sovi�tiques et Chinois � la fronti�re, sur le fleuve Oussouri.</p><p>Quant aux rapports franco-sovi�tiques, ils sont plut�t bons depuis la pr�sidence du g�n�ral de Gaulle.</p><p>Le syst�me politique sovi�tique</p><p>reste fond� sur le parti unique et, depuis vingt-cinq ans, les aspects l�s plus dramatiques du ph�nom�ne stalinien ont �t� �limin�s. Le parti, les syndicats, les soviets ont �t� revitalis�s. La direction collective a remplac� le pouvoir personnel. Il reste que les libert�s d�expression, de cr�ation et de recherche sont loin d��tre respect�es, comme</p><p>l�ont montr� de nombreux exemples.</p><p>Des �crivains ne peuvent publier leurs oeuvres et on les contraint � �migrer (V. P. Nekrassov, V. Maksimov),</p><p>quand on ne les expulse pas (Soljenitsyne), quand on ne les emprisonne pas (Vladimir Boukovski, Andre� Ama-lrik), ou quand on ne les interne pas dans un h�pital psychiatrique (tels le savant Jores Medvedev ou le math�-</p><p>maticien Leonid Plioutch. Ces faits n�autorisent cependant pas � conclure � un retour au stalinisme : ce sont plut�t des survivances li�es � des structures, des traditions et des hommes, h�rit�es du pass�.</p><p>La soci�t� sovi�tique compte plus de 100 millions de salari�s, dont la moiti� est employ�e dans l�industrie.</p><p>Plus de 25 millions de Sovi�tiques ont une instruction sup�rieure ou secondaire sp�cialis�e. On comptait en 1973 4 580 000 �tudiants pour une population de 250 millions d�habitants.</p><p>La diversit� des nationalit�s reste un probl�me s�rieux dont il ne faut pas sous-estimer l�importance, car il y a autant de diff�rence entre les Ouzbeks, les Russes, les G�orgiens et les Arm�-</p><p>niens qu�entre les Fran�ais, les Arabes, les Allemands et les Mexicains. On imagine la difficult� de gouverner une telle f�d�ration de r�publiques.</p><p>La compr�hension de l�histoire</p><p>sovi�tique est importante pour notre temps. Elle n�cessite un grand effort d�information et de r�flexion. Rien n�y est simple. Tout y est diff�rent de notre exp�rience nationale. Trop souvent, on compare des situations qui sont fort �loign�es les unes des autres. Quel que soit le jugement que l�on porte sur cette exp�rience originale, il est n�cessaire de la bien conna�tre.</p><p>J. E.</p><p>F Boukharine / Coexistence pacifique / Communisme / Internationales (les) / Khrouchtchev / L�-</p><p>nine / R�volution russe de 1917 / Russie / Staline /</p><p>Stalinisme / Trotski / Varsovie (pacte de).</p><p>&amp; J. Bruhat, Histoire de l�U. R. S. S. (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1949 ; 10e �d., 1973). /</p><p>E. H. Carr, A History of Soviet Russia (Londres, 1950-1954 ; 4 vol.) ; The Bolshevik Revolution,</p><p>1917-1923 (Londres, 1950-1953, 3 vol. ; trad. fr.</p><p>la R�volution bolchevique, �d. de Minuit, 1974, 3 vol.). / H. Shapiro, l�U. R. S. S. apr�s Staline (Gallimard, 1954). / M. Fainsod, Smolensk under Soviet Rule (Cambridge, Mass., 1958 ; trad. fr. Smolensk � l�heure de Staline, Fayard, 1967). / J. A. Armstrong, The Soviet Bureaucra-tic Elite (New York, 1959). / L. B. Schapiro, The Communist Party of the Soviet Union (Londres, 1960 ; trad. fr. De L�nine � Staline. Histoire du parti communiste de l�Union sovi�tique, Gallimard, 1967). / Histoire du Parti communiste de l�Union sovi�tique (�d. en langues �trang�res, Moscou, 1960 ; 2e �d., 1964). / P.</p><p>et I. Sorlin, L�nine, Trotski, Staline, 1921-1927</p><p>(A. Colin, coll. � Kiosque �, 1961 ; nouv. �d., coll.</p><p>� U2 �, 1972). / M. Mouskhely (sous la dir. de), l�U. R. S. S. Droit, �conomie, sociologie, politique, culture (Sirey, 1962 et C. N. R. S., 1965 ; 2 vol.). / P. Brou�, le Parti bolchevique. Histoire du P. C. de l�U. R. S. S. (�d. de Minuit, 1963). /</p><p>Histoire de l�U. R. S. S. (�d. en langues �trang�res, Moscou, 1963). / P. Sorlin, la Soci�t� so-vi�tique, 1917-1964 (A. Colin, coll. � U �, 1964).</p><p>/ A. G. Meyer, The Soviet Political System. An Interpretation (New York, 1965). / R. Gaucher, l�Opposition en U. R. S. S. (A. Michel, 1967). /</p><p>J. Nettl, Bilan de l�U. R. S. S. (�d. du Seuil, 1967).</p><p>/ T. H. Rigby, Communist Party Membership in the USSR, 1917-1967 (Princeton, 1968). /</p><p>L. Kochan (sous la dir. de), Jews in Soviet Russia since 1917 (Londres, 1970 ; trad. fr. les Juifs en Union sovi�tique depuis 1917, Calmann-L�vy, 1971). / J.-J. Marie, l�U. R. S. S. depuis la mort de L�nine (A. Colin, 1971). / H. Carr�re d�Encausse, l�U. R. S. S. de L�nine � Staline, 1917-1953 (�d.</p><p>Richelieu, 1972). / J. Elleinstein, Histoire de l�U. R. S. S. (�d. sociales, 1972-1974 ; 4 vol.). /</p><p>C. Bettelheim, les Luttes de classes en U. R. S. S., 1917-1923 (Maspero et �d. du Seuil, 1974). /</p><p>M. Laran, Russie-U. R. S. S., 1870-1970 (Masson, 1974).</p><p>Les dirigeants de</p><p>l�U. R. S. S.</p><p>Leonid Ilitch Brejnev (Kamensko�e</p><p>[auj. Dnieprodzerjinsk] 1906). Bolchevik de la deuxi�me g�n�ration, fils d�un ouvrier m�tallurgiste ukrainien oblig� de gagner sa vie d�s l��ge de quinze ans, il poursuit ses �tudes aux cours du soir. Ayant obtenu diff�rents dipl�mes techniques, membre des komsomols</p><p>(jeunesses communistes) d�s 1923, il entre au parti communiste en 1931. En 1938, il abandonne la carri�re d�ing�-</p><p>nieur pour se consacrer � la politique ;</p><p>il gravit alors les �chelons du comit� r�gional de Dnieprodzerjinsk, son</p><p>� patron � �tant Nikita Khrouchtchev, � qui il devra une grande part de sa carri�re. Chef de la direction politique du front ukrainien durant la Seconde Guerre mondiale, on le trouve, apr�s la guerre, au comit� central de la r�publique d�Ukraine, puis en 1950 premier secr�taire du parti dans la r�publique de Moldavie. En 1952, Leonid Brejnev entre au Comit� central comme membre de plein droit et au Politburo comme suppl�ant. Hostile aux th�ses de Malenkov, il conna�t une �clipse avant d��tre ramen� au premier plan par N. Khrouchtchev, qu�il appuie d�abord dans sa politique de � conqu�te des Terres vierges � et ensuite contre le groupe antiparti. Secr�taire du Comit� central � partir de 1956, il abandonne en 1960 cette fonction pour le poste honorifique de pr�sident du Praesidium du Soviet supr�me. Le 14 octobre 1964, Leonid Brejnev succ�de � Khrouchtchev, � la chute de qui il a contribu�, comme premier secr�taire du parti communiste de l�U. R. S. S., � l�occasion du XXIIIe Congr�s (mars-avril 1966), son titre est remplac� par celui de secr�taire g�n�ral, abandonn� depuis Staline. Chef de file de la direction coll�giale � partir de 1968, c�est lui qui d�cide d�intervenir militairement contre le � r�visionnisme � tch�coslovaque. Car la � doctrine Brejnev � de la</p><p>� souverainet� limit�e � est fond�e sur le devoir pour l�U. R. S. S. de d�fendre, dans les pays socialistes, la cause du socialisme orthodoxe. Mais, tout en tenant fermement les r�nes de cette orthodoxie, Brejnev pratique, � l�ext�-</p><p>downloadModeText.vue.download 70 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11281</p><p>rieur, une politique de concertation et de coexistence pacifique. En mai 1976</p><p>il est nomm� mar�chal de l�U. R. S. S.</p><p>Alekse� Nikola�evitch Kossyguine</p><p>(Saint-P�tersbourg [Leningrad] 1904).</p><p>Fils d�un ouvrier tourneur, il s�engage � quinze ans dans l�arm�e rouge.</p><p>Contrema�tre dans une usine de textile, il parfait ses connaissances � l�institut du textile de Leningrad. Pr�sident du</p><p>soviet de cette ville en 1938, Alekse� Kossyguine est remarqu� par Staline, qui fait de lui le commissaire du peuple � l�Industrie textile (1939). Pr�sident, de 1943 � 1946, du Conseil des commissaires du peuple de la R. S. F. S. R., il est titulaire, ensuite, de divers minist�res �conomiques (industrie textile, industrie l�g�re, industrie alimentaire).</p><p>Membre du Politburo (1948-1952),</p><p>puis du Praesidium (1960), c�est en qualit� de pr�sident du Gosplan (1959-60) et de vice-pr�sident du Conseil des ministres de l�U. R. S. S. (1957-1960) que Kossyguine accompagne Khrouchtchev dans ses voyages. Le 14 octobre 1964, il le remplace comme pr�sident du Conseil des ministres de l�U. R. S. S.</p><p>Nikola� Viktorovitch Podgorny� (Kar-lovka, Ukraine, 1903). Ouvrier serrurier, il fr�quente l�universit� ouvri�re de Kiev, entre au parti communiste (1930) et exerce comme ing�nieur</p><p>dans diverses fabriques de sucre en Ukraine (1931-1939). Vice-commissaire du peuple pour l�industrie alimentaire en Ukraine (1939), il dirige, durant la Seconde Guerre mondiale, l�Institut technologique de Moscou pour l�industrie alimentaire (1942-1944). Premier secr�taire du parti pour le district de Kharkov (1950-1953), il suit son ami et compatriote Khrouchtchev dans son ascension. En 1957, il est Premier secr�taire du parti communiste pour l�Ukraine. Khrouchtchev le charge alors du d�veloppement de la culture du ma�s. En 1963, Nikola� Podgorny� devient secr�taire du Praesidium ; deux ans plus tard (d�c. 1965), sur proposition de Brejnev, il remplace A. Miko�an � la pr�sidence du Praesidium du Soviet supr�me. � ce titre, il effectue de nombreux voyages dans le cadre de la politique ext�rieure ouverte de l�U. R. S. S.</p><p>P. P.</p><p>LA POPULATION</p><p>Le dernier recensement date de 1970.</p><p>Il est de loin plus complet que ceux qui l�ont pr�c�d�, 1959, 1939, 1926, et, pour l��poque tsariste, 1897. Les fiches de recensement portent notamment</p><p>sur les migrations de population, les degr�s de scolarisation, les cat�gories</p><p>sociales.</p><p>Le dynamisme</p><p>d�mographique</p><p>La croissance de la</p><p>population</p><p>On peut �valuer la population des territoires couverts actuellement par l�U. R. S. S. � 30 millions d�habitants sous Pierre le Grand, � 74 millions en 1868. Le recensement officiel de 1897</p><p>donne 125 millions ; l�estimation de 1914, 140 ; le premier recensement de l��re sovi�tique, en 1926, 147 ; le deuxi�me recensement de 1939, 170 dans les fronti�res actuelles. L�estimation apr�s la guerre se monte � 181 ; le recensement de 1959 indique 208 ; celui de 1970, 242 millions.</p><p>On observe des mouvements irr�gu-</p><p>liers dus � la guerre civile et � la famine entre 1920 et 1930, � la cession o� � l�acquisition de territoires, enfin aux pertes de la derni�re guerre, �valu�es � plus de 20 millions de victimes (plus celles qui sont dues � la sous-alimentation, aux d�portations et au d�ficit des naissances : 6 � 11). Les pertes ont �t� rapidement combl�es. On remarque ensuite un ralentissement de la croissance, r�volution (au moins de la partie europ�enne) se calquant sur celle des soci�t�s occidentales, avec une baisse sensible de la natalit�.</p><p>Les migrations �tant tr�s faibles (quelques d�parts de population juive), c�est le mouvement naturel qui r�gle l��volution de la d�mographie. Le taux de mortalit� est tomb� de 40 p. 1 000</p><p>en 1913 � moins de 10 p. 1 000 aujourd�hui. La natalit�, sup�rieure � 45 p. 1 000 en 1913, a d�clin� assez r�guli�rement pour atteindre un taux de 25 p. 1 000 en 1934 (politique antinata-liste des premi�res ann�es du r�gime).</p><p>Elle a remont� apr�s la Seconde Guerre mondiale pour fl�chir r�guli�rement � 25 p. 1 000 dans la d�cennie 1950-1960, � 18 p. 1 000 entre 1965 et 1970, le taux des villes �tant un peu plus faible.</p><p>Des diff�rences sensibles sont observables entre les nationalit�s. Elles d�favorisent la nation russe : ainsi, de 1959 � 1970, l��cart entre Russes et non-Russes est tomb� de 19 � 16 mil-</p><p>lions et on pr�voit qu�en 1980 les Russes ne repr�senteront plus que la moiti� de l�Union. Les exc�dents annuels sont en effet nettement au-dessous de 10 p. 1 000 en Russie (6,1), en Ukraine (6,9), de m�me que dans les �tats baltes. Or, ils se sont �lev�s dans les r�publiques transcaucasiennes et en Asie centrale. L�Ouzb�kistan, le Tadjikistan, l�Azerba�djan ont des exc�dents annuels souvent sup�rieurs � 20 p. 1 000, les autres r�publiques, � l�exception de la G�orgie, � plus de 10 p. 1 000.</p><p>Les structures de la population ont en m�me temps consid�rablement</p><p>chang�. Le pourcentage de population urbaine est pass� de 13 en 1913 � 33</p><p>en 1940, � 48 en 1959, � 56 en 1970</p><p>(136 millions de citadins, en augmentation de 36 millions, surtout � la suite de l�exode rural).</p><p>Le sex-ratio devient moins d�s�quilibr� en faveur des femmes : en 1959, 45 personnes du sexe masculin contre 55 du sexe f�minin ; en 1970, respectivement, 46,1 et 53,9. Cependant, l�� exc�dent � f�minin reste encore proche d�une vingtaine de millions de personnes.</p><p>La r�partition par �ges montre un vieillissement de la population et un d�but de r�tr�cissement de la pyramide � la base. Mais les trois rentrants de 1970 concernant les tranches (50-54 ans, 35-39 ans, 25-29 ans) de-</p><p>meurent, manifestant l�importance des d�ficits de la natalit� durant les deux guerres mondiales, la guerre civile et la collectivisation forc�e.</p><p>L�esp�rance de vie est pass�e de</p><p>60 ans dans les ann�es 1940 � 70 ans actuellement (74 pour les femmes et 65</p><p>pour les hommes).</p><p>La dimension moyenne de la famille s�est abaiss�e � 3,6 membres en 1970, contre 4,9 en 1926 et 5,9 en 1897.</p><p>L��volution des structures socioprofessionnelles montre une r�duction des</p><p>agriculteurs (de 37 p. 100 en 1955 � 23 p. 100 en 1970) et une augmentation des ouvriers (de 35 � 41 p. 100) et du secteur des services (de 27 � 35 p. 100).</p><p>Enfin, le taux d�analphab�tisme, qui s��levait en 1959 encore � 2,5 p. 100, est tomb� � 0,3 p. 100. Plus de 8 millions de Sovi�tiques suivent ou ont suivi des cours d�enseignement sup�-</p><p>rieur, plus des deux tiers ont une �ducation secondaire ou sup�rieure : les taux maximaux sont atteints en G�orgie et en Arm�nie, les taux minimaux au Tadjikistan et, plus curieusement, en Bi�lorussie et en Lituanie.</p><p>downloadModeText.vue.download 71 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11282</p><p>La distribution</p><p>g�ographique de la</p><p>population</p><p>Les cartes de semis de peuplement ou de r�partition des densit�s montrent bien la dissym�trie de l�espace sovi�tique, ainsi que l�ampleur des contrastes. Les bassins industriels ont des densit�s de 300 � 400 habitants au kilom�tre carr� ; les d�serts (dans les districts de Gou-riev et d�Aktioubinsk par exemple) et l�Asie des peuples hyperbor�ens ne d�passent pas 1, ni m�me 0,1 habitant au kilom�tre carr�. En allant vers l�est, les densit�s diminuent (� l�exception de la r�gion de Vladivostok). Comme dans l�agriculture, la zone de forte densit� �pouse la forme d�un triangle dont la base va de la fronti�re polonaise � la G�orgie et � Bakou, et dont la pointe se situe � Novossibirsk, les densit�s au sud de la ligne Novossibirsk-Astrakhan et au nord de la ligne Novossibirsk-Leningrad devenant extr�mement</p><p>faibles. Cependant, dans les oasis de</p><p>l�Asie centrale et les vall�es intramon-tagnardes comme l�oasis de Tachkent et la Fergana, des secteurs connaissent des densit�s sup�rieures � 200 au kilom�tre carr�.</p><p>Les mouvements</p><p>migratoires</p><p>L�effet des mouvements migratoires tend � effacer les contrastes h�rit�s des anciennes phases de colonisation, mais dans une certaine mesure seulement. En effet, les colons ne sont jamais suffisamment nombreux par rapport aux besoins de l��conomie dans les r�gions du Grand Nord et de l�Est, et les manifestations d�instabilit� des migrants viennent compliquer le probl�me.</p><p>L�U. R. S. S. est un des �tats o� les migrations int�rieures sont les plus consid�rables. La Sib�rie et le Kazakhstan se sont peupl�s de 2 millions d�habitants entre 1800 et 1811, de pr�s de 5 entre 1811 et 1863, de pr�s de 6 entre 1863 et 1885, de 8,3 millions de 1885 � 1897, de plus de 12 millions de cette derni�re ann�e � 1913, de 20 millions jusqu�en 1939, de 8,5 jusqu�en 1959, de plusieurs millions entre cette derni�re ann�e et le recensement de 1970. Ainsi, le rapport des r�gions dites � orientales � aux r�-</p><p>gions dites � occidentales � s�est accru dans l�ensemble de l�Union.</p><p>Les causes et les caract�res des migrations ont �t� et demeurent multiples.</p><p>Sous le r�gime tsariste, les migrants �taient des familles paysannes lib�r�es par l�abolition du servage, s�installant le long des voies ferr�es comme le Transsib�rien, ensuite le long de l�avanc�e des voies ferr�es de colonisation vers l�Asie centrale. Mais les migrations forc�es �taient sans doute les plus nombreuses : d�port�s politiques dont certains firent souche et se m�l�rent � la population, comme en Iakoutie. La progression s�effectua par grandes vagues et concerna successivement de grands ensembles r�gionaux : Oural, Sib�rie occidentale, Kazakhstan, Sib�rie orientale.</p><p>Dans la Russie sovi�tique, les grands mouvements reprennent vers 1926. Les uns sont motiv�s par la cr�ation de gros combinats et de villes. Ils sont li�s au</p><p>progr�s de la planification. Une organisation centrale se pr�occupe de recruter et de localiser la main-d�oeuvre. D�autres migrants sont volontaires : ainsi les komsomols, qui fondent leur propre ville en Extr�me-Orient ; ainsi les jeunes et les m�nages d�agriculteurs partis vers les Terres vierges du Kazakhstan � la fin des ann�es 1950. Certains sont int�ress�s au travail dans des r�gions hostiles par des primes de salaires, souvent de 50 p. 100</p><p>plus �lev�es que le salaire correspondant des � r�gions occidentales �, des d�gr�-</p><p>vements d�imp�ts, des primes d��tablissement, etc. Les plus importantes migrations, du temps de Staline, ont �t� forc�es : les koulaks r�fractaires � la collectivisation, les ennemis politiques, plusieurs minorit�s ethniques apr�s la guerre (Tatars de la Crim�e, Allemands de la Volga). Certains migrants se sont instal-downloadModeText.vue.download 72 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11283</p><p>l�s, comme en t�moigne l�augmentation de population dans les districts vierges.</p><p>Un certain nombre sont revenus en Europe ou ont fait mouvement vers les pays du Midi, dont ils ont contribu� � accro�tre la population.</p><p>Les nationalit�s</p><p>L�U. R. S. S. est un �tat multinational o� l�on distingue les notions de citoyennet� (sovi�tique) et de nationalit� (russe, juive, arm�nienne, etc.). La carte des peuples de l�U. R. S. S. fait appara�tre une mosa�que de nationalit�s : en 1970, on en recense 6 de plus de 5 millions de personnes, 23 de plus de 1 million, 26 de plus de 500 000, 32</p><p>de plus de 300 000. En fait, le nombre de nationalit�s recens�es d�passe largement la centaine, certaines �tant r�-</p><p>duites � quelques milliers d�individus, comme les peuples hyperbor�ens et certains peuples du Caucase se confondant avec une tribu. G�n�ralement, une nationalit� est caract�ris�e par une langue, des coutumes, une culture et un espace g�ographique. Beaucoup de nationalit�s ont pos� � ceux qui les ont �tudi�es ou organis�es des probl�mes quasi insurmontables : ainsi les Oss�tes du Caucase, divis�s en trois groupes</p><p>parlant des dialectes fort diff�rents, sans unit� de religion et d�importance d�mographique tr�s in�gale (un groupe compte 45 000 habitants, l�autre 230) ; m�mes probl�mes pour les Chinois</p><p>comme les Dounganes, immigr�s dans les territoires russes au temps des tsars, qui parlent le chinois, mais le transcrivent en caract�res cyrilliques, et qui sont r�partis en trois r�publiques d�Asie moyenne.</p><p>La nationalit� pr�dominante est la nationalit� russe, peuplant en grande majorit� la r�publique de Russie, mais aussi pr�sentant de grosses minorit�s dans les r�publiques voisines ou dans celle du Kazakhstan (o� elle d�passe la nationalit� kazakhe). Il s�agit, d�une part, de s�quelles de colonisations ant�rieures, d�autre part de familles de cadres envoy�s par les services de planification pour aider au d�veloppement de l�industrie, d�intellectuels qui ont parfois fond� les premi�res universit�s et laboratoires de recherches, d�ouvriers qualifi�s, d�instructeurs, de politiques et de militaires... La part des Russes augmente en Ukraine, en Lettonie, en Estonie, en Bi�lorussie, en Moldavie, en Lituanie, r�publiques europ�ennes proches o� p�se une influence russe dans tous les domaines de la vie publique. Ils constituent une majorit� relative au Kazakhstan, pays neuf, o� les nomades kazakhs ont �t� chass�s ou s�dentaris�s, mais o�, toutefois, l�influence russe diminue l�g�rement ; en Kirghizie, r�publique frontali�re de montagne, les cadres russes sont particuli�rement nombreux.</p><p>Partout ailleurs, les minorit�s russes sont nettement plus faibles, cantonn�es souvent aux villes, sinon � la capitale, mais compos�es toujours d�instructeurs, de contr�leurs, de cadres. Leur pourcentage diminue dans les r�publiques d�Asie centrale, comme dans les r�publiques transcaucasiennes.</p><p>C�est l�Arm�nie qui, en raison de ses particularit�s et de son �loignement, renferme de loin la plus faible proportion de Russes.</p><p>Cette pr�pond�rance de l��l�ment</p><p>slave (il faut en effet ajouter les Ukrainiens et les Bi�lorusses, plus les nationalit�s slaves d�Europe) tend � s�att�-</p><p>nuer avec la mont�e des r�publiques du Sud, � tel point qu�un v�ritable probl�me du Midi s�est cr�� en U. R. S. S.</p><p>depuis quelques ann�es.</p><p>Le probl�me du Midi</p><p>Il est pos� par la croissance d�mographique tr�s rapide de la population des r�publiques d�Asie centrale et des r�publiques transcaucasiennes.</p><p>Une �tude des croissances par</p><p>r�gions au sein de la r�publique de Russie montrerait que ce sont �galement les r�gions m�ridionales qui s�accroissent le plus.</p><p>On est amen� � distinguer trois</p><p>types de r�gions �conomiques et</p><p>d�mographiques. L�ouest de l�Union repr�sente 68 p. 100 de la population en 1959, mais 65 p. 100 seulement en 1970. L�Est (Sib�rie et Grand Nord) passe de 10,7 � 10,5 p. 100. Enfin, le Midi progresse de 21,3 � 24,5 p. 100.</p><p>Tout se passe comme si la coloni-</p><p>sation des territoires encore peu peupl�s s�exer�ait d�sormais en direction des r�gions s�ches et chaudes, et que les r�gions orientales et hyperbor�ennes de la Sib�rie fussent relativement d�laiss�es. Le centre de gravit� de la population tend � se d�placer vers le sud.</p><p>L�explication est complexe. Ces</p><p>mouvements tiennent sans doute aux migrations, plus g�n�ralement dirig�es vers le midi que vers l�est, aux mouvements de l�est vers le midi, mais surtout aux fortes natalit�s des r�publiques m�ridionales, dont certaines voient leur taux s�accro�tre.</p><p>La comparaison de la croissance</p><p>des villes du Midi avec celle des villes sib�riennes est � l�avantage des premi�res : ainsi Tachkent s�accro�t-elle entre les deux recensements de 49 p. 100 ; Novossibirsk, de 31 p. 100. Les taux de croissance d�Alma-Ata (60 p. 100), de</p><p>Douchanbe (65 p. 100), de Frounze (96 p. 100) d�passent nettement ceux des villes sib�riennes les plus dynamiques (Omsk, 31 p. 100 ; Vladi-</p><p>vostok, 52 p. 100). Les r�gions du Midi comptent d�sormais 12 villes</p><p>de plus de 200 000 habitants, contre seulement 9 � la Sib�rie et � l�Extr�me-Orient.</p><p>Les facteurs �conomiques ont jou� �galement un r�le : cr�ation de grands sovkhozes dans les r�gions du Midi ; intense prospection mini�re ; fondation de gros combinats ; formation de villes nouvelles. Les investissements semblent avoir �t� plus �lev�s, par t�te d�habitant, au Kazakhstan que dans les territoires orientaux depuis 1960 : la croissance de la production industrielle est plus �lev�e entre 1965 et 1970 dans toutes les r�gions m�ridionales (y compris l�Ukraine du Sud et le Caucase du Nord) que dans les r�gions � traditionnelles �</p><p>de la Russie et de l�Ouest.</p><p>On peut donc pr�voir un glisse-</p><p>ment des activit�s vers le Midi, une relative stagnation de la Sib�rie, la pr�sentation d�une vitrine en face des pays musulmans et de l�Asie, la consolidation des fronti�res en Asie centrale. Ce sont des aspects de la politique m�diterran�enne et islamique de l�U. R. S. S. Les prochains recensements industriels et d�mographiques devraient confirmer ces tendances � la formation d�une sorte de Mezzogiorno sovi�tique.</p><p>L��CONOMIE</p><p>L�agriculture</p><p>Les probl�mes</p><p>de la production agricole :</p><p>les institutions</p><p>La totalit� des terres a �t� socialis�e, � l�exception des dvor, des petits lopins que les paysans sont autoris�s � garder. Les �tapes de la collectivisation sont retrac�es par les pourcentages suivants : en 1929, 3,9 p. 100 ; en 1930</p><p>(d�buts rapides et contraints de la collectivisation), 23,6 p. 100 ; en 1931, 52,7 p. 100 ; en 1932, 61,5 p. 100 ; en 1937, 93 p. 100 ; en 1970, 98 p. 100.</p><p>La collectivisation a pass� par plusieurs phases, des types inf�rieurs o� �tait encore tenu compte de l�apport</p><p>en capital aux types sup�rieurs rapidement g�n�ralis�s o� la r�mun�ration se fait en fonction d�une unit� de compte, le troudoden, ou journ�e de travail. Elle s�est exprim�e par deux types principaux. Dans le sovkhoze, exploitation d��tat, la production comme la main-d�oeuvre sont assimi-downloadModeText.vue.download 73 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11284</p><p>l�es � celles d�une exploitation industrielle avec salari�s. Le kolkhoze r�-</p><p>sulte de la mise en commun des terres, du cheptel, du train de culture dans le cadre de un ou de plusieurs villages.</p><p>Il est g�r� comme une coop�rative de production. Chaque famille garde une �conomie individuelle : quelques downloadModeText.vue.download 74 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11285</p><p>ares de terre, un jardin ou verger et du b�tail (quelques vaches et ovins, de la volaille).</p><p>Par fusions et suppressions, le</p><p>nombre des institutions a �t� r�duit ; celui des kolkhozes est sup�rieur � celui des sovkhozes, mais il a sensiblement diminu�, tandis que se cr�aient de nouveaux sovkhozes, si bien que la part de ces derniers a augment�, en nombre comme en superficie. Le but final consiste � unifier toutes les institutions sur le mod�le du sovkhoze.</p><p>Une autre institution a dur� jusqu�� la p�riode de Khrouchtchev : les MTS, ou stations de machines et de tracteurs qui louaient leur mat�riel aux kolkhozes (8 000 environ, employant 3 millions de personnes). On leur a reproch� une mauvaise utilisation du mat�riel, d�ailleurs insuffisamment abondant.</p><p>Le mat�riel a �t� r�parti entre les kolkhozes. Un projet de l��poque stalinienne n�a pas eu un grand retentissement : la construction des agrograd, villes agraires o� auraient �t� regroup�s les paysans de toute une r�gion.</p><p>En revanche, les formules d�aide kolk-hozienne et d�entreprise interkolkho-zienne, visant � mettre en commun le mat�riel et le travail, connaissent un plus grand succ�s.</p><p>Les facteurs de classification d�-</p><p>pendent des s�quelles de la situation ant�rieure, de la position g�ographique (zones de culture, �loignement des centres urbains), de l�organisation interne des exploitations (dont les unes fonctionnent bien, dont les autres sont en d�ficit), des zones de prix agricoles tr�s dissemblables et de la taille des exploitations. On est amen� � distinguer : les grandes exploitations c�r�a-li�res d�Ukraine, des steppes et des Terres vierges ; les exploitations pastorales extensives au sud de la Volga, au pied du Caucase, dans le Kazakhstan et m�me en Iakoutie (rennes et quelques bovins) ; les exploitations sp�cialis�es (le coton en Ouzb�kistan) ; les cultures mara�ch�res de serres ; les vignobles de la mer Noire et du Caucase ; les exploitations moyennes de polyculture qui se situent entre l�extensivit� et l�intensivit� et se g�n�ralisent dans presque toute la partie europ�enne de l�Union.</p><p>Probl�mes et solutions au d�ficit de la production agricole</p><p>La production doit �tre envisag�e dans ses aspects qualitatifs : du nord au sud, elle passe d�un type � un autre, selon les principes de zonalit� climatique.</p><p>L�effort des hommes a parfois perturb� cette zonation.</p><p>On classe � part les alv�oles discontinus de cultures et d��levage, occupant une superficie faible : dans le Grand Nord, orge et seigle adapt�s ; l�gumes verts et fourrages ; en Extr�me-Orient, o� apparaissent le riz (lac Khanka) et le kaoliang ; plus au sud, le domaine de l��levage bovin � associ� au seigle d�hiver, � la pomme de terre � et de l��levage des porcs ; productions auxquelles s�associe, dans les �tats baltes et les pays de la Volga sup�rieure, le</p><p>lin textile. Entre la bande de ta�ga et la steppe, dans la zone de polyculture et d��levage de la Russie centrale, le bl� d�hiver, de plus en plus associ� � la betterave � sucre et au ma�s (qui remontent donc fort loin vers le nord), vient prendre place. Plus au sud, les terres noires sont le domaine du bl�, en rotation avec le tournesol et la betterave � sucre. D�ouest en est, on passe du bl� d�hiver au bl� de printemps et de l��levage bovin � celui des ovins. Les r�gions pastorales de la steppe s�che sont le domaine du mouton karakul et d�une transhumance toujours vivante entre les plaines et le Caucase ou les montagnes d�Asie centrale. La zone de cultures m�diterran�ennes est �troitement limit�e au littoral de la Crim�e : amandiers, figuiers (mais pas d�oliviers) et surtout vignoble et fleurs.</p><p>La zone de cultures subtropicales est �galement resserr�e sur le flanc sud du Caucase au-dessus de la mer Noire : ici, ce sont le th� et les agrumes qui, avec le m�rier et la vigne, constituent les cultures les plus riches. Enfin, les cultures irrigu�es de l�Asie centrale comprennent des l�gumes, du riz et, surtout, l�� or blanc � (le coton). Des essais de culture du palmier-dattier n�ont pas donn� encore de r�sultats � grande �chelle.</p><p>Sur le plan quantitatif, le probl�me pos� est celui de la production non des plantes sp�ciales, mais des c�r�ales panifiables. Ces productions se sont accrues depuis l�avant-guerre (38 Mt de bl� entre 1934 et 1938 ; 47 Mt en 1955 ; presque 100 lors des meilleures ann�es). La moyenne de 1968 � 1973</p><p>inclus est de 85 Mt. Or, une production de 85 Mt pour une population de 250 millions d�habitants est proportionnellement sup�rieure � la production fran�aise (15 Mt pour 50 millions d�habitants). Cependant, l�U. R. S. S.</p><p>manque certaines ann�es de c�r�ales panifiables et doit en acheter dans les pays capitalistes : ainsi, 5 Mt de bl� am�ricain en 1972.</p><p>Il est difficile d�expliquer ces</p><p>contradictions. Il faut invoquer les statistiques, inexactes. Kolhozes et sovkhozes entretiennent la confusion entre pr�visions par rapport aux semailles, bl� en herbe, bl� r�colt�, bl� engrang�, quatre notions tr�s dif-</p><p>f�rentes si l�on songe � la gravit� des al�as climatiques et aux difficult�s que conna�t la moisson � cause du manque de machines et de la pr�carit� des transports. D�autre part, il faut r�server une grande part � l�autoconsommation, au gaspillage et � la dissimulation. Le bl� est localement donn� g�n�reusement aux b�tes, sert � la fabrication de la vodka, et la consommation par t�te d�habitant reste l�une des plus �lev�es du monde.</p><p>Les al�as climatiques jouent un r�le important dans une �conomie encore sensible aux fluctuations de la production : inondations des grands fleuves, s�cheresse qui vient d�Asie ; ainsi, la r�colte faible de 1969 a �t� due aux froids qui ont affect� les bl�s de printemps. De toute fa�on, les rendements restent peu �lev�s (18 q/ha au maximum dans les �tats baltes et en Ukraine, une dizaine de quintaux en moyenne pour l�U. R. S. S.). Ces d�-</p><p>r�glements de l��conomie c�r�ali�re prouvent que les stocks compensateurs sont encore trop faibles, et des mesures sont r�guli�rement prises pour les augmenter. Le redressement de l�agriculture est pass� par deux phases : les mesures de N. Khrouchtchev des ann�es 1960 et celles de L. Brejnev.</p><p>Les premi�res ont accompagn� l�annonce des d�ficits de production. � la suite d�enqu�tes et de voyages du nouveau dirigeant, on d�cida de s�attaquer aux causes. Les unes int�ressaient le personnel dans l�agriculture, les autres, la diffusion de nouvelles plantes (comme le ma�s) ; des mesures r�organis�rent les structures agricoles par la cr�ation de stations pilotes, sortes de fermes mod�les. Surtout, elles renforc�rent l�autonomie des kolkhozes en diminuant les imp�ts et les taxes qui pesaient sur eux.</p><p>Un second train de mesures a �t�</p><p>d�cid� quelques ann�es apr�s. Le nouveau statut type des kolkhozes de 1969</p><p>a fait une grande place aux syst�mes d�entraide, � l�int�ressement mat�riel, � l�autonomie comptable de chaque institution, au foyer ou lopin paysan (qui assure les trois quarts de l�autoconsommation, avec 28 p. 100 des</p><p>bovins de toute l�U. R. S. S., 40 p. 100</p><p>des vaches, 26 p. 100 des porcins, 90 p. 100 des caprins, et dont une partie de la production est commercialisable sur le march� kolkhozien). Le nouveau programme agricole du parti de juillet 1970 propose le � redressement de l�agriculture �. La constitution d�entreprises g�antes a permis un meilleur contr�le en m�me temps downloadModeText.vue.download 75 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11286</p><p>qu�un renforcement de la production.</p><p>Les Terres vierges du Kazakhstan, sur lesquelles r�gnait le silence depuis l��viction de Khrouchtchev, sont mises de nouveau en valeur sous la forme de polyculture et d��levage extensifs avec quelques premiers �lots d�irrigation.</p><p>Enfin, l�op�ration appel�e � chimisa-downloadModeText.vue.download 76 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11287</p><p>tion � des terres bat son plein. Gr�ce � la production d�engrais chimiques, qui s�accro�t notablement en fonction de l�aide �trang�re, les rendements, donc la production, doivent augmenter les prochaines ann�es.</p><p>Les probl�mes</p><p>de la production</p><p>industrielle</p><p>Les facteurs de la localisation</p><p>industrielle</p><p>Quelques facteurs permettent de rendre compte de la localisation des principaux types d�industrie : la localisation au temps de la Russie tsariste, avec la concentration en quelques gros foyers urbains de la Russie d�Europe, Saint-P�tersbourg et Moscou ; la dispersion due aux caract�res de l�industrie arti-</p><p>sanale des koustari ; les localisations traditionnelles de la sid�rurgie sur le fer (Oural) ou le charbon (Donbass).</p><p>Dans la Russie sovi�tique, certaines de ces localisations ont �t� conserv�es. Ainsi, la sid�rurgie, les industries lourdes des minerais et du p�trole se localisent sur les bassins miniers ou � proximit�. Cependant la planification a pr�vu des types d�implantation diff�rents, et la Seconde Guerre mondiale est venue perturber le troisi�me plan quinquennal. Le Plan se pr�occupe de la prospection, de la d�couverte et de l�exploitation des ressources, essentiellement dans les r�gions non encore explor�es. Ainsi s�explique la multiplication des r�gions industrielles : la presqu��le de Kola, riche en minerai, les bassins de p�trole de Vorkouta dans le Grand Nord europ�en, le Second- et maintenant le Troisi�me-Bakou, la troisi�me � base � sid�rurgique (le Kouzbass), etc. On a calcul� qu�au cours du premier plan les investissements avaient augment� de 90 p. 100 dans la r�gion industrielle centrale, mais atteignaient l�indice 449 dans le Kazakhstan, 730 dans l�Extr�me-Orient. En 1955, les r�gions de la Volga, puis la Sib�rie occidentale et l�Asie moyenne viennent en t�te de la croissance relative, loin devant les r�gions de la Russie centrale. Les plans pr�voient alors la construction de � bases �nerg�tiques �, de � foyers industriels �, de</p><p>� p�les de d�veloppement � (Bratsk et l�Angara, les bases maritimes de l�Ex-tr�me-Orient), enfin de combinats : on conna�t le fonctionnement du combinat Oural-Kouzbass jusqu�au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, combinat qui s�est fondu ensuite dans un ensemble plus complexe englobant la base du Karaganda.</p><p>La guerre a eu pour cons�quence le transfert des usines occup�es ou menac�es vers l�int�rieur de l�U. R. S. S. : l�Oural, la Sib�rie occidentale, l�Asie moyenne en ont profit�. Le conflit termin�, les m�mes usines furent reconstruites dans les r�gions d�vast�es : on a donc assist� � un d�doublement de l�industrie et � une industrialisation de r�gions pastorales et agraires, et la part de l�Asie ou des � r�gions orientales �</p><p>s�est accrue au d�triment de l�Europe.</p><p>Ainsi, l�Europe fournit 80 p. 100 de la</p><p>production totale de charbon en 1928 ; la moiti� d�s 1940, moins de la moiti� � partir de 1960. Les r�gions � orientales � fournissent 19 p. 100 du charbon et 21 p. 100 de l�acier en 1927 ; ces pourcentages montent � 25 p. 100 � la fin du premier plan, � 32 p. 100 � la fin du second, puis � plus de 40 p. 100</p><p>d�s 1955. Les efforts de d�concentration de l�industrie par l�institution des sovnarkhozes ont encore entra�n� un glissement de certaines branches industrielles en direction de l�est. Enfin, les prix de revient, tr�s inf�rieurs en Si-b�rie orientale et en Extr�me-Orient en ce qui concerne l��nergie �lectrique, le charbon et certains minerais, ont attir� de nouvelles industries � l�est, o� des bassins miniers comme celui de cuivre d�Oudokan attendent des capitaux.</p><p>La planification</p><p>Rigoureuse et tr�s centralis�e, elle a pris au cours des derni�res ann�es des formes multiples. On a �tabli des</p><p>� plans g�n�raux perspectifs � : ainsi le plan de vingt ans 1961-1980. On a d�compos� les plans � moyen terme en plans annuels. On n�h�site pas depuis la Seconde Guerre mondiale � r�viser un plan en cours d�ex�cution. Le troisi�me plan quinquennal fut interrompu par la guerre (apr�s les plans 1928-1932 et 1933-1937). Deux ann�es de reconstruction (1949 et 1950) furent pr�vues aussit�t apr�s les hostilit�s. Puis furent poursuivis les plans de 5 ans : 1951-1955 (industrie lourde et combinats d�Asie centrale et de Sib�rie) ; 1956-1960 (d�veloppements des industries atomiques, strat�giques, synth�tiques, de l�automation). Ce plan fut interrompu pour faire place, pour la premi�re fois, � un plan de 7 ans qui devait conduire l��conomie de l�U. R. S. S.</p><p>de 1959 � 1965, mais qui fut r�vis� et m�me remplac� par un plan int�rimaire au cours des deux derni�res ann�es.</p><p>Enfin, en demandant au Comecon de s�aligner sur ses propres normes de planification, les plans de 1966-1970 et de 1971-1975 reviennent � la tradition �prouv�e des plans quinquennaux.</p><p>La place du Comecon* est de plus</p><p>en plus d�cisive dans l��conomie</p><p>de l�U. R. S. S. : les trois quarts des �changes sovi�tiques s�effectuent avec</p><p>les autres membres du Comecon ; les relations ferroviaires et maritimes sont tr�s �troites en raison de la situation g�ographique des pays de l�Est ; l�U. R. S. S. les ravitaille en hydrocarbures et en minerai de fer ; elle prend une place pr�pond�rante dans les commissions et les deux banques de d�veloppement r�cemment cr��es ; enfin, l�ensemble des pays socialistes sont soumis aux m�mes dur�es, sinon aux m�mes normes de planification ; la division internationale du travail a d�j� donn� de nombreux r�sultats. Enfin, les pays du Comecon aident l�U. R. S. S.</p><p>dans la construction d�usines et de combinats nouveaux, jusqu�en Asie moyenne.</p><p>Les transports</p><p>Ils concourent, mais de mani�re in�-</p><p>gale, au d�veloppement industriel de l�U. R. S. S. Malgr� les contraintes physiques, celle-ci est devenue une grande puissance maritime, passant du treizi�me rang mondial (3,5 Mt) en 1960 au sixi�me rang en 1975 (avec plus de 20 Mt de jauge). La construction navale occupe ainsi le sixi�me ou le septi�me rang dans le monde. Le transport maritime s�est �lev� de 31 Mt en 1940 � 33 en 1950, � 76 en 1960</p><p>et � 170 en 1971. La moiti� se compo-serait d�hydrocarbures. On ne conna�t pas le trafic de chaque port. Leningrad et Odessa, class�s en cat�gorie dite � sup�rieure �, doivent effectuer un tonnage annuel de plus de 10 Mt.</p><p>Vladivostok, Riga, Nikola�evsk-na-Amoure, Arkhangelsk, Mourmansk,</p><p>Bakou appartiennent � la � premi�re cat�gorie �, au trafic un peu inf�rieur.</p><p>L�effort en faveur des activit�s maritimes est consid�rable : il se manifeste par la cr�ation d��coles et d�instituts maritimes dans chaque grand centre.</p><p>L�accroissement du trafic maritime doit contribuer � l�accroissement du commerce ext�rieur et � l�ouverture de l��conomie de l�U. R. S. S. vers les pays capitalistes et sous-d�velopp�s.</p><p>Les chemins de fer l�emportent de beaucoup sur la route (surtout sur les grandes distances) et sur les transports fluviaux ; leur longueur repr�sente plus de 133 000 km (auxquels il faut ajouter 115 000 km de voies d�acc�s aux entreprises), contre 71 000 km en</p><p>1913, date � laquelle, gr�ce aux efforts du r�gime tsariste, un r�seau dense et allong� avait d�j� �t� constitu�. Avec 2 600 Mt de marchandises transport�es (contre 158 en 1913) et 2 500 millions de voyageurs, les chemins de fer so-vi�tiques occupent la premi�re place dans le monde. Or, chaque ann�e voit la construction de voies ferr�es nouvelles et la modernisation de celles qui existent : ainsi, plus de 35 000 km sont �lectrifi�s, les longues distances sont � di�s�lis�es �, si bien que le dixi�me seulement du trafic sur les grandes lignes est transport� par la traction � vapeur. On distinguerait ai-s�ment en une typologie simple : les grandes voies strat�giques et �conomiques (Transsib�rien et son doublement � l�ouest, Turksib, Transaralien et Transcaspien) ; les voies d�int�r�t �conomique (le r�seau de l�Oural, la voie ferr�e de Vorkouta) ; les voies de liaison entre les r�publiques p�riph�-</p><p>riques (Arm�nie, r�publiques d�Asie moyenne) et le centre ; les voies ferr�es li�es � l�exploitation d�un bassin (Kouzbass).</p><p>Le transport fluvial, qui est marqu� en particulier par le syst�me des Cinq-Mers, vient loin derri�re pour le transport des marchandises. Le total de la longueur des voies navigables atteint 142 000 km. Le tonnage des marchandises transport�es s�est �lev� de 35 Mt en 1913 � plus de 300 Mt ; le nombre de passagers, de 11,5 � 144 millions.</p><p>Les transports fluviaux sont plus lents, moins denses, ils sont ralentis par la longue p�riode de gel l�hiver, ils sont faibles dans les r�gions orientales, contrairement aux transports ferroviaires. Ils se sp�cialisent dans le bois, les mat�riaux de construction, le p�trole, les m�taux et, encore, les c�-</p><p>r�ales. Les principaux ports sont mixtes (maritime et fluvial comme Astrakhan, Leningrad) ou se disposent le long du syst�me des Cinq-Mers. Les plus actifs d�entre eux doivent atteindre de 5 � 10 Mt par an.</p><p>Enfin, le transport par conduites a fait des progr�s consid�rables depuis 10 ans : 0,8 p. 100 du total des transports en 1940, 2,7 p. 100 en 1960 et 5,3 p. 100 en 1965 (contre 70 p. 100</p><p>aux transports ferroviaires et 4,8 p. 100</p><p>aux transports fluviaux). La longueur des ol�oducs d�passe 30 000 km. Ils transportent pr�s de 300 Mt de p�trole.</p><p>La longueur totale des grands gazoducs atteint presque 50 000 km, et ce chiffre doit s�accro�tre rapidement : 25 000 km ont �t� pos�s au cours du quinquennat 1966-1970. On attend</p><p>l�ach�vement de l�ol�oduc transsib�-</p><p>rien. L�U. R. S. S. ravitaille les pays downloadModeText.vue.download 77 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11288</p><p>europ�ens du Comecon par l�ol�oduc de l�Amiti� et le gazoduc Fraternit� et doit fournir, par transport terrestre, du gaz naturel � l�Europe occidentale.</p><p>Division administrative</p><p>et r�gions</p><p>Le d�coupage administratif</p><p>Il part des 15 r�publiques socialistes f�d�r�es. � l�int�rieur de celles-ci, et particuli�rement de celle de Russie, sont d�finies 20 r�publiques dites � autonomes �. � un niveau</p><p>administratif inf�rieur viennent les oblast (provinces ou districts) autonomes. � l�int�rieur de chaque r�publique, la division la plus courante est l�oblast (province), plus rarement, dans les r�gions peu peupl�es, le kra� (territoire), qui peut contenir des oblast autonomes. La taille de ces oblast est tr�s diverse. Leur superficie peut varier de quelques milliers de kilom�tres carr�s � plusieurs centaines de milliers (en Sib�rie par exemple). Leur population oscille entre quelques centaines de milliers d�habitants et 5 millions, comme</p><p>dans l�oblast du Donets. D�autre</p><p>part, dans les r�gions d�sol�es du Grand Nord, les peuples hyperbor�ens ont �t� r�unis en cercles ou arrondissements nationaux appel�s okroug, dont chacun correspond �</p><p>une ethnie : ils sont �videmment tr�s �tendus, mais aussi peu peupl�s.</p><p>En dehors de ces divisions poli-</p><p>tico-administratives, plusieurs tentatives furent faites afin de d�finir</p><p>des r�gions d�int�r�t �conomique, r�gions-programmes ou r�gions-plans en m�me temps qu�unit�s</p><p>statistiques de premier ordre. D�s avant la guerre, les premi�res �tudes de r�gionalisation avaient port� sur une division de l�espace sovi�tique en 13 unit�s. Apr�s l�exp�rience peu heureuse des sovnarkhozes institu�s en 1957 et dissous en 1965 (apr�s que leur nombre eut �t� ramen�</p><p>de 104 � 42), on d�finit, en 1961, 17 � grandes r�gions �conomiques �</p><p>et 2 territoires, la Bi�lorussie et la Moldavie. En 1963, la Bi�lorussie est admise au rang de grande r�gion, et on ajoute g�n�ralement, dans les tableaux statistiques, la Moldavie, demeur�e � territoire �. Depuis,</p><p>les fronti�res de ces r�gions n�ont pas sensiblement vari�. Le tableau indique leurs principales caract�ristiques au d�but des ann�es 1970.</p><p>On a coutume de diviser ces r�-</p><p>gions en � r�gions orientales � et</p><p>� r�gions occidentales �. Celles-</p><p>ci comprennent les r�gions euro-</p><p>p�ennes, plus exactement de la</p><p>Russie d�Europe, plus la Transcaucasie. Elles couvrent une superficie de 4 817 000 km 2, sont peupl�es de 168 millions d�habitants (1970) ; elles re�oivent 63 p. 100 des investissements de l�industrie de l�Union enti�re et assurent environ les trois quarts de la production industrielle (p�riode 1958-1967). L�Oural reste encore, malgr� son prodigieux d�veloppement, compris dans les r�gions orientales (pratiquement asiatiques).</p><p>Celles-ci couvrent 17 580 000 km 2, sont peupl�es de 73 millions d�habitants, mais renferment un potentiel de production consid�rable, exploit� gr�ce � une croissance continue des investissements : ainsi, elles offrent 43 p. 100 du potentiel hydro�lectrique, qui reste loin d��tre mis totalement en valeur.</p><p>Parce qu�elles sont des cadres statistiques et �conomiques commodes et parce qu�elles correspondent � de grands ensembles g�ographiques, ces r�gions peuvent servir de base � une description succincte du territoire de l�U. R. S. S.</p><p>Les r�gions occidentales Ce sont les plus peupl�es, les mieux exploit�es, les plus riches en industries et en villes.</p><p>La r�gion du Nord-Ouest, comman-</p><p>d�e par Leningrad, garde une �conomie primaire fond�e sur le bois et les minerais (dans la presqu��le de Kola, nickel, apatites, n�ph�lines ; dans la r�gion de Vorkouta, charbon et p�trole).</p><p>Les �tats baltes, au climat plus</p><p>doux, se tournent peu � peu vers la mer (p�che, trafic de Riga, industries � sur l�eau �) et ont une industrie m�canique de pr�cision.</p><p>La Bi�lorussie a � peine r�par� les dommages de la guerre. L�agriculture s�am�liore gr�ce aux amendements</p><p>et au drainage. Minsk devient une capitale d�industries m�caniques et chimiques, ainsi qu�un centre de fabrication d�ordinateurs.</p><p>L�Ukraine a �t� d�coup�e en trois grandes r�gions �conomiques. C�est le plus riche secteur agricole de l�Union et le premier foyer industriel avec le Donbass. La mise en valeur de nouvelles sources d��nergie (hydro�lectricit� et gaz naturel) doit r�nover les villes moyennes.</p><p>Les deux r�gions de la Volga, Volga-Viatka et Povoljie, d�pendent du trafic sur le grand fleuve, de la production du Second-Bakou, de l��nergie hydraulique. De grandes agglom�rations se succ�dent de Gorki � Astrakhan.</p><p>Le Caucase-Nord assure la transi-</p><p>tion entre la haute montagne et les steppes de l�avant-pays, entre le Kouban, irrigu�, et les semi-d�serts de la Caspienne. Une grande agriculture, le p�trole et le gaz naturel ont attir� la population.</p><p>Les deux r�gions du Centre (Centre industriel au nord [enveloppant Moscou] et Centre-Terres noires au sud) d�pendent en grande partie de la</p><p>capitale.</p><p>La Transcaucasie se compose de</p><p>trois r�publiques en plein d�veloppe-</p><p>ment, gr�ce aux cultures subtropicales, au Premier-Bakou, � l�exploitation de gisements polym�tallif�res, et sa population s�accro�t rapidement.</p><p>downloadModeText.vue.download 78 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11289</p><p>downloadModeText.vue.download 79 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11290</p><p>downloadModeText.vue.download 80 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11291</p><p>downloadModeText.vue.download 81 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11292</p><p>Les r�gions orientales</p><p>Elles forment ce qu�on appelle encore l�Asie russe. Ce sont des territoires d�sol�s, o� se d�veloppent des foyers industriels et urbains et des franges pionni�res.</p><p>L�Oural pourrait �tre compris</p><p>dans les r�gions occidentales : � partir du fer, de minerais non ferreux et chimiques, son industrie de transformation s�est d�velopp�e, un r�seau urbain s�est form�, l�agriculture devient plus intensive.</p><p>L�Asie centrale comprend quatre</p><p>r�publiques (Kirghizistan, Ouzb�-</p><p>kistan, Tadjikistan et Turkm�nistan).</p><p>L�agriculture y est presque enti�rement irrigu�e, le coton est la principale richesse. Tachkent, la capitale, d�passe le million d�habitants.</p><p>Le Kazakhstan est en plein d�ve-</p><p>loppement : d�frichement et mise en culture des Terres vierges ; exploitation du charbon de Karaganda ; d�couvertes des gisements de zinc, de cuivre et d�autres minerais m�talliques ou chimiques.</p><p>L��conomie de la Sib�rie occidentale repose sur le bassin charbonnier et sid�rurgique du Kouzbass, sur la pr�-</p><p>sence du Transsib�rien d�doubl�, sur la d�couverte r�cente du p�trole et du gaz naturel dans le bassin de l�Ob inf�rieur.</p><p>Ch�teau d�eau encore assez peu</p><p>mis en valeur, la Sib�rie orientale se compose de r�gions pionni�res (bassins miniers au sud du Transsib�rien, centrale de Bratsk, agglom�rations de Krasno�arsk et d�Irkoutsk).</p><p>Enfin, l�Extr�me-Orient, � r�gion passive �, vit de la p�che, des for�ts et des rennes, de l�exploitation de minerais tels que l��tain, du p�trole de Sakhaline. L�U. R. S. S. esp�re beaucoup de l�aide financi�re et technique que le Japon pourrait lui apporter.</p><p>A. B.</p><p>F Alma-Ata / Arm�nie / Azerba�djan / Bakou</p><p>/ Bi�lorussie / Caspienne / Caucase / Donbass /</p><p>Erevan / Estonie / G�orgie / Gorki / Iaroslavl / Kazakhstan / Kazan / Kharkov / Kiev / Kirghizistan</p><p>/ Kou�bychev / Kouzbass / Leningrad / Lettonie /</p><p>Lituanie / Minsk / Moldavie / Moscou / Novossibirsk / Odessa / Oural / Ouzb�kistan / Riga / Russie / Sakhaline / Sib�rie / Tachkent / Tadjikistan /</p><p>Tbilissi / Transsib�rien / Turkm�nistan / Ukraine /</p><p>Volga / Volgograd.</p><p>N. N. Baranski, G�ographie �conomique de l�U. R. S. S. (en russe, Leningrad, 1927, nouv. �d., Moscou, 1955 ; trad. fr., �d. en langues �trang�res, Moscou, 1946). / P. George, l��conomie de l�U. R. S. S. (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1945 ; 13e �d., 1974) ; l�U. R. S. S. (P. U. F., 1947 ; 2e �d., 1962) ; G�ographie de l�U. R. S. S. (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963 ; 4e �d., 1974). /</p><p>H. Chambre, l�Am�nagement du territoire en U. R. S. S. (Mouton, 1960 ; nouv. �d., 1965). /</p><p>J. Cho&#x1E41;bart de &#x1E36;auwe, les Paysans sovi�tiques (�d. du Seuil, 1961). / J. Cole, A Geography of the U. S. S. R. (Londres, 1961 ; nouv. �d., Baltimore, 1967 ; trad. fr. l�U. R. S. S., A. Colin, 1969).</p><p>/ P. E. Lydolph, Geography of the U. S. S. R. (New York, Londres et Sydney, 1964). / A. Lavritchev, G�ographie �conomique de l�U. R. S. S. (en russe, Moscou, 1965 ; trad. fr., �d. du Progr�s, Moscou, 1968). / D. J. M. Hooson, The Soviet Union (Londres, 1966). / J. P. Cole, A Geography of the USSR (Harmondsworth, 1967 ; trad. fr.</p><p>l�U. R. S. S., A. Colin, coll. � U �, 1969). / J. S. Gregory, Russian Land, Soviet People (Londres,</p><p>1968). / M. Kaser, Soviet Economics (Londres, 1970 ; trad. fr. la Vie �conomique en U. R. S. S., Hachette, 1970). / A. Blanc et H. Chambre, l�U. R. S. S. (P. U. F., coll. � Magellan �, 1971 ; 2e �d., 1974). / R. Hutchings, Soviet Economic Development (Oxford, 1971). / L. Marcou, l�Union sovi�tique (A. Colin, 1971). / P. Carri�re, l�Asie sovi�tique aujourd�hui (Bordas, 1972) ; l�Europe sovi�tique aujourd�hui (Bordas, 1973) ; l��conomie de l�U. R. S. S. (Masson, 1974).</p><p>LES INSTITUTIONS</p><p>L�organisation administrative, politique, �conomique et sociale de l�Union sovi�tique r�sulte de la Constitution du 5 d�cembre 1936 et des amendements subs�quents, mais la r�alit� du pouvoir appartient toujours au parti communiste, seul parti l�gal aux termes m�mes de cette constitution.</p><p>L�organisation</p><p>�conomique</p><p>� La vie �conomique est d�termin�e et dirig�e par le plan d��tat de l��conomie nationale [...]. La base �conomique est constitu�e par le syst�me socialiste de l��conomie et par la propri�t� socialiste des biens de production [...], qui rev�t soit la forme de propri�t� d��tat (propri�t� du peuple tout entier), soit la forme de propri�t� coop�rative (propri�t� de chaque kolkhoze, propri�t� des unions coop�ratives) [...]. � En outre, � c�t� du syst�me socialiste de l��conomie � qui est la forme dominante �, la loi admet la petite �conomie priv�e des paysans individuels et des artisans, fond�e sur le travail personnel et � excluant l�exploitation du travail d�autrui �. Le droit � la propri�t� personnelle des revenus et �pargnes provenant du travail, de la maison d�habitation et des objets d�usage quotidien est prot�g� par la loi en m�me temps que le droit de les transmettre par voie d�h�ritage. Le travail est pour chaque citoyen qui y est apte � un devoir et une question d�honneur selon le principe : Qui ne travaille pas ne mange pas �.</p><p>L�organisation</p><p>administrative</p><p>� L�U. R. S. S. est un �tat f�d�ral constitu� sur la base de l�union librement consentie de r�publiques socia-</p><p>listes �gales en droit �, mais dont l�importance relative est tr�s variable : 17 075 400 km 2 et plus de 130 millions d�habitants pour la R�publique socialiste f�d�rative sovi�tique de Russie (R. S. F. S. R.), qui groupe seize r�publiques socialistes sovi�tiques autonomes, cinq r�gions autonomes et dix districts nationaux, moins de 30 000 km 2 et pr�s de deux millions et demi d�habitants pour l�Arm�nie.</p><p>Le � pouvoir d��tat � comporte des organes sup�rieurs dans 15 r�publiques f�d�r�es et 20 r�publiques autonomes</p><p>� qui leur sont subordonn�es dans le cadre du f�d�ralisme � et des organes locaux dans 6 territoires (kra�), 8 r�gions autonomes (avtomna�a</p><p>oblast), 10 districts nationaux (natsio-nalny� okroug), 105 r�gions (oblast), 2 959 districts ou rayons (ra�on), ainsi que dans les villes et les agglom�rations rurales.</p><p>Droits et devoirs</p><p>fondamentaux des</p><p>citoyens</p><p>Les citoyens de l�U. R. S. S. ont droit au travail, au repos (journ�e de travail de sept heures pouvant �tre r�duite, dans les cas les plus p�nibles et les plus difficiles, � six et m�me quatre heures ; cong�s annuels pay�s avec possibilit� de les utiliser dans des maisons de repos ou des clubs), aux assurances sociales, � l�assistance m�dicale g�n�-</p><p>ralis�e gratuite et � l�instruction (enseignement primaire g�n�ral et obligatoire d�une dur�e de huit ans, enseignement secondaire g�n�ral, professionnel ou technique, enseignement sup�rieur, cours du soir et par correspondance, enseignement gratuit d�ordre professionnel, technique ou agronomique pour les travailleurs, donn� dans les usines, sovkhoses et kolkhozes).</p><p>L��galit� des droits est assur�e sans distinction de sexe, de nationalit� et de race. La libert� de pratiquer les cultes religieux et la libert� de la propagande antireligieuse sont reconnues � tous les citoyens, l��glise �tant s�par�e de l��tat, et l��cole de l��glise.</p><p>La Constitution proclame l�invio-</p><p>labilit� de la personne et du domicile ainsi que le secret des correspondances.</p><p>Mais, en contrepartie, � tout citoyen de l�U. R. S. S. est tenu de se conformer � la Constitution, d�ex�cuter les lois, d�observer la discipline du travail, de remplir honn�tement son devoir social, de respecter les r�gles de la vie en soci�t� socialiste [...], de sauvegarder et d�affermir la propri�t� sociale, socialiste, base sacr�e et inviolable du r�gime sovi�tique [...]. Le service militaire obligatoire [...] est un devoir d�honneur pour tous les citoyens [...].</p><p>La trahison de la patrie [...] est punie suivant toute la rigueur de la loi comme le pire forfait [...]. Les individus atten-tant � la propri�t� sociale, socialiste sont les ennemis du peuple. �</p><p>Le gouvernement de</p><p>l�Union sovi�tique</p><p>Du fait de la guerre civile et de ses s�quelles, le parti communiste a assur�, au sens le plus large du mot, le gouvernement de l�Union sovi�tique.</p><p>� la suite de multiples �purations, la direction coll�giale du parti avait fait place � la direction de Staline, devenu secr�taire g�n�ral. Toutefois, une constitution, apparemment assez proche de celle des �tats bourgeois de d�mocratie parlementaire, fut �labor�e en 1936. L��puration de l�arm�e, la Seconde Guerre mondiale, puis la</p><p>� guerre froide � retard�rent l��volution du r�gime : cependant, depuis la mort de Staline, une sorte d��quilibre tend � s�instaurer progressivement entre les organismes qui d�tiennent constitutionnellement le � pouvoir d��tat � et les organes directeurs du parti communiste ; la part effective du pouvoir d�tenu par les uns ou par les autres varie pratiquement en fonction de la personnalit� propre de chacun des hommes d��tat qui anime tel ou tel de ces organes : on se trouve pr�sentement devant une � tro�ka � compos�e du se-cr�taire g�n�ral du parti (actuellement Brejnev), du pr�sident du Praesidium du Soviet supr�me (Podgorny�) et du pr�sident du Conseil des ministres (Kossyguine), mais o� le premier de ces personnages occupe, en fait, le devant de la sc�ne.</p><p>Les organes constitutionnels</p><p>y Th�oriquement, le pouvoir sup�-</p><p>rieur d��tat est exerc� par le Soviet supr�me (Verkhovny� Sovet), compos� de deux assembl�es �lues au suffrage universel direct et secret et aux pouvoirs �gaux : Soviet de l�Union (Sovet So�ouza) et Soviet des nationalit�s (Sovet Natsionalnoste�).</p><p>Le Soviet supr�me est renouvel�</p><p>tous les quatre ans au scrutin unino-minal majoritaire � deux tours par les citoyens �g�s de 18 ans, les candidats</p><p>� �g�s d�au moins 23 ans � �tant</p><p>d�sign�s par les organisations du parti communiste, les syndicats professionnels, les coop�ratives, les organisations de jeunesse et les soci�t�s culturelles ; en fait, dans la tr�s grande majorit� downloadModeText.vue.download 82 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11293</p><p>des circonscriptions, les �lecteurs se trouvent en face d�un seul candidat ; mais les assembl�es d�entreprises ou de quartiers qui ont proc�d� � sa d�-</p><p>signation ont souvent �t� anim�es, le renouvellement du mandat du d�put� sortant �tant loin de constituer la r�gle, puisque, la plupart du temps, les deux tiers des d�put�s sont �lus pour la premi�re fois. Environ un quart des �lus sont des � sans-parti �.</p><p>Les sessions parlementaires ordi-</p><p>naires sont br�ves, environ une semaine chacune ; mais depuis quelques ann�es des commissions permanentes si�gent pendant plusieurs mois chaque ann�e en vue de pr�parer le travail l�gislatif et de contr�ler les administrations. Entre les sessions, le � pouvoir d��tat � sup�rieur supr�me est exerc� par le Praesidium du Soviet supr�me (Prezidioum Verkhovnogo Soveta) [une trentaine de membres �lus en s�ance pl�ni�re et commune des deux assembl�es], dont le pr�sident remplit les fonctions de chef d��tat.</p><p>y Le Conseil des ministres (Sovet Mi-nistrov) � qualifi� d�organe ex�cutif et administratif et anim� par un pr�sident du Conseil � est compos� d�un grand nombre de ministres (dont les uns, les ministres f�d�raux, disposent d�une administration propre, et les</p><p>autres, les ministres f�d�raux r�publicains, passent par l�interm�diaire des administrations des diverses r�publiques f�d�r�es) et de pr�sidents de comit�s d��tat. Responsable devant le Soviet supr�me � qui l��lit � et son Praesidium, il doit leur rendre compte de ses activit�s.</p><p>Les institutions des r�publiques f�-</p><p>d�r�es et des r�publiques autonomes sont plus ou moins calqu�es sur celles de l�Union. Dans les autres collectivit�s territoriales, les organes du pouvoir d��tat sont constitu�s par un soviet local �lu pour deux ans et par un comit� ex�cutif.</p><p>Le parti communiste</p><p>Au terme de l�article 126 de la Constitution du 5 d�cembre 1936 : � Les citoyens les plus actifs et les plus conscients [...] s�unissent volontairement dans le parti communiste de l�Union sovi�tique [...], noyau dirigeant de toutes les organisations de travailleurs, aussi bien des organisations sociales que des organisations d��tat. � Malgr� de s�v�res conditions d�admission, le parti communiste de l�Union sovi�tique (Kommounistit-cheska�a Partia Sovetskogo So�ouza, KPSS) comptait � en 1974 � plus de quatorze millions de membres.</p><p>Les orientations g�n�rales du parti sont d�termin�es par le Congr�s, qui se r�unit actuellement tous les cinq ans afin, notamment, d�approuver le plan quinquennal et d��lire un Comit� central ainsi qu�une Commission centrale de contr�le (sorte de tribunal supr�me des d�cisions prises au sein du parti tant en mati�re d�admission que d�exclusion). Le Comit� central se r�un�t au moins deux fois l�an. Il �lit le bureau</p><p>politique ou Politburo (en russe Polit-biouro), le secr�tariat et un secr�taire g�n�ral. Les militants les plus importants du Comit� sont souvent tout ensemble membres du secr�tariat et du Politburo.</p><p>Le parti est organis� suivant des normes assez semblables dans les r�-</p><p>publiques f�d�r�es ou autonomes ainsi que dans les autres collectivit�s territoriales. (Cependant, la R. S. F. S. R.</p><p>[R�publique f�d�rative de Russie] n�a pas d�organes sup�rieurs [Comit� central, secr�tariat, Politburo, etc.].) La notion de centralisme d�mocratique � selon laquelle une d�cision prise par le Congr�s (c�est-�-dire, en principe, par les militants) ou, entre deux congr�s, par les organes directeurs ne peut plus �tre discut�e dans les organisations du parti, qui ont le devoir d�assurer son ex�cution � interdit la constitution de � tendances � structur�es, mais il n�en reste pas moins que certains dirigeants (en particulier parmi les apparatchiki, ou fonctionnaires du parti, dont le nombre, difficile � �valuer, para�t devoir s�approcher du demi-million) disposent d�une sorte de � client�le �. Lorsque les</p><p>forces en pr�sence cessent de s��quilibrer ou s�impatientent, il y a conflit et �puration plus ou moins spectaculaires.</p><p>R. M.</p><p>&amp; R. A. Bauer et A. Inkeles, How the Soviet System works (Cambridge, Mass., 1956). /</p><p>J. N. Hazard, The Soviet System of Government (Chicago, 1957 ; 4e �d., 1968). / D. J. R. Scott, Russian Political Institutions (Londres, 1958 ; 2e �d., New York, 1966). / M. Mouskhely et Z. Je-dryka, le Gouvernement de l�U. R. S. S. (P. U. F., 1961). / P. G�lard, l�Administration locale en U. R. S. S. (P. U. F., 1972). / M. Lesage, la Fonction publique en U. R. S. S. (P. U. F., 1973) ; les Institutions sovi�tiques (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975). / M. Ancel (sous la dir. de), le Syst�me p�nal sovi�tique (L. G. D. J., 1975).</p><p>LA POLITIQUE</p><p>DE D�FENSE DE</p><p>L�U. R. S. S.</p><p>(1945-1975)</p><p>1945-1953,</p><p>glacis europ�en et</p><p>puissance nucl�aire</p><p>Victorieux en 1945, dirigeants et peuples sovi�tiques restent profond�-</p><p>ment marqu�s par le drame inattendu de l�agression allemande de 1941 et par le prix dont il a fallu payer la victoire. La crainte d�un rel�vement de l�Allemagne et de la renaissance d�une Wehrmacht, devenue pour l�U. R. S. S. un r�flexe national, la conduit � consolider cette victoire en cr�ant en Europe de l�Est un � glacis � form� des pays lib�r�s par l�arm�e rouge, qui, dot�s de r�gimes li�s � Moscou, devront �tre pr�serv�s de toute possibilit� de � d�viation �.</p><p>� Yalta (4-11 f�vr.), puis � Potsdam (17 juill. - 2 ao�t 1945), Staline a obtenu dans ce secteur carte blanche des Alli�s. Ainsi l�arm�e rouge contr�le la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie et</p><p>la Roumanie. En Allemagne, gr�ce au repli n�goci� des forces am�ricaines, qui �vacuent la ligne de l�Elbe, elle s�installe jusqu�en Thuringe, � moins de 150 km du Rhin. Favorisant partout l�installation de gouvernements communistes (le dernier, � Prague en 1948), l�U. R. S. S. pr�side � la remise sur pied d�arm�es nationales d�pendant �troitement de l�arm�e rouge et supervis�es � partir de 1950 par le mar�chal Koniev*. Les �tats alli�s signent avec elle des trait�s d�amiti� et d�assistance mutuelle qui les incluent dans l�orbite politique et strat�gique sovi�tique. En outre, l�U. R. S. S. appuie les communistes grecs et cherche sans succ�s � se maintenir dans le nord de l�Iran et � obtenir de la Turquie la restitution de Kars et d�Ardahan. Partout, elle commence � se heurter � l�opposition des �tats-Unis, o� le pr�sident Truman*</p><p>d�veloppe sa politique du containment.</p><p>En 1947, le plan Marshall et la mise en place d�finitive du rideau de fer marquent, entre les blocs occidental et sovi�tique, le d�but de ce qu�on a appel� la guerre froide, dont les sommets seront le blocus de Berlin* (1948) et la guerre de Cor�e* (1950-1953).</p><p>Au m�me moment, l�U. R. S. S.,</p><p>qui a pris conscience de l�importance de l�arme nucl�aire, d�ploie un effort consid�rable pour s�en doter. La premi�re bombe atomique sovi�tique</p><p>annonce en 1949 la fin du monopole am�ricain, mais il faudra plusieurs ann�es encore avant que les forces de l�U. R. S. S. disposent d�armes atomiques op�rationnelles et s�adaptent � leur emploi �ventuel. Face � la menace de repr�sailles massives du Strategic Air Command, le Kremlin doit se montrer prudent et ne pas heurter de front les int�r�ts am�ricains. En Asie, la proclamation par Mao Zedong (Mao Ts�-tong) de la R�publique populaire de Chine* (1er oct. 1949) est un succ�s pour le communisme mondial, mais</p><p>aussi l�annonce pour Moscou d�une rivalit� qui ne fera que s�aggraver malgr� la signature du trait� d�alliance sino-sovi�tique de f�vrier 1950. Au nord de la Chine, Moscou accorde son soutien � la Cor�e du Nord contre les �tats-Unis, et au sud � H� Chi Minh*</p><p>contre la France. En Europe appara�t en 1948 la premi�re fissure du bloc stra-</p><p>t�gique socialiste avec la s�cession de la Yougoslavie, compens�e, il est vrai, en 1949, par la cr�ation de la R�publique d�mocratique de l�Allemagne orientale.</p><p>Sur le plan militaire, cette p�riode de l�imm�diat apr�s-guerre est marqu�e par une d�mobilisation partielle de l�immense arm�e rouge de 1945, qui prend en 1946 le nom d�arm�e</p><p>sovi�tique. Au m�me moment s�exerce une efficace reprise en main du parti sur les forces arm�es. Elle est marqu�e notamment par le r�tablissement en 1946 des commissaires ou officiers politiques (les zampolit) ainsi que par le d�tachement dans les unit�s d�agents du MVD ; elle s�accompagne de l��limination des personnalit�s militaires trop voyantes, tel le mar�chal Joukov*</p><p>(rel�gu� dans une fonction subalterne) au profit d�hommes du parti comme Nikola� Aleksandrovitch Boulganine (1895-1975), promu mar�chal et ministre des Forces arm�es de 1947 � 1949 et dont le successeur, le mar�-</p><p>chal Aleksandr Mikha�lovitch Vas-</p><p>silevski (n� en 1895), prend en 1950</p><p>le titre de ministre de la D�fense. La modernisation des forces est r�alis�e dans le cadre du IVe Plan quinquennal (1946-1950), dont un objectif est</p><p>� le d�veloppement de la capacit� de d�fense de l�U. R. S. S. et l��quipement de ses forces en mat�riels les plus modernes �. Ces efforts aboutissent, en dehors du domaine nucl�aire, � la motorisation progressive de l�arm�e et � la mise en service en 1948 des premiers chasseurs (� Mig-15 �) et bombardiers (� Il-18 �) � r�action. Les chantiers navals sont remis en �tat au b�n�fice downloadModeText.vue.download 83 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11294</p><p>quasi exclusif d�une marine militaire dont les premiers destroyers (type</p><p>� Skory �, 2 600 t) et croiseurs (type</p><p>� Sverdlov �, 20 000 t) d�apr�s guerre apparaissent en 1950-1952.</p><p>1953-1962, de la guerre</p><p>froide � la coexistence</p><p>pacifique</p><p>Dans la politique de d�fense autant que sur le plan int�rieur, la mort de Staline en mars 1953 est le point de d�part d�une p�riode de relative d�tente. Une de ses cons�quences essentielles sera de lib�rer les esprits du dogmatisme stalinien, op�ration d�autant plus opportune que l�explosion, en ao�t 1953, de la premi�re bombe thermonucl�aire sovi�tique conduira � une r�vision de cette politique et � une adaptation des forces aux conditions nouvelles de la strat�gie. Cette mutation sera l�oeuvre du mar�chal Joukov, rappel� comme ministre de la D�fense de 1955 � 1957, et assist� du mar�chal Vassili Dani-lovitch Sokolovski (1897-1968), qui dirigera l��tat-major g�n�ral sovi�tique de 1953 � 1960. � l�arm�e d�effectifs de 1945 succ�dent, dix ans plus tard, des forces plus r�duites mais mieux structur�es et mieux arm�es : l�ar-m�e de terre, perdant deux millions d�hommes de 1955 � 1961, est ramen�e � 1 600 000 hommes, recrut�s par un service militaire de trois ans, tandis que le nombre de ses divisions passe de 180 � 125, presque toutes motoris�es ou m�canis�es. Les premiers missiles tactiques nucl�aires � Frog �</p><p>apparaissent sur la place Rouge en 1957, ann�e o� la mise sur orbite du premier � Spoutnik � r�v�le aux Am�-</p><p>ricains l�avance prise par l�U. R. S. S.</p><p>dans le domaine des missiles strat�-</p><p>giques intercontinentaux (elle a permis � Khrouchtchev* de lancer le premier ultimatum nucl�aire de l�U. R. S. S.</p><p>lors de la crise isra�lo-arabe de 1956).</p><p>Une arme des fus�es (missiles) est cr��e sous forme autonome en 1960 et groupe l�ensemble des missiles strat�-</p><p>giques constituant la force de frappe de l�U. R. S. S. En 1961, Iouri Gagarine (1934-1968), � bord du premier</p><p>� Vostok �, confirme l�avance spatiale sovi�tique, tandis que sont reprises par Moscou les exp�rimentations thermonucl�aires, interrompues depuis trois ans. En 1963 enfin para�t la Strat�gie militaire, ouvrage dirig� par le mar�-</p><p>chal Sokolovski, qui fait le point sur la doctrine nucl�aire sovi�tique. Rejetant l�id�e am�ricaine d�une guerre limit�e, le mar�chal pr�conise la mise en oeuvre imm�diate de feux nucl�aires puissants sur toute la profondeur du territoire de l�agresseur afin d�obtenir rapidement la d�cision et souligne la n�cessit�, pour</p><p>l�U. R. S. S., de disposer de forces pr�tes � tout instant � la riposte.</p><p>Au cours de cette p�riode, les forces navales sovi�tiques connaissent un prodigieux essor, qui traduit la volont� de Moscou d��largir � l��chelle mondiale le cadre, jusqu�ici continental, de sa strat�gie. Cette expansion navale est poursuivie sous la direction de l�amiral Sergue� Gueorguievitch Gorchkov, mis � quarante-six ans � la t�te de l�ami-raut� sovi�tique en 1956. Disposant en 1962 de 1 500 000 t de navires de moins de dix ans d��ge, la marine de l�U. R. S. S. devient la deuxi�me du monde, �gale au quart de la marine am�ricaine, mais au double de la britannique. Priorit� est donn�e � la flotte sous-marine (env. 350 unit�s), o� apparaissent autour de 1960 les premiers sous-marins* lance-missiles � propulsion nucl�aire.</p><p>Jouissant d�une popularit� encom-</p><p>brante, le mar�chal Joukov est brutalement cong�di� par Khrouchtchev en octobre 1957. Il est remplac� au minist�re de la D�fense par le mar�-</p><p>chal Malinovski*, qui c�de sa place de commandant des forces terrestres au mar�chal Andre� Antonovitch</p><p>Gretchko (1903-1976). Le d�part de Joukov permet une nouvelle reprise en main du parti sur les arm�es, dont la tr�s puissante � direction politique �</p><p>passe du g�n�ral Alekse� Sergue�evitch Jeltov (n� en 1904) au g�n�-</p><p>ral Filipp Ivanovitch Golikov (n� en 1900) en 1958, puis en 1962 au g�n�ral Alekse� Alekse�evitch Iepichev (n� en 1908) repr�sentants directs, aupr�s du ministre de la D�fense, du secr�tariat g�n�ral du parti communiste et chefs de la hi�rarchie parall�le des zampolit.</p><p>Une nouvelle situation</p><p>strat�gique</p><p>Cette transformation des arm�es s�effectue dans le cadre nouveau d�une coexistence de plus en plus �quilibr�e des potentiels militaires am�ricain et sovi�tique, qui voit alterner p�riodes de d�tente et de tension. En 1955, apr�s l�entr�e de l�Allemagne occidentale r�arm�e dans le pacte de l�Atlantique (v. Atlantique Nord [trait� de l�]), l�U. R. S. S. a renforc� le bloc socialiste par la signature du pacte de Var-</p><p>sovie*, qui permet un contr�le �troit des arm�es des d�mocraties populaires.</p><p>Cette emprise rencontre parfois de s�-</p><p>rieuses difficult�s comme en 1956 en Pologne, o� le mar�chal Rokossovski*</p><p>doit abandonner le poste de ministre de la D�fense, en Hongrie, o� les vell�it�s d�ind�pendance sont �cras�es par les chars sovi�tiques, et en Albanie, o� le pacte finira par �tre d�nonc� en 1968.</p><p>En 1955 et 1956, Moscou profite</p><p>de la crise de Suez pour accro�tre son influence au Proche-Orient en fournissant des armes et des cr�dits � l��gypte et � la Syrie et en imposant une pr�-</p><p>sence de plus en plus importante de sa marine en M�diterran�e. Khrouchtchev n�h�site pas � l�occasion � pousser la provocation jusqu�aux limites de la rupture. C�est le cas, lors de la crise de Berlin (1961), o� le dirigeant sovi�-</p><p>tique donne son accord � l��rection du fameux � mur de la honte �, et en 1962</p><p>lors de l�installation des missiles sovi�-</p><p>tiques � Cuba, qu�il retire finalement devant la d�termination de Kennedy.</p><p>Cette �poque est aussi celle du d�but de la crise dans les rapports avec la Chine, � laquelle l�U. R. S. S. accor-dait depuis 1950 une aide technique et militaire consid�rable. En 1959, Moscou refuse de livrer � P�kin les renseignements promis en 1957 sur les armements nucl�aires et prend ombrage de l�attitude de Mao Zedong (Mao</p><p>Ts�-tong), qui s�oppose � la th�se de la coexistence pacifique et se pr�sente comme le leader du communisme mondial orthodoxe. En 1960, Moscou retire brusquement les quelque 10 000 cadres civils et militaires sovi�tiques d�tach�s en Chine. La fronti�re sino-sovi�tique, d�ailleurs contest�e par P�kin, devenait un sujet de graves pr�occupations pour l�U. R. S. S.</p><p>1963-1976,</p><p>vers la d�tente par</p><p>un �quilibre n�goci�</p><p>La crise de Cuba avait mis en �vidence le r�tablissement en faveur des �tats-Unis de l��quilibre strat�gique et l�insuffisance des forces navales de l�U. R. S. S. pour soutenir une politique vraiment mondiale. Convaincu de la n�cessit� d�une pause dans</p><p>sa lutte contre le bloc occidental, Khrouchtchev avait d�j� amorc� le dialogue avec Washington. Apr�s sa rencontre avec le pr�sident Kennedy � Vienne (1961) et la cr�ation entre eux d�un t�l�phone rouge pour �viter tout � conflit par erreur �, il accepte le principe d�une conf�rence anglo-am�ricano-sovi�tique, d�o� sortira, en 1963, le trait� de Moscou interdisant les essais nucl�aires autres que souterrains et consacrant la volont� d�exclusivit� des deux super-grands en mati�re d�armement atomique. Les successeurs de Khrouchtchev poursuivent cette politique et, tout en continuant son programme d�explosions nucl�aires (190 de 1963 � 1976), l�U. R. S. S.</p><p>participe � toutes les n�gociations sur le d�sarmement*. Apr�s le trait� de non-prolif�ration nucl�aire (1968), qui vise � pr�server l�avance nucl�aire des �tats-Unis et de l�U. R. S. S., elle signe les trait�s de d�nucl�arisation des fonds marins (1970) et d�interdiction de l�arme biologique (1972).</p><p>Les crises tch�que et chinoise</p><p>Au cours de cette p�riode, deux crises graves affectent le monde communiste.</p><p>La premi�re � qui, en ao�t 1968,</p><p>conduit l�U. R. S. S. et ses alli�s du pacte de Varsovie � intervenir avec 27 divisions en Tch�coslovaquie �</p><p>souligne l�importance que continue � attacher la strat�gie sovi�tique au contr�le de cette position cl� du glacis europ�en. L�accord conclu avec Prague le 16 octobre 1968 pr�voit le maintien</p><p>� temporaire � en Tch�coslovaquie de forces sovi�tiques (5 divisions y sont encore en 1976), tandis qu�est amorc�e une r�organisation des structures du pacte de Varsovie visant � en affermir la coh�sion. La seconde crise r�sulte de l�aggravation des rapports entre l�U. R. S. S. et la Chine, devenue entre-temps (1964-1966) une puissance</p><p>nucl�aire. En 1969, les contestations frontali�res le long du fleuve Oussouri aboutissent � des affrontements sanglants et entra�nent le renforcement du dispositif sovi�tique face � la Chine.</p><p>Proche-Orient et oc�an Indien</p><p>Si l�Europe et la Chine constituent les deux p�les de la politique de d�fense</p><p>sovi�tique, celle-ci s�affirme �galement tr�s active au Proche-Orient et dans l�oc�an Indien. Par ses trait�s d�alliance avec la Syrie, l�Iraq et l��gypte, o� elle envoie de nombreux conseillers militaires (10 000 � 15 000 hommes en 1972), l�U. R. S. S.</p><p>se pose comme le protecteur et le fournisseur en armement des �tats et des arm�es arabes, notamment au cours des deux guerres isra�lo-arabes (1967</p><p>et 1973). En 1971, dans le conflit qui s�annonce entre le P&#x101;kist&#x101;n (soutenu par les �tats-Unis dans le cadre du CENTO) et l�Inde, Moscou signe un trait� avec ce pays qui se traduit par la fourniture de mat�riels sovi�tiques aux forces indiennes. Dans le m�me esprit, l�U. R. S. S. apporte une aide militaire importante � d�autres pays du tiers monde comme l�Alg�rie, le Soudan, le Y�men ou le Vi�t-nam du Nord (pays o� elle envoie des conseillers mili-downloadModeText.vue.download 84 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11295</p><p>taires) et recherche pour sa marine des facilit�s portuaires, notamment dans la mer Rouge et autour de l�oc�an Indien (Somalie, Inde, Malaisie, �le Maurice).</p><p>Elle doit cependant s�effacer devant les marines am�ricaine et britannique dans les travaux qui aboutissent en 1975 � la r�ouverture du canal de Suez.</p><p>SALT et accords sovi�to-</p><p>am�ricains</p><p>C�est en 1967 que, pour limiter les cons�quences financi�res de la course aux armements, notamment dans le</p><p>domaine des antimissiles, Moscou</p><p>accepte le principe, de discussions directes avec les �tats-Unis. �tendues aux armements offensifs, ces n�gociations s�ouvriront sous le nom de SALT</p><p>(Strategic Arms Limitation Talks) � Helsinki en 1969. Elles aboutiront le 26 mai 1972 � un premier accord limitant � deux sites les syst�mes d�armes antimissiles de chaque partenaire et � une convention provisoire, limitant pour eux jusqu�en 1977 le nombre</p><p>des missiles strat�giques (soit pour l�U. R. S. S. 1 618 ICBM et 950 SLBM</p><p>sur 62 sous-marins). Les n�gociations</p><p>SALT, compliqu�es par la r�alisation des missiles � charges multiples (MIRV), reprennent � Gen�ve � la fin de 1972 sans r�sultat positif. Toutefois, le 3 juillet 1974, Brejnev signe � Moscou avec le pr�sident Nixon un accord limitant � un seul site le dispositif antimissile autoris� par la convention de 1972</p><p>et, � partir du 31 mars 1976, � 150 kt la puissance des essais nucl�aires souterrains. L�U. R. S. S. participe depuis 1973 � la conf�rence sur la r�duction des forces en Europe (MBFR, Mutual Balanced Force Reduction). Elle a sign� le 1er ao�t 1975, � Helsinki, avec tous les �tats d�Europe, la d�claration sur la s�curit� europ�enne consacrant les fronti�res de 1945, dont elle avait �t� l�instigatrice.</p><p>Les forces arm�es de</p><p>l�U. R. S. S. en 1977</p><p>� L�Union sovi�tique dispose de forces puissantes dot�es d�un mat�riel de premier ordre. � Cette affirmation, formul�e en 1970 par le mar�chal Gretchko, ministre de la D�fense de 1967 � 1976, continue de se v�rifier malgr� une baisse relative dans le budget global de l�U. R. S. S. de la part (13 p. 100 en 1967 ; 9,1 p. 100 en 1974) r�serv�e � la d�fense, dont le montant officiel plafonne autour de 24 milliards de roubles depuis 1972 (26,2 en 1976). Toutefois, certains observateurs pensent que ce chiffre ne tient pas compte des d�penses militaires engag�es par d�autres minist�res que celui de la D�fense, si bien que le montant total du budget de d�fense sovi�tique serait tr�s sup�rieur � ce chiffre.</p><p>Si l�effort militaire des ann�es 1970 a surtout port� sur l�armement nucl�aire strat�-</p><p>gique et notamment sur la mise au point des missiles � charges multiples (op�rationnels en 1975), c�est dans le domaine naval que le progr�s a �t� le plus spectaculaire.</p><p>En 1977, l�U. R. S. S. demeure la deuxi�me puissance navale mondiale et s�appr�te � d�passer l�U. S. Navy pour les sous-marins.</p><p>� cette date, l�effectif total des forces so-vi�tiques est estim� � 3 650 000 hommes, auxquels s�ajoutent 200 000 gardes-fronti�res et 230 000 hommes des troupes de s�curit� (sans compter env. 9 millions de membres des organisations paramilitaires d�assistance volontaire du DOSAAF</p><p>[Dobrovolno�e obchtchestvo sode�stvia armii aviatsii i flotou], cr�� en 1951, pour</p><p>l�entra�nement militaire de la jeunesse).</p><p>La dur�e du service obligatoire est fix�e depuis 1967 � deux ans dans l�arm�e de terre et l�aviation, � trois ans dans la marine et les gardes-fronti�res. L�emprise du parti communiste est assur�e � chaque �chelon par une section politique dont le chef est adjoint au commandant de la formation.</p><p>Au sommet de cette hi�rarchie parall�le se situe la direction politique centrale des arm�es, relevant directement du Comit� central du parti. Depuis 1968, un grand effort de rajeunissement des cadres a �t� entrepris : 65 p. 100 des officiers combattants ont moins de trente ans, de nombreux g�n�raux cinquante. Parmi eux, on citera le g�n�ral Viktor Koulikov (n� en 1921), mis de 1971 � 1977 � la t�te de l��tat-major g�n�ral des arm�es, qui sont r�parties dans les grands commandements ci-apr�s.</p><p>y Les forces nucl�aires strat�giques, �l�-</p><p>ment essentiel de la dissuasion, ont b�n�-</p><p>fici� d�un accroissement consid�rable, passant de 930 missiles (dont 130 SLBM) en 1968 � 2 372 (dont 845 SLBM) en 1977. Elles comprennent :</p><p>� une composante navale constitu�e de 78 sous-marins dont 58 � propulsion nucl�aire, soit 34 de type � Y � arm�s de 16 missiles � SSN-6 � de 2 700 km de port�e, 17 de type � D � arm�s de 12 missiles</p><p>� SSN-8 � de plus de 7 000 km de port�e et 7 de type � H �.</p><p>� les troupes de missiles strat�giques (375 000 hommes), � base de la puissance militaire sovi�tique �, qui servent 1 527 missiles intercontinentaux � SS-7 �,</p><p>� 8 �, � 9 �, � 11 �, � 13 � et, depuis 1975,</p><p>� 17 �, � 18 � et � 19 � (� charges multiples ; port�e : 11 000 km).</p><p>� une composante a�rienne, enfin, form�e de 135 bombardiers � long rayon d�action (� TU-95 Bear � ou � Mya-4 Bison �) pouvant atteindre le territoire am�ricain et de 650 bombardiers moyens � TU-16 Bad-ger � et � TU-22 Blinder �.</p><p>y Les forces de d�fense a�rienne</p><p>(550 000 hommes fournis par les arm�es de terre et de l�air) forment un commandement autonome disposant d�un syst�me de d�tection et d�alerte et de moyens actifs de d�fense. Les unit�s a�riennes groupent 2 650 intercepteurs (dont 1 250 tr�s r�-</p><p>cents, comme les � Yak-28 P �, � TU-28 P �,</p><p>� Sukho�-11 � et � 15 � et � Mig-25 �). Les</p><p>missiles antia�riens, au nombre d�environ 10 000 (surtout � SAM-2 Guideline �), �quipent 1 000 sites. En outre, 64 missiles antimissiles de type � Galosh �, de charge m�gatonnique, sont d�ploy�s en quatre sites autour de Moscou conform�ment aux accords SALT de 1972.</p><p>y Les forces terrestres (1,8 million d�hommes) comprennent 111 divisions motoris�es ou m�canis�es, 50 blind�es et 7 a�roport�es. Leur d�ploiement en 1976 serait le suivant : 20 divisions en Allemagne de l�Est, 2 en Pologne, 4 en Hongrie, 5 en Tch�coslovaquie (soit pour ces 31 divisions, dont 16 blind�es, un ensemble de 9 000 chars), 70 dans l�ouest et le centre de l�U. R. S. S., 24 au Caucase et au Turkestan, 43 � la fronti�re chinoise.</p><p>La plupart de ces unit�s disposent de missiles nucl�aires tactiques de type � Frog �,</p><p>� Scud � ou � Scaleboard �, dont les port�es s��tendent de 30 � 800 km. Toutes sont do-t�es de missiles antia�riens SAM dont l�efficacit� est apparue lors de la guerre isra�lo-arabe en 1973. Les chars (� T 54 �, � T 55 �,</p><p>� T 62 �), les chasseurs de chars (� PT 76 �</p><p>et � PT 85 �) et les v�hicules blind�s sont, pour la plupart, amphibies et �quip�s d�un syst�me de conduite de tir infrarouge.</p><p>y Les forces navales (450 000 hommes dont 50 000 de l�a�ronavale et 14 000 de l�infanterie de marine) rassemblent 214 b�-</p><p>timents de combat de surface et, non compris ceux des forces nucl�aires strat�giques, quelque 231 sous-marins, dont environ 84 sous-marins d�attaque � propulsion nucl�aire de 4 000 � 5 000 t, post�rieurs � 1960. La flotte de surface comprend deux porte-h�licopt�res de 20 000 t (Moskva, 1967, et Leningrad, 1968), une vingtaine de croiseurs lance-missiles, dont 15 de 6 000 � 9 000 t (� Kresta I � et � 2 � et</p><p>� Kara �), lanc�s de 1967 � 1972, 45 destroyers lance-missiles de 3 000 � 4 750 t (1958-1974), environ 300 escorteurs et plus de 300 vedettes lance-torpilles ou lance-missiles. Le Kiev (40 000 t), premier porte-avions sovi�tique, est entr� en service en 1976. L�a�ronavale bas�e � terre, dispose d�environ 645 appareils de combat, 200 de transport et 250 h�licopt�res. En 1977, la marine sovi�tique �tait r�partie entre les quatre flottes de l�Arctique (env. 126 sous-marins et 51 navires de combat), de la Baltique (env. 12 sous-marins et 47 navires de combat), de la mer Noire (env. 19 sous-marins et 59 navires de combat) et du Paci-</p><p>fique (env. 74 sous-marins et 57 navires de combat).</p><p>y Les forces a�riennes (450 000 hommes, non compris ceux affect�s � la d�fense a�rienne et aux forces strat�giques) disposent en 1977 d�environ 5 350 appareils de combat, de 1 550 appareils de transport et de 320 h�licopt�res. En dehors des forces strat�giques, le plus grand commandement est celui des forces a�riennes tactiques, qui met en oeuvre environ 4 500 avions, dont les meilleurs prototypes apparus depuis 1968 sont les chasseurs</p><p>� Mig-21 �, � 23 � et � 25 �, les avions d�attaque au sol � SU-7 � et les bombardiers l�gers � Yak-28 �. L�aviation de transport, consid�rablement d�velopp�e, est �quip�e d�Illiouchine � 14 � et � 18 � et d�Anta-nov � 8 �, � 12 �, � 22 � et � 24 �. Ces derniers ont �t� employ�s notamment pour le pont a�rien organis� par l�U. R. S. S. dans le conflit isra�lo-arabe de 1973. (V. transport</p><p>[aviation militaire de]).</p><p>P. D.</p><p>B. de B.</p><p>F D�fense / D�sarmement / �tats-Unis / Europe</p><p>/ Missile / Sous-marin / Strat�gie / Varsovie (pacte de).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>La litt�rature russe</p><p>La litt�rature russe n�en finit pas de na�tre. Sa pr�histoire dure des si�cles, pendant lesquels la Russie semble st�rile, d�pourvue d�imagination cr�atrice, sans langue stable, sans imprimerie, sans culture, sans tradition. Ou plut�t, la tradition grecque s�est int�gr�e au plus profond de la vie spirituelle, dans la religion. On ne lisait alors que les textes sacr�s, les Saintes �critures et les Vies de saints, pieusement calligraphi�s par des moines dans la langue liturgique, le slavon d��glise.</p><p>Dans une seconde �tape, en m�me</p><p>temps que Pierre le Grand ouvrait la Russie � l�Occident, p�n�tr�rent les premi�res influences �trang�res. On emprunta les proc�d�s artistiques et les moyens d�expression de l�Europe. On traduisit les auteurs fran�ais, anglais et allemands. Mais la greffe donna</p><p>souvent des fruits lourds et artificiels.</p><p>La langue russe, sortie de l��glise, se retrouvait au bal, s�exclama plus tard Gogol. Elle ignorait toujours la saveur du terroir. Jusqu�au XIXe s. � la po�sie de Derjavine except�e �, l�art litt�-</p><p>raire fut surtout un art d�imitation.</p><p>Et soudain survient le miracle</p><p>Pouchkine. En moins de vingt-cinq ans, la situation est renvers�e. Cet embryon de litt�rature acc�de d�un coup � la maturit� et s�enrichit d�mesur�ment au point d�atrophier toutes les autres valeurs. Un r�le exceptionnel lui �choit, que n�a connu aucune autre litt�rature d�Europe : celui d�exprimer l�ensemble de la pens�e russe, philosophique, politique, artistique et sociale, de lutter contre les vices d�un r�gime et de traduire la vie spirituelle d�un peuple. C�est de la litt�rature que Dosto�evski attend la � justification de la Russie �.</p><p>La ran�on de ce soudain jaillissement est l��clatement des moules traditionnels : l�abondance de la mati�re, jointe � une certaine inexp�rience plastique, rend caduques les distinctions entre � genres �, car toutes les exp�-</p><p>riences sont men�es simultan�ment.</p><p>D�o� cette impression de chaos chez downloadModeText.vue.download 85 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11296</p><p>les romanciers des ann�es 1830, qui m�lent toutes sortes d��l�ments classiques, romantiques, r�alistes, satiriques ou id�alistes.</p><p>Deux grands courants</p><p>Jusqu�� quel point cette cr�ation si neuve, si touffue, si d�sordonn�e constitue-t-elle une � litt�rature � en tant qu�ensemble organis� ? Ne s�agit-il pas plut�t de la juxtaposition de quelques noms glorieux, d��v�nements litt�raires difficiles � relier � un pass� lui-m�me sans continuit�, n�s dans la tourmente d�une r�volution naissante ? 150 ans d�existence � peine, la mesure peut para�tre br�ve pour que se dessinent les canons, les filiations, les encha�nements souterrains par-del� les</p><p>ruptures qui font une histoire litt�raire.</p><p>De plus, les �crivains du XIXe s.</p><p>refusent toute r�f�rence � la tradition, m�me si les slavophiles tentent de retrouver l�essence de l��me russe dans l��poque b�nie de la f�odalit�.</p><p>Tiraill�s entre leur h�ritage slave et leurs emprunts � l�Occident, sensibles au chaos de l�univers plut�t qu�aux patientes acquisitions de la civilisation, ils refusent le culte de la culture, auquel ils pr�f�rent une vision tourn�e vers l�avenir. Leur pens�e est, selon N. Berdiaev, essentiellement proph�tique, messianique, eschatolo-gique, plut�t qu�humaniste, au sens o� l�entend l�Occident : la Russie est une</p><p>� r�volte apocalyptique contre l�esprit antique �, dit Spengler, et plus pr�ci-s�ment une r�volte contre une certaine perfection de la forme. Les �crivains se veulent moins des ma�tres de l�art que des � ma�tres de vie �. Leur cr�ation litt�raire, anarchique � � Nous sommes tous des nihilistes �, dit Dosto�evski �, proc�de par inspirations, r�v�lations et exp�riences successives.</p><p>Difficult� donc de classer et de proposer un bilan d�une production litt�-</p><p>raire qui se d�fend de b�tir une culture.</p><p>N�anmoins, les oeuvres des 150 der-ni�res ann�es oscillent autour de lignes de force permanentes et autour de choix qui vont se perp�tuer jusqu�� l��poque contemporaine. Leur source remonte � Pouchkine : ainsi la po�sie de la vie quotidienne d�Eug�ne On�-</p><p>guine ou des R�cits de Belkine a donn� naissance � l��cole r�aliste russe, qui s�est d�velopp�e dans les oeuvres de Gontcharov, Tourgueniev, Ostrovski, Tolsto�, et s�est poursuivie au XXe s.</p><p>chez Korolenko, Gorki ou Bounine. �</p><p>l�oppos�, le Cavalier de bronze peut �tre consid�r� comme l�origine d�un courant antir�aliste, le point de d�part d�une litt�rature du r�ve et du fantastique qui, chez Gogol puis chez Dosto�evski, fr�le la folie, d�sagr�ge la r�alit�, nie la cr�ation pour lui substituer une r�alit� sup�rieure, mystique et suprarationnelle.</p><p>Une autre alternative sous-tend la cr�ation litt�raire du XIXe s. : celle qui oppose une litt�rature de l�art pour l�art � une litt�rature engag�e, morale</p><p>et utilitaire. Ce conflit commence chez Pouchkine : n� � un tournant d�cisif de l�histoire russe, au moment o� s��bauche un grand r�ve de justice sociale, le po�te s�est tr�s vite heurt� � l�autoritarisme imp�rial ; et il est le premier �crivain � t�moigner cette vieille piti� russe en faveur des humbles et des victimes d�une r�alit� trop dure, ouvrant la voie � Gogol et � Dosto�evski. Mais, en m�me temps qu�il � invoque la mis�ricorde envers les d�chus �, paradoxalement son</p><p>oeuvre proclame la lumineuse joie de cr�er : la s�r�nit� de l�artiste, le culte vou� � la beaut� l�emportent sur la souffrance ou l�indignation, comme au d�but du XXe s. l��l�ment esth�tique, chez les symbolistes, pr�vaudra sur l��l�ment �thique.</p><p>Avec Gogol commence la phase v�-</p><p>ritablement religieuse et morale de la litt�rature. Alors que Pouchkine affirmait la libert� cr�atrice de l�homme, Gogol et de nombreux �crivains � sa suite, jusqu�� Tolsto�, s�interrogent sur la valeur de cette activit� cr�atrice.</p><p>Br�lant de d�passer un art qui vise seulement le beau, ils assignent � la litt�rature la charge de contribuer au salut du peuple ; ce motif moral et religieux est d�j� pr�sent chez Lermontov.</p><p>� mesure que le XIXe s. avance et que na�t une g�n�ration issue de classes sociales diff�rentes, le point de vue � utilitaire � pr�domine. La lutte politique pr�occupe seule les esprits et l�on juge les �crivains selon leur appartenance aux partis. La r�alit� est sup�rieure � l�art ; la litt�rature devient une arme de combat, elle d�nonce l�oppression et se fait, au nom du peuple, r�quisitoire contre le mensonge de la civilisation.</p><p>La continuit� s�affirme somme toute entre Gogol, Tolsto�, Dosto�evski, Belinski, Bakounine, Tchernychevski, Pissarev et bien d�autres. La continuit� d�une litt�rature morale, o� dominent la recherche de la v�rit� dans le r�alisme et l�attente d�une vie sup�rieure.</p><p>Slavon et langue vulgaire</p><p>Si Pouchkine marque le v�ritable d�-</p><p>part de la litt�rature russe, il marque aussi l�aboutissement d�une longue p�-</p><p>riode d�apprentissage pendant laquelle</p><p>se sont lentement forg�s les instruments linguistiques. On peut s��tonner de la pauvret� litt�raire de l�ancienne Russie : il faut en chercher la cause dans les bouleversements politiques, mais surtout dans la traduction en slavon des Saintes �critures, par Cyrille*</p><p>et M�thode au IXe s. Le slavon d��glise, constitu� par un dialecte bulgare m�l� de vocabulaire et de syntaxe grecs, devient la langue litt�raire de la Russie et se diff�rencie de plus en plus de la langue parl�e. L�expression litt�raire se coupe donc � la fois de la source populaire et de la tradition gr�co-latine.</p><p>Il faut attendre la seconde moiti� du XVIIe s. pour que la langue russe vulgaire soit utilis�e � des fins litt�raires par l�archipr�tre Avvakoum.</p><p>Du Xe au XIIIe s., Kiev est le centre culturel de la Russie, et l��glise, la principale puissance, sert de ciment entre �l�ments dispers�s. Au XIIIe s., l�invasion mongole plonge la Russie dans la nuit barbare et la civilisation se r�fugie dans la cit� marchande de Novgorod. Au XVe s. enfin, le prince de Moscou, chassant les Tatars, impose sa puissance � toute la Russie, et Moscou devient le berceau de l�orthodoxie. Son petit-fils, Ivan IV le Terrible, se fait couronner tsar, tandis que de violents conflits �clatent entre pouvoir politique et pouvoir religieux. Tel est le support historique � partir duquel prend naissance la litt�rature russe.</p><p>Cette litt�rature est essentiellement religieuse, d�inspiration byzantine, faite d�hagiographies, de chroniques, comme la Chronique de Nestor,</p><p>d�annales anonymes, r�dig�es par</p><p>des moines ou des la�ques �rudits : le m�tropolite Hilarion ouvre, au XIe s., une �cole de traducteurs et de copistes.</p><p>� c�t� de ces textes, �crits en slavon et r�serv�s � quelques lettr�s, se d�veloppe une tradition orale, beaucoup plus int�ressante parce que n�e du peuple, les bylines, ou fables h�-</p><p>ro�ques, qui mettent en sc�ne des boga-tyri, h�ros d�origine souvent paysanne, protecteurs de la veuve et de l�orphelin et d�fenseurs des villes.</p><p>Enfin, dominant ces temps de f�o-</p><p>dalit�, ph�nom�ne �trangement isol�, une �pop�e russe, �crite et non chant�e, appara�t comme l��l�ment le plus ori-</p><p>ginal de la litt�rature ancienne : le Dit de la campagne d�Igor. Cet extraordinaire texte, sans doute �crit au XIIe s., et d�couvert au XVIIIe s., dont il ne reste h�las qu�une copie, car le manuscrit a �t� br�l� pendant l�incendie de Moscou, raconte en slavon l�exp�dition du prince de Novgorod contre les Polovtsy (Qiptchaqs) et t�moigne de proc�d�s rythmiques et po�tiques remarquablement �labor�s.</p><p>� l��poque d�Ivan le Terrible, de nombreuses chansons relatent des</p><p>exploits guerriers, tandis que la lutte sourde qui oppose le gouvernement aux �v�ques donne naissance � un nouveau genre de litt�rature pol�mique dont fait partie la correspondance entre Ivan IV</p><p>et Andre� Mikha�lovitch Kourbski.</p><p>Mais les �v�ques �tant musel�s et la s�cularisation allant croissant, la floraison artistique et spirituelle s��tiole.</p><p>Une exception : au XVIIe s., l�archipr�tre Avvakoum, fils d�un humble cur� de campagne, d�fend la pure tradition orthodoxe contre l�invasion des rites grecs introduits par l�archev�que de Novgorod. D�port� en Sib�rie, il �crit sa fameuse Vie (1672-1675) dans la langue russe vulgaire, qu�il m�le de slavon et � laquelle il rend fra�cheur, finesse et m�me souvent truculence...</p><p>Un esprit nouveau</p><p>La r�forme de Pierre le Grand met la Russie en contact avec l�Occident.</p><p>Le commerce, l�industrie, la science, les arts, l�architecture profitent de ce grand souffle d�air, point la litt�rature, qui perp�tue encore les traditions de l�ancienne Russie, eccl�siastiques pour l�essentiel. Cependant, plusieurs �l�-</p><p>ments nouveaux vont �largir et modifier l�inspiration et pr�parer le terrain � l��closion litt�raire.</p><p>Pierre le Grand adopte un nouvel</p><p>alphabet o� les lettres du slavon sont remplac�es par des lettres latines et impose la langue russe comme</p><p>langue litt�raire, une langue quelque peu h�t�roclite, m�l�e de r�miniscences slavonnes et de mots d�origine latine, allemande, polonaise, italienne et fran�aise. Cette nouvelle langue contribue � creuser le foss� entre les classes nobles et le peuple. Et jusque</p><p>tard dans le XIXe s., la litt�rature sera le privil�ge des aristocrates. Import�e de Pologne, la technique de la rime et de la prosodie fait son entr�e en Russie et on assiste, au d�but, � une floraison de po�mes d�amour en vers syllabiques.</p><p>Enfin, l�absolutisme policier d�clenche une vague de r�action, d��crits pamphl�taires, de nouvelles satiriques et politiques, dont le r�alisme croissant exercera une forte influence au si�cle suivant : la litt�rature du XVIIIe s. commence par la satire.</p><p>Le XVIIe s. est un si�cle de maturation, o� affleure un �tat d�esprit fait du refus de l�autocratisme et d�aspiration downloadModeText.vue.download 86 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11297</p><p>vers la libert�. Cette r�volte � religieuse d�abord, progressivement politique � s�incarnera, au fur et � mesure des �poques, dans le raskol, qui regroupe les vieux croyants, gardiens de l�orthodoxie, puis dans les soci�t�s de franc-ma�onnerie du XVIIIe s., situ�es au carrefour du voltairianisme et de la religion, dans l�intelligentsia du XIXe s.</p><p>enfin, qui confiera � la litt�rature le soin de porter ces aspirations.</p><p>Cependant, dans l�imm�diat, la lit-t�rature naissante du XVIIIe s. est certainement moins redevable aux traditions de l�ancienne Russie qu�aux apports occidentaux. Avec les oeuvres de</p><p>Boileau et de Moli�re, le classicisme fran�ais p�n�tre dans la culture russe, sous l�impulsion de quatre hommes, Antiokh Dmitrievitch Kantemir</p><p>(1708-1744), Vassili Kirillovitch Tre-diakovski (1703-1769), Lomonossov*</p><p>et Aleksandr Petrovitch Soumarokov (1718-1777), qui sont les v�ritables fondateurs de la litt�rature. M. V. Lomonossov, esprit universel, autodidacte, pr�curseur de Lavoisier dans les sciences, publie une Grammaire russe (1757) et emprunte ses mod�les aux Latins et aux Allemands. En codifiant l�usage de la langue, en r�servant le slavon � l�art noble et la langue russe au style vulgaire, en distinguant les genres, il fixe les normes de la cr�ation litt�raire. Comment s��tonner, d�s lors,</p><p>que les nobles choisissent l�usage du fran�ais et de l�allemand, plut�t que la langue russe, r�serv�e au peuple ?</p><p>Comment s��tonner aussi que la production litt�raire de cet �ge dit � classique � � odes pan�gyriques, po�mes de cour � manque autant de spontan�it� et de vigueur ? Pourtant, quelques temp�raments puissants se plient difficilement aux r�gles impos�es. Gavriil Romanovitch Derjavine (1743-1816) �crit des po�mes en langue vulgaire, m�lange les �l�ments sublimes, r�alistes et comiques, et atteint la perfection dans certains morceaux de bravoure. Ce qui lui vaut de Gogol l�appellation de � po�te de la grandeur �. D�autres �crivains, rebelles � la courtisanerie et au go�t du � grand �, trouvent dans la satire, ou dans la com�-</p><p>die, une soupape � leur esprit critique.</p><p>Denis Ivanovitch Fonvizine (1745-</p><p>1792) �crit des pi�ces, le Brigadier (1766) et le Mineur (1782), qui sont d�aimables et l�g�res satires sociales.</p><p>Aleksandr Nikola�evitch Radichtchev (1749-1802) trempe sa plume dans</p><p>une encre plus corrosive en attaquant les institutions et en d�non�ant avec violence les conditions politiques et sociales du temps (Voyage de P�tersbourg � Moscou, 1790). Nikola� Ivanovitch Novikov (1744-1818) �crit des pamphlets acerbes contre le r�gime. En cette fin de XVIIIe s. pullulent les revues satiriques plus ou moins autoris�es par Catherine, toutes impr�gn�es des id�es lib�rales de la R�volution fran�aise.</p><p>La censure exerce bient�t des coupes sombres et les prisons se peuplent.</p><p>Un esprit nouveau d�ailleurs se</p><p>dessine : le classicisme c�de la place � la sensibilit� romantique issue de J.-J. Rousseau, de Laurence Sterne et de Young, faite d��picurisme et d�optimisme ; les formes se lib�rent ; l��crivain Nikola� Mikha�lovitch Karamzine (1766-1826), fondateur de la Revue moscovite, s�engage avec succ�s dans plusieurs voies simultan�ment, prose romanesque, po�sie lyrique d�inspiration personnelle et histoire. Surtout, il propose une r�forme linguistique capitale pour l�avenir : il rejette les mod�les latins et slavons pour se rapprocher du style fran�ais, �l�gant et clair. En m�me temps, la litt�rature</p><p>cherche sa voie dans le r�alisme : Ivan Andre�evitch Krylov (1769-1844),</p><p>apr�s s��tre essay� dans le journalisme satirique, �crit de savoureuses fables en une langue drue et pittoresque qui emprunte ses expressions et sa verve au langage du peuple.</p><p>Les traductions, chevaux de poste de la civilisation</p><p>Ces pr�ludes achev�s, il existe d�sormais une po�sie, un th��tre et une prose satirique proprement russes, qui disposent d�un instrument linguistique original, encore que m�l� d��l�ments �trangers. C�est par le biais des traductions que cet outil va d�finitivement s�affiner, entre les mains d�un po�te extraordinairement dou� qui assimilera les formes culturelles de l�Occident, Vassili Andre�evitch Joukovski (1783-1852). � Les traductions, dira Pouchkine, sont les chevaux de poste de la civilisation ! �</p><p>Pr�cepteur du fils du tsar, Joukovski introduit dans la Russie d�Alexandre et de Nicolas les po�tes anglais et allemands, Dryden, Scott, Moore,</p><p>Campbell, Byron, et aussi les �pop�es persanes et surtout l�Odyss�e. Il cr�e un v�ritable langage po�tique, fait de m�lodie et de fluidit�, o� les proc�-</p><p>d�s m�triques et la maturit� technique vont servir l�expression de th�mes personnels. � peu pr�s � la m�me</p><p>�poque, Konstantine Nikola�evitch Ba-tiouchkov (1787-1855) traduit Tibulle et Parny, tandis qu�Aleksandr Sergue�evitch Gribo�edov (1795-1829), membre de la franc-ma�onnerie, auteur d�une seule pi�ce, le Malheur d�avoir trop d�esprit (1822-1824), cr�e les lois du th��tre comique russe � partir de personnages qui deviendront des types et de dialogues, ou de r�parties, qui deviendront de v�ritables proverbes. Le terrain est pr�t pour la grande moisson litt�raire.</p><p>A. S. Pouchkine* est � la fois le Ronsard, le Malherbe et le Racine de la litt�rature russe. Sa cr�ation po�tique ne peut se s�parer de sa cr�ation linguistique. Imbib� de culture �trang�re �</p><p>au point que la lettre de Tatiana dans Eug�ne On�guine est �crite en fran�ais</p><p>�, il va rendre � la langue russe sa</p><p>fra�cheur et sa richesse en retournant aux sources populaires et ouvrir la voie � tous les grands genres litt�raires. La prose, peut-�tre plus encore que la po�-</p><p>sie, lui doit tout : pr�cision extr�me du vocabulaire, �quilibre, densit�, �l�gance, s�r�nit�, ces qualit�s sont celles d�un classique, dont la perfection m�me peut appara�tre comme un point d�aboutissement, ou une impasse.</p><p>Sans doute est-ce en raison de cette s�r�nit� m�me que le plus grand des po�tes russes, malgr� toute sa gloire officielle, connut une certaine d�saffection des g�n�rations suivantes : la Russie, en proie aux convulsions sociales, ne se reconnaissait gu�re dans l�image limpide de son radieux po�te et lui pr�f�ra � les malades ou les martyrs de la litt�rature �.</p><p>La conscience nocturne de l��me</p><p>russe</p><p>M. I. Lermontov*, au contraire de Pouchkine, a pressenti le fond de sadisme et l�aspiration vers l�au-del� qui vont caract�riser les lettres russes, ce besoin d�humilier et d��tre humili� qui annonce Dosto�evski. Plus romantique que Pouchkine, sombrement influenc� par Byron, il oscille entre de path�-</p><p>tiques envol�es lyriques et le r�alisme, entre les proph�ties du visionnaire et un cynisme de hussard. Sa prose, plus encore que sa po�sie, est un miracle de musicalit�, de transparence et de modernit�. Un h�ros de notre temps (1839-40) doit beaucoup � Pouchkine, et pourtant r�sonne diff�remment.</p><p>Pouchkine et Lermontov : ces deux grands po�tes du d�but du XIXe s. figurent peut-�tre les deux tentations de la litt�rature russe. La s�r�nit� apais�e du premier marque l�aboutissement de la tradition classique et appara�tra aux g�n�rations suivantes comme un paradis perdu. Chez le second, l�appel de la r�volte, le refus des contraintes, le sens tragique de la vie traduisent d�j� la � conscience nocturne � de l��me russe. Lermontov en tout cas semble clore l��poque de la grande po�sie.</p><p>Si l�on excepte les po�mes m�taphysiques de F. I. Tiouttchev*, d�couverts d�ailleurs bien plus tard, vers 1850, par Nekrassov, et les chansons popu-</p><p>laires d�Alekse� Vassilievitch Koltsov (1809-1842), la po�sie d�g�n�re en formes vides de sens. D�j� Lermontov et Tiouttchev �crivent dans un climat d�indiff�rence g�n�rale : la g�n�ration des ann�es 30 voit la naissance du roman, qui sera le grand genre litt�raire du XIXe s.</p><p>Entre Gogol* et Pouchkine, la</p><p>parent� est indiscutable. On sait que celui-ci a fourni � celui-l� le sujet du Revizor (1836) et des �mes mortes (1842). Longtemps, les g�n�rations successives ont fait de Gogol le fondateur de l��cole r�aliste russe, le ma�tre de la peinture satirique et de la dissection de caract�re. En fait, le fantastique et la folie percent sous la description objective. Avec Gogol, la litt�rature s�engage r�solument sur la voie de la destruction de la r�alit�.</p><p>Ses personnages ne sont pas seulement des caricatures issues de l�observation du r�el, mais des cr�ations de l��me n�es du d�sespoir et de l�angoisse.</p><p>En Gogol, les deux courants r�alistes et antir�alistes sont indissolublement li�s, mais le monde imaginaire est de beaucoup le plus puissant. Sa langue, de plus, ne doit rien � celle, limpide, de Pouchkine ; elle rompt avec la puret� classique et invente une phrase baroque, riche de n�ologismes, de mots du terroir, d�archa�smes, d�expressions vulgaires au besoin ; enfin, derni�re rupture avec Pouchkine, Gogol est convaincu de la mission sociale ou spirituelle de l�art.</p><p>De Gogol, Dosto�evski* a h�rit� la vision d�form�e de l�univers, o� la folie, la sexualit�, le sadisme se partagent des �tres irr�m�diablement bless�s. Les th�mes sociaux, les id�es humanitaires de l�Idiot, le ton philanth-ropique des Pauvres Gens, qui ont beaucoup marqu� les g�n�rations du XIXe s., ont accr�dit� l�image d�un Dosto�evski tout de bont� et de pardon. En fait, ces th�mes ont moins de vigueur que ces M�moires �crits dans un souterrain issus de troubles profondeurs, qui explorent le moi avec une curiosit� sacril�ge. Authentiquement religieux, Dosto�evski repr�sente le p�le ultime de la veine antir�aliste, proph�tique, visionnaire de la litt�rature, comme le r�alisme de Tolsto� repr�sentera, en quelque sorte, l�autre p�le. Mais les</p><p>downloadModeText.vue.download 87 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11298</p><p>deux g�ants, si admir�s soient-ils, planent trop au-dessus de la m�l�e politique pour que les lecteurs trouvent chez eux une r�ponse aux probl�mes du temps.</p><p>Slavophiles et occidentalistes</p><p>Quel est alors le climat litt�raire de l��poque ? La Russie est une sorte de chaudi�re en �bullition, aliment�e � feu continu par la r�volte des �crivains contre le pouvoir imp�rial et par la foi dans un avenir meilleur. De l��chec des d�cabristes, la g�n�ration des ann�es 30 a retir� amertume et frustration et s�est r�fugi�e, la sensibilit� � vif, dans l�id�alisme. Nourrie des id�es de Schelling, de Fichte et de Hegel, de romantisme allemand et de romantisme fran�ais � George Sand a une influence consid�rable �, form�e de nobles d�racin�s, cette g�n�ration se pr�occupe du bonheur du peuple et voit dans la litt�rature le chemin du salut. En m�me temps, des cercles se constituent � Saint-P�tersbourg et � Moscou qui recrutent bient�t � l�universit� de nouveaux porte-parole, les raznotchintsi, jeunes �tudiants issus de classes moyenne et pl�b�ienne et composant une nouvelle intelligentsia.</p><p>Ces hommes n�ont qu�une seule et</p><p>m�me pr�occupation, le destin de la Russie, une seule et m�me conviction, le r�le messianique de leur pays.</p><p>Mais ils se divisent sur les moyens : les � occidentalistes � � Petr Iakovlevitch Tchaadaiev (1794-1856),</p><p>V. G. Belinsky*, A. I. Herzen*, Nikola� Aleksandrovitch Dobrolioubov</p><p>(1836-1861), Bakounine � veulent reprendre les voies occidentales et se r�-</p><p>clament des mouvements romantiques allemands ou du socialisme fran�ais.</p><p>Souvent id�alistes, ils �volueront progressivement vers un r�alisme de plus en plus intransigeant et introduiront dans leur pays la mentalit� positiviste et scientifique europ�enne. Les � slavophiles � � Alekse� Stepanovitch Khomiakov (1804-1860), Aksakov,</p><p>Dosto�evski �, condamnant �galement l�autocratie tsariste, croient en un type sp�cial de culture russe, m�rie sur le terrain de l�orthodoxie ; suivant l�id�e h�g�lienne de la vocation des peuples, rejetant le rationalisme occidental, ils esp�rent que la foi orthodoxe et les structures paysanes, anim�es par un esprit communautaire, sauveront la patrie de la ruine morale. Dosto�evski d�veloppera le grand th�me de la mission historique et religieuse de la Russie comme la synth�se ultime de l�Europe, et s�acheminera parfois vers un nationalisme outr�.</p><p>Les r�alistes</p><p>La g�n�ration des ann�es 1830 et 1840</p><p>peut �tre appel�e id�aliste, celle des ann�es 1860 tend nettement au r�alisme. Les � nobles repentants � et les raznotchintsi s�engagent plus que jamais dans la lutte sociale. Le roman dit � naturaliste � domine d�sormais la litt�rature, en privil�giant l��l�ment social aux d�pens de l��l�ment artistique, et bient�t le point de vue utilitaire servira de crit�re au talent.</p><p>Ce mouvement, qui prend sa source dans la satire de Gogol, emprunte ses sujets � la vie quotidienne � tranches de vie et tableaux de moeurs �, soigne le d�tail, cherche l�objectivit�, se coule dans une langue simple et transparente au point qu�elle en para�t plate et qu�on parle de � style moyen �. Peu d��v�-</p><p>nement, peu d�action, mais le d�roulement in�luctable d�un destin. La Chronique de famille (1856) de Sergue� Timofe�evitch Aksakov (1791-1859), tableau de l��ge d�or des propri�taires de serfs sous Catherine, illustrera parfaitement cet art de narrer simplement, sans effet, des sc�nes de la vie russe.</p><p>Dans Oblomov (1858) de I. A. Gontcharov*, le style, le ton semblent aussi insipides et monotones que le h�ros lui-m�me, vaincu par son inertie. De ces deux �crivains, on peut encore rapprocher un occidentaliste mod�r�, I. S. Tourgueniev*, qui, avec une objectivit� absolue, pose les probl�mes � la mode : la dignit� des paysans face � la d�g�n�rescence des ma�tres, le nihilisme, l�antagonisme des p�res et des fils. Son art est un art d��quilibre, de justesse et d�harmonie ; dans un style</p><p>� neutre �, il trace le portrait de ces</p><p>� hommes de trop �, lucides, mais bavards plut�t qu�actifs, qui caract�risent bien toute une g�n�ration.</p><p>Dans cette m�me tradition r�aliste, quoique diff�remment, s�ins�rent</p><p>encore Alekse� F. Pissemski (1821-1881), Aleksandr N. Ostrovski (1823-1886), N. S. Leskov* ; ils enrichissent la litt�rature d�une galerie de portraits, de savoureuses peintures de moeurs ou de milieux sociaux � comme les Gens d��glise (1872) de Leskov � et d�un vocabulaire emprunt� aux patois provinciaux.</p><p>Tolsto� et la valeur de la culture Et puis, dominant tout, voici le g�ant Tolsto�*. La fresque puissante de Guerre et Paix, o� s�accumulent mille petits faits vrais, o� s�entrecroisent mille personnages vivant de leur vie propre, peints dans une langue pure, d�pouill�e de tout effet rh�torique, appartient � la grande tradition du r�alisme russe. Moraliste utopique, l��crivain reste en face de la vie un observateur cruel qui analyse les passions de l�homme, parfois avec �l�gance comme chez Anna Karenine, parfois dans leur bestialit� comme dans la Puissance des t�n�bres.</p><p>Tolsto� a le regard serein, mais son coeur ne l�est pas, et un arri�re-plan m�taphysique sous-tend son oeuvre.</p><p>D�chir� entre son go�t de la vie et l�esprit de raison, il pense d�une mani�re et agit de l�autre. Pour lui, l�art compte moins qu�une certaine r�alit� sociale.</p><p>Et la litt�rature lui appara�t comme le moyen de d�noncer l�injustice : moyen si d�risoire, si impuissant que l��crivain, rong� par le remords, finit par ressentir l�activit� cr�atrice comme un p�ch�, et qu�il va jusqu�� nier sa propre oeuvre ; l�art et la civilisation sont mensonges, compar�s � la v�rit� de la nature et du peuple. La soci�t� doit revenir � la simplicit� patriarcale et rejeter la gangue conformiste : sauver l�homme, cela seul compte, l��tat, la religion et l�art dussent-ils en p�rir...</p><p>En tout cas, dans cette seconde moiti� du XIXe s., on ne cesse de remettre en question la valeur de la culture. Plac�e entre le pouvoir et le peuple, d�fen-</p><p>dant l�un contre l�autre, mais rejet�e par ce dernier, l��lite intellectuelle s�est sentie en porte � faux : d�sormais, l�apparition d�un prol�tariat intellectuel conduit � rejeter toute forme de culture cr��e pour et par une classe, et favorise le d�veloppement des mouvements radicaux, populistes et nihilistes : les premiers � vont au peuple �</p><p>pour payer leur dette et d�cernent � la litt�rature une fonction d�instruction ; les seconds � N. G. Tchernychevski*, etc. � pr�conisent l�action r�volutionnaire ; l�esprit de parti se fait de plus en plus virulent : on ne con�oit de roman qu�engag� et utilitaire. Journalistes et �crivains � G. Ivanovitch Ouspenski (1843-1902), Dmitri Ivanovitch Pissarev (1840-1868), Saltykov-Cht-</p><p>chedrine* � d�peignent la mis�re et l�abrutissement des classes paysannes en m�me temps qu�ils rendent un culte aux sciences de la nature et au progr�s.</p><p>Les mots tels que myst�re, �me, esprit sont bannis du langage. Tout doit s�expliquer rationnellement. Le r�sultat est que, niant la vie spirituelle et la pl�nitude cr�atrice, la litt�rature tombe dans la platitude ou le pathos ! Bien des �crivains sont de m�diocres et honn�tes artisans qui peignent scrupuleusement la routine de la vie quotidienne.</p><p>La po�sie ne vaut gu�re mieux. Le dernier po�te de la grande �poque, Tiouttchev, meurt en 1873 ; d�autres, comme Apollon Nikola�evitch Ma�kov (1821-1897) et Iakov Petrovitch Polonski (1819-1898), se r�fugient dans la po�sie pure. Quelques rares originaux, comme Afanassi Afanassievitch Fet (1820-1892) et Alekse� Konstantinovitch Tolsto� (1817-1875), continuent de pr�f�rer le frisson d�une feuille d�arbre aux tourments r�volutionnaires. Les go�ts de la Russie vont vers N. A. Nekrassov*, moins en raison de son puissant lyrisme que pour son sens civique ! Bref, au bilan de ces mornes ann�es, le mat�rialisme, la vogue des sciences et la foi dans le progr�s : la litt�rature oscille entre un lyrisme frelat� et le civisme de convention.</p><p>Renouveau du roman</p><p>et de la po�sie</p><p>Et pourtant, une r�action se dessine � l�aube du nouveau si�cle. Presque naturellement, le go�t de l��vasion re-</p><p>prend le dessus. D�Europe parviennent des influences qui vont renouveler l�art russe, celles de Baudelaire, d�Ibsen, de Poe, de Nietzsche. Apr�s des ann�es de positivisme, on �prouve le go�t du myst�re et on s�int�resse de nouveau aux formes : mysticisme religieux de Vladimir Sergue�evitch Solovev (1853-1900), n�o-romantisme, symbolisme vont tenter de substituer au r�el un monde de signes.</p><p>Non que la veine r�aliste s��puise ; elle trouve chez Tchekhov un nouveau souffle : A. P. Tchekhov* s�est trop �prement collet� avec la r�alit� pour la nier ; ses descriptions sont d�un r�alisme minutieux, mais emplies de tendresse et de po�sie. Si pesante que soit l�atmosph�re de ses drames, la porte sur le r�ve reste ouverte.</p><p>Vsevolod Mikha�lovitch Garchine</p><p>(1855-1888), V. G. Korolenko*, Aleksandr Ivanovitch Kouprine (1870-</p><p>1938), I. A. Bounine* n�ont certes pas la m�me puissance d��vocation et de suggestion. Chez Bounine, on trouve presque � l��tat pur les �l�ments de la grande tradition r�aliste : souci du d�tail, pr�cision, observation des caract�res, portraits, d�veloppement tranquille du r�cit ; Bounine est un classique du genre r�aliste et un ma�tre du style. Le ton change avec M. Gorki*.</p><p>Ses h�ros, des va-nu-pieds, des d�class�s, appartiennent � des milieux compl�tement nouveaux ; anim�s d�une grande �nergie vitale, ils ont le jugement droit et le coeur g�n�reux � et, en quelques ann�es, Gorki jouit d�une downloadModeText.vue.download 88 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11299</p><p>r�putation mondiale. L��crivain, attir� par la politique, adh�re au marxisme et met son talent au service de ses id�es.</p><p>La litt�rature est donc engag�e de nouveau, plus fortement que jamais, au service de la r�volution.</p><p>Parall�lement au renouveau de la</p><p>prose, la po�sie s��panouit et se lib�re du joug utilitaire. Quelques jeunes gens inconnus publient en 1895 un recueil de vers et de traductions qui porte le</p><p>titre de Symbolistes russes. La critique, compos�e de vieux positivistes, tourne aussit�t en ridicule cette g�n�ration de pr�tentieux, � piteuse et servile �, et, par d�rision, donne � leur tentative le nom de � po�sie d�cadente � parce qu�elle pr�f�re l�esth�tique � la morale.</p><p>Symbolisme* et recherches</p><p>nouvelles</p><p>Pour la premi�re fois en 1900, une maison d��dition publie en m�me temps des oeuvres de Vassili Vassilievitch Rozanov (1856-1919), de Innokenti Fedorovitch Annenski (1856-1909), de Dmitri Sergue�evitch Merejkovski (1865-1941), de Valerii Iakovlevitch Brioussov (1873-1924), de K. D. Balmont*, de Fedor Sologoub (1863-1927), de Zina�da Hippius (1869-1945). De secr�tes affinit�s et une conception identique de l�art et de la vie unissent ces po�tes. Ils refusent le r�alisme mesquin de la vie quotidienne pour l�amour de l�abstraction et de l�impond�rable, pour le go�t de la synth�se, pour ce sentiment de chaos et de l�irr�alit� de l�existence, qui permettent � des hommes comme Sologoub (le D�mon</p><p>mesquin 1905), Alekse� Mikha�lovitch Remizov (les Soeurs en croix, 1911), comme A. Bely�* ou Viatcheslav</p><p>Ivanovitch Ivanov (1866-1949) de</p><p>renouer avec la grande tradition onirique perdue depuis Dosto�evski. Pour ceux-l�, le symbolisme est plus qu�une �cole litt�raire, c�est une religion, une attente d��v�nements surnaturels, ou comme dit l�un d�eux, � une vision des aurores �, m�me si leur po�sie, c�dant au vertige du n�ant, tourne le monde en d�rision.</p><p>A. A. Blok* est peut-�tre le plus grand po�te de ce si�cle. Influenc� � ses d�buts par Solovev, il a fait de toute sa vie un � sacrifice sacr� �. Cr�ateur de mythes, � la fois enthousiaste et path�tique, il �volue dans un paysage ind�cis, brumeux, empli d�obsessions et de visions f�minines, la Belle Dame, la Reine de puret�. Mais bient�t, il renonce � l�image merveilleuse du monde et sombre dans la d�sillusion</p><p>� � Tout n�est qu�un z�ro universel �</p><p>� jusqu�� ce que le saisisse de nouveau un grand amour, celui de la terre russe. En 1917, Blok rejoint la r�volu-</p><p>tion et lui donne son po�me, les Douze.</p><p>Dans son sillage, Bely� accueillera aussi la r�volution avec enthousiasme.</p><p>D�autres, comme Zina�da Hippius, Remizov, Ivanov, Balmont, Merejkovski, �migreront, les uns � Paris, les autres � Berlin ou � Prague.</p><p>En ce d�but de XXe s., nombreux sont les �crivains, romanciers et po�tes, qui cherchent � jeter un pont entre les tendances r�alistes et symbolistes. Des romanciers tels que Remizov, Leonid Andre�ev (1871-1919), Alexis Tolsto�*, impr�gn�s de Gogol, Leskov et Tchekhov, cherchent � concilier la description r�aliste des milieux populaires avec la veine mystique, dans un style fait d�allusions ou de transparences.</p><p>� mi-chemin entre le symbolisme et le n�o-classicisme, Mikha�l Alekse�evitch Kouzmine (1875-1935) revient � une conception pouchkinienne de la po�sie, avec une vision nette, un vocabulaire pr�cis et clair. De son c�t�, la po�tesse Anna Akhmatova* rompt totalement avec le courant symboliste et pr�ne un art � sain et solidement accroch� � la terre � � la fra�cheur de la langue et la simplicit� des sentiments lui valent imm�diatement une grande popularit�.</p><p>� peu pr�s � la m�me �poque, on</p><p>assiste � de nouvelles recherches dans des directions oppos�es : les futuristes � Velemir Khlebnikov,</p><p>V. V. Ma�akovski*, Vladimir Aleksandrovitch Lifchits � font une apparition fracassante dans une atmosph�re de scandale. V. Khlebnikov (1885-1922) r�clame une r�volution compl�te de la po�sie et, en modifiant la construction des phrases et la flexion des mots, tente de cr�er une langue irrationnelle qui n�exprime point de pens�es ni de logique. D�un seul coeur, ces hommes acceptent la r�volution et s�engagent dans la construction du socialisme.</p><p>La multiplicit� de ces rameaux</p><p>prouve la f�condit� de la po�sie : cette forme d�art convient sans doute le mieux � l�expression ardente et dramatique de la guerre. La prose en revanche reste encore sous l�influence des mod�les du XIXe s.</p><p>S. M.-B.</p><p>La litt�rature</p><p>sovi�tique</p><p>Le statut politico-social nouveau qui d�finit la litt�rature sovi�tique, par rapport � la litt�rature russe des temps modernes dont elle est issue, d�coule de la doctrine marxiste telle qu�elle a �t� appliqu�e en Russie par L�nine � partir d�octobre 1917. D�une part le parti, consid�r� comme l�expression du prol�tariat, s�attribue un monopole id�ologique et politique qui restreint de plus en plus la libert� de parole et de pens�e. D�autre part, en d�finissant la litt�rature comme une superstructure id�ologique, le marxisme postule une orthodoxie esth�tique dont le parti est �galement l�interpr�te de droit. On aboutit ainsi � la constitution d�une litt�rature d��tat dont les cr�ateurs, encadr�s par une organisation officielle, jouissent d�un statut social privil�gi� et dont les productions ont elles aussi un caract�re quasi officiel. Ce syst�me, mis en place entre 1932 et 1934, a pleinement fonctionn� pendant les ann�es qui s�parent les deux premiers congr�s de l�Union des �crivains sovi�tiques (1934-1954) et qui correspondent au stalinisme. Mais il se trouve en germe dans la doctrine l�niniste de la dictature du prol�tariat et se perp�tue depuis la mort de Staline dans le statut officiel de l�Union des �crivains et dans la doctrine esth�tique du � r�alisme socialiste �. On peut donc diviser l�histoire de la litt�rature sovi�tique en trois p�riodes : 1o 1917-1934, la litt�rature r�volutionnaire ; 2o 1934-1954, la litt�-</p><p>rature d��tat ; 3o depuis 1954, vers une litt�rature d�opposition.</p><p>1917-1934 :</p><p>la litt�rature r�volutionnaire</p><p>La r�volution d�octobre 1917 entra�ne d�abord une interruption brutale de la vie litt�raire dans ses formes traditionnelles. Jusqu�en 1921, la p�nurie g�-</p><p>n�rale et le r�gime du � communisme de guerre � mettent pratiquement fin � l�activit� des �ditions et des revues.</p><p>D�autre part, les �v�nements divisent profond�ment les �crivains. Une minorit�, comprenant surtout des po�tes, est sensible au caract�re grandiose et radical du bouleversement r�volutionnaire : d�une part, le groupe des</p><p>� Scythes �, proche du parti socialister�volutionnaire de gauche (seul alli� des bolcheviks apr�s Octobre), avec les symbolistes Aleksandr A. Blok*</p><p>(1880-1921) et Andre� Bely�* (1880-1934) et les po�tes paysans Nikola� A. Kliou�ev (1885-1937) et Sergue� A. Essenine (1895-1925) ; d�autre part, celui des � cubo-futuristes �, partisans d�une r�volution du langage po�tique.</p><p>L�attitude � scythe � est illustr�e par les po�mes Dvenadtsat (les Douze) et Skify (les Scythes), 1918) d�Aleksandr Blok, � la fois couronnement d�une oeuvre marqu�e par le pressentiment de l�apocalypse et premiers monuments de la litt�rature nouvelle. Parmi les cubo-futuristes, qui prennent en charge en 1918-19 la revue officielle Iskouss-tvo Kommouny (l�Art de la Commune), se d�tache la figure de Vladimir</p><p>V. Ma�akovski* (1893-1930), qui se met avec enthousiasme au service de la r�volution.</p><p>Cependant, la majorit� des �crivains, et notamment la plupart des prosateurs r�alistes fid�les aux traditions lib�-</p><p>rales de la litt�rature russe du XIXe s., voient dans la r�volution d�Octobre le triomphe de l�anarchie et du chaos et la fin de la culture russe. C�est, en 1917-18, le point de vue de Maxime Gorki*</p><p>(1868-1936), dont les articles, dans la revue socialiste mod�r�e Nova�a Jizn (la Vie nouvelle), r�unis sous le titre de Nesvo�evremennye mysli (Pens�es inopportunes), contiennent une critique s�v�re de la politique de L�nine.</p><p>La tradition de la prose r�aliste, en la personne de ses principaux repr�sentants (Gorki, Ivan A. Bounine*, Aleksandr I. Kouprine, Boris K. Za�tsev), sera le plus durement touch�e par l��migration.</p><p>La reprise de la vie litt�raire qui accompagne � partir de 1921 la fin de la guerre civile et l�instauration du r�gime lib�ral de la Nouvelle Politique �conomique (NEP) r�tablit en revanche une certaine continuit� avec le mouvement litt�raire d�avant-garde.</p><p>Les critiques et th�oriciens de l��cole formaliste � Viktor V. Chklovski (n� en 1893), Roman Jakobson* (n� en</p><p>1896), Boris M. Eikhenbaum (1886-</p><p>1959), Iouri N. Tynianov (1894-1943), Ossip Brik (1888-1945) � explicitent</p><p>dans leurs travaux la conception de la po�sie comme fonction autonome du langage qui lui est sous-jacente. Cette conception inspire � partir de 1923</p><p>le mouvement du LEF (� Front de</p><p>gauche de l�art �), anim� par Ma�akovski. On en retrouve l��cho, d�s 1919, dans les manifestes de l��cole imagi-niste, cr��e autour d�Essenine, et, en 1924, dans ceux du � Centre litt�raire des constructivistes � ; elle se devine encore, � la fin des ann�es 20, dans l�activit� du petit groupe des OBERIU</p><p>(� Soci�t� de l�art r�el �).</p><p>Cependant, les doctrines p�lissent aupr�s des fortes individualit�s que compte la g�n�ration de 1910, dont la maturit� co�ncide avec la r�volution.</p><p>Ma�akovski y trouve d�abord l��cho de sa propre d�mesure, mais elle ne suffira bient�t plus � conjurer son impatience du pr�sent. La po�sie d�Essenine �volue rapidement de l�enthousiasme toni-downloadModeText.vue.download 89 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11300</p><p>truant � la confidence d�senchant�e, et de la r�signation au d�sespoir. Chez Boris L. Pasternak* (1890-1960), l��t� de 1917 aura �t� l�occasion d�une prise de conscience lyrique qui l��loigne du LEF et de la r�volution. La po�sie d�Anna Akhmatova* (1889-1966) et</p><p>d�Ossip E. Mandelstam* (1891-1938), en apparence �trang�re � l�actualit�, lui fait cependant �cho par ses dimensions tragiques, de m�me que celle de Marina Ivanovna Tsveta�eva (1894-1941) et celle de Vladislav Felitsianovitch Khodassevitch (1886-1939), qui se d�veloppent surtout dans l��migration.</p><p>L�influence de Nikola� Stepanovitch Goumilev (1886-1921), de Velemir</p><p>Khlebnikov (1885-1922) et surtout de Ma�akovski marque la po�sie des an-n�es 1920, qui associe les audaces d�un langage po�tique novateur aux th�mes du romantisme r�volutionnaire et qu�illustrent principalement les po�mes de Nikola� Semenovitch Tikhonov (n�</p><p>en 1896), de Nikola� Nikola�evitch Asse�ev (1889-1963), des � constructivistes � Edouard Gueorguievitch Bagritski (1895-1934) et Ilia Lvovitch Selvinski (1899-1968), de Nikola�</p><p>Alekse�evitch Zabolotski (1903-1958), de Vladimir Aleksandrovitch Lou-govsko� (1901-1957), de Pavel Grigorievitch Antokolski (n� en 1896) ainsi que des jeunes po�tes communistes Aleksandr Alekse�evitch Jarov (n� en 1904), Aleksandr Ilitch Bezymenski (n� en 1898), Iossif Pavlovitch Outkine (1903-1944), Mikha�l Arkadievitch Svetlov (1903-1964).</p><p>La continuit� est moins sensible</p><p>dans le domaine de la prose, o� le d�-</p><p>part des �crivains r�alistes, dispers�s par l��migration, laisse le champ libre � une nouvelle g�n�ration qui s��carte de leurs traditions et s�inspire de la prose expressive de Leonid N. Andre�ev, d�Andre� N. Bely� et d�Ievgueni I. Zamiatine* (1884-1937) ou des stylisations populaires d�Aleksei Mikha�lovitch Remizov (1877-1957). La</p><p>r�action contre le r�alisme et l�int�r�t port� aux probl�mes de la forme inspirent le groupe litt�raire des � Fr�res S�rapion � (Konstantine A. Fedine*</p><p>[n� en 1892], Venjamine Aleksandrovitch Kaverine [n� en 1902], Vsevolod Viatcheslavovitch Ivanov [1895-1963], Mikha�l M. Zochtchenko* [1895-1958]), dont le th�oricien, Lev Nata-novitch Lounts (1901-1924), affiche un apolitisme provocant. Cette tendance se retrouve dans les romans d�imagination d�Aleksandr Stepanovitch Grine (1880-1932) [Aly�e paroussa (les</p><p>Voiles �carlates, 1923)] et chez son disciple Konstantine G. Paoustovski*</p><p>(1892-1968) [Blista�ouchtchie oblaka (les Nuages �tincelants, 1929)].</p><p>C�est cependant dans son actualit�, et en particulier dans l�image qu�elle donne de la r�volution et de la guerre civile, que r�side surtout la nouveaut� de la prose issue de la r�volution.</p><p>Romantiques, Boris Pilniak* (1894-1937), avec Goly god (l�Ann�e nue, 1921), Vsevolod Viatcheslavovitch Ivanov (1895-1963) avec Partizany (les Partisans, 1921) et Bronepo�ezd 14-69</p><p>(le Train blind� 14-69, 1922) et Issaak Babel* (1894-1941) avec Konarmia</p><p>(Cavalerie rouge, 1923-1925) exaltent, dans un langage qui s�adresse surtout � la sensibilit�, la spontan�it� anarchique et violente de la r�volution, qu�ils rattachent parfois, � la suite de Blok et de Pilniak, au principe � scythe � (c�est-�-</p><p>dire anti-europ�en) de l�histoire russe.</p><p>� l�inverse, de jeunes communistes comme Iouri Nikola�evitch Libedinski (1898-1959) dans Nedelia (la Semaine, 1922), Dmitri Andre�evitch Fourmanov (1891-1926) dans Tchapa�ev (1923) et Aleksandr A. Fade�ev* (1901-1956) dans Razgrom (la D�faite, 1925) soulignent le principe volontaire et r�fl�chi d�ordre et d�organisation qu�incarnent les r�volutionnaires conscients que sont les commissaires bolcheviks : les proc�d�s narratifs traditionnels et l�analyse psychologique tendent ici (et en particulier chez Fade�ev) � prendre le pas sur l�emphase expressive des</p><p>� romantiques �. La m�me tendance, associ�e � un r�alisme plus cru, appara�t chez l�institutrice sib�rienne Lidia Nikola�evna Se�foullina (1889-1954), qui peint dans Peregno� (l�Humus, 1922) et Virine�a (1925) la prise de conscience r�volutionnaire d�une paysannerie �touff�e par l�ignorance et les pr�jug�s. La lucidit� r�aliste l�emporte chez des �crivains qui, comme Alexis Tolsto�* (1883-1945) dans le roman Sestry (les Soeurs, 1920-21), �crit en �migration, ou Mikha�l A. Boulgakov*</p><p>(1891-1940) dans Biela�a Gvardia</p><p>(la Garde blanche, 1925), peignent la guerre civile du point de vue des Blancs. Avec le recul, la r�volution inspire des oeuvres de longue haleine, dont certaines, comme Rossia, kroviou oumyta�a (la Russie lav�e dans le sang, 1932) d�Artem Vessely� (1899-1939), perp�tuent le style romantique des ann�es 20, mais dont les plus importantes, Tikhi Don (le Don paisible, 1re et 2e partie, 1928-29) de Mikha�l A. Cholokhov* (n� en 1905), Posledni iz Oudegue (le Dernier des Oudegues, commenc� en 1929) de Fade�ev et la trilogie d�Alexis Tolsto� Khojdenie po moukam (le Chemin des tourments), continu�e en 1927 avec Vossemnadtsaty� god (l�Ann�e 18), suite du roman Sestry, confirment l��volution de la litt�rature sovi�tique vers un r�alisme �pique et monumental, dont Gorki</p><p>donne l�exemple avec Jizn Klima</p><p>Samguina (la Vie de Klim Samguine, 1927-1936).</p><p>Cependant, le contraste entre la</p><p>prose quotidienne, qui reprend ses droits � la faveur de la NEP, et l�exaltation r�volutionnaire des derni�res an-</p><p>n�es provoque � partir de 1921 une floraison de la satire. Philosophique chez Ilia Ehrenbourg* (1891-1967), dont le feuilleton satirique Neobytcha�nye pokhojdenia Khoulio Khourenito (les Aventures extraordinaires de Julio Jurenito, 1922) est une critique corrosive du monde contemporain, et chez Zamiatine, qui pr�sente dans My (Nous autres, �crit en 1921, publi� � l��tranger en 1924) la vision terrifiante de l��tat totalitaire de l�avenir, la satire se fonde ailleurs sur l�observation des moeurs et du langage quotidien de la Russie postr�volutionnaire. Elle est illustr�e par les nouvelles de Boulgakov (Sobatchie serdtse [Coeur de chien, 1925]) et de Valentine P. Kata�ev*, n� en 1897)</p><p>[Rastrattchiki (les Dilapideurs, 1926)], par les r�cits de Zochtchenko, qui imitent les fa�ons de parler et de penser du badaud sovi�tique, par ceux d�Andre� Platonov* (1899-1951) [Gorod Gradov (la Ville de Villegrad, 1926), Vprok (� l�avance, 1931)], dont l�humour pouss� jusqu�au grotesque laisse percer un sentiment d�angoisse devant la condition humaine, et enfin par les romans picaresques d�Ilia Ilf (1897-1937) [Dvenadtsat stouliev (les Douze Chaises, 1928)] et d�Ievgueni Petrov (1903-1942) [Zoloto� telenok (le Petit Veau d�or, 1931)], sommes satiriques de la soci�t� sovi�tique des ann�es de la NEP.</p><p>Par-del� l�observation satirique de la vie quotidienne, la transformation en profondeur des structures sociales et des mentalit�s favorise la renaissance du roman d�analyse, o� la prise de conscience de la soci�t� nouvelle se traduit par la cr�ation de types contemporains. Leonid M. Leonov*</p><p>(n� en 1899) peint dans Barsouki (les Blaireaux, 1924) les contradictions qui apparaissent entre les aspirations r�volutionnaires de la paysannerie et l�ordre bolchevik. Fedor Vassilievitch Gladkov (1883-1958) d�crit dans Tse-ment (le Ciment, 1925) les conflits psychologiques et moraux que l��dification d�une soci�t� nouvelle provoque en milieu ouvrier. Le personnage du r�volutionnaire d�senchant�, qui voit dans la NEP une revanche de la bourgeoisie et une d�faite de la r�volution, appara�t notamment dans le roman</p><p>d�Ehrenbourg Rvatch (Rapace, 1925)</p><p>et dans celui de Leonov Vor (le Voleur, 1927). Il se confond parfois avec celui de l�intellectuel petit-bourgeois, partag� entre son adh�sion � l�id�al r�volutionnaire et son attachement aux valeurs de l�individualisme traditionnel.</p><p>Ce personnage, autoportrait critique du</p><p>� compagnon de route �, est au centre des romans de Fedine (Goroda i gody</p><p>[les Cit�s et les ann�es, 1924] et Bratia</p><p>[les Fr�res, 1928]), des po�mes narratifs et des r�cits en prose de Pasternak (Spektorski, 1924-1930 ; Povest [le R�cit, 1929]), des romans de Kaverine (Khoudojnik ne�zvesten [Peintre inconnu, 1931]) et d�Aleksandr Gueorguievitch Malychkine (1890-1938). Le contraste entre l�assurance sans faille de l�homme nouveau et la mauvaise conscience de l�intellectuel est peint avec le plus de relief, d�acuit� psychologique et d�ambigu�t� tragique dans le roman controvers� Zavist (l�Envie, 1927) de Iouri Kaplovitch Olecha</p><p>(1899-1960).</p><p>Au th��tre, les repr�sentations de masse des ann�es de la guerre civile popularisent la recherche de formes sc�niques nouvelles qui se poursuit au cours des ann�es 1920 autour des metteurs en sc�ne V. E. Meyerhold, I. B. Vakhtangov, A. I. Ta�rov, N. P. Okhlopkov, tandis que K. S. Stanislavski fait sa rentr�e en 1926, avec l�adaptation th��trale de Biela�a Gvardia de Boulgakov (sous le titre de Dni Tourbinykh [les Jours des Tourbine]).</p><p>Le drame r�volutionnaire �volue de la stylisation �pique, qui marque encore en 1933 le chef-d�oeuvre de Vsevolod Vitalievitch Vichnevski (1900-1951), Optimistitcheska�a traguedia (la Trag�die optimiste), vers le r�alisme psychologique, illustr� par Konstantine Andre�evitch Trenev (1876-1945) dans Lioubov Iarova�a (1926), et qui s�impose chez la plupart des jeunes dramaturges issus du � Proletkoult �, comme Vladimir Mikha�lovitch Kirchon</p><p>(1902-1938), Aleksandr Nikola�evitch Afinoguenov (1904-1941) ou Nikola� Fedorovitch Pogodine (1900-1962).</p><p>C�est surtout dans la com�die satirique que le r�pertoire s�enrichit, avec les pi�ces de Boulgakov (Zo�kina kvartira</p><p>[l�Appartement de Zo�ka, 1926], Ba-grovy� ostrov [l��le pourpre, 1929]), de Kata�ev (Kvadratoura krouga [la Qua-drature du cercle, 1928]) et de Niko-</p><p>la� R. Erdman (Mandat [le Mandat], 1925). Les deux com�dies de Ma�akovski (Klop [la Punaise, 1929] ; Bania downloadModeText.vue.download 90 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11301</p><p>[les Bains, 1930]), mises en sc�ne par Meyerhold, combinent l�invention sc�-</p><p>nique avec l�anticipation humoristique de l�avenir communiste et la peinture satirique des moeurs du pr�sent.</p><p>Si la production litt�raire des an-n�es 20 t�moigne, � travers des th�mes nouveaux, d�une certaine continuit� des orientations et des recherches es-th�tiques avec la litt�rature pr�r�volutionnaire, les conditions sociales et politiques de la vie litt�raire se modifient progressivement en profondeur. Le premier t�moignage de cette �volution est, d�s 1917, le mouvement du � Proletkoult � (� culture prol�tarienne �), fond� par le th�oricien marxiste Aleksandr A. Bogdanov et qui c�l�bre</p><p>l�oeuvre des � po�tes-ouvriers � (Vladimir Timofe�evitch Kirillov [1890-1943], Alekse� Kapitonovitch Gastev</p><p>[1882-1941], Ilia Ivanovitch Sadofiev</p><p>[1889-1965]) comme l�embryon d�une culture nouvelle, destin�e � supplanter la culture existante, r�put�e f�odale ou bourgeoise. Condamn� par L�nine, qui y voit une organisation rivale du parti et ouverte � des influences id�ologiques pernicieuses, le Proletkoult perd son autonomie d�s 1920. Mais l�id�e d�une culture prol�tarienne est reprise par la nouvelle g�n�ration des �crivains communistes, group�s d�s 1923 au sein d�une � Association des �crivains prol�tariens � (VAPP, puis, en 1928, RAPP), qui donne � ce terme un contenu plus id�ologique que social.</p><p>Sa revue Na postou (En sentinelle) se distingue par la violence de ses attaques contre les �crivains ralli�s � la r�volution, mais non communistes, que Trotski a baptis�s � compagnons de route �, et contre le critique marxiste lib�ral Aleksandr Konstantinovitch Voronski (1884-1943), qui leur a ouvert largement la revue semi-officielle Krasna�a Nov (Friches rouges) et pa-tronne le groupe litt�raire Pereval (le Passage), form� en majorit� de jeunes,</p><p>communistes oppos�s aux m�thodes du RAPP.</p><p>� partir de 1926, l��quipe dirigeante de l�Association des �crivains prol�-</p><p>tariens, form�e des critiques Leopold Leonidovitch Averbakh (1903-1938</p><p>[?]) et Vladimir Vladimirovitch Ier-milov (1904-1967), des romanciers Fade�ev et Libedinski, du dramaturge Kirchon, se pr�occupe surtout de</p><p>d�finir une esth�tique marxiste orthodoxe. Apr�s Voronski, elle se rallie � la conception r�aliste de l�art, h�rit�e par Plekhanov de la tradition russe du XIXe s. Elle lutte d�une part contre les conceptions formalistes, d�fendues par le LEF et les constructivistes, d�autre part contre le � sociologisme vulgaire �</p><p>de l�historien et th�oricien de la litt�-</p><p>rature marxiste Valerian Fedorovitch Pereverzev (1882-1968), qui interpr�te Plekhanov dans un sens fataliste en accentuant le d�terminisme social inconscient aux d�pens du facteur id�ologique conscient dans la gen�se de l�oeuvre d�art. Le rapport �troit que les th�oriciens du RAPP �tablissent entre l�id�ologie consciente de l�artiste et son esth�tique s�exprime par la notion de � m�thode cr�atrice du mat�rialisme dialectique �, nom donn� au nouveau r�alisme qu�ils pr�nent.</p><p>Les attaques des � �crivains prol�-</p><p>tariens � contre les � compagnons de route � ont provoqu� la premi�re intervention directe du Comit� central du parti dans la vie litt�raire : la r�solution du 18 juin 1925 accorde une satisfaction de principe aux � prol�tariens � en admettant la notion de � litt�rature prol�tarienne � (dont la validit� est contest�e par Trotski et Voronski) ; mais elle se montre tr�s lib�rale � l��gard des</p><p>� compagnons de route �, en misant sur leur ralliement spontan�. Cependant, la situation cr��e � partir de 1929</p><p>par la politique d�industrialisation et de collectivisation accentue la pression � laquelle ils sont soumis et accro�t l�influence du RAPP. La plupart se d�solidarisent de Zamiatine et de Pilniak, violemment attaqu�s � la suite de la publication � l��tranger du roman My (Nous autres) et du r�cit Krasno�e derevo (l�Acajou), interdits en U. R. S. S.</p><p>Boulgakov et Platonov se voient pratiquement interdire toute activit� litt�-</p><p>raire. Mais en majorit�, les � compagnons de route � ob�issent aux slogans du RAPP, qui veut mettre la litt�rature au service des plans quinquennaux, mobilisant l��nergie du pays en vue de l��dification du socialisme : Pilniak, avec Volga vpada�et v Kaspisko�e more (La Volga se jette dans la Caspienne, 1929), Marietta Sergue�evna Chagui-nian (n�e en 1888) avec Guidrotsentral (la Centrale hydro-�lectrique, 1931), Leonov avec Sot (la Rivi�re Sot, 1930) et Skoutarevski (1932), Kata�ev avec Vremia, vpered ! (� temps, en avant !, 1932), Paoustovski avec Kara-Bougas (1932), Ilia Ehrenbourg avec Den vtoro� (le Second Jour de la cr�ation, 1934) c�l�brent l��lan cr�ateur des masses engag�es dans l�industrialisation, tandis que Cholokhov, avec Pod-niata�a tselina (Terres d�frich�es, livre premier, 1932) et Fedor Ivanovitch Panferov (1896-1960) avec Brouski (1928-1937) chantent la collectivisation des campagnes.</p><p>1934-1954 :</p><p>la litt�rature d��tat</p><p>Le ralliement des � compagnons</p><p>de route �, illustr� par le retour en U. R. S. S. du plus illustre d�entre eux, Maxime Gorki, a pour cons�quence</p><p>l�adoption d�une nouvelle politique litt�raire, qui se traduit en avril 1932 par la dissolution du RAPP et la cr�ation d�une Union des �crivains sovi�tiques, dont un Comit� d�organisation, pr�sid� par Gorki et r�unissant, sous la direction de hauts fonctionnaires du parti, des repr�sentants de toutes les organisations litt�raires existantes, a la charge de pr�parer les statuts, qui seront solennellement adopt�s par le Ier Congr�s de l�Union, en ao�t 1934. Bien accueillie par les � compagnons de route �, qui y voient un d�saveu du RAPP et un t�moignage de confiance des autorit�s, cette mesure signifie en fait la reprise par l��tat des fonctions de contr�le id�ologique et politique que s�arro-geaient les �crivains � prol�tariens �.</p><p>Seule reconnue par l��tat, l�Union des �crivains exerce en effet un monopole sur la production litt�raire et, de 1934 � 1954, date de la r�union du IIe Congr�s, c�est le parti qui renouvelle ses organismes dirigeants. Elle garantit � l��crivain une situation mat�rielle et</p><p>un statut social privil�gi�s, avec pour seule contrepartie l�adh�sion aux principes du r�alisme* socialiste. Accept�e en 1934 par les �crivains les plus divers en raison de son apparente souplesse, cette formule recouvre en fait la notion de � m�thode de cr�ation mat�rialiste dialectique � telle que l�ont d�finie les th�oriciens du RAPP. Compl�t�e par la notion de partinost (� engagement �), d�duite d�un article de L�nine datant de 1905 et qui sera particuli�rement soulign�e par A. A. Jdanov en 1946, elle permet d�exiger de l��crivain so-vi�tique une adh�sion sans r�serve � la doctrine du parti et � la politique du gouvernement. Elle interdit sous l��tiquette de � naturalisme � toute repr�-</p><p>sentation pessimiste ou fondamentalement critique de la vie et de la soci�t� sovi�tiques, et sous celle de � formalisme � toute innovation s��cartant des canons du r�alisme traditionnel. Assor-tie de la notion de narodnost (� caract�re national �), apparue peu avant la guerre et soulign�e tout au long de celle-ci, elle permet de lutter contre les influences �trang�res, condamn�es notamment en 1949-50 sous le nom de</p><p>� cosmopolitisme �.</p><p>La transformation du r�alisme</p><p>socialiste en un conformisme esth�-</p><p>tico-politique de plus en plus pesant est favoris�e par le r�gime de terreur polici�re qui fait de tr�s nombreuses victimes parmi les �crivains de toutes tendances. Les premi�res sont Kliou�ev et Mandelstam, arr�t�s et exil�s d�s le d�but des ann�es 1930 et morts en d�portation. En 1937-38, Babel, Pilniak, Vessely�, les critiques Voronski, Pereverzev, Averbakh, le dramaturge Kirchon, les po�tes Zabolotski et Pavel Vassilev (1910-1937) disparaissent les uns apr�s les autres, et leurs noms sont effac�s de l�histoire. D�autres, comme Akhmatova, Pasternak, Boulgakov,</p><p>Platonov, sont pratiquement condam-n�s au silence : des chefs-d�oeuvre tels que le Requiem (1934-1939) d�Akhmatova, cycle de po�mes d�di�s aux victimes de la terreur, et le roman satirique et philosophique de Boulgakov Master i Margarita (le Ma�tre et Marguerite, 1928-1940) ne verront le jour que vingt ans apr�s leur cr�ation.</p><p>L�esth�tique du r�alisme socialiste</p><p>entra�ne la canonisation s�lective des classiques russes du XIXe s. (notamment de Tolsto�, oppos� � Dosto�evski*, dont l�oeuvre est pratiquement bannie) et se traduit par la supr�matie de la prose sur la po�sie et des formes monumentales sur les genres courts, consid�r�s comme mineurs. Les audaces</p><p>rythmiques, les innovations lexicales, la structure associative du discours �tant condamn�es par � formalisme �, la po�sie cherche sa voie dans l�imitation du folklore (ainsi chez Mikha�l Vassilievitch Issakovski [1900-1973]</p><p>ou chez Aleksandr Andre�evitch Prokofiev [1900-1973]) ou de la chanson lyrique (comme chez Stepan Petrovitch Chtchipatchev [n� en 1899]). Au th��tre, l�influence de Meyerhold est s�v�rement pourchass�e, et le syst�me de Stanislavski �rig� en norme : c�est le retour � une dramaturgie du quotidien, qu�illustre notamment le th��tre d�Alekse� Nikola�evitch Arbouzov</p><p>(Tania, 1938). Seul le th��tre pour enfants permet � Ievgueni Lvovitch Chvarts (1896-1958) de sacrifier le r�alisme psychologique � la f�erie et � la fable all�gorique (Ten [l�Ombre, 1940]).</p><p>Dans le roman, genre majeur du</p><p>r�alisme socialiste, la peinture des bouleversements sociaux cons�cutifs � l�industrialisation poss�de encore �paisseur humaine et complexit� chez Leonov (Doroga na Okean [la Route de l�Oc�an, 1935]) et chez Malychkine (Lioudi iz zakholoustia [les Gens des coins perdus, 1938]). Mais l�accent est mis d�sormais sur le th�me de l�homme nouveau, produit de la soci�t� nouvelle (ainsi dans le roman de Iouri Solomo-downloadModeText.vue.download 91 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11302</p><p>novitch Krymov [1908-1941] Tanker Derbent [le P�trolier Derbent, 1938]), et l�int�r�t se d�place de la peinture de la soci�t� vers les probl�mes psychologiques et moraux de la formation de la personnalit� : on en trouve le t�moignage dans l�importance accord�e par la critique au r�cit autobiographique du p�dagogue Anton S. Makarenko*</p><p>(1888-1939) Pedagoguitcheska�a</p><p>poema (Po�me p�dagogique, 1933-1935), consacr� � la r��ducation de jeunes d�linquants. L�aspect �difiant de ce th�me s�accentue dans le � roman r�volutionnaire pour la jeunesse �, o� l�image de l�homme nouveau gagne</p><p>en prestige h�ro�que ce qu�elle perd en complexit� psychologique. L�autobiographie romanc�e du r�volutionnaire Nikola� Alekse�evitch Ostrovski (1904-1936), Kak zakalialas stal (Et l�acier fut tremp�..., 1932-1934), en donne le mod�le. Les romans de Ka-ta�ev Bele�et parous odinoki (Au loin une voile, 1936) et de Kaverine Dva kapitana (Deux Capitaines, 1940-1945) se rattachent � la m�me veine h�ro�que et � romantique � du r�alisme socialiste.</p><p>L�approche de la � guerre patrio-</p><p>tique � de 1941-1945, annonc�e par la mont�e du nazisme et par la guerre d�Espagne, se fait d�j� sentir dans la renaissance du roman historique consacr� aux gloires nationales : Petr pervy� (Pierre Ier, 1930-1943) d�Alexis Tolsto� ; Tsushima (1932-1935) et Sevas-topolska�a strada (Jours d��preuve � S�bastopol, 1939-40) des v�t�-</p><p>rans Alekse� Silytch Novikov-Pribo� (1877-1944) et Sergue� Nikola�evitch Sergue�ev-Tsenski (1875-1958). En r�habilitant l�id�e nationale, la guerre �largit l�orthodoxie id�ologique aux limites du patriotisme. Elle fait des</p><p>� compagnons de route � � nagu�re class�s � droite, comme Alexis Tolsto� ou Ilia Ehrenbourg � les porte-parole autoris�s du pays, et permet la r�int�-</p><p>gration d�Akhmatova, de Pasternak, de Platonov. Elle donne � la notion d�engagement un sens tr�s concret : beaucoup d��crivains sont mobilis�s comme correspondants de guerre, et la plupart d�entre eux collaborent activement � la presse quotidienne.</p><p>La guerre suscite un regain de lyrisme et donne � une nouvelle g�n�ration po�tique (Konstantine M. Simonov* [n� en 1915], Olga Fedorovna Berggolts [n�e en 1910], Margarita Iossifovna Aliguer [n�e en 1915] et surtout Aleksandr T. Tvardovski*</p><p>[1910-1971], cr�ateur du personnage de Vassili Terkine, en qui se reconna�tront des milliers de simples soldats russes) l�occasion de s�imposer</p><p>� la grande masse des lecteurs, plus sensible � l�authenticit� du sentiment qu�� l�originalit� de la forme. Il en va de m�me au th��tre, avec les pi�ces patriotiques de Simonov Rousskie</p><p>lioudi (les Russes, 1942) et de Leonov Nachestvie (l�Invasion, 1942).</p><p>Mais c�est dans le domaine du roman que la litt�rature de guerre produit ses oeuvres les plus importantes et les plus caract�ristiques. Dans Narod bessmer-ten (Le peuple est immortel, 1942) de Vassili Semenovitch Grossman (1905-1964) et Nepokorennye (les Indompt�s, 1943) de Boris Leontievitch Gorbatov (1908-1954), plus discr�tement dans Zvezda (l��toile) d�Emmanou�l Guen-rikhovitch Kazakevitch (1913-1962), le sentiment patriotique se traduit par l�emphase lyrique ou path�tique et le grossissement �pique ou l�gendaire.</p><p>Au contraire, chez Simonov (Dni i notchi [les Jours et les nuits], 1943-44), Aleksandr Aleksandrovitch Bek (n� en 1903 ; Volokolamsko�e chosse</p><p>[la Route de Volokolamsk], 1943-44), Vera Fedorovna Panova (1905-1973 ; Spoutniki [les Compagnons de voyage, 1946]) et surtout chez Viktor Platono-vitch Nekrassov (n� en 1911 ; V oko-pakh Stalingrada [Dans les tranch�es de Stalingrad, 1946]), la recherche de la v�rit� psychologique et humaine passe au premier plan. Chez Fade�ev (Moloda�a gvardia [la Jeune Garde, 1945]) et Boris Nikola�evitch Polevo� (n� en 1908 ; Povest o nasto�achtchem techeloveke [Un homme v�ritable,</p><p>1946]), la v�rit� psychologique est au contraire subordonn�e � l�exaltation d�un mod�le h�ro�que de l�homme</p><p>sovi�tique.</p><p>En 1946, les d�crets condamnant, � la suite d�un rapport de Jdanov devant le Comit� central du parti, les revues Zvezda (l��toile) et Leningrad, coupables d�avoir publi� des r�cits satiriques de Zochtchenko et des po�mes d�Anna Akhmatova, marquent un</p><p>resserrement des contraintes id�ologiques, rel�ch�es � la faveur de la guerre. Ils favorisent le d�veloppement d�une litt�rature �dulcor�e, qui ignore non seulement les r�alit�s douloureuses de la condition humaine, mais aussi les v�ritables probl�mes de la so-ci�t�. Dans le roman Daleko ot Moskvy (Loin de Moscou, 1948 ; prix Staline 1949), qui peint la construction d�un</p><p>pipe-line � travers la ta�ga sib�rienne, l�ancien d�tenu Vassili Nikola�evitch Aja�ev (1915-1968) passe sous silence l�utilisation du travail forc�.</p><p>Mikha�l Semenovitch Boubennov (n� en 1909) peint la guerre dans Bela�a bereza (le Bouleau blanc, 1947-1952 ; prix Staline 1948) comme une suite ininterrompue de victoires, tandis que Semen Petrovitch Baba�evski (n� en 1909), dans Kavaler zoloto� zvezdy (le Chevalier de l��toile d�or, 1947-48 ; prix Staline 1949) et Svet nad zemle� (Lumi�re sur la terre, 1949-50 ; prix Staline 1950 et 1951) et Galina Iev-guenieva Nikola�eva (1911-1963) dans Jatva (la Moisson, 1950 ; prix Staline 1951) d�crivent sous un jour idyllique la situation des kolkhozes au lendemain de la guerre. Au th��tre, cette tendance � embellir la r�alit� (justifi�e par certains critiques au nom de l�� absence de conflit � [bezkonfliktnost] qui caract�rise th�oriquement une soci�t� socialiste) trouve son expression dans les pi�ces d�Anatoli Vladimirovitch Sofronov (n� en 1911 ; Moskovski</p><p>kharakter [Un caract�re moscovite], 1948 ; prix Staline 1949). En revanche, les couleurs sont pouss�es au noir dans les oeuvres d�Ehrenbourg (Padenie Pa-rija [la Chute de Paris, 1941-42] ; Bouria [la Temp�te, 1947] ; Deviaty� val</p><p>[le Neuvi�me Flot, 1952]) ou encore dans les romans de Simonov (Rousski vopros [la Question russe, 1946]) qui d�crivent la soci�t� capitaliste.</p><p>Le sch�matisme r�sultant des</p><p>contraintes id�ologiques est moins sensible dans les romans (ou cycles romanesques) r�trospectifs qu�entre-prennent � cette �poque plusieurs �crivains sovi�tiques de la premi�re g�n�-</p><p>ration : Fedine avec Pervy�e radosti (Premi�res Joies, 1945) et sa suite Neobyknovenno�e leto (Un �t� extraordinaire, 1948) ; Kaverine avec les deux premiers livres de sa trilogie Otkryta�a kniga (le Livre ouvert), Iounost (Jeunesse, 1949) et Doktor Vlassenkova (le Docteur Vlassenkova, 1952) ; Kata�ev avec Za vlast sovetov (les Soviets au pouvoir, 1949) ; Leonov avec Rousski les (la For�t russe, 1953) ; Paoustovski avec le premier volume de son autobiographie, Dalekie gody (les Ann�es lointaines, 1946) ; Pasternak avec Doktor Jivago (le Docteur Jivago), �crit</p><p>en secret et sans espoir de publication jusqu�au moment du d�gel.</p><p>Apr�s 1954 :</p><p>vers une litt�rature d�opposition La d�saffection du public pour une litt�rature conformiste, �trang�re aux pr�occupations profondes de la soci�t�, est sensible au d�but des ann�es 1950</p><p>et se manifeste jusque dans le discours d�un des principaux dirigeants du parti, Malenkov, qui, en 1952, d�plore publiquement la disparition de la satire. Le retour � une image plus nuanc�e de la vie sovi�tique se fait sentir d�s 1952</p><p>dans les chroniques rurales (Ra�onny�e boudni [le District en semaine]) de Valentine Vladimirovitch Ovetchkine (1904-1968), puis dans les romans de Panova Vremena goda (les Saisons, 1953) et de Nekrassov V rodnom go-rode (la Ville natale, 1954). La crise n�est cependant diagnostiqu�e qu�apr�s la mort de Staline, dans l�article du romancier et critique Vladimir Mikha�lovitch Pomerantsev (n� en 1907) Ob iskrennosti v literatoure (De la sinc�-</p><p>rit� en litt�rature), paru en d�cembre 1953 et aussit�t violemment critiqu�, comme le sera en juin 1954 la nouvelle d�Ehrenbourg Ottepel (le D�gel), qui donne pour la premi�re fois � la mort de Staline le sens d�une d�livrance. La convocation, en 1954, du IIe Congr�s de l�Union des �crivains sovi�tiques marque aussi la fin d�une �poque ; mais, s�il reconna�t la crise et en rend responsable la � th�orie de l�absence de conflit � (teoria bezkonfliktnosti), le Congr�s condamne en m�me temps, sous l��tiquette d�� objectivisme � et de � subjectivisme �, l�id�e d�un retour � la v�rit� des faits et des sentiments sugg�r�e par certains �crivains.</p><p>L��re de la destalinisation est officiellement ouverte par le rapport du premier secr�taire Khrouchtchev au XXe Congr�s du parti (f�vr. 1956), qui reconna�t � huit clos le r�gime de la terreur polici�re auquel la Russie a �t� soumise pendant vingt ans. La r�-</p><p>habilitation des victimes de la terreur et la publication d�oeuvres longtemps interdites (comme celle de Babel) ou encore in�dites (comme le chef-d�oeuvre de Boulgakov Master i Margarita) entra�nent un �largissement de</p><p>l�horizon litt�raire, un assouplissement de l�orthodoxie esth�tico-politique et une renaissance des d�bats th�oriques autour de la notion de r�alisme socialiste, qui garde cependant une valeur contraignante.</p><p>La d�nonciation du stalinisme co�ncide avec les d�buts d�une nouvelle g�-</p><p>n�ration litt�raire qui en sera profond�-</p><p>ment marqu�e. La prise de conscience de cette g�n�ration est d�abord l�oeuvre de po�tes tels qu�Ievgueni A. Evtouchenko* (n� en 1933) et Andre�</p><p>A. Voznessenski* (n� en 1933), Bella Akhatovna Akhmadoulina (n�e en</p><p>1937), Boulat Chalvovitch Okoudjava (n� en 1924), qui retrouvent, avec une audace formelle inconnue de leurs a�n�s, le go�t d�un langage original et d�un contact vivant avec un auditoire : gr�ce � eux, la journ�e annuelle de la po�sie devient le rendez-vous d�une jeunesse obscur�ment contestataire.</p><p>downloadModeText.vue.download 92 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11303</p><p>Celle-ci se reconna�t dans les h�ros des prosateurs Anatoli Tikhonovitch Gla-diline (n� en 1935 ; Khronika vremen Viktora Podgourskogo [Chronique des temps de Victor Podgourski], 1956), Anatoli Kouznetsov (n� en 1929 ; Pro-doljenie leguendy [Suite de la l�gende, traduit sous le titre de Une �toile dans le brouillard, 1957]) et Vassili Pavlovitch Aksenov (n� en 1932 ; Zvezdny� bilet [le Billet �toil�, 1961]), jeunes gens � purs � dont les allures et les propos cyniques d�noncent les mensonges et les compromissions de leurs a�n�s.</p><p>La revue Iounost (Jeunesse), fond�e en 1955, est l�organe attitr� de cette nouvelle g�n�ration frondeuse.</p><p>La recherche du naturel qui caract�-</p><p>rise la jeune prose s�inscrit dans la perspective plus g�n�rale d�une r�action contre le style monumental � avec ce qu�il peut avoir d�artificiel et de mensonger � de la p�riode stalinienne. Le genre de la nouvelle, avec Iouri Markovitch Naguibine (n� en 1920), Sergue� Petrovitch Antonov (n� en 1915) et surtout Iouri Pavlovitch Kazakov (n� en 1927), auteur de Na poloustanke (la</p><p>Petite Gare, 1959), prend sa revanche sur le roman. La prose documentaire ou lyrique � esquisse (otcherk), carnet de route, journal intime, souvenirs compos�s, comme chez Paoustovski</p><p>ou Ehrenbourg, ou dispers�s au gr� des associations, comme dans les Dnevny�e zvezdy (�toiles diurnes, 1959) d�Olga Berggolts ou dans Sviato� kolodets (le Puits sacr�, 1966), Trava zabve-nia (l�Herbe d�oubli, 1967) et Koubik (le Petit Cube, 1969) de Kata�ev �</p><p>concurrence avec succ�s la fiction.</p><p>Ce souci d�authenticit� permet � la litt�rature de retrouver une fonction sociale active. L��touffement de l�esprit cr�ateur par la scl�rose bureaucratique est d�nonc� par Vladimir Dmitrievitch Doudintsev (n� en 1918) dans son</p><p>roman Ne khlebom edinym (L�homme</p><p>ne vit pas seulement de pain, 1956), qui suscite des controverses passionn�es, et par Galina Nikola�eva dans Bitva v pouti (l�Ing�nieur Bakhirev, 1957). C�est surtout la campagne, o� les contraintes bureaucratiques h�ri-t�es de la collectivisation forc�e sont les plus oppressives et cr�ent une situation de marasme et de p�nurie longtemps dissimul�e, qui sert de cadre � celle litt�rature de critique sociale.</p><p>La � prose rurale � est illustr�e par le r�cit d�Aleksandr Iakovlevitch Iachine (1913-1970) Rytchagui (les Leviers, 1956), par les otcherki d�Efim Iakovlevitch Doroch (1908-1972 ; Derevenski dnevnik [le Journal villageois, 1958]), par les otcherki et les nouvelles de Vladimir Fedorovitch Tendriakov (n� en 1923 ; Podenka-vek korotki [l��ph�-</p><p>m�re, 1965]). Dans les romans Na Ir-tyche (Au bord de l�Irtych, 1964) et So-lena�a pad (1968), Sergue� Zalyguine (n� en 1913) remonte � l��poque de la collectivisation et de la guerre civile pour y saisir l�origine des maux actuels.</p><p>Dans les r�cits de Boris Andre�evitch Moja�ev (n� en 1923 ; Iz jizni Fedora Kouzkina [Dans la vie de Fedor Kouz-kine, 1966]), de Vassili Belov (n� en 1933 ; Privytchno�e delo [Une affaire courante, 1966]), dans les r�cits et le diptyque romanesque de Fedor Aleksandrovitch Abramov (n� en 1920)</p><p>Dve zimy i tri leta (Deux Hivers et trois �t�s, 1968) et Pouti-perepoutia (Chemins et carrefours, 1973), l��vocation des probl�mes actuels de la campagne</p><p>d�bouche sur une apologie des modes de vie traditionnels de la paysannerie et des valeurs spirituelles qu�elle rec�le.</p><p>La m�me tendance transpos�e en terrain exotique est sensible dans l�oeuvre de l��crivain kirghize Tchinguiz A�t-matov (n� en 1928 ; Prochtcha� Goulsary [Adieu Goulsary, 1968]), dont l�oeuvre est partiellement �crite en russe. La revue Novy� Mir (Monde</p><p>nouveau), dirig�e par Tvardovski, est le principal point d�appui de la litt�rature � rurale �.</p><p>L�histoire de la guerre, et en particulier de ses premiers mois, marqu�s par des revers dont Staline porte la responsabilit�, fait l�objet elle aussi d�un r�examen critique dans l�oeuvre d�anciens combattants dont les d�buts litt�raires co�ncident avec l��poque du XXe Congr�s : Iouri Vassilievitch Bondarev (n� en 1924 ; Batalony prossiat ognia [Les bataillons demandent le feu, 1957]) ; Grigori Iakovlevitch Bakla-nov (n� en 1923), auteur du r�cit Piad zemli (Un pouce de terre, 1959) et du roman Ioul sorok pervogo goda (Juillet 1941, 1965) et enfin l��crivain bi�-</p><p>lorusse (mais �crivant aussi en russe) Vassili Bykov (n� en 1924), auteur du r�cit Mertvym ne bolno (Les morts ne souffrent pas, 1966) et Sotnikov (1970).</p><p>La trilogie romanesque de Simonov (Jivy�e i mertvy�e [les Vivants et les morts, 1959] ; Soldatami ne rojda�out-sia [On ne na�t pas soldat, 1964] ; Posledne�e leto [le Dernier �t�, 1971]) s�inscrit dans cette � nouvelle vague critique � de la litt�rature de guerre.</p><p>L�aspect le plus odieux du pass� stalinien, la terreur polici�re et les camps de travail forc�, n�est �voqu� d�abord que de fa�on indirecte (par Nekrassov dans la nouvelle Kira Gueor-</p><p>guievna, 1961 ; par Bondarev dans le roman Tichina [le Silence, 1962] ; par Ehrenbourg dans ses souvenirs Lioudi, gody, jizn [Hommes et �v�nements, 1960-1963]). En novembre 1962, la publication express�ment autoris�e par Khrouchtchev du r�cit d�Aleksandr I. Soljenitsyne* (n� en 1918) Odine den Ivana Denissovitcha (Une journ�e d�Ivan Denissovitch) ouvre la voie � une s�rie de t�moignages d�anciens d�tenus et de r�cits �voquant les an-n�es de terreur, comme celui de Iouri</p><p>Ossipovitch Dombrovski (n� en 1909) Khranitel Drevnoste� (le Conservateur des antiquit�s, 1964). Cependant, apr�s la chute de Khrouchtchev (1964), le sujet redevient tabou, malgr� les souvenirs de camp de Ievguenia Guin-</p><p>zbourg Krouto� marchrout (le Ver-</p><p>tige, 1967), les nouvelles de Varlam Tikhonovitch Chalamov (n� en 1907) Kolymskie rasskazy (R�cits de Kolyma, 1969), les romans de Lydia Korne�evna Tchoukovska�a (n�e en 1907) comme Opoustely dom (la Demeure abandonn�e) et de Grossmann (Vse tetchet</p><p>[Tout s��coule, 1970]), de m�me que le roman de Soljenitsyne V krougue per-vom (le Premier Cercle, �crit en 1955-1958) et son � essai de recherche artistique � Arkhipelag Goulag (l�Archipel Goulag, �crit en 1968-1972), � la fois acte d�accusation passionn� et somme historique de la terreur et de l�univers concentrationnaire sovi�tiques.</p><p>La critique des s�quelles du stalinisme et la d�nonciation de ses crimes tendent � s��largir en une remise en question des postulats historiques et philosophiques du marxisme. On en trouve le premier t�moignage dans le roman de Pasternak Doktor Jivago (le Docteur Jivago, achev� en 1957 et rest� in�dit en U. R. S. S.), o� l�attitude r�volutionnaire est condamn�e d�un point de vue chr�tien. Les contes fantastiques et satiriques du critique Andre� Donatovitch Siniavski (n� en 1925), Gololeditsa (le Verglas, 1956), Lioubimov (1964), et son pamphlet Tchto tako�e sotsialistitcheski realizm ?</p><p>(Qu�est-ce que le r�alisme socialiste ?, 1959) contestent les pr�suppos�s m�-</p><p>taphysiques de l�esth�tique officielle.</p><p>Dans les romans de Soljenitsyne Rako-vy� korpous (le Pavillon des canc�reux, 1967) et Avgoust tchetyrnadtsatogo (Ao�t quatorze, 1971), ainsi que dans les souvenirs de Nadejda Mandelstam, veuve du po�te (Vospominania [1970]</p><p>et Vtora�a kniga [1972], traduits sous le titre Contre tout espoir I et II), la r�flexion morale et historique sur les sources de la terreur remet �galement en question les dogmes officiels. Moins explicite, cette recherche de valeurs nouvelles en dehors de l�id�ologie officielle est �galement sensible dans la prose � rurale �, ainsi que dans la renaissance que conna�t la science-fic-</p><p>tion � tendance philosophique, comme chez Ivan A. Efremov (ou Iefremov, 1907-1972 ; Toumannost Andromedy</p><p>[la N�buleuse d�Androm�de, 1957]), ou satirique comme chez les fr�res Arkadi (n� en 1925) et Boris (n� en 1933) Strougatski (Skazka o tro�ke [le Conte de la tro�ka, 1968] ; Oulitka na sklone</p><p>[l�Escargot sur la pente, 1968]).</p><p>Les limites de la lib�ralisation intervenue apr�s la mort de Staline apparaissent d�s 1956, avec l�interdiction du Docteur Jivago et les pers�cutions que subit Pasternak. Cependant, jusqu�en 1964, les � lib�raux � group�s autour des revues Novy� Mir et Iounost peuvent repousser assez loin ces limites en s�appuyant sur le premier secr�taire du parti, Khrouchtchev (dont l�ascension est li�e � la d�nonciation du stalinisme), pour r�sister aux � conservateurs � group�s autour de la revue Oktiabr (Octobre) et du romancier Vsevolod Anissimovitch</p><p>Kotchetov (1912-1973). En 1965,</p><p>l�arrestation de Siniavski et de Iouli Markovitch Daniel (n� en 1925, auteur du conte satirique Govorit Moskva</p><p>[Ici Moscou, 1957]), qui ont publi� en secret � l��tranger des oeuvres jug�es</p><p>� antisovi�tiques �, marque la revanche des � conservateurs �. Cependant, leur proc�s, en 1966, est l�occasion d�une prise de conscience de l�opposition lib�rale, qui n�h�site plus � affronter le pouvoir. Les oeuvres refus�es par la censure (les romans de Soljenitsyne, de Lydia Tchoukovska�a, de Grossmann, de Vladimir Iemelianovitch Maksimov</p><p>[n� en 1932], les souvenirs de Ievguenia Guinzbourg, de Nadejda Mandelstam) circulent sous forme dactylographi�e (samizdat) et sont publi�es � l��tranger sans susciter trop de r�actions du pouvoir, qui h�site � heurter l�opinion mondiale par un nouveau proc�s. Les �crivains contestataires restent cependant des parias, priv�s de tout moyen de contact avec la masse du public russe. Invit�e en 1967 par Soljenitsyne � se dresser contre la censure et les interventions polici�res, l�Union des �crivains, devenue une institution essentiellement conservatrice (l��ge moyen des d�l�gu�s au Congr�s de</p><p>1967 est de soixante ans), r�plique en pronon�ant son exclusion, qui annonce son expulsion d�U. R. S. S. (1974) : attitude qu�elle adoptera de plus en</p><p>downloadModeText.vue.download 93 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11304</p><p>plus souvent, et avec les m�mes cons�-</p><p>quences, au cours des ann�es suivantes.</p><p>M. A.</p><p>&amp; D. P. S. Mirsky, A History of Russian Literature (New York, 1927, nouv. �d., 1958 ; trad. fr.</p><p>Histoire de la litt�rature russe, Fayard, 1969).</p><p>/ E. Lo Gatto, Storia della litteratura russa (Rome, 1928, 5e �d., Florence, 1964 ; trad. fr.</p><p>Histoire de la litt�rature russe, Descl�e de Brouwer, 1965). / G. P. Struve, Soviet Russian Literature (Londres, 1935, nouv. �d., Norman, Okla., 1951 ; trad. fr. Histoire de la litt�rature sovi�tique, �d. du Ch�ne, 1946). / M. Ehrhard, la Litt�rature russe (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 6e �d., 1972). / C. Corbet, la Litt�rature russe (A. Colin, 1952 ; 6e �d., 1972). /</p><p>W. Lettenbauer, Russische Litteraturgeschichte (Francfort, 1955 ; 2e �d., Wiesbaden, 1958). /</p><p>L. Aragon, Litt�ratures sovi�tiques (Deno�l, 1956). / Histoire de la litt�rature russe (en russe, Moscou, 1958-1964 ; 3 vol. / M. Drozda, la Litt�rature de Russie sovi�tique (en tch�que, Prague, 1961). / E. J. Brown, Russian Literature since the Revolution (New York, 1963 ; 2e �d., 1969). / M. Slonim, Soviet Russian Literature (Fair Lawn, N. J., 1964 ; 2e �d., 1967). / Histoire de la litt�rature de Russie sovi�tique (en russe, Moscou, 1967-1971 ; 4 vol.). / A. Drawicz, la Litt�rature sovi�tique, 1917-1967 (en polonais, Varsovie, 1968).</p><p>L��COLE MUSICALE</p><p>RUSSE</p><p>La Russie ayant �t� le lieu de p�n�tration de peuples tr�s divers, la musique a subi de multiples influences qui l�ont profond�ment marqu�e d�s ses origines. Il faudra attendre le XIXe s. pour que la Russie se d�gage des �trangers et cr�e une �cole nationale.</p><p>Le chant orthodoxe</p><p>Vers 988, les Russes furent convertis au christianisme par Byzance. Les chants d��glise ont une triple origine : la liturgie byzantine ; l�Okto�chos de Jean Damasc�ne, import� de Syrie et traduit par saint Cyrille* et saint M�-</p><p>thode au IXe s. ; le fonds russe : du XIIe au XIVe s., le clerg� et les chantres, recrut�s parmi le peuple, transform�rent les m�lodies primitives et en compos�rent de nouvelles, souvent fort belles.</p><p>Il en r�sulta des interp�n�trations fr�-</p><p>quentes avec les m�lodies populaires, d�o� le caract�re modal de ces chants, leur libert� rythmique, l�emploi fr�-</p><p>quent de rythmes impairs, se pliant � la prosodie. Ce chant se donne sans aucun accompagnement instrumental. Le plus ancien recueil de chants religieux date de 1152. La musique, not�e au moyen de signes n�indiquant que la direction de la m�lodie, fut ex�cut�e avec beaucoup de libert�, malgr� la cr�ation d��coles pour former les chantres. Au XVIIe s., une commission fut charg�e de corriger les livres de chants et de leur adapter une notation moderne, mais le premier livre ne parut qu�en 1772.</p><p>Le chant populaire</p><p>La musique populaire, particuli�rement riche en Russie, comprenait plusieurs cycles de chants : �piques, religieux, saisonniers, nuptiaux, etc. Beaucoup d�entre eux �taient mim�s. Parmi les influences qu�ils ont subies, la plus importante vient de l�Orient : grecque et byzantine surtout. La ligne m�lodique �volue dans un ambitus ne d�passant pas la quinte et utilise trois gammes de quatre tons : dorique (mi, fa, sol, la), lydienne (do, r�, mi, fa), phrygienne (r�, mi, fa, sol). Elles peuvent se superposer en sept degr�s diatoniques. Le rythme, libre, suit la prosodie, d�o� ses changements fr�quents et l�emploi de mesures impaires (5/4, 7/4).</p><p>Les instruments populaires, en raison de leurs faibles possibilit�s, laiss�rent une place pr�pond�rante � la musique vocale. � c�t� des instruments � cordes (gousli, domra, balala�ka, bandoura) existaient des instruments � vent, semblables � ceux d�Occident, et des percussions (nacres et cuillers).</p><p>La musique savante</p><p>� partir du XIIe s., l��volution de la musique fut ralentie en raison de sa condamnation par Cyrille, �v�que de Tourov, et des troubles suscit�s par l�invasion tatare. La polyphonie, venue</p><p>de Pologne, ne p�n�tra en Russie qu�au XVIIe s. Le chant orthodoxe, d�figur� par l�usage de la mesure, lui servit de cantus firmus.</p><p>Il faut attendre le r�gne de Pierre le Grand (1682-1725) pour assister � une renaissance de l�art musical, mais ce sera un art d�importation. Le tsar favorisa la venue en Russie de musiciens et d�orchestres �trangers ; musique vocale et danse arrivaient d�Occident.</p><p>Apr�s sa mort, le Fran�ais Jean-Baptiste Landet [ou Land�] (� en 1748), �tabli en Russie en 1734, organise l�art chor�graphique. Le Napolitain Francesco Araja (1700 - v. 1767) dirige en 1736 la chapelle de la Cour, dont les ex�cutants se recrutent en Italie.</p><p>En m�me temps, il fait conna�tre aux Russes l�opera seria et �crit le premier op�ra sur un texte russe (Altzesta). �</p><p>sa suite, les musiciens italiens envahissent la Russie : Pietro Antonio Locatelli, Giovanni Vincenzo Manfredini, Baldassare Galuppi, Tommaso Traetta, Giovanni Paisiello, Guiseppe Sarti, Giovanni Battista Martini, Cimarosa �crivent des op�ras italiens pour le public russe. Certains d�entre eux b�-</p><p>n�ficient de la protection de l�imp�ratrice Catherine. Concurremment, mais avec moins de succ�s, on repr�sente des oeuvres de Monsigny, de Gluck, de Gr�try, de M�hul et de Mozart.</p><p>Cependant, � partir de la seconde moiti� du XVIIIe s., un mouvement nationaliste se dessine timidement, encourag� par Catherine II. La premi�re co-m�die-op�ra russe, Aniouta, de Mikha�l Popov, date de 1772. Des compositeurs russes, Evstignei Ipatovitch Fomine (1761-1800), Mikha�l Alekse�evitch Matinski (1750 - v. 1820), �crivent des op�ras o� certains personnages accusent un caract�re populaire. D�j�, ils emploient quelques m�lodies folkloriques. Mais deux �trangers vont encore venir � Saint-P�tersbourg. Le V�nitien Catterino Cavos (1775-1840), arriv� en 1799 et nomm� ma�tre de chapelle de la cour, donne au th��tre op�-</p><p>ras, ballets, vaudevilles. Si l�influence italienne demeure la plus grande dans son oeuvre, il s�efforce toutefois de traiter des sujets russes (le Preux Ilia, Svetlana, Ivan Soussanine) et emprunte parfois des th�mes populaires, mais en</p><p>les transformant par une technique tout italienne. De 1804 � 1810, le Fran�ais Boieldieu dirige la chapelle imp�riale et compose une dizaine d�op�ras-comiques pour la cour.</p><p>Deux Russes, Maksim Sozontovitch</p><p>Berezovski (1745-1777) et Dmitri Stepanovitch Bortnianski (1755-1825), qui ont �tudi� en Italie, consacrent leurs efforts � la musique d��glise, en laquelle ils fusionnent les chants orthodoxes � la technique occidentale.</p><p>Bortnianski affirme que le chant orthodoxe, dont il recommande l��tude, doit</p><p>� contribuer � la naissance [...] d�une �cole fonci�rement russe �.</p><p>Un autre Russe, Alekse� Nikola�e-</p><p>vitch Verstovski (1799-1862), se r�-</p><p>v�le comme le pr�d�cesseur de Glinka avec son op�ra le Tombeau d�Askold.</p><p>Cr�� � Moscou en 1835, un an avant l�Ivan Soussanine de Glinka, il associe la technique occidentale au fonds national : sujet russe, allure populaire, emploi de m�lodies russes.</p><p>L��cole russe au XIXe s</p><p>Poussant plus loin les tentatives �parses de ses pr�d�cesseurs, Mikha�l Ivanovitch Glinka (1804-1857), ainsi qu�il le disait lui-m�me, cherche �</p><p>� unir le chant populaire russe et la bonne vieille fugue d�Occident �. Il fraie le chemin � une �cole nationale particuli�rement originale. Il adapte les connaissances qu�il avait acquises en Allemagne et en Italie aux exigences d�une musique essentiellement russe : il emploie les th�mes populaires, ou en invente qui ont une saveur typiquement russe, son harmonie rev�t un caract�re modal, il use de rythmes impairs. Ses deux op�ras, la Vie pour le tsar ou Ivan Soussanine (1836) et Rouslan et Lioud-mila (1842), repr�sentent l�essentiel de son message et annoncent tout l�op�ra russe � venir. Le premier est une �po-p�e nationale ; il donne une grande place au choeur ; le second exploite le go�t de Glinka pour les m�lop�es orientales et d�voile un certain penchant pour le fantastique et le f�erique, annon�ant ainsi Kit�ge et le Coq d�or de Rimski-Korsakov, l�Oiseau de feu de Stravinski et l�Amour des trois oranges de Prokofiev.</p><p>Aleksandr Sergue�evitch Dargo-myjski (1813-1869) reprend les id�es de son pr�d�cesseur et, dans son oeuvre ma�tresse, le Convive de pierre (1869), il pousse d�j� tr�s loin l�emploi du r�citatif m�lodique et dramatique, pr�-</p><p>figurant ainsi le r�alisme de l��cole russe. Il abandonne le d�coupage en sc�nes de l�ancien op�ra et s�inspire du d�roulement du drame : la m�lodie est motiv�e par le sens du texte ; tout l�art de Moussorgski se trouve en puissance dans cet op�ra.</p><p>Succ�dant � ces deux pionniers,</p><p>quelques musiciens forment vers 1860</p><p>le groupe des Cinq*. Il comprend Mili Alekse�evitch Balakirev, C�sar Cui, Moussorgski*, Borodine* et Rimski-Korsakov*. Leur point commun est</p><p>qu�aucun d�entre eux n�est parti dans la vie avec l�id�e d�embrasser la carri�re de compositeur. � part C�sar Cui, qui avait fait des �tudes musicales relativement pouss�es, les autres sont des autodidactes, mais l�intuition et le g�nie leur tiendront lieu de savoir.</p><p>Reprenant les id�es de Glinka en les d�veloppant, ils porteront tr�s haut le renom de l��cole russe. Peu fervents de formes fixes, ils pr�f�reront la musique � programme (po�me symphonique) et l�op�ra, chacun traitant des sujets diff�rents, mais se rapportant toujours � la Russie : Moussorgski, l�histoire ; Borodine, l��pop�e ; Rimski-Korsakov, les contes et l�gendes.</p><p>Parall�lement aux Cinq, et s�opposant � eux, un groupe de musiciens acad�mistes et occidentalisants na�t sous l��gide du conservatoire de Saint-P�tersbourg, fond� en 1862 par Anton Grigorievitch Rubinstein (ou Rou-binchtein) [1829-1894]. Tcha�kovski*</p><p>en sera le plus illustre repr�sentant par son sens de la forme et de l�orchestra-downloadModeText.vue.download 94 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11305</p><p>tion, et malgr� ses fr�quentes rodo-montades sentimentales. D�ailleurs, en d�pit de leur nationalisme ardent, les Cinq ne resteront pas insensibles � la musique d�un Berlioz, venu deux</p><p>fois en Russie (1847 et 1868). Le trait� d�instrumentation de ce dernier leur servira de mod�le, tout particuli�rement � Rimski-Korsakov. Celui-ci, au cours d�un bref voyage � Paris en 1889, appr�ciera l�oeuvre de Debussy et celle de Ravel...</p><p>En 1866, un second conservatoire</p><p>se cr�e � Moscou ; � sa t�te, Nikola� Grigorievitch Rubinstein (1835-1881), fr�re d�Anton. Un tr�s grand antagonisme s�pare d�abord les Cinq de l�enseignement officiel, jusqu�au jour o� Rimski-Korsakov est nomm� professeur au conservatoire de Saint-P�-</p><p>tersbourg (1871). De cet �tablissement sortiront des �l�ves adeptes des th�ories nationalistes : Anatoli Konstantinovitch Liadov (1855-1914), Aleksandr Konstantinovitch Glazounov</p><p>(1865-1936), Nikola� Nikola�evitch Tcherepnine (1873-1945), Aleksandr Tikhonovitch Gretchaninov (1864-1956). Le conservatoire de Moscou o� Tcha�kovski enseignait formera des musiciens plus occidentalisants : Anton Stepanovitch Arenski (1861-1906), Sergue� Ivanovitch Tane�ev (1856-1915), Sergue� Vassilievitch Rakhmaninov (1873-1943), Aleksandr Nikola�evitch Skriabine (1872-1915).</p><p>Plus savants que les repr�sentants du groupe des Cinq, ils n�en auront pas le g�nie intuitif, Skriabine mis � part, qui, par ses recherches harmoniques (rejoignant celles de Sch�nberg) et ses conceptions th�osophiques, fait preuve d�originalit�.</p><p>Au XXe s., deux compositeurs, Prokofiev* et Stravinski*, perp�tuent le renom de l��cole russe bien au-del� de ses fronti�res. Tous deux quitteront leur pays pour vivre � l��tranger. Le premier, y rencontrant peu de succ�s, retournera en U. R. S. S., o� il saura adapter son style � l�art officiel sovi�-</p><p>tique ; le second, au g�nie multiforme et en perp�tuel renouvellement, ne restera pas insensible aux d�couvertes des techniques de l�Occident.</p><p>La musique sovi�tique</p><p>Apr�s la r�volution d�Octobre, deux courants oppos�s se manifestent.</p><p>L�Association russe des musiciens prol�taires cultive une simplicit� affect�e, un d�sir d��tre compris des</p><p>masses. Au contraire, l�Association de musique contemporaine admire Sch�nberg, Berg, Hindemith, Milhaud. Mais en 1946 para�t le manifeste d�Andre� Aleksandrovitch Jdanov, auquel les compositeurs de l�U. R. S. S. devront d�sormais se conformer. Il attaque la musique formaliste, c�est-�-dire tout ce qui semble trop moderne, et recommande d��crire pour le peuple : la musique doit �tre accessible � tous et glorifier les grandes heures de l�histoire sovi�tique. Dans bien des cas, il en d�coulera un art conformiste et grandiloquent, ferm� aux recherches techniques des musiciens �trangers.</p><p>Les trois plus grands noms de la musique sovi�tique contemporaine sont Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (1906-1975), le plus intellectuel, Aram Khatchatourian (n� en 1903) et Dmitri Borissovitch Kabalevski (n� en 1904), qui conservent un c�t� folklorique � leurs compositions et qui rencontrent un tr�s vif succ�s dans leur pays.</p><p>� la suite de ces a�n�s, les compositeurs sont nombreux, l��tat sovi�tique aidant les jeunes talents. Citons parmi eux : Moisse� Samou�lovitch Va�nberg (n� en 1919), Guerman Guermanovitch Galynine (n� en 1922), Andre� Iakovlevitch Echpa� (n� en 1925), Rodion Konstantinovitch Chtchedrine (n� en 1932), Boris Ivanovitch Tichtchenko (n� en 1939).</p><p>Y. de B.</p><p>&amp; A. Vodarsky-Shiraeff, Russian Composers and Musicians. A Biografical Dictionary (New York, 1940). / M. R. Hofmann, Un si�cle d�op�ra russe (Corr�a, 1946) ; la Vie des grands musiciens russes (�d. du Sud et A. Michel, 1965) ; Histoire de la musique russe (Buchet-Chastel, 1968) ; Petite Histoire de la musique russe (Bordas, 1972). / R. A. Mooser, Annales de la musique et des musiciens en Russie au XVIIIe si�cle (�d. du Mont-Blanc, Gen�ve, 1948-1951 ; 3 vol.). / P. Souvtchinski (sous la dir. de), Musique russe (P. U. F., 1953 ; 2 vol.).</p><p>LE CIN�MA</p><p>Pendant une vingtaine d�ann�es, de 1896 � la Premi�re Guerre mondiale, l�influence du cin�ma fran�ais est pr�pond�rante en Russie. Certains</p><p>inventeurs comme Alekse� Sanarski ou Ivan Akimovitch Akimov (� 1903) n��chapperont ni � l�anonymat ni plus tard � l�oubli faute d�avoir pu endiguer l�invasion des importateurs fran-</p><p>�ais soucieux de conqu�rir un march� dont l�ampleur autorisait de mirifiques espoirs. D�s 1896, les fr�res Lumi�re d�l�guent un repr�sentant � Saint-P�-</p><p>tersbourg. Les firmes Path� et Gaumont prendront le relais. Pour la Cour, la noblesse, les cercles intellectuels, le cin�ma est une curiosit� excentrique (le tsar s�attachera tr�s rapidement les services de plusieurs op�rateurs, dont le Fran�ais Ringel, le Polonais Gustav Krynski et � le plus c�l�bre � l�Italien G. Vitrotti). Pour les citadins, c�est avant tout une attraction foraine qui bient�t �clipsera la plupart des autres.</p><p>En revanche, pour le monde des campagnes, les pr�sentateurs ambulants qui sillonnent le pays sont parfois assimil�s aux sorciers, et la nouvelle invention n�est pas loin d��tre prise pour un tour de magie plus ou moins mal�fique. Pourtant, d�s 1903, les premiers cin�mas non itin�rants ne cessent de se multiplier, et quatre ans plus tard s�amorcent les d�buts d�une production nationale. Des producteurs avis�s comme N. Trofimov, Dmitri Khari-tonov, Iossif Nikola�evitch Iermoliev (1889-1962), A. A. Khanjonkov et</p><p>A. O. Drankov ouvrent les premiers studios et s�efforcent de faire r�aliser des films fort influenc�s par le Film d�art fran�ais. C�est Aleksandr Drankov qui produit en 1908 le premier vrai film national : Stenka Razine (244 m), mis en sc�ne par Vladimir Romakhkov.</p><p>Aleksandr Alekse�evitch Khanjonkov (1877-1945), qui remporte de grands succ�s commerciaux en important des Films d�art Path� (comme l�Arl�sienne ou l�Assassinat du duc de Guise), entreprend des fresques historiques ou des adaptations litt�raires (d�apr�s Tolsto�, Tourgueniev, Dosto�evski, Pouchkine). Pendant cette premi�re p�riode o� les investissements �trangers sont importants, la censure tsariste veille. La plupart des metteurs en sc�ne pr�f�rent mettre en images le pass� plut�t que de s�attaquer � des sujets contemporains. Cependant, la com�die fait son apparition (avec l�acteur polonais Antoni Fertner [1874-1959]), et bient�t le drame mondain, qui oscille</p><p>entre deux mod�les : le danois et l�italien. Mais dans ces drames l�atmos-ph�re est curieusement mystique, parfois morbide, encombr�e d�outrances path�tiques.</p><p>Les premiers r�alisateurs se nom-</p><p>ment Vassili Mikha�lovitch Gontcharov (1861-1915) [Mazeppa, 1909 ;</p><p>Pierre le Grand, 1910 ; Roussalka, 1910 ; Eug�ne On�guine, 1911 ; la D�fense de Sebastopol, 1911 ; Histoire des Romanov (en collab. avec Tchardynine, 1913)] ; Petr Ivanovitch Tchardynine (1878-1934) [Un mariage russe au XIVe s., 1909 ; l�Idiot, 1910 ; la Dame de pique, 1910 ; la Sonate � Kreutzer, 1911 ; le Quartier des travailleurs, 1912 ; les Chrysanth�mes, 1914] ; Iakov Aleksandrovitch Protazanov (la Fontaine de Bakhtchissara�, 1909 ; la Nuit de mai, 1910 ; la Dame de pique, 1916 ; le P�re Serge, 1917-18 ; Andre� Kojoukhov, 1917) ; Vladimir Rostislavovitch Gardine (1877-1965)</p><p>[Anna Karenine, 1914 ; Une nich�e de gentilshommes, 1915] ; et surtout Ievgueni Frantsevitch Baouer (Geo Bauer, 1865-1917) [le Bossu K., 1913 ; la Vie dans la mort, 1914 ; R�surrection, 1915 ; le Tocsin, 1917]. Certains acteurs deviennent des grandes vedettes, � l�instar de leurs homologues am�-</p><p>ricains, comme Natalia Andrianovna Lissenko, Vera Vassilievna Kholod-naia (1893-1919), Vladimir Vassilievitch Maksimov (1880-1937), Vitold Alfonsovitch Polonski (1879-1919) et Ivan Ilitch Mosjoukhine (1889-1939).</p><p>Parmi ces films, bien peu sont</p><p>entrepris dans un souci de recherche artistique (� l�exception de certaines oeuvres de Baouer), et les essais plus ou moins exp�rimentaux (comme Drame</p><p>au cabaret futuriste no 13 [1914] de Vladimir Pavlovitch Kassianov (1883-1960) ou les deux oeuvres de Vsevolod Emilievitch Meyerhold (1874-1942) : le Portrait de Dorian Gray (1915) et l�Homme fort (1916) font figure d�exception.</p><p>L�ann�e 1917 bouleverse la Russie.</p><p>On note l�apparition du premier film antitsariste (le R�volutionnaire de Baouer). Lorsque �clate la r�volution, le cin�ma n�a pas d�assises tr�s solides, mais il a d�j� su s�attirer la complicit�</p><p>d�un public nombreux. Les partisans du Nouveau R�gime comprendront tr�s vite l�impact populaire de cet exceptionnel moyen de propagande. Pen-</p><p>dant quatre ann�es, de 1918 � 1922, � l�image du pays tout entier secou� par la guerre civile, l�industrie cin�matographique ne fait que survivre. Le Polikouchka (1922) d�Aleksandr Akimovitch Sanine (1869-1956) est tourn� en 1919 au milieu d�innombrables difficult�s. Des op�rateurs sont envoy�s sur tous les fronts pour en rapporter de pr�cieux documents d�actualit�. Gardine, Poudovkine* et Edouard Kazimirovitch Tisse (1897-1961) lancent un appel au monde sous forme de</p><p>film : Faim... faim... faim... (1921). Le 27 ao�t 1919, L�nine signe le d�cret de nationalisation du cin�ma. Il d�clare � Lounatcharski : � Le cin�ma est de tous les arts le plus important. � Au d�but de 1922, dans un climat de vitalit� eu-phorique exceptionnel, le septi�me art se r�organise. Le nombre des films ne cesse d�augmenter (11 films en 1921, 157 en 1924). L��tat s�est assur� le monopole de la production et de la distribution. Les deux premiers instituts de cin�ma du monde qui s��taient ouverts d�s l�automne 1919 sont fr�quent�s par des jeunes gens enthousiastes qui s�efforcent de donner au cin�ma une place downloadModeText.vue.download 95 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11306</p><p>�ducative et id�ologique, mais sans n�gliger pour autant les recherches culturelles et artistiques. Tandis que certains r�alisateurs, producteurs, acteurs �migrent vers Paris (autour d�Ermolieff [I. N. Iermoliev] gravite-ront bient�t Alexandre Volkov [1885-1942], Victor Tourjanski, Ladislav Sta-revitch [1892-1965], Protazanov [qui retournera en U. R. S. S. quelque temps plus tard], Nathalie Lissenko, Nicolas Koline, Ivan Mosjoukine), vers Berlin (Grigori Chmara [1893-1970], Dimitri Buchowetzki [1895-1932]), vers Hollywood (Richard Boleslavsky [1889-1937]), une nouvelle g�n�ration de cin�astes prend le pouvoir. La plupart sont tr�s jeunes et ouverts � toutes les exp�riences. Dziga Vertov invente le</p><p>� cin�ma-v�rit� � dans ses magazines</p><p>film�s, Lev V. Koulechov �labore ses premi�res th�ories sur le montage dans son c�l�bre Laboratoire exp�rimental (1922). Grigori M. Kozintsev, Leonid Z. Traouberg et Sergue� I. Ioutkevitch fondent la FEKS (Fabrique de l�acteur excentrique, 1922). Ma�akovski n�est pas le dernier � se passionner pour le cin�ma et l�on assiste � la naissance de petits groupes de cr�ation qui s�affrontent parfois avec vigueur (dans un certain sens, le cin�-oeil [Kino-Glaz]</p><p>de Vertov est � l�oppos� des th�ories de Koulechov ou des recherches de Kozintsev). Vertov traque la r�alit� et condamne le film dramatique. Kozintsev demande � l�acteur d�aller au-del� du r�alisme qui l�entoure et rejoint parfois les tentatives des expressionnistes.</p><p>Si les ann�es 1922 et plus encore 1923</p><p>sont cruciales pour tout ce qui touche la r�organisation du cin�ma (on voit appara�tre des films comme les Dia-blotins rouges d�Ivan Nikola�evitch Perestiani [1870-1959] et Un spectre hante l�Europe de Gardine, dont la facture traditionnelle est plus apte � servir de tremplins de propagande que des oeuvres de pure recherche), c�est en 1924 que se manifestent avec le plus d��clat les signes �vidents d�un renouvellement cin�matographique.</p><p>Serguei Mikha�lovitch Eisenstein*, alors �g� d�� peine vingt-six ans, tourne son premier long m�trage : la Gr�ve.</p><p>Koulechov (les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks), Kozintsev et Traouberg (les Aventures d�Octobrine), Vertov (Chroniques documentaires du Kino-Glaz) mettent en application leurs th�ories fil-miques respectives. L��mulation gagne certains cin�astes plus exp�riment�s comme Protazanov par exemple, dont l�Aelita surprend beaucoup par l�extravagance de ses d�cors constructivistes.</p><p>La production, tout en s�organisant et en se d�veloppant (non seulement � Moscou et Leningrad, mais �galement en G�orgie, en Ukraine, en Arm�nie), s�amplifie. En r�alisant en 1925 le Cuirass� � Potemkine �, Eisenstein offre � la jeune cin�matographie sovi�tique son film phare. Pr�sent� dans plusieurs capitales �trang�res, le film re�oit un accueil chaleureux. Trop chaleureux sans doute au gr� de certains gouvernements, qui, effray�s par son impact</p><p>r�volutionnaire, s�empressent d�en interdire la diffusion. Ce boycottage syst�matique servira plut�t la cause du film. Devenu oeuvre � maudite � hors d�U. R. S. S., le Potemkine n�en sera pas moins �tudi� avec passion et appr�-</p><p>ci� � sa juste valeur par tous les privil�gi�s qui auront l�occasion d�assister � une projection plus ou moins � sauvage � et sauront reconna�tre sa grande importance id�ologique, historique et artistique. On louera notamment la saisissante intelligence du montage dans la c�l�bre s�quence de la fusillade sur les escaliers d�Odessa. Le cin�ma so-vi�tique est ainsi devenu en quelques ann�es un art d�mocratique profond�-</p><p>ment populaire, charg� d�exprimer les pens�es, les sentiments et les aspirations des spectateurs. Art �ducatif, il se donne pour mission de d�crire de fa�on parfois simpliste et partisane, mais avec une foi �vidente, les grands bouleversements qui ont fait na�tre sur les ruines de l�empire tsariste un nouvel ordre social. Il est in�galable pour traduire le mouvement d�une foule ou pour peindre la mis�re ou l�espoir d�un individu confront� aux forces sociales ou politiques qui le d�passent. Il veut prouver que l��pop�e d�un peuple n�est rien d�autre que le produit des milliers d�enthousiasmes de tous ceux qui le composent. De 1925 au d�but du ci-n�ma parlant, trois metteurs en sc�ne s�imposent. Ce sont les grands chantres de la r�volution � l��cran : Eisenstein (Octobre, 1927 ; la Ligne g�n�rale, 1928-29), Poudovkine (la M�re, 1926 ; la Fin de Saint-P�tersbourg, 1927 ; Temp�te sur l�Asie, 1928) et l�Ukrainien Aleksandr Petrovitch Dovjenko*</p><p>(Zvenigora, 1928 ; Arsenal, 1929 ; la Terre, 1930). Mais ils ne sont pas seuls : ils sont �paul�s par les Kozintsev, les Ioutkevitch, les Koulechov, les Abram Matve�evitch Room (n� en 1894) et d�autres encore dont le talent s��panouira au cours des ann�es 30.</p><p>Le passage du muet au parlant se fera en U. R. S. S. avec lenteur, bien que d�excellents proc�d�s sonores aient �t� invent�s d�s novembre 1926 par Pavel Grigorievitch Taguer (n� en 1903) et en 1928-29 par Aleksandr Fedorovitch Chorine (1890-1941). Mais l��quipement des salles de projection ne se fit que tr�s progressivement. En 1934, en</p><p>effet, sur 26 000 salles environ, 800 � peine �taient pourvues d�installations ad�quates permettant la programmation de films sonores. Aussi, de 1930 � 1934, de nombreux films sont-ils tourn�s en muet, puis ult�rieurement sonoris�s (La terre a soif de Iouli I. Ra�zman, Seule de Kozintsev et Traouberg par exemple). Mais Mikha�l I. Romm propose encore en 1934 Boule de suif en version muette.</p><p>La � r�volution du parlant � entra�ne sur le plan artistique des prises de position passionn�es et suscite des exp�-</p><p>riences parfois malhabiles, mais parfois aussi tr�s originales (Eisenstein, Poudovkine et G. Aleksandrov signe-ront en 1928 le � Manifeste du contrepoint orchestral �).</p><p>En 1930, Eisenstein est aux �tatsUnis. Apr�s l��chec de divers projets, il entreprend une somptueuse fresque historique sur l�histoire du Mexique contemporain (Que viva Mexico !).</p><p>Mais, au cours du tournage, il rencontre de s�rieux d�boires et ne parviendra pas � contr�ler le montage final de son oeuvre. Les images qu�il avait enregistr�es avec son fid�le op�rateur E. Z. Tisse seront utilis�es ult�rieurement dans Tonnerre sur le Mexique (1933), Kermesse fun�bre (1933),</p><p>Time in the Sun (1939). De retour en U. R. S. S., le c�l�bre cin�aste se heurte � des difficult�s d�un autre ordre. Durant son absence, le climat politique a �volu�, s�est durci, et, en mati�re artistique, le gouvernement exerce un contr�le de plus en plus rigoureux.</p><p>Eisenstein laissera inachev� le Pr� de B�jine.</p><p>Le cin�ma sovi�tique des ann�es 30</p><p>entend rester fid�le � son id�al r�volutionnaire. Mais certaines incartades id�ologiques ou m�me formelles</p><p>ne passent plus le cap de la censure.</p><p>L�heure du � h�ros positif � a sonn� (notamment � la suite du succ�s du film des fr�res Gueorgui Nikola�evitch (1899-1946) et Sergue� Dmitrievitch (1900-1959) Vassiliev : Tchapaiev en 1934). L�nine se voit glorifi� dans plusieurs films (dont certains � ceux de Mikha�l I. Romm et de Dziga Vertov</p><p>� sont de qualit�). Le mode �pique inspire encore de nombreux r�alisateurs, mais on note aussi l��closion</p><p>d�un cin�ma plus intimiste (qui r�v�le des temp�raments d�licats comme</p><p>celui de Boris V. Barnet). Grigori Vassilievitch Aleksandrov (n� en 1903) remporte un triomphe avec sa com�die musicale les Joyeux Gar�ons. On entreprend des fresques sociales (la trilogie des Maxime [1935-1938] de Kozintsev et Traouberg, plus tard la trilogie que Mark S. Donsko� consacrera aux jeunes ann�es de Gorki [1938-1940]).</p><p>La vitalit� du cin�ma sovi�tique est grande. Aux noms des r�alisateurs pr�-</p><p>c�demment cit�s, il convient d�ajouter ceux de Nikola� Vladimirovitch Ekk (n� en 1902), Ilia Zakharovitch Traouberg (1905-1948), Iefim Lvovitch</p><p>Dzigan (n� en 1898), Leo Oskaro-</p><p>vitch Arnchtam (n� en 1905), Mikha�l K. Kalatozov, Iossif I. Khe�fits, Nikola� Mikha�lovitch Chenguela�a (n� en 1921), Grigori Lvovitch Rochal (n� en 1899), Aleksandr Mikha�lovitch Fa�nt-simmer (n� en 1906), Mikha�l Ediche-rovitch Tchiaoureli (n� en 1894), Aleksandr Loukitch Ptouchko (1900-1973), Fridrikh M. Ermler, Amo Ivanovitch Bek-Nazarov (1892-1965), Leonid Da-vydovitch Loukov (1909-1963), Vladimir Vladimirovitch Korch-Sabline (n� en 1900), Vladimir Mikha�lovitch Petrov (1896-1966), Vladimir Grigorievitch Legochine (1904-1954), Igor Andre�evitch Savtchenko (1906-1950).</p><p>L��ge d�or du cin�ma sovi�tique</p><p>s�ach�ve avec l�Alexandre Nevski</p><p>(1938) d�Eisenstein et le Chtchors (1939) de Dovjenko. Quand la Seconde Guerre mondiale �clate, l�industrie cin�matographique sovi�tique oriente sa production vers le documentaire d�actualit�s et invite les metteurs en sc�ne � r�aliser des films de propagande patriotique. Les studios qui se trouvent dans les zones de combat ferment leurs portes et certains films sont d�sormais entrepris en Asie centrale, notamment � Alma Ata. C�est le cas du monumental Ivan le Terrible d�Eisenstein. Le film sera achev� en 1947 � Moscou. Cependant, la seconde partie du film se verra condamn�e par Staline, qui estimait que le r�alisateur avait m�connu le caract�re progressiste de l�opritchnina (mise en place par le tsar). Eisenstein, qui avait projet� d�entreprendre une troisi�me partie en couleurs, sera contraint d�abandonner son</p><p>sc�nario � l��tat de projet. Il mourra en 1948. De 1946 � 1951, le nombre des films entrepris en U. R. S. S. ne cesse de baisser. Le jdanovisme paralyse toute initiative personnelle, obligeant les cin�astes agr��s � ne tourner que des sc�narios officiellement approuv�s par la censure. Le rejet de toute nuance, l�absence de toute critique objective soumettent la r�alit� historique comme la r�alit� quotidienne au manich�isme le plus primaire. Les su-downloadModeText.vue.download 96 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11307</p><p>jets qui trouvent gr�ce devant le rigorisme sourcilleux des autorit�s sont tr�s limit�s : �vocation des hauts faits militaires, biographies des grands hommes du r�gime socialiste et � surtout dans les ann�es 50 � adaptations des chefs-d�oeuvre litt�raires du patrimoine national. Les grandes figures du cin�ma sovi�tique disparaissent : apr�s Eisenstein, Poudovkine en 1953 et Dovjenko en 1956.</p><p>Dans cette p�riode de r�alisme*</p><p>socialiste strict, les cin�astes qui parviennent � sauvegarder leur talent sont tr�s rares (Mark S. Donsko�, Romm, Khe�fits). Quelques ann�es apr�s la mort de Staline, le d�gel appara�t et le cin�ma sovi�tique semble sortir d�une longue l�thargie. La production augmente r�guli�rement de 1954 � 1961</p><p>(elle se stabilisera autour de 120 � 130 films par an). Parall�lement, la d�-</p><p>centralisation s�acc�l�re, permettant le d�veloppement de l�industrie cin�matographique dans toutes les r�publiques f�d�r�es. L�ostracisme � l��gard des jeunes cin�astes est lev� et une nouvelle g�n�ration prend la rel�ve : Grigori N. Tchoukhra� (le Quarante et uni�me, 1956), Sergue� F. Bondartchouk (le Destin d�un homme, 1959), Aleksandr Aleksandrovitch Alov (n� en 1923) et Vladimir Naoumovitch Naoumov (n�</p><p>en 1927), Lev Aleksandrovitch Kouli-djanov (n� en 1924). Mais on note �galement le retour de plusieurs metteurs en sc�ne plus �g�s : G. M. Kozintsev (Don Quichotte, 1957), M. K. Kala-</p><p>tozov (Quand passent les cigognes, 1957), I. Ioutkevitch (R�cits sur L�-</p><p>nine, 1958), I. I. Khe�fits (la Dame au petit chien, 1960), M. S. Donsko� (Au prix de sa vie [ou le Cheval qui pleure, 1957], Thomas Gorde�ev, 1959).</p><p>Cependant, vers 1963-64, cette renaissance artistique para�t s�essouffler et l�acad�misme revient en force dans les studios de Moscou et de Leningrad. Les autorit�s freinent une fois de plus l�ardeur de certains metteurs en sc�ne. Andre� A. Tarkovski voit la diffusion de son film (Andre� Roublev) longtemps diff�r�e dans son propre pays, alors m�me qu�il remporte un grand succ�s de prestige partout dans le monde. Cependant, tandis que</p><p>Bondartchouk adapte consciencieusement un monumental Guerre et Paix, quelques individualit�s apparaissent : Sergue� Iossifovitch Paradjanov (n� en 1924), Andre� Mikhalkov-Kontchalovski, Gleb Panfilov, Larissa Che-pitko, Mikha�l Boguine. Autour des ann�es 70, c�est en Asie sovi�tique, en Transcaucasie et dans les r�publiques occidentales d�U. R. S. S. que le ci-n�ma prend un essor important. Des r�alisateurs s�imposent : Bolot Cham-chiev et Tolomouch Oke�ev en Kirghizie, Alty Karliev (n� en 1909), Boulat Mansourov (n� en 1937), Khodjakouli Narliev (n� en 1937) au Turkm�nistan, Chaken A�manov (1914-1970) au Kazakhstan, Guenrikh Malian en Arm�-</p><p>nie, Rezo (Revaz) Tchkheidze (n� en 1926), Eldar (n� en 1933) et Gueorgui (n� en 1937) Chenguela�a, Otar Iosse-liani (n� en 1934), Georgui Danelia (n� en 1930) en G�orgie, Elier Ich-moukhamedov (n� en 1942) en Ouzb�-</p><p>kistan, Tofik Tagui-Zade (n� en 1919) en Azerba�djan, Leonid Ossyka, Iouri Guerassimovitch Ilienko (n� en 1936), Viktor Illarionovitch Ivtchenko (n� en 1912) en Ukraine, Lev Vladimirovitch Goloub (n� en 1904) en Bi�lorussie, Vitaoutas Ialakiavitchous (Jalakavi-cius, n� en 1930) en Lituanie.</p><p>J.-L. P.</p><p>Quelques metteurs en</p><p>sc�ne sovi�tiques</p><p>Boris Vassilievitch Barnet (Moscou</p><p>1902 - id. 1965). Apr�s avoir suivi les cours de Lev V. Koulechov et de V. I. Poudovkine � l�Institut du cin�ma de Moscou, il devient � la fois acteur et metteur en sc�ne. Sa premi�re r�alisation, en 1927, la Jeune Fille au carton � chapeaux, est suivie de plusieurs autres, drames n�o-r�alistes ou com�dies sentimentales qui lui donnent une place � part parmi ses contemporains : la Maison de la place Troubna�a (1928), la Rupture des glaces (ou le D�gel, 1931), Okra�na (1933), Au bord de la mer bleue (1936), Un �t� prodigieux (1950), Liana (1955), le Po�te (1957), Anouchka (1960), Alenka (1962).</p><p>Sergue� Fedorovitch Bondartchouk</p><p>(Belozerka, Odessa, 1920 - Nice 1973).</p><p>�l�ve de Poudovkine, il d�bute comme acteur � l��cran dans la Jeune Garde (1948) de S. Guerassimov, puis tourne dans divers autres films, dont la Cigale (1955) de S. Samsonov, Othello (1956) de S. I. Ioutkevitch et les �vad�s de la nuit (1960) de R. Rossellini. Sa premi�re mise en sc�ne, le Destin d�un downloadModeText.vue.download 97 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11308</p><p>homme (o� il interpr�te l�un des r�les principaux), date de 1959. De 1963 � 1967, il travaille � l�adaptation d�un monumental Guerre et Paix (en quatre volets). Il poursuit ensuite parall�lement sa carri�re de com�dien (Oncle Vania [1971] de A. Mikhalkov-Kontchalovski) et de r�alisateur (Waterloo, 1969 ; Ils ont combattu pour la patrie, 1974).</p><p>Mark Semenovitch Donsko� (Odessa, 1901). Son premier film, Dans la grande ville (cor�al. : M. A. Averbakh), date de 1928. Mais il ne commence � s�imposer qu�en 1934 avec la Chanson du bonheur.</p><p>Son oeuvre la plus c�l�bre sera celle qu�il compose de 1938 � 1940 : une trilogie consacr�e � Maxime Gorki : l�Enfance de Gorki (1938), En gagnant mon pain (1939) et Mes universit�s (1940).</p><p>En 1942, il adapte Ostrovski (Et l�acier fut tremp�). Il tournera ensuite successivement l�Arc-en-ciel (1944), Varvara (1947), la M�re (1956), Au prix de sa vie (ou le Cheval qui pleure, 1957), Thomas</p><p>Gorde�ev (1959), Bonjour les enfants (1962), le Coeur d�une m�re (1965), le D�vouement d�une m�re (1966), Chalia-pine (1970), Nadejda (1973).</p><p>Aleksandr Petrovitch DOVJENKO. V.</p><p>l�article.</p><p>Sergue� Mikha�lovitch EISENSTEIN.</p><p>V. l�article.</p><p>Fridrikh Markovitch Ermler (Rejitsa</p><p>[Rezeknel], Lettonie, 1898 - Leningrad 1967). Ses premiers essais consacr�s aux probl�mes sociaux-�conomiques de son pays apr�s la r�volution sont n�o-r�alistes avant la lettre : Katka, petite pomme de reinette (cor�al. : E. I. Ioganson, 1926), les Enfants de la temp�te (cor�al. : E. I. Ioganson, 1927), la Maison dans la neige (1928), le Cordonnier de Paris (1928). Il r�alise ensuite Un d�bris de l�Empire (1929), Contre-Plan (cor�al. : S. I. Ioutkevitch, 1932), les Paysans (1935), Un grand citoyen (1938-39), Camarade P (1943), le Tournant d�-</p><p>cisif (1945), la Grande Force (1950), le Roman inachev� (1955), le Premier Jour (1958), De New York � Iasna�a Poliana (1963), Devant le jugement de l�histoire (1965).</p><p>Sergue� Iossifovitch Ioutkevitch</p><p>(Saint-P�tersbourg 1904). Fondateur avec G. M. Kozintsev et L. Z. Traouberg de la FEKS (Fabrique de l�acteur excentrique) en 1922, il remporte un succ�s d�estime d�s son premier film, les Dentelles (1928). Ses films suivants l�imposent comme l�un des metteurs en sc�ne les plus inventifs et les plus solides de son pays : Montagnes d�or (1931), Contre-Plan (en collab. avec F. M. Ermler, 1932), l�Homme au fusil (1938), Iakov Sverdlov (1940), les Nouvelles Aventures du brave soldat �vejk (1943), la France lib�r�e (documentaire, 1954), Skander Beg (1954), Othello (1956), R�cits sur L�nine (1958), les Bains (animation, 1962), L�nine en Pologne (1966), Un amour de Tchekhov (1969), Ma�akovski rit (1975).</p><p>Mikha�l Konstantinovitch Kalatozov (Tbilissi 1903 - Moscou 1973). Son premier film, un documentaire tourn� en G�orgie (le Sel de Svan�tie, 1930),</p><p>le place au rang des jeunes cin�astes dont on attend beaucoup, mais apr�s son deuxi�me essai, le Clou dans la botte, qui a le malheur de d�plaire aux autorit�s gouvernementales (1932), il se voit �cart� des studios pendant sept ann�es. Il revient � la mise en sc�ne en 1939 avec l��ge d�homme (ou Courage viril) et en 1941 avec Valeri Tchkalov.</p><p>Consul � Los Angeles de 1941 � 1945, il tourne de nouveau dans son pays � partir de 1950 : le Complot des condamn�s (1950), les Amis fid�les (1954), le Premier �chelon (1956). En 1957, le jury du festival de Cannes couronne Quand passent les cigognes, qui sera un grand succ�s international. Kalatozov r�alise ensuite la Lettre inachev�e (1960), Je suis Cuba (1962) et la Tente rouge (1969).</p><p>Iossif Iefimovitch Khe�fits (Minsk 1905). Avec la collaboration du sc�-</p><p>nariste Aleksandr Grigorievitch</p><p>Zarkhi (n� en 1908), il signe de 1928</p><p>� 1950 plusieurs films de bon niveau artistique comme le Chant du m�tal (cor�al. : A. G. Zarkhi, M. G. Chapiro et V. Granatman, 1928), Face au vent (1930), Midi (1931), Ma patrie (1932), le D�put� de la Baltique (1937), On l�appelle Soukhe-Bator (1942), la Colline Malakoff (1944), Au nom de la vie (1947), les Pr�cieuses Semences (1948), Flammes sur Bakou (1950). Seul, il r�alise ensuite Une grande famille (1954), l�Affaire Roumiantsev (1956), la Dame au petit chien (1960), Horizon (1962</p><p>Jour de bonheur (1964), Dans la ville de S. (1966), Salut Maria (1970).</p><p>Lev Vladimirovitch Koulechov (Tambov 1899 - Moscou 1970). Il commence d�s 1917 � publier des articles sur l�art du film, r�alise le Projet de l�ing�nieur Prite en 1918 et collabore avec V. A. Polonski pour Chanson d�amour inachev�e.</p><p>Nomm� responsable des actualit�s film�es sur le front est pendant les ann�es r�volutionnaires, il vient � Moscou en 1920 fonder le laboratoire exp�rimental, puis repart sur le front ouest.</p><p>En 1921, il est professeur � l�Institut de cin�ma et tourne ensuite quelques films, dont les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks (1924), le Rayon de la mort (1925), Selon la loi (Dura lex ; 1926), la Journaliste</p><p>(1927), le Joyeux Canari (1929). Il publie en 1929 l�Art du cin�ma. Ult�rieurement, il r�alisera notamment Horizon (1933), le Grand Consolateur (1933), le Serment de Timour (1942), Nous autres de l�Oural (1944).</p><p>Grigori Mikha�lovitch Kozintsev</p><p>(Kiev 1905 - Leningrad 1973). Il fonde en 1922 avec Leonid Zakharovitch</p><p>Traouberg (Trauberg) et S. I. Ioutkevitch la FEKS (Fabrique de l�acteur excentrique) et tourne, dans l�esprit de ce mouvement futuriste, les Aventures d�Octobrine (1924). Plus expressionnistes, le Manteau (1926) et la Nouvelle downloadModeText.vue.download 98 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11309</p><p>Babylone (1929) marquent �galement une date importante dans l�histoire du cin�ma sovi�tique. Il est ensuite (toujours assist� de Traouberg pour la r�alisation) l�un des meilleurs cin�astes des ann�es 30 : Seule (1931) ; la trilogie des � Maxime � : la Jeunesse de Maxime (1935) ; le Retour de Maxime (1937) ; Du c�t� de Viborg (1939).</p><p>Apr�s quelques r�alisations th��trales, Kozintsev revient au cin�ma pour</p><p>signer seul cette fois Pigorov (1948), Belinski (1953), Don Quichotte (1957), Hamlet (1964), le Roi Lear (1971).</p><p>Andre� Mikhalkov-Kontchalovski</p><p>(Moscou 1937). Il entre � l�Institut de cin�ma de Moscou en 1957 dans</p><p>l�atelier de M. I. Romm, o� il se lie avec A. A. Tarkovski. Assistant de ce dernier pour l�Enfance d�Ivan en 1962</p><p>et sc�nariste pour Andre� Roublev (1964-1965), il met en sc�ne en 1966</p><p>son premier long m�trage, le Premier Ma�tre. Il tourne ensuite le Bonheur d�Assia (1968), Un nid de gentilshommes (1969), Oncle Vania (1971), la Romance des amoureux (1973).</p><p>Vsevolod Illarionovitch POUDOV-</p><p>KINE. V. l�article.</p><p>Iouli Iakovlevitch Ra�zman (Moscou 1903). Il r�alise son premier film en collaboration avec A. Gavronski en 1927 (le Cercle). Apr�s le Bagne (1928),</p><p>il tourne un remarquable documentaire en 1930, La terre a soif. Ses oeuvres suivantes (les Aviateurs [1935], la Derni�re Nuit [1937], Terres d�frich�es [1940], Machenka [1942], le Ciel de Moscou</p><p>[1944], Berlin [1945-46], le Chevalier � l��toile d�or [1950], la Le�on de la vie</p><p>[1955], le Communiste [1957]) l�ont plac� parmi les meilleurs cin�astes de son �poque.</p><p>Mikha�l Ilitch Romm (Za�gra�evo,</p><p>r�publique des Bouriates, 1901 - Moscou 1971). Il d�bute en adaptant Boule de suif de Maupassant en 1934, un des derniers films muets sovi�tiques, et confirme son talent dans son deuxi�me essai, les Treize (1937). Son hagiographie de L�nine (L�nine en octobre, 1937, et L�nine en 1918, 1939) lui vaut une grande popularit�. Si Matricule 217</p><p>en 1945 t�moigne encore de sa puissante personnalit�, ses films suivants souffrent des imp�ratifs du � culte de la personnalit� � : la Question russe (1948), Mission secr�te (1950), l�Amiral Ouchakov [Amiral Temp�te, 1953], le Crime de la rue Dante (1956). Il retrouve une nouvelle jeunesse en 1961</p><p>avec Neuf Jours d�une ann�e et signe un excellent film de montage en 1965 : le Fascisme ordinaire.</p><p>Andre� Arsenievitch Tarkovski (Moscou 1932). Il s�impose d�s 1962 avec l�Enfance d�Ivan et rencontre un grand succ�s international avec Andre�</p><p>Roublev (1964-65), qui conna�t en U. R. S. S. certaines difficult�s avec la censure politique. En 1972, il tourne un film de science fiction, Solaris et en 1974, le Miroir.</p><p>Grigori Naoumovitch Tchoukhra�</p><p>(Melitopol 1921). Son premier film, le Quarante et uni�me (1956), le place parmi les plus s�rs espoirs de la nouvelle g�n�ration poststalinienne. Il confirme son talent dans la Ballade du soldat (1959), Ciel pur (1961), Il �tait une fois un vieux et une vieille (1963). Apr�s le Peuple (1966), il r�alise la Bataille de Stalingrad [ou M�moire] en 1970, un essai de cin�ma-v�rit�.</p><p>Dziga Vertov. V. DOCUMENTAIRE.</p><p>&amp; L. Moussinac, le Cin�ma sovi�tique (Galli-</p><p>mard, 1928). / T. Dickinson et C. de La Roche, Soviet Cinema (Londres, 1948). / P. Babitsky et J. Rimberg, The Soviet Film Industry (New York, 1955). / Y. S. Kalashnikov, Esquisse de l�histoire du cin�ma sovi�tique (en russe, Moscou, 1956).</p><p>/ J. Leyda, Kino. A History of the Russian and Soviet Film (Londres, 1960). / A. V. Macherta et coll., les Films d�art sovi�tiques (en russe, Moscou, 1961). / N. A. Lebedev, Il Cinema muto sovietico (trad. du russe, Turin, 1962). / J. et L. Schnitzer, Vingt Ans de cin�ma sovi�tique (C. I. B., 1963) ; le Cin�ma sovi�tique par ceux qui l�ont fait (�d. fr. r�unis, 1966). / U. Gregor et F. Hitzer, Der Sovjetische Film, 1930-1939</p><p>(Francfort, 1966). / H. Herlinghaus, M. Hanisch et F. Geler, Der Sowietisch Revolutions film zwanziger und dreissiger Jahre (Berlin, 1967). /</p><p>D. Lisarevskii, 100 Soviet Films (Moscou, 1967).</p><p>/ M. Verdone et B. Amengual, la F. E. K. S. (Serdoc, Lyon 1970).</p><p>L�art</p><p>On ne sait � peu pr�s rien de l�art des tribus slaves de l�Est, ni de la Russie ki�vienne des premiers princes. On a parfois coutume de faire remonter l�art russe aux Scythes*</p><p>(v. aussi steppes [art des]), mais il s�agit en fait d�une tout autre civilisation.</p><p>La naissance de l�art russe v�ritable</p><p>� ou tout au moins du premier dont les r�alisations nous soient parvenues � est �troitement li�e � la conversion du prince Vladimir vers 988, qui a entra�n� la Russie dans l�orbite culturelle de Byzance. Si l�art russe peut �tre consid�r� � l�origine comme une sorte de prolongement de l�art byzantin*, il y incorporera �galement d�autres influences �trang�res et remod�-</p><p>lera les �l�ments byzantins en fonction des conditions locales (climat, mat�riaux de construction, couleurs, etc.) et en s�inspirant sans doute des monuments artistiques qui devaient exister avant la p�n�tration de l�influence byzantine (constructions en bois qui ne se sont pas conserv�es), de fa�on � aboutir � une synth�se conforme au sens esth�tique national.</p><p>Cette premi�re p�riode de l�art russe, domin�e par l�architecture et la peinture religieuses, s��tend jusqu�au d�but du XVIIIe s. Le r�gne de Pierre le Grand marque une rupture, et la Russie est entra�n�e pour deux si�cles dans l�imitation de l�art europ�en baroque et classique, sans arriver � une synth�se originale comme dans la p�riode pr�c�dente.</p><p>Au d�but du XXe s., l�art russe entre dans le mouvement g�n�ral de l�art europ�en, et la peinture russe surtout devient un �l�ment moteur de l�avant-garde europ�enne. Mais, � partir de 1930 environ, la Russie se d�tache des recherches g�n�-</p><p>rales de l�Occident pour essayer de cr�er un nouvel art qui appara�t essentiellement d�termin� par la commande officielle : le r�alisme socialiste.</p><p>downloadModeText.vue.download 99 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11310</p><p>L�ART RUSSE</p><p>AVANT PIERRE LE GRAND</p><p>y L�architecture</p><p>C�est du XIe au XIIIe s., � la fin de la p�riode pr�mongole de l�histoire russe, que se forment les traits fondamentaux de l�architecture russe. Des ma�tres d�oeuvre venus de Byzance introduisent l��glise � coupoles, �lev�e sur un plan en croix inscrite dans un carr�, ainsi que la technique de construction en brique. Par ailleurs, il semble que des architectes allemands apprennent aux Russes � construire en pierre (� Novgorod). Mais bient�t ce sont des ma�tres d�oeuvre russes qui dirigent la construction des �glises, en y introduisant des �l�-</p><p>ments originaux, en particulier les formes cubiques sans doute imit�es des �difices en bois. C�est ainsi que s��laborent les deux types d��glise qui s�imposeront dans toute la Russie, avec un certain nombre de variantes, jusqu�� la fin du XVIIe s. Tous les deux sont caract�ris�s par un plan en forme de croix grecque inscrite dans un carr� ; le premier, repr�sent� par Sainte-Sophie de Novgorod, est � cinq coupoles ; le second, repr�sent� par Saint-Dimitri � Vladimir, � une seule. Quant aux coupoles elles-m�mes, elles devaient �tre beaucoup plus plates, la forme �tir�e que nous connaissons actuellement ne s��tant r�pandue que plus tard, sans doute aux alentours du XIVe s. � cette �poque, il existe trois grands centres architecturaux : Kiev*, Novgorod*, Vladimir*-Souzdal. Il reste tr�s peu de monuments du premier, tout au moins sous leur forme primitive ; quant aux deux autres, ils se distinguent surtout par les �l�ments ornementaux, beaucoup plus riches et abondants � Vladimir qu�� Novgorod.</p><p>L�invasion mongole arr�te tout le d�-</p><p>veloppement culturel de la Russie, et on cesse de b�tir en pierre jusqu�au d�but du XVe s., sauf � Novgorod, o�, apr�s une interruption d�un si�cle tout de m�me, on se remet � �difier de petites �glises paroissiales � une coupole � partir de la fin du XIIIe s. Plus complexes, les �glises de Pskov leur sont comparables au XVe et au XVIe s.</p><p>Au XVe s., cependant, le centre architectural de la Russie se d�place � Moscou*, qui �tend peu � peu son h�g�monie sur les autres principaut�s. Moscou reprend les formes de l�architecture pr�mongole, mais en y introduisant des ornements propres : arcs en encorbellement (kokoch-nik), d�cors en brique, coquilles de style Renaissance introduites par des Italiens.</p><p>Au XVIe s. appara�t un type d��glise tout � fait nouveau, dit � de style pyramidal �, en forme de tour surmont�e d�une pyramide �lanc�e g�n�ralement octogonale (chater</p><p>[chatior]), qui aurait �t� reprise de l�architecture en bois. Au XVIIe s. se r�pandent largement des �glises paroissiales de style moscovite, que l�on retrouve notamment � Souzdal, Iaroslavl, Rostov, Ouglitch, Kos-troma, etc. Dans la Russie pr�p�trovienne, les �difices religieux s�inscrivent souvent dans des ensembles plus vastes : kremlins (places fortes) ou monast�res fortifi�s.</p><p>Entour�s de remparts d�abord en bois, puis en pierre ou en brique, ils renferment une coll�giale (sobor) et plusieurs autres �glises, un clocher et quelques b�timents civils ou conventuels (palais du prince ou de l��v�que, cellules des moines, etc.).</p><p>L�une des entr�es des monast�res est toujours constitu�e par une �glise-porte.</p><p>Ces diff�rents �l�ments ont g�n�ralement �t� construits au cours des si�cles et dans des styles diff�rents, ce qui conf�re � ces ensembles un caract�re tr�s particulier (kremlins de Novgorod, Souzdal, Moscou, monast�res de Zagorsk, de Volokolamsk, ainsi que de Saint-Cyrille sur le lac Blanc et de Saint-Th�raponte dans la r�gion de Vologda).</p><p>Parall�lement � l�architecture en pierre se d�veloppe une architecture en bois dont les premiers monuments qui se soient conserv�s remontent � la fin du XVe s. et qui s��panouit aux XVIIe-XVIIIe s., surtout dans le nord de la Russie. Les �glises de bois sont constitu�es par un noyau central flanqu� d�une abside et souvent d�une galerie et d�un porche. Le noyau central peut �tre un</p><p>cube couvert par un toit � double pente, un cube coiff� d�un chater, une tour hexa-gonale ou octogonale surmont�e elle aussi d�un chater. Les autres parties de l��difice sont souvent surmont�es d�une petite coupole couverte d��caill�s. Les murs sont form�s de troncs d�arbre couch�s, la longueur d�un f�t servant ainsi de module.</p><p>y La peinture</p><p>Comme dans le domaine de l�architecture, ce sont des Byzantins qui ont ex�cut� les premi�res fresques et ic�nes* de la Russie, mais l� encore les Russes assimilent rapidement les techniques pour cr�er un art propre.</p><p>Ic�nes et fresques, dans l��glise orthodoxe, participent organiquement au myst�re liturgique qui rend pr�sent le saint ou l��v�nement c�l�br�. Elles sont une sorte de continuation de l�Incarnation, r�v�lant et manifestant comme le corps du Christ le divin invisible et cach�. C�est ce qui explique leur caract�re symbolique et non r�aliste ; ainsi, par exemple, il n�y a pas de source de lumi�re dans les ic�nes, car leur sujet m�me est la lumi�re divine ; de m�me, la perspective est comme invers�e, si bien qu�en regardant une ic�ne on a l�impression d�entrer dans un espace qui s�ouvre � l�infini. Enfin les saints, le paysage, les plantes, les v�tements sont toujours stylis�s et les � iconographes � utilisent tout un syst�me de symboles (un fond d�or symbolise l�essence divine, le motif du cercle, la perfection, etc.). Les moines, qui peignent en g�n�ral les ic�nes, doivent s�y pr�parer en se purifiant par l�asc�se et la pri�re, et le concile de l��glise russe r�uni � Moscou en 1551, dit des Cents-Chapitres (Stoglav), fixa des r�gles tr�s strictes que les iconographes �taient oblig�s de suivre. Il existait aussi des esp�ces de manuels (podlinniki) qui pr�sentaient des mod�les sch�matiques, fixaient les sujets et renfermaient un certain nombre d�explications d�ordre technique. Les sujets sont tir�s de l�Ancien Testament et des �vangiles, plus tardivement de l�Apocalypse, de la Vie des saints et de certains textes apocryphes.</p><p>Les ic�nes sont ex�cut�es sur une planche de bois recouverte d�un enduit � base de craie sur lequel l�iconographe dessine l�esquisse et applique les couleurs, faites de poudres min�rales li�es au jaune d�oeuf. L�ic�ne termin�e, elle est recou-</p><p>verte d�un vernis � l�huile de lin (olifa) qui la prot�ge et donne de l��clat aux couleurs, mais malheureusement noircit avec le temps. Parmi les ic�nes, les unes repr�sentent un saint ou une f�te isol�e, tandis que les autres sont destin�es � �tre int�gr�es � l�iconostase, cloison s�parant l�autel du choeur et qui appara�t vers la fin du XIVe s.</p><p>Les ic�nes y sont dispos�es suivant des canons bien pr�cis, et chacune d�elles n�est que l��l�ment d�un ensemble lui-m�me inscrit dans l�architecture de l��glise, ce qui conditionne ses lignes et ses proportions.</p><p>Quant aux fresques (fresques v�ritables en g�n�ral, ex�cut�es a fresco), elles suivaient les m�mes canons.</p><p>Il existait plusieurs centres de peinture d�ic�nes, qui, sans constituer des �coles � proprement parler, se distinguent par les couleurs employ�es (d�termin�es par les ressources min�rales locales), la pr�cision ou le raffinement plus ou moins grand des d�tails, l��quilibre de la composition, etc.</p><p>Ce sont des artistes byzantins qui ex�cu-t�rent les fresques ainsi que les mosa�ques de Sainte-Sophie de Kiev et ouvrirent les premiers ateliers de peinture d�ic�nes en Russie, � Kiev, vers le Xe s. Mais c�est sans doute � Novgorod que s�est form� le premier atelier iconographique v�ritablement russe, dont les plus anciennes ic�nes connues remontent au XIe s. et qui a atteint son apog�e au XIVe s. Mais c�est surtout aux XVe et XVIe s. que la peinture des ic�nes s��panouit en Russie. Les centres principaux sont alors Moscou et Souzdal. Le repr�sentant le plus illustre de l�atelier de Moscou est le moine Andre� Roublev (ou Roubliov, v. 1360-1430), qui ex�cuta les fresques de la cath�drale de la Dormition � Zvenigorod, les fresques et l�iconostase de la cath�drale de la Dormition � Vladimir et des ic�nes pour les iconostases de la coll�giale de l�Annonciation � Moscou et de la coll�giale de la Trinit� � Zagorsk (dont la c�l�bre ic�ne de la Trinit� [galerie Tretiakov, Moscou]). De nombreux iconographes peindront ensuite dans la ligne de Roublev jusqu�au d�but du XVIe s., et en particulier Dionissi (v. 1440 - apr. 1502), auteur des fresques du monast�re de Saint-Th�-</p><p>raponte. Au cours du XVIe s., une �volution se dessine, les �l�ments secondaires de l�ic�ne (paysage, d�cor architectural) commencent � prendre une place importante.</p><p>� la fin du XVIe et au d�but du XVIIe s. appara�t � Moscou l��cole dite � Stroganov �, qui ex�cute de petites ic�nes � nombreux personnages et aux d�tails tr�s travaill�s.</p><p>Au cours du XVIIe s., sous l�influence de la peinture catholique introduite � Kiev, le r�alisme p�n�tre dans les ic�nes (r�alisme du corps humain, du paysage, etc.), en particulier dans celles de Simon Fedorovitch Ouchakov (1626-1686), qui peint en outre des sujets profanes. Le r�alisme �tant en contradiction avec l�essence m�me des ic�nes, celles-ci entrent d�sormais en d�cadence. Les traditions anciennes sont cependant maintenues dans le nord de la Russie, ou encore dans les fresques des �glises de Iaroslavl et de Rostov, et surtout chez les vieux-croyants.</p><p>DE PIERRE LE GRAND � 1900</p><p>Dans le sillage des r�formes de Pierre le Grand (1682-1725), l�art russe se met � l��cole de l�Occident. Toutefois, le souverain se souciait lui-m�me assez peu de beaux-arts et il faut attendre le r�gne d��lisabeth (1741-1762) pour que la cr�ation artistique, d�sormais concentr�e � Saint-P�tersbourg (v. Leningrad), entre de nouveau dans une phase active.</p><p>y L�architecture</p><p>Si avant Pierre le Grand l�architecture �tait presque exclusivement religieuse, c�est maintenant l�architecture civile qui prend le pas. On construit surtout des palais, des h�tels particuliers et des b�timents publics (minist�res, th��tres, etc.). Des architectes �trangers introduisent successivement les styles baroque, classique et Empire, ce dernier n��tant qu�une variante du pr�c�dent.</p><p>Dans le domaine religieux, les architectes s�efforcent avec plus ou moins de bonheur d�adapter chacun de ces styles au plan traditionnel des �glises russes.</p><p>Sous le r�gne d��lisabeth se r�pand le baroque, essentiellement repr�sent� par l�architecte italien Bartolomeo Francesco Rastrelli*, qui fait �lever notamment le couvent Smolny� � Saint-P�tersbourg, la r�sidence d��t� de Tsarsko�e Selo (Pouchkine) et l��glise Saint-Andr� � Kiev. Sous le r�gne de Catherine II (1762-1796), c�est le classicisme qui p�n�tre en Russie. Deux Italiens, Giacomo Quarenghi (1744-1817) et Antonio Rinaldi (1709-1790), ex�cutent le premier l�Institut Smolny� � Saint-P�tersbourg, le second le palais de Marbre, �galement � Saint-P�tersbourg, et le ch�teau de Gattchina. L�architecture classique se d�veloppe aussi � Moscou, o� Vassili Ivanovitch Bajenov (1737 ou 1738-1799) et</p><p>Matve� Fedorovitch Kazakov (1738-1812) font construire de nombreux h�tels particuliers. En province, � la fin du XVIIIe s., un certain nombre de villes sont remodel�es, des plans d�urbanisation inspir�s des principes p�tersbourgeois sont �labor�s, et l�on �l�ve de nombreux b�timents publics dans le style classique (place de la Fontaine � Tver, dessin�e par Kazakov, galeries marchandes � Nijni-Novgorod, etc.).</p><p>Sous Alexandre Ier (1801-1825) et Nicolas Ier (1825-1855) s�impose le style Empire. Carlo Rossi (1775-1849) coordonne les plus beaux ensembles de Saint-P�tersbourg, et, dans le cadre de la restauration de Moscou apr�s l�incendie de 1812, Ossip Ivanovitch Bovet (1784-1834) am�nage le centre de la ville et �l�ve en particulier le th��tre Bolcho�. Le style Empire p�n�tre aussi dans les villes de province (galeries marchandes de Iaroslavl, universit� de Kazan, etc.).</p><p>Au milieu du XIXe s. appara�t une tendance nouvelle, qui veut imiter l�architecture russe ancienne ; c�est dans ce style que sont �difi�s le Mus�e historique, les galeries marchandes et la gare de Kazan � Moscou, l��glise du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Vers� � Saint-P�tersbourg.</p><p>y Peinture et sculpture</p><p>La fondation, en 1757, de l�acad�mie des Beaux-Arts � Saint-P�tersbourg, o� des ma�tres europ�ens et surtout fran�ais, tel downloadModeText.vue.download 100 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11311</p><p>le peintre Louis le Lorrain (1715-1759), sont appel�s � enseigner, permet la naissance d�une �cole de peinture et de sculpture russe. Le d�veloppement de la sculpture sera surtout limit� au XVIIIe s. ; celui de la peinture sera beaucoup plus durable, en liaison �troite avec les principaux courants de la litt�rature.</p><p>Au XVIIIe s. domine l�esth�tique classique repr�sent�e par le portraitiste Dmitri Grigorievitch Levitski (1735-1822) et le sculpteur de bustes Fedor Ivanovitch Choubine (1740-1805). Au d�but du XIXe s. se r�pand le romantisme russe avec le paysagiste Silvester Feodossievitch Chtchedrine (1791-1830), le portraitiste Orest Adamovitch Kiprenski (1782-1836) et surtout Aleksandr</p><p>Andre�evitch Ivanov (1806-1858). Par l�id�al religieux qu�il cherche � incarner dans son c�l�bre tableau l�Apparition du Christ au peuple (1837-1857, galerie Tretiakov, Moscou), celui-ci rejoint les pr�-</p><p>occupations du mouvement slavophile.</p><p>Parall�lement se d�veloppe la peinture de genre, avec Alekse� Gavrilovitch Venetsia-nov (1780-1847). Dans la seconde moiti� du XIXe s. s�impose le r�alisme, particuli�rement repr�sent� par la soci�t� des Expositions ambulantes (Peredvijniki), � l�int�-</p><p>rieur de laquelle on doit distinguer Vassili Ivanovitch Sourikov (1848-1916) et Ilia Iefimovitch Repine (1844-1930). � la fin du XIXe s. s�affirment Valentine Aleksandrovitch Serov (1865-1911), excellent paysagiste et surtout portraitiste, et Mikha�l Aleksandrovitch Vroubel (1856-1910), visionnaire d�un grand raffinement</p><p>S. T.</p><p>L�ART RUSSE AU XXE S.</p><p>y Avant la r�volution</p><p>En 1892, le po�te symboliste Dmitri S. Merejkovski publie son ouvrage Sur les causes de la d�cadence et sur les nouveaux courants de la litt�rature russe contemporaine, portant un premier coup � l�art engag� et moralisateur qu�avaient impos� � les ambulants � depuis 1863. En 1902, un autre po�te symboliste, Valeri I. Brioussov, s�en prend aux tendances r�alistes dans le th��tre (Une v�rit� inutile) et en appelle � la � convention consciente du th��tre antique �. Insatisfaits du niveau technique et p�dagogique des acad�miciens r�alistes, les jeunes peintres p�tersbourgeois partent pour l��tranger. On trouve ainsi Alexandre Benois (Aleksandr N. Benoua, 1870-1960) � Paris d�s 1895, avec Constantin Somov (1869-1939), Eug�ne Lanceray (Ievgueni I. Lansere, 1875-1946), L�on Bakst (1866-1924), Anna Ostrooumova-Le-bedeva (1871-1955) ; ces artistes formeront le noyau du � Monde de l�art � (� Mir iskousstva �), mouvement anim� par Serge Diaghilev (1872-1929), qui organise des expositions de 1897 � 1906 et cr�e sous ce nom, en 1898, la premi�re revue d�art russe.</p><p>Le Monde de l�art (1898-1904) �tait richement illustr� et document� sur l�art, la litt�rature, la musique, la philosophie ; il �tait le porte-parole des id�es du groupe : refus de l�art utilitaire, � r�trospectivisme �</p><p>(pr�dilection de Benois pour le si�cle de Louis XIV, de Somov pour le XVIIIe s. fran-</p><p>�ais, de Bakst pour l�Antiquit�), importance donn�e aux arts appliqu�s. Dans ce dernier domaine, la participation des peintres � la d�coration th��trale a �t� une r�volution, que prolongeront les c�l�bres Ballets*</p><p>russes. Le � Monde de l�art � a d�velopp� un nouveau go�t esth�tique, tr�s raffin�, r�pondant aux exigences de l�Art nouveau et du symbolisme (Vroubel, Viktor Borissov-Moussatov [1870-1905]).</p><p>� Munich s�install�rent en 1896 d�autres peintres (v. Blaue Reiter [Der]) : Marianne von Werefkin, Alexei von Jawlensky, Kandinsky*, Vladimir Bechteiev. M. von Werefkin fut au d�but l��me de ce groupe. Pour elle, � l�art commence l� o� la vie finit �, il ne doit pas traduire le monde sensible tel qu�il est en apparence, mais tel que l��me cr�atrice le per�oit dans sa v�rit� int�-</p><p>rieure. Faire entendre le � son int�rieur �</p><p>des choses fut aussi la pr�occupation majeure de Kandinsky et de Jawlensky. Malgr� leur d�pendance de l�expressionnisme allemand, les Russes de Munich se distinguent par leurs couleurs slaves et leur impr�gnation mystique orthodoxe.</p><p>En Russie m�me, le go�t pour le symbolique, le mystique et l�irr�el trouve son expression autour de la revue la Toison d�Or (Zoloto�e Rouno, 1906-1909), qui succ�de au Monde de l�art et organise � Moscou des salons de peinture. En 1907, la � Rose bleue � expose des oeuvres p�n�tr�es de lyrisme idyllique, de r�verie po�tique, avec des couleurs aux nuances tendres et p�les, susceptibles de traduire les vibrations psychiques les plus �ph�m�res (Pavel V. Kouznetsov [1878-1968], Martiros S. Sarian</p><p>[1880-1972], Sergue� Soude�kine [1882-1946], Nikola� Sapounov [1880-1912]).</p><p>La premi�re exposition de l�avant-garde russe sera � Stephanos �, en 1907, � Moscou, avec Larionov* et Gontcharova, David (1882-1967) et Vladimir (1886?-1919?) Bourliouk, L�opold Survage (1879-1968), Gueorgui Yakoulov (ou Iakoulov, 1884-1928), Vladimir Baranov-Rossin� (1888-1942), Aristakh Lentoulov (1882-1943).</p><p>� Kiev, ces m�mes artistes exposent en 1908 (� le Maillon �) aux c�t�s d�Aleksandr Bogomazov (1880-1930) et d�Aleksandra Exter (1884-1949). Dor�navant, ces artistes, auxquels viendra bient�t se joindre Malevitch*, s�appuient sur la tradition populaire</p><p>pour cr�er un courant n�o-primitiviste aux formes libres et aux couleurs contrast�es.</p><p>L�exposition du � Valet de carreau �, � Moscou, en 1910, confronte le c�zannisme russe � Robert Falk (1886-1958), Petr Kontchalovski (1876-1956), Aleksandr Kouprine (1880-1960), Ilia Machkov (1881-1944), Lentoulov �, le primitivisme des fr�res Bourliouk, de Larionov, de Gontcharova et de Malevitch et l�expressionnisme symboliste de Bechteiev, Werefkin, Kandinsky et Jawlensky avec le cubisme de Gleizes et de Le Fauconnier. C�est alors le d�but du futurisme russe, qui s�appelle � avenirisme �</p><p>pour marquer ses distances avec le futurisme italien. � Saint-P�tersbourg se cr�e</p><p>� l�Union de la jeunesse � (1909-1914), qui organise les expositions � aveniristes �, publie trois almanachs, monte des spectacles futuristes (Vladimir Ma�akovski, trag�die, et l�op�ra Victoire sur le Soleil, 1913). Les</p><p>� aveniristes � �dit�rent une trentaine de brochures uniques dans l�histoire de l�art, enti�rement lithographi�es, o� le texte de l�auteur, calligraphi�, forme une unit� visuelle s�mantique avec l�� illustration � : Mond�rebours de Velemir Khlebnikov, mis en forme par Gontcharova, Larionov, Tatline... (1912), ou encore Jeu en enfer, mis en forme par Olga Rozanova et Malevitch (1913).</p><p>L�art non figuratif, inaugur� au d�but des ann�es 10 par l�Aquarelle abstraite de Kandinsky, poursuivi par le rayonnisme de Larionov et des tentatives isol�es (V. Bourliouk, G. Yakoulov), culmine dans le supr�-</p><p>matisme de Malevitch et les contre-reliefs de Vladimir Tatline* (1885-1953). La peinture analytique de Pavel Filonov (1883-1941) est � l�art ce qu�est � la po�sie la langue � transmentale � (zaoum) de Khlebnikov : animation des objets, r�partition des surfaces en parties non li�es logiquement entre elles, cr�ation d�un monde audel� de la raison. Filonov est un surr�aliste avant la lettre. Les th�ories de Yakoulov sur</p><p>� les soleils multicolores � trouv�rent un �cho chez Delaunay*.</p><p>De 1914 � 1917, Malevitch et Tatline dominent la vie artistique. Les expositions</p><p>� Tramway V � et � 0,10 � � Petrograd, en 1915, voient le triomphe des contre-reliefs et du supr�matisme pictural, et l�apparition d�une nouvelle pl�iade de peintres (Ivan</p><p>[Jean] Pougny [1894-1956], Ivan Klioune</p><p>[1878-1942], Lioubov Popova [1889-1924],</p><p>Nadejda Oudaltsova [1886-1961], Olga Rozanova [1886-1918]). Tatline organise en 1916 l�exposition � Magasin �, o� s�affirme Aleksandr Rodtchenko (1891-1956), dont l�oeuvre est une synth�se constructiviste de Tatline et de Malevitch. La mise en forme par Yakoulov du caf� Pittoresque (Moscou, 1917) r�sume les postulats du constructivisme codifi�s par Alekse� Gan en 1922 : plans superpos�s, �l�ments mobiles, agencement g�om�trique, culte du mat�riau.</p><p>Le th��tre a jou� un r�le consid�rable dans la propagation du constructivisme. Exter, Yakoulov, A. Vesnine ont fait au Th��tre de chambre de A. I. Ta�rov une r�volution en ins�rant l�acteur dans un espace tridimensionnel construit et en mouvement. Dans le th��tre de V. E. Meyerhold, les peintres appliquent un constructivisme asc�tique, tributaire de la m�canisation des objets (Popova).</p><p>y L�art sovi�tique</p><p>Le nouveau r�gime sovi�tique r�organisa l�enseignement artistique dans les ateliers sup�rieurs d�art et de technique (Vkhou-temas), fond�s en 1918 � Moscou et dirig�s par des peintres de toutes tendances (Malevitch, Tatline, Kandinsky, Rozanova, Pevsner, Oudaltsova, Kouznetsov, Falk, Vladimir Favorski [1886-1964], Yakoulov...).</p><p>De nouveaux talents en sortent : Ivan Koudriachev (1896-1972), Gustav Kloutsis (1895-1944). L�art � de gauche � (avant-gardiste) domine les ann�es 20. L�Institut de la culture artistique (In. khou. k.), fond� en 1920, � Moscou d�abord, sur un programme de Kandinsky, voit s�opposer les</p><p>� constructivistes productionnistes mat�-</p><p>rialistes � (Tatline, Rodtchenko, Varvara Stepanova [1894-1958]) aux peintres spiri-tualistes (Kandinsky, Malevitch et Pevsner*, qui signe avec son fr�re Gabo le Manifeste r�aliste en 1920). Kandinsky et Pevsner partent pour l�Occident en 1921-22. Malevitch prend la rel�ve de Chagall* � l��cole d�art de Vitebsk de 1919 � 1922, pour ensuite diriger l�Ink. khou. k. de Petrograd (1922-1927), o� enseignent aussi Tatline, Filonov, Mikha�l Matiouchine (1861-1934), Pavel Mansourov (n� en 1896). Soutenus par des th�oriciens marxistes proches du Proletkoult (culture prol�tarienne) comme Ossip Brik, N. Taraboukine, A. Gan, les constructivistes futuristes se regroupent � partir de 1923 autour de la revue de Ma�akovski*, LEF (� Front de gauche �). L�architecture sovi�tique m�ne des recherches</p><p>audacieuses qui resteront sans lendemain en U. R. S. S. (Ivan Leonidov [1902-1959), les fr�res Aleksandr [1883-1959], Viktor</p><p>[1882-1950] et Leonid [1880-1933] Vesnine, Konstantine Melnikov [1890-1975]...).</p><p>Mais les tenants du r�alisme* finirent par triompher de l�avant-garde, et, en 1934, le premier congr�s de l�Union des �crivains sovi�tiques d�finit la norme, impos�e d�sormais, du � r�alisme socialiste �, supprime le pluralisme des tendances et cr�e une seule Union des artistes de l�U. R. S. S., organe tout-puissant qui r�gente aujourd�hui encore la vie artistique sovi�tique. Pendant une trentaine d�ann�es, jusqu�au XXe Congr�s du P. C.</p><p>(1956), ce sera le r�gne de la m�diocrit� et de la grisaille. Quelques peintres isol�s (Aleksandr Tychler [n� en 1898], Aleksandr Volkov [1887-1957]) cr�ent dans le silence des oeuvres personnelles.</p><p>Depuis 1956, on note � l�Union m�me quelques efforts pour sortir d�un r�alisme provincial et sans �me (Boris Weisberg [n� en 1925]). Mais, parall�lement, tout un art non officiel fait son apparition : les sculptures tragiquement tourment�es de Ernst Neizvestny (n� en 1926), celles, m�talliques, de Maksim Arkhanguelski (n� en 1926), aux formes harmonieusement disloqu�es, les monotypes raffin�s et lyriques de Maria Gortchilina (n�e en 1900), les explosions de tachisme color� de Zenon Komissarenko (n� en 1890), l�abstraction organis�e de Vladimir Nemoukhine (n� en 1925), la spontan�it� chromatique de Zve-rev (n� en 1930), l�� absurdisme � de Ilia Kabakov (n� en 1933), le monde onirique, au r�alisme cruel, de Boris Svechnikov (n� en 1927), la calligraphie et la facture mati�riste de Dmitri Plavinski (n� en 1937), l�expressionnisme d�Oskar Rabine (n� en 1928), de Vladimir Jankilevski (ou Iankile-vski, n� en 1928) et d�Erik Boulatov (n� en 1934), les lithographies en couleurs, m�-</p><p>taphysiques et barbares, de Mikha�l Che-miakine (n� en 1943), etc. Ces recherches, comme les exp�riences cin�tiques du groupe � le Mouvement � (Lev Nusberg, n� en 1937), bien qu�elles ne soient qu�un reflet du bouillonnement cr�ateur des an-n�es 20, sont prometteuses d�avenir.</p><p>J.-Cl. M. et V. M.</p><p>F Asie centrale (art de l�) / Ouzb�kistan / Scythes</p><p>/ Steppes (art des).</p><p>&amp; I. E. Grabar, Histoire de l�art russe (en russe, Moscou, 1909-1914 ; 6 vol.). / L. R�au, l�Art russe downloadModeText.vue.download 101 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11312</p><p>(Laurens, 1921-22, 2 vol. ; nouv. �d., G�rard, Verviers, 1968 ; 3 vol.). / I. E. Grabar (sous la dir.</p><p>de). Histoire de l�art russe (en russe, Moscou, 1953-1964 ; 16 vol.). / M. V. Alpatov, Histoire g�n�rale de l�art, t. III (en russe, Moscou, 1955) ; Tr�sors de l�art russe (Cercle d�art, 1966). / Histoire de l�architecture russe (en russe, Moscou, 1956). / M. Ilyne, les Arts d�coratifs populaires en Russie (�d. en langues �trang�res, Moscou, 1960). / A. Mongait, l�Arch�ologie en U. R. S. S.</p><p>(�d. en langues �trang�res, Moscou, 1960). /</p><p>C. Gray, The Great Experiment, Russian Art, 1863-1922 (Londres, 1962 ; trad. fr. l�Avant-garde russe dans l�art moderne, 1863-1922, la Cit� des arts, Lausanne, 1968). / A. Kopp, Architecture et urbanisme sovi�tiques des an-n�es 20. Ville et r�volution (Anthropos, 1967).</p><p>/ P. Sjeklocha et I. Mead, Unofficial Art in the Soviet Union (Berkeley, 1967). / J. Berger, Art and Revolution. Ernst Neizvestny and the Role of the Artist in the USSR (Londres, 1969, trad. fr.</p><p>Art et r�volution. Ernst Neizvestny et le r�le de l�artiste en U. R. S. S., Deno�l, 1970). / P. Evdo-kimov, l�Art de l�ic�ne. Th�ologie de la beaut� (Descl�e De Brouwer, 1970). / Sp�cial Avant-garde U. R. S. S., num�ro sp�cial de Chroniques de l�art vivant (1971). / V. Marcad�, le Renouveau de l�art pictural russe, 1863-1914 (l��ge d�homme, Lausanne, 1972). / L�Architecture et l�avant-garde artistique en U. R. S. S. de 1917</p><p>� 1934, num�ro sp�cial de VH 101 (Esselier, 1972). / K. Kornilovitch et A. L. Kaganovitch, Histoire illustr�e de l�art russe (Nagel, 1975).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITIONS. La Peinture russe et sovi�tique, mus�e national d�Art moderne (Paris, 1960). / L�Art russe des Scythes � nos jours, Grand Palais, Paris (les Presses artistiques, 1968). / A. Pohribny, Progressive Str�mungen in Moskau, mus�e de Bochum (Bochum, 1974).</p><p>urticaire</p><p>Affection cutan�e de causes diverses, dont les l�sions ressemblent � des pi-q�res d�orties.</p><p>L��ruption orti�e consiste en �levures ros�es, blanches au centre et roses en bordure ; de taille variable (d�un demi � plusieurs centim�tres), les</p><p>efflorescences sont rondes, ovalaires ou de contour g�ographique, mais toujours bien limit�es. Localis�e ou g�n�-</p><p>ralis�e, l�urticaire si�ge n�importe o�.</p><p>Particuli�rement douloureuse au cuir chevelu et � la plante des pieds, elle s�accompagne d�oed�me quand elle</p><p>atteint les paupi�res ou le pr�puce.</p><p>Sur les muqueuses buccales (l�vres, langue, voile du palais et glotte), elle donne lieu � des troubles de la d�gluti-tion, voire de la respiration. D�apparition brusque, pr�c�d�e et accompagn�e de prurit plus ou moins vif, elle persiste de quelques minutes � quelques heures, s�effa�ant sans laisser de traces.</p><p>D��volution tr�s capricieuse, parfois r�duite � une ou � quelques crises, elle est dite � chronique � quand elle r�cidive pendant plus de six semaines, avec survenues quotidiennes. Nombreuses sont les formes cliniques observables : maculeuse, circin�e, ligur�e, v�siculeuse, bulleuse, porcelain�e, h�morragique. L�urticaire g�ante (maladie de Quincke) affecte les paupi�res, les l�vres (oed�me de Quincke), les articulations. Faite de larges �l�ments (de 2 � 10 cm), elle se caract�rise par un gonflement oed�mateux, cutan� et sous-cutan�. Elle peut envahir le pharynx et le larynx. Son pronostic est r�serv� vu la possibilit� d�oed�me de la glotte.</p><p>M�canismes</p><p>d�apparition</p><p>Deux types �tiologiques sont � consid�rer : allergique et cholinergique.</p><p>y L�urticaire allergique. Elle traduit une allergie* humorale � des anticorps circulants, le conflit de ceux-ci avec l�antig�ne correspondant lib�-</p><p>rant l�histamine. Les antig�nes nocifs sont multiples. Presque tous les m�dicaments peuvent �tre en cause, mais plus sp�cialement la proca�ne, l�aspirine et la p�nicilline (de 15 � 20 p. 100 des urticaires chroniques sont d�origine m�dicamenteuse). Les parasites intestinaux (Ascaris, T�nia, etc.) sont � suspecter en cas d��osino-philie �lev�e ; il est alors n�cessaire d�examiner les selles fra�ches. Les urticaires microbiennes (Streptocoque, Staphylocoque, Proteus) seront iden-</p><p>tifi�es par la d�couverte du foyer infectieux (sinusal, dentaire, g�nital) et confirm�es par les intradermo-r�actions. Il en est de m�me des urticaires mycosiques ou moniliasiques.</p><p>Les urticaires d�origine alimentaire (15 p. 100 des cas) obligent � tenir � jour la liste des menus pour identifier l�aliment nocif. Celles qui sont dues aux pneumallerg�nes (poussi�res,</p><p>plumes, pollen) sont parfois associ�es � des manifestations allergiques respiratoires (asthme, rhume des foins).</p><p>Elles sont � pr�ciser par les tests cutan�s, dont la lecture et l�interpr�tation doivent �tre prudentes et exp�riment�es. Nombreuses sont les causes</p><p>physiques susceptibles d��baucher et d�entretenir une urticaire : lumi�re, soleil, effort et surtout froid. L�urticaire due au froid s�accompagne parfois de signes g�n�raux (hypotension, tachycardie, dyspn�e). Elle impose l�interdiction des baignades et n�cessite la recherche de l�existence d�une cryoglobulin�mie (20 p. 100 des cas).</p><p>L�identification des allerg�nes responsables d�une urticaire chronique est parfois facile, mais plus souvent tr�s d�licate et n�cessite un interroga-toire minutieux, un examen g�n�ral, downloadModeText.vue.download 102 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11313</p><p>des recherches de laboratoire et des tests allergologiques.</p><p>Les urticaires allergiques, dont l�histamine est le m�diateur essentiel, sont am�lior�es par les antihistaminiques.</p><p>Dans les cas d�urticaire g�ante, et si les antihistaminiques ne sont pas actifs, on peut �tre amen� � utiliser les cortico�des. C�est notamment le cas dans les oed�mes de Quincke, qui sont parfois accompagn�s d�un oed�me de la glotte faisant courir un risque de dyspn�e laryng�e et d�asphyxie.</p><p>La gu�rison est obtenue par l��viction de l�allerg�ne en cause et quelquefois par la d�sensibilisation sp�cifique.</p><p>y L�urticaire cholinergique. Elle est moins fr�quente que l�urticaire</p><p>allergique (25 p. 100 environ de l�ensemble des urticaires chroniques). Ce n�est plus l�histamine le m�diateur chimique principal, mais l�ac�tylcholine. Ce type d�urticaire s�observe chez les jeunes de quinze � trente ans, plus particuli�rement chez les femmes. Le syst�me neurov�g�tatif joue un r�le d�terminant dans sa survenue, laquelle se manifeste presque exclusivement chez les sujets instables, sympathicotoniques. L��ruption est faite de petites papules de 1</p><p>� 2 cm, cercl�es d�un halo �ryth�mateux intense. Celles-ci si�gent avant tout � la partie sup�rieure du corps.</p><p>Les aisselles et les r�gions palmo-plantaires sont habituellement respect�es. Tr�s prurigineuse, cette urticaire appara�t brusquement � l�occasion d�un effort, d�une �motion, de la chaleur, voire � l�occasion de l�ingestion d�une boisson chaude. De dur�e relativement courte, elle s�efface avec les repas. Les antihistaminiques sont sans action sur elle.</p><p>La diff�renciation entre les deux types �tiologiques d�urticaire est suspect�e cliniquement et peut �tre affirm�e par les modalit�s r�action-nelles observ�es en pratiquant des intradermo-r�actions avec l�histamine, l�ac�thycholine, la pilocarpine et la nicotine.</p><p>L�urticaire cholinergique est � traiter par les vagolyliques (atropine, bella-done) et les alcalinisants (solution de Bourget).</p><p>Le diagnostic de l�urticaire est</p><p>facile avec le prurigo strophulus (o� les plaques sont surmont�es de petites v�sicules). L�urticaire est, par contre, souvent confondue avec le dermogra-phisme. Ce dernier en diff�re par ses localisations �lectives (dos, �paules, bras, aisselles, thorax), par l�apparition</p><p>des efflorescences sur les points o� s�est exerc� un frottement m�canique de la peau et par l�absence de prurit.</p><p>A. C.</p><p>downloadModeText.vue.download 103 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 104 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11315</p><p>Urticales</p><p>Ordre de Dicotyl�dones ligneuses, dans lequel les fleurs n�ont qu�un seul cycle de pi�ces p�rianthaires (fleurs ap�tales).</p><p>Il comprend, entre autres familles, celles des Ulmac�es, des Urticac�es et des Morac�es, tr�s proches les uns des autres.</p><p>Ulmac�es</p><p>Cette famille d�une douzaine de genres et de pr�s de 150 esp�ces, vivant sur tous les continents, est repr�sent�e en France par 2 genres et 4 esp�ces.</p><p>Les Ulmac�es sont des arbres ou des arbustes � feuilles simples, le plus souvent alternes. Les fleurs, hermaphrodites ou unisexu�es, sont soit solitaires, soit group�es en cymes ; ordinairement, elles ont un p�rianthe form� de quatre ou cinq pi�ces scarieuses plus ou moins soud�es ; les �tamines sont en nombre �gal aux pi�ces p�rianthaires, et l�ovaire est � deux carpelles � deux loges uniovul�es (l�une d�entre elles avorte souvent) ; le fruit est une samare (ak�ne ail�).</p><p>Le genre Ulmus (Orme ; une tren-</p><p>taine d�esp�ces, dont 3 en France) est compos� d�arbres de grande taille qui vivent principalement dans l�h�misph�re Nord. Ses feuilles alternes sont souvent dissym�triques. Diss�min� dans nos for�ts, l�Orme est surtout employ� comme arbre d�alignement</p><p>(all�es d�honneur des grands ch�teaux des XVIIe et XVIIIe si�cles � taill�es en rideau). Malheureusement, toutes ses esp�ces sont affect�es par une maladie cryptogamique transmise par un Col�-</p><p>opt�re ; le bois d�Orme est recherch� en carrosserie et en charronnage.</p><p>Le genre Celtis (Micocoulier ; 70 es-p�ces, dont 1 en France), comprenant des arbres et des arbustes, vit surtout dans les r�gions tropicales ou subtropicales (quelques esp�ces sont originaires des r�gions temp�r�es de l�h�-</p><p>misph�re Nord). Son bois est utilis� pour la confection de manches d�outils agricoles et de fouets. � c�t� de ces deux principaux genres, il faut citer les Zelkova (Asie), parfois employ�s pour la d�coration des parcs, car ce sont des arbres magnifiques, malheureusement � croissance lente (Z. crenata).</p><p>Urticac�es</p><p>Cette famille rassemble environ</p><p>700 esp�ces r�parties en une cinquantaine de genres (respectivement 8 et 2</p><p>en France). Les Urticac�es sont surtout des herbes localis�es dans les zones chaudes du globe. Les fleurs, unisexu�es, semblables � celles des Ulmac�es, poss�dent cependant un seul carpelle uniloculaire ; le fruit est un ak�ne ou une drupe. On remarque dans cette famille une �volution des fleurs, depuis celles de la Pari�taire, les plus compl�tes, jusqu�� celles de Forskohlea, unisexu�es, tr�s r�duites (fleur m�le avec un s�pale et une �tamine ; fleur femelle avec un s�pale et un carpelle) et group�es dans des inflorescences bi-sexu�es ; entre ces deux cas extr�mes, on peut trouver des cas de gamos�palie (Boehmeria). Beaucoup d�esp�ces poss�dent des poils urticants. Chez Urtica dioica, ceux-ci sont compos�s d�un socle de petites cellules portant une grande cellule en forme d�urne effil�e, aux parois de carbonate de calcium et contenant un liquide urticant (acide formique ou acide r�sinique). La pointe en silice se casse au moindre toucher, et les liquides urticants se r�pandent.</p><p>Le genre Urtica est form� d�une</p><p>trentaine d�esp�ces (5 en France), dont la plupart sont de mauvaises herbes tr�s r�pandues ; les esp�ces europ�ennes peuvent fournir une filasse grossi�re et sont parfois utilis�es dans l�alimentation humaine (en soupe ou comme succ�dan� des �pinards) ; elles vivent surtout dans les stations riches en azote</p><p>(rud�rales, nitrophiles), en particulier aupr�s des lieux de rassemblement des bestiaux (reposoirs � moutons autour des bergeries de montagne). Les Boehmeria (une cinquantaine d�esp�ces) sont importants gr�ce aux fibres qu�ils produisent, qui peuvent �tre tiss�es (la ramie) ; ce sont des plantes sans poils urticants des r�gions tropicales, surtout d�Extr�me-Orient (B. utilis et B. tenacissisimo). Les Pari�taires (une dizaine d�esp�ces dans les r�gions temp�r�es des deux mondes et 3 en France) ne sont pas non plus urticantes ; elles vivent dans les rocailles. Parietaria officinalis est tr�s fr�quente en France sur les vieux murs et sert en m�decine populaire (diur�tique). Une esp�ce, P. soleirolii (de Corse et de Sardaigne), est parfois employ�e dans la d�coration des jardins de rocaille. Comme genres voisins, il y a les Forskohlea (5 esp�ces) des r�gions m�diterran�ennes, les Laportea (30 esp�ces), surtout d�Oc�anie, parfois utilis�es comme plantes ornementales, mais tr�s urticantes, les Pellionia (20 esp�ces) de l�Asie orientale, les Gigardinia d�Afrique et de l�Asie tropicale, les Pilea d�Indochine, dont une esp�ce, P. cadierei, est fr�quente comme</p><p>plante d�appartement (introduite en 1938 en France par le Mus�um).</p><p>Morac�ess</p><p>Cette famille, o� sont group�s environ 70 genres et 1 000 esp�ces, est domin�e surtout par le genre Ficus, qui comprend plus de 800 esp�ces ; le Figuier commun est la seule spontan�e en Europe ; la plupart des Morac�es vivent dans les r�gions intertropicales. Ce sont ordinairement des arbres ou des arbustes, parfois des lianes. Les fleurs, unisexu�es, sont souvent group�es en inflorescences curieuses : en �pi chez les M�riers, elles sont incluses chez les Maclura dans un r�ceptacle charnu ; chez certains Dorstenia, les fleurs femelles sont r�parties sur un plateau ; enfin, chez le Ficus, c�est � l�int�rieur d�une urne charnue qu�elles sont r�unies ; on est l� en pr�sence de condensations d�inflorescences. La f�condation est le plus souvent entomophile, parfois myrm�cophile.</p><p>Le genre Morus (M�rier ; une di-</p><p>zaine d�arbres ou d�arbrisseaux) vit dans l�h�misph�re temp�r� Nord ;</p><p>nombre de ses esp�ces ont un suc laiteux dans leurs tissus. Le fruit, une drupe, est entour� d�un p�rianthe charnu. Le M�rier blanc (originaire de Chine), bel arbre pouvant atteindre une quinzaine de m�tres de haut et introduit en Europe en 1494, est r�pandu dans le midi de la France ; ses feuilles servaient de nourriture aux Vers � soie �lev�s dans la r�gion du bas Rh�ne ; il existe de nombreux cultivars de M�rier blanc, distincts surtout par la forme de leurs feuilles. Le M�rier noir de l�ouest de l�Asie donne des fruits pouvant entrer dans la confection de confitures, et le M�rier rouge du sud des �tats-Unis est le plus rustique de tous les M�riers. Le genre Maclura (Oranger des Osages), avec une esp�ce en Am�rique du Nord (Louisiane), est un arbre �pineux, qui devrait �tre plus utilis� comme arbre d�ornement ; gr�ce � ses �pines, il pourrait �tre employ� pour constituer des haies d�fensives ; son fruit ressemble beaucoup � une orange, mais n�a pas d�int�r�t �conomique. Son nom vernaculaire proviendrait d�une tribu peau-rouge (Osages) qui se servait de la pulpe des fruits pour se teindre en jaune ; son bois, tr�s dur, est appr�ci�. Le genre Brousso-netia (2 esp�ces), parfois rattach� au genre Morus, est originaire de l�Asie orientale ; l��corce de B. papyrifera, ou M�rier � papier, sert � la fabrication du</p><p>� papier japon �.</p><p>Comme genres voisins, il y a les</p><p>Dorstenia (70 esp�ces), vivant sous les tropiques en Am�rique et en Afrique, et les Artocarpus (50 esp�ces) d�Indo-Malaisie, dont une esp�ce, l�A. incisa, ou Arbre � pain (tr�s bel arbre de plus de 20 m de haut), donne de gros fruits de 20 cm de diam�tre, comestibles, h�-</p><p>riss�s de piquants ; A. integrifolia, ou Jacquier de l�Inde et des �les Moluques, a des fruits tr�s volumineux (15 kg), directement ins�r�s sur les troncs ; ses graines peuvent �tre mang�es comme des ch�taignes. Les esp�ces du genre Ceropia (50 esp�ces en Am�rique tropicale) sont des plantes � l�int�rieur desquelles vivent des Fourmis (plantes myrm�cophiles) ; elles poss�dent un latex riche en caoutchouc. Le genre Ficus (800 esp�ces) est de beaucoup le plus important ; seul F. carica vit en</p><p>Europe (spontan� dans le bassin m�-</p><p>diterran�en), les autres esp�ces �tant localis�es dans les zones chaudes. Le Figuier commun est un petit arbre odorant, � suc laiteux, � feuilles pal-mitilob�es en coeur ; on distingue le Figuier domestique, qui d�riverait de diverses esp�ces originaires principalement de l�Asie ant�rieure, et le Figuier sauvage, ou Caprifiguier, le � Figuier m�le � cultiv� en Afrique du Nord.</p><p>Les r�ceptacles floraux de ces deux types, identiques dans leur jeunesse, �voluent diff�remment : ainsi, chez le Caprifiguier, les fleurs hermaphrodites du sommet de cette inflorescence deviennent m�les et les fleurs femelles sont br�vistyl�es ; au contraire, chez le Figuier domestique, les fleurs du sommet sont st�riles et les fleurs femelles longistyl�es. La biologie florale de ces esp�ces est extr�mement complexe et il y intervient un Insecte parasite (Blasto-phaga) ; certaines figues peuvent �tre parth�nocarpiques.</p><p>Le Figuier-Sycomore, souvent d�-</p><p>nomm� seulement Sycomore et connu depuis la plus haute antiquit� en �gypte, a jou� un r�le dans la th�ogonie de ce pays. Un autre Figuier, F. pipula, de Ceylan, est aussi un arbre sacr� pour les bouddhistes. Le Figuier du Ben-gale est particuli�rement curieux gr�ce � ses nombreuses racines adventives qui descendent des branches, formant ainsi de v�ritables colonnes. Il faut encore citer le Figuier �lastique (appel� Caoutchouc), tr�s employ� comme</p><p>plante d�appartement, mais qui, cultiv� en Asie tropicale, fournit, dans de mauvais sols, un caoutchouc de moyenne qualit�.</p><p>Comme autres genres, on peut nom-</p><p>mer les Antiaris (Indo-Malaisie), qui poss�dent un latex toxique qui servait downloadModeText.vue.download 105 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11316</p><p>aux indig�nes pour leurs fl�ches (il agit sur le coeur), les Castillea (Am�rique centrale), qui ont un latex donnant du caoutchouc, les Chlorophora, en particulier C. excelsa (C�te-d�Ivoire), qui procure un bois pr�cieux, l�iroko ;</p><p>C. tinctoria produit une mati�re colorante.</p><p>Cannabinac�es</p><p>Les genres Humulus (Houblon) et Cannabis (Chanvre) sont parfois s�par�s de cette famille pour former celle des Cannabinac�es. Le genre Humulus</p><p>(Houblon) comprend 2 esp�ces vivant dans l�h�misph�re Nord. Il s�agit de plantes dio�ques (les deux sexes sur des pieds diff�rents) ; les fleurs m�les sont r�unies en grappes rameuses, et les fleurs femelles, par deux � l�aisselle d�une large bract�e foliac�e, en un cha-ton en forme de c�ne. Ce sont les inflorescences femelles, munies de glandes (lupulin), que l�on utilise pour parfumer la bi�re* ; ces glandes, de couleur jaune dor�, s�cr�tent une substance tonique contenant des r�sines, des essences et un principe amer, nomm� lui-m�me lupuline. La r�colte se fait lorsque les bract�es, encore vert-jaune, ne sont pas ouvertes.</p><p>� c�t� du Houblon, on trouve le</p><p>genre Cannabis (Chanvre) avec une es-p�ce originaire de l�Asie centrale, mais cultiv�e en grand en Europe occidentale comme plante textile (v. textiles</p><p>[industries]). Ce sont les fibres qui entourent le cylindre central qui sont employ�es dans l�industrie ; les graines de Chanvre (ch�nevis) sont recherch�es pour les Oiseaux, et l�on en tire une huile siccative. Les extr�mit�s fleuries femelles de certaines vari�t�s de l�Inde poss�dent des r�sines dont on tire un certain nombre de stup�fiants dangereux (haschish, kif, marihuana...).</p><p>Autres familles</p><p>La famille des Eucommiac�es com-</p><p>prend 1 genre et 1 esp�ce en Chine temp�r�e (Eucommia ulmoides) ; c�est un arbre dont on conna�t des repr�sentants dans les couches anciennes du Tertiaire de l�Europe et de l�Am�rique du Nord ; les fleurs de cet arbre, dio�ques, sont nues et peu apparentes. Dans les tissus (feuilles, troncs), on trouve des laticif�res non ramifi�s, produisant une gomme analogue � la gutta percha.</p><p>Le genre Barbeya d�Abyssinie peut �tre soit rattach� � la famille des Ulma-</p><p>c�es, soit constituer le seul genre de la famille des Barbeyac�es.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Uruguay</p><p>�tat de l�Am�rique du Sud ;</p><p>177 500 km 2 ; 3 millions d�hab. (Uruguayens). Capit. Montevideo.</p><p>La g�ographie</p><p>L�Uruguay, encadr� par les deux plus grands �tats de l�Am�rique du Sud, ne dispose que d�un espace national relativement r�duit. Il est situ� entre 30� et 35� de lat. S. ; le climat, subtropical, humide et doux, et le relief n�offrent pas d�obstacles irr�ductibles � l�occupation humaine. Pourtant, la population est relativement peu nombreuse et tr�s in�galement r�partie : pr�s de la moiti� se trouve concentr�e aux abords de l�oc�an Atlantique, autour de Montevideo. En d�pit de sa surface relativement r�duite et de son nombre restreint d�habitants, l�Uruguay a �t� pendant longtemps consid�r� comme un pays privil�gi� par rapport � ses voisins de l�Am�rique latine*, dans la mesure o� un d�veloppement industriel pr�-</p><p>coce l�avait dot� d�une �conomie plus riche et plus d�velopp�e. La crise qui s�vit depuis plusieurs ann�es interdit aujourd�hui d�utiliser le clich� traditionnel qui consid�rait ce pays comme la Suisse de l�Am�rique latine.</p><p>Le milieu naturel</p><p>Il ne permet gu�re d�individualiser des ensembles aux potentialit�s distinctes.</p><p>En effet, s�apparentant � la Pampa argentine, le paysage uruguayen,</p><p>bien que moins uniform�ment plat, est essentiellement form� de croupes arrondies et de plaines drain�es par les larges vall�es d�un r�seau hydrographique serr�. L�altitude moyenne y est faible, le point culminant avoisinant seulement 500 m. Il s�agit, en fait, de l�extr�mit� m�ridionale du bouclier cristallin br�silien, recouvert de roches s�dimentaires au nord-est et de roches basaltiques au nord-ouest. Le pays est travers� en diagonale par le r�o Negro, qui, par suite d�un barrage situ� au centre du territoire, constitue une sorte de grand lac. � l�ouest, l�ensemble du</p><p>relief s�abaisse pour former une grande plaine plus basse o� coule le r�o Uruguay. Au sud et � l�est, la c�te, basse, est constitu�e de nombreuses plages de sables, de cordons de dunes et de lagunes, tandis qu�au nord-est l�une de ces derni�res, assez �tendue, sert de fronti�re avec le Br�sil.</p><p>Cette uniformit� du relief se re-</p><p>trouve dans le climat : ce dernier, dans l�ensemble du pays, est relativement temp�r�, avec un hiver ti�de et un �t� sans tr�s forte chaleur. La large ouverture sur l�oc�an Atlantique entra�ne des pr�cipitations importantes, bien r�parties au cours de l�ann�e, avec un maximum en automne ; ces pluies sont, n�anmoins, un peu plus abondantes au nord qu�au sud. D�une fa�on g�n�rale, la v�g�tation naturelle est la prairie, qui s��tend sur l�ensemble du territoire et offre donc, comme dans la Pampa argentine, une exceptionnelle potentialit� pour l��levage.</p><p>Les �tapes de la mise en valeur</p><p>Au XVIe s., lors de l�arriv�e des Espagnols, l�espace qui constitue actuellement l�Uruguay n��tait occup� que par des tribus indiennes, qui disparurent tr�s vite apr�s la conqu�te. Les explorateurs, � la recherche d�un passage entre les Andes et l�oc�an, n�accord�rent que peu d�int�r�t � ces vastes prairies vides d�hommes. Sans ressources mini�res, le pays ne servit que d��tape jusqu�au XVIIIe s. � ce moment commen�a l�exploitation du grand</p><p>troupeau qui s��tait d�velopp� spontan�ment dans la prairie uruguayenne � partir d�une centaine de t�tes de b�tail l�ch�es au XVIe s. par les premiers colons. Cette premi�re phase d�utilisation du troupeau sauvage �tait une v�ritable chasse, o� l�abattage des animaux ne servait qu�� en tirer le cuir ; � la fin du XVIIIe s., l�exploitation se diversifia un peu avec la cr�ation d�une agriculture de subsistance, l�organisation de saloirs pour la viande et la naissance des premiers centres urbains, le long du r�o Uruguay et sur l�estuaire du R�o de la Plata.</p><p>Montevideo* avait �t� fond� au</p><p>XVIIIe s. en tant que poste militaire et centre d�embarquement des produits</p><p>pastoraux, pour affirmer la domination espagnole sur cet espace convoit� par les Portugais du Br�sil. Cette premi�re �tape se termina avec l�ind�pendance (1828). Celle-ci ne se traduisit pas par de grands changements �conomiques.</p><p>N�anmoins, deux �v�nements renouve-l�rent l��conomie pastorale, qui continua � dominer : l�introduction du mouton et son extension rapide sur toutes les terres moins favorables � l��levage bovin ; le changement dans l�organisation m�me de l��levage, bovin et ovin, avec l�utilisation du fil de fer (apr�s 1870) et l�installation d�estancias modernes, qui devinrent de v�ritables usines � viande (gr�ce � l�essor des techniques frigorifiques pour garder et commercialiser le produit de cet �levage). � cette croissance de l��conomie pastorale correspond une grande pouss�e d�mographique, issue partiellement de l�immigration europ�enne, qui, dans la seconde moiti� du XIXe s., amena de nombreux colons, et partiellement de l�accroissement naturel. Cela permit une diversification de l�agriculture et un commencement d�industrialisation au d�but du XXe s., l�une et l�autre se fixant essentiellement autour de Montevideo, b�n�ficiaire de l�arriv�e continuelle d�hommes nouveaux ; l�essor des activit�s de production fit de la ville le centre tertiaire pour l�ensemble du pays.</p><p>Le XXe s. constitua une troisi�me �tape, marqu�e d�abord par une grande p�riode de prosp�rit�, favoris�e par un climat politique de paix et de stabilit�, en contraste avec celui des autres pays latino-am�ricains : cela permit un essor spectaculaire de l�industrie, qui non seulement put r�pondre aux besoins du march� national, mais s�effor�a de trouver des march�s ext�-</p><p>rieurs au fur et � mesure de son d�veloppement. Vers 1955 se manifest�rent les premiers signes de d�gradation de cette �conomie, et, peu � peu, les Uruguayens s�enferm�rent dans une crise qui constitue une v�ritable phase de r�gression �conomique, caract�ristique de la situation actuelle du pays.</p><p>La population et l��conomie</p><p>L�Uruguay, qui ne comptait encore que 30 000 habitants en 1800 et 1 million</p><p>en 1908, en abrite maintenant � peu pr�s 3 millions. Mais le taux d�accroissement s�est consid�rablement ralenti : alors que la natalit� �tait l�une des plus �lev�es de l�Am�rique latine au d�but du XXe s., elle est maintenant l�une des plus faibles, avec celle de l�Argentine, et ne d�passe pas 20 p. 1 000 ; la mortalit�, �galement faible, de 9 p. 1 000, laisse donc un taux de croissance d�environ 1 p. 100 par an. L�apport migratoire est maintenant n�gligeable, l�immigration ayant pratiquement cess� depuis 1930. Cette situation d�mographique aboutit � une pyramide des �ges assez diff�rente de celle des autres pays de l�Am�rique latine, avec un pourcentage relativement faible de jeunes, alors que les adultes forment 63 p. 100</p><p>de l�ensemble de la population ; la proportion des plus de soixante-cinq ans a tripl� au cours du XXe s., ce qui indique un d�but de vieillissement de la population. Les actifs, qui constituent � peu downloadModeText.vue.download 106 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11317</p><p>pr�s 40 p. 100 de la totalit� des habitants, sont occup�s pour plus de la moiti� dans le secteur tertiaire, tandis que le reste se partage � peu pr�s �galement entre le secteur secondaire et le secteur primaire.</p><p>En effet, l��conomie repose encore sur les activit�s agro-pastorales, mais celles-ci sont peu consommatrices de force de travail. L��levage, bovin (8,5 millions de t�tes) et ovin (20 millions de t�tes), occupe l�essentiel de l�espace et est fond�, la plupart du temps, sur l�utilisation des p�turages naturels, avec un faible essor des p�turages artificiels. Il se pratique essentiellement dans de grandes propri�t�s et ne re�oit gu�re d�investissements permettant d�en am�liorer la qualit�.</p><p>L�agriculture tend de plus en plus � se diversifier, mais reste �galement frapp�e par un manque de rendement. Le bl�, par exemple, demeure la culture la plus importante (0,5 Mt) et fournit une r�colte suffisante pour le pays, avec, �ventuellement, un surplus destin� � l�exportation, mais les rendements ne d�passent pas 15 quintaux � l�hectare.</p><p>Le ma�s et le riz sont en expansion, avec des rendements plus consid�rables. La culture du lin et celle du tournesol sont essentiellement destin�es � la consommation interne ; il en est de m�me des cultures fruiti�res et de l�horticulture des alentours de Montevideo.</p><p>L�industrie, qui avait connu une</p><p>forte croissance pendant et imm�diatement apr�s la Seconde Guerre mondiale (avec un taux de 8 p. 100 par an entre 1950 et 1955), est maintenant stagnante : les branches traditionnelles, textiles, tanneries et alimentation, ont nettement d�clin� ; les activit�s plus dynamiques comme le raffinage du</p><p>p�trole et la p�trochimie progressent encore l�g�rement, gr�ce � la raffinerie de la baie de Montevideo ; il en est de m�me des papeteries et de la chimie.</p><p>En revanche, la m�tallurgie et le travail du caoutchouc sont stagnants.</p><p>D�pourvu de ressources mini�res et de combustibles fossiles, l�Uruguay a cherch� � pallier ce d�ficit par la construction d�un lac artificiel sur le r�o Negro ; une centrale hydraulique assure une partie de sa consommation d��lectricit�. Mais le pays reste tributaire de l��tranger pour une partie de ses besoins en �nergie. Son commerce ext�rieur est toujours domin� par l�exportation des produits pastoraux, qui repr�sentent 80 p. 100 du total des ventes, les principaux �tant la viande et ses d�riv�s, les laines brutes, les cuirs et les peaux. Les importations sont constitu�es par des mati�res premi�res, des sources d��nergie et des produits industriels semi-finis. Les �tats-Unis et le Br�sil sont les principaux fournisseurs du pays, dont les principaux clients sont les �tats industrialis�s de l�Europe occidentale. L�Uruguay reste en fait un pays d��conomie agricole traditionnelle, et l�essentiel de son espace g�ographique est organis� en fonction de cette orientation, malgr� un certain nombre de diff�rences r�gionales.</p><p>Les aspects r�gionaux</p><p>et leurs diff�rences</p><p>En fonction des modes d�occupation du sol et � d�faut de milieux naturels diversifi�s, on peut distinguer plusieurs</p><p>zones rurales et une grande zone urbaine autour de Montevideo.</p><p>Dans le centre et l�est du pays pr�-</p><p>domine l�immense prairie, l�g�re-</p><p>ment ondul�e, comportant de petites zones de bois plant�es d�eucalyptus, o� s�abritent les animaux ; c�est l�espace pastoral proprement dit, avec de petits hameaux souvent mis�rables, o� habitent les ouvriers, les peones, qui s�occupent des b�tes, et avec des estancias, c�est-�-dire des fermes dispers�es dans la prairie. La densit� animale reste faible, avec moins d�une t�te de b�tail par hectare.</p><p>Le long du r�o Uruguay, on peut distinguer une deuxi�me r�gion, o� l��levage, toujours dominant, laisse une place plus importante � l�agriculture : bl� ou plantations de fruits (citronniers autour de Paysand�). Quelques usines de conserves se cr�ent en m�me temps que des industries alimentaires, en particulier des sucreries gr�ce � l�extension de la culture de la canne � sucre ou de la betterave. Dans cette zone, le long du r�o Uruguay, se trouvent deux villes de quelque importance, Salto et Paysand�, les deux plus grandes villes apr�s Montevideo, mais la population de chacune ne d�passe pas 50 000 � 60 000 habitants.</p><p>C�est seulement aux alentours de la capitale que l�agriculture l�emporte sur l��levage : cette troisi�me r�gion peut �tre consid�r�e comme la zone agri-downloadModeText.vue.download 107 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11318</p><p>cole intensive, avec de l�horticulture et des productions mara�ch�res dans un premier anneau autour de la capitale ; puis, dans une seconde ceinture, ces cultures alternent avec le ma�s et l��levage de la volaille ou des porcs. �</p><p>l�ouest s��tend une troisi�me zone un peu plus �loign�e de Montevideo, qui se consacre � une agriculture intensive reposant sur les c�r�ales, le ma�s et les fourrages, tandis que l��levage, �galement intensif, se voue � la production laiti�re, qui alimente des fabriques de</p><p>fromage et de beurre. Dans toute cette partie, la propri�t� est beaucoup plus morcel�e, et les petites exploitations fournissent l�essentiel de la production agricole, � l�oppos� des grandes estancias des zones d��levage.</p><p>La quatri�me r�gion est constitu�e par l�ensemble de l�aire m�tropolitaine de Montevideo, qui groupe pr�s de la moiti� des habitants de l�Uruguay. Cette ville se caract�rise par une croissance d�mographique moyenne, de l�ordre de 9,4 p. 100 par an entre 1950 et 1963, due beaucoup plus aux migrations internes des ruraux vers la ville qu�� un accroissement naturel. Le port reste l��l�ment fondamental des activit�s de la ville ; en d�pit de la v�-</p><p>tust� d�une partie de ses installations, il demeure l�unique point de contact entre l��conomie nationale et l�ext�-</p><p>rieur : c�est l� que se regroupent les laines, les cuirs et les viandes destin�s � l�exportation, et qu�arrivent les produits manufactur�s, les combustibles, principalement le p�trole.</p><p>M. R.</p><p>L�histoire</p><p>Province d��levage extensif et de grands domaines, le territoire qui deviendra un jour l�Uruguay conna�t la m�me civilisation gauchesca que la vaquer�a argentine ou le sud du Br�sil ; l�homme � cheval surveille des grands troupeaux, dont le cuir est export� vers l�Europe.</p><p>Une naissance tragique</p><p>La ville de Montevideo* avait �t� fond�e en 1724 pour mettre des bornes � l�expansion du Br�sil portugais. En fait, cette fondation ne put emp�cher l�affrontement entre le monde hispanique et le monde lusitanien, puis, apr�s l�ind�pendance de l�Am�rique latine*, entre le Br�sil* et l�Argentine*. Les guerres du XVIIIe s., conduisirent les Espagnols � occuper plus s�rieusement cette Banda Oriental, ainsi appel�e parce que la province se trouvait � l�est de la vice-royaut� du R�o de la Plata.</p><p>Lorsqu�en 1810 les habitants du R�o</p><p>de la Plata (v. Empire colonial espagnol) proclament une ind�pendance que l�Espagne ne parvient pas � remettre en question, Montevideo croit le moment arriv� de faire s�cession, et l�histoire se confond, pour dix ans, avec le nom de Jos� Artigas (1764-1850), le p�re de la Patrie, le h�ros fondateur.</p><p>Artigas doit lutter contre les forces conjugu�es des Portugais du Br�sil, des Espagnols qui tiennent la place de Montevideo, puis, apr�s le d�part de ceux-ci, des gens de Buenos Aires, qui voient d�un mauvais oeil la s�cession de ceux que l�on appelle des � Orientaux �. Fort de l�appui populaire, Artigas soul�ve les campagnes et tient t�te pendant dix ans. Victorieux, il l�est jusque dans la d�faite, quand, oblig� de combattre sur deux fronts, il recule invaincu devant les troupes ennemies, suivi par son peuple dans un exode compar� � celui du peuple h�breu. La guerre accentue les tendances radicales et populistes de ce nouveau Mo�se, hostile aux grands propri�taires terriens et favorable � la masse des ruraux. Pris entre deux feux, l�ch� par des lieutenants jaloux de sa popularit�, il est battu en 1820 � Tacuaremb� par les arm�es portugaises et doit se r�fugier en territoire paraguayen, o� le dictateur Jos� Gaspar Rodr�guez Francia lui donne l�asile politique, mais sous la forme d�une r�sidence surveill�e de trente ans. Artigas est mort � la vie nationale et, avec lui, dispara�t le programme social de r�forme agraire qui inqui�tait tant Buenos Aires.</p><p>L��limination d�Artigas ne signifie pas la fin des combats ; le p�re de la Patrie laisse derri�re lui un programme nationaliste et le noyau irr�ductible d�un mouvement qui, fort de l�arbitrage int�ress� de la Grande-Bretagne, conduit en 1828 � l�ind�pendance. Les Britanniques, pour des raisons politiques et �conomiques, ont ainsi favoris� la cr�ation d�un �tat tampon entre le Br�sil et l�Argentine.</p><p>La Grande Guerre</p><p>La protection britannique ne suffit pas � exorciser les d�mons de la discorde civile et de l�intervention �trang�re ; les m�contents se cherchent des pro-</p><p>tecteurs au Br�sil et surtout � Buenos Aires ; les politiques et les chefs de guerre argentins ont du mal � r�sister � la tentation de r�cup�rer l�ancienne province orientale. De cette p�riode troubl�e date la division de la population en deux grands partis politiques, les blancs et les rouges.</p><p>Les prol�gom�nes de la Guerra</p><p>Grande sont trop compliqu�s pour</p><p>�tre r�sum�s en quelques lignes. Le pr�sident Manuel Oribe (1796-1857), porte-parole des int�r�ts de la ville de Montevideo, rejette la tutelle pesante des grands propri�taires et se cherche l�appui argentin. Son adversaire Jos� Fructuoso Rivera (1784 ou 1788-1854), fort de l�appui fran�ais et du soutien de la pl�be rurale, l�emporte (1838). L�Argentine intervient alors et semble vaincre vers 1842, apr�s que la France a d�, en 1840, se retirer du jeu. Son champion, Oribe, r�ussit � contr�ler la campagne uruguayenne, mais sans prendre Montevideo, dont le si�ge durera de f�vrier 1843 � octobre 1851. Garibaldi* s�enthousiasme pour la � nouvelle Troie � et lutte un temps en Uruguay. L�affaire prend des proportions internationales ; la France et la Grande-Bretagne, r�concili�es, organisent une exp�dition navale contre l�Argentine. La r�sistance de Montevideo semble pourtant sans espoir, quand le dictateur argentin Juan Manuel de Rosas fait sa paix avec les Europ�ens.</p><p>Il faut la guerre civile en Argentine et l�intervention du Br�sil pour renverser Rosas (1852) et d�livrer cette Troie qui n��tait pas tomb�e. Comme les assi�-</p><p>g�s avaient arbor� le ruban rouge et leurs adversaires uruguayens le ruban blanc, le pays politique se divise en blancs ou blancos (conservateurs) et rouges ou colorados (lib�raux).</p><p>Le destin uruguayen continue � �tre soumis � ses puissants voisins. L�oligarchie urbaine de Montevideo souhaiterait �chapper � la tutelle pesante des caudillos ruraux (Rivera) ou militaires (Oribe, Venancio Flores) et former avec les � �l�ments sains � des deux partis une nouvelle force politique. Le Br�sil tire les ficelles de cette intrigue compliqu�e : depuis que son intervention a mis fin � la � guerre de Troie �, il fait et d�fait les gouvernements.</p><p>Jusqu�en 1863 les Br�siliens soutiennent les blancs, m�me aux heures les plus sombres (f�vr. 1858 : massacre des colorados, vaincus � Quinteros). � cette date, le Br�sil change de strat�gie, car l�Empire se lib�ralise et s�impatiente surtout devant la permanence de l�anarchie. C�est alors que les blancs, pris entre l�hostilit� de l�Argentine et celle, toute nouvelle, du Br�sil, font appel au Paraguay*. Vaincus au cours de la guerre contre leur ancien protecteur imp�rial, les blancs perdent le pouvoir (1865), et Venancio Flores (1809-1868), le caudillo rouge, fait entrer l�Uruguay dans la guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay (1865-1870). Guerre civile et guerre �trang�re vont de pair.</p><p>La r�volution socio-�conomique</p><p>Ces troubles sanglants ne doivent pas masquer les bouleversements �conomiques en cours. Le fait fondamental est l�immigration europ�enne, qui durera jusqu�en 1930, mais qui est � son apog�e entre 1850 et 1890. La population passe entre ces deux dates de 90 000 � 1 million d�habitants. La r�volution d�mographique s�accompagne de l�introduction du mouton vers 1830, de l�introduction du fil de fer barbel� apr�s 1870 et des techniques de r�frig�ration � la fin du XIXe s. De ces nouveaut�s r�sulte une nouvelle organisation de l�espace rural et de l��conomie ; le temps des gau-chos est termin�, et la grande propri�t� (l�estancia) devient une usine � viande qui recherche le rendement et travaille pour les march�s europ�ens. Montevideo, ville cosmopolite, b�n�ficie de ce grand d�veloppement �conomique, acc�l�r� sous la dictature du colonel Lorenzo Latorre (1876-1880).</p><p>La r�forme politique :</p><p>Jos� Batlle y Ord��ez</p><p>(1903-1907 et 1911-1915)</p><p>Le XIXe s. se termine sous le signe de l�ordre autoritaire dans le domaine politique et sous celui de la prosp�-</p><p>rit� dans le domaine �conomique. Le d�but du XXe s. voit le pays atteindre un niveau de vie et une tranquillit� excep-</p><p>tionnels en Am�rique latine. C�est la belle �poque de l�Uruguay, qui se prolonge, au-del� de la grande crise mondiale, jusque vers 1955.</p><p>Apr�s une s�rie de r�gimes mili-</p><p>taires (1876-1890), le pays menace de retomber dans l�anarchie qu�engendre l�opposition des rouges et des blancs. Il revient � Jos� Batlle y Ord��ez (1854-1929) de trouver un nouveau syst�me politique, non sans devoir �craser, pour commencer, la r�sistance des blancs au cours de la derni�re et de la plus sanglante des guerres civiles. Apr�s la victoire (1904), il, entreprend de donner au pays un �tat moderne, la d�mocratie politique et une d�mocratie sociale, permise par la prosp�rit�, impos�e par un �tat interventionniste.</p><p>Les principales lois sociales sont la nationalisation de nombreux services, la gratuit� de l�enseignement, un syst�me de retraites tr�s favorable. Dans le champ politique, la Constitution downloadModeText.vue.download 108 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11319</p><p>de 1919 �dicte les mesures les plus importantes : ce sont, outre la s�paration de l��glise et de l��tat, celles qui remettent la direction du pays � un Conseil national d�administration de neuf membres inspir� du Conseil f�d�ral suisse. Ce coll�ge, apr�s la disparition de Batlle, le pr�sident radical, gouverne le pays de 1917 � 1933 et de 1951 � 1966. Trois des neuf membres de cet ex�cutif coll�gial appartiennent obligatoirement � l�opposition.</p><p>Par malheur, les bases de cette</p><p>� Suisse am�ricaine � sont fragiles.</p><p>Le pr�sident Batlle a su faire passer en quinze ans son pays de la guerre civile au Welfare State. Mais il faut ajouter qu�il a pu le faire gr�ce aux circonstances �conomiques. L�expansion</p><p>mondiale du d�but du si�cle, prolong�e en Argentine par les demandes accrues de l�Europe en guerre, a servi les projets d�mocratiques. L�opulence a facilit� les choses, quitte � rendre par la suite tout changement tr�s douloureux.</p><p>D�autre part, le r�le jou� par Batlle</p><p>�tait si important que sa mort en 1929</p><p>posera un v�ritable probl�me dynastique. Le premier d�mocrate de l�Uruguay �tait un homme fort, et sa d�mocratie avait besoin de la prosp�rit�.</p><p>Les premiers faux pas</p><p>La grande crise touche l�Uruguay en 1931, et ce d�autant plus durement que le pays a toujours v�cu de ses exportations. Batlle n��tant plus l� pour imposer son autorit�, le r�gime coll�gial est emport� par la temp�te : en 1933, un coup d��tat militaire instaure un pouvoir qui �volue vers la droite jusqu�au jour o�, en 1942, se produit le � bon coup d��tat �, celui qui remet le pays sur le chemin de Batlle. � cette m�me �poque, la Seconde Guerre mondiale ram�ne une prosp�rit�, prolong�e par la guerre de Cor�e. Comme en 1914-1918, il y a une brusque demande de produits agro-pastoraux, et le pays croit revenu le temps de la prosp�-</p><p>rit�. Or, l�essor de l��levage europ�en, l�apparition de nouveaux pays fournisseurs ne permettent pas � l�Uruguay de maintenir cette richesse. Vers 1955, quelques ann�es apr�s le r�tablissement du syst�me coll�gial, les premiers sympt�mes de d�gradation de l��conomie se manifestent. Le pays va, pendant longtemps, refuser de voir la r�alit� en face, aggravant une crise devenue structurelle.</p><p>La crise contemporaine</p><p>Depuis 1955, le temps de la facilit� est r�volu, et le pays fait l�exp�rience p�nible du rentier qui n�a plus les moyens de maintenir son haut niveau de vie ; ses institutions �conomiques fonctionnent mal, et ses institutions sociales se r�v�lent trop on�reuses pour un revenu national insuffisant. La crise des exportations s�accompagne de la baisse du niveau de vie urbain et du m�contentement rural, du fait que les ressources de l��tat reposent sur les exportations : les taxes repr�sentaient jadis 30 p. 100 de la valeur du produit.</p><p>� partir de l� s�encha�nent d�ficit de la balance ext�rieure, �puisement des r�serves, endettement � l��tranger, faillites de banques, exode des capitaux et enfin d�valuation du peso en 1965.</p><p>Politiquement, cela signifie l�opposition entre la campagne, n�glig�e (les propri�taires n�investissent pas pour moderniser leurs exploitations), et Montevideo, jusque-l� favoris�e.</p><p>Montevideo, avec 46 p. 100 de la population nationale, p�se lourd dans la vie uruguayenne. Cela signifie aussi la d�saffection pour le jeu traditionnel entre des partis qui n�en sont pas et qui bloquent toute solution par leur syst�me de client�les : le partage des d�pouilles (40 p. 100 des postes administratifs � l�opposition) stabilise l�appareil politique et bureaucratique de fa�on mortelle.</p><p>Le r�tablissement de la pr�sidence de la R�publique et le renforcement du pouvoir ex�cutif par la Constitution de 1966 ne suffisent pas � modifier la situation, malgr� tout l�autoritarisme du pr�sident Jorge Pacheco Areco (n� en 1920). La d�t�rioration �conomique, l�inflation acc�l�r�e, les gr�ves r�p�-</p><p>t�es et enfin l�apparition des tupamaros conduisent en 1968 � la proclamation de l��tat de si�ge.</p><p>Vers la solution militaire</p><p>Le Mouvement national de lib�ration de l�Uruguay, fond� en 1962, se fait conna�tre sous le nom de tupamaros (de T�pac Amaru, nom pris par le r�-</p><p>volutionnaire p�ruvien J. G. Condor-canqui [1740-1781]). � partir de 1965, il se lance dans de spectaculaires op�-</p><p>rations : enl�vements, attentats, ex�-</p><p>cution d�agents am�ricains participant � la r�pression, le tout avec un grand sens de la publicit�, la sympathie de la population, qui voit l� un Robin des Bois collectif, et des complicit�s � l�in-t�rieur m�me de l��tat. La violence et l�apparition d�un groupe refusant le jeu traditionnel signifient que l�enlisement est devenu insupportable. � travers les tupamaros s�exprime une prise de conscience n�gative : les Uruguayens d�couvrent que rien ne va plus. En 1971, Pacheco ne peut se repr�senter aux �lections, mais l�opposition de gauche ne barre pas la route � son candidat, Juan Mar�a Bordaberry (n� en 1928), devenu le 1er mars 1972 pr�sident pour cinq ans.</p><p>� quarante-trois ans, ce grand pro-</p><p>pri�taire millionnaire affiche des sympathies pour le syst�me politique br�silien, mais manque aussi bien de programme que d��quipe capable de l�appliquer. Or, la situation est telle que l�exp�dition des affaires courantes n�est m�me plus possible. La question que tout le monde se pose est de savoir si le pr�sident terminera son mandat.</p><p>D�s 1973, on croit venu le coup d��tat militaire que le pays attend depuis des ann�es : en f�vrier, les militaires imposent un remaniement minist�riel, mais, plut�t que de s�emparer d�un pouvoir qui est � leur port�e, ils se contentent d�un transfert progressif des responsabilit�s. Au cours des ann�es suivantes cette �volution se pr�cise, sans que l�on puisse dire en quel sens se politise l�arm�e. Le Parlement est suspendu, puis les syndicats sont dissous, et les partis de gauche interdits.</p><p>La � Suisse am�ricaine � perd ses institutions politiques apr�s avoir perdu la prosp�rit�. Enfin, le 12 juin 1976, Bordaberry est d�pos� par l�arm�e qui poursuit la politique de durcissement du r�gime.</p><p>J. M.</p><p>F Am�rique latine / Montevideo.</p><p>&amp; G. Pendle, Uruguay (Oxford, 1952). /</p><p>R. H. Fitzgibbon, Uruguay, Portrait of a De-mocracy (New York, 1954 ; nouv. �d., 1966). /</p><p>P. B. Taylor, Government and Politics of Uruguay (New Orleans, 1960). / A. Labrousse, les Tupamaros, gu�rilla urbaine en Uruguay (�d.</p><p>du Seuil, 1971). / A. Methol Ferr�, El Uruguay como problema (Montevideo, 1971).</p><p>Ustilaginales</p><p>Ordre de Champignons microscopiques h�t�robasidi�s, parasites endophytes de plantes � fleurs, particuli�rement des Graminac�es et des Cyp�rac�es.</p><p>Les Ustilaginales qui provoquent</p><p>des maladies connues sous le nom de charbons et de caries (v. c�r�ales), regroupent environ 50 genres (de 700</p><p>� 800 esp�ces).</p><p>Les Ustilaginales sont caract�ris�es par des probasides enkyst�es de couleur sombre (chlamydospores ou spores charbonneuses), group�es en grand nombre dans des sores situ�s dans les</p><p>organes reproducteurs (ovaires, an-th�res, inflorescences), plus rarement dans les feuilles et les tiges de l�h�te ; la partie de la plante o� se manifeste l�action du parasite est souvent profond�ment alt�r�e et modifi�e par des hyperplasies, tumeurs, gales ou taches caract�ristiques.</p><p>L�Ustilaginale parasite v�g�te dans l�h�te sous forme de myc�lium g�n�ralement intercellulaire (mais intracellulaire chez l�Ustilago du Ma�s), dicaryotique, qui se transforme localement en une masse compacte ou pulv�rulente de spores charbonneuses homologues des t�liospores des Ur�dinales ; selon les genres, celles-ci sont uniloculaires, bicellulaires ou dispos�es en glom�rules, chaque locule fertile �tant d�abord dicaryotique, puis pourvue d�un seul noyau diplo�de. � la germination, les chlamydospores se comportent en probasides ; elles produisent un promyc�lium o� le noyau subit la m�iose pour donner naissance � quatre basidiospores haplo�des. On distingue deux types de promyc�liums, sur lesquels sont fond�es les deux familles des Ustilaginales.</p><p>Chez les Ustilaginac�es (genre Ustilago, Sorosporium, Sphacelotheca), le promyc�lium se divise transversalement en quatre cellules, comme chez les Ur�dinales ; chaque loge �met une ou plusieurs basidiospores sessiles, ou sporidies, qui, une fois d�tach�es, peuvent elles-m�mes bourgeonner en produisant un thalle levuro�de ; cette forme saprophytique, qui v�g�te normalement � la surface de l�h�te, s�obtient ais�ment en culture artificielle au laboratoire. La conjugaison qui conduit � un myc�lium binucl�� capable d�envahir un nouvel h�te a lieu, suivant les cas, entre sporidies, entre cellules filles ou entre deux cellules du promyc�lium.</p><p>Chez les Till�tiac�es (genres Tilletia, Urocystis, Entyloma), le promyc�lium n�est pas cloisonn� ; il produit � son apex un bouquet de huit ou seize sporidies qui, en place ou d�tach�es, se conjuguent deux � deux par un petit tube copulateur ; chaque paire de sporidies primaires produit sur un st�rigmate une sporidie secondaire, projet�e violemment comme une basidiospore typique ; celle-ci reproduit le myc�-</p><p>lium d�infection dicaryotique. Les Entyloma, qui parasitent essentiellement les feuilles, pr�sentent fr�quemment une phase conidienne qui forme de petites taches duveteuses � la surface de l�h�te.</p><p>Avec environ 300 esp�ces, le genre Ustilago est le plus largement r�pandu dans la nature. U. violacea est tr�s commun dans les �tamines des Lych-downloadModeText.vue.download 109 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11320</p><p>nis, dont il provoque la castration parasitaire. Mais le genre est surtout important comme agent pathog�ne des C�r�ales ; principalement localis� aux inflorescences il substitue aux grains, dans l��pi m�r, la masse de ses spores charbonneuses. Toutefois, le charbon du Ma�s, U. maydis, affecte aussi bien les tiges que les �pis et se manifeste par de grosses tumeurs qui deviennent noires et poudreuses. Ustilago hordei, sur l�Orge et l�Avoine, d�truit les tissus de la graine en respectant les enveloppes ; la maladie est dite � charbon couvert � ; U. avenae, responsable du</p><p>� charbon nu � de l�Avoine, et U. nuda (= U. tritici), sur le Bl� et l�Orge, attaquent la totalit� du grain ; � maturit�, les spores charbonneuses, enti�rement d�couvertes, sont ais�ment entra�n�es par le vent ; elles germent rapidement et infectent de jeunes inflorescences.</p><p>Dans le cas des � caries � (Tilletia caries, agent de la carie du Bl�), les chlamydospores restent enferm�es dans le grain, dont l�aspect ext�rieur est � peine modifi� ; des semences infect�es restent capables de germer, et le parasite est transmis aux jeunes plantules ; g�n�ralement, l�h�te et l�agent pathog�ne continuent � v�g�ter ensemble, et la maladie se manifeste au moment de l��piaison. Le Bl� cari� d�gage � la mouture une odeur d�sagr�able de poisson qui l�a fait qualifier de � Bl� punais �.</p><p>En Extr�me-Orient, on consomme</p><p>l�organe bulbeux produit � la base des tiges de la Zizanie (Graminac�e voisine du Riz) par la pr�sence d�un charbon, Ustilago esculenta.</p><p>J. N.</p><p>usufruit</p><p>Droit r�el conf�rant � son titulaire le pouvoir d�user et de jouir d�une chose sans en avoir la propri�t�.</p><p>La notion</p><p>Il s�agit, en r�alit�, d�un d�membrement du droit de propri�t�, pr�vu en France par les articles 578 et suivants du Code civil ; ce droit, globalement constitu� par la r�union de trois pr�rogatives (usage, jouissance, droit de disposer) exerc�es sur une chose, peut �tre d�compos� de mani�re que chacune de ces pr�rogatives soit exerc�e s�par�-</p><p>ment par deux ou plusieurs personnes ; lorsque l�usage et la jouissance d�une chose sont conf�r�s � un individu priv� du droit de disposer de la chose, on parle d�usufruit ; dans ce cas, le droit de disposer de la chose appartient � un autre individu, que l�on appelle le nu-propri�taire (parce que son droit de propri�t� est d�pouill� de ce qui fait son int�r�t �conomique imm�diat). Le droit d�usufruit peut porter sur n�importe quelle esp�ce de biens*.</p><p>C�est un droit essentiellement temporaire, tout au plus viager, qui n�est destin� � durer que le temps pour lequel il a �t� constitu� et, en tout cas, jamais au-del� du d�c�s de son titulaire. Cela permet de comprendre que l�usufruit a une valeur �conomique d�pendant de sa dur�e probable et, donc, de l��ge de l�usufruitier. Cela explique aussi que le droit d�usufruit ne puisse �tre transmis aux h�ritiers de son titulaire d�c�d� : l�usufruit a vocation � r�int�-</p><p>grer le patrimoine* du nu-propri�taire.</p><p>Mais, en attendant, le droit d�usufruit se pr�sente comme un droit patrimonial ayant une valeur �conomique : il se trouve dans le commerce juridique, de telle sorte que l�usufruitier peut le c�der (la cession de l�usufruit n�emp�-</p><p>chant cependant pas son extinction au moment du d�c�s du c�dant).</p><p>Origine de l�usufruit</p><p>y L�usufruit peut �tre d�origine</p><p>l�gale ; c�est particuli�rement fr�-</p><p>quent en cas de succession* : en effet, lorsqu�une personne d�c�de en laissant un conjoint survivant, celui-ci se voit, dans de nombreuses hypoth�ses, reconna�tre un droit d�usufruit sur une partie de la succession du pr�d�c�d� (art. 767 du Code civil).</p><p>y Mais l�usufruit peut �galement</p><p>trouver sa source dans la volont� m�me des individus : ainsi, un usufruit peut �tre cr�� par testament ; plus souvent, il sera le r�sultat d�un contrat*</p><p>(celui-ci, en raison du caract�re viager de l�usufruit, est un contrat al�atoire ; par ce contrat, le propri�taire d�un bien peut ou bien c�der l�usufruit de sa chose en s�en r�servant la nue-propri�t�, ou bien � ce qui est plus fr�quent � c�der la nue-propri�t� de la chose en s�en r�servant l�usufruit).</p><p>La fin de l�usufruit</p><p>L�extinction naturelle de</p><p>l�usufruit</p><p>La cause la plus normale de l�extinction de l�usufruit est l�arriv�e du terme pr�vu pour son extinction. L�usufruit, �tant, le plus souvent, un droit viager, s��teint au d�c�s de l�usufruitier (s�il a �t� constitu� pour une dur�e d�termin�e, le d�c�s pr�matur� de l�usufruitier met donc fin � l�usufruit, avant m�me l�expiration du d�lai pr�vu). Pour les personnes* morales (qui ne meurent pas, contrairement aux personnes physiques), on a pr�vu une r�gle sp�ciale d�extinction : l�usufruit dont elles b�-</p><p>n�ficient a une dur�e qui ne peut exc�-</p><p>der trente ans.</p><p>La perte totale de la chose entra�nera �videmment la disparition des divers droits qui peuvent s�exercer sur elle, y compris le droit d�usufruit. Une autre cause naturelle d�extinction de l�usufruit est la consolidation, c�est-�-dire la r�union, dans les mains de l�usufruitier, de l�ensemble des pr�rogatives du propri�taire (par exemple lorsque l�usufruitier h�rite du droit de nue-propri�t�). La renonciation ou la r�trocession de l�usufruit par l�usufruitier mettent �galement fin � l�usufruit.</p><p>Enfin, dans certains cas pr�vus par la loi, le nu-propri�taire peut obliger</p><p>l�usufruitier � accepter la conversion de son droit d�usufruit en une rente viag�re : ainsi, il reconstitue son droit de propri�t�, moyennant son engagement � verser une rente d�termin�e � l�ex-usufruitier ; cette possibilit� existe notamment � propos de l�usufruit successoral du conjoint survivant.</p><p>L�extinction de l�usufruit</p><p>� titre de sanction</p><p>L�usufruit peut �tre perdu par l�usufruitier en cas d�abus de jouissance, supposant une faute de sa part ou de la part des personnes dont il doit r�pondre.</p><p>Cette extinction doit �tre prononc�e par le tribunal, qui appr�cie le degr� de gravit� de l�abus de jouissance reproch� � l�usufruitier. Une autre esp�ce de sanction pr�vue contre l�usufruitier n�gligent est l�extinction de l�usufruit en cas de non-usage prolong� : il s�agit de l�application � l�usufruit du m�canisme de la prescription* extinctive trentenaire.</p><p>La situation de</p><p>l�usufruitier</p><p>Du fait de son usufruit, l�usufruitier a un ensemble de droits et de devoirs.</p><p>Les droits de l�usufruitier</p><p>L�usufruitier peut faire sur la chose toute une s�rie d�actes mat�riels ou juridiques, � condition de ne pas compromettre la chose elle-m�me ou la diminuer de quelque fa�on. Lui sont donc interdits tous les actes mat�riels qui compromettraient l�int�grit� de la chose (destructions, d�gradations, etc.) ou tous les actes juridiques de disposition (vente* ou donation* du bien).</p><p>Sont permis tous les actes qui sont la cons�quence n�cessaire du droit d�usage et de jouissance conf�r� � l�usufruitier : celui-ci peut mat�riellement user de la chose (m�me si, d�ailleurs, cela provoque une � usure �, donc une d�gradation de la chose, � condition que l�usure soit normale) ; il peut �galement faire tous les actes juridiques par lesquels il conserve ou administre la chose ; mais, pour certains actes d�administration importants, comme les baux de certaine dur�e, il</p><p>lui faudra l�autorisation du nu-propri�taire ou du tribunal. L�usufruitier a aussi le droit de retirer les fruits de la chose, c�est-�-dire les fruits naturels, comme les r�coltes, ou les fruits civils, comme les loyers : il n�a aucun droit aux � produits � de la chose, c�est-�-</p><p>dire aux biens produits par la chose avec diminution de sa substance (par exemple, il n�a pas le droit d�ouvrir une carri�re sur l�immeuble en usufruit).</p><p>Les obligations de l�usufruitier</p><p>y Lors de l�entr�e en jouissance, l�usufruitier est oblig� de prendre la chose dans l��tat o� elle se trouve. Et, afin qu�on sache sur quoi porte l�usufruit, il est aussi tenu de faire un inventaire des meubles et de dresser un �tat esti-matif des immeubles. Il doit fournir des garanties de bonne gestion et de restitution : ces garanties prendront la forme soit de l�engagement d�une caution (tierce personne garantissant au nu-propri�taire que l�usufruitier se comportera sainement), soit d�une s�-</p><p>ret�* r�elle (gage, hypoth�que, etc.).</p><p>y En cours d�usufruit, l�usufruitier doit veiller � ne rien faire qui diminue la substance de la chose : pourtant, si l�usufruit porte sur des choses destin�es par nature � �tre consomm�es, il pourra les consommer, mais � charge d�en rendre qui soient �quivalentes : dans ce cas, on parle de � quasi-usufruit �. L�usufruitier doit encore jouir de la chose en � bon p�re de famille �, c�est-�-dire comme en joui-rait un honn�te homme moyennement soigneux. Il doit enfin supporter les</p><p>� charges usufructuaires �, qui sont les divers imp�ts ayant le caract�re d�imp�ts sur le revenu, li�s � l�usage ou � la jouissance de la chose, ou encore les r�parations d�entretien, mais non les grosses r�parations, qui sont � la charge du nu-propri�taire.</p><p>y � la fin de l�usufruit, l�usufruitier doit restituer la chose dans l��tat o� elle se trouvait au commencement de downloadModeText.vue.download 110 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11321</p><p>l�usufruit (sauf usure normale). Il faudra g�n�ralement proc�der � un r�glement de compte entre nu-propri�taire et usufruitier pour la liquidation des fruits � civils � ; �ventuellement, l�usufruitier aura droit au remboursement des grosses r�parations qu�il aurait lui-m�me effectu�es, mais il ne pourra rien obtenir pour les am�liorations qu�il aurait apport�es � la chose.</p><p>A. V.</p><p>Utamaro</p><p>Kitagawa</p><p>Illustrateur, dessinateur d�estampes et peintre japonais (Kawagoe 1753 -</p><p>T&#x14D;ky&#x14D; 1806).</p><p>Ses origines restent obscures. Sa jeunesse semble se passer � Edo (T&#x14D;ky&#x14D;*), o� il fr�quente l�atelier de l�influent Toriyama Sekien, peintre de l��cole Kan&#x14D; ; il y acquiert aussi le style de l�ukiyo-e*. Ses d�buts sont difficiles.</p><p>Entre 1775 et 1780, sous le nom de Toyosh&#x14D; ou de Toyoaki, il illustre des livres populaires et des couvertures de livrets du th��tre kabuki. Il dessine aussi des estampes d�acteurs dans le style de Shunsh&#x14D;. Vers 1780-81, il est consid�r� comme prot�g� de Tsutaya J&#x16B;zabur&#x14D;, un des plus grands �diteurs d�estampes. � la m�me �poque, il</p><p>adopte le nom d�Utamaro Kitagawa.</p><p>Dans ses premi�res oeuvres, il se montre tr�s influenc� par des artistes en grande vogue, comme Kitao Shi-gemasa et surtout Torri Kiyonaga. En 1788, pour Tsutaya J&#x16B;zabur&#x14D;, il illustre en couleurs un ouvrage intitul� le Choix des insectes illustr�s, avec une postface de Sekien qui d�crit le go�t de son disciple pour ce monde de chenilles et de vers luisants. Cette oeuvre, c�l�bre pour la beaut� du tirage, la distinction et le raffinement des tons, indique un don d�observation tr�s aigu. Utamaro publie d�autres ouvrages � les Dons de la mar�e basse (1789), sur les coquillages, Choix de po�mes satiriques (ky&#x14D;ka), sur les oiseaux chanteurs �</p><p>qui d�notent le m�me r�alisme. Dans le Po�me de l�oreiller, il traite avec nuance de sujets �rotiques.</p><p>� partir de 1790, d�gag� de toute influence et en pleine possession de son</p><p>talent, il se consacre particuli�rement � la repr�sentation de jolies femmes (bijin-ga), un des genres de l�ukiyo-e.</p><p>Il ex�cute alors ses plus belles s�ries, insistant sur le visage de ses mod�les, pr�sent�s en gros plan ou en bustes, avec des coiffures �labor�es. Il supprime le cadre, qu�il remplace par un fond de mica ou de poussi�re d�or qui fait ressortir la fermet� de la ligne.</p><p>Psychologue, il traduit admirablement dans les Dix �tudes de physiognomonie f�minine et les Dix Types de visages f�-</p><p>minins l�expression des visages triomphants des amoureuses, des visages lass�s des courtisanes. Nul mieux que lui n�a su observer les femmes de toutes conditions dans la diversit� de leurs expressions et de leurs activit�s.</p><p>En t�moignent quelques-unes de ses plus c�l�bres s�ries : le Miroir choisi des occupations f�minines, les Douze Heures des maisons vertes, le Cadran solaire des jeunes filles. Utamaro cr�e un type f�minin � la silhouette �lanc�e, d�o� �mane une sensualit� voluptueuse, m�me lorsqu�il s�agit de simples jeunes femmes.</p><p>� l��quilibre des compositions</p><p>s�ajoute une incomparable perfection technique qui se manifeste par la luminosit� des couleurs. Dans Yamauba et Kintar&#x14D; et les P�cheuses d�Awabi, Utamaro joue sur le contraste des corps blancs avec les sombres chevelures d�-</p><p>faites. � la fin de sa carri�re, il tombe dans un certain mani�risme : quelques-unes de ses femmes ont des gestes contourn�s, et le dessin trop souple d�g�n�re en arabesques.</p><p>Le succ�s d�Utamaro est immense,</p><p>et son oeuvre consid�rable. Outre pour Tsutaya J&#x16B;zabur&#x14D; (� 1797), Utamaro travaille pour de nombreux imprimeurs. Il fonde son �cole, fr�quent�e par de nombreux �l�ves, dont un � Utamaro II �. Mais il ne peut �viter, � la fin de sa vie, les foudres de la censure et, en 1804, il est condamn� � trois jours de prison et � cinquante jours de carcan pour avoir, dans un triptyque, fait allusion aux amusements de Hideyoshi Toyotomi, dictateur et h�ros national de la fin du XVIe s. Il est l�un des premiers artistes de l�ukiyo-e auquel l�Occident s�int�ressera.</p><p>C. V.</p><p>&amp; E. de Goncourt, Outamaro, le peintre des maisons vertes (Charpentier, 1891). / J. Hillier, Utamaro (Londres, 1961). / Muneshige Nara-zaki et Sadao Kikuchi, Utamaro (trad. du japonais, T&#x14D;ky&#x14D;, 1968).</p><p>ut�rus</p><p>Organe creux � parois musculeuses, destin� chez les Mammif�res � recevoir l�oeuf f�cond�, � lui permettre de se d�velopper et � l�expulser au terme de la gestation. (Syn. MATRICE.)</p><p>Forme et position</p><p>L�ut�rus vide occupe l�int�rieur de la cavit� pelvienne ; son extr�mit� ant�-</p><p>rieure d�passe le d�troit ant�rieur du bassin et empi�te un peu sur la cavit� abdominale. Sa forme est celle d�un cylindre l�g�rement aplati de dessus en dessous, log� dans le bassin en direction ant�ropost�rieure. Sa face sup�rieure touche au rectum, et sa face inf�rieure � la vessie. Son extr�mit� an-t�rieure se prolonge par deux � cornes ut�rines �, r�sultant de la division du corps de l�organe sous un angle ouvert vers l�avant.</p><p>Vers sa partie post�rieure, l�ut�rus communique avec le vagin, mais bien souvent, chez les Insectivores, les L�muriens, et les Ongul�s, il n�y a aucune s�paration nette entre le vagin et l�ut�rus. Cette s�paration acquiert son maximum de nettet� chez les Primates (Hominiens et Simiens), o� une musculature puissante caract�rise une portion de la matrice qui fait saillie dans le vagin et constitue le col de la matrice, ou � museau de tanche �.</p><p>La forme de l�ut�rus varie suivant les ordres et les familles de Mammif�res.</p><p>Chez les animaux primitifs comme</p><p>les Marsupiaux, les deux oviductes sont totalement distincts et s�ouvrent s�par�ment dans une cavit� unique, le sinus urog�nital.</p><p>Les grandes variantes anatomiques sont de trois sortes :</p><p>� dans la disposition duplex, que l�on rencontre chez les Rongeurs, les Chiropt�res et les Marsupiaux, les oviductes sont prolong�s s�par�ment par deux vagins restant libres sur toute leur longueur ;</p><p>� la disposition bicorne pr�sente deux ut�rus se soudant entre eux, mais dont les extr�mit�s, les cornes, restent libres ;</p><p>� la disposition simplex pr�sente un ut�rus form� d�une seule cavit�, dans laquelle d�bouchent les deux trompes.</p><p>downloadModeText.vue.download 111 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11322</p><p>C�est le cas des Primates (Hominiens et Simiens). L�ut�rus est alors piriforme.</p><p>�volution cyclique de la</p><p>structure ut�rine</p><p>La masse de l�ut�rus constitue un muscle puissant, comportant une</p><p>couche �paisse de fibres lisses, appel�e myom�tre. L�int�rieur de cet organe se trouve tapiss� d�un tissu conjonctif recouvert d�un endoth�lium appel� endom�tre, dont la structure est variable avec la p�riode du cycle ovarien.</p><p>En effet, l�appareil g�nital des Mammif�res subit de profondes modifications cycliques, qui d�pendent des s�-</p><p>cr�tions hormonales de l�ovaire et qui int�ressent surtout l�ut�rus.</p><p>Le cycle ovarien comprend deux</p><p>phases, qui sont s�par�es par la � ponte ovulaire � (v. oestral [cycle]).</p><p>La premi�re phase est la phase folli-culaire. Pendant cette p�riode, l�ut�rus a augment� de dimensions, ainsi que l��paisseur de l�endom�tre, et l��pith�-</p><p>lium s�est enfonc� en profondeur pour former des glandes s�cr�trices � mucus, ayant l�aspect d�un doigt de gant.</p><p>Pendant la seconde phase du cycle ovarien, ou phase lut�inique, la progest�rone provoque le d�veloppement de l�endom�tre et donne la � dentelle endom�trale � (� la surface de la paroi</p><p>interne de l�ut�rus). Cette dentelle endom�trale est abondamment irrigu�e par des art�res spiral�es. Une telle structure pr�pare la muqueuse ut�rine des Mammif�res � la nidation de l�oeuf.</p><p>Nidation et placentation</p><p>L�oeuf arriv� sur la paroi de l�ut�rus se trouve, en effet, entour� par la prolif�-</p><p>ration de la dentelle ut�rine. Bient�t, il se forme un organe mi-maternel, mi-foetal qui met en rapport intime l�oeuf f�cond� avec l�ut�rus : c�est le placenta. Cet organe affecte des formes diff�rentes suivant les esp�ces. Par exemple, celui de la Jument et de la Truie est simple et diffus, c�est-�-dire que toute la surface de contact entre la m�re et le foetus repr�sente une surface placentaire. Celui de la Chienne et de la Chatte, quoique simple aussi, diff�re de celui des esp�ces pr�c�dentes en ce qu�il est localis� en bandes circulaires enroul�es autour de l�embryon. La Vache et la Brebis ont la particularit� d�avoir un placenta cotyl�donaire, dans lequel la surface placentaire affecte la forme de disques multiples s�par�s par des espaces non placentaires.</p><p>Mais, si la f�condation n�a pas eu lieu pendant la pr�sence du corps jaune, l�ut�rus reprend son aspect normal : la dentelle endom�trale s��croule, et les d�bris en sont expuls�s. Ce ph�nom�ne se rencontre chez tous les Primates, mais il est moins net chez les autres Mammif�res ; il s�appelle la menstruation. Il entra�ne une h�morragie plus ou moins abondante, qui dure de quatre � cinq jours.</p><p>Celle-ci marque la fin du cycle ovarien. L�ut�rus reprend alors son aspect normal.</p><p>Parturition</p><p>L�ut�rus joue un grand r�le lors de la parturition. C�est ainsi qu�il produit une hormone, la relaxine, qui favorise le rel�chement du ligament de la sym-physe pubienne. Les ligaments ilio-sa-cr�s se rel�chant aussi, le bassin prend une certaine ind�pendance par rapport au sacrum, et la fili�re maternelle s��largit, rendant la mise bas beaucoup plus facile.</p><p>� la fin de la gestation, la portion musculaire de l�ut�rus est devenue de plus en plus sensible � une hormone s�cr�t�e par la neurohypophyse, l�ocy-tocine, qui facilite la contraction de l�ut�rus lors de la parturition. Mais ce qui para�t surtout avoir pour effet de pr�parer l�ut�rus � la parturition, ce sont les proportions relatives de progest�rone et de folliculine qui sont d�vers�es dans la circulation g�n�rale.</p><p>Au moment de la parturition, le syst�me nerveux de l�ut�rus proprement dit entre en action sous l�effet des hormones. (En effet, la section de la moelle �pini�re n�entrave pas l�accouchement.) Le col de l�ut�rus se dilate, puis la puissante musculature ut�rine, plus d�velopp�e dans le fond de l�organe que vers le col, se contracte en d�-</p><p>butant par le fond, ce qui favorise l�expulsion du foetus. D�s que l�ouverture du canal est compl�te, les contractions se r�p�tent (toutes les deux minutes � peu pr�s chez la Vache). La pression exerc�e alors sur un foetus bovin peut atteindre 170 mm de mercure correspondant � une pouss�e de plus de 15 kg par centim�tre carr�.</p><p>L�expulsion des annexes foetales se produit apr�s l�accouchement et dure de une � huit heures chez la Vache et la Brebis, et de une � trois heures chez la Jument. L�ut�rus vid� de son contenu reprend alors sa forme et sa dimension primitives, et restaure son endom�tre.</p><p>Sa structure normale est r�tablie au bout de vingt-cinq jours chez la Jument, de trente jours chez la Vache et la Brebis. La plupart des femelles des animaux sauvages mangent l�arri�re-faix, c�est-�-dire le placenta foetal et les annexes embryonnaires.</p><p>P. B.</p><p>�pith�lium cylindrique cili�, � une seule couche de cellules, s�invagi-nant en tubes glandulaires.</p><p>L�ut�rus de la femme</p><p>Muscle creux en forme de poire,</p><p>l�ut�rus est situ� dans le petit bassin et constitue avec les trompes, les ovaires et le vagin, les organes g�ni-</p><p>taux internes de la femme.</p><p>Son r�le est de recueillir l�oeuf f�cond� et d�assurer la gestation. En l�absence de f�condation, le renouvellement de la muqueuse ut�rine</p><p>correspond � la fonction de mens-</p><p>truation (les r�gles).</p><p>L�ut�rus se forme, chez l�em-</p><p>bryon femelle, par l�accolement des deux canaux de M�ller, suivi de la r�sorption de la cloison interne.</p><p>Anatomie</p><p>On distingue � l�ut�rus trois parties : le corps ut�rin, triangulaire, aplati, dont les angles se continuent par les trompes ; le col ut�rin, cylindrique, �troit, faisant saillie dans le vagin, sous le nom de � museau de tanche � ; l�isthme, qui unit le col et le corps.</p><p>L�ut�rus est reli� aux parois du</p><p>bassin par les ligaments larges, les ligaments ronds et les ligaments</p><p>ut�ro-sacr�s. Normalement, il est bascul� en avant par rapport au</p><p>vagin (ant�version) et pli� en avant (ant�flexion).</p><p>Sa paroi, �paisse de pr�s de 1 cm, est constitu�e de trois tuniques : la tunique s�reuse, p�riton�ale, qui recouvre tous les organes abdominaux ; la tunique musculaire, ou</p><p>myom�tre, faite de deux couches</p><p>longitudinales s�par�es par une</p><p>couche circulaire ; la tunique muqueuse, ou endom�tre, faite d�un</p><p>Cette muqueuse, sous la d�pen-</p><p>dance de la fluctuation des hor-</p><p>mones ovariennes, est en constant remaniement : prolif�ration sous</p><p>l�action des oestrog�nes, apr�s la menstruation ; s�cr�tion sous l�action de la progest�rone, apr�s l�ovulation. C�est elle qui desquame, si la f�condation n�a pas eu lieu, pour donner les r�gles. Si la f�condation a eu lieu, elle persiste et se transforme en caduque pour assurer la nidation de l�oeuf. La biopsie de l�endom�tre est une exploration essentielle en gyn�cologie ; pratiqu�e en dehors de la grossesse, elle permet de pr�-</p><p>ciser quelles influences hormonales</p><p>a subies l�ut�rus.</p><p>Pathologie</p><p>y Malformations cong�nitales.</p><p>Elles sont dues � une anomalie</p><p>dans le fusionnement des canaux</p><p>de M�ller, lors de l�embryoge-</p><p>n�se. L�ut�rus peut �tre : double, ou didelphe, en cas de non-accol-lement ; cloisonn�, en cas de non-r�sorption de la cloison ; unicorne, en cas d�ag�n�sie d�un canal de</p><p>M�ller. Ces anomalies peuvent �tre la cause de dysm�norrh�e (r�gles</p><p>douloureuses, anormales), de st�rilit�, d�avortements � r�p�tition ou de pr�sentation anormale du foetus lors de l�accouchement.</p><p>y Anomalies de position. L�ut�-</p><p>rus, organe relativement mobile,</p><p>est susceptible de positions anormales, cong�nitales ou acquises. Il peut s�agir de d�viations en arri�re (r�troversion), de d�viations en</p><p>avant (ant�version exag�r�e) ou</p><p>d�une descente de l�ut�rus (prolapsus), souvent accompagn�e d�une</p><p>downloadModeText.vue.download 112 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11323</p><p>chute des parois vaginales (col-</p><p>poc�le), qui entra�ne � son tour</p><p>la vessie (cystoc�le) ou le rectum (rectoc�le).</p><p>y Infections de l�ut�rus. Elles</p><p>constituent les m�trites. En fait, l�infection est le plus souvent limit�e � l�endom�tre et constitue une endom�trite. L�endom�trite peut</p><p>�tre tuberculeuse ou � germes ba-</p><p>nals ; dans ce cas, elle succ�de � un accouchement ou � un avortement.</p><p>La pr�sence de pus dans la cavit� ut�rine constitue une pyom�trie</p><p>et s�observe en g�n�ral comme</p><p>une complication d�une affection</p><p>ut�rine pr�existante (fibrome ou</p><p>cancer).</p><p>L�infection peut �tre �galement</p><p>limit�e au col de l�ut�rus et constitue alors une cervicite (exocervicite et endocervicite).</p><p>y Tumeurs de l�ut�rus. Elles peuvent �tre b�nignes ou malignes.</p><p>Les tumeurs b�nignes se dis-</p><p>tinguent en fibromyomes, ou fi-</p><p>bromes*, et en polypes. Les polypes peuvent �tre fibreux, muqueux ou</p><p>d�origine placentaire.</p><p>Les tumeurs malignes sont repr�-</p><p>sent�es par les cancers du col et du corps de l�ut�rus.</p><p>Le cancer du col de l�ut�rus est</p><p>le plus fr�quent des cancers de la femme, mais l�un des plus curables en raison de son accessibilit�. Il ne se manifeste au d�but que par des pertes sanglantes anormales en dehors des r�gles et sans aucune douleur. Le diagnostic en est assur� par les examens cytologiques et par la biopsie du col.</p><p>Le cancer du corps de l�ut�rus</p><p>est un cancer de la femme apr�s la m�nopause. Peu �volutif, il reste longtemps circonscrit � l�int�rieur de l�ut�rus. Comme le pr�c�dent, il se r�v�le par des pertes sanglantes anormales.</p><p>La prophylaxie de ces cancers</p><p>peut �tre assur�e par une sur-</p><p>veillance gyn�cologique rigoureuse et la pratique de frottis vaginaux de d�pistage tous les ans � partir de la quarantaine.</p><p>Le traitement des cancers de l�ut�-</p><p>rus fait appel � la physioth�rapie (radium et rayons X) et � la chirurgie (hyst�rectomie totale [ablation de l�ut�rus] simple ou compl�t�e par l�ablation des ganglions et des tissus cellulaires pelviens [intervention de Wertheim]).</p><p>Ph. C.</p><p>F Accouchement / F�condation / G�nital /</p><p>Menstruation / OEstral (cycle).</p><p>&amp; J. Salvanet, Gyn�cologie, t. V : les Affections de la vulve, du vagin et de l�ut�rus (Heures de France, 1958). / J. Huguier et G. Cerbonnet, Chirurgie de l�ut�rus (Masson, 1961).</p><p>utopie</p><p>Construction rigoureuse dans l�imaginaire collectif.</p><p>Recherche d�une</p><p>d�finition</p><p>L�homme a toujours cherch� �</p><p>conna�tre l�avenir de son esp�ce et � le ma�triser. La tendance utopique est donc une dimension de son humanit�, et, parmi les innombrables d�finitions possibles de l�homme, celle d�� animal utopicum � n�est sans doute pas la plus mauvaise. C�est peut-�tre aussi l�un des crit�res distinctifs entre le � civilis� � et ceux qu�� l��poque de L�vy-Bruhl* on avait le tort de d�signer par le terme de primitifs. Chose curieuse, l��pith�te d�utopiste, porteur d�une partie de la dignit� de l�homme et de l�autosatisfaction du civilis�, appara�t de prime abord charg� d�une connotation p�jorative ou, � tout le moins, ironique : traiter quelqu�un d�utopiste n�a, on le sait, rien d�un compliment.</p><p>Nous avons l� une le�on de modestie inscrite dans les structures du langage.</p><p>Or, cette ambigu�t� n�est pas la cons�-</p><p>quence d�une d�finition boiteuse visant une donn�e mal d�limit�e ou peu homog�ne ; elle traduit l�essence d�une donn�e anthropologique � cheval sur la psychologie individuelle et l�histo-ricit� de l�esp�ce. L�homme historique vise volontiers l�infini, l�impossible : voil� un aspect de son humanit� ; mais l�homme individuel, qui poursuit syst�-</p><p>matiquement l�impossible, risque de se trouver sur le chemin de la folie.</p><p>Pour Fran�ois Laplantine, l�utopie est � la construction math�matique, logique et rigoureuse d�une cit� parfaite soumise aux imp�ratifs d�une planification absolue qui a tout pr�vu d�avance et ne tol�re pas la moindre faille et la moindre remise en question. L�utopie est synonyme de totalitarisme. Le diagnostic ethnopsychiatrique qui peut �tre port� sur l�utopie est celui du rationalisme d�vitalisant, de l�aptitude morbide � la st�r�otypie et � l�abstraction et de la schizophr�nie politique � (les Trois Voix de l�imaginaire, 1974). Jugement s�v�re, mais partiellement m�rit�, encore que l�assimilation de l�utopie au totalitarisme ne soit pas sans soulever des difficult�s.</p><p>En effet, le totalitarisme existe ; cette assimilation ampute donc la d�finition de l�utopie d�un crit�re essentiel et risque d�aboutir � une absorption, sans r�ciprocit�, du premier concept par le second. De plus, l�utopie n�est pas uniquement projet d�r�aliste ; elle est aussi, d�apr�s Ernst Bloch, principe d�espoir et ferment d�action. Sans la recherche � utopique � de la pierre philosophale nous n�aurions peut-�tre jamais eu la chimie moderne. Le titre d�un ouvrage de Ren� Dumont (l�Utopie ou la Mort, 1973) refl�te bien cette</p><p>� ambigu�t� dynamique � de l�utopie, qui n�est pas sans rappeler la dialectique de l��tre absolu et du n�ant absolu chez Hegel, se r�solvant dans le devenir ; il faut parfois savoir vouloir l�impossible lib�rateur pour �chapper � la certitude r�sign�e.</p><p>Dans � l�Utopie ou la Raison dans l�imaginaire � (Esprit, avr. 1974), Jean-Marie Domenach dresse la liste non close des gloses antith�tiques qui, au cours des si�cles, se sont accumul�es au sujet de l�utopie.</p><p>Dans la mesure o� l�ambigu�t� ainsi d�crite constitue pr�cis�ment l�essence m�me de l�utopie, on peut ne pas �tre d�accord avec la conclusion de Domenach : � Il n�existe pas une essence de l�utopie. �</p><p>C�est donc en fonction de cette ambigu�t� fondamentale de l�utopie que l�on tentera de d�finir ce concept par rapport � l�id�ologie*, au messianisme (v. mill�narisme), � la contre-utopie et � la futurologie. Reprenant une suggestion terminologique formul�e il y a longtemps (1946) par l�auteur de ces lignes, on peut distinguer un concept subr�aliste de l�utopie (r�verie au-tiste visant un but irr�alisable) de son concept surr�aliste (ferment d�action et principe d�espoir). Mais il s�agit l� de deux dimensions � la fois compl�mentaires et contradictoires d�une totalit� dialectique unique, sinon homog�ne.</p><p>� Id�ologie et utopie �</p><p>C�est le titre d�un ouvrage c�l�bre de Karl Mannheim (1893-1947) paru en Allemagne en 1929. Dans l�ambiance intellectuelle charg�e de tension des</p><p>derni�res ann�es de la r�publique de Weimar, la publication de cet ouvrage a �t� un �v�nement. Une traduction tronqu�e et peu fid�le l�a priv� en France et dans les pays anglo-saxons de l�audience qu�il aurait m�rit�e.</p><p>Mannheim voit la parent� de l�utopie et de l�id�ologie dans le fait que celles-ci sont l�une et l�autre transcendantes � l��tre. De plus, elles sont downloadModeText.vue.download 113 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11324</p><p>l�une comme l�autre tributaires d�une conscience fausse. Cette notion de fausse conscience utopique est importante, mais elle est aussi source de difficult�s. La diff�rence entre id�ologie et utopie r�side, selon Mannheim, dans le fait que l�id�ologie est investie d�une fonction conservatrice, alors que l�utopie serait plut�t r�volutionnaire. Ainsi, Mannheim tombe dans l�erreur diam�tralement oppos�e � celle que l�on a cru pouvoir critiquer dans l�ouvrage de Fran�ois Laplantine : il ne voit que l�aspect positif, surr�aliste (� historiog�ne �) de l�utopie et n�glige son aspect artificiel et d�vitalisant.</p><p>Mais, dans l�optique de cette conception, la notion de fausse conscience utopique risque de ne signifier plus grand-chose, alors qu�elle se recoupe spontan�ment avec celle de schizophr�nie politique signal�e par Fran�ois Laplantine. En effet, l�utopie, selon Mannheim, nous appara�t comme un</p><p>facteur de d�sali�nation plut�t que comme un facteur d�ali�nation.</p><p>Utopie et messianisme</p><p>Le messianisme peut �tre d�fini comme la � riposte contre-acculturative � d�une soci�t� traditionnelle qui transforme son d�sespoir en espoir gr�ce � l�insertion dans une structure religieuse ; c�est une � logique de l�attente � fond�e sur l�espoir mill�nariste. Dans l�optique de ce que l�on a d�sign� par l�expression concept subr�aliste de l�utopie, le messianisme est l�oppos� de l�utopie.</p><p>Tous deux s�opposent l�un � l�autre</p><p>comme la vie s�oppose � la mort. Une fois de plus, il convient de nuancer.</p><p>Les recherches de Georges Devereux montrent les implications psychopa-thologiques de l�attente messianique.</p><p>Messianisme et utopie ont en commun leur � blocage d�lirant de la fonction temporelle et historico-conflictuelle de notre exp�rience � (les Trois Voix de l�imaginaire). Dans l�optique d�un concept global de l�utopie (embrassant � la fois ses aspects n�gatifs et ses aspects positifs), la diff�rence entre utopie et messianisme s�estompe : l�utopie peut �tre consid�r�e comme le messianisme des contextes �volu�s ; le messianisme comme l�utopie des contextes archa�ques et postarcha�ques.</p><p>La contre-utopie</p><p>La contre-utopie est un genre int�ressant, mais dont la d�finition n�est pas non plus exempte d��quivoque. Si l�on r�serve le qualificatif d�utopie aux seules constructions d�vitalisantes et d�personnalisantes, alors tout projet fond� sur la libert� m�rite le qualificatif de contre-utopie, non seulement l�abbaye de Th�l�me, mais aussi les projets d�un Fourier, voire d�un Thomas More. M�me du point de vue purement philologique, le terme d�anti-utopie semblerait plus ad�quat ici. Il faut, en tout cas, distinguer ces projets optimistes, qui expriment peut-�tre la nostalgie de la cit� traditionnelle, de ces tableaux plus sombres, qui veulent �tre � la fois une caricature et une mise en garde, comme 1984 de George Orwell.</p><p>C�est � ces derniers qu�on peut r�server le terme de contre-utopie.</p><p>La contre-utopie est int�ressante � plusieurs titres. En tant que caricature, elle accentue les traits schizophr�niques normaux des constructions utopiques : rationalisme morbide</p><p>(r�ification), anhistorisme, planisme.</p><p>Elle est une critique de l�avenir, comme l�utopie normale est celle du pr�sent. C�est l�expression d�une antinostalgie. Paraphrasant le terme de Mannheim, difficile � traduire, de seinsprengend, disons que la contre-utopie est zukunftsprengend (fait �clater l�avenir). Si l�utopiste est souvent un fanatique, le contre-utopiste est</p><p>avant tout un lucide. L�utopie ressortit � une forme de fausse conscience ; la contre-utopie est, quant � elle, toujours tributaire d�une volont� de d�mystification (d�sali�nation). Tout oppose donc l�utopiste au contre-utopiste, sauf le fait purement formel de d�crire une soci�t� imaginaire. Enfin, dans la mesure o� cette description s�appuie sur une analyse scientifique des tendances objectives � c�est le cas de 1984, qui contient tout un chapitre de tr�s authentique sociologie politique</p><p>�, la contre-utopie devient synonyme de futurologie.</p><p>Utopie et futurologie</p><p>La futurologie est une discipline jeune et, de ce fait, encore d�pourvue de statut pr�cis. En principe, ses limites du c�t� de l�utopie sont clairement d�finies, et le danger de confusion est minime. L�utopie est l�expression d�un espoir ou d�une crainte ; la futurologie s�appuie sur la constatation d�une tendance. Elle tend, de nos jours, � s�articuler avec l��cologie et fait siens, avec une urgence accrue, certains th�mes du vieux pessimisme culturel. Nous avons vu cependant la futurologie co�ncider avec la contre-utopie, lorsque cette derni�re pr�tend s�appuyer sur une downloadModeText.vue.download 114 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11325</p><p>analyse tendancielle objective. Un ouvrage comme celui de Ren� Dumont, que son titre classerait parmi les utopies, ressortit au moins autant � une futurologie pessimiste. L�une des questions vitales du marxisme* contemporain est peut-�tre la part respective des composantes utopique et futurologique dans ses pr�visions. On se demande, en effet, si, en sous-estimant l�importance du facteur �cologique � notamment dans sa pol�mique contre Malthus �, Marx ne s�est pas class� dans une certaine mesure parmi les utopistes.</p><p>On voit donc toute la difficult�</p><p>d�aboutir � une d�finition satisfaisante.</p><p>La formule qui tienne le mieux compte de l�ambigu�t� du concept � ambigu�t� due � sa situation � cheval sur</p><p>la sociologie et la psychologie � est peut-�tre la suivante : l�utopisme est une donn�e psychosociologique traduisant cette tendance � faustienne � de l�homme qui consiste � vouloir transcender les limites du possible (un � jeu avec des possibles lat�raux �, selon l�expression de Raymond Ruyer). �</p><p>l��chelle individuelle, il est souvent un facteur de d�sadaptation ; � l��chelle historique, il est, semble-t-il, facteur de progr�s. Cette situation n�est pas sans rappeler celle de la d�viance : un d�viant individuel se marginalise par rapport � son milieu ; une soci�t� sans d�viance � l�Empire inca en offre un exemple historique presque parfait �</p><p>risque d��tre une soci�t� fig�e.</p><p>Esquisse d�une</p><p>typologie historique</p><p>On proposera la typologie provisoire suivante : 1o utopie aristocratique (Platon*) ; 2o utopie humaniste-socialiste (Thomas* More) ; 3o utopie ferment d�action historique (Saint-Simon*) ; 4o utopie d�mystificatrice (Fourier*) ; 5o contre-utopie (George Orwell) ; 6o utopies r�alis�es (�tat des J�suites au Paraguay*, Empire inca*). Cette typologie offre aussi une esquisse historique qui, dans les cadres restreints du pr�sent article, ne peut �tre que sommaire.</p><p>Platon ou l�utopie aristocratique L�utopie platonicienne, selon Ernst Bloch, n�est gu�re que � le r�ve de l��tat dorique � (Sparte) et est � � la fois profond�ment pens�e et essentiellement r�actionnaire � (Freiheit und Ordnung. Abriss der Sozial-Utopien, 1946). Le mod�le avou� de l�auteur de la R�publique a �t� la psychologie humaine telle qu�on la concevait � l��poque. Le sch�ma platonicien n�est, apr�s tout, pas tellement �loign� des premiers sch�mas freudiens, et sa r�f�-</p><p>rence historique r�elle est sans doute cette Sparte victorieuse qui exer�ait sur les esprits de l��poque une fascination qui n�est pas sans rappeler le prona-zisme de certains milieux intellectuels occidentaux aux heures de gloire de Hitler. L�extr�me tension de classes en Attique apr�s la d�faite �veille un besoin d�autorit� ; la triomphante R�pu-</p><p>blique dorienne offre un mod�le politique. Selon Raymond Ruyer (l�Utopie et les utopies, 1950), Platon n�est peut-</p><p>�tre pas un utopiste conscient ; pour le p�re de l�id�alisme, � la R�publique est l��tat vrai de m�me que le triangle du g�om�tre est le triangle vrai [...] �.</p><p>Mais elle a � les caract�res internes de l�utopie [...] dirigisme, asc�tisme, absence d�une technique de r�alisation, acad�misme, statisme �. L�utopie platonicienne � dit encore Ruyer � n�est pas humaniste, mais th�ologienne. Platon, penseur politique, reste un aristocrate et un id�aliste.</p><p>Un th�oricien moderne</p><p>de l�utopie :</p><p>Ernst Bloch</p><p>Ernst Bloch na�t � Ludwigshafen en 1885. Tr�s jeune, il adh�re au socialisme.</p><p>Il s�enfuit en Suisse en 1915, o� il travaille � la r�daction d�un journal satirique dirig� contre le militarisme prussien. De retour en Allemagne, il publie Geist der Utopie (1918), puis sa th�se Thomas M�nzer als Theologe der Revolution (1922). Sa lutte politique prend le sens d�une violente protestation antinazie, et il doit prendre le chemin de l�exil apr�s Erbschaft dieser Zeit (1935), recueil de ses articles pol�-</p><p>miques. Puis il gagne les �tats-Unis, o� il cr�e � New York, avec B. Brecht et Thomas Mann, une maison d��dition, Aurora Ver-lag. Apr�s la fin de la Seconde Guerre mondiale, il refuse avec �clat une chaire � l�universit� Goethe de Francfort pour revenir en R�publique d�mocratique allemande en 1949 ; il occupe une chaire de philosophie � l�universit� Karl-Marx de Leipzig. Il publie alors son oeuvre la plus importante, Das Prinzip Hoffnung (� le Principe esp�-</p><p>rance �) [3 vol. ; 1954-1956], proc�de � une deuxi�me �dition de son histoire du droit, Abriss der sozialen Utopien (d�j� paru en 1946 � New York, et qui repara�tra en 1961</p><p>� Francfort sous le titre Naturrecht und menschliche W�rde). Il est alors accus� de r�visionnisme en 1957, puis de corruption de la jeunesse en 1959. En 1961, il refuse de revenir en Allemagne de l�Est, puis est charg� d�un cours � l�universit� de T�bingen. Le probl�me de sociologie auquel il a consacr� le plus d�efforts est la question des croyances. Dans une perspective marxiste et contre l�orthodoxie stalinienne, il montre qu�il y a toujours des � utopies �</p><p>et qu�elles sont n�cessaires. Loin d��tre une ali�nation, l�utopie sociale est une prise de conscience r�flexive de l�homme, et lui donne une vue globale de l�histoire.</p><p>Elle a une fonction sociale pr�cise, qui, aujourd�hui, par exemple, se traduit par la notion de planification.</p><p>D. C.</p><p>L�utopie lib�rale et humanitaire</p><p>de Thomas More</p><p>Elle �chappe � la critique pr�c�dente.</p><p>Le chancelier d�Henri VIII est un sociologue, presque un mat�rialiste historique. Aucun sociologue marxiste ou durkheimien ne saurait r�cuser son analyse brillante des causes de criminalit�. Comme criminologue, cet homme du XVIe s. est infiniment plus moderne qu�un Lombroso, sans parler de ces constitutionnalistes allemands (Lange-Eichbaum, etc.), dont le racisme aura tir� tant de profit. Aucun marxiste ne r�cuserait non plus sa d�monstration de la possibilit� d�une journ�e de travail de six heures, alors qu�un Robert Owen*, au d�but du XIXe s., n�ose pas aller en de�� d�une journ�e de travail de dix heures. Aussi bien Thomas More est-il adopt� par un certain marxisme contemporain comme un � classique du peuple � ; sa vie h�ro�que n�est certes pas �trang�re � cette adoption. Mais la lucidit� est parfois un don dangereux.</p><p>Que penser de la permanence de l�esclavage dans l�utopie (cet esclavage est aliment� par la criminalit�, mais aussi par les guerres) ? Que penser de la distinction emprunt�e � saint Thomas d�Aquin entre guerres justes et guerres injustes (les premi�res n��tant pas obligatoirement et par d�finition des guerres d�fensives), distinction qui sera reprise de nos jours par des id�ologies en principe peu tributaires de la tradition thomiste ? Que penser surtout de l��trange �thique guerri�re des utopiens ? Ceux-ci n�ignorent rien � sauf le nom � de l�utilit� des cinqui�mes colonnes et de l�usage de la cavalerie de Saint-Georges. � Ils r�compensent de la plus g�n�reuse gratitude ceux qu�ils poussent au milieu des dangers de la trahison ; et ils ont soin que la grandeur du p�ril soit largement compens�e par la magnificence du bienfait. C�est pourquoi ils promettent aux</p><p>tra�tres non seulement d�immenses sommes d�argent, mais encore la propri�t� perp�tuelle de terres d�un gros revenu, situ�es en lieu s�r chez leurs alli�s. Et ils tiennent fid�lement parole [...] Jamais ils ne maltraitent un homme sans armes, � moins qu�il ne soit espion. Ils conservent les villes qui se rendent et ne livrent pas au pillage celles qu�ils prennent d�assaut. Seulement, ils tuent les principaux chefs qui ont mis obstacle � la reddition de la place, et ils condamnent � l�esclavage le reste de ceux qui ont soutenu le si�ge. Quant � la foule, indiff�rente et paisible, il ne lui est fait aucun mal.</p><p>S�ils apprennent qu�un ou plusieurs assi�g�s aient conseill� la capitulation, ils leur donnent une part des biens des condamn�s ; l�autre part est pour les troupes auxiliaires. Eux ne prennent rien du butin. � Passage �trange ! Le Moyen �ge encore tout proche n�ap-pr�ciait pas tellement le tra�tre et il ho-norait le chef ennemi captif ; le modernisme de Thomas More nous choque, et l�on h�site � lui d�livrer un brevet de progr�s. Que penser enfin de son �trange justification du colonialisme ?</p><p>� La colonie se gouverne d�apr�s les lois utopiennes et appelle � soi les naturels qui veulent partager ses travaux et son genre de vie. Si les colons rencontrent un peuple qui accepte leurs institutions et leurs moeurs, ils forment avec lui une m�me communaut� sociale, et cette union est profitable � tous. Car, en vivant tous ainsi � l�utopienne, ils font qu�une terre, autrefois ingrate et st�rile pour un peuple, devient productive et f�conde pour deux peuples � la fois. Mais, si les colons rencontrent une nation qui repousse les lois de l�Utopie, ils chassent cette nation de l��tendue du pays qu�ils veulent coloniser et, s�il le faut, ils emploient la force des armes. Dans leurs principes, la guerre la plus juste et la plus raisonnable est celle que l�on fait � un peuple qui poss�de d�immenses terrains en friche et qui les garde comme du vide et du n�ant, surtout quand ce peuple en interdit la possession et l�usage � ceux qui viennent y travailler et s�y nourrir, suivant le droit imprescriptible de la nature. � L�utopiste vire ici au futurologue ; la justesse de certaines de ces pr�visions donne le frisson. Face � une telle lucidit�, ce sont Marx et Engels</p><p>qui, malgr� leur immense appareillage scientifique, font figure d�utopistes na�fs.</p><p>Saint-Simon et l�utopie active</p><p>Certaines utopies, tout en visant un but irr�alisable, ont puissamment contribu� au progr�s social ou scientifique, un peu en vertu du m�canisme d�crit dans la fameuse fable sur le laboureur et ses enfants. Cette cat�gorie est assez importante pour �tre personnalis�e ; on pourrait l�appeler utopie historiog�ne en utilisant un n�ologisme peu esth�-</p><p>tique mais utile, con�u selon le mod�le de pathog�ne.</p><p>C�est dans ce sens que le saint-simonisme peut �tre qualifi� d�utopie. Les saint-simoniens attendaient du progr�s downloadModeText.vue.download 115 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11326</p><p>des techniques et des sciences la solution des grands probl�mes de l�humanit�. Nous dirions, aujourd�hui, qu�ils croyaient en la vertu d�sali�nante de la technologie. Cet espoir se r�v�la utopique, mais cette utopie n�en a pas moins donn� une impulsion � l�industrie. Le marxisme, qui s�est distanc� du saint-simonisme apr�s en avoir re�u de nombreuses et importantes suggestions, s�en est rapproch� de nouveau sous L�nine et ses successeurs ; il en est de m�me de nombreux leaders</p><p>politiques du tiers monde. � Au temps de l�atome nous sommes tous plus ou moins des saint-simoniens �, dit Fran-</p><p>�ois Perroux.</p><p>Fourier et l�utopie de</p><p>d�mystification</p><p>On h�site � classer Fourier dans la m�me cat�gorie ; l�int�r�t et la s�duction de sa personne et de son oeuvre se situent ailleurs. Le mod�le qu�il propose pour le changement social est un mod�le irr�alisable, entach� de ce g�o-m�trisme et rationalisme (morbides) caract�ristiques des constructions utopiques ; Fourier �tait d�ailleurs lui-m�me un d�sadapt� schizo�de. Peu d��crivains �galent cependant sa luci-</p><p>dit� dans le d�masquage des tabous et des hypocrisies de la soci�t�, du tabou sexuel en tout premier lieu. Cette lucidit� fait de Fourier le grand pr�curseur d�un W. Reich et d�un Marcuse.</p><p>Aussi bien son actualit� ne le c�de en rien � celle de Saint-Simon ; si certains marxistes et certains leaders du tiers monde � les � technophiles � dont parle Abdallah Laroui � sont en fait des saint-simoniens qui s�ignorent, les contestataires des soci�t�s avanc�es ne font nulle difficult� � se reconna�tre dans cet iconoclaste.</p><p>Orwell et la contre-utopie</p><p>Le concept de contre-utopie n�est pas encore d�fini de fa�on unanime. Il importe de distinguer l�anti-utopie, image nostalgique d�une soci�t� sans contrainte, de la contre-utopie, pr�vision pessimiste doubl�e d�une mise en garde. Nous avons vu plus haut la parent� avec une certaine forme de futurologie. Celle qui la lie � l�utopie de d�mystification est indirecte, mais non moins r�elle. Entre Fourier qui pr�ne la libert� du sexe et Orwell qui d�nonce sa r�pression dans les cadres du totalitarisme � venir, on discerne ais�ment la communaut� d�une intention d�sali�nante.</p><p>George Orwell (1903-1950) est en</p><p>effet le ma�tre de ce genre, qui comprend aussi le Meilleur des mondes (1932) d�Aldous Huxley*, de m�me</p><p>que certains chapitres du Gulliver de Jonathan Swift*. C�est donc un genre bien britannique, qui utilise volontiers les ressources de l�humour. Il serait injuste, cependant, d�oublier un pr�curseur russe d�Orwell, Zamiatine*, sans parler d�Aristophane*, dont la pi�ce l�Assembl�e des femmes est sinon le mod�le, du moins l�une des premi�res manifestations de ce genre. La question insoluble de savoir si le grand comique ath�nien voulait d�noncer, mettre en garde ou tout simplement amuser son public doit �tre naturellement mise entre parenth�ses ici.</p><p>1984 (publi� en 1949) est le tableau peu idyllique d�une Grande-Bretagne</p><p>� socialiste �. C�est une soci�t� hi�rarchis�e comportant un � parti int�rieur �</p><p>(dirigeants), un � parti ext�rieur � (ex�-</p><p>cutants), le prol�tariat, des esclaves et, enfin, un univers concentrationnaire.</p><p>Le conformisme intellectuel et moral est total ; le puritanisme sexuel l�est �galement. Pas de mariages d�amour ; c�est le parti qui choisit les couples en fonction de ses propres crit�res.</p><p>L�amour libre et m�me l�� amour �</p><p>v�nal sont r�prim�s ; une � ligue contre le sexe � d�ploie une propagande incessante en faveur de la � puret� �. Mais ce puritanisme ne vise que le parti ext�-</p><p>rieur ; les membres du parti int�rieur ne semblent pas d�daigner les plaisirs de l�existence ; quant au prol�tariat, sous-aliment�, surexploit� et m�pris�, il a droit non seulement � une sexualit� libre, mais aussi � une ration de por-nographie (!) fournie par le gouvernement en tant qu�opium du peuple. Cet univers totalitaire est aussi un univers schizophr�nique : la pens�e est dissoci�e (double-think), le langage est domin� par les n�ologismes (novlangue), la dimension temporelle de l�existence d�p�rit au profit de la dimension spatiale. Le remaniement constant du pass� en fonction des exigences variables du pr�sent (Orwell proc�de � une extrapolation sociologique des enseignements des premiers proc�s d��puration) aboutit � une suppression de l�histoire : l�univers d�Orwell vit donc dans un �ternel pr�sent o� le parti a toujours raison. C�est aussi un monde consciemment et volontairement anti-humaniste. Le h�ros du roman Winston Smith essaye de � retrouver l�histoire �</p><p>et en m�me temps de se repersonnaliser dans les cadres d�une liaison avec une jeune non-conformiste. Tentative condamn�e � l��chec et qui conduira le couple � la catastrophe. En somme, Orwell d�nonce avec une lucidit� sans faille cette donn�e fondamentale de toute pens�e totalitaire : l�horreur de la dialectique, dont l��limination de l�historicisme, d�une part, et le rejet de l�humanisme, de l�autre, sont deux aspects compl�mentaires. Ces traits se retrouvent mutatis mutandis dans la d�-</p><p>marche philosophique de l�un des principaux courants du marxisme fran�ais : l��cole de Louis Althusser.</p><p>Les utopies r�alis�es</p><p>Il y a enfin les utopies r�alis�es. On ne rangera pas dans cette cat�gorie para-</p><p>doxale, en apparence, les exp�riences communautaires dans le genre de celle de Robert Owen. En effet, ces exp�-</p><p>riences ont lieu avec le concours de protagonistes convaincus d�avance. Or, la vraie utopie compte plus sur les institutions pour transformer les hommes que sur les hommes pour transformer les institutions.</p><p>Le monachisme* est, ici, plus</p><p>int�ressant. Son existence dans des contextes religieux et sociaux �loign�s dans le temps et dans l�espace prouverait qu�il est l�expression d�une constante anthropologique, qui est peut-�tre la m�me que celle que traduit l�utopisme : d�sir d�uniformit�,</p><p>� peur de la libert� � (c�est le titre d�un ouvrage c�l�bre du psychanalyste Erich Fromm), d�sir d��ternit�, volont� d��chapper � l�histoire. Risquant une hypoth�se philosophique, on peut essayer de lier cette question � l��pist�-</p><p>mologie d��mile Meyerson (Identit� et r�alit�, 1907), qui discerne dans le</p><p>� cheminement de la pens�e � deux composantes : l�identification et l�intuition du divers, la premi�re �tant n�gatrice de l�histoire et, de fa�on g�n�rale, de la temporalit� dialectique, concr�te.</p><p>On peut consid�rer l�utopisme et le monachisme comme deux expressions diff�rentes mais apparent�es de cette tendance de l�esprit humain, et ce ind�pendamment du contenu proprement religieux du second. L�id�e d�un monachisme la�que n�a, d�ailleurs, rien d�absurde. Dans Demain, le Moyen</p><p>�ge (1972), Roberto Vacca propose la fondation de v�ritables monast�res la�ques destin�s � transmettre l�h�ritage culturel au-del� de ce nouveau Moyen �ge, dont le futurologue italien craint l�av�nement imminent.</p><p>C�est � ce contexte qu�appartient �galement l��tude des pratiques utopiques mineures, comme la f�te des fous de notre Moyen �ge ou encore les saturnales romaines. Ces pratiques assument une fonction d�sali�nante implicite, car elles mettent en �vidence le caract�re relatif (historique) des distinctions sociales que les id�ologies officielles du monde gr�co-romain (Aristote) n�avaient eu que trop tendance � percevoir de fa�on r�ifi�e. Elles s�apparentent donc, dans une certaine</p><p>mesure, aux utopies de d�mystification de type fouri�riste que nous avons envisag�es pr�c�demment. Mais elles peuvent jouer aussi le r�le d�opium du peuple, ce qui traduit bien la fonci�re ambigu�t� de l�utopisme.</p><p>Cependant, en dehors de ces exp�-</p><p>riences fugaces ou restreintes, l�histoire offre aussi des constructions durables � l��chelle �tatique, que l�on est en droit de consid�rer comme des utopies r�alis�es. La tragique exp�rience anabaptiste* (1534-35) de la ville de M�nster, qui a inspir� un roman historique � Marguerite Yourcenar, m�rite au moins une mention � d�faut d�une �tude approfondie impossible dans nos cadres restreints. Deux autres exp�riences plus durables ont retenu l�attention des sociologues : l��tat des J�suites au Paraguay et l�Empire inca, dont Louis Baudin, dans la Vie quotidienne au temps des derniers Incas (1955), a signal� les analogies avec l�utopie de Thomas More.</p><p>La tradition attribue � l�Inca Pachac�tec l�organisation de cet Empire ; v�ridique, cette tradition classerait ce souverain parmi les plus grands bras-seurs d�humanit� de l�histoire, aux c�t�s d�un Shi Huangdi (Che Houangti)</p><p>[que la Chine populaire vient de reconna�tre comme un pr�curseur] et d�un C�sar. L�oeuvre de Pachac�tec a fait couler beaucoup d�encre, et le d�bat est loin d��tre termin� : mod�le socialiste (L. Baudin), �tat totalitaire (R. Karsten), � moins que ce soit l�un et l�autre. C��tait, en tout cas, pour employer l�expression de Ren� Dumont, une � soci�t� de survie � destin�e � permettre la perp�tuation de l�esp�ce humaine dans des conditions naturelles et d�mographiques difficiles. C��tait aussi une soci�t� essentiellement hi�-</p><p>rarchique, � laquelle l�id�e d��galit� devait �tre proprement incompr�hensible. C��tait enfin � tous les t�moignages concordent sur ce point �</p><p>l�une des soci�t�s les moins f�ministes de toute l�histoire : la femme � et en particulier la femme du peuple �</p><p>s�y trouvait litt�ralement d�grad�e au rang d�objet. Il y r�gnait un ordre, une honn�tet� mat�rielle, un respect de la hi�rarchie qui font un peu penser � la Chine populaire. Nul ne souffrait de faim au P�rou, et le sort r�serv� aux</p><p>vieillards pouvait susciter la jalousie de leurs homologues europ�ens de</p><p>downloadModeText.vue.download 116 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11327</p><p>l��poque. Toutes les �nergies �taient au service de la productivit� ; m�me les aveugles �taient utilis�s pour des travaux appropri�s � leur �tat. Comme l��crit Louis Baudin : � [...] l�Indien du XVe s. tirait certains avantages de cette situation ; il lui devait un ordre, une assurance contre la famine et contre l�invasion, la tranquillit� de l�esprit, l�installation dans une totale passivit�.</p><p>Inutile de s�occuper d�autrui : l��tat se chargeait de tout, des vieillards et des incapables �, et le P. Cobo de noter qu�� il [l�Indien du P�rou] ignore la notion m�me de charit�, puisque l��tat est cens� s�occuper de tout �. Le P. Jos� de Acosta signale, de son c�t�, que � le P�ruvien est � la fois esclave et heureux � ; un si�cle plus tard, les j�suites du Paraguay offriront ce m�me</p><p>� bonheur � � leurs ouailles. On sent � l�oeuvre une constante anthropologique profonde, qui, sous d�autres cieux, a donn� le monachisme et, sur le plan clinique, la schizophr�nie*. � Vue avec les yeux de l�homme du XXe s., la vie quotidienne au temps des derniers Incas donne l�impression d�avoir �t� r�gl�e une fois pour toutes comme un m�canisme d�une attristante perfection. L�absolu et le d�finitif r�gnaient sans conteste. L�homme-masse n�avait rien � apprendre, rien � pr�voir, rien � d�sirer. Il n�y avait pour lui ni replie-ment int�rieur, ni rayonnement. L�Inca et son conseil constituaient, � eux seuls, le cerveau de cette immense-personnalit� collective. Tel appara�t l�Empire pour nous ; gigantesque, mais o� tout est localis�, moment grandiose, mais qui se r�p�tait identique � lui-m�me, r�ve r�alis� d�une immensit� sans �tendue et d�une dur�e sans succession.</p><p>Monotonie lassante et tristesse invincibles � (Louis Baudin).</p><p>Et l�on songe d�s lors aux paroles de Nicolas Berdiaev : � Les utopies sont r�alisables ; la question est de savoir comment emp�cher leur r�alisation. �</p><p>J. G.</p><p>&amp; E. Bloch, Geist der Utopie (Francfort, 1918 ; nouv. �d., 1964) ; Freiheit und Ordnung. Abriss der Sozialutopien (New York, 1946) ; Das Prinzip Hoffnung (Leipzig, 1954-1956, 3 vol. ; trad.</p><p>fr. le Principe Esp�rance, Gallimard, 1976, 2 vol.). / K. Mannheim, Ideologie und Utopie (Bonn, 1929, 4e �d., Francfort, 1965 ; trad. fr.</p><p>partielle Id�ologie et utopie, Rivi�re, 1965). /</p><p>S. R. Karsten, la Civilisation de l�Empire inca (en finlandais, Helsinki, 1938 ; trad. fr., Payot, 1972). / R. Ruyer, l�Utopie et les utopies (P. U. F., 1950). / L. Baudin, la Vie quotidienne au temps des derniers Incas (Hachette, 1955 ; nouv. �d., 1963). / G. Duveau, Sociologie de l�utopie et autres � essais � (P. U. F., 1961). / M. Haubert, la Vie quotidienne au Paraguay sous les J�suites (Hachette, 1967). / A. Laroui, l�Id�ologie arabe contemporaine (Maspero, 1967). / J. Servier, Histoire de l�utopie (Gallimard, 1967). / C. Rihs, les Philosophes utopistes. Le mythe de la cit� communautaire en France au XVIIIe si�cle (Ri-vi�re, 1970). / R. Scherer, Charles Fourier ou la Contestation globale (Seghers, 1970). / H. Des-roche, Sociologie de l�esp�rance (Calmann-L�vy, 1973). / R. Dumont, l�Utopie ou la Mort (�d. du Seuil, 1973). / G. Lapouge, Utopie et civilisations (Weber, 1973). / R. Vacca, Demain, le Moyen �ge (trad. de l�ital., A. Michel, 1973). /</p><p>J. Gabel, Id�ologies (Anthropos, 1974). / F. Laplantine, les Trois Voix de l�imaginaire (�d. universitaires, 1974). / � L�Utopie ou la Raison dans l�imaginaire �, num�ro sp�cial d�Esprit (1974).</p><p>Utrecht</p><p>Province et v. des Pays-Bas.</p><p>La situation</p><p>g�ographique</p><p>La province d�Utrecht, la plus petite des Pays-Bas (1 328 km2), mais tr�s peupl�e (850 000 hab.), comporte deux types tr�s diff�rents de paysages : un arc de collines morainiques s��tendant de l�IJsselmeer au Lek s�pare deux zones de terres basses et de polders, dont la plus �tendue, � l�ouest, appartient au � coeur vert � du Randstad*</p><p>Holland. Les progr�s rapides de l�urbanisation ont cr�� une agglom�ration quasi continue, comprenant des communes de d�veloppement r�cent (Zeist, Soest, Baarn) et deux villes historiques importantes, Amersfoort (88 000 hab.), centre r�gional industrialis� du</p><p>nord-est de la province, et Utrecht</p><p>(275 000 hab. pour la commune).</p><p>Quatri�me ville des Pays-Bas, la</p><p>capitale provinciale doit beaucoup � son pass� et � sa situation g�ographique. Une longue tradition urbaine a fix� les fonctions religieuses (archev�ch�), culturelles (universit�), administratives et commerciales (march� agricole, notamment de bestiaux ; commerce de gros et de d�tail), et la position centrale de la ville sur le territoire n�erlandais a fait de celle-ci un carrefour de voies de communication, particuli�rement valoris� par le chemin de fer : la gare d�Utrecht est celle des Pays-Bas d�o� part chaque jour le plus grand nombre de trains de voyageurs.</p><p>Les activit�s de la ville s�exercent � plusieurs niveaux, celle-ci est, d�une part, le centre de services incontest� de la majeure partie de la province et d�une fraction de la Gueldre limitrophe ; mais elle remplit aussi un r�le suprar�gional, national et international gr�ce � ses fonctions culturelles (avec, par exemple, ses �coles, v�t�rinaire, de peinture, de journalisme), � la pr�sence des administrations des chemins de fer et des for�ts, � la renomm�e de sa foire industrielle internationale (cr��e en 1917), qui se tient deux fois par an dans le nouveau palais des congr�s construit pr�s de la gare en 1970. La proximit� d�Amsterdam ne lui a donc pas nui : dans le cadre polynucl�aire du Randstad, la ville �tait bien plac�e pour accueillir des �quipements tertiaires de haut niveau.</p><p>Les m�mes �l�ments ont jou� pour</p><p>l�industrie, malgr� un pass� historique moins riche, si l�on excepte le d�veloppement �ph�m�re de la soierie � la fin du XVIIe s. Ici, les communications constituent le principal facteur explicatif : outre le chemin de fer, Utrecht dispose du principal carrefour n�erlandais d�autoroutes, qui permet des relations tr�s rapides avec l�Allemagne f�d�rale et les grands centres de l�ouest des Pays-Bas, ainsi que d�une voie d�eau d�excellente qualit�, le canal d�Amsterdam au Rhin, qui lui a rendu une fonction quasiment perdue � la suite de l�envasement du Vecht � la fin du Moyen �ge. Parmi les industries actuelles, dont beaucoup n�existaient pas avant 1950, dominent</p><p>les activit�s l�g�res, appartenant � des secteurs tr�s vari�s, dont la m�tallurgie (aci�rie, constructions m�caniques), l��lectrotechnique (Philips), la chimie, le textile, les industries alimentaires (traitement des produits tropicaux) et l��dition ; les implantations r�centes se situent au nord-ouest de la ville, pr�s du port fluvial, ou l�on trouve �galement les ateliers du chemin de fer et les centrales thermiques.</p><p>Les �quipements tertiaires sont encore en majorit� l�apanage du centre historique (qui poss�de une fonction h�teli�re d�velopp�e, � l�intention d�une importante client�le de passage) et de sa bordure sud-ouest, de part et d�autre de la voie ferr�e ; le campus universitaire, �tabli en pleine campagne � l�est de la commune, t�moigne d�une tendance r�cente au desserre-ment. Alors que les 48 000 habitants de 1850 r�sidaient encore presque tous � l�int�rieur des fortifications, un si�cle de croissance urbaine a entra�n� la cr�ation de nouveaux quartiers p�riph�riques planifi�s, sous forme de cit�s-jardins (au nord-est en particulier) et, plus r�cemment, de grands ensembles. Malgr� l�extension des limites communales � plusieurs reprises au cours du XXe s., le territoire municipal est maintenant proche de la saturation, et la population de la ville stagne depuis 1970 ; l�expansion d�-</p><p>mographique se fait surtout d�sormais dans les communes voisines comme</p><p>Maarssen, Maartensdijk et Jutphaas.</p><p>J.-C. B.</p><p>L�histoire de la ville</p><p>Sur le site d�un �tablissement primitif du nom de Trajectum ad Rhenum, les Romains construisent un fort appel� Albiobola, qui est inclus dans un ensemble d�fensif destin� � prot�ger la fronti�re septentrionale de l�Empire et qui subsiste jusqu�au IIIe s.</p><p>Les Francs, � l��poque du roi Dago-bert, y �l�vent une �glise qui est sans doute le premier �difice chr�tien dans cette r�gion, mais les tentatives d��vang�lisation restent sans succ�s. Il faut attendre la fin du VIIe s. et la victoire de P�pin de Herstal, maire du palais d�Austrasie, sur les Frisons pour voir</p><p>le b�n�dictin anglo-saxon Willibrord (658-739) commencer, sous la protection du chef franc, la christianisation de la r�gion.</p><p>Devenu �v�que en 695, Willibrord</p><p>fixe son si�ge �piscopal � Utrecht et, de l�, �vang�lise presque toute la r�gion septentrionale des Pays-Bas. Sous son �piscopat, Utrecht devient �galement un centre commercial et industriel important, en m�me temps que la capitale religieuse du pays.</p><p>Son apog�e �conomique se situe aux XIe et XIIe s. ; ensuite son importance d�cro�t au profit de villes nouvelles comme Amsterdam ou Dordrecht. Des troubles politiques contribuent aussi � �loigner les marchands, mais la ville conserve une industrie prosp�re, gr�ce surtout � ses manufactures de tissage.</p><p>Principaut� eccl�siastique, elle lutte d�abord contre la Hollande et le Bra-bant pour pr�server son ind�pendance, puis les bourgeois regroup�s en puissantes corporations se soul�vent contre leur �v�que et obtiennent d�importantes chartes communales en 1304 et 1341. Au XVe s., l�autonomie de la principaut� est compromise quand Philippe le Bon, duc de Bourgogne, obtient l��v�ch� pour son fils b�tard David, mais ce n�est qu�en 1528 que l��v�que Henri de Bavi�re renonce � son pouvoir temporel en faveur de l�empereur Charles Quint.</p><p>En 1559, la ville d�Utrecht est �rig�e en archev�ch�, mais, en 1577, ses habitants se r�voltent contre les Espagnols, soutiennent la cause de la maison d�Orange et embrassent avec ardeur la religion calviniste. Le 23 janvier 1579, les sept provinces protestantes des Pays-Bas y signent l�� Union</p><p>d�Utrecht �, destin�e � r�aliser l�union de tous les protestants contre les Espagnols. Ce trait� est consid�r� comme le v�ritable acte de fondation des Pays-Bas*.</p><p>downloadModeText.vue.download 117 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11328</p><p>En 1636, une universit� calviniste,</p><p>la plus importante des Pays-Bas, est fond�e � Utrecht, o� l�archev�ch� catholique subsiste cependant, et, � partir du d�but du XVIIIe s., le dioc�se sert de refuge � maints jans�nistes fran-</p><p>�ais pers�cut�s dans leur pays. Sous l�influence de ces derniers, le chapitre �lit en 1723 un �v�que jans�niste, que Rome excommunie (v. jans�nisme).</p><p>D�s lors et jusqu�� nos jours, Utrecht devient le centre de l��glise jans�niste des � vieux-catholiques �, bien que le pape y ait r�tabli la hi�rarchie romaine en 1853.</p><p>Le 11 avril 1713, la France signait � Utrecht le trait� c�l�bre qui mettait fin � la longue guerre de la Succession*</p><p>d�Espagne et qui consacrait pour deux si�cles la pr�pond�rance anglaise en Europe.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>Utrecht, ville d�art</p><p>L��poque romane a laiss� l��glise Saint-Pierre (1048) et l��glise Saint-Jean (1040-1054), qui est dot�e d�un choeur gothique et d�une fa�ade baroque. La ville s�entoure de murailles en 1122. Son monument principal, au centre de l�agglom�ration, est la cath�-</p><p>drale (Domkerk), d�abord d�di�e � saint Martin, puis affect�e au culte protestant. C�est un �difice gothique classique, qui s�apparente � la cath�drale de Soissons. Sa construction, commenc�e en 1254, s�est prolong�e jusqu�en 1517 ; la nef, inachev�e, haute de 33 m, s��croula en 1674 � la suite d�un orage et ne fut pas relev�e. De cet ensemble, qui reste le plus beau de l�architecture gothique aux Pays-Bas, subsistent le choeur avec deux chapelles et le transept ainsi que l�audacieux clocher de 110 m (1321-1382), qui a servi de mod�le � Amersfoort, � Rhenen, �</p><p>Maastricht.</p><p>Sont gothiques �galement les �glises Saint-Nicolas (au choeur roman de 1131), Saint-Jacques (1173), Sainte-Gertrude (1260), la Buurkerk (basilique du Xe s. reconstruite aux XIVe-XVe s. avec sept nefs d��gale hauteur), Sainte-Catherine (XVe-XVe s.), �glise conventuelle devenue cath�drale. Parmi les �difices civils se signalent la � Paushuize �, construite en 1517 pour le futur pape</p><p>Adrien VI, originaire d�Utrecht, les maisons Oudaen (v. 1300) et Souden-balch (1468), la maison de bienfaisance Maria Van Pallaes (1651).</p><p>� partir du XIXe s. ont �t� construits de nouveaux quartiers r�sidentiels.</p><p>Le mouvement De Stijl* fait sentir son influence au XXe s. : la Schr�derhuis (1924) de G. T. Rietveld, originaire d�Utrecht, en est un des</p><p>manifestes, mais l�h�tel des postes (1912-1924) et le th��tre (1938-1941, par W. M. Dudok) pr�sentent le m�me jeu orthogonal des volumes.</p><p>La sculpture gothique, du moins ce qu�il en reste apr�s la temp�te iconoclaste de 1566, est d�une grande qualit�, comme en t�moignent le d�cor ex�cut� par Jacob Van der Borch dans une chapelle de la cath�drale (v. 1475) et, dans le choeur, des tombes comme celle de Guy d�Avesnes (1317), auxquelles succ�deront des oeuvres baroques au XVIIe s. (tombe de l�amiral Van Ghent).</p><p>Au XVIe s., Utrecht acquiert une certaine importance en peinture avec Jan Van Scorel*, introducteur du classicisme italien aux Pays-Bas et ma�tre d�Antoon Mor (Antonio Moro). Mais c�est vers 1615-1620 que se constitue une v�ritable �cole locale, sous l�impulsion des mani�ristes Joachim Wtewael (1566-1638) et Abraham</p><p>Bloemaert (1564-1651). Le second a pour �l�ves Paulus Moreelse (1571-1638), portraitiste et auteur de sujets mythologiques, G�rard Van Honthorst (1590-1656) et Hendrik Terbrugghen (1588-1629). Ces trois artistes s�-</p><p>journent en Italie, o� les deux derniers, surtout, re�oivent l�empreinte du luminisme caravagesque : Honthorst m�ritera � Rome le nom de Gherardo delle Notti, avant de revenir, � Utrecht, � la mani�re claire du Caravage*, mani�re contrast�e que cultivera �galement Terbrugghen. La qualit� picturale et chromatique de ce dernier, appliqu�e � des sujets religieux ou � des figures de musiciens, ne sera pas sans cons�-</p><p>quences sur les suites de la peinture hollandaise (Vermeer*).</p><p>Install� dans la chapelle � deux</p><p>�tages (1512-1516) et le r�fectoire</p><p>de l�ancien couvent de Sainte-Agn�s ainsi que dans un troisi�me b�timent, moderne, le Centraal Museum pr�sente une importante collection de tableaux de l��cole d�Utrecht, dont ceux de Jan Van Scorel, des t�moignages de l�histoire et des arts d�coratifs locaux ainsi qu�une collection d�antiquit�s romaines et germaniques. Aujourd�hui abrit� dans les m�mes locaux, le mus�e archi�piscopal (bois sculpt�s des XVe-XVIe s., tableaux de primitifs hollandais, �vang�liaires et objets d�art sacr�) doit �tre transf�r� dans l�ancien couvent de Sainte-Catherine, apr�s sa restauration. La ville poss�de bien d�autres mus�es encore, notamment le Mus�e n�erlandais de l�or et de l�argent, celui de l�horlogerie et un mus�e d�Art moderne.</p><p>A. Z.</p><p>Utrillo (Maurice)</p><p>Peintre fran�ais (Paris 1883 - Dax 1955).</p><p>Parce qu�Utrillo, peintre de Montmartre, des vieilles �glises et b�tisses de Paris et de sa banlieue, sut envelopper ses images d�innocence, ne pas les alourdir de trop de savoir-faire, on est tent� de le ranger parmi les � na�fs �.</p><p>Mais cette classification ne r�siste pas longtemps � l�analyse, qui fait d�couvrir chez lui une connaissance approfondie du rythme lin�aire et des plus sensibles gradations de tons. Utrillo ne se montre-t-il pas dans maints tableaux un ma�tre du trait incisif, implacable, donnant � ses masses une pr�sence peu commune ? Et c�est peut-�tre</p><p>dans ces peintures-l�, sobres, un peu s�ches, qu�il se met le mieux � l�unis-son de ses th�mes, de leur ambiance m�lancolique.</p><p>Fils naturel de Suzanne Valadon �</p><p>son p�re n�est pas identifi� avec certitude �, Utrillo est reconnu en 1891 par le peintre et �crivain espagnol Miguel Utrillo, qui ne gardera de contacts ni avec la m�re, ni avec l�enfant. �l�ve turbulent, il est incapable de poursuivre ses m�diocres �tudes au coll�ge et il ne s�adapte pas mieux, ensuite, aux divers m�tiers que son beau-p�re, Paul Moussis, essaie de lui faire apprendre. Mais,</p><p>surtout, confi� � la garde indulgente de sa grand-m�re, il se laisse tr�s t�t entra�ner � boire. Ses crises de col�re sont inqui�tantes, et sa sant� est menac�e au point qu�il doit, � dix-huit ans, subir une premi�re crise de d�sintoxication � l�h�pital Sainte-Anne. � sa sortie, sa m�re l�oblige � faire l�apprentissage de la peinture, esp�rant l��loigner de son penchant pour l�alcool. Bross�es � partir de 1903 � Montmagny ou � Montmartre, les premi�res toiles d�Utrillo, aux couleurs contrast�es, s�inspirent par certains c�t�s de l�impressionnisme, sans annoncer encore le remarquable peintre qu�il sera. Clovis Sagot ne tarde cependant pas � exposer Utrillo dans sa galerie, o�, en 1909, le d�couvrira Libaude, un autre marchand, qui accaparera sa production en �change d�une modeste mensualit�.</p><p>Ce qu�on appelle la � p�riode</p><p>blanche �, sans doute la meilleure, s��tend de 1909 � 1915 et est constitu�e de tableaux d�une facture tr�s particuli�re, o� le peintre transcrit les murs blanch�tres de Montmartre en liant ses couleurs � l�aide d�un m�lange de colle et de poudre de craie. Bien qu�Utrillo commence � peindre d�apr�s des cartes postales, nul mieux que lui ne restitue le charme d�suet des ruelles de la Butte, de ses masures banales, de ses cabarets et de ses � assommoirs �</p><p>(nombreuses versions du Lapin agile).</p><p>Paradoxalement, l�oeuvre de cet artiste</p><p>� maudit �, par neuf fois intern� pour �thylisme, bafou� par tous, injuri�, parfois rou� de coups dans des bagarres, n�est pas d�sesp�r�e ; elle est seulement parfois inqui�te, avec, au bout, une lueur d�esp�rance et toujours cette puret� d�un regard d�enfant.</p><p>D�s 1910, des critiques et des �crivains s�int�ressent � Utrillo : �lie Faure, Octave Mirbeau... ; Francis Jourdain l�invite au Salon d�automne.</p><p>La premi�re exposition particuli�re du peintre a lieu en 1913 � la galerie Eug�ne Blot. Utrillo cerne alors ses volumes d�un graphisme soutenu, rectiligne, puis anime ses ruelles, na-gu�re d�sertes, de petits personnages cocasses, surtout des femmes, dont il accentuera par la suite les proportions : buste court, fessier volumineux. Apr�s son exposition � la galerie Lepoutre</p><p>en 1919, il conna�t la c�l�brit� et est d�gag� de tout souci p�cuniaire.</p><p>Surveill� par sa m�re et par Andr� Utter, qui l�emp�chent de boire,</p><p>presque clo�tr� rue Cortot ou, � partir de 1923, au ch�teau de Saint-Bernard, dans l�Ain � les trois artistes y ont chacun leur atelier �, il se livre � une production intensive, qui est son unique distraction. Ses expositions se succ�dent. Serge de Diaghilev, en 1925, et l�Op�ra-Comique, en 1948, lui commandent des d�cors. En 1935, Utrillo �pouse Lucie Valore, la veuve d�un banquier belge collectionneur de ses oeuvres, Robert Pauwels. Avec sa femme, qui devient peintre elle aussi, il s�installe dans une villa du V�sinet et vit dans l�aisance gr�ce au contrat qu�il a pass� avec le marchand Paul P�trid�s.</p><p>Pourtant, son g�nie semble avoir</p><p>d�clin�, comme si le bien-�tre lui avait �t� la meilleure part de son inspiration. Utrillo cesse de boire ; il devient pieux : d�o� d�assez nombreuses repr�-</p><p>sentations d��glises dans son oeuvre.</p><p>Mais, en proie � la prostration, il se confinera jusqu�� sa mort dans un mu-tisme de plus en plus profond.</p><p>Suzanne Valadon</p><p>De son vrai nom Marie Cl�mentine Valadon, peintre, dessinatrice et graveur fran-downloadModeText.vue.download 118 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11329</p><p>�ais (Bessines-sur-Gartempe 1865 - Paris 1938). Arriv�e tr�s jeune � Paris, avec sa m�re, ling�re, puis femme de m�nage, elle exerce divers petits m�tiers sur la butte Montmartre, pour devenir, vers seize ans, mod�le d�atelier. Elle pose notamment pour Puvis* de Chavannes, Renoir*, Toulouse-Lautrec*. Elle met au monde son fils Maurice � dix-huit ans.</p><p>Ses premiers croquis ayant �t� appr�-</p><p>ci�s par Toulouse-Lautrec, celui-ci l�encourage et la pr�sente � Degas*, qui, � son tour, l�aide � pers�v�rer. Sa carri�re de dessinatrice s��tend principalement sur les ann�es 1883-1909. Crayons, sanguines, fusains t�moignent tr�s vite d�une</p><p>rare aisance, synth�tisant, � la mani�re de Degas, classicisme et expressivit�. Ma�trise de la composition et puissance de la ligne, appliqu�es le plus souvent � l��vocation des proches de l�artiste, se retrouvent dans la trentaine de gravures ex�cut�es entre 1894 et 1910.</p><p>En 1896, son talent d�j� reconnu de divers c�t�s, Suzanne Valadon �pouse un bourgeois ais�, Paul Moussis, avec qui ses rapports deviendront difficiles, compte tenu de son caract�re impulsif et volontaire ainsi que de la conduite d�sordonn�e de son fils, qu�elle d�fend. Elle divorce en 1909 pour se mettre en m�nage avec un ami de Maurice, le peintre Andr� Utter (1886-1948), bon artiste qu�elle �pousera en 1914.</p><p>Dans l�atelier qu�elle occupe avec son mari rue Cortot, la peinture, � laquelle elle s��tait initi�e d�s 1892-93 (Portrait d�Erik Satie, collection priv�e), prend d�sormais la premi�re place. Cultivant tous les th�mes (figures dans des int�rieurs, paysages, natures mortes, fleurs) et m�me, vers 1911-1914, la grande composition (le Lancement du filet [1914], mus�e national d�Art moderne), Suzanne Valadon leur donne vigueur dans la forme et hardiesse dans les oppositions chromatiques. Si elle n�oublie ni la monumentalit� simple de Puvis ni la mani�re procelain�e de Renoir, c�est surtout la facture de Gauguin* et le cloisonnisme de l��cole de Pont-Aven qui l�inspirent. De nombreuses expositions jalonnent sa carri�re depuis la premi�re chez Clovis Sagot en 1911.</p><p>Ample, d�un �clat qui l�apparente � celui des fauves, l�art de Suzanne Valadon met en relief, sans fard, l��me secr�te des �tres, avec leur bont�, leur tendresse, mais aussi leurs inqui�tudes et leurs passions.</p><p>C. G.</p><p>( R. Rey, Suzanne Valadon (Gallimard, 1922).</p><p>/ M. Gauthier, Utrillo (�d. du Ch�ne, 1944). /</p><p>N. Jacometti, Suzanne Valadon (Cailler, Ge-n�ve, 1947). / R. Beachboard, la Trinit� maudite, Valadon-Utter-Utrillo (Amiot-Dumont, 1953). / F. Carco, Utrillo (Grasset, 1956). / P. P�-</p><p>trid�s, l�OEuvre compl�te de Maurice Utrillo (�d.</p><p>P�trid�s, 1959-1974, 5 vol.). / W. George, Utrillo (Bibl. des arts, 1963). / Y. Bonnat, Valadon (Bordas, 1968).</p><p>Uttar Pradesh</p><p>�tat du nord de l�Inde, le plus peupl� du pays ; 294 400 km 2 ; 88,4 millions d�habitants (300 hab. au km2). Capit.</p><p>Lucknow.</p><p>La forte densit� (surtout pour une r�gion principalement rurale) s�explique essentiellement par des facteurs naturels : la majeure partie de l��tat est constitu�e par des alluvions de la plaine centrale du Gange, et la pluviosit� est partout suffisante. Aussi les conditions �taient-elles favorables � l��tablissement d�une des plus grandes r�gions agricoles du monde, qui a fix� des masses humaines tr�s nombreuses depuis des temps recul�s. De plus, il s�est toujours agi d�une r�gion de passage tr�s active : la plaine du Gange est une zone de circulation facile entre les reliefs plus marqu�s et les for�ts de la p�ninsule du Deccan, d�une part, et les hautes montagnes himalayennes, de l�autre. L�importance de la population peut aussi �tre expliqu�e par le fait que la plaine centrale du Gange a souvent fix� le centre d��tats importants, notamment les principales constructions panindiennes, telles que l�empire des Gupta et, plus tard, l�Empire moghol.</p><p>Au cours de l�histoire, la r�gion a eu �galement un r�le culturel important, puisque les centres religieux principaux de l�hindouisme s�y trouvent et que le bouddhisme y est n�.</p><p>La constitution de l��tat dans sa forme actuelle remonte � la p�riode britannique. De 1764 � 1801, les arm�es britanniques ont conquis une grande partie de la r�gion, qui, en 1877, sous le nom de North-Western Provinces, fut plac�e sous administration directe.</p><p>C�est en 1902 que furent consti-</p><p>tu�es les Provinces-Unies d�&#x100;gr&#x101;-et-d�Aoudh, connues depuis 1937 sous le nom d�United Provinces. � l�ind�pendance (1950), on a conserv� cette entit� politique sous le nom d�Uttar Pradesh, ce qui signifie � Province du Nord �.</p><p>L�unit� de l��tat est assur�e par l�homog�n�it� physique, un peuplement hindou tr�s largement dominant et la pr�pond�rance de l�hind&#x12B;, la plus parl�e des langues de l�Inde.</p><p>La plaine du Gange et de ses af-</p><p>fluents (dont le plus important est la Yamun&#x101; [Jamn&#x101;]) est constitu�e par une s�rie de terrasses. Les plus anciennes et les plus hautes sont insub-mersibles et souvent arm�es de concr�-</p><p>tions calcaires. La plaine d�inondation actuelle est plus fertile, mais les crues des fleuves y font parfois des d�g�ts importants. Le paysage est monotone, malgr� ces nuances : les champs ouverts, piquet�s d�arbres, s��tendent � l�infini, et l�uniformit� n�est gu�re rompue que par les taches vertes que font ici et l� les villages, entour�s de bosquets. L�agriculture est cependant assez vari�e, car il existe un certain nombre de contrastes climatiques</p><p>significatifs, notamment une opposition entre l�Est et l�Ouest. Les r�gions occidentales sont les moins pluvieuses (de 800 � moins de 600 mm), et l�hiver peut d�j� avoir des nuits assez froides.</p><p>Le syst�me de cultures est caract�ris� par une culture hivernale du bl�, qui est la c�r�ale pr�pond�rante. Il est accompagn� d�une culture de l�gumineuses temp�r�es (pois chiches et moutarde par exemple). La culture d��t� (saison des pluies) n�est pas n�gligeable cependant : elle est fond�e sur la production de riz, de millets, de ma�s, de canne � sucre et de coton. La partie orientale est plus humide : la saison des pluies y commence plus t�t, et les averses sont plus abondantes, si bien que les totaux annuels se situent au-dessus de 800 mm et d�passent parfois 1 000 mm. L�hiver est �galement moins froid. Aussi la culture de la saison des pluies tend-elle � �tre la plus importante, et le riz, cultiv� en toute saison, devient la c�r�ale pr�pond�rante.</p><p>Cette agriculture a b�n�fici� d�am�-</p><p>nagements importants, patiemment</p><p>poursuivis au cours des si�cles. Les rivi�res descendant de l�Him&#x101;laya servent � alimenter des canaux de d�rivation. De plus, les alluvions contiennent des nappes d�eau abondantes, qui sont atteintes par des milliers de puits. Les plus anciens puits sont peu profonds et �quip�s de syst�mes de levage assez primitifs. Mais, r�cemment, avec des tubes d�acier ou de ciment on a for� des puits profonds, �quip�s de pompes � moteur. L�irrigation est ainsi pratiqu�e aussi bien pendant la saison des pluies (o� elle</p><p>permet de cultiver les plantes les plus exigeantes en eau, comme le riz et la canne � sucre) que pendant la saison s�che hivernale.</p><p>La plaine du Gange a relativement peu d�activit�s industrielles d�int�r�t national. Mais la densit� de population, l�importance de la production agricole ont conduit au d�veloppement d�un artisanat actif et d�industries agricoles essentiellement concentr�s dans les villes. La hi�rarchie urbaine est domin�e par cinq villes principales, comptant toutes plus de 500 000 habitants.</p><p>K&#x101;npur est d�origine r�cente, puisque n�e du commerce et de l�industrie du coton au XIXe s. Mais les quatre autres sont anciennes et prestigieuses. B�na-r�s* est un centre de p�lerinage d�importance majeure pour les hindous.</p><p>Elle est situ�e en bordure du Gange et re�oit tous les ans des millions de p�lerins. Elle a aussi des activit�s artisanales et, bien entendu, de service pour les campagnes environnantes.</p><p>All&#x101;h&#x101;b&#x101;d, Lucknow et surtout &#x100;gr&#x101;*</p><p>sont d�anciennes capitales politiques, qui ont gard� un r�le r�gional majeur.</p><p>&#x100;gr&#x101; est de tr�s loin la plus connue pour son architecture (le fort et le T&#x101;dj Ma&#x1E25;all), mais Lucknow doit � sa position plus centrale d�avoir �t� choisie comme capitale de l��tat.</p><p>Dans le nord de l�Uttar Pradesh se trouve une r�gion originale, qui ne fait pas partie de la plaine du Gange, mais plut�t du pi�mont himalayen. Il s�agit d�une bande de terres basses, o� de tr�s nombreuses sources r�sultent de la r�apparition des eaux infiltr�es dans les c�nes de cailloutis qui longent les premiers cha�nons de l�Him&#x101;laya, situ�s d�ailleurs au N�pal. Ce tera� est donc rest� tr�s longtemps mar�cageux, malarien, et il a �t� difficile � mettre en valeur. L�agriculture y a donc tr�s longtemps occup� moins de place que les for�ts ; mais celles-ci sont actuellement d�frich�es tr�s rapidement par des agriculteurs venus des plaines surpeupl�es.</p><p>F. D.-D.</p><p>F Inde.</p><p>vaccination</p><p>M�thode de pr�vention des maladies infectieuses consistant � provoquer les d�fenses immunitaires par introduction dans l�organisme d�antig�nes contenus dans les vaccins.</p><p>Les vaccinations sont soumises �</p><p>la l�gislation et � des r�gles �tablissant leurs indications, mais aussi leur contre-indications.</p><p>Les vaccins</p><p>La premi�re vaccination contre la variole* a �t� r�alis�e par le m�decin anglais Edward Jenner (1749-1823) en 1796. Elle consiste � inoculer une autre maladie, la vaccine, ou cow-pox, qui est b�nigne et qui provoque une immunit� crois�e avec la variole, c�est-�-dire qu�ayant eu l�une de ces maladies on downloadModeText.vue.download 119 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11330</p><p>est immunis� aussi contre l�autre. Le produit utilis�, s�rosit� des pustules de la vaccine inocul�e � une g�nisse, fut appel� vaccin, nom qui devint le terme g�n�rique d�signant tous les produits utilis�s pour conf�rer l�immunit� vis-</p><p>�-vis des autres maladies contagieuses.</p><p>Les vaccinations peuvent �tre r�alis�es avec des bact�ries ou des virus inactiv�s (tu�s), qui d�terminent l�apparition d�anticorps en quelques jours, la protection �tant assur�e apr�s plusieurs injections faites en g�n�ral � un intervalle de trois semaines et relanc�e ou am�lior�e par les � rappels �. Elles peuvent �galement �tre faites avec des virus ou des bact�ries att�nu�s (vaccins vivants). Dans ce cas, une infection minimale entra�ne les m�mes cons�-</p><p>quences que la maladie naturelle au plan immunitaire.</p><p>Elles peuvent �tre encore r�alis�es avec la toxine inactiv�e, ou anatoxine (toxine ayant perdu son caract�re de toxicit�, mais ayant gard� son pouvoir immunog�ne, que l�on doit au biologiste Gaston Ramon [1886-1963]), des germes responsables de la dipht�rie, du t�tanos, etc.</p><p>Les vaccins peuvent avoir un pouvoir antig�nique renforc� par l�adjonction de certaines substances ; ces vaccins adsorb�s sont plus efficaces.</p><p>Certaines vaccinations peuvent �tre associ�es.</p><p>Un calendrier des vaccinations est n�cessaire pour assurer une immunisation pr�coce des jeunes enfants.</p><p>Vaccinations</p><p>de l�enfance</p><p>Les vaccinations obligatoires</p><p>La vaccination antivariolique doit, l�-</p><p>galement, �tre faite par scarifications � travers une goutte de culture vaccinale au cours des deux premi�res ann�es de la vie, puis renouvel�e au cours de la onzi�me et de la vingt et uni�me ann�e (en France). Elle peut �tre exig�e pour certaines cat�gories de sujets et devenir obligatoire pour tous dans certaines conditions (�pid�mies). Du fait qu�elle n�est pas d�nu�e de risques (vaccine g�n�ralis�e, enc�phalite), certains �tats en ont supprim� le caract�re obligatoire, ce qui semble dangereux en raison de la possibilit� d�importer des varioles (par avion en particulier) dans un pays � niveau d�immunisation moyen abaiss�. Cependant, la l�gislation sanitaire internationale reste tr�s stricte en mati�re de voyages internationaux.</p><p>La vaccination antituberculeuse par le B. C. G.* (bacille bili� de Calmette et Gu�rin), qui permet l��radication des formes graves de tuberculose du sujet jeune, est obligatoire pour les sujets de moins de vingt-cinq ans ayant des r�actions tuberculiniques n�gatives.</p><p>La vaccination antidipht�rique doit �tre faite entre le 3e et le 18e mois chez tous les sujets et est obligatoire pour l�entr�e dans tout �tablissement scolaire, hospitalier ou assimil�. Des rappels peuvent �tre faits chez l�adulte (v. dipht�rie).</p><p>La vaccination antit�tanique est fondamentale. Le t�tanos* est une maladie grave, qui frappe actuellement surtout les sujets �g�s (70 ans) ayant �chapp�</p><p>� la vaccination (femmes surtout).</p><p>Celle-ci est obligatoire. Des rappels sont n�cessaires et une revaccination peut �tre conseill�e � l��ge adulte, surtout en milieu agricole. Les travailleurs �migrants doivent �tre prot�g�s avant embauche.</p><p>La vaccination antipoliomy�litique est obligatoire avant l��ge de dix-huit mois avec un rappel un an, puis trois ans plus tard, puis tous les cinq ans, m�me � l��ge adulte (v. poliomy�lite).</p><p>Les vaccinations antidipht�rique</p><p>et antit�tanique sont le plus souvent associ�es (D. T.) ; elles peuvent l��tre avec le vaccin antipoliomy�litique (D. T. polio.).</p><p>Les vaccinations facultatives</p><p>Les vaccinations contre les fi�vres typho�des* et paratypho�des ne sont obligatoires que pour certaines fractions de la population (arm�e, milieu m�dico-infirmier). Elles peuvent �tre faites par un vaccin triple (T. A. B.) � raison de trois injections � huit jours d�intervalle avec rappel un an plus tard.</p><p>Elles sont parfois associ�es aux vaccinations antidipht�rique et antit�tanique (D. T. T. A. B. ou T. A. B. D. T.). Les incidents sont fr�quents (locaux), les accidents exceptionnels, l�efficacit� certaine, sauf en cas de paratypho�de B.</p><p>La vaccination contre la coque-</p><p>luche* par vaccin adsorb� peut �tre pr�conis�e d�s le 3e mois. Efficace, elle prot�ge contre une maladie qui est tr�s grave dans les deux premi�res ann�es de la vie.</p><p>La vaccination contre la rougeole*</p><p>peut �tre utilis�e � partir du 7e mois chez les enfants fragiles ou plac�s en collectivit�, ou en cas d��pid�mie.</p><p>La vaccination contre la rub�ole*, r�serv�e aux adolescentes et aux</p><p>femmes ayant une s�rologie de rub�ole n�gative, doit �tre faite apr�s certitude d�absence de grossesse et �tre suivie d�une prise de contraceptifs durant quatre mois. Son efficacit� est encore difficile � appr�cier en raison du peu de recul.</p><p>La vaccination contre la grippe*</p><p>est recommand�e chez les sujets fragiles, en particulier les vieillards, les cardiaques ou les bronchitiques chroniques.</p><p>La vaccination contre la brucellose*</p><p>est peu efficace.</p><p>Vaccinations impos�es</p><p>par l�O. M. S. pour les</p><p>voyages internationaux</p><p>Tout voyageur en provenance d�un</p><p>pays d�end�mie doit �tre prot�g� contre la variole et la fi�vre jaune.</p><p>Dans le cas o� les vaccins contre la fi�vre jaune et la variole sont obligatoires, la vaccination contre la variole est faite dix jours apr�s la vaccination antiamarile.</p><p>Il faut noter que la vaccination anti-chol�rique, peu efficace, n�est plus obligatoire depuis le 1er janvier 1974</p><p>(v. chol�ra).</p><p>Dans certaines zones, il est prudent d��tre immunis� contre les rickettsioses* et contre la peste*.</p><p>Les certifications de vaccinations internationales ne sont d�livr�es que par des organismes d�pendant de la direction r�gionale de la sant� ou dans les bureaux des a�roports.</p><p>Les vaccinations utiles dans cer-</p><p>taines r�gions end�miques peuvent �tre conseill�es par les m�decins traitants ou par les instituts de pathologie tropicale (� Paris, institut L�on-M�Ba, h�pital Claude-Bernard), qui peuvent �galement fournir des renseignements sur la pr�vention du paludisme* ou downloadModeText.vue.download 120 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11331</p><p>d�autres malaises exotiques, pour lesquels il n�existe pas de vaccin.</p><p>Contre -indications</p><p>des vaccinations</p><p>Les contre-indications temporaires</p><p>sont nombreuses, mais souvent de courts d�lais.</p><p>Les contre-indications d�finitives sont rares, et la valeur de toute attesta-tion doit �tre pes�e.</p><p>Contre-indications temporaires</p><p>Les contre-indications temporaires comprennent la fi�vre et les infections aigu�s ; il est n�cessaire d�attendre quelques semaines, voire plus (typho�de, h�patite). La tuberculose impose une attente de six mois environ. Les dermatoses, les traitements cortico�des imposent l�abstention de toute vaccination. La grossesse impose l�abstention de tout vaccin vivant du fait du risque t�ratog�ne et de la contamination du foetus. Les vaccins inactiv�s peuvent pr�senter des inconv�-</p><p>nients, mais certains sont d�un grand int�r�t (poliomy�lite), car ils prot�gent l�enfant.</p><p>Les infections ou les affections</p><p>r�nales aigu�s sont des contre-indications temporaires � la vaccination, mais, apr�s un d�lai de deux ans, celle-ci est possible (sauf le T. A. B., qui est �galement le seul contre-indiqu� en cas de prot�inurie [albuminurie]).</p><p>Les diab�tiques peuvent �tre vacci-n�s et doivent l��tre, car les maladies contre lesquelles il faut les prot�ger sont des sources d�aggravation de leur �tat.</p><p>On ne doit pas faire de nouvelle</p><p>vaccination moins de cinq jours apr�s une vaccination par vaccins tu�s ou inactiv�s. Apr�s une vaccination par virus vivant att�nu� les d�lais sont variables : un mois apr�s les vaccinations contre la poliomy�lite et contre la variole, ainsi qu�apr�s le B. C. G. ; dix jours apr�s la vaccination contre la fi�vre jaune.</p><p>Contre-indications d�finitives</p><p>Elles existent en cas de cancer, d�h�-</p><p>mopathie (leuc�mie), apr�s une spl�-</p><p>nectomie (ablation de la rate). Les d�ficits immunitaires non diagnostiqu�s sont � l�origine des seuls accidents imputables � la vaccination contre la tuberculose ou la poliomy�lite.</p><p>Les affections visc�rales chroniques, les n�phropathies chroniques sont des contre-indications, mais la prot�inurie orthostatique ne repr�sente pas une raison suffisante d�abstention vaccinale, sauf pour le T. A. B.</p><p>Les affections cardio-vasculaires �volutives, les affections neurologiques (surtout c�r�brales) ainsi que les maladies h�patiques s�v�res interdisent toute vaccination.</p><p>L��ge n�est pas une contre-indication, bien au contraire, � la vaccination antit�tanique, antipoliomy�litique ou antigrippale, mais il est pr�f�rable de s�abstenir de la vaccination par le T. A. B. chez le sujet �g�.</p><p>Le respect des r�gles de vaccination, des obligations sanitaires de vaccination concourent � faire reculer des maladies graves.</p><p>Les contre-indications sont rarement absolues, et les d�tracteurs syst�matiques des vaccinations font courir un risque aux individus et � la collectivit�.</p><p>P. V.</p><p>&amp; Instructions sur le mode d�emploi des s�rums, vaccins et antig�nes destin�s � la m�decine humaine (Institut Pasteur, 1950). /</p><p>R. Griesbach, Die BCG-Schutzimpfung (Stuttgart, 1954 ; trad. fr. la Vaccination par le B. C. G., Flammarion, 1955). / La Vaccination antiamarile (O. M. S., Gen�ve, 1956). / Les Vaccinations pr�ventives (Bailli�re, 1958). /</p><p>J. M. Kalmar, Immunologie et vaccinations, le carnet immunologique (�d. Les Bardes, Saint-Rapha�l, 1972). / P. L�pine, les Vaccinations (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975).</p><p>vacuole</p><p>Enclave inerte du cytoplasme vivant, bord�e par une membrane (appel�e</p><p>tonoplaste ou tonoplasme) et contenant en solution aqueuse des substances vari�es.</p><p>Communes au r�gne animal et au</p><p>r�gne v�g�tal, les vacuoles acqui�rent dans ce dernier un tr�s grand d�veloppement, jusqu�� occuper la presque totalit� du volume cellulaire ; on donne</p><p>souvent le nom de vacuome ou d�appareil vacuolaire � leur ensemble.</p><p>Les vacuoles peuvent �tre color�es �lectivement par le rouge neutre et le bleu de cr�syl (colorants vitaux) qui s�y accumulent ; on les distingue ainsi du cytoplasme, m�me quand elles sont tr�s jeunes et tr�s petites. Souvent elles contiennent � l��tat dissous des pigments violac�s rouges, bleus, jaunes (pigments anthocyaniques ou flavo-niques) qui teintent diverses parties de la plante : p�tales de fleurs, feuilles de Chou rouge, fruits par exemple.</p><p>Dans les cellules m�rist�matiques, on ne trouve que de tr�s petites vacuoles, tr�s peu d�velopp�es, mais assez nombreuses, par exemple au</p><p>niveau de la zone subterminale des racines ; de telles cellules, riches en substances organiques ou min�rales, sont relativement pauvres en eau ; par contre, en grandissant, les cellules issues des divisions de cette zone accumulent de l�eau jusqu�� 95 p. 100, qui se retrouve pour sa plus grande part au niveau des vacuoles. Ces derni�res, dans les cellules adultes, augmentent de taille, puis confluent jusqu�� former une �norme poche, qui repousse noyau et cytoplasme contre les parois cellulosiques en une mince pellicule.</p><p>Parfois, chez les cellules moyennement �g�es, la vacuole est coup�e de trav�es cytoplasmiques qui r�unissent les parois oppos�es. Lorsque des cellules reprennent une activit� m�rist�matique (d�diff�renciation), leur appareil vacuolaire, perdant de l�eau, peut reprendre un aspect de jeunesse : les vacuoles sont disjointes et peu d�velopp�es.</p><p>Le suc vacuolaire est form� d�eau et de substances dissoutes tr�s vari�es.</p><p>Certains de ces corps proviennent de l�ext�rieur en traversant successivement la membrane plasmique, le cytoplasme, puis le tonoplasme ; d�autres sont �labor�s par le cytoplasme et accumul�s dans la vacuole comme r�-</p><p>serves ou comme d�chets. Il se localise ainsi des substances min�rales vari�es, en particulier des sels : nitrates (surtout de potassium), chlorures (sp�cialement abondants chez les halophytes et les Algues marines), iodures (chez les</p><p>grandes Algues Ph�ophyc�es telles que les Fucus et les Laminaires), bromures, phosphates, sulfates. Ces produits sont tous ionis�s � des taux divers, et, suivant les modifications du m�tabolisme de la cellule, il existe plus ou moins d�anions ou de cations, ce qui explique les variations du pH (neutre, alcalin ou acide) de la cellule au cours de sa vie et aussi les diff�rences de teinte observables d�une cellule � l�autre de la m�me plante.</p><p>Comme substances organiques,</p><p>il faut citer de nombreux acides, le plus souvent � l��tat de sels : acides citrique (citron), tartrique, malique (pomme), fumarique, succinique, oxa-lique (oseille). Ce dernier corps sert, chez beaucoup de v�g�taux, � fixer un exc�s de calcium qui a p�n�tr� avec des anions utilis�s dans le m�tabolisme cellulaire. On en conna�t des formes monohydrat�es et trihydrat�es, qui cristallisent les unes dans le syst�me rhombique en donnant des prismes</p><p>obliques, des tablettes ou des aiguilles (raphides) en faisceaux, les autres dans le syst�me quadratique (prismes droits � base carr�e, octa�dres souvent macl�s). Ces diverses formes, faciles � reconna�tre au microscope optique, seraient dues aux variations du pH de la cellule. Parfois, le tonoplasme �labore de la cellulose ou se sub�rifie et isole ainsi les cristaux dans une poche qui se soude � la paroi (cystolithe).</p><p>On reconna�t aussi d�autres subs-</p><p>tances organiques : des glucides, parmi lesquels de petites quantit�s de glucose et de fructose (fruits sucr�s), de saccharose (Betterave, Canne � sucre), de maltose (Mercuriale, graines en germination). L�inuline (polyholoside) existe dans la vacuole sous forme collo�dale ; elle abonde chez les Compos�es et les Campanulac�es.</p><p>Les protides, toujours pr�sents, se trouvent sous forme soluble : acides amin�s, prot�ides. Des solutions collo�dales d�holoprot�ines constituent la masse de fond colorable par le rouge neutre. Certaines vacuoles, chez les-graines en formation, en sont particuli�rement riches ; � ce stade, les cellules ont tendance � se d�shydrater en ne gardant que de 5 � 10 p. 100 d�eau ;</p><p>les substances protidiques se condensent, puis se d�shydratent, constituant les grains d�aleurone, provenant de la fragmentation de la grande vacuole initiale. On reconna�t dans le grain d�aleurone une substance de fond, homog�ne, riche en soufre et en acide phosphorique, parfois accompagn�e d�inclusions globuleuses (globo�des) constitu�es de phytine et non protidiques (L�gumineuses, Graminac�es) ; en outre, chez la Courge, le Ricin, des Palmiers, des Euphorbiac�es..., on voit des inclusions polygonales (cristal-lo�des) de nature prot�ique, auxquelles s�ajoutent, chez les Ombellif�res, des cristaux d�oxalate. Au moment de</p><p>la germination, les cellules se r�hydratent, les globo�des et les cristal-lo�des se dissolvent, les vacuoles ainsi reconstitu�es confluent, et la grande vacuole, caract�ristique des cellules v�g�tales, r�appara�t. On d�c�le en outre dans les vacuoles, diversement distribu�es parmi les esp�ces, des compos�s aromatiques (v. s�cr�tion) tels que les tanins et les tano�des, des pigments anthocyaniques, ou flavones, et aussi des alcalo�des.</p><p>Les vacuoles jouent plusieurs r�les importants dans les cellules. Riches en eau, elles constituent une r�serve importante (98 p. 100 de l�eau de la plante) et permettent, gr�ce au ph�no-m�ne d�osmose, de maintenir un �quilibre de pression (pression osmotique avec le milieu ext�rieur ; en effet, si downloadModeText.vue.download 121 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11332</p><p>le suc vacuolaire est plus concentr�, un appel d�eau, qui gonfle la vacuole, repousse le cytoplasme contre la paroi cellulosique ; cette derni�re se tend er r�sistant � la pouss�e : c�est le ph�no-m�ne de turgescence. � l�inverse, si le contenu vacuolaire est moins concentr� que l�ext�rieur, il c�de de l�eau, et la vacuole se r�tracte en entra�nant le cytoplasme, qui se d�colle et ne reste alors souvent attach� qu�en quelques points de la paroi cellulosique (plasmolyse) ; l�eau traverse alors le tonoplasme, le cytoplasme et la membrane cytoplasmique. Les substances dis-</p><p>soutes, de masse molaire assez faible, peuvent, de m�me, par dialyse � travers ces m�mes �paisseurs, p�n�trer ou sortir de la cellule. Cependant, le tonoplasme est dou� de perm�abilit� s�lective partielle et, de ce fait, il est capable de s�opposer au passage de certaines substances : la vacuole peut alors accumuler certains ions (l�Algue Nitella clavata retient des proportions importantes de Cl&#x2212;, de Na+, de K+, de Mg++, de PO4&#x2212;&#x2212;, jusqu�� 900 fois la quantit� contenue dans l�eau o� elle vit). Des ph�nom�nes semblables ont �t� retrouv�s chez les v�g�taux sup�-</p><p>rieurs a�riens. La pression osmotique habituelle (�quilibre avec une solution isotonique) au niveau du suc vacuolaire est tr�s variable d�une esp�ce � l�autre, de 3 � 100 atmosph�res. Dans la nature, sauf accident, elle est toujours l�g�rement sup�rieure � celle du milieu ambiant, ce qui assure un appel d�eau vers la cellule et la maintient en l�g�re turgescence. C�est par appel de sels min�raux pr�lev�s � l�ext�rieur et n�cessitant une d�pense d��nergie que la cellule reste dans cet �tat (�pict�se).</p><p>Les vacuoles sont aussi un lieu de r�serves de substances utiles (glucides, protides) et �galement un lieu d�accumulation de d�chets souvent toxiques (tanins, alcalo�des, h�t�rosides)</p><p>[v. s�cr�tion].</p><p>Chez les Cyanophyc�es (Algues</p><p>bleues), on trouve de nombreuses</p><p>petites vacuoles, non visibles sur le vivant, mais mises en �vidence par la coloration ; celles-ci sont riches en A. R. N. associ� � des phosphates (m�tachromatine) ; on en conna�t �galement chez certains Champignons et Bact�ries. Chez d�autres Algues, on retrouve souvent de vastes vacuoles, mais, chez certains �tres unicellulaires (Diatom�es), elles sont assez r�duites. Les Algues flagell�es poss�-</p><p>dent, comme certains Protozoaires, des vacuoles pulsatiles, qui apparaissent et s�accroissent dans certaines zones privil�gi�es du cytoplasme, puis rejettent brusquement leur contenu � l�ext�rieur.</p><p>Ces vacuoles auraient un r�le excr�teur et r�gulateur de pression osmotique en �liminant l�exc�s d�eau. D�autres Algues absorbent des proies et les di-g�rent dans des vacuoles digestives.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>vagabondage</p><p>�tat d�un individu ne poss�dant ni domicile* certain, ni moyens de subsistance et n�exer�ant habituellement ni m�tier, ni profession.</p><p>C�est donc un �tat de fait plus qu�un acte d�lictueux. Ce mode de vie est, cependant, r�prim� depuis l�Antiquit� en raison du risque social qu�il repr�-</p><p>sente et se trouve qualifi� de d�lit* par le Code p�nal. Le nombre des vagabonds a beaucoup diminu� depuis le d�but du si�cle. On note d�ailleurs une �volution : apr�s avoir �t� longtemps l�apanage d�infirmes, de d�biles mentaux, de ch�meurs ou de paresseux, le vagabondage est maintenant souvent pratiqu� par de jeunes oisifs (les hippies) qui voyagent sans argent et mendient pour vivre.</p><p>Pour qu�un tribunal retienne l�inculpation de vagabondage, le procureur doit �tablir les trois �l�ments constitutifs du d�lit : 1o l�absence de domicile certain et actuel ; 2o l�absence de moyens de subsistance (la loi se pr�occupe moins de l�importance de la somme dont on dispose que de son origine avouable : ainsi, la possession de ressources immorales par le vol, la prostitution personnelle ou d�autrui n��vite pas la poursuite) ; 3o le d�faut de m�tier ou de profession (celui-ci doit �tre habituel et ne pas r�sulter d�une infirmit�, de l��ge ou d�un �tat de sant�).</p><p>Les peines diff�rent selon les circonstances du d�lit : a) le vagabondage simple est puni d�un emprisonnement de trois � six mois ; b) si le vagabond est nanti de certaines sommes dont il ne justifie pas la provenance, il est passible de six mois � deux ans de prison ; c) s�il est trouv� d�guis� ou porteur d�armes ou d�instruments d�effraction, ou s�il a exerc� ou tent� d�exercer des violences, la peine pr�vue est de deux � cinq ans de prison, allant jusqu�� la r�clusion criminelle si ces deux conditions se trouvent r�unies. Pour les vagabonds de nationalit� �trang�re s�ajoute toujours l�expulsion du territoire national.</p><p>Le vagabondage des mineurs de dix-huit ans ne peut donner lieu qu�� des mesures de surveillance et d�assistance d�cid�es par le juge des enfants : environ 2 000 mineurs fran�ais sont dans ce cas chaque ann�e.</p><p>Depuis la loi du 13 avril 1946</p><p>(v. prostitution), on ne doit plus employer le vocable vagabondage sp�-</p><p>cial, autrefois d�lit propre au souteneur et qualifi� d�sormais de prox�n�tisme.</p><p>Les criminologues s�interrogent sur l�opportunit� du maintien de l�incrimination de vagabondage : il appara�t, en effet, que le vagabondage se r�sorbe plus par l�application de mesures sociales (centres de reclassement pour les valides, foyers, aide* sociale pour les handicap�s ou pour les inadapt�s) que par une r�pression qui n�apporte pas de solution d�finitive pour la majorit� des sujets vis�s.</p><p>M. L. C.</p><p>Vague (Nouvelle)</p><p>Avant que Fran�oise Giroud l�emploie dans un article de l�Express pour qualifier un mouvement cin�matographique, l�expression Nouvelle Vague d�signait d�une mani�re g�n�rale tout ce qui semblait un peu nouveau ou qui paraissait en rupture, m�me superficielle, avec la soci�t� telle qu�elle s��tait r�install�e quelques ann�es apr�s la fin de la Seconde Guerre mondiale.</p><p>La formule convenait donc parfaitement pour �voquer un groupe plus ou moins uni de jeunes cin�astes qui s�in-surgeaient en force contre un cin�ma fran�ais dit � de qualit� �, mais d�une m�diocrit� singuli�re, aussi bien formellement que th�matiquement.</p><p>Une revue, les Cahiers du cin�ma, allait se trouver au centre de ce mouvement, dont les admirations fr�n�tiques pour le cin�ma am�ricain, qu�il �tait alors de bon ton de traiter par l�ironie ou le m�pris, allaient de pair avec une d�fense passionn�e de la notion d�auteur de films. La Nouvelle Vague, cependant, ne fut pas � proprement parler une �cole, ni m�me un v�ritable mouvement, mais bien plut�t un moment,</p><p>intense et finalement assez m�t�orique, de l�activit� cin�matographique fran-</p><p>�aise, que l�on peut sch�matiquement situer, quant aux dates, entre 1958 et 1964.</p><p>Pendant ces six ann�es, un certain nombre de nouveaux r�alisateurs, pour la plupart issus de la critique, s�acharn�rent � d�truire la forteresse que le cin�ma et son industrie constituaient � l��poque. La Nouvelle Vague permit l��closion de nouveaux metteurs en sc�ne, qui s�impos�rent aux c�t�s de r�alisateurs d�j� consacr�s et qui renouvel�rent, dans une certaine mesure, l�art du film.</p><p>Au moins dans un premier temps,</p><p>les cin�astes de la Nouvelle Vague par-vinrent � imposer leurs premiers longs m�trages par des budgets relativement modestes : � bout de souffle (1959) de J.-L. Godard, le Beau Serge de Claude Chabrol et les Quatre Cents Coups de Fran�ois Truffaut � pour citer les oeuvres des metteurs en sc�ne issus de la r�daction des Cahiers du cin�ma qui eurent d�embl�e le plus de succ�s au-pr�s du public � sont des r�alisations qui devaient, � l��poque, avoisiner les cinquante millions anciens. D�autres r�alisateurs, eux aussi anciens critiques de la m�me revue, n�eurent pas la chance de voir leurs films couronn�s de succ�s. Il en fut ainsi du Signe du Lion d��ric Rohmer, du Bel �ge (1958) de Pierre Kast (n� en 1920, qui avait auparavant tourn� un premier long m�trage � commercial �, Un amour de poche, en 1957), de l�Eau � la bouche (1959) de Jacques Doniol-Valcroze (n� en 1920) et de Paris nous appartient de Jacques Rivette. En plus de leur faible co�t, tous ces films avaient en commun qu�ils �taient avant tout des oeuvres �crites par leurs r�alisateurs, rendant soudain caduque la notion de sc�nariste.</p><p>Le parti pris du film � bon march� �</p><p>permit � la Nouvelle Vague d�ac-</p><p>cueillir dans ses rangs des cin�astes qui ne venaient pas de la critique cin�matographique, mais du montage ou d��coles de cin�ma, comme Agn�s Varda, dont la Pointe courte reste un des films les plus personnels, Alain Resnais, qui avait tourn� d�in-</p><p>nombrables courts m�trages avant de signer Hiroshima mon amour (1959), et m�me Jean-Pierre Melville, dont les m�thodes de tournage, l�ind�pendance et l�originalit� firent, du Silence de la mer (1948) � Bob le flambeur (1955) et Deux Hommes dans Manhattan (1958), un pr�curseur du mouvement.</p><p>L��quipe des Cahiers du cin�ma</p><p>tenta �galement d�� annexer � des r�alisateurs plus �g�s, tels Chris Marker (n� en 1921), ancien romancier devenu sp�cialiste du reportage � romanc� �</p><p>avec Lettre de Sib�rie (1958), Description d�un combat (1960), Cuba Si (1961) et le Joli Mai (1962), ou Georges Franju (n� en 1912), qui signa downloadModeText.vue.download 122 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11333</p><p>son premier long m�trage, la T�te contre les murs, en 1958.</p><p>De leur c�t�, encourag�s par le</p><p>succ�s de ces films � petit budget qui rapportaient beaucoup plus que de dispendieuses superproductions, les producteurs donn�rent leur chance � une centaine de nouveaux venus. C�est ainsi que, succ�dant � Roger Vadim �</p><p>�tiquet� cin�aste de la Nouvelle Vague depuis Et Dieu cr�a la femme, tourn� pourtant en 1956 �, des cin�astes comme Michel Deville (Ce soir ou</p><p>jamais), Philippe de Broca (les Jeux de l�amour), Jacques Demy (Lola), Jean-Pierre Mocky (n� en 1929) [les Dra-gueurs, 1959], Louis Malle (Ascenseur pour l��chafaud) et m�me �douard</p><p>Molinaro (n� en 1928) [le Dos au mur, 1957 ; Une fille pour l��t�, 1959] se trouv�rent quasiment int�gr�s, � leur corps d�fendant, dans un mouvement auquel allait, certes, leur sympathie, mais dont ils se d�solidaris�rent rapidement.</p><p>Ce moment somme toute privil�gi�</p><p>du cin�ma que constitue, au regard d�aujourd�hui, la Nouvelle Vague se prolongea par le succ�s de Jules et Jim de Fran�ois Truffaut, qui abandonnait l� l�autobiographie d�guis�e qui venait de causer l�insucc�s de son Tirez sur le pianiste, l�interdiction du Petit Soldat</p><p>de Godard, les �checs commerciaux de Godelureaux et des Bonnes Femmes</p><p>de Chabrol, le triomphe international, d� au snobisme pour une bonne part, de l�Ann�e derni�re � Marienbad, que Resnais r�alisa d�apr�s un sc�nario d�Alain Robbe-Grillet. Parall�lement, divers � isol�s � se r�v�l�rent, tel le Robert Enrico (n� en 1931) de la Ri-vi�re du hibou (court m�trage, 1961) et de la Belle Vie (1963), qui fut un des seuls films du moment, avec le Petit Soldat (1960) et Muriel (1962) de Resnais, � �voquer la guerre d�Alg�rie, tels aussi le Jacques Deray (n� en 1929) du Gigolo (1960), le Michel Drach (n� en 1930) d�On n�enterre pas le dimanche (prix Louis Delluc, 1959), l�Alain Cavalier (n� en 1931) du Combat dans l��le (1962) ou le Paul Paviot (n� en 1926) de Pantalaskas (1959).</p><p>La Nouvelle Vague, qui n�a jamais, au fond, �labor� de vraie th�orie du cin�ma � mettre en application, a surtout innov� sur le plan de la technique du film : refus des �clairages traditionnels, montage ax� avant tout sur le faux raccord (d�o� l�importance d�� bout de souffle), emploi d�une pellicule plus rapide et de cam�ras plus l�g�res, tournage quasi syst�matique en ext�rieurs, d�couverte de com�diens neufs et talentueux (Jean-Paul Belmondo, G�rard Blain, Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et m�me Jeanne Moreau, dont la carri�re cin�matographique, jusque-l�, se r�v�lait d�cevante).</p><p>Sur le plan th�matique, en revanche, il semble bien que les cin�astes de la Nouvelle Vague, Resnais ou Godard except�s, n�aient pas apport� de substance tr�s enrichissante. Par leurs origines sociales et culturelles, les metteurs en sc�ne des ann�es 60 sont de petits ou de moyens bourgeois, et ils se contentent de d�crire avec tendresse (Pierre Kast dans la Morte-Saison des amours, 1960) ou cruaut� (le Chabrol des Bonnes Femmes) le milieu qui est le leur.</p><p>Il est m�me assez probable que, pour un historien du futur, le jeune cin�ma de la Nouvelle Vague ne se diff�ren-ciera gu�re, au niveau du contenu, de ce cin�ma de la qualit� (dialogu� par Jean Aurenche et Pierre Bost) que Fran-</p><p>�ois Truffaut, dans ses articles, vouait aux g�monies. Et le sujet d�� bout de souffle n�est-il pas une variation sur le th�me de Quai des brumes ou de P�p� le Moko ? Si, par la suite, Jean-Luc Godard s�est de plus en plus �loign� des circuits traditionnels pour oeuvrer m�me au sein du cin�ma militant, force est de constater que Claude Chabrol et Fran�ois Truffaut se sont rapidement gliss�s � l�int�rieur du cin�ma commercial, celui-l� m�me qu�ils avaient d�cid� de faire dispara�tre quand ils �taient critiques. Landru ou la Femme infid�le de Chabrol, La mari�e �tait en noir ou la Nuit am�ricaine de Truffaut sont des oeuvres estimables, mais rien moins que r�volutionnaires. Il en est de m�me pour les � Contes moraux �</p><p>d��ric Rohmer, qui a connu un suc-c�s tardif et m�rit� pour Ma nuit chez Maud et le Genou de Claire, aust�res et pr�cieuses histoires d�amour qui tentent de retrouver le classicisme du XVIIIe s.</p><p>Tandis que Michel Deville, avec</p><p>Benjamin et Rapha�l ou le D�bauch�, retrouve une audience qui lui faisait d�faut depuis ses premiers films, que Philippe de Broca et Roger Vadim</p><p>vont toujours plus profond dans des entreprises commerciales (le Magnifique pour le premier, Don Juan pour le second), que Resnais tourne de loin en loin un film, r�ussi (La guerre est finie, 1965) ou contest� (Stavisky, 1973), que de jeunes fous de cin�ma viennent grossir les rangs des anciens de la Nouvelle Vague (Claude Lelouch est du nombre, d�s 1964, avec Une fille et des fusils), que d�autres ne parviennent pas � tenir leurs promesses (le Claude de Givray [n� en 1933] de l�Amour � la cha�ne, 1965 ; l�Alain Jes-sua [n� en 1932] de la Vie � l�envers, 1963), quelques cin�astes s�acharnent � demeurer fid�les � eux-m�mes et travaillent en francs-tireurs : ainsi Jacques Rivette qui, apr�s un d�tour par le film de (plus) grande audience (Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot), est revenu aux m�thodes du cin�ma direct et de l�improvisation (l�Amour fou, Out one, C�line et Julie vont en bateau), ou Marcel Hanoun (n� en 1929), qui se situe volontairement en marge de la production avec des films comme Une simple histoire (1957), l�Authentique</p><p>Proc�s de Carl-Emmanuel Jung (1967) ou l�Automne (1972).</p><p>Que reste-t-il aujourd�hui de la Nouvelle Vague ? De tr�s grands succ�s (�</p><p>bout de souffle, Hiroshima mon amour, Cleo de 5 � 7 de A. Varda ou les Parapluies de Cherbourg de J. Demy), une fa�on insolite et insolente de pratiquer le r�alisme (inspir�e de Jean Renoir et de Roberto Rossellini), une tendance persistante � traiter de sujets souvent superficiels. Mais il faut surtout mettre � son actif un rajeunissement radical du cin�ma fran�ais, la d�couverte d�auteurs � l�univers personnel, � l��criture originale (m�me en surface), la d�fense de certains secteurs du ci-n�ma consid�r�s comme non existants (l�ethnologie et la sociologie avec Jean Rouch [v. documentaire], le p�re du</p><p>� cin�ma-v�rit� � [Moi un Noir, 1958 ; Chronique d�un �t�, 1960] ; le comique de po�sie h�ritier de Jacques Tati avec le Pierre �taix du Soupirant, 1962). Si, � quelques exceptions pr�s (Godard, Resnais), la rupture que fut la Nouvelle Vague se fit dans la continuit� de la tradition, elle n�en fit pas moins entendre des voix neuves. Que celles-ci se soient tues ou singuli�rement affaiblies depuis ne change rien � l�affaire.</p><p>M. G. et J.-L. P.</p><p>&amp; A. S. Labarthe, Essai sur le jeune cin�ma fran�ais (le Terrain vague, 1961). / J. Siclier, Nouvelle Vogue ? (�d. du Cerf, 1961).</p><p>Les principaux</p><p>r�alisateurs de la</p><p>nouvelle vague</p><p>Alexandre Astruc (Paris 1923).</p><p>Principaux films : le Rideau cramoisi (moyen m�trage, 1951), les Mauvaises Rencontres (1955), Une vie (1958), la Proie pour l�ombre (1960), l��ducation sentimentale (1961), la Longue Marche (1966), Flammes sur l�Adriatique (1968).</p><p>Philippe de Broca (Paris 1933). Principaux films : les Jeux de l�amour (1959), le Farceur (1960), l�Amant de cinq jours (1960), Cartouche (1961), l�Homme de Rio (1963), Un monsieur de compagnie (1964), les Tribulations d�un Chinois en Chine (1965), le Roi de coeur (1966), le</p><p>Diable par la queue (1968), les Caprices de Marie (1969), la Poudre d�escampette (1971), Ch�re Louise (1971), le Magnifique (1973).</p><p>Claude Chabrol (Paris 1930). Principaux films : le Beau Serge (1958), les Cousins (1959), � double tour (1959), les Bonnes Femmes (1960), les Godelureaux (1960), l�OEil du malin (1961), Ophelia (1962), Landru (1962), Le tigre aime la chair fra�che (1964), la Ligne de d�marcation (1966), le Scandale (1966), la Route de Corinthe (1967), les Biches (1968), la Femme infid�le (1968), Que la b�te meure (1969), le Boucher (1969), la Rupture (1970), Juste avant la nuit (1970), la D�cade prodigieuse (1971), Docteur Popaul (1972), les Noces rouges (1972), Nada (1973), Une partie de plaisir (1974), les Innocents aux mains sales (1974), Folies bourgeoises (1976).</p><p>Jacques Demy (Pont-Ch�teau 1931).</p><p>Principaux films : Lola (1960), la Baie des Anges (1962), les Parapluies de Cherbourg (1963), les Demoiselles de Rochefort (1966), Model Shop (1968), Peau-d��ne (1970), le Joueur de fl�te (1972).</p><p>Michel Deville (Boulogne-sur-Seine 1931). Principaux films : Ce soir ou jamais (1960), Adorable Menteuse (1961), � cause, � cause d�une femme (1962), Lucky Jo (1964), Benjamin (1967), Bye bye Barbara (1968), l�Ours et la poup�e (1969), Rapha�l ou le D�bauch� (1971), la Femme en bleu (1972), le Mouton enrag� (1973), l�Apprenti-salaud (1976).</p><p>Jean-Luc GODARD. V. l�article.</p><p>Claude Lelouch (Paris 1937). Principaux films : le Propre de l�homme (1960), Une fille et des fusils (1964), Un homme et une femme (1965), Vivre pour vivre (1967), la Vie, l�amour, la mort (1968), Un homme qui me pla�t (1969), le Voyou (1970), Smic, Smac, Smoc (1971), L�aventure, c�est l�aventure (1792), la Bonne Ann�e (1973), Toute une vie (1974), Mariage (1974), le Bon et les m�chants (1975).</p><p>Louis Malle (Thumeries, Nord, 1932).</p><p>Principaux films : Ascenseur pour l��chafaud (1957), les Amants (1958), Zazie dans le m�tro (1960), Vie priv�e (1961), le Feu follet (1963), Viva Maria (1965), le Voleur (1966), le Souffle au</p><p>coeur (1970), Lacombe Lucien (1973), Black Moon (1975).</p><p>Jean-Pierre Melville. V. FRANCE [le Cin�ma fran�ais].</p><p>Alain RESNAIS. V. l�article.</p><p>Jacques Rivette (Rouen 1928). Principaux films : Paris nous appartient (1958), la Religieuse (1966), l�Amour downloadModeText.vue.download 123 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11334</p><p>fou (1968), Out one (1970-1972), C�line et Julie vont en bateau (1974).</p><p>�ric Rohmer (Jean-Marie Maurice</p><p>Scherer, dit) [Nancy 1920]. Principaux films : le Signe du Lion (1959), la Collectionneuse (1966), Ma nuit chez Maud (1968), le Genou de Claire (1970), l�Amour l�apr�s-midi (1972), la Marquise d�O (1976).</p><p>Jacques Rozier (Paris 1926). Principaux films : Adieu Philippine (1961), Du c�t� d�Orouet (1970).</p><p>Fran�ois Truffaut (Paris 1932). Principaux films : les Mistons (1957, court m�trage), les Quatre Cents Coups (1959), Tirez sur le pianiste (1960), Jules et Jim (1961), la Peau douce (1963), Fahren-heit 451 (1966), La mari�e �tait en noir (1967), Baisers vol�s (1968), l�Enfant sauvage (1969), la Sir�ne du Mississippi (1969), Domicile conjugal (1970), Deux Anglaises et le continent (1971), la Nuit am�ricaine (1973), l�Histoire d�Ad�le H.</p><p>(1975), l�Argent de poche (1976).</p><p>Roger Vadim (Roger Vadim Plemian-</p><p>nikov, dit) [Paris 1928]. Principaux films : Et Dieu cr�a la femme (1956), Sait-on jamais (1957), les Bijoutiers du clair de lune (1958), les Liaisons dangereuses 1960 (1959), Et mourir de plaisir (1960), le Repos du guerrier (1962), le Vice et la vertu (1963), Ch�teau en Su�de (1963), la Ronde (1964), la Cur�e (1965), Barbarella (1967), Si tu crois fillette (1970), Hell� (1972), Don Juan 73</p><p>(1972), la Jeune Fille assassin�e (1974).</p><p>Agn�s Varda (Bruxelles 1928). Princi-</p><p>paux films : la Pointe courte (1954), Du c�t� de la C�te (1958, court m�trage), Cl�o de 5 � 7 (1961), le Bonheur (1965), Lions�Love (1969), L�une chante, l�autre pas (1976).</p><p>Vaillant (�douard)</p><p>F COMMUNE (la).</p><p>Valachie</p><p>En roum. &#x162;ara rom�neasc&#x103;, ancienne principaut� danubienne qui a form� avec la Moldavie* le royaume de</p><p>Roumanie*.</p><p>La p�riode romaine</p><p>et pr�f�odale</p><p>Au Ier s. av. J.-C., les diverses tribus install�es dans la zone intracarpatique, la plaine valaque, l�Olt�nie et la Moldavie s�unissent pour former un �tat, la Dacie*. Une campagne victorieuse men�e par Trajan contre les Daces permet � Rome d�annexer leur pays, qui devient province romaine (106).</p><p>Mais, au cours de la crise que traverse l�Empire au IIIe s., les l�gions romaines doivent abandonner la province (271) qui est d�s lors livr�e � l�anarchie et dont l�histoire est alors tr�s mal connue.</p><p>Pendant la p�riode pr�f�odale, le territoire de l�ancienne Dacie est travers� par des vagues de populations. Parmi ces peuples, les Slaves, qui p�n�trent dans la r�gion au VIIe s., s�y �tablissent d�finitivement et contribuent au d�veloppement de formations politiques.</p><p>L��tat f�odal</p><p>de Valachie et la lutte</p><p>anti-ottomane</p><p>(d�but du XIVe s. - 1714)</p><p>La cr�ation de la vo�vodie de Valachie (&#x162;ara Rom�neasc&#x103;) r�sulte de l�unification, au d�but du XIVe s., des diverses organisations politiques (vo�vodies, knezats, � pays �) sises entre les Carpates et le Danube. Jean Basarab (ou Basarab Ier) [v. 1322-1352] pose les bases de la principaut� naissante, lutte avec succ�s contre les Tatars (1325-1328) et met en �chec l�arm�e de son suzerain, le roi de Hongrie Charles Ier</p><p>Robert, � Posada (1330). Cette bataille consacre l�ind�pendance du nouvel �tat f�odal de Valachie, dont l�existence politique est menac�e d�s la fin du XIVe s. par les Ottomans* : en 1394, Bayezid Ier envahit la principaut� et contraint le prince valaque Mircea le Vieux (1386-1418), vaincu � Nicopolis (25 sept. 1396), � se reconna�tre tributaire de la Porte, tout en conservant cependant une certaine autonomie. En 1444 et en 1448, les Valaques tentent de se soulever contre les Turcs. Ils r�cidivent en 1461-62, sous le r�gne du terrible vo�vode Vlad l�Empaleur (1456-1462 et 1476), et attaquent les troupes de Mehmed II, mais ils sont vaincus, et les Ottomans leur imposent un joug plus pesant.</p><p>Toutefois, la Valachie conserve son autonomie interne, son prince et le libre exercice de sa religion. Le vo�-</p><p>vode continue d��tre �lu par l�archev�que m�tropolitain et les nobles ; le Sultan se r�serve le droit de confirmation et exige un lourd tribut. Au cours du XVIe s., les Turcs durcissent leur domination. Aussi le vo�vode Michel le Brave (1593-1601) soul�ve-t-il le pays contre ses oppresseurs (1594). Alli� du prince de Transylvanie*, Sigismond B�thory, et du vo�vode de Moldavie, il prend la forteresse de Giurgiu (1595) et, apr�s plusieurs ann�es de lutte, parvient � chasser les Turcs de Valachie (1598).</p><p>Poursuivant ses succ�s, il conquiert la Transylvanie avec l�aide de l�empereur Rodolphe II de Habsbourg (1599) et, apr�s l�annexion de la Moldavie, r�alise pour la premi�re fois l�union de tous les Roumains (1600). Cette p�riode glorieuse est de courte dur�e ; gris� par son triomphe, Michel veut tenir t�te � l�empereur, qui le fait assassiner (1601).</p><p>Apr�s lui, les Turcs reviennent en force et imposent un nouveau tribut. Le vo�vode Matei Basarab (1632-1634) lutte encore avec vigueur pour l�ind�-</p><p>pendance. En 1711, la protection de la Russie sur la Valachie contrebalance la puissance turque. Mais, pour avoir sign� avec Pierre le Grand un trait� anti-ottoman, le vo�vode Constantin Br�ncoveanu est ex�cut� � Constanti-</p><p>nople (1714).</p><p>Les XVIe et XVIIe s. sont des p�riodes brillantes en ce qui concerne le d�veloppement culturel et les r�alisations artistiques en Valachie. � Bucarest*, choisie d�finitivement comme capitale en 1659, les vo�vodes m�nent une vie de cour fastueuse ; ils favorisent l�instruction, fondent des �coles, et la premi�re imprimerie bucarestoise est cr��e en 1678. En ce domaine, c�est surtout l�action de Matei Basarab qui est remarquable. En m�me temps, de belles �glises et de riches monast�res sont �difi�s. Le prince Constantin Br�ncoveanu favorise �galement les arts et les sciences ; il fait venir les architectes italiens en Valachie et fonde de nombreuses imprimeries.</p><p>La Valachie sous</p><p>le r�gime phanariote</p><p>(1716-1821)</p><p>Apr�s la mort du dernier vo�vode de Valachie, les Turcs confient l�administration du pays � des hospodars nomm�s pour trois ans et pris dans des familles grecques de Constantinople, les Phanariotes. Malgr� l�abolition du servage en 1756 par Constantin Ma-vrocordato (1711-1769), hospodar de Moldavie et de Valachie, le sort des Valaques reste mis�rable. Les hautes classes de la soci�t� sont contamin�es par le luxe des Phanariotes ; elles s�hell�nisent ou s�orientalisent au d�triment de leurs sentiments nationaux.</p><p>Mais, dans la seconde moiti� du</p><p>XVIIIe s., une autre influence commence � se faire sentir en Valachie, celle de la Russie : par le trait� de Kutchuk-Ka�-</p><p>nardji (1774), Catherine II* se m�nage une possibilit� d�intervenir dans les affaires du pays. L�accord stipule, en effet, � que la Sublime Porte consent � ce que, suivant les circonstances, les ministres de la Cour imp�riale de Russie puissent parler en faveur des deux principaut�s � (Valachie et Moldavie).</p><p>Puis, en 1792, � la paix d�Ia&#x15F;i, et en 1802, la Russie obtient un certain droit de regard sur la nomination et la gestion des hospodars, qu�elle prot�ge de l�arbitraire de Constantinople. Lorsque, au m�pris de cette convention, l�hospodar Constantin Ypsilanti est r�voque par</p><p>les Turcs (1806), la Russie occupe la Valachie (1806-1812).</p><p>Mais, en ce d�but du XIXe s., l��veil d�une certaine conscience nationale am�ne le peuple roumain � lutter tant pour sa lib�ration sociale que pour sa lib�ration nationale. Afin de s��manciper de la tutelle ottomane, le mouvement r�volutionnaire de 1821, conduit par Tudor Vladimirescu (1780-1821), s�associe un moment � l�h�tairie, constitu�e en 1814 par le prince grec Al�xandhros Ypsil�ndis (ou Ypsilanti)</p><p>[v. Gr�ce]. Tudor Vladimirescu sou-l�ve l�Olt�nie, lib�re Bucarest (mars), mais se brouille avec les h�tairistes, qui le font ex�cuter (mai 1821). Toutefois, la r�volte de 1821 aboutit au remplacement des Phanariotes, ex�cutants fid�les des ordres de la Porte, par les princes autochtones (nomination de Grigore Dimitrie Ghica [1822-1828]).</p><p>Vers l�ind�pendance</p><p>et l�unit�</p><p>Alors qu��clate en 1828 une nouvelle guerre russo-turque, la Valachie est occup�e par les arm�es tsaristes. C�est pendant cette p�riode d�administration militaire russe (1828-1834) que sont jet�es les bases d�un gouvernement de type moderne : les � r�glements organiques � (1831-32) font �lire � vie l�hospodar par les grands boyards et instaurent des � assembl�es publiques �.</p><p>Mais, influenc�s par le mouve-</p><p>ment fran�ais de 1848, les Valaques, sous la conduite de r�volutionnaires tels que N. B&#x103;lcescu, A. G. Golescu, G. Magheru, s�insurgent (juin 1848) et renversent le prince Gheorge Bibescu (1804-1873) ; mais cette r�volte lib�-</p><p>rale et nationale suscite l�intervention militaire de la Porte et du gouvernement tsariste (sept.) : le trait� turco-russe de Baltaliman (1er mai 1849) restaure le r�gime du statut organique.</p><p>Apr�s l��chec de la r�volution de 1848, qui n�a pu satisfaire les aspirations nationalistes du peuple roumain, downloadModeText.vue.download 124 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11335</p><p>Valaques et Moldaves profitent des circonstances internationales (guerre de Crim�e, 1853-1856) pour essayer de r�aliser leur plan d�union. Le congr�s de Paris de 1856, qui r�unit � l�issue de la guerre de Crim�e les grandes puissances, pr�voit la consultation de toute la population roumaine sur le probl�me de l�union. Les deux assembl�es du peuple r�unies � cet effet � Ia&#x15F;i et � Bucarest (oct. 1857) se prononcent en faveur de la constitution d�un �tat national. Mais les puissances, tenant compte de l�opposition de la Turquie, de l�Autriche et de la Grande-Bretagne, refusent l�union des deux �tats (convention de Paris, ao�t 1858) et, sous le nom de � Principaut�s unies de Moldavie et de Valachie �, maintiennent la s�paration des deux pays, toujours plac�s sous la suzerainet� de la Porte. Alors, passant outre, le peuple roumain r�alise son unit� en �lisant (le 5 janvier 1859 en Moldavie et le 24 janvier en Valachie) le m�me prince r�gnant, Alexandre-Jean Cuza (1859-1866). La Turquie ent�rine cette d�cision en 1861. Le 4 janvier 1862, l�unit� constitutionnelle est l�galement proclam�e. Bucarest devient la capitale de l��tat moldavo-valaque dont l�histoire se confond d�sormais avec celle de la Roumanie.</p><p>C. de J.</p><p>F Moldavie / Ottomans / Roumanie / Russie /</p><p>Transylvanie.</p><p>&amp; R. W. Seton-Watson, A History of the Rou-manians (Cambridge, 1934 ; trad. fr. Histoire des Roumains, P. U. F., 1937).</p><p>Valadon</p><p>(Suzanne)</p><p>F UTRILLO (Maurice).</p><p>Valais</p><p>En allem. wallis, canton de Suisse ; 5 231 km 2 ; 217 000 hab. Capit. Sion.</p><p>La g�ographie</p><p>Le canton correspond approximativement � la zone de drainage du Rh�ne jusqu�au lac L�man. Il s��tend sur</p><p>120 km environ, du massif du Saint-Gothard au lac. De part et d�autre du fleuve, il est d�limit� par la haute montagne alpine, qui compte, � proximit�, de nombreux sommets d�passant 4 000 m. Mais la vall�e moyenne du Rh�ne ne se situe qu�� 500 m, ce qui montre l�ampleur des contrastes rencontr�s, � tous �gards, sur de petites distances. Le Valais correspond � la vallis (la vall�e) des Romains. C�est un canton montagnard dont la moiti� de la superficie est improductive.</p><p>Sur le plan morphologique, on peut distinguer trois r�gions : la partie montagneuse au nord du Rh�ne correspond essentiellement � la couverture secondaire, jurassique et cr�tac�e (c�est un �l�ment des Pr�alpes calcaires avec des ph�nom�nes karstiques nombreux) ; la vall�e proprement dite est due � des ph�nom�nes tectoniques de grande ampleur, son trac�, surtout dans la partie moyenne, se confondant avec la ligne de contact entre masses s�dimentaires et massifs cristallins ; la r�gion alpine au sud du Rh�ne est un �l�ment des massifs centraux cristallins ; les vall�es affluentes de rive gauche sont plus nombreuses que celles de rive droite et certaines sont suspendues au dessus de la vall�e principale (presque toutes sont de direction sud-nord et constituent des cellules montagnardes originales : val d�Anniviers, val d�H�rens, val d�Entremont, etc.).</p><p>La population, qui n��tait que de 82 000 habitants en 1850, s�est �lev�e � 207 000 en 1970. L�augmentation a �t� de 16,2 p. 100 entre les deux recensements de 1960 et de 1970 (augmentation voisine de la moyenne nationale).</p><p>Le Valais est un canton doublement frontalier : d�une part avec l��tranger, l�Italie et la France ; d�autre part, avec l�int�rieur, puisque un tiers de la population parle l�allemand (dans le Haut-Valais, o� il s�agit de Grisons ayant franchi les cols).</p><p>Sur le plan physique, le Valais pourrait �tre regroup� en une dizaine d�unit�s, correspondant aux d�pressions qui constituent autant de cellules intra-montagnardes. La montagne et l�eau sont les �l�ments essentiels de l�am�-</p><p>nagement de la r�gion par l�homme. �</p><p>l�origine, l�agriculture dominait. Les possibilit�s d�irrigation �taient les facteurs d�terminants de l��tablissement des communaut�s ; de l� aussi d�coule une certaine dispersion de l�habitat. Les alpages jouent un r�le consid�rable.</p><p>Les deux tiers de la surface agricole utile sont situ�s en zone de montagne.</p><p>L�exploitation des diff�rents �tages de v�g�tation donne lieu � des d�placements de travail incessants, d�une grande complexit�. L�exemple du</p><p>val d�Anniviers est devenu classique.</p><p>L��levage domine sur les pentes et les massifs. Nulle part ailleurs, en Suisse, l�agriculture n�est autant li�e � l�irrigation. Les vall�es de direction m�ridienne (pour les vall�es secondaires) sont dans une situation d�abri. Il en va de m�me pour la vall�e du Rh�ne, o�, gr�ce � un ensoleillement important, la vigne prosp�re (pr�s de 3 500 ha), surtout dans la partie moyenne. Une partie de la production est export�e.</p><p>En 1888 encore, plus de 80 p. 100</p><p>de la population active travaillaient dans l�agriculture. La proportion est inf�rieure � 15 p. 100 en 1975. Les deux tiers des quelque 15 000 exploitations agricoles sont situ�es dans les zones montagneuses, mais seulement 2 600 agriculteurs exercent ce m�tier � titre principal. On ne compte que 400 exploitations sup�rieures � 10 ha.</p><p>C�est indiquer les difficult�s de l�agriculture de montagne. Pourtant, et cela est r�v�lateur des efforts fournis, la disparition des exploitations agricoles est plus rapide dans la plaine que dans la montagne ; 39 p. 100 des subventions f�d�rales re�ues par le canton sont destin�s � l�agriculture.</p><p>L�industrialisation a transform� le Valais. Elle d�buta avec l�installation d�usines hydro�lectriques. Une partie de la production est dirig�e vers le Mittelland. Aujourd�hui, 48 p. 100</p><p>des actifs du canton sont employ�s dans l�industrie. Celle-ci se marque par des ateliers de petite et de moyenne taille. Le secteur secondaire a re�u une impulsion nouvelle � partir de 1960.</p><p>Il s�appuie sur les bourgs et les petites villes. M�tallurgie, textiles, industries alimentaires dominent.</p><p>C�est le secteur tertiaire qui traduit le mieux les progr�s du canton. Pr�s de 40 p. 100 des actifs y sont employ�s, contre 20 p. 100 en 1930. Commerce et tourisme ont ouvert le pays sur l��tranger. Quelques belles stations donnent au Valais une excellente image de marque : Super-Saint-Bernard, Champ�ry, Crans-sur-Sierre, L�tschental, Montana-Vermala, Saas Fee, Sion,</p><p>Zermatt, etc. Sur 4 millions de nuit�es (1972), plus de 55 p. 100 sont le fait de touristes �trangers. C�est le tourisme qui explique l�arr�t du d�peuplement de la montagne. Nombreux sont les paysans, les artisans, les ouvriers � accepter des touristes, � ouvrir une pension, � construire, � force d��conomies, un h�tel. Assez rares sont encore les h�teliers originaires d�autres r�gions.</p><p>Ainsi, le Valais appara�t comme un des cantons montagnards les plus vivants.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>La n�cropole de la Barmaz, � Collom-bey, les vestiges d�habitat d�couverts aux Grands-Pr�s, � Saint-L�onard attestent que les premiers habitants de la r�gion se fix�rent sur les balcons lat�raux de la vall�e du Rh�ne, qui, d�s les d�buts de notre civilisation, �tait un chemin de passage important.</p><p>Les autochtones de l��poque vers 2000</p><p>av. J.-C. se rattachaient au peuple li-gure ; un millier d�ann�es plus tard, les �trusques succ�d�rent aux Ligures et furent refoul�s � leur tour par les tribus celtiques qui franchirent les Alpes et s��tablirent dans la plaine du P�.</p><p>Quand les Romains p�n�tr�rent dans la vall�e par le Mons Jovis (Grand-Saint-Bernard), ils y trouv�rent quatre tribus : les Vib�res dans la r�gion orientale, les S�duniens, ou hommes des collines, au centre, les V�ragres sur l�axe du Saint-Bernard et les Nantuates dans la r�gion l�manique. Ces tribus arm�es fond�rent des centres popu-leux, qui donn�rent naissance � Sedu-num (Sion), � Octodurum (Martigny) et � Agaunum (Saint-Maurice). Ils se ligu�rent contre l�envahisseur romain ; une exp�dition du g�n�ral Galba, en 54 av. J.-C., pour occuper les cols du Grand-Saint-Bernard et du Simplon �choua, et les l�gionnaires durent se re-</p><p>tirer. Les aigles romaines ne revinrent qu�une quarantaine d�ann�es plus tard, sous Auguste. L�empereur Claude (41-54) octroya aux habitants du Valais le droit latin et les fondit en une seule cit�, � Civitas Vallensium �, avec Octodurum comme chef-lieu.</p><p>Les quatre si�cles de l�occupation romaine firent du Valais un pays civilis�. Octodurum devint une cit� importante au pied du col qui relia les deux parties de l�Empire, la germanique et la latine. Vers 302, une l�gion romaine compos�e de chr�tiens de la Th�ba�de, dont le chef �tait Maurice, fut massacr�e dans la r�gion d�Agaunum sur l�ordre de l�empereur Maximien. (Sur les ossements des martyrs s��leva plus tard l�abbaye de Saint-Maurice.) Avec cet �v�nement, le christianisme entra dans la vall�e. Le premier �v�que de la r�gion fut saint Th�odore (ou Th�odule, � 391).</p><p>Au d�but du Ve s., le Valais fit partie du royaume burgonde. Les Burgondes s��tant ralli�s � la religion catholique, Saint-Maurice devint l�une de leurs capitales. Dans le premier tiers du VIe s., les Francs (Clovis et ses fils) s�empar�rent du territoire et le rendirent tributaire. Martigny, si�ge �piscopal, tomba sous les pillages des Lombards, downloadModeText.vue.download 125 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11336</p><p>et, vers 585, l��v�que transf�ra son si�ge � Sion, qui fut promue capitale du Valais. En 888, le comte Rodolphe, gouverneur de la Bourgogne Transjurane, se fit couronner � Saint-Maurice roi d�un � royaume de Bourgogne �</p><p>qui contr�lait les pays transjurassiens et dont le Valais forma d�s lors un des comt�s.</p><p>Au xe s., l�expansion al�manique, par les cols du Nord, atteignit la partie orientale de la vall�e ; elle reflua jusqu�� Lo�che vers le XIIIe s., passa les cols du Sud et descendit en Italie (Tessin, Grisons, Tyrol). Le dernier roi de Bourgogne Transjurane, Rodolphe III, impuissant � assurer l�ordre dans son royaume, conf�ra en 999 les droits</p><p>cantonaux � l��v�que de Sion et � ses successeurs, acte qui doit �tre regard� comme la charte de fondation de</p><p>l��tat du Valais. Les �v�ques de Sion devinrent princes d�Empire, comtes et pr�fets d�un pays qui embrassait tout le bassin sup�rieur du Rh�ne.</p><p>Au XIIIe s., le mouvement communal qui agita l�Occident eut ses r�percussions dans le Valais. Les communes se group�rent en � dixains �, sortes de petits cantons qui arrachaient au prince-</p><p>�v�que peu � peu ses droits s�culiers.</p><p>Ces dixains organisaient des � plaids �</p><p>locaux et form�rent une di�te. Ainsi fut cr��e une petite r�publique compos�e d��tats presque autonomes ; l��v�que garda son titre, mais la r�alit� du pouvoir lui �chappa de plus en plus.</p><p>L�histoire du Valais est aussi mar-qu�e par des querelles du comte-</p><p>�v�que avec les ducs de Z�hringen et avec la maison de Savoie, qui voulait conqu�rir toute la vall�e du Rh�ne. En 1475 (bataille de la Planta, � Sion), les Valaisans, ligu�s avec les Bernois et les Soleurois, repouss�rent les Savoyards jusqu�� Saint-Maurice, puis jusqu�au lac L�man et au val d�Abondance. Le Bas-Valais devint bailliage du Haut-Valais, et celui-ci se germanisa de plus en plus. Au d�but du XVIe s., deux grandes personnalit�s, Mattha�s Schiner (v. 1470-1522) et Georges Supersaxo (v. 1450-1529), firent conna�tre le Valais au-del� des fronti�res du pays. Le premier, favori et conseiller des papes et des empereurs, ami et protecteur d��rasme, prit une part active aux guerres d�Italie contre la France ; �v�que de Sion, il fut nomm� cardinal par Jules II et dut se rendre en exil quand ses compatriotes, alli�s des Conf�d�r�s, sign�rent en 1516 le trait� de � paix perp�tuelle �</p><p>avec la France. Le second, condottiere, partenaire des Fran�ais, ma�tre et gouverneur du Valais pendant l�absence de son grand adversaire Schiner, connut quelques succ�s guerriers avant d��tre banni.</p><p>Le 12 mars 1529, le Valais fit alliance avec les cantons catholiques (Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwald, Zoug et Fribourg), dont l�influence, ajout�e � celle de la Savoie, parvint �</p><p>assurer la supr�matie du catholicisme sur le protestantisme, qui � patronn� par Berne � s��tait r�pandu dans certaines r�gions du pays.</p><p>La R�volution fran�aise, en ren-</p><p>dant la libert� au Bas-Valais (1798), repoussa l�influence al�manique jusque dans la r�gion de Lo�che. Apr�s deux insurrections sanglantes des Haut-Valaisans contre les troupes fran�aises (1798 et 1799), l�unit� politique du Valais s�institua dans le cadre de la � R�publique helv�tique �, et le pays devint plus tard, en 1802, par la volont� du Premier consul Napol�on Bonaparte une � R�publique libre</p><p>et ind�pendante � sous le protectorat des R�publiques fran�aise, cisalpine et helv�tique. En 1810, le Valais fut r�uni � l�empire de Napol�on sous le nom de � d�partement du Simplon �.</p><p>Quatre ans plus tard, la chute de l�Empereur rendit le pays � son destin : le 12 septembre 1814, le Valais devint le vingti�me canton de la Conf�d�ration suisse.</p><p>Pays ferm� sur lui-m�me, il avait v�cu pendant des si�cles une vie isol�e. Les lignes de chemin de fer, le percement du Simplon (1898-1905)</p><p>et du L�tschberg (1906-1913), l�am�-</p><p>lioration des routes de montagne (tunnel du Grand-Saint-Bernard) et de la plaine aux XIXe et XXe s. ouvrirent les premi�res br�ches.</p><p>H. O.</p><p>&amp; J. Gremaud, Documents relatifs � l�histoire du Valais (Payot, Lausanne, 1875-1898 ; 8 vol.).</p><p>/ H. Gay, Histoire du Valais (A. Jullien, Gen�ve, 1888 ; nouv. �d., 1903). / P. A. Grenat, Histoire moderne du Valais (Atar, Gen�ve, 1907).</p><p>/ H. Gay, Petite Histoire du Valais (A. Jullien, Gen�ve, 1910). / P. de Rivaz, Histoire contemporaine du Valais (Imhoff, Sion, 1950 ; 2 vol.).</p><p>/ J. Loup, Pasteurs et agriculteurs valaisans (Allier, Grenoble, 1965). / B. Willerval, Savoie, Valais, Val d�Aoste (Arthaud, 1965).</p><p>Val-de-Marne. 94</p><p>D�part. de la R�gion �le-de-France ; 244 km 2 ; 1 215 674 hab. Ch.-</p><p>l. Cr�teil. S.-pr. L�Ha�-les-Roses et Nogent-sur-Marne.</p><p>Le d�partement a �t� cr�� � l�occa-</p><p>sion du nouveau d�coupage administratif de la R�gion parisienne en huit d�partements (au lieu de trois), d�cid� par la loi du 10 juillet 1964 et le d�cret du 25 f�vrier 1965.</p><p>Il est l�un des trois d�partements limitrophes de Paris, appel�s, pour cette raison, � de la premi�re � ou � de la petite couronne �. Il s��tend de Vincennes et de Fontenay-sous-Bois, au nord, � la vall�e de l�Yerres, au sud, � celle de la Bi�vre, � l�ouest, et jusqu�aux limites inchang�es de la Seine-et-Marne, � l�est, c�est-�-dire qu�il englobe la bordure du plateau de Brie entre la Marne et l�Yerres. Il couvre approximativement un quart de la circonf�rence parisienne, avec, pour cette couronne, des distances maximales en largeur de 20 km � peine. Une trentaine de kilom�tres carr�s sont encore cultiv�s.</p><p>Les habitants sont r�partis entre 47 communes, dont 29 de l�ancienne Seine et 18 de l�ancienne Seine-et-Oise.</p><p>Sept communes ont plus de 50 000 habitants chacune (par ordre d�croissant : Vitry-sur-Seine, Saint-Maur-des-Foss�s, Champigny-sur-Marne, Ivry-sur-Seine, Cr�teil, Villejuif, Maisons-Alfort). La densit� moyenne avoisine 5 000 habitants au kilom�tre carr�. Le Val-de-Marne est le plus �tendu et le moins peupl� des trois d�partements de la petite couronne, mais aussi celui dont la population s�accro�t le plus vite (il devrait, avant 1980, d�passer la Seine-Saint-Denis, puis �tre talonn� par l�Essonne et les Yvelines).</p><p>Physiquement, son territoire est</p><p>constitu� essentiellement par la plaine de confluence Marne-Seine (35 m</p><p>d�altitude), les deux derniers m�andres de la Marne (de Champigny et de</p><p>Saint-Maur), l�extr�mit� du plateau de Brie (de 100 � 120 m) [entaill� du nord au sud par les vall�es du Mor-bras, du R�veillon et de l�Yerres], sur la rive gauche de la Seine (entre Seine et Bi�vre) par le plateau de Villejuif-Orly (80 � 120 m) et, dans le nord du d�partement, � Fontenay-sous-Bois, par l�extr�mit� sud du plateau de Montreuil (80 m).</p><p>Ce d�partement est le moins industrialis� des trois d�partements de la</p><p>petite couronne ; il ne renferme qu�un seul secteur industriel notable (� Ivry, � Vitry et � Choisy-le-Roi), surtout sur la rive gauche de la Seine entre le fleuve et la voie ferr�e d�Orl�ans, avec l�usine S. K. F. � Ivry, les centrales thermiques et l�usine Rh�ne-Poulenc � Vitry, les verreries de Choisy ; de l�autre c�t� de la Seine sont implant�es les biscuiteries d�Alfortville-Maisons-Alfort.</p><p>La partie du d�partement proche</p><p>de la capitale appartient �videmment � la banlieue parisienne, mais sept ou huit communes du plateau de Brie (par exemple La Queue-en-Brie, Boissy-Saint-L�ger, Santeny) restent encore en partie rurales et pr�sentent surtout un fort taux de boisement (de 40 � 50 p. 100) avec les bois Notre-Dame et ceux du ch�teau de Grosbois.</p><p>Les liaisons avec Paris furent longtemps m�diocres, sauf pour les communes desservies par la voie ferr�e d�Orl�ans (d�Ivry � Ablon) ou par celle de Lyon (jusqu�� Villeneuve-Saint-Georges). Toutefois, les �quipements en transports en commun ont �t� consid�rablement am�lior�s depuis dix ans avec la ligne du R. E. R. de Nation � Boissy-Saint-L�ger, le prolongement du m�tro du pont de Charenton � Cr�-</p><p>teil, l�autoroute du Sud � qui traverse le centre du plateau de Villejuif et dessert Orly et Rungis �, la rocade 186, de la Croix-de-Berny � Choisy-le-Roi.</p><p>Il s�y est ajout� r�cemment : l�autoroute A 4, qui, partie de la porte de Bercy et utilisant l�ancien canal Saint-Maurice au sud du bois de Vincennes, longe la rive sud de la Marne � Champigny, puis, � travers le plateau de Brie, se dirige droit vers l�est ; la branche du R. E. R. qui, de Fontenay-sous-Bois, atteint Noisy-le-Grand. On a �voqu� aussi une liaison rapide par m�tro a�-</p><p>rien porte d�Italie-a�roport d�Orly.</p><p>Le Val-de-Marne a conserv� long-</p><p>temps des activit�s agricoles non n�gligeables et originales, notamment des cultures mara�ch�res et florales, en particulier sur le plateau de Brie. C�est l�un des d�partements de la R�gion parisienne qui s�est le plus transform� : d�abord avec la r�alisation de la ville nouvelle de Cr�teil, devenue chef-lieu du d�partement et o� l�on a construit</p><p>une pr�fecture, cr�� une universit�, un h�pital tr�s moderne et de grande capacit� ; mais plus encore avec le d�veloppement d�un autre p�le, plus important par le nombre d�emplois, l�ensemble Orly-Rungis-Belle-�pine (a�roport d�Orly, qui conna�t encore le plus gros trafic de la R�gion parisienne ; march�-</p><p>gare de Rungis, o� ont �t� transf�r�es les Halles de Paris ; le Centre commercial r�gional de la Belle-�pine).</p><p>En outre, la r�novation du vieux</p><p>centre de Choisy, ville-pont et lieu de passage oblig�, la r�alisation de la ville nouvelle de Marne-la-Vall�e (essentiellement en Seine-et-Marne, mais dont la proximit� affectera tout le nord du d�partement), vont aussi contribuer downloadModeText.vue.download 126 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11337</p><p>� transformer tout ce secteur de la banlieue parisienne.</p><p>J. B.</p><p>F Vincennes.</p><p>Vald�s Leal</p><p>(Juan de)</p><p>Peintre espagnol (S�ville</p><p>1622 - id. 1690).</p><p>Un peu plus jeune que Murillo*, il est le dernier grand ma�tre andalou du</p><p>� si�cle d�or � et le plus r�solument baroque. C�est � Cordoue, o� se sont install�s ses parents (un Portugais et une Andalouse), qu�il grandit, se forme � la peinture et se marie en 1647. Son premier tableau connu, le Saint Andr� de l��glise San Francisco (1649), refl�te le style ferme et monumental du meilleur peintre local, Antonio del Castillo (1616-1668).</p><p>Durant la d�cennie suivante, d�importantes commandes monastiques �</p><p>dont l�� Histoire d��lie et d��lis�e �</p><p>et d�autres oeuvres rest�es en place au grand autel de l��glise du Carmen Calzado � Cordoue (1656-1658), ainsi que l�� Histoire de saint J�r�me � pour San Jer�nimo de Buenavista, pr�s de</p><p>S�ville, aujourd�hui dispers�e � attestent, avec la renomm�e croissante du peintre, son �volution rapide vers le baroque, ramen� d�Italie par Herrera*</p><p>le Jeune.</p><p>Fix� � S�ville en 1656, Vald�s</p><p>ne s�en �loignera que pour de rares voyages � Cordoue et � Madrid. Il a une vie ordonn�e de p�re de famille, d�artiste laborieux, aux cordes multiples.</p><p>En 1660, il est l�un des fondateurs de l�Acad�mie, qu�il dirige pendant plusieurs ann�es. Mais l�homme n�est pas facile : impulsif, col�rique, solitaire, ne pouvant, selon le paisible Murillo,</p><p>� souffrir ni sup�rieurs ni �gaux �, d�ailleurs g�n�reux et bienveillant pour les jeunes. Le z�nith de sa carri�re est marqu� par les deux fameuses all�gories des � Fins derni�res �, peintes pour l�hospice de la Caridad en 1672. Les ensembles ult�rieurs (� San Clemente, � la chapelle de l�h�pital des Venerables Sacerdotes) trahissent, plut�t que le d�clin, la n�gligence et la h�te.</p><p>Frapp� de paralysie en 1688, Vald�s Leal confie � son fils Lucas (v. 1664-1724), math�maticien et d�corateur, excellent fresquiste, l�ach�vement du cycle des Venerables.</p><p>Son oeuvre est in�gale autant que diverse. Bien que le peintre refl�te, m�me dans sa maturit�, les influences de Zurbar�n* et de Murillo, ses Immacul�es et ses Assomptions, alourdies de fleurs, d�orf�vreries, de saints et d�angelots, ignorent la gr�ce sobre de ces ma�tres.</p><p>Ses dominantes sont la fougue, l�opulence et l��clat, l�indiff�rence � la correction du dessin comme � la beaut� formelle, un expressionnisme parfois violent ou macabre. Vald�s se pla�t aux m�l�es furieuses (D�faite des Sarrasins, mus�e de S�ville), aux visions tumultueuses (�lie enlev� dans le char de feu, au Carmen de Cordoue). Mais il est aussi coloriste raffin�, jouant d�une gamme l�g�re o� vibrent vermillons, verts clairs et violets sur des fonds sourds et moelleux. La Flagellation et les Tentations de saint J�r�me (pour San Jer�nimo de Buenavista, au mus�e de S�ville) sont de chatoyants ballets</p><p>� � l�inverse des m�mes sujets trait�s par Zurbar�n avec une sculpturale gravit�. Le chromatisme de Vald�s prend parfois une valeur tragique, comme</p><p>dans ce Chemin du calvaire (mus�e de S�ville), o� les Saintes Femmes et saint Jean courent, �clatants, sous un ciel noir. Vald�s, pourtant, peut aussi faire r�sonner une note m�ditative, an-xieuse et m�lancolique : ainsi avec sa Procession de sainte Claire (mus�e de S�ville), d�fil� monochrome de nonnes blafardes et rigides, dont chacune est un admirable portrait, ou avec sa s�rie de religieux hi�ronymites (S�ville et autres mus�es), figures monumentales tendues vers le ciel, emport�es par un souffle ardent et triste.</p><p>Mais le temp�rament de Vald�s</p><p>trouve son expression la plus forte dans les th�mes de la mort et de la vanit� du monde. Non pas qu�il fasse figure de novateur avec les t�tes coup�es de martyrs qu�il place dans son retable du Carmen de Cordoue ou avec les natures mortes de � vanit�s � qu�il peint magistralement vers 1660. Mais les deux grands tableaux de la Caridad (� Hi�roglyphes des Fins derni�res �) illustrent directement le poignant Discurso de la Verdad de Miguel de Ma�ara, le c�-</p><p>l�bre � converti � s�villan, fondateur de l�hospice. Le contraste entre In ictu oculi, triomphe du squelette dress�, pi�tinant les attributs du pouvoir tandis qu�il �teint le flambeau de la vie, et Finis gloria mundi, l��v�que et le chevalier gisant dans la p�nombre, d�j� mang�s des vers, a frapp� les contemporains avant les romantiques. Par-del� ces effets faciles, la sourde magnificence de la technique picturale, le sentiment obs�dant de majest� fun�bre �l�vent ici, pour la premi�re fois, le bodegon au grand style �pique.</p><p>P. G.</p><p>&amp; C. Lopez Martinez, Juan de Vald�s Leal, es-tudio (S�ville, 1922). / E. Du Gu� Trapier, Vald�s Leal, Baroque Concept of Death and Suffering in This Paintings (New York, 1956).</p><p>Val-d�Oise. 95</p><p>D�part. de la R�gion �le-de-France ; 1 249 km2 ; 840 885 hab. Ch.-</p><p>l. Pontoise*. S.-pr. Argenteuil et Montmorency.</p><p>Le d�partement a �t� cr�� � la suite du nouveau d�coupage administratif de</p><p>la R�gion parisienne en huit d�partements (au lieu de trois), d�cid� par la loi du 10 juillet 1964 et le d�cret du 25 f�vrier 1965. Il est, avec les Yvelines et l�Essonne, l�un des trois d�partements issus de la Seine-et-Oise et non limitrophes de Paris, appel�s, pour cette raison � de la deuxi�me ou grande couronne �.</p><p>Il poss�de � l�ouest, au nord et � l�est les limites inchang�es de l�ancienne Seine-et-Oise avec l�Eure, l�Oise et la Seine-et-Marne, mais, au sud, o� il est limitrophe des Yvelines et de la Seine-Saint-Denis, il n�atteint la vall�e de la Seine qu�� l�est de l�Oise et sur une courte distance.</p><p>C�est un d�partement encore assez �quilibr�, rural et urbain. Allong� d�ouest en est sur 70 km (avec une largeur maximale de 25 km), il est travers� en son centre, du nord au sud, par l�axe de la basse vall�e de l�Oise, de Persan-Beaumont jusqu�� proximit� du confluent de la Seine et de l�Oise, axe sur lequel se trouve Cergy-Pontoise, ville nouvelle, principal p�le de d�veloppement du nouveau d�partement.</p><p>Le Val-d�Oise comprend : � l�ouest, jusqu�� l�Oise, le Vexin fran�ais ; � l�est de l�Oise, une bande bois�e avec les for�ts de Carnelle, de L�Isle-Adam, de Montmorency ; une partie de l��le-de-France entre la for�t de Chantilly et l�alignement des buttes de Montmorency ; entre celles-ci et les buttes de Sannois, la plaine d�Ermont. Enfin, plus au sud encore, il englobe Cor-meilles-en-Parisis, Argenteuil, Bezons et se rapproche ainsi de Paris.</p><p>On peut y distinguer plusieurs petites r�gions �conomiques. � l�ouest de l�Oise, le Vexin fran�ais est une zone de terres labour�es (c�r�ales, cultures fourrag�res et l�gumi�res de plein champ), de prairies et d�arbres fruitiers : pr�s et �levage de bovins deviennent de plus en plus importants vers l�ouest. Les industries alimentaires sont repr�sent�es par des sucreries-distilleries et des conserveries de viande. La vall�e de l�Oise, bien moins industrielle qu�� Creil-Montataire, plus au nord, poss�de n�anmoins quelques usines � Persan-Beaumont et � Saint-</p><p>Ouen-l�Aum�ne, faubourg industriel de Pontoise sur la rive gauche de l�Oise. L�arc forestier de Luzarches � Montmorency est un secteur de d�tente et de loisirs des Parisiens, en particulier sur les bords de l�Oise (L�Isle-Adam). La plaine de l��le-de-France, ou Vieille France, ou Parisis (Belloy-en-France, Mareil-en-France, Ch�tenay-en-France, Puiseux-en-France) est une terre de grandes exploitations (bl� et betterave industrielle), aux gros villages serr�s comme en Vexin. La banlieue parisienne envahit tout le sud de l��le-de-France ainsi que la plaine d�Ermont jusqu�� Pierrelaye. Son expansion s�effectue par taches autour des gares, sur la ligne de Persan-Beaumont jusqu�� Montsoult et sur la ligne de Chantilly jusqu�aux limites du d�partement, � Survilliers et � Fosses. Elle est pr�c�d�e d�une zone de d�veloppement des cultures mara�ch�res, fruiti�res, florales et arboricoles. Enfin, l�extr�-</p><p>mit� est du d�partement est desservie par l�autoroute du Nord et a accueilli l�a�roport Charles-de-Gaulle � Roissy-en-France. Le secteur le plus industriel est celui d�Argenteuil-Bezons.</p><p>Les trois quarts des habitants du Val-d�Oise sont des banlieusards, les communes les plus peupl�es �tant</p><p>Argenteuil (103 141 hab.) et Sarcelles (55 177 hab.). En dehors de la banlieue, les agglom�rations les plus importantes sont Cergy-Pontoise (54 000 hab.) et Persan-Beaumont (22 000 hab.).</p><p>J. B.</p><p>F Pontoise-Cergy.</p><p>valence</p><p>Terme de caract�re g�n�ral utilis� en chimie pour d�signer une valeur de combinaison pr�sent�e par un atome, un groupement d�atomes, un ion simple ou complexe.</p><p>Introduite au cours du si�cle dernier, la notion de valence fut d�abord envisag�e de fa�on tr�s simple : en prenant l�hydrog�ne comme �l�ment de comparaison, on d�finit, pour un non-m�tal, sa valence de combinaison � l�hydrog�ne et, pour un m�tal, sa valence de substitution � l�hydrog�ne ; c�est ainsi downloadModeText.vue.download 127 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11338</p><p>que, dans HCl, le chlore est univalent, alors que, dans H2O, l�oxyg�ne est bivalent ; l�azote est trivalent dans NH3, le carbone quadrivalent dans CH4 ; dans NaCl, qui r�sulte sch�matiquement de la substitution, atome pour atome, du sodium � l�hydrog�ne de HCl, Na est univalent ; Ca est bivalent, Al trivalent, etc. Cette notion de valence s��tend aux radicaux, groupements d�atomes se transportant en bloc dans une r�action chimique, mais n�ayant que peu de stabilit� � l��tat libre. Une telle notion, tr�s simple, �trang�re � toute consid�ration th�orique sur la nature de la liaison chimique, a rendu pendant longtemps de grands services, notamment en chimie organique, o� la quadrivalence du carbone, reconnue comme un fait de caract�re g�n�ral, a puissamment aid� � la synth�se de compos�s nouveaux. Par contre, la variabilit�, parfois tr�s grande, de la valence de certains �l�ments, m�taux et non-m�taux, ainsi que les difficult�s rencontr�es dans la formulation de nombreux sels, ont conduit � l�id�e que cette notion de valence �tait trop simple et insuffisante. En m�me temps, le d�veloppement des th�ories de la liaison* chimique, en donnant une base th�orique � la notion de valence, a montr� sa complexit�, de sorte que l�on distingue maintenant l��lectrovalence, la covalence et la coordinence.</p><p>y L��lectrovalence, ou valence ionique, est le nombre entier relatif qui exprime la charge de l�ion, si l�on prend pour unit� la charge positive �gale � celle de l��lectron. C�est la valence des ions, positive pour les cations, n�gative pour les anions.</p><p>Elle intervient dans l�application des lois de Faraday ainsi que dans la formulation des compos�s de caract�re ionique.</p><p>y La covalence, valence d�un atome vis-�-vis de la liaison atomique, est le nombre de liaisons de covalence �chang�es par un atome dans un compos�. C�est en principe pour cet atome le nombre d��lectrons non appari�s</p><p>qu�il renferme, le plus souvent dans l��tat fondamental, mais aussi parfois dans un �tat excit� ; c�est en particulier le cas du carbone, bicovalent dans l��tat fondamental et dont la quadri-covalence r�sulte d�une excitation (v. liaison chimique).</p><p>y Un autre type de valence est la coordinence ; c�est pour un atome une sorte de covalence, relative � la possibilit�, pour cet atome, d��changer avec des atomes, des ions ou</p><p>des mol�cules, des liaisons semi-polaires. Elle joue un r�le important dans la classification et l��tude des complexes*.</p><p>R. D.</p><p>&amp; G. Dupont, la Valence chimique (Delmas, Bordeaux, 1933). / A. Travers, Notions modernes sur l�atome et la valence (Vuibert, 1950).</p><p>/ E. Cartwell et G. W. Fowles, Valency and Mole-cular Structure (Londres, 1956 ; 3e �d., 1966).</p><p>Valence</p><p>En esp. valencia, v. et r�gion</p><p>d�Espagne.</p><p>Troisi�me ville d�Espagne, Va-</p><p>lence est la capitale de l�une des plus riches r�gions de la p�ninsule Ib�-</p><p>rique. Cette r�gion portant le nom de sa capitale, form�e des trois provinces de Valence, de Castell�n de la Plana et d�Alicante et qui correspond � peu pr�s � l�ancien royaume de Valence, couvre 23 300 km 2 et groupe plus de 3 millions d�habitants. Ceux-ci se concentrent pour la plus grande partie dans les plaines littorales, dont les opulentes � huertas � s�opposent aux aust�res montagnes de l�int�rieur.</p><p>La r�gion</p><p>Le milieu</p><p>Deux syst�mes montagneux entrent en contact et s�effondrent sous la M�diterran�e en laissant place � des plaines c�ti�res. Au nord, les monts Ib�riques, dont les alignements N.-O. - S.-E. correspondent � des plis lourds partiellement fossilis�s par des d�bris tertiaires et rabot�s par l��rosion � leur sommet, pr�sentent l�allure de plateaux mono-</p><p>tones (Maestrazgo) retombant par paliers sur un pi�mont littoral � niveaux �tages ; au sud, les cordill�res B�tiques alignent du sud-ouest au nord-est d��nergiques cha�nons g�n�ralement d�vers�s ou chevauchant vers le nord-ouest et qui s�ennoient dans la mer en des caps hardis (cap de la Nao). Dans l�angle form� par ces deux syst�mes montagneux, les plateaux calcaires de la Meseta s�avancent en coin et dominent en abrupt la plaine de Valence ; le r�o Turia, au nord, et le J�car, au sud, y ont creus� de profondes gorges, au d�bouch� desquelles les deux fleuves ont construit de vastes glacis de pi�-</p><p>mont. Dans l�ample golfe de Valence, la s�dimentation continue � pr�valoir : la plaine de Valence, tr�s plate, gagne aux d�pens de la mer par l�allongement de cordons littoraux qui isolent des lagunes (Albufera de Valencia) et r�gularisent le trac� de la c�te. Au sud d�Alicante, la c�te s��carte des montagnes et laisse place � des plaines de pi�mont qui vont s��largissant vers Murcie.</p><p>Le climat m�diterran�en est tr�s</p><p>nuanc� en fonction de l�altitude et de la latitude : tandis que les montagnes du nord-ouest re�oivent jusqu�� 700 mm de pluies par an et portent de beaux manteaux forestiers, les plaines littorales n�enregistrent que de 400 � 500 mm de pluies au nord et 350 mm au sud, o� garrigues et steppes occupent des surfaces importantes. � Elche, les dattes de la c�l�bre palmeraie peuvent m�me venir � maturit�. L��t� est en effet suffisamment chaud (de 24 � 26 �C sur la c�te) et sec, et l�hiver ti�de (moyenne de janvier : 9 �C � Valence et 11 �C � Alicante) et humide. Les pluies se concentrent surtout � l�automne et au printemps, et provoquent souvent des crues redoutables. Cependant, les massifs calcaires emmagasinent assez d�eau pour en restituer tout l��t� et permettre d�irriguer les plaines littorales � partir de barrages de d�rivation.</p><p>L��conomie</p><p>L�irrigation remonte probablement � la colonisation romaine, mais elle a connu un important d�veloppement</p><p>sous la domination arabe (norias) et n�a cess� d��tre �tendue jusqu�� nos</p><p>jours par la construction de barrages de plus en plus importants et le creusement de puits �quip�s de motopompes.</p><p>Aujourd�hui, les terres irrigu�es couvrent 270 000 ha, soit le quart des terres cultiv�es. Elles sont divis�es en une multitude de petites parcelles appartenant � de petits propri�taires : 80 p. 100 des propri�t�s ont en effet moins de 1 ha, et seulement 3 p. 100</p><p>couvrent plus de 5 ha. Dans la huerta de Valence, le droit � l�eau est attach� � la possession de la terre : les propri�taires desservis par un m�me canal (acequia) constituent un syndicat de � regantes �, qui �lit des repr�sentants pour veiller � une �quitable distribution de l�eau.</p><p>Tout conflit est r�gl� sans appel par un tribunal des Eaux, qui si�ge une fois par semaine devant la cath�drale de Valence. Dans la huerta d�Alicante, o� l�irrigation a �t� d�velopp�e plus tard et par des soci�t�s priv�es, l�eau est vendue chaque jour aux ench�res publiques.</p><p>L�irrigation permet des cultures</p><p>sp�cialis�es d�un haut rendement, parmi lesquelles des plantes exotiques comme la canne � sucre, le riz et le m�rier ont �t� introduites par les musulmans. Tourn�e d�s le XVe s. vers les march�s ext�rieurs, la culture s�est sp�cialis�e tr�s t�t : jusqu�au XVIIIe s., la huerta de Valence vendait du sucre � toute l�Europe ; la concurrence am�-</p><p>ricaine fit abandonner cette sp�culation au profit de l��levage du ver � soie, qui d�clina � son tour au XIXe s., les m�riers �tant atteints de maladies. Ceux-ci ont �t� remplac�s par les orangeraies et les cultures mara�ch�res. Les orangeraies couvrent aujourd�hui 84 000 ha. Les principales r�gions productrices sont la Plana de Castell�n et la huerta de Sagunto au nord, la huerta de Gand�a et les terrasses du J�car au sud. Cependant, cette culture, dont l�Espagne avait le monopole en Europe avant la guerre, est de plus en plus concurrenc�e par l�Italie, l�Alg�rie et Isra�l. La huerta de Valence s�est sp�cialis�e dans les cultures mara�ch�res : choux, choux-fleurs, artichauts et pommes de terre en hiver, tomates, haricots verts, oignons, piments, laitues et melons en �t� composent une mosa�que color�e. Plus r�cemment, de nouvelles cultures ont �t� introduites, notam-</p><p>ment le coton, le tabac et la luzerne, mais elles n�occupent qu�une place modeste. Enfin, sur les terres les plus basses de la huerta de Valence, autour de la Albufera, la ma�trise de l�eau a permis le d�veloppement de la culture du riz, qui couvre 28 000 ha et atteint des rendements tr�s �lev�s (65 q/ha) ; la r�cente concurrence des Marismas dans la basse vall�e du Guadalquivir tend, depuis quelques ann�es, � faire substituer au riz le ma�s sur les terres les moins humides.</p><p>Les terres de � secano � sont consacr�es aux cultures typiquement m�diterran�ennes : les c�r�ales (bl� et orge) couvrent 42 p. 100 de la surface, les cultures arbustives occupant le reste.</p><p>La vigne, l�olivier et secondairement l�amandier se r�partissent sur les glacis et les basses plaines non irrigu�es du sud, les pi�monts qui frangent les huertas littorales, les versants montagneux am�nag�s en terrassettes par des murs en pierres s�ches et enfin les hauts plateaux de Requena. Aux alentours de Valence et de Castell�n, le caroubier occupe une place notable, qu�explique l�importance, dans les huertas, de l��levage � l��table de porcs (150 000 t�tes) et de bovins (53 000 t�tes). Moutons et ch�vres parcourent les rares p�turages de montagne.</p><p>Cette agriculture intensive, exigeant beaucoup de travail, explique les fortes densit�s de population des huertas levantines, qui comptent jusqu�� 600 habitants au kilom�tre carr�, chiffre comparable � celui de l�Asie de la mousson.</p><p>Cela explique aussi l�importance de downloadModeText.vue.download 128 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11339</p><p>l��migration, la vie industrielle demeurant insuffisamment d�velopp�e.</p><p>Il existe pourtant toute une gamme de petites industries dispers�es, li�es aux activit�s rurales. Ce sont en premier lieu les industries alimentaires (conserveries, jus de fruit, fabriques de � turr�n � [sorte de nougat]) ; ce sont ensuite les industries destin�es � fournir les emballages des produits</p><p>agricoles export�s (papier et bois, d�o� sont d�riv�es les industries du meuble et du jouet) ; ce sont aussi les ateliers de fabrication de mat�riel agricole. �</p><p>ce type de petites entreprises, on peut rattacher les fabriques de c�ramiques, notamment � Manises, dans les faubourgs de Valence.</p><p>Mais il existe aussi quelques entreprises plus concentr�es. Les unes sont les h�riti�res d�industries traditionnelles, comme les usines textiles (coton et laine) d�Alcoy ou les fabriques de chaussures d�Elche et de Vall de Ux�.</p><p>Les plus importantes sont les industries m�tallurgiques install�es sur le littoral : sid�rurgie de Sagunto, travaillant, avec le charbon cantabrique d�barqu� dans le port, le minerai de fer d�Ojos Negros (province de Teruel) et dont la production de 260 000 t annuelles devrait �tre prochainement augment�e par l�implantation d�une usine int�-</p><p>gr�e ; constructions navales, mat�riel ferroviaire, machineries de bateaux...</p><p>� Valence ; fonderie et fabrication de profil�s d�aluminium � Alicante. Les industries chimiques, enfin, compl�tent la gamme des grosses entreprises � Valence, � Alicante et, depuis peu, � Castell�n (acide sulfurique, superphos-phates, p�trochimie).</p><p>L�industrialisation n�a touch� que tr�s in�galement les villes. Si Alcoy (61 000 hab.) est un petit centre industriel actif, Castell�n (92 000 hab.) et Elche (123 000 hab.) restent avant tout de gros march�s agricoles dot�s de quelques industries. Alicante</p><p>(182 000 hab.) a des activit�s plus diversifi�es gr�ce � son port, qui a favoris� l�industrialisation, mais surtout gr�ce au tourisme, qui a connu un grand essor le long de la pittoresque c�te de la Marina, au nord de la ville, o� s��chelonnent les stations baln�aires (Benidorm, Altea, Calpe).</p><p>La ville</p><p>Valence (654 000 hab.), si elle reste un grand march� agricole, est devenue aussi un centre industriel notable : 37 p. 100 de sa population active travaillent dans le secteur secondaire, 25 p. 100 dans le commerce et les transports. Cette double activit� se refl�te</p><p>dans le trafic de son port, El Grao, o� sont exp�di�es en moyenne 650 000 t de produits agricoles et d�barqu�s de 2,5 � 3 Mt de produits pond�reux n�cessaires � l�agriculture (engrais) et plus encore � l�industrie (charbon, carburants, bois, p�te � papier...). Mais Valence est aussi une capitale r�gionale plac�e � la t�te du r�seau urbain de tout le Sud-Est espagnol : ses fonctions administratives, bancaires, culturelles, religieuses et militaires occupent 23 p. 100 de sa population active.</p><p>La ville s�est �tablie sur le lobe convexe d�un m�andre du r�o Turia, l� o� la route littorale (la via Hercu-lea romaine) franchit le fleuve � 3 km de son embouchure, laquelle offre le meilleur site portuaire du golfe de Valence. Communiquant ais�ment avec la Catalogne et le Sud-Est par la route littorale, et avec Saragosse par Teruel, Valence se trouve aussi au d�bouch� de la route la plus courte joignant Madrid � la mer ; mais les obstacles du relief rendent les relations avec la capitale difficiles et lentes, surtout par chemin de fer. Cette position n�anmoins remarquable, autant que la richesse de la huerta, explique la fortune de Valence, dont porte t�moignage le patrimoine architectural conserv� dans la vieille ville. Celle-ci est caract�ris�e par un tissu urbain dense, � rues �troites et sinueuses, qu�a�rent dans sa partie sud quelques grandes avenues et une grande place triangulaire ouvertes au contact de la ville nouvelle. La ville n�a d�bord� ses murailles m�di�vales que dans la seconde moiti� du XIXe s. : deux quartiers � plan g�om�trique se sont �tablis au sud, de part et d�autre de la voie ferr�e, ax�s sur deux grandes avenues perpendiculaires : la Gran V�a de Fernando el Cat�lico � l�ouest, d�part de la route de Madrid, et la Gran V�a Marqu�s del Turia � l�est. La ville a aussi d�bord� sur la rive nord du Turia, particuli�rement le long de la grande avenue du Port, o� a �t� construite la nouvelle universit�. Les quartiers industriels se sont �tablis � l�arri�re du port et dans les faubourgs situ�s � l�ouest de la ville, dont l�extension est g�n�e par la valeur consid�rable des terres de la huerta.</p><p>R. L.</p><p>L�histoire</p><p>D�origine sans doute grecque ou ph�nicienne, Valence est mentionn�e pour la premi�re fois comme colonie romaine (Valentia Edetanorum) quand Decimus Junius Brutus Callaecus y �tablit un camp militaire en 138 av. J.-C. S��tant rang�e du c�t� de Sertorius, le g�n�ral romain rebelle, elle est, dans la guerre qui s�ensuit, d�truite en partie par Pomp�e en 75 av. J.-C., mais elle retrouve rapidement sa prosp�rit� ant�rieure.</p><p>Elle est prise en 413 par les Wisigoths, qui la conservent durant trois si�cles, puis les Arabes s�en emparent en 714. En 1021, elle devient la capitale d�un royaume maure ind�pendant (taifa* de Valence) qui s��tend depuis la r�gion de Murcie jusqu�� l��bre. �</p><p>partir de 1087, ce royaume est en butte aux attaques du Cid, qui parvient � prendre Valence en 1094 et � la prot�ger des entreprises des Almoravides du Maroc, que les princes musulmans d�Espagne avaient appel�s � leur</p><p>secours.</p><p>Le Cid garde le royaume jusqu�en</p><p>1099, date de sa mort � Valence, qui est d�nomm�e parfois, en son honneur, Valencia del Cid. Apr�s sa mort et malgr� l�h�ro�sme d�ploy� par sa veuve, Chim�ne, la ville retombe aux mains des Maures de 1102 � 1238. Cinq</p><p>si�cles d�occupation arabe ont profond�ment marqu� la ville dans sa topographie (trac� tortueux des rues de la vieille ville), sa toponymie et ses activit�s (introduction d�un artisanat de luxe), tandis que la huerta environnante recevait un syst�me complexe d�irrigation, permettant le d�veloppement de cultures nouvelles (oranges, riz, m�riers).</p><p>Valence est reconquise d�finiti-</p><p>vement en 1238 par le roi d�Aragon Jacques Ier le Conqu�rant, qui en fait la capitale d�un royaume autonome, vers lequel affluent Aragonais et Catalans. En 1261, le souverain lui octroie des droits particuliers (fueros), qu�elle conservera jusqu�au d�but du XVIIIe s.</p><p>Sous les Rois Catholiques, la ville, qui est dot�e d�une universit� en 1502, devient la capitale financi�re de la monarchie espagnole. Au d�but du r�gne</p><p>de Charles Quint, le soul�vement des german�as (1519-1523) � lutte sociale qui oppose la petite bourgeoisie valen-cienne � l�oligarchie traditionnelle et � la noblesse � semble co�ncider avec le d�clin de Valence, dont l��conomie sera durement touch�e, un si�cle plus tard, par l�expulsion des morisques (1609-10). Durant la guerre de la Succession d�Espagne, la ville prend parti pour l�archiduc Charles d�Autriche, et les Valenciens se voient retirer tous leurs anciens privil�ges en 1707 par le roi Philippe V, apr�s sa victoire sur les Autrichiens.</p><p>En 1808, Valence se soul�ve contre l�occupation fran�aise, et un moine patriote, le p�re Rico, y institue une junte insurrectionnelle. En 1812, le mar�-</p><p>chal Suchet, qui re�oit � cette occasion le titre de duc d�Albufera, parvient � reprendre la ville, d�fendue par un corps anglo-espagnol sous les ordres du g�n�ral J. Blake (12 janv. 1812), et les Fran�ais s�y maintiennent jusqu�en juin 1813. De retour d�exil, le roi Ferdinand VII y fait son entr�e le 16 avril 1814.</p><p>En 1843, Valence voit l�abdication de la r�gente Marie-Christine, puis sa restauration gr�ce � l�action de g�n�-</p><p>raux �migr�s qui reviennent se mettre � la t�te des troupes. Le plus important, le g�n�ral Narv�ez, re�oit � cette occasion le titre de duc de Valence. La ville prend une part �galement active aux r�volutions politiques de 1868, de 1869 et de 1873.</p><p>Fief des r�publicains, elle traverse, apr�s la chute de la monarchie, une p�riode de troubles de 1932 � 1936, accompagn�e de destructions d��glises et de couvents. Sous l�influence des communistes, elle est le si�ge du gouvernement r�publicain de novembre 1936 � octobre 1937. Le gouvernement s��tablit ensuite � Barcelone, puis, apr�s la chute de cette cit�, il revient � Valence en janvier 1939 et y demeure jusqu�� la fin de la guerre civile. Les troupes du g�n�ral Franco y entrent le 29 mars 1939.</p><p>La ville a �t� admirablement d�crite dans les romans d�un de ses fils, l��crivain V. Blasco* Ib��ez. L�exposition de 1909 a marqu� le d�but d�une indus-</p><p>trialisation qui s�est sans cesse accrue.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>L�art � Valence</p><p>On pourrait le d�finir d�une mani�re sch�matique par l�interaction de trois caract�res principaux : des liens �troits avec la Catalogne*, des rapports suivis avec l�Italie et un aspect proprement levantin, avec l�exub�rance que ce terme implique.</p><p>Il existe � Valence une architecture religieuse tr�s proche du gothique catalan. Celle-ci se d�finit dans les plans par une pr�f�rence assez g�n�rale pour la nef unique et, en ce qui concerne l�ex�cution, par une tendance au d�-</p><p>pouillement. Nombre des �difices de cette �poque ont re�u cependant, entre le XVIIe et le XIXe s., un travestissement baroque ou n�o-classique qui les a totalement d�figur�s (San Juan del Mercado, la cath�drale, etc.). Leur meil-downloadModeText.vue.download 129 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11340</p><p>leur t�moin est la tour du Miguelete, soeur des clochers contemporains de Catalogne. Au demeurant, l�ambiance gothique la plus authentique est � chercher dans le clo�tre de l�ancien couvent dominicain.</p><p>L�architecture civile appartient � un domaine stylistique qui n�englobe pas seulement les terres catalanes, mais couvre �galement une partie de la Sicile. On a justement rapproch� la Loge des marchands (1483-1498) de Pere Compte du palais Abbatelli (1495) de Palerme*. Il n�y a pas davantage de fronti�re avec la Catalogne en ce qui concerne l�architecture militaire, et la belle porte de Serranos (1392-1398), de Pere Balaguer, �voque la porte Royale du monast�re de Poblet.</p><p>Les influences sont plus m�l�es en ce qui concerne la peinture gothique.</p><p>Cependant, une mani�re propre � la ville assure une certaine unit�, faite de charme et d��l�gance, lorsque fleurit le style international au d�but du XVe s.</p><p>(retables de Bonifacio Ferrer et de Be-renguer Mart� de Torres).</p><p>Tout naturellement, et tr�s t�t,</p><p>Valence accorda une adh�sion totale � l�id�al de la Renaissance, comme le montre le retable du ma�tre-autel de la cath�drale (1507-1510). Les auteurs de ce retable, Hernando de Llanos et Fernando Y��ez de La Almedina, avaient fr�quent� l�atelier de L�onard de Vinci. C�est au contraire � l��cole de Rapha�l que se mirent les Masip, le p�re, Vicente (v. 1480 - v. 1545), et le fils, Vicente Juan, dit Juan de Juanes (v. 1523-1579).</p><p>Les �poques suivantes, beaucoup</p><p>moins cr�atrices, balancent entre un d�pouillement rigoureux (coll�ge du Patriarche [1586-1594] de Guill�n del Rey) et une sorte de d�lire ou d�incontinence (palais du marquis de Dos Aguas [1740-1744] d�Hip�lito Rovira Brocandel).</p><p>M. D.</p><p>&amp; M. D. Barbera, Valence (Noguer, Barcelone, 1962).</p><p>Valence</p><p>Ch.-l. du d�part. de la Dr�me* ;</p><p>70 307 hab. (Valentinois) [l�agglom�-</p><p>ration compte plus de 100 000 hab.].</p><p>Traditionnellement consid�r�e</p><p>comme la � porte du Midi �, Valence b�n�ficie d�une situation r�gionale favorable au coeur des confluences, avec le Rh�ne, de l�Is�re, de l�Eyrieux et de la Dr�me. Sur la rive gauche du Rh�ne, elle dispose, avec sa plaine, d�un site exceptionnellement ouvert pour une ville du Rh�ne moyen. Sa cr�ation tr�s ancienne ne se manifeste que par d�assez discrets �l�ments arch�ologiques romains. La cit� m�di�vale a, par contre, �t� florissante, comme l�atteste l�impressionnante ruine du ch�teau de Crussol, sur la rive droite du Rh�ne.</p><p>Cette prosp�rit� se manifesta surtout par l�existence d�une universit� de r�-</p><p>putation europ�enne, qui compta Cujas parmi ses ma�tres et Rabelais parmi ses �l�ves. La ville fut longtemps un centre commercial prosp�re et bourgeois, col-lectant et distribuant les produits de</p><p>la plaine alentour. Cette activit� �tait soutenue par le travail du bois et par la manufacture de la soie. Mais, par deux fois, en moins d�un si�cle, Valence fut profond�ment modifi�e par le d�veloppement des transports : le chemin de fer (� partir de 1856) va confirmer la vocation commerciale et faire na�tre celle d��tape, avec la route (la R. N. 7</p><p>d�abord, puis l�autoroute A 7). De ville-�tape, Valence devient un noeud de communications, fonction qui va encore �tre confirm�e � l�avenir par la modernisation de la navigation rhodanienne. Le r�le commercial (�coulement des productions fruiti�res et horticoles de la plaine et des produits du vignoble) en est renforc�. La fonction industrielle, favoris�e par les transports, l�abondance de l�eau, de l��nergie (hydrocentrales), conna�t un d�veloppement rapide et diversifi�. L�industrie chimique (production de Rilsan) et celle du caoutchouc sont d�pass�es par l�industrie m�tallurgique (fonderie, chaudronnerie). L�appareillage m�nager, les industries m�caniques de haute pr�cision (machines-outils, machines de d�colletage, m�canique d�horlogerie). Les fabrications traditionnelles de la bijouterie, de la cartoucherie et du textile se maintiennent. De multiples activit�s sont li�es aux transports : ga-rages, ateliers ferroviaires, mais aussi h�tels, restaurants et autres activit�s de service. La r�partition des actifs �</p><p>13 000 dans les activit�s de transformation, 7 000 dans le commerce et les banques, 4 000 dans les services, 3 000</p><p>dans les transports � traduit les dominantes �conomiques. Valence est en expansion, se modernise et absorbe les bourgs voisins ; le b�timent, grossi du secteur des travaux publics, rassemble plus de 6 000 actifs. Valence appara�t donc, selon la formule de Daniel Faucher, comme � l�un des gros grains de ce chapelet urbain qui se d�roule harmonieusement le long du fleuve �.</p><p>R. D.-C.</p><p>F Dr�me / Rh�ne-Alpes.</p><p>Valenciennes</p><p>Ch.-l. d�arrond. du Nord ; 43 202 hab.</p><p>(Valenciennois).</p><p>La g�ographie</p><p>L�agglom�ration compte 350 000 habitants et s�allonge S.-S.-O. - N.-N.-E., suivant le cours de l�Escaut. Le noyau central, Valenciennes-Anzin, envoie deux digitations vers le nord (Bruay-sur-l�Escaut et Cond�-sur-l�Escaut ; Onnaing et Qui�vrechain), qui se poursuivent au-del� de la fronti�re belge.</p><p>Une autre digitation part vers le sud, o� elle rejoint l�agglom�ration de Denain ; celle-ci est tr�s proche de Cambrai. Valenciennes-Denain forment actuellement l�est du bassin minier. Le sch�ma r�gional d�am�nagement envisage une aire urbaine de l�Escaut, Cambrai-Denain-Valenciennes-Cond�-sur-l�Escaut, longue d�une cinquantaine de kilom�tres.</p><p>Les villes du charbon du Nord-Pas-de-Calais appartiennent � une � rang�e � urbaine au pass� glorieux. Valenciennes a l�avantage de se situer sur le principal cours d�eau de la r�gion, � l�endroit o� la vall�e commence � s��largir. Le site urbain, ant�rieur au Moyen �ge, est � quelques kilom�tres au sud, sur la craie, � Famars ; la ville du Moyen �ge descend vers les marais, site de d�fense, de passage, de transbordement et aussi de fronti�res.</p><p>Valenciennes reste marqu�e par deux fronti�res. La plus ancienne est celle de l�Escaut : Valenciennes, sur la rive droite, est une ville du Hainaut (dont elle fut la capitale), face � la rive gauche, la Flandre (et Lille). Grande ville commer�ante et drapante, Valenciennes a eu un �clat intellectuel exceptionnel, depuis Froissart, et est rest�e une p�pini�re de grands noms dans tous les arts. Mais une seconde fronti�re entre la France et la Belgique, perpendiculaire � la premi�re, l�a coup�e du reste du Hainaut et rattach�e � la partie sud de la Flandre ; l�ensemble forme actuellement le d�partement du Nord, et Lille a obtenu la primaut� administrative, toujours contest�e. L�espoir subsiste ici d�un red�coupage du Nord en deux d�partements : l�Escaut reste bien une fronti�re.</p><p>C�est le charbon, d�couvert en</p><p>1718, qui a r�anim� la ville. � c�t� de l�extraction s�est d�velopp�e la sid�-</p><p>rurgie (Usinor � Trith-Saint-L�ger et</p><p>� Denain). Tout le long de l�Escaut, essentiellement sur la rive gauche, les usines se succ�dent : centrale �lectrique (Bouchain), cokerie (Lourches), tubes, fonderie, chaudronnerie, mat�-</p><p>riel de mines et ferroviaire, mais aussi textiles, plastiques, peintures, cimenteries, etc. ; 60 p. 100 des actifs travaillent dans l�industrie.</p><p>Mais le charbon recule, et l�extraction devrait, d�apr�s les plans actuels, cesser vers 1985. Les hauts fourneaux recevaient leur minerai de fer de Lorraine ; celui-ci arrive actuellement de Dunkerque. Denain est heureusement reli� � Dunkerque par le canal � grand gabarit Dunkerque-Escaut, qui porte des convois pouss�s charg�s de 3 600 t ; la voie ferr�e s�est adapt�e � la situation et transporte plus de minerai que le canal. Mais Usinor est, � Dunkerque, sur l�eau, et l�avenir de la sid�-</p><p>rurgie valenciennoise est menac�.</p><p>La conversion est devenue n�ces-</p><p>saire. Plusieurs op�rations importantes ont �t� r�alis�es ou sont en cours au sud, � mi-chemin entre Valenciennes et Cambrai, pr�s du canal et de l�autoroute : en 1969, une raffinerie Antar d�une capacit� de 3,5 Mt s�est implant�e ; une usine Simca-Chrysler occupait 1 000 personnes en 1973 (une autre usine Simca-Chrysler, au nord, emploie 1 650 personnes). Une seconde usine de tubes (Vallourec) s�est install�e en 1974. Quatre zones industrielles d�un total de 850 ha sont pr�tes.</p><p>Les infrastructures d�un tr�s grand carrefour sont d�j� bien dessin�es. Le canal � grand gabarit arrive � Valenciennes ; il sera vraisemblablement prolong� vers la Belgique au cours du VIIe Plan ; il importerait aussi de renforcer les liaisons vers Paris (canal du Nord et canal de Saint-Quentin). Le r�seau autoroutier se met en place : A 2-E 10, parall�le � l�Escaut, dot� de six �changeurs � la travers�e de l�agglom�ration, relie Paris � l�Europe du Nord-Ouest ; l�autoroute Lille-Valenciennes est aujourd�hui en construction. Un grand complexe routier de 45 ha, avec centre douanier et commercial, enregistre le passage de 300 camions par jour.</p><p>La ville dispose encore d�autres</p><p>atouts. Aux portes m�mes, � l�est, s��tend la campagne verdoyante de l�Avesnois ; � l�ouest, dans le parc r�gional de Saint-Amand-les-Eaux, un affaissement minier est utilis� comme downloadModeText.vue.download 130 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11341</p><p>lac et r�serve d�animaux aquatiques.</p><p>Le secteur tertiaire s�appuie sur des banques, un nouveau centre universitaire tr�s li� � l�industrie, une exceptionnelle tradition artistique.</p><p>A. G.</p><p>L�histoire</p><p>L�origine de la ville est mal connue ; son nom m�me � dont l��tymologie</p><p>reste discut�e � n�appara�t qu�en 693, dans un document de Clovis III, roi de Neustrie et de Bourgogne, qui d�clare tenir s�ance Valencianis in palatio nostro. Il est vrai que ce document suppose un d�j� long pass� commer�ant li� � l�importance de l�Escaut, rivi�re qui devient fleuve fronti�re (s�parant la France de l�Empire) � partir du trait� de partage de Verdun (843).</p><p>Soumise aux comtes du Hainaut</p><p>(1030), Valenciennes garde ses privil�ges, qui sont sanctionn�s par une charte de 1067, compl�t�e en 1114</p><p>par la � paix �, ou charte communale, octroy�e par Baudouin III de Hainaut.</p><p>En 1086, une autre charte confirme la fondation de la pr�v�t� de Notre-Dame la Grande. Valenciennes atteint alors les limites urbaines qu�elle gardera jusqu�au d�mant�lement de la fin du XIXe s.</p><p>C�est � Valenciennes que le comte de Flandre Ferrand re�oit l�empereur Otton IV et les autres adversaires de Philippe Auguste � la veille de la bataille de Bouvines (1214). Les derni�res ann�es du XIIIe s. sont troubl�es par la lutte qui se d�veloppe entre la commune de Valenciennes et le comte Jean II d�Avesnes ; il faut l�intervention de Philippe IV le Bel pour mettre fin aux hostilit�s. En 1297 est sign�e la charte de la paix, qui r�gle pour l�ave-</p><p>nir l�administration de la ville et assure sa prosp�rit� : la richesse principale de Valenciennes consiste, depuis longtemps, dans l�industrie des draps, prot�g�e par une l�gislation tr�s favorable.</p><p>Au XIVe s., la bourgeoisie valen-</p><p>ciennoise conna�t l�opulence, comme en t�moignent les chroniques d�un fils de la ville, Jean Froissart (1333 ou 1337 - apr. 1400).</p><p>D�s cette �poque, Valenciennes</p><p>est un intense foyer intellectuel et culturel : sous les ducs de Bourgogne (XVe s.), ce foyer rayonne davantage avec, notamment, les chroniqueurs Georges Chastellain (v. 1405-1475) et Jean Molinet (1435-1507), et le peintre Simon Marmion (v. 1425-1499).</p><p>La ville souffre beaucoup des hostilit�s entre Fran�ois Ier et Charles Quint.</p><p>Finalement, en 1540, celui-ci entre en triomphe � Valenciennes ; le prestige et la richesse de la ville sont alors illustr�s par la c�l�bre Passion de 1547, qui y est repr�sent�e pendant vingt-cinq jours.</p><p>La R�forme protestante fait � Valenciennes suffisamment de progr�s pour que, en 1566, les R�form�s soient un moment les ma�tres de la ville. D�clar�e rebelle, prise par les Espagnols en 1567, celle-ci vit sous la terreur du duc d�Albe, mais elle reste fid�le � l�Espagne � qui assure ses d�bouch�s commerciaux et sa prosp�rit� culturelle � durant les troubles des Pays-Bas (1576-1582) et la guerre des trois Henri (1582-1598). Si bien que c�est sans joie que, le 17 mars 1677</p><p>� apr�s un si�ge long et meurtrier</p><p>�, les Valenciennois se rendent aux troupes de Louis XIV : le roi de France laisse d�ailleurs � la ville et � sa bourgeoisie leurs privil�ges (20 mars), qui sont ent�rin�s par le trait� de Nim�gue (1678) : celui-ci fait de Valenciennes une ville fran�aise. Il n�emp�che que Valenciennes conna�t alors une p�nible p�riode d�adaptation, d�autant plus que s�y r�percute la mis�re sanglante des derni�res guerres de Louis XIV (Mal-plaquet, 1709 ; Denain, 1712).</p><p>Si�ge de l�intendance du Hainaut, Valenciennes jouit au XVIIIe s. d�une</p><p>grande prosp�rit�, gr�ce, notamment, � la draperie, � la dentelle et aussi � l�exploitation du charbon de terre dans les environs. C�est alors qu�elle m�rite pleinement le titre d�� Ath�nes du Nord � : car, bien avant la cr�ation de l�acad�mie de peinture et de sculpture (1782), elle s�honore d��tre la patrie, entre autres, des peintres Antoine Watteau* et Jean-Baptiste Pater (1695-1736) ainsi que du graveur Charles Eisen (1720-1778).</p><p>La vente des biens nationaux et les effets d�sastreux du si�ge de 1793 par les Autrichiens � Valenciennes a �t� le point de d�part de l�arm�e du Nord</p><p>� privent la ville d�une bonne partie de ses nombreux monuments religieux.</p><p>Lors de la cr�ation des d�partements (1790), Valenciennes ne peut obtenir d��tre le chef-lieu d�un d�partement form� avec l�ancienne g�n�ralit� du Hainaut : elle n�est que chef-lieu de district, titre qu�elle perdra en l�an VIII. Ville autrichienne du 30 juillet 1793 au 30 ao�t 1794, elle conna�t ensuite la Terreur jacobine (ex�cution d��migr�s, de pr�tres r�fractaires et de la communaut� des Ursulines), mais la Convention reconna�t qu�elle � a bien m�rit� de la patrie � (1795).</p><p>Ruin�e, la ville ne devient chef-lieu d�arrondissement qu�en 1824. Elle rel�ve progressivement son commerce (toiles, dentelles) en attendant que l�exploitation intensive et diversifi�e du bassin charbonnier en fasse la m�tropole industrielle de la vall�e de l�Escaut. Parall�lement, sa renomm�e culturelle s��tend avec Jean-Baptiste Carpeaux* et bien d�autres artistes. Si bien que sous le second Empire se fortifie un courant d�opinion qui voudrait voir Valenciennes devenir le chef-lieu d�un d�partement de l�Escaut : le poids �conomique et d�mographique de la ville et de sa r�gion n�ayant cess� de s�accro�tre, cette question est plus que jamais � l�ordre du jour, d�autant que l��tablissement d�un centre universitaire a r�cemment raviv� la tradition culturelle de la ville.</p><p>Valenciennes a beaucoup souffert</p><p>des deux guerres mondiales ; en 1940, notamment, une bonne partie de son centre a �t� incendi�e.</p><p>P. P.</p><p>F Escaut (l�) / Hainaut / Nord / Nord-Pas-de-Calais.</p><p>&amp; H. Lancelin, Histoire de Valenciennes depuis ses origines (Giard, Valenciennes, 1933).</p><p>Valentin de</p><p>Boulogne</p><p>Peintre fran�ais (Coulommiers 1591 -</p><p>Rome 1632).</p><p>N�ayant jamais �t� oubli�, comme</p><p>le fut Georges de La Tour*, Valentin a connu cependant une sorte de purga-toire, d�o� l�ont fait sortir les travaux de grands historiens d�art comme Hermann Voss et surtout Roberto Longhi.</p><p>Son oeuvre se trouve au centre d�une controverse sur la post�rit� du Caravage* : est-il l�gitime de qualifier de</p><p>� caravagesques � des peintres qui n�ont pas directement connu le Caravage, dont les oeuvres ne ressemblent � la sienne que par les th�mes trait�s et l�usage de la � mani�re brune � ? Au moins ces discussions restituent-elles � Valentin sa place parmi les grands peintres fran�ais de la premi�re moiti� du XVIIe s.</p><p>Fils d�un peintre et verrier de Coulommiers (d�nomm� comme lui Valentin de Boulogne � ou Boullogne, ou Boullongne), Valentin vivait d�j� � Rome en 1613 si l�on en croit Joachim von Sandrart (1606-1688), qui l�a bien connu, et ne revint jamais en France. Il appartenait, comme Vouet*, Vignon*, Nicolas Tournier, Claude Mellan et d�autres Fran�ais, � un milieu cosmopolite d�artistes attir�s par le prestige de la ville papale, la pr�sence d�une importante client�le et la libert� de la vie qu�on menait dans ce Montparnasse romain situ� entre la piazza di Spagna et la piazza del Popolo. � partir de 1624, on le sait affili� � la compagnie des Bentvogels (ou Bentvuegels), rivale de l�acad�mie de Saint-Luc, assembl�e de joyeux gar�ons surtout allemands et n�erlandais.</p><p>On ne poss�de gu�re de renseigne-</p><p>ments pr�cis sur la peinture de Valentin avant une date avanc�e : 1627. La r�putation du peintre para�t s��tre �ten-</p><p>due lentement depuis 1620, o� les recensements ne le signalent que comme pittore francese, jusqu�� 1632, o� il est qualifi� de pictor famosus. La toile qui, avec ses contours fortement cern�s, son clair-obscur dramatique et sa mati�re grasse, semble la plus ancienne est le Tricheur du mus�e de Dresde, longtemps attribu� au Caravage ; on l�a aussi rapproch�e d�un tableau de Bartolomeo Manfredi (v. 1580-1624), peintre italien dont l�oeuvre, �galement mal connue, semble avoir exerc� une grande influence sur les contemporains.</p><p>L�influence caravagesque est tou-</p><p>jours sensible, autour de 1620, dans J�sus chassait les marchands du</p><p>Temple (Galleria nazionale d�Arte antica, Rome), d�une exceptionnelle violence, tandis que celle de Simon Vouet est plus �vidente dans le Christ et la Samaritaine (Galleria nazionale, P�rouse). Le go�t pour l�horrible, caract�ristique de l��poque, appara�t avec David et la t�te de Goliath (collection priv�e, Suisse) et avec Judith (mus�e des Augustins, Toulouse), autre sujet propice aux oppositions de lumi�re et trait� par divers caravagistes (Carlo Saraceni, Artemisia Gentileschi). Valentin a peint encore une Judith tuant Holopherne (v. 1626 ?, Mus�e national de Malte, La Valette), dont la composition transpose avec une impressionnante ma�trise celle d�un tableau du Caravage. Avec son riche coloris, la R�union dans un cabaret (mus�e du Louvre) pr�sente, � l�oppos�, le registre le plus d�tendu de l�artiste.</p><p>Dans le Concert du mus�e de Strasbourg, le Concert au bas-relief antique et le Concert � huit personnages �</p><p>au lyrisme presque sauvage � du</p><p>Louvre, la gravit� des personnages est remarquable, comme leur exemption de toute vulgarit�, � la diff�rence des musiciens d�un Van Honthorst ou d�un Van Baburen. La composition simple et monumentale de la C�ne (Galleria nazionale, Rome) a sans doute guid� le downloadModeText.vue.download 131 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11342</p><p>choix de L. David*, qui la copia pendant son s�jour � Rome ; mais on a pu</p><p>parler d�� anthologie caravagesque � � propos des visages des ap�tres.</p><p>On s�est interrog� sur la signification des Quatre �ges de l�homme (National Gallery, Londres), qui fait penser � Giorgione* et au milieu v�nitien, et pourrait �tre une r�flexion sur la vanit�, un des th�mes de pr�dilection de cette �poque. Les Saint J�r�me, souvent repris par l�artiste (de la toile pr�coce de la Galleria Sabauda de Turin � celle de l��glise Santa Maria in Via de Camerino), se rapprochent aussi de la vanit�. La Diseuse de bonne aventure du Louvre (v. 1628 ?) constitue, sur un sujet � la mode depuis la p�riode mani�-</p><p>riste, un chef-d�oeuvre caract�ristique des derni�res ann�es de Valentin, du point de vue technique � ma�trise du clair-obscur, d�licatesse de la touche et de la mati�re, qui fait vibrer par transparence une gamme de nuances raffin�es � comme du point de vue de l�expressivit� po�tique � pittoresque, �l�gance et poignante m�lancolie.</p><p>Avec l�All�gorie de Rome (1628,</p><p>Institut finlandais de Rome), ex�cut�e pour les Barberini, commence l�oeuvre historiquement s�re de Valentin. La majest� de la Ville �ternelle, de l�Italie, la puissance pontificale, l�abondance, si l�on en croit les attributs symboliques accumul�s sur cette vaste toile, sont incarn�es par une jeune fille dont le type pl�b�ien n�a rien de la froideur all�-</p><p>gorique. Prot�g� par le cardinal Francesco Barberini, dont il fit le portrait, Valentin atteignait la gloire en 1629</p><p>avec le Martyre des saints Processe et Martinien, command� pour la basilique Saint-Pierre (auj. � la pinacoth�que vaticane) : l�oeuvre fut plac�e non loin du Martyre de saint �rasme de Poussin*, dont les qualit�s ne l��clipsaient point.</p><p>Le Samson de Cleveland (1630) et la R�union avec une diseuse de bonne aventure (coll. priv., Pommersfelden) marquent la fin d�une carri�re �court�e par la maladie. Apr�s la mort de Valentin, sa r�putation ne fit que cro�tre, et Mazarin acquit plusieurs tableaux qui pass�rent ensuite � Louis XIV, tels la Diseuse de bonne aventure du Louvre et les quatre �vang�listes que conserve le palais de Versailles.</p><p>E. P.</p><p>&amp; N. Ivanoff, Valentin (Milan, 1966).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Valentin et les caravagesques fran�ais, Rome-Paris 1973-74</p><p>(�d. des mus�es nationaux, 1974).</p><p>Val�ry (Paul)</p><p>�crivain fran�ais (S�te 1871 - Paris 1945).</p><p>Une vocation gauchie</p><p>Le 30 octobre 1871 naissait � Cette (devenu S�te) Ambroise Paul Tous-saint Jules Val�ry, fils de Barth�lemy Val�ry, v�rificateur principal des douanes, et de Fanny Grassi, issue de la noblesse italienne. Le jeune Paul entre d�abord chez les fr�res dominicains (1876), puis au coll�ge de Cette (S�te) [oct. 1878]. � Ce coll�ge avait des charmes sans pareils. Les cours dominaient la ville et la mer. � L�enfant se construit d�j� un univers : � J�ai d� commencer vers l��ge de neuf ou dix ans � me faire une sorte d��le de mon esprit, et, quoique d�un naturel assez sociable et communicatif, je me r�servais de plus en plus un jardin tr�s secret o� je cultivais les images qui me semblaient tout � fait miennes, ne pouvaient �tre que miennes [...]. � En 1884, il renonce � entrer � l��cole navale et tente de � d�river cette passion marine malheureuse vers les lettres et la peinture �. Il �crit ses premiers vers.</p><p>Cette activit� est plut�t un refuge pour �chapper au lyc�e de Montpellier, o� il entre en 1884. � Les horaires tam-bourin�s �, les exercices lui semblent absurdes. D�s cette �poque et malgr� la pression de l��cole, Val�ry se forge sa propre culture. Il lit le Dictionnaire raisonn� de l�architecture fran�aise du XIe au XVIe s. de Viollet-le-Duc, la Grammaire de l�ornement (The Grammar of Ornament, 1856) d�Owen</p><p>Jones. Il �crit des notes, des vers, et il peint. Il �tudie � les arts savants du Moyen �ge, de Byzance et quelque</p><p>peu la Gr�ce �. Malgr� cette �rudition peu scolaire, il obtient son baccalaur�at en 1887 et commence en 1888 son droit � Montpellier. Sous l�instigation de son ami Pierre F�line, il s�int�resse aux math�matiques. En 1889, il publie sa premi�re oeuvre, R�ve, dans la Revue</p><p>maritime. Mais le monde litt�raire lui est encore ferm�.</p><p>C�est en 1890, au cours d�un banquet � Palavas, que Val�ry fait la connaissance de Pierre Lou�s (1870-1925), qui le met en relation avec Andr� Gide*, qu�il rencontrera au mois de d�cembre downloadModeText.vue.download 132 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11343</p><p>de la m�me ann�e. Une amiti�, dont t�moigne une correspondance, se noue entre les deux hommes. Lou�s met �galement Val�ry en relation �pistolaire avec Mallarm�*, le ma�tre de l�heure, � qui il demande conseil : � Seule en donne la solitude �, r�pond le po�te.</p><p>Val�ry est alors � lanc� � dans le monde des lettres. En 1891, il publie dans la Conque le premier �tat de Nar-cisse parle, l�Ermitage, le Paradoxe de l�architecte. Le Journal des d�bats proph�tise : � Son nom voltigera sur les l�vres des hommes. � Vers la fin de cette ann�e, Val�ry s�journe � Paris, o� il rencontre enfin Mallarm� et Huysmans*, l�auteur d�� rebours, qu�il consid�re comme sa � bible et son livre de chevet �. Pendant ce temps, il termine sa licence en droit, qu�il obtiendra en 1892.</p><p>Une asc�se g�om�trique</p><p>1892 : une ann�e d�terminante ; une passion platonique tourne � l�id�e fixe. Et, au cours de vacances pass�es � G�nes, dans une nuit orageuse d�octobre, Val�ry prend la d�cision de renoncer � toute vie sentimentale et litt�raire. Il se consacrera d�sormais � la connaissance pure et d�sint�ress�e. Il est alors � entre moi et moi �, entre ce moi ancien soudain pulv�ris�, de jeune homme promis � un brillant avenir litt�raire et ce moi nouveau qu�il va se forger par la force de l�esprit pour correspondre � une image id�ale � laquelle il s�efforcera d�adh�rer parfaitement, image d�nu�e de tout sentiment, de toute sensation. Ceux-ci agressent, d�rivent et d�t�riorent le Moi pur vers lequel il s�achemine, dans lequel le hasard, auquel les surr�alistes atta-</p><p>cheront une importance fondamentale, ne doit intervenir en aucune mani�re.</p><p>Refusant la passion, il se livre passionn�ment � la conscience. Sublimation ? Cela semble peu probable. Mais Val�ry s�interdit d��tre gouvern� par l�ingouvernable. Il entend garder en permanence le contr�le de soi, une distance respectable entre ses id�es et ses gestes. Il � guillotine � l�amour et la litt�rature pour se d�livrer des faux-semblants. La question se pose : ne s�est-il pas guillotin� lui-m�me en parlant de l�autre comme d�un ennemi qui entame et appauvrit le Moi divin, s�il ne le fait dispara�tre ? Quoi qu�il en soit, l�amour lui appara�tra comme un besoin, analogue au manger et au boire. Tout le reste est litt�rature, comblement du vide pour attrayer une existence anim�e par l�ennui. L�acte sexuel est une violence dont chacun p�tit. L�amour ?</p><p>il ne permet aucun d�passement. C�est un passage sournois vers la mort, un suicide pour le moins.</p><p>D�s lors, les idoles (litt�raires et amoureuses) sont jet�es � bas, Mallarm� y compris. De retour � Montpellier, Val�ry se d�barrasse de tous ses livres. Il ne s�int�resse plus qu�aux lectures ayant un rapport direct avec ses propres pr�occupations, repoussant</p><p>� le bizarre, l��norme, le brutal �, qui lui font � toujours un peu hausser les �paules �. Il se livre � la seule r�flexion et explique ce d�pouillement syst�matique, au jour le jour, dans ses Cahiers (il en produira 251), o� il note scrupuleusement les moindres variations de son intellect pr�occup� de lui-m�me.</p><p>En 1894, Val�ry s�installe � Paris et obtient un poste de r�dacteur au minist�re de la Guerre. En 1900, il devient le secr�taire particulier d��douard Lebey, le directeur de l�agence Havas, auquel il restera attach� pendant vingt-deux ans. Cette occupation lui r�serve de nombreux loisirs pour se livrer � ses recherches. Il ne publie que des essais desquels semble bannie toute pr�occupation po�tique : Introduction � la m�thode de L�onard de Vinci (1895), la Soir�e avec Monsieur Teste (1896), la Conqu�te allemande (1897).</p><p>Le po�te officiel</p><p>Val�ry ne fera sa rentr�e en po�sie qu�en 1917 avec la Jeune Parque. Encore a-t-il fallu les pressions amicales de Gide et de Gaston Gallimard pour le convaincre de ne pas renoncer d�finitivement � la litt�rature. Depuis 1912, ils lui avaient demand� de publier ses vers de jeunesse.</p><p>Durant ces ann�es de silence, Val�ry n�a pas rompu avec les milieux litt�-</p><p>raires et artistiques. Il s�est li� avec les grands peintres de l��poque, et son mariage (1900) avec Jeannie Gobillard, ni�ce de Berthe Morisot, n�a fait que resserrer ses liens avec le monde des arts.</p><p>Le succ�s de la Jeune Parque est</p><p>consid�rable. Val�ry devient l�auteur � la mode. Il est invit� dans les salons de la haute soci�t�, et la parution du Cimeti�re marin dans la Nouvelle</p><p>Revue fran�aise en 1920 et de l�Album de vers anciens la m�me ann�e ne font que consolider sa r�putation. Charmes, en 1922, n�ajoute rien � sa gloire.</p><p>Val�ry a �t� d�sign� l�ann�e pr�c�-</p><p>dente comme le plus grand des po�tes contemporains.</p><p>� la m�me �poque, son patron,</p><p>M. Lebey, �tant d�c�d�, il d�cide de se consacrer uniquement � la litt�rature.</p><p>Il est constamment sollicit� pour �crire des pr�faces, des essais, pour faire des tourn�es de conf�rences � travers la France et toute l�Europe, articles et conf�rences qui seront rassembl�s dans la s�rie de Vari�t�s (Vari�t�, 1924 ; Vari�t� II, 1929 ; Vari�t� III, 1936 ; Vari�t� IV, 1938 ; Vari�t� V, 1944), Tel quel (Tel quel I, 1941 ; Tel quel II, 1943), Regards sur le monde actuel (1931). Il est regard� comme une es-p�ce de po�te d��tat, et tous les honneurs lui sont donn�s. En 1925, Val�ry est �lu � l�Acad�mie fran�aise au fauteuil d�Anatole France. Il cumule les fonctions honorifiques : pr�sident du Pen Club (de 1924 � 1934), membre du Conseil des mus�es nationaux, pr�sident de la cinqui�me session des arts et lettres � la Soci�t� des Nations (1935), titulaire de la chaire de po�tique au Coll�ge de France (1937). Il poursuit jusqu�� la fin de sa vie cette activit� litt�raire et mondaine, glorieuse. Les fun�railles nationales en 1945 ne feront</p><p>rien pour arranger cette image factice qu�on s�est faite de lui et qui met au second plan le po�te qu�il fut dans toute l�acception de ce terme, le chercheur quotidien, le cr�ateur incontest�.</p><p>Un � d�lire de lucidit� �</p><p>Le travail de Val�ry s�est �tendu sur une cinquantaine d�ann�es ; ann�es de labeur incessant. Les vingt ann�es durant lesquelles l��crivain afficha un refus de litt�rature n�ont jamais �t� qu�un � silence peupl� �, pour reprendre l�heureuse expression d�Andr� Nadal. Durant ces ann�es silencieuses, Val�ry s�est encore davantage fond� en lui-m�me ; il a aiguis� ce � pouvoir de faire des oeuvres � qui l�int�resse, en fait, plus que l�oeuvre elle-m�me ; il a �largi cette pl�nitude � �tre se ressemblant au maximum. Est-ce � dire que l�oeuvre est inutile ? Elle n�est qu�un moyen pour avancer dans cette qu�te de soi-m�me, un m�canisme choisi</p><p>pour aider � d�couvrir le m�canisme de l��tre humain, qui le passionne, et dont il sera le sp�cimen favori.</p><p>Narcissisme ? Cette obsession de</p><p>soi, de son moi exclusivement, unique, autonome, inalt�rable, parfois triomphant, pourrait le laisser accroire. En v�rit�, il ne s�agit pas d�un moi psychologique, ins�r� dans une histoire sp�cifique qui serait, en l�occurrence, la sienne, mais d�un moi pur de toute incursion �trang�re, indiff�rent � l��v�-</p><p>nementiel, un moi � impersonnel �, dirait Rimbaud. � Le moi est un pronom universel, appellation de ceci qui n�a pas de rapport avec un visage. � Ce moi �dulcor� s�assume dans sa totalit� apr�s avoir �cart� l�autre, le diff�rent. � Ma vie est ce qu�elle est mais elle n�est pas celle des autres : elle est MA vie et ce possessif lui donne son prix �, et ce moi, cette vie qui est la sienne et qui ne peut �tre assimil�e � aucune autre ne deviennent ce qu�ils sont qu�� force d�attente et de patience et de volont� de les vouloir tels. Ils sont une lente et longue conqu�te dont la fin est sans lieu et le processus infini, incessant :</p><p>� Pas de changement, pas de r�volution mais une �volution jusqu�au bout de moi-m�me. � Le fond n�est jamais atteint. La fin donne � plonger encore davantage : � �coute ce que l�on en-</p><p>tend lorsque rien ne se fait entendre ? �</p><p>Val�ry r�duit son univers au Moi, � son moi, qui lui est le plus proche, un objet privil�gi� dont il faut d�jouer les faux-fuyants, d�noncer les contorsions, d�nouer les entrelacs mystificateurs pour � mettre � nu le m�canisme �.</p><p>Cet affrontement de soi, ce � d�lire de lucidit� �, ne peut �tre en partie �pong� que par la toute-puissance de l�intellect appliqu�e sur la mati�re premi�re de la po�sie, du langage. � Notre po�sie ignore et m�me redoute tout l��poque et le path�tique de l�intellect. � � la suite de Rimbaud, en m�me temps que Mallarm�, Val�ry d�plore : � Nous n�avons pas chez nous de po�te de la connaissance. � Qu�� cela ne tienne !</p><p>Il sera le premier. Cette qu�te passionn�e de l�intellect �pur� est le probl�me de Monsieur Teste, tout � la fois T�te et Texte imbriqu�s l�un dans l�autre sans s�paration. Monsieur Teste poss�de � la froide et parfaite clart�, la lucidit� meurtri�re et inexorable �. Il voit � les choses comme elles sont �, telles quelles, et s�efforce de d�couvrir les lois qui les r�gissent. � Qui es-tu et comment connais-tu ? � Telles sont les questions fondamentales de l�oeuvre de Val�ry.</p><p>L�intellect combat sans rel�che les d�bordements trompeurs des passions, des sentiments : � L�intellect est une tentative de s��duquer en vue d�emp�-</p><p>cher les effets de d�border infiniment des causes. � � Tous nos orages affectifs font une �norme dissipation d��nergie et s�accompagnent d�une confusion extr�me des valeurs et des fonctions. �</p><p>Il s�agit de se rendre ma�tre de cette confusion qui r�git le cheminement de la conscience, de � dominer non point l�esprit des autres mais le sien propre ; en conna�tre le fonctionnement, s�en rendre ma�tre afin d�en disposer � son gr� � (Gide). Mais ne pas se laisser aller au flux des sentiments ou des pas-downloadModeText.vue.download 133 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11344</p><p>sions ne signifie pas n�cessairement qu�il faille imposer une autorit�, qui, elle aussi, peut �tre trompeuse. Val�ry</p><p>propose une conduite qui n�est ni celle du rel�chement, ni celle de l�autorit� syst�matique, mais celle de l�attention, de la patience aux choses et � soi, de l��coute permanente et lucide. Il pr�ne le temps de � la maturation, de la classification, de l�ordre, de la perfection �, qui se d�couvrent n�cessairement si l�on �carte les faux-semblants, � partir d�ailleurs d�une contrainte justement dos�e : � Il faut se soumettre � une certaine contrainte : pouvoir la supporter ; durer dans une attitude forc�e pour donner aux �l�ments de pens�e qui sont en pr�sence ou en charge, la libert� d�ob�ir � leurs affinit�s, le temps de se joindre, de se construire et de s�imposer � la conscience et de lui imposer je ne sais, quelle certitude. �</p><p>Contrainte et libert�, Apollon et Dionysos s�affrontent sans que jamais l�un c�de � l�autre. Avec cette rigueur de tout instant, Val�ry ne risque pas de s��garer dans l�enthousiasme et quand bien m�me serait-il celui de l�intellect.</p><p>Quant � la passion amoureuse, elle est, par excellence, l�accident d�sastreux de l�esprit : � Aimer : disposer int�-</p><p>rieurement � donc enti�rement � de quelqu�un pour satisfaire un besoin imaginaire et, par cons�quent, pour exciter un besoin g�n�ralis�. � Val�ry ne fut jamais dupe de cette � folie � qui le guette, et, si folie il y a, c�est encore celle de l�intellect : � Je sens ma folie � travers ma raison [...]. Mais c�est non ma folie mais celle des choses, de la r�alit� [...] dans toute sa puissante inexplicabilit� essentielle. � Il s�agit d�en rendre compte sans la d�naturer, de doser sa part de r�ve et sa part de r�alit�, que les hommes insatisfaits y ont plac�es sans m�me s�en rendre compte. Non content de tenter de dire en permanence � la prise de conscience de la conscience �, Val�ry fut en m�me temps un constructeur, plus pr�cis�-</p><p>ment un architecte d�une � m�thode �</p><p>(et non pas d�un syst�me) comme</p><p>moyen d�investigation. En cette ma-ti�re, L�onard de Vinci fut son mod�le.</p><p>N�a-t-il pas le premier alli� d�une ma-ni�re remarquable l�esprit scientifique et l�esprit artistique, l�un �tant ins�parable de l�autre ?</p><p>L��criture comme</p><p>architecture infinie</p><p>L�un et l�autre sont en effet un moyen</p><p>pour parvenir � un objet dans la plus haute perfection. Dans Eupalinos ou l�Architecte, il retrouve le probl�me d�j� pos� dans l�Introduction � la m�thode de L�onard de Vinci, qu�il examina. Il lui importe de saisir le chemin de labyrinthe aussi bien ext�-</p><p>rieur qu�int�rieur, des m�andres de la conscience, de saisir le cheminement qui va de l�observation � l�expression. � Comment connais-tu � est</p><p>le probl�me essentiel qu�il se pose.</p><p>Eupalinos est l�architecte parfait qui n�oublie aucun d�tail et qui, en plus de la connaissance universelle, est dou� d�une lucidit� � toute �preuve. Du flot de l�inspiration, Val�ry saisit le purement po�tique, le diamant qu�il sort de la gangue, pour parvenir � l�expression pure, � un classicisme, somme toute, o� se trouve formul� essentiellement ce qui est � dire, qui a surmont�, non sans peine et sans mal, le flux tumultueux de la conscience brute. � Tout classicisme suppose un romantisme int�rieur. � Le po�te, obs�d� par la puret� de la forme, op�re un choix allant se rar�fiant, mais ce choix, si strict soit-il, n�est jamais unique et d�finitif.</p><p>L�oeuvre sera donc toujours inachev�e et perfectible, ce qui explique peut-</p><p>�tre le long � silence � de Val�ry, durant lequel il affirma non seulement sa conscience, mais sa ma�trise de la forme, sa � m�thode �. Ce perfection-nisme incessant qui cherche � s�approprier la chose allant s��dulcorant a pu faire dire de Val�ry qu�il �tait obscur.</p><p>Val�ry n�a fait que vouloir exprimer des �tats infiniment complexes ; d�o� la complexit� de la composition de ses po�mes.</p><p>� c�t� de Val�ry po�te et prosateur, il ne faut pas n�gliger l�essayiste qui n�a cess� de s�interroger, d�interroger les probl�mes pos�s par le monde dans lequel il vivait, les civilisations qui l�entouraient. Humaniste, il le fut au plus haut point, recherchant l�homme autour de lui et en lui-m�me.</p><p>Val�ry a travers� immuable la pre-mi�re moiti� du XXe s., poursuivant son oeuvre sans rel�che, presque indiff�rent au grand courant litt�raire et artistique qui l�a boulevers�, le surr�alisme. Son ind�pendance totale, faisant fi des modes et des engouements, lui a per-</p><p>mis de mener � bien une exp�rience qui, m�me si elle resta inachev�e, t�-</p><p>moigne d�une authenticit� r�elle, dont l�exemple demeure un mod�le.</p><p>M. B.</p><p>&amp; J. Charpier, Paul Val�ry (Seghers, 1956).</p><p>/ H. Mondor, Propos familiers de Paul Val�ry (Grasset, 1957). / A. Berne-Joffroy, Val�ry (Gallimard, 1960). / J. de Bourbon-Busset, Paul Val�ry ou la Mystique sans Dieu (Plon, 1964).</p><p>/ E. de La Rochefoucauld, En lisant les Carnets de Val�ry (�d. Universitaires, 1964). / E. Noulet, Suites mallarm�ennes, rimbaldiennes, val�-</p><p>ryennes (Nizet, 1964). / L. Perche, Val�ry, les limites de l�humain (�d. du Centurion, 1966).</p><p>/ A. Rouart-Val�ry, Paul Val�ry (Gallimard, 1966). / J. Duchesne-Guillemin, �tudes pour un Paul Val�ry (la Baconni�re, Neuch�tel, 1964). / P. Roulin, Paul Val�ry, t�moin et juge du monde moderne (la Baconni�re, Neuch�tel, 1964). / L. Tauman, Paul Val�ry ou le Mal de l�art (Nizet, 1969). / E. M. Cioran, Val�ry face � ses idoles (l�Herne, 1970). / Centenaire de Paul Val�ry, num�ro sp�cial d�Europe (1971).</p><p>/ P. Caminade, Paul Val�ry (Charron, 1972). /</p><p>G. Palewski, R. Huyghe et J. Guitton, Hommage solennel � Paul Val�ry (Institut de France, 1972). / H. Laurenti, Paul Val�ry et le th��tre (Gallimard, 1973).</p><p>valeur</p><p>L�analyse �conomique contemporaine manifeste depuis quelques ann�es un renouveau d�int�r�t � l��gard de la th�orie de la valeur, alors que, jusqu�� un pass� r�cent, elle l�avait exclue de son champ d��tude en raison du contenu philosophique ou m�me apolog�tique prise par elle : s�il en �tait ainsi, c�est que l�on estimait que la discussion de la notion de valeur s�achevait sur un d�bat � caract�re id�ologique.</p><p>Valeur d�usage,</p><p>valeur d��change</p><p>Traditionnellement, en partant de l�id�e que tout agent �conomique, dans n�importe quel acte, est amen� � choisir entre diff�rents biens et � les classer en fonction de leur d�sid�rabilit�, la th�orie �conomique a distingu� entre la valeur d�usage et la valeur d��change.</p><p>On parle de valeur d�usage pour pr�-</p><p>ciser que l�ordre de pr�f�rence des biens d�pend de l�emploi qui en sera</p><p>fait pour la satisfaction des besoins individuels : la valeur d�usage est donc subjective et psychologique. On parle de valeur d��change pour pr�ciser que l�ordre des biens d�pend de leur rapport d��change ou, plus simplement, de leur prix en argent : la valeur d��change est donc sociale et objective. Elle est en quelque sorte la synth�se des valeurs d�usage des diff�rentes personnes int�-</p><p>ress�es : elle influe sur le jugement par lequel tel individu attribue telle valeur d�usage � tel objet.</p><p>Cependant, la valeur d��change d�un objet peut diff�rer �norm�ment de la valeur d�usage qui est donn�e � cet objet par une personne. Ces diff�rences d�appr�ciation se justifient facilement : la valeur d��change r�sulte d�une multitude de transactions ; elle est en quelque sorte le jugement collectif ; par cons�quent, elle r�sulte des donn�es du march� ; elle exprime l�ordre de pr�f�rence tel que l�ont d�termin�, � un moment donn�, les �changes</p><p>effectu�s. Elle s�inscrit dans un tarif ou une liste de prix. Plus pr�cis�ment, la valeur d��change d�un bien est le prix relatif correspondant � la quantit� d�autres biens qu�on peut obtenir avec une unit� de ce bien consid�r�.</p><p>Th�orie de la valeur</p><p>et th�orie des prix</p><p>La th�orie de la valeur ne se confond pas avec la th�orie des prix. Elle ne peut, � elle seule, fournir une explication g�n�rale de la formation des prix, comme l�ont justement soulign� les classiques. Si l�on cherche � savoir comment se forme le prix d�une marchandise particuli�re dont on isole �</p><p>par la pens�e � le march�, c�est sur la loi de l�offre et de la demande que se fonde l�explication : le prix d�une marchandise tend � se fixer au point de rencontre de la courbe de l�offre et de celle de la demande (prix d��quilibre). � ce premier stade de l�analyse, la th�orie de la valeur n�intervient pas dans l�explication ; mais, lorsqu�il s�agit de proc�der � une comparaison, voire � un classement des prix des diff�rents biens, les march�s des diff�rentes marchandises n��tant pas ind�pendants les uns des autres, cette interd�pendance des march�s impose le recours � la</p><p>th�orie de la valeur. En effet, � partir du moment o� les agents �conomiques attribuent des valeurs diff�rentes � telle ou telle marchandise, il peut se produire des transferts des offres et des demandes d�un march� sur l�autre ; ces transferts auront lieu selon que tel prix se trouve trop �lev� ou trop bas par rapport aux prix des autres marchandises.</p><p>Ils mettent en cause la loi de l�offre et de la demande ; sur chaque march�, les prix trop �lev�s baissent et les prix trop bas montent jusqu�� ce qu�ils atteignent un niveau � normal � (d��quilibre) par rapport aux autres prix. Ce sont les diff�rences de � valeur � entre produits qui expliquent les diff�rences de � prix � des produits : aussi est-ce cette th�orie des prix relatifs qui a �t� appel�e th�orie de la valeur.</p><p>Ainsi �labor�e, cette th�orie de la valeur ne peut, cependant, repr�senter qu�une partie de la th�orie explicative de la formation des prix. En effet, elle ne peut pas expliquer comment se d�termine le niveau absolu des prix mon�taires. Un exemple chiffr� tr�s sommaire le souligne bien : les prix des marchandises a, b, c, d peuvent �tre en unit� mon�taire 1, 2, 3, 4 ou 2, 4, 6, 8. Dans les deux cas, les prix relatifs sont les m�mes. Mais le niveau absolu downloadModeText.vue.download 134 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11345</p><p>des prix (ou niveau g�n�ral des prix) est une fois plus �lev� dans le second cas que dans le premier. La th�orie de la valeur ne se confond donc pas avec la th�orie du niveau g�n�ral des prix.</p><p>Le fondement</p><p>de la valeur</p><p>Les discussions sur le r�le de la th�orie de la valeur dans la formation des prix ne r�glent pas, par ailleurs, le probl�me concernant le fondement m�me de la valeur. � cet �gard, plusieurs �coles s�opposent. Pour les uns (A. Smith*, D. Ricardo*, S. Mill*, K. Marx*), la valeur d�une marchandise est d�termin�e (uniquement ou m�me principa-</p><p>lement) par la quantit� de travail* incorpor�e qui (au moins sous certaines</p><p>conditions) a �t� employ�e pour la fabriquer. Ainsi, pour K. Marx, c�est le temps de travail � socialement n�cessaire � qui d�termine la valeur (th�orie de la valeur-travail). En cons�quence, en tant que valeurs, � toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallis� �. Plus concr�tement, l��cole de la valeur-travail aboutit � l�id�e que la valeur est d�termin�e par le co�t de production*.</p><p>Or, celui-ci comprend en r�alit�</p><p>autre chose que du travail ; par ailleurs, la valeur d��change ne saurait �tre �tablie sans le concours des consommateurs ; ceux-ci ach�tent ou n�ach�tent pas, ach�tent � tel ou tel prix, selon la valeur d�usage que les produits offerts leur paraissent avoir. En cons�quence, d�autres explications ont �t� recherch�es. Ainsi, pour les marginalistes, la valeur d�pend du co�t marginal et de l�utilit� marginale : le prix et la quantit� vendue se fixent de telle mani�re qu�il y ait �galit� entre l�utilit� marginale et le co�t marginal pour ceux qui participent � l��change. Cette th�orie n�est pas elle-m�me exempte de critiques : mais, lorsqu�elle s�efforce de d�montrer que l��chelle des prix se trouve calqu�e sur la hi�rarchie des utilit�s marginales et des co�ts marginaux, elle sugg�re, au moins, l�excellence des m�canismes spontan�s et l�importance de la psychologie.</p><p>C�est cette identification implicite entre la th�orie de la valeur et celle de la concurrence* pure et parfaite qui a �t� � l�origine de l��clips� connue par la th�orie de la valeur. Depuis quelques ann�es, celle-ci resurgit dans la mesure o� l�on a pu s�interroger sur la r�partition des r�sultats de la production entre les diff�rents participants de la vie �conomique, soulignant notamment que la valeur d�pend des relations sociales entre les agents �conomiques.</p><p>G. R.</p><p>F Demande / �conomique (science) / March� /</p><p>Offre / Prix.</p><p>&amp; J. R. Hicks, Value and Capital (Oxford, 1941 ; trad. fr. Valeur et capital, Dunod, 1956).</p><p>/ F. Perroux, la Valeur (P. U. F., 1943). / G. Pirou, la Valeur et les prix (Sirey, 1948). / R. Guihe-</p><p>neuf, le Probl�me de la th�orie marxiste de la valeur (A. Colin, 1952). / H. Denis, Valeur et capitalisme (�d. sociales, 1957). / G. Debreu, Th�orie de la valeur (Dunod, 1965).</p><p>valeurs</p><p>(analyse des)</p><p>M�thode de r�duction des prix de</p><p>revient des produits ou des services vendus par l�entreprise par examen du rapport existant entre la fonction d�un article ou d�un service et son co�t. (On dit aussi analyse de la valeur.)</p><p>Cet examen est fond� sur l�analyse approfondie de cette fonction, afin de rechercher tous les moyens possibles d�obtenir le m�me r�sultat au moindre co�t pour l�entreprise.</p><p>Historique</p><p>L�analyse des valeurs a �t� cr��e en 1947 � la General Electric Company. Adopt�e par toutes les grandes entreprises am�ricaines et par un bon nombre de moyennes et de petites entreprises, elle est pratiqu�e au Japon et en Europe occidentale depuis 1960</p><p>environ. D�couverte et mise au point par des ing�nieurs et des cadres appartenant � l�entreprise et non par des professionnels de l�organisation, elle r�ussit particuli�rement bien dans le milieu des ing�nieurs et des techniciens de l�entreprise, responsables de tr�s nombreuses d�cisions de d�tail qui �chappent au contr�le de la direction.</p><p>C�est un outil tr�s important de perfectionnement interne des hommes et des �quipes.</p><p>M�canismes</p><p>Le m�canisme de l�analyse des valeurs a sa source dans la r�flexion sur les besoins et les d�sirs que l�entreprise se propose de satisfaire. Ces besoins sont d�compos�s en autant de fonctions que n�cessaires, et la m�thode cherche � les remplir au co�t minimal absolu, compte tenu des connaissances et des r�gles de l�art acquises. Ce qu�on exclut est aussi important que ce qu�on inclut. Les fonctions sont, en effet, dict�es � ce niveau par ceux qui font jouer la concurrence, c�est-�-dire les clients, ou, pour les services � administratifs �,</p><p>par ceux qui les utilisent (services amont ou aval, direction). La premi�re r�gle est donc de bien d�finir l�utile et ce qui l�est moins, de savoir ce qu�on veut �liminer.</p><p>La seconde r�gle du jeu de l�ana-</p><p>lyse des valeurs est la subordination hi�rarchique des fonctions entre elles.</p><p>La fonction � g�rer les commandes �, par exemple, sous-entend enregistrer, aiguiller, planifier, mais cela ne veut pas dire que le service gestion des commandes doit devenir un second point de tenue du planning.</p><p>La comptabilit� analytique est un outil indispensable � l�application de la m�thode d�analyse des valeurs. Seule elle permet de comparer les co�ts � leur niveau �l�mentaire, de les interpr�ter, d��valuer les �conomies possibles par l�introduction de variantes de fonctionnement ou par de nouvelles conceptions technologiques.</p><p>Il ne suffit pas de constater des co�ts, de s�interroger sur des fonctions ; il faut aussi trouver d�autres solutions.</p><p>Cette recherche de solutions met en oeuvre un ensemble de proc�d�s.</p><p>1. L�analyse comparative. On cherche des corr�lations entre les co�ts d�un ensemble de produits similaires et des param�tres tels que performances, taille, poids, etc.</p><p>2. L�analyse s�quentielle. On �tablit un ensemble de questions d�taill�es sur l�ensemble du produit consid�r� : quelles en sont les caract�ristiques superflus ? Peut-on utiliser une autre mati�re pour le fabriquer ? Peut-on en r�duire le poids ? Toutes ses parties sont-elles homog�nes entre elles sur le plan de la dur�e de vie ? Les fonctions remplies sont-elles toujours utiles (remplacement par un autre proc�d�, adaptation � un �quipement qui n�est plus employ�, etc.) ?</p><p>3. La cr�ativit�. Il ne suffit pas toujours de se poser des questions sur un plan rationnel pour d�couvrir de nouvelles solutions. � ce stade, l�analyse des valeurs fait aussi appel aux techniques de cr�ativit�. L�animateur-responsable d�une op�ration d�analyse des valeurs r�unira par exemple un groupe de per-</p><p>sonnes pour une s�ance de brainstor-ming. Chaque participant doit faire travailler son imagination, �mettre toutes les id�es possibles, m�me les plus</p><p>� folles � ; pour cela, il ne doit censurer personne, pas plus lui-m�me que ses coll�gues. Une r�union de ce type permet de jouer sur les associations, les combinaisons, les analogies. � la suite de la r�union, il reste � faire un tri dans les id�es de fa�on � ne retenir que celles qui ont une chance de mener � un r�sultat. Ces id�es sont alors �labor�es tr�s en d�tail, chiffr�es ; on proc�de � des essais ; on examine toutes les cons�quences (chiffrables ou non).</p><p>La d�cision intervient ensuite sur la base d�un bilan pr�visionnel de mise en oeuvre de la solution pr�conis�e.</p><p>Applications</p><p>L�analyse des valeurs a �tendu son action depuis les �conomies de mati�res sur les produits, en passant par les �conomies de main-d�oeuvre d�ex�cution, jusqu�aux �conomies de conception.</p><p>Les r�ductions de prix de revient des produits sont, la plupart du temps, de 15 � 25 p. 100, � qualit� fonctionnelle constante. Elles sont obtenues avec peu de moyens, les frais d��tudes �tant r�cup�r�s tr�s vite.</p><p>Le domaine d�application de l�analyse des valeurs s�est �tendu � toutes les branches industrielles (m�canique, �lectricit�, �lectronique, m�tallurgie, industries du bois, du papier, travaux publics, banques, assurances, transports, etc.) et � des activit�s autres que la production (installations, entretien, outillage, emballage, transports, essais, etc.), notamment aux approvisionnements. En apparence, le r�le des approvisionnements est simplement de fournir en temps utile � l�entreprise ce dont elle a besoin, en l�acqu�rant sur le march� au plus bas prix. La r�duction du co�t des achats n�est, dans cette optique, qu�un simple probl�me de n�gociation. L�analyse des valeurs introduit en plus la remise en cause de la d�finition m�me des besoins. Les fournisseurs ont leur r�le � jouer dans des approvisionnements ainsi con�us, car l�analyse des valeurs s�effectue sur l�ensemble des processus technologiques qui se situent de part et d�autre</p><p>de l�achat : chez le fournisseur et dans l�entreprise. On cherchera donc avec le fournisseur des adaptations de proc�d�s, des mat�riaux nouveaux, des technologies diff�rentes, etc. La collaboration pourra se faire sous forme de consultations gratuites offertes par le fournisseur � titre de service li� � l�achat. De telles consultations pr�sentent un inconv�nient pour l�entreprise, car elles sont orient�es vers une solution justifiant l�achat de ce que le fournisseur peut livrer. Elles ne sont utiles qu�� la condition d��tre compar�es � d�autres �tudes internes ou externes (men�es par un conseil ind�pendant).</p><p>On peut aussi organiser des rencontres downloadModeText.vue.download 135 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11346</p><p>et des d�bats avec les fournisseurs (visite de nouvelles fabrications, avec d�bats sur les probl�mes que posent les solutions techniques retenues). La coop�ration peut aussi �tre plus pouss�e et consister en relations techniques durables entre les deux entreprises par association de leurs bureaux d��tudes et de m�thodes.</p><p>Les derni�res applications de l�analyse des valeurs ont port� sur les activit�s fonctionnelles de l�entreprise, celles qui, sous le nom de services de frais g�n�raux, sont les plus �loign�es de la production mat�rielle des biens (services d��tudes et de dessin, services commerciaux, services administratifs de toute nature, etc.).</p><p>Crit�res d�efficacit�</p><p>La m�thode s�est d�velopp�e sous la pression de la concurrence et ne peut �tre efficace que sous cette pression.</p><p>Elle r�ussit le mieux dans les entreprises situ�es en t�te de leur profession, l� o� les m�thodes d�organisation et de gestion modernes sont bien implant�es.</p><p>Enfin, toute r�forme doit se plier � une certaine lenteur de p�n�tration, sous peine d��chec. Il faut un an pour former un bon analyste travaillant � temps complet et pour obtenir une majorit� d�adh�sion � cette nouvelle discipline de pens�e et d�action. Les r�sultats ne</p><p>peuvent donc pas �tre esp�r�s � tr�s court terme et ils seront d�autant plus riches que l�action aura �t� continue dans l�entreprise.</p><p>L�analyse des valeurs de quelque</p><p>secteur que ce soit suppose une participation de divers services, sous l�autorit� d�un analyste, appel� encore animateur. L�entreprise peut se contenter d�avoir un analyste qui constitue, au fur et � mesure des �tudes, des groupes mobiles fonctionnant de fa�on temporaire. Il existe �galement des services sp�ciaux d�analyse des valeurs, g�n�-</p><p>ralement rattach�s � la direction g�n�-</p><p>rale, parfois � un service d�organisation interne.</p><p>R�sultats � attendre</p><p>Les r�sultats obtenus peuvent conduire � des �conomies de l�ordre de 15 � 25 p. 100. Mais la m�thode entra�ne �galement un certain nombre de r�sultats non chiffrables, tr�s importants.</p><p>Les autres m�thodes de r�duction des prix de revient s�attaquent aux rendements, aux fa�ons de faire parfois.</p><p>Elles agissent de l�ext�rieur par rapport aux ex�cutants et aux responsables. Elles constatent une situation.</p><p>Elles ne posent jamais la question sous la forme : ce produit, cette activit� existent, pourquoi, dans quel but ?</p><p>En outre, ce qui manque le plus dans les activit�s non directement productives, c�est le sentiment de contribuer � l�utilit� et � l�efficacit� de l�entreprise ; l�analyse des valeurs renforce, voire cr�e ce sentiment en posant le probl�me au niveau des motifs m�me d�action.</p><p>Dans le domaine des t�ches admi-</p><p>nistratives, elle permet de distinguer entre les t�ches permanentes et les t�ches temporaires, entre les besoins urgents et les besoins diff�rables. Par exemple, si l�on fait des statistiques, il faudra savoir o� s�arr�te la pr�cision utile (� � quoi �a sert ? �) et combien co�te une d�cimale sans signification (le superflu, l�inutile). Elle fait r�fl�-</p><p>chir sur la distinction entre fonctions productives (calculer, juger, d�tecter des changements, etc.) et fonctions m�caniques, qui permettent d�assurer les premi�res (r�clamer, mettre en</p><p>fiche, faire des additions, etc.), mais qui, souvent, prennent le pas sur elles.</p><p>L�analyse syst�matique r�tablit l��quilibre. Elle accro�t, � effectif constant ou m�me r�duit, la quantit� et la qualit� des prestations intelligentes et rentables. L�analyse des valeurs implique les responsables et les ex�cutants dans la recherche de solutions nouvelles, dans la prise d�initiatives.</p><p>Fr. B.</p><p>&amp; L. D. Miles, Techniques of Value Analysis and Engineering (New York, 1961 ; trad. fr.</p><p>l�Analyse de la valeur, Dunod, 1966). / C. Joui-neau, l�Analyse de la valeur et ses nouvelles applications industrielles (Entreprise moderne d��d., 1968). / G. Gouze, l�Analyse des valeurs, ses implications pour les dirigeants (Hommes et techniques, 1970). / M. Cou�toux, les Probl�mes de l�approvisionnement (Dunod, 1972).</p><p>valeurs</p><p>mobili�res</p><p>Titres repr�sentatifs de droits acquis par une personne qui a apport� des esp�ces ou des biens � une collectivit� publique ou priv�e et dont les caract�res essentiels sont d��tre n�gociables, c�est-�-dire librement transmissibles par les modes du droit commercial, fon-gibles, c�est-�-dire qui peuvent se remplacer les uns par les autres lorsqu�ils repr�sentent les m�mes droits, et enfin susceptibles d��tre cot�s sur un march� de Bourse.</p><p>Les valeurs mobili�res se scindent en deux grandes familles, dont l�origine diff�re selon la nature du contrat intervenu, lors de leur �mission, entre la collectivit� demanderesse de capitaux ou de biens, ou personne morale, et ceux qui ont r�pondu � son appel.</p><p>Ce sont :</p><p>� les valeurs � revenu variable, � titre principal les actions, qui font de ceux qui les ont souscrites ou acquises des associ�s, des copropri�taires de la so-ci�t� �mettrice, avec toutes les cons�-</p><p>quences que cette notion comporte ;</p><p>� les valeurs � revenu fixe, c�est-�-</p><p>dire les obligations, cr��es � l�occasion d�un emprunt et repr�sentatives pour leurs porteurs d�un droit de cr�ance, n�</p><p>d�un pr�t � int�r�t.</p><p>Cette distinction classique demeure fondamentale. Cependant, dans leurs formes juridiques traditionnelles, les valeurs mobili�res ne sont pas une fin en soi. De fait, pour offrir � l��pargne des formules nuanc�es qui lui permettent de r�pondre dans le plus grand nombre de cas possible aux sollicitations de l��conomie, ces deux grandes familles de titres ont r�alis� un v�ritable croisement des esp�ces dans les obligations convertibles ou �changeables en actions.</p><p>Calcul th�orique de</p><p>la valeur du droit de</p><p>souscription dans le cas</p><p>d�une augmentation</p><p>de capital</p><p>Une soci�t� au capital de 2 millions de francs, divis� en 20 000 actions de 100 F, ayant besoin de se procurer 600 000 F</p><p>d�argent frais, proc�de � une augmentation de capital en num�raire par �mission de 6 000 actions nouvelles au prix de 100 F (ce prix ne peut �tre inf�rieur � la valeur nominale, 100 F dans l�exemple, mais peut lui �tre sup�rieur). Le droit pr�-</p><p>f�rentiel reconnu aux actionnaires est de souscrire � trois actions nouvelles de 100 F</p><p>pour dix actions anciennes �galement de 100 F (6 000 : 20 000 = 0,3, soit 3 pour 10).</p><p>Ce droit, mat�rialis� par un coupon d�tachable de l�action, est n�gociable � un prix fond� en th�orie sur la valeur attribuable ou attribu�e � l�action ancienne. Si, la veille du d�tachement du droit, la valeur boursi�re de l�action ancienne a �t� de 165 F, tout propri�taire de dix actions anciennes, avant d�tachement du droit, d�tient des titres dont la valeur patrimoniale est de 10 � 165 = 1 650 F. S�il utilise ses dix droits de souscription pour souscrire trois actions nouvelles, il doit d�caisser 3 � 100 = 300 F.</p><p>La valeur globale de ses treize actions est donc �gale � 1 650 + 300 = 1 950 F, et la valeur th�orique de chacune de ces treize actions, apr�s l�augmentation de capital, 1 950 est alors de</p><p>Le droit de souscription est �gal � la diff�rence entre le prix de l�action ancienne (avant souscription) et celui de l�action nouvelle (apr�s souscription), c�est-�-dire 165 &#x2212; 150 = 15 F.</p><p>Le m�me raisonnement est applicable au calcul du droit d�attribution gratuite en retenant comme nul le prix d��mission.</p><p>L�action</p><p>Une action est un titre de participation dans une soci�t� de capitaux, qui conf�re � son possesseur la qualit� d�associ� et lui donne droit � une part proportionnelle dans toute r�partition de b�n�fice ou d�actif social.</p><p>L�action est donc le fait des seules soci�t�s de capitaux, dont la forme la plus courante, la mieux connue est la soci�t� anonyme ; les soci�t�s de personnes, en nom collectif ou � responsabilit� limit�e, second type de soci�t�s que conna�t le droit fran�ais, ne peuvent donc �mettre d�actions.</p><p>Le fait qu�il ne puisse s�agir que de soci�t�s de capitaux importe au plus haut point. C�est, en effet, gr�ce aux caract�res tr�s sp�cifiques attach�s � la soci�t� anonyme que les actions ont pu se d�velopper : effacement de l�individualit� de chaque participant devant un �tre moral collectif, limitation stricte du risque au montant de ce que chacun a consenti � investir dans l�affaire, indiff�rence aux qualit�s personnelles et � la situation financi�re de ses associ�s. Ces trois �l�ments sont � l�origine de la diffusion des actions dans un public allant toujours s��largissant ; ils ont permis la r�union des moyens financiers consid�rables n�cessaires � la production de niasse et ont, pour finir, donn� son visage � l��conomie moderne et contemporaine.</p><p>Droits des actionnaires</p><p>Les actionnaires ont la qualit� d�associ�s �gaux en droits, droits imp�rativement fix�s par la l�gislation en vigueur sur les soci�t�s commerciales et dont l��tendue et les conditions d�exercice sont pr�cis�es dans leurs d�tails par les statuts.</p><p>y Droits relatifs � la gestion. La soci�t� par actions agit directement ou par d�l�gation de pouvoirs, au moyen d�assembl�es g�n�rales de ses actionnaires. Ceux-ci exercent leurs droits par un vote qui est proportionnel au nombre des actions d�tenues par chacun, chaque action disposant</p><p>d�une voix. Ce principe peut comporter une exception pr�vue par la loi, celle des actions � vote plural, qui doit �tre express�ment stipul�e dans les statuts pour �tre effective.</p><p>L�assembl�e �lit l�organe de direction downloadModeText.vue.download 136 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11347</p><p>de la soci�t�, le Conseil d�administration ou, dans une formule nouvelle, le Conseil de surveillance, lequel d�signe � son tour le Directoire. Elle seule est comp�tente pour modifier les statuts, d�cider une augmentation de capital ou une �mission d�emprunt, approuver les comptes annuels, r�partir les r�sultats, etc., ayant ainsi un droit de regard et de contr�le sur la gestion de la soci�t�.</p><p>y Droit � l�information. Pour leur permettre de se faire une opinion en connaissance de cause et �clairer les votes qu�ils sont appel�s � �mettre, les actionnaires ont vocation � recevoir tous les documents indispensables � leur information sur l�activit� et les r�sultats de l�entreprise. Chacun peut ainsi, notamment, obtenir communication des comptes de la soci�t� (bilan, compte d�exploitation, compte de pertes et profits), conna�tre r�gu-li�rement l��volution de son chiffre d�affaires et la situation de ses principales filiales.</p><p>Lorsqu�il s�agit de soci�t�s dont les titres sont n�goci�s en Bourse, ces exigences en mati�re d�information sont encore plus pr�cises et diversifi�es, et la publicit� donn�e � ces renseignements est organis�e de mani�re telle qu�elle atteigne non seulement les actionnaires, mais le public en g�n�-</p><p>ral. Les devoirs des soci�t�s en cette mati�re sont r�glement�s par la l�gislation en vigueur sur les soci�t�s commerciales ; ils sont compl�t�s par un ensemble de dispositions prises par la Commission des op�rations de Bourse.</p><p>y Droit au dividende. Ce droit se manifeste � la fin de chaque exercice.</p><p>Le solde b�n�ficiaire des comptes annuels (ou b�n�fice net) fait l�objet</p><p>d�une r�partition entre les r�serves de la soci�t� et les actionnaires. Propos�e par le Conseil d�administration en conformit� avec les dispositions l�gales et statutaires, cette r�partition est soumise au vote de l�assembl�e g�n�rale. La part des b�n�fices revenant aux actionnaires leur est vers�e sous forme d�un dividende. Celui-ci est g�n�ralement pay� en une seule fois, bien que la loi autorise depuis peu et sous conditions le r�glement d�un acompte. Le dividende est �gal pour toutes les actions (sauf rares exceptions, n�es de circonstances particuli�res o� la soci�t� a �t� conduite � augmenter son capital par l��mission d�actions dites � privil�gi�es �).</p><p>y Droit � l�actif social. Les actionnaires ont un droit, �gal par action, sur l�actif net de la soci�t�, c�est-�-</p><p>dire sur l�ensemble de son patrimoine, d�duction faite de ses dettes. C�est ainsi que, dans le cas d�une hypoth�-</p><p>tique liquidation, les actionnaires se verraient distribuer, � raison d�une somme �gale par action, le solde disponible apr�s cession des divers biens de la soci�t� et remboursement de ses dettes. La manifestation normale et tr�s courante de ce droit se pr�sente sous la forme d�un droit pr�f�rentiel, fondamental dans la l�gislation fran-</p><p>�aise des soci�t�s par actions, reconnu aux actionnaires en cas d�augmentation de capital. Il est dans l�ordre des choses que, par l�exercice de ses activit�s �conomiques, une soci�t� valorise son patrimoine, soit qu�elle ait consacr� la part de ses b�n�fices non distribu�s � ses actionnaires au d�veloppement de ses moyens de production (cette �pargne de la soci�t� est l�autofinancement), soit que les biens qu�elle poss�de aient vu cro�tre leur valeur (ce sont les plus-values).</p><p>La valeur de l�entreprise se trouve, d�s lors, sup�rieure � ce qu�indique son capital, et les actionnaires en sont bien propri�taires. Ce droit pr�f�-</p><p>rentiel aux augmentations de capital est mat�rialis� par un droit de souscription ou d�attribution, qui poss�de lui-m�me une valeur et peut �tre soit utilis�, soit vendu.</p><p>�missions d�actions</p><p>Dans une soci�t� anonyme, la cr�ation d�actions intervient de deux fa�ons : � titre obligatoire, lors de sa constitution, et facultativement, mais de mani�re in�vitable, dans le courant de son existence sociale.</p><p>y Capital d�origine. Pour na�tre, cr�er son outil de travail, disposer d�une suffisante tr�sorerie, une soci�t� doit r�unir des moyens qui constituent son capital d�origine. Elle les demande � ses associ�s fondateurs, qui sont ses premiers actionnaires, et, � cette occasion, elle fait sa premi�re �mission d�actions. Cet apport peut �tre fait de diff�rentes fa�ons par les fondateurs.</p><p>La plupart d�entre eux versent des es-p�ces et re�oivent en contrepartie des actions de num�raire ; un autre peut se dessaisir d�un terrain pour l��dification de l�usine et de ses bureaux ou encore de tout autre bien utile � l�entreprise naissante (b�timents, mat�riels, fonds de commerce, droit d�exploiter un brevet, etc.) ; apr�s �valuation, l�int�ress� en re�oit la contre-valeur en actions d�apport. La distinction entre actions de num�raire et actions d�apport rappelle la forme de la contribution (en argent ou en nature), mais elle ne cr�e pas de discrimination entre les actionnaires, sauf � consid�rer certaines restrictions de n�gociabilit� qui peuvent frapper les actions d�apport dans les deux ann�es qui suivent leur cr�ation.</p><p>y �volution du capital social. Apr�s un certain temps de fonctionnement, la soci�t� peut rencontrer plusieurs types de situation qui la conduisent � augmenter son capital : financement des investissements que com-</p><p>mande son d�veloppement, par une</p><p>recherche d�argent frais ou par une politique d�absorptions-fusions, ou maintien d�une structure �quilibr�e de son bilan. Les modalit�s de r�alisation des augmentations de capital sont, pour l�essentiel, au nombre de trois :</p><p>� augmentation de capital en num�-</p><p>raire par l��mission d�actions nouvelles, dont la souscription en esp�ces est propos�e aux actionnaires anciens, qui disposent d�un droit pr�f�rentiel pour souscrire ou c�der � de non-actionnaires ;</p><p>� augmentation de capital par l��mission d�actions d�apport, qui sont remises � des tiers en r�mun�ration des biens qu�ils ont apport�s � la soci�t� ;</p><p>� augmentation de capital par l�incorporation de r�serves, qui peuvent prendre la forme d�une �l�vation du nominal des actions existantes ou celle d�une attribution gratuite d�actions aux actionnaires anciens, s�effectuant par le d�p�t d�un droit qui leur est attribu� et qui peut �tre c�d� � d�autres.</p><p>Formes mat�rielles</p><p>Les actions peuvent �tre d�tenues indiff�remment sous deux formes : au nominatif et au porteur, cette seconde forme �tant notablement plus r�pandue que la premi�re.</p><p>y Actions nominatives. Ce sont celles dont la preuve de propri�t� de son possesseur r�sulte de l�inscription du nom de l�int�ress� sur un registre sp�-</p><p>cial de la soci�t� �mettrice. Toute mutation de propri�t� exige des formalit�s, connues sous le nom de transfert, qui viennent alourdir la proc�dure et allonger les d�lais des n�gociations boursi�res. Un certificat nominatif est remis au titulaire des titres. Il n�est cr�� que pour laisser entre les mains du d�tenteur une trace mat�rielle de son inscription nominative et, par-l�, faciliter dans une certaine mesure la gestion des titres, mais il ne poss�de en soi aucune valeur juridique.</p><p>Sauf le cas de certaines soci�t�s, notamment des compagnies d�assurance, et celui des mineurs, pour l�essentiel, la nominativit� est strictement facultative : � sa convenance, l�actionnaire peut d�tenir ses titres au nominatif ou au porteur.</p><p>y Actions au porteur. Ce sont celles dont la preuve de propri�t� de son possesseur r�sulte de la d�tention mat�rielle des titres eux-m�mes, sous r�serve, bien s�r, que cette d�tention soit de bonne foi, ce qui ne serait pas le cas de celui qui tenterait de faire valoir des droits sur un titre perdu qu�il aurait par hasard trouv�. Les actions au porteur sont donc fabriqu�es aussi soigneusement qu�un billet de banque, conform�ment � des normes</p><p>tr�s strictes, qui touchent les techniques d�impression, les couleurs, le papier, les filigranes, la num�rotation.</p><p>L�action est d�tach�e d�un carnet � souches pour sa premi�re mise en circulation. Elle se pr�sente mat�riellement sous forme d�un document</p><p>d�environ 45 cm de largeur sur 27 cm de hauteur, comportant deux zones : d�une part un corps du titre, qui mentionne les indications essentielles sur la soci�t� (sa d�nomination, l�adresse du si�ge social, le montant du capital, le nombre des actions qui le repr�-</p><p>sentent, etc.) ; d�autre part une feuille de coupons destin�s � �tre d�coup�s essentiellement � l�occasion du r�glement des dividendes et de l�exercice des droits � augmentation de capital.</p><p>Les propri�taires ont toujours la facult� de prendre possession de leurs titres et d�en assurer eux-m�mes la garde ainsi que la gestion. Ils peuvent aussi les faire conserver par l�interm�diaire de leur choix, auquel incom-bera la responsabilit� de cette gestion en contrepartie d�un droit de garde.</p><p>Les interm�diaires (agents de change, banques, �tablissements financiers) sont, dans leur ensemble, adh�rents d�une Soci�t� interprofessionnelle de compensation des valeurs mobili�res, la SICOVAM. Cet organisme re�oit en d�p�t la plupart des actions fran�aises et certaines actions �trang�res d�s lors qu�elles sont admises aux n�gociations officielles de la Bourse ; il en assure la conservation et la gestion. Tout mouvement de titres, notamment � la suite de transactions boursi�res, se r�alise par un simple virement entre les comptes des adh�rents qu�il affecte, sans d�placement mat�riel du � papier �. Le r�glement des coupons et les d�tachements de droits sont assur�s par des m�canismes analogues.</p><p>downloadModeText.vue.download 137 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11348</p><p>L�obligation</p><p>Une obligation est un titre repr�sentatif d�un pr�t � long terme consenti � une collectivit� �mettrice ; elle conf�re � son d�tenteur un droit de cr�ance pro-</p><p>ductif d�int�r�ts.</p><p>� la diff�rence d�un actionnaire, l�obligataire n�est pas copropri�taire de l�actif social de la collectivit� � laquelle il s�est li� : il en est simplement le cr�ancier. Les capitaux qu�il lui pr�te sont, par principe, toujours rem-boursables et lui garantissent chaque ann�e le versement d�un revenu qui a le caract�re juridique d�un int�r�t.</p><p>Dans la majorit� des cas, ce revenu est d�un montant annuel constant, ce qui explique que les obligations soient souvent d�nomm�es valeurs mobili�res � revenu fixe.</p><p>Toute �mission d�un emprunt obli-</p><p>gataire est effectu�e en une seule fois : fractionn�e en un nombre d�termin� de coupures d��gale valeur, les obligations, elle est simultan�ment souscrite par de nombreux �pargnants, personnes physiques ou morales. Un emprunt obligataire constitue donc une unit� homog�ne, au sein de laquelle r�gne l��galit� entre tous les porteurs : �mises au m�me moment, les obligations d�un m�me emprunt b�n�ficient toutes des m�mes droits. Plac�s tous dans une situation identique, les obligataires sont group�s en une masse pour l�exercice et la d�fense �ventuelle de leurs droits et int�r�ts.</p><p>Les collectivit�s �mettrices pr�-</p><p>cisent et d�limitent les droits des obligataires dans ce qui constitue la charte de chaque emprunt : le contrat d��mission.</p><p>Obligations de � type classique �</p><p>Ces obligations sont les plus simples et les plus r�pandues. Les droits qu�elles repr�sentent sont ceux que tout cr�ancier d�tient naturellement sur son emprunteur : un int�r�t annuel et le remboursement du pr�t selon les modalit�s pr�vues lors de l��mission. Un emprunt de type classique se d�finit par un certain nombre d��l�ments, qui sont essentiellement son montant, sa dur�e, son taux d�int�r�t, la valeur nominale et le prix d��mission des titres qui le repr�sentent, enfin les conditions de son amortissement. L�ensemble de ces �l�ments est pr�cis� en d�tail dans le contrat d��mission de l�emprunt, qui fait l�objet d�une publicit� �tendue, no-</p><p>tamment par une insertion au Bulletin des annonces l�gales obligatoires (le B. A. L. O.) ainsi que par la r�daction et la diffusion d�un prospectus d��mission et d�une note d�information r�alis�s par la collectivit� �mettrice. Les clauses essentielles de ce contrat sont, en outre, imprim�es sur le corps m�me des titres obligataires.</p><p>y Int�r�t. Le revenu d�une obligation classique est directement fonction du taux d�int�r�t stipul�. Pay� chaque ann�e � dates d�termin�es contre remise d�un coupon d�tach� du titre lui-m�me, il est calcul� en appliquant le taux d�int�r�t � la valeur nominale de l�obligation. C�est ainsi qu�une obligation au nominal de 500 F, au taux de 8,75 %, d�tachera chaque ann�e un coupon d�int�r�t de</p><p>y Prix d��mission. C�est le prix que doit verser toute personne qui souscrit une obligation au moment de</p><p>son �mission. Fr�quemment aussi, il peut �tre inf�rieur � la valeur nominale de l�obligation inscrite sur le titre lui-m�me, valeur encore appel�e le pair. L�avantage qui en r�sulte pour les souscripteurs est important. C�est ainsi qu�une obligation dont la valeur nominale est de 500 F peut �tre propos�e au public, lors de son �mission, � un prix de souscription uniforme pour tous de 486,50 F. L�int�r�t est calcul� sur 500 F, et le remboursement ne saurait �tre inf�rieur � 500 F, bien que le pr�teur n�ait r�ellement vers� que 486,50 F par titre aux caisses de l��metteur.</p><p>y Prix de remboursement. Tout</p><p>emprunt obligataire est stipul� rem-boursable. Ce droit des obligataires au remboursement de leur cr�ance</p><p>est garanti par l�ensemble du patrimoine de la collectivit� �mettrice.</p><p>Il s�exerce, de m�me que pour les autres cr�anciers, en priorit� sur tous les droits que peuvent poss�der les actionnaires. Le prix de remboursement d�une obligation est au minimum �gal � sa valeur nominale, et, dans la pratique, c�est cette valeur qui est souvent retenue pour op�rer l�amortissement de l�emprunt. Il n�est pas rare, cependant, qu�� titre d�avantage compl�mentaire la collectivit�</p><p>�mettrice inscrive dans le contrat d��mission une valeur de remboursement sup�rieure au pair, voire une valeur qui va croissant avec le temps.</p><p>Enfin, pour un petit nombre de collectivit�s �mettrices (Cr�dit foncier, Cr�dit national, Ville de Paris, etc.) qui en ont re�u l�autorisation du l�-</p><p>gislateur, des avantages particuliers sont attach�s au remboursement des obligations : des � lots �, de nombre et d�importance variables selon les emprunts, majorant d�autant le prix de remboursement des titres, sont affect�s par tirage au sort � un petit nombre d�obligations parmi celles qui viennent au remboursement. La diff�rence entre le prix d��mission et le prix de remboursement est appel�e la prime de remboursement.</p><p>Ainsi, le taux d�int�r�t nominal d�un emprunt ne constitue qu�un taux apparent, inf�rieur au taux de rendement r�el (dit taux actuariat de l�emprunt), si cet emprunt comporte pour les obligataires des avantages accessoires tels qu�une � prime de remboursement �</p><p>substantielle.</p><p>Modalit�s de remboursement. La</p><p>dur�e des emprunts actuels est le plus couramment comprise entre quinze et vingt ans. Le remboursement massif, en une seule fois, en fin de p�riode pr�vue pour l�emprunt, n�est que tr�s exceptionnellement pratiqu�, comme on le constate aussi dans les rapports entre particuliers d�s que les sommes pr�t�es sont importantes. Le remboursement d�un emprunt obligataire est plut�t fractionn�, ann�e par ann�e, � des dates fix�es � l�avance et conform�ment � un tableau d�amortissement.</p><p>Le choix, en la mati�re, est offert aux collectivit�s �mettrices entre deux m�-</p><p>thodes principales.</p><p>1o Le remboursement par tranches</p><p>�gales constitue le m�canisme le plus simple : chaque ann�e (ou bien tous les trois, quatre ou cinq ans, selon les clauses du contrat), la collectivit� rembourse une fraction constante de l��mission : par exemple, 10 000 obligations sont rembours�es au cours de chacune des quinze ann�es de</p><p>la vie d�un emprunt repr�sent� par 150 000 obligations.</p><p>2o Le remboursement par annuit� constante consiste � consacrer chaque ann�e une m�me somme au service</p><p>global de l�emprunt, c�est-�-dire au paiement de son int�r�t et � son remboursement. Cette solution a pour effet de faire cro�tre � chaque �ch�ance le nombre d�obligations � rembourser, puisque les sommes consacr�es au r�-</p><p>glement des int�r�ts diminuent du fait des titres pr�c�demment amortis.</p><p>Quel que soit celui des deux sys-</p><p>t�mes adopt�s, les obligations � amor-tir � chaque �ch�ance (dont le nombre est connu d�avance) sont d�sign�es par tirages au sort ou rachet�es en Bourse par la soci�t� � fin d�annulation. Toutes les obligations �mises comportent un num�ro ; la collectivit� �mettrice tire au sort les num�ros des obligations qui seront rembours�es. Les obligations � sorties � au tirage sont port�es � la connaissance des porteurs, de leurs agents de change ou de leurs banquiers par la publication de leurs num�ros.</p><p>Enfin, les engagements pris par</p><p>la collectivit� �mettrice sont parfois garantis par des tiers. Ces garanties sont constitu�es par un cautionnement donn� par une ou plusieurs collectivit�s qui s�engagent � se substituer � la collectivit� emprunteuse en cas de d�faillance de sa part. Elles portent habituellement sur le service de l�int�-</p><p>r�t annuel et sur le remboursement du capital. Parmi les garanties donn�es � certaines �missions d�emprunts obligataires, celle de l��tat constitue naturellement aux yeux des investisseurs une des clauses marquantes des conditions d��mission.</p><p>Obligations de � type nouveau �</p><p>Pour des raisons d�opportunit� comme pour r�pondre � l��volution des esprits, les collectivit�s �mettrices ont imagin� des clauses particuli�res de contrats d�emprunts, qui, confirm�es et r�glement�es par le l�gislateur, ont donn� progressivement naissance � des formes nouvelles d�emprunts obligataires. La nouveaut� de ces formes a port� sur deux des �l�ments essentiels qui caract�risent une obligation : l�in-t�r�t fixe et le remboursement du titre.</p><p>Une premi�re innovation a consist� � renoncer � la fixit� de l�int�r�t annuel de l�obligation. En accordant aux obligataires le b�n�fice d�avantages compl�mentaires de nature variable, on cherchait � prot�ger leur �pargne contre les incidences d�une �rosion mon�taire ou de les associer � l�expansion de la collectivit� emprunteuse.</p><p>Deux types d�emprunts r�pondent plus particuli�rement � l�un et � l�autre de ces objectifs : au premier les obligations index�es, au second les obligations participantes.</p><p>La seconde nouveaut� a port� sur</p><p>la notion de remboursement de l�emprunt : il fut propos� � l�obligataire de renoncer volontairement � son droit d��tre rembours� et de demander en contrepartie la transformation de son obligation en action. Ce sont les formules de l�obligation convertible en action, de l�obligation �changeable et, en dernier lieu, de l�obligation convertible � tout moment.</p><p>y Obligations index�es. L�objectif poursuivi est de revaloriser entre les mains de l�obligataire la cr�ance dont il dispose � l�encontre de la collectivit� �mettrice et de le faire en liant downloadModeText.vue.download 138 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11349</p><p>cette revalorisation � l��volution d�un indice convenablement choisi.</p><p>L�indexation peut porter soit sur l�int�r�t servi, soit sur le montant du pr�t � rembourser par l��metteur, soit, enfin, sur l�un et l�autre � la fois, ce qui est le cas le plus fr�quent. La variation en hausse du coupon annuel d�int�r�t ou du prix de remboursement des obligations est contractuellement command�e par les variations objectivement constatables et v�rifiables d�un indice : le volume de la production ou le prix d�un bien ou d�un produit, le chiffre d�affaires d�une entreprise ou d�une branche d�activit�, etc. Au premier rang des �metteurs d�obligations index�es figurent l��tat, mais aussi les grandes collectivit�s publiques,</p><p>telles la Soci�t� nationale des chemins de fer fran�ais, �mettrice d�emprunts index�s sur le prix du kilom�tre-voyageur, ou les groupements professionnels de comp�tence nationale, comme le Groupement de l�industrie sid�rurgique, �metteur d�obligations index�es sur le chiffre d�affaires de l�industrie sid�rurgique fran�aise. Le plus c�l�bre exemple d�emprunt index� est celui de l�emprunt 4,50 % 1973, �mis en conversion de la � rente Pinay �, dont le prix de remboursement est index� sur le cours de la pi�ce d�or fran�aise de 20 F.</p><p>y Obligations participantes. L�objectif recherch� est, ici, d�associer le porteur de l�obligation aux bons r�sultats des investissements qu�il a contribu� � financer.</p><p>La formule consiste � faire varier soit le montant annuel de l�int�r�t vers�, soit la valeur de remboursement du titre, ou encore les deux � la fois en liant cette variation aux r�sultats financiers de l�entreprise, aux dividendes vers�s aux actionnaires ou aux sommes port�es en r�serve. La variation ne peut, en aucun cas, �tre pr�judiciable � l�obligataire, qui est assur� d�un int�r�t minimal et d�une valeur de remboursement �galement minimale.</p><p>Mieux adapt�es que les obligations index�es aux risques financiers d�une entreprise individuelle, les �missions d�obligations participantes ont �t� le domaine d��lection des soci�t�s du secteur priv�.</p><p>En leur temps, les �missions d�obligations index�es ou participantes avaient rencontr� un grand succ�s aupr�s des �pargnants. Les nouvelles pr�occupations mon�taires fran�aises ont amen� l�autorit� publique, dans l�exercice de ses pouvoirs d�autorisation ou de contr�le des �missions obligataires, � faire obstacle depuis 1959</p><p>aux diverses formes d�indexation, m�me lorsqu�il s�agissait d�emprunts �mis par l��tat.</p><p>Toutefois, dans le but d�am�liorer la protection de l��pargne contre les effets de fortes variations des taux d�int�-</p><p>r�t sur les march�s de l�argent, les pouvoirs publics ont autoris�, en d�cembre</p><p>1974, l��mission d�obligations � taux d�int�r�t variable en fonction de l��volution des taux constat�s sur le march� mon�taire ou sur le march� obligataire.</p><p>y Obligations convertibles en ac-</p><p>tions. La formule en est simple : le porteur de l�obligation a la facult�, au terme d�un d�lai fix� par le contrat d��mission, g�n�ralement compris</p><p>entre deux et six ans, et pendant un laps de temps relativement bref (trois mois dans la plupart des cas), d�exercer une option entre la conservation de son titre obligataire et la conversion de ce titre en action. L�obligation comporte deux taux d�int�r�t : un taux valable pour la p�riode qui s��coule entre l��mission et la date � laquelle s�ouvre le droit d�option, taux qui, compte tenu de l�avantage que constitue ce droit d�option, est inf�rieur au taux courant pratiqu� sur le march� (par exemple 5,5 % pour un taux courant de 6,5 %) ; un taux qui, lui, est le taux courant du march� pour les obligations qui n�auront pas �t� �chan-g�es pendant la p�riode d�option et qui, � l�expiration du d�lai d�option, deviennent des obligations ordinaires.</p><p>Ce type d�obligation a connu un certain d�veloppement jusqu�en 1969.</p><p>y Obligations �changeables en</p><p>actions. Le porteur d�une telle obligation peut �changer son titre contre des actions pendant toute la dur�e de l�emprunt. Ces actions, �mises en m�me temps que les obligations, ont �t� souscrites par un tiers, �tablissement financier ou groupement d��tablissements financiers, qui a pris l�engagement d��changer les</p><p>actions qu�il a souscrites contre les obligations qui lui seront pr�sent�es sur simple demande des obligataires.</p><p>Cette forme d�emprunt, s�duisante dans son principe (ce qui a conduit le l�gislateur � en fixer les modalit�s d�application dans le texte g�n�ral relatif aux soci�t�s commerciales) est, toutefois, limit�e dans son emploi : elle se trouve �tre, en effet, pratiquement r�serv�e aux soci�t�s li�es � un consortium bancaire capable de prendre les engagements demand�s au tiers souscripteur.</p><p>y Obligations convertibles � tout</p><p>moment. Ces obligations sont le dernier terme d�une �volution qui, rapprochant deux types de valeurs mobili�res fondamentalement oppos�s de par leur nature, l�action et l�obligation, a pour cons�quence de proposer aux �pargnants une gamme de plus en plus diversifi�e de titres. Entr�es dans le droit fran�ais des soci�t�s depuis 1969, elles donnent au porteur de l�obligation, pratiquement d�s l�instant o� il devient obligataire, le droit de convertir � tout moment son titre de cr�ance en un titre d�associ�. L�augmentation du capital de la soci�t� �mettrice se trouve r�alis�e du seul fait de la demande de conversion, sans formalit� aucune pour l�obligataire qui choisit de devenir actionnaire.</p><p>Forme des obligations</p><p>Comme les actions, les obligations peuvent rev�tir deux formes mat�-</p><p>rielles principales.</p><p>y L�obligation nominative, peu r�pandue, se pr�sente sous forme d�un certificat nominatif et donne lieu, comme pour les actions, � des op�rations de transfert sur les registres de la soci�t� en cas de mutation de propri�t�. Le certificat porte mention des caract�-</p><p>ristiques de la soci�t� �mettrice et des principales clauses du contrat d��mission (valeur nominale et prix d��mission, taux d�int�r�t, tableau d�amortissement, garanties, etc.).</p><p>y L�obligation au porteur, au verso de laquelle ces m�mes indications sont inscrites, est de loin la plus courante. Les obligations au porteur sont fabriqu�es et imprim�es selon des normes strictes. D�tach�s d�un carnet � souche, les titres sont form�s d�un corps principal et d�une feuille de coupons, chaque coupon portant une date d��ch�ance pour la perception des int�r�ts.</p><p>Les facilit�s de gestion offertes par la Soci�t� interprofessionnelle de compensation des valeurs mobili�res, la SICOVAM, ont �t� �tendues au cours de ces derni�res ann�es � certains grands emprunts divis�s en s�ries d�obligations, en vue de leur amortissement.</p><p>Le r�le �conomique</p><p>des valeurs mobili�res Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France vit une seconde r�volution industrielle, dont le trait caract�ristique est un taux de croissance �lev� de l�ensemble de l��conomie.</p><p>L�effort accompli, qui a profond�-</p><p>ment transform� la soci�t� fran�aise, a n�cessit� des investissements tr�s importants. Ceux-ci ont repr�sent� 26,5 p. 100 de la production int�rieure brute en 1970, et le Ve Plan avait pr�vu qu�ils atteindraient 30 p. 100 en 1975.</p><p>Part des valeurs mobili�res</p><p>Ces investissements consid�rables sont assur�s dans l��conomie fran�aise par quatre grands circuits de financement.</p><p>D�apr�s le rapport du Fonds de d�veloppement �conomique et social pour l�ann�e 1972, la contribution de ces circuits en pourcentage du montant total des investissements (258 millions de francs, la formation brute de capital fixe) est la suivante ; 13,2 p. 100 sur Fonds publics (l��tat), 10,8 p. 100 sur ressources propres des organismes sp�-</p><p>cialis�s (les institutions semi-publiques telles que la Caisse des d�p�ts et consignations, les caisses de cr�dit agricole, etc.), 8,4 p. 100 par le cr�dit � moyen terme (les pr�ts du syst�me bancaire) et 13,4 p. 100 par le march� financier (les �missions de valeurs mobili�res), le solde de 54,2 p. 100 �tant assur� essentiellement par l�autofinancement national. Ainsi, les valeurs mobili�res apparaissent comme le premier instrument de financement de l��conomie.</p><p>�mission de valeurs mobili�res</p><p>L�importance du march� financier s�accro�t r�guli�rement depuis plusieurs ann�es, et les collectivit�s qui ont un besoin de financement rassemblent de plus en plus de capitaux sur le march� financier en �mettant des valeurs mobili�res, actions et obligations. Les collectivit�s �mettrices d�obligations se scindent en deux grandes cat�gories : le secteur public, au premier rang duquel figure l��tat, et le secteur priv�.</p><p>Les �missions d�actions sont le seul fait des soci�t�s du secteur priv�.</p><p>y L��tat, qui fut longtemps le princi-</p><p>pal, sinon le seul �metteur, ne se pr�-</p><p>sente plus sur le march� que de ma-ni�re intermittente (6,5 milliards de francs en 1973). Les titres qu�il �met sont des obligations ou des rentes, amortissables ou perp�tuelles.</p><p>y Les autres collectivit�s du secteur public comprennent les d�partements et les villes, les entreprises nationales (�lectricit� de France-Gaz de France, Postes et t�l�communications, Soci�t� nationale des chemins de fer fran-</p><p>�ais), des institutions financi�res � statut sp�cial (Cr�dit national, Cr�dit foncier de France, Caisse nationale downloadModeText.vue.download 139 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11350</p><p>de cr�dit agricole) et des organismes cr��s � des fins particuli�res, telles que la Caisse nationale des autoroutes et la Caisse centrale de cr�dit h�telier, industriel et commercial. En r�gle g�n�rale, ces collectivit�s b�n�ficient de la garantie de l��tat. Le volume de leurs �missions a d�pass� 21 GF en 1973.</p><p>Toutes ces obligations ont la qualit� de valeurs mobili�res et sont donc des titres susceptibles d��tre n�goci�s en Bourse. Pour cela, il faut et il suffit que la collectivit� �mettrice ait demand� et obtenu l�admission de ses titres � la cote d�une Bourse de valeurs. C�est tr�s g�n�ralement le cas d�s lors qu�un emprunt a �t� effectu� pour un montant minimal d�une certaine importance et que sa diffusion s�est r�alis�e dans le public. De fait, les emprunts lanc�s dans le public sont admis en quasi-totalit� aux n�gociations de Bourse, ce qui permet � l��pargne de d�sengager ses capitaux ou d�arbitrer ses investissements d�un emprunt � un autre. Le nombre et la diversit� des �metteurs dont les titres d�emprunts sont ainsi n�-</p><p>goci�s en Bourse sont tr�s significatifs du r�le jou� par les obligations dans le financement des activit�s �conomiques nationales.</p><p>Les soci�t�s du secteur priv� peuvent, seules, �mettre des actions sur le march� financier. Elles peuvent �galement</p><p>�mettre des obligations, � la double condition d�avoir deux ans d�existence et d�avoir exig� de leurs actionnaires le versement total du capital qu�ils se sont engag� � souscrire. La soci�t� a le choix entre l��mission directe d�un emprunt obligataire qu�elle lance sous son nom propre ou la participation � un emprunt collectif. La premi�re formule est pratiquement r�serv�e aux grandes soci�t�s cot�es en Bourse, alors que la seconde est ouverte � toute entreprise.</p><p>Les �missions d�emprunts collectifs ont pris une tr�s grande importance ; elles sont caract�ris�es par l�interposition d�une tierce personne � groupement professionnel ou Soci�t� de d�-</p><p>veloppement r�gional (SDR) � entre les souscripteurs et les b�n�ficiaires des capitaux recueillis (par exemple le Groupement de l�industrie sid�rurgique [G. I. S.] et le Groupement des industries de la construction �lectrique</p><p>[G. I. C. E. L.]).</p><p>Comme pour les collectivit�s du</p><p>secteur public, la Bourse joue un r�le fondamental pour les soci�t�s priv�es.</p><p>Afin d�assurer son d�veloppement, l�entreprise doit envisager la r�alisation d�importants investissements.</p><p>Les ressources qu�elle d�gage par son exploitation ne peuvent g�n�ralement pas lui assurer un financement suffisant, alors que la faiblesse de ses fonds propres lui interdit souvent d�augmenter son endettement. De m�me,</p><p>la r�partition du capital entre un trop petit nombre de mains ne permet pas de demander � ses associ�s-fondateurs de fournir � eux seuls les capitaux n�cessaires. Dans ces conditions, une soci�t� dispose d�une issue commode, qui est de solliciter le concours de l��pargne publique par la voie de la Bourse. Elle demandera la cotation de ses actions, qui se traduira par la mise en vente sur le march� d�une fraction de son capital.</p><p>D�s lors, la soci�t� pourra faire publiquement appel au march� financier par l��mission d�actions de num�raire, qui s�adressera au cercle �largi de ses actionnaires et au public tout entier, ainsi que par le lancement d�emprunts obligataires. En outre, elle pourra d�velopper plus commod�ment une politique d�absorptions-fusions par voie de cr�ation d�actions d�apport et b�n�ficier de plus larges facilit�s de cr�dit.</p><p>B. M.</p><p>F Agent de change / Bourse de valeurs / Soci�t�.</p><p>&amp; J. Hartwig, Valeurs mobili�res et investissements priv�s (Sirey, 1957). / M. Pariat, les M�thodes de pr�vision �conomique et leur application � la pr�vision boursi�re (L. G. D. J., 1960). / L. Retail, les Titres de soci�t�s et leur �valuation (Sirey, 1961). / F. Rosenfeld, Analyse des valeurs mobili�res (Dunod, 1963).</p><p>Valladolid</p><p>V. d�Espagne, en Vieille-Castille, ch.-</p><p>l. de province ; 236 000 hab.</p><p>R�le politique et fortune artistique de Valladolid sont �troitement li�s. Au XVe s. et durant les six premi�res d�-</p><p>cennies du XVIe s., la ville est de facto, sinon de jure, la capitale de la Castille.</p><p>La cour y fait de fr�quents s�jours, des familles de haut lignage y ont leur r�sidence provisoire ou permanente.</p><p>C�est l� que sont convoqu�es le plus fr�quemment les Cortes du royaume.</p><p>Une universit� et le c�l�bre tribunal de l�Audience, principal pouvoir judiciaire, contribuent � son renom.</p><p>Enfin, des couvents et des �glises bien dot�s entretiennent une intense activit� artistique.</p><p>Le Moyen �ge tardif y produit</p><p>quelques-unes de ses productions les plus caract�ristiques dans le magnifique ensemble architectural des dominicains, gr�ce au m�c�nat de l��v�que de Palencia, Fray Alonso de Burgos (� 1499), confesseur de la reine Isabelle la Catholique. Les fa�ades de l��glise San Pablo et du coll�ge San Gregorio (1488-1496, aujourd�hui mus�e national de Sculpture) ressemblent � de gigantesques retables anim�s d�une vie multiforme. Le patio du coll�ge, d�une fantaisie extr�me, est encore marqu� par l�esprit mud�jar.</p><p>Cependant, au m�me moment, le</p><p>cardinal Pedro Gonz�lez de Mendoza, le fastueux archev�que de Tol�de*, fait construire un autre coll�ge (� partir de 1487-1489), celui de Santa Cruz, qui offre avec le pr�c�dent le plus extraordinaire des contrastes. Il s�agit du premier des grands monuments de la</p><p>Renaissance en Castille, auquel l�architecte Lorenzo V�zquez a su conf�-</p><p>rer une sobre noblesse.</p><p>Mais voici que s��veille une �cole de sculpture dont l�activit� se poursuivra sans interruption durant plus d�un si�cle. D�s 1525 s�installe Alonso Berruguete*. En Italie, o� il a v�cu pendant une quinzaine d�ann�es, il a subi l�influence de la sculpture toscane et de Michel-Ange. Son m�tier, excellent, lui sert � exprimer une passion int�-</p><p>rieure � travers des formes tourment�es (retable de San Benito au Mus�e national de sculpture, 1526-1532). Dix ans plus tard arrive Juan de Jun� (v. 1507-1577). Il s�est form� en France et a d�j� exerc� son talent dans plusieurs villes espagnoles. Son temp�rament le porte � la mise en sc�ne et aux attitudes path�tiques (Mise au tombeau du Mus�e national, Vierge aux sept glaives de l��glise Nuestra Se�ora de Las Angustias).</p><p>Cependant, en 1559, la Cour aban-</p><p>donne Valladolid � pour Tol�de</p><p>d�abord, puis pour Madrid et l�Escorial</p><p>� et, en 1561, un immense incendie d�vore les hauts lieux de la cit�. Philippe II la fait reconstruire, sur un plan rigoureusement ordonn�, par Francisco de Salamanca. Malheureusement, la m�diocrit� des mat�riaux n�a pas permis que cet exemple caract�ristique de l�urbanisme du temps parv�nt jusqu�� nous. Seuls subsistent les �glises �le-v�es par des disciples de Juan de Herrera, Juan de Nates et Diego de Praves (la Pasi�n, 1579, la Vera Cruz, 1585-1595, et Las Angustias, 1597), ainsi que des palais comme celui du riche marchand et financier Fabio Nelli de Espinosa.</p><p>La sculpture conna�t ses derniers jours de gloire avec Esteban Jord�n (v. 1530-1598) et surtout le grand Gregorio Hern�ndez (ou Fern�ndez)</p><p>[v. 1576-1636]. Ce dernier fournit de nombreux pasos, ou figures de procession, trait�s isol�ment ou par groupes (Christ � la colonne, au Mus�e, Descente de croix et Christ au roseau de l��glise de la Vera Cruz).</p><p>Une ultime tentative est faite par Valladolid, en 1601, pour reconqu�rir</p><p>son r�le de capitale. Elle se solde par un �chec, et la ville, ruin�e, est d�finitivement abandonn�e par la Cour en 1606.</p><p>M. D.</p><p>&amp; B. Bennassar, Valladolid au si�cle d�or. Une ville de Castille et sa campagne au XVIe s. (Mouton, 1967).</p><p>Vall�e des Rois</p><p>F TH�BES, V. DE LA HAUTE-</p><p>�GYPTE.</p><p>Valle-Incl�n</p><p>(Ram�n Mar�a del)</p><p>�crivain espagnol (Villanueva de</p><p>Arosa, Galice, 1869 - Saint-Jacques-de-Compostelle 1936).</p><p>Son oeuvre, situ�e sur la cr�te du roman et du th��tre, demeure la plus riche de sa g�n�ration, celle de 1898, et, par son potentiel de formes et de significations, l�une des plus suggestives de la litt�rature europ�enne du premier tiers de notre si�cle.</p><p>Il na�t dans un bourg galicien d�une famille de petite noblesse victime de la r�volution �conomique du XIXe s. Son enfance est affect�e par les derniers soubresauts d�une soci�t� h�ro�que, brutale et g�n�reuse, encore f�odale.</p><p>Apr�s des �tudes � l�universit� de Saint-Jacques-de-Compostelle, il part pour Madrid, o� il tente sa chance dans le journalisme (1890), puis il cherche aventure au Mexique (1892). En 1893, il est de retour � Pontevedra, dans sa Galice de revenants et de sorci�res, mais aussi de bourgeois bien provinciaux ; trois ans plus tard, il retourne � Madrid pour y mener la vie de boh�me.</p><p>En 1899, il doit renoncer au m�tier de com�dien : bless� dans un stupide cha-hut, il est amput� d�un bras. Son infirmit� l�isole psychologiquement d�un monde qui lui para�t grotesque, hideux et hypocrite. Il cultive donc l�extravagance dans sa tenue, ses propos, ses �crits. Au nom d�une esth�tique emprunt�e aux d�cadents et aux symbolistes de l��cole moderne (modernista, dit-on en espagnol), il d�fie la soci�t� �tablie, sa morale apparente, ses id�es downloadModeText.vue.download 140 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11351</p><p>sur la beaut�, ses go�ts en litt�rature et il d�nonce sa tartuferie. Il publie deux recueils de contes, Femeninas (1895) et Jard�n umbr�o (Au jardin des ombres du pass�) [1903-1905, repris en 1908</p><p>et en 1914], et quatre nouvelles en prose po�tique, les Sonates, dont chacune porte le nom d�une saison : la Sonata de oto�o, d�ambiance galicienne (1902), la Sonata de est�o, d�ambiance mexicaine (1903), la Sonata de prima-vera, sur un fond de la Renaissance italienne (1904), la Sonata de invierno, d�ambiance navarraise et carliste (1905). Serait-il royaliste absolutiste ou bien anarchiste ? Il fraternise avec les spoli�s, paysans ou hoberaux, des campagnes galiciennes et basques, et avec les prol�taires exploit�s de Catalogne. Que lui importent le panache blanc ou le drapeau noir auxquels se rallient les malheureux ?</p><p>Valle-Incl�n tente sa chance au</p><p>th��tre avec El marqu�s de Bradom�n (le Marquis de Bradom�n, 1907) et des Comedias b�rbaras (�guila de blas�n</p><p>[Aigle de blason, 1907], Romance de Lobos [Romance de loups, 1908] ainsi que La cabeza del drag�n [la T�te du dragon] et Cuento de abril [Conte d�avril], qui furent jou�es en 1909). Il �pouse une actrice en 1907. Le roman le tente parce qu�il en fait une repr�-</p><p>sentation de la mentalit� et qu�il y dit ce que les historiens, obs�d�s de politique, ne veulent ni voir ni entendre. Il donne en 1908-09 Los cruzados de la causa (La guerra carlista) [les Crois�s de la cause], suivi de El resplandor de la hoguera (l��clat du foyer) et de Gerifaltes de anta�o (La Espa�a tradicional, II et III) [Comme un vol de ger-fauts]. Puis il part pour l�Argentine, o� il participe � une tourn�e d�une compagnie th��trale espagnole. � son retour, il se fait fermier en Galice. En 1912, il donne � la sc�ne Voces de gesta, � trag�die pastorale �, et La marquesa Ro-salinda (la Marquise Roselinde, 1913),</p><p>� farce sentimentale et grotesque �.</p><p>C�est l��chec aux champs comme � la ville.</p><p>Pour vivre, il reprend ses pi�ces et ses nouvelles, les rapetisse ou les alt�re quand sa vision a chang� ; il les vend aux �diteurs dans un autre ordre et parfois avec de nouveaux titres, avec des ajouts et des omissions. C�est ainsi que son Jard�n umbr�o reparut en 1914</p><p>avec quinze nouveaux contes et deux drames symboliques, tous en prose.</p><p>La Premi�re Guerre mondiale fait de ce partisan des Alli�s un reporter sur le front de France (1916). En vain, � son retour, les bons amis tentent de fixer le boh�me par le moyen d�une sin�cure.</p><p>Il abandonne sa chaire d�esth�tique � l��cole des beaux-arts comme plus tard, en 1932-33, il abandonnera la conservation du tr�sor artistique et la direction de l�Acad�mie des beaux-arts d�Espagne � Rome.</p><p>Fid�le � lui-m�me, Valle-Incl�n en 1921 aide un groupe th��tral bolche-visant et, lors d�une visite au Mexique, prend parti, au grand scandale de la colonie espagnole, pour les Indiens et la r�forme agraire. Mais c�est l�ann�e 1920 qui marque le grand tournant de son oeuvre litt�raire. Il ajuste son �criture et son comportement, son es-th�tique et son �thique ; il met � bas le fragile �difice th�orique qu�il avait mont� en 1916 � la lumi�re fuligineuse de La l�mpara maravillosa (la Lampe merveilleuse). Ses Luces de Bohemia (Lumi�res de Boh�me, 1924) jettent une lumi�re crue et cruelle sur la mi-s�re des �tres marginaux, po�tes sans public, baladins sans clients, bouffons crisp�s, r�veurs tragiques, dont les gens de la bonne soci�t� ont fait des �paves grotesques et indignes : � Partout des canailles et, au premier rang, nous autres les po�tes. � Aussi bien, cette tragi-com�die � clef d�finit son nouveau style en fonction d�une vision rigoureuse du monde : le Don Juan des Sonatas s�est mu� en croquemitaine (esperpento). Son chef-d�oeuvre, Divinas palabras (Divines Paroles, 1920), rel�ve du th��tre panique : la femme perdue trouve asile dans la petite �glise rurale et le monde miraculeux des �mes rudes rentre dans l�ordre lorsque retentit l�appel rituel de mots en latin que pourtant personne ne comprend ; la bacchanale cesse, Dieu prend la suite.</p><p>La Farsa y licencia de la reina cas-</p><p>tiza (Farce licencieuse de la reine oll� oll�), Los cuernos de don Friolera (les Cornes de don Friolera) [1921] et Cara de plata (Comedia b�rbara) [Visage d�argent, 1922] pr�cisent la doctrine de l�esperpento. Valle-Incl�n donne le nom du croquemitaine � la sc�ne, � l�acte, � la pi�ce et au genre. L�ouvrage tant�t prend des aspects de parodie de m�lodrame, tant�t de tragi-com�die grotesque et se rapproche, s�il est plus court, de la com�die-bouffe et du guignol. (Dans le m�me temps, Unamuno inventait la nivola pour rendre compte lui aussi, mais sans humour, du nouveau sentiment tragique de la vie.) En 1924, Valle-Incl�n prend � partie le dictateur Primo de Rivera. Cette m�me ann�e et la suivante, il fait jouer � Madrid et � Barcelone Cuento de abril et une nouvelle pi�ce, La cabeza del Bautista, qu�il sous-titre, avec La rosa de papel, � nouvelle macabre �. En 1926, il monte deux th��tres de poche et d�amateurs : El mirlo blanco avec les Baroja, et, seul, le C�ntaro roto. En 1926, il publie son excellent roman Ti-rano Banderas, dont le h�ros-guignol est un dictateur ib�rique, imaginaire et pourtant tr�s concret. En 1926 paraissent des nouvelles ou romans : Ecos de Asmodeo, El terno (plus tard Las galas) del difunto, Zacar�as el cruzado et un recueil : Tablado de marionetas para educac�on de pr�ncipes (Tr�teau de marionnettes). L�ann�e suivante, il reprend ses � farces � ant�rieures dans Retablo de la avaricia, la lujuria y la muerte (Retable de l�avarice, de la luxure et de la mort), qu�il compl�te.</p><p>Dans cette m�me veine paraissent en 1929 Teatrillo de enredo, en 1930</p><p>Martes de Carnaval. Parall�lement, il entreprend une s�rie romanesque sur l�histoire d�Espagne : El ruedo ib�rico (le Cirque ib�rique). Seuls para�tront dans ce cycle La corte de los milagros (la Cour des miracles, 1927), �Viva mi due�o ! (Vive mon ma�tre ! 1928) et, inachev�, en feuilleton, Baza de espadas (Atout �p�e, 1958). Sa querelle avec le r�gime continue : il fait esclandre � une premi�re ; les autorit�s saisissent La hija del capit�n (1927)</p><p>� au nom du bon go�t � ; il se d�clare socialiste ; on l�arr�te ; on le condamne � une amende. Apr�s la proclamation de la r�publique (1931), il d�clare que</p><p>l�Espagne a besoin d�un autre L�nine.</p><p>En 1932, il est �lu pr�sident de l�Ate-neo, le grand cercle intellectuel de Madrid. Il perd son argent dans la faillite d�une maison d��dition et il divorce.</p><p>En 1933, il demande son adh�sion � l�Association des �crivains r�volutionnaires, dont le si�ge est � Moscou. Le pr�tendant carliste au tr�ne l�avait d�-</p><p>cor� en 1931. � Yo me siento pueblo �,</p><p>� je me sens peuple �, �crit-il. Son engagement n�a rien d�id�ologique ; il a trop de m�fiance envers les hommes politiques, envers les clercs des nouvelles �glises : � Ici, les puritains de la conduite, ce sont les d�magogues de l�extr�me gauche. �</p><p>Son dernier article date de 1935. Revenu malade dans sa terre natale, Valle-Incl�n meurt au d�but de 1936. Comme toujours droit comme un i, ferme sur ses positions spirituelles, il avait r�cus� au moment supr�me � le cur� et sa sagesse, le moine et son humilit� et le j�suite avec toute sa science �. Car un homme entier au fond n�est pas sage, au fond n�est pas humble, et sait au fond qu�il ne sait rien de rien.</p><p>D�s l�enfance, radicalement engag� dans le monde, Valle-Incl�n ne cessa de lutter pour n�en pas devenir prisonnier. Deux ouvrages, l�un au d�but de sa carri�re, l�autre � la fin, attestent la coh�rence de sa d�marche mentale, la persistance de sa vision de l�homme et du monde. Dans Jard�n umbr�o (1914), il rapporte des souvenirs d�enfance dans leur int�grit�, tels que les faits furent �prouv�s par sa conscience innocente, qui ne se souciait pas d�explication et confondait le r�ve et la r�alit�.</p><p>La Galice d�alors est une terre violente o�, � la lueur du brasier (El resplandor de la hoguera), les chefs de bandes et les sorciers entra�nent dans une orgie sanglante les hobereaux et les paysans ensemble. Certes, les adultes donnent � cette jacquerie panique le nom de guerre carliste ; mais le petit Valle ne comprend rien de tout cela ; il appr�-</p><p>hende directement le fait : pour lui, il n�y a pas de diff�rence entre un bandit et un h�ros, un sorcier et un pr�tre.</p><p>Bien longtemps apr�s, le vieil �crivain met en sc�ne avec la m�me franchise et les m�mes hallucinations la reine Isabelle II, sa cour et ses adversaires.</p><p>Pour lui, l�histoire d�Espagne est une invention des politiciens en qu�te de justification, une mascarade sous les banni�res interchangeables de leur conservatisme et de leur lib�ralisme.</p><p>Pour canaliser et r�duire le d�sordre qu�ils ont eux-m�mes engendr�, ils recourent � des id�ologues, des humanistes qui se disent philanthropes, mais ch�trent l�homme, font de lui un bon citoyen, un �lecteur. Or, quoi qu�on dise, l�homme n�est pas un animal, et, quoi qu�on fasse, il est encore moins un animal domestique. La preuve, c�est qu�il assume sa violence et qu�il s�y livre sciemment lorsque l�occasion se pr�sente d�un grand carnaval. Depuis Jard�n umbr�o jusqu�au Ruedo ib�rico en passant par Martes de Carnaval, Ram�n Mar�a del Valle-Incl�n d�fie l�intelligentsia et sa litt�rature �difiante, l�nifiante, au service du monde r�gl�, de la chair aseptique et du bon petit diable de b�nitier.</p><p>C�est une r�action tr�s personnelle.</p><p>Pourtant, elle �tait dans l�air en ce temps du nihilisme et de l�anarchie, des paradis artificiels et du surhomme nietzsch�en. De m�me, l��criture de Valle-Incl�n se rattache ais�ment � maintes sources litt�raires : Chateaubriand, Barbey d�Aurevilly, Rostand, Maeterlinck, D�Annunzio et, dans le pass�, Casanova, Quevedo, Cervant�s, les chroniqueurs de la conqu�te des Indes. Sa vision s�inspire de mod�les artistiques alors tr�s pris�s : Goya, Rapha�l et tous les Italiens ant�rieurs � Rapha�l remis � l�honneur par Ros-downloadModeText.vue.download 141 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11352</p><p>setti et Burne-Jones. Mais chez lui cet anodin m�lange devient explosif : il est vrai qu�il explose dans le vide.</p><p>En effet, l�oeuvre de la Valle-Incl�n n�a pas trouv� d��cho sur le moment.</p><p>Le public contemporain ne veut voir en lui qu�un �crivain outrancier et un �tre farfelu (Don Estrafalario). Il faut attendre le milieu du si�cle et les romanciers tremendistas pour retrouver sa mani�re agressive : encore, le plus souvent, ils la cultivent pour l�effet et</p><p>non par une profonde n�cessit� int�-</p><p>rieure. Lorsque, � distance, on rencontre les m�mes pantins d�sarticul�s poussant les m�mes cris inarticul�s chez Picasso, chez Bu�uel ou chez Arrabal, il s�agit d�affinit�s �lectives plut�t que d�une influence directe du grand pr�curseur.</p><p>� la base de cette vision du monde et de cette oeuvre, il y a une unit� relationnelle, l�esperpento : l�affrontement grotesque d�un homme d�jet�, un rebut, et du monde fard� et d�grad� ; leur m�l�e fr�n�tique provoque l��pou-vante-pour-rire. � partir de cette unit� qui lui sert de maille, Valle-Incl�n tisse son discours selon deux � mod�les �, deux types d�assemblage aux conventions fixes : le roman (ou la nouvelle) et la com�die (ou la farce). Aussi bien, il transpose ais�ment son texte d�un syst�me dans l�autre (La cabeza del Bautista, nouvelle macabre de 1924, devient pi�ce de guignol dans le Retablo).</p><p>Sur l�une ou l�autre de ces deux trames sont implant�s des morceaux de bravoure proprement lyriques : Valle-In-cl�n �voque po�tiquement l�ambiance dans de longues didascalies, ou bien il invoque les puissances spirituelles. L�, son g�nie se donne libre cours ; la lettre pr�c�de la pens�e et devance la vision bien plus qu�elle ne les exprime. La composition cubiste-expressionniste des tableaux mis en sc�ne met en valeur le cri, l�impr�cation, l�adoration, l�injure, la pri�re, la b�n�diction, la mal�-</p><p>diction et le blasph�me. Puis, comme dans une troisi�me �tape, Valle-Incl�n coupe et coud ensemble les �pisodes romanesques et/ou les p�rip�ties dramatiques avec les couplets lyriques, en se pliant aux exigences int�rieures propres � l�ouvrage mis sur le chantier. Parfois, romans, com�dies, farces, esperpentos et m�me po�mes isol�s s�organisent en cycles et se rangent dans des groupes, soit esquiss�s, soit achev�s. Citons La Espa�a tradicional, qui raconte les guerres du paysan contre le meunier et le notaire, les M�-</p><p>moires du marquis de Bradom�n, avec son h�ros satanique, fl�au des communaut�s ou des soci�t�s faussement idylliques, les Com�dies barbares, o� le h�ros sacril�ge et incestueux s�efforce de d�clencher la col�re de Dieu afin de v�rifier son existence, les � farces � ou</p><p>esperpentos qui restituent � la v�rit�</p><p>� cauchemar ou exp�rience v�cus �</p><p>l�histoire et la l�gende qu�ont fard�es les embaumeurs, le Cirque ib�rique, inachev�, o� l�Espagnol de 1927-1930</p><p>se venge et venge son a�eul de 1860 de son impuissance et de son humiliation.</p><p>Par deux fois, Valle-Incl�n a tent� de formuler son esth�tique. L� encore, l�intuition va beaucoup plus loin que la th�orie. Il �crit dans La l�mpara maravillosa : � Quand on d�coud les normes du temps, le plus petit instant se d�chire comme un ventre</p><p>gros d��ternit�. � Ainsi donc, si l�on soustrait l�histoire au temps continu et aux d�terminismes imaginaires, si l�on tient les circonstances de l��v�-</p><p>nement pour des variables al�atoires, le pass� co�ncide avec le pr�sent, et l�actualit� accuse l��ternel retour des choses. La t�che et le but de l��crivain consistent � arracher, � d�chirer les oripeaux de l�apparence, � mettre � nu la V�rit�. Valle-Incl�n �crit encore :</p><p>� Le verbe des po�tes, comme celui des saints, ne se laisse pas d�chiffrer par la grammaire. La musique est son essence ; et son miracle, c�est d��mouvoir les �mes. � Ainsi donc, le po�me est d�inspiration divine ; la grammaire, entendez le code normal de la communication entre les hommes, ne peut en rendre compte � elle seule. C�est le nombre � rythme et rime � qui l�organise ; c�est la musique qui le gonfle d�une signification potentielle par-del� son sens al�atoire premier.</p><p>Quatre ans apr�s les � exercices spirituels � de La l�mpara maravillosa, Valle-Incl�n renie ce qui restait de</p><p>� moderniste � dans cette conception de l��criture. Il esquisse la th�orie de l�esperpento, non plus dans un essai, mais dans les propos, et plus encore dans les actes qu�il pr�te aux personnages de Luces de Bohemia : � Mon esth�tique actuelle consiste � transformer les normes classiques avec la rigueur math�matique d�un miroir concave transposant un objet. � En effet, la cr�ation litt�raire ressortit � la topologie. L�image r�v�le les torsions des hommes lorsqu�on les mue ou lorsqu�ils se muent en personnages.</p><p>Elle �limine leur r�alit� ; elle fait pa-ra�tre leur v�rit�.</p><p>Ajoutons enfin que l�auteur se tient au-dessus de ses personnages comme le baladin au-dessus de ses marionnettes ; mais ce sont elles qui, tout en respectant les r�gles du jeu, s�expriment librement ; il ne fait que leur pr�-</p><p>ter ses cordes vocales, volontairement alt�r�es et bien souvent grin�antes.</p><p>Visionnaire ? Artiste de l��criture ?</p><p>Valle-Incl�n est tout d�une pi�ce.</p><p>Lorsque sa vision de l�homme et du monde l��blouit et l�aveugle, son verbe s��trangle dans l�invective ou dans la pri�re. Alors, il recourt � tous les artifices du drame, du roman, de la po�sie et du pamphlet ; l�expression �crite vacille, atteinte jusque dans sa substance par le geste qui d�sarticule la phrase, la clameur collective qui la trouble, le cri strident qui la coupe tout net. Le public, �branl�, s�inqui�te. L��motion na�t. La beaut� a pris une nouvelle forme.</p><p>C. V. A.</p><p>&amp; A. Zamora Vicente, Las � Sonatas � de Ram�n del Valle Incl�n (Madrid, 1955) ; La realidad esperp�ntica (Madrid, 1969). / J. Rubia Barcia, A Biobibliography and Iconography of Valle Incl�n (Berkeley, 1960). / J.-P. Borel, Th��tre de l�impossible (La Baconni�re, Neuch�tel, 1963). / G. Diaz-Plaja, Las est�ticas de Valle Incl�n (Madrid, 1965). / E. Gonz�lez Lopez, El arte dramatico de Valle Incl�n (New York, 1967).</p><p>Vallejo (C�sar)</p><p>�crivain p�ruvien (Santiago de Chuco 1892 - Paris 1938).</p><p>� Petit-fils de deux pr�tres espagnols et de deux Indiennes p�ruviennes �, selon ses propres termes, C�sar Vallejo doit peut-�tre � cette double ascendance un certain sentiment m�taphysique et son indicible tristesse, de racine indienne. � Je n�ai jamais vu d�homme aussi triste � dira de lui son compatriote le romancier Ciro Alegr�a.</p><p>N� dans un village perch� des Andes, Vallejo doit d�autre part � ses rapports avec le monde mis�rable des Indiens, dont il conna�tra de tr�s pr�s le calvaire lors d�un s�jour dans une hacienda, une profonde exp�rience de la souffrance humaine.</p><p>Apr�s de brillantes �tudes de lettres et de droit � Trujillo et � Lima, Vallejo va traduire, dans un recueil au titre inqui�tant : Los heraldos negros (les H�-</p><p>rauts noirs, 1918), son immense piti� pour ceux qui souffrent, sa douleur devant les � coups venus de la haine de Dieu � qui frappent l�homme gratuitement, semble-t-il, et son angoisse face � la mort. D�s ce premier recueil, en effet, le po�te se montre hant� par la mort, qu�il sent partout pr�sente dans la vie, et par le temps, l�alli� de la mort, qui ronge la vie. D�j�, aussi, il laisse percer son espoir en un salut, non individuel mais collectif, le salut des humbles, des victimes de l�injustice, de toute l�humanit� douloureuse :</p><p>� Quand nous nous verrons avec les autres | au bord d�un �ternel matin, nous d�jeunerons tous ! �</p><p>Si, en ce qui concerne la forme,</p><p>l�influence du modernisme se fait souvent sentir dans ce recueil, dans Trilce (1922) la rupture avec le langage po�-</p><p>tique traditionnel est totale. Convaincu que la vie n�a aucun sens (� absurde, toi seul est pur �), Vallejo donne, avec ce recueil dont le titre ne signifie rien, dans la pure r�volte po�tique. Des fantaisies typographiques, une syntaxe d�brid�e, des images en pleine libert� sont l�expression de l�univers mental du po�te, marqu� au sceau de l�angoisse et qu�ont profond�ment boulevers� la mort de sa m�re et quelques mois de prison. Mais toujours, m�me au sein de ce monde vide et hostile, cette nostalgie d�un bonheur unanime.</p><p>� trente et un ans, Vallejo quitte le P�rou pour toujours et se fixe � Paris.</p><p>Il y m�ne une vie difficile, se marie, fr�quente les �crivains et les artistes de l��poque (Desnos, Tzara, Marcel Aym�, etc.), �tudie le marxisme et fait trois voyages en U. R. S. S. Inscrit au parti communiste espagnol, il �crit un roman � prol�tarien �, Tungsteno (le Tungst�ne, 1931).</p><p>Une dizaine d�ann�es se sont �cou-l�es depuis Trilce, lorsqu�il reprend sa plume de po�te pour �crire Poemas humanos (Po�mes humains), auxquels il travaillera jusqu�� sa mort et qui seront publi�s en 1939. Bien qu�un lourd sentiment d�angoisse continue de peser</p><p>sur elle, la pens�e de Vallejo a perdu un peu de ses couleurs fun�bres : en elle est maintenant ancr� l�espoir du salut de l�homme par lui-m�me et de lendemains meilleurs pour les d�sh�ri-t�s � Vallejo, militant marxiste �, et m�me celui d�un imaginaire triomphe de la vie sur la mort, celle-l� f�t-elle</p><p>� implacablement, impitoyablement horrible �.</p><p>Lorsque va �clater l�effroyable</p><p>guerre d�Espagne, Vallejo s�identi-fiera litt�ralement au peuple espagnol et, pour chanter son agonie, il aura les paroles du Crucifi� : Espa�a, aparta de m� este c�liz (Espagne, �loigne de moi ce calice). Les po�mes r�unis sous ce titre, tout remplis de sang et de cadavres, sont un cri d�horreur et un cri d�espoir : le sacrifice ne peut �tre vain, il contient le germe d�une vie nouvelle plac�e sous le signe de la solidarit� humaine.</p><p>downloadModeText.vue.download 142 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11353</p><p>Celui qui avait �crit, dans un po�me pr�monitoire : � Je mourrai � Paris, un jour d�averse... �, allait succomber effectivement � Paris, � l��ge de quarante-six ans, un vendredi saint. Louis Aragon prononcera son �loge fun�bre.</p><p>Depuis ce jour o� il rejoignit la mort qui fut l�obsession de toute son existence, Vallejo n�a cess�, par la densit� de sa pens�e et par son verbe, ivre de libert�, d�exercer, en d�pit de d�tracteurs, une influence profonde sur la po�sie de langue espagnole.</p><p>J.-P. V.</p><p>&amp; A. Coyn�, C�sar Vallejo y su obra po�tica (Lima, 1957). / X. Abril, Vallejo Ensayo de aproxi-maci�n cr�tica (Buenos Aires, 1958) ; C�sar Vallejo � la teor�a po�tica (Madrid, 1963). / A. Ferrari et G. Vallejo, C�sar Vallejo (Seghers, 1967).</p><p>Vall�s (Jules)</p><p>�crivain et journaliste fran�ais (Le Puy 1832 - Paris 1885).</p><p>� Fils de pion �, �l�ve au coll�ge de Saint-�tienne puis � celui de Nantes,</p><p>le jeune Vall�s comble d�abord les espoirs familiaux en obtenant le premier prix d�excellence en classe de rh�torique. Mais il ne supportera pas longtemps la pression scolaire et familiale, accus�e par le d�saccord de ses parents.</p><p>Le 25 f�vrier 1848, Jules Vall�s participe � il a seize ans � � une manifestation en faveur de la r�publique. Non content de manifester, il fonde avec son condisciple Charles Louis Chas-sin (1831-1901) le Club r�publicain de la jeunesse de Bretagne et de Vend�e, o� il prend la parole pour proclamer l�abolition du baccalaur�at et de tous les dipl�mes, affirmant le � principe de la libert� absolue de l�enfance �.</p><p>Ces prises de position ne sont pas pour satisfaire monsieur Vall�s, professeur besogneux et agr�g� qui a peur pour sa situation si durement acquise. Il exp�-</p><p>die le troublion � Paris afin qu�il termine ses �tudes. Au lyc�e Bonaparte, Jules Vall�s s�occupe davantage de politique. Il �choue au baccalaur�at. La crise �clate entre le p�re prudent et le fils rebelle. Ce dernier d�cide de vivre comme il l�entend, fr�quente le Quartier latin, suit les cours de Michelet au Coll�ge de France. Avec ses amis, il manifeste (mars 1851) lors de la fermeture de ce cours et, apr�s le coup d��tat du 2 d�cembre 1851, il prend nettement position contre le nouveau r�gime. Le p�re, de plus en plus inquiet, le fait revenir � Nantes et r�ussit � le faire interner dans un asile d�ali�n�s. Il r�ussit � s�en sortir gr�ce � un ami fid�le, Arthur Arnould (1833-1895), qui lui permettra �galement d�obtenir son baccalaur�at � la faveur de protections. Ulc�r�, Vall�s quitte d�finitivement Nantes pour Paris. Il participe au complot de l�Op�ra-Comique contre l�Empire. �</p><p>la suite de cette action, il est incarc�r� � Mazas. Lib�r�, Vall�s reprend la vie boh�me. Il exerce toute sorte de m�tiers pour subvenir � ses besoins et pr�pare en m�me temps son premier livre, l�Argent (1857). C�est un succ�s de curiosit� qui lui permet de signer ses premiers articles dans la Chronique parisienne d�Henri Rochefort* et le Figaro, qui lui confie, � tort, la rubrique boursi�re. Son incomp�tence en la ma-ti�re est vite d�couverte : il est cong�-</p><p>di�. Sans travail, il se d�cide � passer un concours pour entrer dans l�administration municipale. Il en sera chass�</p><p>cinq ans plus tard pour avoir tenu des propos subversifs. Durant ces ann�es, Vall�s n�a pas cess� de collaborer � diff�rents journaux (le Progr�s de Lyon, l��poque, l��v�nement). Il s�est fait des amis dans le monde des lettres (Th�odore de Banville, Barbey d�Aurevilly). Son talent de pamphl�taire est reconnu, mais sa verve, la violence de ses positions laissent r�ticents les directeurs de journaux. En 1865, il r�unit ses meilleurs articles dans les R�fractaires, puis, en 1866, dans la Rue. Un journal du m�me nom, la Rue, para�t non sans difficult�s, le 1er juin 1867, � la suite de la pseudo-lib�ralisation de la presse. L��ditorial, sign� Jules Vall�s, donne � penser que cet hebdomadaire ne fera pas long feu : � Nous sonnerons l�attaque et donnerons l�assaut contre toutes les forteresses, instituts, acad�mies du haut desquelles on fusille quiconque veut avoir l�esprit libre. �</p><p>Jules Vall�s, comme � l�accoutum�e, ne fait aucune concession au pouvoir.</p><p>Apr�s maintes p�rip�ties, la Rue cesse de para�tre le 1er janvier 1868. Elle repara�tra le 17 mars 1870 (28 num�ros), puis en 1879 (5 num�ros). L�histoire de la publication de ce journal suffirait � montrer l�obstination de Jules Vall�s, qui brave tous les obstacles (la censure, l�absence de moyens financiers) pour affirmer co�te que co�te ses id�es. La premi�re interdiction de la Rue n�em-p�che pas, par exemple, Jules Vall�s de continuer � faire agir sa plume dans le Globe, o� il attaque la police. � chacune de ses incartades, il est condamn� et s�journe dans la prison de Sainte-P�lagie. L� encore, il trouve l�occasion de fonder un journal. � sa sortie de prison, Vall�s ne d�sarme pas. Il fait para�tre le Peuple, puis le R�fractaire, publications �ph�m�res. Il devient de plus en plus difficile pour le � r�fractaire � de trouver des commanditaires.</p><p>Tout en luttant au jour le jour, Vall�s poursuit ses travaux � litt�raires � et publie en feuilleton son premier roman, le Gentilhomme, et deux �bauches du futur Jacques Vingtras.</p><p>Lors de la Commune* de Paris et</p><p>des �v�nements qui la pr�c�d�rent, Jules Vall�s joue un r�le de premier plan. Pacifiste, il s�oppose � la guerre contre les Prussiens ; r�volutionnaire, il entend mettre fin au r�gime de Napo-</p><p>l�on III. Il est �lu dans le XVe arrondissement et participe � la commission de l�enseignement. Sur les barricades, il est aux premi�res lignes. � la chute de la Commune, l�action de Vall�s a �t� telle qu�il est oblig� de gagner l�Angleterre pour �chapper � la r�pression. Le 4 juillet 1872, il est condamn� � mort par contumace et radi� de la Soci�t� des gens de lettres. C�est l�exil en Angleterre. En 1876, gr�ce � l�intervention d�Aur�lien Scholl (1833-1902), Vall�s, sous des noms d�emprunt, reprend sa carri�re journalistique. Il tient une chronique, la Rue � Londres. Il collabore au R�veil, � la Marseillaise.</p><p>Il donne notamment la premi�re version de Jacques Vingtras, qui para�-</p><p>tra en 1879 sous le nom de Jean La Rue. L�ann�e suivante, apr�s neuf ans d�exil, il revient en France � la suite de la proclamation de l�amnistie pour les survivants de la Commune. Le Bachelier, la deuxi�me partie de Jacques Vingtras, parait en 1881. Aid� par S�verine (Caroline R�my, 1855-1929), rencontr�e � Bruxelles avant son retour en France, il lance un second Cri du peuple (1883). Il y prend le parti des anarchistes, s��l�ve contre le colonialisme et oeuvre pour la r�forme de l�enseignement. Atteint du diab�te, Vall�s meurt le 14 f�vrier 1885, en pleine activit�. Fid�le collaboratrice, S�verine se chargera de faire para�tre le troisi�me volet de la trilogie Jacques Vingtras : l�Insurg�, en 1886.</p><p>Vall�s se comporta avant tout en</p><p>homme d�action. Jusqu�� ses derniers jours, il fut en lutte pour combattre le pouvoir et la soci�t� �tablis qui entretenaient l�injustice � tous les niveaux : dans la famille (toute-puissance de l�autorit� paternelle), au coll�ge (autorit� contraignante de la hi�rarchie), dans la soci�t� (tyrannie du pouvoir sur le peuple). Son oeuvre journalistique tout comme son oeuvre romanesque ne peuvent �tre comprises sans ce sentiment profond�ment v�cu par lui sur le plan personnel, dont il �pousa la cause sur le plan collectif. Ni les brimades, ni les incarc�rations, ni l�ins�curit� sa vie durant ne purent le faire taire.</p><p>Il prit incessamment le parti des � r�-</p><p>fractaires �, des rat�s, des laiss�s pour compte de la soci�t� avec un enthousiasme, une pers�v�rance, une sinc�-</p><p>rit� parfois touchants. Mais son action resta toujours individualiste. M�fiant vis-�-vis des id�ologies, il n�appartint jamais � aucun parti politique. Mis � part Proudhon, qui nourrit sa pens�e, il voulut se cr�er lui-m�me son propre syst�me, qui n�avait pour logique que celle de l�exp�rience v�cue dont il tirait dans l�action de sa plume et de sa personne les conclusions qui s�imposaient.</p><p>Pamphl�taire de talent, il fut aussi romancier. Mais l� encore, Vall�s �crit par n�cessit�, pouss� par l��v�nement.</p><p>La trilogie Jacques Vingtras � l�Enfant, le Bachelier, l�Insurg� � est l�histoire de sa vie � peine d�guis�e.</p><p>Il s�efforce de saisir l��v�nement dans son authenticit�, refusant de l�enjoliver par la rh�torique, de le camoufler par de la litt�rature : la phrase est courte, incisive, mordante, seulement agr�-</p><p>ment�e par des images efficaces pour en augmenter la port�e. Vall�s rompt avec le ronron romanesque pour donner une oeuvre qui, par sa spontan�it�, s�apparente davantage au reportage qu�� la fiction. Il n�invente rien. Il raconte, il se raconte. Il tente de retourner contre elle-m�me la forme romanesque, le langage contre lui-m�me, prenant, par exemple, le contre-pied d�images toutes faites : Victor Noir et son fr�re se ressemblent � comme deux gouttes de sang �. Par ce refus de litt�rature, se contentant de montrer ses personnages tels qu�ils se montrent sans leur supposer des sentiments ou des id�es, en portant attention � l�objet, en observant avec une rigueur d�pourvue de tout lyrisme, Vall�s annonce le roman moderne.</p><p>M. B.</p><p>&amp; G. Gille, Jules Vall�s (Flammarion, 1941 ; 2 vol.). / M. L. Hirsch, Jules Vall�s l�insurg� (�d. du M�ridien, 1949). / Jules Vall�s, num�ros sp�ciaux de Europe (1957 et 1968). / M.-C. Bancquart, Vall�s (Seghers, 1971). / G. Delfau, Jules Vall�s : l�exil � Londres, 1871-1880 (Bordas, 1971).</p><p>Vallotton (F�lix)</p><p>F NABIS.</p><p>Valmy</p><p>(bataille de)</p><p>Sept heures du matin, le 20 sep-</p><p>tembre 1792 : sur une route qui, lon-downloadModeText.vue.download 143 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11354</p><p>geant l�Argonne, va de Grandpr� � Ch�lons, l�avant-garde de l�arm�e prussienne s�avance et surgit du brouillard � quelques m�tres de la batterie que commande le g�n�ral Deprez de Crassier (1733-1803). Celle-ci ouvre le feu et permet un moment de couvrir le gros des troupes de Kellermann (1735-1820), qui, h�tivement, se masse sur un tertre �troit surmont� d�un moulin � faible distance du village de Valmy. La bataille commence, elle va durer toute la journ�e, elle va sceller le destin de la R�publique qui, le lendemain, sera d�cr�t�e � Paris par la Convention*</p><p>nationale.</p><p>� quelques kilom�tres de Kel-</p><p>lermann, derri�re Valmy, il y a l�arm�e de Dumouriez (1739-1823). S�il est l�, c�est qu�il a d�abord �chou� dans une savante manoeuvre : il s�agissait pour lui d�entra�ner les forces coalis�es dans le massif de l�Argonne, de s�y cacher et, au moment favorable, de fondre sur elles et de les exterminer. Le plan n�a pu �tre r�alis� dans sa partie finale.</p><p>Pour que les Prussiens et les Autrichiens ne p�n�trent pas plus avant et n�atteignent pas Paris, il faut les couper de leurs arri�res et de leurs centres d�approvisionnement. Kellermann et Dumouriez tiennent la voie qui par Les Islettes m�ne vers Verdun ; les coalis�s vont, au cours de la journ�e, chercher � s�en emparer pour continuer ensuite leur progression vers Paris. Ils y demanderont raison aux sans-culottes qui, depuis le 10 ao�t, d�tiennent captifs le roi et sa famille. Dans un manifeste du 25 juillet 1792 �crit par un �migr� et que le g�n�ral prussien Brunswick (1735-1806) a sign�, Paris a �t� menac� d�une subversion totale.</p><p>Avant de partir � l�assaut de la butte de Valmy, Brunswick ordonne de</p><p>faire une pr�paration d�artillerie : cinquante-quatre canons crachent boulets et mitraille ; le sol d�tremp� �vite les ricochets et les pertes du c�t� fran�ais</p><p>ne sont pas consid�rables, mais jusqu�� 2 heures la canonnade qui fait rage finit par impressionner les troupes de Kellermann. Ce dernier, pour interdire tout flottement et toute panique, se pr�cipite en t�te des lignes, les fait mettre en colonnes comme s�il allait ordonner l�attaque, puis, brandissant au bout de son sabre le chapeau surmont� du plumet tricolore, il crie :</p><p>� Vive la Nation � et les soldats lui font mille fois �cho : � Vive la Nation, vive la France ! � Certains entonnent l�air des sans-culottes, bient�t suivi du chant des Marseillais. Cette attitude d�concerte les forces ennemies, qui ont d�autre part � souffrir des coups bien ajust�s de l�artillerie fran�aise. Par deux fois, Brunswick devra arr�ter et replier ses colonnes d�attaque. L�arm�e de Dumouriez, qu�il sait derri�re la colline, l�inqui�te et, � la fin de la journ�e, il recommande � son roi de suspendre l�op�ration.</p><p>Les Prussiens sortent d�moralis�s de l�� affaire �. Certes, leurs pertes, pas plus que celles des Fran�ais, ne sont excessives (184 Prussiens, 300 Fran-</p><p>�ais hors de combat), mais leurs chefs leur avaient affirm� qu�une fois de plus la � porcelaine bleue �, pour faire allusion � l�uniforme fran�ais, ne saurait pas aller au feu. L�arm�e de savetiers, dont hier encore on se gaussait, a tenu et peut � tout moment fondre sur une arm�e sans pain et sans munition, en proie � la dysenterie produite par l�ex-c�s de consommation des raisins verts.</p><p>Les jours suivants, les coalis�s battront en retraite et quitteront bient�t le sol fran�ais.</p><p>Mais cette victoire est-elle une vraie victoire ? Ne masque-t-elle pas une entente qui, r�alis�e entre des francs-ma�ons (Brunswick et Dumouriez),</p><p>devait permettre au g�n�ral fran�ais de se retourner vers Paris et d�y exiger la lib�ration du roi ? N�a-t-elle pas �t�</p><p>achet�e par Danton avec les bijoux de la Couronne vol�s au garde-meuble ?</p><p>Ces th�ses et bien d�autres encore, qui aboutissent toutes � minimiser le r�le du peuple en r�volution, ont �t� imagin�es d�s l��poque r�volutionnaire et reprises en 1943 par des hommes plus soucieux de politique que de recherche historique. � leur appui, il n�y a aucune preuve.</p><p>Par contre, ce que sait l�historien, c�est qu�il y a � Valmy et autour de ce village tout un peuple lev� pour la d�fense de ce qui est indissociable � ses yeux : la patrie et la R�volution. Sur la butte, il y a certes plus de r�giments du ci-devant roi que de bataillons de volontaires, mais, quand on analyse la composition de ces r�giments � blancs �, on s�aper�oit qu�il y a l� de jeunes recrues que la mis�re des arri�re-saisons a conduites vers les camps et qui, paysans et sans-culottes m�l�s, savent pourquoi elles se battent.</p><p>Les motifs de leur combat � la libert�, l��galit� avec la ruine de la f�odalit�</p><p>� sont encore inscrits dans l�hymne national de la France. Ces soldats ont �t� puissamment soutenus par les habitants des villes et des campagnes ; certains d�entre eux ont men� contre les</p><p>Prussiens une guerre de � partisans �, fusillant dans les chemins de l�Argonne les escouades ennemies isol�es ; d�autres ont refus� d�aider l�ennemi et leurs alli�s, les aristocrates fran�ais, et pour cela on a br�l� leur maison et leur r�colte.</p><p>� Valmy, il y a debout et pour la premi�re fois victorieuse la d�mocratie en armes. Goethe ne s�y est pas tromp�, lui qui, t�moin de la bataille, dira : � De ce lieu et de ce jour date une nouvelle �poque de l�histoire du monde. � La R�volution niveleuse et demain conqu�rante faisait basculer downloadModeText.vue.download 144 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11355</p><p>l�Europe des rois et de la � f�odalit� �</p><p>dans les temps contemporains.</p><p>J.-P. B.</p><p>&amp; J.-P. Bertaud, Valmy, la d�mocratie en armes (Julliard, coll. � Archives �, 1970).</p><p>Valois</p><p>Dynastie qui r�gna plus de deux si�cles et demi sur la France (1328-1589).</p><p>L�av�nement d�une</p><p>dynastie</p><p>Au terme de plus de trois si�cles de succession masculine directe, la dynastie des Cap�tiens directs s��teint le 1er f�vrier 1328 � la mort du dernier d�entre eux : Charles IV le Bel.</p><p>En appelant au tr�ne les fr�res du roi d�funt Louis X le Hutin : Philippe de Poitiers en 1316-17, puis Charles de la Marche en 1322, l�assembl�e des princes, pairs, pr�lats et barons du royaume avait, � deux reprises, plac�</p><p>la monarchie hors de pair, d�cidant, en l�absence de tout pr�c�dent, d��carter les femmes du tr�ne.</p><p>Inaptes � r�gner, les femmes sontelles pour autant inaptes � transmettre la couronne � leur fils ? Rien ne permet alors de l�affirmer. Fils d�Isabelle de France, petit-fils de Philippe IV le Bel, neveu des trois derniers souverains, le jeune roi d�Angleterre, �douard III*, peut donc l�gitimement r�clamer la couronne de France, que pr�tendent ceindre �galement Philippe de Valois et, plus subsidiairement, Louis d��vreux (� 1319), qui ne sont que les cousins germains de Charles IV le Bel. Une nouvelle fois, l�assembl�e de pr�lats et barons, r�unie en un � grant conseil � � Saint-Germain-en-Laye, doit trancher en avril 1328. �tendant l�inaptitude de la femme � la transmission de la couronne, l�assembl�e rejette les pr�tentions d��douard III. En fait, elle se refuse � proclamer roi de France le roi d�Angleterre, craignant en outre que celui-ci ne soit que le pr�te-nom d�Isabelle de France et de son amant Roger Mortimer et que son av�nement ne puisse susciter les r�clamations de fils � na�tre des filles de Louis X, Philippe V et Charles IV.</p><p>R�gent de France et de Navarre</p><p>gr�ce au consentement des barons</p><p>depuis f�vrier et peut-�tre m�me par la volont� de Charles IV le Bel depuis janvier 1328, Philippe, comte de Valois, est, dans ces conditions, reconnu roi de France par l�assembl�e d�avril. Il dispose en effet en son sein d�un parti comprenant les seigneurs les plus puissants du royaume : Philippe d��vreux, en raison de l�octroi pour lui et pour sa femme Jeanne de la couronne de Navarre ; les ducs de Bretagne Jean III le Bon (1312-1341) et de Bourbon</p><p>Louis Ier (1327-1342), beaux-fr�res du r�gent, � la cause duquel ils sont d�autant plus attach�s qu�ils ne peuvent � aucun titre pr�tendre au tr�ne ; le duc de Bourgogne Eudes IV (1315-1349), financi�rement d�sint�ress� de ses pr�tentions � la Navarre ; le comte de Flandre Louis de Nevers (1322-1346), � qui est promis un actif soutien militaire contre ses sujets r�volt�s de Bruges et de Flandre maritime ; Mathilde ou Ma-haut d�Artois (1302-1329) ; le comte</p><p>de Hainaut Guillaume Ier et le comte d�Artois Robert III, etc.</p><p>L�intervention d�cisive de ces</p><p>princes rappelle donc � tous que la monarchie, en France, avant d��tre h�r�-</p><p>ditaire, est d�abord �lective. Souches de deux lign�es de rois, Hugues Capet et Philippe VI doivent en effet leur av�nement au libre choix des barons, choix que seul le sacre rend ensuite irr�vocable.</p><p>Ainsi se trouve l�gitim� aux yeux des contemporains le pouvoir des Valois. Pourtant, les modalit�s m�mes de cette d�signation, n�goci�es entre les barons et le souverain avant son sacre, favorisent le d�clenchement d�une grande crise multiforme ext�rieure et int�rieure, qui met ce dernier aux prises � la fois avec ses comp�titeurs, qui contestent la d�cision de 1328, avec les grands qui l�ont fait roi, avec les organes de la monarchie, enfin, dont il ne peut rejeter les avis et briser l�autorit�, qui repose sur une comp�tence fruit de leur sp�cialisation.</p><p>La crise dynastique</p><p>Valois et Plantagen�ts*</p><p>Neveu et plus proche parent du roi d�funt, �douard III reconna�t d�abord le fait accompli en pr�tant hommage � Philippe VI � Amiens le 6 juin 1329</p><p>et en acceptant par lettres patentes en date du 30 mars 1331 que celui-ci soit consid�r� comme lige. Mieux affermi sur le tr�ne d�Angleterre, m�content de l�appui accord� par le Valois au roi d��cosse, Robert Ier Bruce (1306-1329), d�sireux enfin de soustraire d�finitivement la Guyenne* aux ambitions de ce prince qui en prononce pour la troisi�me fois la confiscation le 24 mai 1337, le Plantagen�t revendique ouvertement pour lui-m�me le royaume de France le 7 octobre 1337. Ainsi d�bute la guerre de Cent* Ans, dont les cons�-</p><p>quences territoriales et militaires ne seront d�finitivement effac�es que le 6 janvier 1558, lorsque Fran�ois de Guise reprendra par surprise Calais pour le compte d�un autre Valois : Henri II.</p><p>Valois et Navarre</p><p>Bien que moins puissants que les Plantagen�ts, les membres de la maison d��vreux n�en repr�sentent pas moins un redoutable danger pour les Valois.</p><p>Neveu de Philippe IV le Bel et cousin germain de Charles IV le Bel au m�me titre que Philippe VI, le comte Philippe d��vreux (1328-1343) ajoute en 1317</p><p>en effet � ses droits sur le royaume de France ceux qu�il poss�de sur la Champagne du chef de sa femme, Jeanne (1311-1349), fille de Louis X le Hutin.</p><p>Certes, il renonce � ces derniers en �change du royaume de Navarre, dont la possession lui est confirm�e ainsi qu�� son �pouse.</p><p>Mais, possesseur du comt� d��vreux par son p�re, des comt�s d�Angoul�me et de Mortain du chef de sa femme, et � ce triple titre vassal du roi de France, il n�en est pas moins souverain ind�pendant en Navarre et acquiert de ce fait un prestige et une autorit� que ses h�ritiers peuvent utiliser contre les Valois.</p><p>Philippe VI, conscient du danger, s�oppose en 1337 au projet de mariage de Charles de Navarre avec l�h�riti�re probable du duch� de Bretagne, Jeanne de Penthi�vre (1319-1384), qu�il d�-</p><p>cide alors d�unir � son neveu Charles de Blois. Mais Jeanne de Navarre exige en compensation le versement par ce dernier d�une rente de 10 000 livres qui doit �tre doubl�e si Jeanne de Penthi�vre devient duchesse de Bretagne.</p><p>� la mort de Jean III duc de Bretagne, en 1341, elle fait assigner sur les vicomtes d�Avranches et de Coutances une partie de sa rente sur le tr�sor pr�-</p><p>vue par un accord de 1336 avec le roi.</p><p>Enfin, estimant les revenus du comt� d�Angoul�me insuffisants, elle renonce en 1349 � celui-ci en �change des ch�-</p><p>tellenies de Pontoise, de Beaumont et d�Asni�res-sur-Oise, qui �tablissent la puissance de sa maison aux portes de la capitale alors qu�elle vient de s�engager (mars 1348) � fermer ses places fortes aux Fran�ais et � laisser les troupes d��douard III traverser ses terres en �change de la protection accord�e par ce souverain � sa personne et � celle de ses enfants. Confirm�e par l�alliance sign�e avec le roi d�Aragon au mois de septembre suivant, cette politique de Jeanne de Navarre d�ter-</p><p>mine les principes de l�action de son fils Charles II le Mauvais (1349-1387).</p><p>Bien qu�il f�t mari� en 1351 � Jeanne de France � fille de Jean II le Bon, qui lui c�de la quasi-totalit� du Cotentin par le trait� de Mantes de f�vrier 1354</p><p>�, le jeune roi de Navarre se comporte en fait en pr�tendant inavou� au tr�ne de France. Les manifestations de cette politique sont nombreuses : assassinat dans Laigle le 8 janvier 1354 du conn�-</p><p>table Charles d�Espagne, que Jean II le Bon (1350-1364) a investi du comt� d�Angoul�me ; tentative faite pour compromettre le dauphin Charles dans un complot destin� � �liminer son p�re et qui d�bouche sur l�arrestation du roi de Navarre, sur l�ex�cution de ses conseillers, dont le comte Jean d�Har-court � Rouen le 5 avril 1356, et sur la confiscation de ses biens et de ceux de ses partisans ; collusion avec �tienne Marcel* et surtout avec �douard III, qui fait de son fr�re Philippe de Navarre son lieutenant en Normandie en 1356-57 ; enfin, entr�es solennelles de Charles II le Mauvais les 30 novembre 1357 et 4 juin 1358 dans la capitale, dont il est proclam� capitaine g�n�ral le 15 juin apr�s avoir rappel� indirectement ses droits � la couronne.</p><p>La haine du peuple de Paris contre l�Anglais, l�assassinat d��tienne Marcel le 31 juillet 1358 et surtout l�impossible consolidation de l�alliance anglo-navarraise en raison des pr�tentions concurrentes d��douard III et de Charles II le Mauvais � la couronne de France contraignent les successeurs de ce dernier souverain et notamment son fils Charles III le Noble (1387-1425) � renoncer � faire valoir effectivement leurs droits � cette derni�re. Tomb�e en quenouille en 1425, annex�e tour � tour par les comtes de Foix et les sires d�Albret qui s�unissent aux descendantes de Charles III le Noble, la Navarre �choit finalement en 1562 � Henri de Bourbon, lointain descendant de Saint Louis, qui succ�de en 1589</p><p>au roi de France Henri III. En assurant ainsi l�h�ritage des Valois, le dernier des rois de Navarre r�alise les secr�tes ambitions de Charles II le Mauvais, mais dans un contexte tout diff�rent et au prix, il est vrai, de l�incorporation de son royaume au domaine royale.</p><p>Les Valois et les grands</p><p>barons du royaume Le roi et ses vassaux</p><p>Bien que ne poss�dant pas de royaumes ext�rieurs � la France, les autres grands vassaux de Philippe VI n�oublient pas que celui-ci leur doit en fait sa cou-downloadModeText.vue.download 145 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11356</p><p>ronne. Le d�clenchement de la guerre de Cent Ans permet d�ailleurs � certains d�entre eux de se rendre pratiquement ind�pendants, notamment</p><p>lorsque leurs principaut�s se trouvent situ�es dans des zones frontali�res o� influences fran�aise et anglaise s�annulent en s�opposant : comt� de Flandre*, o� les villes, � l�instigation de Jacob Van Artevelde, s�insurgent contre leur comte Louis Ier de Nevers et leur roi (Philippe VI) d�s 1328, puis accueillent �douard III en 1340 ; duch� de Bretagne*, o� la mort de Jean III en 1341 laisse aux prises le candidat du roi de France, Charles de Blois (1341-1364), avec celui du roi d�Angleterre, Jean IV de Montfort (duc de Bretagne de 1365 � 1399) ; comt� de Foix, dont le prince, Gaston III dit Ph�bus (1343-1391), se joint en 1348 � l�alliance aragano-navarraise dirig�e contre l�alliance franco-castillane � la suite de son mariage avec Agn�s de Navarre.</p><p>D�autres enfin �tendent leurs domaines gr�ce � de profitables mariages.</p><p>Pour enrayer une telle �volution, qui r�duirait la souverainet� royale aux limites du seul domaine, les Valois accordent d�abord leur soutien militaire et moral � ceux d�entre eux que les �v�nements contraignent � �tre fid�les, tels les comtes de Flandre Louis Ier de Nevers (1328-1346) et, � un moindre degr�, Louis II de M�le (1346-1384).</p><p>Ils brisent en 1328 � Cassel la r�volte des Brugeois et de la Flandre maritime qui se d�veloppe depuis 1322, et �crasent en 1382 � Rozebeke celle des tisserands de Gand, d�Ypres et de Bruges, qui s��tend depuis 1379 sous la direction de Filips Van Artevelde (1340-1382).</p><p>Le premier des Valois, qui renoue ainsi avec la tradition cap�tienne, recourt � la Cour des pairs pour faire juger par ses grands vassaux ceux d�entre eux qui manquent � leurs engagements f�odaux. Il en est ainsi de Robert d�Artois, condamn� au ban-nissement et � la confiscation de ses biens en avril 1332 pour avoir tent� de spolier du comt� d�Artois et sans doute d�empoisonner sa tante Mathilde, d�-</p><p>c�d�e en 1329.</p><p>Les fils de France et l�institution des apanages</p><p>D�sireux, par ailleurs, d��tablir territorialement leurs fils sans ali�ner d�finitivement le domaine royal, les Valois pourvoient ceux-ci, conform�ment � la tradition cap�tienne, de riches apanages qui doivent faire retour � la Couronne, faute d�h�ritier m�le, selon le principe d�fini en 1314 par Philippe IV le Bel.</p><p>Apr�s l�institution par Philippe VI de l�apanage d�Orl�ans en faveur de son second fils Philippe (1336-1375), en avril 1344, Jean II le Bon (1350-1364) donne g�n�reusement � ses fils Louis et Jean les apanages respectifs d�Anjou et du Berry en 1360, puis � son pu�n� Philippe celui de Bourgogne en 1363. En octobre 1374, Charles V, bien que tr�s m�fiant � l��gard de cette pratique, pr�voit la constitution d�un nouvel apanage en faveur de son fils Louis, souche des Valois-Orl�ans. Devenu en effet duc d�Orl�ans en 1392, celui-ci laisse � sa mort en 1407 une partie de ses biens � son second fils Jean (1399-1467), alors apanage du comt� d�Angoul�me et souche des</p><p>Valois-Angoul�me. D�esprit plus moderne, Louis XI accepte pourtant de faire de son fr�re Charles de France (1446-1472) un prince apanage tour � tour du Berry en 1461, de Normandie en 1465, de Champagne et de Brie en 1468 et enfin de Guyenne en 1469. Au XVIe s., Fran�ois Ier constitue le 12 juin 1540 un apanage pour son troisi�me fils Charles, avec les duch�s d�Orl�ans et d�Angoul�me. Enfin, Charles IX codifie les usages suivis depuis Charles V</p><p>par l�ordonnance de Moulins de 1566</p><p>� l�occasion de la constitution d�un nouvel apanage en faveur de son fr�re Fran�ois, duc d�Alen�on. Ainsi, l�institution de l�apanage s�est-elle mainte-</p><p>nue pratiquement jusqu�� l�extinction de la dynastie des Valois. N�cessaire sans doute pour emp�cher le partage du royaume entre les fils du souverain, cette institution n�en a pas moins �t� tr�s dangereuse pour l�autorit� royale.</p><p>� la fin du XIVe et au XVe si�cle, ses b�-</p><p>n�ficiaires se sont, en effet, employ�s � donner � leur pouvoir un caract�re monarchique en dotant leurs principaut�s d�un gouvernement central et de services administratifs g�r�s par de nombreux officiers et disposant de moyens financiers et militaires. � titre d�exemple, le comt� de Clermont-en-Beauvaisis, donn� en apanage par Saint Louis � son fils Robert (1256-1317), anc�tre des Bourbons, est r�gi jusqu�� sa disparition en 1527 par un gouverneur, un bailli, un lieutenant g�n�ral, un receveur g�n�ral, un procureur g�-</p><p>n�ral, contr�l�s sur le plan judiciaire par des Grands Jours et sur le plan financier par une Chambre des comptes.</p><p>Princes apanag�s et partis</p><p>aristocratiques</p><p>Instrument d��mancipation des princes du sang, autour desquels se forment, surtout au XVe s., des partis aristocratiques (Armagnacs, Bourguignons,</p><p>Angevins), les apanages constituent la base territoriale � partir de laquelle les cadets de France tentent de mettre en tutelle la monarchie elle-m�me et de l�entra�ner dans de dangereuses aventures ext�rieures, notamment</p><p>lorsqu�elle est dans les mains de souverains jeunes, d�nu�s d�exp�rience ou malades, tels Charles VI, Charles VII et Charles VIII. Soumis de 1380 � 1388</p><p>au gouvernement de ses oncles Jean de Berry*, Louis d�Anjou et surtout Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, Charles VI, qui perd la raison en 1392, ne peut emp�cher le Bourguignon de disputer au fr�re du roi, Louis, duc d�Orl�ans (1392-1407), le gouvernement du royaume. Ainsi d�bute une lutte � mort qui d�bouche sur la querelle des Armagnacs et des Bourguignons. Inaugur�e par l�assassinat de Louis d�Orl�ans en novembre 1407 sur l�ordre de son cousin Jean* sans Peur duc de Bourgogne, � son tour abattu au pont de Montereau sans doute par Tanneguy Duch�tel (v. 1368 - v. 1458) le 10 septembre 1419, elle abou-</p><p>tit � l�alliance anglo-bourguignonne de d�cembre 1419 ; celle-ci favorise la conclusion du d�sastreux trait� de Troyes du 21 mai 1420 reconnaissant aux Lancastres la garde, puis la succession au tr�ne de France aux d�pens du futur Charles VII, dont la l�gitimit� est alors officiellement contest�e. Discr�dit�s par leurs �checs, priv�s de leur chef naturel, Charles* d�Orl�ans, prisonnier des Anglais depuis la d�faite d�Azincourt en 1415, les Armagnacs s�effacent en 1425 au profit du parti angevin anim� par la reine m�re, Yolande d�Aragon, et du parti breton dirig� par le conn�table Arthur de Richemont, fr�re du duc de Bretagne Jean V. Mais, quoique l�intervention fulgurante de Jeanne* d�Arc en 1429-30 ait abattu la puissance anglaise et contraint le duc de Bourgogne, Philippe* le Bon (1419-1467) � se r�concilier avec Charles VII par le trait� d�Arras du 21 septembre 1435, la puissance des partis aristocratiques n�en est pas pour autant abattue.</p><p>Princes apanag�s et grands vassaux, m�contents du monopole du pouvoir exerc� par les Angevins, r�ussissent m�me � gagner � leur cause le dauphin Louis, sous la direction duquel ils se r�voltent en 1440 : c�est la Pra-guerie. Continuellement reconstitu�e en 1441, en 1442, en 1443, en 1455, en 1458, anim�e d�s lors par Charles d�Orl�ans enfin lib�r� et par Philippe le Bon, cette coalition d�bouche sur la guerre du Bien public, dirig�e en 1465 contre Louis XI* par son propre fr�re et h�ritier pr�somptif Charles de France, duc de Berry ; celui-ci n�est que le pr�te-nom du comte de Charo-lais, Charles* le T�m�raire, qui refuse d�ent�riner la r�trocession des villes de la Somme par son p�re au souverain en 1463. En fait, le parti bourguignon ne dispara�t qu�apr�s la mort de son dernier chef, Charles le T�m�raire, duc de Bourgogne de 1467 � 1477, qui marque l�� in�luctable victoire de la monarchie sur les grandes principaut�s �, mais qui n�emp�che pas une ultime r�volte des princes apanag�s et des grands vassaux du royaume � la faveur de la minorit� de Charles VIII* et de la r�gence de Pierre II de Bourbon, sire de Beaujeu.</p><p>Dirig�e par les ducs Louis d�Orl�ans (futur Louis XII) et Fran�ois de Bretagne, lorsqu�elle �clate en 1485, cette guerre folle se termine par le d�sastre</p><p>de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488 ; celui-ci facilite la conclusion du trait� du 6 d�cembre 1491, qui pr�pare l�incorporation de la Bretagne � la France gr�ce au mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne. Mais, m�me abattus, les partis aristocratiques l�guent � la monarchie leurs ambitions ext�-</p><p>rieures : droits des Angevins sur le royaume de Naples, que revendique Charles VIII ; droits des Orl�ans sur le duch� de Milan, que Louis XII veut conqu�rir ; pr�tentions imp�riales de Charles le T�m�raire, qui inspirent la candidature de Fran�ois Ier en 1519 � la succession de Maximilien d�Autriche.</p><p>Ainsi naissent les guerres d�Italie* et la rivalit� des Valois et des Habsbourg, qui ensanglante tout le XVIe s. et �tend bient�t le conflit aux fronti�res orientale et septentrionale du royaume.</p><p>Le retour des apanages � la</p><p>Couronne</p><p>Ayant contribu� � mettre en cause la survie m�me de la monarchie, la coh�-</p><p>sion institutionnelle des apanages, d�-</p><p>marqu�e de celle du royaume, facilite par contre leur r�incorporation au domaine royal lorsque leurs b�n�ficiaires meurent sans h�ritiers m�les ou sont appel�s � monter sur le tr�ne.</p><p>B�n�ficiaire du premier apanage</p><p>d�Orl�ans, Philippe de Valois, second fils de Philippe VI, meurt en effet sans enfants d�s 1375, et il en est de m�me du duc Jean de Berry en 1416. Faute d�h�ritiers m�les, les apanages de Bourgogne et d�Anjou font retour � la Couronne en 1477 et en 1481 � la suite de la disparition de leurs titulaires respectifs : Charles le T�m�raire et Charles du Maine. Quant aux apanages d�Orl�ans et d�Angoul�me, constitu�s respectivement en 1392 et en 1407, downloadModeText.vue.download 146 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11357</p><p>ils sont r�incorpor�s au domaine royal gr�ce � l�av�nement de leurs chefs au tr�ne de France : Louis XII (1498-1515) et Fran�ois Ier (1515-1547). En frappant durement et pr�cocement la dynastie, la mort permet donc � l�ins-</p><p>titution monarchique de ne recourir qu�exceptionnellement � la contrainte juridique pour r�cup�rer un apanage, le cas le plus notable �tant � cet �gard celui du conn�table Charles de Bourbon, dont les biens sont confisqu�s pour trahison en 1527 � la suite d�un proc�s engag� d�s 1522 devant le parlement de Paris dans le but r�el d�abattre un prince trop puissant.</p><p>Les Valois et les organes</p><p>de la monarchie</p><p>Ces organes recrutent leurs membres au sein d�une petite noblesse et d�une bourgeoisie imbues de droit romain.</p><p>Ils mettent le service de l��tat (la res publica) avant celui du prince qui l�incarne et auquel ils reconnaissent une autorit� absolue qui doit assurer le bien commun de ses sujets, sous peine de devenir tyrannique ainsi que le soutient Raoul de Presles (v. 1270 - v. 1330), id�e que l�on trouve �galement dans le Somnium Viridarti (le Songe du Vergier), trait� de droit dont la traduction est attribu�e � Philippe de M�zi�res (v. 1327-1405). Comp�tents car sp�-</p><p>cialis�s, ils se font tout naturellement les garants de l�unit� territoriale du royaume ainsi que des droits et pr�-</p><p>rogatives du souverain, qu�ils veulent pr�munir m�me contre ses faiblesses.</p><p>Les circonstances de l�av�nement de Philippe VI contraignent d�ailleurs ce dernier � tenir compte de leur avis.</p><p>Maintenant habilement en place les membres de l��quipe de Charles le Bel qui ne se sont pas oppos�s � son arriv�e au pouvoir, mais leur adjoignant des membres de sa propre �quipe, sauf � la Chambre des comptes, dont les effectifs ne se modifient pas, le nouveau roi et ses successeurs prennent en charge tout l�h�ritage cap�tien. Le Conseil, qui recrute une partie de ses membres parmi les gens de l�H�tel, reste l�organe essentiel du gouvernement. Aussi les factions s�en disputent-elles le contr�le, que les bourgeois r�formateurs tentent de leur enlever dans les p�riodes de crise : r�volution parisienne dirig�e par �tienne Marcel entre octobre 1356 et f�vrier 1357 ; r�volution cabochienne de 1413. Apr�s l��limination des Angevins, Charles VII y appelle des nobles et bourgeois d�vou�s : Jean Bureau (� 1463), Guillaume Cousinot (1400-1484), Jacques Coeur* ; � son av�ne-</p><p>ment, Louis XI promet d�y admettre 6 bourgeois, 6 membres du parlement et 6 membres de l�universit�. Parall�-</p><p>lement, la Chambre des comptes joue un r�le consid�rable, n�h�sitant pas, � partir de 1337 et avec l�assentiment du souverain, � s�opposer � ses complaisances ruineuses, notamment en refusant d�ent�riner certaines lettres de finances trop dispendieuses, et m�me � transformer ce droit de contr�le en droit de remontrance. Pourtant, d�s le r�gne de Charles V, la Chambre des comptes est surclass�e par une autre cour souveraine, qui est l�organe judiciaire du gouvernement central : le parlement*. Outre la charge de juger les grandes affaires politiques ou criminelles int�ressant l��tat du XIVe au XVIe s., cette institution s�attribue un droit de remontrance sur toutes les ordonnances et actes officiels dont le roi lui confie l�enregistrement. Surtout son personnel, form� de juristes tr�s comp�tents, est un vivier o� le roi puise les membres les plus efficaces et les plus s�rs de son Conseil, tels les chanceliers Jean (� 1373) et Guillaume (� 1373) de Dormans ou Pierre d�Orgemont</p><p>(v. 1300-1389) au temps de Charles V.</p><p>Les officiers, qui repr�sentent le roi dans ses provinces, facilitent plus encore la permanence et m�me le renforcement de son autorit�. Les principaux sont les baillis (27 en 1460), les s�n�chaux (15 en 1461) et le pr�v�t de Paris, qui remplissent les fonctions essentielles de justice, de police et de finances avec l�aide, par circonscription, d�un lieutenant g�n�ral, de lieutenants particuliers, de procureurs et d�avocats du roi. Leur r�le est particuli�rement important dans les bailliages et s�n�chauss�es limitrophes des grandes principaut�s f�odales, car ils s�efforcent d��voquer en appel devant leurs tribunaux les causes jug�es en premi�re instance par ceux des grands barons du royaume. Ainsi se cr�e une tradition qui incite les vassaux de ces derniers � faire appel directement devant le roi en son parlement des d�cisions de leur seigneur direct, tels le comte Jean Ier d�Armagnac et le sire d�Albret, qui refusent en 1368 de lever sur leurs terres un fouage �tabli par le Prince Noir. D�s lors, le souverain dispose du moyen juridique pour entamer la reconqu�te de</p><p>la Guyenne sans susciter l�hostilit� de ses vassaux directs, dont la solidarit� avec le duc d�Aquitaine, roi d�Angleterre, se trouve ainsi bris�e.</p><p>L�oeuvre des Valois</p><p>Malgr� les graves bouleversements qui se produisent du XIV au XVIe s., les Valois poursuivent et perfectionnent, notamment sur le plan institutionnel, l�oeuvre entreprise par les Cap�tiens.</p><p>En d�pit des crises qui affectent la monarchie de 1340 � 1360, de 1380 � 1430 et de 1559 � 1589 du fait de la peste noire (1347-1349), des d�faites (Cr�cy, 1346 ; Poitiers, 1356 ; Azincourt, 1415), de la faiblesse des souverains (Jean II le Bon, 1350-1364 ; Charles VI, 1380-1422) ou des guerres de Religion (1559-1589), le pouvoir royal s�affirme gr�ce � l�action continue de ses agents. Mais cette derni�re conna�t une incontestable acc�l�ration en trois temps privil�gi�s par la personnalit� des souverains r�gnants : 1360-1380, correspondant pour l�essentiel au r�gne de Charles V (1364-1380) ; 1430-1483, ann�es au cours desquelles se succ�dent Charles VII (1422-1461) et Louis XI (1461-1483) ; 1515-1559, ann�es marqu�es par le r�gne du roi chevalier Fran�ois Ier (1515-1547) et par celui de son fils Henri II (1547-1559).</p><p>L�accroissement du royaume</p><p>Les Valois, dilatant le domaine royal aux dimensions du royaume, ont</p><p>encore agrandi assez consid�rablement celui-ci, notamment au sud de la Loire. R�alis�e en trois �tapes par Philippe VI* (1343, 1344 et 1349), la cession d�un pays d�Empire, le Dauphin�*, au fils a�n� du roi de France, porte pour la premi�re fois la fronti�re du royaume au sommet des Alpes. En achetant Montpellier � Jacques III de Majorque en 1349, ce m�me souverain parach�ve la conqu�te du Languedoc*.</p><p>Pendant plus d�un si�cle, cette politique d�expansion se trouve pratiquement interrompue par la guerre de Cent Ans, qui aboutit m�me � la cession en toute souverainet� de l�Aquitaine au roi d�Angleterre par le trait� de Br�tigny-Calais des 8 mai et 24 octobre 1360.</p><p>Faute de l�acceptation par �douard III</p><p>des ratifications pr�vues par ce document, cette amputation territoriale n�est pas valable, mais elle n�est d�finitivement annul�e qu�en 1453 par la victoire de Castillon, qui consacre l�ach�vement de la reconqu�te de la Guyenne et de la Gascogne. D�s lors, les Valois peuvent proc�der � de nouvelles acquisitions, et d�abord � celle, temporaire, des comt�s de Cerdagne et du Roussillon, que Louis XI s�est fait remettre le 9 mai 1462 par le roi d�Aragon pour prix de son aide contre les Catalans r�volt�s et que Charles VIII restitue par le trait� de Barcelone de janvier 1493. Le legs de la Provence* � Louis XI par Charles du Maine ach�ve de donner en 1481 � la France une vaste fa�ade m�diterran�enne, tandis que le double mariage des duchesses de Bretagne* � Anne avec Louis XII (1499-1514) et Claude avec Fran�ois Ier � et l��dit d�Union de 1532 assurent la possession de leur principaut� � l�h�ritier de ce dernier couple, Henri II, qui l�incorpore au royaume en 1547. Moins heureux dans leur lutte contre les Habsbourg*, auxquels ils s�opposent d�s le lendemain de la mort de Charles le T�m�raire � Nancy le 5 janvier 1477</p><p>et de l�union de sa fille et unique h�ri-ti�re, Marie de Bourgogne, avec Maximilien d�Autriche le 19 ao�t 1477, les Valois doivent renoncer � leur profit d�abord au comt� de Flandre, c�d� aux termes du trait� d�Arras du 23 d�-</p><p>cembre 1482, puis au comt� d�Artois, abandonn� � la suite de la paix de Senlis de 1493, qui consacre �galement la perte de la Franche-Comt�, acquise en 1482. Nourries � l�origine par les droits et les ambitions de Charles VII sur le royaume de Naples et de Louis XII sur le Milanais, et enfin par les pr�tentions de Fran�ois Ier � la couronne imp�riale, les guerres d�Italie* (1494-1559), qui opposent la France non seulement � l�Italie mais aussi � l�Empire, se soldent par l�abandon des ambitions transalpines des Valois, qui ne conservent en Italie que Turin et Pignerol lors de la signature les 2 et 3 avril 1559 du trait� du Cateau-Cambr�sis. Mais en gardant les trois �v�ch�s, Metz, Toul et Verdun, occup�s en 1552 ainsi que Calais et Gu�nes, repris aux Anglais en 1558, la France renforce sa fronti�re du nord et du nord-est, affaiblie depuis la fin du XVe s. par la perte de la Flandre</p><p>et de l�Artois. Au total, l�oeuvre territoriale des Valois appara�t donc nettement positive.</p><p>L�oeuvre militaire et financi�re</p><p>y L�arm�e. Pour vaincre l�Anglais, combattre l�Aragonais et l�Allemand et r�aliser finalement ces annexions, les Valois renforcent leurs alliances traditionnelles avec l��cosse et, au XVe s. seulement, avec la Castille.</p><p>Surtout, ils mettent sur pied un nouvel outil de guerre. Entreprise par Charles V, qui adjoint aux contingents f�odaux des compagnies sol-</p><p>d�es r�guli�rement et command�es</p><p>par des capitaines de son choix plac�s sous la haute autorit� de Bertrand Du Guesclin*, conn�table de France d�octobre 1370 � sa mort, le 13 juillet downloadModeText.vue.download 147 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11358</p><p>1380, cette oeuvre aboutit � la cr�ation par Charles VII, pour la premi�re fois en France, d�une arm�e permanente compos�e de trois armes essentielles : la cavalerie, l�infanterie et l�artillerie, dont ses successeurs se contentent de modifier l��quilibre, le recrutement et l��quipement � la fin du XVe et surtout au XVIe s.</p><p>Form�e le 26 mai 1445 de quinze</p><p>compagnies d�ordonnance de cent</p><p>lances r�guli�rement sold�es par le roi, la cavalerie est � l�origine une arme lourde qui joue un r�le essentiel dans le corps de bataille. Elle est renforc�e en 1498 par Louis XII d�une cavalerie l�g�re : celle des chevau-l�gers, dont Fran�ois Ier diversifie l�armement (arquebusiers � cheval) et le recrutement (stradiots albanais), auxquels se joignent lors des guerres de Religion les re�tres allemands arm�s de pistolets. Elle perd pourtant sa pr�pond�-</p><p>rance num�rique puisqu�elle ne r�unit plus que le quart des effectifs au d�but du XVIe s. et que le dixi�me au milieu.</p><p>Cette pr�pond�rance est alors pass�e � l�infanterie royale n�e de l�ordonnance de 1448, qui cr�e les francs archers. Recrut�s obligatoirement</p><p>� raison d�un archer par paroisse, ces derniers jouent un r�le important dans la lutte contre les Anglais ; mis en d�route � Guinegatte en 1479, ils disparaissent apr�s la d�faite de Pavie en 1525. En fait, depuis 1480, l�infanterie royale se compose essentiellement de volontaires group�s en bandes fran�aises ou suisses (plus tard gasconnes, picardes ou pi�montaises), dont Louis XII fixe les effectifs � cinq cents hommes par l�ordonnance du 12 janvier 1505. Avec Fran�ois de Guise (1519-1563) agissant sur l�ordre de Fran�ois II, ces bandes deviennent enfin en 1560 des r�giments, qui, � eux seuls, constituent l�infanterie fran-</p><p>�aise. Quant � l�infanterie �trang�re au service du roi, elle se compose d�abord de Suisses fournis par les cantons au roi de France en vertu de la Paix perp�tuelle de 1516 ; mais elle comprend aussi depuis 1494 des lansquenets recrut�s en Allemagne et qui servent de troupes de choc, efficaces seulement en rase campagne. Compos�e de piquiers (fran�ais), de hallebardiers (suisses et lansquenets) et de quelques arquebusiers (20 p. 100 des effectifs), auxquels se substituent les mousquetaires apr�s 1559, cette infanterie combat essentiellement � l�arme blanche.</p><p>N�e dans la premi�re moiti� du</p><p>XIVe s., organis�e par les fr�res Jean et Gaspard Bureau en parc disposant de nombreuses pi�ces sous Charles VII, l�artillerie poss�de une puissance de feu efficace non seulement contre les hommes, mais aussi contre les fortifications ; bouleversant l�art des si�ges, elle contraint les grands seigneurs du XVIe s. � renoncer � construire de co�-</p><p>teux ch�teaux forts. Instrument de guerre redoutable, efficace et diversifi�, l�arm�e royale rassemble des effectifs qui peuvent atteindre 14 000 hommes vers 1450-1475, 25 000 � partir de 1475-1500 et s��lever � 80 000 en temps de crise.</p><p>y Les finances. L�entretien d�une arm�e permanente entra�ne la cr�ation de l�imp�t permanent. Les seules ressources de l�Ordinaire (revenus domaniaux et seigneuriaux dont la gestion est contr�l�e par la Chambre des comptes) ne permettent pas, en effet, de solder r�guli�rement des ef-</p><p>fectifs aussi importants. Aussi faut-il recourir aux ressources de l�Extraordinaire, c�est-�-dire � l�imp�t lev� par le roi seulement en temps de guerre.</p><p>En fait, cette derni�re �tant presque perp�tuelle � partir de 1336, la lev�e de l�imp�t devient peu � peu annuelle, et son montant de plus en plus lourd � la suite des d�faites de Cr�cy en 1346, de Poitiers en 1356 et de la captivit� de Jean II, qui entra�ne en 1355-56</p><p>une grave crise financi�re. Pour calmer le m�contentement de leurs sujets, les Valois s�efforcent d�obtenir le consentement de leurs repr�sentants aux �tats* g�n�raux qui naissent alors de cette crise. Finalement, la monarchie per�oit r�guli�rement, trois sortes d�imp�ts : des imp�ts directs, les fouages, ou tailles, qui frappent alors seulement chaque feu allumant, c�est-�-dire chaque m�nage, et plus subsidiairement les d�cimes lev�s sur le clerg� de plus en plus fr�quemment depuis 1284 sans le consentement du Saint-Si�ge ; des imp�ts indirects, les aides ou malt�tes, sur les transactions (bl�, vin, etc.), auxquelles il faut ajouter depuis 1360 l�imposition foraine per�ue sur les marchandises franchissant les fronti�res du royaume ; la gabelle, enfin, institu�e d�s 1341-1343</p><p>par Philippe VI sous forme d�un monopole sur le sel instaur� seulement dans les limites du domaine royal et des apanages.</p><p>Augmentation de la taille, emprunts forc�s d�s le r�gne de Charles V sous forme d�avances sur les aides, emprunts � des particuliers (marchands italiens sous Charles VIII, banquiers lyonnais du Grand Parti au XVIe s., s�-</p><p>v�rement atteints par la crise financi�re de 1557-1559), compl�tent ce syst�me fiscal. � celui-ci, les Valois apportent deux innovations au XVIe s. : la cr�ation en 1523 du Tr�sor de l��pargne, auquel sont �galement vers�es les recettes de l�Ordinaire et de l�Extraordinaire, dont la fusion est ainsi entreprise ; l�appel du cr�dit public par �mission de rentes sur l�H�tel de Ville, dont Fran�ois Ier fait un usage raisonnable et Henri II un usage annuel et donc abusif. Aussi Henri IV d�cide-t-il leur conversion en 1602 du denier douze au denier seize et en 1605 du denier seize au denier dix-huit, voire vingt et vingt-cinq. Les</p><p>souscripteurs sont donc finalement ruin�s.</p><p>L�oeuvre administrative</p><p>y Le d�veloppement de l�adminis-</p><p>tration provinciale. Recoupant les vieilles circonscriptions (bailliages, s�n�chauss�es) regroup�es au XVIe s.</p><p>en une douzaine de gouvernements et administr�es par un personnel d�officiers en croissance num�rique continue, de nouvelles divisions territoriales apparaissent : les greniers � sel, g�r�s par des grenetiers, et les �lections, qui doivent leur nom aux �lus, personnages d�sign�s d�abord par</p><p>les �tats de langue d�oil en d�cembre 1355 pour contr�ler la lev�e des subsides, mais tr�s vite nomm�s par le roi qui veut en conserver le contr�le. En m�me temps, l�organisation et l�inspection des services de perception n�cessitent la d�signation par les �tats de � g�n�raux d�put�s des subsides �, dont la royaut� prend le contr�le et dont elle fait en 1360 des commissaires group�s en coll�ge : la Chambre des g�n�raux des finances, qui peu � peu acquiert autorit� sur les circonscriptions territoriales nouvelles, les bureaux de finances ou g�n�ralit�s (quatre vers 1461, seize en 1542).</p><p>Pour trancher les litiges n�s de la perception et de la gestion des recettes de l�Extraordinaire, une nouvelle cour souveraine est cr��e vers 1370, et d�finitivement �tablie en 1425 : la Cour des aides. Confinant dans des charges essentiellement domaniales la Chambre des comptes � dont se</p><p>d�tachent �galement la Cour du tr�sor et la Chambre des monnaies �, cette Cour des aides doit c�der une partie de ses pr�rogatives aux cours des aides de Montpellier (1437), de Rouen (1462), de P�rigueux (1554), transf�r�e � Bordeaux en 1557, tandis qu�appara�t une chambre des comptes � Montpellier (1523).</p><p>En mati�re judiciaire, la volont� de rendre le roi pr�sent dans les provinces entra�ne la rupture de la souverainet� du parlement par la mise en place de parlements* provinciaux entre 1443 et 1561.</p><p>Favorisant l�application des innombrables coutumes locales, dont l�ordonnance de Montil-l�s-Tours prescrit en 1454 la r�daction mais non l�uniformisation, ce morcellement extr�me des cours souveraines facilite la p�n�-</p><p>tration du pouvoir royal dans les provinces. Par contrecoup, il n�cessite un renforcement du pouvoir central, dont les t�ches ne cessent de se compliquer et de s�alourdir.</p><p>y Le renforcement du pouvoir cen-</p><p>tral. Le roi exerce un pouvoir strictement personnel s��tendant � tous les aspects de la vie publique, en particulier � l�int�rieur du domaine royal, dont les limites ont tendance peu � peu � se dilater � celles du royaume.</p><p>Mais il doit finalement accepter le sectionnement de facto de son Conseil en fonction de la sp�cialisation de ses membres : Grand Conseil, � comp�-</p><p>tence judiciaire, apparu sans doute sous Louis XI, mais institu� d�finitivement par Charles VIII en 1497 et par Louis XII en 1498 ; Conseil secret ou �troit, appel� Conseil des affaires � partir du r�gne de Fran�ois Ier, qui y r�unit cinq ou six intimes ; Conseil d��tat, nom peu � peu r�serv� au</p><p>Conseil proprement dit, qui s�occupe surtout des affaires g�n�rales du royaume et dont Henri II fixe la composition par le r�glement du 2 avril 1547 ; Conseil priv�, appel� plus couramment Conseil des parties, au sein duquel le roi est cens� rendre en personne la justice ; apparu d�s le r�gne de Fran�ois Ier, il entre en conflit de comp�tence avec le Grand Conseil ; Conseil des finances, enfin, dont l�organisation n�est pr�cis�e que par le r�glement du 25 octobre 1563.</p><p>H�ritiers des deux clercs � poursuivans le roi � du XIIIe s., dont le nombre, port� � huit � la fin du XVe s., ne cesse d�augmenter au XVIe s., les ma�tres des requ�tes de l�H�tel rapportent les affaires qui viennent devant les conseils aupr�s desquels ils sont en service ordinaire ; puis, � partir du r�gne d�Henri II, ils font p�riodiquement des chevauch�es en province aux fins de contr�ler la gestion des officiers du roi. Ainsi se trouve prolong�e l�action des conseils, aupr�s desquels se met en place peu � peu un v�ritable gouvernement, qui comprend six personnages essentiels.</p><p>Grand officier de la Couronne, premier personnage de l��tat apr�s le roi, le chancelier est le chef inamovible downloadModeText.vue.download 148 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11359</p><p>de la magistrature et donc le responsable de la justice ; surtout, il d�tient le grand sceau de France ; mais, en cas de conflit avec le souverain, il peut �tre remplac� dans cette fonction par un garde des Sceaux depuis le r�gne de Louis XI. Le surintendant, qui exerce la direction sup�rieure des finances, est � la t�te du premier service minist�riel nettement diff�renci�. Choisi parmi les g�n�raux des finances, tels Guillaume Bri�onnet (� 1514) sous Charles VIII et Semblan�ay (1457-1527) sous Fran-</p><p>�ois Ier, il ne porte pourtant pas le titre de surintendant g�n�ral des finances, qui ne devient officiel qu�en 1564 et qui est attribu� � un grand personnage.</p><p>H�ritiers des quatre secr�taires des finances recrut�s parmi les secr�taires de chancellerie, les secr�taires des commandements du roi de l��poque de Fran�ois Ier deviennent sous Henri II les secr�taires d��tat, dont le titre est officialis� en 1559. Chacun d�eux est alors charg� de l�administration d�un quart du royaume et des relations avec les pays �trangers adjacents. Mais en 1570 l�un d�eux est charg� de la Maison du roi et de la gendarmerie ; en 1589, le second devient responsable des affaires �trang�res. Ainsi est amorc�e une �volution qui aboutit au XVIIe s.</p><p>� l�attribution aux deux derniers secr�-</p><p>taires d��tat de la responsabilit� r�elle de la guerre et de la marine, encore d�tenues au XVIe s. par deux grands officiers de la Couronne : le conn�table et l�amiral.</p><p>Conclusion</p><p>N�e du consentement des barons en 1328, la monarchie des Valois a fait de la France m�di�vale un �tat moderne.</p><p>Disposant de ressources financi�res et militaires consid�rables et permanentes qui leur permettent jusqu�en 1559 de garantir la s�curit� des fronti�res et l�ordre � l�int�rieur, les Valois</p><p>maintiennent sous leur contr�le direct les organes du pouvoir central diversifi�s et sp�cialis�s et sous leur contr�le indirect, par l�interm�diaire de nombreux commissaires, les officiers investis de l�administration locale, mais trop enclins � l�ind�pendance en raison d�une pratique accrue de la v�nalit� et de l�h�r�dit� des charges, dont la royaut� elle-m�me tend � tirer profit � partir du r�gne de Fran�ois Ier. Tenant la noblesse en tutelle par la Cour et les pensions, contr�lant �troitement le clerg� depuis la signature du concordat de Bologne en 1516, flattant la bourgeoisie par la vente d�offices et l�octroi de titres de noblesse usurp�s, les Valois travaillent � l�unit� du pays, dont t�moignent une plus grande coh�rence territoriale, la dilatation du domaine royal aux dimensions du royaume, la g�n�ralisation de l�emploi de la langue fran�aise, illustr�e par la Pl�iade.</p><p>Ainsi s�explique-t-on mieux pour-</p><p>quoi la monarchie a pu triompher et finalement sortir renforc�e de la grave crise des guerres de Religion provoqu�es par la R�forme, entretenues par les Grands (Guise catholiques, Ch�tillon, Coligny, puis Bourbons protestants), nourries par les passions populaires et aggrav�es par la crise financi�re cons�cutive � la banqueroute de 1557 ainsi que par l��tat maladif des trois derniers Valois : Fran�ois II et peut-�tre Charles IX sont tuberculeux ; Henri III est syphilitique. Leurs r�gnes sont courts (Fran�ois II, 1559-60), les r�gences sont longues (Charles IX, 1560-1574), leur autorit� est contest�e sur le plan th�orique (en 1573 dans la Franco-Gallia de Fran�ois Hotman</p><p>[1524-1590]), et dans les faits leurs adversaires ne se contentent pas de poser le probl�me du tyrannicide : ils tuent le roi. Pourtant, la monarchie continue � d�velopper son activit� l�gislative, notamment sous le r�gne de l�intelligent Henri III (1574-1589).</p><p>En fait, l�attachement des sujets � la personne de leur souverain est assez grand pour que soit surmont� finalement l�obstacle de la religion lorsque, le 1er ao�t 1589, le couteau de Jacques Cl�ment donne pour successeur au catholique Henri III le r�form� Henri IV.</p><p>Ainsi se trouvent soulign�es la vigueur</p><p>de l�action monarchique et la profondeur du sentiment national, � la naissance duquel ont largement particip� les Valois.</p><p>La cour des Valois</p><p>Les origines</p><p>Si l�emploi du mot cour (curia) appara�t d�s le Xe s. pour d�signer th�oriquement l�ensemble des vassaux du roi r�unis pour le conseiller (curia regis), par contre il n�est utilis� qu�� partir du XVIe s. pour d�nommer le cercle des familiers du souverain, connu sous le nom de compagnie jusqu�au r�gne de Fran�ois Ier.</p><p>Organis�e � l�exemple des cours princi�res italiennes par la reine Anne de Bretagne aimant le faste et l�adulation, la Cour devient, � partir du r�gne de Fran�ois Ier, un instrument � la fois de gouvernement et de r�volution des moeurs qui domestique la noblesse et fait de la femme son principal ornement. Contrainte de respecter les pr�ceptes de la politesse courtoise, la Cour voit na�tre un homme nouveau : le courtisan, dont Baldassare Castiglione trace le portrait dans son c�l�bre ouvrage Il Corte-giano (le Courtisan, 1528), qui d�crit la vie de cour des Montefeltro � Urbino.</p><p>La Cour est ambulante. Depuis la r�volution parisienne de 1358 et surtout depuis l�av�nement de Charles VII en 1422, le roi ne s�journe qu�assez rarement dans ses r�sidences parisiennes : le Louvre, l�h�tel Saint-Paul, v�ritable cr�ation de Charles V, puis au XVIe s. l�h�tel des Tournelles, que Catherine de M�dicis fait d�truire � la suite de la mort accidentelle d�Henri II. En fait, l�occupation anglaise, les � journ�es � insurrectionnelles trop fr�quentes � de l��meute des maillotins le 1er mars 1382 � celle des barricades le 12 mai 1588 � d�tachent les Valois de Paris et les contraignent � s�journer dans les pays du val de Loire, dont ils d�couvrent alors les douceurs : Charles VII � Chinon, � Tours ou � Bourges, Louis XI � Plessis-lez-Tours, leurs successeurs � Blois, � Chenonceaux, � Amboise. Et, quand ils se rapprochent de la capitale, ils s��tablissent � Fontainebleau, � Saint-Germain ou � Vincennes.</p><p>L�organisation et la composition</p><p>Le premier �l�ment en est l�h�tel, qui</p><p>devient au XVIe s. la Maison du roi. Plac�e sous l�autorit� du grand ma�tre de l�H�tel, ou grand ma�tre de France, second� par un premier ma�tre d�h�tel, la Maison du roi comprend les officiers et serviteurs domestiques attach�s � la personne m�me du souverain et regroup�s en services dirig�s par de grands officiers ; la Chambre, plac�e sous l�autorit� du grand chambrier (grand chambellan apr�s 1550) ; la Petite �curie et la Grande �curie, sous celle du grand �cuyer ; la V�nerie et la Fauconnerie, sous celles des organisateurs des chasses royales, le grand veneur et le grand fauconnier ; le service m�dical et le service du culte, dirig�s par un premier m�decin et par un grand aum�nier depuis Charles VIII, etc. � l�exception de l�Argenterie et de l��curie, qui rel�vent du Tr�sor de l��pargne, ces services sont g�r�s par la Chambre aux deniers, dont l��manation est, � partir du r�gne de Fran�ois Ier, le Bureau des ma�tres d�h�tel, organe de liaison entre le grand ma�tre et les officiers.</p><p>Le second �l�ment de la Cour est constitu� par les domestiques et commensaux du roi, qui sont appel�s quotidiennement � la Maison du roi : membres du Conseil priv�, ma�tres des requ�tes ordinaires de l�H�tel, notaires et secr�taires du roi.</p><p>En troisi�me lieu, la garde en armes, rattach�e � la Maison du roi, comprend de nombreux corps : quatre compagnies d�archers de la garde (dont la compagnie de la garde �cossaise cr��e par Charles VII pour assurer sa garde rapproch�e de jour et de nuit) ; les cent-suisses ; les deux cents gentilshommes de la Maison dits � � bec-de-corbin � ; le r�giment des gardes fran-</p><p>�aises (� partir de 1563) ; les gardes de la porte de la pr�v�t� de l�H�tel.</p><p>� c�t� de la Maison du roi et organis�es sur son mod�le existent au d�but du r�gne de Fran�ois Ier une Maison de la reine, une Maison des enfants royaux, une Maison de Madame (Ren�e de France, fille de Louis XII), rassemblant des effectifs parfois nombreux puisque celle des enfants royaux compte 240 personnes en 1523. Enfin, au service exclusif du souverain, de nombreux marchands et artisans suivant la Cour (160 sous Fran�ois Ier, 480</p><p>apr�s 1606), auxquels se rattachent les artistes, repr�sentent la cinqui�me composante de la Cour.</p><p>Comprenant au total 18 000 personnes en 1564-65 selon Bernard Palissy, la Cour est une v�ritable ville ambulante. Elle campe sous des tentes de toile lors de ses d�placements de ch�teau en ch�teau, qu�elle meuble avec les tapisseries, le linge, la vaisselle du souverain, ce qui la contraint � mobiliser plus de 12 000 chevaux ainsi que d�innombrables vivandiers et pour-voyeurs charg�s d�assurer le ravitaillement n�cessaire sous le contr�le de la pr�v�t� de l�H�tel, dirig�e par le pr�v�t de l�H�tel et son lieutenant, qui ont pouvoir de taxer les denr�es de premi�re n�cessit�, de r�-</p><p>quisitionner les vivres, enfin de conna�tre toutes les causes int�ressant les personnes de la Cour ou celles qui la suivent.</p><p>Le c�r�monial</p><p>Rois de droit divin, rev�tus d�un caract�re sacr� par la vertu du chr�me contenu dans la sainte ampoule, qualifi�s de Majest�, titre r�serv� � l�empereur jusqu�au milieu du XVe s., d�tenteurs enfin d�une puissance absolue qui leur donne droit de vie et de mort sur leurs sujets, les Valois font de la Cour le cadre naturel du culte de la personne royale. Acc�l�r� sous le r�gne d�Henri III, ce processus aboutit � faire du souverain un personnage hors du commun, isol� de ses sujets en vertu d�une �tiquette tr�s stricte d�inspiration polonaise et surtout espagnole : r�glementation des entr�es dans la chambre du roi au lever et au coucher de celui-ci ; limitation de la pr�-</p><p>sence du peuple aux repas pris en public par le monarque selon un c�r�monial de plus en plus compliqu� fixant � qui doit revenir l�honneur de � bailler la serviette de Sa Majest� �, de pr�senter les plats, etc.</p><p>Ainsi les Valois pr�parent-ils l��re d�adulation monarchique qui d�bute avec l�av�nement des Bourbons en 1580 et qui renforce par l� m�me l�absolutisme des souverains, dont le pouvoir n�est plus limit� en fait que par les lois fondamentales du royaume, par les privil�ges que d�tiennent les corps interm�diaires sinon m�mes certains particuliers, enfin par l�autorit� que les �tats g�n�raux s�arrogent depuis leur r�union � Tours en 1484.</p><p>Les Valois et la naissance</p><p>du sentiment national</p><p>Ayant d�s le d�but du XIVe s. le sentiment confus d�appartenir � une communaut�</p><p>linguistique, religieuse et �conomique, les sujets des Valois prennent peu � peu conscience d�appartenir � la natio galli-cana � la faveur de la guerre de Cent Ans, qui les oppose � l�ennemi anglais.</p><p>Rejetant les pr�tentions d��douard III et de Charles II de Navarre, condamnant la collusion d��tienne Marcel avec ce dernier en 1358, acceptant avec difficult� les clauses du trait� de Br�tigny-Calais de downloadModeText.vue.download 149 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11360</p><p>1360 qui les fait passer dans le sud-ouest du royaume sous la souverainet� des Plantagen�ts, n�h�sitant pas dans ces conditions � faire appel des d�cisions du roi d�Angleterre � la justice du roi de France (appel gascon du comte d�Armagnac et du sire d�Albret le 8 septembre 1368), les Fran�ais acceptent encore plus difficilement les cons�quences politiques du trait� de Troyes de 1420 malgr� l�adh�sion � ces derni�res du parti bourguignon et surtout d�une Universit� de Paris scl�ros�e dans ses m�thodes et incapable de comprendre les raisons et la profondeur de leur r�volte.</p><p>Atteints dans leurs biens et dans leur chair par le m�me ennemi, l�Anglais, ils �prouvent peu � peu un v�ritable sentiment patriotique qui s�exprime tant dans le Quadrilogue invectif d�Alain Chartier, r�dig� en 1422, que dans l�Histoire de Charles VI �crite peu apr�s par Jean Jouve-nel des Ursins.</p><p>Gr�ce � l�action de Jeanne* d�Arc, le sentiment national s�incarne alors dans la personne de Charles VII, dont la l�gitimit� est confirm�e par la d�livrance d�Orl�ans le 8 mai et par le sacre de Reims le 17 juillet 1429.</p><p>Mais, en faisant du roi le garant de son unit� politique et religieuse (gallica-nisme*), la nation exige que son autorit� ne s�exerce pas � rencontre du bien commun et que, par cons�quent, il ne puisse ali�ner le royaume ou aller � rencontre de l�institution qui en est l�interpr�te : les �tats* g�n�raux (ou provinciaux), fr�-</p><p>quemment r�unis depuis 1484.</p><p>Ainsi, les 4 et 8 juin 1526, les �tats de</p><p>Bourgogne interdisent-ils au roi de c�der � Charles Quint le duch� de Bourgogne, contrairement aux clauses du trait� de Madrid du 13 janvier 1526. Ainsi l�auteur de la Franco-Gallia (1573), Fran�ois Hotman, d�fend-il la th�se de la l�gitimit� de l�insurrection lorsque le souverain n�exerce plus le pouvoir pour le bien commun. B�n�ficiaires de l��closion du sentiment national, les Valois en sont finalement les victimes pour ne pas avoir d�fendu avec assez d��nergie, aux yeux de certains, la cause de la religion catholique, composante spirituelle fondamentale du sentiment national pour la majorit� des Fran�ais.</p><p>P. T.</p><p>F Angleterre / Aquitaine / Bordeaux / Bourbon</p><p>/ Bourgogne / Cap�tiens / Catherine de M�dicis /</p><p>Cent Ans (guerre de) / Charles V ou Charles Quint</p><p>/ Charles V le Sage / Charles VI le Bien-Aim� /</p><p>Charles VII le Victorieux / Charles VIII / Charles IX /</p><p>Charles le T�m�raire / Dauphin� / �tats g�n�raux</p><p>/ France / Fran�ois Ier / Gallicanisme / Guesclin (Bertrand du) / Guyenne / Habsbourg / Henri II /</p><p>Henri III / Henri IV / Italie (guerres d�) / Jean II le Bon / Jean sans Peur / Jeanne d�Arc / Lancastre /</p><p>Languedoc / Louis XI / Louis XII / Marcel (�tienne)</p><p>/ Orl�ans (maisons d�) / Paris / Parlement / Philippe VI de Valois / Philippe II le Hardi / Philippe III le Bon / Plantagen�ts / Rouen / Savoie / Toulouse</p><p>/ York.</p><p>&amp; G. Dodu, les Valois. Histoire d�une maison royale, 1328-1589 (Hachette, 1934). / A.</p><p>de Maricourt, les Valois (�mile-Paul, 1939). /</p><p>R. Cazelles, la Soci�t� politique et la crise de la royaut� sous Philippe de Valois (Libr. d�Ar-gences, 1958). / J. Martin, les Valois (Rencontre, Lausanne, 1968).</p><p>Valpara�so</p><p>V. du Chili.</p><p>La ville est situ�e dans la r�gion du Chili central, au coeur �conomique et humain du pays, sur le Pacifique.</p><p>L�extraordinaire d�veloppement du Grand Santiago*, � moins de 150 km de Valpara�so, n�a pas emp�ch� cette derni�re ville d��tre maintenant le noyau d�une conurbation de plus de 600 000 habitants et de constituer le deuxi�me ensemble urbain du pays, gr�ce � la fonction portuaire et � ses activit�s compl�mentaires.</p><p>D�s le d�but de son existence, Valpara�so s�est d�velopp�e � partir de son r�le de port : au temps de l��poque coloniale espagnole, elle a en effet �t� fond�e pour �tablir la liaison entre le Chili et la capitale de la vice-royaut�, Lima. � vrai dire, le port n�a connu qu�un d�veloppement tr�s r�duit</p><p>jusqu�au XIXe s., car il n�assurait gu�re que les exportations de bl� produit dans la Vall�e centrale chilienne et exp�di� vers Lima pour assurer la subsistance de l�aristocratie de la capitale.</p><p>Au contraire, dans le courant du si�cle dernier, au moment de l�essor prodigieux des denr�es d�exportation dans l��conomie chilienne, l�importance de la ville et du port s�est accrue, et Valpara�so est devenue le principal lieu d�exportation de tous les produits de base. Aussi, en 1875, la ville comptait-elle d�j� 110 000 habitants, tandis qu�� la m�me �poque Santiago n�en abritait pas plus de 150 000. Vers la fin du XIXe s., au contraire, Santiago a d�velopp� son r�le �conomique, politique, administratif, industriel et commercial pour l�ensemble du Chili, tandis que Valpara�so ne conservait qu�un r�le de ville compl�mentaire, li� � sa fonction portuaire : c�est alors que les deux cit�s grandirent de fa�on divergente, Santiago prenant d�finitivement le pas sur Valpara�so.</p><p>Un bon r�seau de communications relie aujourd�hui le port � la capitale et lui permet d�exercer pleinement son r�le compl�mentaire : la voie ferr�e qui existait depuis le XIXe s. a �t� doubl�e par une liaison routi�re, tr�s am�lior�e en 1971 par le creusement d�un tunnel sous la cordill�re c�ti�re. La premi�re fonction de Valpara�so est donc son activit� portuaire. Celle-ci est consid�rable, puisqu�elle assure 54 p. 100</p><p>des importations et 10 p. 100 des exportations chiliennes. Ce dernier pourcentage peut para�tre faible ; en fait, downloadModeText.vue.download 150 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11361</p><p>l�essentiel des exportations du Chili est constitu� par le cuivre, qui part directement du nord du pays par le port d�Antofagasta. En outre, Valpara�so assume une tr�s importante fonction de cabotage, avec un trafic d�passant 1,5 Mt. La fonction portuaire a entra�n� le d�veloppement d�une assez bonne infrastructure d�activit�s tertiaires : banques, compagnies de commerce,</p><p>services divers ; leur pr�sence a �t� un des deux facteurs d�implantation d�industries, le premier �tant, naturellement, l�existence du carrefour de communications constitu� par le port, les voies ferr�es et les liaisons routi�res. Actuellement, la fonction industrielle est importante : la conurbation comprend en effet 645 �tablissements industriels assurant 10 p. 100 du chiffre d�affaires total de l�industrie chilienne.</p><p>Ce sont des industries traditionnelles comme le textile et l�alimentation, des �tablissements modernes qui se localisent tout au long du littoral, telles les fonderies de cuivre de Las Venta-nas ou les conserveries de poisson de Quintero.</p><p>Valpara�so est situ�e au fond d�une baie ouverte vers le nord, bien abrit�e des vents violents soufflant du sud, ce qui a favoris� sa fonction portuaire.</p><p>Mais son site est form� de reliefs tr�s abrupts, qui entourent la ville. Aussi les quartiers traditionnels sont-ils form�s de rues �troites escaladant des pentes ; actuellement, diff�rents syst�mes d�as-censeurs relient entre eux les divers</p><p>quartiers. On peut d�ailleurs noter une nette opposition entre des versants mieux expos�s, occup�s par la r�sidence riche, et des zones plus abruptes, qui sont le domaine des toutes petites maisons, voire des cabanes des quartiers populaires. L��troitesse m�me de ce site a entra�n� assez pr�cocement le d�veloppement d�une annexe de r�sidence riche autour d�une station baln�aire, Vi�a del Mar, situ�e au nord du port industriel de Valpara�so et des quartiers initiaux de l�agglom�ration.</p><p>Cette zone joue de plus en plus le r�le de lieu de r�sidence de l�aristocratie chilienne, principale pour les gens riches de la conurbation de Valpara�so, secondaire pour la bourgeoisie de Santiago venant chercher le bord de mer.</p><p>La croissance de Valpara�so au XXe s., et particuli�rement celle des industries, a r�uni ces deux noyaux de Vi�a del Mar et du Valpara�so originel ; ainsi s�est constitu�e la conurbation actuelle dans ce site tr�s tourment�. L�ensemble a d�ailleurs souvent �t� victime des tremblements de terre ; de ce fait, il y a eu des reconstructions successives de b�timents d�truits, ce qui ajoute � l�h�t�rog�n�it� originelle des installations humaines.</p><p>M. R.</p><p>valse</p><p>Danse � trois temps, ex�cut�e par couples et qui se caract�rise par son mouvement giratoire, auquel sont</p><p>rigoureusement soumis ses danseurs.</p><p>Le verbe allemand walzen, apparu</p><p>� la fin du XVIIIe s., signifie � tourner en dansant � ; dans ce sens, il rejoint le principe d�une ancienne danse</p><p>lente proven�ale, la volte, sans pourtant que l�on puisse �tablir une filiation de ces deux danses, d�origine g�ographique trop diff�rente. D�s le d�but du XIXe s., la valse a connu une incomparable vogue : �lue des grands bals de l�aristocratie, vedette des f�tes princi�res, elle a parfois r�uni les plus c�l�bres t�tes couronn�es ainsi que les personnalit�s les plus en vue, mariant les plus jolies toilettes � des uniformes rutilants. Sous l�in-dustrieuse et intelligente impulsion de Johann Ier Strauss* (1804-1849)</p><p>et de Joseph Lanner (1801-1843), la valse a conquis l�Europe enti�re et gagn� son �tiquette � viennoise �.</p><p>Sa m�lodie simple, ses phrases qui tendaient � d�border le cadre sommaire des huit ou douze mesures, son rythme souple, propice � de subtiles figures gliss�es, et son tempo sujet � de vertigineuses acc�l�rations re-l�vent d�un art consomm� qui, mal-gr� son but commercial et sa l�g�ret�, m�rite la consid�ration. � la suite de Johann II Strauss* (1825-1899), qui la promena partout, Philippe Musard (1792-1859) et Jacques Offenbach*, sous Louis-Philippe et sous le second Empire, ont �tendu l�audience de la valse � l�ensemble de la soci�t�. Ils l�ont parfois enrichie de structures plus complexes, v�tue d�une parure orchestrale remarquable et l�ont �toff�e en lui adjoignant une introduction, des interludes et des postludes.</p><p>Tr�s vite, l�op�rette* a revendiqu� la valse, qui servait au mieux l�int�-</p><p>r�t de ses livrets m�lodramatiques et de sa mise en sc�ne. Les oeuvres des meilleurs compositeurs d�op�-</p><p>rettes viennoises, Johann II Strauss, Oscar Straus* (1870-1954), Franz</p><p>Lehar (1870-1948), Franz von Supp� (1819-1895), etc., demeurent au</p><p>r�pertoire et connaissent encore des triomphes sous la baguette de sp�-</p><p>cialistes comme Willi Boskovsky et Robert Stolz.</p><p>Coexistant avec le L�ndler, solide danse rustique dont elle est issue, la valse a rapidement p�n�tr� dans la musique instrumentale. Schubert* la traite en br�ves s�ries sous le titre de Valses nobles ou sentimentales.</p><p>Sur l�offre de son auteur, cinquante compositeurs sont invit�s � varier une m�diocre valse de Diabelli</p><p>(1781-1858), qui inspire � Beethoven* trente-trois magistrales variations (op. 120, 1823). De cette forme un peu malmen�e, Chopin* tire une vingtaine de chefs-d�oeuvre qui d�-</p><p>passent la chor�graphie et qui ont cr�� un genre parfait de miniatures pour piano. Brahms* harmonise la</p><p>valse populaire pour choeur avec accompagnement de piano ; Chabrier*</p><p>cherche un nouveau langage harmo-</p><p>nique dans ses trois Valses romantiques pour deux pianos (1883).</p><p>Dans le m�me temps, la valse est pass�e � l�orchestre avec Berlioz*, qui instrumente la c�l�bre Invitation de Weber*, en fait la substance de l�un des mouvements de sa Symphonie fantastique (1830) � auquel il a donn� pour titre le Bal � et un �pisode fameux de sa Damnation de Faust (la � danse des sylphes �).</p><p>Les grands ballets* romantiques</p><p>ont largement exploit� la valse</p><p>comme instrument de succ�s : les</p><p>valses du Faust de Gounod*, de</p><p>Copp�lia, de Sylvia de L�o Delibes, des trois ballets de Tcha�kovski*, la c�l�bre Valse triste de Sibelius*</p><p>habitent toutes les m�moires.</p><p>Pour sortir des sentiers battus et trouver le contraste int�gral avec la folle virtuosit� des M�phisto-Valses de F. Liszt*, Ravel* offre en 1911 un bouquet de Valses nobles</p><p>et sentimentales, caract�ristiques par l�acidit� de leur langue harmonique et l�extr�me �conomie des</p><p>moyens pianistiques employ�s. � la mani�re des savoureuses suites de valses que Richard Strauss* avait tir�es de son op�ra le Chevalier � la rose (1911), Ravel composa, sur la demande de Diaghilev, un po�me chor�graphique, comme une esp�ce</p><p>d�apoth�ose de la valse viennoise � laquelle se m�le l�impression d�un tournoiement fantastique et fatal. La Valse (1919) est et restera le plus somptueux hommage rendu � cette</p><p>danse gracieuse et enivrante.</p><p>La valse a fait aussi carri�re dans les bals populaires sous le nom de valse musette (l�Embarquement</p><p>pour Cyth�re [1951] de F. Poulenc*</p><p>en est la merveilleuse parodie) ; en Am�rique, elle a donn� naissance au boston.</p><p>R. J.</p><p>&amp; H. E. Jacob, Johann Strauss Vater und Sohn.</p><p>Die Geschichte einer musikalischen Weltherrs-chaft (Hambourg, 1953 ; trad. fr. les Strauss et l�histoire de la valse, Corr�a, 1955). / H. Fantel, The Waltzkings : Father and Son and their Romantic Age (Newton Abbot, 1971 ; trad. fr. les Strauss rois de la valse et la Vienne romantique</p><p>de leur �poque, Buchet-Chastel, 1973).</p><p>Vampire</p><p>F CHAUVE-SOURIS.</p><p>vanadium</p><p>Corps simple m�tallique.</p><p>Le Su�dois Nils Gabriel Sefstr�m</p><p>(1787-1845) d�couvrit en 1830 dans du fer de son pays un �l�ment qu�il appela vanadium en souvenir de Vanadis, surnom de l�ancienne divinit� scandinave Freyja : en fait, l�Espagnol Andr�s Manuel del R�o (1765-1849) l�avait d�couvert d�s 1801 dans un minerai mexicain de plomb, mais ce fait avait �t� contest�. C�est en 1867 que l�Anglais Henry Enfield Roscoe (1833-1915), le premier, pr�para le m�tal.</p><p>�tat naturel</p><p>Le vanadium constitue 0,02 p. 100 de la lithosph�re et se trouve tr�s largement r�pandu, mais peu de substances constituent des minerais utilisables ; parmi celles-ci se trouvent la patronite, qui est un sulfure multiple contenant du vanadium, la vanadinite (isomorphe des apatites) et qui a pour formule</p><p>[Pb3(VO4)2]3, PbCl2 ; la carnotite est un minerai mixte de vanadium et d�uranium K(UO2)VO4, x H2O.</p><p>Atome</p><p>Le num�ro atomique 23 place le vanadium dans la premi�re s�rie de m�taux de transition apr�s le titane dans le groupe VA. L�atome a pour structure �lectronique dans son �tat fondamental 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 3, 4s 2. Les �nergies successives d�ionisation sont : 6,74 eV ; 14,2 eV ; 26,5 eV ; 48,7 eV ; 64,1 eV ; 133,1 eV. Aussi, les nombres d�oxydation assign�s aux compos�s downloadModeText.vue.download 151 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11362</p><p>du vanadium sont-ils tr�s divers et s��tendent de II � V.</p><p>Corps simple</p><p>C�est un m�tal de densit� 5,96, fondant � 1 700 �C, qui a d�excellentes qualit�s m�caniques quand il est tr�s pur, mais que de petites quantit�s d�hydrog�ne, d�azote ou d�oxyg�ne rendent dur et cassant. Le vanadium � la temp�rature ordinaire ne s�oxyde pas � l�air et n�est attaqu� ni par l�eau ni par les bases, mais il est fortement attaqu� par l�acide azotique et fixe l�hydrog�ne. �</p><p>temp�rature suffisante, il r�agit avec le chlore. Industriellement, on forme des ferrovanadiums qui servent � fabriquer des aciers au vanadium. On peut pr�parer le vanadium par r�duction du pentoxyde par l�aluminium ou mieux le calcium.</p><p>Compos�s</p><p>Les d�riv�s du vanadium V corres-</p><p>pondent au plus haut nombre d�oxydation, ils sont tr�s stables et c�est � partir d�eux qu�on fabrique le vanadium et les autres compos�s. L�oxyde V2O5, qui est jaune-orang�, est r�ductible en VO2, bleu fonc�, ou V2O3, noir. V2O3</p><p>est r�duit par le vanadium en oxyde VO, noir.</p><p>On conna�t des d�riv�s sandwichs</p><p>tels que le chlorure de bis-cyclopenta-di�nyl-vanadium [V(C5H5)]Cl2.</p><p>Il existe de nombreux complexes,</p><p>certains, comme le vanadocyanure de potassium K4[V(CN)6], correspondant � V II, et comme K3[V(CN)6], � V III.</p><p>Les halog�nures de vanadium IV</p><p>donnent par hydrolyse partielle des d�riv�s tels que VOCl2 ou VOF2 et des sels complexes tels que M3VOF5.</p><p>On conna�t aussi des hypovanadates comme Mg2VO4.</p><p>Au vanadium V correspondent des</p><p>vanadates tels que l�orthovanadate Na3VO4 ou le m�tavanadate d�ammo-nium NH4VO3, des d�riv�s oxyhalog�-</p><p>n�s tels que VOCl3 ou VOBr3, des</p><p>sels tels que le sulfate (VO)2(SO4)3, ainsi que des homopolyacides et des h�t�ropolyacides.</p><p>L�anhydride (d�acide faible) V2O5 a des propri�t�s catalytiques (oxydation de l�anhydride sulfureux en anhydride sulfurique).</p><p>H. B.</p><p>&amp; W. Rostoker, The Metallurgy of Vanadium (New York 1958).</p><p>Vanbrugh</p><p>(sir John)</p><p>Architecte et auteur dramatique anglais (Londres 1664 - id. 1726).</p><p>Fils d�un riche industriel, issu par sa m�re d�un gentilhomme flamand, le dilettante Vanbrugh eut quelque peine � trouver sa voie. � vingt-deux ans, il fut tent� par le m�tier des armes ; ce fut pour se faire arr�ter � Calais comme espion. Il devait profiter de son s�jour � Vincennes et � la Bastille (1690-1692) pour �crire une com�die. Il produira une dizaine de pi�ces de 1696 � 1705</p><p>(The Relapse [1696], The Provok�d Wife [1697], The Confederacy [1705]) et, � la veille de sa mort, un drame, achev� par Colley Cibber.</p><p>Mais la d�tention, par la lecture de</p><p>Palladio* et de Claude Perrault*, lui ouvrit un autre horizon, celui de l�architecture. Ainsi fut-il amen�, pour jouer ses pi�ces, � �lever en 1705</p><p>le Queen�s Theatre d�Haymarket, � Londres, aujourd�hui d�truit. Six ans plus t�t, il avait dessin� sa propre maison � la � Goosepie � de Whitehall, aujourd�hui d�truite, �tait assez palladienne �, mais surtout commenc� Castle Howard (1699-1712), avec</p><p>l�aide de Nicholas Hawksmoor (1661-1736), qui, dans le parc, ach�vera le belv�d�re. Le comte de Carlisle, son client, lui obtient la charge de contr�-</p><p>leur du Board of Works. Aux c�t�s de Wren* vieilli, Vanbrugh va de fait r�-</p><p>genter l�architecture anglaise de 1702 � 1711 (date � laquelle ce whig influent sera �limin� par les tories). Aussi est-il choisi en 1705 pour �lever, � Woodstock (Oxfordshire), le palais offert par la reine Anne et le Parlement au duc de Marlborough en remerciement de la victoire de Blenheim. � la suite d�un conflit avec la duchesse, Vanbrugh sera �vinc� et Hawksmoor ach�vera l��difice en 1725. R�tabli dans ses fonctions � l�av�nement de George Ier (1714), Vanbrugh est anobli. En 1716, il succ�de � Wren comme architecte de l�h�-</p><p>pital de Greenwich, non loin duquel il va b�tir, � Blackheath, son propre castel, un pr�coce exemple de retour au gothique.</p><p>Influenc� sans doute par son incarc�-</p><p>ration, Vanbrugh tenta, � Grimsthorpe (Yorkshire, 1722) ou � Seaton Delaval (Northumberland, 1720-1729), de traduire en termes palladiens la massivit� des forteresses. Pour lui, comme d�ailleurs pour Hawksmoor, les masses importent seules � � l�inverse de Wren, plut�t soucieux d�articulation. Homme de th��tre, Vanbrugh sait admirablement jouer de la lumi�re et de l�ombre sur les silhouettes anim�es de ses fa-</p><p>�ades. Ce traitement baroque est particuli�rement d�velopp� � Castle Howard, v�ritable sc�ne de th��tre ax�e sur un hall majestueux, couvert d�un d�me digne de la crois�e d�une �glise.</p><p>Au palais de Blenheim, l�ensemble, moins allong�, devient plus proche des conceptions palatiales d�un Salomon de Brosse (v. ch�teau et Du Cerceau). La coupole dispara�t, et ce sont les quatre pavillons lat�raux qui culminent, avec</p><p>un couronnement �voquant les arcs de Tut�le romains de Bordeaux publi�s par Perrault. � Seaton Delaval, on retrouve une m�me sym�trie des communs de part et d�autre du plateau d�acc�s au logis. Celui-ci, cantonn� de tours � la mani�re des plans mass�s de la Renaissance, montre cependant un tout autre esprit dans son �l�vation, ou s�accumulent les motifs palladiens.</p><p>L�oeuvre de Vanbrugh, insolite pour ses contemporains, conserve le reflet du courant baroque continental ; mais il contient d�j� en germe les tendances r�volutionnaires qui seront celles de l�architecture anglaise n�o-classique, chez Soane* notamment.</p><p>H. P.</p><p>&amp; L. Whistler, Sir John Vanbrugh, Architect and Dramatist (Londres, 1938). / B. Harris, Sir John Vanbrugh (Londres, 1967).</p><p>Vancouver</p><p>Troisi�me agglom�ration du Canada et principale concentration urbaine de la Colombie* britannique.</p><p>Le site originel de Vancouver est une p�ninsule comprise entre la profonde rainure glaciaire du Burrard Inlet, au nord, et la baie de False Creek, au sud. Vers 1870, on ne comptait l� que quelques maisons group�es autour de scieries et d�installations portuaires sommaires. L�acte de naissance de la ville date de 1886, quand le CPR (Canadian Pacific Railway) en fit son terminus pacifique. Cet �v�nement fut le point de d�part d�une progression fulgurante : la cit� atteignit 13 000 habitants d�s 1890, 100 000</p><p>en 1910, 163 000 en 1921, 246 000 en 1931. Entre-temps, la mise en valeur des Prairies, puis l�ouverture du canal de Panam� avaient fait de Vancouver un port d�exp�dition des c�r�ales de l�Ouest canadien vers l�Europe. Les bois et produits de la p�che de toute la Colombie britannique �taient �galement export�s vers l�Europe, apr�s transformation, �ventuelle, par Vancouver. Les villes plus anciennes �</p><p>Victoria, la capitale (fond�e en 1843), et New Westminster (datant de 1859)</p><p>� furent rapidement �clips�es.</p><p>Aujourd�hui, les fonctions industrielles et commerciales sont un h�ritage de ces activit�s. Les industries du bois (bois d�oeuvre, papier, contre-plaqu�) et celles de l�alimentation (conserverie de saumon et de crustac�s, raffinage du sucre) sont encore les plus importantes. La situation au terminus pacifique des r�seaux transcontinen-taux et la fonction de transbordement ont donn� naissance aux industries m�tallurgiques (mat�riel ferroviaire et construction navale). Au centre d�un grand march� de consommation et</p><p>au d�bouch� des ol�oducs d�Alberta, Vancouver est devenue un foyer</p><p>d�industries chimiques. Employant 50 000 personnes et totalisant une valeur ajout�e de 370 millions de dollars canadiens, le complexe industriel de Vancouver est le quatri�me du Canada (apr�s Toronto, Montr�al et Hamilton).</p><p>Le transport, le commerce, la fi-</p><p>nance et les services sont maintenant les principales branches d�activit� de Vancouver, qui groupe aussi la plupart des si�ges sociaux de la province, d�-</p><p>tient les pouvoirs de d�cision et exerce diverses fonctions administratives aux d�pens de Victoria.</p><p>Le port n�a cess� de se d�velopper.</p><p>Le trafic de cabotage comprend le bois transform� et les produits p�troliers aux sorties, et le papier aux entr�es (au total 8,6 Mt). Vancouver importe (6,3 Mt) des v�hicules (du Japon) et des produits alimentaires tropicaux et exporte (33,3 Mt) du charbon et des minerais (au Japon), ainsi que les produits agricoles de l�int�rieur (c�r�ales, graines, fourrages), vers l�Europe, l�U. R. S. S., la Chine et le Japon. Le commerce transpacifique fait de Vancouver le principal concurrent des ports de l�est du pays comme exportateur de ces denr�es : les exportations de bl� par Vancouver ont doubl� en dix ans. Avec un trafic total de plus de 48 Mt, Vancouver est le premier port canadien.</p><p>L�ensemble urbain, dont le fond de d�cor est constitu� par les cha�nes c�-</p><p>ti�res aux cimes longtemps enneig�es, comprend une ville centrale et une ban-downloadModeText.vue.download 152 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11363</p><p>lieue �tendue fond�e sur le transport automobile individuel.</p><p>L�ancien centre urbain est form�</p><p>de plusieurs parties : la zone du port avec ses entrep�ts, �l�vateurs, usines et voies ferr�es ; le centre des affaires, h�riss� de gratte-ciel ; le quartier de r�sidence de haut niveau occupe une partie �lev�e de la ville (Shaughnessy).</p><p>La p�ninsule se termine vers le nord-ouest par une zone r�cr�ative (plages, parc Stanley).</p><p>La ville a largement d�bord� de son cadre primitif dans toutes les directions, au nord, au-del� du Burrard Inlet (franchi par le pont suspendu de Lions Gate), vers North Vancouver, secteur de r�sidence et d�industries (chantiers navals, scieries, industries chimiques), et West Vancouver (r�sidence ais�e), en direction de l�ouest (r�sidence de classes moyennes, universit�), et vers le sud-est (quartiers ouvriers, �trangers). New Westminster, sur le delta de la Fraser River, d�chue au profit de Victoria et de Vancouver, soud�e maintenant � Vancouver, conserve</p><p>des fonctions tertiaires (commerce, finance) et industrielles (bois, poisson).</p><p>Port Moody et Ioco sont des centres de raffinage du p�trole et de scierie.</p><p>La ville proprement dite ne compte que 426 000 habitants ; avec New</p><p>Westminster (42 800 hab.), North Vancouver (32 000 hab.) et une importante frange suburbaine, l�aire m�tropolitaine rassemble 1 082 000 habitants, soit pr�s de la moiti� de la population de la province.</p><p>On parle maintenant d�une r�gion</p><p>urbaine du d�troit de G�orgie dans laquelle Victoria et Nanaimo ne sont plus que des satellites de Vancouver.</p><p>C�est le pendant canadien de la conurbation voisine du Puget Sound autour de Seattle (Washington).</p><p>P. B.</p><p>F Colombie britannique.</p><p>Vandales</p><p>Peuple germanique issu d�un ensemble h�t�rog�ne de tribus �tablies dans le Jylland septentrional (Vendys-sel), l�archipel danois et le sud de la Scandinavie.</p><p>Les Vandales auraient parl� un dialecte ostique, proche du gotique.</p><p>Les origines</p><p>Englobant � l�origine les Burgondes et les Varins, selon Pline le Jeune, ce peuple s�installe vers la fin du IIe s. av.</p><p>J.-C. en Pom�ranie, puis en Posnanie entre l�Oder et la Vistule moyenne. Il se r�duit ensuite � deux tribus essentielles : celle des Hasdings, qui envahissent la Dacie en 171 apr. J.-C., avant de se replier dans la haute vall�e de la Tisza, o� ils se fixent en dehors de l�Empire jusqu�� l�aube du Ve s., � l�exception de quelques groupes r�fugi�s en Pannonie au IVe s. ; celle des Silings, qui donnent leur nom � la Sil�sie*, point de d�part pour eux de la conqu�te des pays du Main sup�rieur, o� ils sont mis en �chec en 276 par l�empereur Probus.</p><p>Vers 400, sans doute sous la pression des Huns, les Hasdings se dirigent vers l�ouest. Suivant la rive gauche du Danube, ils font leur jonction avec les Silings. Unis aux Alains, ils envahissent la Rh�tie et le Norique. Une partie d�entre eux renforc�s d�Ostrogoths et peut-�tre d�Alamans, p�n�tre en Italie en 405 sous le commandement de l�Ostrogoth Radagaise, mais est extermin�e � Fiesole en Toscane le 23 ao�t 406.</p><p>La majorit� des Vandales, Hasdings et Silings, les Su�ves et les Alains, plac�s sous l�autorit� du roi hasding Godegisel, qui est tu� au cours du combat, franchissent le Rhin le 31 d�cembre 406 entre Mayence et Worms. Ayant bris� le limes, ils se r�pandent sans difficult� dans l�occident de l�Empire.</p><p>� travers</p><p>l�Empire romain</p><p>La travers�e de la Gaule</p><p>(406-409)</p><p>Les envahisseurs se divisent en deux masses principales. La plus faible, par l�Alsace, les vall�es du Doubs, de la Sa�ne et du Rh�ne, gagne directement la Septimanie et atteint la r�gion de Toulouse. Sous la direction du fils de Godegisel, le roi Gund�ric (406-428), la plus importante se dirige vers Reims, o� elle se divise en trois groupes qui pillent syst�matiquement la Gaule romaine : par Laon, le premier d�entre eux gagne Amiens, Arras, Tournai et atteint les rives du pas de Calais ; par Langres, le deuxi�me rejoint les Vandales qui ont travers� l�Alsace ; par Angoul�me et Bordeaux, le troisi�me atteint les Pyr�n�es, puis se dirige vers la Septimanie, o� la masse des envahisseurs se ressoude � l�automne de 409.</p><p>La conqu�te de l�Espagne</p><p>(409-429)</p><p>Victimes sans doute d�une mauvaise r�colte et de l��puisement des stocks, Vandales, Su�ves et Alains p�n�trent alors en Espagne par les cols de Ron-cevaux et de Somport. D�s la fin de 411 ou au d�but de 412, les Hasdings et les Su�ves sont �tablis en Galice, les Silings en B�tique, les Alains en Lusitanie et dans la Carthaginoise.</p><p>Intervenant en 416 au sud des Pyr�-</p><p>n�es au nom de Rome, le roi des Wisigoths Wallia pulv�rise les Silings, exp�dient leur roi � Ravenne, brise les Alains et facilite le regroupement des Vandales autour du roi des Hasdings.</p><p>Celui-ci supporte mal le voisinage des Su�ves et gagne en 419-20 la B�tique, qui prend alors le nom d�Andalousie (de Vandalusi� : pays des Vandales, bien que cette interpr�tation �tymo-logique soit contest�e par certains auteurs).</p><p>Apr�s en avoir �puis� les ressources naturelles, les Vandales s�initient aux techniques de la mer. Entreprenant des raids de pillage dans les Bal�ares et en Mauritanie en 426, s�emparant de S�ville et de la base navale de Carthag�ne en 428 (ou 425 ?), ils songent enfin � conqu�rir les riches terres � bl� d�Afrique.</p><p>La conqu�te de l�Afrique du Nord</p><p>(429-439/442)</p><p>Regroupant la totalit� des Hasdings, des Silings, des Alains et quelques Hispano-Romains, soit au total 80 000 personnes dont 20 000 guerriers, le roi des Vandales Geis�ric (ou Gens�ric, 428-477), fr�re et successeur de Gund�ric, s�embarque en mai 429 � Tarifa sur des barques de p�cheurs. Il aborde, sans doute pr�s de Tingis (auj. Tanger), l�Afrique romaine, dont la r�sistance est affaiblie par des troubles religieux (orthodoxes oppos�s aux donatistes) et sociaux (r�volte des circoncellions contre les grands propri�taires).</p><p>Les envahisseurs progressent vers l�est, par la trou�e de Taza ; ils atteignent Altava (auj. Ouled Mimoun) en ao�t, traversent la Numidie, p�-</p><p>n�trent dans la Proconsulaire en mars 430, o� ils contraignent le comte Boniface, gouverneur de l�Afrique, � s�enfermer en mai dans Hippone (auj.</p><p>Annaba), o� saint Augustin meurt le 28 ao�t. Apr�s la capitulation de la place en ao�t 431 et la d�faite inflig�e aux troupes de Boniface renforc�es par l�arm�e romaine de secours venue d�Orient sous le commandement de</p><p>l�Alain Aspar, Geis�ric impose � l�im-p�ratrice Galla Placidia et au patrice Aetius la signature, le 11 f�vrier 435, de la convention d�Hippone, qui reconna�t � son peuple la qualit� de f�d�r�s soumis � un l�ger tribut et le droit d�occuper librement, sous le r�gime de l�hospitalit�, les trois Mauritanies, une partie de la Numidie avec Calama (Guelma) en �change de l�envoi annuel d�otages � Ravenne. Ayant fait lib�rer son fils pour �viter toutes repr�sailles, il s�empare brusquement de Carthage le 19 octobre 439, puis occupe, en Sicile, Lilyb�e (Marsala) en 440.</p><p>Valentinien III, pris � revers en Orient par les Huns et par les Perses, sans doute alli�s des Vandales, doit signer en 442 un nouveau trait� de partage. Les Vandales restituent th�oriquement � l�Empire romain les provinces les plus pauvres de l�Afrique</p><p>� abandonn�es en fait aux Berb�res (les trois Mauritanies, la Numidie occidentale avec Cirta et la Tripolitaine)</p><p>�, et se font c�der les provinces les plus riches (100 000 km2), qui correspondent approximativement au nord et</p><p>au centre de l�actuelle Tunisie (Numidie orientale avec Hippone, Zeugitane, Proconsulaire, Byzac�ne).</p><p>Ainsi d�finies, les bases territoriales du royaume vandale ne sont modifi�es que par la conqu�te des �les m�diterran�ennes, qui assure � Geis�ric la protection (Bal�ares et Corse vers 455) et la possession (Sardaigne de 455 � 468 ; Sicile de 468 � 476) des greniers � bl� de la M�diterran�e, lesquels mettent son peuple � l�abri de la famine.</p><p>Le royaume vandale</p><p>Avant m�me de conclure en 445 une union matrimoniale entre son fils Hun�ric et Eudoxie, fille de l�empereur Valentinien III, union qui n�est consomm�e qu�en 456, Geis�ric entreprend d�s 442 la construction d�un royaume vandale en utilisant en partie les cadres l�gu�s par Rome.</p><p>Les Vandales comptent � la fois</p><p>des nobles, b�n�ficiant de la bienveillance royale, des hommes libres, dont le r�le politique est fort r�duit, et des esclaves, assimil�s � des biens meubles n�gociables ; ils sont, en majeure partie, cantonn�s par groupes de mille hommes en Zeugitane, Geis�ric d�sirant maintenir la coh�sion de son peuple en armes. Le roi, refusant dans le m�me esprit d�appliquer le syst�me romain de l�hospitalit�, maintient l�unit� des grands domaines romains, downloadModeText.vue.download 153 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11364</p><p>qu�il confisque � son propre profit ou � celui des grands seigneurs vandales qui se substituent tr�s facilement aux anciens propri�taires expuls�s en Italie ou en Orient et dont ils occupent les villas.</p><p>Les Vandales, qui adoptent tr�s ai-s�ment la langue latine et les moeurs romaines (jeux du cirque, th��tre, thermes, cours des grammairiens, etc.), ne modifient pas le r�gime d�exploitation des terres. En effet, sous l�autorit� des conductores, les paysans africains continuent, en qualit� de colons ou de</p><p>serfs, de mettre en valeur des terres dont leurs nouveaux ma�tres se contentent de toucher les revenus.</p><p>Hors de Zeugitane, par contre,</p><p>les terres, d�clar�es propri�t� d��tat, restent en fait la possession de leurs occupants, � l�exception des domaines imp�riaux d�clar�s biens du roi.</p><p>S�attribuant une ascendance divine comme les souverains des autres</p><p>royaumes barbares, mais rev�tant, � partir de Gunthamund, le paludamen-tum et la cuirasse des empereurs, celui qui s�intitule rex Vandalorum et Alano-rum exerce une autorit� absolue et h�-</p><p>r�ditaire selon le syst�me de la tanistry sur tous les habitants du royaume : Vandales, Romains, Berb�res, romanis�s ou non. Sur le plan judiciaire, ces hommes sont jug�s chacun selon leur droit propre par des tribunaux sp�ciaux, les cours de justice vandales jugeant en tout �tat de cause les proc�s mixtes. Le souverain, qui r�side avec sa cour d�abord dans le palais d�Hippone (432-439), puis dans celui de Carthage � partir de 439, gouverne avec l�aide de quelques fonctionnaires vandales qu�il nomme lui-m�me : le prae-positus regni, son Premier ministre et chef de sa chancellerie ; le haut clerg� arien de la cour ; quelques amis portant sans doute le titre de comes ; les domestici, constitu�s en conseil (gouverneurs, �v�ques ariens, notables) ; les millenarii, responsables de districts germaniques groupant mille chefs de famille ; le gouverneur germain de Sardaigne, dont l�autorit� s��tend �galement � la Corse et aux Bal�ares ; enfin, quelques notarii charg�s d��tablir l�assiette de l�imp�t foncier, auquel seuls sont assujettis les Romains, dont les fonctionnaires sont maintenus hors du domaine royal (Proconsul cartha-ginensis, �tabli au temps d�Hun�ric � Carthage, ville toujours administr�e par un ordo decurionum).</p><p>Vivant c�te � c�te, mais sans se</p><p>fondre du fait de l�interdiction des mariages mixtes, les deux communaut�s, vandale et romaine, se heurtent nettement sur le plan religieux. L��glise arienne, plac�e sous l�autorit� directe du roi, qui nomme le patriarche de Carthage et les �v�ques, b�n�ficie des</p><p>biens confisqu�s � l��glise catholique.</p><p>Quelques �v�ques sont exil�s, la c�l�-</p><p>bration du culte catholique est interdite, mais c�est seulement sous le r�gne des successeurs de Geis�ric que le conflit, surtout doctrinal, devient aigu.</p><p>La fin du royaume</p><p>vandale</p><p>Geis�ric dispose d�importantes ressources gr�ce � l�imp�t foncier frappant les Romains, auquel s�ajoutent les revenus du butin et des domaines du fisc ; il peut constituer tr�s t�t une importante flotte de guerre. Gr�ce � elle, il fonde un empire du bl� en M�diterran�e, pille Rome du 2 au 17 juin 455, multiplie les raids le long des c�tes de Campanie entre 458 et 463, des Balkans entre 461 et 467 et en 474, d�truit la flotte de reconqu�te byzantine en 468, impose enfin � l�empereur Z�non la paix perp�tuelle de 474, qui reconna�t ses droits sur l�Afrique, la Sicile, la Sardaigne, la Corse, les Bal�ares et Ischia, au moment o� s�appr�te � dispara�tre l�empire d�Occident.</p><p>La mort du fondateur de l��tat</p><p>vandale, le 24 janvier 477, ouvre une p�riode de crise dynastique. Refusant d�appliquer le principe de la tanistry, son fils, le f�roce Hun�ric (477-484), fait d�porter ou assassiner ses neveux pour l�guer sa succession au fils que lui a donn� Eudoxie, Hild�ric. En vain.</p><p>Deux de ses neveux, Gunthamund</p><p>(484-496) et Thrasamund (496-523), fils de son fr�re Genzo, ont �chapp� au massacre. � la mort de Thrasamund, Hild�ric acc�de enfin l�galement au tr�ne (523-530), mais en est �cart� par un arri�re-petit-fils de Geis�ric, l�a�n� des princes du sang G�limer (530-534).</p><p>Ariens fanatiques, deux de ces souverains, Hun�ric et Thrasamund, pers�cutent l��glise catholique : �limination des non-ariens de toute fonction administrative ; imposition de 500 sous d�or frappant les nouveaux �v�ques ; d�portation de 4 000 � 5 000 clercs et la�ques (482) ; confiscation des biens de l��glise catholique au profit de l��glise arienne ; conversion obligatoire � l�arianisme par l��dit de repr�-</p><p>sailles du 25 f�vrier 484 cons�cutif � l��chec du concile de Carthage entre �v�ques ariens et catholiques. Rap-</p><p>port�es par Gunthamund, r�tablies par Thrasamund, qui exile en 502 de nombreux �v�ques en Gaule (saint Eug�ne</p><p>[� 505], �v�que de Carthage) ou en Sardaigne (saint Fulgence [� 533], �v�que de Ruspe), annul�es par Hild�ric, qui rappelle les exil�s et accorde la libert� de culte, ces mesures laissent l��glise catholique d�Afrique consid�rablement affaiblie, ainsi qu�en t�moigne l��chec du concile g�n�ral de Carthage en 525.</p><p>Menac� par ailleurs � la fin du Ve et au d�but du VIe s. par la formation dans les montagnes de petits royaumes berb�res ind�pendants � l�int�rieur de ses fronti�res (celui d�Antalas dans la Dorsale tunisienne en particulier) ainsi que par les premiers assauts des grands nomades chameliers vers la fin du r�gne de Thrasamund, l��tat vandale perd en outre l�appui des Ostrogoths � la suite du meurtre en 526 d�Amalafride, soeur de Th�odoric Ier* le Grand qui avait �pous� Thrasamund en 496. Isol�, Hild�ric, qui a v�cu quarante ans � la cour de Constantinople, se rapproche alors de Byzance, provoquant en mars 530</p><p>une r�action nationale qui lui substitue G�limer.</p><p>Justinien*, pr�textant alors de la violation des r�gles successorales, entreprend la reconqu�te de l�Afrique.</p><p>Profitant d�une r�volte des Maures de Tripolitaine et d�un soul�vement en Sardaigne qui immobilise une partie des forces adverses, une flotte byzantine de 600 navires d�barque des</p><p>troupes pr�s de Carthage en 533. Sous le commandement de B�lisaire, celles-ci battent G�limer � Ad Decimum le 13 septembre, s�emparent de Carthage le 15 et, en d�cembre, dispersent � Tricamarum les derni�res forces du roi Vandale, qui se r�fugie chez les Maures avant de se rendre au vainqueur. Elles occupent alors rapidement la Sardaigne, la Corse, les Bal�ares et quelques points d�appui c�tiers en Mauritanie (Cherchell, Ceuta). L��tat vandale a v�cu.</p><p>Le bilan</p><p>Hild�ric assassin� sur l�ordre de G�limer lors du d�barquement byzantin, G�limer et les autres membres de la famille royale d�port�s en Galatie, la</p><p>noblesse d�poss�d�e de ses biens, restitu�s � leurs anciens propri�taires, le peuple vandale dispara�t sans laisser de trace.</p><p>Les Vandales ont en effet respect� les formes de vie traditionnelle de l�Afrique. En mati�re institutionnelle, les villes ont conserv� un r�le pr��minent ; en mati�re �conomique, le syst�me d�irrigation, les cultures sp�culatives (vigne, oliviers) ont �t� maintenus et la production c�r�ali�re est rest�e assez importante pour �viter toute importation ; enfin, dans le domaine intellectuel, les po�tes romains ont �t� admis � la cour des souverains, dont ils c�l�brent les louanges, le latin est devenu la langue administrative et la langue courante des vainqueurs alors que le grec demeurait langue de culture en raison de la permanence des liens avec l�Orient byzantin.</p><p>N��tant plus qu�une langue litur-</p><p>gique, le vandale ne garantit plus l�originalit� culturelle du peuple de ce nom.</p><p>Celui-ci se fond au sein de la population indig�ne, non sans avoir favoris� par sa pr�sence le r�veil, dans les montagnes, du monde berb�re, qui, apr�s s��tre �mancip� du protectorat que lui a impos� Gens�ric, s�efforce de conqu�-</p><p>rir les plaines environnantes, rendant ainsi pr�caire le r�tablissement de la puissance byzantine en Afrique.</p><p>P. T.</p><p>F Afrique romaine / Bal�ares / Barbares / Bas-Empire / Byzantin (Empire) / Corse / Espagne / Italie / Mauritanie / Ostrogoths / Rome / Sardaigne /</p><p>Sicile / Tunisie / Wisigoths.</p><p>&amp; F. Wrede, �ber die Sprache der Wandalen (Strasbourg, 1886). / L. Schmidt, Geschichte der Wandalen (Leipzig, 1901, 2e �d., Munich, 1942 ; trad. fr. Histoire des Vandales, Payot, 1953). /</p><p>F. Martroye, l�Occident � l��poque byzantine.</p><p>Goths et Vandales (Hachette, 1904) ; Gens�ric, la conqu�te vandale en Afrique et la destruction de l�empire d�Occident (Hachette, 1907).</p><p>/ C.-A. Julien, Histoire de l�Afrique du Nord (Payot, 1931 ; nouv. �d. revue par C. Courtois et R. Le Tourneau, 1952-53, 2 vol.). / E.-F. Gauthier, Gens�ric, roi des Vandales (Payot, 1933 ; nouv.</p><p>�d., 1951). / E.-F. Gautier, le Pass� de l�Afrique du Nord. Les si�cles obscurs (Payot, 1937 ; nouv.</p><p>�d., 1964). / F. Lot, C. Pfister et F. L. Ganshof, les</p><p>Destin�es de l�Empire en Occident de 395 a 888</p><p>(P. U. F., 1940). / C. Courtois, L. Leschi, C. Perrat et C. Saumagne (sous la dir. de), Tablettes Al-bertini. Actes priv�s de l��poque vandale, fin du Ve si�cle (A. M. G., 1952). / C. Courtois, les Vandales et l�Afrique (A. M. G., 1955). / F. Giunta, Genserico e la Sicilia (Palerme, 1958). / J. Carcopino, Profils de conqu�rants (Flammarion, 1961). / L. Musset, les Invasions, t. I : les Vagues germaniques (P. U. F., coll. � Nouv. Clio �, 1965).</p><p>/ G. F. Fournier, l�Occident de la fin du Ve � la fin du IXe si�cle (A. Colin, coll. � U �, 1970). / R. Folz, A. Guillou, L. Musset et D. Sourdel, De l�Antiquit� au monde m�di�val (P. U. F., 1972).</p><p>Van der Goes</p><p>(Hugo)</p><p>Peintre flamand (Gand ? v. 1435-</p><p>1440 -Rouge Clo�tre, Auderghem,</p><p>1482).</p><p>Il est admis dans la gilde des peintres de Gand* en 1467 et participe l�ann�e suivante � l�organisation des f�tes donn�es pour le mariage de Charles le T�m�raire avec Marguerite d�York.</p><p>Mais, en 1475, on le voit entrer comme fr�re convers au monast�re du Rouge downloadModeText.vue.download 154 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11365</p><p>Clo�tre, en for�t de Soignes, o� il jouit d�un r�gime sp�cial en tant que peintre tr�s r�put�. Il y mourra atteint de troubles mentaux.</p><p>Van der Goes est consid�r� comme</p><p>la plus grande figure de l��cole flamande dans la seconde moiti� du</p><p>XVe s., mais, en l�absence d�oeuvres sign�es et dat�es, son �volution est difficile � conna�tre. Un certain nombre de tableaux ont pu lui �tre attribu�s de fa�on quasi certaine par des comparaisons stylistiques et iconographiques avec la seule oeuvre � d�une grande originalit� � que des documents d�archives authentifient : le Triptyque Portinari des Offices � Florence.</p><p>Se situant dans la ligne de Van</p><p>Eyck*, de Van der Weyden* et de Die-ric Bouts*, il atteint � une expression � la fois plus dramatique et plus r�aliste que ses pr�d�cesseurs. Ses person-</p><p>nages, dessin�s d�un trait fin et pr�cis, model�s avec sensibilit�, sont graves, souvent inquiets et angoiss�s. Les figures populaires qui, avec lui, entrent pour la premi�re fois dans la peinture, de plain-pied avec les nobles, m�ritent une attention particuli�re : ce sont des p�tres et des paysans aux mains vigoureuses, au visage anguleux, aux mouvements lourds. Chaque figure</p><p>est individualis�e dans ses tableaux, chacune est un portrait, notamment lorsqu�elle est isol�e : Madeleine de la D�ploration du Christ (Kunsthistorisches Museum, Vienne), donateurs dans diverses oeuvres.</p><p>Le plus souvent, Van der Goes</p><p>adopte de tr�s grands formats, avec une composition rappelant le proc�d� sc�-</p><p>nique des myst�res : autour d�un point central, au premier plan, les personnages, de taille r�elle, sont r�partis en profondeur, ce qui cr�e un espace pal-pable et donne aux figures, amplement drap�es, volume et monumentalit�. Il oppose vigoureusement l�ombre et la lumi�re, peint en tons denses et satur�s de bleu, de rouge, de brun-vert accompagn�s de fr�missements dor�s. C�est, d�une fa�on g�n�rale, un peintre des contrastes.</p><p>Toutes ces caract�ristiques sont</p><p>r�unies dans le Triptyque Portinari, oeuvre majeure de l��cole flamande. Ce retable, de 2,53 sur 5,74 m, fut command� vers 1475 par Tommaso Por-</p><p>tinari, le repr�sentant des M�dicis � Gand, qui le fit installer � Santa Maria Novella de Florence. L�un des volets figure le donateur avec ses deux fils, assist� de ses saints patrons Thomas et Antoine, l�autre son �pouse et sa fille, sous la protection de sainte Madeleine et de sainte Marguerite. Le revers des volets compose une Annonciation en grisaille. Quant au panneau central, il est consacr� � l�Adoration des bergers.</p><p>La sc�ne se situe sous un hangar de pierre et de charpente, devant un h�tel gothique et un fond de paysage rural.</p><p>La Vierge, habill�e de bleu fonc�, occupe le milieu de la sc�ne. Elle contemple l�Enfant, pos� sur le sol, sans lange, et dont �manent des rayons de lumi�re. � gauche, un vigoureux saint Joseph, drap� de rouge, est en pri�re. Entre lui et la Vierge, derri�re</p><p>une puissante colonne, apparaissent les belles t�tes du boeuf et de l��ne. �</p><p>droite, un groupe de trois bergers vient d�arriver, que deux autres suivent ; au loin, sur la colline, deux petites figures encore, gesticulant de stupeur, car l�ange annonciateur est toujours dans les nues. Autour de l�Enfant, agenouill�s entre les figures humaines ou en vol, plusieurs groupes d�anges font les gestes de l�adoration ou de la pri�re. La gravit�, voire la tristesse, se lit sur tous les visages, projetant l�action dans un avenir qui s�annonce dramatique.</p><p>Toute diff�rente est l�Adoration des bergers du mus�e de Berlin-Dahlem, moins mystique, mais plut�t joyeuse et fr�missante, tandis que l�Adoration des Mages du m�me mus�e (provenant du � retable de Montforte �) respire la noblesse la plus raffin�e.</p><p>Le diptyque de Vienne, autre chef-d�oeuvre, est de dimensions r�duites (33 sur 23 cm pour chaque panneau).</p><p>Sur le volet gauche est repr�sent� le P�ch� originel, � droite la D�ploration du Christ, d�j� cit�e. Alors que, dans la premi�re sc�ne, Adam et �ve sont au milieu d�un paysage luxuriant, inond� de lumi�re, tout est tragique dans la seconde : neuf personnages douloureux, autour du Christ mort, dessinent une courbe qui monte vers la croix et le ciel assombri. Le drame humain �clate �galement dans la Dormition de la Vierge du Mus�e communal de Bruges, oeuvre que l�on attribue � la fin de la vie du peintre. Ici, la � gestualit� � path�tique des ap�tres contraste avec le caract�re paisible du visage de la Vierge et de la figure du Christ, qui appara�t dans une gloire de lumi�re.</p><p>L�influence du peintre fut grande � Gand, � Bruges et � Louvain ; on la sent chez G�rard David*, Quinten Mat-sys*, le Ma�tre de Moulins, et surtout chez les enlumineurs flamands de la fin du XVe s.</p><p>A. Z.</p><p>&amp; J. Destr�e, Hugo Van der Goes (Van Oest, 1914). / M. J. Friedl�nder, Die altniederl�ndische Malerei, t. IV : Hugo Van der Goes (Berlin, 1926). / V. Denis, Hugo Van der Goes (Elsevier, Bruxelles, 1956). / J. Lavalleye, Hugo Van der</p><p>Goes (Renaissance du livre, Bruxelles, 1962).</p><p>/ F. Winkler, Das Werk des Hugo Van der Goes (Berlin, 1964).</p><p>Van der Weyden</p><p>(Rogier)</p><p>Peintre hainuyer (Tournai v. 1400 -</p><p>Bruxelles 1464).</p><p>De son vrai nom Rogier de La Pas-</p><p>ture, on l�a appel� Roger de Louvain, Ma�tre Roger ou, pour les Italiens, Roger de Bruges avant que s�impose le nom actuel, traduction flamande de son patronyme. Des pi�ces d�archives le citent comme �l�ve de Robert Campin*. Ses oeuvres de jeunesse pr�sentent des similitudes ind�niables avec celles qu�on attribue � son ma�tre, et certaines identit�s de style ont donn� lieu � de multiples controverses.</p><p>C�est en 1432 qu�il re�oit la ma�trise de la gilde des peintres de Tournai.</p><p>D�s lors, sa notori�t� s�affirme et, en 1435, il est nomm� peintre de la ville de Bruxelles, o� il r�alise dans l�h�tel de ville la d�coration de la salle de la Justice. Nous connaissons cette oeuvre (d�truite probablement en 1695, lors du bombardement de Bruxelles) par les descriptions de Carel Van Mander et de D�rer, ainsi que par les tapisseries sur la Justice d�Archambault et de Trajan (mus�e des Beaux-Arts, Berne) tiss�es d�apr�s les panneaux de Van der Weyden.</p><p>En 1450, l�artiste se rend � Rome � l�occasion de l�ann�e sainte, proclam�e par le pape Nicolas V. On ne conna�t pas l�itin�raire de ce voyage et il n�existe aucune preuve qu�il ait travaill� � Ferrare, bien qu�il ait re�ut des commandes de la cour des Este. Il rentre � Bruxelles en 1452. Mari� en 1426, il eut plusieurs enfants dont l�un fut peintre, de m�me que l�un de ses petits-fils.</p><p>Il n�y a aucune oeuvre du ma�tre dont on puisse assurer l�authenticit� absolue, et les sp�cialistes sont d�ailleurs loin de s�entendre. Cependant, deux tableaux �chappent � toute discussion : la Descente de Croix (mus�e du Prado) et le Christ en Croix (Escorial). Ils forment une base pour l��tude stylistique de toute l�oeuvre. L�artiste n�ignore pas</p><p>les apports de Van Eyck*, mais, dans la Descente de Croix du Prado, il se d�-</p><p>gage de l�humanisme �sot�rique de ce dernier. Il ne situe pas les personnages dans un paysage symbolique, mais cr�e la profondeur par un fond dor� qui privil�gie le magnifique �quilibre de la composition et la fluide harmonie qui unit les protagonistes de la sc�ne.</p><p>Peintre religieux, comme ses</p><p>�mules de l��cole de Bruges, il les d�passe tous par un dramatisme puissant. Il n�glige les effets de couleur pour mettre l�accent sur les attitudes, domin�es par l�expression de la douleur. L�ordonnance de cette Descente de Croix a exerc� pendant longtemps une emprise consid�rable et il est �vident que certains peintres de l��cole de Cologne � tel le Ma�tre de saint Barth�lemy (Descente de Croix, Louvre)</p><p>� la connaissaient, probablement par un dessin. Van der Weyden a peint des Vierges tr�s douces et des sc�nes empreintes d�une pi�t� grave, mais elles p�lissent devant les figures d�sempar�es, toutes en larmes, qui assistent au drame du Christ. C�est l� qu�il est le plus personnel : Retable des sept sacrements, Anvers ; Triptyque du Calvaire, Vienne ; la Mise au tombeau, Offices, Florence ; Piet�, National Gallery.</p><p>Ces oeuvres s��cartent de celles, moins dramatiques, qu�on donne au</p><p>� ma�tre de Fl�malle � ou � Robert Campin ; tout en �tant proche de ce dernier, Van der Weyden semble</p><p>�chapper � l�influence de ses confr�res, sauf � celle de Jan Van Eyck dans Saint Luc dessinant la Vierge (Boston). Les portraits indiquent mieux leur diff�-</p><p>rence de temp�rament. Autant ceux de Van Eyck sont robustes et r�alistes sans fard, autant ceux de Van der Weyden baignent dans un climat serein et r�v�lent l�autre facette de sa nature, qui le fait proche de Robert Campin.</p><p>Les portraits d�hommes (l�Homme � la fl�che, Bruxelles ; Jean de Gros, Chicago) ne le c�dent en rien � ceux de femmes (Portrait d�une dame,</p><p>Washington ; id., Londres) pour leur gr�ce un peu r�veuse, mais on cher-cherait en vain � y d�couvrir une vie secr�te. Cette tendance id�aliste d�termine le caract�re de toute l�oeuvre. Les sc�nes religieuses sont toujours mar-</p><p>qu�es d�une certaine irr�alit� par les d�cors imaginaires, par l�abondance d��l�ments surnaturels et par une volont� d�aller au-del�. Une grande composition comme le Retable du Jugement dernier (h�tel-Dieu, Beaune) r�sume ce style.</p><p>Dans la mesure o� il est permis de l�approcher, Rogier Van der Weyden se place � la t�te de cette �cole flamande du XVe s. qu�il influence profond�ment downloadModeText.vue.download 155 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11366</p><p>et dont le centre se trouvait � Bruges, alors capitale des ducs de Bourgogne.</p><p>R. A.</p><p>F Campin.</p><p>&amp; M. J. Friedl�nder, Die Altniederl�ndische Malerei, t. II : Rogier Van der Weyden und der Meister von Fl�malle (Berlin, 1924). / J. Destr�e, Roger de la Pasture. Van der Weyden (Van Oest, 1931 ; 2 vol.). / E. Renders, Van der Weyden, Fl�malle, Campin. La solution du probl�me (Beyaert, Bruges, 1931). / H. T. Beenken, Rogier Van der Weyden (Munich, 1951). / M. Davies, Rogier Van der Weyden (Londres, 1972 ; trad.</p><p>fr., �d. Arcade, Bruxelles, 1973).</p><p>Van de Velde (les)</p><p>Famille de peintres n�erlandais qui comprend principalement : esaias, WILLEM le Vieux, adriaan et WILLEM le Jeune.</p><p>Esaias Van de Velde (Amsterdam</p><p>1590 ou 1591 - La Haye 1630).</p><p>Entre 1610 et 1618, il s�journe � Haarlem*, o� se poursuit une intense activit� picturale. Il devient ensuite peintre de la cour du prince Maurice Nassau � La Haye. D�abord peintre de genre et de sites urbains, il donne toute la mesure de son talent dans le paysage et se d�gage de l�ordonnance classique ch�re � Gillis Van Coninxloo (1544-1607), qui a probablement �t� son ma�tre. Gr�ce aux croquis et aux dessins qui pr�c�dent le travail en atelier, il inaugure une mani�re nouvelle fond�e</p><p>sur l�observation directe du motif, qu�il traduit avec une pr�cision sans faille ; il est responsable de l�apport r�aliste dans la peinture n�erlandaise. Pour la premi�re fois apparaissent ces ciels immenses de la plaine hollandaise, qui conf�rent une �tonnante ampleur � des oeuvres de dimensions modestes.</p><p>Les arbres, l�eau toujours pr�sente compl�tent ces visions qui retracent fid�lement le visage d�un pays. Le Bac (1622, Rijksmuseum, Amsterdam) est l�un des meilleurs exemples de cette conception picturale qui deviendra une tradition. Ses oeuvres tardives sont caract�ris�es par la fluidit� des touches et par une certaine monochrome que l�on retrouve chez son �l�ve Van Goyen*, qui poursuit brillamment la voie trac�e.</p><p>Willem Van de Velde dit le Vieux, fr�re du pr�c�dent (Leyde 1611 -</p><p>Londres 1693).</p><p>�tabli � Amsterdam depuis 1635,</p><p>puis � Londres � partir de 1673, o� il est peintre de la cour de Charles II, il est, comme son fr�re, un remarquable dessinateur. Peintre de marines, il y ajoute un aspect nouveau : le combat naval. Ses compositions, tr�s anim�es, �voquent les �pisodes des nombreuses batailles livr�es par les Hollandais aux Anglais. Il ne se permet aucune fantaisie. Chaque tableau est un document se r�f�rant � un combat, avec date � l�appui, et chaque �l�ment est rendu avec une pr�cision scrupuleuse : les vaisseaux avec tous leurs agr�s, les canons, les chaloupes, etc.</p><p>Adriaan Van de Velde, fils et �l�ve du pr�c�dent (Amsterdam 1636 - id.</p><p>1672).</p><p>� Haarlem, il a �t� �l�ve de Jan</p><p>Wynants (v. 1630-1684) et peut-�tre de Philips Wouwerman (1619-1668).</p><p>� l�inverse des grands paysagistes de son pays, qui r�duisent l�homme � un personnage minuscule ou le n�gligent tout � fait, il peuple ses compositions</p><p>� influenc�es par les pastorales italiennes � de nombreuses figures humaines et d�animaux proches de ceux de Paulus Potter (1625-1654). Mais, malgr� une parfaite ma�trise technique, aucun accent personnel n��mane de ses paysages aux lumi�res nacr�es.</p><p>Willem Van de Velde dit le Jeune, fr�re du pr�c�dent (Leyde 1633 -</p><p>Londres 1707).</p><p>�l�ve de son p�re et de Simon de</p><p>Vlieger (v. 1600 - 1653), il travaille d�abord � Amsterdam, puis � Londres (1673), o� il devient, comme son p�re, peintre de la cour du roi d�Angleterre Charles II (1677). Sur ordre des �tats g�n�raux de Hollande, il accompagne la flotte hollandaise et assiste � de nombreux combats navals, dont il fait de remarquables croquis. Ces dessins, o� se m�lent souvent le crayon et le lavis, ont une puissance d��vocation sup�rieure � celle des tableaux, plus m�ticuleux. Les d�tails, sans y �tre n�glig�s, se fondent dans des �vocations �tonnantes, o�, avec un minimun de moyens, apparaissent des navires pouss�s par le vent sur une mer tant�t d�mont�e, tant�t calme miroir, � peine rid�e. Plus imaginatif et plus divers que son p�re, abandonnant parfois le combat naval pour la simple marine, Willem Van de Velde le Jeune y fait preuve de la m�me volont� documentaire, mais il affectionne alors les ciels � l�horizon incertain, dont il rend admirablement l�atmosph�re et les lumineuses subtilit�s.</p><p>R. A.</p><p>&amp; K. Zoege von Manteuffel, Die K�nstlerfami-lie Van de Velde (Bielefeld, 1927). / H. P. Baard, Willem Van de Velde de Onde, Willem Van de Velde de Jonge (Amsterdam, 1942).</p><p>Van de Woestijne</p><p>(Karel)</p><p>�crivain belge (Gand 1878 - Zwi-</p><p>jnaarde 1929).</p><p>Les premiers vers de Van de Woes-</p><p>tijne attir�rent rapidement l�attention. Les circonstances s�y pr�taient ; Bruxelles participait au mouvement europ�en, aussi bien dans le domaine de l�architecture (H. Van de Velde), de la peinture (J. Ensor) que dans celui de la litt�rature, repr�sent�e par la revue la Jeune Belgique, d�expression fran�aise, et par Van Nu en Straks (Aujourd�hui et demain), de langue n�erlandaise, � laquelle collabora Van</p><p>de Woestijne d�s 1897. N� � Gand dans une famille de commer�ants ais�s, le jeune Karel, pr�coce et solitaire, sait lire � l��ge de trois ans et d�vore bient�t tout ce qu�il trouve dans la biblioth�que familiale, ne prenant que rarement part aux jeux de ses jeunes fr�res.</p><p>Il fait de bonnes �tudes de philologie germanique � l�universit�, se lie d�amiti� avec Stijn Streuvels (1871-1969) et Herman Teirlinck (1879-1967) et se tourne, contrairement � ses compatriotes Maeterlinck et Verhaeren, vers la langue n�erlandaise. Il passe en compagnie de son fr�re Gustave (1881-1947), qui est peintre, cinq ans � Sint-Martens-Latem, rendez-vous de nombreux artistes. Par la suite, il conna�tra quelques avatars : journaliste, fonctionnaire au minist�re des Beaux-Arts, il enseignera la litt�rature n�erlandaise � l�universit� de Gand pendant les derni�res ann�es de sa courte vie, apparemment sans relief, sans conflits, mais int�rieurement tourment�e et d�-</p><p>sesp�r�e. Les po�mes publi�s en 1903</p><p>par Van de Woestijne sont accueillis par un vaste public. Pench� sur son �tat d��me, incapable d�agir, l�auteur exprime sa lassitude, son angoisse et la lutte continuelle entre la sensualit� et l�esprit qui se livre en lui, dans Het vaderhuis (la Maison paternelle). Ces confessions symboliques sont drap�es dans une langue lourdement rythm�e et raffin�e o� se trouvent de nombreuses tournures et expressions flamandes qui en augmentent encore la musicalit�, n�e du jeu des consonnes, mais aussi des voyelles sourdes, violentes ou chaudes. Prisonnier du d�sir maladif de constater sa propre d�cadence, Van de Woestijne en est �cras�. Il supplie Dieu dans ses pri�res de lui �pargner le r�veil du lendemain, la mort �tant la seule issue. Quelques rares moments de s�r�nit� et de bonheur naturel (De gul-den schaduw [l�Ombre dor�e, 1910]) sont suivis d�une d�tresse plus grande encore. Ces sentiments font peu � peu place � une spiritualit� grandissante, presque mystique, dans De modderen man (l�Homme de boue, 1920), God</p><p>aan zee (Dieu devant la mer, 1926) et Het bergmeer (le Lac de montagne, 1928), o� le po�te atteint le sommet de son art, se rapprochant de la divinit� au prix d�efforts surhumains, formant un contraste saisissant avec Gezelle*,</p><p>dont la foi �tait simple et paisible. La po�sie �pique de Van de Woestijne : Interludi�n (Interludes, 1912-1914), Zon in den rug (le Soleil dans le dos, 1924), traite de sujets mythologiques dans un style dense qui rappelle l��ge d�or des rh�toriqueurs et l��clat de la Renaissance. Sa prose, selon certains sup�rieure aux po�mes, est d�inspiration biblique, folklorique ou symbolique dans Goddelijke verbeeldingen (Imaginations divines, 1908) et De bes-tendige aanwezigheid (la Continuelle Pr�sence, 1918), frappante par sa simplicit� extr�me dans De boer die sterft (le Paysan qui meurt), qui est une version modernis�e de l�Elckerlijc m�di�-</p><p>val. Ce r�cit renferme quelques-unes des plus belles pages de la litt�rature flamande. �vitant tout d�tail accessoire, tout �l�ment superflu, l�auteur montre le paysan dans sa solitude face � la mort. Devant ses yeux se pr�sentent les joies que ses cinq sens lui ont procur�es pendant la vie, les femmes qu�il a aim�es. Une remarquable adaptation de l�Iliade, un roman commenc� en collaboration avec Herman Teirlinck et finalement achev� par Van de Woestijne en 1928, De leemen torens (les Tours d�argile), soulignent la diversit� du talent de l��crivain. �galement critique d�art et de litt�rature, il se r�v�le une personnalit� de premier rang, un connaisseur objectif et subtil : Kunst en geest in Vlaanderen (l�Art et l�esprit en Flandre, 1911) est un recueil de critiques contenant d�une part des articles sur diff�rents personnages flamands, dont Verhaeren, d�autre part des �l�-</p><p>ments autobiographiques d�o� ressort la forte attraction qu�exerce la mer sur l�auteur, force purificatrice d�j� apparue dans l�Ombre dor�e. L��crivain Albert Kuyle (1904-1958) dira � la mort de Van de Woestijne, rendant hommage � sa sombre splendeur : � Ne downloadModeText.vue.download 156 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11367</p><p>lui �rigeons pas de statue, donnons son nom � un fleuve. �</p><p>W.-H. B.</p><p>&amp; M. Gijsen, Karel Van de Woestijne (Anvers,</p><p>1921). / U. van de Voorde, Karel Van de Woestijne (Bruxelles, 1934).</p><p>Van Doesburg</p><p>(Theo)</p><p>F STIJL (De).</p><p>Van Dyck</p><p>(Antoine)</p><p>En n�erlandais antoon van dijck,</p><p>peintre flamand (Anvers 1599 -</p><p>Londres 1641).</p><p>Le plus grand peintre flamand du</p><p>XVIIe s. apr�s Rubens*, et le plus europ�en, familier des princes, choy� par l�aristocratie internationale, Van Dyck dut au portrait une gloire rapide, qui ne s�est jamais ternie. Mais cet aspect majeur ne doit pas faire oublier que sa br�ve carri�re comporte une part importante d�autres oeuvres, religieuses et profanes : elle est aussi f�conde que pr�coce.</p><p>Fils d�un commer�ant en soieries</p><p>d�Anvers dont la nombreuse famille vit dans l�aisance, Van Dyck ne fait que des �tudes �l�mentaires ; mais, � dix ans, il entre comme apprenti chez Hendrik Van Balen (1575-1632), un peintre polyvalent, qui avait s�journ� � Venise. � quatorze ans, il signe un Portrait de vieillard (collection Del Monte, La Haye) d�une p�te savoureuse, d�une surprenante ma�trise, et quelques mois plus tard son Autoportrait, gracile, fier et r�veur (Acad�mie des Beaux-Arts de Vienne). �</p><p>dix-huit ans, avant d�avoir le titre de ma�tre (qu�il obtient en 1618), il dirige, en dehors de la maison familiale, un libre atelier de camarades qui produit et vend en s�rie des bustes d�ap�tres � la mani�re de Rubens : solides �tudes d�apr�s nature, souvent truculentes, parfois d�une m�lancolie pensive.</p><p>OEuvres religieuses (le Saint Martin charmant de l��glise de Saventhem, le Couronnement d��pines du Prado � Madrid, etc.) ou mythologiques (Sil�ne ivre des Mus�es royaux de Bruxelles) lui assurent vite l�ind�pendance mat�-</p><p>rielle. Avec Rubens, son illustre a�n�, il entretient des relations amicales : sans avoir �t� son �l�ve, il travaille pour lui, reprenant en petit format, � l�usage des</p><p>graveurs, certaines grandes compositions du ma�tre � avec une perfection technique qui explique l�incertitude de certaines attributions.</p><p>Une faveur croissante semble �</p><p>l�origine de son expatriation. Thomas Howard, comte d�Arundel, mar�chal de Jacques Ier d�Angleterre et amateur d�art passionn�, veut s�attacher le jeune peintre comme conseiller technique pour ses achats. Van Dyck se rend � Londres au d�but de 1621, obtient une pension du roi et part pour l�Italie, o� il doit accompagner la comtesse d�Arundel. Accueilli � G�nes en novembre par des compatriotes, peintres et marchands, les fr�res de Wael, il passe par Rome � o� il fait le portrait du cardinal Bentivoglio � pour rejoindre sa protectrice � Venise. Il la suit � Mantoue, � Milan, � Turin, puis apr�s son d�part s�installe � G�nes, o� il devient le peintre pr�f�r� de l�aristocratie.</p><p>Apr�s un voyage � Palerme (1624)</p><p>�court� par la peste, suivi d�un s�jour � Rome � mais � les �tudes s�rieuses ne lui agr�ent pas �, selon Joachim von Sandrart �, il demeure � G�nes jusqu�en 1627.</p><p>Revenu � Anvers, il y d�ploie pendant cinq ans une activit� intense, peignant de grands tableaux religieux pour les �glises de la ville et de la r�gion (Gand, Termonde, etc.) et des portraits de toute la soci�t� anversoise. Il met en train une grande Iconographie � cent portraits, souvent � imaginaires �, de personnages illustres � qui sera grav�e d�apr�s ses grisailles.</p><p>Il conserve, cependant, le contact avec Londres, et r�pond en 1632 � l�appel du roi Charles Ier. Peu apr�s son arriv�e, le voici � peintre principal � du roi, aux appointements de 200 livres, et chevalier. Le grand architecte Inigo Jones est charg� d�installer la maison de � sir Anthony Van Dyck � � Black-friars, le roi et la reine visitent souvent son atelier.</p><p>Adopt� par la soci�t� londonienne, que s�duisent sa distinction et son am�-</p><p>nit� � mais conciliant les distractions mondaines avec un travail acharn� �, Van Dyck semble bien fix� en Angleterre : il y �pousera Mary Ruthven en 1640. H�las, la guerre civile �loigne la</p><p>Cour et tarit le Tr�sor : l�artiste, dont la pension et les ouvrages ne sont plus pay�s, cherche d�autres m�c�nes ; � la mort de Rubens (mai 1640), il esp�re h�riter de ses commandes d�coratives.</p><p>Il se rend � Anvers � qu�il n�avait revu qu�une fois en 1634 et o� il est f�t� par la corporation des peintres</p><p>�, prospecte la cour de l�infant � Bruxelles, puis celle de France : il est � Paris au d�but de 1641. Mais sa sant�, qui laissait � d�sirer, empire brusquement. Il regagne Londres pour assister � la naissance de sa fille, faire son testament, et mourir le jour du bapt�me...</p><p>Ainsi s�ach�ve, brutalement, le</p><p>destin de ce � prince charmant � qui a brill� dans tous les genres de la peinture, sans oublier les eaux-fortes, peu nombreuses, mais admirables de libert� et de luminosit� (Christ au roseau, Lucas Vorsterman), ni ces dessins, dont l��tude est r�cente, parmi lesquels se d�tachent de remarquables paysages (British Museum).</p><p>Les compositions</p><p>religieuses et</p><p>mythologiques</p><p>Van Dyck se situe certes dans l�orbite de Rubens, comme tous les Flamands de son si�cle, mais il n�est pas son satellite. Comme lui essentiellement coloriste et dou� d�une touche ample et spontan�e, il reprend souvent les th�mes et les compositions du ma�tre (Calvaire de Saint-Michel de Gand et Coup de lance de Rubens), comme il le fait avec Titien* dans le Couronnement d��pines du Prado ou le Jupiter et Antiope de Gand. Mais Van Dyck conserve toujours son timbre propre : moins humaniste et universel que Rubens, il est aussi moins d�bordant de vie, moins muscl� : son art est plus nerveux, son chant plus discret.</p><p>M�me dans les grands tableaux</p><p>d�autel de la seconde �poque anversoise (Madone du rosaire de Palerme, achev�e apr�s le retour d�Italie, Extase de saint Augustin de Saint-Augustin d�Anvers, Adoration des bergers de Notre-Dame de Termonde, etc.), les ordonnances restent plus simples et paisibles que chez Rubens. Et, surtout,</p><p>Van Dyck r�pugne � la violence, fuit la cruaut� des supplices (le placide Martyre de saint Jacques de Valenciennes).</p><p>S�il conserve l�emphase baroque, c�est sur un mode plus �l�giaque que dramatique. Ses chefs-d�oeuvre religieux sont ces Vierges de piti� du mus�e des Beaux-Arts d�Anvers, aux courbes</p><p>suaves, aux gestes savamment ryth-m�s dans une lumi�re de cr�puscule, et ces � Intimit�s chr�tiennes � aux accords moelleux de bleus, d�ocres et de carmin, o� la Vierge se penche sur l�Enfant avec une tendresse inqui�te (Vierge � la cr�che de la galerie Cor-sini � Rome) : Van Dyck annonce</p><p>Murillo* � si ce n�est parfois l�Italien Carlo Dolci (1616-1686). Dans l�ordre profane, les nus sont moins opulents, plus voil�s (Renaud et Armide, Louvre) que ceux de Rubens ; les paroxysmes font d�faut (Mort de Cl�op�tre, Sibiu, Roumanie).</p><p>Les portraits</p><p>C�est dans les centaines de portraits peints durant toute sa carri�re que Van Dyck se r�v�le le mieux : par le choix savant des poses, d�une �l�gance sans appr�t ; par l�art de donner une valeur expressive aux harmonies s�v�res ou chatoyantes du costume, aux coiffures, aux collerettes... ; par la p�n�tration psychologique qui d�finit, au moyen de la silhouette, du regard, des mains nerveuses, milieux sociaux, caract�res et go�ts.</p><p>Van Dyck a pratiqu�, avec une �gale ma�trise, trois types de portraits qui correspondent, en gros, aux trois �tapes de sa maturit�. Les portraits peints en Italie sont en majorit� de grands tableaux d�coratifs sur fond d�architecture ou de rideaux : � la splendide symphonie de rouges du Cardinal</p><p>Bentivoglio (Florence, palais Pitti) succ�de la galerie des portraits en pied de l�aristocratie g�noise, guerriers, dignitaires v�tus de noir, dames pleines de r�serve donnant la main � leurs enfants.</p><p>Van Dyck a d�couvert les portraits peints quinze ans plus t�t � G�nes par Rubens ; il en a tir� profit, avec plus de souplesse et de vari�t� � mettant l�accent sur l��l�gance des mains, pr�-</p><p>sentant ses mod�les, pour les grandir, comme s�il les voyait en contrebas</p><p>�, mais en usant des m�mes grandes masses de couleur, o� les dominantes noires et rouges s�opposent souvent.</p><p>Les portraits d�Anton Brignole-Sale � cheval (G�nes), de Thomas Carignan (Turin), de la Dame g�noise avec sa fille (Bruxelles) sont, entre autres, de magnifiques exemples du genre.</p><p>Les portraits anversois, particuli�rement nombreux dans les ann�es 1627-1632, sont presque toujours en buste ; la sobri�t� pr�domine dans le v�tement, o� noirs et gris tiennent un r�le majeur.</p><p>� c�t� des dignitaires espagnols et des eccl�siastiques, les plus nombreux sont des bourgeois, familiers du peintre, amis (Jan de Wael et sa femme � Munich), coll�gues (les peintres Marten Pepyn � Anvers, Gaspar De Crayer � Munich, le sculpteur Fran�ois Duques-noy � Bruxelles, le musicien Henri Liberti au Prado) � d�tendus, cor-diaux, avec une note de bonhomie qui n�exclut pas la distinction.</p><p>La p�riode anglaise para�t plus in�-</p><p>gale, avec une surproduction quelque-downloadModeText.vue.download 157 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11368</p><p>fois h�tive. Mais elle apporte une note et des recherches nouvelles, un raffinement accru. Van Dyck semble avoir trouv� son climat d��lection dans cette cour libre et d�contract�e, nerveuse, sportive ; il n�y voit que de beaux cavaliers et des jeunes femmes romanesques. Les portraits royaux � dont les plus �blouissants sont la � grande pi�ce �, Charles Ier, la reine Henriette d�Angleterre et leurs enfants (collection de la reine �lisabeth), et le fameux Charles Ier � la chasse du Louvre �, ceux de gentilshommes debout ou</p><p>assis, avec de fr�quentes �chapp�es sur un paysage, les couples de figures en buste (Van Dyck et sir Endymion Porter, Prado), les gracieuses jeunes femmes (Mary Ruthven en robe bleue, Prado), toutes ces oeuvres captent l�instant, � sauvent � l��ph�m�re avec la m�me intensit� que les portraits de V�lasquez*. La palette de blancs, gris d�argent, grenats, jaunes, �claircie par le jeu d��toffes velout�es, les ombres</p><p>chaudes, le recours aux fonds de paysage en clair-obscur donnent � certains Van Dyck de Londres une subtilit� myst�rieuse. On comprend la s�duction exerc�e par le peintre, par son aisance, sa gr�ce parfois teint�e de m�lancolie, m�me s�il ne peut rivaliser avec Rubens comme cr�ateur de formes et de mythes.</p><p>Aussi son influence � internationale comme sa carri�re � fut-elle rapide et durable. Il domine l��cole espagnole de la seconde moiti� du si�cle : Murillo est son tributaire et plus encore les peintres madril�nes, Carre�o* et tous les portraitistes. Mais il est surtout le v�ritable fondateur de l��cole anglaise, le cr�ateur de cette peinture aristocratique dont Reynolds* et Gainsborough* seront les h�ritiers.</p><p>P. G.</p><p>&amp; L. Cust, Anthony Van Dyck. An Historical Study of his Life and Work (Londres, 1900). /</p><p>G. Gl�ck, Van Dyck, des Meisters Gem�lde (Stuttgart et Leipzig, 1931). / M. Mauquoy-Hendrickx, l�Iconographie d�Antoine Van Dyck (Palais des acad�mies, Bruxelles, 1956 ; 2 vol.).</p><p>/ L. Van Puyvelde, Van Dyck (Elsevier, 1959).</p><p>/ H. Vey, Die Zeichnungen Anton Van Dycks (Bruxelles, 1962 ; 2 vol.). / P. Didi�re, Antoine Van Dyck (Meddens, Bruxelles, 1969).</p><p>Van Eyck</p><p>Peintre(s) flamand(s) du XVe s.</p><p>Le probl�me</p><p>de Hubert Van Eyck</p><p>Le pluriel � les Van Eyck � est-il de mise ? Les controverses n�ont pas manqu�. Hubert a �t� trait� de � personnage de l�gende � par �mile Renders, et les arguments de ce dernier sont troublants. Certes, il a exist� un Hubert Van Eyck, on admet qu�il fut peintre, mais �tait-il comme on l�a cru longtemps le fr�re a�n� de Jan et son devancier, c�est-�-dire le premier grand ma�tre de l��cole flamande ?</p><p>L�inscription qui, sur le retable de l�Agneau mystique de Gand, lui attribue le commencement de l�ouvrage</p><p>semble n��tre pas originale. Quant au po�me de Lucas de Heere (1534-1584) consacr� au c�l�bre retable, il date de</p><p>1565, et aucun de ceux qui ont parl� des peintres flamands avant cette date, � commencer par Cyriaque d�Anc�ne (1391-1452), n�ont jamais fait mention d�Hubert. Des discussions, souvent passionn�es, n�ont pas r�ussi � r�soudre le probl�me. Si quelques d�-</p><p>tails biographiques ont pu �tre r�unis sur Hubert van Eyck, qui serait mort � Gand en 1426, les oeuvres qui lui furent attribu�es ne rel�vent que d�un ensemble de d�ductions et de conjec-tures. Jusqu�� nouvel ordre, et malgr� le monument gantois �lev� en l�honneur des deux fr�res, Jan est le seul dont une bonne partie de l�oeuvre soit connue, lib�r�e de toute hypoth�se. Il a en effet sign� et dat� une dizaine des panneaux qui nous sont parvenus, les autres lui �tant attribu�s avec plus ou moins de certitude. Seul de l��poque � proc�der ainsi, il les a parfois marqu�s d�une devise : � Als ich kan �, que l�on peut traduire par � De mon mieux �.</p><p>Jan Van Eyck</p><p>(Maeseyck ? v. 1390 - Bruges 1441).</p><p>S�il semble �tre originaire du Limbourg, qui, � l��poque, relevait des princes-�v�ques de Li�ge, on ne sait o� se situe sa formation. Entr� au service de Jean de Bavi�re, futur comte de Hollande et pr�c�demment prince de Li�ge, il s�journe au palais de La Haye d�octobre 1422 � septembre 1424</p><p>et y ex�cute diff�rents travaux dont la trace est perdue. Le 19 mai 1425, il est nomm� � varlet de chambre de Monsei-gneur le duc de Bourgogne �. Philippe le Bon devait conna�tre non seulement l�artiste, mais aussi l�homme. D�s le mois d�ao�t 1426, il charge en effet celui-ci, �tabli � Lille, d�une mission secr�te qui prendra plusieurs mois.</p><p>L�ann�e suivante, nouvelle mission, avec un passage � Tournai. Le retour se fait en 1428. Cette m�me ann�e, Van Eyck s�embarque pour le Portugal avec les ambassadeurs du duc, charg�s d�y aller demander la main d�Isabelle de Portugal. Et, selon la mode du temps, il peint le portrait de la princesse et l�ex-p�die au duc. � son retour, il se fixe � Bruges, et s�y marie. En 1432, il ach�te une maison, y re�oit la visite du magistrat de Bruges et celle de Philippe le Bon, qui, en 1434, sera le parrain de</p><p>son premier enfant. Le duc lui confie une nouvelle mission secr�te en 1436</p><p>et sa vie s�ach�ve le 9 juillet 1441. On est frapp� du double aspect de cette vie. Bourgeois fastueux, Jan Van Eyck a d� faire montre de s�rieuses qualit�s diplomatiques pour jouir pendant tant d�ann�es de la confiance de Philippe le Bon. D�autre part, le contraste est grand entre l�oeuvre du peintre et le milieu.</p><p>La cour de Bruges �tale un luxe ma-ni�r� ; c�est le cr�puscule brillant d�une �poque. L�art de Jan Van Eyck �chappe � ce climat et ouvre des voies nouvelles. Aux Pays-Bas, tout comme en France, la peinture se manifeste en premier lieu dans les manuscrits, souvent enlumin�s d�une mani�re admirable, mais relevant d�un art de cour empreint de pr�ciosit�. Aussi bien reconna�t-on la main de Van Eyck (v. 1420-1425) dans plusieurs miniatures des Tr�s Belles Heures de Notre-Dame, dites</p><p>� Heures de Turin � (Museo Civico, Turin), commenc�es au d�but du si�cle par d�autres artistes pour Jean de Berry. Mais le peintre, chez Van Eyck, d�passe le miniaturiste. Non seulement il va travailler sur des panneaux de bois, mais il trouvera le moyen d�int�-</p><p>grer aux traditionnelles couleurs � la d�trempe un liant qui en augmente la brillance et la solidit�. L�effet est tel que l�artiste passera pour avoir invent� la peinture � l�huile (affirmation de Vasari*), ce qui est inexact. Mais nombre d�artistes se rendront � Bruges pour assimiler le nouveau proc�d�. Philippe le Bon, qui se veut le grand-duc d�Occident, ne demande qu�� les accueillir.</p><p>Ainsi se cr�e avec Hans Memling*, G�rard David*, Petrus Christus une �cole de Bruges* dont Jan Van Eyck reste le ma�tre incontest�.</p><p>La premi�re oeuvre (1432) par la-</p><p>quelle il s�impose � l�attention, le retable de l�Agneau mystique (cath�drale Saint-Bavon, Gand), a une histoire mouvement�e. Longtemps disperse,</p><p>il fut recompos� par le trait� de Versailles, puis amput� par vol de quatre panneaux, dont deux furent r�cup�r�s.</p><p>Ouvert, le polyptyque pr�sente deux registres : le registre sup�rieur, compos� de sept panneaux ; l�inf�rieur, de cinq. L�ensemble ne peut se comprendre sans faire appel � des liaisons</p><p>d�ordre mystique, qui ont donn� lieu � plus d�une ex�g�se : l�oeuvre est � ce point charg�e de symboles que l�intervention d�un th�ologien est tenue pour probable dans l��tablissement de son programme. Les personnages du haut sont de grandeur naturelle, alors que ceux du bas sont notablement plus petits. En haut, la figure centrale, repr�-</p><p>sentant Dieu en sa gloire, a fait l�objet de discussions entre les partisans du P�re et ceux du Fils. � ses c�t�s, la Vierge, saint Jean-Baptiste, des anges musiciens et deux nus � Adam et �ve</p><p>�, premiers mod�les du genre dans la peinture flamande. En dessous, l�Adoration de l�Agneau mystique, flanqu�e d�un c�t� des juges int�gres et des chevaliers du Christ, de l�autre des ermites et des p�lerins. Le retable ferm�, le revers des volets montre dans la partie sup�rieure, en grisaille, une Annonciation, deux proph�tes et deux sibylles ; en dessous, encadrant les deux saints Jean trait�s en grisaille, telles des statues, les portraits des donateurs, Joos Vijd et sa femme.</p><p>L�oeuvre est peinte avec une calme ma�trise. Van Eyck n�a rien d�un mystique, il ne recherche aucune id�alisation. Un visage d�homme sans carac-t�re lui suffit pour incarner Dieu, que seuls sa couronne et son riche manteau servent � distinguer du simple mortel.</p><p>Son Adam et son �ve sont banals : ce sont les mod�les qui ont pos� devant lui.</p><p>La Vierge, qu�il a repr�sent�e maintes fois, est toujours une jeune Flamande telle qu�on la rencontre encore de nos jours. Le surnaturel n�entame en rien son r�alisme foncier. Dans un de ses tableaux les plus c�l�bres, la Vierge du chanoine Van der Paele (1436, Mus�e communal, Bruges), le donateur se trouve agenouill� � c�t� de la Vierge assise sur un tr�ne, cependant que son patron, saint Georges, arm� de pied en cap, salue. De l�autre c�t�, saint Do-natien, mitre et charg� d�objets d�or, regarde la sc�ne. Tout est net et pr�-</p><p>cis. Une robe vaut un visage, un tapis n�est pas inf�rieur � une main. Dans la Vierge du chancelier Rolin (mus�e du Louvre), celui-ci, tout agenouill� qu�il soit, se trouve au m�me niveau que la Vierge, dont seule la couronne, qu�un ange tient au-dessus de sa t�te, indique le caract�re divin. C�est une</p><p>jeune femme pensive tenant l�enfant sur ses genoux. Une �chapp�e, par-del� les arcades qui ferment la pi�ce, permet de voir un vaste paysage, peint avec la m�me pr�cision attentive. L��motion n�est pas le fait de Jan Van Eyck. Certaines oeuvres, de petites dimensions, ont pourtant une po�sie ind�niable. Le petit panneau de la Vierge � la fon-downloadModeText.vue.download 158 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11369</p><p>taine (1439, mus�e des Beaux-Arts d�Anvers) est d�une gr�ce prenante, et la Sainte Barbe devant une �glise en construction, peinte en cama�eu brun (1437, Anvers), frappe par sa spiritualit� autant que par son audace monumentale (v. cath�drale).</p><p>Beaucoup d�oeuvres sont b�ties sur un motif central qui souligne la sym�-</p><p>trie de la composition et leur conf�re cette calme ordonnance dont l�artiste ne se d�partit gu�re. S�il traite des sujets dramatiques, et il le fait rarement, il �vite les grands mouvements et se borne � l�expression de la douleur d�une mani�re un peu forc�e : le Calvaire (mus�e de Berlin-Dahlem), les Trois Marie au Tombeau (mus�e Boymans-Van Beuningen, Rotterdam), � la perspective encore h�sitante. Il est nettement plus � son aise dans les sc�nes paisibles, tel Saint Fran�ois recevant les stigmates (galerie Sabauda, Turin).</p><p>Le portrait tient une place consid�-</p><p>rable dans l�oeuvre eyckienne, et m�me les compositions religieuses en offrent quelques exemples remarquables. Le peintre scrute les visages avec un sens aigu de l�observation, et le r�sultat est sans doute d�une v�rit� implacable. Le premier portrait connu, le Tymotheus (1432, National Gallery, Londres), est d�une insignifiance totale : c�est l�image d�un ben�t. L�Homme au turban rouge (1433, ibid.), par contre, frappe par son caract�re d�cid�, son expression froide et distante. Ce caract�re sera plus accentu� encore dans le portrait d�un chevalier de la Toison d�or, Baudouin de Lannoy, d�une morgue insolente (Berlin, Stiftung</p><p>Staatliche Museen). En revanche, le Cardinal Albergati (Kunsthistorisches Museum, Vienne) est un vieillard</p><p>paisible, et l�Orf�vre du mus�e de Bucarest a l�air plus candide que son confr�re Jan de Leeuw (1436, Vienne).</p><p>Un seul portrait de femme : l��pouse de l�artiste, Margareta (1439, Bruges), d�un abord peu chaleureux avec ses l�vres serr�es. � citer � part, le double portrait des �poux Arnolfini (1434, National Gallery, Londres), peut-�tre le premier exemple d�un portrait en pied, et surtout d�une sc�ne d�int�rieur profane. La qualit� picturale, la beaut� du registre chromatique, le myst�re des objets quotidiens (avec cette image des t�moins refl�t�e dans un petit miroir) ajout� � la s�v�rit� des attitudes, le r�le actif, enfin, de la lumi�re tamis�e qui unifie toute la composition magnifient ce chef-d�oeuvre inaugural d�di� � l�intimit� bourgeoise.</p><p>Dans les tableaux religieux, le caract�re dur du chancelier Rolin contraste avec l�air bonasse du chanoine Van der Paele, et personne ne croira � l�intelligence de Joos Vijd, l�homme qui commanda le retable de l�Agneau mystique.</p><p>Ce r�alisme puissant fait la grandeur de Van Eyck. Gr�ce � son dessin pr�-</p><p>cis soutenu par un coloris dense, gr�ce � l�attention qu�il porte � la r�alit� de l�espace et de la lumi�re, il impose une nouvelle image du monde. L�homme se trouve confront� avec lui-m�me, avec les aspects de sa vie. Malgr� le petit nombre d�oeuvres qui nous restent pour juger l�artiste, l�opinion de ses contemporains est pleinement justifi�e : Jan Van Eyck est le plus grand peintre de l��cole flamande du XVe s.</p><p>R. A.</p><p>&amp; E. Renders, Jan Van Eyck, son oeuvre, son style, son �volution et la l�gende d�un fr�re peintre (Beyaert, Bruges, 1935). / C. de Tolnay, le Ma�tre de Fl�malle et les fr�res Van Eyck (la Connaissance, Bruxelles, 1938) ; le Retable de l�Agneau mystique des fr�res Van Eyck (la Connaissance, Bruxelles, 1938). / L. Baldass, Jan Van Eyck (Londres, 1952). / P. Coremans, l�Agneau mystique. Au laboratoire (�d. de Sik-kel, Anvers, 1953). / J. Bruyn, Van Eyck Pro-blemen (Utrecht, 1957). / S. Thalheimer, Der Gentner Altar (Munich, 1967). / G. T. Faggin, L�Opera completa dei Van Eyck (Milan, 1968 ; trad. fr. Tout l�oeuvre peint des fr�res Van Eyck, Flammarion, 1968).</p><p>Van Gogh</p><p>(Vincent)</p><p>Peintre n�erlandais (Groot-Zundert 1853 - Auvers-sur-Oise 1890).</p><p>L�image du g�nie fou et malheureux, qui flatte une certaine id�e de l�art et des artistes, a trouv� en Van Gogh une de ses incarnations les plus convaincantes. Sa vie, tragique et br�ve, a �t� transform�e en mythe par une abondante litt�rature. Il est vrai que, n� d�un p�re pasteur et d�une m�re port�e vers les lettres et les arts, il va tenter, dans la religion d�abord, puis dans la peinture, de se r�aliser avec une intensit� douloureuse et violente jusqu�au paroxysme.</p><p>Apr�s une enfance taciturne et</p><p>r�veuse, il doit d�s 1869 se mettre au travail et trouve un emploi, � La Haye, puis � Londres et � Paris, chez un marchand d�art qui le renvoie en 1876. Il se sent appel� � une plus haute, mais aussi plus dure mission : il se met au service d�un pasteur d�un quartier populaire de Londres, puis, apr�s s��tre essay� aux �tudes th�ologiques, il est envoy� downloadModeText.vue.download 159 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11370</p><p>comme �vang�liste dans le Borinage, aupr�s des mineurs. Poussant le d�-</p><p>vouement jusqu�� l�extr�me sacrifice, il atteint le fond de sa crise int�rieure lorsqu�il doit renoncer, d�sapprouv� par l��glise (1879). Il r�investit alors toute son �nergie dans le dessin, cherchant � travers portraits, paysages et natures mortes la v�rit� sur l�homme et sur sa condition d�sesp�rante.</p><p>Les d�buts, 1880-1885</p><p>Il commence son apprentissage d�artiste avec confiance, aid� financi�rement et moralement par son fr�re Th�o (1857-1891), avec lequel il entretien-dra une correspondance exception-</p><p>nelle tant par son abondance que par ce qu�elle r�v�le sur sa sensibilit�, ses pens�es, son existence et sa mani�re de travailler. Outre l��tude de recueils de gravures et d�ouvrages techniques, il copie des oeuvres de Millet* et en reprend sans cesse les th�mes (le se-meur), s�initie � l�art des ma�tres flamands et hollandais et aux lois de la perspective, dessine d�apr�s nature (chez ses parents, � Etten, en 1881) des paysages, des instruments agricoles, des ateliers d�artisans et des portraits.</p><p>Mais cette ardeur au travail est fonction d�une d�tresse grandissante : apr�s un cruel �chec sentimental avec sa cousine Kee, une violente altercation avec son p�re (No�l 1881) et son d�part pour La Haye (o� un parent, le peintre Anton Mauve [1838-1888], l�initie � la peinture � l�huile), il conna�t une liaison avec une prostitu�e, incarnation � ses yeux du d�classement qui correspond � sa propre volont� de rupture ; pass�e la p�riode d�enthousiasme, l�aventure s�ach�ve en 1883 dans la solitude, au coeur de la r�gion sauvage de la Drenthe, puis, � l�approche de l�hiver, chez ses parents � Nuenen.</p><p>L�, il reprend ses lectures, Zola* particuli�rement, et son travail, dans des figures de paysans, des s�ries de sc�nes avec personnages (tisserands pench�s dans la p�nombre sur leur m�tier) et des natures mortes. Par les th�mes, la</p><p>composition, le go�t des d�tails et aussi celui des volumes d�finis par des �clairages brutaux, il retrouve l�h�ritage du r�alisme hollandais (les Mangeurs de pommes de terre, 1885, mus�e national Vincent Van Gogh, Amsterdam). Mais bient�t, sous l�influence de Rembrandt et de Hals, de Delacroix, de Chardin (qu�il rapproche de Vermeer) et surtout de Rubens (d�couvert � Anvers en 1885), le probl�me de la couleur devient primordial pour le jeune homme : il �claircit sa palette, assouplit sa facture et, dans le m�me temps, privil�gie le portrait.</p><p>Cependant, c�est � Paris qu�il peut trouver, outre la pr�sence fraternelle de Th�o, qui le rassure, un climat d�effervescence artistique qui le stimulera de fa�on d�cisive. Il y arrive, d�j� d�gag� des contraintes de l�apprentissage, au d�but de 1886.</p><p>Paris, 1886-87</p><p>Le s�jour � Paris va �tre celui des d�-</p><p>couvertes : alors qu�on publie les Illuminations de Rimbaud et l�OEuvre de Zola, les impressionnistes* r�unissent en 1886 leur derni�re exposition (la Grande Jatte de Seurat y voisine avec des toiles de Signac, Pissaro, Redon, Degas, Gauguin, Guillaumin) ; l�an-n�e suivante, l�oeuvre de Millet est l�objet d�une r�trospective. C�est aussi le temps des rencontres et des amiti�s fructueuses : � l�atelier de Fernand Cormon (1845-1924), o� il travaille d�apr�s les mod�les vivants et les pl�tres, Vincent se lie avec Toulouse-Lautrec*, Louis Anquetin (1861-1932) et �mile Bernard (1868-1941). Avec Pissarro, il s�initie aux nouvelles id�es sur la lumi�re et au traitement divisionniste de la couleur. Par Th�o, il fait connaissance de Gauguin*, tandis que par le p�re Tanguy, dont la boutique de couleurs rec�le aussi des oeuvres comme celles de C�zanne*, il se lie avec Signac (v. n�o-impressionisme).</p><p>Dans cette ambiance cr�atrice, les bouquets de fleurs inspir�s d�Adolphe Monticelli (1824-1886) succ�dent</p><p>bient�t aux �tudes acad�miques, et les paysages passent des bruns compacts et des gris vaporeux aux couleurs</p><p>pures. Dans les vues de Montmartre, si caract�ristiques avec les venelles en pente, les r�verb�res et les moulins � vent, la vibration lumineuse acquise de l�impressionnisme vient enrichir la sensibilit� graphique propre � Vincent (Montmartre, Stedelijk Museum, Amsterdam). Avec la technique divisionniste, il cherche sa propre approche de la couleur (Int�rieur de restaurant, 1887, mus�e Kr�ller-M�ller, Otterlo), en m�me temps qu�il va</p><p>chercher dans la banlieue parisienne et pr�s des berges de la Seine les m�mes motifs que Signac et �mile Bernard.</p><p>N�anmoins, il abandonne peu �</p><p>peu la fragmentation impression-</p><p>niste et tend � simplifier la forme et la couleur pour mieux se concentrer sur l�unit� structurelle de la surface et maintenir la caract�risation expressive des objets (Nature morte avec statuette en pl�tre, Otterlo). Dans ce cheminement vers un style r�ellement personnel, l�influence de l�estampe japonaise, tant admir�e et copi�e par Vincent, marque une �tape importante. On en retrouve la pr�sence dans le portrait du P�re Tanguy (1887, mus�e Rodin, Paris), dont le fond est enti�rement tapiss� de ces estampes.</p><p>Le portrait, genre de pr�dilection dans la d�marche de Van Gogh, trouve sa signification profonde dans ses nombreux autoportraits, � la fois analyses de lui-m�me et bilans de son art (mus�e national Vincent Van Gogh).</p><p>Dans ce s�jour parisien, fond� sur la fraternit� sans heurt de Vincent et de Th�o, le mariage prochain de Th�o vient jeter une ombre d�ambigu�t�.</p><p>Vincent pr�f�re quitter Paris, trouvant une raison dans l�attrait qu�exerce sur lui la Provence, d�j� r�v�e � travers les toiles de Monticelli et de C�zanne, les oeuvres de Zola et d�Alphonse Daudet. Il s�installe � Arles en f�vrier 1888.</p><p>La Provence, 1888-1890</p><p>�merveill� par la nature proven�ale, Vincent en �pouse le rythme et les saisons dans les s�ries successives des Vergers (peints dans les roses et les blancs), des Moissons (dans les jaunes orang�s) et des Jardins (dans</p><p>les verts). Mais l�hiver dispara�t devant le triomphe de l��t� : l��clat solaire, l��blouissement des jaunes constituent la d�couverte essentielle. Dans cette clart� torride du Midi o� la r�alit� des choses appara�t sans le voile atmosph�-</p><p>rique qui les enveloppe ailleurs, l�art de l�estampe japonaise subit une v�ritable transmutation (le Pont-levis, Wallraf-Richartz Museum, Cologne, et autres versions). Les dessins m�me, par leur exceptionnelle ma�trise, parviennent au moyen d��l�ments simples � transcrire la texture et la coloration lumineuse des objets. La rapidit� d�ex�cution, qui lui para�t indispensable, exige de Vincent une grande tension, qu�il entretient, pour � monter le coup un peu �, par le caf� et l�alcool. Il atteint bient�t un niveau de surmenage qui va peser lourd dans la crise imminente.</p><p>Il place en effet tous ses espoirs dans la � maison jaune � qu�il a lou�e pour cr�er la communaut� d�artistes dont il r�ve depuis la Hollande. Par l�entremise de Th�o, il convie Gauguin � s�installer avec lui, mais leur trop grande dissemblance, admirablement exprim�e par le contraste entre la Chaise et la pipe (Tate Gallery, Londres) et le Fauteuil de Gauguin (mus�e national Vincent Van Gogh), aboutit dans la nuit de No�l 1888 � une grave altercation. �perdu, Vincent se tranche le lobe de l�oreille gauche et va l�offrir � une prostitu�e qu�il fr�-</p><p>quente. Soign� � l�h�pital, il se r�tablit le temps de peindre plusieurs toiles, comme son Autoportrait � l�oreille coup�e (1889, coll. priv. am�ricaine).</p><p>Mais, intern� quelque temps � la suite d�une p�tition, tenaill� par l�angoisse et la solitude � l�annonce du mariage de son fr�re, il songe au suicide et pr�f�re d�cider lui-m�me son hospitalisation � Saint-R�my-de-Provence.</p><p>La p�riode arl�sienne reste sous la double emprise du bleu et du jaune, ciel et terre sous le soleil (les Meules de foin, Otterlo) ou nuit illumin�e d��toiles (la Nuit �toil�e, coll. priv., Paris, que Vincent va peindre une couronne de bougies autour du chapeau), ou encore sc�nes nocturnes o� les passions humaines s�expriment dans ce qu�elles ont de plus exacerb� par la d�tresse (le Caf� de nuit, 1888, Yale University Art</p><p>Gallery, New Haven). Le point ultime de cette tension et en m�me temps de cette ivresse est atteint dans la s�rie des Tournesols, trait�s sans ombre ni model� dans des jaunes pouss�s � leur limite extr�me : le peintre devient ici celui qui approche le feu solaire et qui, dans ce mouvement m�me, se br�le et se consume. Comme dans les portraits, o� les tons verts apportent une certaine temp�rance (l�Arl�sienne, Metropolitan Museum of Art, New York), la couleur, unie �troitement � la lumi�re, incarne � la fois la pr�sence r�elle des choses et leur destin spirituel.</p><p>D�s l�arriv�e de Vincent � Saint-</p><p>R�my, en 1889, la maladie, mais aussi le caract�re tourment� de la Provence des Alpilles et des Baux entra�nent des modifications de son style. La touche se fait v�h�mente et furieuse, et les ocres tendent � remplacer les couleurs d�Arles, encore pr�sentes dans la seconde version, magistrale, de la Nuit �toil�e (Museum of Modern Art, New York). Le travail de Van Gogh � l�h�-</p><p>pital d�pend de son �tat et, selon qu�il est tenu de garder la chambre ou autoris� � sortir dans la propri�t� ou m�me � partir en promenade, il peint les massifs de fleurs du jardin, les champs aper�us par la fen�tre, les oliviers et les cypr�s de la campagne environnante (le Champ de bl� au cypr�s, National Gallery, Londres, et autres versions).</p><p>Ou bien, apr�s la crise cons�cutive � l�annonce d�une naissance prochaine dans le foyer de Th�o, cherchant</p><p>dans le travail le � meilleur paraton-nerre pour la maladie �, il entreprend downloadModeText.vue.download 160 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11371</p><p>des copies d�apr�s des gravures de ses ma�tres pr�f�r�s (Piet� d�apr�s Delacroix, mus�e national Vincent Van Gogh). De nouveau terrass� vers No�l, il se repr�sente dans la Ronde des prisonniers d�apr�s Gustave Dor� (1890, mus�e Pouchkine, Moscou). Il veut encore esp�rer et croire au renouveau lorsque na�t son neveu Vincent (Branche fleurie d�amandier, mus�e national Vincent Van Gogh) et que de bonnes nouvelles lui parviennent de</p><p>l�audience accord�e � son oeuvre (un article d�Albert Aurier [1865-1892]</p><p>paru dans le Mercure de France ; les Vignes rouges vendues � Bruxelles, la seule toile qui le sera de son vivant).</p><p>Mais, alors que les vergers fleurissent, un nouveau cauchemar de deux mois le tient dans l�inaction. Revenu � lui (la R�surrection de Lazare, d�apr�s Rembrandt, o� l�on reconna�t son propre visage bl�me ; mus�e national Vincent Van Gogh), il demande � quitter l�hospice. Sur les conseils de Pissarro, Th�o envisage son transfert aupr�s du docteur Gachet, m�decin et amateur d�art install� � Auvers-sur-Oise.</p><p>Saint-R�my, p�riode de crise aigu�, reste marqu� par les oliviers et les cy-pr�s, dont le flamboiement ou la torsion entra�nent ciel, terre et astres dans le m�me mouvement : Van Gogh est</p><p>hant� par � les formes convulsives et tortur�es, [...] un univers de tumulte et d�orage dans lequel se projettent ses tourments, comme si les forces motrices de son �tre, inhib�es par la maladie et par l�internement, �clataient brusquement en d�charges angoiss�es � (Jean Leymarie). L�intensit� se concentre non plus dans la couleur, mais dans le mouvement des formes, tandis qu�une harmonie assourdie par les gris et les ocres conf�re une r�sonance tragique � des toiles telles que le Parc de l�h�pital de Saint-R�my (1889, Folkwang Museum, Essen).</p><p>Auvers-sur-Oise, 1890</p><p>Apr�s un court passage � Paris pour revoir Th�o, Vincent gagne Auvers-sur-Oise en mai 1890. Il loge dans la modeste pension du caf� Ravoux, fr�-</p><p>quente le docteur Gachet, qui l�invite et pose pour lui.</p><p>F�ru de gravure et ami des artistes, Paul Ferdinand Gachet (dit Paul Van Rijssel, 1828-1909) a su attirer des artistes comme C�zanne, Guillaumin et Pissarro. L�ambiance et le climat font oublier ses crises r�centes � Vincent, et il retrouve pleine confiance. Il reprend ses th�mes ruraux, avec les champs, les jardins, les chaumes, les vues du village (l��glise d�Auvers, mus�e du Louvre), dans des tons laiteux, verts, violets et bleu sombre. Disposant de</p><p>nouveau de mod�les, il redonne leur importance aux portraits.</p><p>Mais une certaine tension se d�veloppe entre Th�o et Vincent. Et lorsque Th�o, de sant� d�faillante, veut emmener son fils, relevant lui-m�me de maladie, et sa femme en Hollande, Vincent se sent abandonn�. Ce sentiment d�abandon s��tend � tous, et m�me � Paul Gachet. L�artiste exprime sa tristesse et sa solitude extr�me dans d�� immenses �tendues de bl� sous des ciels troubl�s �, tel le Champ de bl� aux corbeaux (mus�e national Vincent Van Gogh), sa derni�re toile. Le dimanche 27 juillet, il part dans les champs et se tire une balle dans la poitrine, mais le coup d�vie. Il rentre � sa chambre, o� il est trouv� ensanglant�. Il survit encore deux jours, pendant lesquels, tr�s calme, il parle avec son fr�re en fumant sa pipe dans le lit, puis il meurt dans la nuit du 29 juillet, d�une mort voulue en toute conscience.</p><p>Sans entrer dans les diverses hypo-th�ses m�dicales �mises au sujet de la � maladie � de Van Gogh, et qui masquent souvent l�essentiel, on peut voir dans son oeuvre la lutte intense men�e par un individu contre un monde qui le refuse, une soci�t� qui entame alors, avec l�industrialisation et ses cons�quences sociales conflictuelles, l�asservissement et la destruction de l�homme. Qui d�autre pouvait mieux parler de Van Gogh, de ces � �pouvantables �tats de l�angoisse et de la suffocation humaine �, qu�Antonin Artaud (Van Gogh, le suicid� de la so-ci�t�) ? Il est vrai que, se diff�renciant par l� des froids sp�cialistes, Artaud a su clamer sa certitude qu�� un jour la peinture de Van Gogh arm�e et de fi�vre et de bonne sant� reviendra pour jeter en l�air la poussi�re d�un monde en cage que son coeur ne pouvait plus supporter �.</p><p>F. D.</p><p>F Expressionnisme / Fauvisme / Impressionnisme.</p><p>&amp; K. Jaspers, Strindberg und Van Gogh. Ver-such einer pathographischen Analyse unter vergleichender Heranziehung von Swedenborg</p><p>und H�lderlin (Berne, 1922 ; 3e �d., Br�me, 1949 ; trad. fr. Strindberg et Van Gogh, �d. de Minuit, 1953). / J. B. de La Faille, l�OEuvre de Vincent Van Gogh, catalogue raisonn� (Van Oest, 1928 ; 4 vol.). / R. Huyghe, Van Gogh (Screpel, Braun, 1937 ; nouv. �d., 1972). /</p><p>A. Artaud, Van Gogh, le suicid� de la soci�t� (�d. K., 1947). / M. Schapiro, Vincent Van Gogh (Londres, 1951 ; trad. fr., Nouv. �d. fr., 1954).</p><p>/ Verzamelde Brieven van Vincent Van Gogh (Amsterdam, 1952-1954, 4 vol. ; trad. fr. V. Van Gogh, Correspondance compl�te, Gallimard, 1960, 3 vol.). / C. Estienne et C. H. Sibert, Van Gogh (Skira, Gen�ve, 1953). / H. Perruchot, la Vie de Van Gogh (Hachette, 1955). / J. Rewald, Post-Impressionism : from Van Gogh to Gauguin (New York, 1956, 2e �d., 1962 ; trad. fr. le Postimpressionnisme de Van Gogh � Gauguin, A. Michel, 1961). / J. Leymarie, Qui �tait Van Gogh ? (Skira, Gen�ve, 1968). / M. E. Tralbaut, Van Gogh le mal-aim� (�dita, Lausanne, 1969).</p><p>/ P. Lecaldano, Tout l�oeuvre peint de Van Gogh downloadModeText.vue.download 161 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11372</p><p>(Flammarion, 1971, 2 vol.). / C. Metra, l�Univers de Van Gogh (Screpel, 1972).</p><p>Van Goyen (Jan)</p><p>Peintre n�erlandais (Leyde 1596 - La Haye 1656).</p><p>Apr�s un temps d�apprentissage</p><p>chez plusieurs peintres de second plan, il entreprend en 1615 un long voyage � travers la France. De retour, il re�oit l�enseignement d�Esaias Van de Velde*, dont l�influence se laisse sentir dans ses premi�res oeuvres. En 1618, il est mentionn� comme peintre � Leyde ; puis il se fixe � La Haye, dont il est citoyen en 1634 et o� il pr�-</p><p>side en 1640 la gilde des peintres.</p><p>Il a laiss� plus d�un millier de</p><p>tableaux sur bois, dont beaucoup, � partir de 1620, sont dat�s et sign�s, ce qui permet de suivre son �volution.</p><p>Parcourant en tout sens la Hollande et le cours inf�rieur du Rhin, le plus souvent � bord des bateaux qui desser-vaient ces r�gions, il prenait des croquis des paysages et des villes qu�il longeait. � partir de ces notations, dont plusieurs centaines sont conser-</p><p>v�es, il composait ses tableaux chez lui, comme ce fut toujours l�habitude jusqu�au XIXe s.</p><p>Dans un premier temps, il peint � la mani�re de l��cole de Haarlem et de son ma�tre Esaias Van de Velde : des tableaux de petit format bien organis�s, avec une profusion de d�tails pittoresques minutieusement rapport�s, des feuillages d�coratifs et de vifs accents locaux de rouge, de bleu, de brun et de vert (mus�es de Berlin, Brunswick, Leyde). Vers 1628, la conception po�tique commence � prendre le pas sur le d�tail r�el (Rue de village, St�delsche Kunstinstitut, Francfort). Vers 1630, conform�ment � l��volution g�n�rale de la peinture n�erlandaise, le th�me se clarifie en ce sens que l�anecdote perd de son importance au profit du seul paysage, tandis que la monochromie tend �</p><p>s�installer (la Vue de Dordrecht de 1663, Mauritshuis, La Haye). Cette �volution fait de Van Goyen, avec Hercules Seghers* et Salomon Van</p><p>Ruysdael*, un des premiers ma�tres hollandais du paysage.</p><p>Apr�s 1640, le peintre capte la grandeur de la nature de son pays, avec ses plans d�eaux, ses dunes et ses prairies, dans de vastes panoramas parsem�s de villages, sous des ciels immenses.</p><p>Le ciel prend toujours plus d�importance, � la fois comme �l�ment pictural et comme moyen d�expression : le paysage s�enrichit par lui-m�me d�une dimension spirituelle, sans qu�il soit besoin de recourir � quelque ruine antique � la mani�re italienne. La palette, subtile, se r�duit aux nuances de gris et de vert, de brun et de jaune unifi�es par l�atmosph�re. L�espace est profond et silencieux, empreint d�un lyrisme qui tient surtout � la r�partition raffin�e des ombres et des lumi�res. Mais il y a partout des personnages. De petites figures s�entassent amicalement dans les chariots paysans, dans les bateaux de p�che, s�accostent dans la rue, patinent dans un paysage d�hiver ou vont � cheval � travers la campagne.</p><p>Apr�s 1650, la tonalit� de Van</p><p>Goyen devient plus profonde, sous l�influence de Rembrandt*, et il peint</p><p>surtout de larges vues de villes au bord des fleuves : Arnhem, Rhenen, Nim�gue, Utrecht, avec leurs clochers, leurs tours et leurs remparts.</p><p>La s�rie de Dordrecht est particuli�-</p><p>rement c�l�bre (Rijksmuseum, Ams-</p><p>terdam). L�ultime chef-d�oeuvre est la Mer de Haarlem (1656, Francfort), o� l�eau et l�espace, d�une pr�sence pal-pable, semblent suspendus dans une s�r�nit� absolue.</p><p>L�art de Van Goyen a largement</p><p>influenc� les paysagistes contemporains, tels Pieter de Molijn (1595-1661) et Salomon Van Ruysdael, et ceux de la g�n�ration suivante, notamment Nicolaes Berchem (1620-1683), malgr� son italianisme, et Albert Cuyp (1620-1691).</p><p>A. Z.</p><p>&amp; H. Van de Waal, Jan Van Goyen (Amsterdam, 1941). / H. U. Beck, Ein Skizzenbuch von Jan Van Goyen (La Haye, 1966) ; Van Goyen.</p><p>Ein OEuvreverzeichnis (Amsterdam, 1972-73, 2 vol.).</p><p>Vanini (Giulio</p><p>Cesare ou Lucilio)</p><p>Philosophe italien (Taurisano 1585 -</p><p>Toulouse 1619).</p><p>Victime des d�vots, Vanini, br�l� vif apr�s avoir eu la langue arrach�e, meurt fid�le � ses convictions d�ath�e et de philosophe libertin, et, selon les termes de son pers�cuteur, le p�re Ga-rasse, en enrag�. Envoy� � Rome par son p�re pour y �tudier la philosophie et la th�ologie, il avait poursuivi ses �tudes � Naples et � Padoue, s�initiant � la m�decine, � la physique, � l�astronomie et au droit. Ordonn� pr�tre, il parcourt l�Italie, l�Allemagne, la France, puis gagne l�Angleterre ; il y abjure la foi catholique, mais devient suspect � l��glise anglicane et est emprisonn�.</p><p>Retourn� au catholicisme, il rentre en Italie en 1614, d�o� son scepticisme l�oblige � fuir. Il se fixe alors � Lyon pour �crire l�Amphytheatrum aeternae</p><p>Providentiae (1615). Chass� de son couvent pour la libert� de ses moeurs, il se r�fugie � Paris, devient le prot�g� du mar�chal Fran�ois de Bassompierre, � qui il d�die ses quatre livres de dialogues : De admirandis naturae reginae deaeque mortalium arcanis. Cependant, la Sorbonne condamne l�ouvrage au feu ; Vanini fuit � Toulouse ; il y exerce la m�decine et donne, parmi de petits cercles d�amis, des conf�-</p><p>rences philosophiques. D�nonc�, il est condamn� � l�issue d�un proc�s qui ressemble � un r�glement de comptes.</p><p>Poussant � l�extr�me les th�ories de J�r�me Cardan (Gerolamo Cardano,</p><p>1501-1576) et de Pietro Pomponazzi (1462-1525), Vanini, sous couvert d�expliquer les myst�res de la nature, s�en prend aux miracles, oppose l�ironie et le scepticisme � la foi et conclut que la v�ritable religion est � la loi naturelle au coeur de chaque homme �.</p><p>Son panth�isme, qui pr�figure celui de Spinoza*, nie l�immortalit� de l��me et la cr�ation du monde.</p><p>D�terministe, Vanini croit en l�h�r�-</p><p>dit� et cherche dans la physiologie les origines de la pens�e, de l�imagination, des r�ves. Pourtant, il estime que � la science de la m�decine si r�elle compar�e aux autres est encore pleine d�incertitudes et d�erreurs � et se range � � l�avis d�Agrippa dans le livre qu�il a</p><p>�crit sur la vanit� des sciences �.</p><p>Ne voyant dans la morale qu�un</p><p>fatras d�ambigu�t�s, il professe la to-l�rance et un �picurisme qui semble avoir �t� la r�gle de conduite de toute sa vie. (� Oubliez les maux pass�s, ne vous inqui�tez pas de ceux qui peuvent arriver, et surtout d�barrassez-vous des maux pr�sents. �)</p><p>Sa m�thode consiste � opposer la</p><p>diversit� des opinions en fortifiant celles qui attaquent la religion et en abandonnant les autres � leur faiblesse, ainsi qu�� int�grer dans ses textes des extraits d�autres philosophes, en les modifiant dans le sens d�une violence accrue.</p><p>R. V.</p><p>Van</p><p>Leeuwenhoeck</p><p>(Antonie)</p><p>Opticien et naturaliste n�erlandais (Delft 1632 - id. 1723).</p><p>� L�Homme, milieu entre rien et</p><p>tout � a dit Pascal. La connaissance de la nature a toujours progress� dans les deux directions : vers le � tout � des dimensions plan�taires et stellaires, vers le � rien � de l�atome ou de la mol�-</p><p>cule. Mais il est pour les biologistes un niveau privil�gi� de la connaissance, celui des dimensions cellulaires, celui des grandeurs de l�ordre du centi�me de millim�tre. Un monde nouveau</p><p>s�est soudainement ouvert � l�analyse lorsque le microscope a atteint un grossissement de 300 diam�tres environ.</p><p>Ce petit progr�s technique d�cisif, on le doit � Antonie Van Leeuwenhoeck.</p><p>Les activit�s professionnelles de Van Leeuwenhoeck ne semblent pas</p><p>avoir tenu une grande place dans sa vie : fils de vannier, �tudiant en pra-</p><p>tique commerciale � Amsterdam, t�t rentr� � Delft, qu�il ne quittera plus, il y sera drapier, huissier des �chevins de la ville en 1660, g�om�tre en 1669, jaugeur de vin en 1679.</p><p>Il consacre ses facult�s d�autodidacte et la plus grande partie de son existence � mettre au point les microscopes.</p><p>C�est, dit-on, en maniant une petite loupe de drapier qu�il prend le go�t de regarder au travers de verres grossissants. Il taille avec habilet� les lentilles de ses microscopes simples qui lui permettront de d�couvrir de � curieuses merveilles �. Il monte l�objet sur une pointe, et le centre � l�aide d�une vis, puis fait la mise au point et regarde par un orifice oculaire, obtenant ainsi de forts grossissements. Conscient des possibilit�s extraordinaires offertes par le microscope, qu�il s�acharne � perfectionner, il fabrique des lentilles toujours plus grossissantes.</p><p>�tudiant de fa�on quasi syst�ma-</p><p>tique toutes les particules, solides ou liquides, v�g�tales, animales ou humaines, il communique le r�sultat de ses d�couvertes � la Royal Society de Londres et � l�Acad�mie des sciences de Paris. L�ensemble de ses travaux, publi�s � Leyde sous le titre Arcana naturae ope exactissimorum microsco-downloadModeText.vue.download 162 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11373</p><p>piorum detecta, a �t� regroup� dans les Opera omnia (1715-1722).</p><p>En 1673, il retrouve dans son propre sang les globules rouges entrevus par Jan Swammerdam et Malpighi, et il �tudie les mouvements de ces globules dans le plasma. Il suit �galement la progression du sang dans les capillaires de la queue du t�tard, et il d�montrera au tsar Pierre le Grand, de passage � Delft en 1698, que le sang circule dans les capillaires d�une larve d�Anguille : ainsi est confirm�, apr�s M. Servet et W. Harvey, le caract�re cyclique et ferm� de la circulation sanguine.</p><p>En 1677, il d�crit les spermato-</p><p>zo�des, d�couverts quelque temps au-</p><p>paravant par un �tudiant en m�decine, Stephen Louis Hammon. Deux intuitions g�niales : � Dans le sperme d�un seul Cloporte, il y a plus d�animalcules que d�Hommes sur la Terre � ;</p><p>� les spermatozo�des sont de deux sexes �, c�est-�-dire de deux sortes en nombre �gal d�terminant le sexe, ce que confirme aujourd�hui la g�n�tique.</p><p>Une erreur : la th�se � animalculiste �, selon laquelle l�oeuf vierge n�est qu�un support et n�apporte aucun �l�ment au patrimoine h�r�ditaire, qui viendrait enti�rement du sperme.</p><p>Ses autres recherches concernent : la structure compar�e de la tige chez les plantes mono- et dicotyl�dones ; les Rotif�res, dont il donne la description la plus pr�cise et observe la reviviscence ; les Infusoires ; le bourgeonnement de l�Hydre ; la rotation de l�embryon dans l�oeuf des Moules d�eau douce ; le cycle reproductif de divers Insectes (Puceron [chez qui Van Leeuwenhoeck pressent la parth�nogen�se], Mouche, Fourmi [chez qui Van Leeuwenhoeck est le premier � distinguer nettement entre l�oeuf et la nymphe]) ; la structure du muscle stri� et celle du cerveau ; la structure lamel-laire du cristallin ; les Algues microscopiques ; les vaisseaux scalariformes des Foug�res. La masse de ses observations microscopiques s�exprime en un chiffre : 375 notices dans les Philosophical transactions.</p><p>Retenons enfin un grand m�rite philosophique de Van Leeuwenhoeck :</p><p>le savant n�erlandais �tait un ennemi r�solu de la doctrine de la g�n�ration spontan�e, en d�pit de la tentation qu�il aurait pu en avoir en pr�sence de ce grouillement incroyable de formes microscopiques dont, deux si�cles plus tard, les � h�t�rog�nistes �, adversaires de Pasteur, croiront encore pouvoir tirer argument en leur faveur.</p><p>H. F.</p><p>Van Loo (les)</p><p>Famille de peintres.</p><p>Bien que le grand homme de la</p><p>famille, Carle, ait perdu d�s la fin du XVIIIe s. son aur�ole, s�rement abu-</p><p>sive, de � premier peintre de l�Europe � (Grimm) et n�apparaisse plus que comme un bon artiste de second rang, les Van Loo demeurent comme un des exemples les plus remarquables de ces � dynasties � qui jou�rent un si grand r�le dans l�ancienne France.</p><p>Celle-ci frappe par sa dur�e comme par son caract�re europ�en. Venus de Hollande � Paris vers 1660, les Van Loo se r�pandent � travers l�Europe : on les trouve en Provence, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Prusse, g�n�ralement au service des princes.</p><p>De Jan, le � fondateur �, on sait seulement qu�il vit et travaille � Sluis en Z�lande, o� na�t en 1614 son fils Jacob.</p><p>Celui-ci s�installe en 1642 � Amsterdam et y fait une honorable arri�re de portraitiste. Ce sont probablement les troubles politiques de Hollande qui l�am�nent � Paris. Re�u � l�Acad�mie en 1663, il meurt en 1670.</p><p>Son fils Louis Abraham (Amster-</p><p>dam v. 1656 - Nice 1712) � descend �</p><p>vers le Midi : mari� en 1683 � la fille d�un sculpteur aixois, devenu Proven-</p><p>�al d�adoption, il travaille pour l�arsenal de Toulon (il signe � l�h�pital de la Marine un Saint Dominique recevant le rosaire) et termine sa carri�re � Nice.</p><p>C�est avec ses fils que s��tend et se disperse l�activit� de la famille. Si le destin du second, Joseph � qu�on trouve � Paris entre 1703 et 1740 �, appara�t terne, son a�n�, Jean-Baptiste (Aix-en-Provence 1684 - id. 1745), fait figure d�Europ�en nomade. Mari� � Toulon, il peint de nombreux tableaux pour les �glises de la r�gion, se rend ensuite � G�nes et Turin, o� il travaille pour le roi de Sardaigne Victor-Am�-</p><p>d�e II et pour son cousin le prince de Carignan, puis � Rome. Il arrive � Paris en 1719, juste � temps pour �tre ruin� par la banqueroute de Law. Son protecteur, le prince de Carignan, le loge dans sa demeure parisienne et l�emploie comme d�corateur. Re�u � l�Acad�mie en 1731, il part cinq ans plus tard pour Londres. Il y r�ussit comme portraitiste (Robert Walpole, National Portrait Gallery, etc.), mais revient en 1742 finir ses jours � Aix, dans ce � pavillon de Vend�me � qu�il avait achet�</p><p>et qui est devenu une sorte de mus�e Van Loo. �clips� par la gloire de son fr�re cadet, il le surpasse pourtant dans son Triomphe de Galat�e (Ermitage, Leningrad), sa Diane et Endymion</p><p>(Louvre) par l��l�gance des figures et le moelleux du coloris.</p><p>downloadModeText.vue.download 163 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11374</p><p>De ce cadet, Charles Andr�, dit</p><p>Carle (Nice 1705 - Paris 1765), la formation appartient � l�Italie. Orphelin � sept ans, il est recueilli par Jean-Baptiste, qui l�emm�ne � Turin et � Rome.</p><p>Par la suite, � Paris, son habilet� de dessinateur lui vaut tr�s vite un premier prix de l�Acad�mie, que suit en 1724 le prix de Rome. Les cr�dits se faisant attendre, ce n�est qu�en 1727</p><p>qu�il retrouve l�Italie, accompagn� de ses neveux et du jeune Boucher*.</p><p>Triomphant � l�Acad�mie de Saint-Luc avec son Festin de Balthazar, peignant des fresques dans les �glises romaines, dessinant avec acharnement d�apr�s les ma�tres italiens, il voit cro�tre sa renomm�e, passe au service du roi de Sardaigne et participe � la d�coration de son ch�teau de Stupinigi. Revenu � Paris en 1735, admis � l�Acad�mie (Apollon �corchant Marsyas), professeur d�s 1737, son ascension officielle, favoris�e au d�but par Mme de Pompadour, se poursuivra sans arr�t : directeur de l��cole des �l�ves prot�g�s en 1749, il finira directeur de l�Acad�mie et premier peintre du roi. Le roi de Danemark, l�imp�ratrice de Russie collectionnent ses oeuvres, le roi de Prusse le r�clame (se trouvant trop �g�, Van Loo lui envoie son neveu).</p><p>Son oeuvre, consid�rable, �clectique au possible, n�est pas moins in�gale : c�est la peinture brillante et creuse d�un</p><p>� fa presto � � dessinateur agile et s�r, mais un peu mou �, d�un coloriste agr�able, encore qu�un peu sec. Ador� de ses �l�ves, il est avant tout un excellent praticien, inhabile � s�exprimer verbalement et incapable de se renouveler. Grimm et Diderot exag�rent sans doute en le disant � fort b�te � � � il ne savait faire que de beaux tableaux �</p><p>�, mais ils n�ont pas tort de d�noncer l�absence de vie, d�action, de caract�re de ses compositions religieuses (�glises Saint-Sulpice et Notre-Dame-des-Victoires � Paris), h�ro�ques ou amoureuses (le Sacrifice d�Iphig�nie, Potsdam ; l��ducation de l�Amour, Aix-en-Provence). Ces derni�res n�approchent pas de la gentillesse de Boucher : on d�plore la lourdeur des figures f�minines comme la � touche trop</p><p>douce et uniforme �. Carle nous int�-</p><p>resse plus aujourd�hui comme d�corateur des demeures royales et peintre de genre agr�able (Chasses � l�ours, au sanglier... pour le cabinet du roi � Versailles, mus�e d�Amiens), comme inventeur de � turqueries � peintes pour Mme de Pompadour (le Concert du Sultan, Dame turque prenant le caf�, mus�e des Arts d�coratifs) ou d�� es-pagnolades � inspir�es par Mme Geof-frin (la Conversation espagnole, la Lecture espagnole, Ermitage), et aussi comme portraitiste, qui n�est pas seulement celui de Louis XV, de Marie Leszczy&#x144;ska, de Mme de Pompadour, mais a laiss� �galement des portraits familiers, pleins de bonhomie et de sensualit�.</p><p>La g�n�ration suivante prolonge le sillage des Van Loo en l��largissant � d�autres domaines. Jean-Baptiste eut trois fils peintres : l�a�n�, Fran�ois, qui semblait le plus dou�, mourut tr�s jeune d�un accident de cheval en Italie.</p><p>Mais le pu�n�, Louis Michel (Toulon 1707 - Paris 1771), � peine plus jeune que Carle, obtint le prix de Rome aussit�t apr�s lui et partit avec son oncle en 1727. Admis en 1735 � l�Acad�-</p><p>mie, d�j� renomm� comme portrai-</p><p>tiste, il fut appel� � Madrid par Philippe V pour remplacer son peintre de la Chambre, Jean Ranc (1674-1735).</p><p>Il y demeura de 1736 � 1752 et joua un r�le important dans la fondation de l�Acad�mie de San Fernando, dont il fut le premier directeur. Son oeuvre ma�tresse est le portrait de la Famille de Philippe V � La Granja (Prado, �tude � Versailles), oeuvre d�apparat brillante et un peu froide, dont Goya prendra le contre-pied dans sa Famille de Charles IV. Mais, outre les portraits officiels, il en peignit de plus am�nes et familiers, comme celui de l��crivain Mayans y Siscar (1748), type nouveau</p><p>en Espagne de portrait � intellectuel �</p><p>� la fran�aise (collection Traumann, Madrid). Dans sa seconde p�riode</p><p>parisienne, il ex�cuta de nombreux et excellents portraits de grands personnages (le Marquis de Marigny, Besan-</p><p>�on), de parents, de coll�gues, d�amis (Diderot, 1767, Louvre), dont il a fix� des images vivantes et cordiales.</p><p>Quant au dernier fr�re, Charles</p><p>Am�d�e (Rivoli, Pi�mont, 1719 - Paris 1795), qui expose au Salon � partir de 1747, c�est en Prusse qu�il devait faire carri�re, comme premier peintre du roi.</p><p>En dehors de ses portraits officiels, il a laiss� d�estimables tableaux d�histoire (le Voeu de Jepht�, Dijon) et de genre (F�te campagnarde, Potsdam).</p><p>Enfin le fils de Carle, Jules C�sar (Paris 1743 - id. 1821), prolongea la dynastie jusque sous la Restauration : abordant un genre n�glig� par ses a�n�s, il fut un bon paysagiste mineur, d�un downloadModeText.vue.download 164 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11375</p><p>go�t nettement pr�romantique (�glise gothique sous la neige, Fontainebleau).</p><p>P. G.</p><p>Vannes</p><p>Ch.-l. du d�part. du Morbihan ;</p><p>43 507 hab. (Vannetais).</p><p>Pendant longtemps petite ville de</p><p>province, pr�fecture, ville de garnison, Vannes conna�t aujourd�hui un grand essor d�mographique et spatial, un dynamisme remarquable.</p><p>Dans une situation g�ographique tr�s favorable, au fond du golfe du Morbihan, Vannes est depuis l�Antiquit� un grand carrefour breton. Ancienne place forte v�n�te, fond�e sur un tr�s vieux site n�olithique (promontoire escarp� dominant au sud un chenal mar�cageux), r�sidence favorite des ducs de Bretagne au Moyen �ge, Vannes</p><p>connut au XVIIe s. son apog�e : l�activit� portuaire y fut grande, tant sur le plan commercial que sur celui de la construction navale ; la ville s�enrichit de somptueux h�tels particuliers lors de l�exil du parlement, tandis que se fond�rent de nombreux monast�res qui ceintur�rent la cit� intra-muros de leurs grands parcs.</p><p>Mais devant la concurrence de Lorient, Vannes d�clina ; le calme XIXe s. la dota bien d�une garnison de 5 000 hommes, mais, au milieu du XXe s., la ville, qui avait seulement cr� de 10 000 habitants en un si�cle et qui �tait d�pourvue d�industries, stagnait dans un immobilisme bourgeois de bon aloi, peupl�e essentiellement de fonctionnaires civils et militaires et de retrait�s.</p><p>Le r�veil est d� aux efforts d�velopp�s pour diversifier les activit�s �conomiques et surtout � l�implantation, de 1962 � 1964, d�une usine Michelin de fabrication de c�bles d�acier pour pneus � carcasse radiale qui constitue aujourd�hui, avec 1 600 employ�s et 110 t d�acier trait�es chaque jour, la premi�re entreprise du Morbihan. La zone industrielle, qui a, par ailleurs, accueilli de petites entreprises de confection, de plastique et d�alimentation, offre environ 2 500 emplois.</p><p>Cette industrialisation, discr�te mais efficace, a eu d�heureux retentissements sur la ville et sa r�gion, dont elle a arr�t� l�h�morragie d�mographique. Devenue p�le d�attraction, Vannes s�est accrue de plus de 20 p. 100 entre 1962 et 1968</p><p>(3,3 p. 100 par an mais moins vite de 1968 � 1975) et constitue avec les communes suburbaines, o� se recrute une grande partie des ouvriers de Michelin, une agglom�ration de 60 000 habitants.</p><p>L�afflux de population (bilan migratoire positif de 6 500 personnes de 1954</p><p>� 1968), le rajeunissement (taux de natalit� de 21 p. 1 000) ont provoqu� une urbanisation galopante ; 7 000 logements ont �t� construits en vingt ans, en majorit� des H. L. M. Mais l�expansion spatiale ne va pas sans probl�mes. Les contraintes tiennent au site (coupure du port au sud), au pass� historique, qu�il faut sauvegarder (noyau intra-muros et remparts, demeures anciennes, jardins publics), mais aussi � l�urbanisme spontan� et d�sordonn� des deux derniers si�cles (emprise des casernes, de l�arsenal, des h�pitaux au centre, de la voie ferr�e au nord, de la zone industrielle � l�est). L�agglom�ration moderne, que la circulation de transit �vite d�sormais, se d�veloppe, selon un � urbanisme en grappes �, par la construction de nouvelles cit�s � l�ouest (Kercado) et au nord-ouest (Menimur), qu�un programme de rocades et de p�n�trantes doit relier au centre.</p><p>Malgr� l�essor du secteur industriel (41,5 p. 100 d�accroissement entre 1962</p><p>et 1968), le secteur secondaire n�occupe encore que 20 p. 100 des travailleurs.</p><p>Vannes reste traditionnellement une ville tertiaire : une ville administrative (25 p. 100 de la population active) avec des fonctions de pr�fecture, la plus importante ville de garnison de l�arm�e de terre en Bretagne, une petite cit� universitaire (I. U. T., �cole de droit) et surtout un centre commer�ant, riche de 600 �tablissements et dont l�influence s�exerce sur 35 communes environnantes. La vocation touristique est ancienne ; au coeur d�une r�gion qui triple ou qua-druple sa population l��t�, Vannes attire par le charme de ses vieux quartiers, aux ruelles pittoresques, par les promenades agr�ables de la Rabine, au long du chenal, ou de la Garenne, d�o� la vue est magnifique sur les remparts et les jardins. Bient�t, le port, abandonn� par les navires de commerce, mais r�am�nag�, sera un havre recherch� par les plaisanciers, qui appr�cient d�j� le plan d�eau du golfe.</p><p>Ainsi change peu � peu l�image de marque de la ville, qui, en favorisant l�implantation de l�industrie et en d�veloppant ses activit�s tertiaires, non seulement assure son avenir, mais encore</p><p>r��quilibre une r�gion agricole en mutation.</p><p>N. P.</p><p>F Bretagne / Morbihan.</p><p>Van Orley</p><p>(Bernard)</p><p>Peintre flamand (Bruxelles v. 1488 - id.</p><p>1541).</p><p>Il a probablement �t� l��l�ve de son p�re, le peintre Valentin Van Orley.</p><p>En 1518, succ�dant � Iacopo de�Barbari (v. 1445 - v. 1516), Bernard (ou Barend) Van Orley devient peintre de Marguerite d�Autriche, qui a fait de sa cour de Malines un foyer d�humanisme o� brille Jean Lemaire de Belges (1473 - v. 1515), ce pr�curseur de la Pl�iade. Amie d��rasme, elle partage ses id�es tol�rantes, et c�est gr�ce � son intervention que Van Orley �chappa � l�Inquisition. Apr�s la mort de Marguerite d�Autriche, en 1530, il reste, jusqu�� son d�c�s, peintre de la cour de Marie de Habsbourg, la soeur de Charles Quint.</p><p>Van Orley appartient � avec Gos-</p><p>sart* et Lucas* de Leyde � � cette premi�re g�n�ration de peintres dits � romanistes �, qui, tr�s impressionn�s par les ma�tres italiens de la Renaissance, unissent le style de la scuola nuova � celui, traditionnel et minutieux, de la Flandre ; apr�s 1520, il se d�gage d�une certaine raideur gothique et cr�e l�illusion de l�espace, notamment par de nombreux d�tails d�architecture.</p><p>Peintre de sujets religieux, portraitiste et surtout excellent cartonnier de tapisseries et de vitraux, Van Orley r�alise de vastes compositions o� la fougue et le dynasmisme l�emportent sur la s�r�nit�, au d�triment parfois de l�esprit de synth�se ou de l�ordonnance de l�oeuvre (retable de 1521, les �preuves de Job, mus�es royaux des Beaux-Arts, Bruxelles). Mais peu � peu, malgr� l�attitude tourment�e des downloadModeText.vue.download 165 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11376</p><p>personnages, l�harmonie et la puissance dominent (le Jugement dernier, 1525, mus�e d�Anvers).</p><p>Selon Carel Van Mander, il dorait ses panneaux pour obtenir des ciels transparents. Cependant, les couleurs gardent une certaine duret�. Il est plus � l�aise dans le portrait, o� il ne s��carte gu�re de la tradition de ses devanciers (portrait de Marguerite d�Autriche, mus�e du Louvre). Il r�alise plusieurs cartons pour des vitraux, dont certains, aux coloris harmonieux, sont conserv�s dans la cath�drale Saint-Michel � Bruxelles.</p><p>On ignore s�il fait le voyage d�Italie, mais il est profond�ment marqu� par les cartons d�une tenture de Rapha�l*</p><p>(les Actes des Ap�tres, destin�s � la chapelle Sixtine) tiss�e � Bruxelles*</p><p>entre 1517 et 1519. De magnifiques tapisseries sont r�alis�es dans les ateliers bruxellois d�apr�s les cartons de Van Orley : les quatre pi�ces de la L�gende de Notre-Dame du Sablon (1518, mus�e d�Art et d�Histoire, Bruxelles), les sept pi�ces de la Bataille, de Pavie (mus�e de Naples) et les douze des Chasses dites de Maximilien (1521-1530,</p><p>mus�e du Louvre). Ces derni�res sont probablement une commande royale, o� Van Orley s�affirme par un accent personnel. La composition est claire ; un souci de perspective, inconnu des cartonniers anciens, appara�t. Les personnages habitent le paysage, qui n�est plus r�duit � un simple fond : on reconna�t les sites magnifiques des environs de Bruxelles (for�t de Soignes, bois de la Cambre). L�artiste unit ici ses dons flamands d�habile observateur de la nature � sa parfaite connaissance de l�esprit antiquisant de l��poque. Ces tapisseries n�imitent pas la peinture ; elles sont l�expression parfaitement ad�quate d�une autre discipline.</p><p>Esprit curieux et artiste prodigieusement f�cond, Van Orley, en ce premier quart du XVIe s., est l�une des figures dominantes du mani�risme* dans les pays du Nord.</p><p>R. A. et A. B.</p><p>&amp; A. Wauters, Bernard Van Orley (Librairie de l�art, 1893). / S. Pierron et A. Houtart, les Belles Chasses de Maximilien, tapisseries de Bruxelles (Impr. Van Buggenhoudt, Bruxelles, 1923).</p><p>/ M. J. Friedl�nder, Die altniderl�ndisches Malerei, t. VIII (Berlin, 1930). / Bernard Van Orley, 1488-1541 (Dessart, Bruxelles, 1943). /</p><p>M. Crick-Kuntziger, la Tenture de l�histoire de Jacob d�apr�s B. Van Orley (Anvers, 1955). /</p><p>E. J. Holm, Pieter Bruegel und Bernart Van Orley (Hambourg, 1964).</p><p>Van Ostade (les)</p><p>Famille d�artistes n�erlandais, illustr�e par l�activit� de deux fr�res : adriaen et isaac.</p><p>Adriaen Van Ostade</p><p>(Haarlem 1610 - id. 1685). L�un des peintres hollandais de genre les plus populaires, toute sa vie se passe � Haarlem*. Il entre en 1627 dans l�atelier de Frans Hals* et, en 1634, il est membre de la gilde des peintres de sa ville natale ; il en devient doyen en 1662. Il a laiss� pr�s d�un millier de tableaux, souvent sign�s et dat�s, ainsi que de nombreuses gravures et des dessins de qualit�, parfois rehauss�s d�aquarelle ; on conna�t des sujets qu�il a trait�s dans les trois techniques. De temps en temps, il a dessin� avec verve les petits personnages qui peuplent les oeuvres de ses confr�res Jacob Van Ruysdael* ou Jan Vermeer de Haarlem (1628-1691).</p><p>Van Ostade ne nous montre pas ses paysans au travail : au contraire, ils se divertissent, ripaillent et fument.</p><p>Souvent, le d�cor est humble, l�allure d�penaill�e, mais tout son petit monde sympathique (camelots, savetiers, m�nestrels, paysans, enfants � l��cole) respire la joie de vivre. Ses tableaux, bien qu�assez st�r�otyp�s, ont �t� imit�s de son vivant en raison de cette note d�humour et de chaleur humaine, � laquelle s�ajoute un sens vif de la composition et de l�harmonie des couleurs.</p><p>Entre 1630 et 1640, sous l�ascen-</p><p>dant d�Adriaen Brouwer*, le trait est caricatural et les oeuvres sont empreintes d�ironie et d�esprit satirique.</p><p>Des estaminets enfum�s, de rustiques chaumi�res abritent les danses, les beuveries et les bagarres de petits personnages. Quelques rares touches d�li-downloadModeText.vue.download 166 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11377</p><p>cates illuminent une ambiance grise et froide ; par la porte entrouverte, un faible rai de lumi�re �claire le d�-</p><p>sordre, le sol en terre battue jonch� de brindilles et de cartes � jouer. Sensible � l�influence de Rembrandt*, aux alentours de 1640, Van Ostade adopte une palette plus sombre et plus chaude ; quelques meubles apparaissent dans des int�rieurs accueillants. Le clair-obscur �largit l�espace o� �voluent des figures plus calmes et un peu plus grandes, v�tues avec un certain raffinement. Une note spirituelle succ�de dans ces compositions aux bousculades et � l�entassement des d�buts ; toujours entour�s de marmots et d�animaux, les villageois, mieux individualis�s, partagent leurs r�jouissances avec une tranquille bonhomie.</p><p>C�est entre 1650 et 1670 que l�artiste atteint sa pleine maturit� ; narrateur bienveillant des joies populaires, il campe parfois ses protagonistes en plein air (Paysans jouant aux boules, coll. priv., Amsterdam ; la Kermesse au grand arbre, dessin, coll. F. Lugt, Inst. n�erlandais, Paris). Durant la derni�re p�riode, les tonalit�s sont fra�ches et la lumi�re plus vive, mais l�organisation devient th��trale et les sc�nes perdent leur caract�re authentique. Le peintre influence nombre de ses contemporains, parmi lesquels Jan Steen (1626-1679), Michiel Van Musscher (1645-1705), ses �l�ves Cornelis Bega (1620-1664), Cornelis Dusart (1660-1704) et son fr�re Isaac.</p><p>Isaac Van Ostade</p><p>(Haarlem 1621 - id. 1649). Lors de ses d�buts, il peint des int�rieurs de tavernes et de chaumi�res, nous fait souvent assister � la � saign�e du cochon �. Buveurs et mangeurs sont moins d�braill�s que ceux de son</p><p>ma�tre Adriaen, l��clairage aussi est</p><p>plus d�licat et la palette plus raffin�e.</p><p>Devenu membre de la gilde de Haarlem en 1639, c�est apr�s 1642 qu�Isaac se d�gage de l�emprise de son a�n�.</p><p>Les cabarets sont avenants ; les paysans y font de paisibles haltes. Isaac int�gre ses personnages � l�environnement naturel et sait rendre la transparence de l�air, la diversit� de la lu-mi�re. Les paysages d�hiver, anim�s de patineurs et de lourds tra�neaux, rendus en d�grad�s de gris argent�s, sont peut-</p><p>�tre le meilleur de son oeuvre.</p><p>A. Z.</p><p>&amp; A. Rosenberg, Adriaen und Isack Van Ostade (Bielefeld et Leipzig, 1910). / L. Godefroy, l�OEuvre grav� de A. Van Ostade (l�auteur, Paris, 1930).</p><p>Van Scorel (Jan)</p><p>Peintre n�erlandais (Schoorl, Hollande-Septentrionale, 1495 - Utrecht 1562).</p><p>Il poursuit des �tudes humanistes � Alkmaar et, apr�s un premier apprentissage de la peinture � Haarlem, entre pour trois ans dans l�atelier de Jacob Cornelisz (v. 1470-1533) � Amsterdam. En 1518, il entreprend un grand voyage qui le conduit � Nuremberg, o� il rencontre D�rer, puis s�arr�te en Carinthie et arrive enfin � Venise (1520).</p><p>De l�, il s�embarque avec un groupe de p�lerins pour la Terre sainte (1520-21), o� il r�alise d�innombrables croquis et dessins � la plume. Lors de son retour, il visite Chypre, Rhodes et la Cr�te avant de se rendre � Rome.</p><p>Il est le premier ma�tre hollandais qui fasse le voyage d�Italie ; � Rome, il dessine les ruines, �tudie Rapha�l*</p><p>et Michel Ange*. Le nouveau pontife, Adrien VI, originaire d�Utrecht, lui confie en 1522 le poste de conservateur des collections d�antiques du Belv�-</p><p>d�re, rest� vacant apr�s la disparition de Rapha�l, poste qu�il occupe jusqu�� la mort du pape (septembre 1523). Il rentre alors aux Pays-Bas, s�journe quelques ann�es � Haarlem, puis s�installe, en qualit� de chanoine de l��glise Sainte-Marie, � Utrecht. De caract�re ind�pendant, il refuse de s�affilier � la</p><p>gilde des peintres de la ville.</p><p>Le triptyque conserv� dans l��glise Saint-Martin d�Obervellach en Carinthie est sa premi�re oeuvre connue, r�alis�e en 1520 pour la chapelle du ch�-</p><p>teau de Falkenstein. Le panneau central repr�sente la Parent� de la Vierge.</p><p>Seule la Vierge � l�Enfant est id�alis�e, ses parents (v�ritables portraits de la famille du donateur) sont group�s autour d�elle sur le fond sombre d�une place villageoise ; au sommet de ce paysage ascendant se d�tache le ch�teau de Falkenstein, demeure du donateur. Le traitement du paysage et de la lumi�re r�v�le l�influence des ma�tres du sud de l�Allemagne, alors que la composition, le rendu pr�cis et la richesse des costumes, les couleurs chatoyantes sont d�essence nordique et conf�rent � l�ensemble une fra�cheur na�ve.</p><p>Le triptyque du Dimanche des Ra-</p><p>meaux (mus�e central d�Utrecht), ex�-</p><p>cut� entre 1525 et 1527 pour le doyen de la cath�drale d�Utrecht, Herman Van Lochorst, est bien diff�rent. L�artiste n�ignore plus l�apport des V�nitiens, notamment de Giorgione* et de Palma le Vieux (v. 1480-1528). Le panneau central (l�Entr�e du Christ � J�rusalem) est une sc�ne dynamique, la foule exub�rante se pr�cipite vers le Christ.</p><p>Le peintre adopte d�sormais la structure v�nitienne de l�espace, ordonn� en trois plans successifs. Quantit� de figures peuplent le paysage artificiel, �clair� d�une lumi�re bleut�e et agr�-</p><p>ment� de rochers aux contours irr�els, mais o� la cit� de J�rusalem se profile avec une extr�me pr�cision, gr�ce certainement aux croquis de voyage de l�artiste. Les figures nues ou � peine voil�es (Sainte Agn�s, volet gauche du triptyque Lochorst ; Saint S�bastien, 1542, mus�e Boymans, Rotterdam)</p><p>sont r�v�latrices de ce mani�risme*</p><p>que Van Scorel pratique maintenant avec talent.</p><p>Excellent portraitiste, l�effigie qu�il nous a laiss�e d�Agatha Van Schoon-hoven (1529, Rome, galerie Doria</p><p>Pamphili) d�montre son sens de la mesure et l�acuit� de sa vision, qui rend l�expression psychologique et le caract�re social de son mod�le. Van</p><p>Scorel exprime le passage rapide de la Renaissance nordique vers le mani�-</p><p>risme italien ; initiateur dans son pays des exp�riences artistiques nouvelles, il eut un rayonnement consid�rable.</p><p>A. Z.</p><p>F Mani�risme.</p><p>&amp; G. J. Hoogewerff, Jan Van Scorel, peintre de la Renaissance hollandaise (La Haye, 1923) ; Jan Van Scorel en zijn navolgers en geesterverwanten (La Haye, 1941). / C. H. De Jonge, Jan Van Scorel (Amsterdam, 1940).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Werk van Jan Van Scorel (Utrecht, 1955).</p><p>Van�t Hoff</p><p>(Jacobus</p><p>Henricus)</p><p>Chimiste n�erlandais (Rotterdam</p><p>1852 - Berlin 1911).</p><p>Celui que l�on surnommera � le Berthelot hollandais �, en raison de la diversit� et de l�importance de ses d�couvertes, s�initie � la chimie � l�universit� de Bonn, puis se rend � Paris, o� il travaille dans le laboratoire de Charles Wurtz. Il est nomm� professeur �</p><p>Utrecht, enseigne ensuite � Amsterdam, puis enfin, en 1896, � Berlin, o� il devient directeur de l�Institut physique de Charlottenburg. On lui doit encore la fondation de l�Institut de chimie physique d�Amsterdam, et il a �t� l�un des directeurs de la c�l�bre Revue de chimie physique, �dit�e � Leipzig.</p><p>Van�t Hoff est, en m�me temps que le Fran�ais Achille Le Bel et ind�pendamment de celui-ci, le cr�ateur de la st�r�ochimie*. Tous deux observent en effet que seule une repr�sentation spatiale permet de rendre compte des deux formes isom�riques de l�acide tartrique, isol�es en 1848 par Pasteur* ; ils montrent que les quatre liaisons de l�atome de carbone doivent occuper les sommets d�un t�tra�dre r�gulier.</p><p>Cette th�orie permet de pr�voir de nombreux cas d�isom�ries nouvelles, que confirme l�exp�rience. Van�t Hoff imagine en particulier l�isom�rie cis-trans des compos�s � double liaison pour interpr�ter la diff�rence entre les acides mal�ique et fumarique. Il</p><p>indique, en 1874, la relation existant entre les propri�t�s optiques et la structure des combinaisons chimiques, tous les compos�s pr�sentant un carbone asym�trique devant agir sur la lumi�re polaris�e.</p><p>Une deuxi�me activit� de Van�t Hoff appara�t en 1884, lorsqu�il pose les fondements de la cin�tique* chimique, montrant l�influence des concentrations et de la temp�rature sur les �quilibres physico-chimiques. Il �tablit les lois quantitatives du d�placement de l��quilibre*, qu�il publie en 1885</p><p>dans son ouvrage Lois de l��quilibre, chimique.</p><p>C�est enfin en 1886 qu�il met en</p><p>�vidence l�extr�me analogie entre les solutions dilu�es et les gaz parfaits. Il �tudie la pression osmotique au moyen des parois semi-perm�ables, donne une th�orie de cette pression osmotique, d�o� se d�duisent, conform�ment aux travaux de Fran�ois Raoult, les diverses lois de tonom�trie, d��bulliom�-</p><p>trie et de cryom�trie.</p><p>L�ensemble de ces travaux remar-</p><p>quables vaut � Van�t Hoff d��tre le premier titulaire du prix Nobel de chimie, en 1901.</p><p>R. T.</p><p>&amp; E. J. Cohen, Jacobus Henricus Van�t Hoff (Leipzig, 1912).</p><p>vaporisation</p><p>Passage d�un corps de l��tat liquide � l��tat de vapeur. (La transformation in-downloadModeText.vue.download 167 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11378</p><p>verse est la condensation de la vapeur, ou liqu�faction*.)</p><p>La vaporisation peut avoir lieu dans le vide, ou encore en pr�sence d�un gaz �tranger. Dans le vide, la vaporisation, rapide et tumultueuse, est un ph�no-m�ne interne qui pr�sente les caract�res d�une �bullition retard�e ; elle est lente au contraire, n�int�ressant que</p><p>la surface du liquide, si celui-ci est au contact d�un gaz exer�ant une pression suffisante ; c�est alors une �vaporation.</p><p>Dans les deux cas cependant, si le volume offert � la vapeur est limit�, la vaporisation cesse quand la pression de la vapeur au-dessus du liquide atteint une valeur qui, pour un corps pur donn�, ne d�pend que de la temp�rature ; cette pression maximale de la vapeur est dite aussi � pression de vapeur saturante �</p><p>du liquide.</p><p>�quilibre</p><p>liquide-vapeur</p><p>� l��chelle microscopique, la vaporisation est le r�sultat de l��vasion, � travers la surface du liquide, des mol�-</p><p>cules les plus rapides, qui parviennent ainsi � �chapper � l�attraction des autres mol�cules du liquide ; mais, � l�inverse, les mol�cules de vapeur qui heurtent la surface du liquide sont de nouveau absorb�es par lui et se recondensent. Alors que l��vasion des mol�cules est un ph�nom�ne qui, pour un liquide donn�, ne d�pend que de la temp�rature et ob�it aux lois de la thermodynamique* statistique, l�importance de la recondensation cro�t avec le nombre des mol�cules de vapeur, donc avec la pression que celle-ci exerce ; on comprend d�s lors qu�un �quilibre dynamique, r�versible, s��tablisse � temp�rature donn�e, pour une certaine valeur de la pression de la vapeur.</p><p>L��quilibre liquide-vapeur est uni-variant (1 constituant, 2 phases), ce qui entra�ne que les deux facteurs de l��quilibre, pression et temp�rature, sont li�s par une relation p = f (T).</p><p>La repr�sentation graphique de cette fonction constitue la courbe de vaporisation du liquide (fig. 1). Elle a pour tous les liquides les m�mes caract�res essentiels, qui sont ceux de l��quilibre liquide-vapeur.</p><p>y L�ordonn�e p cro�t avec T, en</p><p>accord avec les lois du d�placement de l��quilibre, la vaporisation absorbant de la chaleur et augmentant le volume ; la croissance de p est de plus en plus rapide � mesure que la temp�-</p><p>rature s��l�ve.</p><p>La courbe est limit�e : vers les tem-</p><p>p�ratures �lev�es, au point critique C, o� toutes les propri�t�s et constantes physiques deviennent les m�mes pour le liquide et sa vapeur saturante, et o� s�annule la chaleur de transition ; vers les basses temp�ratures, au point triple T (v. corps pur), o� la courbe de vaporisation rejoint celles de fusion et de sublimation ; toutefois, cette derni�re limite n�est pas infranchissable, et l�on peut observer, � des temp�ratures inf�rieures � celle du point triple, des �quilibres m�tastables entre le liquide et sa vapeur, cons�cutifs � une surfusion du liquide (v. fusion).</p><p>y Cette courbe, lieu des points figuratifs de l��quilibre liquide-vapeur, partage le plan en deux r�gions : au-dessus, celle des �tats stables du liquide seul ; au-dessous, celle des �tats stables d�une vapeur non en pr�sence de liquide et � des pressions inf�rieures � la pression de vapeur saturante : une telle vapeur est dite</p><p>� s�che �, ses propri�t�s sont celles d�un gaz, elle ob�it en premi�re approximation aux lois de Mariotte et de Gay-Lussac. Le passage de l�une � l�autre r�gion, qui s�accompagne d�une discontinuit� si l�on franchit la courbe de vaporisation, peut cependant s�effectuer de fa�on enti�rement continue si l�on contourne le point critique : il y a continuit� entre l��tat liquide et l��tat gazeux.</p><p>y On peut observer, entre le point triple et le point critique, des �quilibres m�tastables liquide-vapeur, r�sultant d�un retard � la condensation de la vapeur et dans lesquels le liquide est en pr�sence d�une vapeur dite � sursaturante �, dont la pression est sup�rieure � la pression de l��quilibre stable � la temp�rature consid�r�e ; ces �quilibres m�tastables ne peuvent toutefois �tre observ�s qu�en l�absence rigoureuse de poussi�res, lesquelles constituent des supports pour la condensation.</p><p>Il est � noter qu�on peut �galement soumettre un liquide � une pression inf�rieure � sa pression maximale de vapeur, et m�me exercer sur lui, par l�interm�diaire d�une colonne de mercure, une traction (pression n�gative), sans qu�il se vaporise ; mais il s�agit l�</p><p>d�un retard � l��bullition*.</p><p>Formes math�matiques</p><p>de la fonction p = f(T)</p><p>y On dispose, dans le cas particulier mais important de l�eau, d�une formule empirique, dite � de Duperray �, p = (t/100) 4 qui donne, � quelques pour cent pr�s, en fonction de la temp�rature Celsius t, entre 100 et 200 �C, en kilos par centim�tre carr�, pratiquement en atmosph�res, la pression maximale de la vapeur d�eau. Le principal int�r�t de cette formule est sa facilit� d�application.</p><p>y D�autres formules, d�emploi g�n�-</p><p>ral, tirent leur forme, mais non les valeurs de leurs coefficients, de consid�rations th�oriques. Telles sont : la formule d�August (Callendar, Ran-kine), ou celle, plus com-</p><p>pl�te, de Dupr�,</p><p>Elles sont tir�es de la formule de Clapeyron ; ce sont �galement les formes auxquelles conduit la th�orie mol�culaire esquiss�e plus haut. Leur pr�cision peut �tre excellente, loin du point critique.</p><p>Cas o� la temp�rature</p><p>n�est pas uniforme</p><p>Un �quilibre liquide-vapeur n�est alors possible que lorsque la pression de la vapeur est celle qui correspond � la partie la plus froide de la paroi : c�est le � principe � de la paroi froide, ou de Watt. L��volution du syst�me vers l��quilibre entra�ne une vaporisation dans les parties chaudes et une condensation dans les parties froides ; d�o� une application � la distillation*.</p><p>Chaleur de vaporisation</p><p>La vaporisation absorbe de la chaleur ; on d�finit la chaleur latente Lv, massique (ou molaire), de vaporisation d�un liquide � la temp�rature T comme la chaleur qu�il faut fournir � l�unit� de masse (ou � la mole) d�un liquide pour sa vaporisation, effectu�e par voie r�versible � la temp�rature T et sous la pression de vapeur saturante du liquide ; c�est donc aussi la variation d�enthalpie &#x394;H qui accompagne cette</p><p>transition. Comme on a, par d�finition, &#x394;H = &#x394;U + &#x394; (pv), on voit que Lv est la somme de deux termes positifs : &#x394;U, variation d��nergie interne dans le passage du liquide � la vapeur, &#x394;(pv) = p � &#x394;v, travail fourni par la vapeur dans cette op�ration.</p><p>On mesure une chaleur de vapori-</p><p>sation par calorim�trie. Cela a �t� fait pour l�eau par Regnault, qui a repr�-</p><p>sent� l�ensemble de ses mesures par la formule Lv = 606,5 � 0,695 � t (�C), en calories par gramme, assez pr�cise entre 50 et 200 �C. Mais, les mesures �tant difficiles ou peu pr�cises, il vaut mieux en g�n�ral calculer Lv � l�aide de la formule de Clapeyron (v. corps pur).</p><p>On peut, pour obtenir cette formule dans le cas particulier de la vaporisation, appliquer le th�or�me de Carnot � un moteur thermique fonctionnant par voie r�versible entre deux sources � temp�ratures T et T � dT, l�agent d��volution �tant un m�lange de liquide et de sa vapeur. Le cycle est alors form�, � l�int�rieur de la courbe de saturation du liquide, de deux portions de paliers de liqu�faction voisins et de deux segments d�isentropiques (fig. 2).</p><p>Si au contact de la source chaude m grammes du liquide sont vaporis�s, la chaleur emprunt�e est Q1 = m � Lv.</p><p>Quant au travail produit, il est, pour un downloadModeText.vue.download 168 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11379</p><p>cycle, mesur� par l�aire du quadrilat�re ABCD :</p><p>avec &#x394;v = m � (uv � ul), uv et ul volumes massiques de la vapeur saturante et du liquide. Le rendement de Carnot �tant on a donc</p><p>d�o� enfin Lv est fonc-</p><p>tion d�croissante de T, malgr� l�augmentation de la diminution de</p><p>uv � ul et celle de Lv deviennent tr�s rapides au voisinage du point critique (fig. 3), en lequel Lv s�annule avec restant fini au point critique.</p><p>R. D.</p><p>Var. 83</p><p>D�part. de la R�gion Provence*-C�te d�Azur ; 5 999 km 2 ; 626 093 hab.</p><p>(Varois). Ch.-l. Toulon*. S.-pr�f. Brignoles et Draguignan. En 1974, la pr�-</p><p>fecture a �t� transf�r�e de Draguignan � Toulon, Brignoles devenant ch.-l.</p><p>d�arrond.</p><p>Riverain de la M�diterran�e, le</p><p>d�partement participe au mouvement touristique qui anime la C�te d�Azur voisine et s��quipe rapidement.</p><p>Le Var s��tend sur trois unit�s</p><p>physiques bien individualis�es. Au nord, � la limite du ca�on du Verdon, s��tendent de hauts plateaux calcaires, arides et karstifi�s (plan de Canjuers utilis� par l�Arm�e et plans de Provence), et des cha�nons calcaires �galement orient�s est-ouest (la Sainte-Baume, qui culmine � 1 154 m). Au sud, donnant sur la mer et m�nageant une s�rie de falaises interrompues par de rares plages, les massifs anciens des Maures et de l�Est�rel (616 m au mont Vinaigre) donnent des caps (Sici�, B�nat, Lardier, Camarat) et des indentations (rades de Toulon et d�Hy�res, golfe de Saint-Tropez) ; au large, audel� du tombolo double de la presqu��le de Giens se trouvent les �les d�Hy�res (Porquerolles, Port-Cros et l��le du Levant). Au contact des deux ensembles morphologiques se situe la d�pression de l�Argens, d�blay�e dans les gr�s rouges du Permien et emprunt�e par le couloir qui assure les communications entre Toulon et Fr�jus.</p><p>Le climat montre une zone de transition entre les pays du Bas-Rh�ne (avec un ensoleillement plus important, un nombre de jours de gel plus r�duit, facilitant � la fois les cultures de primeurs et une fr�quentation touristique plus �tal�e dans l�ann�e) et la C�te d�Azur. Mais l�aridit� des �t�s favorise la propagation et la multiplication des incendies dans la pin�de et la suberaie (for�t de ch�nes-li�ges). La for�t varoise, largement endommag�e, d�tient un record peu enviable : 120 000 ha au total ont �t� d�truits au cours de la derni�re d�cennie. De plus, les pins mari-</p><p>times subissent depuis quelques ann�es les attaques d�un parasite qui d�truit rapidement des arbres centenaires ; enfin, les progr�s de l�habitat pavillonnaire contribuent encore � la r�gression d�espaces jusqu�ici bois�s. Depuis 1962, le nombre de permis de construire accord�s dans le d�partement ne s�est jamais abaiss� au-dessous de dix mille par an.</p><p>La population, en croissance rapide, est surtout concentr�e dans les villes (87 p. 100 dans des centres comptant au moins 10 000 hab.). Entre 1968 et 1975, Draguignan a progress� de plus de 15 p. 100 ; Brignoles, de 11 p. 100, plus que Toulon (4 p. 100). L�ensemble Toulon-La-Seyne-sur-Mer offre plus de 16 000 emplois industriels et regroupe plus de 220 000 habitants. Viennent ensuite Hy�res (39593 hab.), Fr�jus (30 607 hab.), fi�re de ses h�ritages romains, Draguignan (22 406 hab.), ancienne capitale administrative, et Saint-Rapha�l (21 368 hab.). De 1936 � 1975, l�arrondissement de Draguignan n�a gagn� que 72 000 habitants, mais Fr�jus, Sainte-Maxime et Saint-Rapha�l ont vu plus que doubler leur population ; l�arrondissement de Toulon a gagn� 152 000 habitants, et d�sormais la seule ville concentre le tiers de la population du d�partement ; le ruban littoral continue � b�n�ficier de l�essentiel de la progression d�mographique.</p><p>La production viticole est de qualit� avec plus de 2 Mhl de vin, dont les � ros�s de Provence � ; s�y ajoutent 850 ha de fleurs (gla�eul, oeillet, mimosa, an�mone) et 15 000 ha de</p><p>cultures fruiti�res et mara�ch�res (artichaut, p�che, raisin).</p><p>Le bassin de Brignoles fournit les trois quarts des bauxites fran�aises (2,5 Mt sur un total de 3,3 Mt en 1973).</p><p>Un millier de mineurs se r�partit entre les diff�rentes firmes, Aluminium Pechiney (650), Sabop (S. A. des bauxites et alumines de Provence, filiale d�Alcan), Alusuisse-France. Cependant, on peut se demander quel sera l�avenir du bassin devant les importations r�alis�es ou pr�vues (de Guin�e en particulier) ; les gisements d�acc�s ais� sont d�j� �cr�m�s, et la mine de Mazaugues atteint d�j� la cote � 400 m.</p><p>Le tourisme reste une activit� essentielle par : la pr�sence de stations renomm�es au niveau international comme Saint-Tropez* ; l�extension de cit�s lacustres � Port-Grimaud et aux marines de Cogolin, � la D�sirade sur les Salins-d�Hy�res, qui comptera 7 000 logements et autant de places de mouillage � quai ; la fr�quentation accrue des plages, Bandol et Sanary-sur-Mer, Les Sablettes et Saint-Mandrier-sur-Mer, Cavalaire-sur-Mer, Sainte-Maxime et Saint-Rapha�l, etc. ; l�agrandissement de ports d�j� existants comme � Bormes-les-Mimosas</p><p>et la descente des � villages perch�s �, qui voient se multiplier les r�sidences secondaires. Mais, � la diff�rence de la C�te d�Azur, se maintient dans le Var un tourisme social important ; les nombreuses colonies de vacances placent le d�partement au premier rang de la R�gion (approximativement 800 000 journ�es d�accueil pour les enfants) et certainement de toute la fa�ade m�diterran�enne.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>F C�te d�Azur / Provence-C�te d�Azur / Saint-Tropez / Toulon.</p><p>varech</p><p>Le terme de varech, d�origine normande, est tr�s ancien, mais, jusqu�� la fin du XVIIe s., il a d�sign� les �paves de la mer, de quelque origine qu�elles soient ; il ne s�applique plus qu�aux �paves d�Algues* ou encore aux Algues c�ti�res elles-m�mes. Le terme breton de go�mon a exactement la</p><p>m�me signification.</p><p>Le varech est constitu� par les v�g�-</p><p>taux marins poussant � proximit� de la c�te et susceptibles d��tre coup�s � mar�e basse ou r�colt�s en �paves (laisses de mer). Les plus abondants de ces v�g�taux sont des Fucus et des Laminaires, Algues brunes dans les deux cas ; on trouve �galement d�autres Algues brunes, des Algues rouges, des Algues vertes et m�me des d�bris de Phan�rogames marines. Bien entendu, la composition sp�cifique de ces varechs varie consid�rablement avec le lieu ainsi qu�avec l��poque ; leur composition chimique �galement.</p><p>Les Laminaires ainsi que des Algues rouges fournissent � l�industrie des produits bien d�finis (alginates, agar-agar) et peuvent �tre utilis�es, apr�s quelques manipulations, m�me dans l��conomie domestique, pour confectionner des gel�es alimentaires. On se sert alors plut�t des Algues r�colt�es sur pied, pour assurer la qualit� du produit ; il est bien rare en effet que, dans un tas de varech, une partie au moins ne soit pas promptement d�compos�e et donc inutilisable pour de tels usages.</p><p>Par contre, on peut faire s�cher le varech pour en faire un mat�riau de rembourrage (literie � usage humain, liti�res pour le b�tail) ; ce sont alors les Fucus et autres Fucales qui sont les plus appr�ci�s, vu la r�sistance de leurs parois.</p><p>Mais aujourd�hui le varech n�est plus gu�re employ� que comme engrais.</p><p>Pour ce faire, il est mis en tas, dessal�, �pandu et enfin enfoui. Il contient au d�part des sucres, des mucilages, des huiles, des prot�ines, des sels min�-</p><p>raux, mais le stockage, le dessalage et l�enfouissement modifient profond�-</p><p>ment sa composition gr�ce � l�attaque bact�rienne classique, qui provoque des ph�nom�nes de putr�faction et d�humification ; c�est en quelque sorte un engrais vert, comparable, sinon identique, au Tr�fle ou � la Luzerne, que l�on peut incorporer au sol pour l�am�liorer. Le varech est donc, comme dans tous les cas semblables, un producteur de micro-organismes qui assureront la fertilisation du sol.</p><p>Une autre pratique consiste � br�ler le varech suffisamment dess�ch�. En r�alit�, cela ne se faisait de fa�on courante que lorsqu�on cherchait � retirer des cendres de la soude et de l�iode ; cela se pratique encore lorsqu�on s�ef-downloadModeText.vue.download 169 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11380</p><p>force surtout d�enrichir le sol en sels min�raux.</p><p>C�est essentiellement en Bretagne et</p><p>en Normandie que le fumage par varech est d�velopp� ; il est g�n�ralement coupl� avec un amendement par calcaire d�origine marine (ma�rl) lorsque la nature du sol le demande. D�autres produits de la mer peuvent encore �tre ajout�s : par exemple, en Normandie, les Etoiles de mer sont aussi enfouies dans les terres cultiv�es. On comprend ais�ment que ces pratiques soient pr�-</p><p>cieuses dans les r�gions o� le varech est abondant et ais� � collecter, mais la valeur des fumures a fait rechercher, dans d�autres pays, si l�on ne pourrait pas extraire de la mer au moins des �l�ments d�appoint. Des �tudes ont �t� ainsi faites en Gr�ce, mais, comme le produit y est peu abondant, on a essay� de l�am�liorer par des arrosages de produits azot�s, notamment d�ur�e ; le r�sultat obtenu est bon, mais ne peut gu�re �tre appliqu� de fa�on �conomique, sinon dans des endroits tr�s localis�s.</p><p>Il faut encore rappeler que, sous pr�-</p><p>texte d�enrichir la terre �merg�e, on ne peut se permettre de ravager les fonds marins. La l�gislation de la collecte du varech existe depuis longtemps et se r�v�le d�ailleurs fort complexe ; elle risque d��tre insuffisante devant la puissance des proc�d�s modernes et parce qu�elle ne s�int�resse qu�� la zone bordi�re.</p><p>M. D.</p><p>Var�se (Edgard)</p><p>Compositeur d�origine fran�aise, naturalis� am�ricain (Paris 1883 - New York 1965).</p><p>La vie</p><p>Il est d�s son enfance envoy� dans la famille paysanne de sa m�re, en Bourgogne, pr�s de Tournus, dont la basilique romane d�termine sa formation profonde et incline son esprit vers l�architecture : � S�il y a quelque force ou quelque beaut� dans ma musique, je le dois � Saint-Philibert de Tournus. �</p><p>L�, dans le petit village du Villars, il grandit entre son grand-p�re, vigneron, et son grand-oncle, tonnelier. � l��ge de neuf ans, il doit suivre ses parents � Turin, o� il commence � apprendre la musique en cachette de son p�re.</p><p>Celui-ci veut le pr�senter au coll�ge polytechnique de Zurich, mais, apr�s la mort de sa m�re, Var�se, r�volt� contre toute autorit�, s�enfuit de la maison paternelle pour �tudier la musique � Paris.</p><p>En 1903, il entre � la Schola cantorum, dans la classe de Vincent d�Indy, qu�il ne tarde pas � quitter. Avec Albert Roussel, il apprend le contrepoint, et la fugue dans la classe de C. M. Widor au Conservatoire. Charles Bordes lui r�v�le les ma�tres du Moyen �ge et de la Renaissance, dont, toute sa vie, il dirigera les oeuvres, � partir de la cr�ation de la chorale de l�Universit� populaire en 1906. Il aime P�rotin et Guillaume de Machaut, Josquin Des Pr�s et Victoria, se passionne pour Monteverdi et Marc Antoine Charpentier, sans oublier les organistes, Jehan Titelouze ou Nicolas de Grigny.</p><p>La lecture d�ouvrages scientifiques l�aide � pr�ciser les principes de la nouvelle musique qu�il pressent, l�art-science de la musique, comme il le d�finit. Il �tudie Helmholtz, poursuivant lui-m�me des exp�riences sur le son, les r�sonances, les sir�nes, dont le son continu dessine des paraboles. Ses t�tonnements sont soudain �clair�s par la d�finition de Wronski : � La musique est la corporification de l�intelligence qui est dans les sons. � Var�se commente : � Je trouvais, pour la premi�re fois, une conception de la musique parfaitement intelligible, � la fois nouvelle et stimulante. Gr�ce � elle, sans doute, je commen�ai � concevoir la musique comme �tant spatiale, comme de mouvants corps sonores dans l�espace, conception que je d�veloppai graduellement et fis mienne. J�ai compris tr�s t�t qu�il me serait difficile ou impossible d�exprimer avec les moyens mis � ma disposition les id�es qui me venaient. J�ai m�me commenc� tr�s t�t, d�s cette �poque, � caresser le projet d�affranchir la musique du syst�me temp�r�, de la d�livrer des limitations impos�es par les instruments en usage et par toutes ces ann�es de mauvaises habitudes qu�on appelle, de fa�on erron�e, la tradition. �</p><p>� vingt ans, il s�est donc engag� sur sa propre voie, celle qui va le conduire</p><p>� lib�rer la musique de carcans d�suets, � mettre les d�couvertes de notre si�cle au service de son art. Il refusera toujours de s�asservir � la s�cheresse des th�ories, pr�f�rant m�diter sur Aris-tox�ne de Tarente et Aristote, sur L�onard de Vinci, Copernic ou Paracelse, qui stimuleront vigoureusement son imagination, car, aimera-t-il � r�p�ter, le dernier mot est imagination.</p><p>� Paris, puis � Berlin, o� il vit de 1908 � la Premi�re Guerre mondiale, il se lie avec Debussy*, Busoni*, Richard Strauss*, Carl Muck (1859-1940). Romain Rolland le prot�ge et l�encourage. Il fr�quente surtout les peintres, les po�tes et les savants ; le sculpteur Julio Gonz�lez* est son ami d�s son adolescence. Il conna�t toutes les personnalit�s marquantes de son temps.</p><p>En 1910, ann�e de la naissance de sa fille Claude, sa premi�re oeuvre symphonique, Bourgogne, est ex�cut�e sous la direction de Josef Stransky � la t�te du Bl�thner Orchestra. M�me � Berlin, c�est un scandale. Var�se en d�truira le manuscrit vers 1960 ; toutes les autres oeuvres et esquisses de cette p�riode ont disparu pendant la Premi�re Guerre mondiale. Var�se est alors mobilis�, puis r�form� � la suite d�une double pneumonie.</p><p>En d�cembre 1915, il s�embarque</p><p>pour l�Am�rique, s�installe � New York, o�, malgr� sa pauvret�, il poursuit ses exp�riences sur les possibilit�s de l�enregistrement sonore. En 1917, il dirige la Grand-Messe des morts de Berlioz � � la m�moire des morts de toutes les nations � et devient d�s lors c�l�bre comme chef d�orchestre.</p><p>Souhaitant faire conna�tre la musique moderne, il fonde en 1919 le New</p><p>Symphony Orchestra, puis en 1921</p><p>l�International Composers� Guild, qui cr�e ou donne en premi�re audition am�ricaine les principales oeuvres contemporaines. Il rencontre Louise Norton, qu�il �pouse bient�t ; traduc-trice de Rimbaud et de Michaux, de Saint-John Perse et de Julien Gracq, celle-ci sera une admirable compagne, tout au long d�une vie marqu�e par le d�nuement, l�adversit�, les crises de d�couragement et d�angoisse que dis-</p><p>simule le temp�rament chaleureux de Var�se.</p><p>De 1918 � 1921, gr�ce � deux m�-</p><p>c�nes anonymes, il peut se consacrer � la composition des Am�riques, oeuvre destin�e � un tr�s grand orchestre, qui ne fut ex�cut�e qu�en 1926. Il �crit ensuite deux m�lodies pour soprano et orchestre de chambre, puis se succ�dent, concis, ramass�s, d�terminant un nouvel univers sonore, Hyperprism (1923), Octandre (1924), Int�grales (1925). Deux ans plus tard, Var�se termine une oeuvre de grande envergure, Arcana, puis en 1928 il part pour Paris o� il reste cinq ans. Mais on ne comprendra rien � la n�cessit� de � forger des modes d�expression nouveaux �, et le compositeur ne pourra r�aliser ses projets de cr�ation d�un nouvel institut musical, doubl� d�un laboratoire de recherches acoustiques. Il retourne � New York, d��u, amer. Il rapporte l�oeuvre qu�il a termin�e en 1931, Ionisation, pour percussions seules. En 1934, Nicolas Slonimsky dirige Ecuatorial, pour voix de basse et orchestre, sur un texte fervent du Popol-Vuh des Mayas. En 1936, Var�se consent �</p><p>�crire Densit� 21,5 pour la fl�te en platine de Georges Barr�re, puis il s�enfonce dans un silence de vingt ann�es, qu�il consacre � la m�ditation.</p><p>Il ne trouve aucun organisme pour s�int�resser � ses conceptions, � la cr�ation et � l�utilisation de machines �lectroniques destin�es � former les �l�ments d�un univers sonore inou�. Il voyage, vit dans les d�serts du Nouveau-Mexique, fait des conf�rences � Santa Fe, puis regagne New York ; il y fonde, en 1941, le Greater New York Chorus, dont le r�le est � de conserver, de propager et de b�tir �. Var�se ajoute, en ce temps de guerre mondiale : � � notre �poque de crise, il est de la plus grande importance de prot�ger nos valeurs culturelles et m�me plus important de les d�passer et d��difier de nouvelles r�alit�s. � Il conna�t alors une �lite qui a fui le nazisme, fr�quente Sch�nberg* et B�la Bart�k*, Malraux* et L�vi-Strauss*. Henry Miller* lui consacre une partie du Cauchemar climatis�, relevant cette phrase de Var�se : � Je voudrais quelque chose qui donne l�impression du d�sert de</p><p>Gobi. �</p><p>En 1950, apr�s la sortie de son premier microsillon et de son cours de composition � Darmstadt, il commence la partition instrumentale de D�serts, tout en enregistrant des sons qu�il manipule sur son magn�tophone pour construire les interpolations de � son organis� �. Henry Barraud l�invite � terminer cette musique sur bande magn�tique dans les Studios d�essai de Pierre Schaeffer. En octobre 1954, Var�se revient � Paris et le 2 d�cembre, au th��tre des Champs-�lys�es, les D�-</p><p>serts sont ex�cut�s sous la direction de Hermann Scherchen, Pierre Henry assurant la diffusion des interpolations en</p><p>� son organis� �. Le scandale est comparable � celui du Sacre du Printemps.</p><p>Lorsque Le Corbusier* est charg�</p><p>par Philips de construire un pavillon pour l�Exposition universelle de</p><p>Bruxelles, il exige la participation de Var�se, qui compose le Po�me �lectronique � Eindhoven dans l�hiver 1957-58. La conception et la r�alisation de l�architecture sont confi�es � Yannis Xenakis*.</p><p>downloadModeText.vue.download 170 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11381</p><p>Au retour de Var�se � New York, sa musique est enfin connue et estim�e. Il devient c�l�bre ; on organise concerts, rencontres et conf�rences dans les universit�s am�ricaines. Ricordi �dite ses partitions, plusieurs disques sont enregistr�s, tandis que Var�se poursuit la composition de Nocturnal pour soprano solo, choeur de basses et orchestre. Une premi�re partie est jou�e en 1961, mais le compositeur ne pourra terminer son oeuvre : le 6 novembre 1965, il meurt � l�h�pital universitaire de New York. Xenakis d�clarera :</p><p>� C��tait notre grand alchimiste, le d�-</p><p>couvreur de terres vierges, l�inventeur d�une nouvelle combinatoire des sons</p><p>[...] Var�se est peut-�tre le premier qui ne se soit fi� qu�� son instinct, le premier � concevoir et � ma�triser le son en soi, le son non mesurable, le premier � composer les sons au lieu d��crire des notes de musique. �</p><p>L�oeuvre</p><p>� Mon oeuvre commence avec les Am�-</p><p>riques �, disait Var�se. Le th�me de cette oeuvre est � une m�ditation sur les possibilit�s extraordinaires de notre nouvelle civilisation �. L�esprit est proche encore de Berlioz, mais le compositeur se sert, d�s 1921, de moyens inhabituels. Ainsi utilise-t-il le son pur, qui agit sur les harmoniques comme le prisme de cristal sur la lumi�re pure :</p><p>� Cette utilisation les irradie en mille vibrations vari�es et inattendues. � Il introduit des �l�ments g�om�triques, brise les rythmes, coupe les intensit�s brusquement, agit sur la dynamique pour produire des pulsations d�une violente vitalit�, d�o� l�angoisse n�est pas �cart�e. Les th�mes et les plans s�engendrent les uns des autres, jusqu�� un final incantatoire.</p><p>Les Offrandes, pour soprano et petit orchestre, t�moignent d�une volont� de sobri�t�, de raffinement, plus proche d�un Debussy que d�un Sch�nberg.</p><p>L��criture instrumentale est carac-t�ristique de Var�se : notes r�p�t�es, extr�me pr�cision du dynamisme,</p><p>modelage d�une tenue par le souffle de l�ex�cutant. Les inventions, les d�couvertes fourmillent. La voix se d�ploie sur une large tessiture, tandis que le sentiment harmonique s�estompe pour laisser place � des accords de timbres, des jeux de lumi�re, des rythmes dont la libert� est m�ticuleusement contr�l�e.</p><p>Hyperprism, compos� en 1922-23</p><p>et que l�on consid�re souvent comme la premi�re oeuvre de musique spatiale, s�inspire de la d�composition de la lumi�re dans les prismes, cr�ant</p><p>� une impression auditive de d�formation prismatique �. Var�se explique :</p><p>� Dans mon oeuvre, on trouve, � la place de l�ancien contrepoint lin�aire fixe, le mouvement de plans et de masses sonores, variant en intensit� et en densit�. Quand ces sons entrent en collision, il en r�sulte des ph�nom�nes de p�n�tration ou de r�pulsion. � L�oeuvre est construite � partir d�une cellule, une note pr�c�d�e de son appoggiature, cellule de base soumise � des variations, � des � transmutations �, selon la terminologie de Var�se.</p><p>L�ann�e suivante, en 1924, Octandre, pour huit instruments (sept � vent et une contrebasse � cordes), se pr�sente comme une suite fran�aise en triptyque, avec de fr�quentes indications, techniques ou po�tiques. Cette apparente simplicit�, qui attire les ex�cutants, dissimule une prodigieuse science orchestrale, issue des conceptions de Helmholtz sur la r�sonance, les sons harmoniques, les timbres.</p><p>La ligne m�lodique, tr�s libre, repose en fait sur une ossature englobant les douze sons ; elle utilise de fr�quents chromatismes retourn�s et de grands sauts d�intervalles.</p><p>Les Int�grales, achev�es par Var�se en 1925, sont inspir�es par des rapports entre l�auditif et le visuel et tendues vers la d�couverte de nouveaux instruments �lectroniques. � Les Int�grales, expliqua Var�se, furent con�ues pour une projection spatiale. Je les construisis pour certains moyens acoustiques qui n�existaient pas encore, mais qui, je le savais, pouvaient �tre r�alis�s et seraient utilis�s t�t ou tard... Tandis que dans notre syst�me musical nous r�partissons des quantit�s dont les valeurs sont fixes, dans la r�alisation que je souhaitais, les valeurs auraient continuellement chang� en relation avec une constante. En d�autres termes, �aurait �t� comme une s�rie de variations o� les changements auraient r�sult� de l�g�res alt�rations de la forme d�une fonction ou de la transposition d�une fonction � l�autre. � L�oeuvre repose sur un appel obs�dant, soumis � transmutations. Olivier Messiaen* y reconnut diff�rents principes qui seront r�alis�s trente ans plus tard par la musique concr�te ou �lectronique, gr�ce aux d�veloppements de l�enregistrement sonore.</p><p>Arcana, de dimensions monumen-</p><p>tales, fut termin� en 1927, en hommage � Paracelse. Var�se fut-il un alchimiste des sons ? Il d�couvrit certains secrets, qu�il n�aimait gu�re communiquer, secrets, connaissances toutes personnelles, � l�issue de ses recherches. Pour lui, la musique fut un art-science o� l�imagination s�appuie sur une solide armature. Arcana peut �tre consid�r� comme une vaste amplification de la</p><p>passacaille, reposant sur onze sons et trois notes seulement avec de multiples id�es secondaires. Var�se attachait une grande importance � la volont� d�incantation de cette oeuvre.</p><p>Dans Ionisation, sa premi�re par-</p><p>tition importante pour percussions seules, achev�e � Paris en 1931, Var�se s�para le timbre de la hauteur de son conventionnelle, la note temp�r�e �tant farouchement �cart�e. Il y manifesta sa conception du rythme, � l�immobile charg� de sa puissance �, pr�cisant :</p><p>� Les nouveaux concepts de l�astronomie nous permettent de consid�rer le rythme comme un �l�ment de stabilit�, et non comme l�ordonnance de certaines cadences ou de certains d�calages m�triques... Le rythme, en musique, donne non seulement la vie, mais la coh�sion... Ceci correspond davantage � la conception du rythme en physique et en philosophie, c�est-�-</p><p>dire une succession d��tats alternatifs, oppos�s ou corr�latifs. � Nicolas Slonimsky, d�dicataire de l�oeuvre, en fait une analyse minutieuse o� il compare sa forme � celle de la sonate-ouverture.</p><p>En 1934, Var�se pr�senta sa partition d�Ecuatorial, pour voix de basse et orchestre : � Le texte d�Ecuatorial est extrait du livre sacr� des Mayas Quich�s, le Popol-Vuh ; c�est l�invocation de la tribu perdue dans les montagnes apr�s avoir quitt� la � Cit� de l�Abondance �. Le titre sugg�re simplement les r�gions o� fleurissait l�art pr�colombien. Je voulais donner � la musique la m�me intensit� rude, �l�-</p><p>mentaire, qui caract�rise ces oeuvres �tranges et primitives. L�ex�cution devrait �tre dramatique et incantatoire, guid�e par la ferveur implorante du texte, et suivre les indications dynamiques de la partition. � La puissance �motionnelle de l�oeuvre s�impose avec violence, les innovations de l��criture sont proches du son organis�.</p><p>Paradoxalement, l�une des oeuvres les plus c�l�bres de Var�se est un solo de fl�te, Densit� 21,5, command� pour l�inauguration d�une fl�te en platine, dont la densit� se chiffre par 21,5. La structure fondamentale de la m�lodie repose sur un chromatisme ascendant, avec emploi de notes-pivots ornement�es, chromatismes retourn�s, grands</p><p>sauts octaviants. L�utilisation d�effets de percussions, les changements de registre, les oppositions d�intensit� laissent supposer parfois l�emploi de plusieurs instruments.</p><p>Entre cette oeuvre pour fl�te (1936) et D�serts (1954), Var�se travailla � un projet polymorphe dont il ne donna qu�un extrait sous le titre d��tude pour</p><p>� Espace �. La partie orchestrale de D�serts fut termin�e � New York, et les interpolations pour bande magn�-</p><p>tique � Paris, dans les Studios d�essai.</p><p>Cette premi�re oeuvre en son organis�, retransmise en st�r�ophonie par la radiodiffusion, d�clencha un scandale, point de d�part d�une �re nouvelle.</p><p>Appel� � s�expliquer, Var�se �crivit :</p><p>� J�ai choisi comme titre D�serts, parce que c�est pour moi un mot magique qui sugg�re des correspondances � l�infini. D�serts signifie pour moi non seulement les d�serts physiques du sable, de la mer, des montagnes et de la neige, de l�espace ext�rieur, des rues d�sertes dans les villes, non seulement ces aspects d�pouill�s de la nature, qui �voquent la st�rilit�, l��loignement, l�existence hors du temps, mais aussi ce lointain espace int�rieur qu�aucun t�lescope ne peut atteindre, o� l�homme est seul dans un monde de myst�re et de solitude. �</p><p>Le Po�me �lectronique (1958) fut</p><p>uniquement r�alis� par des moyens �lectro-acoustiques. Command� par Le Corbusier pour sonoriser le pavillon r�alis� par Xenakis � l�Exposition universelle de Bruxelles, il fut diffus� par plus de quatre cents haut-parleurs dispos�s en groupes ou en routes de sons le long des ar�tes architecturales de cette tente de b�ton � trois pointes. Va-r�se utilisa des th�mes obsessionnels, une rigoureuse �criture contrapuntique, et, s�il se lib�ra enfin du carcan de la musique temp�r�e, il veilla � ne rien laisser au hasard. Enfin, il r�alisait la musique qu�il portait en lui.</p><p>De retour en Am�rique, il se heurta de nouveau � l�impossibilit� de travailler dans un studio correctement �quip�.</p><p>Il destina donc Nocturnal � une voix de soprano, et choeur de basses � des instruments traditionnels. Il se rapprochait du d�pouillement d�un Erik Satie*,</p><p>lorsqu�il mourut. Nocturnal fut achev�, puis �dit� par son ex�cuteur testamentaire, Chou Wen-chung. Cette derni�re partition sonne comme un requiem.</p><p>O. V.</p><p>&amp; F. Ouellette, Edgard Var�se (Seghers, 1966). / G. Charbonnier, Entretiens avec Edgard Var�se, suivis d�une �tude de l�oeuvre par Harry Halbreich (Belfond, 1970). / L. Var�se, Var�se, a Looking-Glass Diary, vol. I : 1883-1928 (New downloadModeText.vue.download 171 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11382</p><p>York, 1972). / H. Jolivet, Var�se (Hachette, 1973). / O. Vivier, Var�se (�d. du Seuil, 1973).</p><p>Vargas (Get�lio)</p><p>F BR�SIL,</p><p>variation</p><p>Notion exprimant le fait que les descendants ne sont pas rigoureusement identiques � leurs ascendants (tant dans le r�gne v�g�tal que dans le r�gne animal).</p><p>Assez complexe et confuse, cette</p><p>notion s�est progressivement clarifi�e ; les diverses analyses r�v�lent que la variation se pr�sente sous deux aspects principaux : la variation discontinue et la variation continue.</p><p>Variation discontinue</p><p>Elle correspond � l�apparition brusque, d�s la naissance, d�un ou de plusieurs caract�res nouveaux, bien diff�renci�s ; d�embl�e h�r�ditaires, ce caract�re ou ces caract�res constituent une mutation. Ce terme est de H. De Vries ; il est regrettable qu�il ait �t� utilis� auparavant par le pal�ontologiste L. Waagen pour d�signer des variations insensibles et continues ; l�acception du terme est donc diff�rente. En outre, De Vries a d�fini la mutation sur des exemplaires d�OEnoth�res qui en r�alit� n��taient pas des mutants ; mais l�usage a consacr� le terme de mutation.</p><p>La mutation, d�amplitude diverse, qui cr�e une discontinuit� dans l�es-p�ce en modifiant le g�notype, rev�t plusieurs aspects : mutations g�niques, ou ponctuelles, mutations chromo-somiques (variations structurales et num�riques des chromosomes)</p><p>[v. g�n�tique].</p><p>Variation continue</p><p>Due � l�action de l�environnement (consid�r� dans son sens le plus g�n�-</p><p>ral), son amplitude est plus ou moins grande ; elle est r�versible, c�est-�-dire non h�r�ditaire. Prenons un exemple bien connu : une plante vivace de plaine est partag�e en deux parties ; l�une est laiss�e dans son milieu habituel ; l�autre est plant�e dans une station de montagne. Au bout de quelques ann�es, l�aspect des deux plantes est totalement diff�rent ; la plante alpine ne ressemble pas � la plante de plaine ; elle est petite, voire naine, avec des feuilles rassembl�es pr�s du sol, formant des touffes et couvertes d�un feu-trage ; de l�anthocyane se d�veloppe, la coloration est plus vive ; le type alpin classique est acquis ; un accommodat est r�alis�. Cette plante � faci�s alpin, replant�e en plaine, se modifie et r�acquiert les caract�res de la plante de plaine. Les modifications acquises, propres � l�accommodat, n�affectent pas le g�notype et ne sont pas h�r�-</p><p>ditaires. Elles ne portent que sur le soma ; c�est pourquoi le terme somation*, cr�� par Ludwig Plate (1913), est synonyme d�accommodat.</p><p>Un accommodat, une somation</p><p>correspondent aux variations dans l�expression des potentialit�s d�un organisme, c�est-�-dire aux ph�notypes apparaissant sous l�action de divers facteurs (humidit�, temp�rature, lumi�re, salinit�, alimentation...). L��tude des variations des ph�notypes rel�ve d�une science, la ph�nog�n�tique.</p><p>Il convient de noter imm�diatement que certaines somations copient pour ainsi dire des mutations ; par exemple, un Gen�vrier de plaine (Juniperus communis) plant� en montagne acquiert le ph�notype prostr� caract�ristique d�une altitude sup�rieure � la li-</p><p>mite foresti�re ; il ressemble alors � un autre Gen�vrier montagnard (J. nana) qui vit normalement dans les Alpes et les Pyr�n�es ; souvent, les deux esp�ces se trouvent c�te � c�te. Mais la diff�rence entre elles se manifeste lors de la plantation de leurs graines en plaine ; les graines de communis donnent une plante �rig�e, alors que les graines de nana produisent des nana typiques � faci�s alpin. Ces somations sp�ciales sont des ph�nocopies (mot de R. B. Goldschmidt, 1935). Nous en signalerons un autre exemple. Des substances t�ratog�nes provoquent, chez les embryons de Vert�br�s, des malformations vari�es qui copient les malformations spontan�es. Ces deux cat�gories de malformations r�sultent de causes totalement diff�rentes ; les malformations provoqu�es sont des ph�nocopies.</p><p>L�existence des ph�nocopies pose</p><p>un probl�me de m�thode ; une �tude correcte des accommodats ou des somations des individus d�une m�me es-p�ce fr�quentant des milieux contrast�s (plaine, montagne, eau douce, eau sal�e, surface du sol, caverne...) exige une connaissance pr�cise du g�notype ; ainsi sera �vit� le risque de confondre les divergences d�origine soit somatique, soit g�n�tique. Le mat�riel exp�rimental id�al serait des jumeaux monozygotes porteurs du m�me g�notype ; les diff�rences ph�notypiques li�es � une vie dans des conditions diverses seraient des somations.</p><p>Il faut �galement se m�fier des exp�-</p><p>riences naturelles ; par exemple, les cavernicoles, h�tes des grottes, comptent de nombreux individus aveugles, alors que les esp�ces alli�es, superficielles, poss�dent des yeux. Cette c�cit� r�-</p><p>sulte-t-elle de l�obscurit� et du non-usage des yeux ou bien la pr�sence d�yeux d�g�n�r�s est-elle ant�rieure � l�entr�e dans le milieu souterrain ?</p><p>Somations v�g�tales</p><p>Incapables de fuir, les plantes doivent supporter l�action de l�environnement ; elles s�accommodent ou disparaissent.</p><p>Elles pr�sentent donc de nombreuses variations, accommodats ou morphoses ; selon l�agent responsable, ce</p><p>sont des hygromorphoses (humidit�), x�romorphoses (s�cheresse), thermo-morphoses (chaleur), photomorphoses (lumi�re), halomorphoses (salinit�)...</p><p>L�absence d�humidit� modifie l�aspect de la plante, car la croissance en longueur est inhib�e ; les sols secs h�bergent des formes rabougries</p><p>caract�ristiques ; au contraire, un air humide entra�ne un allongement. La forme des feuilles pr�sente parfois des modifications selon leur immersion ou leur submersion dans l�eau. Les climats secs favorisent le d�veloppement des piquants ; l�Ajonc, dont presque toutes les feuilles sont transform�es en piquants, cultiv� dans une atmosph�re satur�e d�eau, perd ses piquants, et des feuilles � folioles se d�veloppent.</p><p>Les basses temp�ratures ralentissent la croissance, d�o� l�aspect rabougri des plantes montagnardes. Des plantes maintenues � des temp�ratures diff�-</p><p>rentes changent de couleurs.</p><p>Les plantes du littoral maritime</p><p>montrent souvent des caract�res de x�-</p><p>rophytes : feuilles charnues couvertes de poils, fleurs de couleurs vives. Plant�es � l�int�rieur des terres, certains caract�res disparaissent ou diminuent d�intensit�.</p><p>Le faci�s alpin, dont nous avons d�j� parl�, montre la plasticit� v�g�tale ; outre les divers caract�res morphologiques, les esp�ces annuelles de la plaine deviennent bisannuelles ou vivaces. � 1 800 m d�altitude, 94 p. 100</p><p>downloadModeText.vue.download 172 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11383</p><p>des plantes sont vivaces, alors que seulement 50 p. 100 le sont dans la r�gion parisienne. Le changement de port selon les climats est une morphose courante. Des arbres de pays temp�r�s, introduits dans un pays chaud, modifient leur rythme de saison. � la R�union, o� une saison chaude � pluies abondantes succ�de � une saison fra�che et s�che, les Cerisiers, les P�chers, les Pommiers, les M�riers, les Ch�nes, les Vignes prennent un feuillage subper-</p><p>sistant (toutes les feuilles ne tombent pas en m�me temps).</p><p>Somations animales</p><p>De nombreux Mammif�res color�s,</p><p>plus ou moins brun�tres en �t�, subissent en hiver une mue du pelage, qui blanchit (Belette, Hermine, �cureuil...). Les animaux polaires restent blancs toute l�ann�e. Le ph�nom�ne est suffisamment g�n�ral pour que C. W. L. Gloger ait formul� une r�gle statistique �tablissant un rapport entre la couleur des Mammif�res, la temp�-</p><p>rature et l�humidit�. Dans les r�gions chaudes et humides se d�veloppent des pigmentations m�laniques, alors que dans les r�gions froides et s�ches pr�dominent des colorations jaun�tres, brun�tres (d�serts) devenant plus ou moins gris�tres (steppes) avec pr�-</p><p>dominance de blanc dans les r�gions polaires. Il en est de m�me pour des Oiseaux vari�s.</p><p>Les variations de temp�rature et</p><p>d�humidit� agissant sur les pupes provoquent des somations dans les dessins et les couleurs des Insectes ; elles reproduisent souvent des vari�t�s spontan�es (dimorphisme saisonnier, races g�ographiques).</p><p>L�alimentation exerce des effets divers sur les dimensions du tube digestif, sur la f�condit�, sur la taille. Les exp�riences r�alis�es sur les Rats, les Poules, les Grenouilles montrent que le r�gime carn� provoque l�allongement notable de l�intestin gr�le et la r�duction du gros intestin ; le r�gime v�g�-</p><p>tarien entra�ne un allongement du gros intestin. Une alimentation abondante et riche accro�t la f�condit� des Mammif�res, des Oiseaux domestiques, des Insectes. L�alimentation exerce aussi une action sur la taille ; � l�action g�n�tique s�ajoute celle du milieu ; des larves du Dipt�re Calliphora mal nourries donnent des pupes naines qui produisent des adultes nettement plus petits. Apr�s plusieurs g�n�rations d�individus nains, une alimentation abondante fait appara�tre des pupes et des adultes de taille normale.</p><p>Le d�veloppement musculaire,</p><p>fonction de l�exercice, est aussi une somation.</p><p>Int�r�t des somations La somation correspond souvent � une adaptation � des conditions de vie particuli�res ; elle permet ainsi le maintien de la plante ou de l�animal dans des milieux sp�ciaux. Mais somation ou accommod�t ne sont pas h�r�ditaires (non-h�r�dit� des caract�res acquis) ; ils ne peuvent donc se transmettre et ne constituent que des r�actions individuelles � certains facteurs. De ce fait, ils ne pr�sentent pas de valeur �volutive. Cependant, les somations, en favorisant la survie de certains organismes, participent � l��quilibre des populations et par suite peuvent peut-</p><p>�tre modifier le pool g�nique de ces populations.</p><p>Variations polyg�niques</p><p>Entre variations discontinues et variations continues se placent des variations paraissant continues et qui ne le sont pas. La polyg�nie de certains caract�res explique cette apparence ; la plupart des caract�res quantitatifs (dimensions, poids, couleurs des m�tis) sont r�gis par de nombreux g�nes, les uns agissant dans le sens plus, les autres dans le sens moins ; de nombreux individus interm�diaires se placent entre les deux extr�mes, ce qui donne l�illusion d�une variation continue. Le polygone de fr�quence de la taille de nombreux adultes, �tabli en pla�ant en abscisse les diverses classes de tailles et en ordonn�e le nombre d�adultes de chaque classe, montre la classe qui poss�de une plus grande fr�-</p><p>quence ; on l�appelle mode ; de part et d�autre du mode, le polygone est sym�-</p><p>trique, ce qui prouve qu�il y a autant de chances pour que se manifestent les variations en plus ou en moins. Ce polygone sym�trique est monomodal ; mais le polygone est parfois asym�trique et multimodal avec deux ou plusieurs modes ; cela traduit l�h�t�rog�n�it� du mat�riel �tudi� ; par exemple, la longueur des pinces du m�le de Forficula auricularia donne un polygone � deux modes correspondant � deux maximums : pince courte et pince longue.</p><p>Dans tous ces caract�res h�r�ditaires, le polyg�nisme masque la variation discontinue.</p><p>Hugo De Vries</p><p>Botaniste et biologiste n�erlandais (Haarlem 1848 - Lunteren 1935).</p><p>Professeur � Amsterdam (1877), puis � l�universit� de W�rzburg (1897), puis de nouveau � Amsterdam jusqu�en 1918. Il est �lu correspondant de l�Acad�mie des sciences de Paris le 10 f�vrier 1913. Ses premi�res recherches int�ressent la turgescence, la plasmolyse des cellules v�-</p><p>g�tales, les tropismes et la vie cellulaire des plantes. Il formula une th�orie de l�h�r�dit�, dite � de la pangen�se intracellulaire �, qui se rattache � celle des gem-mules de Darwin.</p><p>Fort s�duit par les diverses th�ories �volutives, De Vries souhaitait d�couvrir une plante qui pr�sent�t des transformations �volutives ; il crut l�avoir trouv�e en 1886 dans une Onagrac�e (OEnothera Lamarckiana), originaire d�Am�rique du Nord, qui poussait spontan�ment dans des jardins abandonn�s � Hilversum. �</p><p>c�t� de la plante typique se trouvaient des plantes en diff�rant par plusieurs caract�res, comme des sous-esp�ces. De 1886</p><p>� 1900, il exp�rimenta au jardin botanique d�Amsterdam ; sur 53 000 pieds obtenus, il en trouva 800 qui diff�raient de la plante type, se reproduisaient par autof�condation et se maintenaient d�une fa�on stable.</p><p>Ces variations d�un type sp�cial, brusques, discontinues, sporadiques, ind�pendantes de l�action du milieu, �taient imm�diatement h�r�ditaires ; � ces variations, De Vries donna le nom de mutations.</p><p>Ces variations particuli�res �taient connues de Darwin, qui les avait mentionn�es sous le nom de sport (ou single variation). Quant aux OEnoth�res, de nombreux travaux leur furent consacr�s par De Vries jusqu�en 1925 et surtout par Otto Renner (1883-1960) de 1917 � 1927 ; ce dernier d�brouilla la constitution h�r�ditaire des OEnoth�res ; ce sont des h�t�rozygotes de deux complexes ; exp�rimentalement, diverses esp�ces furent analys�es et des synth�ses apr�s croisement furent r�ussies. L��tude pr�cise des chromosomes fut entreprise par R. E. Cleland, Reginald R. Gates (1882-1962), Cyril Dean Darlington (n� en 1903) et Albert Francis Blakeslee (1874-1954). En r�alit�, les variations des OEnoth�res sont fort complexes, certaines sont des polyplo�des (tri- et t�traplo�des), d�autres sont des polysomiques (tri- et</p><p>tr�trasomiques).</p><p>Il est � noter que la notion de mutation fut cr��e � la suite d�observations sur les OEnoth�res, qui pr�sentent un ensemble de variations complexes n�ayant aucune ressemblance avec l�authentique mutation, variation brusque d�embl�e h�r�ditaire. C�est un cas de fait r�el d�couvert sur un exemple faux.</p><p>En 1900, trois biologistes red�couvraient ind�pendamment les lois de Mendel ; De Vries �tait l�un des trois, les deux autres �tant l�Allemand Carl Eric Correns (1864-1933) et l�Autrichien Erich Tschermak (1871-1962).</p><p>A. T.</p><p>F Somation.</p><p>&amp; H. De Vries, Die Mutationstheorie (Leipzig, 1901-1903, 2 vol. ; trad. fr. Esp�ces et vari�t�s, leur naissance par mutations, Alcan, 1908). /</p><p>E. Guy�not, la Variation (Doin, 1930 ; 2e �d., 1950). / M. Caullery, les Conceptions modernes de l�h�r�dit� (Flammarion, 1935). / L. Cu�-</p><p>not, l��volution biologique (Masson, 1951). /</p><p>A. T�try, l�H�r�dit� dans Biologie, sous la dir.</p><p>de J. Rostand et A. T�try (Gallimard, � Encycl.</p><p>de la Pl�iade �, 1965). / R. E. Cleland, OEnothera, Cytogenetics and Evolution (New York, 1972).</p><p>variation</p><p>Forme de composition musicale consistant � exploiter une structure de base, la transformant lors de chaque nouvelle apparition, dans sa courbe m�lodique, sa tonalit�, son mode, son harmonisa-tion, etc.</p><p>Ces m�tamorphoses peuvent soit</p><p>entretenir vis-�-vis du mod�le initial une ressemblance plus ou moins distinctement perceptible par l�auditeur, soit, tirant substance d�une ou des composantes de cette structure, en transcender le pr�texte dans des pages quasi autonomes.</p><p>Variants et invariants</p><p>Explicite en ce qui concerne la forme variation, cette d�finition se trouve naturellement restrictive eu �gard aux variants et invariants dont l�omnipr�-</p><p>sence dans les domaines de la tech-</p><p>nique et de l�expression musicale est telle qu�ils ne peuvent �tre laiss�s dans l�ombre. L�invariant repr�sentera d�une part une structure m�lodique, harmonique ou rythmique obstin�e �</p><p>en g�n�ral immuable tout au long de l�oeuvre � et d�signera d�autre part l�id�e th�matique servant d�assise � une composition, ainsi que nous le verrons plus loin. Par l�interm�diaire des variants, cet invariant subira de multiples transformations, qui, sch�-</p><p>matiquement, constitueront le principe m�me de d�veloppement. Creuset de la connaissance, de la r�flexion, de l�imagination, de la recherche, de toute mutation et cr�ation, les variants apparaissent donc bien comme l��l�ment moteur de la composition musicale. En effet, en musique, le discours s�articule essentiellement autour d�un son, d�un accord, d�un timbre, d�un rythme, d�un th�me, d�une forme, d�une nuance, d�un phras�, d�un tempo, etc., autant de mat�riaux susceptibles de mille m�tamorphoses, ainsi que A. Berg*</p><p>l�illustre magnifiquement dans le troisi�me acte de Wozzeck (invention sur un th�me, sur une note, un rythme, un accord de six sons, une tonalit�, enfin sur un perpetuum mobile). Ces variants se d�tachent plus clairement encore lorsqu�ils sont confront�s � des invariants (ostinatos) en une sorte de disci-downloadModeText.vue.download 173 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11384</p><p>pline compositionnelle rigoureuse que s�imposent les cr�ateurs chez lesquels elle engendre les formes d�expression les plus travaill�es, les plus �pur�es.</p><p>Vie du langage</p><p>et des formes</p><p>Par ce biais, on constate ais�ment que le champ de la variation est illimit�.</p><p>Qu�ainsi il n�est pas exag�r� d�avancer que toute musique est variation et seulement variation, qu�enfin c�est de ce dynamisme intrins�que m�me que proc�dent, en constante renaissance et perp�tuel devenir, la vie du langage et celle des formes. En un mot, la vie de l�oeuvre musicale. Cela explique qu�en dix si�cles d�existence le constant pro-</p><p>bl�me du renouvellement morphologique, chaque fois pos�, fut chaque fois r�solu, gr�ce � l�extraordinaire vitalit�, l�incommensurable souplesse et vari�t� du langage musical. N�en est-il pas de m�me des formes toujours repens�es, �largies, � vari�es � par ceux qui estimaient leur cadre trop �triqu�, inadapt� � la r�ception et la r�v�lation de leur message ?</p><p>Le variant, moteur</p><p>de l�imagination</p><p>Pour montrer l�importance du variant sur l�imagination et en saisir les diff�rentes implications dans la cr�ation musicale, il suffit de prendre comme exemple l�Invention en ut</p><p>majeur (BWV 772) pour clavecin de J.-S. Bach*, dont l�approche est relativement ais�e. Un simple survol analytique de cette page �tonnante r�v�le qu�elle proc�de int�gralement de la premi�re mesure, l�invariant, r�p�t�e non moins de trente-sept fois. Mais la vari�t� de ses expositions soit originelles, soit renvers�es, de ses d�veloppements combin�s � un cheminement harmonique vers les tons voisins d�ut annihile tout effet de r�p�tition et la saturation qui pourrait en d�couler, et tend m�me � faire oublier l��l�ment moteur initial. Le variant appara�t bien ainsi comme le personnage agissant dans la composition, d�autant qu�il affecte plus globalement tout leitmotiv ou cellule cyclique, les imitations, les d�veloppements de sonate, de symphonie ou de fugue, toute structuration formelle, enfin tout espace modal, tonal, polytonal, dod�caphonique, s�riel ou concret. Cette entit� variant-imagination-cr�ation expliquerait la faveur pr�coce des compositeurs pour les formes � variations, qui, tel un fil d�Ariane, les guident dans le labyrinthe de la composition musicale.</p><p>Les premi�res</p><p>variations</p><p>Il semble que l�on puisse consid�-</p><p>rer la diminution ou multiplication des valeurs et l�ornementation*, qui se confondent d�ailleurs dans leur conception comme les premi�res manifestations savantes de variations.</p><p>Elles habillent de mille parures impro-</p><p>vis�es la litt�rature folklorique, celle du Moyen �ge religieux et profane, enfin celle des instruments dont l�importance va grandissant au d�but du XVIe s. � partir de ce moment, ce n�est d�ailleurs plus dans la musique vocale, o� elle �volue de fa�on restreinte en vocalises ornementales, mais dans la musique instrumentale qu�on suivra l��volution de la variation. On s�accorde pour reconna�tre dans les Dife-rencias pour vihuela ou clavier de A.</p><p>de Cabez�n* et Luis Narv�ez (XVIe s.) les premi�res formes de variations conscientes. Elles sont toutes inspir�es et impr�gn�es de celles qui florissaient alors en Espagne dans les oeuvres pour vihuela ou guitare. C�est � elles que sont redevables, aux XVIe et XVIIe s., les variations des Italiens, celles des virginalistes anglais, celles des N�erlandais, des Allemands, enfin, celles des Fran-</p><p>�ais. Toutes adoptent le m�me proc�d�.</p><p>Partant d�un th�me de chanson connue, les compositeurs organisent sur ce cantus une suite de variations tant�t rythmiques, tant�t m�lodiques, qui garde la structure harmonique le plus souvent intacte. C�est le cas des variations sur l�air La dama le demande de Cabez�n, sur La Romanesca de G. Frescobaldi*, sur Ma jeune vie a une fin de J. P. Sweelinck*, sur Est-ce Mars ? de Samuel Scheidt, ou sur l�air Une jeune fillette de E. Du Caurroy*. Les variations de ce genre, par leurs attaches populaires, annoncent les th�mes vari�s des Haydn, Mozart et Beethoven.</p><p>Choral* et variations</p><p>Dans une perspective liturgique, c�est une d�marche parall�le qui pr�side aux variations de chorals, celles-ci �tant g�n�ralement assez complexes. Cette forme prend racine dans les improvisations de pr�ludes de chorals des organistes allemands des XVIe et XVIIe s. Pour rappeler le th�me du cantique � l�assistance, ceux-ci le pr�sentent sous des parures ornementales sans cesse renouvel�es qui attestent le g�nie inventif de leur auteur. Apr�s les chorals vari�s des Samuel Scheidt (1587-1654), Heinrich Scheidemann (v. 1596 - 1663), Jan Adams Reinken (1623-1722), Franz</p><p>Tunder (1614-1667), Johann Gottfried Walther (1684-1748), Pachelbel* et Buxtehude*, chacun des commentaires</p><p>de Bach appara�t individuellement un mod�le du genre. Pris globalement, ils t�moignent des ressources infinies de la variation. � cet �gard, l�autographe de la couverture de l�Orgelb�chlein est tr�s explicite quant � sa destination :</p><p>� Petit livre d�orgue dans lequel il est donn� � un organiste d�butant une m�thode pour ex�cuter en toutes sortes de mani�res un choral. � D�passant ce c�l�bre recueil, sorte de mod�le r�duit de la variation, pour embrasser la totalit� des cent cinquante chorals laiss�s par Bach, on peut distinguer plusieurs principes de variations. C�est d�abord le choral simplement harmonis� �</p><p>quatre voix (BWV 253-438), le choral contrapuntique (BWV 630), le choral fugu� (BWV 669), figur� (BWV 668), canonique (BWV 608) � le plus bel exemple de ce traitement restant les Variations canoniques sur le choral de No�l pour orgue (BWV 769), orchestr�es deux si�cles plus tard par I. Stravinski* �, le choral en trio (BWV 664), orn� (BWV 622), le choral-fantaisie (BWV 651), le choral-partita (BWV 768)... � l�imitation des pr�ludes de chorals du Cantor, des Mendelssohn* (6e sonate pour orgue), des Reger (chorals-variations, pour orgue �galement), entre autres, tent�-</p><p>rent, en vain semble-t-il, de faire re-na�tre une forme d�j� parvenue � son ach�vement, � la perfection.</p><p>Ostinato et variations</p><p>Issu de l�ancien cantus firmus gr�gorien, puis de la teneur, l�ostinato va appara�tre progressivement dans la musique vocale, puis instrumentale, et constituer d�sormais une des formes les plus �labor�es de la variation.</p><p>Si l�on excepte les messes des XVe et XVIe s. sous-tendues par un cantus firmus gr�gorien ou profane, et qui annoncent donc les formes � ostinato, le premier exemple r�el dans ce domaine semble �tre une basse-danse de Diego Ortiz (n� v. 1510).</p><p>Basso ostinato en Italie, basse</p><p>contrainte en France, ground bass en Angleterre, ce th�me de quatre ou huit mesures, inlassablement r�p�t� � la partie grave, donne lieu � l��dification de variations synth�tisant parfaitement invariant et variants. Le madrigal � deux voix Zefiro torna de Monte-</p><p>verdi*, la plainte de Didon abandonn�e de H. Purcell*, qui offre de troublantes similitudes avec le Crucifixus de la Messe en � si � mineur de Bach, donnent, entre autres, l�id�e la plus parfaite de l�ostinato dans la musique vocale. Dans la musique instrumentale, cette forme d��criture gardera le nom de ground (quelquefois prolusio et divisions) chez les gambistes et virginalistes anglais des XVIe et XVIIe s. ; elle prendra celui de passacaille ou chaconne dans les autres pays. Encore qu�en France la signification de tels termes devait subir de tr�s sensibles distorsions, puisque, � de tr�s rares exceptions pr�s (Andr� Raison), la passacaille et la chaconne adoptent chez nous la forme rondeau (Louis et Fran�ois Couperin*). Cette science de l�ostinato, d�j� rencontr�e en Italie (Frescobaldi), en Grande-Bretagne (W. Byrd*, John Bull, Giles Farnaby) et qui p�riclite dans notre pays, s�imposera avec �clat dans les Allemagnes, d�abord avec les pr�d�cesseurs imm�-</p><p>diats de Bach (Pachelbel, Buxtehude), puis, et surtout, avec le Cantor lui-m�me. Sa Chaconne pour violon seul et sa grande Passacaille et fugue pour orgue semblent en effet atteindre une limite difficile � d�passer dans l�exploitation de la variation sur ostinato. Cette limite para�t pourtant repouss�e encore avec l�Offrande musicale et l�Art de la fugue, qui sont des formes � variations dont la conception, par l�omnipr�sence du th�me et en d�pit de ses transformations, se rapproche �trangement de celle des formes � ostinato. Tomb�e par la suite en d�su�tude, la passacaille retrouvera pourtant un lustre passager avec Brahms* (quatri�me symphonie), Max Reger (Introduction, passacaille et fugue pour orgue), Berg (passacaille du premier acte de Wozzeck) et H. Dutilleux* (deuxi�me symphonie).</p><p>Appliqu� principalement au rythme, l�ostinato est le fondement de grandes partitions du XXe s. (le Sacre du printemps de I. Stravinski*, Turangal�la-Symphonie de O. Messiaen*, ou encore le c�l�bre Bol�ro de M. Ravel*, qui combine ostinatos m�lodique, harmonique et rythmique).</p><p>Du th�me vari� � la</p><p>grande variation</p><p>Les th�mes populaires, qui, du milieu du XVIe � celui du XVIIe s., servaient d�assise aux nombreuses variations, devaient, un temps, s�estomper devant les cantus firmus de chorals aux commentaires complexes, pour r�appa-</p><p>ra�tre dans le premier tiers du XVIIIe s.</p><p>C�est l��poque des no�ls populaires des Nicolas Leb�gue (1631-1702), Louis downloadModeText.vue.download 174 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11385</p><p>Claude d�Aquin (1694-1772), Jean-</p><p>Fran�ois d�Andrieu (1682-1738), puis Claude Balbastre (1727-1799), dont les variations parfois un peu faciles, mais parfois aussi ing�nieuses, souples et brillantes, soulevaient l�enthousiasme de leurs contemporains. C�est encore l��poque des airs vari�s � en France, airs � � doubles � �, qui fleurissent dans les suites de Jean Henri d�Angle-bert (1628-1691) ou de Jean-Fran�ois d�Andrieu, de H�ndel*, de Rameau*</p><p>entre autres. Avec la mort de Bach, dont l�air avec trente variations (Variations Goldberg) domine de tr�s haut les pr�c�dents, s�ouvre la p�riode galante, qui ne pouvait que s�accommoder de ces pages aimables. De qualit� � variable �, celles-ci inonderont d�sormais la litt�rature instrumentale. Qu�on en juge par le nombre de ces th�mes va-ri�s qui, de Haydn � Sch�nberg, prolif�rent dans la litt�rature pianistique ou s�ins�rent dans la musique de chambre (sonates, trios, quatuors, quintettes, etc.) et symphonique. Les premiers, Haydn* et Mozart*, reprennent de</p><p>simples chansons populaires ou des airs d�op�ra � la mode comme pr�texte � leurs variations. Aux dires m�me du ma�tre de Salzbourg, celles-ci sont souvent d�abord improvis�es. Tous deux contribueront de fa�on d�cisive � orienter ces �l�gantes et ing�nieuses arabesques vers une pr�dominance</p><p>m�lodique o� le th�me, bien que trait� avec une libert� extr�me, garde toujours sa pr��minence. Si, dans ses premiers airs vari�s, Beethoven* se rattache encore � ceux de ses imm�diats et grands pr�d�cesseurs, il rompt d�finitivement ses amarres initiales avec la Grande Fugue op. 133 pour quatuor � cordes, les variations des sonates op.</p><p>109 et 111 pour piano et surtout avec les fameuses Variations Diabelli. Il d�finit alors une nouvelle conception de cette forme qui rejoint les royaumes de l�imaginaire et de l�invention pure : c�est la � grande variation �. Derni�re oeuvre pianistique de Beethoven, ces trente-trois variations sur une valse de l��diteur Anton Diabelli (qui inspira �galement Schubert) d�passent par leur perfection les derni�res sonates du ma�tre de Bonn. Il n�est plus question de variation, mais bel et bien de transformation, d�amplification et de transcendance d�un th�me anodin dont Beethoven conserve seulement</p><p>� minces analogies � le filigrane harmonique, le nombre de mesures et l�in-cipit anacrousique ! Cette oeuvre proph�tique devait profond�ment marquer les virtuoses romantiques, les ma�tres de l��cole fran�aise comme ceux de l��cole de Vienne.</p><p>La variation</p><p>postbeethov�nienne</p><p>Si certains compositeurs comme</p><p>Weber* (variations sur un air de Castor et Pollux) ou Schubert* (octuor en fa, quintette la Truite) perp�tuent une tradition plut�t mozartienne de la variation, il en va tout autrement avec Mendelssohn, Schumann et Brahms,</p><p>v�ritables continuateurs de Beethoven, dans la lign�e desquels s�inscriraient en France, � la suite de C. Franck, V. d�Indy, G. Faur� et P. Dukas. Par le choix m�me du titre � Variations s�rieuses � et bien s�r par leur conception, Mendelssohn* r�fute l�es-th�tique imm�diatement ant�rieure de cette forme. Schumann*, lui, exploite minutieusement et en profondeur le proc�d� de la variation amplificatrice dans les �tudes symphoniques et dans le Carnaval pour piano, dont le th�me de quatre notes (la, mi b�mol, do, si) lui est donn� par la transcription musicale du nom de la ville d�Asch (ou A�), ch�re � son coeur. En disciple fid�le et consciencieux, Brahms tente de poursuivre la voie trac�e par son g�nial a�n� tant dans ses oeuvres pianistiques (Variations sur un th�me de Schumann, Variations et fugue sur un th�me de H�ndel, Variations sur un th�me de Paganini) que symphoniques (Variations sur un th�me de Haydn). En</p><p>France, C. Franck* occupe une place � part dans l�histoire de la variation, par le modernisme de la conception des Variations symphoniques et par son deuxi�me choral pour orgue. C�est � Franck que sont redevables les variations d�Istar de V. d�Indy*, Th�me et variations de Faur�* ainsi que Variations, interlude et finale sur un th�me de Rameau de P. Dukas*.</p><p>Dans une optique moins novatrice</p><p>peut-�tre, mais tout aussi g�niale dans leur perspective d�corative, apparaissent parall�lement les variations de Chopin*, de Liszt* et de Saint-Sa�ns*.</p><p>Si le premier fut relativement peu attir� par cette forme (Berceuse, Variations sur � La ci darem la mano � de Mozart), l�oeuvre du grand compositeur hongrois repose presque int�gralement sur cet art de la m�tamorphose perp�-</p><p>tuelle et f�condante, soit, pour plaire, en de gigantesques paraphrases de bravoure sur des airs d�op�ras de Bellini, de Donizetti, de Gounod ou de Meyerbeer, entre autres, soit parce qu�elle r�pond � son imagination d�bordante, dont t�moignent ses bouillantes improvisations (Pr�lude et fugue sur le nom de B. A. C. H. ; Fantaisie et fugue sur le choral � Ad nos ad salutarem undam �</p><p>de Meyerbeer ; Danse macabre pour piano et orchestre ; Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, pour piano ou orgue).</p><p>Dans ses Variations sur un th�me de Beethoven, C. Saint-Sa�ns envisage cette forme sous un aspect d�amplification progressive de la virtuosit�. � leur image, les Russes sacrifient � ce genre (Prokofiev*, 3e concerto pour piano ; Stravinski, Pulcinella).</p><p>Restent les ma�tres de l��cole de Vienne, qui bouleversent un langage vieux de six si�cles, mais emploient, avec la s�rie, un ultrath�me qui rejoint les classiques proc�d�s de variation et se confond avec eux (s�rie r�trograde, renvers�e, r�trograde-renvers�e, etc.).</p><p>Tous adoptent en outre les cadres traditionnels de la variation : Sch�nberg* dans ses Variations op. 31 pour orchestre ou ses Variations sur un r�citatif, pour orgue ; Berg, dans Wozzeck ; Webern*, dans sa Passacaille op. 1, ses Variations op. 27 et op. 30.</p><p>L�interpr�tation ou les</p><p>variations d�un contenu Toute forme �tant g�n�ralement habit�e, son contenu est li� � l�interpr�tation qui en est faite et en est simultan�ment tributaire. D�s lors, chaque ex�cution n�est-elle pas une variation de l�oeuvre d�art � copie de l�oeuvre int�rieure �</p><p>qui, selon H. Focillon, vit davantage par l�esprit que par la forme ? Dans la restitution d�une page, ancienne ou moderne d�ailleurs, dans sa r�v�lation</p><p>� ou sa d�t�rioration �, le r�le et la responsabilit� de l�ex�cutant sont donc d�terminants. Cette r�alit� n�a pas em-p�ch� certains compositeurs de choisir d�lib�r�ment d�associer intimement leurs interpr�tes � l��laboration de leurs oeuvres en leur laissant une part consid�rable d�activit� compositionnelle. L�auteur propose, l�ex�cutant dispose ! Chaque cr�ation devient alors une source vive et parfois improvis�e de multiples variations (Archipels de A. Boucourechliev*, Music for piano de J. Cage*, Figures, Doubles, Prismes de P. Boulez*).</p><p>P. G.</p><p>F Forme musicale.</p><p>&amp; H. Focillon, la Vie des formes (P. U. F., 1939).</p><p>/ A. Hodeir, les Formes de la musique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1951 ; 5e �d., 1969). /</p><p>A. Boucourechliev, Beethoven (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1963).</p><p>varice</p><p>F VEINE.</p><p>varicelle</p><p>Maladie �ruptive, contagieuse et habituellement b�nigne de l�enfance.</p><p>Thomas Huckle Weller (n� en 1915) a d�montr�, en 1953, la parent� virale de la varicelle et du zona*. Ces deux affections sont d�termin�es par Herpes virus varicellae (virus � A. D. N.) dont l�homme est le seul r�servoir.</p><p>Pass�e une p�riode o� l�enfant est prot�g� par les anticorps maternels, le contact est suivi d�une maladie avec vi-r�mie (pr�sence du virus dans le sang) : la varicelle. Le zona a une origine en-</p><p>dog�ne avec reviviscence � partir de particules virales latentes au sein des ganglions rachidiens. Il existe �galement des zonas apr�s contact avec un malade. Ces r�cidives s�accompagnent d�augmentation du taux des anticorps.</p><p>La varicelle atteint les enfants de 2 � 8 ans. Elle est rare mais s�v�re chez l�adulte. Elle est contagieuse d�s le d�but de la maladie. Le virus peut franchir la barri�re placentaire (risque possible de foetopathie).</p><p>L�incubation est silencieuse et l�invasion (vers le 14e jour) est au plus signal�e par une fi�vre l�g�re.</p><p>L��ruption la suit de 24 heures, faite d��l�ments maculeux (taches rouges), puis v�siculeux (v�sicules), bien s�pa-r�s, en gouttes de ros�e. Puis les v�sicules se dess�chent 2 jours plus tard, une cro�te les recouvre qui tombe au 10e jour (pas de cicatrice, sauf en cas de grattage).</p><p>Au niveau des paumes et plantes, les �l�ments sont rares et durs ; un �nanth�me (rougeurs des muqueuses de la bouche) peut s�observer.</p><p>Cette �ruption �volue en 2 ou 3</p><p>pouss�es � 3 � 4 jours d�intervalle.</p><p>Une micropolyad�nopathie (nom-</p><p>breux petits ganglions gonfl�s) peut s�observer. Une leucop�nie est habituelle (diminution du nombre des leucocytes). La convalescence est br�ve.</p><p>Les formes cliniques sont domin�es par les formes graves de la varicelle : certains sujets (leuc�miques, canc�-</p><p>reux, malades trait�s par cortico�des downloadModeText.vue.download 175 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11386</p><p>ou immunod�presseurs) font des varicelles extensives, h�morragiques avec atteinte visc�rale (foie et poumons).</p><p>Les complications sont rares : surinfection, atteinte oculaire, n�phrites.</p><p>L�atteinte des poumons est plus fr�-</p><p>quente, avec possibilit� de manifes-</p><p>tations cliniques et radiologiques inqui�tantes. Les atteintes nerveuses sont domin�es par une enc�phalite survenant entre le 3e et le 10e jour avec fi�vre, syndrome c�r�belleux aigu ; des n�vrites peuvent s�observer. Les formes graves sont exceptionnelles. Le diagnostic de varicelle est facile le plus souvent. Parfois, le prurigo peut pr�ter � discussion. Quelques formes graves peuvent faire discuter la variole*.</p><p>Le traitement de la varicelle comporte des d�sinfectants locaux (�osine, violet de gentiane) appliqu�s sur la peau pour �viter une surinfection streptococcique.</p><p>L�isolement doit �tre tr�s rigoureux � l�h�pital pour �viter la diss�mination � des sujets fragiles (trait�s par cortico�des).</p><p>La cytosine arabinoside peut per-</p><p>mettre de limiter l�extension dans les formes graves. Le prurit peut �tre combattu par les s�datifs (antihistaminiques). La vaccination n�existe pas.</p><p>Les gammaglobulines (s�rum hyperim-mum) ont un int�r�t chez les sujets fragiles expos�s � la contagion.</p><p>P. V.</p><p>variole</p><p>Maladie �ruptive tr�s grave, tr�s contagieuse, autrefois pand�mique, actuellement circonscrite aux foyers indien et est-africain.</p><p>� partir de ces foyers, la variole peut devenir �pid�mique en raison des facilit�s actuelles de communication : d�o� l�importance des mesures sanitaires internationales et de la vaccination.</p><p>Le virus responsable est pathog�ne uniquement chez l�homme, chez qui il peut �tre isol� dans les l�sions cutan�es qu�il d�termine (v�sicules et cro�tes).</p><p>Les cro�tes sont contaminantes longtemps apr�s leur chute, alors que le virus n�est isolable � partir du sang du malade qu�au tout d�but de la maladie.</p><p>Le seul r�servoir de virus est le malade, dont la contagiosit� est grande, surtout � la phase pustuleuse. Mais la contamination peut se faire indirecte-</p><p>ment, par les objets ou le linge souill�.</p><p>Signes cliniques</p><p>La variole r�guli�re (d�intensit� moyenne) a une incubation de 12 jours en moyenne (jamais plus de 14 jours).</p><p>L�invasion est brutale, avec fi�vre � 40 �C, douleurs rachidiennes, troubles digestifs.</p><p>L��ruption appara�t au 4e jour,</p><p>d�abord � la face, puis se g�n�ralise en 3 jours. Maculeuse (taches rouges), puis papuleuse (boutons), elle devient ensuite v�siculeuse (v�sicules). Puis les v�sicules se transforment en pustules, avec suppuration et hyperthermie. Les l�sions deviennent ensuite cro�teuses (10e jour), avec chute thermique, et, en l�absence de complication, le malade gu�rit, au prix de cicatrices ind�l�biles.</p><p>Les surinfections sont moins fr�-</p><p>quentes depuis l�antibioth�rapie ; les formes graves, h�morragiques, s�observent encore avec une mortalit� lourde. Les varioles b�nignes � va-riolo�de ou variole abortive � s�observent chez les vaccin�s. L�alastrim est d� � un virus att�nu�.</p><p>Le diagnostic de la variole est une urgence � la phase �ruptive ; certaines varicelles peuvent pr�ter � confusion, mais elles pr�dominent au tronc et res-</p><p>pectent paumes et plantes.</p><p>La vaccine g�n�ralis�e (v. vaccination), en p�riode d��pid�mie, est parfois de diagnostic difficile.</p><p>Devant une suspicion de variole</p><p>import�e, le laboratoire peut permettre un diagnostic rapide (microscopie �lectronique, fluorescente ; immuno-pr�cipitation en g�lose ; fixation du compl�-</p><p>ment). La culture cellulaire permet un diagnostic certain.</p><p>Traitement</p><p>Le varioleux est isol�, mais la th�rapeutique ne peut �tre que symptomatique.</p><p>Les antibiotiques ne servent qu�� �viter les surinfections, car ils n�agissent pas sur le virus.</p><p>La prophylaxie est assur�e par l�isolement et la d�sinfection, et surtout par la vaccination*.</p><p>En cas de contage, ou en p�riode</p><p>d�end�mie, il est possible d�utiliser les gammaglobulines hyperimmunes</p><p>ou surtout la m�thyzazone, qui est tr�s efficace en pr�vention, mais n�agit pas dans la variole d�clar�e.</p><p>P. V.</p><p>&amp; J. Boyer et A. Roussel, �pid�miologie et prophylaxie de la variole (Institut national d�hygi�ne, Auteuil, 1962).</p><p>Varlin (Eug�ne)</p><p>F COMMUNE (la).</p><p>Varsovie</p><p>En polon. warszawa, capit. de la Pologne ; 1 326 000 hab.</p><p>Varsovie est situ�e en Pologne centrale, au coeur de la province de Mazovie. Elle fut de tout temps un carrefour de grandes routes terrestres, nord-sud (l�axe de la Vistule) et ouest-est (la route de Berlin � Moscou) ; ces deux axes sont encore mat�rialis�s dans la ville contemporaine.</p><p>Le site est classique en Europe</p><p>orientale. La ville s��tend le long de la Vistule, fleuve navigable pour de petites embarcations ; sa majeure partie occupe une terrasse sur la rive gauche, qui domine le fleuve par un coteau d�une trentaine de m�tres ; les quartiers de la rive droite sont moins �tendus en superficie et en population. Comme Prague et Budapest, Varsovie est une ville dissym�trique.</p><p>A. B.</p><p>L��volution historique</p><p>Les origines m�di�vales</p><p>Petit village �tabli sur un coteau dominant la rive gauche de la Vistule, contr�lant de ce fait le pont qui franchit le fleuve, Varsovie est mentionn�e en 1289 en tant que centre urbain ; c�est la r�sidence des ducs de Mazovie, qui y �difient leur ch�teau et la soumettent au droit allemand. La ville m�di�vale est b�tie au milieu de marais, pr�s d�un petit port fluvial et d�un village de p�cheurs. Menac�e par l�ordre Teutonique en 1339, elle est �pargn�e en vertu du compromis n�goci� en 1343</p><p>par le roi de Pologne Casimir III le Grand, � qui elle rend hommage en 1351.</p><p>Incendi�e en 1431, la Vieille Ville (Stare Miasto) est reconstruite en pierre, et la Nouvelle Ville surgit alors (Nowe Miasto) � l�ouest de la premi�re.</p><p>Varsovie est bien situ�e � au carrefour de la voie fluviale sud-nord Cracovie-Gda&#x144;sk et de la voie terrestre ouest-est reliant l�Allemagne � la Russie � et profite alors de l�essor de la Grande-Pologne : exportations de c�r�ales et,</p><p>subsidiairement, de bois ; d�placement du centre de gravit� du royaume vers le nord. Pourtant, malgr� la pr�sence d�une population marchande d�origine allemande tr�s active, la ville ne peut pas rivaliser �conomiquement avec Pozna&#x144;, mieux situ�e et moins unidirectionnelle.</p><p>La capitale du royaume de</p><p>Pologne ind�pendant</p><p>Varsovie, qui est r�unie � la couronne en 1526, apr�s la mort du dernier duc de Mazovie, b�n�ficie de la conclusion de l�Union polono-lituanienne de Lublin le 1er juillet 1569. Situ�e au coeur de la � R�publique � nobiliaire, alors instaur�e, elle en devient le principal centre politique. � la mort de Sigismond II Auguste en 1572, elle est le si�ge de la di�te dite � de convocation � : d�cidant que, d�sormais, tous les nobles prendront part � l��lection du souverain, celle-ci �labore, en outre, la Conf�d�ration de Varsovie, paix perp�tuelle inter dissidentes de religione, c�est-�-dire entre les protestants et les catholiques, parmi lesquels l��v�que de Warmie, Stanislaus Hosius (Stanis&#x142;aw Hozjusz, 1504-1579), pr�ne l�esprit de la Contre-R�forme. Enfin, l��lection comme roi de Pologne de Sigismond III Vasa (1587-1632) et surtout son av�nement au tr�ne de Su�de en 1592 entra�nent en 1596 le transfert de la capitale � Varsovie, plus proche de la Baltique.</p><p>Entre 1621 et 1624, la ville est prot�g�e par de nouvelles fortifications.</p><p>Elle est pourtant occup�e par le roi de Su�de, Charles X Gustave, en 1655 ; reconquise par le roi de Pologne Jean II Casimir en 1657, elle est travers�e en 1701 par un autre Su�dois, Charles XII, en lutte contre Auguste II le Fort, �lecteur de Saxe devenu roi de Pologne.</p><p>R�unissant le S�nat et la noblesse (sz-lachta), une nouvelle Conf�d�ration de Varsovie d�pose ce souverain en 1704</p><p>et accepte le candidat du roi de Su�de, le palatin de Posnanie, Stanislas Ier Leszczy&#x144;ski. Occup�e apr�s Poltava par le tsar de Russie, Pierre le Grand, qui y restaure en 1709 Auguste II, victime de la peste de 1709, Varsovie compte alors moins de 20 000 habitants. Mais elle est favoris�e par une forte immigration d�Allemands, de</p><p>Fran�ais et d�Italiens, et b�n�ficie d�un important flux de capitaux ; elle est en outre le centre du renouveau intellectuel, que marque en 1740 l�ouverture downloadModeText.vue.download 176 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11387</p><p>du Collegium nobilium par le p�re Stanis&#x142;aw Konarski (1700-1773). Elle devient une ville de 80 000 habitants, au sein desquels une active bourgeoisie obtient alors d�importants droits politiques. De nombreux travaux</p><p>d�urbanisme soulignent d�ailleurs cette r�ussite sous le r�gne de Stanislas II Auguste Poniatowski, �lu en septembre 1764 dans cette ville occup�e une nouvelle fois par l�arm�e russe. Celle-ci y revient en 1792 pour imposer la dictature de Stanis&#x142;aw Szcz&#x119;sny Potocki (1751-1805), destin�e � briser la r�volution urbaine inaugur�e en 1789 par le pr�sident de la ville, Jan Dekert (1738-1790), qui y avait r�uni les d�l�-</p><p>gu�s de 141 cit�s royales et autoris� la</p><p>� procession noire � des bourgeois de la capitale. En r�alit�, cette occupation est le pr�lude au deuxi�me partage de la Pologne de 1793. Chassant en deux jours la garnison russe (17-18 avr.</p><p>1794), l�insurrection de Varsovie est prise en main par Ko&#x15B;ciuszko*, qui r�siste pendant un mois et demi aux Russes et aux Prussiens. Mais, apr�s la d�faite de Maciejowice le 10 octobre, la ville tombe entre les mains des Russes, qui d�truisent le faubourg de Praga le 4 novembre 1794.</p><p>Sous l�occupation �trang�re</p><p>(1794-1918)</p><p>Remise en 1795 aux Prussiens en vertu du troisi�me partage de la Pologne, capitale du grand-duch� de Varsovie, cr�� le 7 juillet 1807, la ville devient en outre, le 22 juillet, le chef-lieu de l�un des six d�partements du nouvel �tat et est dot�e � ce titre d�une cour d�appel.</p><p>Elle est occup�e temporairement par les Autrichiens le 19 avril 1809 ; bient�t lib�r�e par Jan Henryk D&#x105;browski (1755-1818), elle est reconquise en f�vrier 1813 par les Russes, qui en font la capitale du nouveau royaume de Pologne. R�sidence du vice-roi (le</p><p>grand-duc Constantin), qui repr�sente, au palais du Belv�d�re, le souverain (le tsar de Russie) en vertu des conventions du 3 mai 1815, elle conna�t un important essor industriel � partir de 1817</p><p>(m�tallurgie, draperie, lin), essor soutenu, � partir de 1828, par la banque de Pologne, alors fond�e dans cette ville.</p><p>Mais sa population supporte impatiemment la pr�sence russe. La Soci�t� des amis des sciences de Varsovie, cr��e en 1800 par Tadeusz Czacki (1765-1813), la Maison d��ducation, constitu�e au temps du grand-duch�, enfin l�universit� et l��cole polytechnique, fond�es respectivement en 1816 et en 1825, font de Varsovie le grand centre de la vie intellectuelle polonaise et donc de l�opposition � l�occupant russe. Stimul�e par la condamnation, le 30 juin 1828, des membres de la Soci�t� nationale patriotique, qui ont soutenu en 1825 la conspiration des d�cabristes, cette opposition est le fait surtout des militaires et encore plus des universitaires, qui s�unissent en d�cembre 1828 pour la d�fense de la Constitution � l�initiative de Piotr Wysocki (1797-1874), instructeur � l��cole des enseignes d�infanterie de Varsovie.</p><p>Le couronnement, dans cette ville, de Nicolas Ier comme roi de Pologne le 24 mai 1829 n�arr�te pas l�action r�volutionnaire : le soul�vement du 29 novembre 1830 a pour objet d�emp�cher une utilisation �ventuelle de l�arm�e polonaise contre la monarchie de Juillet, fille de la r�volution de 1830. Si�ge du gouvernement provisoire, puis du gouvernement national, constitu� le 30 janvier 1831, acceptant d�s le 5 d�-</p><p>cembre 1830 le r�gime dictatorial du g�n�ral J�zef Ch&#x142;opicki (1771-1854), qui brise � Groch�w, aux portes de la capitale, l�assaut des Russes le 25 f�-</p><p>vrier 1831, Varsovie est menac�e d�s juillet par les forces russes. La Soci�t� patriotique, fond�e en d�cembre 1830</p><p>par les rouges, s�oppose alors au gouvernement national, qui doit se retirer le 17 ao�t 1831 au profit du g�n�ral Jan Krukowiecki (1772-1850), nomm� d�s le 15 gouverneur de la capitale par les �meutiers, qui ont massacr� les d�tenus soup�onn�s d�espionnage. Mais, attaqu�e le 6 septembre, la ville capitule dans la nuit du 7 et est r�occup�e le 8</p><p>au matin par les Russes, dont l�action explique la c�l�bre d�claration du</p><p>comte H. F. Sebastiani de la Porta � la Chambre des d�put�s le 16 : � L�ordre r�gne � Varsovie. � En fait, celui-ci est durement maintenu par le vainqueur, le g�n�ral Ivan Fedorovitch Paskevitch (1782-1856), nomm� en 1832 gouverneur du royaume et prince de Varsovie.</p><p>L�universit� est ferm�e d�s le 9 novembre 1831, la Soci�t� des amis des sciences est dissoute le 6 avril 1832, et la Biblioth�que publique est d�pouill�e de 150 000 volumes ; Nicolas Ier fait �riger la citadelle (1832-1834) pour pr�venir une nouvelle insurrection dans la capitale. En partie pour apaiser l�ardeur nationaliste des �tudiants de l��cole des beaux-arts et de l�Acad�-</p><p>mie de m�decine, fond�es respectivement en 1844 et en 1857, Alexandre II annonce le 23 mai 1856 � Varsovie sa volont� de maintenir l�ordre �tabli par son p�re et il y re�oit en octobre 1860 Fran�ois-Joseph Ier d�Autriche et le prince Guillaume, r�gent de Prusse, provoquant des incidents d�abord sans gravit�. Mais, le 25 f�vrier 1861, une procession est organis�e pour c�l�brer l�anniversaire de la bataille de Grab�w, suivie le 27 par une manifestation, au cours de laquelle cinq polonais sont tu�s. A. M. Gortchakov doit accepter la cr�ation d�une D�l�gation civique, qu�Aleksander Wielopolski (1803-1877) dissout le 4 avril suivant. La Soci�t� agricole subit le m�me sort le 6 avril. Manifestant sur la place du ch�-</p><p>teau (Zamek) le 8, deux cents Varsoviens sont tu�s, plusieurs milliers sont bless�s et leur ville est mise en �tat de si�ge.</p><p>Un moment apais�s par le r�tablissement de l�universit� de Varsovie sous le nom d��cole centrale en octobre 1862, les habitants se r�voltent dans la nuit du 22 au 23 janvier 1863 � la suite de l�arrestation de nombreuses jeunes recrues polonaises dans les maisons de la capitale dans la nuit du 14 au 15. La r�pression s�abat impitoyablement. Le chef des insurg�s, Romuald Traugutt (1826-1864), est ex�cut� le 5 ao�t 1864</p><p>sur les glacis de la citadelle ; en 1869, l�universit� est russifi�e, puis une ca-th�drale orthodoxe est �difi�e au coeur de la capitale.</p><p>Favoris� par la jonction des r�seaux ferroviaires europ�ens, � �cartement</p><p>normal � l�ouest et � �cartement large � l�est, l�essor industriel de Varsovie entra�ne une forte progression de sa population (276 000 habitants en 1872 ; 797 300 en 1911).</p><p>Varsovie participe activement � la r�volution de 1905-1907. Des gr�ves ouvri�res et scolaires �clatent d�s janvier 1905, et des r�formes constitutionnelles, qui permettent un certain r�veil de la vie intellectuelle, sont consenties.</p><p>Si�ge d�un Comit� national consti-tu� en 1914, Varsovie est occup�e le 5 ao�t 1915 par les Allemands, qui y �tablissent Hans Hartwig von Bese-ler (1850-1921) comme gouverneur</p><p>g�n�ral. L�Allemagne, qui polonise l�universit� et proc�de le 12 septembre 1917 � l��tablissement d�un Conseil de r�gence, accepte l�installation de Pi&#x142;sudski* � Varsovie le 10 novembre 1918.</p><p>Le grand-duch�</p><p>de Varsovie</p><p>� l�exception de Dantzig (Gda&#x144;sk), �rig�e en ville libre, et du cercle de Bia&#x142;ystok, donn� � la Russie, cet �tat est constitu� avec les provinces polonaises enlev�es � la Prusse aux termes des trait�s franco-russes de Tilsit des 7 et 9 juillet 1807. Confi� � l��lecteur de Saxe Fr�d�ric-Auguste Ier, dont la Constitution du 3 mai 1791 avait d�j� fait un roi h�r�ditaire de Pologne, le nouveau grand-duch� de Varsovie compte 2 400 000 habitants, r�partis sur 100 000 km 2. Le 22 juillet 1807, Napol�on Ier le dote d�un Statut constitutionnel, dont il dicte lui-m�me les 89 articles.</p><p>R�sidant � Dresde, le grand-duc, second� par six ministres, d�tient le pouvoir ex�-</p><p>cutif et partage le pouvoir l�gislatif avec la Di�te, compos�e d�un S�nat et d�une Chambre des nonces (d�put�s), qui si�ge quinze jours tous les deux ans. L��galit� des citoyens devant la loi est proclam�e ; le servage est aboli ; le code Napol�on est adopt� ; le territoire est divis� en six d�partements ; enfin, une arm�e active de 30 000 hommes est constitu�e par le prince J�zef Poniatowski (1763-1813) et doit se joindre, en cas de guerre, aux forces de la Conf�d�ration du Rhin. La remise en �tat des routes, la r�gularisation du cours de la Vistule, l�augmentation de 150 � 1 100 du nombre des �coles primaires, la cr�ation,</p><p>en 1807, d�une Maison d��ducation et, en 1808, d�une �cole de droit � Varsovie favorisent le r�veil �conomique et intellectuel de la principaut�.</p><p>L�arm�e, forte de 50 000 hommes d�s 1808, sert en Espagne (chevau-l�gers), aupr�s du roi de Westphalie (L�gion de la Vistule) ; elle repr�sente une lourde charge pour les Polonais, mais elle garantit leur ind�pendance. Ne pouvant emp�cher l�offensive autrichienne contre Varsovie le 19 avril 1809, elle s�empare, par contre, de la Galicie, entre � Cracovie le 18 juillet, contribuant � l�issue victorieuse de la cinqui�me coalition. Le grand-duch� est agrandi, par la paix de Vienne du 14 octobre 1809, des d�partements de Cracovie, de Radom, de Lublin et de Siedlce ; il compte d�sormais 4 millions d�habitants et 154 000 km 2. Convoqu�e par le Conseil des ministres, investie par Fr�d�ric-Auguste Ier, une Di�te extraordinaire �rige le grand-duch� en Conf�d�ration g�n�rale du royaume de Pologne et du grand-duch� de Lituanie le 28 juin 1812, avec l�accord de Napol�on Ier, qui, depuis 1811, laisse esp�-</p><p>rer aux Polonais la reconstitution totale de leur royaume. Port�e � 100 000 hommes, dont la moiti� constitue le 5e corps, command� par J�zef Poniatowski, l�arm�e polonaise se distingue � Smolensk, entre en avant-garde � Moscou, couvre la retraite vers la Berezina, mais ne peut sauver Varsovie et le grand-duch�, enti�rement occup�s par les Russes en f�vrier 1813. Elle est regroup�e � Cracovie (14 000 hommes, 20 canons) et reste fid�le � Napol�on Ier pendant les campagnes d�Allemagne en 1813 et de France en 1814, se distinguant en particulier � Leipzig, o� Poniatowski, nomm� mar�chal de France, p�rit dans les eaux de l�Elster en couvrant une nouvelle fois la retraite le 19 octobre 1813.</p><p>Le grand-duch�, abandonn� par Fr�d�-</p><p>ric-Auguste Ier, prisonnier des Alli�s depuis la bataille de Leipzig, n�existe d�j� plus ; la Russie, l�Autriche, la Prusse et l�Angleterre ont scell� son destin par les accords de Reichenbach du 27 juin 1813, qui pr�parent sa liquidation par le congr�s de Vienne, dont l�Acte final du 9 juin 1815 stipule sa transformation en royaume de Pologne au profit de la Russie, � l�exception des r�gions downloadModeText.vue.download 177 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11388</p><p>de Toru&#x144; et de Pozna&#x144;, qui reviennent � la Prusse, et de Cracovie, �rig�e en ville libre.</p><p>P. T.</p><p>La capitale de la r�publique de</p><p>Pologne depuis 1918</p><p>Varsovie, redevenue le 28 novembre 1918 la capitale de la Pologne ind�pendante, est menac�e en ao�t 1920 par l�arm�e rouge de Toukhatchevski, mais elle est d�gag�e par la contre-offensive de Pi&#x142;sudski des 16-18 ao�t, conseill� par le g�n�ral fran�ais Maxime</p><p>Weygand*.</p><p>La ville devient, gr�ce � ses fonctions commerciales, culturelles et politiques, qui s�ajoutent au r�le industriel, une des grandes capitales de l�Europe orientale : elle d�passe nettement le million d�habitants.</p><p>Durant la Seconde Guerre mondiale, Varsovie subit d��normes destructions � trois reprises. En septembre 1939, ce sont de s�v�res bombardements et des combats autour de la ville et dans la ville m�me, que les Allemands</p><p>occupent le 27. Ceux-ci rassemblent alors les 400 000 Juifs de la ville dans un ghetto ; 300 000 d�entre eux sont d�port�s. En avril-mai 1943, le ghetto, qui s�est r�volt�, est d�truit par les nazis, et les Juifs qui y sont parqu�s sont extermin�s. Le 1er ao�t 1944 �clate l�insurrection, command�e par le g�n�-</p><p>ral Tadeusz Komorowski (1895-1966) dit � le g�n�ral B�r �, qui s�ach�ve le 2 octobre et entra�ne l��vacuation forc�e de la ville et sa destruction syst�-</p><p>matique par des commandos sp�ciali-s�s. Varsovie est lib�r�e le 17 janvier 1945 par les forces polono-sovi�tiques, qui y transf�rent le Comit� national de Lublin imm�diatement �rig� en gouvernement provisoire.</p><p>P. T.</p><p>La reconstruction</p><p>Le gouvernement polonais d�cide de garder � Varsovie le titre de capitale et, tr�s vite, fait remettre en �tat un minimum de b�timents et de voies de communication. Un bureau d�urba-</p><p>nisme est fond�. Des plans se succ�-</p><p>dent : en 1945, en 1949 (reconstitution de l�industrie avec le complexe sid�-</p><p>rurgique Warszawa, au nord), en 1956, en 1961 (am�nagement du centre et des zones vertes) et en 1965 (plan de vingt ans, en fonction d�une agglom�-</p><p>ration de 1 600 000 habitants dans la ville m�me, de 900 000 � la p�riph�rie et donnant la priorit� au calcul rationnel des zones de d�veloppement, � la d�finition de grosses unit�s urbaines au sud, � l�ouest et le long de la Vistule).</p><p>La reconstruction a d�abord scrupuleusement respect� l�ancienne trame du tissu urbain et l�ancien style des b�timents : elle a �t� avant tout une restauration, entreprise d�s les premi�res ann�es de la Lib�ration. Ainsi ont �t� fid�lement reconstruits la Vieille Ville (Stare Miasto), la place du Vieux-March�, la Nouvelle Ville au nord (Nowe Miasto), la cath�drale Saint-Jean et le Palais royal (Zamek).</p><p>Hors de ce centre historique ont �t� reconstruits dans le style d��poque les quartiers situ�s plus au sud, le long du</p><p>� faubourg de Cracovie � (Krakowskie przedmie&#x15B;cie, avec l�universit�), l�art�re Nowy &#x15A;wiat (le � Nouveau Monde �).</p><p>Ailleurs, la reconstruction a sensiblement modifi� le tissu urbain ant�-</p><p>rieur ; des quartiers ruin�s furent ras�s, et de nouvelles voies trac�es. Ainsi se dessine un axe ouest-est qui unit la banlieue ouest � Praga en passant par un tunnel. Deux autres axes aboutissent comme le premier aux nouveaux ponts jet�s sur la Vistule, enjamb�e par trois ponts routiers et deux ponts ferroviaires. L�axe nord-sud se compose de trois larges art�res parall�les, dont la principale est la Marsza&#x142;kowska, qui traverse la nouvelle place de la Constitution. Des quartiers r�cents s��tendent � la p�riph�rie de ce nouveau centre : ainsi Muran�w, en partie construit sur le ghetto. Les �difices de prestige portent encore la marque de l��poque stalinienne, comme le gigantesque palais de la Culture et de la Science, �difi� � l�emplacement de l�ancienne gare centrale. Les constructions pos-</p><p>t�rieures � 1960 s�inspirent des styles connus en Occident. L�ensemble de la ville-mus�e et du centre des administrations, des affaires laisse encore une impression de solennit� un peu froide.</p><p>Enfin, la reconstruction s�est attaqu�e � des quartiers p�riph�riques : sur la rive gauche, au sud (le long de la Vistule, se trouvent le parc &#x141;azienkowski, r�organis�, les ambassades et le minist�re des Affaires �trang�res), � l�ouest downloadModeText.vue.download 178 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11389</p><p>(des quartiers r�sidentiels ont succ�d� aux interminables faubourgs le long des routes radiales) et au nord (des grands ensembles proches des usines r�duisent les mouvements pendu-laires) ; sur la rive droite, notamment � Praga et � Br�dno.</p><p>Les tendances sont dans l�allongement du nord au sud (trac� qui devrait �tre suivi par une ligne de m�tro), l�abandon de la zone industrielle au pied du coteau de la Vistule, la d�congestion des quartiers du centre, l�extension sur la rive droite, la cr�ation d�� unit�s de voisinage � de 10 000</p><p>� 30 000 habitants (ce qui donne des densit�s de 400 par hectare), r�unies en</p><p>� quartiers � de 40 000 � 70 000 habitants et enti�rement �quip�es sur les plans social, sanitaire, scolaire, commercial et culturel (on compte actuellement 75 unit�s). Les zones vertes ont �t� pr�serv�es et agrandies (2 000 ha � l�int�rieur de la ville, sans compter sa ceinture bois�e).</p><p>Le financement de la construction a �t� assur� jusqu�en 1963 par l��tat et la ville, et depuis, par les coop�ratives, qui poss�dent environ le tiers des logements.</p><p>Le rythme de construction est pass� de 8 500 logements en 1955 � 25 000</p><p>aujourd�hui. Le rapport de 1,35 personne par pi�ce (Pologne : 1,40)</p><p>devrait passer, avec la construction de 430 000 logements d�ici � 1985, � 1 personne par pi�ce.</p><p>Enfin, le p�rim�tre de la ville s�est accru en englobant d�anciennes petites villes de r�sidence de la p�riph�rie : Varsovie s��tend sur 446 km 2.</p><p>Le renouvellement</p><p>d�mographique</p><p>Apr�s la fin des hostilit�s, la population s�est accrue � un rythme rapide ; d�j� presque un demi-million d�habitants en 1946, et le million est atteint vers 1955. Mais le taux de croissance, qui se maintint � environ 4 p. 100 par an entre 1950 et 1956, fl�chit progressivement apr�s. Les exc�dents annuels tomb�rent de 50 000 habitants par an dans les ann�es 1946-1953, � 20 000</p><p>dans les ann�es suivantes. Les migrations ont int�ress� presque toutes les r�gions de la Pologne et particuli�rement la vo��vodie de Varsovie (nouveaux venus dans la capitale, mais retour surtout d�anciens Varsoviens, qui avaient quitt� la ville durant la guerre ou qui avaient �t� expuls�s par les Allemands). On consid�re qu�en 1950 les trois quarts de la population se composaient d�habitants de l�avant-guerre. Les autres habitants sont originaires pour 40 p. 100 de la vo��vodie de Varsovie, pour le reste des vo��vodies de Kielce et de Lublin, ainsi que de Polonais vivant � l��tranger et ayant regagn� leur patrie.</p><p>La population s�est �galement ac-</p><p>crue par le mouvement naturel. Les taux de mortalit�, �lev�s avant la Premi�re Guerre mondiale (13 p. 1 000), sont tomb�s pour la premi�re fois � moins de 10 p. 1 000 en 1950 et se maintiennent depuis au-dessous de ce chiffre. La natalit�, qui s��levait � 30 p. 1 000 au d�but du si�cle, fl�chit � 15 p. 1 000 et m�me moins dans les an-n�es 30, se rel�ve � plus de 20 p. 1 000</p><p>jusqu�en 1956 et se situe � 15 p. 1 000</p><p>depuis le d�but des ann�es 60, si bien que l�exc�dent naturel annuel est d�environ 0,5 p. 100. Le manque de logements spacieux, malgr� tous les efforts de la construction, le d�sir d��quiper les appartements et de poss�der une voiture expliquent en partie la relative faiblesse de la natalit�, par rapport aux petites villes et aux campagnes polonaises.</p><p>Fonctions et structures socio-professionnelles</p><p>Avant 1939, la population active se r�-</p><p>partissait ainsi : 26 p. 100 dans l�industrie et le b�timent, 16 p. 100 dans l�artisanat, 20 p. 100 dans le commerce, 21 p. 100 dans les administrations et les professions lib�rales, le reste �tant dispers� entre plusieurs secteurs de moindre importance appartenant aux services. Apr�s la guerre, la proportion des ouvriers de l�industrie et du b�timent s��l�ve � 47 p. 100 : Varsovie, ville de manufactures et d�artisanat, devient une grande cit� industrielle. De 100 000 environ en 1939, le nombre d�ouvriers passe � 350 000, ce qui repr�sente 6,5 p. 100 du total de la population industrielle de la Pologne. On d�nombre 3 500 entreprises industrielles, mais 44 entreprises employant chacune plus de 1 000 ouvriers concentrent plus de la moiti� de la population industrielle. La m�tallurgie et la m�canique occupent la premi�re place, assurant 55 p. 100 de la valeur de la production globale ; la chimie en fournit plus de 10 p. 100 ; le reste se r�-</p><p>partit entre la polygraphie, le travail du cuir, l�alimentation et un peu de textile (celui-ci �tant surtout repr�sent� dans la r�gion de Varsovie, dans la ville de &#x17B;yrard�w). Ce sont les industries chimiques et �lectrotechniques qui se d�veloppent le plus rapidement. Parmi les principales entreprises, on compte : l�aci�rie Warszawa, situ�e au nord de l�agglom�ration et produisant annuellement 400 000 t d�aciers sp�ciaux ; l�usine d�automobiles situ�e sur la rive droite, produisant des voitures de tourisme de marque Warszawa, et, depuis peu, � la suite d�un accord conclu avec Fiat, la petite voiture � Polski Fiat � ; enfin des usines de mat�riel �lectrique et �lectronique. Les zones industrielles se situent principalement � l�ouest (quartier de M&#x142;yn�w), sur la rive droite (� Praga et � &#x17B;era&#x144;) et, en g�n�ral, dans tous les quartiers ext�rieurs.</p><p>Varsovie est ainsi devenue le second foyer industriel de la Pologne, apr�s le bassin de Haute-Sil�sie.</p><p>Le secteur des services repr�sente 52 p. 100 de la population active (taux le plus �lev� de toutes les villes polo-</p><p>naises), dont 15 p. 100 dans le seul domaine des emplois de l�Administration publique. Varsovie joue donc pleinement son r�le de capitale. Elle est le si�ge d�un grand nombre d�entreprises commerciales et des organismes d�export-import. La Banque nationale de Pologne emploie plus de 3 000 salari�s. Le domaine de la culture occupe plus de 13 p. 100 des actifs. Varsovie est le si�ge de l�Acad�mie polonaise des sciences, de treize �coles sup�rieures, dont l��cole polytechnique (25 000 �tudiants), d�une grande universit� (13 000 �tudiants).</p><p>Ses biblioth�ques renferment la moiti� des ouvrages conserv�s par toutes les biblioth�ques polonaises. La ville compte une vingtaine de mus�es. Il faut ajouter l�Op�ra, une quinzaine de th��tres et de nombreux autres lieux de spectacle et de distraction. Enfin, la capitale de la Pologne a une puissante station de radio et de t�l�vision, et son a�roport est un des plus actifs de l�Europe de l�Est. Le tourisme commence � se d�velopper en Pologne, et la capitale, gr�ce � ses nouveaux h�tels et � ses services d�accueil, voit passer ou s�journer plusieurs centaines de milliers d��trangers par an.</p><p>Cependant, elle est loin d�accaparer les fonctions de services comme des capitales d�autres pays socialistes, Sofia et surtout Budapest. Les grandes m�tropoles r�gionales �quilibrent la centralisation d�une capitale, qui ne prend jamais de caract�res excessifs.</p><p>Les perspectives de</p><p>d�veloppement</p><p>Varsovie appara�t relativement isol�e dans une zone faiblement urbanis�e.</p><p>C�est pourquoi un plan int�ressant plusieurs vo��vodies pr�voit l�urbanisation de l�axe de la Vistule, d�abord de Gda&#x144;sk � Varsovie, ensuite de Varsovie � Cracovie. La ville de P&#x142;ock, qui d�passe d�j� 50 000 habitants, offre, avec sa raffinerie et sa p�trochimie, un premier exemple d�urbanisation.</p><p>Les rapports de Varsovie avec sa</p><p>propre vo��vodie et, en g�n�ral, ce qu�on appelle son aire m�tropolitaine font l�objet de nombreuses �tudes aboutissant � des plans � moyen et �</p><p>long terme. La vo��vodie de Varsovie compte 2,5 millions d�habitants, mais elle comprend des �l�ments tr�s h�t�-</p><p>rog�nes. L�agriculture occupe encore la moiti� de la superficie ; les ruraux sont en majorit� dans un grand nombre de communes. Les localit�s situ�es le long des voies ferr�es, notamment de celles de &#x141;�d&#x17A; et de Lublin, sont les plus industrialis�es : m�canique et surtout textile. Les migrations pendu-laires entre les localit�s de la vo��vodie restent importantes. Le plan d�am�nagement pr�voit une r�duction de ces mouvements par l�industrialisation de ces communes, la d�centralisation de certains services urbains, l�animation (par l�implantation de commerces et de services culturels) de la banlieue-dortoir.</p><p>� long terme, les plans envisagent une agglom�ration de 4 millions</p><p>d�habitants � la fin du si�cle. Les �tudes d�am�nagement sont conduites conjointement par le Bureau d�urbanisme de Varsovie, qui a �largi son champ d�activit� en englobant la zone suburbaine, et le Bureau du plan r�gional de la vo��vodie.</p><p>Pour Varsovie, le plan pr�voit un maximum de population de l�ordre de 1 700 000 habitants, chiffre qui devrait progressivement �tre r�duit par la suite, bien qu�il ne paraisse pas excessif. La population actuelle de la ville repr�sente, en effet, moins de 5 p. 100</p><p>de la population totale de la Pologne, downloadModeText.vue.download 179 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11390</p><p>pourcentage exceptionnellement faible en Europe pour une capitale.</p><p>Les directions majeures du peuplement doivent �tre privil�gi�es en fonction d�un sch�ma radial et de bandes perpendiculaires, r�alisant une croix ayant le coeur de Varsovie pour centre.</p><p>Pour la vo��vodie, on pr�voit, �videmment � long terme, la cr�ation de deux ou trois villes nouvelles, parall�les � la Vistule, qui pourraient contenir au total pr�s de 1 million</p><p>d�habitants. Ces villes seraient reli�es � Varsovie par des liaisons rapides et recevraient des usines d�centralis�es ; elles seraient dot�es d�un �quipement complet.</p><p>Enfin, on s�efforce de pr�server les zones de culture suburbaine : la ceinture mara�ch�re et fruiti�re de l�agglom�ration permet un ravitaillement satisfaisant de l�agglom�ration. On am�nage les espaces verts ou bois�s de la p�riph�rie, notamment la fameuse for�t de Kampinos. On pr�voit la</p><p>construction de lacs artificiels de retenue sur la Vistule et ses affluents.</p><p>A. B.</p><p>L�art � Varsovie</p><p>Ravag�e par les Su�dois (1655 et 1701), d�laiss�e et enlaidie par les Russes (1815-1918), quasi ras�e par les Allemands (1939-1945), Varsovie rena�t chaque fois, car elle incarne l�esprit d�un peuple qui n�a jamais accept� de mourir.</p><p>Un symbole de cette vitalit� est le Palais royal (Zamek). �difice attest� d�s le d�but du XIVe s., il n�a cess� d��tre remani�, restaur�, agrandi, reb�ti. Les Allemands l�ont fait sauter ; sa reconstruction, � partir du sol, s�est achev�e en 1974. Quant � la cath�drale Saint-Jean, qui n��tait plus en 1945 qu�un monticule de d�bris, on l�a aussi refaite compl�tement.</p><p>Finalement, ce qui reste de plus significatif pour cette p�riode ancienne, c�est, relev�e de sa chute, la colonne de Sigismond III (1644), oeuvre d�artistes italiens interpr�tes du triomphalisme royal, le palais Radziwi&#x142;&#x142; (actuellement Conseil des ministres), b�ti � la m�me �poque par Costantino Tencalla, et surtout l��tonnante Vieille Ville (Stare Miasto), enti�rement reconstruite avec autant de fid�lit� que d�amour. Ses maisons � porches, aux fa�ades peintes et d�cor�es de graffiti, aux caves profondes, � la lourde opulence, donnent une image attachante de cette ville parcourue de courants italiens et germaniques. Et c�est dans la banlieue, au ch�teau de Wilan�w, que Jean III Sobieski avait fait construire de 1677 � 1694 par son architecte, l�Italien Agostino Locci, que l�on trouve l�image la mieux conserv�e du cosmopolitisme varsovien de cette �poque : Polonais, Italiens, Fran�ais, Allemands y</p><p>ont travaill� �galement ; ce ch�teau abrite maintenant une int�ressante collection de portraits nationaux.</p><p>Cependant, c�est du XVIIe s. finissant au d�but du XIXe s. que s�est vraiment form� le visage de la ville. La rue du Faubourg-de-Cracovie (Krakowskie przedmie&#x15B;cie) et ses alentours imm�diats sont bord�s d��glises et de palais : le palais Krasi&#x144;ski et l��glise du Saint-Sacrement, construits sur des projets du Hollandais Tylman z Gameren (ou Tijlman Van Gameren, 1632-1706), remontent � la fin du XVIIe s.</p><p>La seconde moiti� du XVIIIe s. � rococo, puis n�o-classicisme � a particuli�rement marqu� Varsovie : d�abord sous les rois saxons et leur ministre Heinrich von Br�hl (1700-1763) ; ensuite sous Auguste II.</p><p>Aux premiers, on devait l��norme palais de Saxe � dont il ne reste qu�un noble jardin � et surtout le palais Br�hl, charmant reflet du style de Dresde, dont il ne reste rien. Subsistent l�ancien palais Potocki (auj. minist�re de la Culture et des Arts) et un gracieux bijou, l��glise des Visitan-dines, termin�e vers 1760 par Francesco Placidi (v. 1700-1782) et Efraim Schroeger (1727-1783).</p><p>Comme si, apr�s le drame des partages, elle avait voulu se reforger une �me spartiate, Varsovie a sacrifi� r�solument � la mode n�o-classique. D�j� la fa�ade de l��glise des Carmes et celle de Sainte-Anne (par Peter Aigner, 1788) attestent ce go�t de la s�v�rit�, qu�accentue encore la rotonde de Saint-Alexandre (1818-1825) par Chrystian Piotr Aigner (1756-1841). Cela est confirm� par les constructions d�Antonio Corazzi (1792-1877) au palais Staszic (1820-1823) et surtout au Grand Th��tre (1825-1833) ; ici le style s�alourdit quelque peu, mais le froid Thorvaldsen* s�y trouve bien.</p><p>De cette p�riode charni�re de l�histoire de la Pologne, rien ne rend mieux compte que le petit ensemble des � Bains �</p><p>(&#x141;azienki, � Palais sur l�eau �, 1775-1784), legs magnifique de Stanislas II Auguste � son royaume perdu. Dans le parc, des constructions comme l�Ancienne et la Nouvelle Orangerie ou la Maison Blanche sont de d�licates reliques, et le palais lui-m�me, enti�rement refait, est le t�moin d�un style caract�ristique, qui n�est plus le style Louis XVI et qui n�est pas encore le style</p><p>Empire ; Domenico Merlini (1730-1797), Jan Chrystian Kamsetzer (1753-1795), Marcello Bacciarelli (1731-1818), Andr� Lebrun (1732-1811) ont travaill� � ce joyau discret, plus pr�cieux que le froid Belv�d�re, son voisin.</p><p>Le XIXe s. industriel a �t� cruel � Varsovie, et plus encore le XXe s. (�glise du Sauveur, palais de la Culture et de la Science). Mais il faut rendre hommage aux architectes polonais d�apr�s 1945 pour avoir r�habilit� le site de la falaise sur la Vistule et rendu un corps � leur ville meurtrie.</p><p>P. M.</p><p>&amp; B. Malisz, La Pologne construit des villes nouvelles (�d. Polonia, Varsovie, 1961). A. Gi-borowski et S. Jankowski, Varsovie reconstruite (�d. Polonia, Varsovie, 1962).</p><p>Varsovie</p><p>(pacte de)</p><p>Alliance militaire r�sultant du trait� d�amiti�, d�assistance mutuelle et de coop�ration sign� � Varsovie le 14 mai 1955 par l�U. R. S. S., l�Albanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Tch�coslovaquie, rejointes le 27 janvier 1956 par la R�publique d�mocratique allemande.</p><p>Le pacte de Varsovie a d�abord</p><p>consacr� une situation r�sultant de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque</p><p>les forces sovi�tiques p�n�tr�rent dans les pays de l�Europe orientale, elles �taient accompagn�es d�unit�s form�es en U. R. S. S. par des nationaux de ces pays, �migr�s ou prisonniers de guerre. Ces unit�s constitu�rent les noyaux d�arm�es nationales, mises sur pied sur le mod�le sovi�tique avec l�aide de conseillers militaires venus d�U. R. S. S. et qui, � partir de 1950, furent dirig�s par le mar�chal Koniev*.</p><p>Une s�rie de trait�s bilat�raux sign�s de 1943 � 1949 tiss�rent un �troit r�-</p><p>seau d�alliances entre l�U. R. S. S. et ces �tats � satellites �.</p><p>Mais le pacte de Varsovie fut surtout une r�plique de l�Union sovi�tique aux accords de Paris, qui, en 1954, pr�paraient le r�armement de la R�publique f�d�rale d�Allemagne et son entr�e, en 1955, dans le pacte de l�Atlantique</p><p>Nord. Ce r�armement de l�Allemagne occidentale � revancharde � �tait, en effet, consid�r� par l�U. R. S. S. et ses alli�s comme une menace grave pour le nouveau statut territorial europ�en et pour la s�curit� du camp socialiste.</p><p>Principes, objectifs</p><p>et structures du pacte</p><p>L�Alliance de Varsovie, strictement d�fensive, est fond�e sur la solidarit� de ses membres et leur obligation de participer � la d�fense commune, en conformit� avec l�article 51 de la Charte de l�O. N. U. Les signataires s�engagent � apporter une assistance imm�diate par tous les moyens, y compris la force, � tout �tat membre objet d�une agression en Europe (art. 4). Le pacte, conclu pour une dur�e de vingt ans, sera reconduit automatiquement pour dix ans � d�faut de d�nonciation au cours de sa vingti�me ann�e. Ouvert � tous les �tats qui, � ind�pendamment de leur r�gime social et politique �, se d�clareraient pr�ts � y adh�rer, il n�est donc th�oriquement pas r�serv� aux seuls �tats socialistes. En outre, downloadModeText.vue.download 180 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11391</p><p>l�article 8 du trait� exclut la participation � toute op�ration de police ou de maintien de l�ordre sur les territoires des �tats membres des forces alli�es stationn�es sur ces territoires.</p><p>Les structures �tablies en 1955 ont �t� modifi�es en 1969 pour rem�dier � certaines faiblesses, r�v�l�es notamment par la crise tch�coslovaque de 1968.</p><p>Au sommet, un Comit� politique</p><p>consultatif non permanent d�finit la ligne politique commune. Pr�sid�</p><p>� tour de r�le par chacun des pays membres, il r�unit les premiers secr�-</p><p>taires des partis communistes nationaux, les chefs de gouvernement, les ministres des Affaires �trang�res et de la D�fense. La Mongolie et la Cor�e du Nord y envoient des observateurs.</p><p>Le Comit� des ministres de la D�-</p><p>fense, la plus haute instance militaire du pacte, cr�� en 1969, est charg� de traduire en d�cisions militaires, � l�usage du commandant en chef, les options politiques du Comit� consultatif.</p><p>Le Haut Commandement unifi�,</p><p>si�geant � Moscou, pr�pare les plans militaires, fixe le d�ploiement des troupes, organise les manoeuvres, etc.</p><p>Il est assist� depuis 1969 d�un Conseil militaire, pr�sid� par le commandant en chef et r�unissant les repr�sentants militaires permanents de chacune des forces alli�es. Le commandant en chef des Forces unifi�es, toujours sovi�-</p><p>tique (les mar�chaux Koniev* [1955-1960], A. A. Gretchko [1960-1967]</p><p>et I. I. Iakoubovski [1967-1976] et V. Koulikov [depuis 1977]), dispose d�un �tat-major dirig� par un g�n�-</p><p>ral sovi�tique, mais qui, depuis 1969, comprend des officiers appartenant aux forces alli�es.</p><p>Un Secr�tariat permanent, si�geant � Moscou et dirig� par un officier so-vi�tique, est charg� des affaires courantes et de la pr�paration des sessions du Comit� politique consultatif.</p><p>Un Comit� sp�cial assure la liaison avec le Comecon*, dont font partie des pays non membres du pacte.</p><p>�volution et crises</p><p>de 1956 et 1968</p><p>Suivant la lettre du trait�, le pacte est une alliance militaire d��tats souverains et �gaux. En fait, il tend � devenir une alliance politique supranationale, � direction sovi�tique, des pays socialistes soucieux d�assurer la s�curit� de leur territoire autant que de conserver la puret� du marxisme-l�ninisme. Pour l�U. R. S. S., le pacte de Varsovie est � la fois une institution lui permettant de contenir � son profit les tendances centrifuges internes du camp socialiste et, par le contr�le du glacis conquis en 1944-45 par l�arm�e rouge, un �l�ment essentiel de sa s�curit�.</p><p>Toute son histoire a �t� domin�e par la contradiction entre les tendances centralisatrices de Moscou et le d�sir, voire les tentatives des autres �tats de sauvegarder une certaine ind�pen-</p><p>dance et de se r�server le choix de leur propre voie vers le communisme.</p><p>Cette contradiction a �t� � l�origine des deux crises de 1956 et de 1968 comme de la tension latente entre Moscou et Bucarest.</p><p>y La premi�re crise int�rieure du pacte intervient d�s 1956. En Pologne, lors des �meutes de Pozna&#x144; (juin), le gouvernement fait preuve de fermet�, affirme sa fid�lit� � Moscou et r�gle lui-m�me les incidents. En Hongrie, par contre, le malaise est plus profond ; les insurg�s visent un socialisme plus lib�ral, et le gouvernement d�Imre Nagy se propose de d�noncer le pacte de Varsovie. Devant cette menace, les blind�s sovi�tiques</p><p>�crasent l�insurrection de Budapest, et le gouvernement Nagy est remplac� par le gouvernement K�d�r.</p><p>� la suite de ces �v�nements,</p><p>l�U. R. S. S. signe des accords bilat�raux justifiant le stationnement des troupes sovi�tiques dans les �tats socialistes. Le dispositif militaire sovi�tique en Europe est, cependant, all�g�, et la Roumanie est �vacu�e en 1958. Mais, en 1961, l�Albanie, reprochant � Moscou sa rupture avec la Chine (1960) et le rapprochement sovi�to-yougoslave, d�cide de cesser toute participation active au pacte.</p><p>La crise de Berlin (1961) contribue � renforcer la solidarit� du camp socialiste, et, la m�me ann�e, se d�roulent les premi�res grandes manoeuvres</p><p>des forces du pacte, qui se renouvel-leront ensuite r�guli�rement avec une ampleur croissante. Ces manoeuvres justifieront la signature, de 1963 � 1967, de nouveaux accords bilat�raux relatifs au statut des forces du pacte en territoire alli�. Deux tendances se manifestent alors : Sovi�tiques et Allemands de l�Est souhaitent une int�gration toujours plus pouss�e des forces du pacte, tandis que les Roumains s�y opposent au nom de leur ind�pendance nationale. La lutte entre ces deux tendances se mat�rialise dans la tension sovi�to-roumaine, aggrav�e apr�s</p><p>1968 et qui ne s�apaisera qu�apr�s la signature � Bucarest, le 7 juillet 1970, d�un nouveau trait� sovi�to-roumain d�� amiti�, d�assistance mutuelle et de</p><p>coop�ration �.</p><p>y C�est en 1968, en Tch�coslovaquie que survient la seconde grave crise du pacte de Varsovie. L� encore, il s�agit d�une tentative de lib�raliser le r�gime et de s�affranchir du joug sovi�tique.</p><p>Apr�s quelques mois d�expectative et de pression, l�U. R. S. S. intervient militairement le 27 ao�t 1968 et, en quelques jours, occupe le territoire tch�coslovaque avec la participation de ses alli�s (� l�exception de l�Albanie et de la Roumanie). Le gouvernement Dub&#x10D;ek est remplac� par le gouvernement Hus�k, et l�unit� du camp socialiste est r�tablie. Le 16 octobre 1968, un nouvel accord entre Prague et Moscou pr�voit l��vacuation de la Tch�coslovaquie par les forces bulgares, allemandes, hongroises et polonaises, mais le maintien � temporaire � de 70 000 hommes des forces sovi�tiques, qui, en 1977, compteront encore dans ce pays cinq divisions, dont deux blind�es. Cette intervention entra�ne le retrait d�finitif du pacte de l�Albanie (qui estime que l�article 8 en a �t� viol�) et aggrave la tension avec la Roumanie, qui craint une op�ration semblable sur son sol ; Brejnev proclame en effet le droit de l�U. R. S. S.</p><p>d�intervenir chez ses alli�s chaque fois que � le d�veloppement du socialisme y serait menac� � (doctrine dite</p><p>� de la souverainet� limit�e �).</p><p>En 1969 cependant, le Comit� po-</p><p>litique consultatif du pacte, r�uni � Budapest, apporte � l�organisation de l�Alliance des modifications visant � associer plus �troitement ses membres � l��laboration des d�cisions : c�est ainsi que les ministres de la D�fense non sovi�tiques, jusque-l� subordonn�s au commandant en chef, forment d�sormais avec lui le � Comit� des ministres de la D�fense � et que le chef d��tat-major du pacte n�est plus directement rattach� au chef d��tat-major g�n�ral des forces arm�es sovi�tiques ; enfin, des postes importants d��tat-major sont confi�s � des g�n�raux non sovi�tiques (en 1970, les manoeuvres du pacte ont �t� pour la premi�re fois dirig�es par le g�n�ral est-allemand Hoffman). Parall�lement � ces efforts, le commandement sovi�tique poursuit l�int�gration des forces du pacte, dont le mat�riel est sovi�tique ou fabriqu� sous licence</p><p>sovi�tique. Il conserve le monopole absolu en mati�re d�armes nucl�aires et une h�g�monie quasi totale dans le domaine de la logistique, notamment dans le transport a�rien. Dans le m�me temps, l�U. R. S. S. s�efforce de compl�ter les liens du pacte par une int�-</p><p>gration �conomique plus �troite de ses membres dans le cadre du Comecon.</p><p>En 1976, les forces du pacte de Varsovie, stationn�es en Europe centrale, rassemblent 65 divisions (dont 29 blind�es), soit 31 sovi�tiques, 10 tch�coslovaques, 6 est-allemandes, 13 polonaises et 5 hongroises. � ces forces s�ajoutent, sur le flanc sud de l�Europe, les arm�es bulgares (5 divisions et 5 brigades) et roumaines (9 divisions), et en r�serve en Ukraine environ 60 divisions sovi�tiques, dont un tiers de blind�es et 7 a�roport�es.</p><p>Sur le plan international, le groupe des �tats du pacte de Varsovie est intervenu fr�quemment en faveur du d�sarmement et de la coexistence</p><p>pacifique : en 1958, le Comit� politique consultatif appuie la proposition polonaise de d�nucl�arisation de l�Europe centrale (� plan Rapacki �, 1957) ; en 1966, il lance � Bucarest l�id�e d�une conf�rence de s�curit� et de coop�ration europ�enne, dont il r�clame de nouveau la convocation � Budapest (1969), � Berlin (1970) et � Prague (1972). Enfin, p�riodiquement, Il propose la dissolution simultan�e des pactes Atlantique et de Varsovie, dissolution qui laisserait toutefois subsister � l�Est tout le r�seau d�accords bilat�raux entre les pays membres et l�U. R. S. S.</p><p>B. de B.</p><p>F Atlantique Nord (trait� de l�) / Europe / Strat�gie / U. R. S. S.</p><p>&amp; K. Grzybowski, The Socialist Commonwealth of Nations. Organization and Institutions (New Haven, Connect., 1964). /</p><p>R. J. Dupuy et M. Bettati, le Pacte de Varsovie (A. Colin, 1969).</p><p>Vasarely (Victor)</p><p>Peintre, plasticien et th�oricien fran-</p><p>�ais d�origine hongroise (P�cs 1908).</p><p>Lorsqu�il quitte la Hongrie en 1930, Vasarely a d�j� absorb� � tout ce que la culture abstraite avait cr�� � ce moment-l� �. En 1929-30, les cours de l�� Atelier �, r�plique hongroise du Bauhaus*, lui ont fait d�couvrir l�importance du Stijl* et de Moholy-Nagy*</p><p>aussi bien que celle de Kandinsky*, de Le Corbusier*, de Malevitch* et de Lissitski*. Arriv� � Paris, il doit se consacrer � des travaux publicitaires tout en s�attaquant � une longue t�che : dresser une grammaire des possibilit�s formelles et graphiques, dans la lign�e des enseignements de Johannes Itten, de Moholy-Nagy et de Josef Albers.</p><p>downloadModeText.vue.download 181 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11392</p><p>Tout en restant figuratif, il se pr�occupe d�j� d�effets optiques et cin�tiques, se livre � des exercices syst�matiques sur le cube axonom�trique (ambigu dans le plan par l�absence de perspective d�formante) et � des �tudes graphiques � deux dimensions domin�es par les rayures et des damiers (arlequins, �chiquiers, martiens, for�ats, tigres, z�bres). Une p�riode qu�il nomme lui-m�me des � fausses routes � (1939-1947), � dans les parages du symbolisme, du postcubisme, du surr�alisme et de la peinture gestuelle �, s�ach�ve par la v�ritable r�v�lation de l�art abstrait, lorsqu�il reconna�t que � la forme pure et la couleur pure peuvent signifier le monde �.</p><p>Vasarely atteint, au cours de nouvelles p�riodes de recherche qui</p><p>se chevauchent entre 1947 et 1960</p><p>(p�riode � Denfert � [Chillan, 1952, Museu de Moderna Arte de S�o</p><p>Paulo], p�riode � Belle-Isle �, p�riode</p><p>� Cristal � [Hokkaido, 1950-1955]), � un mode d�expression o� formes et couleurs se d�finissent mutuellement :</p><p>� La forme n�existe que diff�renci�e par une qualit� color�e, et la couleur que d�limit�e en une forme. � Ses travaux se d�veloppent dans deux directions parall�les : d�une part la monumentalit� (telles les trois � int�grations architectoniques � pour la Cit� universitaire de Caracas en 1954 : Hommage</p><p>� Malevitch, Sophia et Positif-N�gatif) et d�autre part le cin�tisme, qui vise � animer la surface de la toile ou du mur, ou encore les faces d�une sculpture, d�un mouvement illusoire (r�el chez d�autres artistes).</p><p>Parti de ses � photographismes � des ann�es 50 (agrandissements de petits dessins lin�aires en noir et blanc : Ma-nipur, 1952-1960), Vasarely r�alise des</p><p>� oeuvres profondes cin�tiques � (jeux d��crans successifs translucides, tel Biforme de 1954) et cr�e des � grilles �</p><p>en noir et blanc o� les lignes se coupent selon des orthogonales ou des obliques, se combinent avec des rectangles, s�associent � des cercles (Germinorium, 1959). De nombreux artistes d�avant-garde avaient d�j� travaill� sur le mouvement et l�illusion optiques (v. cin�-</p><p>tique [art]) ; mais Vasarely recherche la syst�matisation de nouvelles possibilit�s � partir d�un vocabulaire de base constitu� du carr�, du cercle et de leur transformation en losange et en ellipse.</p><p>De taille uniforme et multipli�s r�gu-li�rement sur la surface, ces �l�ments aboutissent � des sortes de trames cin�tiques (Eridan III, 1956, Detroit Institute of Arts). Bient�t r�appara�t la couleur (Our-Mc, 1963). Alphabet de formes �l�mentaires et gamme de couleurs avec leurs tons d�grad�s constituent une vaste combinatoire baptis�e</p><p>� folklore plan�taire �, aux virtualit�s infinies.</p><p>Les � unit�s formes-couleurs �</p><p>sont codifi�es en carr�s (carr�s-fonds portant un noyau-forme) qui peuvent �tre fabriqu�s industriellement et donc s�int�grer facilement dans l�architecture ou �tre �dit�s en � multiples �.</p><p>La m�thode d�finie par l�alphabet des formes-couleurs est encore approfondie avec l�exploration des effets obtenus par l�organisation structur�e des unit�s et la permutation interne de leurs �l�ments au sein d�une m�me composition (Zett, 1966, mus�e d�Art contemporain, Montr�al). Enfin, ais�-</p><p>ment codifiables et donc program-</p><p>mables, les unit�s ouvrent la voie � l�introduction de l�art dans l�univers de la cybern�tique.</p><p>Vasarely s�attache �galement �</p><p>l��tude de l�hexagone, qui devient cube</p><p>en perspective et aboutit aux compositions � tri-dim �, puis � bi-dim �</p><p>lorsque le trompe-l�oeil est appliqu� � des volumes r�els. Simultan�ment, il redonne dans certaines oeuvres une pr�pond�rance au trait (en hongrois vonal : Vonal Zceld, 1968). Puis la rigueur de l�alphabet de formes est infl�chie au profit de solutions graphiques qui figurent des gonflements, des pulsations d�un effet beaucoup plus baroque (V�ga-WA-3, 1968), qui entendent �voquer les rythmes de l�univers (ces compositions sont nomm�es structures universelles).</p><p>L�artiste retrouve l� les pr�occupations philosophiques et humanistes qui animent sa d�marche (voir ses �crits, tels : Notes, r�flexions de Vasarely, 1964 ; Plasti-cit�, l�oeuvre plastique dans votre vie quotidienne, 1970 ; Notes brutes, 1973 ; Folklore plan�-</p><p>taire, 1973) et qui justifient la cr�ation d�un � mus�e didactique Vasarely � au ch�teau de Gordes (1970) ainsi que la construction, � Aix-en-Provence, d�une fondation vou�e � l�embellissement de l�� environnement artificiel � et � l�information audiovisuelle (1976). �</p><p>la fois produit exemplaire et homme d�action de l��poque moderne, proche des structuralistes et des penseurs de la cybern�tique (Abraham Moles), Vasarely exprime enti�rement un certain monde. C�est dans cette mesure pr�cise qu�il est fortement admir� et imit�, ou violemment critiqu�.</p><p>F. D.</p><p>F Cin�tique (art).</p><p>&amp; Victor Vasarely (�d. du Griffon, Neuch�tel, 1965-1970 ; 2 vol.). / J. L. Ferrier, Entretiens arec Victor Vasarely (Belfond, 1969). / W. Spies, Victor Vasarely (Cologne, 1971 ; trad. fr., Cercle d�art, 1971). / G. Diehl, Vasarely (Flammarion, 1972). / Le Mus�e didactique Vasarely au ch�-</p><p>teau de Gordes (Gordes, 1973).</p><p>Vasari (Giorgio)</p><p>Peintre, architecte et �crivain italien (Arezzo 1511 - Florence 1574).</p><p>C�est son r�le de � Plutarque des artistes � qui lui vaut d��tre continuellement cit�. Son oeuvre peinte et</p><p>construite n�est pourtant pas n�gligeable, en dehors m�me de la caution de comp�tence ainsi confirm�e � l�auteur des Vies des plus excellents architectes, peintres et sculpteurs italiens de Cimabue � nos jours.</p><p>Jusqu�� vingt ans, Vasari �tudie dans sa ville natale et � Florence, notamment dans les ateliers d�Andrea del Sarto (1486-1530) et de Baccio Bandinelli (1488-1560). Le cardinal Hippolyte de M�dicis l�emm�ne � Rome en 1531, lui permettant de faire des relev�s des monuments antiques. En 1541, un voyage � Venise, avec des arr�ts � Parme et � Mantoue, permet � Vasari d��largir ses connaissances de peintre et de futur historien d�art. Le style de l�artiste demeure n�anmoins celui du mani�-</p><p>risme* toscano-romain (fresques de sa maison � Arezzo, � partir de 1542). Vasari vit � Rome jusqu�en 1553, prot�g� par le cardinal Alexandre Farn�se ; il ex�cute des fresques dans la salle de la chancellerie du Vatican, fr�quente Michel-Ange*, qui l�encourage � se tourner vers l�architecture, et publie en 1550 la premi�re �dition de ses Vite.</p><p>� partir de 1554, il se consacre, � Florence, � de nombreuses commandes du duc Cosme de M�dicis*. Il remanie le Palazzo Vecchio, en couvre les murs d�arabesques, de chim�res, de trente-neuf grandes compositions consacr�es � la gloire du souverain. Sa technique de la fresque est d�une �tonnante rapidit�. Pour l�administration toscane, Vasari est charg�, en 1560, d��lever le palais des Offices, longue perspective ouverte sur le fleuve par une loggia. Cet �difice immense, qui ne sera achev� qu�apr�s la mort de l�artiste, est exempt de froideur et reste un bon exemple de l�art florentin du XVIe s.</p><p>Entre-temps, Vasari ach�ve avec</p><p>Bartolomeo Ammannati (1511-1592), � la chapelle M�dicis et � la biblioth�que Laurentienne, les entreprises de Michel-Ange, et, en 1564, il �l�ve le tombeau du ma�tre � Santa Croce. Hors de Florence, il r�alise des ensembles urbains : en 1569, � Pise, la place des Cavaliers, compos�e du palais de ce nom et de l��glise Santo Stefano ; en 1572, la place d�Arezzo et sa loge. Il n�abandonne pas pour autant la peinture, ex�cutant les fresques g�antes</p><p>de la salle royale du Vatican (sc�nes de la Bataille de L�pante, achev�es en 1573).</p><p>Vasari �crivain d�art</p><p>R��dit�es d�s 1568 avec des corrections, et maintes fois depuis, les Vite sont un recueil de 158 biographies, certaines collectives, group�es en trois parties dont la premi�re est consacr�e aux artistes de l��poque gothique, de Cimabue* � Lorenzo di Bicci, la deuxi�me � ceux de la Renaissance du quattrocento, de Iacopo* della Quercia � Signorelli*, la troisi�me � ceux de la Renaissance du cinquecento, de L�onard* de Vinci � Vasari lui-m�me, le tout pr�c�d� d�un prologue et d�un petit trait� sur les trois arts. Cette somme ne doit pas �tre consult�e sans pr�cautions. Malgr� l��tendue de sa documentation, l�auteur a commis un assez grand nombre d�erreurs de fait. Mais il faut surtout tenir compte de ses partis pris, exprim�s d�ailleurs avec autant d�intelligence que de conviction.</p><p>Vasari est un patriote, qui �crit pour la gloire de Florence* et de la Toscane ; aussi met-il en vedette les artistes toscans. Selon une progression soigneusement calcul�e, qui bouscule au besoin l�ordre chronologique, l�ouvrage d�veloppe une id�e directrice : celle du progr�s des arts, depuis les pr�curseurs (Cimabue, Giotto*, etc.) qui les arrach�rent � la barbarie m�di�vale jusqu�� la pl�nitude atteinte par Rapha�l*</p><p>et Michel-Ange* ; on doit � ce progr�s le triomphe de l�harmonie en architecture, du naturalisme rationnel en peinture et en sculpture. La critique moderne a beau jeu de relever les simplifications, les omissions et les injustices qu�a entra�n�es cette vision doctrinale. Il reste que l�ouvrage est � la base de nos connaissances sur la plupart des artistes italiens dont il traite.</p><p>Vasari a tr�s souvent trac� le profil et d�fini l�apport de ces artistes avec beaucoup de pertinence. On trouve enfin dans les Vite un talent de conteur dont t�moignent les anecdotes multipli�es � plaisir.</p><p>B. de M.</p><p>H. P.</p><p>&amp; W. Kallab, Vasari-Studien (Vienne, 1908).</p><p>/ Studi vasariani. Atti del Convegno interna-zionale per il IV centenario (Florence, 1952). /</p><p>J. Rouchette, la Renaissance que nous a l�gu�e Vasari (Les Belles Lettres, 1959). / E. Rud, Giorgio Vasari, historien d�art de la Renaissance.</p><p>Une biographie (en danois, Copenhague, 1961).</p><p>/ P. Barocchi, Vasari pittore (Florence, 1964).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Giorgio Vasari downloadModeText.vue.download 182 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11393</p><p>dessinateur et collectionneur, Cabinet des dessins du mus�e du Louvre (R�union des mus�es nationaux, 1965).</p><p>vassalit�</p><p>Institution du Moyen �ge caract�ri-s�e par l�existence de liens de d�pendance entre deux cat�gories d�hommes libres : celle des protecteurs et celle des prot�g�s, ces derniers entrant volontairement au service des premiers tout en conservant leur libert�.</p><p>Les origines</p><p>L�institution vassalique a de nombreux ant�c�dents : le comitatus (Gefolgs-chaft), c�est-�-dire le groupe de guerriers libres entr�s volontairement au service d�un chef selon les modalit�s d�crites � la fin du Ier s. apr. J.-C. par Tacite ; les buccellarii (mangeurs de biscuit), guerriers priv�s entr�s au service des potentes du Bas-Empire.</p><p>Mais elle ne peut s��panouir qu�en p�riode d�instabilit� politique, voire d�anarchie, lorsque la puissance publique se r�v�le incapable d�assurer la s�curit� et la nourriture des habitants.</p><p>Il en est ainsi au VIe et surtout au VIIe s.</p><p>dans la Gaule m�rovingienne, particuli�rement dans le pays situ� entre Loire et Rhin, ainsi que dans le sud-ouest de la Germanie, dans l�Espagne wisigothique et dans l�Italie lombarde.</p><p>La cat�gorie des ingenui in obse-</p><p>quio, c�est-�-dire des nommes libres en d�pendance, se diversifie tr�s rapidement. Au sommet, les antrustions, membres de la truste (ou trustis) royale, directement issue du comitatus germanique, constituent un groupe de guerriers d��lite au service direct des souverains et, par cons�quent, socialement � part quelle que soit leur origine. Mais, � leur c�t�, d�autres ingenui (hommes libres) d�humble extraction se trouvent soit in obsequio regis (dans</p><p>la d�pendance du roi), soit in obsequio optimatorum ou procerorum (dans la d�pendance des riches, des puissants).</p><p>Membres d�une suite arm�e, on les d�signe du nom de gasindi ; mais, en raison de leur d�pendance, qui ne les prive pourtant pas de leur libert� juridique, on leur donne des appellations g�n�ralement r�serv�es aux esclaves : pueri peut-�tre, vassi s�rement.</p><p>Un acte de commendatio (recom-</p><p>mandation) place le vassus (ou recommand�) sous le mundium ou le munde-burdis (mainbour) de son protecteur : le dominus (seigneur), selon un rituel et gr�ce � une formule qui porte le no 43</p><p>dans le recueil dit Formulae Turo-nenses datant de la premi�re moiti� du VIIIe s. Par cet acte, le vassus s�engage verbalement � rendre au dominus un servitium, dont la nature n�est pas d�-</p><p>termin�e, mais qui peut �tre tout � la fois domestique, �conomique ou militaire. En contrepartie son protecteur lui doit quotidiennement des aliments, en fait la nourriture et le v�tement, parfois m�me le logement. Mais il peut aussi, pour assurer son entretien, soit lui remettre une terre en pleine propri�t� (proprietas), soit la lui conc�der � titre de tenure per nostro beneficio, c�est-</p><p>�-dire � gr�ce � un bienfait de notre part � : c�est le beneficium (b�n�fice), qui, en g�n�ral, � l��poque m�rovingienne, emprunte la forme romaine de la precaria (pr�caire, du latin pre-cor, prier), car il est sollicit� par le demandeur, qui adresse � cet effet au conc�dant une requ�te consign�e dans une charte. Devenue d�s le VIIe s. une concession � temps ou viag�re, la pr�-</p><p>caire sauvegarde le droit de propri�t� du conc�dant, mais permet au pr�ca-riste d�exploiter librement ou contre un l�ger cens les tenures composant le b�n�fice, qui lui a �t� remis pour des raisons essentiellement militaires ou politiques.</p><p>Bases institutionnelles du syst�me vassalique, vassalit� et b�n�fices sont rarement associ�s jusqu�� la fin du VIIe s. Nombreux sont en effet les vassaux non pourvus de terres et nombreux sont les b�n�fices attribu�s � des d�pendants pour des raisons sans rapport avec le syst�me vassalique. Il n�en est plus de m�me lorsque les Pip-</p><p>pinides acc�dent � la mairie du palais d�Austrasie.</p><p>L��volution du syst�me</p><p>vassalique</p><p>Les Pippinides et le b�n�fice</p><p>vassalique</p><p>N�ayant pu conqu�rir le pouvoir � la fin du VIIe s., puis acc�der � la royaut� en 751 que gr�ce au concours de client�les d�vou�es recrut�es surtout en Austrasie et contraintes de d�velopper un co�teux �quipement �questre pour mieux combattre la cavalerie arabe, les Pippinides n�ont pu se contenter de r�mun�rer leurs services par des dons en argent ou en nature. Gardant g�n�ralement sa valeur en capital quels que soient les al�as de la conjoncture, repr�sentant en outre une source de revenus annuels, la terre est la r�mu-n�ration id�ale du guerrier issu d�une soci�t� essentiellement rurale. Pour satisfaire celui-ci, les Pippinides ali�nent d�abord leur patrimoine, puis les biens du fisc avant de mobiliser � cet effet les terres conquises sur la for�t � l�est de l�Allemagne et surtout les biens eccl�siastiques. Confisqu�s par Charles Martel, restitu�s par P�pin le Bref � l��glise � condition que celle-ci en laisse la jouissance en pr�-</p><p>caire et contre un cens modique � ses d�tenteurs, ces biens ne peuvent �tre tenus en b�n�fice viager que du roi et � condition que leurs possesseurs soient ses vassaux. D�s lors, le nombre des recommand�s r�unis � la table familiale diminue rapidement au profit de celui des vassaux, mis en possession de tenures � l�issue d�une c�r�monie dont les rites (recommandation par les mains [hommage], serment de fid�lit�) sont, pour la premi�re fois, d�crits par un texte de 757 concernant l�entr�e du duc de Bavi�re, Tassilon, dans le vasselage de P�pin le Bref. Compl�t� sans doute � l�extr�me fin du Xe s. et s�rement au XIe s. par un troisi�me rite, l�osculum (baiser), ce c�r�monial scelle pendant un mill�naire le contrat vassalique, liant d�sormais intimement b�n�fice et vassalit�.</p><p>La vassalit�, moyen de</p><p>gouvernement des Carolingiens</p><p>La dilatation du royaume franc de l�Atlantique � l�Elbe, de la Baltique � la M�diterran�e, la m�diocrit� des moyens de communication, l�insuffisance des ressources de la monarchie, le manque de personnel comp�tent</p><p>conduisent Charlemagne � faire des membres de l�artistocratie fonci�re des cadres interm�diaires attach�s � sa personne et charg�s de diffuser son autorit� dans tout l�Empire et du haut en bas de l��chelle sociale. Dans ce dessein, Charlemagne multiplie d�abord les vassi dominici (vassaux directs du roi), en faisant entrer dans le syst�me les ducs et les comtes, puis les �v�ques et les abb�s, qui ont soit la charge de diriger les principaux services de l�administration centrale si�geant au palais, soit celle de g�rer les principales circonscriptions territoriales de l�Empire (comt�s, duch�s, marches), qu�elles soient ou non pacifi�es depuis longtemps (Alamannie, duch� de Bavi�re, royaume lombard, royaume d�Aquitaine, marche d�Espagne).</p><p>Puis il incite la masse des propri�-</p><p>taires fonciers � entrer � leur tour dans la vassalit� des vassi dominici, qui, bien entendu, conservent seuls avec le roi le droit de rendre la justice, soit au sein du tribunal comtal, soit au sein du tribunal de palais.</p><p>Ainsi se cr�e un r�seau de subordinations � trois �tages : le roi, les vassi dominici, les vassaux de ceux-ci, li�s les uns aux autres par une cha�ne de serments de fid�lit�. Fournissant au souverain des administrateurs, des juges, des soldats, assurant la diffusion de ses ordres jusqu�au plus humble de ses sujets, le syst�me vassalique s�av�re d�autant plus efficace que Charlemagne le maintient dans sa puret� originelle : chaque vassal ne peut avoir qu�un seul seigneur ; le vassal infid�le � son serment perd son b�n�fice ; la nature du service demand� est adapt� � l�importance du b�n�fice conc�d� par le capitulaire de Thionville, qui fixe en 805 � douze au minimum le nombre</p><p>des manses pouvant assurer l�entretien d�un cavalier totalement �quip�.</p><p>Le d�clin du syst�me vassalique</p><p>Tr�s ing�nieux, un tel syst�me ne peut �tre efficace que si l�autorit� sup�-</p><p>rieure, qui en constitue la clef de vo�te, s�exerce sans d�faillance et s�impose � tous sans partage. L�immensit� de l�Empire, la faiblesse d�un syst�me administratif reposant sur l��crit, alors que ses justiciables sont analphab�tes, la vigueur des r�gionalismes, la perm�abilit� des fronti�res aux raids de nouveaux envahisseurs (Arabes, Hongrois, Normands) �branlent l��difice.</p><p>L�zarde avant m�me la mort de Charlemagne, celui-ci s�effondre sous le r�gne de successeurs inf�rieurs � l�immensit� de la t�che � accomplir.</p><p>Le syst�me vassalique r�v�le alors ses imperfections. � la base, les populations ne connaissent plus d�autre autorit� que celle des seigneurs locaux, qui organisent leur d�fense autour du ch�teau, dont ils ont la garde et qui perd son caract�re de forteresse publique pour n��tre plus que le garant mat�riel de leur autorit�. � l��chelon imm�diatement sup�rieur, les arri�re-vassaux ne se sentent plus engag�s qu�� l��gard de leur seigneur direct, de qui ils tiennent un b�n�fice sous r�serve de services vassaliques, dont l�ex�cution leur para�t plus contraignante que les devoirs dus � un roi trop lointain.</p><p>� l��chelon sup�rieur, enfin, les vassi dominici, investis d�honores, ach�vent de vassaliser ces derniers sous le r�gne de Louis le Pieux, ce qui leur permet de fusionner au sein de leur patrimoine personnel les benefi-cia qu�ils d�tiennent es qualit� avec les res de comitatu qui leur ont �t� remis en tant qu�agents de la puissance publique et seulement pour la dur�e de leurs fonctions. Nantis ainsi de biens downloadModeText.vue.download 183 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11394</p><p>fonciers consid�rables, pr�sentant le plus souvent une grande coh�rence territoriale, ne pouvant plus faire r�tribuer leur fid�lit� par la concession de nouveaux biens pr�lev�s sur les domaines imp�riaux, trop fortement amput�s par les distributions ant�rieures de b�n�-</p><p>fices ainsi que par les cessions de biens en pleine propri�t� ou par la transformation de tenures en alleux, les comtes</p><p>et leurs subordonn�s ne peuvent plus �tre d�plac�s ou r�voqu�s. La n�cessit� d�assurer une certaine continuit� administrative joue �galement en faveur de leur maintien en fonction leur vie durant et finalement en faveur de la transmission de leur charge � leur fils. En 877, le capitulaire de Quierzy et surtout la proclamation finale qui l�interpr�te sanctionnent ce glissement du b�n�fice vers l�h�r�dit�, qui s�est acc�l�r� apr�s 850.</p><p>Oblig�s d�entrer dans la vassa-</p><p>lit� royale, du moins d�s le r�gne de Louis le Pieux, consid�r�s comme des agents de la puissance publique titulaires d�honores comprenant � la fois leur dotation et leur fonction (episco-patus, abbatia) assimil�e � un bienfait, contraints, enfin, comme les la�ques, � l�hommage et au serment, les pr�lats se lib�rent d�autant plus facilement de la tutelle royale qu�ils sont immunistes.</p><p>� l�exception du glissement vers l�h�-</p><p>r�dit�, ils tendent donc, comme les comtes, � devenir des seigneurs territoriaux autonomes, voire ind�pendants.</p><p>Bilan</p><p>Con�u par les Carolingiens pour maintenir la coh�sion de l��tat en assurant la diffusion de l�autorit� royale dans tout l�Empire, le syst�me vassalique, par un paradoxe qui n�est qu�apparent, aboutit � la d�sagr�gation de l��tat et, par contrecoup, � la formation, entre 875 et 925, de principaut�s territoriales n�es d�un groupement de comt�s, mais qui ne se perp�tuent au Xe et au XIe s. que dans la mesure o� leurs chefs savent exploiter les particularismes r�gionaux et, par l�, donner une certaine coh�sion � leurs constructions politiques : comt� de Flandre, duch�s de Bourgogne,</p><p>d�Aquitaine, de Saxe, de Bavi�re, de Souabe, de Franconie et de Lorraine.</p><p>L�autorit� des chefs, d�tenteurs de la puissance publique dans la limite de leur principaut�, est finalement atteinte � son tour par le d�clin ; elle tend � se limiter aux comt�s qui appartiennent en propre � ces chefs, tandis que les relations avec les dirigeants des autres comt�s tendent � se limiter � des rapports vassaliques. � l�int�rieur de ces rapports, l�autorit� comtale se d�grade � son tour au profit de celle des ch�te-</p><p>lains, qui imposent leur ban aux communaut�s rurales voisines. Tr�s nette en France, ainsi que l�attestent dans le Ma�onnais le recul progressif de l�autorit� du duc de Bourgogne au profit de celle du comte de M�con et le d�clin des pouvoirs de ce comte au profit de ceux des ch�telains d�tenteurs de la seigneurie banale, cette �volution est longtemps retard�e en Allemagne en raison de la surveillance �troite exerc�e sur les ducs par les rois de la dynastie saxonne. Mais, dans les deux pays, elle aboutit �galement � l�identification du fief au beneficium.</p><p>Li�s par la r�ciprocit� des ser-</p><p>vices, seigneur et vassal entretiennent d�s lors un dialogue privil�gi�, et ce jusqu�au moment o� la g�n�ralisation de la pratique de la pluralit� des hommages, apparue d�s 895, et la diffusion de l�institution de la ligesse, n�e vers 1050, y introduisent deux �l�ments perturbateurs, qui entra�nent la d�g�-</p><p>n�rescence d�un syst�me qui, depuis le Xe s., n�est plus vassalique, mais f�odal.</p><p>Petit vocabulaire de la</p><p>vassalit�</p><p>b�n�fice du vassal, concession qui, distincte du b�n�fice eccl�siastique, de la tenure (octroy�e sous ce nom en vertu d�un contrat de pr�caire ou en r�mun�ration des services de certains agents domaniaux ou domestiques), peut rev�tir plusieurs formes : celle d�une tenure d�une superficie variable, puisqu�elle peut �tre r�duite � quelques manses ou correspondre � une ou � plusieurs villas (domaines) ; celle d�une abbatia (dignit� d�abb�), accord�e m�me � un la�que, qui peut ainsi toucher les revenus tr�s lucratifs du monast�re attach� � cette dignit�.</p><p>Conc�d� par le seigneur � un autre seigneur qui devient son vassal en se recommandant � lui et en lui pr�tant serment de fid�lit�, le b�n�fice (beneficium) n�est d�tenu en droit par ce dernier qu�� titre viager ; pourtant, d�s le IXe s., sa d�tention devient h�r�ditaire par suite de l�alt�ration du syst�me vassalique.</p><p>homo ligius, ligius miles, litt�ralement</p><p>� homme libre �, � vassal libre � (sous-entendu de tout autre lien). Passant du seigneur au vassal, la notion de � lige � (n�e</p><p>au milieu du XIe s.) souligne dans cette expression la primaut� de l�engagement liant le � vassal lige � � l��gard de son � seigneur lige �, auquel il a pr�t� un � hommage libre � qui l�emporte sur les hommages pr�t�s � ses autres seigneurs. En France, les princes territoriaux sont ainsi qualifi�s de � vassaux liges � du roi apr�s l�apparition de la ligesse.</p><p>vassalus, doublet du mot vassus, form� sans doute sur l�adjectif celtique d�riv� de gwas. Le mot vassalus, dont d�rive le vocable fran�ais vassal, d�signe, � partir du Xe s. en France et du XIe s. en Allemagne, un homme dont la d�pendance personnelle � l��gard d�un dominus est consacr�e par la prestation de l�hommage et d�un serment de foi � ce dernier, qui, en �change, lui remet un bien : le fief, ainsi nomm� depuis la fin du IXe s.</p><p>vassus, terme d�riv� du mot celtique gwas, latinis� tr�s t�t et signifiant � jeune gar�on �, � serviteur �. Il d�signe un esclave dans la Gaule m�rovingienne selon la lex salica, qui date du d�but du VIe s. S�il garde ce sens jusqu�au VIIIe s., il en acquiert un autre d�s le VIIe s. : celui d�homme libre en �tat de d�pendance, ainsi que l�attestent certains textes de la lex Alamannorum et de la lex Bajuvariorum.</p><p>vassus casatus, litt�ralement � vassal chas� �, c�est-�-dire vassal royal qui obtient des souverains carolingiens un b�n�fice en g�n�ral pr�lev� sur les domaines des anciens souverains ou sur ceux des rebelles dans les pays r�cemment conquis : Aquitaine, Italie, Bavi�re, etc.</p><p>vassus ou vassalus dominici, litt�ralement � vassal du seigneur � ; en fait � vassal du seigneur roi �, jouissant d�une consid�ration particuli�re, parfois qualifi�e d�� honor � en raison de l�importance des hautes fonctions politiques, judiciaires et administratives qui lui sont g�n�ralement confi�es par les souverains carolingiens.</p><p>S�il ne r�side pas � proximit� du palais royal, il pr�te serment au souverain entre les mains des missi dominici.</p><p>vassus pauperior, litt�ralement � vassal pauvre �, expression par laquelle les Annales de Lorsch d�signent d�daigneuse-ment au d�but du IXe s. le vassal entretenu par le roi au palais et donc non chas�.</p><p>vassus regalis, litt�ralement � vassal royal � ; en fait � vassus dominici �, � chas� �</p><p>(casatus) dans une partie du royaume, mais non titulaire d�honores (fonction publique).</p><p>Soutenant avec vigueur, au IXe s. et au d�but du Xe, les rois contre les pr�tentions des potentats locaux (ducs, marquis, comtes), les vassi regales sont g�n�ralement m�diatis�s par ces derniers au Xe s.</p><p>P. T.</p><p>F Cap�tiens / Carolingiens / Charlemagne /</p><p>Charles II le Chauve / F�odalit� / Louis Ier le Pieux</p><p>/ M�rovingiens.</p><p>&amp; P. Guilhiermoz, Essai sur l�origine de la noblesse en France au Moyen �ge (A. Picard, 1902). / Recueils de la Soci�t� Jean Bodin, les Liens de vassalit� et les immunit�s (Libr. encyclop�dique, Bruxelles, 1936 ; 2e �d., 1959).</p><p>/ M. Bloch, la Soci�t� f�odale (A. Michel, coll.</p><p>� �volution de l�humanit� �, 1939-40 ; nouv.</p><p>�d., 1968, 2 vol.). / F. L. Ganshof, Qu�est-ce que la f�odalit� ? (Office de publicit�, Bruxelles, 1944 ; 4e �d., Presses universitaires de Bruxelles, 1968). / G. Duby, la Soci�t� aux XIe et XIIe si�cles dans la r�gion m�connaise (A. Colin, 1954). / R. Coulborn (sous la dir. de), Feudalism in History (Princeton, 1956 ; nouv. �d., 1965). /</p><p>R. Boutruche, Seigneurie et f�odalit� (Aubier, 1959-1970 ; 2 vol.). / G. Fourquin, Seigneurie et f�odalit� au Moyen �ge (P. U. F., 1970).</p><p>Vatican</p><p>(�tat de la cit� du)</p><p>�tat souverain dont le pape est le chef, constitu� � la suite des accords du Latran (11 f�vr. 1929).</p><p>Pendant des si�cles capitale d�un �tat temporel (v. �tats de l��glise), le Vatican a v�cu sous une situation de violence depuis le 20 septembre 1870, date de la prise de Rome, au 11 f�vrier 1929, date � laquelle le cardinal Pietro Gaspard, au nom du pape Pie XI, et le chef du gouvernement italien, Benito Mussolini, signaient les accords du Latran. Cet acte cr�ait l��tat de la cit� du Vatican � pour assurer au Saint-Si�ge l�ind�pendance absolue et visible, avec une souverainet� indiscutable, garantie m�me dans le domaine international �.</p><p>La cit� du Vatican</p><p>Avec son r�alisme lombard, Pie XI,</p><p>le jour m�me de la signature des accords du Latran, expliquait aux cur�s de Rome qu�il avait demand� un minimum n�cessaire : � Parce qu�une certaine souverainet� territoriale est la condition universellement reconnue comme indispensable � toute v�ritable souverainet� de juridiction ; c�est-�-</p><p>dire au moins la portion de territoire qui suffit comme support de la souverainet�, cette portion de territoire sans laquelle elle ne pourrait subsister, parce qu�elle n�aurait pas o� se poser</p><p>[...]. Il nous pla�t de voir le domaine foncier r�duit � de si minimes proportions qu�il puisse et doive lui-m�me �tre consid�r� comme spiritualis� par l�immense, sublime et vraiment divine puissance spirituelle qu�il est destin� � soutenir et � servir. �</p><p>Constitu� de 44 ha, le territoire de la cit� du Vatican est le plus petit �tat du monde. C�est, pour l�essentiel, la place et la basilique Saint-Pierre, les jardins et le palais qui s��tagent sur les pentes de la colline. L�ensemble est entour� de murs que l�on peut franchir en quatre points d�acc�s : la porte de bronze, qui est l�entr�e du palais ; l�arc des cloches, situ� � gauche de la fa�ade de la basilique ; la porte Sainte-Anne, qui ouvre sur les services ; l�entr�e des mus�es du Vatican. La place est librement accessible, sauf pendant les sessions conciliaires et les visites officielles de chefs d��tat, et sa police est confi�e d�un commun accord, pour des downloadModeText.vue.download 184 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11395</p><p>raisons de n�cessit�, au gouvernement italien. Les r�sidents sont au nombre de 684, dont 358 seulement jouissent de la citoyennet�, qui n�est pas l�expression de l�appartenance � une communaut� nationale, mais la reconnaissance d�un statut particulier li� � l�exercice d�une fonction au service du Saint-Si�ge. La citoyennet� a donc un caract�re provisoire et ne se substitue pas � la nationalit� d�origine.</p><p>Organisation</p><p>temporelle</p><p>Le Vatican est actuellement r�gi par une loi de Paul VI* publi�e par les Acta apostolicae Sedis le 24 juin 1969.</p><p>Le pape exerce son pouvoir l�gislatif et ex�cutif, dont il est seul et souverain d�tenteur, par l�interm�diaire d�une commission de cardinaux nomm�s par lui pour cinq ans et dont le pr�sident est son cardinal secr�taire d��tat.</p><p>L�ex�cutif est confi� � un d�l�gu� sp�cial, assist� d�un secr�taire g�n�-</p><p>ral du gouvernorat et d�un conseil de vingt-quatre la�ques romains et de six membres �trangers honoraires. Le gouvernorat comprend dix directions g�n�-</p><p>rales : 1o affaires g�n�rales, philat�lie, numismatique, bureau l�gal, personnel et �tat civil, comptabilit�, postes et t�l�graphes, marchandises, tribunal de premi�re instance, bureau d�information ; 2o monuments, mus�es et galeries pontificaux ; 3o services techniques, b�-</p><p>timents, installations, am�nagements, surintendance, inspection, restauration, service auto et t�l�phone ; 4o Radio-Vatican ; 5o services �conomiques ; 6o services sanitaires ; 7o observatoire de Castel Gandolfo ; 8o �tudes et recherches arch�ologiques ; 9o direction des villas pontificales de Castel Gandolfo ; 10o service civil de surveillance (87 membres), qui, avec les gardes suisses (75), constitue l�ensemble des forces de protection et de police. Tout le personnel b�n�ficie de la s�curit� sociale. La monnaie de l��tat de la cit� du Vatican suit les fluctuations de la lire italienne. Le commerce est monopole d��tat.</p><p>Le pape et la curie</p><p>romaine</p><p>L��tat de la cit� du Vatican n�existe que pour permettre au pape d�exercer en toute ind�pendance son pouvoir spirituel au service des 670 millions de catholiques r�pandus � travers le monde, en coll�gialit� avec ses fr�res dans l��piscopat. Afin d�exercer cette t�che complexe, l��v�que de Rome</p><p>s�est constitu� autour de lui un groupe de collaborateurs stables, qui l�aident dans l�examen et la solution des innombrables affaires soumises � sa d�cision.</p><p>Telle est l�origine de la curie romaine, form�e de commissions de cardinaux,</p><p>peu � peu institutionnalis�es depuis le XVIe s. de mani�re assez empirique.</p><p>L�ensemble des bureaux qui la</p><p>constituent la font souvent comparer aux rouages d�un �tat, dont le chef monarchique serait le souverain pontife assist� d�un Premier ministre, le cardinal secr�taire d��tat, directement charg� de deux organismes : la Secr�tairerie d��tat, ou secr�tariat du pape, et le Conseil pour les affaires publiques de l��glise, sorte de minist�re des Affaires �trang�res. Les autres grands secteurs d�activit� de l��glise catholique sont confi�s � autant de minist�res, appel�s dicast�res ou congr�-</p><p>gations. L�ensemble ne r�git nullement des �glises qui lui seraient subordonn�es, mais est au service de l��v�que de Rome, garant de leur unit� dans une m�me communion de foi et de charit�.</p><p>Cr��e par Sixte Quint (constitution Im-mensa aeterni Dei du 22 janvier 1588) et r�organis�e par Pie X au lendemain de la disparition du pouvoir pontifical temporel (constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908), la curie romaine a �t� r�form�e par Paul VI, selon le d�sir du deuxi�me concile du Vatican*, par la constitution apostolique Regimini Ecclesiae universae du 15 ao�t 1967, entr�e en vigueur le 1er mars 1968 et suivie, depuis lors, d�une s�rie de mesures compl�mentaires.</p><p>La Secr�tairerie d��tat</p><p>Sous l�autorit� du cardinal secr�taire d��tat, la Secr�tairerie d��tat est dirig�e par un substitut. Elle peut �tre compar�e au cabinet priv� d�un chef d��tat et au secr�tariat g�n�ral d�un gouvernement. Charg�e de pr�parer la correspondance ordinaire avec les �v�ques, les repr�sentants du Saint-Si�ge, les gouvernements et leurs ambassadeurs, le clerg� et les fid�les, elle fait en m�me temps fonction de plaque tournante entre les divers organismes de la curie. Pour faire face au volume croissant du courrier, des �quipes de collaborateurs travaillent en diverses sections linguistiques (italien, anglais, fran�ais, espagnol, allemand et portugais pour l�essentiel). Les services g�n�raux regroupent le chiffre, le protocole, l�exp�dition, les t�l�grammes, la reprographie et la dactylographie.</p><p>Les autres sections se r�partissent</p><p>ainsi : rapports avec les dicast�res de la curie, lettres et brefs apostoliques, bureau d�information-documentation, c�r�monial, organismes internationaux, bureau du personnel, services administratifs, bureau central de statistique de l��glise, archives. Les employ�s sont au nombre d�une centaine : pr�tres s�culiers, religieux et la�ques, dont une quinzaine de femmes depuis 1968. Le personnel est astreint � un horaire hebdomadaire de trente-trois heures, sans compter les permanences des dimanches et jours de f�te, et doit toujours se tenir � la disposition de ses chefs de service.</p><p>Le Conseil pour les</p><p>affaires publiques</p><p>de l��glise</p><p>� c�t� de l�activit� intense de la Se-cr�tairerie d��tat, au m�me troisi�me �tage du palais du Vatican, c�est-�-dire au voisinage imm�diat du Saint-P�re, se d�roule l�action plus discr�te, mais non moins importante, du Conseil pour les affaires publiques de l��glise.</p><p>C�est le domaine de la diplomatie pontificale, dont les agents se d�finissent en premier lieu par leur fonction eccl�siale et pastorale aupr�s des �glises locales, et, en second lieu seulement, par leur charge diplomatique aupr�s des gouvernements, selon les dispositions prises par Paul VI dans le motu proprio Sollicitudo omnium ecclesiarum du 24 juin 1969. Le Saint-Si�ge, qui est comme le gouvernement central de l��glise catholique au plan international, jouit, en effet, des pr�-</p><p>rogatives reconnues aux �tats souverains par le droit international, c�est-</p><p>�-dire avant tout le droit de l�gation actif et passif, qui lui donne la facult� d�envoyer et de recevoir des agents diplomatiques.</p><p>Dans l�esprit du deuxi�me concile du Vatican, la diplomatie pontificale n�entend revendiquer aucun privil�ge du pouvoir civil, mais obtenir une authentique libert� pour tous les fid�les et collaborer au bien commun des</p><p>peuples et � la paix entre les nations.</p><p>Comme Paul VI le d�clarait devant les repr�sentants des Nations unies � New</p><p>York le 5 octobre 1965, cet �change de repr�sentants manifeste hautement l�esprit d�ind�pendance et de collaboration r�ciproque qui marque les relations entre l��glise et l��tat, apr�s des si�cles de subordination, puis de s�paration. Le premier de ces repr�sentants du pontife romain est le nonce, de droit doyen du corps diplomatique, selon le r�glement de Vienne de 1815, confirm� par la nouvelle convention de Vienne de 1961 : hommage rendu aux valeurs spirituelles et morales, dont le Saint-Si�ge se veut le gardien dans la communaut� internationale. Le prononce est un repr�sentant diplomatique pontifical qui, comme le nonce, est accr�dit� par des lettres de cr�ance d�ambassadeur, mais ne jouit pas du d�canat de droit. Lorsque, enfin, il n�existe pas de relations diplomatiques avec un pays o� l��glise est cependant pr�sente par sa hi�rarchie et ses fid�les, le Saint-Si�ge est repr�sent� aupr�s de cette �glise locale par un d�l�gu� apostolique.</p><p>Le Saint-Si�ge dispose � travers le monde de 77 nonciatures, dont 42 sont dirig�es par un prononce, et de 19 d�l�-</p><p>gations apostoliques. Il faut y ajouter ses repr�sentants permanents aupr�s des grandes organisations internationales, soit actuellement 10 envoy�s.</p><p>Quel est le sens de la diplomatie pontificale ? Paul VI la d�finissait ainsi en recevant le corps diplomatique accr�dit� aupr�s du Saint-Si�ge, qui comporte 78 ambassades ou l�gations : � Nous ne sommes pas neutres.</p><p>L��vangile nous interdit d��tre indiff�rent lorsque sont en cause le bien de l�homme, sa sant� physique, l��panouissement de son esprit, ses droits fondamentaux, sa vocation spirituelle ; de m�me lorsque les conditions sociales subies par une population mettent les biens en p�ril, ou encore lorsqu�une institution internationale a besoin d��tre appuy�e. � Dans le pass�, la diplomatie pontificale a n�goci� beaucoup de concordats. Ses moyens sont aujourd�hui diff�rents, mais son id�al demeure la concorde.</p><p>Les congr�gations</p><p>romaines</p><p>Au nombre de dix, les congr�gations, ou dicast�res, sont des commissions stables de cardinaux pour l��tude des affaires de l��glise universelle qui leur sont confi�es par le pape. Leurs titulaires sont nomm�s pour cinq ans et perdent leur pouvoir � la mort du souverain pontife qui les a nomm�s. Se-cr�taire et sous-secr�taire sont, comme le cardinal pr�fet, nomm�s pour cinq ans et doivent �tre reconfirm�s dans leurs fonctions par le nouveau pape dans les trois mois qui suivent son �lection. Toutes les congr�gations sont juridiquement �gales, et les �ventuels conflits de comp�tence sont soumis au tribunal supr�me du Vatican, qui est la Signature apostolique. Le personnel des congr�gations doit �tre choisi parmi les experts ayant une exp�rience downloadModeText.vue.download 185 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11396</p><p>pastorale, dans le monde entier, et se tenir en �troite liaison avec les conf�-</p><p>rences �piscopales. Voici les dix congr�gations romaines :</p><p>y La congr�gation pour la Doctrine de la foi est l�h�riti�re de l�ancienne Inquisition, r�tablie par Paul III le 21 juillet 1542 pour combattre les h�-</p><p>r�sies, et du Saint-Office, r�form� par Paul VI le 7 d�cembre 1965. Charg�e de promouvoir la foi et de veiller � sa puret�, elle le fait en rapport avec les commissions doctrinales des conf�-</p><p>rences �piscopales et en liaison avec la Commission th�ologique internationale, �rig�e le 11 avril 1969, et la Commission biblique, r�form�e en</p><p>juillet 1971.</p><p>y La congr�gation pour les �glises orientales cr��e par Pie IX (constitution Romani pontifices du 6 janvier 1862) est charg�e de tout ce qui concerne les dioc�ses de rite oriental.</p><p>Les patriarches des �glises d�Orient, copte, melkite, maronite, latin, chal-d�en, arm�nien et syrien, en sont membres de droit.</p><p>y La congr�gation pour les �v�ques, appel�e autrefois consistoriale, est comme un minist�re de l�Int�rieur :</p><p>elle s�occupe de la cr�ation, de l�am�-</p><p>nagement et de la suppression des dioc�ses ; elle pr�pare les nominations des �v�ques, administrateurs, coadjuteurs et auxiliaires, vicaires aux arm�es et autres pr�lats ayant juridiction personnelle. Deux commissions pontificales lui sont rattach�es, l�une pour l�Am�rique latine, l�autre pour la pastorale des migrations et du tourisme. Cette congr�gation est en rapports organiques avec les conf�-</p><p>rences �piscopales et leurs f�d�rations continentales.</p><p>y La congr�gation pour la Disci-</p><p>pline des sacrements, institu�e par Pie X (constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908), a, depuis 1974, le m�me pr�fet que la congr�gation pour le Culte divin, ce qui marque un progr�s important vers l�int�gration de l�ensemble de la pastorale sacra-mentelle dans un m�me organisme</p><p>responsable.</p><p>y La congr�gation pour le Culte divin a eu la charge consid�rable de mener � bien la r�forme liturgique d�cid�e par le concile. Ses trois sections veillent � la mise � jour des livres liturgiques et � l��volution du culte non liturgique, en liaison avec les conf�rences �piscopales.</p><p>y La congr�gation pour les Causes des saints s�occupe du proc�s canonique, de l�examen des �crits, du jugement sur l�h�ro�cit� des vertus et sur les miracles, bref de toute la proc�dure complexe de la b�atification et de la canonisation. Le 5 mars 1970, elle a, pour la premi�re fois, d�cern� le titre de docteur de l��glise � deux femmes, sainte Th�r�se d��vila et sainte Catherine de Sienne.</p><p>y La congr�gation pour le Clerg�, en ses trois bureaux, s�occupe du minist�re et de la vie des pr�tres, de la cat�-</p><p>ch�se et des probl�mes de la vie mat�-</p><p>rielle du clerg� et des �glises.</p><p>y La congr�gation pour les Religieux et les Instituts s�culiers a juridiction sur tous les religieux et religieuses de rite latin ainsi que sur les Instituts s�culiers selon les dispositions prises par Pie XII (constitution Provida</p><p>mater du 2 f�vrier 1947 et motu proprio Primo feliciter du 12 mars 1948).</p><p>y La congr�gation pour l��ducation catholique, en ses trois bureaux, est charg�e des s�minaires, des universit�s et des �coles catholiques � travers le monde.</p><p>y La congr�gation pour l��vang�lisation des nations, ou De propaganda fide, stimule et coordonne toute l�activit� missionnaire de l��glise, avec l�aide des oeuvres pontificales missionnaires, l�Union missionnaire du clerg�, des religieux et religieuses, la Propagation de la foi, fond�e par Pauline Jaricot, Saint-Pierre-Ap�tre pour les s�minaires indig�nes et la Sainte-Enfance, dont le si�ge international est toujours � Paris.</p><p>En 1974, l�ensemble du personnel</p><p>curial comprenait 2 260 collaborateurs, charg�s de traiter les affaires courantes et de pr�parer les r�unions pl�ni�res de cardinaux : soit 854 Italiens (37,8 p. 100) et 1 406 non-Italiens (62,2 p. 100).</p><p>Les secr�tariats</p><p>De cr�ation r�cente, les secr�tariats coordonnent les efforts de l��glise dans son dialogue avec le monde. En ce domaine, Jean XXIII fut l�initiateur en cr�ant le 5 juin 1960 le Secr�tariat pour l�unit� des chr�tiens, qui est comme l�oecum�nisme catholique en marche, en relations de plus en plus �troites avec les �glises chr�tiennes non catholiques et le Conseil oecum�nique des �glises de Gen�ve. C�est Paul VI qui a cr�� le Secr�tariat pour les non-chr�-</p><p>tiens (19 mai 1964) et le Secr�tariat pour les non-croyants (8 avr. 1965) comme organes de dialogue, selon le programme de sa premi�re encyclique, Ecclesiam suam du 6 ao�t 1964.</p><p>Le Conseil des la�ques</p><p>et la Commission</p><p>pontificale d��tude</p><p>� Justice et Paix �</p><p>Ils ont �t� cr��s par Paul VI le 6 janvier 1967, dans le sillage du concile, comme une nouvelle �tape dans la</p><p>promotion responsable du la�cat dans</p><p>les organes centraux du Saint-Si�ge.</p><p>Et la grande encyclique sociale Popu-lorum progressio (mars 1967) a donn� comme une charte au Saint-Si�ge dans son action pour promouvoir le � d�veloppement de tout l�homme et de tous les hommes � et la paix entre tous les groupes humains, par plus de justice.</p><p>Le synode des �v�ques s�est fait, dans sa session d�automne de 1971, le relais du concile sur ce point. Et, � travers le monde, de nombreuses commissions</p><p>nationales travaillent en liaison avec la commission romaine. Le Saint-Si�ge continue, du reste, � intervenir par de nouvelles cr�ations. En juillet 1971 a �t� institu� un nouveau Conseil pour l�entraide et le d�veloppement appel� Cor unum (un seul coeur). Il faut aussi signaler le Comit� pour la famille, cr�� le 12 janvier 1973 pour �tudier dans une perspective pastorale les probl�mes spirituels, moraux et sociaux de la famille, et la Commission d��tude sur le r�le de la femme dans la soci�t� et dans l��glise, cr��e le 4 mai 1973.</p><p>Les tribunaux</p><p>Toute soci�t� a ses lois et aussi ses tribunaux qui veillent sur leur observance et sanctionnent les manquements.</p><p>L��glise catholique n��chappe pas � cette n�cessit�. Longtemps dispers�e, sa l�gislation a �t� normalis�e par le Code de droit canonique du cardinal Gasparri en 2 414 canons. Tout ce travail est en refonte depuis le concile dans la Commission de r�forme du</p><p>Code, cependant qu�une commission d�interpr�tation veille sur les textes conciliaires.</p><p>Les tribunaux sont au nombre de</p><p>trois. Le tribunal supr�me de la Signature apostolique, constitu� de cardinaux nomm�s par le pape, comporte deux sections, qui en font l��quivalent d�une Cour de cassation et d�un Conseil d��tat. La rote romaine est essentiellement un tribunal d�appel de causes d�j� jug�es par les tribunaux eccl�siastiques dioc�sains, en particulier de demandes visant � faire reconna�tre les nullit�s de mariage, c�est-�-</p><p>dire le fait qu�un mariage n�a pas r�uni les conditions n�cessaires � sa validit� et donc qu�il est un acte nul. La P�ni-tencerie apostolique (ou Sacr�e P�ni-</p><p>tencerie) enfin, juge au for int�rieur, et c�est pourquoi son cardinal pr�fet, le p�nitencier majeur, garde ses pouvoirs pendant la vacance du si�ge apostolique, de mani�re � assurer toujours la paix des consciences.</p><p>Les finances</p><p>du Saint-Si�ge</p><p>Les organes centraux du Saint-Si�ge, comme les organismes de la cit�</p><p>du Vatican, demandent des moyens</p><p>mat�riels. Un contr�le institutionnel s�exerce sur eux � travers la Pr�-</p><p>fecture des affaires �conomiques du Saint-Si�ge, cr��e le 15 ao�t 1967 par Paul VI, qui est une commission de trois cardinaux, dont l�un fait office de pr�sident. La Chambre apostolique, pr�sid�e par le cardinal camer-lingue, veille sur les biens et les droits temporels du Saint-Si�ge pendant sa vacance. L�Administration du patrimoine du Si�ge apostolique, dirig�e par le secr�taire d��tat, comprend deux sections (section ordinaire et section extraordinaire).</p><p>Les instituts culturels</p><p>La Biblioth�que vaticane, dont l�origine remonte au IVe s., poss�de 60 000 volumes manuscrits, 100 000 auto-</p><p>graphes s�par�s, 700 000 imprim�s et 100 000 gravures et cartes g�ographiques. Aux archives secr�tes vaticanes, la s�rie des Registra vaticana comporte plus de 6 000 volumes, contenant environ 3 millions de documents, ouverts � la libre consultation des chercheurs jusqu�au pontificat de Pie IX</p><p>inclus, c�est-�-dire jusqu�au 7 f�vrier 1878. La Typographie polyglotte vaticane est dirig�e par les Sal�siens et est c�l�bre par son caract�re polyglotte accentu�. Une librairie l�avoisine pour la diffusion des publications liturgiques et juridiques du Saint-Si�ge. Il faut signaler aussi la commission pour la r�vision et la correction de la Vulgate, le comit� des sciences historiques, la commission pour les archives eccl�-</p><p>siastiques et la commission d�arch�ologie sacr�e.</p><p>L�information</p><p>Le Saint-Si�ge r�pond de diverses mani�res � cette exigence moderne.</p><p>Tout d�abord, depuis f�vrier 1971, un bureau de renseignements est � la disposition des p�lerins et des touristes downloadModeText.vue.download 186 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11397</p><p>dans la galerie couverte qui, sur le c�t� gauche, relie la colonnade du Bernin au portique de la basilique Saint-Pierre. Par ailleurs, la Typographie polyglotte vaticane �dite chaque ann�e un Annuaire pontifical, v�ritable mine de renseignements soigneusement</p><p>v�rifi�s par le Bureau central de statistique de l��glise, cr�� par Paul VI.</p><p>� cette publication, constante depuis 1860, s�ajoute depuis 1941 l�Activit� du Saint-Si�ge, panorama pr�cis de l�ann�e �coul�e, cependant que les Acta apostolicae Sedis publient les documents officiels depuis 1908. Confi�e aux j�suites, Radio-Vatican �met en trente-trois langues.</p><p>Fond� en 1861, L�Osservatore ro-</p><p>mano est le journal du Saint-Si�ge : � c�t� des informations de caract�re officiel, nettement identifiables, il publie des articles dont certains peuvent �tre inspir�s par la secr�tairerie d��tat, mais dont l�ensemble ne rel�ve que de la responsabilit� des auteurs, sous le contr�le du directeur. Six s�lections hebdomadaires le prolongent en allemand, en anglais, en espagnol, en fran�ais, en italien et en portugais. Un Annuaire statistique de l��glise est, depuis 1969, publi� en sept langues par le Bureau central de statistique de l��glise. Et, depuis le concile, fonctionne un bureau de presse, au service des journalistes accr�dit�s aupr�s du Saint-Si�ge. Un bulletin ron�otyp� y est diffus� en d�but d�apr�s-midi, et des conf�rences de presse y sont organis�es, en particulier pour pr�senter les documents du Saint-Si�ge et les d�bats du concile et du synode des �v�ques.</p><p>Le Vatican</p><p>dans le monde</p><p>d�aujourd�hui</p><p>Lieu de l�activit� quotidienne du Saint-P�re et de ses collaborateurs, le Vati-</p><p>can est devenu une plaque tournante de l��glise catholique et du monde, o� se c�toient des visiteurs en provenance du monde entier. En dehors des audiences personnelles et sp�ciales, le Saint-P�re les re�oit tous chaque mercredi dans son audience hebdomadaire, pour laquelle une salle d�audience moderne a �t� ins�r�e par Paul VI dans l�ensemble architectural du Vatican. De forme trap�zo�dale, en ciment recouvert de travertin, d�une grande sobri�t�, le b�timent s�ins�re parfaitement entre l�hospice Sainte-Marthe, le cimeti�re teutonique et le palais du Saint-Office, � gauche de la colonnade du Bernin.</p><p>Cette r�alisation de Pier Luigi Nervi permet d�accueillir 6 726 personnes assises ou 12 000 debout, mais l�affluence des p�lerins oblige parfois � doubler l�audience, en la r�p�tant aussit�t apr�s, pour d�autres groupes, dans la basilique Saint-Pierre, t�moignage du rayonnement du Vatican dans le monde d�aujourd�hui.</p><p>P. P.</p><p>F �glise catholique / �tats de l��glise / Rome.</p><p>&amp; C. Pichon, Histoire du Vatican (Soc. d��d.</p><p>fr. et internat., 1946) ; le Vatican (Fayard, 1960). / P. Poupard, Connaissance du Vatican (Beauchesne, 1967 ; 2e �d., 1974). / A. Lipinsky, le Vatican (Bibl. des arts, 1968).</p><p>Vatican</p><p>(premier</p><p>concile du)</p><p>Concile oecum�nique qui se tint dans la basilique Saint-Pierre de Rome du 8 d�cembre 1869 au 18 juillet 1870.</p><p>D�s avant la publication du Syllabus, Pie IX* s��tait ouvert de son projet de convoquer un concile oecum�nique</p><p>pour rem�dier, � par un moyen extraordinaire, � la d�tresse extraordinaire de l��glise � (6 d�c. 1864). En avril 1865, il consulta une quarantaine d��v�ques, qui s�accord�rent sur la n�cessit� d�un concile. Mais ce n�est qu�en juin 1867</p><p>que Pie IX annon�a officiellement sa d�cision. Aussit�t furent mises sur pied des commissions de consulteurs ; on nomma 60 consulteurs r�sidant � Rome et 36 appel�s de l��tranger ; de ces derniers on exclut des th�ologiens</p><p>manifestement hostiles � l�ultramon-tanisme, comme l�Allemand Ignaz von D�llinger (1799-1890). Les consulteurs furent charg�s de pr�parer les mati�res � discuter et les � sch�mas �</p><p>des projets.</p><p>Le 29 juin 1868, Pie IX publiait la bulle Aeterni Patris, qui convoquait au concile les �v�ques et les chefs d�ordre, � l�exclusion des chefs d��tat. Un bref du 8 septembre 1868 aux �glises orientales s�par�es et une lettre du 13 septembre aux protestants n�obtinrent aucune r�ponse. Les Orientaux s�en tinrent � un silence m�prisant ; quant aux protestants, sauf exceptions (chez les luth�riens et les anglicans), ils parl�rent de provocation.</p><p>Le 6 f�vrier 1869 parut dans l�officieuse Civilt� cattolica un article qui affirmait qu�en France beaucoup de catholiques attendaient du futur concile la d�finition par acclamation de l�infaillibilit� pontificale ; cet article provoqua de profonds remous, notamment en Allemagne et en France. En Allemagne, D�llinger publia anonymement dans l�Allgemeine Zeitung d�Augsbourg cinq articles violents qui furent rassembl�s en un volume : Der Papst und das Konzil (1869). En France</p><p>s�affront�rent avec �pret� les infaillibilistes (Mgr Louis Pie [1815-1880], Louis Veuillot [1813-1883] et l��cole de l�Univers), les anti-infaillibilistes (Mgr Georges Darboy [1813-1871],</p><p>Mgr F�lix Dupanloup [1802-1878] et l��cole du Correspondant) et les partisans du moyen terme (Mgr Henri Maret</p><p>[1805-1884]). Ces luttes devaient se transporter au Vatican, d�autant que Pie IX, rompant avec les usages des conciles pr�c�dents, imposait la proc�-</p><p>dure � suivre au concile.</p><p>Celui-ci s�ouvrit solennellement le 8 d�cembre 1869 : plus de 700 p�res venus du monde entier repr�sentaient les trois quarts de l��piscopat catholique. La � majorit� � � les partisans d�une d�finition de l�infaillibilit� � �tait surtout constitu�e par les �v�ques d�Italie, d�Espagne, d�Irlande et d�Am�rique du Sud ; ses chefs</p><p>r�els furent un mod�r�, Mgr Victor Deschamps (1810-1883), archev�que de Malines, et un extr�miste, Henry</p><p>Edward Manning (1808-1892), archev�que de Westminster. La � mino-</p><p>rit� �, qui jugeait inopportune la d�finition, moins homog�ne, comprenait la plupart des �v�ques allemands et austro-hongrois (le cardinal Friedrich von Schwarzenberg [1809-1885], archev�que de Prague ; le cardinal Oth-mar von Rauscher [1797-1875], archev�que de Vienne) ainsi que plusieurs pr�lats influents, tels le Croate Josip Strosmajer (Strossmayer [1815-1905]), les Fran�ais Jacques Mathieu (1796-1875), Dupanloup, Darboy et une vingtaine de leurs coll�gues.</p><p>Les p�res d�lib�r�rent longuement sur la constitution Dei Filius, qui opposait au mat�rialisme et au panth�isme un expos� de la doctrine catholique sur la R�v�lation ; la constitution sera vot�e � l�unanimit� dans la troisi�me session publique (24 avr. 1870). Mais l�opinion mondiale �tait attir�e par les discussions autour d�un autre projet dogmatique, De Ecclesia Christi, qui, en quinze chapitres, traitait de l��glise, du pape et des rapports de l��glise et de l��tat ; mais la h�te de certains �v�ques � faire discuter l�infaillibilit� pontificale fit rentrer dans l�ombre ce projet.</p><p>Car, bien qu�elle ne f�t pas sp�cifi�e dans la bulle de convocation, la question de l�infaillibilit� dominait toutes les autres.</p><p>Le 6 mars 1870, un additif traitant de l�infaillibilit� pontificale �tait annex� au projet De Ecclesia Christi ; la minorit� protesta en vain, � appuy�e du reste par un certain nombre d��v�ques italiens dont le cardinal Pecci (futur L�on XIII), qui, bien que partisans de l�infaillibilit� et de sa d�finition, trouvaient peu sage d�exasp�rer l�opposition en intervertissant l�ordre normal des discussions � (R. Aubert).</p><p>La discussion g�n�rale autour de</p><p>l�additif eut lieu du 13 mai au 3 juin ; les chefs des deux camps s�y d�clar�rent avec �clat. Mais les d�bats s��ternisant, une discussion sp�ciale fut organis�e (6 juin - 11 juill.). Le fait de la primaut� du Saint-Si�ge et de la perp�tuit� de cette primaut� ne souleva pas de difficult�s ; en revanche, les �pith�tes pleine, ordinaire, imm�diate, �piscopale, appliqu�es � la puissance pontificale, amen�rent d��pres d�bats.</p><p>Surtout, du 15 juin au 11 juillet eut lieu la discussion du chapitre qui traitait de l�infaillibilit� du pape ; elle s�arr�ta � un texte qui disait infaillible le pape cum ex cathedra loquitur (� lorsqu�il parle ex cathedra �). Ce texte, substance de la constitution Pastor aeternus, fut pr�sent� au vote nominal des p�res le 13 juillet : sur 601 pr�sents, il y eut 451 placet, 88 non placet et 62</p><p>placet juxta modum. Des amendements rendirent n�cessaire une nouvelle d�li-b�ration, dans laquelle le texte final de la d�finition de l�infaillibilit� pontificale fut �tabli.</p><p>Ce texte, contrairement aux voeux de la minorit�, disait que les d�finitions ex cathedra du pape � �taient irr�-</p><p>formables par elles-m�mes et non en vertu du consentement de l��glise � ; 55 p�res protest�rent et quitt�rent Rome, si bien que c�est par 533 p�res (sur 535 pr�sents) que fut vot�e la constitution Pastor aeternus (18 juill.).</p><p>Au milieu d�un orage �pouvantable, une immense acclamation salua ce</p><p>vote.</p><p>La guerre franco-allemande com-</p><p>men�a le lendemain, si bien que la brigade fran�aise quitta Rome, dont les Italiens allaient s�emparer d�s le 20 septembre ; les p�res s�en all�rent.</p><p>Le 20 octobre, le pape renvoya le concile sine die : il avait � peine commenc�.</p><p>La soumission des �v�ques de la</p><p>minorit� fut rapide en France. Dans les pays de langue allemande, la r�sistance aux d�cisions du concile prit, autour de D�llinger, la forme d�un schisme : celui des vieux-catholiques qui ne tard�rent downloadModeText.vue.download 187 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11398</p><p>pas � rallier l��glise vieille-catholique d�Utrecht, d�origine jans�niste.</p><p>P. P.</p><p>&amp; E. Cecconi, Storia del concilio ecumenico vaticano scritta su i documenti originali (Rome, 1873-1879, 4 vol. ; trad. fr. Histoire du concile</p><p>du Vatican d�apr�s les documents originaux, Lecoffre, 1877, 4 vol.). / T. Granderath, Geschichte des vatikanischen Konzils (Fribourg-en-Brisgau, 1903-1906 ; 3 vol.). / C. Butler, The Vatican Council. The Story told from Inside in Bishop Ullathorne�s Letters (Londres, 1930 ; 2 vol.). / H. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX</p><p>(Lethielleux, 1962). / R. Aubert, Vatican I (�d.</p><p>de l�Orante, 1964). / J. R. Palanque, Catholiques lib�raux et gallicans en France face au concile du Vatican, 1867-1870 (Ophrys, Gap, 1964).</p><p>/ G. Thils, l�Infaillibilit� pontificale. Sources, conditions, limites (Duculot, Gembloux, 1969) ; la Primaut� pontificale. La doctrine du Vatican I, les voies d�une r�vision (Duculot, Gembloux, 1972).</p><p>Vatican</p><p>(deuxi�me</p><p>concile du)</p><p>Concile oecum�nique qui s�est tenu � Rome en quatre sessions : la premi�re sous Jean XXIII*, du 11 octobre au 8 d�cembre 1962 ; les trois autres sous Paul VI*, du 29 septembre au 4 d�cembre 1963, du 14 septembre au 21 novembre 1964, du 14 septembre au 8 d�cembre 1965.</p><p>D�s le 25 janvier 1959, le pape</p><p>Jean XXIII avait annonc� au monde son intention de r�unir un concile oecum�nique dans une double vue : assurer le renouveau de l��glise face au monde moderne ; pr�parer l�unit� chr�tienne.</p><p>Le discours d�ouverture � Saint-Pierre de Rome, le 11 octobre 1962, en pr�-</p><p>sence des 2 540 p�res du concile, fit une impression profonde parce qu�il proposait un programme novateur.</p><p>Premi�re session</p><p>Dans la premi�re congr�gation g�n�-</p><p>rale, le 13 octobre, l�assembl�e � sous l�impulsion du cardinal Achille Li�nart (1884-1973) � refuse d��lire imm�diatement les membres des dix commissions, estimant qu�il faut, au pr�alable, que les p�res fassent connaissance.</p><p>Cette �lection a lieu le 17 octobre.</p><p>La discussion du sch�ma sur la liturgie occupe quinze congr�gations g�n�-</p><p>rales (22 oct. - 13 nov.) : elle n�aboutit � aucune d�cision importante. Le sch�ma sur les sources de la R�v�lation donne lieu, d�s le 14 novembre, � des</p><p>discussions passionn�es ; tr�s controvers� (la majorit� des p�res l�estimant inad�quat, en de�� des d�finitions du concile de Trente), il est, le 20 novembre, renvoy� devant une commission mixte comprenant les membres de la commission th�ologique et du secr�-</p><p>tariat pour l�unit�, ce qui tient compte des requ�tes des chr�tiens non catholiques, dont certains sont repr�sent�s � Rome par des observateurs d�l�gu�s (45 au total).</p><p>Trois congr�gations sont consa-</p><p>cr�es aux moyens de communication sociale, presse, cin�ma, radio, t�l�vision (23, 24, 26 nov.) ; trois autres (27, 28, 29 nov.) au sch�ma sur l�unit�, et particuli�rement au rapprochement de Rome avec les chr�tiens d�Orient. Au cours des d�bats sur le sch�ma consacr� � l��glise (1er-6 d�c.), les p�res s�ar-r�tent notamment au r�le des la�ques dans l�apostolat, � la coll�gialit� des �v�ques et � l�esprit de pauvret�. Les p�res se s�parent le 8 d�cembre.</p><p>Deuxi�me session</p><p>D�s son accession au tr�ne pontifical, Paul VI annonce son intention de poursuivre l�oeuvre de Jean XXIII. En vue d�accro�tre l�efficacit� des travaux de l�assembl�e conciliaire, il d�-</p><p>signe quatre � mod�rateurs �, qui, en liaison avec le conseil de pr�sidence, sont charg�s de diriger les d�bats ; en outre, des auditeurs la�ques sont invit�s au concile.</p><p>La deuxi�me session est domi-</p><p>n�e par la discussion du sch�ma sur l��glise et, plus sp�cialement, par le probl�me de la coll�gialit� de l��piscopat. Sur celle-ci et sur la restauration du diaconat comme ordre permanent, les mod�rateurs organisent le 30 octobre un vote d�orientation qui rassemble une forte majorit�, mais dont les conclusions sont longtemps contest�es par la minorit�. Les d�bats sont, par ailleurs, marqu�s par une vigoureuse intervention du patriarche Maximos IV contre la pr�pond�rance de la curie romaine dans l��glise et par une controverse entre les cardinaux Josef Frings et Alfredo Ottaviani sur le Saint-Office (5-16 nov.). Tandis que commence la discussion du</p><p>sch�ma sur l�oecum�nisme, les p�res mettent au point le premier document officiel du concile, la constitution sur la liturgie, qui est promulgu�e par le pape le 4 d�cembre 1963, apr�s un dernier vote qui lui accorde 2 147</p><p>placet contre 4 ; en m�me temps est promulgu� le d�cret � assez peu original � sur les moyens de communication sociale (apr�s un dernier vote qui lui accorde 1 960 placet contre 164). La veille, pour la premi�re fois, des auditeurs la�ques (Jean Guitton et Vittorino Veronese) ont pris la parole au concile.</p><p>Troisi�me session</p><p>La troisi�me session s�ouvre sur deux nouvelles significatives : l�admission de femmes au concile et l�envoi d�observateurs par Constantinople. Trois documents sont promulgu�s � la fin de cette session (21 nov.) : la constitution dogmatique sur l��glise (2 151</p><p>placet contre 5), le d�cret sur l�oecum�nisme (2 137 placet contre 11) et le d�cret sur les �glises orientales catholiques (2 110 placet contre 14).</p><p>Les discussions les plus importantes, parfois tr�s passionn�es, ont trait � la libert� religieuse, aux religions non chr�tiennes, et particuli�rement aux Juifs, � la R�v�lation, � l�apostolat des la�ques, aux s�minaires, au mariage. La session se termine dans le malaise, le pape ayant assorti la constitution sur l��glise d�une note relative � la primaut� pontificale et apport� des amendements restrictifs au d�cret sur l�oecum�nisme.</p><p>Quatri�me session</p><p>La quatri�me session, la derni�re, est caract�ris�e par un travail intensif.</p><p>Dans son discours d�entr�e, Paul VI annonce la cr�ation d�un synode</p><p>�piscopal. Onze documents sont promulgu�s au cours de cette session : la constitution dogmatique sur la R�v�lation (18 nov., 2 344 placet contre 6) ; la constitution pastorale sur l��glise et le monde contemporain (7 d�c., 2 309 placet contre 75) ; le d�cret sur la charge pastorale des �v�ques (28 oct., 2 319 placet contre 2) ; le d�cret sur la r�novation adapt�e de la vie religieuse (28 oct.,</p><p>2 321 placet contre 4) ; le d�cret sur les s�minaires (28 oct., 2 318 placet contre 3) ; le d�cret sur l�apostolat des la�ques (18 nov., 2 305 placet contre 2) ; le d�cret sur la vie et le minist�re des pr�tres (7 d�c., 2 390</p><p>placet contre 4) ; le d�cret sur les missions (7 d�c., 2 394 placet contre 5) ; la d�claration sur l��ducation chr�tienne (28 oct., 2 290 placet contre 35) ; la d�claration sur les religions non chr�tiennes (28 oct., 2 221 placet contre 88) ; la d�claration sur la libert� religieuse (7 d�c., 2 308 placet contre 90). En outre, le concile transmet au pape un voeu sur les mariages mixtes (1 592 placet contre 427), qui sera r�examin� par le synode �piscopal de 1967. Quant au probl�me du c�libat eccl�siastique, le pape, le 11 octobre, en dessaisit le concile. Le 18 novembre, Paul VI annonce l�ouverture des proc�s de b�atification de Pie XII et de Jean XXIII.</p><p>Le 6 d�cembre, en tenant la derni�re congr�gation, il publie un motu proprio pour la r�forme du Saint-Office.</p><p>La principale caract�ristique du</p><p>deuxi�me concile du Vatican est l�importance et l�efficacit� de son prolongement ; on a m�me pu dire que l�esprit de ce concile a boulevers� profond�ment la mentalit� des catholiques, en les incitant � �tre beaucoup plus attentifs aux courants de pens�e contemporains et, tout en les rendant beaucoup plus exigeants quant � la mani�re de vivre leur foi, en les amenant � la tol�rance et � la compr�hension vis-�-vis des incroyants.</p><p>Pour contribuer � la mise en oeuvre des d�cisions et des orientations du concile, plusieurs organismes</p><p>sont rest�s en place : le Secr�tariat pour l�unit� des chr�tiens (1963) ; le Conseil pour l�application de la Constitution sur la liturgie (1964) ; le Conseil pour les communications sociales (1964) ; le Secr�tariat pour les non-chr�tiens (1964) ; le Secr�-</p><p>tariat pour les non-croyants (1965).</p><p>D�autres organismes sont mis en</p><p>place dans les ann�es suivantes. Mais le prolongement le plus important du second concile du Vatican reste le synode �piscopal � v�ritable concile en r�duction �, dont la premi�re session</p><p>a lieu � Rome en 1967 et a �t� suivie, apr�s une session extraordinaire en 1969, d�une seconde en 1971 et d�une troisi�me en 1974.</p><p>P. P.</p><p>&amp; K. Barth, R�flexions sur le deuxi�me concile du Vatican (trad. de l�allem., Labor et Fides, Gen�ve, 1963). / Y. Congar, Vatican II, le concile au jour le jour (�d. du Cerf, 1963-1966 ; 4 vol.). /</p><p>H. K�ng, Kirche im Konzil (Fribourg-en-Brisgau, 1963 ; trad. fr. le Concile, �preuve de l��glise, �d. du Seuil, 1963). / R. Caporale, Vatican II, Last of the Councils (Baltimore, 1964 ; trad. fr.</p><p>les Hommes du concile, �d. du Cerf, 1965). /</p><p>C. Falconi, Documents secrets du concile (�d.</p><p>du Rocher, Monaco, 1965). / R. Garaudy, De l�anath�me au dialogue. Un marxiste s�adresse au concile (Plon, 1965). / O. Karrer, Das zweite vatikanische Konzil (Munich, 1966 ; trad. fr.</p><p>Ouvertures oecum�niques de Vatican II, Spes, 1969). / Les Actes du concile Vatican II (�d. du Cerf, 1966). / G. Martelet, les Id�es ma�tresses de Vatican II. Initiation � l�esprit du concile (Descl�e De Brouwer, 1967). / Le Concile vu par les observateurs luth�riens, t. II : Rome nous interpelle (Delachaux et Niestl�, 1967). /</p><p>A. Casanova, Vatican II et l��volution de l��glise (�d. Sociales, 1969). / Vatican II. Pour construire l��glise nouvelle (�d. du Cerf, 1969). / P. Le-downloadModeText.vue.download 188 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11399</p><p>villain, la M�canique politique de Vatican II (Beauchesne, 1975).</p><p>Vauban</p><p>(S�bastien Le</p><p>Prestre de)</p><p>Mar�chal de France (Saint-L�ger-Vauban, Nivernais, 1633 - Paris 1707).</p><p>Issu de la petite noblesse du Morvan, il se trouve orphelin � dix ans, et l�h�ritage de ses parents �tait si mince qu�il sera �lev� par un cur� de campagne ; en 1651 l�un des officiers du r�giment de Cond�* accepte de l�enr�ler. En 1653, Vauban participe au si�ge de Sainte-Menehould : c�est le premier des nombreux si�ges auxquels il prendra part.</p><p>La conduite de la guerre exige alors de prendre ou de d�fendre des places</p><p>fortes, car les arm�es sont tributaires des convois transportant leurs canons, leurs bagages et leur ravitaillement ; or, les axes routiers sont rares et, comme ils sont jalonn�s par des villes plus ou moins fortifi�es, il faut s�emparer de ces derni�res quand on p�n�tre en territoire ennemi et les disputer � l�adversaire quand on est r�duit � la d�fensive.</p><p>La possession des villes constitue d�autre part la prise de gages territoriaux en vue des futures n�gociations de paix. Vauban est donc pr�sent � la plupart des si�ges ; il en con�oit souvent les plans et participe � leur ex�-</p><p>cution. Rev�tu alors de la cuirasse de tranch�e et coiff� du casque rond des sapeurs, il surveille l�avancement des travaux d�approche et s�expose au feu des bastions qu�on va aborder. Il verra tomber beaucoup d�hommes � ses c�t�s et ressentira vivement l�amertume de voir dispara�tre nombre de ses subordonn�s. Il cherche donc � diminuer les pertes en perfectionnant les m�thodes d�attaque et notamment le tir de l�artillerie. C�est ainsi qu�on lui doit l�usage du tir � ricochet, qui permettait aux boulets de prendre d�enfilade des alignements des remparts ennemis. Vauban g�n�ralise d�autre part l�emploi de la grenade et des p�tards pour la derni�re phase des si�ges, et il dote l�infanterie de la ba�onnette pour l�assaut final. Enfin, on lui est redevable d�am�-</p><p>liorations dans le fonctionnement des ravitaillements et des r�quisitions.</p><p>La prise des villes n�est pas cependant le seul m�rite de Vauban : pendant la guerre de la ligue d�Augsbourg, celui-ci remporte une victoire sur les c�tes bretonnes en repoussant un d�barquement anglais dans la baie de Camaret le 18 juin 1694. La d�fense des c�tes retient aussi son attention, et Vauban fait plusieurs fois une reconnaissance attentive du littoral.</p><p>De nombreux rapports attestent</p><p>d�ailleurs un sens profond de la strat�-</p><p>gie, car Vauban sait discerner les axes �ventuels d�invasion, les positions qu�il faut tenir, les grands accidents du relief qui doivent �tre ma�tris�s et aussi les portions du littoral qu�il convient de contr�ler ou seulement de surveiller.</p><p>�lev� par Louis XIV au grade de commissaire g�n�ral des fortifications (1678), Vauban est reconnu</p><p>comme � plus habile et plus entendu qu�aucun ing�nieur qui ait jamais �t� en France �. Certes, il n�apporte pas de grandes innovations dans les techniques de la fortification*, mais il sait plier ces techniques aux probl�mes que lui posent chaque fois le terrain et les conditions locales. Parcourant inlassablement les fronti�res, revenant parfois � son ch�teau de Bazoches pour mettre au point les plans qu�un bureau de dessin ajustait, il dirige des travaux dans 300 places, dont 33 sont construites ex nihilo, tandis que les autres sont plus ou moins remani�es.</p><p>Ses premi�res r�alisations sont les deux citadelles de Lille et d�Arras, dont la construction est entreprise apr�s 1668. Elles sont un premier exemple d�une g�om�trie savante, mais Vauban y manifeste d�j� son sens de l�urbanisme : les casernements, la chapelle, l�h�tel du gouverneur, les magasins, l�arsenal, le moulin r�pondent � la fois aux imp�ratifs de la technique et aux exigences de l�esth�tique, tandis que les portes atteignent par leur d�coration somptueuse la majest� des arcs de triomphe. Cet ensemble architectural s�ordonne harmonieusement sur les cinq c�t�s d�une cour aux dimensions d�une esplanade.</p><p>Plus tard, cet urbanisme s�affirme dans la conception de villes militaires comme Longwy, Neuf-Brisach, Mont-Dauphin, etc. Dans le m�me temps, la vari�t� des probl�mes que posent l�am�nagement des voies d�acc�s,</p><p>l��tablissement des ponts et des digues, l�alimentation en eau, le creusement des �gouts, etc., montrent l�ing�niosit� du ma�tre et sa science de l�hydraulique. Vauban dirige notamment la construction du canal des Deux-Mers ; Louis XIV fait appel � lui pour le probl�me que pose l�approvisionnement de Versailles en eau.</p><p>Tant de m�rites auraient d� valoir � Vauban le b�ton de mar�chal bien avant 1703. Vauban n�obtient cependant cette distinction que trois ans avant d��tre contraint � quitter le service du roi. Ce dernier lui a sans doute</p><p>manifest� une certaine froideur, car les conseils de Vauban n��taient pas toujours bienvenus... Des m�moires (tels ceux qui avaient �t� adress�s au roi pour s�opposer � la r�vocation de l��dit de Nantes, celui qui d�finissait l�� int�-</p><p>r�t pr�sent des �tats de la chr�tient� �</p><p>[1701], sans parler du c�l�bre rapport de janvier 1673, qui proposait la transformation de la fronti�re du Nord en un pr�carr�) d�montraient que Vauban avait le sens de la politique, mais de tels �crits ne plaisaient pas toujours au roi et � son entourage.</p><p>� soixante-treize ans, Vauban se</p><p>retire donc en faisant valoir des raisons de sant�. On ne le retient pas, car il a eu d�j� la d�ception de se voir refuser la direction du si�ge de Turin (1706), puis d�apprendre l��chec de cette entreprise.</p><p>Rest� dans sa demeure, Vauban r�dige son Projet d�une d�me royale, o� il se r�v�le un pr�curseur en �conomie ; il y propose d��tablir un imp�t proportionnel, frappant le revenu de tous les citoyens. Vauban avait d�j� publi� plusieurs opuscules, comme son m�-</p><p>moire sur l�imp�t de capitation (1695) et les c�l�bres Oisivet�s (publi�es en 1842-43).</p><p>Le vieux mar�chal conna�tra pour-</p><p>tant le chagrin de voir le Projet d�une d�me royale, ouvrage qui avait produit une �motion consid�rable, saisi par d�-</p><p>cision judiciaire le 14 f�vrier 1707. Ce signe d�une disgr�ce compl�te pr�ci-pitera peut-�tre sa fin, car il ne r�sistera point � une fluxion de poitrine et mourra le 30 mars.</p><p>P. R.</p><p>F Fortification / Louis XIV.</p><p>&amp; P. Lazard, Vauban (Alcan, 1934). / A. R�bel-liau, Vauban (Fayard, 1962). / R. Mousnier, la D�me de Vauban (C. D. U., 1968). / M. Parent et J. Verroust, Vauban (Freal, 1971).</p><p>Vaucluse. 84</p><p>D�part. de la R�gion Provence*-C�te d�Azur ; 3 566 km 2 ; 390 446 hab. Ch.-</p><p>l. Avignon*. S.-pr. Apt et Carpentras.</p><p>Le comtat Venaissin (capit. Carpentras) et le territoire d�Avignon �tant rest�s terres pontificales de 1274 �</p><p>1791, la r�gion a �t� rattach�e tardivement au territoire national ; le d�partement a �t� cr�� par adjonction, � cette derni�re date, d�une partie de la Provence et de la principaut� d�Orange.</p><p>Le milieu physique, nettement</p><p>contrast�, peut se ramener � deux ensembles essentiels. � l�est, des cha�-</p><p>nons et des plateaux calcaires d�orientation ouest-est composent un paysage</p><p>� proven�al � et multiplient les sites d�habitat perch� avec l�anticlinal cr�-</p><p>tac� du Luberon, sur une soixantaine de kilom�tres, et les monts de Vaucluse (1 242 m au signal Saint-Pierre). Mais le sommet du Ventoux, qui culmine � 1 912 m, monumental dans son isolement, est d�j� un avant-poste alpin.</p><p>� l�ouest, dans l�angle form� par le Rh�ne et la Durance* s�ins�re le Comtat, une plaine alluviale remblay�e par le fleuve et ses affluents alpestres.</p><p>Parfois encombr� de galets (crau) ou mal �goutt� (palud), le Comtat reste pour l�essentiel une huerta soigneusement cultiv�e, premi�re r�gion mara�-</p><p>ch�re et l�gumi�re de France avec le Roussillon.</p><p>Il pr�sente un paysage tr�s humanis� dans une campagne �labor�e, avec son habitat dispers�, ses haies de cypr�s, de cannes de Provence et de peupliers d�limitant des parcelles sur lesquelles se succ�dent plusieurs r�coltes. Sous le soleil m�ridional, sa richesse est due � la ma�trise de l�eau (endiguement et r�gularisation des fleuves) et aux techniques d�irrigation. Celles-ci sont anciennes, les premi�res concessions connues remontant � l��poque m�di�vale : canal de Saint-Julien, d� � l��v�que de Cavaillon en 1171 ; canal de l�H�pital, attribu� � l�initiative des consuls d�Avignon en 1227. Mais c�est la Durance qui fournit l�eau ; seule la r�gion d�Orange b�n�ficie des apports rhodaniens par le canal de Pierrelatte, et l�essentiel de l�irrigation date du XIXe s. gr�ce au creusement du canal de Carpentras et � la mise en place d�un syst�me faisant pendant � celui du canal des Alpilles septentrionales au sud de la Durance.</p><p>La r�gion la plus opulente s�ins-</p><p>crit dans un triangle d�limit� par les centres de Cavaillon, de Carpentras et de Ch�teaurenard (dans le d�partement</p><p>voisin des Bouches-du-Rh�ne). Au total, le d�partement produit 300 000 t de l�gumes et 350 000 t de fruits, dont pr�s de la moiti� en pommes et le tiers en raisins ; il reste le premier centre de production du pays pour la tomate, la pomme et le melon, et il conserve un rang honorable pour la fraise, le chou-fleur. Toutefois, si les mara�chages de plein champ et les vergers se r�pandent largement, il reste � rappeler la survivance d�une polyculture vivri�re et d�herbages ainsi que la pr�sence d�un vignoble important. En effet, en 1970, downloadModeText.vue.download 189 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11400</p><p>le Vaucluse a produit 2 Mhl de vin, dont 850 000 hl d�A. O. C. (appellation d�origine contr�l�e). Entre les vall�es de l�Eygues et de l�Ouv�ze, les surfaces occup�es par la vigne d�passent les 90 p. 100 de la surface agricole utile (Sainte-C�cile-les-Vignes). Une production de qualit� de vins capi-teux (rasteau, gigondas, muscats de Beaumes-de-Venise) est domin�e par le ch�teauneuf-du-pape, au bouquet incomparable (90 000 hl).</p><p>Ces campagnes riches pr�sentent</p><p>un r�seau urbain dense, appuy� sur une s�rie de centres agricoles actifs, qui commercialisent les primeurs. Le march� de Carpentras (25 463 hab.) est sp�cialis� dans la tomate et le raisin de table ; Cavaillon (21 530 hab.), connu pour ses cultures de melons, b�n�ficie d�un r�seau d�velopp� de transporteurs qui alimentent les halles parisiennes ; mais Avignon, gr�ce au rail, se charge plus sp�cialement de l��coulement des primeurs vers Rungis et les march�s urbains. Apt (11 612 hab.) reste li� � la production agricole par ses confiseries, de m�me que Valr�as, qui fabrique des cartonnages. D�passent �galement les 10 000 habitants Sorgues (15 057) et L�Isle-sur-la-Sorgue (11 932).</p><p>Au nord, Boll�ne (11 520 hab.) occupa jusqu�� 7 000 ouvriers dans les ann�es 50 en raison de la construction du canal de d�rivation du Rh�ne, de Donz�re � Mondragon, qui alimente la centrale hydraulique Andr�-Blon-</p><p>del (plus de 2 TWh par an en ann�e moyenne).</p><p>La ville d�Orange (26 468 hab.) rappelle toute l�importance du tourisme dans un d�partement aux ressources vari�es et bien situ�es sur la voie de passage rhodanienne. Ayant perdu son r�le de sous-pr�fecture en 1926, elle s�industrialise (Saint-Gobain), mais reste surtout connue par ses monuments romains, arc de triomphe et th��tre antique. Vaison, � la fois romaine et romane, et Fontaine-de-Vaucluse sont �galement tr�s fr�quent�es, mais le palais des papes d�Avignon enregistre le record d�entr�es des monuments du Midi m�diterran�en.</p><p>P�le culturel gr�ce au renom international de son festival, la ville d�Avignon reste la capitale r�gionale par son poids administratif et commercial, comptant aujourd�hui environ 165 000 habitants dans l�agglom�ration ; elle ne comptait que 60 000 habitants au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et cette progression traduit un dynamisme � l�image de campagnes actives.</p><p>R. D. et R. F.</p><p>F Avignon / Durance / Provence-C�te d�Azur.</p><p>Vaud</p><p>Canton de Suisse ; 3 211 km 2 ;</p><p>518 000 hab. Capit. Lausanne.</p><p>La g�ographie</p><p>Le canton est le quatri�me du pays pour la superficie. Il s��tend sur les trois milieux morphologiques de la Suisse : Jura, Mittelland, Alpes. La conscience, ressentie par les habitants, de l�unit� de la r�gion se lit � travers l�appellation pays de Vaud, beaucoup plus fr�quente que celle de canton de Vaud.</p><p>Cette vari�t� physique donne �</p><p>l�agriculture un �ventail de production assez large. En plus, chacune des trois r�gions poss�de des industries vari�es et importantes, si bien que le canton de Vaud a une des �conomies les plus �quilibr�es de tous les cantons suisses.</p><p>Le pays de Vaud est travers� par la grande diagonale reliant le lac L�man et le lac de Constance. Les routes alpines vers le Saint-Bernard et le Simplon passent par Vaud avant de p�n�trer dans le Valais.</p><p>Sur le plan physique, le canton est h�t�rog�ne. Deux grands ensembles peuvent �tre distingu�s : la ceinture l�manique, englobant les r�gions au nord-ouest et au nord du lac L�man ; le plateau, vers l�int�rieur.</p><p>La premi�re r�gion est nettement</p><p>d�limit�e � l�ouest gr�ce au relief du Jura. Vers le centre (Aubonne, Lausanne), les influences lacustres p�n�trent plus vers l�int�rieur. La partie orientale du lac, � partir de Vevey, appartient au monde alpin.</p><p>L��tude d�taill�e permet de distinguer plusieurs unit�s : le pays de Nyon, la C�te, la � baie de Venoge �</p><p>et le Lavaux. Le pays de Nyon, au pied du Jura, est une zone de passage au climat d�abri. L�agriculture est diversifi�e et intensive. La C�te est limit�e � l�ouest par les cours d�eau de la Sarine et de la Promenthouse, et � l�est par l�Aubonne. Elle est form�e de versants atteignant 900 m d�altitude. C�est le domaine de la vigne, qui monte jusqu�� 600 m. Le vignoble s��tend sur environ 1 000 ha. La baie de Venoge est morphologiquement</p><p>complexe. Elle a favoris� les fonctions de passage et l��panouissement de Lausanne, qui a pris le relais de la localit� romaine de Lousonna. �</p><p>l�est de Lausanne et jusqu�� Vevey, le Lavaux est une unit� originale qui doit tout � la proximit� du lac. Un gigantesque versant de 800 m de d�-</p><p>nivellation forme le vignoble le plus coh�rent de Suisse. L�empreinte humaine est omnipr�sente. Les terrasses construites par l�homme montrent la permanence de la vigne ; l�insolation atteint 2 000 heures par an, ce qui est un facteur favorable. Les bords du lac constituent une r�gion humanis�e � l�extr�me, o� l�agriculture contribue � la beaut� des paysages et � l�attraction touristique. Villages, bourgs et villes donnent un caract�re continu � l�occupation du sol. L��conomie et les paysages du pays de Vaud sont do-</p><p>min�s par l�influence de deux grandes villes : Gen�ve et Lausanne, dont seule la derni�re est situ�e � l�int�-</p><p>rieur du canton. Mais on ne peut ignorer le rayonnement de Gen�ve.</p><p>Le plateau a des aspects tr�s va-</p><p>ri�s. Son altitude oseille entre 400</p><p>et 700 m. Il est travers� par la ligne de partage des eaux Rh�ne-Rhin.</p><p>Quelques reliefs (le Jorat, 932 m, au nord-est de Lausanne) dominent des d�pressions, att�nuant la monotonie.</p><p>C�est surtout sur les bords que les d�nivellations sont nettes, si bien que les Vaudois partagent leur canton en Jura, en Plateau et en Alpes.</p><p>L�essentiel du Plateau occiden-</p><p>tal suisse a �t� recouvert � plusieurs reprises par le glacier du Rh�ne.</p><p>Les glaciations sont responsables de nombreux aspects morphologiques</p><p>et p�dologiques actuels. Le canton de Vaud se trouve dans une situation d�abri sur le plan climatologique.</p><p>Dans les vall�es de l�Orbe et de Venoge, les pr�cipitations annuelles oscillent entre 900 et 1 000 mm. � Lausanne, on note 1 060 mm de pluies.</p><p>Le Plateau du pays de Vaud est divis� traditionnellement en quatre petites unit�s : plateau de Venoge, plateau subjurassien, plateau du Jorat et haute Broye. L�ensemble de ces r�gions est rest� tr�s rural. L�agriculture (fourrages et c�r�ales) est intensive. Les versants tourn�s vers le sud abritent la vigne ou les arbres fruitiers. Le village domine ; les fermes isol�es sont rares. Ch�teaux et grands domaines influencent les structures agraires.</p><p>La plupart des communes rurales</p><p>connaissent un recul de leur po-</p><p>pulation au profit des villes. Les petites cit�s doivent leur localisation aux conditions de circulation.</p><p>Aujourd�hui, elles sont susceptibles d�attirer l�industrie.</p><p>L�accroissement de la population</p><p>du canton a �t� sup�rieur � 150 p. 100</p><p>entre 1850 et 1972 (199 000 hab.</p><p>en 1850). La natalit� est tomb�e � 13,4 p. 1 000, mais d�passe encore la mortalit�, qui est de 9,4 p. 1 000. La population employ�e dans l�industrie et le commerce d�passe 200 000 uni-</p><p>t�s. L�industrie est le fait des villes (horlogerie, m�canique de pr�cision, �quipement, industries alimentaires), notamment de la capitale.</p><p>L��conomie repose aujourd�hui</p><p>�galement sur le tourisme. Celui-ci attire une client�le surtout �trang�re.</p><p>Ainsi, en 1972, sur 3,6 millions de nuit�es, 2,4 millions (les deux tiers) revenaient aux �trangers. Il s�agit pour l�essentiel d�un tourisme culturel et de passage.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>Vers l�an 500 av. J.-C., les Helv�tes s��tablirent dans la r�gion, apr�s avoir chass� les premiers habitants ; eux-m�mes r�sist�rent longtemps</p><p>� l�envahisseur romain. Battus plusieurs fois, ils tent�rent une �migration dans la Gaule (r�gion d�Autun-Bibracte), o� Jules C�sar les d�cima et les for�a � entrer dans leur ancien domicile au bord du lac L�man. Apr�s 58 av. J.-C., Rome �tait d�finitivement ma�tresse du pays de l�Helv�tie, dont Aventicum (Avenches) devint la capitale. Alors commen�a une �re de prosp�rit� pour toute la r�gion : des for�ts furent abattues, des routes se construisirent, des villes sortirent de terre.</p><p>Sous les empereurs Vespasien</p><p>et Titus, Aventicum fut embellie et �largie ; ses remparts �taient � cette �poque dix fois plus �tendus qu�aujourd�hui. Une voie romaine venant des Alpes allait � Vevey, d�o� un embranchement longeait le lac, tandis qu�une autre allait, par Orbe, rejoindre la voie de Gen�ve au lac de Constance. L�agriculture fut d�velopp�e ; on cr�a partout des vignobles.</p><p>Au IVe s., divers peuples germains saccag�rent le pays, et la population, effray�e, se r�fugia dans les montagnes. En 443, les Burgondes</p><p>s��tablirent dans la r�gion en s�int�-</p><p>grant � la culture gallo-romaine.</p><p>Leur royaume se forma sous le nom de Bourgogne, qui comprit dans son downloadModeText.vue.download 190 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11401</p><p>territoire le pagus Valdensis (d�o� le nom de Vaud). Plus tard, en 536, les Francs impos�rent leur autorit� dans le pays jusqu�� la fondation du royaume de Bourgogne transjurane en 888. Pendant cette p�riode, le christianisme se r�pandit dans la r�gion.</p><p>Entre 585 et 594, Marius (532-596), �v�que d�Avenches depuis 574, fit transf�rer le si�ge de l��piscopat au bord du L�man, � l�emplacement du castrum de Lausanne, qui devint plus tard la capitale du canton.</p><p>Dans le royaume de la Bourgogne</p><p>transjurane, quatre rois se succ�-</p><p>d�rent : Rodolphe Ier (888-912),</p><p>qui vit le peuple vaudois d�fendre �nergiquement ses droits contre les pr�tentions de l�Empire allemand ; Rodolphe II (912-937) et la reine Berthe, qui eurent � repousser les bandes sarrasines, puis les Hongrois, que Conrad le Pacifique (937-993) sut armer contre les sarrasins pour se d�barrasser de ceux-ci ; Rodolphe III (993-1032), qui l�gua en 1032 son royaume � l�empereur d�Allemagne</p><p>Conrad le Salique. Ce changement de ma�tre fut la cause d�un soul�vement vite r�prim�. Les rois de la Bourgogne transjurane r�sidaient souvent � Payerne, riche abbaye de B�n�dictins qui fut dot�e d�une des plus belles �glises coll�giales romanes de Suisse.</p><p>� partir du XIIe s., les ducs de Savoie furent les ma�tres du pays, et une �re de prosp�rit� succ�da aux troubles pr�c�dents. Les villes (Yverdon,</p><p>Vevey, Moudon, Morges et Nyon)</p><p>gagn�rent de plus en plus d�influence politique � c�t� des seigneurs du pays.</p><p>En 1536, le pays de Vaud passa</p><p>sous la domination de la r�publique de Berne*. L��v�ch� de Lausanne</p><p>perdit son ind�pendance, mais garda quelques privil�ges et une certaine autonomie interne. Les Bernois gouvern�rent le pays avec justice et lar-gesse. L�introduction de la R�forme se fit sans trop de rigidit� ; le calvi-nisme s�v�re de Gen�ve ne pouvait pas se maintenir � c�t� du protestantisme lib�ral et assez souple bernois.</p><p>La langue fran�aise garda son r�le pr�dominant dans l�Administration, dans l��glise et dans les �coles ; les Suisses allemands immigrants s�assimil�rent vite � la langue et � la nouvelle mentalit�. Mais l��re bernoise aida surtout la bourgeoisie � s��manciper �conomiquement et politiquement ainsi qu�� d�velopper un certain</p><p>� nationalisme vaudois � fond� sur les int�r�ts communs du pays.</p><p>Au XVIIe s., la domination bernoise, devenue plus autoritaire, commen�a � peser sur le pays de Vaud. En 1723, le major Jean Daniel Abraham Davel (1670-1723) essaya de secouer le</p><p>joug et d�incorporer son pays comme canton souverain � la Conf�d�ration helv�tique. Mais sa tentative n�eut aucun succ�s, et le courageux patriote fut ex�cut� � Vidy. L�occasion de se lib�rer de la domination bernoise fut offerte par la R�volution fran�aise.</p><p>On refusa massivement de pr�ter le serment exig� par Berne, et, le 24 janvier 1798, fut proclam�e la R�pu-</p><p>blique l�manique. Berne, battue par le g�n�ral Brune, capitula le 5 mars. Puis Vaud fut rattach� � la R�publique helv�tique et devint le canton du L�man.</p><p>Apr�s le d�part des troupes fran�aises et l�effondrement de la R�publique helv�tique, l�anarchie s�installa dans le pays de Vaud, et Bonaparte, par l�acte dit � de M�diation de 1803 �, reconnut l�ind�pendance du canton de Vaud, qui prit place dans la Conf�d�-</p><p>ration helv�tique. Un Grand Conseil s�assembla, et un gouvernement d�-</p><p>mocratique commen�a son travail.</p><p>Apr�s la chute de Napol�on, un</p><p>court interm�de suivit : Berne chercha en vain � regagner sa domination ; � l�int�rieur, les forces r�actionnaires de l�ancien r�gime sap�rent les progr�s de la d�mocratie. Mais, en 1831, plus de 13 000 citoyens sur 16 000</p><p>sanctionn�rent une Constitution nouvelle qui rendait le peuple souverain.</p><p>En 1845, en 1861 et en 1885, des</p><p>Constitutions donn�rent plus d�extension encore aux principes lib�raux.</p><p>Gr�ce � une paysannerie solide et profond�ment d�mocratique, gr�ce</p><p>�galement � une population ouverte, lib�rale et cosmopolite, gr�ce enfin � une industrie de grande envergure, le</p><p>pays de Vaud, qui a le dos tourn� vers la Suisse et la fen�tre ouverte vers la France, est devenu le centre, le noyau et l��l�ment constitutif de la Suisse romande.</p><p>H. O.</p><p>F Gen�ve / Lausanne / Savoie / Suisse.</p><p>&amp; C. Gilliard, la Conqu�te du pays de Vaud par les Bernois (�d. la Concorde, Lausanne, 1936) ; Pages d�histoire vaudoise (Soc. acad�mique vaudoise, Lausanne, 1959). / R. Paquier, le Pays de Vaud, des origines � la conqu�te bernoise (Libr. Rouge, Lausanne, 1942 ; 2 vol.). / 150 Ans d�histoire vaudoise, 1803-1953 (Payot, Lausanne, 1953). / J.-F. Poudret, Enqu�tes sur la coutume du pays de Vaud et coutumiers vaudois � la fin du Moyen �ge (B�le et Stuttgart, 1967) ; Nouvelles Pages d�histoire vaudoise (Bibl. historique vaudoise, Lausanne, 1967).</p><p>vaudeville</p><p>Com�die l�g�re, fond�e sur la virtuosit� technique et sur la m�canique du rire.</p><p>� Une pens�e qui se</p><p>m�tamorphose en</p><p>machine. �</p><p>Petite chanson joyeuse r�galant les bonnes gens du XIVe s., � le vau de vire � va parcourir un long chemin.</p><p>Les rives de la Vire lui servent-elles vraiment de marraines ? T�moignent-elles seulement des � all�es � et � venues � sous forme de mimiques et</p><p>pantomimes qui l�accompagnent ? On ne sait. Aux oeuvres anonymes figurant dans des manuscrits de Bayeux et de Vire du XVe s., l�amour aussi bien que l�histoire offrent leurs th�mes parmi tant d�autres ; ces oeuvres sont dues peut-�tre pour certaines au po�te Olivier Basselin. Au XVIIe s., Jean Le Houx (v. 1551-1616) s�illustre dans le genre. Se d�formant en � vaudeville �, la chanson tourne � l�air bachique, � la satire. Bient�t elle agr�mente les pi�ces de th��tre. Et un jour, de la ritournelle d�laiss�e, celui-ci, au XIXe s., ne conservera que le nom. C�l�bre et d�cri�, se survivant toujours, le vaudeville, fond� sur la technique et la rigueur dans la l�g�ret� et, de plus en plus, le rire, triomphe sous le second Empire</p><p>et la IIIe R�publique.</p><p>� Jamais on ne parla tant</p><p>de mode d�emploi, de</p><p>plans, de constructions</p><p>ing�nieuses, de recettes</p><p>infaillibles, de th��tre</p><p>bien fait. �</p><p>Les temps aiment le bel ouvrage.</p><p>Eug�ne Scribe (1791-1861) donne le signal, fournissant pour longtemps � la sc�ne fran�aise mod�le et id�al de la bonne pi�ce, dont Bataille de dames (1851), par exemple, repr�sente le type parfait. La bourgeoisie triomphante et tyrannique, par qui va vivre le th��tre, se reconna�t en lui et r�serve un franc succ�s tant aux com�dies glorifiant le mat�rialisme qu�aux vaudevilles path�-</p><p>tiques ou comiques, dont elle raffole.</p><p>Maintenant, la combinaison drama-</p><p>tique ne s�int�resse qu�� elle-m�me.</p><p>La virtuosit� technique broie tout dans son moule, faits, caract�res, personnages. Il ne subsiste que les rouages d�une m�canique impeccable. La</p><p>venue de l�� Oncle Sarcey � ne contribue pas peu � diriger et � maintenir dans cette direction les go�ts du public bourgeois. Journaliste (le Figaro, le Temps), conf�rencier, critique dramatique, Francisque Sarcey (1827-1899) prononce des oracles sans appel, ne tendant qu�� promouvoir un th��tre technique tenant pour fort secondaires v�rit� d�observation, profondeur de pens�e ou po�sie. Le passage se fait donc naturellement du vaudeville � la Scribe � la com�die de moeurs lanc�e par Alexandre Dumas fils (1824-1895).</p><p>Entre les mains de ce dernier, les r�gles du nouvel art dramatique deviennent un instrument pour aborder les questions sociales (Francillon, 1887). Ces r�gles �troites, ces m�canismes rigoureux, on les retrouve �galement chez deux auteurs � succ�s du temps, �mile Augier (1820-1889) et Victorien Sardou (1831-1908). Ceux-ci les emploient avec constance non seulement dans leurs pi�ces comiques, mais aussi dans leurs com�dies sociales, v�ritables vaudevilles � s�rieux �, sans r�elle profondeur. En cela, ils suivent d�ailleurs la voie trac�e par Scribe lui-m�me avec le Mariage de raison (1826) ou encore le Mariage d�argent (1827). D�Augier, excellent miroir de la bourgeoisie de</p><p>la mi-si�cle, la post�rit� ne se souvient gu�re que du Gendre de Monsieur Poirier (1854). Sardou, lui, dramaturge prolixe et acad�micien, enfant ch�ri de la gloire bourgeoise, laisse surtout le souvenir de son extraordinaire aptitude � assimiler la technique scribienne sans excepter aucun des proc�d�s multiples d�un m�tier consomm� (Madame Sans-G�ne, 1893). Le th��tre vit � l�heure du divertissement et non de la densit� de pens�e, du m�tier et non du g�nie, des probl�mes terre � terre et non de l�inqui�tude spirituelle. Vers la fin du si�cle pourtant, vers les ann�es 80, se dessine un fort courant contre l�artificiel, l�intrigue pour l�intrigue, l�imbroglio, le m�lange des genres. La v�rit� naturaliste des moeurs et du caract�re s�efforce de se frayer un chemin ; la th�se et la psychologie s��vertuent � remplacer les p�rip�ties (Henry Becque</p><p>[1837-1899], Georges de Porto-Riche</p><p>[1849-1930], Fran�ois de Curel [1854-1928]). Zola attaque � cette m�canique th��trale dont on nous rebat les oreilles</p><p>[...], ces situations qui r�duisent les personnages � de simples pi�ces d�un jeu de patience [...], indignes d�une litt�rature honn�te �.</p><p>Mais l�ombre de Scribe demeure. Le vaudeville tient bon, les seules oeuvres downloadModeText.vue.download 191 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11402</p><p>d�Eug�ne Labiche (1815-1888) rem-</p><p>plissent dix volumes (1878-79) avec des pi�ces comme Embrassons-nous</p><p>Folleville (1850), Mon Ism�nie !</p><p>(1852), l�Affaire de la rue de Lour-cine (1857), les Vivacit�s du capitaine Tic (1861), le Plus Heureux des trois (1870) ou les Trente Millions du Gla-diator (1875). Autour d�un th�me � peu pr�s constant � celui du mariage</p><p>�, elles restituent le portrait fid�le et sans indulgence de la classe moyenne du second Empire, h�ro�ne �galement de trois chefs-d�oeuvre : Un chapeau de paille d�Italie (1851), sans cesse rejou� ; le Voyage de M. Perrichon (1860), avec son inoubliable personnage, dont la vanit� le dispute � la na�vet� ; la Cagnotte (1864), pleine d�alacrit�.</p><p>Un nouvelliste, ancien r�dacteur au minist�re de l�Instruction publique, Georges Moinaux, dit Courteline</p><p>(1858-1929), n� � Tours, vient � son tour enrichir le r�pertoire du vaudeville. Il lui apporte toute une s�rie de personnages nouveaux, hauts en gueule et en couleurs, issus de milieux qu�il poss�de parfaitement : l�arm�e et l�Administration. De l�auteur des Ga�t�s de l�escadron (1886), du Train de 8 h 47</p><p>(1888), de Messieurs les ronds-de-cuir (1893), on conna�t au moins le terrible adjudant Flick, pers�cuteur infatigable de tous les Lidoire, Biscotte et autre Potiron, et le bon et braillard capitaine Hurluret. � travers les satires savoureuses de la bureaucratie, que dans l�Article 330 (1900) d�nonce la Brige au nom de Monsieur-Tout-le-Monde</p><p>pers�cut�, on d�couvre �galement</p><p>l�avocat Barbemolle (Un client s�rieux, 1896), le substitut Boissonnade (Le gendarme est sans piti�, 1899) ou encore Breloc, h�ros du Commissaire est bon enfant (1899). � c�t� des exploits des tourlourous ahuris ou fac�tieux, des z�l�s autant que stupides repr�sentants de l�Administration prennent place les in�vitables aventures ou m�saventures du bon bourgeois fin de si�cle, pique-assiette malheureux des Boulingrin (1898), amant trop confiant de Boubouroche (1893) ou mari exc�d� de la Paix chez soi (1903), toutes oeuvres vivantes encore aujourd�hui.</p><p>Mais le grand ma�tre du vaudeville reste bien Georges Feydeau (1862-1921). N� � Paris et plus attir� par le th��tre que par les �tudes, il tente sa premi�re exp�rience � seize ans. Un drame... L�amour doit se taire, auquel succ�dent bient�t des pi�ces marqu�es par l�influence de Labiche, comme Gibier de potence (1884) ou le Mariage de Barillon (1890). En 1892, enfin, c�est Monsieur chasse, inaugurant une suite ininterrompue de succ�s, le premier de ces vaudevilles, machines � engendrer le rire, �clatants et �chevel�s, aux engrenages sans une poussi�re, qui conf�rent vraiment au genre ses titres les plus solides � la p�rennit�.</p><p>� Un sujet pr�sente et d�veloppe avec adresse une action serr�e et rapide, des p�rip�ties soudaines, des obstacles franchis avec bonheur, un d�noue-</p><p>ment inattendu quoique savamment pr�par�. �</p><p>� propos de Boubouroche, pi�ce</p><p>consid�r�e comme le chef-d�oeuvre de Courteline, Sarcey �crivait : � Boubouroche vaut par ce don inestimable de la ga�t�. C�est un simple vaudeville, et je sais un gr� infini � l�auteur d�avoir brav� tous les pr�jug�s du Th��tre-Libre en exigeant que son ouvrage f�t annonc� au public sous ce nom abhorr� et conspu� de cette petite �glise [...]. �</p><p>Le vaudeville, vilipend�, peut, en effet, compara�tre devant ses censeurs. Il ne manque pas d�arguments pour les affronter. Scientifique et rigoureux, soumis � une stricte discipline, il justifie largement le vocabulaire utilis� par les admirateurs de Feydeau, � math�maticien �, � chimiste �, � horloger �, et qu�on parle d�� alg�bre du rire �. Le vaudeville se r�v�le une oeuvre de patience, un travail de pr�cision. � Je ne suis pas de ceux � dit Feydeau � qui enfantent dans la joie. En arrangeant les faits qui d�cha�nent l�hilarit� du public, je n�en suis pas �gay�, je garde le s�rieux, le sang-froid du chimiste qui dose un m�dicament. � Labiche confirme : � [...] Une fois mon plan fini, je le reprends et je me demande � chaque sc�ne � quoi elle sert, si elle pr�pare ou d�veloppe un caract�re, une situation, si elle fait enfin marcher l�action. Une pi�ce est une b�te � mille pattes qui doit �tre toujours en route. � Aux amoureux de belle langue si souvent choqu�s par le laisser-aller du style du vaudeville, on pourrait citer cette r�flexion de Courteline : � [...]</p><p>Une phrase, on croit que c�est facile !</p><p>Quand elle n�a qu�un sujet, un verbe et un compl�ment, c�est l�Enfer ! � Pour les ma�tres du genre, aucun d�tail ne semble secondaire, et tous, y compris ceux de deuxi�me rang, aujourd�hui bien oubli�s (Maurice Ordonneau,</p><p>Albin Valabr�gue, Henri K�roul...), se p�n�trent de la n�cessit� du respect qu�on doit � cette fragile machine.</p><p>Parlant de l�un de ses collaborateurs, Pierre Veber (1869-1942) rapporte :</p><p>� [...] Hennequin �crivait le sc�nario sc�ne par sc�ne ; c��tait un travail invraisemblable de minutie et de pr�cision, o� tous les mouvements �taient not�s. � On s�aper�oit que, sans un tel effort, complaisance, vulgarit�, veu-</p><p>lerie, artifice et vide guettent le vau-devilliste s�abandonnant � la facilit�.</p><p>Deux Merles blancs (1858) de Labiche montrent que les meilleurs eux-m�mes courent le risque d�y tomber. Pour Th�ophile Gautier, un vaudeville se distingue comme une com�die � multiple, vivace, pleine d�invention et de hardiesse, risquant tout, adroite et spirituelle, semant par �cuell�es le sel attique et le sel gris, peignant les moeurs avec une fid�lit� n�gligente plus sinc�re que bien d�autres portraits surcharg�s [...] �.</p><p>Cette chose impossible � r�sumer se d�roule suivant une logique imperturbable et implacable. R�gl�e comme un ballet, la mise en sc�ne s�entoure d�un luxe de d�tails consign�s par l�auteur, et, sur ce chapitre, Courteline et Feydeau apparaissent particuli�rement pointilleux. L�action, partie souvent d�un d�tail d�apparence inoffensive et futile, progresse sur un rythme effr�n� dans une cascade de rebondissements, et le fameux Chapeau de paille d�Italie, avec la farandole folle de sa noce, s�inscrit comme le premier mod�le du genre en date. Les p�rip�ties, �chappant � tout contr�le de ceux qui les vivent � ou plut�t les subissent �, atteignent tr�s vite � la dimension de catastrophes. Comme le constate un personnage du Syst�me Ribadier (1892), � on c�toie tout le temps des pr�cipices dans la vie ! �, et un autre ajoute dans le Dindon (1896) : � Eh bien ! en voil� un beau g�chis ! � C�est que, chez Feydeau singuli�rement, la situation ne d�bouche que sur un de ces trois aspects, souvent concomitants : essayer d��viter la catastrophe, fr�-</p><p>ler la catastrophe, se d�battre dans la catastrophe. Car la situation constitue le moment privil�gi� du vaudeville, celui o� l�action culmine � son plus haut sommet d�intensit�. Il s�ensuit que ces situations, toujours p�rilleuses, n�ob�issent qu�� un seul pouvoir, surprise ou hasard, sorte de fatum � l�antique. Mais comique. Qu�incarne assez bien le valet Bretel dans les Pav�s de l�ours (1896).</p><p>� la situation type suffisent le plus souvent quatre composantes, femme-mari-amant-ma�tresse, autorisant variantes et combinaisons infinies (La main passe, 1907). Mais le genre n�im-</p><p>pose dans ce sens aucune limite restrictive. Et, du fianc� mari� par erreur � sa future belle-m�re (le Mariage de Barillon) aux personnages effectivement unis � la suite d�une c�r�monie tenue par eux comme pure farce (Occupe-toi d�Am�lie, 1908), en passant, toujours sous l�oeil d��ros, mais avec la complicit� de Mars, par l�in�puisable suite de malheurs mena�ant tout m�le pris pour un autre (Champignol malgr� lui, 1892), les possibilit�s malignes du destin vaudevillesque s�av�rent prodigieuses, surtout si l�on consid�re la somme de co�ncidences et de quiproquos par lui utilis�s (la Dame de chez Maxim [1899], o� s�illustra la c�l�bre Armande Cassive [1873-1940], interpr�te favorite de Feydeau).</p><p>Sans n�gliger les accessoires ani-m�s, � leur tour, d�une fr�n�sie malfai-sante ou pr�sents de fa�on obs�dante.</p><p>Depuis que Scribe critiqua chez un jeune auteur la pr�sence dans sa pi�ce d�une arme � feu sans utilit�, on cher-cherait en vain � un fusil � dans le vaudeville. Comme le dit Sarcey : � Sa-chez-le, dans une pi�ce de Feydeau, on ne pose pas, en entrant, son chapeau sur une chaise sans que je ne me dise, bon, ce chapeau-l� n�a pas �t� mis l� pour des prunes. � Ainsi s�explique l�importance conf�r�e � tout un bric-</p><p>�-brac pittoresque qui s��tend du vase de nuit � la lettre et du lit au pantalon p�r�grin, pour ne parler que des plus efficaces. On ne s��tonnera pas alors que le personnage � tel le fameux Des Rillettes des Boulingrin � connaisse dans ce contexte une position inconfortable, justifiant les � Quelle journ�e, mon Dieu, quelle journ�e ! � ou</p><p>� Quelle nuit, mon Dieu, quelle nuit ! �</p><p>�maillant les soliloques chez Feydeau.</p><p>Jusque-l�, pour permettre � l�action de progresser et sans beaucoup plus de libre arbitre et de cervelle que les autres accessoires sc�niques, tous ces bourgeois �levant le mensonge � la hauteur d�un r�flexe naturel, tous ces provinciaux en goguette, ces viveurs, ces cocottes se voient entra�n�s dans un tourbillon haletant avec fuites et poursuites, quiproquos �puisants, imbroglios ind�nouables, constats d�adult�re, cavalcades ponctu�es de coups de feu, face-�-face intempestifs, �tant entendu, selon Feydeau, que � [...] lorsque deux</p><p>personnages ne doivent pas se rencontrer, [on] les met en pr�sence �.</p><p>� tout cela un seul objectif : le rire.</p><p>Tendre et d�clencher ces ressorts que Bergson, dans son essai intitul� le Rire, appelle le � pantin � ficelle � (les Fianc�s de Loches, 1888, ou Un fil � la patte, 1894), avec personnages tiraill�s de tous c�t�s ; le � diable � ressort �</p><p>(type H�tel du libre-�change), avec personnage, objet ou situation toujours repouss�s et toujours revenant ; enfin, la � boule de neige �, proc�d� type du downloadModeText.vue.download 192 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11403</p><p>vaudeville, o� un fait insignifiant grossit jusqu�� provoquer un d�ferlement de calamit�s (Hortense a dit � J�m�en fous �, 1916). Certains, comme Bergson, limiteraient l�essence du vaudeville � la simple expression d�une</p><p>� exag�ration tr�s artificielle d�une certaine raideur naturelle des choses �, excluant donc du genre la � vie r�elle �.</p><p>Pourtant, ce divertissement peut s��lever jusqu�� l��tude du caract�re et des moeurs, et devenir sous la plume des ma�tres du genre l�inoubliable Voyage de M. Perrichon, Boubouroche ou</p><p>l�une de ces fameuses pi�ces en un acte de Feydeau, telles que Feu la m�re de Madame (1908), On purge b�b� (1910) ou Mais n�te prom�ne donc pas toute nue (1911). La fid�lit� constante d�un tr�s large public aux reprises des grands vaudevilles tant � la sc�ne qu�� la radio ou � la t�l�vision, le soin qu�apportent les meilleurs com�diens contemporains � remettre p�riodiquement en marche cette m�canique du rire ou, comme la compagnie Jacques Fabbri, � perp�tuer le genre semblent, par ailleurs, attester d�une valeur permanente de pi�ces que l�entr�e de Courteline, de Labiche et de Feydeau � la Com�die-Fran�aise �l�vent au rang de classiques.</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; F. Gaiffe, le Rire et la sc�ne fran�aise (Boivin, 1931). / R. Peter, le Th��tre et la vie sous la IIIe R�publique (�d. litt�raire de France, 1945-1947 ; 2 vol.). / P. Soupault, Eug�ne Labiche, sa vie, son oeuvre (le Sagittaire, 1945). /</p><p>P. Bornecque, le Th��tre de Georges Courteline (Nizet, 1969). / G. Sigaux (sous la dir. de), la Co-m�die et le vaudeville de 1850 a 1900 (le Cercle du bibliophile, �vreux, 1970-71 ; 5 vol.). / J. Lor-cey, Georges Feydeau (la Table ronde, 1972).</p><p>vaudois</p><p>Mouvement spirituel catholique du XIIe s., condamn� et combattu par les autorit�s eccl�siastiques pendant trois si�cles, et, apr�s son adh�sion � la R�-</p><p>forme du XVIe s., nerf du protestantisme italien actuel.</p><p>Un mouvement</p><p>� d��glise �</p><p>Au pied de la statue qui, � Worms, comm�more la comparution h�ro�que de Luther devant la di�te imp�riale en avril 1521, Pierre Valdo est assis. Les protestants voient donc en lui un de ces pr�curseurs qui, deux si�cles avant Wycliffe* et Hus*, annoncent le grand bouleversement, les recherches et les ruptures du XVIe s.</p><p>En fait, la r�alit� est diff�rente : Valdo et ses disciples forment une sorte de tiers ordre ; ils sont les an-c�tres de ce qu�on appelle aujourd�hui</p><p>� groupes informels � ou � commu-</p><p>naut�s de base �, avec un accent tr�s fort sur la n�cessit� d��vang�liser. Un inquisiteur anonyme parle ainsi de leur mouvement : � L�origine des Pauvres de Lyon se situe aux environs de 1170.</p><p>Un certain Valdesius (d�o� le nom de vaudois), un homme riche, quitte ses biens et se propose de pratiquer la pauvret� et la perfection �vang�lique comme les ap�tres. S��tant fait traduire les �vangiles et quatre textes de la Bible en langue vulgaire, il se mit � les</p><p>downloadModeText.vue.download 193 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11404</p><p>lire de fa�on assidue sans toutefois les comprendre : il usurpa de cette fa�on les pr�rogatives de l�apostolat, et, dans sa pr�somption, il osa pr�cher l��vangile dans les rues et sur les places</p><p>[...]. Ayant de nombreux disciples, il les envoyait pr�cher [...] quoiqu�ils fussent ignorants et analphab�tes [...].</p><p>L�archev�que les mit en garde contre cette pr�somption, mais ils refus�rent de lui ob�ir, r�pondant que Dieu a donn� l�ordre de pr�cher l��vangile � toute cr�ature [...]. D�sob�issant et contumaces, ils furent excommuni�s et chass�s de la ville [...]. �</p><p>L�adversaire voit bien de quoi il retourne et, avec un flair �tonnant, il s�attache plus � l�activit� du groupe qu�� la personne de son fondateur. Certes, il y a un initiateur, mais le mouvement ne d�pend plus de lui : il s�agit d�une exp�rience communautaire, de la vie d�un groupe d�hommes qui se met � pratiquer rigoureusement l��vangile et � r�fl�chir sur ce qu�implique le style de vie qui est le sien. Valdo lui-m�me n�est qu�un des membres de la fraternit� originelle, en aucun cas un ma�tre spirituel ou un � saint la�c � et, pas plus, le chef d�une dissidence chr�-</p><p>tienne. � sa mort, son souvenir s�es-tompera tr�s vite ; � peine une dizaine d�ann�es apr�s, Valdo sera consid�r� simplement comme un des premiers</p><p>�vang�listes de la famille spirituelle � laquelle il a donn� son nom...</p><p>Loin d��tre des h�r�tiques, en ce si�cle cathare, les vaudois entendent rester dans la communion de l��glise, dont ils confessent et signent les symboles ; ils se veulent � d��glise �, dirait-on aujourd�hui. Leur ambition est de mettre celle-ci � en �tat de mission � : ils se d�finissent comme compagnons (socii), membres d�une socie-tas, sorte de corporation spirituelle � l�instar des corporations des artisans et marchands, auxquelles nombre</p><p>d�entre eux appartiennent. Leur but : annoncer le salut, inviter les hommes � la repentance et aux bonnes oeuvres,</p><p>proclamer le Royaume et la n�cessit� de la conversion. Rien que d�orthodoxe en tout cela, mais, d�un coup, la foi devient vivante, parce que v�cue. Les t�moins attestent la r�alit� de ce qu�ils pr�chent en payant le prix : l�abandon de leurs biens, la renonciation � toute richesse et, d�j�, l�intuition que seule une �glise � servante et pauvre � peut �tre signe de l�insondable richesse de la gr�ce.</p><p>Des pauvres qui</p><p>inqui�tent</p><p>Ils s�en vont donc, deux � deux, pieds nus, par les ruelles du bourg Saint-Nizier, sur les places publiques et les march�s, illustrations vivantes de la pauvret� du Christ ; ils sont � v�tus de laine grossi�re, nus sur les pas d�un Christ nu �, dira un pr�lat romain. Ce qui va susciter l�inqui�tude du magist�re, ce n�est pas ce d�fi qu�ils lancent � tant de princes de l��glise et du si�cle, � tant de la�ques et de moines opulents, mais bien l�extraordinaire libert� qui est la leur, libert� missionnaire, libert� d�invention spirituelle, libert� des mendiants d�un Esprit qui ne se laisse ni encha�ner ni programmer. Leur pauvret� n�est ni une vertu, ni une mortification ; elle est le moyen, le support, l�expression de l�ob�issance � la mission qui leur est confi�e.</p><p>Valdo, le premier, l�a compris ; on ne sait ni son origine exacte, ni sa date de naissance, ni son nom pr�cis (Val-dus, Vald�s, Vaud�s, de Vault ?) et, en tout cas, pas son pr�nom : entre 1173 et 1176, il se � convertit � et quitte sa profession de marchand riche, tout en restant dans la ville o� il l�a, jusqu�alors, exerc�e, Lyon. Il appartient � la haute soci�t� des bourgeois fortun�s ; il peut parler avec l�archev�que de plain-pied.</p><p>C�est, para�t-il, la mort d�un ami, lors d�un banquet, qui l�am�ne � se poser les questions derni�res, et un chanoine qui le rencontre lui indique la voie de la paix et du salut : � Va, vends tes biens et suis-moi. � Avec une imm�diatet� caract�ristique, Valdo ne se contente pas d��couter la parole : il l�endosse, et ce litt�ralisme existentiel deviendra le fait de tous ses compagnons. Avec une stup�fiante assurance, Valdo met en pratique ce qu�il a entendu et, sans se soucier des pr�rogatives magist�-</p><p>rielles, il se met � parcourir les lieux publics : � Selon la gr�ce qui nous a �t� donn�e, nous avons d�cid� de pr�cher librement, sans crainte de personne. �</p><p>Il faut pour cela une traduction dans la langue du peuple ; ce que l�on sait par coeur ne suffit pas, ni quelques textes d�Ambroise, de J�r�me, d�Augustin et de Gr�goire le Grand, dont il dispose. Valdo s�adresse � un pr�tre, Bernard Ydros, et � un grammairien, �tienne d�Anse, et leur fait traduire bon nombre de livres bibliques et un recueil de paroles des saints. Un minimum d�organisation (le principe absolu d�aller deux � deux, quelques fonctions diversifi�es : majoral, barbe, diacre) et un d�but de r�flexion th�ologique s��bauchent : peu � peu, les particularit�s vont s�accentuer : refus de tout mensonge, du serment, de l�appel aux tribunaux, de la peine capitale et de la guerre, de la pri�re pour les d�funts et des sacrements autres que le bapt�me, l�eucharistie et la p�nitence... Ici s�aper�oivent quelques analogies avec les r�formateurs, mais plus encore avec les anabaptistes � venir.</p><p>Au d�but, cette souveraine libert� est fort bien consid�r�e par le clerg� lyonnais, �difi� par la cons�cration et la pi�t� des Pauvres. En 1179, le pape Alexandre III re�oit Valdo au concile du Latran et lui donne l�accolade ; en m�me temps, il charge des clercs anglais de l�interroger et de le ridiculiser.</p><p>De retour � Lyon, Valdo se heurte � l�archev�que, Jean Bellesmains, qui conteste � ces la�ques le droit d�enseigner et de pr�cher, et les somme de rentrer dans l�ob�issance � la hi�rarchie.</p><p>Comme, au nom de l��vangile, Valdo refuse de se soumettre, les Pauvres sont expuls�s de Lyon en 1181, puis excommuni�s au synode de V�rone en 1184. Ils n�en continuent pas moins leur action, ce qui leur vaut d��tre poursuivis et pers�cut�s, mais leur dispersion sert l�extension du mouvement : Provence, Dauphin�, Haut-Pi�mont, Lombardie, Espagne, Allemagne et</p><p>Europe du Nord les voient s�implanter.</p><p>En 1215, le IVe concile du Latran les condamne comme h�r�tiques. C�est sans doute � ce moment-l�, � peu pr�s,</p><p>que Valdo serait mort (en Boh�me en 1217 ?). Mais l�expansion se poursuit et, avec elle, une impitoyable pers�cution, jalonn�e de � croisades � et d�horribles massacres.</p><p>La post�rit�</p><p>C�est en 1532 que les descendants des Pauvres de Lyon, habitant les hautes vall�es pi�montaises, d�cident, sous l�action du Savoisien Guillaume Farel, d�adh�rer � la R�forme, ce qui n�a pas pour effet, bien au contraire, d�apaiser l�ardeur de la r�pression ; par contre, l��migration se poursuit, et les avatars d�une histoire singuli�re qui les voit, en 1806, int�gr�s par Napol�on � l��glise r�form�e de France et, dans la seconde moiti� du XIXe s., former de vivantes colonies en Am�rique du Sud.</p><p>Actuellement, les vaudois sont environ 100 000 en Italie, de 20 000 � 25 000 en Am�rique du Sud, particuli�rement en Uruguay, et de 12 000 � 15 000 dans leur diaspora europ�enne.</p><p>Ils ont une facult� de th�ologie r�pu-t�e � Rome, plusieurs revues et p�riodiques ainsi que de nombreuses oeuvres diaconales dans toute l�Italie.</p><p>La spiritualit� vaudoise marque tr�s fortement le protestantisme italien et, par lui, le monde oecum�nique de la p�ninsule : en t�moigne l�impact de l�hebdomadaire Nuovi Tempi, qui a fusionn� avec le catholique Com. Elle s�y affirme par trois constantes : la libert� et la maturit� de la�ques � missionnaires �, une recherche eccl�siologique en rupture avec les structures autoritaires du � christianisme politique �, une d�marche th�ologique refusant le discours id�aliste des th�ologiens plus ou moins consciemment int�gr�s � l�ordre �tabli et visant � une �troite articulation du pens� sur le v�cu. Un des grands �vang�listes du XXe s., Tullio Vinay, membre des communaut�s vaudoises, a eu depuis 1945 un rayonnement mondial.</p><p>G. C.</p><p>F Mystique / Protestantisme.</p><p>&amp; E. Comba, Histoire des Vaudois (Fischba-cher, 1887 ; nouv. �d., 1898-1901, 2 vol.). /</p><p>J. Jalla, Histoire des Vaudois des Alpes et de</p><p>leurs colonies (Torre Pellice, 1934). / M. Martini, Pierre Valdo (Labor et Fides, Gen�ve, 1962).</p><p>Vaughan Williams</p><p>(Ralph)</p><p>Compositeur anglais (Down Ampney</p><p>1872 - Londres 1958).</p><p>Ce fils d�un pasteur de l�ouest de l�Angleterre fut bien ce campagnard r�bl� et r�fl�chi que ses origines annon-</p><p>�aient. Bien qu�il ait commenc� � composer de bonne heure, il ne produisit aucune oeuvre importante avant l��ge de trente-cinq ans. Apr�s une formation toute traditionnelle � Londres, il alla se perfectionner � Berlin aupr�s de Max Bruch (1838-1920), la vie musicale anglaise de l��poque �tant encore totalement domin�e par l�influence germanique. Mais, � son retour, il commen�a � s�int�resser passionn�-</p><p>ment � la musique de l��poque Tudor, et surtout aux richesses encore vierges d�un folklore modal miraculeusement conserv�. Il fut le membre le plus ardent et le plus actif de la Folk Song Society, fond�e par Cecil James Sharp, et sillonna les campagnes anglaises de 1904 � 1910, recueillant des milliers de m�lodies au moment exact ou Bart�k et Kod�ly se livraient � une prospection semblable en Hongrie. Il se rendit tr�s vite compte que ces m�lodies ne pouvaient, en aucun cas, se plier au carcan m�trique, harmonique et tonal de la tradition acad�mique allemande qui lui avait �t� enseign�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 194 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11405</p><p>Comme Bart�k et Kod�ly, comme</p><p>Falla et Sibelius, comme Jan�&#x10D;ek et Martin&#x16F;, comme Willem Pijper ou Gian Francesco Malipiero, il se tourna alors vers l�exemple lib�rateur de l��cole fran�aise, mais, plut�t qu�� Debussy, ce fut � Ravel* qu�il alla demander des conseils, passant l�hiver de 1908-09 � �tudier aupr�s de l�auteur des Miroirs, son cadet de trois ans.</p><p>En possession d�un langage propre, il inaugura alors une activit� cr�atrice qui allait, plus que celle d�aucun de ses</p><p>compatriotes, contribuer � redonner � l�Angleterre une voix personnelle dans le concert des nations. C�est en cela que son apport se situe bien au-del� de celui d�Edward Elgar (1857-1934), dont les oeuvres, admirables par ellesm�mes, parlaient la langue de Brahms ou de Richard Strauss. L�influence ra-v�lienne al fleurera longtemps dans son oeuvre, que ce soit dans la Symphonie pastorale de 1922 ou dans le ballet Job de 1930. B�n�ficiant d�une long�vit� exceptionnelle et d�une vieillesse dont la verdeur rappelle celles de Verdi ou de Strauss, Vaughan Williams a �difi� sans h�te une oeuvre immense (340 nu-m�ros), l�une des plus consid�rables de la premi�re moiti� du XXe s., au point qu�on a pu comparer son importance � celle d�un � Bart�k anglais �. Except� au niveau de la valeur, la comparaison semble mal choisie. Modal beaucoup plus que tonal, le langage de Vaughan Williams ne cherche pas syst�matiquement la dissonance, et le d�mon de la nouveaut� � tout prix n�a jamais tourment� ce patriarche serein, tol�rant, curieux de tout et largement ouvert sur le monde. Si le climat le plus familier de sa musique est celui de la contemplation panth�iste ou mystique, si les 3e et 5e symphonies, la c�l�bre Fantasia on a Theme by Tallis, la messe en sol mineur a cappella, renouant avec la tradition de Byrd*, et ce Flos Campi</p><p>� suite pour alto solo, petit choeur vocalisant et orchestre de chambre qui est peut-�tre son chef-d�oeuvre, d�une rare audace polymodale � constituent autant d�exp�riences spirituelles inoubliables � cet �gard, Vaughan Williams, surtout � l��ge m�r, a su ajouter d�autres cordes � sa lyre : la 4e symphonie, muscl�e et violente comme le meilleur Roussel, la 6e, impressionnante fresque tragique inspir�e par la Seconde Guerre mondiale, avec son �pilogue d�sol� et lunaire, l�op�ra de chambre en un acte Riders to the Sea, qui enrobe d�une musique supr�-</p><p>mement d�pouill�e et �pre le sombre drame marin de J. M. Synge (c�est encore l� un chef-d�oeuvre, l�un des rares h�ritiers directs de Pell�as), la brfdante vision d�apocalypse de l�oratorio Sancta Civitas et bien d�autres oeuvres encore illustrent le renouvellement constant d�une inspiration dont l��ge stimule encore la vitalit�. Des pages</p><p>truculentes comme les Five Tudor Portraits, d�apr�s les po�mes rabelaisiens de John Skelton, comme le Concerto pour tuba ou la fantasque 8e symphonie ajoutent � sa palette l��l�ment humoristique, la Symphonie antarctique ou les Three Shakespeare Songs a cappella l��l�ment fantastique, les cycles de m�lodies, les deux quatuors et la sonate pour violon et piano la dimension intime. Et il faudrait encore ajouter � la liste de ces chefs-d�oeuvre le concerto pour piano, le Magnificat, qui traite le texte liturgique avec une singuli�re originalit�, enfin le ballet Job, d�apr�s les gravures visionnaires de William Blake, et la 9e symphonie, son testament artistique, qui, � trente ans de distance, effectuent la synth�se des multiples facettes de cette riche personnalit�. Cette oeuvre si diverse conserve pourtant une homog�n�it� sans failles, gr�ce � un langage original et imm�diatement reconnaissable, gr�ce surtout � un humanisme large et charg� de spiritualit� non dogmatique.</p><p>Vaughan Williams, par son oeuvre, par ses �crits, par ses activit�s p�dagogiques, par son travail de chef de choeur et d�orchestre (il a beaucoup compos� pour des ensembles d�amateurs, qu�il aimait diriger, jusqu�� ses derniers jours, dans les Passions de Bach), a assum� avec s�rieux et enthousiasme son r�le de musicien dans la cit�. Tr�s attach� � cette conception communautaire et nationale de l�art, mais � l��cart de tout imp�ratif id�ologique, ce vert patriarche de la musique anglaise �</p><p>v�ritablement un � father of music �</p><p>comme le fut William Byrd � s�est acquis une vaste popularit� dans les pays anglo-saxons, mais la France ignore pratiquement tout d�un des cr�ateurs les plus consid�rables de son temps.</p><p>Les oeuvres principales de</p><p>Vaughan Williams</p><p>y symphonies : no 1, A Sea Symphony (avec choeurs, 1910) ; no 2, A London Symphony (1914) ; no 3, A Pastoral Symphony (1922) ; no 4, en fa mineur (1935) ; no 5, en r� majeur (1943) ; no 6, en mi mineur (1948) ; no 7, Sinfonia antartica (1953) ; no 8, en r� mineur (1958) ; no 9, en mi mineur (1958).</p><p>y oeuvres concertantes : Flos Campi (alto,</p><p>choeur et petit orch., 1925) ; concerto en r� mineur pour violon et cordes (1925) ; concerto pour piano (1933 ; remaniement pour deux pianos, 1946) ; suite pour alto (1934) ; concerto pour hautbois (1944) ; concerto pour tuba (1954).</p><p>y autres oeuvres pour orchestre : In the Fen Country (1907) ; Three Norfolk Rhapsodies (1906) ; The Wasps (mus. de sc�ne, 1909) ; Fantasia on a Theme by Tallis (cordes, 1910) ; Five Variants of � Dives and Lazarus � (cordes, 1939) ; Partita (cordes, 1948) ; Concerto grosso (cordes, 1950).</p><p>y choeurs et orchestre : Toward the Un-known Region (1907) ; Five Mystical Songs (1911) ; messe en sol mineur (a cappella, 1923) ; Sancta Civitas (1926) ; Benedicite (1930) ; Magnificat (1932) ; Five Tudor Portraits (1936) ; Dona nobis pacem (1936) ; Serenade to Music ; Thanksgiving for Vic-tory (1945) ; Three Shakespeare Songs (a cappella, 1951) ; Hodie (1954) ; A Vision of Aeroplanes (choeurs et orgue, 1956).</p><p>y op�ras : Hugh the Drover (1924) ; Sir John in Love (1929) ; The Poisoned Kiss (1936) ; Riders to the Sea (1937) ; The Pilgrim�s Progress (1951).</p><p>y ballets : Old King Cole (1923) ; Job (1930).</p><p>y musique de chambre : 2 quatuors � cordes (1908 et 1945) ; Fantasy Quintet (v. 1910) ; sonate pour violon et piano (1954).</p><p>y m�lodies : Songs of Travel (1904) ; On Wenlock Edge (1909) ; Four Hymns (1912-1914) ; Along the Field (1925-26) ; Ten Blake Songs (1957).</p><p>H. H.</p><p>&amp; H. J. Foss, Ralph Vaughan Williams, a Study (Londres, 1950). / P. M. Young, Vaughan Williams (Londres, 1953). / F. S. Howes, The Music of Ralph Vaughan Williams (Londres, 1954). / S. Pakenham, Ralph Vaughan Williams, a Discoyery of his Music (Londres, 1957). / J. Day, Vaughan Williams (Londres, 1961). / A. E. F. Dickinson, Vaughan Williams (Londres, 1963). / R. V. Williams, National Music and Other Essays (Londres, 1963). / M. Kennedy, The Works of Ralph Vaughan Williams (Londres, 1964 ; nouv. �d., 1971). / U. Vaughan Williams, A Biography of Ralph Vaughan</p><p>Williams (Londres, 1964). / H. Ottaway, Vaughan Williams� Symphonies (Londres, 1972).</p><p>Vautour</p><p>F RAPACES.</p><p>Vaux-le-Vicomte</p><p>Ch�teau fran�ais, sur le territoire de la commune de Maincy (Seine-et-Marne).</p><p>Cet ensemble doit son exception-</p><p>nelle unit� au fait qu�il fut cr�� en un temps tr�s court, de 1656 � 1661, par une �quipe coh�rente et selon la volont� d�un seul homme, Nicolas</p><p>Fouquet*, l�opulent et t�m�raire surintendant des Finances. M�c�ne aussi avis� que prodigue, Fouquet confia l�entreprise � trois artistes de la jeune �cole : Le Vau* pour l�architecture, Le N�tre* pour les jardins, Le Brun* pour la peinture et la d�coration, aid�s de sculpteurs (Michel Anguier, Fran�ois Girardon, etc.) et de divers sp�cialistes.</p><p>Le ch�teau proprement dit fait partie, avec ses abords et ses jardins, d�un syst�me ordonn� par rapport � un grand axe. Pr�c�d� d�une avant-cour que limitent vers l�ext�rieur une grille � termes de pierre et lat�ralement des communs sym�triques en brique et</p><p>pierre, il occupe un terre-plein baigne de douves et associe la pierre de taille � l�ardoise des toits. Le Vau l�a �difi� dans un style m�le, mouvement�, riche en ornements � certains disent un peu lourd �, � la fronti�re du baroque et du classicisme. Du c�t� de l�arriv�e, deux courtes ailes embrassent, comme � Maisons, oeuvre ant�rieure de F. Mansart*, une cour tr�s ouverte et peu profonde, dont les ressauts multipli�s conduisent au puissant portique de l�avant-corps central. Du c�t� des jardins, on remarque le renflement du pavillon central avec son d�me elliptique.</p><p>Les somptueux appartements de</p><p>r�ception occupent, au rez-de-chauss�e sur�lev�, deux suites parall�les de pi�ces. Celles qui s�ouvrent sur la cour, avec leurs plafonds � poutres apparentes ou � compartiments, leurs panneaux superpos�s peints d�arabesques, de paysages, de sujets mythologiques, sont d�un style encore li� �</p><p>la tradition du r�gne de Louis XIII.</p><p>Du c�t� des jardins, la d�coration est marqu�e par un go�t plus moderne et plus proche des mod�les italiens. Le pavillon central est occup� par un immense salon elliptique, � deux hauteurs de baies s�par�es par des pilastres et des cariatides en stuc ; Le Brun n�eut pas le temps de peindre la d�coration pr�vue pour la coupole. Dans les deux appartements sym�triques, les lambris peints de grotesques s�espacent pour encadrer des tapisseries ; les plafonds � sujets mythologiques comptent parmi les meilleurs ouvrages de la premi�re p�riode de Le Brun.</p><p>Dans la composition des jardins, Le N�tre a donn� le premier exemple magistral de son style � � la fran�aise �.</p><p>Modelant le terrain selon la pente, il y a d�coup� des plans que s�parent des axes perpendiculaires au grand axe central. L�ensemble comprend des parterres de broderies ou de gazon, des canaux, des bassins. Au-del� du grand canal, qui �pouse, au bas de la pente, le dernier axe transversal, le terrain se rel�ve et d�ploie un majestueux fond de d�cor o� s��tagent une grotte rus-downloadModeText.vue.download 195 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11406</p><p>tique � bossages, une gerbe d�eau, un tapis vert encadr� par des rampes et enfin une statue reproduisant l�Hercule Farn�se.</p><p>Apr�s la f�te du 17 ao�t 1661 et l�arrestation de Fouquet, Louis XIV put engager l��quipe du surintendant pour la cr�ation de Versailles*, dont Vaux est l�esquisse. Le domaine fut acquis en 1705 par le mar�chal de Villars, en 1764 par le duc de Praslin, puis connut une longue d�cadence ; il devint en 1875 la propri�t� d�Alfred Sommier, qui entreprit de le r�tablir dans sa splendeur.</p><p>B. de M.</p><p>F Ch�teau / Le Vau.</p><p>&amp; J. Cordey, Vaux-le-Vicomte (Barry, 1960).</p><p>vecteur</p><p>Couple ordonn� de points, dont le premier est appel� l�origine et le deuxi�me l�extr�mit�.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>On note le vecteur d�origine A et d�extr�mit� B (fig. 1). La droite AB est le support du vecteur . Ce support est parfaitement d�fini si les points A et B ne sont pas confondus. Le vecteur ainsi d�fini est un vecteur li�. C�est en m�canique que la notion de vecteur li� prend son sens, puisque les forces sont repr�sent�es par des vecteurs dont les origines sont les points d�application des forces.</p><p>�quipollence. Vecteur libre</p><p>Deux vecteurs et sont �qui-</p><p>pollents si les deux segments les droites AD et BC ont m�me milieu</p><p>(fig. 2). Les supports des vecteurs et sont parall�les ; les longueurs de ces vecteurs et sont �gales ;</p><p>on dit que les vecteurs et ont</p><p>m�me module. Enfin, un point qui</p><p>d�crit le vecteur de A vers B ou</p><p>le vecteur de C vers D se d�place dans le m�me sens, sur deux droites parall�les : les vecteurs et ont</p><p>m�me sens. Ainsi, deux vecteurs �quipollents ont m�me direction, m�me sens et m�me module.</p><p>La relation d��quipollence entre les vecteurs de l�espace est r�flexive, transitive et sym�trique. C�est une relation d��quivalence. Les classes d��quivalence que d�termine cette relation dans l�espace � trois dimensions sont appel�es vecteurs libres. Tout vecteur li� est un repr�sentant de la classe d��qui-</p><p>valence � laquelle il appartient. C�est ainsi que les deux vecteurs et</p><p>de la figure 2 sont deux vecteurs repr�-</p><p>sentants du m�me vecteur libre.</p><p>Op�rations sur les</p><p>vecteurs</p><p>Addition vectorielle</p><p>La somme de deux vecteurs li�s</p><p>et est le vecteur , le point D</p><p>�tant le quatri�me sommet du paral-l�logramme construit avec OA et</p><p>OB comme c�t�s (fig. 3). On �crit Le vecteur li�</p><p>est un repr�sentant du vecteur libre somme des deux vecteurs libres, dont les vecteurs et sont deux repr�-</p><p>sentants respectifs. Entre trois vecteurs quelconques, , et on a les</p><p>relations suivantes :</p><p>(fig. 4) ; (fig. 3) ;</p><p>vecteur d�origine et d�extr�mit�</p><p>O, �tant un repr�sentant du vecteur de module nul, vecteur appel� vecteur nul et d�sign� par Enfin, le point B&#x2032;</p><p>�tant le sym�trique du point B par rapport au point O, les deux vecteurs et ont une somme �gale au</p><p>vecteur nul. Ils sont dits oppos�s ; on �crit (fig. 5).</p><p>Les �galit�s concernant l�addition de vecteurs li�s sont valables pour l�addition induite sur l�ensemble des vecteurs libres de l�espace. Les vecteurs libres �tant d�sign�s par une seule</p><p>lettre, on �crit : Il existe un vecteur tel</p><p>que ( est le vec-</p><p>teur oppos� au vecteur on note</p><p>).</p><p>L�ensemble des vecteurs libres muni de l�addition vectorielle est un groupe commutatif.</p><p>Multiplication d�un vecteur par</p><p>un nombre r�el</p><p>Le module du vecteur est un</p><p>nombre r�el positif ; on le d�signe par ou par AB. �tant donn� un r�el</p><p>quelconque &#x3B1;, on d�signe par le</p><p>vecteur li� d�origine A, dont le support est AB, dont le module est |&#x3B1;| AB et dont le sens est celui du vecteur si &#x3B1; &gt; 0 ou celui du vecteur si</p><p>&#x3B1; &lt; 0, soit (fig. 6).</p><p>Si d�signe le vecteur libre dont</p><p>le vecteur est un repr�sentant,</p><p>celui dont le vecteur est un repr�-</p><p>sentant, on �crit</p><p>La multiplication des vecteurs libres par un scalaire est une op�ration externe pour l�ensemble des vecteurs libres. Si on dit que les vecteurs et sont colin�aires, comme</p><p>le sont r�ellement deux repr�sentants de et de , qui ont m�me origine.</p><p>Si &#x3B1; et &#x3B2; sont deux r�els quel-</p><p>conques, et deux vecteurs quel-</p><p>conques de l�espace, on a les relations suivantes :</p><p>La premi�re relation traduit la dis-tributivit� de la multiplication, par un scalaire, par rapport � l�addition vectorielle ; la deuxi�me, celle de la multiplication par rapport � l�addition des r�els ; la troisi�me, une associativit� partielle.</p><p>L�ensemble des vecteurs libres muni de l�addition vectorielle et de la mul-</p><p>tiplication par un scalaire r�el a une structure d�espace vectoriel sur R, ensemble des r�els. Dans cet espace vectoriel, deux vecteurs non nuls et non colin�aires sont lin�airement ind�pendants. Trois vecteurs non nuls et coplanaires sont lin�airement d�pendants (fig. 7) :</p><p>car, d�une part, les vecteurs et</p><p>, et, d�autre part, les vecteurs</p><p>et sont colin�aires. Trois vecteurs non nuls et non coplanaires sont lin�airement ind�pendants. Quatre vecteurs non nuls sont lin�airement d�pendants.</p><p>Glisseurs</p><p>Un vecteur glissant, ou glisseur, est une classe d��quivalence dans l�ensemble downloadModeText.vue.download 196 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11407</p><p>des vecteurs li�s muni de la relation d��quivalence avoir m�me support et �tre �quipollents. Un glisseur est donc d�fini par un vecteur libre et une droite qui est le support du glisseur : on note le glisseur d�fini par le vecteur libre et par le point A de son support, lequel est parall�le � (fig. 8).</p><p>En effet, le produit vectoriel</p><p>est nul, puisque les vecteurs</p><p>et sont colin�aires. Le mo-</p><p>ment est donc ind�pendant de l�origine choisie sur le support du glisseur, ce qui justifie la d�finition du moment et m�me l��tude des glisseurs. On peut, en particulier, prendre comme point A&#x2032;</p><p>la projection orthogonale du point O</p><p>sur le support du glisseur. Le module du vecteur est �gal au produit des longueurs OA&#x2032; et A&#x2032;B&#x2032;. Le tri�dre d�termin� par les trois vecteurs</p><p>et est direct, avec Le</p><p>moment est perpendiculaire au plan d�termin� par le point O et le support du glisseur quand ce point O</p><p>n�appartient pas � ce support.</p><p>Si le point O est sur le support du glisseur, le moment en ce point est nul.</p><p>Si O&#x2032; est un point quelconque distinct du point O, le moment en O&#x2032; est Cette relation permet de calculer le moment en O&#x2032;, connaissant le moment en O et le vecteur libre associ� au glisseur.</p><p>D�ailleurs, il est possible de d�terminer un glisseur dont on conna�t le moment en un point O et le vecteur associ�</p><p>, � condition que les deux vecteurs et soient orthogonaux.</p><p>Si le support du glisseur est</p><p>la droite passant par le point O et parall�le au vecteur (fig. 11).</p><p>y Le produit d�un glisseur</p><p>par un scalaire r�el &#x3B1; est le glisseur ou a Ce</p><p>dernier glisseur est parfaitement d�fini.</p><p>Moment d�un glisseur en un</p><p>point</p><p>Le moment en un point O (fig. 10) du vecteur glissant est le vecteur li� produit vectoriel des</p><p>deux vecteurs et . Ce vecteur</p><p>li� est ind�pendant du point A, car, Op�rations sur les glisseurs</p><p>Les deux glisseurs et</p><p>sont �gaux si et seulement si et</p><p>si la droite AA1 a la direction du vecteur .</p><p>y La somme de deux glisseurs est</p><p>d�finie si leurs supports sont concou-rants. Dans ce cas, on a la relation</p><p>(fig. 9).</p><p>si A&#x2032; est un autre point du support du glisseur , on a</p><p>Si (fig. 12), le support</p><p>cherch� est dans le plan (P) passant par le point O et perpendiculaire au vecteur . Le tri�dre</p><p>devant �tre direct, le point H ne peut appartenir qu�� l�un des deux demi-plans d�termin�, dans (P), par la parall�le au vecteur passant par le point O. D�autre part, la distance OH</p><p>du point O au support cherch� est telle que ce qui d�termine</p><p>d�abord la longueur puis le</p><p>point H, puisque l�angle (OH, OV) est droit : d�o� le support passant par le point H et perpendiculaire � OH.</p><p>D�termination analytique d�un</p><p>glisseur</p><p>L�espace euclidien est rapport� � un rep�re orthonorm� Le glisseur est d�fini par les coordon-</p><p>n�es (x, y, z) du point A et les composantes du vecteur libre Le</p><p>moment en O, a pour</p><p>composantes</p><p>L = yZ � zY, M = zX � xZ,</p><p>N = xY � yX,</p><p>entre lesquelles existe la relation LX + MY + NZ = 0, ce qui traduit analytiquement, � l�aide du produit scalaire . , que le vecteur est</p><p>orthogonal au vecteur .</p><p>Inversement, on peut se donner un glisseur par son moment en O,</p><p>et son vecteur associ� tels</p><p>que ou LX + MY + NZ. Le</p><p>support du glisseur est l�ensemble des points M (x, y, z) tels que</p><p>c�est-�-dire tels que</p><p>yZ � zY = L, zX � xZ = M,</p><p>xY � yX = N.</p><p>Ces trois �quations sont compa-</p><p>tibles, car LX + MY + NZ = 0 ; elles se r�duisent donc � deux �quations de plans d�finissant une droite, support du vecteur glissant �tudi�.</p><p>Moment d�un glisseur par rapport</p><p>� un axe</p><p>y Le comoment de deux glisseurs</p><p>et est le produit mixte</p><p>Il est �gal au produit</p><p>scalaire</p><p>�tant le moment en A1 du vec-</p><p>teur (fig. 13). Il est aussi �gal � c�est-�-dire au produit</p><p>scalaire du vecteur</p><p>et du moment en A2 du vecteur .</p><p>On voit ainsi la sym�trie de la d�finition du comoment de deux vecteurs.</p><p>D�apr�s les propri�t�s des d�terminants, O �tant un point quelconque, on a les relations</p><p>et d�signant respective-</p><p>ment les moments des vecteurs et</p><p>en O. Le comoment des deux vec-</p><p>teurs et est donc ind�pendant</p><p>des points A1 et A2, ce qui justifie la d�finition. Le comoment est scalaire et non un vecteur.</p><p>y Le moment d�un glisseur par rapport � un axe est le comoment de ce glisseur et du vecteur unitaire de l�axe. Le vecteur unitaire de l�axe est en effet un glisseur. Le vecteur</p><p>�tant le moment de en O (fig. 14), le comoment de et de</p><p>est le produit scalaire de et de</p><p>. C�est donc la mesure alg�brique sur le vecteur unitaire de la projection orthogonale du vecteur</p><p>sur l�axe (&#x394;). Cette mesure alg�brique est ind�pendante du point O choisi, d�apr�s les propri�t�s du comoment de deux vecteurs.</p><p>Syst�mes finis de glisseurs</p><p>Des glisseurs en nombre</p><p>fini constituent un syst�me fini de downloadModeText.vue.download 197 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11408</p><p>glisseurs. Les �l�ments de r�duction d�un syst�me (S) en un point O quelconque de l�espace euclidien de dimension trois sont les deux vecteurs li�s suivants :</p><p>y appel� vecteur somme en O</p><p>du syst�me (S), �gal � la somme des n vecteurs ;</p><p>y , appel� moment r�sultant en O</p><p>du syst�me (S), �gal � la somme des moments des vecteurs .</p><p>Si O&#x2032; est un point de l�espace distinct de O, le vecteur somme en O&#x2032; est Le moment r�sultant en O&#x2032;</p><p>est</p><p>Cette derni�re relation montre qu�on peut calculer le moment r�sultant en tout point si l�on conna�t le moment r�sultant en un point d�termin� et le vecteur somme. D�autre part, il existe deux invariants pour le syst�me (S) : l�un est le vecteur somme</p><p>l�autre est le produit scalaire</p><p>puisque le produit vectoriel</p><p>est perpendiculaire au vecteur</p><p>donc au vecteur et qu�ainsi le</p><p>produit scalaire est</p><p>nul.</p><p>Syst�mes �quivalents,</p><p>torseurs</p><p>La connaissance des �l�ments de r�-</p><p>duction d�un syst�me en un point de l�espace entra�ne la connaissance de ces �l�ments en n�importe quel autre point. Deux syst�mes (S) et (S&#x2032;) ayant m�mes �l�ments de r�duction en un point ont m�mes �l�ments de r�duction en tout point. Dans l�ensemble des syst�mes finis de glisseurs, la relation binaire a m�mes �l�ments de r�duction que est une relation d��quivalence. Deux syst�mes ayant m�mes</p><p>�l�ments de r�duction sont dits �quivalents. Ce sont deux repr�sentants distincts d�une m�me classe d��quivalence, appel�e torseur. Pour que deux syst�mes soient repr�sentants d�un m�me torseur, il faut et il suffit qu�ils aient m�me moment en tout point. La condition est �videmment n�cessaire.</p><p>Inversement, si les deux syst�mes (S) et (S&#x2032;) ont m�me moment en tout point, le syst�me (S) � (S&#x2032;) a un moment nul en tout point. De la relation donnant le moment r�sultant du syst�me (S) � (S&#x2032;), on tire quels que soient</p><p>les points O et O&#x2032;. D�o� et les</p><p>vecteurs sommes des deux syst�mes (S) et (S&#x2032;) sont �gaux puisque (S) � (S&#x2032;) a un vecteur somme nul.</p><p>Axe central d�un torseur</p><p>C�est l�ensemble des points de l�espace en lesquels le moment r�sultant est colin�aire au vecteur somme. Cet ensemble est une droite. Analytique-ment, un torseur est d�fini par son vecteur somme et son</p><p>moment r�sultant en O,</p><p>LX + MY + NZ �tant invariant dans tout l�espace euclidien r�el de dimension trois rapport� � une base orthonorm�e Au point M (x, y, z),</p><p>les composantes du moment r�sultant sont</p><p>L&#x2032; = L � yZ + zY, M&#x2032; = M � zX + xZ, N&#x2032; = N � xY + yX.</p><p>Si le vecteur somme n�est pas nul, les �quations de l�axe central sont</p><p>traduisant la proportionnalit� des composantes des vecteurs somme et moment r�sultant en un point. Ces �quations sont au nombre de deux. Elles sont lin�aires en x, y et z. Ce sont les �quations de deux plans, donc d�une droite.</p><p>Torseurs particuliers</p><p>y Un torseur nul est un torseur dont les �l�ments de r�duction en un point, donc en tout point, sont nuls.</p><p>y Un torseur-couple est un torseur ayant</p><p>m�me moment en tout point de l�espace.</p><p>Les deux glisseurs et ont pour vecteurs associ�s deux vecteurs libres oppos�s (fig. a). Le vecteur somme du syst�me form� par les vecteurs et est nul.</p><p>Le moment en A du vecteur est nul, car A est sur le support (&#x394;1) du vecteur</p><p>. Le moment en A du vecteur est</p><p>AH �tant perpendiculaire</p><p>� (&#x394;1) et (&#x394;2). Ce moment est ind�pendant du point A choisi sur le support (&#x394;1). En un point A&#x2032; quelconque de l�espace, le moment est</p><p>puisque</p><p>Le moment du syst�me form� par les vecteurs et est le m�me en tout</p><p>point de l�espace ; est un tor-</p><p>seur-couple. Inversement (fig. b), si (S) est un syst�me ayant m�me moment en tout point, ce moment, en un point A, est . On choisit un vecteur , d�origine A, perpendiculaire � . La droite AH est perpendiculaire aux vecteurs et . La demi-droite AH est telle que le tri�dre soit direct. La longueur</p><p>AH a pour valeur Le point H est ainsi d�termin�. La droite (&#x394;2) est la parall�le au vecteur passant par le point H. Le vecteur glissant de support (&#x394;2), ayant pour vecteur associ� le vecteur , a pour moment en A le vecteur . Le vecteur</p><p>, de support (&#x394;1) et oppos� au vecteur , a un moment nul en A. Le syst�me</p><p>form� par les vecteurs et a m�me</p><p>moment que le syst�me (S) en tout point de l�espace, ce moment �tant �quipollent au vecteur . Les deux syst�mes sont donc �quivalents. Ainsi, un torseur-couple est �quivalent au syst�me form� de deux glisseurs associ�s � des vecteurs oppos�s.</p><p>Les torseurs-couples sont les torseurs dont le vecteur somme est nul.</p><p>E. S.</p><p>E. S.</p><p>F D�terminant / Espace euclidien de dimension trois / G�om�trie / Vectoriel sur un corps commutatif.</p><p>&amp; H. Blanchard et C. Forest, Trait� de math�-</p><p>matiques, t. II (Hachette, 1967). / G. Cagnac, E. Ransis et J. Commeau, Trait� de math�matiques sp�ciales, t. III : G�om�trie (Masson, 1971).</p><p>Deux grands noms de la</p><p>th�orie des vecteurs</p><p>Cesare Burali-Forti, math�maticien italien (Arezzo 1861 - Turin 1931).</p><p>Professeur � l�Acad�mie militaire de Turin, il contribua au � formulaire de math�matiques � de son ami Giuseppe Peano (1858-1932). Ses travaux les plus remarquables sont relatifs aux fondements de l�analyse vectorielle et aux transformations lin�aires des vecteurs.</p><p>Sa longue collaboration avec Roberto Marcolongo d�boucha sur une pol�-</p><p>mique avec les tenants des traditions de sir William Rowan Hamilton (1805-1865) et de Willard Gibbs (1839-1903), alors que les deux Italiens s�appuyaient surtout sur les travaux de Hermann G�nther Grassmann (1809-1877). Burali-Forti est aussi connu par un paradoxe de la th�orie des ensembles qui porte son nom.</p><p>Roberto Marcolongo, math�maticien italien (Rome 1862 - id. 1943). Titulaire de la chaire de m�canique rationnelle et de physique math�matique � l�universit� de Messine entre 1895 et 1907, professeur de m�canique rationnelle � l�universit� de Naples en 1908, il collabora avec Burali-Forti dans l��laboration des id�es de Grassmann en analyse vectorielle entre 1909 et 1910. En dynamique, il �tudia le gyroscope et les mouvements gyroscopiques.</p><p>J. I.</p><p>vectoriel sur un</p><p>corps commutatif</p><p>Se dit de tout ensemble E muni � la fois :</p><p>� d�une loi de groupe commutatif, not�e additivement ;</p><p>� d�une loi de composition externe, not�e qui est une application de l�ensemble produit K � E dans E, K �tant un corps commutatif, telle que :</p><p>1 d�signant l��l�ment unit� du corps K.</p><p>Un tel ensemble est un espace vectoriel sur le corps commutatif K. Le corps K est souvent appel� le corps des scalaires de l�ensemble E. On d�-</p><p>signe par O � la fois le z�ro du groupe additif E et le z�ro du groupe additif du corps de K. Cela n�entra�ne aucune ambigu�t�.</p><p>Des axiomes d�finissant un espace vectoriel, on tire les cons�quences im-m�diates suivantes :</p><p>O d�signe dans les relations (1) et (4) le z�ro de l�ensemble E et dans les relations (2) et (3) le z�ro du corps K.</p><p>Enfin, l��galit� &#x3BB;x = 0 entra�ne soit &#x3BB; = 0, soit x = 0 (&#x3BB; &#x2208; k et x &#x2208; E) ; car, si &#x3BB; &#x2260; 0, existe et</p><p>ce qui entra�ne x = 0, puisque 1 . x = x.</p><p>Exemples d�espaces vectoriels.</p><p>Si x = (xi), pour i = {1, 2, ..., n}, d�-</p><p>signe le point de l�ensemble produit Rn, c�est-�-dire le point de coordonn�es (x1, x2, ..., xn), l�ensemble Rn, muni de l�addition d�finie par (x + y) = (xi + yi) et de l�op�ration externe &#x3B1;x = (&#x3B1;xi), &#x3B1; &#x2208; R, est un espace vectoriel sur le corps des r�els R. Pour n = 1, 2 ou 3, on obtient respectivement la droite r�elle, le plan ou l�espace � trois dimensions.</p><p>L�ensemble des polyn�mes � une</p><p>variable � coefficients r�els, muni de l�addition des polyn�mes et de la multiplication par un r�el, constitue un espace vectoriel sur le corps R. Il en est de m�me des fonctions continues sur [0, 1] ou des fonctions continues et d�rivables sur [0, 1].</p><p>downloadModeText.vue.download 198 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11409</p><p>Sous-espaces vectoriels</p><p>On appelle sous-espace vectoriel d�un espace vectoriel E sur un corps K tout sous-ensemble A de cet espace, tel que :</p><p>� le sous-ensemble A soit un sous-groupe additif de l�espace E ;</p><p>� pour tout &#x3B1; &#x2208; K et pour tout x du sous-ensemble A, on ait &#x3B1;x &#x2208; A.</p><p>Le sous-ensemble A est donc une</p><p>partie de E telle que les restrictions des lois de E � A conf�rent � A une structure d�espace vectoriel.</p><p>Si (Ai)i &#x2208; I est une famille de sous-espaces vectoriels de l�espace vectoriel E et si est l�intersection</p><p>des sous-espaces de cette famille, A est aussi un sous-espace vectoriel de l�espace E, car, si x &#x2208; Ai et y &#x2208; Ai, pour tout i &#x2208; I, x + y &#x2208; A et &#x3B1;x &#x2208; Ai pour tout i &#x2208; I entra�ne &#x3B1;x &#x2208; A.</p><p>Si X est une partie de l�espace vectoriel E, il existe des sous-espaces vectoriels de cet espace contenant X, ne f�t-ce que l�espace E. L�intersection de tous ces sous-espaces est un sous-espace de l�espace E, appel� sous-espace vectoriel engendr� par X : c�est le plus petit sous-espace contenant X, not� Vect (X). Toute combinaison lin�aire d��l�ments de X, c�est-�-dire tout �l�-</p><p>ment de la forme o� &#x3B1;i &#x2208; K</p><p>et ai &#x2208; X, les �l�ments &#x3B1;i �tant tous nuls, sauf un nombre fini d�entre eux, appartient � Vect (X). Inversement, l�ensemble des combinaisons lin�aires d��l�ments de X constitue un sous-espace vectoriel de l�espace E, contenant X ; c�est donc Vect (X). On a :</p><p>Vect (X &#x222A; Y) = Vect (X) + Vect (Y) ; Vect (X &#x2229; Y) &#x2282; Vect (X) &#x2229; Vect (Y), avec Vect (&#x2205;) = {0} ;</p><p>si X &#x2282; Y, Vect (X) &#x2282; Vect (Y) ;</p><p>enfin, Vect [Vect (X)] = Vect (X).</p><p>Exemple de sous-espace vectoriel.</p><p>Dans l�espace R[x] des polyn�mes � coefficients r�els � une variable x, l�ensemble des polyn�mes de degr� inf�rieur ou �gal � deux est un sous-espace engendr� par la partie {1, x, x 2}</p><p>de R[x].</p><p>Sous-espaces</p><p>suppl�mentaires</p><p>Deux sous-espaces X1 et X2 de l�espace vectoriel E sont dits suppl�mentaires si X1 &#x2229; X2 = &#x2205; et si tout �l�ment x de l�espace E peut se mettre sous la forme x = x1 + x2, o� x1 &#x2208; X1 et x2 &#x2208; X2. On note alors X1 + X2 = E ; x1 est la projection de x sur X1, parall�lement � X2, ou x1 est la composante de x dans X1.</p><p>Les composantes x1, et x2 sont uniques.</p><p>En effet, s�il existait deux d�compositions on aurait</p><p>ce qui est impos-</p><p>sible si car alors X1 et X2</p><p>auraient en commun un �l�ment non nul, ce qui est contraire � l�hypoth�se X1 &#x2229; X2 = {0}.</p><p>Exemples.</p><p>y Dans R3 rapport� � un rep�re quelconque, un plan et une droite non contenue dans ce plan sont deux sous-espaces suppl�mentaires, par exemple le plan d��quation x + y + z = 0 et la droite d��quations x = y = z. On peut prendre le m�me plan et la droite d��quations x � y = 0, z = 1. Un m�me sous-espace peut admettre plus d�un sous-espace suppl�mentaire.</p><p>y L�espace vectoriel E est l�espace R[x] des polyn�mes � coefficients r�els � une variable x ; X1 est le sous-espace de R[x] des polyn�mes de</p><p>degr� inf�rieur ou �gal � deux ; X2 est le sous-espace de R[x] des polyn�mes sans terme constant, sans terme du premier ni du second degr�.</p><p>y L�espace vectoriel E est l�espace F (R, R) des fonctions num�riques r�elles d�finies sur R ; X1 est le sous-espace des fonctions paires, et X2</p><p>celui des fonctions impaires. Toute fonction f &#x2208; F se d�compose en</p><p>f = P + J de fa�on que</p><p>Si, dans l�espace vectoriel E, les deux sous-espaces X1 et X2 sont suppl�mentaires, l�espace E est dit somme directe de X1 et X2. On g�n�ralise cette notion.</p><p>Somme directe</p><p>Un espace vectoriel E est somme directe des sous-espaces vectoriels de la famille (Xi)i &#x2208; I en nombre fini si tout</p><p>�l�ment x de l�espace E s��crit d�une fa�on et d�une seule sous la forme avec xi &#x2208; Xi, &#x2200;i &#x2208; I. Pour</p><p>que l�espace vectoriel E soit somme directe des sous-espaces Xi, il faut et il suffit que c�est-�-dire que</p><p>l�espace E soit engendr� par les sous-espaces Xi et que</p><p>pour tout i &#x2208; I ; ce qui signifie que l�espace Xi et l�espace engendr� par les sous-espaces Xj, pour j &lt; i, sont disjoints.</p><p>D�pendance et</p><p>ind�pendance lin�aires</p><p>Une famille (ai)i &#x2208; I finie d��l�-</p><p>ments d�un espace vectoriel E sur un corps K est dite libre si toute relation de la forme &#x3BB;i &#x2208; K entra�ne</p><p>&#x2200;i &#x2208; I, &#x3BB;i = 0. Une famille (ai)i &#x2208; I quelconque d��l�ments de l�espace vectoriel E est libre, si chacune de ses sous-familles finies est libre. Une famille qui n�est pas libre est dite li�e.</p><p>Les �l�ments d�une famille libre sont dits lin�airement ind�pendants. Les �l�ments d�une famille li�e sont dits li-n�airement d�pendants. Si une famille (ai)i &#x2208; I est li�e, il existe des &#x3BB;i &#x2208; K</p><p>non tous nuls, tels que par</p><p>exemple, &#x3BB; &#x2260; 0 ; d�o�</p><p>0</p><p>avec</p><p>Exemples.</p><p>y Dans E = R[x], la famille</p><p>{1, x, x 2, ..., xn, ...}, form�e des mo-n�mes de degr� quelconque, est libre.</p><p>y Dans le plan rapport� � un rep�re quelconque trois vecteurs</p><p>quelconques sont li�s ;</p><p>on a, par exemple,</p><p>La notion d�ind�pendance lin�aire est tr�s importante. Elle conduit � celle de base.</p><p>Base d�un espace vectoriel E</p><p>Elle est constitu�e par toute famille B</p><p>libre et g�n�ratrice. Cela signifie que</p><p>tout �l�ment x de l�espace E se met sous la forme (ai)i &#x2208; I d�-</p><p>signant la base, les &#x3BB;i �tant tous nuls, sauf un nombre fini d�entre eux. Les propri�t�s suivantes sont �quivalentes : B est une base ; B est une partie g�n�-</p><p>ratrice de l�espace E minimale pour l�inclusion : il n�existe aucune partie B&#x2032; &#x2282; B, B&#x2032; &#x2260; B qui soit g�n�ratrice ; B est une partie libre de l�espace vectoriel E maximale pour l�inclusion : il n�existe aucune partie B&#x2032; &#x2283; B, B&#x2032; &#x2260; B</p><p>qui soit libre.</p><p>Exemples de bases.</p><p>y Dans Rn, l�ensemble B des �l�-</p><p>ments de la forme ei = (&#x3B4;ij), o� &#x3B4;ii = 1</p><p>et &#x3B4;ij = 0, pour j &#x2260; i, constitue une base, puisque entra�ne &#x3BB;i = 0 et que</p><p>tout �l�ment x de l�espace E se met sous la forme</p><p>y Dans R[x], B = {1, x, x 2, ..., xn, ...}</p><p>est une base.</p><p>y Toute partie libre X de l�espace E</p><p>est une base du sous-espace vectoriel qu�elle engendre.</p><p>Espace vectoriel de</p><p>dimension finie</p><p>On appelle ainsi tout espace vectoriel poss�dant un syst�me fini de g�n�rateurs. Si G est un syst�me fini de g�n�-</p><p>rateurs d�un espace vectoriel E et si L</p><p>est une partie libre contenue dans ce syst�me, il existe une base B de l�espace E telle que</p><p>L &#x2282; B &#x2282; G.</p><p>Si L1 est une partie libre de l�espace E, non n�cessairement contenue dans le syst�me G, G &#x222A; L1 = G1 est un syst�me de g�n�rateurs de l�espace E.</p><p>En appliquant le r�sultat pr�c�dent � L1 et � G1, on voit qu�il existe une base de l�espace E contenant la partie L1 et contenue dans G &#x222A; L1 : c�est le th�o-r�me d��change.</p><p>Propri�t�s.</p><p>y Dans un espace vectoriel E de</p><p>dimension finie, toutes les bases sont finies et ont le m�me nombre</p><p>d��l�ments.</p><p>y L�entier �gal au nombre</p><p>d��l�ments d�une base quelconque de l�espace vectoriel E, s�appelle la dimension de cet espace vectoriel, not�e dimK E ou dim (E).</p><p>y La dimension de l�espace vectoriel engendr� par une famille d��l�ments de l�espace E s�appelle le rang de cette famille.</p><p>y Toute partie libre d�un espace vectoriel E de dimension finie n a au plus n �l�ments ; toute partie g�n�ratrice de l�espace E a au moins n �l�ments.</p><p>Toute partie libre qui poss�de n �l�-</p><p>ments est une base ; toute partie g�n�-</p><p>ratrice qui poss�de n �l�ments est une base.</p><p>y Tout sous-espace vectoriel X d�un espace vectoriel E de dimension n est au plus de dimension n ; si ce sous-espace est de dimension n, il est identique � l�espace vectoriel E.</p><p>y Tout sous-espace d�un espace de dimension finie admet un sous-espace suppl�mentaire.</p><p>Espace dual d�un espace vectoriel E sur un corps commutatif K</p><p>C�est un espace vectoriel L (E, K) des applications lin�aires de l�espace E</p><p>dans le corps K, not� E*. Les �l�ments de E* s�appellent les formes lin�aires sur E.</p><p>Si f &#x2208; E* et x &#x2208; E, f(x) est un �l�-</p><p>ment de K que l�on note &lt; x, f &gt;.</p><p>L�application de E � E* dans K, qui, au couple (x, f), fait correspondre le scalaire &lt; x, f &gt;, v�rifie les propri�t�s suivantes :</p><p>Ces propri�t�s montrent que &lt; x, f &gt;</p><p>est une forme bilin�aire sur E � E*.</p><p>Si l�espace vectoriel E est de dimension finie, l�espace dual E* est aussi de dimension finie, et l�on a downloadModeText.vue.download 199 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11410</p><p>dim E* = dim E. Si dim E = n et si (e1, e2, ..., en) est une base de l�espace vectoriel E, une base de E*</p><p>est de fa�on que</p><p>(&#x3B4;ii = 1 et &#x3B4;ij = 0,</p><p>pour i &#x2260; j), ou, sous une autre forme, et pour j &#x2260; i. Si</p><p>x &#x2208; E, o� xi &#x2208; K. Il r�sulte</p><p>des propri�t�s des formes pour</p><p>i = 1, 2, ..., n, que</p><p>Si f &#x2208; E*, telle que on a</p><p>puisque, parmi les n2 termes</p><p>il n�y en a que n qui</p><p>peuvent �tre non nuls. Ainsi, une forme lin�aire sur E est une expression li-n�aire � coefficients dans K. C�est ainsi que, dans E = R 3, f = 2x + 3y � z est une forme lin�aire.</p><p>La base de E* est</p><p>dite base duale de la base (e1, e2, ..., en) de E.</p><p>y Exemple de bases duales. Les trois formes lin�aires sur R, f1 = x + 2y + z, f2 = 2x + 3y + 3z et f3 = 3x + 7y + z, sont lin�airement ind�pendantes,</p><p>car une relation de la forme</p><p>&#x3BB;1 f1 + &#x3BB;2 f2 + &#x3BB;3 f3 = 0, &#x3BB;1, &#x3BB;2 et &#x3BB;3 &#x2208; R</p><p>impose</p><p>&#x3BB;1 + 2 &#x3BB;2 + 3 &#x3BB;3 = 0,</p><p>2 &#x3BB;1 + 3 &#x3BB;2 + 7 &#x3BB;3 = 0 et</p><p>&#x3BB;1 + 3 &#x3BB;2 + &#x3BB;3 = 0.</p><p>Ce syst�me n�admet que la solution &#x3BB;1 = &#x3BB;2 = &#x3BB;3 = 0. Les trois formes f1, f2 et f3 forment donc une base de R3*.</p><p>Soit (V1, V2, V3) la base duale de (f1, f2, f3). Dans la base canonique de R 3, les vecteurs V1, V2, V3 ont pour composantes (&#x3B1;1, &#x3B1;2, &#x3B1;3), (&#x3B2;1, &#x3B2;2, &#x3B2;3) et (&#x3B3;1, &#x3B3;2, &#x3B3;3). Pour d�terminer ces composantes, on �crit que fi(Vj) = &#x3B4;ij.</p><p>Pour V1, on obtient le syst�me</p><p>f1(V1) = &#x3B1;1 + 2 &#x3B1;2 + &#x3B1;3 = 1,</p><p>f2(V1) = 2 &#x3B1;1 + 3 &#x3B1;2 + 3 &#x3B1;3 = 0 et</p><p>f3(V1) = 3 &#x3B1;1 + 7 &#x3B1;2 + &#x3B1;3 = 0.</p><p>On trouve &#x3B1;1 = � 18, &#x3B1;2 = 7 et &#x3B1;3 = 5.</p><p>La r�solution des deux syst�mes</p><p>pour V1 et V3 conduit aux valeurs &#x3B2;1 = 5, &#x3B2;2 = � 2, &#x3B2;3 = � 1, puis &#x3B3;1 = 18, &#x3B3;2 = � 6, &#x3B3;3 = � 6. La base (V1, V2, V3) est compl�tement d�termin�e ainsi.</p><p>L��tude des espaces vectoriels</p><p>conduit � celle des applications li-n�aires, puis, en dimension finie, � celle des matrices, des formes lin�aires, des formes bilin�aires et quadratiques et des formes hermitiennes.</p><p>E. S.</p><p>F D�terminant / Espace euclidien de dimension trois / Forme lin�aire / Hermitien (espace) /</p><p>Lin�aire (application) / Matrice d�une application lin�aire / Quadratique sur un espace vectoriel E</p><p>sur un corps K (forme).</p><p>&amp; P. Dubreil et M. L. Dubreil-Jacotin, Le�ons d�alg�bre moderne (Dunod, 1961). / H. Blanchard et C. Forest, Trait� de math�matiques, t. I (Hachette, 1966). / L. Chambadal et J. L. Ovaert, Cours de math�matiques. Notions fondamentales d�alg�bre et d�analyse (Gauthier-Villars, 1966). / L. Chambadal, Math�matiques, t. I : �l�-</p><p>ments d�alg�bre (Dunod, 1967 ; 2e �d., 1969). /</p><p>J. Lelong-Ferrand et J. M. Arnaudi�s, Cours de math�matiques, t. I : Alg�bre (Dunod, 1971).</p><p>Vega Carpio (Felix</p><p>Lope de)</p><p>�crivain espagnol (Madrid, 1562 - id.</p><p>1635).</p><p>Son r�le fut d�cisif dans l�histoire des lettres espagnoles. Grande fut aussi la part, surtout indirecte, qu�il prit dans la d�finition du th��tre moderne en Europe au tournant des XVIe et XVIIe s. C�est, en plus, un grand po�te, un inventeur de langages mod�les qui r�pondaient aux besoins de la nouvelle soci�t� : un espagnol commun s�en d�gagea, instrument de la communication entre les diff�rentes classes, �l�gant sans aff�teries, bourgeois sans pruderie, courtois sans herm�tisme et populaire sans vulgarit�. C�est enfin un ma�tre en bonnes mani�res : il a imagin� dans ses com�dies mille et une</p><p>situations vraisemblables et montr� comment un galant et une dame pouvaient les affronter avec de l�habilet� et de la hardiesse. Lorsqu�il mourut en 1635, son jeune ami Juan P�rez de Montalb�n se fit l�interpr�te de tout le peuple de Madrid qui voyait en lui :</p><p>� Ph�nix dans tous les si�cles, le prince du vers, l�Orph�e de la connaissance, l�Apollon des Muses, nouvel Horace entre les po�tes, Virgile de l��pop�e, Hom�re par ses h�ros, Pindare par ses chants, Sophocle des tragiques et T�rence des comiques �. Certes, pour la quantit� comme pour la qualit� de son oeuvre, on tenait Lope de Vega �</p><p>nous le tenons encore � pour un � prodige de la Nature �. La critique, pour rigoureuse qu�elle soit, succombe au charme qui �mane de sa personne et de son �criture.</p><p>Une vie d�aventures</p><p>Lope de Vega na�t en 1562 au sein d�une famille de brodeurs qui travaille pour la Cour et l��glise. Son p�re, un vieux-chr�tien d�origine montagnarde, cultive � ses heures la po�sie. Comme beaucoup de fils d�artisans, Lope est envoy� au coll�ge des J�suites, o�, semble-t-il, le bon musicien, po�te et romancier Vicente Espinel lui</p><p>enseigne le latin. Brillant sujet, prot�g� par l��v�que d��vila, il poursuit ses �tudes � l�universit� d�Alcal� de Henares, puis � l�universit� de Salamanque. Soudain, � dix-huit ans, c�est la r�v�lation. L�incident le marquera pour toute la vie, d�cidera de sa vision du monde et lui fournira le mod�le, l�� unit� relationnelle �, qu�il mettra en jeu dans tous ses ouvrages : il tombe amoureux de la com�dienne</p><p>Elena Osorio (Filis), fille de com�dien, mari�e � un com�dien. Ne serions-nous pas tous des com�diens, sur la sc�ne ou dans les coulisses ? � On aime, on est aim�, survient un m�chant, on est trahi, on se venge, on est puni, on se repent, on aime, on est aim�. � La formule vaut pour ses com�dies profanes ou religieuses, ses autos sacramentales, ses po�mes �piques, ses pi�ces lyriques, ses r�cits romanesques. Dans cette � fonction �, la constante, c�est le triangle, et les variables passent de z�ro � l�infini. � On � peut repr�senter le galant, la dame, l��me, l��glise, le</p><p>roi (la soci�t�). � L�autre �, le m�chant, ce peut �tre le diable en personne. La dame peut ne pas aimer du tout, tandis que J�sus aime l�homme � passionn�-</p><p>ment �. Le couple cherche � s�unir en pr�sence d�un tiers et y parvient � travers des vicissitudes dramatiques par un soudain d�passement de ses relations : s�il s�agit de personnes, l�amour s�ach�ve en s�accomplissant en Dieu, et c�est le sacrement du mariage ; s�il s�agit de h�ros, de demi-dieux, leur m�tamorphose les change en personnages mythiques divins, et pour l��ternit� ; s�il s�agit de l��me et de Dieu, ils s�unissent � jamais dans le sacrement de l�eucharistie. Souvent, le sang coule au d�nouement, sacrifice n�cessaire au r�tablissement de l�ordre et dict� par la Providence. Ainsi, dans le monde, tout est farce, �glogue, com�die, tragi-com�die ou trag�die.</p><p>Lope, notre jeune �tourdi, se venge donc de la belle et de son amant. Il est exil� de la ville et de la Cour, Madrid, pour huit ann�es (1588-1596). Il en-l�ve alors une fille de son milieu, Isabel de Urbina (Belisa), dont le p�re est artiste-artisan, sculpteur. Contraint de l��pouser, pour sortir de l�imbroglio, il s�engage dans l�Invincible Armada.</p><p>On le retrouve � Valence en 1589 ; il conna�t alors la vie culturelle d�une grande ville marchande tourn�e vers l�Italie ; il y go�te un nouveau style de r�cit, la nouvelle, et un nouveau style de th��tre, la com�die bourgeoise.</p><p>Mais il fait normalement carri�re au service des grands du royaume : le duc d�Albe, � Alba de Tormes et � Tol�de (1590) le marquis de Malpica (1596), le marquis de Sarri� (futur comte de Lemos) [1598]. En 1598, il retourne � Valence avec la Cour pour le mariage du nouveau roi Philippe III. Il aime, il est aim� : ses aventures ne se comptent plus. Parall�lement, il �pouse en 1598</p><p>en secondes noces Juana de Guardo, la fille richement dot�e d�un marchand de la halle. Et il se donne un blason o� figurent, au dire de cette mauvaise langue de G�ngora, dix-neuf moulins qui font du vent dans la morne plaine (vega). Et il est depuis peu engag� dans une liaison durable avec Micaela Luj�n (Camila Lucinda), une com�dienne �</p><p>mari�e ailleurs � qui lui donnera sept enfants.</p><p>La Cour et les souverains s�installent � Madrid (1606), o� ils rejoignent l�Administration de l��tat. Lope suit le mouvement, d�abord en visiteur et puis, quand il gagne assez pour vivre, pour toujours. La jeune capitale est plus diverse, plus turbulente que la Valence des marchands. Madrid s�amuse et veut s�amuser. Lope devient le fournisseur attitr� de ses divertissements.</p><p>Sa com�die est un miroir o� freluquets et p�ronnelles se fardent avant d�entrer dans le grand jeu de l�amour. Elle apprend au galant � tourner un compliment � la dame et � tenter sa chance ; elle enseigne � la dame � tendre un pi�ge au galant, d�o� il ne sortira que par le mariage.</p><p>En 1607, dans son Arte nuevo de</p><p>hacer comedias (Nouvel Art de faire des com�dies) [publi� en 1609], Lope, narquois, fait la nique aux savants commentateurs d�Aristote et � ceux qui cherchent leurs mod�les dans Plaute, T�rence ou bien S�n�que. Sont tout aussi p�rim�es, � ses yeux, les bergeries masqu�es pour aristocrates, les chevaleries feintes, pi�ces d�apparat pour salons de ch�teaux.</p><p>En 1613-14, Lope, tout comme ses</p><p>personnages, tombe de nouveau dans les lacs de l�amour, l�amour d�une com�dienne, Jer�nima de Burgos</p><p>(Gerarda), une vedette, son interpr�te sur les planches. Et pourtant... Est-il soucieux de s�curit� ou veut-il fuir un monde qui ne lui �pargne ni les deuils ni les d�sillusions ? Il d�cide de se faire ordonner pr�tre. En 1614, il re�oit la tonsure et jouit de deux b�n�fices, � Alcoba et � �vila. En 1616, la crise spirituelle fait place � une nouvelle aventure avec la com�dienne Luc�a de Salcedo. Cette m�me ann�e, Lope tombe amoureux de Marta de Nevares (Amarilis), l��pouse d�un homme d�af-downloadModeText.vue.download 200 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11411</p><p>faires. C�est pour de bon cette fois ; mais le sort, comme toujours, lui est cruel : Marta devient aveugle en 1626, elle devient folle, elle gu�rit, elle meurt</p><p>en 1632. Le malheur s�acharne sur Lope vieillissant. Son fils ingrat, Lope F�lix, p�rit en 1634 dans un naufrage sur les c�tes de la mer des Antilles ; un galant, qu�on dirait sorti d�une de ses com�dies, enl�ve sa fille et ne l��pouse pas : il n�y a pas de justice po�tique en ce monde.</p><p>Reste la consolation que l�homme</p><p>trouve dans la foi et la pi�t�. Depuis ses jeunes ann�es, Lope n�avait cess� de t�moigner publiquement de sa</p><p>profonde et sinc�re religion de vieux-chr�tien. Il avait acquis des titres o� il voyait autant de garanties pour le salut de son �me : procureur fiscal de la Chambre apostolique de Tol�de, familier du Saint-Office de l�Inquisition, membre de nombreuses congr�gations, docteur en th�ologie par la gr�ce du pape Urbain VIII � � qui il avait d�di� son po�me la Corona tr�gica (1627).</p><p>Et c�est ainsi qu�il mourut Frey (Fr�re) en 1635.</p><p>Une oeuvre immense</p><p>Cent cinquante-trois �crivains honor�rent sa m�moire dans la Fama p�s-tuma (1636), hommage que lui rendait Juan P�rez de Montalb�n, son disciple ; cent quatre autres figurent au sommaire des Essequie poetiche publi�es � Venise. La vieille garde de l�humanisme classique avait, en vain, men� contre lui le combat au nom d�Aristote et de sa Po�tique. En vain, les ennemis du th��tre avaient essay� d�endiguer l�engouement des Madril�nes et de condamner les faiseurs de com�dies.</p><p>Et pourtant le r�gne de Lope �tait bien fini. Les pr�cieux de la jeune garde le tenaient pour un auteur d�pass�, dont il fallait refondre les pi�ces au go�t du jour, les rendre spectaculaires, les adapter aux sc�nes royales, o� machinistes, charpentiers, peintres et musiciens prodiguaient les miracles et les illusions de la perspective.</p><p>Le bon peuple, son public, pleura : avec Lope disparaissait la bonne et chaude atmosph�re de la capitale en ses d�buts ; avec lui s�effondrait le r�ve d�une communaut� fraternelle de toutes les couches de la soci�t�. Et il se rem�morait toutes ces pi�ces et ces po�mes, o� la faute est tenue pour une simple erreur et trouve son par-</p><p>don, o� l�honneur, patrimoine de tout un chacun, se confond avec la naturelle aspiration � la vertu et implique la g�n�rosit�, le courage t�m�raire, la courtoisie chevaleresque, la d�licatesse des sentiments, le go�t du risque et de l�aventure, le respect des r�gles du jeu, le conformisme social.</p><p>Ainsi, l�oeuvre de Lope de Vega</p><p>peut �tre tenue pour la mise en forme litt�raire de son existence, l�expression de son �lan vital, de sa corruption originelle, de sa soif de vertu et de sa fragilit� irr�m�diable. D�autre part, c�est la transposition �crite de la vision dramatique inconsciente que le peuple espagnol, dont Lope s��tait fait le truchement, prenait de ses m�rites s�culaires et de ses malheurs, de sa bonne volont� et de sa folie, de sa foi et de sa frivolit�, de ses r�ves et de son d�senchantement.</p><p>Int�ress� aux va-et-vient des affaires quotidiennes de la Cour et de la ville, sensible aux al�as de la vie nationale, jeune avec les jeunes, sage avec les sages, Lope emportait dans la tombe les r�ves et les r�alit�s, les nostalgies et les aspirations d�une Espagne qui aurait pu �tre, mais qui ne fut pas.</p><p>C�est l�heure du bilan. Lope de Vega revendique la paternit� de mille cinq cents pi�ces. Montalb�n lui attribue mille huit cents com�dies et quatre cents autos sacramentales, pi�ces al-l�goriques consacr�es � la transsubstantiation. Cent trente-deux pi�ces ont �t� imprim�es sous son contr�le et soixante sous le contr�le de son gendre.</p><p>Lope a revu de tr�s pr�s ses ouvrages non dramatiques, les seuls sur lesquels il fonda son renom litt�raire. On r�duit aujourd�hui � huit cent cinquante le nombre de com�dies de son invention.</p><p>La critique en retient cent soixante-dix-neuf, datables, absolument authentiques. Outre de courtes pi�ces lyriques dites romances, on compte de lui trois romans, un recueil de nouvelles, un r�cit dramatis�, dix po�mes �piques, des ouvrages historiques et didactiques, quatre recueils de po�sie. Tous ces ouvrages, � quelque genre qu�ils ressortissent, sont �galement ancr�s dans les circonstances de lieu et de temps ; ils traduisent tous �galement</p><p>les pr�occupations de l�heure.</p><p>Une abondance aussi prodigieuse</p><p>impose un classement sociologique, historique et statistique. L��tude de la versification et de son inconsciente �volution a permis, par exemple, d��tablir la chronologie de l�oeuvre dramatique, qui nous �tait parvenue non dat�e et attribu�e de fa�on tr�s arbitraire (Morley et Bruerton). Le classement que nous proposons tient de la tresse et non du syst�me : il vise � mettre en lumi�re le centre d�int�r�t principal de l�auteur dans chacune des �tapes de sa vie et de la vie madril�ne ou nationale ; un fil para�t, dispara�t, repara�t, est interrompu ; les autres, visibles ou non, demeurent toujours pr�sents.</p><p>Les th�mes et le public</p><p>D�autre part, trois th�mes ne cessent de le hanter tout au long de sa vie ; et ses ouvrages, quelle qu�en soit la date, en font foi. Ainsi, � la veille (1632) de sa mort, Lope refait l�histoire de ses amours avec Elena Osorio, cinquante-deux ans auparavant. Nous l�avons dit : c�est l� qu�il faut chercher sa d�marche mentale la plus constante, le noyau de sa vie et de son oeuvre.</p><p>En second lieu, Lope rev�t constamment la pelisse du berger, fid�le � ses ma�tres, amoureux, boute-en-train, prototype du bon peuple et, � ce titre, interpr�te involontaire de la sagesse divine. C�est ainsi qu�il y a deux Arcadia de lui : l�une un roman dat� de 1598, l�autre une com�die dat�e de 1615. Et, le plus souvent, ce berger porte dans les pi�ces de th��tre les plus diverses le nom de Belardo Gracioso, personnage comique.</p><p>Enfin, un troisi�me mobile inter-</p><p>vient dans les choix de l�auteur, tant dans sa vie que dans son oeuvre : une foi religieuse sans faille, non exempte de l�ostentation agressive des vieux-chr�tiens. Cette foi se manifeste dans le po�me �pique consacr� au saint laboureur de Madrid ni 1599, El Isidro ; elle repara�t vers 1614 quand Lope se fait ordonner pr�tre ; elle se manifeste dans ses Rimas sacras (1614), ses Triunfos divinos (1625), ses Rimas humanas y divinas del licenciado Tom� de Bur-</p><p>guillos (1634) et ses nombreuses com�-</p><p>dies hagiographiques sur saint Isidore de Madrid ou sur la vie de saint Pierre Nolasque.</p><p>Le milieu qui ne cessa de l�inspirer, c�est son public. Or, Lope �volua rapidement de 1580 � 1635. Au d�but, il s�adresse tant�t � un salon de l�aristocratie de province, tant�t � un auditoire de marchands et d�artisans.</p><p>� partir de 1600, il voue son th��tre � une foule m�l�e, mais pour lui distincte, car ses morceaux de bravoure visent les uns une cat�gorie sociale, les autres une autre. Il y a l� des courtisans, des bourgeois, des pr�tres, des serviteurs et des commis de l��tat. �</p><p>partir de 1620, Lope a affaire dans une salle moins agit�e � ces m�mes gens, mais assagis et grisonnants. Dans les corrales s��labore l�opinion publique.</p><p>Comme le fera deux si�cles plus tard la presse, la dramaturgie espagnole du XVIIe s. charrie dans son flot abondant et imp�tueux la conscience naissante et fragile d�une nation qui se cherche, inqui�te, facilement abus�e, avide de s�curit� pour l�avenir, confiante, mais pr�occup�e par les �v�nements, lucide, mais, quand tout va tr�s mal, volontairement aveugle.</p><p>La chronologie</p><p>de l�oeuvre</p><p>De 1580 � 1605, Lope de Vega monte de petites com�dies dans le go�t aristocratique � l�adresse de ses patrons et de leurs petites cours provinciales. Il repr�sente leurs a�eux et les exploits galants et guerriers qui ont marqu� la reconqu�te de Grenade, source de leur fortune : Los hechos de Garcilaso de la Vega y el moro Tarfe, El cerco de Santa Fe, El remedio en la desdicha.</p><p>Il flatte la vanit� de cette caste, qui se dit d�ascendance gothique : El �ltimo godo (le Dernier Goth), Vida y muerte del rey Bamba. Il d�guise ses ma�tres en preux, � dire vrai plus italiens que fran�ais : La mocedad de Rold�n, Los celos de Rodamonte, El marqu�s de Mantua. Il reprend la vieille tradition des �glogues jou�es dans l�intimit� : El verdadero amante, Belardo el furioso, La serrana de Tormes, La serrana</p><p>de la Vera. Et il noue des imbroglios sentimentaux � l�image des intrigues</p><p>amoureuses, des aimables tensions sentimentales qui animent les jardins et les salons des ch�teaux : Los embustes de Fabia, Laura perseguida. Les serviteurs de la noble maison, au premier rang, le secr�taire et �crivain, jouent et font les pitres pour amuser leurs seigneurs : Los donaires de Matico, Las Batuecas del duque de Alba.</p><p>De 1589 � 1600, son exil le met en contact avec l��lite intellectuelle d�une grande ville marchande, Valence. Au total, la population y est plus curieuse, plus hardie et aussi g�n�reuse que les nobles m�c�nes. Lope lui pr�sente des intrigues � l�italienne qui refl�tent non, certes, ses moeurs quotidiennes, mais l�image prestigieuse et le mod�le d�une urbanit� �l�gante, jeune, gaie, comme elle les voit au travers des novelle d�un Boccace ou d�un Giraldi Cintio.</p><p>Aussi bien, la com�die bourgeoise requiert une nouvelle technique, adapt�e aux circonstances de sa repr�sentation et qui se rapproche de la technique de la nouvelle : l�intrigue, toujours sous tension, entretient l�expectative ; la p�rip�tie n�est qu�un �pisode dialogu� et dramatis� ; le d�nouement demeure en suspens jusque dans les derni�res sc�nes ; les �l�ments comiques, downloadModeText.vue.download 201 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11412</p><p>au lieu de faire contraste, sont int�gr�s et entrent en fonction dans l�ensemble ; et de l�ouvrage il se d�gage, comme d�une nouvelle, une vision distrayante, tant�t cruelle, tant�t joyeuse, de la vie urbaine et famili�re. De cette �poque datent La bella malmaridada, La viuda valenciana, Los locos de Valencia, El Grao de Valencia, La desdichada Estefan�a, La difunta pleiteada, Viuda casada y doncella.</p><p>Entre 1600 et 1610, Madrid se d�finit dans sa singularit�. C�est une grande ville administrative, le centre des d�-</p><p>cisions politiques, l�h�riti�re de toute l�histoire d�Espagne, la capitale des affaires financi�res et publiques, et c�est aussi, � partir de 1606, la Cour, avec les Grands qui d�tiennent le pouvoir, les</p><p>nobles ruin�s et les soldats besogneux qui viennent qu�mander une charge ou une pension et les faux nobles qui cherchent l�aventure. Philippe III le morose r�gne. L��lite intellectuelle, n�o-chr�tienne, entendez jud�o-catholique, s��tait montr�e f�rocement intol�rante dans l��glise (Inquisition) et puritaine avant la lettre dans les moeurs (Index et, par exemple, La perfecta casada [la Parfaite �pouse] de Luis de Le�n). Elle est peu � peu �limin�e par d�authentiques vieux-chr�tiens, des parvenus form�s aux universit�s d��lcala et de Salamanque, fils d�artisans et de serviteurs des grandes maisons.</p><p>� l�adresse de cette couche sociale chauvine, dont il fait partie lui-m�me, Lope �crit Los espa�oles en Flandes, El asalto de Mastrique (Maastricht) ; � l�adresse particuli�re des intendants et des secr�taires, il donne El mayordomo de la duquesa de Amalfi, El secretario de s� mismo, Las mudanzas de la fortuna. La veine religieuse ou antijuive appara�t dans Las paces de los reyes y la jud�a de Toledo, El ni�o inocente de la Guardia, La bueno guarda, San Isidro de Madrid, Lo fingido verdadero (sur saint Genest le com�dien).</p><p>Mais on voit dans d�autres pi�ces de ce m�me temps la jeunesse plus ou moins dor�e prendre un d�guisement qui</p><p>change le sexe ou, plus couramment, se dissimuler sous la cape ou le voile.</p><p>L�, les galants tirent l��p�e ou donnent la s�r�nade sous les balcons des belles ; et les belles ne reculent devant aucune effronterie pour attraper l��poux de leur choix. Ce sont El bobo del colegio, La discreta enamorada, Los melindres de Belisa (les Caprices de B�lise), El cuerdo en su casa et la scandaleuse com�die El acero de Madrid (l�Eau ferr�e de Madrid). M�me, lorsque</p><p>Lope traite d�histoires italiennes, les marchands sont remis � leur place : El genov�s liberal, El piadoso veneciano ; dans Castelvines y monteses, Lope fait de Rom�o et de Juliette de vrais Madril�nes. Car ce qui diff�rencie les com�-</p><p>dies de la capitale de celles de Valence, c�est que les classes moyennes, renon-</p><p>�ant � leurs fa�ons de voir les choses, � leur mentalit� particuli�re, font tout pour se confondre avec la noblesse et rench�rissent m�me sur ce qu�elles croient �tre son id�ologie.</p><p>Entre 1610 et 1614, Lope multiplie les com�dies d�ambiance rustique. Il fait l�apologie des b�tards, des cadets et des paysans ais�s des gros bourgs.</p><p>Pour son effet, il ne craint pas d�alt�-</p><p>rer les donn�es de l�histoire et de la l�gende. Citons La fortuna merecida, La ventura sin buscalla, Los hidalgos de aldea, La Arcadia, Las famosas asturianas (les C�l�bres Asturiennes), El bastardo Mudarra, Las almenas de Toro, La villana de Getafe, La Victoria de la honra, La limpieza no man-chada. Le th�me sous-jacent, c�est que la vertu, le courage et l�honneur ne sont pas les privil�ges des nobles et de leurs h�ritiers ; au contraire, l�int�grit� chez l�homme, la chastet� chez la femme se sont r�fugi�es dans les campagnes et les montagnes, loin des palais, loin de la Cour. Trois chefs-d�oeuvre datent de ce temps : Fuenteovejuna, Perib��ez y el comendador de Oca�a (Perib��ez et le commandeur d�Oca�a), El vil-lano en su rinc�n. Et c�est encore une chaumi�re, cette fois divine, que Lope c�l�bre dans son roman Los pastores de Bel�n.</p><p>Or, la conjoncture politique et sociale explique cette soudaine floraison du th�me rustique. Madrid est envahie par une horde d�hidalgos ruin�s en qu�te d�une charge. Les autorit�s tentent de les chasser, multiplient les �dits et les bans. Les campagnes d�sert�es ne produisaient plus. On exalte alors dans l�opinion publique les paysans ais�s, vieux-chr�tiens, maires de leurs villages et chefs des congr�gations religieuses locales. Seuls ces cadres pourraient retenir le laboureur aux champs... et assurer le paiement de leurs rentes aux citadins qui, depuis quelque temps, investissent leur argent dans la propri�t� fonci�re aux alentours des grandes villes, de Madrid et de To-l�de notamment. L�int�r�t de l��tat et l�int�r�t de la bourgeoisie co�ncident.</p><p>Quelques ann�es auparavant, Lope de Vega pr�nait l�alliance de la monarchie et du menu peuple madril�ne ; il fait �cho maintenant � une autre option politique ; ce petit-fils de paysan vibre d��motion quand il �voque la vie des champs, qu�il n�a jamais connue et qu�il imagine idyllique et heureuse. Or, une fois de plus, l�opinion est en retard sur l��v�nement. La crise �conomique</p><p>du tournant du si�cle a provoqu� la ruine irr�versible de l�agriculture ; les d�faites militaires sur mer et sur terre ont paralys� l��conomie. L�Espagne n�est plus peupl�e que de fant�mes, comme dit l�un des contemporains, de parasites, dirions-nous aujourd�hui avec la plus grande injustice. Mais ces fant�mes et ces pique-assiette jouent admirablement la com�die du bonheur.</p><p>Lope, pour ne point heurter la noblesse, qui est pr�sente dans le corral, situe prudemment ces pi�ces au Moyen �ge ; il invente des drames d�honneur entre les paysans ais�s, dont les filles sont maltrait�es, et leurs seigneurs, des commandeurs d�ordre militaire, tenus au c�libat et soustraits � l�ob�dience royale. Aussi bien, quand les vassaux r�clament l�intervention du roi et leur transfert de la juridiction seigneuriale � la juridiction royale, l�auteur, au nom du menu peuple, sugg�re que l�on �tende les pouvoirs des juges civils pour en finir avec l�arbitraire des puissants.</p><p>Entre 1613 et 1622, le public madril�ne prend de l��ge et de la pond�ration.</p><p>Les belles maisons des nouveaux quartiers o� il se loge, avec leurs balcons grill�s, ne se pr�tent pas aux enl�vements ; les rues plus larges ne se pr�tent pas aux scandales ou aux guets-apens.</p><p>L�honneur, entendez l�honorabilit�, fait la pr�occupation des p�res de famille, qui tendent une oreille attentive aux digressions morales et aux th�mes religieux. Lope de Vega lui-m�me veut se ranger ; il devient pr�tre. De cette �poque datent ses Rimas sacras, Los triunfos de la fe en los reinos del Jap�n por los a�os de 1614 a 1619 et toute une s�rie de com�dies de saints : La juventud de san Isidro, La ni�ez de san Isidro, San Diego de �lcala. D�autres pi�ces, dans le genre profane, nous content des histoires certes toujours piquantes et ing�nieuses, mais leurs intrigues posent des probl�mes de conduite du type de ceux qu�un pr�tre intelligent et indulgent est amen� � r�soudre dans le secret du confessionnal. Citons La dama boba (La fille sotte), Sembrar en buena tierra, La discreta venganza, Quien todo lo quiere. Entre ces com�-</p><p>dies se d�tachent par la qualit� El perro del hortelano (le Chien du jardinier), Amar sin saber a qui�n (Aimer sans</p><p>savoir qui), El caballero de Olmedo (le Cavalier d�Olmedo).</p><p>La p�riode qui va de 1621 � 1630</p><p>co�ncide avec les premi�res ann�es du r�gne du Philippe IV et du gouvernement du comte-duc d�Olivares. Lope n�a pas l�oreille de la Cour. La nouvelle classe dirigeante, qui s�appuie sur les int�r�ts financiers de la p�riph�-</p><p>rie, tente � en vain d�ailleurs � de redresser la situation : elle rejette d�un m�me mouvement la noblesse oisive de la Cour et ses serviteurs, qui, sous le couvert de la religion et de leur ascendance de vieux-chr�tiens, condamnent le commerce et le trafic de l�argent. Au d�but, Lope fait la le�on au roi et tente d�infl�chir sa politique : El vellocino de oro, La mayor virtud de un rey et surtout l�excellente pi�ce El mejor al-calde, el rey (le Meilleur Alcade, c�est le roi). Sa veine religieuse se manifeste encore avec le recueil Triunfos divinos et deux pi�ces �difiantes, La vida de san Pedro Nolasco et Los trabajos de Jacob. Les com�dies profanes sont de plus en plus s�rieuses et hautement morales : El marido m�s firme (il s�agit d�Orph�e), El poder en el discreto, El premio de bien hablar, La moza de c�ntaro. On en appelle � la justice du roi, serait-elle cruelle, contre ses favoris et l�on invoque l�exemple de Pierre Ier.</p><p>Lo cierto por lo dudoso semble m�me inviter le souverain � plus de retenue dans ses amours parall�les. C�est aussi le temps o� Lope publie de grands po�mes h�ro�ques �difiants, o� les dieux, les demi-dieux, les d�esses et les nymphes se comportent tr�s humainement, mais aussi avec une supr�me dignit� : La Circe, La Andr�meda, La Filomena.</p><p>Entre 1630 et 1635, les derni�res an-n�es de sa vie, Lope, assagi, d�sabus�, ne laisse pas de sourire et d�amuser, de plaider pour les faibles � pour lui-m�me �, de s�duire et d�enchanter.</p><p>Sur sc�ne, le duel des rivaux fait place au duo concert� des amoureux ; son deus ex machina se montre compr�hen-sif et, � point nomm�, invente une fin heureuse. Lope �crit alors Si no vieran las mujeres, La noche de san Juan, Las bizarr�as de Belisa, Contra el valor no hay desdicha, Amar servir y esperar et l�excellent Castigo sin venganza (le</p><p>Ch�timent sans vengeance).</p><p>En 1634, il publie coup sur coup un po�me h�ro�co-burlesque sur les chats, La gatomaquia (la Gatomachie) et un recueil de po�mes, Rimas humanas y divinas del licenciado Tom� de Bur-guillos. En 1635, il meurt la plume � la main. Depuis longtemps, il ne lisait plus. � On ne peut tout faire �, disait-il. Il avait perdu le contact avec la nouvelle soci�t�. Il laisse tomber le sceptre. Calder�n* le recueille.</p><p>downloadModeText.vue.download 202 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11413</p><p>L�Espagne va peu � peu se cou-</p><p>per en deux. D�une part, il y aura le peuple m�l� qui se retrouve dans les corrales : les bourgeois, les lettr�s, les fonctionnaires, les clercs, les artisans, qui r�vent d�un monde p�rim�, d�ailleurs purement imaginaire, o� tous �taient �gaux, � les uns plus, les autres moins � ; d�autre part, il y a le monde ferm� de la Cour, arrogant et distant, qui va, d�sormais, chercher son image id�ale, pour fuir sa r�alit�, dans les th��tres des palais royaux, o� l�on monte de grands spectacles au moyen de machines ing�nieuses, de d�cors peints et, en perspective, de rideaux s�ouvrant et se fermant, d�orchestres et de choeurs.</p><p>Une telle production, si li�e aux �v�-</p><p>nements, aux courants �ph�m�res de pens�e, � la mentalit� fluctuante d�une nation � la d�rive, aurait d� passer vite de mode. Il n�en est rien. Sa frivolit� et sa superficialit� l�ancrent profond�-</p><p>ment dans une humanit� �ternelle : les classes sociales ne cesseront jamais de se heurter, de se brouiller, de se r�concilier ; les deux sexes ne cesseront jamais de s�affronter, avec de secondes intentions, dans l�enjouement de la jeunesse, les ris et les pleurs ; l�homme convoitera toujours les hochets des honneurs ; il aspirera toujours, en sa faiblesse, au pouvoir et � la force, et, en sa force, au doux r�pit de la faiblesse.</p><p>La com�die espagnole, dont Lope de Vega fut le thurif�raire, explore et arpente le domaine po�tique du quotidien. L�Espagnol ordinaire l�applaudit</p><p>et l�applaudira encore deux si�cles au moins, refondant selon les besoins de l�heure ses vieilles pi�ces et celles de ses �mules. Maintenant, il parcourt du regard ce vaste champ o� plus rien ne pousse avec la satisfaction de l�h�ritier, pauvre mais fier, et avec de la nostalgie pour ce paradis perdu. L��tranger m�me, qui aborde l�oeuvre immense du po�te, succombe � son charme. Lope r�vait et il r�ve avec lui. Ce qui reste dans les livres n�est pas lettre morte.</p><p>Les mots chantent, dansent et jouent.</p><p>C. V. A.</p><p>&amp; M. Men�ndez y Pelayo, Estudios sobre el teatro de Lope de Vega (Madrid, 1919-1927 ; nouv. �d., 1949 ; 6 vol.). / H. A. Rennert et A. Castro, Vida de Lope de Vega (Madrid, 1919).</p><p>/ J. Fern�ndez Montesinos, Estudios sobre Lope (Mexico, 1951). / G. Laplane, Belardo ou la Vie de Lope de Vega (Hachette, 1963). / K. Vossler, Lope de Vega y su tiempo (Madrid, 1963).</p><p>v�g�tal</p><p>Le r�gne v�g�tal, qui s�oppose aux r�gnes animal et min�ral, est form� par l�ensemble de la flore mondiale et se distingue gr�ce � de nombreux caract�res.</p><p>Il en partage un certain nombre avec la faune et constitue avec elle le monde vivant. L�un et l�autre, en effet, ont l�apanage de la vie*, d�finie par l�activit� physiologique permettant la nutrition*, la respiration*, l�excr�tion*, la croissance* et la reproduction* ; le mouvement est plus facile � mettre en �vidence chez les animaux, mais certains v�g�taux en montrent quelques exemples (nasties, tropismes...), et tous poss�dent des cytoplasmes anim�s de mouvements de cyclose.</p><p>S�il tombe sous le sens de recon-</p><p>na�tre un Mammif�re d�une Angios-</p><p>perme, la distinction entre Protozoaires et Protophytes, voire entre animaux et v�g�taux inf�rieurs requiert le recours � des crit�res scientifiques plus pr�cis.</p><p>Au niveau cellulaire, la structure est identique par son plan g�n�ral, mais l�existence de cellulose*, constituant essentiel de la membrane squelettique, est typique du r�gne v�g�tal, � tel point</p><p>que sa pr�sence ou son absence permet de classer les cas difficiles. Les plastes et surtout les chloroplastes, qui permettent la photosynth�se*, sont aussi l�indication certaine de l�appartenance au monde v�g�tal, mais certains individus ou m�me certains groupes v�g�taux en sont totalement d�pourvus (Champignons, Angiospermes parasites ou saprophytes [Melampyrum, Rhinanthus]). L�importance g�n�ralement grande du vacuome dans le cytoplasme v�g�tal n�est pas un caract�re aussi absolu que les pr�c�dents, car quelques cellules animales ont des vacuoles* d�velopp�es, alors que des cellules v�g�tales (jeunes en particulier) en ont de tr�s discr�tes.</p><p>Les Bact�ries*, longtemps consi-</p><p>d�r�es par certains auteurs comme un groupe de v�g�taux inf�rieurs, en sont maintenant s�par�es par la plupart d�entre eux.</p><p>R�pondent � la d�finition de v�g�-</p><p>taux les Champignons*, les Algues*, les Lichens*, les Bryophytes*, les Foug�res* et les Phan�rogames*. Les premiers sont des �tres h�t�rotrophes poss�dant un thalle siphon� (Siphono-myc�tes) ou cloisonn� (Eumyc�tes).</p><p>Cette structure cellulaire, souvent incompl�te, li�e � l�absence de chlorophylle, caract�rise ce groupe. Les Algues, v�g�taux aquatiques, poss�-</p><p>dent par contre dans leurs thalles de la chlorophylle accompagn�e de pigments surnum�raires qui les rendent autotrophes, capables de se nourrir � partir d��l�ments min�raux seulement : eau, sels, gaz carbonique contenu dans l�eau. Les Lichens, symbiose entre deux v�g�taux, Algue et Champignon, appartiennent � ce double titre au monde v�g�tal. Les Bryophytes, autotrophes, poss�dent des feuilles bien reconnaissables, alors que tiges et racines ne pr�sentent pas encore leurs caract�res typiques. La reproduction s�y fait par spores (port�es par le sporophyte), qui, en germant, donnent un proton�ma sur lequel se d�veloppent les �l�ments feuilles sexu�s (gam�tophytes).</p><p>Chez les v�g�taux sup�rieurs</p><p>existent des tissus, ensembles de cellules bien diff�renci�es, qui assurent des fonctions particuli�res de protec-</p><p>tion, de conduction, de soutien, de nutrition (v. tissu v�g�tal). On peut y reconna�tre des organes divers : racines, qui arriment la plante dans le sol et assurent l�absorption des aliments min�raux et de l�eau ; tiges souvent a�riennes, portant les bourgeons et les feuilles, par o� se fait la conduction ; feuilles, dont le limbe est le si�ge principal de la nutrition carbon�e ; des organes reproducteurs enfin, sporanges, anth�ridies et arch�gones, ou fleurs suivant les groupes. Chez les Foug�res, on observe l�alternance des deux phases sporophytique et gam�tophytique (pro-thale), mais, outre le fait que la plante feuill�e ne repr�sente pas le m�me stade que chez les Mousses, les tissus sont beaucoup mieux diff�renci�s et les organes bien nettement reconnaissables. Enfin, chez les Phan�rogames, on distingue toujours nettement l�appareil radiculaire, les tiges, les feuilles et les fleurs*, organes sexu�s qui assurent le passage � la g�n�ration suivante par l�interm�diaire de la graine* form�e dans le fruit* ; m�me si, dans de nombreuses esp�ces, des fleurs attirent peu l�oeil (Amentif�res par exemple), toutes poss�dent cette structure, que la plante soit de taille modeste (petite P�querette) ou tr�s grande (S�quoia),</p><p>qu�elle soit dress�e ou rampante, a�-</p><p>rienne ou aquatique et que la dur�e de sa vie soit inf�rieure � un an ou atteigne plusieurs si�cles.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>downloadModeText.vue.download 203 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 204 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11415</p><p>v�g�tation</p><p>Ensemble des esp�ces v�g�tales vivant dans un m�me lieu.</p><p>Cette d�finition tr�s courante associe des faits de deux ordres. D�une part, il s�agit d�ensembles de v�g�taux dont il n�est pas indispensable, au moins au premier abord, de conna�tre les noms et les caract�ristiques de chacun des constituants pour les d�finir et les d�-</p><p>crire : on parle de for�t, de prairie, de steppe, de savane, de lande..., et la plupart des langues du monde distinguent ainsi des types de v�g�tation. D�autre part, ces ensembles de v�g�taux sont localis�s dans un espace plus ou moins �tendu. L��tude de la v�g�tation est d�abord celle de la forme, de la physionomie des v�g�taux et des ensembles que ceux-ci constituent (que l�on qualifie en g�n�ral de formations v�g�tales) sur une certaine portion de l�espace terrestre, ce qui implique l��tude des relations entre ces formations et les conditions du milieu.</p><p>Flore et v�g�tation</p><p>Il est essentiel de distinguer flore et v�g�tation. La flore est d�abord la totalit� des plantes existant sur un territoire donn� � un moment donn�. Une d�marche pr�cise et analytique recense les individus v�g�taux vivants en tant que repr�sentants d�esp�ces. La liste de ces plantes est r�pertori�e dans un catalogue (appel� Flore de ce territoire) auquel on peut se r�f�rer pour les identifier. La flore, par ailleurs, repr�-</p><p>sente le potentiel naturel de colonisa-</p><p>tion v�g�tale d�un pays : si une parcelle d�espace est lib�r�e de sa couverture v�g�tale pr�c�dente pour une raison quelconque (incendie, inondation, chute d�un arbre...), ce nouvel espace vivant � d�couvert � est colonis� avant tout par des plantes d�j� pr�sentes aux voisinages imm�diats et dans des conditions de milieu analogues. Enfin la flore, stock actuel d�esp�ces vivantes sur un territoire, ne s�est constitu�e que progressivement, lentement au gr� des conditions d�un pass� qui a pu �tre fort long : cr�ation et disparition d�esp�ces, enrichissement ou appauvrissement, diversification et modification dans leur comportement.</p><p>Tandis que la flore est d�abord le produit d�une histoire, la v�g�tation est avant tout l�expression des conditions du milieu actuel. Elle peut �tre, selon que ces conditions sont favorables ou non, luxuriante ou maigrichonne. La for�t peut �tre belle, haute et �paisse dans un cas, basse et d�garnie dans l�autre : or, ces deux for�ts peuvent comporter beaucoup de plantes identiques : m�mes arbres, m�mes plantes du sous-bois... On voit, par cet</p><p>exemple, que ce n�est pas d�abord la flore, mais les conditions de milieu qui d�terminent la qualit� de la v�g�tation.</p><p>� certains �gards, ces deux notions peuvent m�me se r�v�ler antinomiques.</p><p>� une v�g�tation tr�s bien venue peut correspondre une flore tr�s pauvre, par exemple une belle pin�de ou une belle pessi�re : l�abondance d�une esp�ce qui est �dificatrice de la formation (l�esp�ce Pin, l�esp�ce �pic�a) est telle qu�elle r�duit ou supprime la repr�sentation d�autres esp�ces v�g�tales. Au contraire, une corniche calcaire � vires et � ressauts peut �tre colonis�e par une flore tr�s riche, constituant une v�g�-</p><p>tation naine, clairsem�e et couvrant de fa�on discontinue ce biotope : tel est le cas des Xerobrometa de l�Europe occidentale sur les rebords bien d�ga-g�s des plateaux calcaires de basse altitude.</p><p>L��tude de la v�g�tation et des</p><p>paysages v�g�taux s�appuie essentiellement sur leur physionomie, et les formes biologiques d�ensemble et de d�tail sont primordiales. Elles se d�ve-</p><p>loppent au-dessus du sol, lieu g�om�-</p><p>trique extraordinairement privil�gi�, qui marque le contact de deux milieux tr�s diff�rents : dans un sens, la fin du milieu souterrain, lui-m�me sommet de l�empilement des couches solides de l��corce terrestre ; dans l�autre sens, le d�but de la basse atmosph�re. Aussi, vivant dans deux milieux, ces formes biologiques sont d�abord sous la d�-</p><p>pendance des conditions du sol qui les porte et du climat.</p><p>On peut ainsi comprendre leur similitude avec les formations v�g�tales qu�elles cr�ent sur des sols et sous des climats analogues. � l��chelle de la localit�, conditions �daphiques et conditions climatiques sont aussi importantes � consid�rer l�une que l�autre pour rendre compte de ces formes biologiques. Par contre, � l��chelle de la plan�te, le milieu souterrain, � cause d�abord de la diversit� des roches m�res, est beaucoup plus diversifi� que le milieu a�rien. Les grandes formations v�g�tales du globe se disposent selon un plan zonal, qui est d�abord le plan des grandes zones climatiques. Par exemple, dans sa structure et sa physionomie, la for�t tropicale humide amazonienne ressemble beaucoup aux fo-r�ts de la cuvette congolaise et � celles de l�Indon�sie, bien que les esp�ces qui les composent soient diff�rentes. Dans le m�me ordre d�id�es, on peut distinguer dans le grand domaine forestier qui s��tend dans l�est de l�Am�rique du Nord, entre les Grands Lacs et la Floride, une dizaine de grandes r�gions naturelles, caract�ris�es chacune par un climat forestier particulier (ch�naie � Hickorys [Carya ovata, C. cordifor-mis], ch�naie � Ch�taigniers [Casta-nea dentata], ch�naie � H�tres [Fagus grandifolia]). Mais toutes ces r�gions appartiennent � une seule classe de formation v�g�tale, regroupant les divers faci�s de la for�t d�cidue temp�r�e.</p><p>On voit les inconv�nients, mais aussi les avantages d�une telle approche du tapis v�g�tal. La d�marche reste surtout qualitative, traitant de grands ensembles, de l�ext�rieur en quelque sorte. Mais ces d�finitions structurales et physionomiques rendent une telle classification applicable � toute la plan�te, mettant en �vidence les grands</p><p>contrastes bioclimatiques, qui sont d�abord zonaux. On a beaucoup parl� de la loi de zonalit� formul�e par Vassili Vassilievitch Dokoutcha�ev (1846-1903) pour les sols du monde : ce fut en quelque sorte l�acte de naissance de la p�dologie. Il existe une loi analogue pour la v�g�tation, entrevue par A. von Humboldt* et formul�e par Wilhelm Philipp Schimper (1808-1880). � la suite de Pierre Dansereau, on peut en donner l��nonc� suivant : � Les r�gions terrestres o� r�gne le m�me climat d�velopperont la m�me structure de v�g�tation, m�me si elles n�ont entre elles aucune affinit� floristique. �</p><p>Aussi comprend-on que la classification des types physionomiques et structuraux de la v�g�tation ait tent� beaucoup d�auteurs, qui ont essay� d�affiner et de pr�ciser les distinctions �tablies presque d�embl�e par le sens commun.</p><p>Et, malgr� les r�serves qu�appelle toute g�n�ralisation, malgr� l�insuffisance d�une telle classification lorsqu�il s�agit d�aborder les faci�s r�gionaux, il est remarquable que le comit� sp�-</p><p>cialis� de l�Unesco se soit, � plusieurs reprises (1964, 1965, 1971), int�ress� � son �laboration.</p><p>Les classifications des</p><p>formations v�g�tales</p><p>Depuis plus d�un si�cle, deux grands crit�res semblent avoir pr�sid� � l��laboration des diverses classifications qui ont �t� propos�es : le degr� de recouvrement du sol par la v�g�tation ; la hauteur de la formation (l��paisseur de la biosph�re dans sa partie a�rienne et la distinction entre les arbres et les herbes, les v�g�taux ligneux et les autres). Certaines classifications avancent au premier rang le second de ces crit�res : la coupure principale se situe entre les for�ts, c�est-�-dire des formations �lev�es, � arbres, et les prairies, les savanes, les pelouses, c�est-�-dire des formations plus basses, � herbes. D�autres classifications distinguent d�abord des groupements</p><p>v�g�taux ferm�s et des groupements v�g�taux ouverts, opposant ainsi for�ts ferm�es et savanes, d�une part, � for�ts ouvertes et steppes, d�autre part.</p><p>Certains autres crit�res importants</p><p>sont toujours pris en consid�ration dans ces classifications : on distingue des formations toujours vertes (ou sempervirentes) et des formations � feuilles caduques (ou tropophiles ou d�cidues).</p><p>Des crit�res structuraux peuvent �tre retenus, tels que les strates foresti�res, la hi�rarchie des tailles et des formes dans les syst�mes ouverts � boqueteaux.</p><p>Enfin, on associe fr�quemment � ces crit�res physionomiques et structuraux certaines particularit�s des conditions de milieu qui peuvent �tre appr�hend�es par une observation imm�diate : c�est ainsi que l�on parle de formations foresti�res marqu�es par la fr�quence des nuages (ou Nebelw�lder), de for�ts</p><p>� humides � ou � s�ches �, en signifiant par-l� que leurs habitats sont plus humides ou plus secs que le cas g�n�-</p><p>ral... Avant d�examiner les grandes formations v�g�tales du monde, il est important de bien d�finir les crit�res de distinction propos�s.</p><p>Formations foresti�res</p><p>et formations herbac�es</p><p>Dans la plupart des manuels, la distinction n�est pas abord�e en tant que telle, comme si elle allait de soi, chacun distinguant imm�diatement un arbre d�une herbe.</p><p>Une herbe est une plante dont la tige, molle et verte, meurt chaque ann�e. La croissance de son organe le plus �lev�, repartant � z�ro chaque ann�e, ne lui permet pas d�atteindre la taille des grands arbres. D�autre part l�absence d�ao�tement et de tissu de soutien oppose les herbes � toutes les autres plantes ligneuses, chez lesquelles la croissance de la tige a un caract�re cumulatif d�une ann�e sur l�autre, m�me lorsqu�il s�agit de plantes de tr�s petite taille.</p><p>Ce premier caract�re des plantes</p><p>herbac�es est parfaitement r�alis� dans les plantes annuelles, ou th�rophytes (plantes de la belle saison), qui accomplissent tout leur cycle v�g�tatif, de la downloadModeText.vue.download 205 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11416</p><p>graine � la graine, en moins d�un an, parfois en quelques semaines. La formation v�g�tale correspondante est en cons�quence �ph�m�re, m�me si elle est dense. C�est le cas de certaines formations herbac�es des r�gions</p><p>semi-d�sertiques.</p><p>Par contre, la formation appel�e</p><p>prairie, steppe ou pelouse correspond � des plantes herbac�es vivaces (ou, � la rigueur, bisannuelles) et h�micryptophytes. Ce dernier terme d�signe des plantes herbac�es � demi cach�es, qui ont leurs bourgeons dormant au ras du sol, la plupart du temps entour�s de feuilles protectrices actives ou s�ches.</p><p>Dans les trois grands types biologiques distingu�s par Christen Raunkiaer pour les plantes herbac�es, th�rophytes, cryptophytes (dont g�ophytes, h�-</p><p>lophytes, hydrophytes) et h�micryptophytes, seul ce dernier groupe assure toute l�ann�e � la formation herbeuse un minimum de feuilles vertes persistantes et une couverture minimale du sol pendant la mauvaise saison. Seul un tapis neigeux peut en faire dispara�tre le spectacle. D�ailleurs, ce qui est vrai de la prairie ou de la steppe vaut �galement pour les p�tures hivernales ou d�arri�re-saison, ainsi que pour les gazons d�coratifs.</p><p>Dans tous les cas, la croissance de la biomasse des formations herbac�es est rapide. Dans le cas des plantes annuelles, les graines peuvent �tre grosses, et les r�serves importantes qu�elles contiennent permettent un d�ploiement rapide de l�appareil assi-milateur ; ou alors les graines sont tr�s nombreuses (comparativement � un</p><p>arbre par exemple) et permettent, plus lentement que dans le cas pr�c�dent, il est vrai, un tapis herbac� serr�. Dans le cas des vivaces, la croissance des tiges et des feuilles caulinaires est �galement rapide gr�ce � l�utilisation des r�serves contenues dans un appareil souterrain d�velopp�, bulbe, rhizome, racine pivotante de fort diam�tre...</p><p>Tels sont les principaux caract�res habituellement retenus pour qualifier les herbes et les formations herbac�es. Ils sont quelquefois insuffisants, comme on le verra plus loin.</p><p>Un arbre est une plante vivace dont</p><p>la tige, construite progressivement chaque ann�e, est constitu�e de tissus de soutien fortement lignifi�s appel�s bois. Il porte des branches qui peuvent atteindre elles-m�mes de grandes dimensions. La for�t est une formation v�g�tale dans laquelle les arbres pr�-</p><p>dominent. � la diff�rence des formations herbac�es, la quasi-totalit� de la biomasse de l�appareil a�rien demeure en place toute l�ann�e ; les changements saisonniers ne concernent que les feuilles (�ventuellement), les fleurs et les fruits.</p><p>Les arbres correspondent dans la</p><p>classification de Raunkiaer aux Phan�rophytes, qui sont des organismes v�g�taux dont les bourgeons passent la saison d�favorable (froide ou s�che) � plus de 25 cm au-dessus du sol.</p><p>Mais, si le groupe comprend essentiellement des arbres, il comprend aussi des plantes herbac�es de grande taille, comme les Bambous, plusieurs Cacta-c�es, les Lianes. Tous les arbres sont des Phan�rophytes, mais tous les Phan�rophytes ne sont pas des arbres.</p><p>Si le Bananier est incontestablement une herbe g�ante par ses organes a�-</p><p>riens issus de bourgeons au ras du sol et peu lignifi�s, on parle couramment de for�ts de Bambous. Nous sommes en pleine incertitude avec des plantes des montagnes tropicales appartenant aux familles des Lob�liac�es et des Compos�es. Ces plantes �difient pendant de nombreuses ann�es un pseudo-tronc et portent � leur sommet une �norme inflorescence.</p><p>Le caract�re ligneux qui conditionne l�existence des arbres est encore moins exclusif. De nombreuses plantes de petite taille sont fortement lignifi�es. On peut distinguer un arbre de beaucoup de ces plantes ligneuses basses, comme la Pervenche, la Myrtille, les Bruy�res, par le fait que l�axe principal des arbres prend un avantage pr�pond�-</p><p>rant sur les rameaux secondaires. Mais certains arbres, comme les Pommiers, les Aub�pines, ont un tronc qui peut �tre fortement r�duit en hauteur, alors que les branches lat�rales prennent une grande extension. En d�finitive, seule la taille (au moins 3 m, altitude maximale de la majorit� des herbes), ajout�e</p><p>aux autres caract�res (phan�rophytes, ligneux, axe principal), permet de distinguer un arbre � vrai �.</p><p>La quasi-totalit� des auteurs, pour mieux les opposer aux grandes formations foresti�res, rapprochent les formations v�g�tales herbac�es � vraies �</p><p>et les formations sous-ligneuses. Souvent, d�ailleurs, ces plantes ligneuses basses sont associ�es aux herbes dans certaines formations v�g�tales, telles que les landes et les toundras.</p><p>Cependant, les plantes sous-li-</p><p>gneuses m�ritent souvent une place � part. � la diff�rence des arbres et des herbes, elles ont une croissance extr�-</p><p>mement lente, ce qui est un handicap dans la comp�tition avec d�autres formes biologiques et explique le fait qu�elles sont �limin�es de r�gions en-ti�res : dans beaucoup de formations herbac�es, les herbes les �liminent par comp�tition souterraine pour l�alimentation en eau ; dans les for�ts un peu serr�es, les arbres les �liminent par comp�tition a�rienne pour la lumi�re.</p><p>Mais, en contrepartie, ces esp�ces � croissance lente sont peu exigeantes, et les buissons ligneux jouent un r�le pr�pond�rant dans les r�gions o� les conditions de milieu sont m�diocres pendant une tr�s grande partie de l�ann�e.</p><p>Formations v�g�tales</p><p>ouvertes et formations</p><p>ferm�es</p><p>Le degr� de recouvrement du sol par la v�g�tation a attir� l�attention des auteurs depuis fort longtemps � cause de la protection r�alis�e par la v�g�tation sur le sol, de l��cran que les organes a�riens interposent entre l�atmosph�re externe et la surface du sol, mais aussi parce que, par simple comparaison, l�espacement des v�g�taux entre eux peut renseigner sur les conditions des milieux naturels ou encore sur les interventions des hommes.</p><p>Une formation v�g�tale est dite ferm�e lorsque ses organes a�riens couvrent le sol de fa�on continue. � dire vrai, il s�agit d�une couverture �tal�e non pas sur le sol lui-m�me, mais � la</p><p>hauteur o� se d�veloppent la majorit� des feuilles. C�est ainsi qu�une � for�t de pluie � tropicale est dite ferm�e et dense parce que les couronnes des arbres sont coalescentes, alors que la surface du sol est bien d�gag�e ; seules quelques plantes sciaphiles poussent dans le sous-bois tr�s sombre, et, contrairement � ce que l�on dit quelquefois, la marche est ais�e entre ses troncs assez distants et bien d�gag�s.</p><p>Dans une formation ferm�e, les</p><p>rayons du soleil n�atteignent pas directement le sol et la r�duction de l��clairement externe d�passe toujours 50 p. 100. Des r�ductions de 90 p. 100</p><p>sont fr�quentes dans beaucoup de</p><p>for�ts temp�r�es et tropicales ; elles peuvent m�me atteindre 99 p. 100.</p><p>L�ombre est en cons�quence la r�gle, ainsi que la r�duction des �carts thermiques, qui fait dire quelquefois que le microclimat de ces formations ferm�es est � tamponn� �. D�autre part, les pr�-</p><p>cipitations n�atteignent plus le sol directement : les pluies violentes, la gr�le sont beaucoup moins agressives, et le ruissellement est limit� ou m�me supprim�, d�autant plus qu�une proportion notable des pr�cipitations est intercept�e par les feuilles et les autres organes a�riens, puis �vapor�e sans atteindre le sol. Dans une formation ferm�e, les germinations et les jeunes pousses se d�veloppent toujours sous la protection de leurs parents ou de leurs a�n�s, qui les prot�gent contre toutes les valeurs extr�mes que peuvent prendre les</p><p>grands facteurs �cologiques : l�insolation, la pluie, les temp�ratures, le vent.</p><p>Au contraire, une formation v�g�-</p><p>tale ouverte laisse voir entre les plantes des taches de sol nu ou de roche, lorsque le sol lui-m�me est peu �pais et discontinu. Ce sol insuffisamment prot�g� supporte directement l�action des divers agents d��rosion, particuli�rement le ruissellement et la d�flation �olienne. Au plan des conditions climatiques, deux types de microclimat se juxtaposent, sous les touffes et entre les touffes de v�g�tation : sous les touffes, les conditions �cologiques sont comparables, mutatis mutandis, � celles qui existent sous une formation ferm�e, et c�est souvent au plus pr�s des touffes existantes que se d�ve-</p><p>loppent les jeunes individus, malgr� la concurrence pour l�eau r�gnant dans le sol.</p><p>Ce caract�re discontinu du couvert v�g�tal peut �tre d� � des conditions naturelles, climatiques (comme dans les r�gions semi-arides), � la valeur des pentes trop fortes (comme en montagne) ; il peut �tre d� �galement � des interventions r�p�t�es des hommes (d�frichement d�un secteur trop fragile, surp�turage).</p><p>Formations</p><p>sempervirentes et</p><p>formations caducifoli�es</p><p>Pour les arbres en particulier, pour tous les v�g�taux vivaces en g�n�ral, l��volution de la physionomie et du feuillage au cours de l�ann�e permet d�opposer des v�g�taux toujours verts et d�autres qui n�ont de feuilles que pendant la saison favorable. Pour les arbres, la quasi-totalit� du sous-embranchement des Gymnospermes est sempervirente (� l�exception des M�l�zes et des Cy-pr�s chauves). Au contraire, beaucoup de genres du sous-embranchement des Angiospermes comportent � la fois des esp�ces sempervirentes et des esp�ces � feuilles caduques annuelles.</p><p>Lorsqu�il s�agit d��tablir une relation logique entre les conditions climatiques au cours de l�ann�e et la sempervirence, les avis divergent presque totalement, et les auteurs s�accordent � reconna�tre cette relation logique seu-downloadModeText.vue.download 206 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11417</p><p>lement pour les r�gions �quatoriales caract�ris�es par une humidit� et une chaleur constantes, et conviennent que la permanence de ces conditions favorables va de pair avec la p�rennit� du feuillage, c�est-�-dire que les feuilles vivent plus d�une ann�e, souvent deux � trois ans, et se renouvellent � des intervalles irr�guliers, soit par rameaux, soit par arbres tout entiers. Dans ce dernier cas, il faut remarquer que ce n�est pas l�arbre, exactement, qui est sempervirent, mais la for�t constitu�e</p><p>d�essences foresti�res d�esp�ces diff�-</p><p>rentes et qui ne renouvellent pas leurs feuilles en m�me temps.</p><p>L�unanimit� s�arr�te l�. Certains auteurs, constatant que la sempervirence, in�galement d�velopp�e, certes, existe sous tous les climats, les plus froids comme les plus chauds, les plus secs comme les plus humides, nient une relation de cause � effet entre les climats actuels et la sempervirence. Ils pensent que celle-ci traduit une lente adaptation morphologique d�un certain nombre d�esp�ces � des facteurs d��volution (donc en partie des conditions climatiques) qui appartiennent pour l�essentiel � des temps et � des conditions r�volus. Aussi bien la sempervirence n�est qu�un h�ritage, et ce caract�re est plus ou moins bien adapt� aux conditions actuelles. D�autres auteurs, constatant la pr�sence de nombreuses esp�ces sempervirentes non seulement dans les climats �quatoriaux, mais aussi dans les climats de type m�diterran�en, dans les climats continentaux, dans ceux des hautes latitudes, en montagne, en ont cherch� les raisons dans les conditions climatiques actuelles. En dehors de la zone tropicale humide, ce caract�re traduit toujours une adaptation � des conditions d�favorables pendant une partie de l�ann�e sans que, pour autant, la belle saison soit tr�s favorable.</p><p>Aussi, dans ces conditions, les arbres sempervirents peuvent-ils concurrencer victorieusement les arbres � feuilles caduques. Dans les r�gions de climat m�diterran�en, la saison favorable est, en quelque sorte, coup�e en deux, au printemps et � l�automne ; l��t� est trop sec, et l�hiver insuffisamment chaud ; dans ces conditions, les Ch�nes verts, les Pins, les C�dres, les Sapins ont souvent rejet� aux marges des esp�ces � feuilles caduques, tels le Ch�ne pubes-cent, le Charme-Houblon, etc. Dans les r�gions de hautes latitudes et en montagne, l��t� para�t trop court et insuffisamment chaud pour permettre le d�veloppement d�un feuillage chaque ann�e ; aussi des arbres � aiguilles persistantes relaient-ils vers le nord et en altitude les arbres � feuilles caduques.</p><p>S�ils assimilent peu, ils peuvent le faire d�s que les conditions redeviennent favorables au printemps ; d�autre part, ils supportent mieux les grands froids</p><p>que la plupart des esp�ces � feuilles caduques temp�r�es.</p><p>Il faut, cependant, remarquer que quelques esp�ces � feuilles caduques croissent sous les climats les plus rudes du globe : vers le nord, ta�ga en Europe et en Asie, for�t hudsonienne au Canada ne se terminent pas par des r�sineux, mais par des Saules et des Bouleaux ; en Patagonie, ce sont des H�tres (Nothofagus) qui relaient les Conif�res vers le sud ; en Sib�rie centrale et orientale, o� r�gnent les hivers les plus froids du globe, c�est un M�l�ze (Larix dahurica).</p><p>Au contraire des deux cas pr�c�-</p><p>dents, les belles for�ts sempervirentes temp�r�es oc�aniques de la fa�ade occidentale du continent am�ricain rappellent la position �cologique de la sempervirence tropicale : l� aussi, avec des hivers relativement doux, m�me au nord, une humidit� abondante et r�guli�re, une insolation r�duite par une forte n�bulosit�, les conditions ne sont jamais tr�s d�favorables. D�autres caract�res viennent renforcer cette similitude : la formation est extraordinairement dense et exub�rante ; m�me les arbres, poussant partout, peuvent devenir �piphytes.</p><p>Types de classification</p><p>Pour permettre la comparaison des v�g�tations du monde, et pour les cartographies � petite �chelle, de nombreux types de classification ont �t� propos�s � partir des crit�res �nonc�s ci-dessus. Les premiers grands essais sont l�oeuvre d�Allemands de la fin du XIXe s. : Andreas Franz Wilhelm Schimper (1856-1901), Eduard R�bel (1876-1960)... Ils ont fait l�objet, depuis, de nombreuses modifications et am�liorations. La classification �tablie par l�Unesco comprend cinq classes de formations (for�t ferm�e, for�t claire, buissons et fourr�s, sous-arbrisseaux et landes basses, formations herbac�es), divis�es chacune en sous-classes (sempervirentes, caducifoli�es, x�romorphes), ce qui porte leur nombre � quinze. Dans ces sous-classes, on distingue encore des groupes, des sous-formations... Les auteurs canadiens distinguent vingt classes de formations.</p><p>Toutefois, lorsqu�il s�agit de dresser une carte des formations v�g�tales potentielles du monde, l�utilisation de ces savants �difices physionomiques se r�v�le insuffisante. L�homme, en effet, sur plus de la moiti� des terres �merg�es, a beaucoup trop modifi� la v�g�-</p><p>tation originelle pour que l�image que l�on s�en fait puisse �tre �tendue � partir des r�sidus, quand ils existent. Aussi a-t-on beaucoup extrapol� � partir des conditions �cologiques actuelles, et d�abord des conditions climatiques.</p><p>Cette extrapolation est d�autant plus d�licate qu�on est en droit de supposer que, pour de vastes territoires, la destruction massive de la v�g�tation originelle par l�homme a aussi chang� les conditions �cologiques.</p><p>Enfin, on s�aper�oit qu�� pousser trop loin des classifications physionomiques et structurales, un peu comme en phytosociologie, on juxtapose des cat�gories justifi�es et d�autres qui sont pratiquement vides. Aussi pr�-</p><p>senterons-nous une classification plus traditionnelle et plus modeste, opposant avant tout les formations v�g�tales ouvertes aux formations v�g�tales ferm�es. � l�int�rieur de ces deux grandes classes, on distinguera d�abord les formations foresti�res �lev�es et les formations basses ligneuses et herbac�es.</p><p>Enfin, situ�s en positions particuli�res sur les terres �merg�es, bords des eaux et montagnes seront trait�s � part.</p><p>Formations v�g�tales</p><p>ferm�es</p><p>Les for�ts sempervirentes</p><p>y La for�t ombrophile tropicale. Les termes fran�ais et �trangers qui d�-</p><p>signent cette grande for�t ferm�e des r�gions �quatoriales et intertropicales (for�t de pluie [ou for�t ombrophile], rain forest, Regenwald, pluviisilva...) correspondent tous au facteur �cologique essentiel, qui est l�importance et la constance de la pluie. On la qualifie aussi de for�t dense ou, si l�on veut insister sur la permanence des organes a�riens verts, on dira �galement for�t intertropicale sempervirente (tropical evergreen forest).</p><p>Cette for�t dense recouvre trois</p><p>grands domaines distincts g�ographiquement et, par cons�quent, distincts au plan floristique. Dans la cuvette amazonienne, surtout au sud de l��quateur, elle couvre contin�ment tout le rebord oriental des Andes et ne s�arr�te que vers 2 000 m d�altitude. En Afrique, elle occupe un vaste secteur allant de la Sierra Leone aux montagnes bordant les Grands Lacs africains, mais, � l�inverse de l�Amazonie, elle ne d�passe l��quateur vers le sud que de quelques degr�s de latitude et, actuellement, ce vaste domaine est coup� en deux par les savanes, arbor�es ou non, du Togo � l�ouest du Nigeria. Dans l�Asie du Sud-Est et en Insulinde, la for�t dense couvre de vastes surfaces, plus �tendues qu�en Afrique, mais tr�s morcel�es ; sur le continent, on la trouve dans trois positions, dans les plaines tr�s humides (delta du Gange...), sur les c�tes (c�te orientale du Vi�t-nam), rebords des montagnes tr�s arros�es et bordures de leurs pi�monts (Birmanie, Assam...) ; on la rencontre aussi dans toutes les �les de la Sonde et sur la c�te nord-est australienne. � c�t� de ces trois grands domaines, la for�t dense est �galement repr�sent�e plus modestement dans trois r�gions c�ti�res montagneuses qui sont plus ou moins en situation d�isolats : Gh&#x101;ts occidentaux en Inde, c�te orientale de Madagascar, bordure orientale de la serra do Mar au Br�sil.</p><p>y La for�t bor�ale. Beaucoup d�auteurs appellent ainsi cette for�t sempervirente des hautes latitudes septentrionales parce qu�� cause de la dissym�trie des terres �merg�es elle n�a pas son �quivalent dans l�h�misph�re Sud. On peut la qualifier plus pr�cis�ment de for�t sempervirente aciculifoli�e (Nadelwald, needleleaf evergreen forest), parce qu�elle est constitu�e essentiellement de Conif�res, c�est-�-dire d�arbres � aiguilles.</p><p>D�autres auteurs, enfin, l�ont appel�e ta�ga. Il vaut mieux, toutefois, res-treindre l�extension de ce terme non seulement au Nord eurasiatique, mais encore � la partie la plus �lev�e en latitude de ce domaine, lorsque la for�t s��claircit avec des arbres qui ne sont plus jointifs, c�est-�-dire l� o� la for�t de Conif�res, jusque-l� ferm�e, commence � s�ouvrir.</p><p>Cette for�t tr�s vaste, aussi bien en Am�rique qu�en Eurasie, se d�veloppe au nord du 45e ou du 50e parall�le jusqu�� la toundra. C�est la formation v�g�tale qui a l�extension la plus parfaitement zonale de toutes. Couvrant des territoires immenses, elle est la for�t la plus vaste du monde, occupant pr�s de 30 p. 100 de la surface foresti�re mondiale. Avec la sempervirence, elle frappe par son immensit� et sa simplicit� : cinq ou six genres de Conif�res, cinq ou six esp�ces de feuillus (Bouleau, Saule nain, Aulne, Peuplier, Sorbier) ; de surcro�t, les for�ts monosp�cifiques sont fr�quentes, ce qui constitue une exception dans la biosph�re. Pour trouver l��quivalent, il faut l�intervention de l�homme (cultures, plantations foresti�res).</p><p>downloadModeText.vue.download 207 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11418</p><p>Cette for�t zonale circumbor�ale est limit�e au nord par une seule formation, la toundra. Au sud, par contre, les contacts sont plus complexes : en Europe occidentale et centrale, la for�t temp�r�e � feuilles caduques lui fait suite ; mais, en Europe orientale et en Sib�rie centrale et orientale, on passe progressivement � une formation mixte de Conif�res et de feuillus ; enfin, en Sib�rie occidentale, la for�t de Conif�res entre en contact directement avec la prairie. En Am�rique du Nord, la situation est encore plus complexe : de l�est � l�ouest, on retrouve bien la disposition pr�c�dente, mais se d�roulant en sens inverse ; bordent successivement la for�t hudsonienne, une for�t mixte, une for�t � feuilles caduques, la prairie, la steppe dans les Rocheuses am�ricaines orientales et centrales (avec ou sans �pineux) ; mais surtout la for�t bor�ale se prolonge loin vers le sud sans que ses caract�res changent beaucoup (gr�ce aux montagnes Rocheuses de direction m�ridienne) et, d�autre part, sur son flanc sud-ouest, elle passe rapidement � une autre for�t de Conif�res, la for�t temp�r�e pacifique.</p><p>Dans cette formation v�g�tale extra-</p><p>ordinairement homog�ne � l��chelle de la plan�te, les seules exceptions sont dues au mauvais drainage de beaucoup de d�pressions am�nag�es par les inlandsis quaternaires sur les vieux boucliers. Des lacs et des tourbi�res occupent ces d�pressions, qui sont en quelque sorte des parcelles de toundra incluses dans la for�t.</p><p>y La for�t m�diterran�enne. Dans les cinq r�gions de climat m�diterran�en du monde (pourtour de la M�diterran�e, Californie centrale, Chili central, sud-ouest de l�Afrique du Sud, sud-ouest de l�Australie) se trouve une for�t ou dominent des arbres assez fortement ramifi�s, dont les feuilles sont petites, luisantes, coriaces et persistantes. On la qualifie de for�t scl�rophylle (sclerophyll forest, Duri-lignosa). Elle correspond assez bien au r�gime pluviom�trique m�diterran�en, caract�ris� d�abord par un �t� sec, et s��tend entre le 30e et le 45e parall�le tant dans l�h�misph�re Nord que dans l�h�misph�re Sud, sur les fa�ades occidentales des continents.</p><p>� cause de la pr�sence de la plus grande mer int�rieure du monde, dispos�e dans un sens est-ouest de surcro�t, ce climat et cette for�t connaissent une tr�s grande extension autour</p><p>de la M�diterran�e. Les diff�rences sont toutefois notables entre la for�t m�diterran�o-atlantique du Portugal, les for�ts septentrionales, celles du Proche-Orient et celles de l�Afrique du Nord. D�autre part, ces formations ont �t� fortement transform�es par l�homme, et, par rapport � l�extension de la for�t primitive, les formes de d�gradation occupent l�essentiel de leur surface (maquis, garrigue). Et, � bien des �gards, mais d�abord � cause de la vari�t� des conditions naturelles et des transformations subies, c�est la r�gion �ponyme qui m�rite le moins le qualificatif de m�diterran�en : trop de variations et de nuances masquent les caract�res fondamentaux.</p><p>On retrouve ces caract�res essentiels dans les autres r�gions du monde �nu-m�r�es ci-dessus, mais les for�ts scl�-</p><p>rophylles y sont beaucoup plus r�duites en extension. Dans deux cas (Califor-</p><p>nie, Chili), de hautes montagnes sont responsables de cette limitation ; dans les deux autres cas (Afrique du Sud, Australie), c�est l�interruption des continents sur l�oc�an Austral qui en limite l�extension.</p><p>Dans toutes ces r�gions, les formes de d�gradation sont importantes, car partout, m�me lorsque la pression humaine n�a pas �t� trop forte, ces for�ts de climat m�diterran�en, � croissance lente, sont tr�s fragiles. Les formations � �pineux, �quivalentes de notre maquis, occupent de vastes surfaces en Californie (chaparral), au Chili (mat-toral), en Australie (malleescrub).</p><p>Contrastant avec le grand d�veloppement de ces formations de d�gradation basses, l�Australie pr�sente un cas particulier gr�ce � la pr�sence d�un genre tr�s bien adapt� � la s�cheresse estivale, l�Eucalyptus. De magnifiques for�ts se d�veloppent dans l��tat de Victoria et dans la r�gion de Perth. Les Eucalyptus sont, avec les S�quoias, les g�ants du monde v�g�tal : ils peuvent atteindre 110, voire 120 m (Eucalyptus regnans).</p><p>y La for�t pacifique nord-am�ri-</p><p>caine. Cette for�t sempervirente rappelle autant la for�t tropicale que la for�t bor�ale. Comme la seconde, elle est form�e de Conif�res, mais elle �voque la premi�re par son exub�-</p><p>rance, son gigantisme et aussi parce que ces Conif�res ont des feuilles en aiguilles souvent larges, �paisses, cireuses, de type � laurier �. Peut-</p><p>�tre la plus riche et la plus prestigieuse du monde, elle conserve des caract�res tr�s homog�nes sur plus de 3 500 km du nord au sud, entre le sud de l�Alaska et les monts Klamath, en Californie centrale. C�est le seul ensemble forestier du monde de cette �tendue qui ne suit pas de disposition zonale, mais m�ridienne.</p><p>Ailleurs sur la plan�te, on ne trouve de comparable que des lambeaux forestiers du Caucase occidental et du Japon m�ridional. Le fait que cette for�t occupe une telle extension en latitude en Am�rique du Nord et qu�il n�existe pas le moindre �quivalent en Europe occidentale dans une position climatique</p><p>analogue demeure assez myst�rieux.</p><p>On peut penser que les oscillations climatiques du Quaternaire en sont responsables : il semble que la v�g�tation de l�Europe occidentale ait plus souffert du froid, � cause, notamment, d�un downloadModeText.vue.download 208 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11419</p><p>inlandsis plus proche, que la v�g�tation de l�Am�rique occidentale ; par ailleurs, les biotopes de refuge en Am�-</p><p>rique �taient comparables et continus en direction du sud, alors qu�en Europe montagnes et M�diterran�e �taient interpos�es.</p><p>Cette explication est toutefois insuffisante, car, avant les premi�res glaciations quaternaires, la flore de Conif�res de l�Europe occidentale �tait d�j� plus pauvre que la flore �quivalente pacifique ; de cet appauvrissement tertiaire, on sait peu de chose ; de ses causes, on ne sait rien.</p><p>y Les for�ts sempervirentes temp�-</p><p>r�es de l�h�misph�re Sud. Tandis</p><p>qu�en Europe occidentale, au-del� de la for�t m�diterran�enne, s��tend une for�t de feuillus qui se prolonge par une for�t de Conif�res pauvres (�cosse, Scandinavie) et qu�en Am�-</p><p>rique du Nord se situe la for�t de Conif�res g�ants d�crite ci-dessus, dans l�h�misph�re austral on passe des for�ts m�diterran�ennes � des for�ts sempervirentes temp�r�es.</p><p>On trouve celles-ci au Chili, du 38e au 53e parall�le, en Nouvelle-Z�lande, du 36e au 45e parall�le, et en Tasmanie. Elles occupent les versants occidentaux de ces r�gions montagneuses, tr�s arros�es, aux �t�s frais, aux hivers doux, pratiquement sans gel. L�humidit� atmosph�rique et la n�bulosit� y sont toujours �lev�es.</p><p>Dans tous les cas, la physionomie est celle de la for�t dense, que ce soit dans la for�t valdivienne au Chili (o� se m�lent des Conif�res et des feuillus, et o� domine le genre Nothofagus</p><p>qui peut atteindre de 50 � 60 m) ou</p><p>en Nouvelle-Z�lande (o�, aux genres pr�c�dents, s�ajoutent des Foug�res arborescentes).</p><p>Mis � part certaines r�gions tropicales, c�est dans ces r�gions australes que les perturbations quaternaires ont �t� les plus faibles : une grande vari�t� d�esp�ces a pu s�y maintenir.</p><p>Les for�ts caducifoli�es et les</p><p>for�ts mixtes</p><p>Dans toutes les zones climatiques du globe existent de telles formations foresti�res. Leur caract�re commun r�side dans le changement partiel de la physionomie, cons�quence de la chute des feuilles chaque ann�e, qui affecte tous les arbres de la formation (for�t caducifoli�e) ou certains seulement (for�t mixte). Ce ph�nom�ne majeur est d� � l�existence d�une saison franchement d�favorable � l�activit� v�g�-</p><p>tative, que ce soit la s�cheresse ou (et) le froid. Toutefois, cette r�ponse biologique � des fluctuations saisonni�res n�est pas toujours simple : si, dans les zones temp�r�es, la chute des feuilles � l�automne et leur repousse au printemps ont une signification claire tant � l��gard de la saison froide qu�� l��gard de la p�riode des jours courts, le rapport de cause � effet dans les climats � s�cheresse saisonni�re n�est pas toujours �vident : c�est ainsi que certains arbres tropicaux � feuilles caduques d�bourrent en pleine saison s�che. Plusieurs grands types de for�ts peuvent �tre distingu�s.</p><p>y Les for�ts tropicales � rythme saisonnier. Par opposition aux for�ts sempervirentes ombrophiles, ces</p><p>for�ts tropicales se d�veloppent dans des r�gions � saisons s�ches, et, au fur et � mesure que la longueur et la s�v�rit� de celles-ci s�accroissent, la proportion de la caducit� augmente dans la formation ; d�o� le nom de for�ts tropophiles ou d�cidues (semi-deciduous, deciduous forests) qui leur est donn�. Comme beaucoup de ces</p><p>for�ts correspondent � des climats de mousson, ce terme est aussi retenu (monsoon forest, Monsunwald).</p><p>On trouve de telles for�ts en Afrique, surtout au sud de l��quateur, sur les</p><p>grands plateaux des bassins du Congo (Za�re) et du Zamb�ze ; par contre, au nord de l��quateur, ces for�ts sont peu d�velopp�es et il n�y a gu�re qu�en basse Casamance qu�elles occupent une certaine �tendue. Dans le Sud-Est asiatique, les for�ts tropophiles occupent de vastes surfaces en Birmanie, en Indochine et en Inde (surtout au nord-est), o� elles pr�sentent deux grands faci�s. Dans la for�t � Teck, lorsque la saison s�che ne d�passe pas cinq mois et quand la hauteur des pluies annuelles exc�de 1,50 m, la caducit� est alors fortement r�duite en dur�e ; le Teck, par exemple, ne perd ses feuilles que deux mois apr�s la fin des pluies et d�bourre de un � deux mois avant leur r�apparition. La for�t � S&#x101;l relaie la pr�c�dente lorsque la saison s�che s�allonge et que la caducit� est beaucoup plus importante et longue ; de surcro�t, si la formation v�g�tale reste bien une formation ferm�e gr�ce aux sous-bois serr�s de type fourr�s, les arbres (S&#x101;l, Teck et autres Dipt�-</p><p>rocarpac�es) s��cartent, et l�on passe � la savane arbor�e. En Am�rique, on retrouve cette for�t tropophile dans trois positions : au nord et au sud de la for�t sempervirente amazonienne ; dans le sud-est du Br�sil, en arri�re de la for�t de pluie c�ti�re ; enfin dans la partie orientale c�ti�re de l�Am�rique centrale et dans le sud des Cara�bes.</p><p>y Les for�ts temp�r�es mixtes caducifoli�es et les laurisylves. Dans la mesure o� l�on parvient, apr�s les transformations des paysages r�alis�es par l�homme � et qui sont les plus importantes de la plan�te �, � reconstituer la v�g�tation naturelle ant�rieure, on constate que la zone temp�r�e est la moins foresti�re de toutes les zones du globe et que les prairies, les steppes et les semi-d�-</p><p>serts occupent une place plus importante que les for�ts.</p><p>La r�partition des for�ts temp�r�es � feuilles caduques et mixtes est des plus complexes. Si on laisse de c�t� les quelques for�ts d�cidues de l�extr�mit� de l�Am�rique du Sud, il faut noter une opposition fondamentale entre les fa-</p><p>�ades orientales et les fa�ades occidentales des continents. Toutefois, comme il n�y a pas de for�t caducifoli�e tem-</p><p>p�r�e � l�ouest de l�Am�rique du Nord, puisque la grande for�t de Conif�res pacifique et la for�t m�diterran�enne californienne se touchent, la situation revient � opposer pour l�essentiel les for�ts de l�Europe occidentale aux for�ts de l�est des �tats-Unis et de la Chine, auxquelles on peut ajouter �</p><p>car il n�y a aucune limite nette � les for�ts mixtes de type chinois (lauri-downloadModeText.vue.download 209 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11420</p><p>sylves) qui relaient ces deux derni�res vers le sud-est.</p><p>Dans les lambeaux qui demeurent de la for�t caducifoli�e de l�Europe occidentale, il n�est pas toujours facile de se faire une id�e de la v�g�tation primitive, d�autant que les for�ts monosp�-</p><p>cifiques (ch�naie, h�traie) y semblent presque toujours �tre l�oeuvre multis�-</p><p>culaire de l�homme ; celui-ci a s�lectionn� progressivement les esp�ces foresti�res les plus utiles ou les mieux adapt�es aux conditions locales. �tant donn� le plus petit nombre d�esp�ces, et leur tri fr�quent par les forestiers, l�absence, dans beaucoup de cas, � peu pr�s totale de Conif�res fait de la for�t caducifoli�e de l�Europe occidentale la formation foresti�re o� la caducit� est la plus parfaite en hiver (d�foliation totale pendant quatre � six mois).</p><p>En Am�rique du Nord, dans la moi-</p><p>ti� orientale des �tats-Unis, s��tend la plus grande for�t caducifoli�e du monde, la for�t appalachienne. Elle diff�re de la for�t d�Europe � la fois par sa richesse floristique (deux fois plus de genres d�arbres qu�en France, 28 esp�ces de Ch�nes contre 5) et par sa vitesse de croissance, ainsi que par sa luxuriance. Ces caract�res semblent souvent r�sulter � la fois des conditions climatiques actuelles et de d�placements moins difficiles des flores au Quaternaire, qui se sont sold�s par beaucoup moins de disparitions.</p><p>� la for�t appalachienne succ�de au nord une for�t mixte, o� des Conif�res se m�lent aux feuillus (for�t lauren-tienne ou for�t de feuillus tol�rants).</p><p>Au sud, une autre for�t mixte naturelle se d�veloppe en bordure du golfe du Mexique. Des feuillus se m�lent � des sempervirents � larges feuilles, tels que les Magnolias (d�o� le nom de laurisylve de Louisiane, de for�t maritime � Magnolias, etc.). Enfin, une formation foresti�re, la pin�de sud-atlantique, qui existait � l��tat naturel entre la for�t appalachienne et la laurisylve, a �t� largement �tendue, � la suite des d�frichements du Vieux Sud, dans la r�gion de collines sableuses ourlant le sud des Appalaches (d�o� le nom de Pine Hills).</p><p>En Chine, la for�t caducifoli�e</p><p>s��tend entre la Mandchourie et le Yangzijiang (Yang-tseu-kiang). � bien des �gards, elle rappelle la for�t appalachienne. Toutefois, elle a �t� plus anciennement et plus largement d�frich�e. D�autre part, de vastes �tendues de tr�s bons sols bruns sur loess compensent en quelque sorte des quantit�s de pluies nettement plus faibles qu�aux �tats-Unis et plus concentr�es en �t�.</p><p>Cette for�t passe au nord � une for�t mixte qui fait transition avec la for�t bor�ale apparaissant � la fronti�re russo-chinoise. Au sud du Yangzijiang, elle passe rapidement � un autre type de for�t mixte, comparable � la laurisylve de Louisiane ; la grande richesse en esp�ces est due � un m�lange d�es-p�ces temp�r�es et tropicales tr�s nombreuses (50 esp�ces d��rables, autant d�esp�ces de Ch�nes, 15 esp�ces de Magnolias). C�est par ailleurs la r�gion du monde qui poss�de les plus remarquables esp�ces relictes, dont le Ginkgo biloba, le M�tas�quoia.</p><p>Les formations herbeuses</p><p>ferm�es, pures ou arbor�es</p><p>(parcs)</p><p>� l��chelle du globe, deux formations herbac�es ferm�es couvrent des surfaces immenses : les savanes et les prairies. Bien que les premi�res comportent bien souvent des arbres, toutes deux posent le m�me probl�me, l�un des plus importants de la biog�ographie : pourquoi les arbres de la for�t sont-ils remplac�s par des herbes, particuli�rement des Graminac�es ?</p><p>y Le passage de la for�t � la prairie dans les r�gions temp�r�es. Dans le centre des �tats-Unis comme au centre de l�Europe orientale et de l�Asie moyenne r�gnent des climats continentaux dans lesquels la saison chaude co�ncide avec une saison pluvieuse relativement courte. Sur des bandes de transition, dont la largeur varie d�une centaine � un millier de kilom�tres (centre-ouest des �tats-Unis), les herbes remplacent les</p><p>arbres de plus en plus au fur et � mesure que la p�riode des pluies diminue en longueur et en intensit�. Il semble que les formations herbac�es soient, dans ces conditions, mieux adapt�es qu�une for�t. En effet, apr�s la courte saison favorable, o� l�activit� v�g�tative peut �tre intense, l�appareil superficiel des herbes se dess�che et dispara�t, alors qu�un arbre doit r�sister � la s�cheresse et au froid pendant la plus grande partie de l�ann�e.</p><p>y Le passage de la for�t � la savane dans les r�gions tropicales. On a �voqu� des raisons analogues pour rendre compte du passage des for�ts sempervirentes et mixtes aux savanes, formations herbac�es adapt�es � une saison des pluies relativement courte, peu arros�e et, de surcro�t, irr�guli�-</p><p>rement. Toutefois, d�autres auteurs, � la suite d�Andr� Aubr�ville, consid�rent les savanes, pour l�essentiel de leur extension, comme d�origine anthropique. L�homme, par ses d�frichements, mais surtout par ses feux, serait responsable de la savanisation de l�Afrique notamment. Il semble qu�apr�s trente ann�es de travaux et de discussions on puisse nuancer ces explications extr�mes : il appara�t certain que les savanes ont une origine naturelle et sont une formation climacique, adapt�e selon le cas surtout au climat ou surtout aux sols ; il est non moins certain que les hommes, particuli�rement en Afrique, les ont consid�rablement �tendues.</p><p>D�ailleurs, dans le cas des prairies �galement, l�homme peut �tre tenu comme responsable de leur extension aux d�pens des � parcs �.</p><p>y Les prairies. � la diff�rence des savanes, cette formation herbac�e</p><p>� hautes herbes (tall-grass prairie) ne comporte presque pas d�arbres ; d�autre part, ces immenses �tendues herbeuses de la zone temp�r�e entrent en repos non pas � cause de la s�cheresse seule, mais d�abord � cause du froid. � la limite, il peut y avoir deux p�riodes de repos pendant l�ann�e.</p><p>En Am�rique du Nord, � cause de la disposition m�ridienne des montagnes et des plaines, la prairie n�a pas une extension zonale comme dans l�Ancien Continent, mais elle s�allonge du nord au sud, sur 300 � 800 km de largeur, du Canada central au Texas. C�est la formation herbac�e des grands �tats du Midwest, des Grandes Plaines. Toutefois, sauf au nord, la prairie � hautes herbes s�arr�te avant les Rocheuses, et une prairie � herbes courtes comportant plus de Graminac�es annuelles (shortgrass prairie) lui fait suite vers l�ouest. La formation commence �</p><p>s�ouvrir, et la steppe appara�t.</p><p>Dans l�Ancien Monde, en climat</p><p>continental, du pi�mont des Carpates au haut Amour s�allonge la � steppe russe �, qui est en fait une prairie. Sur une largeur variable de 200 � 700 km, elle s�interpose entre la bande foresti�re de feuillus ou de for�t mixte au nord et les formations steppiques au sud. La disposition zonale tout � fait remarquable de l�ensemble se suit toutefois assez mal au sud de la Sib�-</p><p>rie orientale � cause de forts reliefs est-ouest qui en bloquent l�extension vers le sud et qui sont m�me, � deux reprises, responsables de sa totale disparition.</p><p>Dans l�h�misph�re Sud, la Pampa</p><p>argentine, le Veld sud-africain et les grandes �tendues herbeuses de Nouvelle-Z�lande sont aussi des prairies tr�s semblables � la prairie am�ricaine, d�autant plus qu�elles s��tendent toutes sur des grandes plaines ou des grands plateaux. Dans tous les cas, la pr�sence de montagnes les fait dispara�tre.</p><p>y Les savanes. � la diff�rence des prairies, on peut distinguer la savane herbeuse de la savane bois�e. En effet, alors que les rares arbres de la prairie sont de la m�me esp�ce que ceux des for�ts voisines, les arbres des savanes</p><p>sont diff�rents de ceux de la for�t ; la plupart sont � feuilles caduques ; l��corce est �paisse, et les troncs sont noueux. Aussi les arbres occupent-ils dans le paysage une place beaucoup plus importante dans plus de la moiti� des cas.</p><p>Les savanes herbeuses, surtout de Graminac�es, sont bien repr�sent�es au Gabon, au Za�re (savanes incluses), en Australie et au Br�sil (Campo limpo).</p><p>Les arbres sont confin�s au bord des ri-vi�res et constituent les for�ts-galeries.</p><p>Les savanes arbor�es occupent en</p><p>Afrique d�immenses domaines entre la Guin�e et le Soudan dans l�h�misph�re Nord, et elles couvrent pr�s de la moiti� de l�Afrique m�ridionale au sud de l��quateur. On les trouve �galement en Australie (est et nord-est), au Deccan et � Madagascar. Enfin, en Am�rique du Sud, elles occupent deux domaines : ce sont les llanos de la vall�e de l�Or�-</p><p>noque et les campos cerrados du Br�sil central.</p><p>y Les parcs tropicaux. Cette formation ressemble � la for�t par la taille des arbres ; elle en diff�re par l�espacement. Elle ressemble aux savanes par l�importance des herbes, mais elle diff�re de la savane arbor�e parce que les couronnes d�arbres y sont presque jointives. Aussi les parcs pr�sentent-ils deux formations superpos�es � activit� d�cal�e : herbes saisonni�res h�liophiles et arbres � feuilles caduques, quoique irr�guli�rement. Il s�agit du cerrado du Br�sil, du parc d�Eucalyptus en Australie. On trouve �galement de tels parcs en Afrique occidentale, en Inde...</p><p>y Les parcs temp�r�s. Semblables</p><p>aux parcs pr�c�dents dans leur structure et souvent dans leur physionomie, de grandes bandes de transition entre for�t et prairie se d�veloppent dans les domaines temp�r�s. On a</p><p>parl� de � parc �, de � for�t-parc �</p><p>(woodland, Savannenwald) pour d�signer ces mosa�ques. En raison des d�frichements, l�extension de ces formations a �t� consid�rablement restreinte. Dans l�Ancien Monde, les downloadModeText.vue.download 210 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11421</p><p>vergers sur prairie et les champs com-plant�s en rappellent un peu la physionomie depuis que les p�tures sous for�t ont disparu. En Am�rique, par contre, plusieurs paysages de parcs semblent avoir �t� peu modifi�s : par exemple, au nord de la Prairie, le parc des Peupliers-Trembles et, � l�ouest, le parc � Pins jaunes.</p><p>Formations v�g�tales</p><p>ouvertes</p><p>Les formations v�g�tales ouvertes sont pr�sentes dans toutes les zones bioclimatiques du globe, sauf dans la zone tropicale humide. La s�cheresse dans la zone chaude, le froid dans les zones froides, le froid et la s�cheresse dans les r�gions continentales temp�r�es entra�nent, tant pour les herbes que pour les v�g�taux sous-ligneux, une couverture incompl�te du sol.</p><p>y Les formations � �pineux des r�-</p><p>gions chaudes. Au-del� des savanes arbor�es ou des savanes herbeuses, en direction des r�gions semi-d�sertiques et d�sertiques, se d�veloppent des formations � arbustes �pineux. Selon l�abondance et la taille des v�g�taux ligneux, on parlera de � bois � �pineux � (thorn forest) ou � de brousse � �pineux � (thorn scrub). Tous ces individus ligneux sont �cart�s les uns des autres d�une dizaine � une centaine de m�tres. Dans l�intervalle, des herbes se maintiennent par plaques.</p><p>Au cours de la longue saison s�che, les arbres sont d�feuill�s et l�appareil superficiel des herbes est totalement dess�ch�. Dans certaines r�gions du monde, des plantes succulentes, quelquefois de grande taille (Cactus en Am�rique, Euphorbes en Afrique), se m�lent aux �pineux. La caatinga au nord-est du Br�sil, les fourr�s � Cactus et Mesquite du Mexique du Nord-Est, le dornveld sud-africain, le sahel, qui s��tend de la Mauritanie jusqu�en Somalie, la brousse � Alo�s � Madagascar, le mulga scrub australien en sont de bons exemples.</p><p>y Les steppes continentales temp�-</p><p>r�es. Cette formation ouverte herbac�e succ�de aux prairies et aux mosa�ques sempervirentes m�diterran�ennes, lorsque l�espacement et la r�duction de la taille des Graminac�es apparaissent (dans le premier cas) ou lorsque les arbres sempervirents disparaissent (dans le second cas). Ces formations ouvertes, tr�s fragiles, ont �t� le plus souvent d�grad�es par les hommes et leurs troupeaux, et des d�serts, des bad lands, les ont remplac�es. Les grandes steppes se trouvent en U. R. S. S. et en Chine, dans les bassins int�rieurs des montagnes Rocheuses et sur leurs bordures orientales, en Argentine int�rieure, au-del� de la Pampa.</p><p>y Les v�g�tations discontinues des semi-d�serts. Une grande dispersion des individus est la premi�re caract�ristique de ces formations v�g�-</p><p>tales semi-d�sertiques. Les plantes ligneuses aux feuilles tr�s petites ont des racines proportionnellement immenses, tr�s longues, et certaines d�entre elles, qualifi�es de � phr�ato-phytes �, pompent jusqu�� la nappe.</p><p>Les plantes grasses sont de toutes formes et de toutes dimensions. Le plus grand nombre d�esp�ces cependant sont des th�rophytes � cycles de d�veloppement tr�s rapides.</p><p>Ce sont surtout les facteurs �da-</p><p>phiques et stationnels qui sont responsables des principales variations : tandis que les sites rocailleux semblent surtout convenir aux plantes grasses et � quelques plantes annuelles, les sols meubles, les dunes et les ergs en particulier, sont colonis�s par une flore sp�ciale qualifi�e de � psammo-phile � et adapt�e � ces sols sableux souvent mobiles. Des plantes vivaces (les annuelles sont tr�s rares) peuvent r�sister � l�enfouissement. Une place � part doit �tre faite aux v�g�tations des d�pressions sal�es : des v�g�taux halophytes ourlent les fonds trop sal�s et rappellent par leur physionomie les plantes des marais sal�s maritimes.</p><p>y Les toundras. En direction des</p><p>p�les, l�aggravation des conditions climatiques (rudesse et longueur de l�hiver, insuffisance de la chaleur en �t�, violence des vents) entra�ne le</p><p>rabougrissement, l�espacement et la disparition des derniers arbres de la ta�ga et de la for�t hudsonienne. Alors appara�t la toundra. C�est une formation basse, herbac�e, buissonnante, qui s��tend surtout dans l�h�misph�re Nord. Tandis que la toundra m�ridionale, d�j� formation ouverte, est encore assez riche avec des esp�ces herbac�es, des plantes ligneuses</p><p>basses ou rampantes, sempervirentes ou d�cidues, la toundra septentrionale de l�archipel canadien, du nord de l�Alaska, de Nouvelle-Zemble et du Spitzberg n�occupe plus que des secteurs tr�s localis�s, en position d�abri, d�o� les ligneux, en particulier les Bruy�res, ont disparu. On passe alors aux d�serts froids o� le froid intense et la violence des vents ne permettent plus ni � la toundra ni � une pelouse de se d�velopper : seuls des Mousses et des Lichens parviennent � coloniser les nunataks du Groenland ou les versants du Spitzberg. Exceptionnellement, une Saxifrage et un Pavot atteignent le 84e parall�le Nord ; mais � ces latitudes le spectacle habituel est celui des sols nus (barren grounds).</p><p>Dans l�h�misph�re Sud, oc�anique, les conditions d�ensemble expliquent aussi la faible extension, la pauvret� et l�isolement des taches de toundra, qui n�occupent gu�re que des �les comme les Kerguelen, les Falkland � bien que situ�es vers le 50e parall�le � et quelques secteurs sur le continent antarctique, en bordure de l�inlandsis.</p><p>Les formations v�g�tales</p><p>du bord des eaux</p><p>La submersion permanente ou temporaire ou la pr�sence d�eau � faible profondeur sont des modificatifs puissants des conditions climatiques, voire �daphiques, aussi bien sur les continents qu�en bordure des mers et des oc�ans.</p><p>Toutefois, c�est lorsque les salures interviennent que la v�g�tation est la plus originale.</p><p>Les formations v�g�tales des</p><p>littoraux</p><p>L�alternance des mar�es ne fixe pas une limite constante entre les terres �merg�es et les eaux sal�es, et, en fonc-</p><p>downloadModeText.vue.download 211 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11422</p><p>tion de la longueur de la submersion, deux domaines peuvent �tre distingu�s.</p><p>y Un domaine submerg� plus de</p><p>6 heures par jour et dans lequel ne peuvent cro�tre pratiquement que des Algues. Si dans les basses latitudes la chaleur est plus forte et l�insolation plus intense, dans les hautes latitudes la temp�rature basse des eaux est indirectement responsable d�une teneur en �l�ments nutritifs beaucoup plus �lev�e. Aussi assiste-t-on � une zonation inverse de celle des terres �merg�es : par exemple, les eaux froides arctiques � la hauteur de la toundra contiennent de 20 � 100 fois plus de plancton que les eaux tropicales � la hauteur de la for�t luxuriante.</p><p>y Un domaine submerg� moins de</p><p>6 heures par jour. Deux grands faci�s se partagent ce domaine en fonction de la latitude : mangroves dans les r�gions chaudes tropicales et marais maritimes dans les r�gions temp�r�es et froides.</p><p>� Les mangroves. Ce sont des formations v�g�tales arbor�es caract�ris�es par trois adaptations uniques : les racines-�chasses, permettant � des arbres comme les Rhizophoras de se percher au-dessus des vases mal consolid�es ; les racines � pneumatophores (protub�-</p><p>rances verticales permettant sans doute une meilleure a�ration) ; la viviparit� des graines, qui commencent � se d�velopper avant de se d�tacher de l�arbre m�re. Gr�ce aux courants marins, les mangroves tropicales sont beaucoup plus homog�nes floristiquement que les domaines continentaux.</p><p>� Les marais maritimes. Des formations herbac�es pauvres en esp�ces se d�veloppent sur les vases des littoraux temp�r�s et froids. Des cham�phytes, quelquefois succulents, et des th�rophytes sont adapt�s � la fois � la salure de la vase et � la submersion. Dans la bande recouverte � chaque mar�e, appel�e slikke, se d�veloppent des Gra-</p><p>minac�es, comme Spartina Townsendi, dans la partie inf�rieure, des Ch�nopo-diac�es, comme les Salicornes, sur la haute slikke. La bande qui n�est recouverte que par grandes mar�es, appel�e schorre, est occup�e par des Plantains et du Triglochin. Au-del� apparaissent les premiers Roseaux et les Iris, marquant la limite avec l�eau douce.</p><p>Au-del� de la limite des plus grandes mar�es, la pr�sence de la mer se fait encore sentir, non seulement sur les substrats rocheux et les falaises, mais surtout sur les dunes, o� des Graminac�es sp�cialis�es (Agropyrum, Ammo-phila, Elymus), des �pineux (Hippopha�) contribuent � fixer ces substrats mobiles, � fabriquer un sol et � pr�parer l�av�nement de la v�g�tation continentale climacique r�gionale.</p><p>Les formations v�g�tales du bord</p><p>des eaux douces</p><p>Dans les eaux douces stagnantes ou faiblement courantes apparaissent d�j� des Phan�rogames, flottantes comme la Lentille d�eau, submerg�es comme le N�nuphar. En bordure, en position submerg�e partielle ou au ras de la nappe, la v�g�tation de plus en plus diversifi�e se dispose en bandes. Deux ensembles de facteurs en commandent la distribution : le niveau de l�eau et l�acidit� du milieu.</p><p>Une position particuli�re doit �tre r�serv�e aux mar�cages en cours de comblement et aux tourbi�res. On peut en distinguer deux types.</p><p>y Les marais basiques et les tour-bi�res basses. Le comblement par la mati�re organique se fait en quelque sorte passivement, les d�bris de</p><p>Roseaux, de Massettes (Typha), de Cladions tombent dans l�eau et se d�-</p><p>composent tr�s partiellement. Aussi le fond du mar�cage s�exhausse-t-il jusqu�� appara�tre � la surface du plan d�eau. On passe alors � une basse tourbi�re plane et plate.</p><p>y Les hautes tourbi�res. Par opposition aux pr�c�dentes, elles colonisent des eaux acides. Dans ces conditions ingrates, des Sphaignes peuvent</p><p>vivre. Or, ces Bryophytes peuvent</p><p>cro�tre sur leurs propres d�bris � peine d�compos�s et ainsi �lever la surface de la tourbe au-dessus du plan d�eau originel. Alors apparaissent des tourbi�res bomb�es.</p><p>Quelquefois m�me, sur des pentes</p><p>faibles mais en climat tr�s humide, des tourbi�res � Sphaignes peuvent coloniser tout l�espace sans qu�il y ait v�ritablement de plan d�eau : ce sont les tourbi�res-couvertures (blanketbogs) que l�on rencontre par exemple en Irlande.</p><p>Enfin, en montagne, l�importance de la pluie peut permettre le d�veloppement de tourbi�res m�me sur pentes fortes.</p><p>On les qualifie alors d�� ombrog�nes �.</p><p>Les formations v�g�tales</p><p>dans les montagnes</p><p>Quel que soit le milieu zonal � la surface du globe, la pr�sence de montagnes entra�ne des modifications, climatiques surtout, mais aussi chorologiques et �daphiques, qui commandent des formations v�g�tales originales et �tag�es.</p><p>La cause essentielle de cet �tagement est d�abord la diminution progressive des temp�ratures de l�air (le gradient thermique moyen est de 0,55 �C/100 m, ce qui, aux latitudes temp�r�es, situe l�isotherme 0 �C entre 2 600 et 3 000 m). Par contre, les temp�ratures des sols, dont les valeurs moyennes annuelles sont analogues � celles de l�air, subissent de forts �carts diurnes, et, en altitude, quand les conditions deviennent d�favorables � la for�t, les plantes de petite taille b�n�ficient de ces temp�ratures plus �lev�es au contact du sol.</p><p>D�autre part, avec l�altitude, l�air est toujours plus humide qu�en plaine, � cause des temp�ratures plus basses.</p><p>Par ailleurs, les montagnes favorisent les ascendances. Aussi aux montagnes correspondent toujours des pr�cipitations plus fortes, jusqu�� une certaine altitude et une certaine distance du moins. Cette augmentation de la pluie et de la neige n�entra�ne pas obligatoirement une meilleure alimentation en eau des plantes, car les pentes fortes favorisent le ruissellement, et les sols peu �pais ont moins de r�serves.</p><p>Enfin, les vents en montagne</p><p>sont plus violents et fr�quents qu�en plaine : il s�ensuit une augmentation downloadModeText.vue.download 212 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11423</p><p>de la transpiration ; on �voque ce ph�-</p><p>nom�ne en priorit� pour rendre compte des formations basses qui surmontent les �tages forestiers.</p><p>En plus de l�influence de l�altitude, la pr�sence de formes de relief multipli�es dans les grands massifs montagneux entra�ne des oppositions entre versants selon qu�ils sont bien ou mal ensoleill�s ; aussi, dans toutes les montagnes du monde, particuli�rement dans celles dont les cha�nons sont dispos�s dans le sens est-ouest, constate-t-on des d�calages dans l��tagement de la v�g�tation, voire des disparitions d��tages.</p><p>Ce n�est qu�en premi�re approxi-</p><p>mation que l�on peut penser que l��tagement reproduit, en biog�ographie, la zonalit�. En effet, les diff�rences sont grandes et, m�me dans une montagne �lev�e de la zone tropicale, on ne trouve pas la s�rie des formations v�g�tales qui se succ�dent en latitude jusqu�� la neige et � la glace polaires.</p><p>La succession est plus simple et deux grandes diff�rences existent : il n�y a pas l��quivalent des d�serts tropicaux ; par contre, entre l��tage des for�ts et les formations d�altitude rappelant la toundra, existe toujours un �tage buissonnant.</p><p>On constate toutefois que, dans</p><p>chaque zone climatique, dans la plupart des cas, des for�ts recouvrent les pi�monts et les bas des versants. Ne font exception � cette r�gle que les montagnes des hautes latitudes, o� une toundra appauvrie cerne la base des montagnes, et les montagnes des r�gions tr�s arides, o� la v�g�tation ouverte des plaines passe � une formation plus riche, plus serr�e, plus haute mais non � une belle for�t.</p><p>Dans ces for�ts montagnardes, la</p><p>base repr�sente, peu modifi�e, la for�t de la plaine, mais la stratification peut</p><p>�tre plus simple � deux �tages au lieu de trois dans les montagnes tropicales � et la richesse floristique est moindre. Au-dessus s��tend l��tage</p><p>� montagnard � proprement dit, correspondant au secteur le plus arros� et le plus n�buleux : c�est l��tage de la h�-</p><p>traie-sapini�re des Alpes, c�est la for�t de nuages suivie de la ceinture de Bambous dans les montagnes tropicales.</p><p>Au-del� des for�ts, dans toutes les zones sauf dans la zone froide, un �tage buissonnant ou herbac� appara�t : c�est l��tage des �ricac�es des montagnes tropicales, c�est l��tage alpin avec ses prairies d�altitude des zones tropicales et temp�r�es.</p><p>Le dynamisme</p><p>de la v�g�tation</p><p>L��tude des formations v�g�tales peut se cantonner � une description de leur �tat actuel. On peut aussi l�envisager � un plan dynamique et englober dans cette �tude les �volutions possibles, particuli�rement sous l�action de l�homme.</p><p>On consid�re une formation v�g�tale en �quilibre lorsqu�elle ne juxtapose pas des �tats tr�s diff�rents qui peuvent �tre consid�r�s comme des stades d�ag-gradation, des �tapes successives vers le climax de la formation, qui est pr�ci-s�ment cet �quilibre. Mais tr�s souvent, la v�g�tation, perturb�e par l�action de l�homme, se transforme pour revenir � un �tat ant�rieur : elle passe alors par des stades successifs qui constituent ce qu�� la suite d�Henri Gaussen on a appel� � s�rie de v�g�tation �.</p><p>Dans les conditions naturelles, sans intervention humaine, les cas o� l�on peut voir se transformer la v�g�tation sous nos yeux, en quelques ann�es, sont, dans l�espace, tr�s limit�s ; ils se bornent aux destructions du tapis v�g�tal pr�existant par des �v�nements presque toujours � caract�re brutal tels que les incendies, les avalanches, les inondations. En fait, le probl�me du dynamisme de la v�g�tation est pos� par les destructions et les perturbations cr��es par l�homme, qui non seulement peuvent �tre profondes, mais surtout s�exercent sur des territoires immenses, sur pr�s des deux tiers des terres �mer-</p><p>g�es. C�est la raison pour laquelle on appelle quelquefois � stades de v�g�-</p><p>tation anthropiques � les divers relais de v�g�tation qui conduisent vers ce qui pourrait �tre un nouveau climax.</p><p>Mais cette action humaine, profonde et r�p�t�e, cr�ant non seulement des p�-</p><p>tures mais aussi des champs, a entra�n� g�n�ralement la destruction totale de la v�g�tation spontan�e pr�existante, donc la disparition des semenciers sur de vastes territoires. Par les labours, les �rosions des terres souvent cons�cutives, les modifications chimiques des substrats � la suite d�apports d�engrais, l�homme a �galement transform� le sol lui-m�me. Enfin, deux cat�gories de plantes se sont d�velopp�es : les v�g�taux cultiv�s, y compris les vari�-</p><p>t�s (cultivars) nouvelles cr��es par les s�lections agronomiques, mais aussi toutes les plantes adventices, dont le comportement �cologique a pu d�ailleurs se modifier, ce qui peut expliquer des extensions soudaines.</p><p>Aussi bien climax et pl�sioclimax (climax proche) semblent peut-�tre dans certains cas des stades de fin d��volution impossibles � atteindre, dans la mesure o� ils correspondent � une reconstitution de l��tat initial, d�autant que les conditions climatiques, pendant les deux mill�naires o� s�est exerc�e l�action humaine, ont pu se modifier quelque peu. En cons�-</p><p>quence, si l�on peut toujours conserver ce terme de climax pour la v�g�tation ant�rieure, pr�existante aux actions humaines, il appara�t pr�f�rable, � l�instar des Allemands, de parler de � v�g�tations potentielles � pour qualifier les �quilibres ult�rieurs.</p><p>Ces �tapes dynamiques de v�g�-</p><p>tation sont particuli�rement nettes et spectaculaires dans les r�gions du globe o� existe un climax forestier.</p><p>Alors, on constate que chaque s�rie de v�g�tation aboutissant � la for�t comporte des stades o� pr�dominent les v�g�taux herbac�s, particuli�rement les stades initiaux. Ces stades � herbac�es, qui existent sous tous les climats du monde, peuvent occuper deux types de position dynamique : ces groupements, transitoires, sont dits � progressifs � quand ils r�sultent de la colonisation d�un sol nu. Ils sont qualifi�s de</p><p>� r�gressifs � quand ils sont cons�cutifs � la destruction d�une formation plus haute, plus riche. Dans certains cas toutefois, si les actions humaines cessent, on constate que les arbres forestiers s�installent directement dans le tapis herbac�. Le cas g�n�ral comporte cependant plusieurs stades, de plus en plus �lev�s entre la prairie, la pelouse, la steppe des premiers temps et la for�t ultime.</p><p>� l�aide de trois exemples, on peut mettre en �vidence trois grands types de s�ries progressives vers la for�t.</p><p>Le retour rapide � la for�t</p><p>En Europe occidentale temp�r�e, les transformations rapides de la v�g�tation qui conduisent d�une culture abandonn�e � une h�traie ou � une ch�naie comportent plusieurs stades, de plus en plus �lev�s. Dans l�exemple ci-dessous, on pourra en distinguer six.</p><p>y La basse friche � adventices. Malgr� les fa�ons culturales multipli�es, les sarclages, l�utilisation des d�sher-bants s�lectifs, les plantes cultiv�es, que ce soit en grande culture ou en jardinage, sont toujours accompagn�es de plantes r�put�es ind�sirables (appel�es encore mauvaises herbes, ou adventices), dont la grande majorit� est annuelle et se s�me facilement (Fumeterre, Lamier rose, Mercuriale annuelle, Ortie annuelle, Renou�e...).</p><p>Ces plantes, nitrophiles, tr�s sensibles aux fumures, se d�veloppent rapidement apr�s l�exportation de la der-ni�re culture et l�abandon du champ, et le d�sherbage ou le d�chaumage m�canique ne les suppriment que tr�s momentan�ment. Elles constituent le stade pionnier de la s�rie.</p><p>y La haute friche. D�s la deuxi�me ou la troisi�me ann�e, d�autres plantes apparaissent, des grandes herbac�es d�abord : la Grande Cigu�, le Lamier blanc, les Grands Rumex, l�Ortie vivace, la Ballota, la Bardane... ; elles sont accompagn�es de lianes (Convol-vulus sepium, Bryonia dioica). Aux annuelles, alors, se m�lent des vivaces.</p><p>D�s cette deuxi�me �tape, on per�oit deux types de diff�rences selon que la terre est s�che ou humide et selon le</p><p>pH des horizons superficiels.</p><p>y La frutic�e. Cette haute friche est rapidement envahie par des v�g�taux ligneux. Des arbrisseaux arrivent d�abord et constituent rapidement des buissons (Prunellier, Aub�pine, Sureau noir, Tro�ne...). Lorsque ces sous-ligneux dominent, ils constituent la friche � arm�e �. Le plus souvent, presque en m�me temps, les premiers arbres du stade forestier apparaissent : le Sycomore, l�Orme champ�tre, auxquels peuvent se m�ler, selon le cas, des Bouleaux, des Pins sylvestres, des arbres fruitiers repouss�s de graines dispers�es par les Oiseaux.</p><p>y La jeune for�t. Dix ou quinze ans plus tard, une strate bas-arborescente s�est d�velopp�e, � peu pr�s continue. Aux arbres pr�c�dents se m�lent le Fr�ne, le Ch�ne p�doncule, le Robinier, quelquefois m�me des H�tres, un ou deux Merisiers... En sous-�tage, on retrouve deux strates : la strate buissonnante pr�c�dente, � laquelle commencent � se m�ler des lianes (Liseron, Douce-Am�re, Houblon et surtout Cl�matite) ; la strate herbac�e, toujours riche, mais o� les annuelles de la basse friche originelle commencent � �tre remplac�es par les herbac�es pr�foresti�res telles que le Gratteron, l�Herbe � Robert, la Lap-sana, l�Anthriscus...</p><p>y La premi�re for�t : l�ormaie ru-d�rale. Le d�veloppement du stade pr�c�dent avec une composition floristique tr�s semblable conduit � une formation foresti�re �lev�e et ferm�e d�une vingtaine de m�tres de hauteur.</p><p>Cette for�t anthropique est tr�s r�pandue en France autour des villages ou des villes.</p><p>y Les for�ts transitoires et les for�ts climaciques. � ce stade, le rythme downloadModeText.vue.download 213 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11424</p><p>de l��volution se ralentit consid�-</p><p>rablement. Sur sol humide et riche par exemple, une longue �volution conduit � la ch�naie-charmaie, la-</p><p>quelle peut �voluer vers une ch�naie m�l�e ; sur sol plus sec et assez riche en calcaire actif, on passe � une ch�-</p><p>naie-fr�naie �voluant � son tour lentement vers une h�traie calcicole.</p><p>Ce premier exemple nous a montr�</p><p>un retour total � la for�t-climax. Le suivant nous montre au contraire des stades o� l��volution est fortement ralentie et, � l��chelle humaine, comme bloqu�e.</p><p>Le retour � une mosa�que</p><p>foresti�re</p><p>Le cas est fr�quent dans la r�gion m�-</p><p>diterran�enne. L��volution comporte quatre ou cinq stades selon que l�on aboutit � une for�t ou qu�un blocage s�exerce au stade pr�c�dent.</p><p>Au terrain nu abandonn� par la</p><p>culture succ�de une formation herbac�e � Brachypodium ramosum qui est une pelouse.</p><p>� cette pelouse succ�de, plus ou</p><p>moins rapidement, un tomillare o� apparaissent les premi�res esp�ces ligneuses ou sous-ligneuses (thyms, lavandes, etc.).</p><p>Puis un stade buissonnant s�installe, constitu� d�arbrisseaux plus grands mais non jointifs. C�est la garrigue, qui comporte sur terrains calcaires des Gen�ts, des Cistes, des Romarins, auxquels se m�lent de petits arbres comme le Ch�ne kerm�s.</p><p>Au stade suivant, cette formation grandit, se ferme, et la garrigue passe au maquis, en m�me temps que de</p><p>nouvelles esp�ces apparaissent dans la strate arbustive (Rhamnus alaternus, Phillyrea).</p><p>� la m�me hauteur que les v�g�taux pr�c�dents existent des Ch�nes verts plus ou moins nombreux qui peuvent continuer de grandir lentement. On s�achemine dans ce cas vers la for�t de Ch�nes verts.</p><p>Ce dernier stade n�est toutefois que rarement r�alis�, pour plusieurs raisons : la croissance est lente, les incendies sont nombreux et, d�autre part, les sols favorables sont discontinus. Trop</p><p>souvent, la roche pointe entre des lambeaux de sols squelettiques. Dans ce cas, l��volution est comme bloqu�e aux deux derniers stades pr�c�dents : maquis ou garrigue. Ces stades peuvent aussi �tre juxtapos�s dans le paysage, ourlant irr�guli�rement des boqueteaux de ch�naie verte ; l�ensemble se pr�-</p><p>sente comme une mosa�que foresti�re.</p><p>La lande paraclimacique ou</p><p>l�impossible retour � la for�t</p><p>ant�rieure</p><p>En Europe occidentale, sur terrains siliceux et filtrants, la destruction de la for�t et l�abandon des terres qui avaient �t� gagn�es sur elle ont d�termin� l�extension consid�rable de la lande atlantique, formation climacique de la bordure oc�anique du continent.</p><p>On qualifie ces landes de � landes de substitution �.</p><p>La lande est une formation basse</p><p>comprenant peu ou pas d�arbres et constitu�e de plantes ligneuses basses, cham�phytes ou nanophan�rophytes, sempervirentes pour la plupart. Ce sont des plantes peu exigeantes, pouvant coloniser des substrats tr�s pauvres, mais qui, corollairement, par leurs li-ti�res tr�s pauvres, exercent une action n�faste sur le sol et acc�l�rent, sinon provoquent, la podzolisation. Aussi un certain �quilibre s�installe-t-il entre cette v�g�tation de sous-ligneux et les sols qui la portent, emp�chant le retour � la ch�naie acidiphile.</p><p>On appelle paraclimax le r�sultat d�une telle �volution. Cette d�viation peut �tre de surcro�t renforc�e de deux mani�res.</p><p>Dans les r�gions tr�s humides et � pente faible, la disparition des arbres a relev� le plan d�eau, et les racines profondes des arbres revenants ne peuvent plus se d�velopper en profondeur dans un milieu trop asphyxique : ces arbres meurent alors ou sont nanifi�s.</p><p>Dans d�autres cas, la propagation naturelle ou les plantations par l�homme de Conif�res acidifiant comme le Pin sylvestre reconstituent bien une for�t,</p><p>mais qui est toutefois aussi �loign�e, au plan de l��volution, de la ch�naie primitive que la lande elle-m�me.</p><p>Toujours au coeur de ces questions de dynamisme de la v�g�tation, mais dans un autre ordre d�id�es, il faut signaler que les actions humaines ne provoquent pas toujours de telles s�ries progressives ou r�gressives, avec des stades et des cort�ges floristiques particuliers dont nous avons d�crit quelques exemples. La pr�sence de l�homme et de ses diverses activit�s se manifeste de bien d�autres mani�res : souvent, le cort�ge floristique est appauvri, particuli�rement � la limite des aires des v�g�taux. Ainsi, des pi�tinements trop importants ont eu raison par grandes plaques de la v�g�tation herbac�e des for�ts de la R�gion parisienne ; certaines plantes rares ont disparu. La pollution de l�atmosph�re a entra�n� la disparition de nombreuses Mousses et de Lichens ; la pollution des rivi�res a fait dispara�tre de nombreuses hydrophytes, submerg�es ou non.</p><p>Cartographie</p><p>de la v�g�tation</p><p>Le dynamisme de la v�g�tation a paru d�une telle importance et d�un tel int�-</p><p>r�t que de nombreux biog�ographes en ont fait la base de syst�mes de repr�sentation cartographiques de la v�g�tation.</p><p>Les v�g�taux et les ensembles qu�ils forment s�inscrivent dans le paysage au point que l�on a pu �crire (Henri Elhai) que, dans la majorit� des cas, un paysage terrestre, c��tait d�abord une couverture v�g�tale. Et c�est la raison pour laquelle d�j� de tr�s vieilles cartes, comme celle de Cassini (C�sar Fran-</p><p>�ois Cassini de Thury, 1714-1784), figurent certains traits majeurs des paysages v�g�taux. De la m�me mani�re, la quasi-totalit� des cartes topographiques actuelles en tiennent compte.</p><p>Comme on pouvait s�y attendre, le vert est la teinte privil�gi�e affect�e � la repr�sentation des v�g�taux. Si, sur certaines cartes topographiques � petite �chelle ou sur des cartes simplifi�es comme peuvent l��tre les cartes routi�res, un vert unique repr�sente les for�ts, sur presque toutes les cartes</p><p>topographiques � grande �chelle du monde, quatre ou cinq nuances de vert ou de figur�s dans la m�me teinte re-pr�sentent les principales formations v�g�tales.</p><p>Mais tr�s rapidement, comme dans</p><p>d�autres domaines, la n�cessit� de cartes th�matiques apparut ; � c�t� des cartes g�ologiques, on se mit � dessiner des cartes de v�g�tations, avant m�me, dans bien des cas, des cartes de sols et de climats. Cette avance historique explique �galement le fait que, pour faire comprendre leurs cartes principales, beaucoup de biog�ographes</p><p>aient adjoint des cartons repr�sentant, � des �chelles plus petites, les principaux ordres de faits ayant valeur causale ou corr�lative (cartons de sols, de climats, d�activit�s humaines, etc.).</p><p>La cartographie biog�ographique, si int�ressante qu�elle soit, est toujours une aventure complexe, parce que correspondant � des faits plus superpos�s que hi�rarchis�s. Nous avons pris soin au d�but de distinguer clairement flore et v�g�tation. Il faut toutefois dire qu�il n�y a pas de v�g�tation sans l�existence d�une flore et qu�il n�y a pas de flore qui ne s�exprime dans une ou plusieurs formations v�g�tales, si petites et si restreintes soient-elles. Et, en dehors de quelques cartes paup�risantes, mis � part �videmment des cartes analytiques, floristiques, repr�sentant la r�-</p><p>partition � ou chorologie � d�une ou plusieurs esp�ces, toutes les cartes de v�g�tation portent des indications floristiques, et toutes les cartes reposant sur des inventaires floristiques d�taill�s repr�sentent, � travers les ensembles retenus (les groupements v�g�taux), des classes plus ou moins fines de v�g�tation.</p><p>En effet, pour repr�senter la v�g�-</p><p>tation dans ses caract�res et sa r�partition, deux grands types de possibilit�s existent, selon que l�on met l�accent sur les groupements physionomiques et les formations v�g�tales (ce sont les cartes de v�g�tation proprement dites) ou que l�on pr�te attention d�abord aux associations v�g�tales, qui reposent avant tout sur les compositions floristiques (ce sont les cartes d�associations v�g�-</p><p>tales ou de groupements v�g�taux).</p><p>Cartes de groupements v�g�taux Dans cette optique, l�accent est mis sur la composition floristique de la v�g�tation, c�est-�-dire sur des groupements de v�g�taux qui vivent ensemble,</p><p>sans trop se concurrencer, et qui sont adapt�s � des conditions de milieu suffisamment semblables. En effet, ces groupements non seulement d�pendent des conditions climatiques locales et stationnelles, mais sont �galement sensibles � divers facteurs d�ordre �daphique tels que l�humidit�, le pH, la teneur en calcaire... Tous ces facteurs sont susceptibles de variations sur de courtes distances, et les groupements v�g�taux correspondants ne peuvent �tre repr�sent�s avec pr�cision et fid�-</p><p>lit� que sur des cartes � grande ou � tr�s grande �chelle (1/20 000e et plus).</p><p>C�est la raison pour laquelle les cartes r�alis�es jusqu�ici dans cette optique et essentiellement par la m�thode de cartographie phytosociologique de l��cole zuricho-montpelli�raine sont peu nombreuses et couvrent des territoires restreints.</p><p>Cartes de la v�g�tation</p><p>Dans cette seconde optique, on retient d�abord les traits physionomiques et structuraux des formations v�g�tales ; mais d�autres renseignements pourront �tre ajout�s � la l�gende, tels que le type de formation, de stratification, la sempervirence ou la caducit� ou plus g�n�ralement le comportement sai-downloadModeText.vue.download 214 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11425</p><p>downloadModeText.vue.download 215 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11426</p><p>sonnier ; si, sur des cartes sommaires, un seul nom d�esp�ce est retenu pour caract�riser la formation (� for�t � Ch�nes �), sur des cartes plus �labor�es, des noms d�esp�ces secondaires pourront �tre introduits.</p><p>De surcro�t, si l�on tient compte du dynamisme de la v�g�tation, il sera possible de porter sur la carte, � c�t� des territoires o� la v�g�tation naturelle peu ou pas touch�e par l�homme existe encore, les divers stades de d�gradation qui en proviennent et les divers stades de progression qui permettront sans doute d�y revenir. L�ensemble peut �tre alors consid�r� comme une seule � s�rie de v�g�tation � et �tre trait� comme tel : une teinte plate de base sera affect�e � la repr�sentation de la v�g�tation naturelle optimale ; les autres stades seront repr�sent�s par des nuances, en g�n�ral plus claires, de cette m�me teinte ou par des figur�s appropri�s.</p><p>Comme pour toute cartographie, la notion d��chelle est d�terminante. Sur une carte tr�s petite de la v�g�tation du monde, seuls quelques grands traits bioclimatiques peuvent �tre repr�sent�s. Sur un plan, au contraire, on peut repr�senter tous les individus. Aussi, la repr�sentation des ensembles de v�g�-</p><p>tation comporte-t-elle une part d�autant plus grande d�interpr�tation, de simplification, voire d�extrapolation que l��chelle est plus petite.</p><p>La v�g�tation �tant le meilleur</p><p>int�grateur des conditions naturelles actuelles et pass�es, d�une part, mais aussi le meilleur r�v�lateur des actions humaines diffuses et �tendues, d�autre part, ses repr�sentations cartographiques sont indispensables pour la compr�hension des paysages et des r�gions du globe.</p><p>Les aires :</p><p>vari�t� et �volution</p><p>Une aire de r�partition peut �tre continue ou disjointe. La r�partition continue la plus large caract�rise les esp�ces cosmopolites (occupant presque tout le globe terrestre), comme nombre de plantes aquatiques (Lentilles d�eau, Roseaux, Potamots, Nayas) et beaucoup de mauvaises herbes qui accompagnent souvent l�Homme (la Bourse-</p><p>�-pasteur, le Pissenlit, le Plantain...) ; d�autres esp�ces sont seulement circum-terrestres, c�est-�-dire qu�elles sont localis�es entre certains parall�les : il faut surtout citer les circumpolaires (Carex laponicum) ou celles qui n�acceptent que les r�gions</p><p>tropicales (Hibiscus, Strychnos...). Parfois, ces aires correspondent � des esp�ces en phase de colonisation. Aux continues de grandes dimensions s�opposent les end�-</p><p>miques, qui se limitent � un territoire plus ou moins restreint, comme par exemple un massif montagneux, une �le. L��tendue de ces territoires varie de l�Australie tout enti�re � une unique station de quelques m�tres carr�s (Lysimaque de Minorque).</p><p>De m�me, le Ginkgo, le M�tasequoia et le rarissime Cathaya sont limit�s � quelques stations dans les montagnes de la Chine int�rieure ; citons aussi les S�quoias des Rocheuses et les esp�ces des sommets du Hoggar, du Tibesti et du Tassili, o� pr�s de 50 p. 100 sont end�miques (Myrte, Olivier, Lavande...). En France, sur les 4 200 bonnes esp�ces (linn�ons) de Phan�rogames, plus d�une centaine sont end�miques, principalement dans les massifs montagneux : dans les Pyr�n�es, une vingtaine ; dans les Alpes occidentales, une trentaine ; en Corse, plus d�une soixantaine, strictement inf�od�es � cette �le.</p><p>L�end�misme prononc� que l�on</p><p>constate pour les esp�ces de la flore corse se retrouve dans beaucoup d��les ; 15 p. 100 � Mad�re, 30 p. 100 aux Canaries. Dans les �les �loign�es des continents, le degr� d�end�misme est encore plus �lev� : 50 p. 100 � Sainte-H�l�ne, pr�s de 70 p. 100 en Nouvelle-Cal�donie, en Nouvelle-Z�lande et � Madagascar (o� deux familles sont compl�tement end�-</p><p>miques), plus de 80 p. 100 aux Hawaii et la quasi-totalit� aux Nouvelles-H�brides.</p><p>De telles flores peuvent �tre consid�r�es comme constitu�es de formes anciennes (pal�o-end�misme).</p><p>Les n�o-end�miques sont des plantes � aire restreinte, mais d�origine r�cente, et bien souvent des vari�t�s d�esp�ces en pleine �volution, par exemple celles de Pinus montana (uncinata, Mughus, pumi-lio), de Pinus nigra, de l�Aulne vert, de diverses Joubarbes... Ordinairement, une aire assez vaste est rarement continue, et, si l�on peut en �tudier les d�tails, on trouve � sa p�riph�rie des stations satellites de surface plus r�duite : ce sont des aires fragment�es.</p><p>Quand l�aire d�une esp�ce est divis�e en diff�rentes parties fortement �loign�es les unes des autres, on la dit � discontinue � ou</p><p>� disjointe �. Autrefois fond�e sur une ori-</p><p>gine polytopique (naissance d�une esp�ce en divers points du globe), l�explication de ce type d�aire fait maintenant appel soit � des migrations (vent, courants, oiseaux), soit � la fragmentation d�une aire primitive plus importante, cons�quence d�un changement des contours des mers et des continents, d�une r�gression devant des esp�ces plus dynamiques ou de modifications �cologiques dans les r�gions interm�diaires. C�est le cas pour les esp�ces arctico-alpines (Arabis alpina, Dryas octo-petala, Linnaea borealis, Betula nana...) favoris�es par des glaciations quaternaires (extension de l�aire sur toute l�Europe). Les derniers r�chauffements inter- et postgla-ciaires les ont repouss�es vers les r�gions nordiques et cantonn�es dans des stations � surface tr�s r�duite (tourbi�res, hauts sommets des montagnes) o� a subsist� une �cologie qui leur a permis de survivre (stations froides). Ces localisations sont dites par certains auteurs � stations reliques � ; d�autres emploient le terme de relicte, r�servant le premier � des esp�ces anciennes presque totalement disparues (Ginkgo...).</p><p>Ces aires peuvent s��tendre gr�ce � la multiplication des individus et � leurs moyens de diss�mination, mais aussi se r�duire par diminution de leur nombre et finalement s��teindre. La multiplication est particuli�rement abondante dans les groupes inf�rieurs (les Champignons pouvant �mettre plusieurs millions de spores par jour, les Algues ayant la facilit� intense de se multiplier quand les conditions �cologiques sont favorables : fleurs d�eau). Les ph�nom�nes de dispersion sont aussi assez importants chez les Phan�rogames, puisque normalement les graines, les fruits, voire les organes ou des plantes enti�res peuvent servir � la diss�-</p><p>mination de l�esp�ce (diaspores). Mais � ces ph�nom�nes s�oppose la destruction, consid�rable, des semences. Ainsi, sur les millions de graines d�Orchid�es, bien rares sont celles qui peuvent trouver le milieu convenable (pr�sence d�un Champignon symbiote) qui leur permettra de redonner un individu nouveau. Il en est de m�me des arbres : pour un Ch�ne, par exemple, c�est un nombre infime de glands qui donnera des individus adultes. On est l� en pr�sence d�une s�lection naturelle par la concurrence, qui limite la pr�pond�rance d�une esp�ce. On constate donc un gaspillage effrayant d��nergie par la nature,</p><p>qui produit un nombre gigantesque de germes vou�s � la destruction.</p><p>Le mode de diss�mination agit beaucoup sur le trac� des limites des aires.</p><p>Cette dispersion peut se faire par le vent (an�mochorie) � gr�ce soit � la l�g�ret� des germes, soit � des expansions qui facilitent la � prise au vent � (ailes des Samares, restes de pi�ces florales, soies plumeuses...) � ou par des inflorescences, ou m�me par des plantes enti�res (Rose de J�richo, Lecanora esculenta ou manne du d�sert). Les eaux douces favorisent �galement l�extension des aires : ainsi l�Elodea canadensis, introduite en Irlande en 1836, avait conquis toutes les rivi�res d�Europe en 1900 ! (Seuls les pieds femelles ont �t� import�s et cette esp�ce se multiplie donc uniquement par voie v�g�tative en Europe.) On doit citer �galement le fameux Eichhornia crassipes, originaire de l�Am�rique, qui a colonis� par suite de son importation dans diff�rents jardins botaniques tropicaux, d�une mani�re intense, toutes les eaux douces du domaine pantro-pical. Les courants marins sont eux aussi la cause de nouveaux peuplements, mais l� l�extension est limit�e aux rivages : ainsi, les noix de Coco transport�es par l�oc�an sont capables de germer sur les plages de nombreux atolls du Pacifique. Les animaux interviennent �galement et ainsi certaines aires correspondent assez bien aux trajets d�Oiseaux migrateurs. L�Homme est enfin un facteur de dispersion, et donc de modification des aires naturelles, soit d�une mani�re intentionnelle, par acclimatation d�esp�ces int�ressantes pour lui, soit lors de ses d�placements ou de transports de marchandises.</p><p>La limitation de ces aires est due le plus souvent � des causes g�ographiques (oc�ans, montagnes), mais aussi � des facteurs climatiques (les esp�ces circumter-restres) ou biotiques La concurrence, dans un m�me biotope, d�une esp�ce plus vigoureuse que l�autre en fait dispara�tre une progressivement. Ainsi, actuellement, � un �chelon local, on voit dans les pr�s sal�s des c�tes de la Manche s��tablir une Graminac�e (Spartina Townsendi) qui fait r�-</p><p>gresser lentement les esp�ces qui y �taient auparavant (Salicornia stricta...). Mais un facteur primordial est d�ordre pal�obiog�ographique ; il permet de conna�tre autant que faire se peut l�origine des es-p�ces ainsi que leur r�partition primitive.</p><p>La pal�og�ographie reconstitue avec plus ou moins de pr�cision les limites des terres �merg�es aux diff�rentes �poques g�ologiques. La th�orie des � ponts continentaux � fut longtemps mise en avant pour expliquer les aires de r�partition de certaines esp�ces ; l�hypoth�se de la � d�rive des continents �, qui a suscit� beaucoup de passions, est reprise actuellement avec la th�orie des � plaques � et explique la r�partition de flores fossiles dispers�es maintenant sur divers continents autour de l�oc�an Indien (continent de Gond-wana). Enfin, la reconstitution des climats anciens, surtout au Quaternaire, a permis d�expliquer diverses migrations et de comprendre des aires disjointes, comme on l�a vu pour les arctico-alpines.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Cartes de v�g�tation</p><p>� grande �chelle</p><p>y Objectifs. Parmi les entreprises de sauvegarde et de sauvetage de ce qui demeure en France de milieux r�put�s naturels, tout particuli�rement certains espaces forestiers, les plus importantes et les plus urgentes d�entre elles concernent un assez petit nombre de surfaces relativement restreintes, en t�te desquelles se situent les for�ts du centre du Bassin de Paris.</p><p>La sauvegarde de ce qui existe implique d�abord une connaissance solide de ce qui est ; de ce souci primordial, de plus en plus de gens ont aujourd�hui conscience : dessiner des contours d�espaces verts, de for�ts, est indispensable mais tr�s insuffisant si l�on veut atteindre � une politique pleinement �clair�e d�intervention, d�am�nagement, voire de d�fens.</p><p>� ce premier int�r�t d�inventaire, d�ar-chivage, d�j� en lui-m�me tr�s polyvalent, s�ajoutent au moins deux int�r�ts scientifiques : par ces bases, d�ment dat�es, il est possible de suivre l��volution de ces milieux naturels, tels que les groupements v�g�taux par exemple, les rendements en bois, et d�essayer de corr�ler ces faits �volutifs avec les param�tres naturels des milieux correspondants, mais �galement avec les diverses interventions pass�es et pr�sentes des hommes ; il est �galement possible, gr�ce � une bonne visualisation de ces diverses composantes, de choisir des emplacements de stations d��tudes</p><p>et de mesures scientifiques, m�sologiques et �cologiques dont l�implantation aura le plus de chance d��tre repr�sentative de conditions de milieux d�j� bien cern�es.</p><p>downloadModeText.vue.download 216 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11427</p><p>y Techniques. Cette connaissance repose d�abord sur un inventaire �quilibr� et pr�-</p><p>cis ; celui-ci implique un travail de recensement minutieux sur le terrain. Sa mise au net implique la constitution d�un certain nombre de cartes � grande �chelle. Une carte unique repr�sentant avec pr�cision les �l�ments constitutifs d�une for�t n�cessite une l�gende beaucoup trop lourde, des artifices qui la rendent peu lisible.</p><p>Aussi ces cartes th�matiques repr�sentent un moyen terme entre des cartes analytiques simples mais trop nombreuses et une carte unique qui, pour �tre lisible, serait obligatoirement � orient�e �, soit dans un sens scientifique, soit dans un sens de conservation, de production... De telles cartes demeurent possibles, mais elles impliquent d�autres choix. D�o� le nom de</p><p>� cartes th�matiques de base � donn� � celles qui sont repr�sent�es ici.</p><p>En effet, d�autres cartes pourraient �tre r�alis�es, portant sur le rep�rage (topographie, cheminements avec relev�s et extensions), sur les biomasses et les rendements de la for�t. L�ensemble de ces cartes, en ajoutant les cartes m�sologiques classiques, g�ologiques, g�omorphologiques, climatiques, pourrait constituer un atlas.</p><p>Ces cartes ont �t� r�alis�es dans l�un des plus grands massifs forestiers du Bassin parisien, celui de Saint-Gobain (Aisne), et couvrent actuellement 4 000 ha. 470 ha sont repr�sent�s ici. Lev�s de terrain par F. Albospeyre ; maquettes par F. Albospeyre et M. C. Jurilli. Coordination et r�-</p><p>daction : Fran�ois Morand, avec la collaboration de Marcel Bournerias. Ces travaux ont �t� r�alis�s avec l�aide du minist�re de l�Environnement, de l�E. N. S. de Saint-Cloud, du C. N. R. S., de l�Office du tourisme de l�Aisne, du Rotary international et de l�universit� Paris-X (Nanterre).</p><p>F. M.</p><p>F Biog�ographie / D�sert / For�t / Lande / Milieu</p><p>/ Montagne / Phytosociologie / Prairie / Savane /</p><p>Sol / Steppe / Toundra.</p><p>&amp; A. P. de Candolle, G�ographie botanique raisonn�e (Masson, 1855). / A. F. W. Schimper, Pflanzen-Geographie auf physiologischer Grundlage (Iena, 1898 ; 3e �d., 1935 ; 2 vol.).</p><p>/ A. Chevalier et L. Cu�not, � Biog�ographie �</p><p>dans Trait� de g�ographie physique sous la dir. de E. de Martonne (A. Colin, 1909 ; nouv.</p><p>�d., 1948-1950 ; 3 vol.). / J. Braun Blanquet, Pflanzensoziologie (Vienne, 1928 ; 3e �d., 1951). / H. Gaussen, G�ographie des plantes (A. Colin, 1933). / J. Carles, G�ographie botanique (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 3e �d., 1973). / G. Kuhnoltz-Lordat, Pr�cis de phytog�n�tique (Masson, 1952). / A. Cailleux, Biog�ographie mondiale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 3e �d., 1969). / M. Guinochet, Logique et dynamique du peuplement v�g�tal (Masson, 1955). / N. V. Polunin, Introduction to Plant Geography (New York, 1960 ; trad. fr.</p><p>�l�ments de g�ographie botanique, Gauthier-Villars, 1967). / P. Ozenda, Biog�ographie v�g�tale (Doin, 1964). / P. Birot, les Formations v�g�tales du globe (S. E. D. E. S., 1966).</p><p>/ G. Lem�e, Pr�cis de biog�ographie (Masson, 1967). / H. Elhai, Biog�ographie (A. Colin, coll.</p><p>� U �, 1968). / A. Lacoste et R. Salanon, �l�ments de biog�ographie (Nathan, 1969). / H. Walter, Vegetation of the Earth (Londres, 1973).</p><p>veine</p><p>Vaisseau qui ram�ne au coeur le sang*</p><p>provenant de toutes les parties du corps.</p><p>Anatomie</p><p>et physiologie</p><p>Les veines caves sup�rieure et inf�-</p><p>rieure ram�nent � l�oreillette droite le sang charg� de gaz carbonique provenant des tissus ; les veines pulmonaires ram�nent � l�oreillette gauche le sang oxyg�n� dans les poumons.</p><p>Les veines ont une paroi flasque du fait du peu d�importance, voire de l�absence des fibres musculaires dans leur paroi, dont la couche interne comporte des replis, ou valvules, qui s�opposent au retour du sang vers la p�riph�rie.</p><p>Les veines du tronc, de la t�te et les veines profondes des membres suivent un trajet voisin de celui des art�res correspondantes. Les veines superficielles des membres constituent un r�seau</p><p>suppl�mentaire de retour du sang, dispos� entre la peau (sous laquelle elles sont souvent visibles) et l�apon�vrose correspondante.</p><p>La circulation* dans les veines est relativement lente et la pression y est tr�s faible. Le retour du sang vers le coeur est d� � la pression r�siduelle � la sortie des capillaires, � la pression n�gative (par rapport � la pression atmosph�rique) provoqu�e par la pesanteur et surtout par les pressions qu�exercent sur les parois veineuses les muscles en se contractant. Cette action est essentielle aux membres inf�rieurs, notamment pendant la marche ou la course : les valvules s�opposent au retour du sang vers le bas, les veines se remplissent pendant la d�contraction des muscles, puis, au moment de leur contracture, le sang est propuls� vers le coeur.</p><p>Pathologie</p><p>Plaies</p><p>Les plaies des veines provoquent</p><p>des h�morragies bien diff�rentes des h�morragies art�rielles : �coulement lent, non saccad� de sang noir�tre ; la simple compression et la mise en position haute de la plaie viennent facilement � bout des h�morragies veineuses ; cependant, les plaies des gros troncs veineux n�cessitent une suture chirurgicale (parfois difficile du fait de la fragilit� des parois). Les plaies des veines du cou comportent en outre un danger d�embolie gazeuse pulmonaire par aspiration d�air (qui traverse le coeur droit et s�embolise dans les art�res pulmonaires).</p><p>Varices</p><p>Ce sont des dilatations pathologiques permanentes des veines. Les varices des membres inf�rieurs sont le plus souvent dites � essentielles �, c�est-�-</p><p>dire dues � une insuffisance de fonctionnement de leurs valvules, qui laissent refluer le sang de haut en bas : la stase veineuse entra�ne l�atonie de la paroi et la dilatation de la veine.</p><p>La veine saph�ne interne, qui monte depuis la cheville sur le c�t� interne de la jambe et de la cuisse, est le plus</p><p>souvent atteinte ; plus rares sont les varices de la saph�ne externe, � la face post�rieure du mollet. Des troncs superficiels anormaux (face ant�rieure de la cuisse ou de la jambe) peuvent �galement �tre le si�ge de dilatations variqueuses. Ces varices essentielles apparaissent chez des sujets jeunes : bien visibles � la station debout, elles disparaissent lorsque le membre est en �l�vation, pour se remplir d�s que l�on remet le pied � terre.</p><p>Outre un pr�judice esth�tique certain, les varices peuvent entra�ner un certain nombre de complications. Les p�riphl�bites, avec peau rouge, cartonn�e, douloureuse sur le trajet de la veine, sont accompagn�es souvent d�une thrombose du tronc variqueux.</p><p>L�ulc�re variqueux, atone, r�cidivant, est le terme d�une longue �volution n�glig�e. La rupture de varice peut se produire soit � l�ext�rieur, entra�nant une h�morragie externe abondante, mais c�dant facilement � la compression, soit sous la peau, formant un h�matome tr�s douloureux.</p><p>� c�t� de ces varices primitives, il existe des varices secondaires � d�autres affections : varices postphl�-</p><p>bitiques, fr�quentes chez la femme ob�se, � la m�nopause ; varices par compression des troncs veineux au cours de la grossesse (et alors temporaires) ou lors de l��volution d�une tumeur pelvienne b�nigne ou maligne.</p><p>Une g�ne � la circulation dans le territoire de la veine porte* (en particulier au cours des cirrhoses*) peut entra�ner la formation de varices oesophagiennes, dont la rupture provoque des h�morragies digestives parfois gravissimes.</p><p>Les varices du scrotum (enveloppes des testicules) portent le nom de vari-coc�le ; celles des veines ano-rectales, celui d�h�morro�des.</p><p>y Traitement des varices. Le traitement m�dical fait appel aux vaso-constricteurs (hammam�lis, hydrastis, marron d�Inde), aux substances protectrices des capillaires (vitamines C</p><p>et P). Certaines cures thermales (Ba-gnoles-de-l�Orne, Barbotan) donnent de bons r�sultats si les l�sions ne sont pas trop importantes. Le port</p><p>d�un bas � varices ou de bandes �lastiques soulage le malade, le prot�ge contre un traumatisme, mais n�est qu�un traitement palliatif. Le traitement scl�rosant consiste � injecter dans les varices une substance irritante qui provoque l�oblit�ration des veines malades : cette m�thode donne en g�n�ral de bons r�sultats dans les varices de faible grosseur, sans dilatations volumineuses ou multiples.</p><p>Le traitement chirurgical consiste dans l�extirpation des veines d�ficientes par introduction, apr�s ligature aux deux extr�mit�s, d�un cath�ter sp�cial, ou � stripper �, qui permet d�arracher compl�tement le vaisseau.</p><p>Cette m�thode est devenue de pratique courante, mais, en cas de varices compliqu�es, elle n�cessite des pr�cautions particuli�res, telle la recherche pr�alable d�une phl�bite profonde par un examen radiologique apr�s injection de substances de contraste dans le r�seau veineux du membre atteint (phl�bographie).</p><p>Phl�bite</p><p>C�est l�inflammation d�une veine avec formation d�un caillot qui entra�ne son oblit�ration.</p><p>La phl�bite peut �tre due � des</p><p>affections g�n�rales (cancers visc�-</p><p>raux, h�mopathies malignes, infections diverses), mais les causes les plus fr�quentes sont les interventions chirurgicales (surtout celles qui portent sur le bassin), les accouchements, les traumatismes avec ou sans fracture. Le r�le d�clenchant essentiel est l�absence d�exercice musculaire, le d�cubitus forc�.</p><p>Les signes de la phl�bite sont minimes au d�but de l��volution, � la phase dite � de phl�bothrombose � : sensibilit� � la pression, emp�tement des masses musculaires du mollet, douleur provoqu�e par la flexion dorsale du pied, fi�vre discr�te avec anxi�t�, acc�l�ration du rythme cardiaque. � un stade plus avanc�, dit � de thrombo-phl�bite �, le membre est tr�s douloureux, gonfl� par un oed�me important sur toute son �tendue (v. thrombose).</p><p>downloadModeText.vue.download 217 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11428</p><p>M�me dans les cas les plus favorables, l��volution est longue ; la r�sorption de l�oed�me demande plusieurs semaines et les s�quelles sont fr�quentes : lourdeur � la station debout, oed�mes persistants, troubles trophiques. Mais le risque majeur est la survenue d�une embolie pulmonaire, accident s�v�re, souvent mortel, parfois foudroyant, dont la fr�quence fait toute la gravit� des phl�bites.</p><p>La pr�vention des phl�bites et de leurs embolies exige une surveillance rigoureuse des op�r�s, des accouch�es, de tous les sujets contraints au d�cubitus prolong� : recherche quotidienne des signes de d�but de la phl�-</p><p>bothrombose et, � la moindre alerte, mise en oeuvre du traitement anticoagulant (v. anticoagulants). La mobilisation active et passive, les massages des membres inf�rieurs et surtout la pratique du lever pr�coce des op�r�s ont fait consid�rablement diminuer le nombre des phl�bites. Lorsque la mobilisation pr�coce est impossible (fractures du membre inf�rieur par exemple), le traitement anticoagulant syst�matique apporte une grande s�-</p><p>curit�. N�anmoins, malgr� toutes les pr�cautions, l�embolie pulmonaire demeure un risque impr�visible redout� de tous les chirurgiens.</p><p>P. D.</p><p>F Circulation.</p><p>&amp; C. Olivier, Maladies des veines, diagnostic et traitement (Masson, 1957).</p><p>V�lasquez</p><p>En esp. DIEGO VEL�ZQUEZ DE SILVA, peintre espagnol (S�ville 1599 - Madrid 1660).</p><p>La vie</p><p>Diego Vel�zquez est fils d�un Portugais, Juan Rodr�gues de Silva, d�une famille de petite noblesse venue de Porto � S�ville, et d�une m�re andalouse, Jer�nima Vel�zquez, dont il adoptera</p><p>le nom en premi�re ligne. Les �pisodes qui rythment sa carri�re et l�ordonnent, en gros, en quatre p�riodes, sont sa transplantation de S�ville � la Cour (1623) et les deux s�jours en Italie (1629-30 et 1649-1651).</p><p>Une vocation pr�coce le fait entrer � douze ans dans l�atelier de Francisco Pacheco (1564-1654), bon peintre de second plan flottant entre le mani�-</p><p>risme en vogue � S�ville � la fin du XVIe s. et un r�alisme encore timide, mais excellent professeur, �crivain et humaniste : V�lasquez lui devra une culture bien rare chez les peintres espagnols. L�adolescent, devenu l��l�ve pr�f�r� de Pacheco, passe brillamment en 1617 l�examen de ma�tre peintre et, l�ann�e suivante, �pouse Juana Pacheco, qui lui donne bient�t deux filles et lui assurera un foyer constamment heureux.</p><p>Admirateur de son gendre, dont le succ�s est rapide comme peintre de bodegones autant que de sujets religieux, Pacheco profite de la faveur d�un Andalou, le comte-duc d�Olivares, aupr�s du nouveau roi, Philippe IV, pour envoyer V�lasquez tenter sa</p><p>chance � Madrid. Un premier voyage, en 1622, lui assure des contacts pr�-</p><p>cieux ; il fait alors le portrait du po�te G�ngora. L��t� suivant, le comte-duc l�ayant appel� avec son beau-p�re, il obtient de faire le portrait du roi, qui d�embl�e se l�attache comme peintre de la Chambre. Un portrait �questre de Philippe IV, expos� � l�entr�e de la calle Mayor en 1625, lui vaut un succ�s triomphal ; en 1627, sa victoire sur les peintres chevronn�s de la Cour (tel Vicente Carducho [1576-1638]) dans le concours qui doit c�l�brer l�expulsion des Morisques par Philippe III (tableau perdu dans l�incendie du palais royal en 1734) d�sarme les envieux et ach�ve de le mettre hors de pair : il re�oit le titre d�� huissier de la Chambre �, le premier d�un cursus honorum qui lui assurera une carri�re de fonctionnaire du palais parall�le � celle de peintre, et non moins brillante. Le roi lui accorde un logement � l�Alc�zar, avec un atelier o� il vient presque chaque jour le voir peindre. Lorsque Rubens* vient � Madrid en mission diplomatique</p><p>(1628), c�est V�lasquez qui l�accom-</p><p>pagne � l�Escorial et, seul entre les peintres madril�nes, gagne son amiti� ; et c�est Rubens qui le presse d�aller �tudier sur place les ma�tres italiens.</p><p>Mis en cong� par Philippe IV, voyageant officieusement comme � favori du roi �, V�lasquez s�embarque � Barcelone en ao�t 1629. Ses �tapes principales sont G�nes, Milan, Venise, Rome, o� il loge au Vatican, puis � la Villa M�dicis, Naples, o� il rend visite � son a�n� Ribera*. Rentr� � la fin de 1630, ses activit�s officielles ne font que cro�tre. Tandis que sa fille a�n�e �pouse en 1633 son assistant, Juan Bautista Mart�nez del Mazo (v. 1612-1667), il dirige de 1634 � 1636 la d�coration du � salon des Royaumes � au nouveau palais du Retiro, puis celle du pavillon de chasse de la Torre de la Parada dans la for�t du Pardo. Nomm� en 1643 super-intendente de obras reales, il devient le conservateur de toutes les collections royales.</p><p>Quelques ann�es plus tard, V�las-</p><p>quez profite de la r�novation de plusieurs salons de l�Alc�zar pour demander une mission en Italie, afin d�acheter des tableaux et des antiques : il s�embarque � M�laga en janvier 1649. �</p><p>vingt ans de distance, il revoit les m�mes villes � mais cette fois comme personnage officiel, achetant pour le roi des Tintorets � Venise, des statues � Rome et � Naples. Un long s�jour � Rome marque le point culminant de son voyage : appel� � faire les portraits du pape Innocent X et de plusieurs cardinaux, leur succ�s lui ouvre l�acad�-</p><p>mie de Saint-Luc. Il s�attarde en Italie malgr� les rappels du roi, pour revenir enfin en juin 1651.</p><p>Il trouve une cour renouvel�e, un roi vieilli par les deuils et les revers, mais dans la lune de miel d�un rema-riage (avec sa tr�s jeune ni�ce Marie-Anne d�Autriche), et qui garde toute sa faveur au peintre, imposant sa nomination d�aposentador (� mar�chal � ou</p><p>� fourrier � du palais), charg� du logement des h�tes de marque et de l�organisation des d�placements royaux.</p><p>V�lasquez remplit avec conscience, tact et courtoisie les devoirs de cette charge, assez lourde, qu�il avait souhait�e. Sa carri�re trouve son couron-</p><p>nement en 1658 lorsque, malgr� la mauvaise volont� des dirigeants de l�ordre, la double intervention du pape et du roi lui assure l�� habit � de chevalier de Santiago � faveur tout � fait insolite pour un peintre. Il n�en jouira pas longtemps : au printemps de 1660, charg� de pr�parer la rencontre de l��le des Faisans et le mariage de Louis XIV</p><p>avec l�infante Marie-Th�r�se, il passe � la fronti�re des Pyr�n�es deux mois qui �puisent sa sant� d�j� affaiblie. Il doit s�aliter peu apr�s son retour � Madrid et meurt en quelques jours, sans doute d�un infarctus.</p><p>Belle vie, glorieuse comme celle de Rubens, quoique plus discr�te, qui s�est d�roul�e dans une large aisance � l�inventaire apr�s d�c�s des meubles, de la garde-robe, des joyaux, des collections de livres et d�objets d�art est assez �loquent � et qu�on peut supposer heureuse. Encore qu�on manque de t�-</p><p>moignages directs, rien n�indique que V�lasquez ait souffert de ne pouvoir se consacrer totalement � la peinture : sa vie de famille, la confiance et l�amiti� du roi semblent l�avoir combl�.</p><p>L�oeuvre de V�lasquez</p><p>Destin�e presque exclusivement au roi � partir de 1623, cette oeuvre forme aujourd�hui au mus�e du Prado un</p><p>ensemble d�une densit� saisissante, � l�exception de l��poque s�villane, mal repr�sent�e. Recherch�s depuis la fin du XVIIIe s. par les amateurs �trangers � anglais d�abord � et dispers�s aujourd�hui dans le monde entier, les tableaux de cette �poque sont rest�s longtemps mal connus. Religieux ou profanes, tous r�v�lent une ma�trise �tonnante chez un artiste aussi jeune.</p><p>Ils refl�tent moins l�influence de Pacheco que celles du fougueux Her-</p><p>rera* (chez qui V�lasquez aurait travaill� quelque temps), de Monta��s*, grand ma�tre de la sculpture sur bois et ami intime de Pacheco, et surtout du naturalisme t�n�briste du Caravage*, parvenu � S�ville vers 1610. L��clat dur de plaques de couleur largement oppos�es, les volumes puissamment accus�s par les contrastes de lumi�re et d�ombre donnent aux formes un</p><p>relief de bois sculpt�. Aucune diff�-</p><p>rence entre les bodegones et les sujets religieux, entre l�Apostolado incom-</p><p>plet (mus�es de Barcelone, d�Orl�ans, etc.), aux mod�les robustement pl�-</p><p>b�iens, l�Apparition de la Vierge � saint Ildefonse (S�ville) ou l�Adoration des Mages de 1619 (Prado), qui valent d�abord par leurs magnifiques portraits, et les sc�nes de la vie populaire s�villane : la Vieille Femme faisant frire des oeufs (1618, Glasgow) ou l�Aguador (coll. priv. anglaise), d�une si paisible majest�. Sous un pr�-</p><p>texte sacr� (le Christ chez Marthe et Marie, National Gallery, Londres ; les Disciples d�Emma�s, coll. priv. irlandaise), ce sont des mod�les semblables qui occupent le premier plan, vus � mi-corps, � l�exemple de tableaux hollandais du si�cle pr�c�dent (Aertsen*), que V�lasquez a pu conna�tre.</p><p>Les premi�res ann�es de V�lasquez � la Cour lui apportent la le�on des collections royales, des Italiens, de Rubens, qui lui apprennent � assouplir et a�rer ses figures. On peut appr�cier � travers les premiers portraits de la famille royale (Philippe IV en pied, l�Infant don Carlos, Prado) comment le jeune peintre recueille la tradition presque centenaire du portrait de cour, h�rit�e d�Antonio Moro (1519-1576) et d�Alonso S�nchez Coello (1531</p><p>ou 1532-1588) � raide et impassible dignit� de la pose, accessoires de rigueur : rideau et table, collerette et gants</p><p>�, mais en all�geant la silhouette, en �gayant sa palette de carmins qui downloadModeText.vue.download 218 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11429</p><p>�voquent Titien* (Philippe IV en buste, Prado). Bient�t, il abordera le monde de l�humanisme et de la fable : � la veille de partir pour l�Italie, en 1629, il touche le prix des Buveurs (Prado), tableau encore mi-t�n�briste qui juxtapose, non sans dissonance, le jeune Bacchus � d�hilares paysans andalous.</p><p>L�Italie � et surtout Venise, o� il trouve le � meilleur de la peinture � �</p><p>lui enseigne � grouper ses figures avec aisance, � les baigner d�une atmosph�re homog�ne : on le voit dans la Tunique de Joseph pr�sent�e � Jacob (1630, Escorial), seul tableau qu�il ait</p><p>s�rement peint � Rome alors (les si modernes petits paysages des Jardins de la Villa M�dicis [Prado] restent � disput�s � par la critique moderne entre les deux s�jours romains).</p><p>Avec le retour � Madrid, V�las-</p><p>quez atteint la pl�nitude d�un art qui n��voluera que lentement durant deux d�cennies, jouant avec une �gale ma�-</p><p>trise, selon les commandes royales, de registres tr�s divers, cr�ant des harmonies personnelles d�ocres, de verts et de gris, adoptant souvent comme fonds de grands paysages clairs. Les divers secteurs de son oeuvre sont in�gaux par le nombre, non par la qualit�. De rares compositions religieuses, dont la plus �mouvante est l��me chr�tienne devant le Christ flagell� (National Gallery), la plus subtilement baroque les Anges prot�geant saint Thomas d�Aquin de la tentation (Orihuela, mus�e dioc�sain), les plus connues celles qu�il peignit pour des monast�res ou des oratoires royaux (aujourd�hui au Prado) : le Christ en Croix, sculptural et olym-pien, les Ermites et le Couronnement de la Vierge, aux harmonies claires, ces deux derni�res oeuvres inspir�es par des gravures de D�rer.</p><p>En face de ce groupe, et un peu plus nourri (malgr� les pertes de l�incendie de 1734), celui des sujets tir�s de l�Antiquit� classique n�a pas fini de passionner les commentateurs. Ces tableaux transposent librement des mo-d�les antiques ou renaissants dans une atmosph�re moderne et famili�re �</p><p>suivant l�exemple de Ribera, mais de fa�on plus subtile et ambigu�. D�rision des idoles consacr�es, ou sentiment de la continuit� du monde, de la p�rennit� des types et des caract�res ? On peut h�siter devant les figures cocasses, mais toujours dignes, peintes entre 1636 et 1639 pour la Torre de la Parada (Prado) : le Mars, qui est � la fois le</p><p>� Pensieroso � de Michel-Ange et un sous-officier moustachu, et ces gueux picaresques, l��sope ou le M�nippe noblement drap� dans sa cape. Mais le large r�alisme de la Forge de Vulcain (Prado) n�a rien de burlesque, et toute arri�re-pens�e ironique semble bannie de la merveilleuse V�nus au miroir (National Gallery), avec le myst�re du visage devin� par son seul reflet ;</p><p>peinte avant 1651, peut-�tre en Italie</p><p>� bien que la gr�ce nerveuse de ce nu cambr� � en guitare � soit tout espagnole �, elle appara�t exceptionnelle dans la peinture du Si�cle d�or.</p><p>� ces deux groupes s�ajoute un seul grand tableau d�histoire, destin� au salon des Royaumes du Retiro (1635) : les Lances (ou la Reddition de Breda aux Espagnols, Prado), chef-d�oeuvre de rythme dans sa composition en</p><p>frise, de raffinement chromatique avec les tons contrast�s de ses deux groupes sur les vastes lointains bleu�tres, de dignit� humaine dans l�accueil du vainqueur au vaincu.</p><p>Malgr� tout, V�lasquez se sp�cialise de plus en plus dans le portrait � et d�abord dans ceux de la famille royale, souvent devant les fonds de rochers et de ch�nes verts du Guadarrama, dans une lumi�re argent�e : grands portraits �questres � la Rubens destin�s au Retiro et pass�s au Prado (Philippe III, Philippe IV, le petit Infant Baltasar Carlos), portraits en chasseurs pour la Torre de la Parada, �galement au Prado (Philippe IV, son fr�re Don Fernando et l�Infant Baltasar Carlos, accompagn�s de leurs chiens). Parmi les divers portraits royaux en pied ou en buste �</p><p>dont plus d�une bonne r�plique est due � Mazo �, il faut mettre hors de pair le Philippe IV au b�ton de commandement, dit � de Fraga � (1644, Frick Collection, New York), �blouissant par la libert� de la facture et l�impr�vu des accords rose, noir et argent.</p><p>Aux antipodes se situe l�� infra-</p><p>monde � du palais, le groupe des</p><p>hombres de placer, nains et bouffons dont la cour d�Espagne � et la peinture de cour � conservaient la tradition m�di�vale. V�lasquez, qui en a peint plusieurs entre 1635 et 1645</p><p>(Prado), les individualise avec une vigueur et un naturel uniques : bouffons en pied, dans leurs poses ironiques ou th��trales, d�autres assis, � demeur�s � ou nains intelligents (El Primo, le Flamand S�bastian de Morra) au regard d�une acuit� presque insoutenable � figures qui suffisent � exprimer l�humanit� profonde, �trang�re � l�emphase comme � la caricature, de l�art v�lasquezien.</p><p>Appel� � peindre quelques visiteurs de marque (le duc Fran�ois d�Este, pinacoth�que de Mod�ne), de hauts dignitaires (le Comte de Benavente, 1649, Prado � le plus � titianesque �</p><p>de ses portraits), V�lasquez fixa aussi les traits de quelques amis ou familiers : ainsi sa femme, Juana Pacheco (en sibylle, Prado), l�illustre sculpteur Monta��s (Prado), son fid�le collaborateur, le mul�tre Juan de Pareja (coll.</p><p>priv. anglaise), qu�il peignit � Rome en 1650 � pour se faire la main � avant d�ex�cuter le portrait du pape Innocent X (Rome, galerie Doria). Celui-ci, par l�autorit� de la pose, l��clat du regard, l�audacieuse symphonie des rouges, inspir�e peut-�tre par le Cardinal Guevara du Greco*, est peut-�tre le chef-d�oeuvre de son auteur, et du portrait europ�en baroque.</p><p>Mais les oeuvres � peu nombreuses</p><p>� des dix ann�es qui suivent le second voyage d�Italie marquent un renouvellement des th�mes et surtout du style.</p><p>Si le roi appara�t us�, fl�tri dans ses derniers portraits, la jeune reine Marie-Anne, les petits infants tiennent d�sormais une place majeure ; les portraits de ces derniers se partagent entre le Prado et Vienne (Infante Marguerite en robe bleue, Infante Marguerite � la rose, Infant Philippe Prosper), ayant �t� envoy�s � la branche autrichienne des Habsbourg. De ces mod�les fr�les et gracieux, V�lasquez accentue l�es-p�ce d�indiff�rence en les repr�sentant fig�s dans leurs atours ; il les traite moins comme des � personnages �</p><p>que comme des � harmonies � sur des dominantes gris argent, bleu ou rose, substituant aux contours arr�t�s un jeu de taches, de touches vibrantes qui fait miroiter les grandes formes simples.</p><p>Celles-ci se fondent avec le cadre de rideaux, de consoles dor�es, de glaces pour cr�er un univers plus f�erique que r�el.</p><p>Il en est de m�me dans les deux derni�res grandes compositions de V�lasquez. L�une, les Fileuses (v. 1657, Prado), est � la fois l��vocation du mythe d�Arachn� et la repr�sentation d�un atelier de tapisserie, dont les ouvri�res, rythm�es avec une aisance souveraine, s�estompent dans le demi-jour.</p><p>L�autre, les M�nines (1658, Prado), est</p><p>un � instantan� � de la vie quotidienne de la Cour dans un apr�s-midi d��t�, r�unissant autour de la petite infante Marguerite ses demoiselles d�honneur (meninas), ses nains familiers, son chien, et aussi le peintre au travail, dont on voit le revers de la toile, tandis que le couple des souverains se refl�te dans un miroir sur le mur du fond : tableau unique, tant par la composition insolite que par le naturel des gestes et des attitudes, la douceur myst�rieuse de la lumi�re et de l�espace � � sauvetage � de l�instant fugitif capt� par un oeil d�une acuit� in�gal�e.</p><p>La courbe de V�lasquez, partie du t�n�brisme, s�ach�ve ainsi sur une sorte d�� impressionnisme �. Apr�s avoir r�nov� la vision des peintres madril�nes de la seconde moiti� du si�cle, de Carre�o* � Claudio Coello, �veill� le g�nie de Goya* � qui grava plusieurs de ses oeuvres et renoua avec son style de portrait �, l�influence de V�-</p><p>lasquez devient europ�enne au XIXe s. : il a � fait tomber les �cailles des yeux �</p><p>aux r�alistes de 1850, selon l�expression de Manet*, qui, � Madrid, salue en lui le � peintre des peintres �. Mais il fait figure aussi d�initiateur pour les Monet*, les Renoir*, les Whistler*, anticipant sur leurs recherches chromatiques et leur image � fluide � du monde.</p><p>P. G.</p><p>&amp; E. Lafuente Ferrari, Vel�zquez (Londres, 1943) ; V�lasquez (Skira, Gen�ve, 1960). / J. Ortega y Gasset, Vel�zquez (Madrid, 1959 ; nouv.</p><p>�d., 1963). / J. A. Gaya Nu�o, Bibliograf�a cr�-</p><p>tica y antol�gica de Vel�zquez (Madrid, 1963).</p><p>/ J. Lopez Rey, Vel�zquez : catalogue raisonn� (Londres, 1963). / J. Cam�n Aznar, Vel�zquez (Madrid, 1965 ; 2 vol.). / P. M. Bardi, L�opera completa di Vel�squez (Milan, 1969 ; trad. fr.</p><p>Tout l�oeuvre peint de V�lasquez, Flammarion, 1969). / J. Gallego, Vel�zquez en Sevilla (S�ville, 1974). / J. Gudiol, Vel�zquez (Barcelone, 1974).</p><p>Venceslas (saint)</p><p>En tch�que, V�CLAV, en allem. WEN-ZEL, duc et saint patron de la Boh�me (Libu��n, pr�s de Kladno, v. 907 - Star� Boleslav, pr�s de Prague, 929 ou 935).</p><p>La vie</p><p>Le grand-p�re de Venceslas Bo&#x159;ivoj Ier, de la dynastie des P&#x159;emyslides, a �t� baptis� par l��vang�lisateur des Slaves, saint M�thode, et sa femme, sainte Ludmila, a prot�g� le clerg� chr�tien. Mais l�opposition des pa�ens reste forte, et nulle �glise n�est encore construite � Prague. Avant l�effondrement de l�empire de la Grande-Mo-</p><p>ravie*, au d�but du Xe s., la Boh�me*</p><p>�chappe de plus en plus � son influence et reconna�t en 895 la suzerainet� de l�Empire. Elle cesse de d�pendre de l��v�ch� de Nitra (dans la Slovaquie actuelle) pour passer sous le contr�le de l��v�ch� de Ratisbonne. La liturgie slave d�cline rapidement, et la Boh�me downloadModeText.vue.download 219 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11430</p><p>n�aura un �v�ch� autonome, � Prague, qu�en 973.</p><p>Vratislav (� v. 921), duc vers 916, �pouse Drahom�ra, princesse chr�-</p><p>tienne de la tribu des Stodoranes.</p><p>L�a�n� de ses enfants, Venceslas, a �t� baptis� par le clerg� slave ; il subit l�influence de sa grand-m�re Ludmila ; pieux et instruit, il apprend le latin. Son p�re, duc de Boh�me, doit lutter contre les invasions hongroises et, en 920-21, il meurt au cours d�une exp�dition.</p><p>Venceslas est proclam� duc, mais il est encore mineur et la r�gence est exerc�e par sa m�re, Drahom�ra, et sa grand-m�re Ludmila. En 921, un conflit</p><p>oppose les deux femmes. Drahom�ra, alli�e � la noblesse pa�enne, fait �trangler sainte Ludmila. D�sormais, le paganisme triomphe, et Venceslas</p><p>lui-m�me ne peut prier qu�en secret.</p><p>En 923-24, le duc de Bavi�re Arnulf (� 937) veut profiter des querelles internes et il envahit la Boh�me. Venceslas, malgr� sa jeunesse, combat avec succ�s contre l�invasion. Il s��mancipe de l�influence de sa m�re et, � partir de 925, � dix-huit ans, il gouverne seul.</p><p>Toutes les chroniques soulignent sa pi�t�. Plus moine que guerrier, il s�entoure de pr�tres, vit dans la pauvret� et la chastet�. Venceslas profite de ses droits de haut justicier pour r�duire les</p><p>condamnations � mort et il essaie d�appliquer avec humanit� la justice brutale de son temps. Il fonde des �glises, mais les chroniques ne mentionnent que l��glise Saint-Guy, � Prague.</p><p>Il doit tenir compte de la puissance de l�Empire. Henri Ier, qui r�gne depuis 919, envahit la Boh�me en 929. Venceslas se rend compte qu�une lutte arm�e serait trop in�gale et il r�pugne � la guerre. En 929, il reconna�t la suzerainet� de l�Empire et accepte de lui verser tribut, afin de pr�server l�existence de la Boh�me.</p><p>Mais il r�gne depuis trop peu de</p><p>temps pour �tablir solidement son pouvoir. Il se heurte � l�opposition de son fr�re Boleslav (� 967), qui rassemble ses partisans et leur fait �lever un ch�-</p><p>teau en pierre � une vingtaine de kilom�tres de Prague, � Star� Boleslav. Jaloux de son fr�re Venceslas, Boleslav veut se d�barrasser de lui pour des raisons religieuses, mais aussi politiques.</p><p>Il le tue de sa propre main, � coups d��p�e, devant la porte de l��glise de Star� Boleslav. On ignore la date pr�-</p><p>cise de ce meurtre. On ne sait si ce fut � la date l�gendaire du 28 septembre, qui sera d�sormais la f�te de saint Venceslas. La tradition place sa mort en 929, mais certains historiens, s�appuyant sur la correspondance d�Henri Ier, pensent qu�il aurait �t� tu� en 935.</p><p>Le corps de Venceslas fut d�pos� en l��glise Saint-Guy de Prague. La canonisation semble avoir �t� presque im-m�diate, d�s le Xe s., � une date inconnue. D�s 972, une �glise est consacr�e � saint Venceslas, martyr, � Prosek pr�s de Prague. Les sacramentaires de la fin du si�cle mentionnent d�j�, au 28 septembre, la f�te de saint Venceslas.</p><p>Le culte</p><p>Par une �trange �volution, le duc-moine devient l�id�al du roi chevalier, il est en effet repr�sent� l��p�e � la main, en d�fenseur de la nation boh�mienne. Les rois pr&#x11B;myslides invoquent le saint lors des combats et, d�s la fin du XIIIe s., l��p�e de Venceslas sert � adouber les nouveaux chevaliers � la cour de Prague. Charles IV</p><p>fait agrandir la cath�drale Saint-Guy</p><p>de Prague, avec une chapelle magnifiquement orn�e d�di�e � saint Venceslas. En 1346, il d�cide que la couronne de Boh�me portera d�sormais le nom de � couronne de saint Venceslas �, et cette d�nomination survivra.</p><p>Le culte de saint Venceslas est tr�s r�pandu dans le peuple de Boh�me.</p><p>Le cantique de saint Venceslas compos� au XIIIe s., ou au XIVe s., en langue tch�que, � la fois religieux et national, correspond � une p�riode d��veil national � l��poque des P&#x159;emyslides. Il continue � �tre chant� de nos jours dans les �glises tch�ques. Mais le culte de Venceslas est commun aux deux nationalit�s de la Boh�me : le nom de Wen-zel est aussi r�pandu parmi les Allemands que V�clav parmi les Tch�ques.</p><p>� l��poque baroque, saint Vences-</p><p>las est c�l�br� par les catholiques de la Contre-R�forme, surtout � partir de la fin du XVIIe s. Avec saint Jean N�pomu-c�ne (v. 1330 - v. 1393), il est le grand saint de la Boh�me, et on les trouve sur les calvaires et colonnes votives associ�s � saint Jacques et � saint Roch.</p><p>La renaissance nationale du XIXe s.</p><p>exalte en lui le d�fenseur de la nation.</p><p>En 1848, le Congr�s slave de Prague s�ouvre par une messe sur la place du March�-aux-Chevaux, pr�s d�une ancienne statue de saint Venceslas ; la place devient, � la fin du si�cle la place Saint-Venceslas (V�clavsk� n�m&#x11B;st�), et, en 1908, y est install�e une statue de bronze due au meilleur sculpteur tch�que de ce temps, Josef V�clav Myslbek (1848-1922). Son socle porte les vers du cantique : � Saint Venceslas, ne nous laisse pas p�rir, nous et notre descendance. � La place Saint-Venceslas devient d�s lors le centre des grandes manifestations nationales.</p><p>B. M.</p><p>F Boh�me.</p><p>&amp; F. Dvornik, Svat� V�clav (Saint Venceslas)</p><p>[Rome, 1968].</p><p>Vend�e. 85</p><p>D�part. de la R�gion Pays de la Loire ; 6 721 km 2 ; 450 641 hab. (Vend�ens).</p><p>Ch.-l. La Roche-sur-Yon. S.-pr�f. Fontenay-le-Comte, Les Sables-d�Olonne.</p><p>La Vend�e � dont le nom, tir�</p><p>d�un petit affluent de la S�vre nior-taise, a trouv� dans les �preuves de la R�volution une brutale cons�cration</p><p>� correspond au Bas-Poitou histo-</p><p>rique. Terre de contacts, g�ologique, maritime, climatique, elle multiplie les contrastes. Le socle primaire armoricain, qui couvre les quatre cinqui�mes de son territoire, commande ses traits g�n�raux. � l�est, une �paisse boursouflure cristalline N.-O.-S.-E. �l�ve � 285 m, au Puy Crapaud, les hauteurs de la G�tine, vent�es et arros�es (1 000 mm). � son pied, vers l�ouest, un long glacis schisteux hach� de failles de m�me direction, le Bocage, au nom significatif, enveloppe d�un r�seau de haies vives une petite plaine calcaire plus ouverte (bassin de Chan-tonnay). G�tine et Bocage ont v�cu, dans leurs grandes m�tairies comme dans leurs petites borderies dispers�es, d�une maigre polyculture fond�e sur le seigle, le sarrasin, le chou, le mouton ; amend�s, ils s�adonnent � de lucratifs �levages bovins (foires de Pouzauges et de La Ch�taigneraie).</p><p>Au sud, d�j� aquitaine par son appartenance g�ologique et climatique, la plaine de Fontenay-le-Comte est une grande table calcaire jurassique aux campagnes d�couvertes, � l�habitat group�, aux riches cultures c�r�ali�res et fourrag�res. Un petit vignoble autour de Mareuil-sur-Lay et Rosnay souligne les affinit�s m�ridionales du pays.</p><p>La c�te d�signe encore une autre</p><p>Vend�e. Ensabl�e et envas�e par des apports marins, elle offre, de la baie de Bourgneuf � la S�vre Niortaise, sur 170 km, une succession de dunes bois�es, de falaises rocheuses, de marais.</p><p>Un labeur opini�tre a fait des marais, depuis le XIe s., des terres de rapport.</p><p>Au nord, le Marais breton des bourrines �l�ve le canard blanc � nantais �</p><p>(Challans) ; au sud, le Marais poitevin, � dess�ch� � devant Lu�on dans son trac� g�om�trique de canaux hollandais du XVIIe s., � mouill� � vers l�int�rieur dans son d�cor de saules, d�ormeaux et de peupliers (la � Venise verte �), nourrit un gros b�tail laitier</p><p>et d�embouche. Leurs grasses terres de bri portent de belles cultures l�gu-mi�res (pommes de terre nouvelles, petits pois, oignons), florales (tulipes de La Tranche-sur-Mer), de tabac. Les ports, Les Sables-d�Olonne, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Fromentine,</p><p>et les �les, Noirmoutier et Yeu, pratiquent la p�che ; la baie de Bourgneuf, l�ostr�iculture ; l�anse de l�Aiguillon, la mytiliculture. Avec Saint-Jean-de-Monts, Sion-sur-l�Oc�an, La Tranche-sur-Mer, La Faute-sur-Mer, ils sont devenus, servis par un ensoleillement exceptionnel (2 400 heures par an contre 1 800 � Paris) dont t�moigne la floraison du mimosa en f�vrier, des stations baln�aires r�put�es.</p><p>Riche et diverse, la Vend�e n�en a pas moins ses probl�mes. Elle est, en d�pit d�une natalit� sup�rieure � la moyenne fran�aise (17,6 pour 1 000</p><p>contre 16,7), relativement peu peupl�e (67 hab. au km 2 ; France, 95). Un sous-emploi chronique contraint de nombreux jeunes � l�exode (25 000 d�parts entre 1954 et 1968). La concentration des exploitations agricoles a �limin� plus d�un quart d�entre elles en quinze ans (42 754 en 1955, 31 396 en 1970 ;</p><p>&#x2212; 27 p. 100). Celles qui restent totali-saient, en 1968, 36 p. 100 des emplois du d�partement (59 000 sur 165 000, contre 16 p. 100 pour la France en-ti�re), proportion beaucoup trop lourde pour les rendre viables, et il faut s�attendre � d�autres d�parts massifs.</p><p>L�industrie progresse (31 p. 100 des emplois ; France, 39 p. 100), soutenue par les ressources locales, de vieilles traditions textiles, une d�centralisation parisienne sensible aux attraits d�une main-d�oeuvre � bon march� et d�un r�gime d�aides de l��tat substantiel en zone 1 (conserves de viandes � Pouzauges, de poissons aux Sables-d�Olonne et dans l��le d�Yeu, machines � laver et conteneurs � La Roche-sur-Yon, roulements � billes et contre-plaqu�s � Fontenay-le-Comte, pi�ces automobiles � La Bruffi�re, confection, lingerie, chaussures dans le nord du d�partement au contact du Choletais, laiteries, minoteries, tanneries, briqueteries, meubles, bateaux de p�che et de plaisance, mine d�uranium des Herbiers), mais les industries de haute technicit�, �lectriques, �lectroniques, manquent. Le barrage de Mervent, sur</p><p>la Vend�e, en for�t de Vouvant, sert davantage l�alimentation en eau du sud du d�partement et le tourisme nautique downloadModeText.vue.download 220 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11431</p><p>que la production d��nergie (4,5 GWh par an). Le secteur tertiaire ne pr�sente, le tourisme mis � part, qu�un �ventail de services mince et banal (31 p. 100</p><p>d�actifs ; France, 45 p. 100).</p><p>La Vend�e se transforme, mais</p><p>souffre de l�isolement dans lequel la confinent son bocage et sa situation excentrique, de graves lacunes d��quipement (transports, formation professionnelle, habitat), de l�inertie d�une grande propri�t� nobiliaire longtemps fig�e, de mentalit�s d�un conservatisme social et religieux surann�, de l��loignement de Paris. Les villes sur lesquelles elle s�appuie, mal �paul�es, sont petites. Le taux d�urbanisation du d�partement ne d�passe pas 39 p. 100</p><p>(France, 70 p. 100). Fontenay-le-</p><p>Comte, ancien chef-lieu d�partemental d�chu, est une agglom�ration de 16 768 habitants ; Lu�on, si�ge �piscopal, compte 9 574 habitants ; Sainte-Gilles-Croix-de-Vie, 6 851 ; Les</p><p>Herbiers, 10 977 ; Challans, 12 214 ; Saint-Jean-de-Monts, 5 543 ; Chan-tonnay, 7 430. Seuls se hissent � un meilleur niveau Les Sables-d�Olonne, pittoresquement serr�s, � l�abri de son c�l�bre � Remblai �, entre son port et sa plage (18 204 hab.), et La Roche-sur-Yon, le chef-lieu, n� de la volont� de Napol�on Ier en 1804 pour tenir un pays encore peu s�r et devenu centre r�gional (viandes, haras, cr�-</p><p>dit et mutualit� agricoles, industries ; 48 053 hab.). Mais le coup d�envoi est peut-�tre donn�. La Vend�e semblerait chercher dans l�affermissement de ses structures urbaines le support de ses n�cessaires mutations.</p><p>Y. B.</p><p>F Loire (Pays de la).</p><p>&amp; M. Ters, la Vend�e littorale (Impr. Oberthur, Rennes, 1963). / La Vend�e (Delmas, 1967).</p><p>Vend�e</p><p>(guerre de)</p><p>Insurrection contre-r�volutionnaire qui eut lieu en Vend�e � partir de 1793.</p><p>Un probl�me difficile</p><p>� Pour Dieu et pour le roi ! � Au coeur des Mauges, dans la ferme tass�e entre les chemins creux et que le rideau d�arbres et de haies vives prot�ge des regards, comme dans la bourrine au milieu des bois du marais, c�est la phrase que r�p�te � l�enfant l�a�eule �ducatrice. C�est elle que redit le pr�tre � l��cole du dimanche et que reprend, incantatoire, le choeur des jeunes � la veill�e ou dans l�assembl�e du village.</p><p>� Pour Dieu et pour le roi ! � c�est la psalmodie de la foule paysanne qui, l��t� venu, part en procession vers un de ces hauts lieux du martyrium des</p><p>� Blancs � que poss�de chaque communaut� vend�enne ou bretonne. La guerre des g�ants se r�duit-elle � la volont� de sauver le r�gime que l�on va dire ancien, la foi des p�res ?</p><p>Pour le roi ? D�s l�Empire, c�est ce que pr�tend un fonctionnaire, Alphonse de Beauchamps. Il �crit dans son Histoire de la guerre de Vend�e (1806) que l�insurrection a �t� pr�-</p><p>par�e par des nobles en accord avec l�aristocratie �trang�re. La lev�e des 300 000 hommes d�cid�e par la Convention en f�vrier 1793, impopulaire chez les paysans, aurait h�t� le jour du soul�vement, car les conjur�s �taient assur�s de mobiliser les fermiers et leurs domestiques. En 1815, la marquise de La Rochejaquelein vient, � cette th�se, apporter sa caution. Il existait bien, dit-elle dans ses M�moires, un complot qui, d�bordant le cadre de la Bretagne et de la Vend�e, visait par une contre-r�volution g�n�rale � �tablir le Dauphin dans ses droits. D�s lors, royalistes et r�publicains r�p�teront � l�envi cette th�se, exaltante pour les premiers, s�curisante pour les seconds puisqu�elle explique la r�volte d�un peuple �gar� contre la patrie commune.</p><p>Pour Dieu ? � la th�se du complot des nobles s�ajoute tr�s t�t celle du complot des pr�tres. Les r�fractaires et avec eux leurs paroissiens violen-</p><p>t�s dans leur conscience ont pris les armes pour d�fendre la foi. Michelet et E. Quinet, apr�s le g�n�ral Turreau et Savary, feront cette lecture de la guerre de Vend�e.</p><p>Complot ou r�volte spontan�e d�un peuple qu�on opprime ? En 1841, le l�gitimiste Jacques Cr�tineau-Joly est le premier � soutenir cette seconde proposition que reprendront, plus pr�s de nous, des historiens comme Pierre de La Gorce ou �mile Gabory. Pour mieux comprendre la r�volte, ne fallait-il pas d�abord commencer par conna�tre les r�volt�s ? Cette nouvelle interpr�tation eut le m�rite de susciter des recherches sociologiques qui furent marqu�es par les travaux de Richard M. Andrews, de Paul Bois, de Marcel Faucheux et de Charles Tilly. Ils nous aident � mieux comprendre l�hostilit� de ces campagnes contre la bourgeoisie r�volutionnaire. Dans l�ouest du haut Maine, on voit ainsi cette bourgeoisie accapareuse des terres et concurrente victorieuse des paysans, auxquels elle demande plus �prement que les nobles les paiements des droits seigneuriaux.</p><p>Dans les Mauges, la noblesse � absent�iste � confie le recouvrement de ses droits seigneuriaux � des � fermiers g�n�raux �, bourgeois des villes qui en �l�vent le taux pour en tirer b�n�fice.</p><p>Au contraire, � l�est de la Sarthe, o� les � Bleus � auront leurs bastions, la bourgeoisie vit en symbiose avec une population rurale o� sont nombreux les artisans du textile qui protestent contre la r�glementation de l�Ancien R�gime.</p><p>Ainsi y a-t-il une coupure sociologique dans les pays insurg�s entre bourgeois r�volutionnaires et paysans.</p><p>Mais si cette situation, grosse d�antagonismes, rend compte de l��pret� et de la dur�e d�une guerre qui marque encore la psychologie collective des hommes de l�Ouest, ne faut-il pas aussi rappeler ce que les historiens classent trop facilement parmi les causes imm�-</p><p>diates de la lutte et qui fait partie des causes profondes : le tribut en hommes demand� par la R�publique. Dans</p><p>la � cav�e � de la vigne comme dans le � cheintre � du bocage, cette terre de bonne amiti� que le paysan, en se penchant, p�trit de ses doigts habiles, c�est le reste des anc�tres qui, vivants</p><p>et morts, se firent gl�be pour nourrir les g�n�rations futures. En un temps o� les progr�s techniques sont minces, la terre ne rapporte que le travail accumul� de tous ses fils. Les enlever, c�est condamner le pays � mourir ; or, la R�publique exige pour la d�fense des fronti�res un contingent de jeunes insupportable ; c�est que les lev�es de</p><p>� volontaires � pr�c�dentes ont moins frapp� la Vend�e et la Bretagne que les autres d�partements. Il faut donc maintenant payer les arri�r�s de l�imp�t du sang et les verser pour une patrie que l�on ne comprend pas. Plus qu�en aucune autre r�gion de France, l�habitant de ces r�gions est incapable de se hausser au niveau de l�aventure collective dans laquelle la R�volution entra�ne les Fran�ais. Ici, et pour longtemps, la</p><p>� patrie � se borne � la derni�re haie qui limite le terroir cultiv�. Au-del� finit la vie. S��loigner du village, c�est quitter le monde des vivants. C�est ce qu�exprimeront ces foules rurales quand, sous l�Empire, elles accompagneront d�un De profundis les conscrits de Napol�on.</p><p>La lutte terrible</p><p>� La paix, la paix, pas de tirement ! �</p><p>� Saint-Florent-le-Vieil, le 12 mars 1793, les paysans rassembl�s refusent le tirage au sort des � volontaires �.</p><p>En quelques jours, le mouvement fait tache d�huile, et, arm�s de gourdins, de fourches et de faux, les paysans attaquent les gardes nationaux, les pr�tres constitutionnels, les hommes de la lev�e de l�imp�t ou du recrutement des hommes. � leur t�te, les premiers temps, point de nobles, mais des gens du peuple : un voiturier, faux-saunier que la disparition de la gabelle g�ne, Cathelineau ; un ancien soldat devenu garde-chasse, Stofflet ; un procureur, Souchu ; un chirurgien, Joly ; un perru-quier, Gaston.</p><p>La lutte prend tr�s vite un caract�re de f�rocit� qu�elle conservera tout du long. � Machecoul, pendant un</p><p>mois, on fusilla, on mutila et on em-pala m�me ceux que l�on arr�tait. Les troupes r�publicaines (les � Bleus �), peu nombreuses et parfois aux ordres de g�n�raux sans-culottes sans aucune capacit�, sont partout d�bord�es et bat-</p><p>tues : celle de Wesermann � Ch�tillon le 5 juillet, celle de Santerre � Vihiers le 13. Mais d�j� les nobles ont pris la rel�ve des roturiers pour encadrer ce qui va devenir la � grande arm�e �</p><p>catholique et royale, et les troupes r�publicaines commencent � conna�tre les noms de Charette, un ancien lieutenant de vaisseau, de Bonchamps et de d�Elb�e, de Lescure, et de La Rochejaquelein. La marquise de La Rochejaquelein nous renseigne sur la tactique pratiqu�e par les � vend�ens � : � Elle consistait � se r�pandre en silence derri�re les haies, tout autour des</p><p>� Bleus �. On tirait ensuite des coups de fusil de tous c�t�s ; et � la moindre h�sitation, au premier mouvement des r�publicains, on s��lan�ait sur eux avec de grands cris... Cette mani�re de faire la guerre para�tra singuli�re ; mais elle est appropri�e au pays. D�ailleurs, il faut songer que les soldats ne savaient pas faire l�exercice, et qu�� peine distinguaient-ils leur main droite de leur main gauche... L�arm�e n��tait jamais assembl�e plus de trois ou quatre jours.</p><p>La bataille, une fois gagn�e ou perdue, rien ne pouvait retenir les paysans ; ils retournaient dans leurs foyers. Les chefs restaient seuls avec quelques centaines d�hommes qui n�avaient pas de famille. � Force d�une arm�e qui se bat chez elle, faiblesse d�une troupe de paysans pris entre les n�cessit�s du combat et celles de la culture de leurs champs.</p><p>Mais les coups qu�elle porte � la R�-</p><p>publique se joignent � ceux des autres contre-r�volutionnaires, f�d�ralistes de Normandie, insurg�s de Lyon, de Marseille et de Toulon ; les uns et les downloadModeText.vue.download 221 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11432</p><p>autres, en distrayant des troupes, aident puissamment les arm�es �trang�res qui p�n�trent de nouveau en France et menacent Paris. Pour vaincre les aristocrates et les � brigands � de l�int�rieur, les sans-culottes exigent et obtiennent que la Terreur soit mise � l�ordre du jour. Le 1er ao�t, sur le rapport de Bar�re, la Convention d�cide que, en Vend�e, � les for�ts seront abattues,</p><p>les repaires des bandits seront d�truits, les r�coltes seront coup�es pour �tre port�es sur les derri�res de l�arm�e, et les bestiaux seront conduits dans l�int�rieur �.</p><p>Cette Terreur allait �tre appliqu�e � l�hiver de 1793, apr�s la d�faite de Cholet. La � grande arm�e � catholique et royale est forte de l�incapacit� et du tiraillement d�autorit� entre les chefs r�publicains, mais elle-m�me est faible par le manque d�unit� de son commandement. Ayant rencontr� les</p><p>� Bleus � � Cholet le 17 octobre 1793, ses troupes, fortes de 40 000 hommes, sont tenues en �chec par celles de Mar-ceau et de Kl�ber, ce dernier disposant de l�arm�e de Mayence, envoy�e dans l�Ouest apr�s la capitulation de cette ville. La Rochejaquelein, apr�s la bataille, passe la Loire et entra�ne plusieurs dizaines de milliers d�hommes, de femmes et d�enfants vers Granville, esp�rant y faire jonction avec des Anglais et des �migr�s dont on attend le d�barquement. Le 13 novembre, son arm�e ne r�ussit pas � prendre la ville, et les secours attendus ne viennent pas.</p><p>Les � vend�ens � refluent alors vers Angers, atteinte le 3 d�cembre. Faute de pouvoir s�emparer de la ville, ils remontent vers Le Mans. L�, ils sont taill�s en pi�ce le 13 et le 14 par Mar-ceau et Kl�ber. Les d�bris de la troupe iront se faire tuer � Savenay le 23 d�-</p><p>cembre. D�j�, la r�pression massive s�abat sur le pays. Carrier, avec l�approbation de la bourgeoisie nantaise, charge dans des bateaux � soupape des royalistes mais aussi des f�d�ralistes et des accapareurs et les fait noyer dans la Loire. Le g�n�ral Turreau organise des</p><p>� colonnes infernales � qui ravagent le bocage.</p><p>La guerre de Vend�e se transforme en chouannerie, qui d�borde largement le d�partement ; guerre de partisans, elle est donc plus �tendue et plus durable. Contre elle, le gouvernement r�publicain utilise tour � tour une politique de concessions et de r�pressions.</p><p>Concessions, ce sont celles qui sont faites par Hoche et le gouvernement thermidorien du 17 f�vrier au 2 mai 1795 par les accords conclus � La Jaunaye, � La Mabilais et � Saint-Florent.</p><p>Les insurg�s conservent leurs armes et</p><p>leurs pr�tres r�fractaires. Puis, apr�s la tentative de d�barquement des Anglais et des �migr�s � Quiberon (27 juin 1795), c�est de nouveau la r�pression en Bretagne et en Vend�e : Stofflet, pris, est fusill� le 25 f�vrier 1796 � Angers ; Charette, le 29 mars, � Nantes.</p><p>Cadoudal les remplace � la t�te de l�arm�e catholique et royale, mais ne parvient plus que tr�s rarement � faire des actions d�envergure. Pourtant, le pays restera zone d�ins�curit� pendant tout le Directoire, et des commissions militaires si�geront jusqu�au Consulat.</p><p>La politique religieuse de Bona-</p><p>parte, l�ouverture du pays par de grandes voies rayonnant � partir de Napol�on-Vend�e (La Roche-sur-Yon), une dissociation habile entreprise par le gouvernement entre les chefs et les chouans � �gar�s � faciliteront le retour au calme relatif. Les autorit�s d�partementales affirmeront en 1804 que � la soumission de la Vend�e est r�elle ; dans toutes les communes qui ont �t� le th��tre de la guerre civile avant le Consulat les habitants expriment le d�sir de conserver la tranquillit� que le gouvernement actuel leur procure �.</p><p>Une vieille solidarit� jouera encore en faveur des anciens chefs pourchass�s ou en mal de complot ; on leur donnera asile, on les suivra de moins en moins. D�ailleurs, la plupart des chefs de bande se font prendre, ainsi Joret le Fils, arr�t� en 1803 et ex�cut� � Bres-suire ; Derouel le Tailleur, qui s�vissait dans la m�me r�gion, est pris � son tour et condamn� � mort.</p><p>� Pour Dieu et pour le roi ! � La r�volte populaire tourn�e contre la bourgeoisie r�volutionnaire a �t� ensuite utilis�e par elle, lorsque, unie aux nobles, elle a �tabli � la r�publique des notables �. Quel est le descendant des</p><p>� Blancs � qui, en Vend�e, n�a pas vu un jour son p�re ou son grand-p�re lui montrer, avec le Sacr� Coeur surmont� d�une croix, le fusil de l�anc�tre pieusement conserv� ? Qui, dans le bocage, n�a pas grandi avec, dans la m�moire, la le�on apprise et r�p�t�e de la guerre devenue l�gendaire ? Mais qui n�a pas entendu aussi le notable de la paroisse dire sur le mausol�e des � martyrs �</p><p>devenu une tribune politique que le combat contre les � partageux � et les d�christianisateurs commenc� en 1793</p><p>se poursuivait encore ? En Vend�e, peu touch�e par l�industrialisation, qui commence seulement de nos jours, l�id�ologie conservatrice, en int�grant l��pop�e des chouans, s�est longtemps maintenue.</p><p>J.-P. B.</p><p>F Chouans (les) / Convention nationale / �glise constitutionnelle / R�volution fran�aise / Terreur.</p><p>&amp; L. Dubreuil, Histoire des insurrections de l�Ouest (Rieder, 1930-31 ; 2 vol.). / G. Walter, la Guerre de Vend�e (Plon, 1953). / P. Roussel, Croisades vend�ennes, 1793-1796 (les Quatre Fils Aymon, 1959). / A. Montagnon, la Guerre de Vend�e, une guerre subversive (la Colombe, 1960) ; les Guerres de Vend�e, 1793-1832 (Perrin, 1974). / G. Bordonove, la Guerre de Vend�e (Julliard, 1964) ; la Vie quotidienne en Vend�e pendant la R�volution (Hachette, 1974).</p><p>/ M. Faucheux, l�Insurrection vend�enne de 1793. Aspects �conomiques et sociaux (Bibl.</p><p>nationale, 1965). / M. Lidove, les Vend�ens de 93 (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1971).</p><p>La mort des chefs</p><p>vend�ens</p><p>Charles, marquis de Bonchamps (ou Bonchamp) [Juvardeil 1760 - Saint-Florent-le-Vieil 1793]. Bless� � la bataille de Cholet, le 17 octobre 1793, il meurt le lendemain apr�s avoir obtenu la gr�ce de plusieurs milliers de prisonniers r�publicains.</p><p>Jacques Cathelineau (Le Pin-en-</p><p>Mauges, Anjou, 1759 - Saint-Florentle-Vieil 1793). Nomm� g�n�ralissime en juin 1793, il est mortellement bless� lors de l�attaque de Nantes, en juillet.</p><p>Fran�ois de Charette de la Contrie (Couff� 1763 - Nantes 1796). Signataire des accords de pacification de La Jaunaye, il reprend les armes pour appuyer l�entreprise des �migr�s � Quiberon. Celle-ci ayant �chou�, Charette est traqu� dans le Marais par Hoche, captur�, condamn� � mort et fusill�.</p><p>Maurice Gigost d�Elb�e (Dresde</p><p>1752 - Noirmoutier 1794). Acclam� g�n�ralissime en juillet 1793, il est gri�vement bless� � Cholet (17 oct.).</p><p>Il r�ussit � gagner Noirmoutier,</p><p>mais les r�publicains l�arr�tent et le condamnent � mort. On fusillera le bless� dans son fauteuil.</p><p>Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (ch�teau de la Durbelli�re, pr�s de Ch�tillon-sur-S�vre, 1772 -</p><p>Nouaill�-Maupertuis, Vienne, 1794).</p><p>Il prend, apr�s la bataille de Cholet, le commandement en chef des troupes insurg�es et dirige la marche sur Granville. Contraint de se replier sur la Vend�e, il est vaincu � Ancenis et � Savenay en d�cembre 1793. Il est tu� par un</p><p>� Bleu � qu�il voulait faire prisonnier le 28 janvier 1794.</p><p>Louis Marie de Salgues, marquis de Lescure (Paris 1766 - pr�s de Foug�res 1793). Il est mortellement bless� en octobre 1793 au cours de la retraite qui suit l��chec devant Nantes. Sa veuve �pousera Louis de La Rochejac-quelein, fr�re de Henri, et publiera des M�moires (1815).</p><p>Jean Nicolas Stofflet (Lun�ville</p><p>v. 1751 - Angers 1796). Attach� � d�Elb�e, puis � La Rochejaquelein, il succ�de � ce dernier comme commandant en chef (1794), mais se trouve en d�saccord avec Charette. Le 23 f�vrier 1796, il tombe dans une embuscade et est fusill� par les r�publicains.</p><p>V�n�tie</p><p>En ital. VENETO, r�gion de l�Italie du Nord ; 18 377 km 2 ; 4,2 millions d�habitants. Capit. Venise*.</p><p>Ouverte sur l�Adriatique, la V�n�-</p><p>tie est s�par�e de l��milie-Romagne au sud par le P�, elle s�appuie � la Lombardie � l�ouest, au Trentin-Haut-Adige et � l�Autriche au nord, au Frioul-V�n�tie Julienne � l�est.</p><p>Son territoire est divis� en sept provinces (Belluno, Padoue, Rovigo,</p><p>Tr�vise, Venise, V�rone et Vicence).</p><p>Bien que connaissant un tr�s fort d�-</p><p>veloppement �conomique, la V�n�tie demeure la r�gion du nord de l�Italie poss�dant le revenu moyen annuel par habitant le plus modeste. Elle a par ailleurs une �conomie tr�s contrast�e d�une province � l�autre.</p><p>Cet �cart est d� en premier lieu aux</p><p>conditions physiques. On retrouve en V�n�tie, comme en Lombardie,</p><p>une division du relief en trois parties. Au nord surgissent des �l�ments montagneux, couvrant 29 p. 100 de la superficie r�gionale, essentiellement dans la province de Belluno. �</p><p>la fronti�re autrichienne s��l�vent les Alpes Carniques, mais c�est surtout par le d�ploiement des magnifiques massifs des Dolomites* que ces montagnes sont c�l�bres. Plus au sud, les massifs pr�alpins (monts Lessini, plan d�Asiago, massif du Grappa,</p><p>Montello, Cansiglio, Pr�alpes d�Al-pago), form�s de calcaires, pr�sentent de hautes surfaces, trou�es de formes karstiques. Une zone de collines</p><p>(14 p. 100 de la superficie r�gionale) s�interpose entre ces montagnes et la plaine. Elle est constitu�e de collines calcaires (monts Berici), volcaniques (collines Eugan�ennes) ou morainiques (au sud du lac de Garde). Vient alors la plaine (57 p. 100 de la superficie), qui s�abaisse lentement vers la mer. Comme en Lombardie, elle est divis�e en deux parties. Une partie s�che et perm�able au nord, qui est interrompue par une ligne de r�sur-downloadModeText.vue.download 222 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11433</p><p>gences (appel�es ici risultive) � partir de laquelle se trouve la basse plaine humide. La plaine se termine par une c�te basse form�e par les lagunes de Caorle et de Venise et par le delta du P�, monde complexe o� mer et terre se confondent et o� l�homme a men� de grandioses op�rations de bonification. Ces reliefs sont travers�s par des fleuves importants, mais qui ne sont pas des affluents du P� ; l�Adige, la Brenta, le Piave et la Livenza se jettent directement dans l�Adriatique.</p><p>Du fait des conditions orographiques, il n�y a pas un climat uniforme en V�-</p><p>n�tie : on passe d�un climat de montagne assez rude � un climat beaucoup plus doux dans la plaine. Ce sont l� des conditions vari�es qui offrent de multiples possibilit�s de mise en valeur.</p><p>L��conomie est en pleine trans-</p><p>formation. Pendant des d�cennies, la V�n�tie fut une terre d��migration.</p><p>Tandis que s�amplifiaient un mou-</p><p>vement d�exode rural et un abandon des hautes terres pour la plaine, une fraction importante de la population adulte partait vers l��tranger ou vers Milan et Turin. De 1961 � 1971, la V�n�tie ne s�est accrue que de 263 000 habitants, alors que son mouvement naturel a marqu� un accroissement de 350 000 unit�s. Plus de 86 000 personnes sont parties.</p><p>Toutefois, l��migration est moins importante que dans le pass�. En effet, l�exode rural, qui fournissait le plus grand nombre de migrants, diminue.</p><p>L�agriculture ne retient plus que 13 p. 100 de la population active.</p><p>La r�gion est grande productrice de c�r�ales, bl� et surtout ma�s (pr�s de 30 p. 100 du total national) ; il faut y ajouter les cultures de betterave � sucre, de tabac, de chanvre et, bien qu�en d�cadence, de m�rier. La</p><p>vigne est c�l�bre dans les collines v�ronaises (Soave, Bardolino, Val-policella). Les cultures l�gumi�res et fruiti�res (pommes) ont eu un essor r�cent remarquable. Laissant � la plaine les cultures, la montagne est le domaine de la for�t et de l��levage bovin. La p�che, en mer ou dans la lagune, a une certaine importance (Chioggia).</p><p>C�est l�industrie qui emploie la</p><p>plus forte fraction de population active (50 p. 100). Ce fut longtemps une industrie ponctuelle : carri�res, hydro�lectricit�, sucreries du Polesine, travail du coton � Vicence, artisanat du meuble pr�s de V�rone, lunetterie de Cadore, verrerie d�art de Murano.</p><p>Il s�agissait de petites entreprises.</p><p>L�installation d�une puissante industrie laini�re � Valdagno (Marzotto) et � Schio (Lanerossi) a �t� un premier �l�ment de transformation. Mais ce sont surtout les grandes implantations m�tallurgiques et chimiques � Porto Marghera, pr�s de Venise, qui ont procur� de nouveaux emplois. Aujourd�hui, de nombreuses entreprises moyennes s�ouvrent dans les villes de V�n�tie.</p><p>Les activit�s tertiaires sont toutes aussi essentielles. La fonction de carrefour est marqu�e par le r�le du port de Venise et par la gare internationale de V�rone. Le tourisme est tr�s florissant. Il s�agit d�un tourisme baln�aire, d�un tourisme de montagne (Cortina d�Ampezzo) et d�un tourisme artistique et historique dans de c�l�bres cit�s.</p><p>Les villes de V�n�tie sont nom-</p><p>breuses et vivantes. Belluno</p><p>(35 000 hab.), Tr�vise (91 000 hab.), Rovigo (50 000 hab.) et m�me Vicence (116 000 hab.), la ville de Palladio, sont d�abord des centres r�gionaux en cours d�industrialisation.</p><p>Padoue (232 000 hab.), outre ses fonctions commerciales et industrielles, est une grande cit� universitaire et un lieu de tourisme religieux. V�rone (264 000 hab.), riche d�histoire, est un carrefour fondamental sur la route du Brenner. Mais Venise (364 000 hab.) demeure la premi�re ville de la r�gion par ses fonctions administratives, son attrait touristique unique au monde, ses �tablissements industriels de Porto Marghera. La pollution de ces derniers menace l�ancienne capitale des Doges, symbole des contradictions entre le poids du pass� et l�exigence de l�essor �conomique contemporain, que l�on retrouve dans bien des parties de la V�n�tie.</p><p>E. D.</p><p>F Dolomites / P� / Venise.</p><p>&amp; E. Migliorini, Veneto (Turin, 1962).</p><p>Venezuela</p><p>�tat d�Am�rique du Sud.</p><p>On ne peut parler du Venezuela sans �voquer le p�trole. En effet, ce pays, relativement pauvre auparavant, sans ressources spectaculaires dans le cadre de l��conomie latino-am�ricaine, est devenu, par suite de l�exceptionnelle richesse du sous-sol en p�trole, la nation apparemment la plus riche de l�Am�rique du Sud. Le produit int�-</p><p>rieur brut par habitant y est le plus �lev� ; l��quipement urbain y appara�t souvent comparable � celui des pays</p><p>d�velopp�s, si l�on consid�re les �quipements collectifs et l�organisation de la voirie ; la monnaie y est stable, alors que bon nombre de pays de l�Am�rique du Sud connaissent une inflation plus ou moins galopante. Cet ensemble de facteurs fait faire au pays figure d�exception au sein de l�Am�rique latine.</p><p>Pourtant, les quartiers pauvres des villes, particuli�rement ceux de la capitale, la mis�re des campagnes, les d�-</p><p>s�quilibres de l��conomie sont autant de r�v�lateurs de la situation r�elle du Venezuela, qui n��chappe pas � la plupart des formes et des manifestations du sous-d�veloppement.</p><p>Le milieu physique</p><p>Situ� entre 2� et 12� de lat. N., le Venezuela est un pays essentiellement tropical et �quatorial, ce qui lui vaut, d�une fa�on g�n�rale, un climat chaud dont les aspects se trouvent cependant assez nuanc�s en fonction du relief.</p><p>En effet, le territoire se caract�rise par une topographie contrast�e o� alternent les grandes plaines, les plateaux et les hautes montagnes. Ce relief est constitu� d�abord par la partie nord-est de la grande cha�ne des Andes*, qui se divise au niveau de la Colombie et dont la partie la plus orientale constitue le bord occidental du Venezuela, puis son littoral nord, par suite d�une large virgation de la cha�ne pliss�e. Souvent, les Andes se partagent, en fait, en deux cr�tes parall�les s�par�es par une zone effondr�e et occup�e par des vall�es ou des lacs, tel celui de Valencia ; les plus hauts sommets atteignent 4 000 � 5 000 m d�altitude. Dans l�angle nord-ouest, au-del� de la partie occidentale downloadModeText.vue.download 223 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11434</p><p>de cette cordill�re, appel�e cordill�re de M�rida, s�individualise une seconde zone avec le golfe et le lac de Maracaibo : c�est en fait un bassin d�effondrement sur le bord de la sierra, ce qui explique la richesse du sous-sol en p�-</p><p>trole. De l�autre c�t�, sur le bord sud-est de la Cordill�re, s��tend la grande plaine de l�Or�noque, drain�e par de tr�s nombreuses rivi�res descendant</p><p>des Andes et charg�es des mat�riaux alluviaux qui se r�pandent sur une partie de la plaine au moment des grandes crues. Cette zone est � son tour bord�e par de moyennes montagnes qui forment l�ensemble de la partie sud-est du Venezuela et se rattachent au massif ancien des Guyanes, constitu� de roches cristallines parfois recouvertes de gr�s rouges. Le paysage le plus fr�-</p><p>quent est celui de moyennes montagnes anciennes plus ou moins transform�es en collines, avec cependant quelques monts plus �lev�s, dont le Roraima, qui atteint 2 800 m. Cette diversit� du relief apporte un certain nombre de nuances au caract�re g�n�ralement �lev� des temp�ratures annuelles ; situ�es entre 27 et 28 �C pr�s du lac Maracaibo, elles tombent � 20 �C � 1 000 m d�altitude, au niveau de Caracas, et descendent jusqu�� 15 �C sur les pentes des Andes, aux alentours de 2 000 m d�altitude. �</p><p>cette zonation climatique en altitude, correspondant � la variation des temp�-</p><p>ratures, s�ajoute une zonation en latitude caract�ris�e par une diminution g�n�rale des pr�cipitations, en allant du sud vers le nord. Certes, le climat comporte partout une saison s�che et une saison humide, mais cette derni�re fournit des pr�cipitations sup�rieures � 1 m, voire 1,50 m dans la r�gion du massif des Guyanes, tandis que les pluies annuelles ne d�passent plus 1 m dans les llanos et tombent � moins de 500 mm sur la c�te nord ; dans cette zone, le climat tr�s sec r�duit la v�g�-</p><p>tation � une brousse � cactus, alors que la plaine de l�Or�noque est couverte d�une savane, les llanos, et que la Guyane v�n�zu�lienne est le domaine de la grande for�t tropicale.</p><p>Les �tapes de la mise</p><p>en valeur</p><p>L�espace v�n�zu�lien a �t� occup� jadis par des civilisations indiennes appartenant au monde cara�be, mais d�j� disparues avant la d�couverte du pays par les Espagnols ; ceux-ci n�y rencontr�rent qu�un certain nombre de tribus diss�min�es, vivant essentiellement de la chasse et ne repr�-</p><p>sentant pas de groupements sociaux tr�s coh�rents. La p�n�tration des Espagnols fut d�abord domin�e par la recherche de l�or et des pierres pr�-</p><p>cieuses, qui aboutit � une occupation des hautes terres, particuli�rement de la cordill�re de M�rida. � la fin de la p�riode coloniale, la traite des Noirs et l�afflux d�une main-d�oeuvre esclave plus nombreuse avaient permis l�occupation des basses terres ou du moins des pentes moyennes</p><p>de la Cordill�re par les plantations tropicales. Au moment de l�ind�-</p><p>pendance, le Venezuela comptait</p><p>environ un million d�habitants, et le XIXe s. fut une p�riode de lent essor, essentiellement fond� sur les plantations de caf�iers et de cacaoyers dans les basses pentes de la Cordill�re, sur celle de la canne � sucre dans quelques zones de plaine, et sur un �levage extensif dans la grande zone de savane naturelle des llanos. Cette phase de mise en valeur, qui se poursuivit jusqu�en 1920, n�aboutit qu�� un essor d�mographique relativement faible : � la fin de cette p�riode, le Venezuela ne comptait encore que</p><p>2,4 millions d�individus. En 1922, le d�but de l�exploitation des richesses p�troli�res du sous-sol entra�na une transformation spectaculaire de l�ensemble de l��conomie. Alors qu�en 1920 le caf� et le cacao assuraient plus de 90 p. 100 des exportations du pays, ils n�en repr�sentaient plus que 15 p. 100 en 1930, le p�trole s��tant impos� comme l��l�ment dominant (� lui seul alors plus de 80 p. 100 des exportations du pays). La production p�troli�re, d�j� tr�s importante avant la Seconde Guerre mondiale, fit,</p><p>apr�s ce conflit, un nouveau bond en avant ; on assista alors � une diversification consid�rable de l��conomie, les capitaux accumul�s permettant une industrialisation et une urbanisation rapides, ainsi qu�une r�organisation importante de l�espace.</p><p>La population</p><p>et l��conomie</p><p>La population avoisine les 12 millions d�habitants en 1976 et on comptera sans doute plus de 20 millions en 1990, si le taux actuel de croissance naturelle se maintient. Certes, les migra-</p><p>tions internationales ont apport� un contingent non n�gligeable dans le courant du XXe s., apr�s le boom du p�trole, particuli�rement aux �poques o� l�essor industriel incitait � l�attraction de main-d�oeuvre, mais elles ont beaucoup diminu�. Cependant la population continue � s�accro�tre tr�s rapidement, par suite du fort exc�dent des naissances sur les d�c�s. Malgr� une certaine d�christianisation du pays, le contr�le des naissances demeure faible, en raison de l�absence d��ducation, et le taux de natalit� reste voisin de 40 p. 1 000, l�un des plus forts de l�Am�rique latine. En revanche, l�organisation de la sant�, permise par la richesse de l��tat, et la lutte contre les grandes end�mies ont abouti � une chute spectaculaire de la mortalit�, dont le taux se situe aux alentours de 8 p. 1 000 et est donc l�un des plus bas de l�Am�rique latine. Cela conduit � un taux de croissance exceptionnel. Aussi la population est-elle caract�ris�e par une tr�s grande jeunesse, 46 p. 100 des V�n�zu�liens ayant moins de 15 ans et 56 p. 100 moins de 20 ans, tandis que les plus de 65 ans n�en constituent que 3 p. 100. Avant 1920, le Venezuela comportait une grande proportion de ruraux, malgr� l�essor de quelques villes ; aujourd�hui, au contraire, la population est devenue urbanis�e : plus des deux tiers des habitants vivent dans les villes et en particulier dans la capitale, Caracas*. L�aire m�tropolitaine de cette ville abrite plus de 2 millions d�habitants, regroupant ainsi plus du cinqui�me de la population du pays, tandis que seule Maracaibo, en raison de l�importance de l�industrie p�troli�re de sa r�gion, est une grande ville de pr�s de 700 000 habitants ; aucune autre cit� ne d�passe 500 000 habitants.</p><p>L��conomie</p><p>La production repose, pour pr�s de la moiti� du produit national brut, sur l�activit� mini�re, essentiellement sur l�extraction traditionnelle du p�trole.</p><p>Celle-ci, bien qu�en recul aujourd�hui, apporte � l��tat des ressources accrues en raison de la consid�rable augmentation r�cente du prix du p�trole. Le p�trole assure plus de 70 p. 100 des revenus de l��tat et plus de 90 p. 100 des exportations globales du pays. Celles-ci sont toujours largement sup�rieures aux importations et dirig�es principalement vers le Canada et surtout les �tats-Unis. Ceux-ci sont, de loin, le principal fournisseur du Venezuela (40 p. 100 de ses importations). N�anmoins, quelques ombres planent sur l�exploitation du p�trole, notamment la diminution des r�serves prouv�es (de l�ordre de 2 000 Mt au d�but de 1974). Au point de vue �nerg�tique et commercial, l�extraction du gaz naturel (1 200 milliards de m�tres cubes de r�serves au d�but de 1974) devient un appoint int�ressant. La seconde grande industrie extractive est celle du minerai de fer, en plein essor. Il s�agit de minerai � haute teneur qui se trouve dans la r�gion des llanos. Les r�serves sont importantes, les gisements, � ciel ouvert, sont d�exploitation facile ; le seul probl�me, pour le Venezuela, est de conserver une partie de ce minerai pour sa propre production sid�rurgique et d��viter que les compagnies �trang�res qui l�exploitent ne l�exportent totalement sous forme de minerai brut.</p><p>Face � cette grande activit� mini�re, l�agriculture ne repr�sente plus que 7 p. 100 du produit int�rieur brut. Les cultures traditionnelles de caf� et de downloadModeText.vue.download 224 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11435</p><p>cacao conservent un assez grand r�le, tandis que celle de la canne � sucre a beaucoup diminu�. Dans la r�gion de Caracas, l�effort porte sur des cultures destin�es � l�approvisionnement urbain, tandis qu�ailleurs les cultures de subsistance continuent � nourrir une partie des paysans ou des �leveurs, qui</p><p>pratiquent l��levage extensif dans les llanos. D�une fa�on g�n�rale, l�agriculture subit une crise li�e en partie � la structure des propri�t�s, qu�une r�forme agraire, d�cr�t�e en 1959, ne r�ussit pas � r�soudre compl�tement ; un institut public ach�te les plus grandes propri�t�s pour les revendre � cr�dit aux paysans et constituer ainsi des colonies agricoles. Mais, dans l�ensemble, cet effort ne conna�t pas de grand succ�s, et les campagnes sont frapp�es par une acc�l�ration de l�exode rural de la paysannerie et des ouvriers agricoles vers les villes, particuli�rement vers Caracas.</p><p>Ils n�y trouvent pas toujours un emploi, car l�industrie de transformation, malgr� un essor assez rapide depuis une quinzaine d�ann�es, demeure embryonnaire et ne repr�sente que 15 p. 100 du produit int�rieur brut. L�essentiel est group� autour de Caracas, en d�pit d�un effort de d�centralisation r�alis� en particulier sur Ciudad Guayana ; ces industries produisent essentiellement des biens d�usage et de consommation (tissages, rayonne, industries alimentaires, pneumatiques). Cependant, dans le cadre d�une action volontaire des pouvoirs publics, a �t� r�alis�e la cr�ation de raffineries de p�trole, qui s�efforcent de traiter sur place une partie du brut extrait, et d�une industrie sid�rurgique situ�e � Ciudad Guayana, pr�s des grands gisements de minerai de fer. N�anmoins, l�exc�dent de population active, qui se groupe dans les villes, trouve des moyens de vivre ou de survivre surtout dans les activit�s tertiaires, qui repr�sentent plus du quart du produit int�rieur brut : il s�agit non seulement d�un tertiaire moderne adapt� aux besoins du pays, mais aussi d�une pl�thore de petits m�tiers correspondant � l�exc�dent de main-d�oeuvre par rapport aux besoins. Certes, le produit national ainsi obtenu repr�sente une moyenne par habitant assez spectaculaire pour l�Am�rique latine, mais il ne faut pas oublier que ce calcul, un peu artificiel, masque de tr�s fortes diff�rences entre les cat�gories sociales : une grande partie de la population poss�de un niveau de vie relativement mis�rable, qui se traduit, par exemple, par l�extension des ranchos, habitat spontan� de bidonvilles dans les alen-</p><p>tours de la capitale.</p><p>Les r�gions</p><p>Elles sont encore tr�s nettement d�pendantes du milieu physique qui a guid� les diverses formes d�utilisation de l�espace.</p><p>L�ensemble andin fut, � l��poque</p><p>coloniale, la partie la plus active du Venezuela. La montagne, massive,</p><p>avec des altitudes souvent sup�rieures � 3 000 ou 4 000 m, est caract�ris�e par un �tagement de la v�g�tation qui prend la forme de for�ts distinctes les unes des autres selon l�altitude. Les Espagnols, au XVIe s., ont trouv� l� une civilisation indienne agricole. Ils y ont d�velopp� une agriculture fond�e � la fois sur des plantations, de caf� notamment, mais aussi de canne � sucre dans les parties basses, et sur des cultures vivri�res � base de ma�s, de bl� et de pomme de terre. Les difficult�s de la vente des produits de plantation, auxquelles s�ajoute la concurrence des salaires offerts par les activit�s p�troli�res, font actuellement de cette zone une r�gion d�exode rural vers les parties les plus actives du Venezuela.</p><p>La r�gion du lac Maracaibo constitue l�une de ces zones attractives pour la main-d�oeuvre. Elle est form�e d�une plaine alluviale, au sud et au sud-ouest du lac, et de collines, � l�est et � l�ouest.</p><p>Partout le climat y est chaud, avec des pluies abondantes au sud, mais diminuant vers le nord pour donner une petite frange presque semi-aride aux alentours de la ville de Maracaibo. �</p><p>partir de 1920, c�est dans cette r�gion que s�est fix�e la premi�re grande zone d�exploitation du p�trole, ce qui a compliqu� l�ensemble des conditions de vie : la ville de Maracaibo a alors connu un essor tr�s rapide de son espace urbain et une augmentation importante des emplois tertiaires qui y sont concentr�s. Le march� d�approvisionnement que repr�sente cette grande cit� a permis d�autre part le d�veloppement d�une agriculture moderne au sud du lac.</p><p>L�Oriente est au contraire la r�gion constitu�e par les montagnes littorales, � l�est du Venezuela. Elle a abrit�</p><p>d�abord une agriculture fond�e sur le cacao, un certain nombre de cultures vivri�res et l��levage. Son climat chaud, mais assez sec, a favoris� le d�veloppement du tourisme sur la c�te, ce qui a modifi� l�g�rement les conditions de vie ; mais le changement profond qu�a connu la vie r�gionale tient, ici encore, � l�exploitation du p�trole.</p><p>C�est en effet par le port de Puerto La Cruz qu�est export� le p�trole extrait dans les llanos de l�int�rieur de cette r�gion. La capitale de l�Oriente est Barcelona, qui, en tant que relais de Caracas, exerce des fonctions tertiaires importantes, particuli�rement dans le domaine du commerce, de la banque et de l�artisanat.</p><p>Au sud de cette zone, comme au sud-est des Andes, s��tend l�immense r�-</p><p>gion des llanos : elle est constitu�e par un vaste bassin affaiss� remblay� par des s�diments de sables et de cailloux et par d�immenses nappes alluviales apport�es au Quaternaire par les ri-vi�res descendant des Andes. Le climat tropical � saison s�che a facilit� la formation d�une v�g�tation de savane : celle-ci sert de base � une �conomie d��levage extensif de bovins, ressource principale de cette grande r�gion. Les exploitations d�passent souvent plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d�hectares ; elles sont divis�es en grands enclos par des fils de fer et produisent l�essentiel de la viande consomm�e au Venezuela. Quelques</p><p>tentatives de colonisation agricole ont fix� des noyaux de paysans au sein de cette r�gion, gr�ce � un effort d�irrigation effectu� par les services gouvernementaux, mais sans que cela change l�essentiel du caract�re de cette grande zone.</p><p>La Guyane est une r�gion encore</p><p>vide situ�e au sud de l�Or�noque, donc au sud des llanos, dont le grand fleuve marque plus ou moins la limite m�ridionale ; elle est form�e de collines et de petites montagnes dont les sommets d�passent rarement 2 000 � 2 500 m.</p><p>C�est une r�gion pourvue de grandes ressources mini�res, mais tr�s vide sur le plan humain ; elle abrite encore quelques tribus indiennes relativement mal connues. � l�exploitation de l�or et des pierres pr�cieuses s�est ajout�e, � la limite nord, celle des tr�s impor-</p><p>tantes mines de fer de Cerro Bol�var.</p><p>Cette richesse mini�re a entra�n� la cr�ation d�une ville, Ciudad Guayana, dont les services d�am�nagement ont essay� de faire le second p�le de d�veloppement du pays.</p><p>En effet, le premier p�le demeure Caracas et la r�gion centrale, anim�e par la pr�sence de la capitale. C�est un secteur montagneux au relief accident� o� alternent les cha�nons et les foss�s d�effondrement �troits. Le climat est en g�n�ral chaud et relativement sec. La r�gion est avant tout marqu�e par l�importance de la capitale et par les activit�s industrielles qui se sont concentr�es autour de la m�tropole ou dans un certain nombre de villes qui peuvent �tre consid�r�es maintenant comme ses satellites. Cette urbanisation de la r�gion repr�sente un important march� qui a permis le d�veloppement de l�agriculture, particuli�rement sur les meilleures terres qui pouvaient �tre irrigu�es. D�une fa�on g�n�rale, et malgr� les efforts r�cents de r�gionalisation des services d�am�nagement du territoire, l�ensemble de l�espace v�n�zu�lien est domin� par le poids de la m�tropole nationale et la polarisation g�n�rale vers la capitale. L�espace se divise encore en fonction des conditions naturelles et des modalit�s �conomiques et humaines de la mise en valeur de ses potentialit�s. L�exploitation du p�trole et celle du minerai de fer constituent deux �l�ments moteurs des dynamismes r�gionaux ; l�agriculture de plantation appara�t au contraire comme un facteur de relative stagnation dans les espaces d�pourvus d�autres �l�ments de dynamisme �conomique.</p><p>M. R.</p><p>L�histoire</p><p>Pays neuf, pays vaste, prodigieusement riche en p�trole et en fer, le Venezuela pose aujourd�hui � ses habitants les probl�mes du d�veloppement �quilibr�, de l�ind�pendance nationale et de la d�mocratie. Avec le Mexique et la Colombie, il est un des rares pays latino-am�ricains � �chapper au r�gime militaire. Paradoxe si l�on sait que peu de pays ont engendr� autant d�hommes de guerre et v�cu aussi longtemps sous</p><p>leur dictature : Bolivar, P�ez, Guzm�n Blanco, Cipriano Castro, G�mez, P�rez Jim�nez...</p><p>Le Venezuela du chocolat</p><p>(XVIIIe s.)</p><p>Le Venezuela colonial (v. Empire</p><p>colonial espagnol), plac� en 1718</p><p>dans la mouvance administrative du vice-royaume de Nouvelle-Grenade, juxtapose deux r�gions : la c�te, qui exporte le cacao produit sur de grands domaines par les esclaves noirs, et les plaines orientales (llanos), zone d��le-downloadModeText.vue.download 225 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11436</p><p>downloadModeText.vue.download 226 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11437</p><p>vage extensif qui exporte ses cuirs. Les grands propri�taires ont ainsi form� une aristocratie cr�ole, riche et puissante, capable d�arracher aux commer-</p><p>�ants europ�ens le monopole d�achat et de vente du cacao. Les marquis du chocolat, les � Mantouans � de Caracas, dominent la vie �conomique et sont assez riches pour mener � Madrid le grand train de vie des cousins mexicains, les marquis de l�argent.</p><p>L�Espagnol rit sous cape du parvenu, qu�il envie. La richesse de cette classe explique sa participation pr�coce aux luttes pour l�ind�pendance.</p><p>Le Venezuela des � lib�rateurs �</p><p>(1810-1830)</p><p>Le premier des � lib�rateurs � est un V�n�zu�lien : Francisco Miranda (1750-1816) complote d�j� pour l�in-d�pendance alors que Bol�var n�est pas encore n�. En exil en Europe, Miranda participe � la R�volution fran�aise. En 1811, il prend la direction de la premi�re R�publique du Venezuela, mais se heurte � la r�sistance des oligarques cr�oles, inquiets de le voir radicaliser le mouvement. L�ind�pendance, proclam�e le 5 juillet 1811, est de br�ve dur�e, car la r�bellion des esclaves</p><p>sur les plantations rejette les propri�taires aux c�t�s de l�arm�e espagnole ; Miranda capitule � La Victoria (juill. 1812). Livr� � l�Espagne, il passe le reste de sa vie en captivit�. Le champ est libre pour son infid�le lieutenant, Sim�n Bol�var*.</p><p>De 1813 � 1824, Bol�var poursuit la lutte, contre vents et mar�es, au Venezuela et de Quito � Lima, de Bogot� � Potos�. Ses campagnes sont napol�oniennes ; il est entour� d�une pl�iade de brillants g�n�raux, dont Antonio Jos� Sucre (1795-1830) est le plus remarquable. Mais, avant de ruiner l�Empire espagnol, Bol�var conna�t l�amertume de la d�faite : la deuxi�me R�publique du Venezuela tombe en juillet 1814</p><p>sous les coups de Jos� Tom�s Boves (1783-1814) et de ses cavaliers des llanos ; la victoire royaliste s�explique par la m�fiance des masses populaires pour les aristocrates, qui confondent l�ind�pendance avec leurs int�r�ts de classe. Bol�var ne peut l�emporter que lorsqu�il accepte, � contrecoeur, l�affranchissement des esclaves et la guerre sociale. Alors, Jos� Antonio P�ez (1790-1883), le successeur de Boves, lui apporte l�appui des cavaliers llaneros et la victoire.</p><p>Le Venezuela cesse d��tre la forteresse de la cause royaliste et devient la base � partir de laquelle Bol�var entreprend la conqu�te du continent. Fournissant les g�n�raux, les arm�es et l�argent, il permet � Bol�var de l�emporter sur le grand capitaine venu du sud, l�Argentin San Mart�n*. Il lui permet aussi d�organiser le nord du continent, devenu ind�pendant, en une conf�d�-</p><p>ration de la Grande-Colombie (1821-22) [v. Am�rique latine]. L��chec final est connu : � J�ai labour� la mer... �</p><p>La puissance des int�r�ts locaux, servie par les ambitions des g�n�raux, explique la d�sint�gration rapide de la Grande-Colombie. Partout, les mar�-</p><p>chaux d�Empire, les � janissaires �, comme on appelle les g�n�raux v�n�-</p><p>zu�liens, se rebellent contre Bol�var et prennent la t�te des nouveaux �tats.</p><p>En 1830, Bol�var meurt d�sesp�r�, promettant � son pays la domination</p><p>� des tyranneaux sans scrupule et sans envergure �.</p><p>Le Venezuela de P�ez (1830-1863)</p><p>Homme venu des llanos, ancien contrema�tre devenu grand propri�taire, le chef des centaures qui ont gagn� tant de batailles traite le pays comme son bien. Jos� Antonio P�ez inaugure ainsi une tradition qui ne s�est pas perdue.</p><p>Fort de l�appui de ses v�t�rans, � qui il a distribu� des terres, il arbitre durant trente ann�es la vie politique.</p><p>Ruin� par quinze ann�es d�une</p><p>guerre f�roce, le Venezuela passe sous la coupe des militaires, m�tis descendus des Andes et mul�tres de la c�te. Sous leur �gide, la reconstruction reproduit le sch�ma colonial d�une �conomie fond�e sur les plantations de caf�, de sucre et de cacao, travaillant pour l�exportation, tr�s sensible � l��volution des prix mondiaux. L�ancienne aristocratie accepte cet ordre qui lui permet de faire une nouvelle fortune, jusqu�au jour o� elle se lasse d��tre exclue du pouvoir politique. Elle incarne alors l�opposition lib�rale, en compagnie des grands commer�ants de Caracas. � la campagne, les m�contents se recrutent chez les victimes du syst�me : petits propri�taires et travailleurs qui rendent les commer�ants responsables de tous leurs maux.</p><p>L�effondrement des prix du caf�</p><p>affaiblit la position de P�ez ; le vieux tyran est trahi par le pr�sident Jos� Tadeo Monagas (1784-1868), qu�il</p><p>a choisi en 1846 ; en janvier 1848, il �choue dans une tentative de r�bellion et part pour l�exil. De 1846 � 1858, les fr�res Monagas (Jos� Tadeo et Jos� Gregorio [1795-1858]) alternent au pouvoir et ne succombent qu�� la coalition des lib�raux et des conservateurs (5 mars 1858). Le retour � l�anarchie permet � P�ez de faire une derni�re tentative en septembre 1861. Sa chute en juin 1863 marque le triomphe d�finitif de la � r�volution f�d�rale �.</p><p>Le Venezuela de Guzm�n Blanco</p><p>(1863-1888)</p><p>Fils d�un praticien qui avait �t� l�idole de la pl�be de Caracas et le champion de la cause lib�rale, Antonio Guzm�n Blanco (1829-1898) se fait, comme</p><p>son p�re, le porte-parole du m�contentement populaire. La nouveaut� de son lib�ralisme consiste en ses accents populistes : d�nonciation des banquiers de Caracas, des commer�ants et des grands propri�taires. Sa pratique r�v�le une continuit� plus importante.</p><p>Au pouvoir, le tribun de la pl�be fait la politique de ces �lites socio-�conomiques qu�il d�nonce dans l�opposition. Progressisme et autoritarisme caract�risent cette forme de pouvoir personnel, de despotisme �clair�, de c�sarisme. Le th�ocrate Gabriel Garc�a Moreno en �quateur, le lib�ral Porfi-rio D�az au Mexique sont ses fr�res. Il se distingue d�eux par la lutte violente qu�il m�ne contre l��glise et par le culte de la personnalit� qu�il suscite.</p><p>Pendant pr�s de trente ans, il dirige le Venezuela soit personnellement (1870-1877, 1879-1884, 1886-1888), soit par d�l�gation du pouvoir pr�sidentiel. Le syst�me politique mis en place fonctionne si bien que le ma�tre peut s�absenter et le laisser aux mains de son m�diocre int�rim.</p><p>L�oligarchie prend ainsi l�habi-</p><p>tude de ne plus exercer directement le pouvoir et se r�signe � le laisser aux g�n�raux ayant gagn� leurs lauriers en d�absurdes guerres civiles. Le peuple est disciplin�. L�arm�e se taille la part du lion dans le budget, pour le plus grand profit de l�aristocratie pauvre qui fournit les officiers. Cette arm�e tient le pays alors que les politiciens de Caracas se contentent des apparences du pouvoir. Dans le Venezuela de Guzm�n Blanco, les structures sont solidement �tablies.</p><p>Le Venezuela des g�n�raux</p><p>andins (1899-1945)</p><p>On trouve la preuve de cette stabilit� dans le fait que la chute du ma�tre, en 1888, conduit, au bout de onze ann�es de trouble, � l�av�nement du g�n�ral Cipriano Castro (1858-1924). Cela signifie l�av�nement des officiers des archa�ques et pauvres provinces andines, apr�s la conqu�te du pays par leur arm�e de montagnards. Les donn�es fondamentales ne sont pas remises en question, et l�h�g�monie des nouveaux venus dure pr�s de cinquante ans. Castro suit les grandes lignes de</p><p>la politique de Guzm�n Blanco, � une exception pr�s, celle de la diplomatie.</p><p>De par son origine provinciale ou son manque de pr�paration, Castro, peu conscient des liens commerciaux entre son pays et le monde, se laisse entra�-</p><p>ner dans un grave conflit avec l�Allemagne, la Grande-Bretagne et l�Italie.</p><p>Heureusement pour lui, les �tats-Unis voient d�un mauvais oeil cette intrusion europ�enne dans la chasse gard�e de Monroe, et leur intervention �vite le d�sastre. La le�on n�est pas entendue puisque Castro s�en prend � la Hollande, ma�tresse de l��le de Cura�ao, ce qui vaut � son pays blocus et bombardement (1902).</p><p>Parti se soigner en Europe, il se fait �vincer en d�cembre 1908 par son</p><p>lieutenant, le g�n�ral Juan Vicente G�mez (1859-1935), qui se h�te de se r�concilier avec les cr�anciers et les puissances �trang�res. �lu en 1910</p><p>pr�sident de la R�publique, G�mez instaure une dictature qui, sous le nom de � Restauration �, demeure la plus longue dans l�histoire du Venezuela (1910-1935). Ce quart de si�cle-est marqu� par un ph�nom�ne politique, le terrible G�mez, et par un ph�nom�ne �conomique, la d�couverte du p�trole.</p><p>G�mez, chef de clan, homme � che-</p><p>val descendu de ses montagnes, gouverne le pays comme il gouvernait son hacienda et son fief, en cacique.</p><p>Sa f�rocit� est sans �gale contre les opposants, qui sont p�riodiquement massacr�s. Du coup, l�ordre r�gne dans les villes et dans les campagnes, dans la politique et dans l��conomie. Les formes de la l�galit� sont respect�es : G�mez abandonne p�riodiquement le pouvoir � des gens s�rs, surveill�s de pr�s. Cela s�accompagne de la corruption g�n�rale et de la vente du pays aux int�r�ts �trangers : m�me si les compagnies font des affaires prodigieuses, il reste de quoi enrichir tous les militaires, tous les politiciens, et de quoi entreprendre de grands travaux. Le p�trole a jailli pour cela, lui qui fait du pays un des plus gros producteurs, lui qui rapporte en 1930 une somme �quivalente � quatre fois le revenu national de 1915... Et pourtant, les compagnies ne versent que 8 p. 100 des b�n�fices.</p><p>Le p�trole va changer la vie du pays,</p><p>m�me si la politique n�est pas affect�e.</p><p>L�argent qui inonde le pays bouleverse la g�ographie humaine, les campagnes downloadModeText.vue.download 227 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11438</p><p>se d�versent vers la zone p�troli�re et vers les villes. La mort de G�mez, en 1935, salu�e par une explosion de joie, permet le passage progressif de la tyrannie � la dictature �clair�e, sous la direction des g�n�raux Eleazar L�pez Contreras (1936-1941) et Isa�as Medina Angarita (1941-1945).</p><p>La d�mocratie et l�arm�e :</p><p>Betancourt et P�rez Jim�nez</p><p>(1945-1958)</p><p>De 1936 � 1958, le produit national brut a grandi au taux prodigieux de 8 p. 100 par an ; les r�percussions sur les structures socio-�conomiques entra�nent la crise politique. Le gouvernement de Medina Angarita, jug� trop mou face aux compagnies p�troli�res, est renvers� en octobre 1945</p><p>par des officiers nationalistes, au profit du parti d�opposition action d�mocratique (A. D.). L�appui des militaires permet alors une br�ve exp�rience d�mocratique et r�formiste, pr�sid�e par R�mulo Betancourt (n� en 1908), chef du parti. En 1947, le candidat de l�A. D., le c�l�bre romancier R�mulo Gallegos*, gagne les �lections � une �crasante majorit�, mais il est renvers� l�ann�e suivante (nov. 1948) par une junte militaire. L�arm�e prend alors le pouvoir et l�exerce � travers le g�n�ral Marcos P�rez Jim�nez (n� en 1914), qui rappelle fortement G�mez. L�histoire se r�p�te : violence, corruption, grands travaux, d�autant plus gigantesques que le boom p�trolier est � son apog�e. Les efforts entrepris par l�A. D. pour diversifier l��conomie et</p><p>� semer le p�trole � ne sont pas poursuivis puisqu�une conjoncture favorable permet de donner au peuple du pain et des jeux. Lorsqu�en 1958 les affaires se ralentissent, P�rez Jim�nez perd rapidement de sa popularit�, et l�arm�e le d�pose (janvier). Les militaires organisent des �lections libres qui rappellent Betancourt de son long</p><p>exil.</p><p>Le Venezuela des civils</p><p>Depuis le d�but du si�cle, les militaires avaient dirig� le pays, � trois ans pr�s (1945-1948), et voici que, ph�nom�ne �trange, au moment o� les r�gimes militaires s�installent partout sur le continent, le Venezuela r�ussit � poursuivre son exp�rience civiliste.</p><p>Non seulement l�A. D. exerce le</p><p>pouvoir � travers les pr�sidents R�-</p><p>mulo Betancourt (1959-1964) et Ra�l Leoni (1964-1969), mais elle peut le transmettre en 1969 � un autre parti, le C. O. P. E. I. (Comit� d�organisation politique �lectoral ind�pendant), parti d�mocrate-chr�tien du pr�sident Rafael Caldera (n� en 1916). Le r�gime manifeste ainsi sa capacit� � r�sister � un changement de majorit�.</p><p>Les difficult�s ne manquent pas : la chute de P�rez Jim�nez est suivie de plusieurs ann�es confuses ; une s�rie de putschs manqu�s accompagne le</p><p>d�veloppement d�une gu�rilla appuy�e par Fidel Castro. Betancourt est accus� � droite d��tre le fourrier du communisme, � gauche d��tre un social tra�tre vendu � l�imp�rialisme. S�il se maintient contre vents et mar�es, c�est que son �nergie s�appuie sur une large base populaire. Les gens ne veulent pas choisir entre la dictature et le chaos, ils optent pour le r�formisme repr�-</p><p>sent� par une r�forme agraire qui vaut � l�A. D. l�appui des campagnes, et par une politique p�troli�re mod�r�e qui porte ses fruits � long terme (le Venezuela est responsable de la fondation de l�O. P. E. P., Organisation des pays exportateurs de p�trole), et qui aboutit en 1975 � la nationalisation de l�industrie p�troli�re.</p><p>Le succ�s n�est pas sans danger : l�A. D. exp�rimente l�usure du pouvoir, les difficult�s de la compromission ; le C. O. P. E. I. ne parvient pas � enthousiasmer les masses, qui, d�senchant�es, se retournent vers le vieux dictateur. La r�surrection politique de P�rez Jim�nez, dont les partisans organisent la Croisade civique nationaliste en vue des �lections de 1968, ressemble � celle de son coll�gue colom-</p><p>bien, Gustavo Rojas Pinilla. Dans les deux cas, on retrouve les ambigu�t�s du populisme, du nationalisme et du c�sarisme, incarn�es � merveille en Argentine par Per�n. �lu s�nateur par les gens des bidonvilles qui, quelques an-n�es auparavant, appuyaient la gu�rilla castriste, P�rez Jim�nez est si populaire qu�il faut amender la Constitution pour l�emp�cher de se pr�senter aux �lections pr�sidentielles de d�cembre 1973. Cependant, � ces �lections, la Croisade civique nationaliste marque un net recul, tandis que le candidat de l�A. D., Carlos Andr�s P�rez Rodrigues, est �lu � la pr�sidence.</p><p>J. M.</p><p>F Am�rique latine / Caracas / D�mocratie chr�-</p><p>tienne / Empire colonial espagnol.</p><p>&amp; P. Vila, Geografia de Venezuela (Caracas, 1960). / E. Lieuwen, Venezuela (Londres, 1961). / M. Picon-Salos et coll., Venezuela independiente, 1810-1960 (Caracas, 1962).</p><p>/ R. J. Alexander, The Venezuelan Democratic Revolution (New Brunswick, N. J., 1964).</p><p>/ P. Cunill, l�Am�rique andine (P. U. F., coll.</p><p>� Magellan �, 1966). / C. Balestrini, La Industria petrolea en America latina (Caracas, 1967). /</p><p>D. H. Levine, Conflict and Political Change in Venezuela (Princeton, 1973). / J. P. Perez Al-fonzo, Petr�leo y dependencia (Caracas, 1973).</p><p>venin</p><p>Substance chimique d�origine animale, s�cr�t�e et lib�r�e soit comme moyen de d�fense, soit comme moyen de capture des proies, et qui provoque chez la victime des accidents locaux ou g�n�-</p><p>raux, dus le plus souvent � des prot�ines (enzymes et toxines polypeptidiques).</p><p>Les substances toxiques sont abondantes dans les r�gnes v�g�tal et animal, et certains animaux se contentent de concentrer dans leurs tissus les toxines v�g�tales qu�ils consomment ; c�est cette hypoth�se qu�on retient actuellement pour expliquer les accidents dus � l�ingestion des Poissons tropicaux (Ciguatera) [v. Coffre]. �</p><p>c�t� de ces animaux v�n�neux � mais souvent inoffensifs � manipuler � se rencontrent des animaux venimeux �</p><p>mais souvent comestibles �, et l�on r�serve en g�n�ral le nom de venin aux</p><p>substances toxiques que les animaux peuvent injecter ou lib�rer � l�ext�-</p><p>rieur, soit pour assurer leur d�fense, soit pour capturer leurs proies.</p><p>Les animaux venimeux</p><p>Les animaux venimeux sont pr�sents dans presque tous les embranchements.</p><p>Rares sont les animaux dont le venin est s�cr�t� passivement, comme c�est le cas des Amphibiens* (glandes paro-to�des des Crapauds, glandes lat�rales des Salamandres). Le plus souvent se diff�rencie un organe inoculateur.</p><p>Quand ils sont li�s � la d�fense de l�individu, ces organes sont des plus vari�s : cnidocystes des Cnidaires, soies des Ann�lides*, des Araign�es*</p><p>et des chenilles urticantes, rayons des Oursins*, �pines dorsales ou opercu-laires des Poissons (Raies*, Vives...), aiguillon des Scorpions* et des Hym�-</p><p>nopt�res*. Certains animaux peuvent projeter leur venin � distance ; c�est le cas de certains Insectes comme les Bombardiers, des Zorilles et des Skunks, qui projettent les substances repoussantes de leurs glandes anales, et enfin des Cobras* cracheurs.</p><p>Les organes venimeux d�inoculation peuvent aussi assurer la capture des proies. Il faut citer dans cette cat�gorie les cnidocystes de nombreux Cnidaires, l�aiguillon des Scorpions, celui des Hym�nopt�res solitaires (alors que l�aiguillon des Abeilles ouvri�res est un organe de d�fense collective) et surtout des organes li�s � l�orifice buccal (trompes des N�mertes et des Glyc�res</p><p>[Ann�lides], ch�lic�res des Araign�es, forcipules des Myriapodes*, crochets des Serpents*).</p><p>Animaux venimeux</p><p>dangereux</p><p>pour l�Homme</p><p>Les accidents provoqu�s par les divers venins vont des accidents locaux souvent b�nins (piq�re d�Abeille*, contact avec une M�duse*) aux paralysies et aux arr�ts respiratoires et cardiaques pouvant entra�ner la mort. Parmi les animaux dangereux et mortels, citons les Scorpions, les Serpents (Crotale et Cobra notamment), quelques Araign�es (Veuve noire du Br�sil), quelques</p><p>Hym�nopt�res (Gu�pes*, Frelons), les Scolopendres (Myriapodes), les Synanc�es (Poissons venimeux tropicaux) et les Cones (Mollusques gastropodes*). Sont �galement dangereux, mais plus rarement mortels, les venins des H�lodermes (Reptiles am�ricains), de l�Ornithorynque (Mammif�re ovipare muni d�un ergot inoculateur), de nombreux Poissons* (Vives, Ras-casses, Raies venimeuses, Poissons-Chats, dont Plotosus), de presque tous les C�phalopodes, des Cubom�duses tropicales et des Physalies (Cnidaires).</p><p>On trouve enfin des animaux venimeux pouvant affecter l�Homme, mais plus faiblement, parmi les Vers plats, les Ann�lides, quelques Mollusques, de nombreux �chinodermes* et Poissons.</p><p>Les venins et leurs effets</p><p>Contrairement � ce qu�on pourrait penser, la nature chimique des venins est encore assez mal connue. On n�a gu�re �tudi� que les venins des Cobras, des Crotales et des Scorpions. M�me le venin des Vip�res* et celui des Hym�-</p><p>nopt�res piqueurs sont mal connus.</p><p>Les venins sont en g�n�ral des liquides, diaphanes ou opalescents, qui s�alt�rent � la chaleur ou au contact de l�eau, mais se conservent longtemps en milieu sec et frais. On y a surtout identifi� des enzymes diverses, dont le r�le est souvent faible, et des polypeptides appel�s toxines qui agissent � tr�s faible dose ; g�n�ralement, un microgramme de ces substances suffit � tuer une Souris de 20 grammes.</p><p>Les venins des Cobras et des Hydro-phid�s contiennent des neurotoxines curarisantes qui bloquent le fonctionnement des plaques motrices, entra�-</p><p>nant la paralysie et l�arr�t respiratoire.</p><p>On y trouve �galement une h�motoxine downloadModeText.vue.download 228 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11439</p><p>agissant sur le coeur et les h�maties, et enfin une toxine musculaire qui semble provoquer la paralysie par alt�ration de l��quilibre calcique. Il semble que cette toxine musculaire soit �galement pr�-</p><p>sente chez le Crotale et chez certains Scorpions. Le venin des Vip�res est moins bien connu ; on y a identifi� des h�morragines, agissant sur les parois capillaires, et des cytotoxines, agissant sur le tissu conjonctif banal comme le derme. Les venins des Scorpions ont �galement fourni des neurotoxines curarisantes.</p><p>Les prot�ines venimeuses ont des</p><p>propri�t�s antig�niques et immuno-g�nes qui permettent la mise au point d�une s�roth�rapie soit sp�cifique, soit g�n�rale (s�rum multivalent). Les principaux centres d��tude des venins sont situ�s au Br�sil pour les Serpents (Instituto Butant�, S�o-Paulo) et au Mexique pour les Scorpions (Durango). En France, le centre d��tudes est l�Institut Pasteur*.</p><p>Toxicologie</p><p>Le probl�me de l��quilibre de l�Homme et des animaux venimeux s�est pos� dans certaines r�gions rurales. Actuellement, dans un certain nombre de pays d�Asie et d�Afrique, on estime que plusieurs centaines de milliers d�individus sont mor-dus annuellement par des Serpents avec une mortalit� de l�ordre de 30 000 �tres humains par an ; les autres envenima-tions ne provoquent qu�une mortalit� plus faible, de l�ordre de 5 000, mais la pr�sence d�Insectes venimeux dans les zones industrielles, en raison de leur bonne adaptation aux aliments et aux d�bris de l�activit� humaine moderne, a conduit � d�autres �tudes, en particulier au traitement des chocs allergiques.</p><p>La composition des venins n�est pas uniforme. Les venins de Serpents contiennent des prot�ines qui ont pu �tre isol�es � l��tat de puret� (Crotale). Beaucoup de venins ont une activit� enzymatique dont l�une des plus classiques est l�activit� d�hydrolyse des l�cithines, provoquant la formation de pseudo-l�cithines, qui d�truisent les membranes cellulaires et les membranes des organelles cellulaires. Les venins d�Abeilles ou de Gu�pes contiennent de l�histamine et de l�ac�tylcholine. Un petit nombre de venins comprennent des toxiques plus simples, en particulier le venin de Crapaud (bufotoxine).</p><p>Les morsures de Vip�rid�s (Vipera aspis, V. latastei, V. berus, V. ursunii) sont les plus</p><p>importantes en France. Seules les morsures au visage et � la poitrine sont r�ellement dangereuses chez l�adulte, mais l�envenimation peut �tre mortelle chez un sujet �g� ou chez un enfant ; la morsure est elle-m�me peu douloureuse. On observe un gonflement dur, vite douloureux, o� deux traces de crochet sont tr�s visibles, � distance de 1 cm, puis l�oed�me s��tend au membre atteint, qui se recouvre de plaques bleu�tres en rapport avec la lyse prot�inique, l�inflammation et l�h�molyse. Dans un certain nombre de cas, des manifestations graves � h�morragies diffuses, troubles r�naux, coma � peuvent s�observer. Si l�inoculation se fait dans une zone tr�s vascularis�e, on peut observer un collapsus (chute de la tension art�rielle) et une g�ne respiratoire mortels en quelques minutes. Les morsures de certains Serpents des zones asiatiques, en particuliers des Crotales, provoquent peu de signes locaux, mais en moins d�une heure apparaissent malaises, naus�es et sueurs profuses, paralysie de la langue, du larynx et, en quelques heures, une paralysie de type curariforme avec apn�e (arr�t respiratoire) mortelle.</p><p>Le traitement consiste essentiellement en la pause imm�diate d�un garrot sur la racine du membre envenim�. L�incision de la zone de piq�re et la succion de la zone incis�e peuvent �tre conseill�es avec r�-</p><p>serves. L�injection sous-cutan�e de s�rum antivenimeux � forte dose est l�un des exemples o� des �tudes d�anticorps apr�s injection de prot�ines venimeuses antig�-</p><p>niques permettent d�apporter une am�lioration r�elle. Si l�on intervient plus de vingt minutes apr�s la morsure, le venin ayant diffus�, l�injection de s�rum doit �tre assez importante pour neutraliser le venin dans l�ensemble de l�organisme. Comme toute s�roth�rapie, elle peut �tre dangereuse chez des malades sensibles au s�rum de Cheval. La m�thode de Besredka par injection de petites quantit�s r�p�t�es toutes les dix minutes permet de traiter l�envenim� en �vitant les accidents s�riques.</p><p>Des traitements compl�mentaires ont �t� propos�s, particuli�rement des cortico�des, des analg�siques et, dans les cas graves, des transfusions r�p�t�es pour lutter contre le choc. Une r�animation g�n�-</p><p>rale peut s�imposer.</p><p>Le Scorpion jaune (Buthus occitanus) est</p><p>relativement peu dangereux en France, le Scorpion noir (Euscorpius flavicaudis) est beaucoup plus nocif, en particulier pour l�enfant. La piq�re, apr�s des signes locaux douloureux intenses, provoque des naus�es, des vertiges, une paresth�sie (trouble sensitif) qui peuvent pr�c�der des troubles musculaires, une g�ne respiratoire et un collapsus. Le traitement comprend aussi du s�rum sp�cifique. Les morsures d�Araign�es dangereuses (Latrodectus, ou Veuve noire) provoquent une tum�-</p><p>faction chaude, avec �ruption phlyct�nulaire parfois tr�s �tendue. Des sympt�mes g�n�raux peuvent s�observer. L�effet des antihistaminiques est habituellement net.</p><p>La piq�re d�Insectes (Abeilles ou Gu�pes) peut �tre dangereuse, selon la zone atteinte : l�oed�me de la glotte, l�oed�me pulmonaire ou c�r�bro-m�ning� par piq�re endoveineuse et le choc anaphylactique sont les complications les plus s�rieuses.</p><p>L�allergie grave aux piq�res d�Insectes m�rite un traitement direct par l�adr�na-line et l�hydrocortisone. Parmi les animaux marins, les Raies provoquent des blessures tr�s douloureuses, de m�me que la Vive.</p><p>Les An�mones de mer d�clenchent des ph�nom�nes anaphylactiques avec parfois choc mortel.</p><p>E. F.</p><p>R. B.</p><p>&amp; W. B�cherl, E. E. Buckley et V. Deulofeu, Venomous Animals and their Venoms (New York et Londres, 1968-1971 ; 3 vol.). / A. de Vries et E. Kochva (sous la dir. de), Toxins of Animal and Plant Origin (New York, 1971-72 ; 2 vol.).</p><p>Venise</p><p>En ital. VENEZIA, v. d�Italie, capit. de la V�n�tie* ; 366 000 hab. (V�nitiens).</p><p>UN SITE EXCEPTIONNEL</p><p>Ville aux fonctions multiples, elle est aujourd�hui menac�e dans son existence m�me par son lent affaissement dans la lagune.</p><p>Au fond de la mer Adriatique, au</p><p>point de d�part des routes vers l�Europe centrale, Venise a une situation favorable. Mais elle est surtout c�l�bre par l�utilisation d�un site exceptionnel.</p><p>Venise est construite au milieu d�une</p><p>lagune, sur un archipel de 120 petites �les, parcourues par 177 canaux. Elle se trouve � 4 km de la terre ferme, � laquelle elle est r�unie par un pont ferroviaire et routier (pont de la Libert�).</p><p>Elle est � 2 km de la mer, dont elle est s�par�e par un long cordon littoral (cordons de Pellestrina, du Lido de Venise, de Cavallino). Fond�e au VIe s. apr. J.-C., Venise a connu tr�s t�t une �tonnante prosp�rit�. D�s le Moyen �ge, l�aspect actuel de l�urbanisme v�nitien est fix�, au moins pour la vieille ville. La cit� est divis�e en deux parties in�gales par le Grand Canal (Canal Grande ou Canalazzo), le long duquel se pressent de magnifiques palais avec portiques et loggias. On distingue, dans le paysage urbain, une ville byzantine (symbolis�e par la basilique Saint-Marc), une ville gothique (palais des Doges), une ville de la Renaissance (tour de l�Horloge), dans un lacis de ruelles enjambant les canaux par de nombreux petits ponts et par trois grands ponts au-dessus du Grand Canal (de l�Acad�mie, du Rialto, des Scalzi). Le joyau de l�ensemble est la place Saint-Marc, mais on compte pr�s de 400 palais dignes d�int�r�t. Toutefois, ce n�est l� qu�une partie de Venise (7 km2). Devant le manque d�espace, diverses activit�s ont �t� transf�r�es sur d�autres �les ou cordons littoraux : � Chioggia, � Burano, � Malamocco pour la p�che, � Murano pour l�industrie du verre, � Sottomarina pour les cultures mara�ch�res. Apr�s l�ouverture du pont ferroviaire (1841-1846), Venise s�est encore �tendue : le Lido est devenu le haut lieu du tourisme de luxe. Le pont routier a acc�l�r� le d�veloppement sur la terre ferme de la fonction de r�sidence � Mestre avec, non loin, l�a�roport de Venise. Enfin, � partir des ann�es 1923-1926, il y a eu l�essor industriel de Porto Marghera, au sud-ouest de Mestre ; de vastes zones industrielles ont �t� cr��es d�abord avec pr�dominance du secteur m�tallurgique (travail des m�taux non ferreux notamment), puis passage affirm� � la grande industrie chimique.</p><p>Celle-ci a n�cessit� la construction d�un port p�trolier doublant � Porto Marghera le port de voyageurs (24 Mt et 300 000 passagers). Les fonctions de Venise sont donc diverses. Outre une fonction administrative, le tourisme</p><p>�merge ; c�est l�activit� la plus c�l�bre.</p><p>Le tourisme attire chaque ann�e plusieurs millions de visiteurs, mais il y a aussi une tr�s intense fr�quentation baln�aire sur le Lido et les autres cordons littoraux (Iesolo notamment).</p><p>L�activit� commerciale qui en d�coule est tr�s vive, depuis le magasin de souvenirs jusqu�aux nombreuses embarcations (vaporetto ou gondole) assurant le trafic sur les canaux. Le r�le culturel de Venise est notable, par ses manifestations internationales (Biennale internationale d�art, festival du Film) et par ses instituts universitaires (Ca�</p><p>Foscari). C�est pourtant l�industrie qui occupe d�sormais le plus grand nombre de personnes (44 000 emplois).</p><p>C�est d�elle aussi que viennent tous les probl�mes. La pollution et le tassement du sol li� � l�exploitation de puits art�siens acc�l�rent la d�gradation des maisons et l�affaissement de Venise dans sa lagune. Les remous engendr�s par les embarcations � moteur ajoutent leurs effets n�fastes : 60 p. 100 des maisons doivent �tre r�nov�es et la mer envahit la place Saint-Marc au moment des grandes mar�es. La Venise historique est menac�e de mort ; une loi sp�ciale de sauvegarde a �t� vot�e en Italie, mais l�aide des organisations internationales est indispensable. Dans l�imm�diat, c�est sur la terre ferme que Venise grandit. La vieille ville est abandonn�e par ses r�sidents, surtout les jeunes. En dix ans, la commune s�est accrue de 17 000 habitants seulement, alors que le cro�t naturel a �t� de 28 000 personnes. C�est l� le signe d�un malaise �conomique �vident,</p><p>downloadModeText.vue.download 229 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11440</p><p>d�une contradiction entre le pass� glorieux et l�avenir incertain.</p><p>E. D.</p><p>F V�n�tie.</p><p>L�HISTOIRE DE VENISE</p><p>La naissance de Venise</p><p>La fuite dans les lagunes Fuyant les Lombards, les habitants d�Aquil�e, de Padoue et d�Altino se r�fugient, avant la fin du VIe s., sur les �lots qui pars�ment les lagunes des bouches de l�Isonzo � celles du Reno, o� vivent de mis�rables p�cheurs, transporteurs et sauniers : les Venetici.</p><p>Ces r�fugi�s ne reconnaissent que la seule autorit� de l�exarque byzantin de Ravenne.</p><p>Le temps de Grado et d�Eraclea</p><p>Au VIIe s., le plus important groupement de r�fugi�s est celui des Frioulans, �tablis au nord entre l�Isonzo et la Piave, l� o� s��l�vent les centres religieux et politiques de la V�n�tie byzantine : Grado, refuge de l�archev�que d�Aquil�e ; Eraclea (appel�e aussi Cittanova), ville nouvelle o� l�empereur H�raclius �tablit son repr�sentant, le magister militum.</p><p>Vers la fin du VIIe s. ou le d�but du VIIIe s., le pouvoir passe � un magistrat �lu, le doge (dux). La personnalit� des deux premiers doges � Paoluccio Anafesto (697-717 [qui ne serait autre que l�exarque de Ravenne Paul ?]) et Marcello Tegalliano (717-726 [peut-</p><p>�tre encore un magister militum ?]) �</p><p>reste obscure. Le troisi�me doge, Orso Ipato (726-737), porte, en revanche, un nom indig�ne. Son assassinat, qui provoque le retour du gouvernement des magistri militum de 737 � 742, est suivi du coup d��tat vengeur de Deodato Ipato en 742. La domination byzantine, d�j� �branl�e par la crise iconoclaste, sort affaiblie de ces ann�es de troubles.</p><p>Le transfert � Malamocco</p><p>(742-810)</p><p>Deodato Ipato, fils d�Orso et ancien magister militum, se proclame doge (742-755), puis transf�re sa r�sidence � Malamocco, refuge des Padouans au VIe s. La prise de Ravenne par les Lombards en 751 rel�che les liens v�n�to-byzantins, mais ne les supprime pas, l�appui de la flotte imp�riale restant le garant indispensable de la survie d�un peuple menac� par les ambitions lombardes jusqu�en 774, puis par celles des Carolingiens, dont les marins de</p><p>Nic�phore Ier repoussent les assauts en 803 et en 810.</p><p>L��tablissement d�finitif au</p><p>Rialto (820-828)</p><p>En restituant en 814 � Byzance ses conqu�tes dans la r�gion lagunaire, Charlemagne stabilise, aux confins de Venise, la fronti�re entre l�Orient et l�Occident. Mais, par l�, il renforce le pouvoir du doge, que ne coiffe plus la tutelle de l�exarque. Par ailleurs, le conflit franco-byzantin ayant r�v�l� la vuln�rabilit� du lido de Malamocco, le centre de gravit� des �tablissements v�n�to-byzantins se fixe plus au nord, entre Torcello et les �les r�altines, lieu primitif de refuge des Tr�visans.</p><p>Organis� par Agnello (Angelo) Partecipazio (810-827) et par ses descendants, qui accaparent presque sans interruption le dogat jusqu�en 942, ce transfert renforce le peuplement des principales �les de la lagune centrale : au nord, Torcello, o� s�est �tabli au VIIIe s. l��voque d�Altino et qui reste jusqu�au Xe s. le centre d�un commerce actif ; au centre, Olivolo, o� s��l�ve l��glise Saint-Pierre, si�ge d�un �v�-</p><p>ch� depuis la fin du VIIIe s., et le Rialto, o� la r�sidence d�Agnello Partecipazio est �rig�e en Palatium, dont la chapelle abrite les restes de saint Marc, rapport�s d�Alexandrie en 828 par deux marchands de Torcello. Autour du palais s��difie Venise.</p><p>� l�ombre de Byzance</p><p>Site et situation</p><p>Pointements calcaires (Dorsoduro, Rialto [Rivo alto]), �lots de boue recouverts de roseaux (Cannaregio), fragments de cordons littoraux (lidi) perc�s de graus (porti) ne forment pas un site favorable � l��tablissement de l�homme. Mais celui-ci bonifie les zones envas�es, drague les canaux d��coulement des eaux, d�tourne par des travaux multis�culaires les fleuves qui menacent de submerger la lagune.</p><p>Peu � peu, l�archipel du Rialto se r�duit � quelques grandes �les : San Giorgio Maggiore, la Giudecca et surtout les deux �les principales, que s�pare le Canal Grande et qu�irriguent de nombreux petits canaux appel�s rii. Sur les bords de ces derniers s��difient des</p><p>maisons sur pilotis ; la multiplication de ces maisons supprime les champs de l�gumes et de c�r�ales dont la production s�ajoutait aux ressources alimentaires (poisson et sel) que la mer fournissait aux V�nitiens.</p><p>Ma�tres de leur site urbain, les V�-</p><p>nitiens exploitent les avantages de la situation g�ographique : d�bouch� de la plaine lombarde sur l�Adriatique, liaisons relativement faciles avec le monde germanique par les cols alpins.</p><p>Jet�s � la mer par la nature, contraints donc de vivre de ses fruits et du commerce, les V�nitiens deviennent les interm�diaires privil�gi�s des mondes byzantin, germanique, slave et m�me musulman.</p><p>La formation de la puissance</p><p>v�nitienne</p><p>Anim� davantage par des vaisseaux grecs ou syriens que par les navires indig�nes, qui monopolisent surtout le trafic fluvial, Torcello reste au Xe s.</p><p>le centre de ce commerce international qui redistribue dans tout l�Occident les draps, les soieries, les �pices, les m�taux pr�cieux, le bois et les esclaves achet�s � Constantinople, � Alexandrie ou dans les Balkans. En m�me temps se d�veloppe un commerce des denr�es de premi�re n�cessit� destin�es � satisfaire le march� local : c�r�ales des Pouilles et de Mac�doine, sel et poisson de l�Adriatique, bois et poix de Dalmatie utilis�s pour la construction d�immeubles et de navires, arm�s pour l�essentiel par des particuliers jusqu�au d�but du XIIIe s.</p><p>Le grand b�n�ficiaire de ces</p><p>�changes est le Rialto, o�, au cours du Xe s., se sont �tablies des familles de grands propri�taires fonciers auxquelles appartiennent les doges et qui ont r�investi dans le commerce maritime leurs revenus fonciers sous forme de � commandes �, de � rogadie �, de pr�ts maritimes, de � colleganze �. En fait, au XIe s., ces optimales, tels les Badoer, les Contarini, les Foscari, les Falier, les Orseolo (case vecchie) se contentent d��tre les bailleurs de fonds d�op�rations marchandes modestes dirig�es par des familles nouvelles (case</p><p>nuove) : Barbarigo, Molin, Morosini, etc.</p><p>Bien que leurs revenus diminuent</p><p>consid�rablement au Xe et au XIe s., du fait des donations aux monast�res byzantins, ces optimates conservent la direction de l��tat. Investis d�un large pouvoir par l�arengo (assembl�e populaire), s�intitulant d�s le milieu du IXe s.</p><p>non plus dux venetiae provinciae, mais dux Venetiarum ou dux Veneticorum afin de souligner leur volont� d�autonomie, les doges (ducs) maintiennent pourtant leur ville dans la d�pendance �conomique de l�Empire franc, dont ils acceptent les monnaies (pacte de 840 conclu avec l�empereur Lothaire) et plus encore dans celle, politique, de l�Empire byzantin. Les doges, qui portent le titre d�hypatos (consul impe-rialis), sont choisis entre 810 et 1026</p><p>dans trois familles v�nitiennes (Partecipazi, Candiano et Orseolo), qui aspirent � fonder une dynastie dogale.</p><p>Victimes de leurs exc�s, des craintes de l�aristocratie et du peuple, ils ne r�ussissent qu�� renforcer la centralisation de l��tat, notamment sous Pietro II Orseolo (992-1009). D�ailleurs, d�s la fin du IXe s., leurs pouvoirs sont limit�s par leurs conseillers, les judices (juges), qui agissent au nom des grands propri�taires fonciers venus de Terre Ferme : les tribuni, transform�s en fonctionnaires h�r�ditaires. Ainsi s�instaure peu � peu un r�gime aristocratique qui, depuis la fin du IXe s., limite l��lection du doge aux seuls habitants des �les r�altines, alors ceintes d�une premi�re muraille continue du Castello � Santa Maria Zobenigo. En 1084, celles-ci sont divis�es en confi-nia � base paroissiale, tandis que le doge fait �difier une nouvelle chapelle � partir de 1063. Ainsi na�t l�actuelle basilique Saint-Marc (San Marco), dont la co�teuse construction n�cessite une r�organisation des finances v�nitiennes. G�r�es par trois chambres sp�-</p><p>ciales (Grado, Saint-Hilaire et Saint-Marc), celles-ci sont d�tach�es de la chambre ducale, qui prend en charge les finances de l��tat et la fortune personnelle du doge, lequel perd alors le droit de d�signer son successeur.</p><p>La p�n�tration v�nitienne dans</p><p>l�Empire byzantin</p><p>Sujette, en droit, de Byzance, Venise combat d�abord pour le compte du</p><p>basileus : en Sicile en 829, � Parente en 840, dans les Pouilles en 871. Mais, tr�s vite, trois chrysobulles en font une alli�e de fait : celui de 992, qui facilite l�acc�s de ses navires � Constantinople ; celui de mai 1082, qui accorde � ses habitants la libert� de transit dans tout l�Empire sauf en mer Noire, l�exemption de toute taxe et droit de douane, l�attribution sur la Corne d�Or d�ateliers et de trois quais ou �chelles ; celui enfin de novembre 1198, qui accro�t encore le nombre des r�gions ouvertes au trafic de ses marchands.</p><p>Tirant b�n�fice de cette politique, Pietro II Orseolo s�empare en 1000 de Curzola (auj. Kor&#x10D;ula) et de Lagosta (auj. Lastovo) et prend le titre de dux Dalmaticorum, unifiant sous le protectorat v�nitien la c�te byzantine de l�Adriatique orientale de Zara (auj.</p><p>Zadar) � Raguse (auj. Dubrovnik) ; contenant ensuite la pouss�e arabe � son d�bouch� m�ridional, il s�assure en downloadModeText.vue.download 230 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11441</p><p>1002 le contr�le du canal d�Otrante ; un si�cle plus tard, ses successeurs aident Alexis Ier Comn�ne � briser l�offensive normande de Robert Guiscard dans les Balkans (1081-1085). Proclam� dux Croatorum au lendemain de la prise de Durazzo (auj. Durr�si), Vitale Falier (1084-1096) prolonge jusqu�� cette ville la zone d�influence de Venise.</p><p>Venise, d�sormais ma�tresse du d�-</p><p>bouch� occidental de la via Egnatia, peut exploiter les avantages commerciaux que conc�de le chrysobulle de 1082 � ses citoyens, qui s��tablissent en assez grand nombre � Constantinople et dans les grandes villes de l�Empire, dont ils restent th�oriquement les sujets (douloi).</p><p>L�affirmation de la puissance</p><p>v�nitienne au temps des croisades du XIIe s</p><p>Les V�nitiens, bien �tablis dans</p><p>l�Orient grec, laissent G�nois et Pisans les devancer en Syrie d�s 1097-98. Menac�e parall�lement en Dalmatie, o� le roi de Hongrie, K�lm�n, s�empare des villes de Spalato (auj. Split), Trau (auj.</p><p>Trogir) et Zara entre 1108 et 1111, Venise est atteinte �galement dans ses int�r�ts � Constantinople, o� les Pisans sont autoris�s � s��tablir d�s 1111, alors que Jean II Comn�ne a refus� en 1118 de renouveler � ses � sujets � les privil�ges de 1082.</p><p>Armant plusieurs flottes, les V�nitiens r�agissent rapidement. Ils s�emparent d�abord de Caiffa (auj. Ha�fa) en 1100, puis facilitent la prise par les crois�s d�Ascalon en 1123 et de Tyr en 1124. Aussi obtiennent-ils du roi de J�rusalem Baudoin II le privil�ge de 1125 qui leur accorde le tiers de ces deux derni�res villes avec le b�n�fice de l�exterritorialit� compl�te.</p><p>En Dalmatie, une partie des positions perdues est reconquise d�finitivement en 1125. Jean II Comn�ne restitue aux V�nitiens leurs privil�ges de 1082, avant de leur accorder en 1126 le libre acc�s � Chypre, � Rhodes et en Cr�te.</p><p>Enfin, en mars 1148, ils obtiennent un large accroissement de leur quartier constantinopolitain pour prix de leur campagne navale devant Corfou, qui brise l�offensive des Normands de Roger II.</p><p>L�expansion commerciale v�ni-</p><p>tienne, qui est facilit�e par l�apparition en 1109 d�un nouveau type d�association commerciale, la compagnie</p><p>� dont les membres se r�partissent les profits et les pertes au prorata du capital engag� par chacun d�eux �, conna�t alors son �ge d�or. Constituant la plus importante colonie �trang�re �tablie dans l�Empire byzantin, o� ils contractent de fructueuses alliances matrimoniales, les V�nitiens sont �galement pr�sents � Constantinople, o� affluent les produits de la mer Noire, de la Thrace et de l�Asie Mineure, � Corinthe, o� se rassemblent l�huile et les soieries du P�loponn�se, � Th�bes et � Sparte, o� se fabriquent ces derni�res, etc. Ils fabriquent secondairement � Acre, qui devient le principal centre de leurs activit�s au Levant, et m�me � Alexandrie � l�exemple du plus illustre</p><p>d�entre eux, Romano Mairano, actif entre 1153 et 1171 ; ils dominent le march� des �pices en Orient et organisent parall�lement en Occident celui du sel (des lagunes de l�Adriatique) et celui du bl� (Pouilles), �tabli au Rialto.</p><p>Ils assurent ainsi l�ind�pendance alimentaire de leur ville, qui s�embellit rapidement : ach�vement de la basilique Saint-Marc au XIIe s. ; �dification de plusieurs ponts sur le Grand Canal ; mise en place d�un �clairage nocturne surveill� par les domini di notte (seigneurs de la nuit).</p><p>Un tel accroissement de puissance entra�ne la transformation des institutions. Reconnu totius Istriae dominator, puis, apr�s la conqu�te de Fano en 1141, dominator Marchie, le doge confie � l�un de ses parents la charge de vice-dominator, lorsqu�il dirige une exp�dition lointaine, ainsi que les fonctions de comte de Dalmatie et de comte d�Istrie. Il restaure ainsi un syst�me politique familial � tendance h�r�ditaire. En vain puisque, au moins d�s 1143, le doge Pietro Polani (1130-1148) doit accepter la constitution d�un Conseil des sages (Consilium downloadModeText.vue.download 231 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11442</p><p>sapientium), form� des techniciens des affaires publiques (primates, proceres, principes, nobiliores) qui ont d�j� contribu� � �vincer le clerg� de la direction de l��tat en 1130. Comprenant de droit les judices, pr�sid� par le doge, peut-�tre �lu par l�arengo (assembl�e populaire), ce Consilium majus de 30</p><p>� 35 membres d�cide en fait d�sormais seul pour le bien de la Comune Venetiarum. Recrut� sur la base des 6 sestieri form�s vers 1172, un Consilium minus de 6 membres joue d�s lors un r�le essentiel dans cette ville, dont le gouvernement est assur� par des sp�-</p><p>cialistes recrut�s dans des cercles restreints et qui soumettent le doge � un contr�le �troit avec l�aide de magistrats surveillant la justice (Curie judicum et advocator Comunis : accusateur public), l�administration (justiciarii et visdomini) et les finances (camerarii).</p><p>De l�ind�pendance � l�Empire</p><p>Les crises de la fin du XIIe s</p><p>Aggrav�e en 1159 par l�appui accord� au pape Alexandre III, la menace germanique n�est �cart�e que lorsque l�empereur Fr�d�ric Ier Barberousse se soumet � ce pontife sous le porche de Saint-Marc, le 24 juillet 1177, et renonce par contrecoup � imposer sa souverainet� � Venise.</p><p>Plus dangereux, Manuel Ier Comn�ne veut replacer les V�nitiens sous la loi commune afin d�apaiser le m�contentement de ses sujets grecs, rendus x�nophobes par l�importance des privil�ges accord�s aux Latins, notamment � Constantinople, o� leur colonie aurait alors comport� 80 000 r�sidents.</p><p>Manuel Ier progresse en Dalmatie, o� Raguse passe sous son autorit�, s�appuyant sur Anc�ne, soutient la r�volte de Zara en 1170, interdit tout trafic v�nitien avec les territoires byzantins (1165-1168) et accorde des privil�ges plus �tendus aux G�nois en 1169. Le 12 mars 1171, il fait arr�ter tous les V�nitiens r�sidant dans l�Empire : leurs biens sont confisqu�s.</p><p>Mais, apr�s le soul�vement de Ra-</p><p>guse et de Zara en 1196, la situation est redress�e par le doge Enrico Dandolo (1192-1205).</p><p>La IVe croisade et la conqu�te de l�Empire colonial</p><p>Le doge, qui s�est d�abord content� d�obtenir d�Alexis III le chrysobulle de 1198 (cf. supra), accepte par le contrat de nolis d�avril 1201 de transporter en �gypte les crois�s. Obtenant que ces derniers occupent au passage Zara en octobre 1202, Enrico Dandolo participe ensuite � deux reprises � la prise de Constantinople (17 juill. 1203 et 12 avr. 1204) et devient le � seigneur du quart et demi de l�Empire de Romanie � en vertu de la Partitio Romanie de mars 1204, qui lui permet �galement de contribuer avec cinq autres V�nitiens � la d�signation du premier empereur latin de Constantinople, Baudouin Ier</p><p>de Flandre.</p><p>Les V�nitiens obtiennent la cession en toute souverainet� des c�tes et des �les Ioniennes qui compl�tent le domi-nium Adriae, ainsi que celle de la majeure partie du P�loponn�se, des deux �les d��gine et de Salamine, des places d�Or�os et de Carystos en Eub�e, des Cyclades, de la province thrace d�Andrinople, avec les ports de Gallipoli, de Rodosto et d�H�racl�e, qui facilitent leur acc�s � Constantinople, dont les trois huiti�mes leur sont �galement c�d�s. Ils b�n�ficient, en outre, d�s ao�t 1204, de la renonciation de Boniface de Montferrat � l��le de Cr�te.</p><p>Celle-ci devient alors le centre de leur empire colonial, dont l�administration est plac�e sous l�autorit� sup�rieure du podestat et despote de l�empire de Romanie, titre port� pour la premi�re fois par Marino Zeno, nomm� au lendemain de la mort d�Enrico Dandolo, le 1er juin 1205.</p><p>Aux c�t�s d�un autre V�nitien, Tommaso Morosini, nomm� patriarche</p><p>latin de Constantinople, le podestat d�fend les int�r�ts des V�nitiens, qui obtiennent l�exclusivit� de l�exploitation �conomique de l�Empire ainsi que le libre acc�s � la mer Noire.</p><p>L�organisation de l�Empire</p><p>Faute de moyens humains, l��pire est abandonn�e au despote Michel Ange, qui devient une sorte de prot�g� de la R�publique ; la Mor�e est c�d�e � Geoffroi de Villehardouin, � qui Venise impose un trait� de vasselage en juin 1209 ; la ville d�Andrinople est confi�e au Grec Th�odore Vranas en 1206 ; les �les de Romanie sont laiss�es � des seigneurs v�nitiens alli�s aux Grecs contre les pirates g�nois ou turcs. Certains de ces seigneurs sont les vassaux directs de la Commune, tels les Orsini, qui contr�lent les �les Ioniennes autres que Corfou, tels les � terciers �</p><p>de N�grepont [Eub�e] en vertu du trait� de mars 1209 (Pecoraro dei Pecorari � Or�os, Gilberto da Verona � Chalcis, Ravano dalle Carceri � Carystos) ; les autres sont � l�origine les vassaux du podestat de Constantinople, tel le duc de l�Archipel Marco Sanudo (�tabli � Naxos, celui-ci a ses propres</p><p>vassaux : Marino Dandolo � Andros, Geremia Ghisi � Scyros [Sk�ros] et dans les Sporades du Nord, Giacomo Barozzi � Santorin, Giovanni Querini � Astypal�e) ; enfin, quelques seigneurs v�nitiens sont directement vassaux de l�empereur latin, tel Philocalos Navi-gaioso � Lemnos.</p><p>Avec sagesse, Venise se contente</p><p>d�occuper les bases navales indispensables � son commerce : en �pire, celle de Durazzo ; au sud de la Gr�ce, celles de Coron (auj. Kor�ni) et de Modon (auj. Meth�ni) en 1205-06 ; au sud de la p�ninsule, les �les de Cerigo (Cy-th�re) et de Cerigotto (Anticyth�re), conquises en 1207 et en 1208 ; sur la route de la mer Noire, les ports de Gallipoli, de Rodesto (auj. Tekirda&#x11F;) et d�H�racl�e, qui d�pendent des V�nitiens de Constantinople. En fait, apr�s dix ans d�op�rations men�es contre les indig�nes et les G�nois (1207-1217), seule Candie (la Cr�te) fait l�objet d�une colonisation syst�matique de type �conomique (bl�, huile, vin) et militaire (10 000 feudataires r�partis en six sestieri selon leur sestier v�nitien d�origine).</p><p>L�unit� du monde v�nitien n�est v�-</p><p>ritablement instaur�e que lorsque Giacomo Tiepolo, successeur de Marino Zeno comme podestat de Constantinople (1214-1221 et 1224-1227), ne se consid�re plus que comme un gouverneur d�l�gu� par la Commune.</p><p>L�administration</p><p>de l�Empire</p><p>Trois secteurs administratifs</p><p>y Haute Romanie : Constantinople, o� r�side un baile th�oriquement sup�rieur � tous les autres gouverneurs ; Thessalonique, administr�e par un baile ; T�n�dos, par un recteur ; Tr�bizonde et Tana, chacune par un consul.</p><p>y Basse Romanie et Archipel : un duc � Candie, un baile et deux recteurs administrent respectivement la Cr�te, N�grepont, Tinos et Mykonos.</p><p>y �les Ioniennes et Mor�e : un baile, deux castellani et un podestat administrent respectivement Corfou ; Modon et Coron ;</p><p>Argos et Nauplie.</p><p>L�organisation administrative</p><p>Chaque colonie constitue un regimen, qui forme un gouvernement coll�gial (comme � Venise) comprenant en permanence le gouverneur �lu par le Grand Conseil de Venise, en g�n�ral pour deux ans (baile), et deux conseillers (trois en Cr�te).</p><p>Les agents de contr�le de la R�publique Les officiales rationum v�rifient � Venise les comptes des magistrats coloniaux dans les deux mois suivant leur sortie de charge (un d�abord ; deux en 1423).</p><p>Les advocatores Comunis v�rifient � Venise les actes des magistrats coloniaux.</p><p>Les syndici ad partes Levantis sont des magistrats d�sign�s p�riodiquement par le S�nat � partir du XIVe s. pour recevoir sur place les plaintes des administr�s.</p><p>Exploitation de l�Empire</p><p>Disposant depuis 1104 du premier</p><p>arsenal de la chr�tient�, armant ses propres flottes de guerre et de commerce et organisant depuis 1211 les convois r�guliers (mudae) qui assurent l�exploitation commerciale de son empire, Venise permet � ses marchands de s��tablir � Tana pr�s de l�embouchure du Don, � Cetatea Alba en Roumanie, � Lajazzo en Arm�nie cilicienne, � Beyrouth, � Sidon, � Tyr et � Acre au Levant et � Alexandrie en �gypte.</p><p>Par ces comptoirs et notamment par les trois plus importants (Tana, Lajazzo, Alexandrie), les commer�ants v�nitiens s�assurent la ma�trise du march� asiatique ; ils entrent m�me en contact avec la Chine, comme en t�moignent les voyages que font les Polo* entre 1261 et 1269 et entre 1271 et 1295. Et comme d�s le d�but du XIVe s. les premi�res mudae touchent r�guli�rement Southampton, Bruges et Londres, le rayonnement commercial de Venise</p><p>s��tend de l�Extr�me-Orient � l�Ex-tr�me-Occident ; il p�n�tre m�me au coeur du continent dont les marchands allemands canalisent les courants commerciaux, depuis le d�but du XIIe s., vers le fondaco dei Tedeschi. Ainsi affluent � Venise soies et soieries chinoises, �pices de l�Asie du Sud et du Sud-Est</p><p>(poivre, cannelle, gingembre), esclaves originaires des mondes musulman et slave, fourrures, miel et cire, mastic et, surtout, alun de l�Asie Mineure, de Chios et de Lesbos, encore que ce dernier trafic soit contr�l� par les G�nois, aux d�pens desquels les V�nitiens d�-</p><p>tournent une partie de la production, revendue par eux en Toscane et en Flandre. Parall�lement, l�Empire fournit � ces marchands de nombreux produits : bl�, miel et malvoisie de Cr�te et de N�grepont ; muscat de Candie ; peaux, cire, bois et fromages de Cr�te ; raisins secs, oranges et citrons de Zante et de C�phalonie ; huile d�olive de Corfou (v�nitienne � partir de 1386) ; sucre de canne, dont la production, d�origine asiatique, gagne au XVe s. la Cr�te par le relais de Chypre (v�nitienne � partir de 1489), o�, depuis le d�but du XIVe s., la downloadModeText.vue.download 232 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11443</p><p>famille Cornaro d�veloppe �galement la production du coton (en concurrence avec le Levant) et m�me celle du sel.</p><p>En outre, les Pouilles et la Dalmatie ravitaillent (respectivement en bl� et en bois) Venise, o� affluent par ailleurs le fer et le cuivre d�Allemagne par la voie du Brenner ainsi que les draps de Flandre par celle de Gibraltar.</p><p>Exprimant depuis 1284 sa puissance commerciale par la frappe d�une monnaie d�or, le ducat, de m�me titre et de m�me poids que le florin (3,54 g � 985/1 000 de fin), Venise entre naturellement en conflit avec les autres villes marchandes italiennes, et en premier lieu avec Pise et G�nes.</p><p>Entre la mer</p><p>et la terre</p><p>Le recul oriental</p><p>Les Byzantins reprennent Constan-</p><p>tinople le 25 juillet 1261. Alli�s aux G�nois par le trait� de Nymph�e du 13 mars 1261, ils accordent � ces derniers les privil�ges dont b�n�ficiaient les V�nitiens, de nouveau exclus de la mer Noire.</p><p>Tout en s�associant aux tentatives faites par les princes d�Occident pour reconqu�rir Constantinople, notamment � celle de Charles Ier d�Anjou en 1281-82 (trait� d�Orvieto du 3 juill.</p><p>1281), � celle de Charles de Valois en 1304-1307 et � celle de Philippe de Tarente en 1320, les V�nitiens se r�installent � Constantinople et � Thessalonique et p�n�trent de nouveau en mer Noire en vertu des chrysobulles imp�riaux du 18 juin 1265, du 15 juin 1285 et du 4 octobre 1302.</p><p>D�finitivement victorieuse de Pise � la Meloria en 1284, G�nes tente d�emp�cher cette restauration de la puissance v�nitienne qui l�a chass�e d�Acre en 1258. En vain. Au terme de quatre guerres (1261-1270 ; 1294-1299 ; 1351-1355 ; 1378-1381) au</p><p>cours desquelles les G�nois atteignent les portes de la lagune (1379, guerre de Chioggia), Venise reste seule ma�tresse de l�empire de la Mer. Annexant temporairement N�grepont (1383-1390), Ath�nes (1395-1402), Thessalonique (1423-1430) et Patras, occupant, pour longtemps, Corfou en 1386, ainsi que Tinos et Mykonos en 1390, la S�r�nissime se heurte alors � des ennemis beaucoup plus redoutables : les Turcs, dont la progression vers l�ouest est � peine ralentie par la d�faite que leur inflige T&#x12B;m&#x16B;r Lang � Ancyre en 1402. Malgr� l�aide militaire de ses clients de la mer �g�e, auxquels se joignent les hospitaliers de Rhodes et les rois de Chypre, malgr� surtout l�h�ro�sme de son baile Girolamo Minotto, Venise ne peut em-p�cher les Ottomans de s�emparer de Constantinople le 29 mai 1453, puis de ses derni�res positions en mer Noire : Tr�bizonde en ao�t 1461 et surtout son comptoir de Tana en 1475.</p><p>Entre-temps, les Turcs occupent la Gr�ce. Les V�nitiens, alli�s de l�Albanais Skanderbeg et du roi de Hongrie Mathias Corvin, qui interviennent alors respectivement en �pire et en Mac�-</p><p>doine, reconqui�rent temporairement la Mor�e en 1464-65. Incapables de reconqu�rir les �les et les ports du nord de l��g�e (1465-1469), impuissants � secourir N�grepont, occup�e en juillet 1470, menac�s par un raid ottoman</p><p>dans le Frioul en 1478, ils renoncent officiellement le 24 janvier 1479 � N�grepont, � Argos et m�me � Scutari (auj. Shkod�r), d�o� les Turcs partent occuper Otrante (juill. 1480 - sept.</p><p>1481). L�achat � Catherine Cornaro de Chypre en 1489 prolonge jusqu�en 1571 la pr�sence de Venise en M�diterran�e orientale, mais la perte de Coron et de Modon en 1499-1500 compromet ses liaisons maritimes.</p><p>La conqu�te de la Terre Ferme</p><p>Malgr� la loi de 1274 qui leur a interdit l�acquisition de biens fonciers en Terre Ferme, la mont�e des ambitions politiques des villes voisines contraint les V�nitiens � s�engager dans une politique compensatrice d�expansion continentale. Faute de moyens en hommes, Venise recrute dans toute l�Europe d�s la fin du XIVe s. une arm�e de sujets ou d�alli�s. Le commandement est</p><p>confi� � des mercenaires, les condottieri ; les V�nitiens font �lever par A. Verrocchio un immortel monument �questre au plus c�l�bre d�entre eux, Bartolomeo Colleoni (1400-1475),</p><p>mais ils n�h�sitent pas � faire ex�cuter les plus ambitieux, tel Francesco Bussone, dit Carmagnola (v. 1385-1432). Venise se constitue un vaste �tat de Terre Ferme, sous l�impulsion de trois doges �nergiques : Michele Steno (1400-1413), Tommaso Mocenigo (1414-1423) et Francesco Foscari (1423-1457). Au lendemain de la paix de Turin (ao�t 1381), qui conclut la guerre de Chioggia, l��limination des G�nois leur permet de reprendre Tr�-</p><p>vise (1389) en opposant les Carrara de Padoue aux Scaligeri de V�rone et au duc d�Autriche.</p><p>Enlevant d�s 1404 Vicence, abattant ensuite la puissance des seigneurs de Padoue, o� ils entrent le 22 novembre 1405, acqu�rant enfin V�rone, la S�-</p><p>r�nissime occupe ensuite le Frioul en deux �tapes (1411 et 1418-1420), tout en reconqu�rant les villes dalmates : Zara en 1409 ; Trau, Scutari et Dulci-gno (auj. Ulcinj) entre 1418 et 1420.</p><p>Au sud, les Este de Ferrare sont neutralis�s, et Ravenne annex�e en 1441.</p><p>Venise, devenue une grande puis-</p><p>sance p�ninsulaire, heurte de ce fait les</p><p>projets expansionnistes des Visconti, seigneurs de Milan ; elle s�allie � Florence pour soutenir contre ses rivaux trois guerres (1425-1428 ; 1431-1433 ; 1435-1441). Si la premi�re lui permet d�occuper Brescia, les deux autres tournent surtout � l�avantage de Francesco Sforza. Profitant alors de l�av�-</p><p>nement de ce dernier au tr�ne ducal en 1450, ainsi que de la chute de Constantinople en 1453, Venise fait signer � ce prince la paix de Lodi (9 avr. 1454), � laquelle s�associe bient�t Florence.</p><p>Ainsi un �quilibre de fait s��tablit en Italie du Nord entre ces trois principaut�s urbaines. Libres d�sormais de se consacrer enti�rement � la lutte contre les Turcs, les V�nitiens peuvent se permettre en outre d�assumer sans danger les responsabilit�s d�une puissance continentale � l�heure m�me o� leur prosp�rit� est menac�e par la mont�e des puissances atlantiques, qui s�affirment avec force apr�s la d�couverte de l�Am�rique par Christophe Colomb en 1492.</p><p>downloadModeText.vue.download 233 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11444</p><p>Les institutions</p><p>de Venise</p><p>Pouvoir l�gislatif</p><p>y Arengo. Cette assembl�e du peuple, r�unie en placitum (plaid), perd en 1143 toute initiative l�gislative, se bornant � ratifier, par acclamation (collaudatio), les d�cisions du Conseil des sages ; en 1172, elle perd aussi le droit d��lire le doge au profit d�une commission �lectorale de 40 membres, puis dispara�t en fait en 1423.</p><p>MAGGIOR CONSIGLIO !GRAND</p><p>CONSEIL!.</p><p>Organe � comp�tence universelle, issu du Conseil des sages il ne comprend � l�origine que 35 patriciens (un par tren-taccia vers 1200). Accru des populari (430 membres en 1261), il ne l�gif�re qu�� partir de 1250. D�s 1286, une proposition de loi tend � en r�server l�ac-c�s aux patriciens ayant eu un ascen-</p><p>dant paternel si�geant dans ce conseil (case vecchie des origines ; case nuove des XIIe et XIIIe s).</p><p>Le 28 f�vrier 1297, la serrata (fermeture) del Maggior consiglio en interdit l�acc�s aux hommes nouveaux. Garantie depuis 1314 par l�inscription obligatoire sur un registre (Livre d�or du XVIe s.) des �ligibles, dont la qualit� est reconnue h�r�ditaire en 1323, cette r�gle n�est suspendue qu�� trois reprises au b�n�fice des familles qui se sont illustr�es lors des guerres de Chioggia (31 case nuovissime en 1380), de Cr�te (en 1646) et de Mor�e (en 1684).</p><p>Sur les 210 familles patriciennes qui ont si�g� dans ce conseil, 87 ont disparu avant le XVIe s.</p><p>En fait, le contr�le du pouvoir r�el est d�tenu depuis longtemps par des conseils sp�cialis�s.</p><p>LES CONSEILS SP�CIALIS�S ISSUS DU</p><p>MAGGIOR CONSIGLIO.</p><p>La Ouarantia. Apparue en 1179,</p><p>elle est � la fois un organe l�gislatif (�laboration de projets fiscaux) et judiciaire ayant comp�tence tant en mati�re civile que criminelle. Tribunal d�appel pour les causes ex-</p><p>trav�nitiennes, ce conseil n�a plus d�s le XIVe s. qu�un r�le judiciaire.</p><p>Le S�nat. Assembl�e des invit�s (Pre-gadi, � les Pri�s �) du doge, dont le nombre passe de 60 en 1230 � 120 vers 1450 et � 300 vers 1550, le S�nat (qui n�existe sous ce nom qu�� partir du XIVe s.) admet en effet successivement en son sein la Quarantia, le Conseil des Dix, les trois Avogadori de Comun en 1293, les neuf Procuratori di San Marco en 1442. Confiant la solution des probl�mes importants � des commissions temporaires de Sages, il accro�t sa comp�tence l�gislative aux d�pens du Maggior consiglio ; il d�signe les ambassadeurs, organise la d�fense et notamment la flotte de guerre, nomme en cas de crise le capitaine g�n�ral de la mer, puis le capitaine g�n�ral de la terre, contr�le la vie �conomique par l�interm�diaire des cinq Savi alla mercanzia (� partir de 1506).</p><p>Pouvoir judiciaire</p><p>La Quarantia (cf. pouvoir l�gislatif : conseils sp�cialis�s).</p><p>Pouvoir ex�cutif</p><p>y Il Collegio (le Coll�ge). N� � la fin du XIVe s. de la r�union des 10 membres de la Signoria et des 16 Sages de la Consulta, ce conseil de 26 membres �largit sa comp�-</p><p>tence au XVIe s. aux affaires diplomatiques (r�ception des ambassadeurs et �tude de leur correspondance).</p><p>y La Serenissima Signoria (la Seigneurie). Organe supr�me de la R�publique, elle comprend 10 membres : le doge, ses 6 conseillers du Minor consiglio et les 3 capi de la Quarantia, qui pr�parent les projets � soumettre au Grand Conseil et au S�nat.</p><p>y Le doge. H�ritier du duc byzantin de Venise du VIIe s., le doge est �lu � vie d�abord par le peuple, au nom duquel il exerce un pouvoir patriarcal presque absolu jusqu�au XIIe s. Confi�e � 40 �lecteurs en 1172, organis�e plus tard selon un syst�me compliqu� comportant onze scrutins, l��lection est valid�e par la prestation d�un serment (promissio ducalis), puis confirm�e annuellement par la c�r�monie des �pousailles de la mer (sposalizio del mare). Porteur des symboles du pouvoir ex�cutif (manteau de pourpre, �p�e, bonnet en forme de corne), le doge est honor� de titres prestigieux :</p><p>� Excellent seigneur par la gr�ce de Dieu, doge de Venise, duc de Dalmatie et de Croatie et (de 1204 � 1358) seigneur du quart et demi de l�Empire de Romanie. �</p><p>Devenu ensuite � prince s�r�nissime �, il pr�side la Signoria et le Collegio, mais perd la r�alit� du pouvoir au profit des conseils, sans l�accord desquels il ne peut agir, surtout apr�s l��chec de la conjuration anti-nobiliaire de Marino Falier en 1354-55. En 1457, la d�position par le Conseil des Dix de Francesco Foscari diminue encore son autorit�.</p><p>y Il Minor consiglio (Petit Conseil). Pr�-</p><p>sid� par le doge, il comprend depuis 1172 6 conseillers nomm�s par le Grand Conseil � raison de un par sestier.</p><p>y Les 3 chefs (capi) de la Quarantia. C�est la troisi�me composante de la Signoria.</p><p>y La Consulta. Depuis la fin du XIVe s.</p><p>3 commissions permanentes de Sages re�oivent une d�l�gation du S�nat pour</p><p>traiter aupr�s de la Signoria des questions sp�cialis�es :</p><p>� les 6 Savi Grande, pour la politique g�n�rale ;</p><p>� les 5 Savi agli ordini, pour les r�glements maritimes ;</p><p>� les 5 Savi alla Terraferma, pour la conqu�te et l�administration des provinces continentales.</p><p>y Il consiglio dei Dieci (le Conseil des Dix).</p><p>Institu� � titre temporaire en 1310 (conspiration de Baiamonte Tiepolo), puis � titre permanent en 1355 par d�cret du Grand Conseil (complot de Marino Falier), il comprend 10 conseillers ordinaires �lus pour un an par le Grand Conseil, mais le doge et ses 6 conseillers participent � ses d�lib�rations pour assurer la protection de l��tat. � partir de 1539, il s�adjoint de mani�re permanente 3 inquisiteurs d��tat nomm�s pour un mois.</p><p>D�s lors, son autorit� appara�t sans bornes.</p><p>Capitaux et soci�t�s</p><p>La rogadia est un syst�me ancien par lequel un capitaliste investit des capitaux d�origine fonci�re dans le commerce maritime ou confie � un marchand le soin de vendre � l��tranger une marchandise d�un seul type.</p><p>La colleganza unilat�rale associe un bailleur de fonds fournissant tout le capital et un marchand itin�rant qui se r�partissent les profits � raison des trois quarts pour le premier et de un quart pour le second.</p><p>La colleganza bilat�rale associe un bailleur de fonds apportant les deux tiers du capital et un marchand itin�rant qui fournit le tiers restant. Aussi le b�n�fice est-il r�parti par moiti� (la r�mun�ration du capital restant, en fait, des trois quarts).</p><p>La commission est un syst�me par</p><p>lequel les hommes d�affaires v�nitiens devenus s�dentaires consignent leurs marchandises � des agents �tablis � demeure � l��tranger ; ceux-ci sont r�tribu�s par une commission de 2 p. 100 sur les ventes et de 1 p. 100 sur les achats.</p><p>Les fraternes sont des associations familiales permanentes caract�ris�es par la</p><p>mise en indivis des biens et des activit�s marchandes des membres d�une m�me famille et s�appuyant de plus en plus sur ceux d�entre eux qui si�gent dans les conseils v�nitiens.</p><p>La lutte pour la survie</p><p>Une �conomie en mutation</p><p>En 1498, l�arriv�e de Vasco de Gama en Inde par la route du Cap d�tourne au profit de Lisbonne le trafic des �pices et du poivre, monopolis� jusqu�alors par Venise � Alexandrie. La suppression de certaines taxes, la cr�ation en 1506 de cinq Sages au commerce (Savi alla mercanzia) charg�s d�assainir le march� permettent aux V�nitiens de s�imposer au d�triment des Portugais comme principaux redistributeurs europ�ens de ces produits, qu�ils �coulent jusqu�en 1580 aux foires de Lyon et que les Allemands viennent acheter au fondaco dei Tedeschi, tr�s spacieuse-ment reconstruit apr�s l�incendie de 1505.</p><p>L�accroissement des activit�s bancaires soumises en 1524 au contr�le des Provveditori sopra banchi, le maintien de l�activit� des chantiers de construction navale (4 000 ouvriers � l�arsenal), la qualit� des produits des industries traditionnelles (verreries, glaces, �b�nisterie, cuirs, dentelles), l�essor de l�industrie laini�re, l�apport de Chypre et de la Cr�te prolongent jusqu�au-del� de 1570 la prosp�rit� �conomique de Venise. L�extension de la Terre Ferme par la conqu�te de Cr�mone en 1500 lui assure enfin les revenus agricoles des r�gions bonifi�es dans la zone des lagunes, dans la vall�e de l�Adige et dans le Frioul. R�alis�s par des hommes d�affaires s�dentaris�s qui ont investi en biens fonciers une partie de leurs b�n�fices marchands, ces travaux traduisent un nouvel �quilibre de l��conomie v�nitienne, dont les revenus ne proviennent plus pour l�essentiel des colonies orientales (500 000 ducats en 1571), mais de la Dominante (700 000) et surtout de la Terre Ferme (800 000).</p><p>L�accroissement de la population</p><p>(2 millions en 1500 ; 2 670 000 en 1586) soutient la consommation et</p><p>favorise l�urbanisation de la Terre Ferme, o� V�rone (52 000 hab.),</p><p>Brescia (43 000) et Padoue (34 000) deviennent les brillants satellites de la m�tropole v�nitienne, qui compte vers 1453 100 000 habitants, et en 1563 168 500.</p><p>Accueillante aux savants et artistes grecs tels que Bessarion qui fuient les Ottomans depuis le d�but du XVe s. et en font un foyer d�humanisme illustr� par Pietro Bembo* (1471-1547), b�n�-</p><p>ficiant depuis l�annexion de Padoue de l�apport culturel de son universit� (droit, philosophie, grec), disposant gr�ce aux Manuce (Manuzio) d�une</p><p>importante imprimerie, Venise ajoute alors le marbre � sa parure d�eau. Le Rialto et San Marco, unis depuis la fin du XIVe s. par la rue commer�ante de la Merceria, sont encore au XVIe s. les foyers respectifs de la vie des affaires et de la vie politique de Venise. Le pont du Rialto, primitivement en bois, mais reconstruit en marbre par Antonio Da Ponte, assure � son extr�mit� occidentale les liaisons avec les trois sestiers de la rive droite (San Polo, Santa Croce et Dorsoduro), dont l�urbanisation s�ach�ve et o� les activit�s bancaires se concentrent autour de l��glise San Giacomo del Rialto. Des trois quartiers de la rive gauche, Cannaregio, Castello et San Marco, le plus important est San Marco, o� s��l�vent, � l�autre extr�-</p><p>mit� de la Merceria, le palais ducal, r�sidence du doge et des conseils, et la chapelle de ce palais : la basilique Saint-Marc, � proximit� de laquelle s��l�vent les Procuraties et en 1496 la fi�re tour de l�Horloge, tandis que se poursuit, depuis le XIVe s., la construc-downloadModeText.vue.download 234 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11445</p><p>tion de magnifiques palais, notamment le long du Grand Canal. Dans ce cadre somptueux, o� s��panouit le talent de peintres de g�nie (les Bellini, Titien), se d�roule la f�te v�nitienne, particuli�rement �blouissante lors de l��lection du doge et lors du carnaval. Mais celle-ci ne fait que cacher le d�clin de la R�publique, irr�m�diable d�s la fin du XVIe s.</p><p>Du maintien des institutions � la perte de l�ind�pendance</p><p>En interdisant en 1297 l�arriv�e au pouvoir des homines novi par la serrata del Maggior consiglio, l�aristocratie v�nitienne emp�che l�instauration d�une seigneurie personnelle : en 1310, la conspiration de Baiamonte Tiepolo �choue, son auteur s�enfuit et le Conseil des Dix est institu� ; en 1354, celle du doge Marino Falier n�aboutit qu�� la d�position et � l�ex�cution en avril 1355 de ce dernier. Mais, en m�me temps, elle provoque la scl�rose du corps politique et social d�un �tat que son extension en Terre Ferme entra�ne � pratiquer une dangereuse politique continentale. Combattant tour � tour Charles VIII au sein de la Sainte Ligue, constitu�e en 1495, puis Louis XII, qui la vainc en mai 1509 � Agnadel au nom d�une autre Sainte Ligue anim�e par le pape Jules II, retrouvant ensuite l�alliance de ce dernier contre la France, Venise subit le contrecoup des conflits qui opposent les Valois, puis les Bourbons aux Habsbourg. Suivant g�n�-</p><p>ralement les premiers jusqu�en 1529</p><p>et dans la premi�re moiti� du XVIIe s., elle emp�che les seconds de se rendre ma�tres absolus des passes alpestres (Valteline, etc.). Mais, pendant ce temps, les Ottomans s�emparent de Nauplie, de Malvoisie et de presque toutes les �les de l��g�e, dont la perte est consacr�e par la paix d�octobre 1540. En partie compens�e par la participation de Sebastiano Venier � la victoire de la Sainte Ligue du pape Pie V</p><p>� L�pante le 7 octobre 1571, l�abandon de Chypre amorce un recul en M�diterran�e orientale qui s�ach�ve avec la reddition en septembre 1669 de Candie et de la Cr�te. Apparemment compens�e par la reconqu�te de la Mor�e, que lui c�de l�Empire ottoman en 1699, cette perte de la Cr�te sonne le glas de la puissance de Venise, � laquelle les Turcs reprennent la Mor�e (1714-15), dont l�abandon est consacr� par la paix de Passarowitz (1718).</p><p>Repli�e � l�int�rieur de digues solides (murazzi), Venise tente de s�isoler. En vain. Occupant V�rone en juin 1796, puis Bergame et Brescia en 1797, Bonaparte songe d�abord � r�duire Ve-</p><p>nise � ses lagunes. Mais, apr�s les sanglantes P�ques v�ronaises du 17 avril 1797, il contraint le Grand Conseil � prononcer sa propre d�ch�ance, et le doge Ludovico Manin � abdiquer le 12 mai 1797 ; puis il c�de la S�r�nissime � l�Autriche en vertu du trait� de Campoformio du 18 octobre 1797.</p><p>Conclusion</p><p>Malgr� la proclamation d�une �ph�-</p><p>m�re r�publique par Daniele Manin lors de la r�volution de 1848 (23 mars 1848 - 22 ao�t 1849), Venise reste autrichienne jusqu�en 1866. Elle est rattach�e alors � l�Italie, et son port redevient une grande base militaire jusqu�� l�annexion par ce pays en 1919 de la rade de Trieste.</p><p>Frapp�e � mort par la d�cadence de sa marine d�s la fin du XVIe s., menac�e au XXe s. dans sa survie monumentale par l�essor de la navigation � moteur et par celui des industries chimiques, qui �branlent les d�p�ts littoraux sur lesquels elle s�est �difi�e, Venise attire pourtant les touristes, car elle reste par ses industries de luxe (verrerie, cuir, soierie) et par son site unique le t�moin d�une civilisation incomparable n�e du contact de l�Occident et de l�Orient, t�moin que seuls les efforts de tous les membres de l�Unesco peuvent sauver de la submersion marine.</p><p>P. T.</p><p>F Byzantin (Empire) / Chypre / Commerce international / Constantinople / Cr�te / Croisades / Florence / G�nes / Gr�ce / Italie / Latin de Constantinople (Empire) / Latins du Levant (�tats)</p><p>/ Milan / Ottomans / Pise / Polo (Marco).</p><p>&amp; P. Daru, Histoire de la r�publique de Venise (F. Didot, 1819, 8 vol. ; nouv. �d., 1853, 9 vol.).</p><p>/ S. Roman�n, Storia documentata di Venezia (Venise, 1853-1861 ; 10 vol.). / P. G. Molmenti, La Storia di Venezia nella vita privata dalle origini alla caduta della Republica (Venise, 1880, 7e �d., Bergame, 1927, 3 vol. ; trad. fr. la Vie priv�e � Venise depuis les premiers temps jusqu�� la chute de la R�publique, Venise, 1882). / H. Kretschmayr, Geschichte von Ve-nedig (Gotha et Stuttgart, 1905-1934 ; 3 vol.).</p><p>/ R. Fulin, Br�ve summario di storia veneta (Venise, 1914). / J. Luchaire, les D�mocraties italiennes (Flammarion, 1915). / C. Diehl, Une r�publique patricienne, Venise (Flammarion,</p><p>1916 ; 2e �d., la R�publique de Venise, 1967).</p><p>/ F.-C. Lane, Venetian Ships and Shipbuilders of the Renaissance (Baltimore, 1934 ; trad. fr.</p><p>Navires et constructeurs � Venise pendant la Renaissance, S. E. V. P. E. N., 1965). / J. Sottas, les Messageries maritimes de Venise aux XIVe et XVe si�cles (Soc. d��d. g�ogr., maritimes et coloniales, 1938). / R. Cessi, Storia della Republica di Venezia (Milan, 1944-1946 ; 2 vol.) ; Storia di Venezia (Venise, 1957-1960 ; 3 vol. parus). /</p><p>A. Bailly, la S�r�nissime R�publique de Venise (Fayard, 1946). / P. Sardella, Nouvelles et sp�-</p><p>culations � Venise au d�but du XVIe s. (A. Colin, 1948). / Y. Renouard, les Hommes d�affaires italiens du Moyen �ge (A. Colin, 1950 ; nouv.</p><p>�d., coll. � U 2 � 1968) ; les Villes d�Italie de la fin du Xe s. au d�but du XIVe s. (S. E. D. E. S., 1962 ; nouv. �d., 1969). / M. A. Bragadin, Repubbliche italiane sul mare (Milan, 1951 ; trad. fr. Histoire des r�publiques maritimes italiennes, Payot, 1955). / F. Thiriet, Histoire de Venise (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1952 ; 4e �d., 1969) ; la Romanie v�nitienne au Moyen �ge (De Boccard, 1959). / E. R. Labande, l�Italie de la Renaissance (Payot, 1954). / J. Luchaire, les Soci�t�s italiennes du XIIIe au XVe s. (A. Colin, 1955).</p><p>/ J. Alazard, la Venise de la Renaissance (Hachette, 1956). / G. Luzzatto, Storia economica di Venezia, dall� XI al XVI seculo (Venise, 1961).</p><p>/ J. Rudel, Nous partons pour Venise (P. U. F., 1965). / Venise au temps des gal�res (Hachette, 1968). / P. Braunstein et R. Delort, Venise, portrait historique d�une cit� (�d. du Seuil, 1971).</p><p>Devant les invasions continentales, la civilisation h�rit�e de l�Empire trouva un refuge dans les �les de la lagune v�nitienne.</p><p>Fond�e en 639, mais agrandie au d�but du XIe s., la cath�drale de Torcello s�inscrit dans la tradition de la premi�re architecture chr�tienne et des �glises de Ravenne (v. byzantin [Empire]) par son plan basilical et ses mosa�ques, dont une partie remonte au VIIe s., le XIIe s. ayant ajout� une page grandiose avec le Jugement dernier qui se d�ploie au revers de la fa�ade. Alors que Santa Fosca, l��glise voisine, dessine une croix grecque au milieu d�un octogone, Santi Maria e Donato de Murano, reconstruite � la fin du XIIe s., reste fid�le au type basilical ; une influence lombarde appara�t dans la d�coration ext�rieure de son abside aux arcades superpos�es.</p><p>Venise et l��cole</p><p>v�nitienne</p><p>LA P�RIODE BYZANTINE</p><p>Dans la ville de Venise, la basilique Saint-Marc (San Marco), fond�e en 828-829</p><p>et incendi�e en 976, a fait place � partir de 1063 � l��tonnant �difice actuel, qui se rattache au � deuxi�me �ge d�or byzantin �</p><p>sans qu�en soient absentes les particularit�s dues au g�nie local. Le plan passe pour reproduire celui des Saints-Ap�tres de Constantinople : en croix grecque, avec cinq coupoles sur pendentifs couvrant respectivement la crois�e, la nef, le choeur et les deux bras du transept, chacune �tant �clair�e par des arcs tr�s larges qui retombent sur d��normes piles �vid�es ; celles-ci sont reli�es par des colonnades portant des galeries. Il s�y ajoute une abside flanqu�e de deux absidioles et, enveloppant la nef, un atrium vo�t� de petites coupoles. L�ossature de brique a �t� progressivement rev�tue d�une somptueuse d�coration tant ext�rieure qu�int�rieure.</p><p>Le sol, les surfaces verticales, les colonnes et leurs chapiteaux sont en marbres polychromes. De nombreux morceaux proviennent de la basilique pr�c�dente ou de monuments d�pouill�s lors d�exp�ditions maritimes : les quatre chevaux de bronze, hell�nistiques, rapport�s de Constantinople, en 1204, puis plac�s au-dessus du portail central ; le groupe en porphyre des T�trarques, sculpture syrienne du IVe s. ; le pilier de Saint-Jean d�Acre (Ve ou VIe s.) ; peut-�tre aussi les colonnes du baldaquin d�autel... Les marbres cisel�s � th�mes ornementaux sont d�ex�cution byzantine ou d�imitation locale, de m�me que les portes de bronze (XIe-XIIIe s.) ou la partie la plus ancienne (Xe s.) de la � pala d�oro �, avec ses �maux et ses pierres pr�-</p><p>cieuses. Mais l�int�rieur offre surtout, dans ses parties hautes, l�immense rev�tement de ses mosa�ques, dont l�ex�cution a commenc� � la fin du XIe s. Avec leur fond d�or et leurs couleurs �clatantes, avec leur iconographie r�gl�e par un programme d�inspiration th�ologique, les plus anciennes rel�vent de l�art byzantin. Mais l�entreprise s�est poursuivie jusqu�au XVIIe s., soumise � r�volution du go�t. D�s le XIIe s. appara�t un style plus libre, plus r�aliste et plus vivant, o� l�influence romane est sensible. On le retrouve au XIIIe s., avec un ton brillamment narratif, dans les sc�nes de l�Ancien Testament qui ornent l�atrium. Cette tendance � l�occidentalisation est confirm�e par le d�cor sculpt� de la m�me �poque : surtout les bas-reliefs du portail central, repr�-</p><p>sentant les Mois, les M�tiers, les Saisons,</p><p>les Vertus, les Proph�tes, etc., avec une vigueur plastique et un accent r�aliste qui les rapprochent de la sculpture �milienne et notamment de Benedetto Antelami.</p><p>Cette p�riode a vu aussi se fixer le type v�nitien du palais con�u � la fois comme un entrep�t, avec d�barcad�re, une maison de commerce et une habitation patricienne. La fa�ade sur le canal forme une sorte de triptyque avec deux tours, qui deviendront deux massifs aux perc�es assez peu nombreuses, de part et d�autre d�un corps central ajour� d�arcades superpos�es. L�ossature de brique se dissimule sous des placages de marbres souvent polychromes et assembl�s en figures g�o-m�triques. Ainsi se pr�sentent encore sur le Grand Canal, plus ou moins restaur�s, les palais jumeaux Loredan et Farsetti, la Ca� da Mosto, le palais Palmieri, devenu au XVIIe s. le � fondaco dei Turchi �.</p><p>VENISE GOTHIQUE</p><p>Commenc�e au milieu du XIIIe s., la construction de l��glise des Dominicains, Santi Giovanni e Paolo (� San Zanipolo �), puis de celle des Franciscains, Santa Maria Gloriosa dei Frari, marque l�abandon des formules byzantines et romanes au profit de la vo�te � crois�e d�ogives et d�un style li� au gothique p�ninsulaire. Ces deux majestueux vaisseaux de brique, � ornements de pierre blanche et de marbre, deviendront les n�cropoles des doges et des V�nitiens illustres, San Zanipolo surtout. Parmi les autres �glises, la Madonna dell�Orto se signale par sa fa�ade gracieuse, Santo Stefano par sa couverture en car�ne lambriss�e.</p><p>Dans tout cela, seuls des d�tails r�v�lent l�originalit� du gothique proprement v�nitien, amalgame d��l�ments nordiques et orientaux. Sa floraison va du deuxi�me quart du XIVe s. au milieu du XVe. Il se d�finit moins par la structure que par son d�cor mouvement�, nerveux, riche et cependant l�ger gr�ce � la pr�pond�rance des vides sur les pleins, souvent polychrome.</p><p>Deux �difices, l�un religieux, l�autre civil, ont jou� un r�le d�terminant. Saint-Marc doit au gothique v�nitien l�insolite couronnement de sa fa�ade et de ses flancs : une alternance de grands arcs en accolade et d��dicules � pinacles, avec d�abondantes downloadModeText.vue.download 235 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11446</p><p>sculptures ornementales ou figuratives, auxquelles ont travaill� des ma�tres florentins et lombards. � l�int�rieur, Jacobello et Pier Paolo Dalle Masegne �lev�rent en 1394 l�iconostase avec ses nobles statues.</p><p>Mais c�est dans l�art profane que le gothique v�nitien a donn� toute sa mesure, et d�abord dans le palais des Doges (Palazzo Ducale), reconstruit � partir de 1340</p><p>environ. On doit � une premi�re campagne le corps de b�timent donnant sur la lagune et formant, sur la Piazzetta, l�amorce de la fa�ade en retour d��querre. L��l�vation, d�une vive originalit�, inverse le rapport habituel des masses : c�est en effet la moiti� inf�rieure qui est le plus �vid�e, au moyen d�un portique et d�une loggia � arcades, alors que la moiti� sup�rieure, en faisant pr�valoir la muraille sur les ouvertures, met en valeur l�assemblage de ses marbres bicolores. Entrepris � la fin du XIVe s. par des ma�tres dont un grand nombre �taient originaires de Lombardie, le magnifique d�cor sculpt� comprend notamment les deux groupes d�angles repr�sentant l�un Adam et �ve, l�autre l�Ivresse de No�. � la seconde campagne, commenc�e en 1424, revient l�ach�vement de l�aile donnant sur la Piazzetta. Elle reproduit l��l�vation de la plus ancienne et laisse le m�me r�le � la sculpture, mais � la contribution des ma�tres lombards s�ajoute celle des Toscans, dont on reconna�t la force plastique dans le groupe d�angle repr�sentant le Jugement de Salomon. On doit � Giovanni et � Bartolomeo Bon, pour l�essentiel, l�exub�rant d�cor de la porte d�honneur, dite</p><p>� porta della Carta � (vers 1440), ainsi que le � portique Foscari �, qui s�ouvre sur la cour.</p><p>Sur la voie triomphale que forme le Grand Canal, les palais des patriciens t�-</p><p>moignent aussi de la floraison gothique.</p><p>Leur structure d�rive du type primitif : entre deux parties plus massives, des arcades superpos�es forment un �cran d�une gr�ce nerveuse. Ainsi se pr�sentent les palais Foscari, Giustinian, Pisani-Moretta, etc.</p><p>La � Ca� d�oro �, palais de Marino Contarini (1421-1440), se signale par sa d�coration particuli�rement luxueuse. Sur les rii et les campi, les palais sont aussi en grand nombre, mais g�n�ralement plus simples.</p><p>� Saint-Marc, deux cycles de mosa�ques datant du milieu du XIVe s. (baptist�re et chapelle Sant�Isidoro) font appara�tre un croisement d�influences byzantines et gothiques. � la m�me �poque, on retrouve cette h�sitation dans le style du premier ma�tre connu de l��cole v�nitienne de peinture, Paolo Veneziano (Couronnement de la Vierge, galeries de l�Acad�mie).</p><p>Lorenzo Veneziano (� v. 1379) se r�v�le mieux d�gag� de l�emprise byzantine et plus proche de l�esprit gothique dans son Mariage mystique de sainte Catherine (Acad�mie). Venise, alors, semble ignorer la r�volution op�r�e par Giotto* � Padoue, la ville voisine, malgr� l��cho qu�en apporte Guariento en venant peindre en 1360, dans le palais ducal, la fresque (d�-</p><p>truite) du Paradis. Le milieu v�nitien para�t mieux dispos� envers le gothique* fleuri et courtois, dit � international �, celui de Gentile da Fabriano et de Pisanello*, �galement appel�s l�un et l�autre pour peindre des fresques au palais ducal (d�but du XVe s., d�truites). Repr�sentant v�nitien de ce style, Michele Giambono est l�auteur d�une partie des sc�nes de la vie de la Vierge ornant en mosa�que la chapelle des Mascoli � Saint-Marc (entre 1430 et 1450). Le gothique international trouvera un dernier refuge dans l��cole dite � de Murano �, fid�le � la pr�ciosit� arbitraire des couleurs et � la somptuosit� d�corative. On doit � la collaboration d�Antonio Vivarini (� v. 1484), qui en est le chef, et de Giovanni d�Alemagna (� v. 1450) le grand triptyque de la Vierge (1446) encore en place dans l�ancienne Scuola della Carit�, dont le local est devenu l�Acad�mie.</p><p>LA PREMI�RE PHASE</p><p>DE LA RENAISSANCE</p><p>Venise tarda beaucoup � prendre part au mouvement de la Renaissance*. Elle n�avait pu cependant ignorer tout � fait l�exemple de Padoue, laboratoire des nouveaut�s artistiques et relais de l�esprit toscan en Italie du Nord. D�s 1425, Paolo Uccello*</p><p>�tait venu dessiner des mosa�ques pour San Marco, o� la d�coration de la chapelle des Mascoli rappelle en partie son style ; Andrea* del Castagno avait peint en 1442</p><p>les fresques de la chapelle San Tarasio � San Zaccaria, peu avant que Donatello* ne sculpt�t le Saint Jean-Baptiste des Frari, statue d�un �pre r�alisme.</p><p>Apr�s ces apports sporadiques, il faut</p><p>attendre la seconde moiti� du si�cle pour voir la Renaissance envahir le d�cor urbain.</p><p>Elle appara�t en 1460 � l�Arsenal, dont la porte est trait�e en arc de triomphe par Antonio Gambello. Ce qu�elle fait ensuite pr�valoir, c�est un style pittoresque et orn�, qui associe �troitement la sculpture � l�architecture et adapte au go�t v�nitien des �l�ments d�origine toscane ou, plus souvent, lombarde. Pietro Lombardo (v. 1435-1515), originaire de Lugano, en est le repr�sentant le plus caract�ristique.</p><p>Son oeuvre d�architecte et de sculpteur a pour traits dominants une gr�ce sensuelle et une fantaisie qui n�excluent pas la perfection du d�tail. Avec ses rev�tements de marbres polychromes et finement cisel�s, ses arcatures l�g�res, son fronton courbe �pousant le cintre de la vo�te � caissons, la petite �glise Santa Maria dei Miracoli (1481) est une cr�ation tr�s homog�ne, et d�un go�t exquis ; la fa�ade de la Scuola di San Marco (vers 1485), avec ses perspectives illusionnistes trait�es en bas relief, exprime davantage la tendance au pittoresque. Pietro Lombardo s�est distingu� aussi dans l�art fun�raire. Les monuments des doges Pasquale Malipiero, Pietro Mocenigo et Niccolo Marcello, � San Zanipolo, sont d�amples compositions de go�t d�j� classique et d�accent triomphal, peupl�es de nombreuses figures. Tous ces travaux de Pietro, surtout pour la sculpture, impliquent la collaboration de ses fils Tullio et Antonio, qui, dans leurs ouvrages personnels, affirment la tendance classique.</p><p>On doit � Tullio Lombardo (� 1532) le plus imposant des tombeaux de la Renaissance v�nitienne, celui du doge Andrea Vendramin � San Zanipolo. Le concours de l�architecture et de la sculpture se retrouve chez Antonio Rizzo (v. 1430 - v. 1499). Le monument du doge Niccolo Tron, aux Frari, unit les deux arts dans une composition solennelle (1473). Au palais des Doges, les deux statues d�Adam et d��ve, cisel�es en marbre pour les niches du portique Foscari, sont d�admirables �tudes de nu ; on y reconna�t l�influence padouane, c�est-�-</p><p>dire celle de Donatello et de Mantegna*, mais l�intensit� de l�expression les apparente � la sculpture germanique. Apr�s l�incendie de 1483, Rizzo fut charg� de reconstruire l�aile orientale du palais. Sur la cour, elle offre une fa�ade tr�s orn�e, de style composite, dont le morceau de bravoure est l�escalier dit plus tard � des G�ants �.</p><p>Mauro Coducci (v. 1440-1504) incarne</p><p>une tendance plus strictement architecturale, qui subordonne les ornements � la clart� de l�articulation. Apr�s la fa�ade de San Michele in Isola, celle de San Zaccaria (1486-1500), avec son grand fronton semi-circulaire �tay� par deux �l�ments sym�triques en quart de cercle, fixe avec majest� un type v�nitien de frontispice d��glise. Auteur d�autres �glises et de la tour de l�Horloge sur la place Saint-Marc, Coducci affirme son exigence de r�gularit� dans le dessin de deux fa�ades ouvrant sur le Grand Canal par de larges baies cintr�es : celles des palais Corner-Spinelli et Vendramin-Calergi, la seconde ayant plus d�ampleur et de relief avec ses colonnes d�tach�es et ses entablements en forte saillie.</p><p>L�esprit de la premi�re Renaissance aura encore des fid�les parmi les architectes de la g�n�ration suivante : Guglielmo dei Grigi (� 1550), dit Bergamasco, auteur des Procuratie Vecchie, dont la longue fa�ade � arcades superpos�es forme le c�t� nord de la place Saint-Marc (v. 1515), et probablement du pittoresque palazzo dei Camerlenghi, c�est-�-dire des tr�soriers de la R�publique ; Antonio di Pietro degli Ab-bondi (� 1549), dit le Scarpagnino, dont le style se fait mouvement� dans les fa�ades richement orn�es de la cour des S�nateurs au palais des Doges et de la Scuola Grande di San Rocco.</p><p>La sculpture, on l�a vu, restait le plus souvent subordonn�e au d�cor architectural. Pour �riger un grand monument en ronde bosse, on fit appel au Florentin Andrea Verrocchio*. Ex�cut�e de 1479 � 1488, mise en place en 1495 sur le campo Santi Giovanni e Paolo, l��loquente statue �questre du condottiere Bartolomeo Colleoni porte un peu abusivement la signature d�Alessandro Leopardi (v. 1465-1523), � qui l�on doit cependant la fonte, la ciselure et le socle. Cet excellent bronzier est l�auteur des trois socles cisel�s d�o� s��l�vent les m�ts de drapeaux sur la place Saint-Marc (1515).</p><p>La seconde moiti� du quattrocento ajoute � tout cela l�essor de la peinture v�nitienne. Sans rompre avec l��cole de Murano, Bartolomeo Vivarini (v. 1432 - apr.</p><p>1491), fr�re d�Antonio, se laisse gagner par l�influence de Mantegna, son collaborateur aux Eremitani de Padoue ; les triptyques des Frari, de San Giovanni in Bragora et de Santa Maria Formosa jalonnent son</p><p>abondante production. Giovanni Bellini*, dans sa premi�re p�riode, emprunte aussi � Mantegna une certaine tension ; mais c�est en assouplissant les formes, en les modelant par la couleur, en les chargeant d�humanit� qu�il prouve ensuite son adh�-</p><p>sion profonde, et bien v�nitienne, � l�esprit de la Renaissance. Dans cette orientation, un r�le d�terminant revient � Antonello*</p><p>da Messina, dont le s�jour � Venise se place vers 1475. Entra�n� hors du cercle de Murano par le ma�tre sicilien, Alvise Vivarini (v. 1445-1505), fils d�Antonio, trouve l�expression d�une spiritualit� inqui�te dans le dessin nerveux et la palette raffin�e qui caract�risent par exemple sa � conversation sacr�e � de San Francesco de Tr�vise, aujourd�hui � l�Acad�mie. Son atelier, rival de celui de Bellini, formera des peintres dou�s, sensibles d�ailleurs � l�influence de ce ma�tre : surtout Giovanni Battista Cima da Conegliano (v. 1459-1517 ou 1518), habile � associer les figures au paysage dans des compositions � la Madonna dell�aran-cio (Acad�mie), le Bapt�me du Christ (San Giovanni in Bragora) � dont une lumi�re sereine fait l�unit�.</p><p>Un autre courant, celui des narrateurs et des r�alistes, s�est manifest� dans les cycles peints pour les Scuole, ces institutions charitables auxquelles revient un si grand r�le dans la vie artistique de Venise.</p><p>� la Scuola di San Giovanni Evangelista, Gentile Bellini* eut pour collaborateurs Lazzaro Bastiani (� 1512), Giovanni Man-sueti (� 1527) et surtout Carpaccio*. Celui-ci donna d�autres preuves de sa sensibilit� en travaillant pour les Scuole de Sant�Or-sola et de San Giorgo degli Schiavoni ; la vivacit� de sa touche permet de le classer parmi les novateurs.</p><p>LA RENAISSANCE</p><p>DE LA MATURIT�</p><p>Le fait le plus marquant des premi�res an-n�es du XVIe s. est la r�volution introduite dans la peinture par la br�ve carri�re de Giorgione*. L�auteur de la Temp�te fait de la couleur un langage intime, d�une po�-</p><p>sie r�veuse. Le � giorgionisme � touche la plupart des peintres v�nitiens de cette �poque : Jacopo Nigretti (1480-1528), dit Palma le Vieux, auteur de paisibles</p><p>� conversations sacr�es � et de la Sainte Barbe entre quatre saints de Santa Maria Formosa ; Sebastiano Luciani (1485-1547), dit Sebastiano del Piombo, qui a plus de</p><p>puissance, comme en t�moignent les figures des portes d�orgue � San Bartolomeo et la pala de San Giovanni Crisostomo, peintes avant le d�part de l�artiste pour Rome et son entr�e dans le cercle de Rapha�l* ; le vieux Giovanni Bellini et le jeune Titien* ; d�autres encore, moins connus...</p><p>Pour voir l�architecture se d�gager des traditions du quattrocento, et gagner en ampleur ce qu�elle peut perdre en d�licatesse, il faut attendre l�arriv�e du Florentin Jacopo Sansovino*. Le palais Corner della Ca�Grande, qu�il �l�ve en 1537 sur le Grand Canal, montre d�j� comment il a su adapter le r�pertoire classique au go�t v�nitien. Devenu l�architecte officiel de la R�publique, il con�oit en 1536 le fastueux d�cor que formeront, sur la Piazzetta, la � loggetta �, habillant avec gr�ce la base du campanile de Saint-Marc, et la Libreria, dont les ordres superpos�s et les downloadModeText.vue.download 236 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11447</p><p>arcades � la romaine contrastent avec le robuste appareil de la Zecca (palais de la Monnaie). Sculpteur lui-m�me, d�un ma-ni�risme tant�t �l�gant, tant�t plus d�clamatoire (statues de Mars et de Neptune, dites � des G�ants �, ajout�es � l�escalier ext�rieur du palais des Doges), Sansovino dirige un vaste atelier de sculpture pour la d�coration de ses b�timents. On y trouve notamment Alessandro Vittoria (1525-1608), mani�riste raffin� dans les stucs de l�escalier de la Libreria, dans ceux de la</p><p>� scala d�oro � du palais des Doges et dans ses petits bronzes, mais d�un naturalisme vigoureux quand il sculpte en marbre le saint J�r�me des Frari, celui de San Zanipolo, des bustes de patriciens et de doges.</p><p>Dans le d�cor urbain du XVIe s., la sc�-</p><p>nographie solennelle de Sansovino peut faire place � l�expression d�une tendance plus classique. Architecte de V�rone, et sp�cialiste des fortifications, Michele Sam-micheli (1484-1559) donne � Venise deux exemples de son style m�le en �levant sur le Grand Canal le palais Corner-Mocenigo, dont le soubassement � bossages servira de mod�le � ceux des palais baroques, et le palais Grimani, d�une majest� romaine, rythm� par l�alternance de ses baies rectangulaires et cintr�es. Si Vicence et les villas</p><p>patriciennes de V�n�tie r�sument l�oeuvre profane d�Andrea Palladio*, � Venise, l�illustre architecte a marqu� de sa personnalit� des �difices religieux dont l�inspiration abstraite peut para�tre �trang�re au g�nie local : l�harmonieux sanctuaire du Reden-tore, San Giorgio Maggiore, o� le clo�tre et le r�fectoire ont pr�c�d� la reconstruction de l��glise. C�est un disciple peu imaginatif de Palladio, le th�oricien Vincenzo Sca-mozzi (1552-1616), qui, � partir de 1584, �l�vera sur le c�t� sud de la place Saint-Marc les Procuratie Nuove, reproduisant l�ordonnance de la Libreria avec un �tage suppl�mentaire. Il y a plus d�originalit� chez Antonio Da Ponte (v. 1512-1597), qui restaure le palais des Doges apr�s l�incendie de 1577, ach�ve le puissant b�timent des Prisons et reconstruit en 1588 le c�-</p><p>l�bre pont du Rialto, hardi et mouvement�.</p><p>� l�int�rieur du palais des Doges, les salles refaites alors (du Coll�ge, du S�nat, du Grand Conseil, du Scrutin), avec leurs opulents plafonds de bois sculpt� et dor�, accueillent les compositions de peintres qui ont depuis longtemps d�laiss� le giorgionisme pour des programmes plus amples. C�est par une conception particuli�re de la couleur que l��cole v�nitienne, isol�e en Italie, �chappe presque enti�-</p><p>rement � l�empire du mani�risme, qui ne peut gu�re revendiquer que la fantaisie brillante d�Andrea Meldolla (v. 1510-1563), dit le Schiavone, de Zadar, ou le style tendu de Gian Antonio de� Sacchis (v. 1483-1539), dit le Pordenone. Cette conception pr�side � la longue carri�re de Titien*, dont le succ�s international explique qu�il ne soit plus repr�sent� � Venise que par ses grands tableaux religieux, ou par des ouvrages tels que le plafond de la Libreria, d�cor� sous sa direction. L�oeuvre du Tintoret* s�inscrit au contraire dans un cadre typiquement v�nitien, celui du palais des Doges, des �glises, des Scuole. La sinc�rit� de sa foi s�exprime dans un langage dramatique, o� la force du coloris n�est pas absorb�e par le contraste de l�ombre et de la lumi�re.</p><p>C�est la Venise patricienne que refl�te le monde fastueux du V�ron�se*, avec ses architectures inspir�es de Sansovino, ses perspectives hardies, son coloris lumineux.</p><p>Des peintres de second rang ont travaill� � l�ombre de ces trois ma�tres : Paris Bordone (1500-1571), auteur de bons portraits et du tableau illustrant d�une mani�re savoureuse la l�gende du p�cheur remettant au doge l�anneau de saint Marc (� l�Acad�mie,</p><p>provenant de la Scuola di San Marco) ; Bonifazio De Pitati (1487-1553), court de souffle, mais narrateur agr�able quand il introduit la repr�sentation de la soci�t� v�nitienne dans des compositions telles que le Festin du mauvais riche (Acad�-</p><p>mie). Lorenzo Lotto* est au contraire un ind�pendant, tr�s original par sa sensibilit� inqui�te, sa facture vive et son coloris froid. Con�ue pour glorifier l�histoire et les institutions de Venise, la nouvelle d�coration du palais des Doges a employ� une cohorte de peintres dont les compositions encombr�es sont d�un style un peu laborieux, issu de Titien, du V�ron�se, de Jacopo Bassano* et surtout du Tintoret.</p><p>Avec Domenico Tintoretto, fils du ma�tre, Francesco et Leandro Bassano*, d�autres encore, figure ici le f�cond Iacopo Palma le Jeune (1544-1628), dont beaucoup de tableaux d��glises p�chent par un coloris lourd, mais qui r�veille l�int�r�t avec le cycle narratif de l�oratoire des Crociferi.</p><p>VENISE BAROQUE</p><p>La physionomie actuelle de Venise doit beaucoup � une architecture baroque dont l�esprit ne marque d�ailleurs aucune rupture avec le pass�. Le XVIIe s. en est l��ge d�or, et Baldassare Longhena* le plus grand ma�tre. Les palais b�tis selon ses dessins, avec ampleur et faste, d�rivent des mod�les de la Renaissance : Ca� Rezzonico (auj. mus�e du Sttecento), Ca� Pesaro, � la fa�ade puissamment model�e (mus�e d�Art moderne)... Il y a plus de mouvement dans ses constructions religieuses : le sanctuaire de la Salute, merveilleuse illustration du th�me de la coupole centrale ; le grand escalier du couvent de San Giorgio Maggiore ; la fa�ade de Santa Maria dei Derelitti (ou Ospedaletto), pittoresque et charg�e de sculptures comme celle de San Moise, oeuvre d�Alessandro Tremignon, et celle de Santa Maria del Giglio (ou Zobenigo), due � Giuseppe Sardi (1680-1753) � auteur pr�c�demment de la fa�ade, plus majestueuse, de Santa Maria degli Scalzi, �glise b�tie sur des plans de Longhena.</p><p>Les �difices de cette �poque ont donn� lieu � l�intervention de nombreux sculpteurs, d�origine souvent �trang�re, dont le plus notable est Giusto Le Court (1627-1679), d�Ypres. Leur art est au service de l�architecture ; accord dont t�moigne encore en 1708 le monument fun�raire de la famille Valier, � San Zanipolo, th��trale composition de l�architecte Andrea Tirali (v. 1660-1737). Les principaux construc-</p><p>teurs baroques du XVIIIe s. sont le Tessinois Domenico Rossi (1678-1742), auteur de la pittoresque fa�ade de San Stae et de celle des Gesuiti ; Giovanni Scalfarotto (v. 1690-1764), � qui l�on doit San Simeon Piccolo, domin�e par une �l�gante coupole ; Andrea Cominelli (1677-1750), qui s�est inspir� de Longhena en dessinant le vaste palais Labia.</p><p>La peinture v�nitienne passe pour avoir connu une sorte de temps mort au cours du seicento, par �puisement de sa veine.</p><p>Ce n�est pas, loin de l�, par manque de peintres ; mais beaucoup d�entre eux se sont content�s d�exploiter les formules des grands ma�tres de la Renaissance. Il en est ainsi d�Alessandro Varotari (1588-1648), dit le Padovanino, de Pietro Liberi (1614-1687), dont le registre mineur ne manque pas de gr�ce, tandis que Pietro Muttoni (1605-1678), dit Pietro Della Vec-chia, se singularise par son go�t du bizarre.</p><p>Si la flamme reste alors entretenue, c�est plut�t par des �trangers qui, s�journant ou fix�s � Venise, y apportent le sang frais de l�invention baroque : Domenico Fetti (v. 1589-1624), de Rome ; l�Allemand Johann Liss (v. 1597-1629) ; Bernardo Strozzi (1581-1644), de G�nes ; Francesco Maffei (v. 1600-1660), de Vicence, remarquable par sa verve et la nervosit� de sa touche...</p><p>Le r�alisme violent et t�n�breux du G�-</p><p>nois Giovan Battista Langetti (1625-1676), d�ascendance caravagesque, trouve un �cho dans la mani�re vigoureuse d�Antonio Zanchi (1631-1722), un autochtone comme Giovanni Antonio Fumiani (1643-1710) ; ce dernier, form� aupr�s des sp�-</p><p>cialistes bolonais de la perspective, peu-plera de figures l�immense plafond de San Pantalon.</p><p>C�est en s�inspirant de l�exemple laiss� � la Salute par Luca Giordano, de Naples, avec trois grands tableaux de la vie de la Vierge, et en se r�clamant de la tradition du V�ron�se, vivifi�e par une sensibilit� nouvelle, que Sebastiano Ricci*, � l�aube du XVIIIe s., rendra sa place pr�dominante � la couleur et ouvrira la voie � ce renouveau qui fait de Venise le principal foyer de la peinture italienne du settencento. Il y a cependant plus de brio encore dans la mani�re apparemment facile et le coloris frais de Giovanni Antonio Pellegrini (1675-1741). Comme beaucoup de ses compatriotes, ce d�corateur f�cond contribuera par ses voyages en Europe (Angleterre,</p><p>Pays-Bas, Paris, Vienne) au renom de l��cole v�nitienne. Plus court de souffle, mais d�une gr�ce �l�giaque, Iacopo Ami-goni (1682-1752) fera de m�me � Londres, puis comme peintre de cour en Bavi�re et en Espagne. Le rococo trouve son repr�-</p><p>sentant le plus typique en Giovan Battista Pittoni (1687-1767), dont les compositions mouvement�es allient un dessin capricieux � la fra�cheur du coloris.</p><p>� cette tendance h�doniste, Giovan Battista Piazzetta (1682-1754) oppose la force et la gravit� de son temp�rament, l�efficacit� dramatique d�un clair-obscur issu du Caravage* et cependant plus moelleux (gr�ce � l�enseignement re�u de Giuseppe Maria Crespi � Bologne), l�aust�rit� d�une gamme savante o� dominent blancs, noirs et bruns. La sinc�rit� de son inspiration religieuse appara�t dans des compositions telles que le Saint Jacques conduit au supplice de San Stae, la Vierge avec saint Philippe Neri de Santa Maria della Fava, la Gloire de saint Dominique, peinte � fresque au plafond d�une chapelle de San Zanipolo ; mais il a trait� aussi, sans mi�vrerie, des sujets de genre (la Devineresse, 1740, Acad�mie).</p><p>On reconna�t l�influence de Piazzetta dans la premi�re p�riode de Giambattista Tiepolo*. Mais ce n�est qu�un moment dans la carri�re de ce ma�tre, dont l�art rel�ve du rococo tout en le transcendant par la virtuosit�, par la splendeur du coloris, par la luminosit� de l�espace. Si son oeuvre immense d�borde largement le cadre de Venise, des villas v�nitiennes et m�me de l�Italie, sa ville natale montre cependant quelques-uns de ses plus beaux ouvrages : religieux, � San Stae, Santa Maria della Fava, Sant�Alvise, la Scuola del Carmine, Santa Maria della Piet� et aux Gesuati ; profanes, � la Ca� Rezzonico et surtout au palais Labia. Le grand Tiepolo a trouv� un collaborateur et un continuateur en son fils Giandomenico, plus dou� cependant pour les sujets de genre. Il a inspir� des d�corateurs habiles comme Francesco Fontebasso (1709-1769) ou Giambattista Crosato (1685-1758), auteur de fresques au palais Pesaro et de l�all�gorie des Parties du monde, oeuvre peinte � la vo�te du grand salon de la Ca� Rezzonico.</p><p>� c�t� de la peinture d�histoire, l��cole v�nitienne du settecento a fait une place importante aux autres genres, souvent</p><p>pratiqu�s par des sp�cialistes. Parmi les ma�tres du portrait, Sebastiano Bombelli (1635-1716) et Alessandro Longhi (1733-1813) ont su donner du brio � la repr�sentation officielle des personnages en pied, alors que Rosalba Carriera (1675-1757) a d� son immense succ�s international au charme de ses pastels. Le � genre � a trouv� son sp�cialiste en Pietro Longhi (1702-1785), c�l�bre par ses petits tableaux gauchement inspir�s des ma�tres hollandais, mais charmants par leurs couleurs et pr�-</p><p>cieux pour l�image qu�ils donnent de la vie v�nitienne. Les paysagistes ont suivi deux voies distinctes. Il y a celle du paysage compos� : romantique chez Marco Ricci*, d�coratif et bucolique chez Francesco Zuccarelli (1702-1788), qui a beaucoup travaill� en Angleterre, et chez Giuseppe Zais (1709-1784). Genre plus humble, mais d�in-t�r�t � touristique � et comme tel appr�ci� particuli�rement des Anglais du temps, la veduta, ou repr�sentation des sites r�els, a �t� pratiqu�e par Luca Carlevaris (1665-1731), encore sec, et Michele Marieschi (1710-1744), plus vivant, mais ses ma�tres sont Canaletto*, exact et limpide, Francesco Guardi*, plus fr�missant.</p><p>De m�me que la peinture religieuse, aujourd�hui trop souvent dispers�e, �tait con�ue pour s�int�grer � la fastueuse d�coration des �glises, de m�me la peinture profane avait sa place dans les palais de la soci�t� patricienne, sur des �toffes murales, souvent au milieu de stucs d�abord exub�rants comme ceux du palais Albrizzi, puis d�licatement model�s et color�s comme ceux du ridotto Venier.</p><p>Le go�t du rococo marque tous les arts dits � mineurs �. Une place importante revient au mobilier. Apr�s avoir connu le style sculptural d�Andrea Brustolon (1662-1732), Venise a trouv� sa sp�cialit� dans les meubles, si�ges, cadres de miroirs downloadModeText.vue.download 237 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11448</p><p>peints et vernis � l�imitation des laques d�Extr�me-Orient, avec des motifs souvent inspir�s de la Chine. La porcelaine, d�abord analogue � la p�te tendre de France, puis � base de kaolin, atteste aussi le go�t de la chinoiserie. Une c�l�brit� internationale est acquise au verre de Murano, souffl� ou effil�, souvent trait� en floraisons poly-</p><p>chromes dont l��clat triomphe dans le d�cor des lustres.</p><p>DU N�O-CLASSICISME � NOS JOURS</p><p>D�s le milieu du XVIIIe s., on voit Giorgio Mas-sari (v. 1686-1766) revenir � un classicisme assez strict, d�ascendance palladienne ; on lui doit ainsi l��glise des Gesuati (ou Santa Maria del Rosario), celle de Santa Maria della Piet� (ou della Visitazione) et le froid palais Grassi. Une tendance plus rigoureuse et plus arch�ologique appara�t � la fin du si�cle, rompant pour la premi�re fois l�harmonieuse continuit� du tissu urbain.</p><p>Elle est repr�sent�e par Giannantonio Selva (1753-1819), auteur du th��tre de La Fenice (1792). Sous l�Empire, les b�timents du fond de la place Saint-Marc sont malencontreusement remplac�s par l�aile napol�onienne, lourde imitation des Procuratie Nuove, qui abrite le mus�e civique Correr. Ce qui sera construit d�sormais ne fera gu�re que d�parer Venise, � l�exception d�un pastiche r�ussi, la Pescheria (1907) de Cesare Laurenti (1854-1936).</p><p>Il faut se rendre � l��vidence : Venise est l��blouissante image d�un pass� dont la gloire avait d�j� pris fin avant l�abolition de la r�publique.</p><p>B. de M.</p><p>&amp; E. R. Trincanato, Venezia minore (Milan, 1948). / S. Bettini, Venezia (Novare, 1953 ; trad.</p><p>fr. Venise, Nathan, 1954). / F. Valcanover, Gallerie dell� Accademia di Venezia (Novare, 1955 ; trad. fr. les Galeries de l�Accademia, Venise, Novare, 1959). / J. Alazard, la Venise de la Renaissance (Hachette, 1956). / T. Pignatti, Pittura veneziana del Cinquecento (Bergame, 1957 ; trad. fr. la Peinture v�nitienne du XVIe si�cle, Flammarion, 1963) ; Venise (A. Michel, 1971).</p><p>/ M. Levey, Painting in XVIII Century Venice (Londres, 1959 ; trad. fr. la Peinture � Venise au XVIIIe si�cle, Julliard, 1964). / O. Demus, The Church of San Marco in Venice (Washington, 1960). / E. Bassi, Architettura del sei e settecento a Venezia (Naples, 1962). / M. Brion, Venise (A. Michel, 1962). / M. Muraro et A. Grabar, les Tr�sors de Venise (Skira, Gen�ve, 1963).</p><p>/ E. Martini, la Pittura veneziana del Settecento (Venise, 1964). / J. Rudel, Nous partons pour Venise (P. U. F., 1965). / G. Mariacher, Ca Rezzonico (Venise, 1967). / Unesco, Sauver Venise (Laffont, 1971). / E. Arslan, Venise gothique.</p><p>L�Architecture civile gothique � Venise (Electa, Milan, 1972). / F. Roiter, Venise. Hier et Demain (�d. du Ch�ne, 1973).</p><p>v�nitienne</p><p>(�cole)</p><p>�cole musicale fond�e � Venise au XVIe s., et qui donna � l�Italie l�h�g�monie musicale jusqu�alors d�tenue par les Pays-Bas. Son essor se prolongea aux XVIIe et XVIIIe s.</p><p>Au XVe s., les compositeurs franco-flamands imposent leur art dans la p�ninsule. Mais aux alentours de</p><p>1500, Josquin Des* Pr�s, Loyset Comp�re (v. 1450-1518) et Heinrich Isaak (v. 1450-1517) �crivent des frottole o� fusionnent leur style s�v�re et des �l�ments stylistiques italiens. En 1527, Adriaan Willaert* succ�de � son compatriote Pierre de Fossis comme ma�tre de chapelle � Saint-Marc de Venise ; il poursuit la t�che de ses pr�d�cesseurs avec une telle efficacit� qu�on le consid�re comme le vrai fondateur de l��cole v�nitienne. Le premier, il donne au chant � plusieurs choeurs, pratiqu� � Saint-Marc, une coloration nouvelle (chromatisme) et lui associe des instruments � vent et � archets. Son oeuvre se poursuit avec ses successeurs, le Flamand Cyprien de Rore (ma�tre de chapelle de 1563 � 1564) et les Italiens Gioseffo Zarlino (de 1565 � 1590), Baldassare Donato (de 1590 � 1603), Giovanni Croce (de 1603 � 1609) et Giulio Cesare Martinengo (de 1609 � 1613). En m�me temps, les orgues de la basilique sont successivement tenues par Girolamo Parabosco (v. 1524-1557), Annibale Padovano (1527-</p><p>1575), Claudio Merulo (1533-1604) et Andrea et Giovanni Gabrieli*, qui, par leur talent, font progresser la technique de leur instrument. G. Gabrieli a le m�rite de transf�rer le proc�d� du double choeur dans la musique instrumentale (Sacrae Symphoniae, 1615) et d�ouvrir ainsi la voie, de m�me que Willaert, au style concertant. Durant cette p�riode, Venise devient un grand centre d�imprimerie musicale avec Antonio Gardane, Ottaviano et Girolamo Scotto, Riccardo Amadino et</p><p>Giacomo Vicenti. En 1558, Francesco Senese publie les Istitutioni harmo-niche de Gioseffo Zarlino (v. 1517-1590), important ouvrage th�orique de la Renaissance.</p><p>En 1613, Monteverdi* succ�de �</p><p>Martinengo comme ma�tre de chapelle � Saint-Marc. Il annonce une p�riode non moins faste, orient�e cette fois vers l�art lyrique. Le compositeur de L�Orfeo fait conna�tre en effet le stile reci-tativo, donne au madrigal un nouvel esprit et contribue de fa�on d�cisive � la naissance de la cantate et du drame musical. En 1637 s�ouvre � Venise le premier th��tre public d�op�ra, le San Cassiano, inaugur� avec l�Andromeda de Francesco Manelli (1595-1667).</p><p>Peu apr�s, d�autres th��tres s��difient, le Santi Giovanni e Paolo (1639), le San Moise (1639), le Novissimo (1641) et beaucoup d�autres. L�op�ra v�nitien, dont Monteverdi est le fondateur (Il Ritorno d�Ulisse in patria, 1641 ; L�incoronazione di Poppea, 1642), se d�veloppe ensuite avec Francesco Paolo Sacrati (?-1650), Pier Francesco Cavalli (1602-1676), Giovanni Legrenzi (1626-1690), Pietro Andrea (v. 1620-1684) et Marco Antonio Ziani (1653-1715), Carlo Francesco Pollarolo (1653-1722), Giovanni Rovetta (v. 1596-1668) et Carlo Palla-vicino (v. 1630-1688). Antonio Cesti (1623-1669) est alors le grand rival de Cavalli. Il recherche comme lui le pittoresque et le style comique, mais son op�ra perd de sa spontan�it�, car il tend � s��loigner du peuple et � m�me de l�Italie � pour adopter un art aristocratique de caract�re international. Avec lui, l�op�ra v�nitien laisse d�cliner ses principaux m�rites avant de succomber, vers la fin du si�cle, avec Domenico Gabrielli (v. 1659-1690) et Gian Domenico Freschi (v. 1625-1710),</p><p>devant la supr�matie napolitaine.</p><p>L�art instrumental (sonates, suites de danses) est aussi cultiv� � la m�me �poque par Biagio Marini (1597-1665), Francesco Usper (� 1641), �l�ve d�A. Gabrieli, G. Legrenzi, l�organiste Giovanni Picchi et le claveciniste Mar-tino Pesenti (v. 1600 - v. 1647) ; il trouve un nouveau d�veloppement au XVIIIe s. avec Antonio Vivaldi* � qui emprunte dans ses concertos les proc�-</p><p>d�s de la technique th��trale et oppose polyphonie et style homophone �, Tomaso Albinoni (1671-1750), Benedetto Marcello (1686-1739), Giuseppe Tartini (1692-1770) et les clavecinistes Domenico Alberti (v. 1710-1740), Baldassare Galuppi (1706-1785) et Gio-</p><p>vanni Benedetto Platti (v. 1700-1763) ; ce dernier esquisse le plan tonal de la sonate classique.</p><p>Venise voit aussi na�tre au d�but du XVIIIe s. les premiers conservatoires, � l�origine hospices (Mendicanti, Piet�, Incurabili, Santi Giovanni e Paolo), o� enseignent Legrenzi, Vivaldi, Antonio Lotti (1666-1740), Antonio Biffi (� 1736), Carlo Francesco Pollarolo (1653-1722), Francesco Maria Veracini (1690-1768), P. A. Zani, B. Galuppi, Johann Adolf Hasse (1699-</p><p>1783), Nicolo Jommelli (1714-1774), Nicolo Antonio Porpora (1686-1768) et Domenico Cimarosa (1749-1801).</p><p>En 1792, � c�t� de th��tres demeur�s prosp�res, Venise inaugure le nouveau th��tre de La Fenice, o� devaient �tre cr��s au XIXe s. des op�ras de Rossini*, Vincenzo Bellini, Gaetano Donizetti, Giacomo Meyerbeer et G. Verdi*.</p><p>En 1877 est cr�� le lyc�e musical Benedetto Marcello. De nos jours, Venise a conserv� une grande activit� musicale, gr�ce � La Fenice et � la</p><p>� Biennale � qui organise tous les ans un festival international de musique contemporaine.</p><p>A. V.</p><p>&amp; F. Caffi, Storia della musica sacra nella gi� cappella ducale di San Marco in Venezia dal 1318 al 1797 (Venise, 1854-55 ; nouv. �d., Milan, 1931 ; 2 vol.). / L. N. Galvani, I Teatri musicali di Venizia nel secolo XVII (Milan, 1879).</p><p>/ V. Malamani, Il Settecento a Venezia (Turin, 1891 ; 2 vol.). / C. Van den Borren, les D�buts de la musique � Venise (Impr. Lombaerts, Bruxelles, 1914). / H. Pruni�res, Cavalli et l�op�ra v�nitien au XVIIe si�cle (Rieder, 1932). /</p><p>G. Reese, Music in the Renaissance (New York, 1954 ; 2e �d., 1959). / S. T. Worsthorne, Venetian Opera in the 17th Century (Oxford, 1954).</p><p>/ A. Della Carte, La Civilt� veneziana del Settecento (Florence, 1960).</p><p>Veniz�los</p><p>(Elefth�rios)</p><p>Homme politique grec (pr�s de La</p><p>Can�e, Cr�te, 1864 - Paris 1936).</p><p>Le � Grand Cr�tois �</p><p>D�s l�enfance, sa vie se confond avec le combat pour l�hell�nisme ; Elefth�rios</p><p>Kyri�kos Veniz�los a deux ans lorsque son p�re fuit avec lui les massacres perp�tr�s par les Turcs en Cr�te*.</p><p>Brillant �tudiant en droit � l�universit� d�Ath�nes, Elefth�rios installera son cabinet d�avocat dans son �le natale.</p><p>Membre de l�assembl�e cr�toise, il prend, en 1897, la t�te du mouvement d��mancipation de la Cr�te. Lorsque celle-ci devient autonome sous la suzerainet� du Sultan, il dirige l�ex�-</p><p>cutif cr�tois, tandis que les fonctions de haut-commissaire sont d�volues au second fils du roi des Grecs, Georges (d�c. 1898). Rapidement, les relations entre ce dernier et Veniz�los se d�gradent, le leader nationaliste r�prouvant l�autoritarisme du prince et la corruption de son entourage.</p><p>En 1905, Veniz�los fomente contre Georges de Gr�ce une r�volte qui, en raison de l�opposition des puissances, ne peut d�boucher sur l�union de la Cr�te � la Gr�ce. N�anmoins, le d�part du prince laisse le champ libre � Veniz�los, qui gouverne en fait derri�re le nouveau haut-commissaire, son ami Al�xandhros Za�mis (1855-1936). En m�me temps, le prestige de Veniz�los grandit dans la Gr�ce continentale, o� la dynastie danoise est jug�e responsable de la d�faite de 1897 contre les Ottomans. � l�imitation du mouvement downloadModeText.vue.download 238 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11449</p><p>jeune-turc, un courant se d�veloppe en Gr�ce qui veut aboutir � une modernisation radicale des structures politiques et sociales. La ligue militaire qui se constitue alors, consid�rant que Veniz�los est l�homme d�sign� pour mener � bien cette r�novation, l�appelle au pouvoir.</p><p>Devenu Premier ministre (oct. 1910), Veniz�los s�attelle � la cr�ation d�un �tat moderne. Apr�s la dissolution de l�assembl�e et des �lections favorables au leader cr�tois, une � assembl�e r�visionniste � �labore une constitution qui �largit les libert�s individuelles, assure la stabilit� des fonctionnaires et les d�fend contre l�arbitraire (juin 1911).</p><p>Une mission fran�aise restructure l�ar-m�e ; les Anglais font de m�me pour la marine ; l��ducation est d�velopp�e, notamment l�enseignement agricole ; de plus, le pr�sident du Conseil prend une s�rie de mesures sociales (imp�t sur le revenu, l�gislation en faveur des cultivateurs, cr�ation de coop�ratives), r�pondant ainsi � un d�but d�agitation ouvri�re et paysanne. Le mouvement ouvrier se voit accorder, pour la premi�re fois dans l�histoire grecque, le droit de s�organiser de fa�on autonome.</p><p>Par contre, Veniz�los d��oit ses</p><p>partisans en maintenant sur le tr�ne Georges Ier, puis, apr�s l�assassinat de ce dernier (18 mars 1913), son fils Constantin Ier. Il est vrai que l�essentiel pour lui est de constituer l�union la plus large en vue de la guerre in�-</p><p>vitable contre l�Empire ottoman, principal obstacle � la � Grande Id�e � : le rattachement au royaume hell�nique de tous les territoires m�diterran�ens peupl�s de Grecs, � commencer par la Cr�te.</p><p>Profitant d�une conjoncture internationale favorable, Veniz�los persuade la Serbie et la Bulgarie de remettre � plus tard le r�glement des litiges qui les opposent entre elles et � la Gr�ce, � propos de la Mac�doine et de la Thrace, afin de conjuguer dans l�imm�diat leurs forces contre les Turcs. En mai 1912, un pacte d�assistance mutuelle unit les trois pays au Mont�n�gro ; cinq mois plus tard �clate la premi�re guerre balkanique ; le 30 mai 1913, le trait� de Londres sanctionne la d�faite turque et reconna�t aux Grecs la possession de la Cr�te. � ces gains territoriaux s�en ajoutent d�autres, cette fois aux d�pens de la Bulgarie, � la suite de la Seconde Guerre balkanique : une grande partie de la Mac�doine avec Thessalonique, la Chalcidique, l��pire m�ridionale et plusieurs �les �g�ennes (trait� de Bucarest, ao�t 1913).</p><p>Au d�but de la Premi�re Guerre mondiale, d�abord partisan de la neutralit� grecque, Veniz�los incline rapidement vers l�Entente, comme la masse des r�-</p><p>publicains, alors que les germanophiles se groupent derri�re le roi, beau-fr�re de Guillaume II. Lors de l�exp�dition franco-britannique des Dardanelles, Veniz�los est sur le point d�engager</p><p>les forces grecques contre les Turcs quand le roi l�oblige � se retirer (6 mars 1915). La victoire de son parti (lib�ral) aux �lections l�gislatives le ram�ne au pouvoir d�s le mois d�ao�t. Secr�tement, il est favorable au d�barquement des Alli�s � Thessalonique.</p><p>Le 5 octobre 1915, Veniz�los est</p><p>remplac� par Za�mis, puis par St�fanos Skoulo�dhis (1838-1928), dont l�attitude proallemande exasp�re les Alli�s ; ceux-ci prennent de plus en plus appui sur Veniz�los.</p><p>� Le plus populaire des</p><p>Grecs �</p><p>En octobre 1916, celui-ci constitue � Thessalonique un gouvernement r�publicain provisoire. Les Alli�s ayant accul� Constantin Ier � l�abdication (juin), son fils, Alexandre, devenu roi, rappelle Veniz�los, qui, aussit�t, d�-</p><p>clare la guerre aux Empires centraux (29 juin 1917). Les hostilit�s termin�es, Veniz�los, qui si�ge � la conf�-</p><p>rence de la paix, peut se croire sur le point de r�aliser la � Grande Id�e �.</p><p>Certes, la Gr�ce, � alli�e tardive �, n�obtient pas satisfaction quant � l��pire du Nord (d�volue � l�Albanie) et au Dod�can�se (que conserve l�Italie) ; mais elle annexe le littoral de l��g�e jusqu�� la Marica, jusqu�alors bulgare (trait� de Neuilly, nov. 1919) ; aux termes du trait� de S�vres (ao�t 1920), la Turquie lui abandonne la Thrace orientale, Imbros et Tenedos, ainsi que l�administration de la r�gion de Smyrne, dont l�annexion est pr�-</p><p>vue dans un d�lai de cinq ans en cas de pl�biscite favorable. Ces clauses se heurtent toutefois au refus des Turcs de Mustafa* Kemal, farouchement oppos�s au d�pe�age de leur pays.</p><p>Pouss� par Lloyd George, Veniz�los s�engage contre les Turcs dans une guerre qui le rend impopulaire. Apr�s la mort d�Alexandre Ier (oct. 1920), le</p><p>� grand Cr�tois � subit une dure d�-</p><p>faite �lectorale au profit des partisans de Constantin Ier, qui est rappel� sur le tr�ne par un pl�biscite (d�c.). Mais d�j� Veniz�los est install� � Paris.</p><p>La fin de l��re</p><p>v�niz�lienne</p><p>Cependant, le Premier ministre Dhimi-trios Gho�naris (1867-1922) se montre incapable de faire face aux victorieuses offensives de Mustafa Kemal en Anatolie. Le 9 septembre 1922, la cavalerie k�maliste est � Smyrne ; le 26, une r�-</p><p>volution �clate � Ath�nes, qui remplace Constantin Ier par son fils Georges II.</p><p>Bient�t, le trait� de Lausanne (24 juill.</p><p>1923), en remettant en cause les gains territoriaux des guerres balkaniques, met fin � la � Grande Id�e �.</p><p>Cette dure humiliation provoque la chute de la royaut� (18 d�c. 1923) ; les �lections ayant �t� favorables � son parti, Veniz�los rentre en Gr�ce en 1924 ; il est de nouveau Premier ministre, mais, malade, moins d�un mois plus tard, il laisse le pouvoir � Al�xandhros Papanastass�ou (1876-1936), qui proclame la r�publique.</p><p>La Gr�ce sombre alors lentement</p><p>dans l�anarchie et est � la merci de coups d��tat militaires. Une �claircie : la Constitution du 3 juin 1927, d�inspiration parlementaire. Redevenu Premier ministre (3 juill. 1928), Veniz�los dissout la chambre et constitue un cabinet d�union nationale. La t�che qu�il s�impose alors est le r�tablissement des bonnes relations de la Gr�ce avec ses voisins : Albanie (1928), Yougoslavie et Bulgarie (1929), Hongrie et Autriche (1930). De plus, croyant pouvoir cr�er un courant d�amiti� hell�no-turc, il se rapproche ostensiblement de la Turquie k�maliste (1930-31), allant jusqu�� refuser de soutenir le mouvement nationaliste cypriote.</p><p>Mais la conjoncture grecque et mondiale (crise mon�taire et politique) rend ce r�ve irr�alisable. En mai 1932, ayant d� d�valuer la drachme, Veniz�los d�missionne, puis dirige de nouveau par deux fois le pays (juin-nov. 1932, janv.-mars 1933). Les positions de son adversaire, Panagh�s Tsaldh�ris (1867-1936), chef du parti populaire, se renforcent. Le trait� de d�fense balkanique, sign� par Tsaldh�ris en f�vrier 1934, est un coup mortel au r�ve hell�no-turc de Veniz�los.</p><p>En mars 1935, ses partisans tentent vainement un coup d��tat en Cr�te.</p><p>L��re v�niz�lienne est termin�e : le</p><p>vieux leader lib�ral part pour Paris et il est condamn� � mort par contumace. Il meurt un an plus tard, ayant marqu� profond�ment l�histoire de la Gr�ce contemporaine. Son fils SOFOKL�S</p><p>(Ath�nes 1894 - en mer 1964) deviendra le chef du gouvernement grec en exil en 1944. Leader du parti national, il sera de nouveau au pouvoir en 1950</p><p>et 1951, avant d�assumer le portefeuille des Affaires �trang�res (oct. 1951 -</p><p>nov. 1952) : c�est lui qui fera admettre la Gr�ce � l�O. T. A. N. (f�vr. 1952).</p><p>P. P.</p><p>F Gr�ce.</p><p>&amp; S. B. Chester, Life of Veniz�los (Londres, 1921). / G. Dafnis, la Gr�ce entre les deux guerres, 1923-1940 (en grec, Ath�nes, 1955 ; 2 vol.). / H. Veniz�los, � l�ombre de Veniz�los (G�nin, 1955).</p><p>vent</p><p>Mouvement de l�air qui r�sulte de la transformation d�une partie de l��nergie du rayonnement solaire en �nergie cin�tique.</p><p>Le terme d�signe plus pr�cis�ment la translation des mol�cules d�air � l�horizontale, au plus pr�s du sol et � diff�rents niveaux d�altitude. Les reliefs peuvent cependant imposer au vent de gravir des pentes ou de les d�valer.</p><p>M�canismes</p><p>Vent et force du gradient de</p><p>pression</p><p>Les m�canismes du vent se rattachent � la dynamique* des fluides. Un fluide est en �tat d��quilibre lorsqu�un plan horizontal qui l�int�gre subit en tous points une pression uniforme. L��quilibre dispara�t � partir du moment o� le plan supporte des pressions in�-</p><p>gales. Une tendance se manifeste alors de l��coulement du fluide des lieux de fortes pressions vers les lieux de basses pressions. � la place d�une surface horizontale o� la r�partition des pressions est ainsi in�gale, on peut prendre en compte une surface gauchie o� la pression reste la m�me (surfaces de 700 millibars [mb], 500 mb, etc.).</p><p>Cette surface est plus �lev�e, � partir du niveau de la mer, l� o� les pressions sont fortes que l� o� elles sont faibles.</p><p>L��coulement de l�air s�organise des points hauts vers les points bas. Les syst�mes de pressions impliqu�s dans un niveau constant (niveau de la mer par exemple) sont traduits par des cartes d�isobares (courbes d��gales pressions) ; les syst�mes de pressions r�v�l�s par une surface de pression constante et gauchie sont exprim�s par les cartes d�isohypses (sur chacune de ces courbes, la pression est � altitude constante) [fig. 1].</p><p>Le vent �tabli entre une aire de</p><p>hautes pressions et une aire de basses downloadModeText.vue.download 239 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11450</p><p>pressions s��coule d�autant plus rapidement (force du vent) que la diff�rence est plus grande entre ces pressions par unit� de longueur, mesur�e � l�horizontale, c�est-�-dire que le gradient barom�trique (ou gradient de pression) est plus fort. Ce gradient r�sulte donc de la valeur relative des hautes et des basses pressions et de la distance qui les s�-</p><p>pare. C�est le gradient de pression qui, combin� � la densit� de l�air, suscite la force du gradient de pression (G).</p><p>Vent et force de Coriolis</p><p>La loi de l�inertie veut qu�un objet en mouvement rectiligne garde sa direction aussi longtemps qu�une force n�intervient pas pour qu�il en change. Cette loi se v�rifie � partir de coordonn�es absolues, c�est-�-dire, pour toute manifestation relev�e � la surface du globe, r�f�rence faite � des rep�res fixes extra-terrestres (�toiles fixes). C�est dire que tout mouvement absolu, rectiligne, ne l�est plus pour un observateur terrestre, car celui-ci est impliqu� dans le mouvement tourbillonnaire de la Terre sur elle-m�me. Ainsi, pour cet observateur, une trajectoire absolue, rectiligne, deviendra courbe. Le math�maticien Gaspard-Gustave de Coriolis (1792-1843) a fix� le principe de cet effet de d�viation apparente, en mettant en �vi-</p><p>dence ce que l�on appelle force de Coriolis. Il ne s�agit pas d�une v�ritable force puisque le flux ne subit aucune modification de trajectoire absolue et que l�effet de d�viation n�est qu�une apparence, r�sultant d�une observation effectu�e depuis le sol.</p><p>Le ph�nom�ne global est facile �</p><p>comprendre. Il suffit de se situer sur un globe terrestre fixe, puis sur un globe en rotation (fig. 2). Pla�ons � cet effet dans l�h�misph�re Nord un observateur terrestre stationn� en A, de telle sorte qu�il regarde, au 50e parall�le, dans le sens de l��coulement d�un vent venu du p�le Nord. Cet observateur tourne le dos au p�le et fait face au sud, du c�t� de l�aval-�coulement. Il a l�ouest � main droite. Sur le globe suppos� fixe, soit donc une particule d�air issue du p�le Nord et � trajectoire absolue rectiligne ; elle part � l�heure H en direction de l�observateur, qu�elle atteindra � H + T (T = temps d��coulement pour aller du p�le au 50e parall�le). Dans ce cas, l�observateur constate que le mouvement est rectiligne. Ce mouvement relatif � la Terre se confond avec le mouvement absolu. Les choses changent si, au moment o� le flux quitte le p�le, la Terre tourne sur ellem�me, avec entra�nement vers l�est.</p><p>Entre H et H + T, l�observateur terrestre demeure en A. Mais A se d�place vers l�est pendant que le flux, en toute ind�pendance et selon sa trajectoire absolue rectiligne, atteint le 50e parall�le.</p><p>Cette atteinte se fait n�cessairement en un point situ� � l�ouest de celui o� est alors l�observateur. C�est dire que celui-ci a le sentiment que le flux, au fur et � mesure de sa progression vers le sud, s��loigne vers la droite. Le m�me raisonnement appliqu� � l�h�misph�re Sud aboutirait � la d�flection apparente du flux vers la gauche.</p><p>On voit que la force de Coriolis (C) d�pend de la vitesse de rotation de la Terre sur elle-m�me (&#x3C9; = vitesse angulaire), de la vitesse du vent (V) et de la latitude du lieu d�observation (&#x3C6;), d�o� la formule C = 2&#x3C9;V sin &#x3C6;.</p><p>La vitesse angulaire de la Terre est</p><p>constante. Supposons constante celle du vent. On voit aussit�t, le sinus de la latitude �tant maximal au p�le et nul � l��quateur, que la force de Coriolis est n�gligeable aux basses latitudes et qu�elle impose son maximum d�effet aux latitudes extratropicales et plus encore dans les r�gions polaires.</p><p>Vent et force de frottement</p><p>La force de frottement (R) ne doit �tre prise en consid�ration que sous 1 000 m d�altitude (les r�gions de montagnes �tant mises � part). C�est, en effet, dans la couche laminaire des 1 000 premiers m�tres qu�interviennent les rugosit�s du sol, les arbres, les maisons, etc. R, tr�s faible sur mer, prend de l�importance sur terre, au point downloadModeText.vue.download 240 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11451</p><p>qu�au ras du sol elle l�emporte sur la force de Coriolis.</p><p>Le vent et la combinaison des</p><p>forces qui le conditionnent</p><p>Nous avons n�glig� la pesanteur, qui joue un r�le dans la composante verticale du mouvement de l�air. Ce sont les forces du gradient (G), de Coriolis (C) et de frottement (R) qui imposent le comportement du vent � l�horizontale (� quoi, sous certaines conditions [trajectoires curvilignes], il faut ajouter la force centrifuge).</p><p>EN ATMOSPH�RE LIBRE.</p><p>Le vent g�ostrophique. Envisageons un mouvement atmosph�rique hori-</p><p>zontal permanent et sans acc�l�ration.</p><p>Cette situation implique que la force de Coriolis, qui s�applique par d�finition perpendiculairement au d�placement du flux et sur sa droite (h�misph�re Nord), est exactement �quilibr�e par la force du gradient de pression. Le vent ne subit ainsi de d�viation ni � droite ni � gauche. Rectiligne, il est parall�le aux isobares, elles-m�mes rectilignes, parall�les et aussi �quidistantes. Si les forces du gradient et de Coriolis ne se compensaient pas, il interviendrait dans le flux une acc�l�ration contraire � l�hypoth�se de d�part. Ce flux est le vent g�ostrophique. Il s��coule en laissant sur la droite les hautes pressions et sur la gauche les basses pressions (h�misph�re Nord) [fig. 3].</p><p>Le vent du gradient. Le vent peut souffler, toujours uniform�ment, parall�-</p><p>lement � des isobares curvilignes et plus pr�cis�ment circulaires et concentriques, que le mouvement s�op�re par enroulement autour de basses ou de hautes pressions (dans l�h�misph�re Nord, le vent circule toujours le long des isobares en laissant � droite les anticyclones et � gauche les d�pressions ; l�inverse se produit dans l�h�misph�re Sud). Dans ce cas, qui est celui d�un flux � trajectoires courbes, intervient, � c�t� des forces du gradient et de Coriolis, la force centrifuge. Celle-ci s�applique toujours sur le c�t� ext�-</p><p>rieur des courbes. Compte tenu du fait que la force de Coriolis agit du c�t� des hautes pressions et celle du gradient � l�oppos�, on arrive � des combinaisons diff�rentes de ces forces selon les figures de pressions consid�r�es. En courbure cyclonique, c�est la force du gradient qui, � elle seule, �quilibre la force de Coriolis et la force centrifuge.</p><p>En courbure anticyclonique, la force de Coriolis s�oppose � la force centrifuge et � celle du gradient. Le vent qui correspond � ces dispositions est appel� vent du gradient (fig. 4).</p><p>Dans la nature, vents g�ostrophique et du gradient ne se rencontrent pas, car les formes des isobares sont beaucoup plus complexes que celles qu�ils postulent. Le vent du gradient est cependant plus proche de la r�alit� que le vent g�ostrophique.</p><p>EN ATMOSPH�RE PERTURB�E.</p><p>Ici, nous excluons les basses latitudes.</p><p>Dans les tr�s basses couches de l�atmosph�re, le vent souffle obliquement, et non parall�lement, par rapport aux isobares, avec lesquelles il fait un angle d�environ 30� sur terre et 10� sur mer, tout en se dirigeant vers les basses pressions. C�est qu�intervient la force de frottement, qui diminue la vitesse du vent. Or, une telle diminution r�duit l�intervention de la force de Coriolis et augmente d�autant l�importance de la force antagoniste, celle du gradient de pression (on sait que si la force d�viante de Coriolis n�existait pas, les flux, du fait du gradient de pression, s��couleraient des d�mes vers les creux isobariques, perpendiculairement aux isobares).</p><p>LES SITUATIONS LI�ES � LA LATITUDE</p><p>ET � L�ALTITUDE.</p><p>Aux basses latitudes, o� s�estompe l�intervention de la force de Coriolis, la tendance, pour les vents, est �galement � faire un angle avec les isobares. Entre les tropiques, les cartes isobariques de surface n�ont plus de signification v�ritable. C�est pourquoi on leur substitue le plus souvent des cartes de lignes de flux.</p><p>Nous venons de voir que des modi-</p><p>fications interviennent dans l�importance relative des forces avec l�altitude.</p><p>En g�n�ral, la force de frottement suscite, dans les tr�s basses couches, des vents relativement faibles et obliques par rapport aux isobares. Abstraction faite des basses latitudes, au-dessus de la couche turbulente, l�importance de la force de Coriolis va croissant ; elle s�accompagne d�une tendance au parall�lisme des flux avec les isobares, en m�me temps qu�� une acc�l�ration des vitesses. Celles-ci n�augmentent cependant pas syst�matiquement avec l�altitude, car intervient alors le jeu complexe des temp�ratures et des pressions.</p><p>Indiquons encore que l��chelle des ph�nom�nes �claire le degr� d�intervention des forces : la force de Coriolis, dont le r�le est grand � l��chelle sy-</p><p>noptique, n�intervient pas aux �chelles tr�s fines (brises de terre et brises de mer).</p><p>Caract�res et mesures</p><p>du vent</p><p>Le vent se caract�rise par sa direction, sa vitesse et son degr� de turbulence.</p><p>Le calme repr�sente le cas limite o� l�air ne se manifeste par aucun mouvement perceptible (vitesse horaire inf�rieure � un noeud). Les caract�res d�un flux en un lieu donn� sont ceux du vent synoptique, ou vent moyen ; ils impliquent plusieurs mesures et non une seule mesure instantan�e.</p><p>La direction</p><p>Elle est celle d�o� vient le vent ; un vent d�ouest est un vent qui vient de l�ouest.</p><p>Elle peut �tre observ�e gr�ce au d�placement des nuages. Elle est mesur�e � l�aide d�une girouette et s�exprime en une rose de 32 ou de 36 directions.</p><p>Dans ce dernier cas, on compte 10�</p><p>entre deux directions successives. Le nord est � 36 (360�), l�est � 09 (90�), le sud � 18 (180�), l�ouest � 27 (270�)</p><p>[fig. 5]. La direction est repr�sent�e sur downloadModeText.vue.download 241 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11452</p><p>les cartes par une hampe qui vient de l�endroit d�o� souffle le vent et aboutit au point (station) o� cette direction est appr�ci�e.</p><p>La vitesse</p><p>Elle est obtenue � l�aide d�un an�mo-m�tre et peut s�exprimer en m�tres par seconde, en kilom�tres et noeuds par heure ou � l�aide de l��chelle de Beaufort. Par convention internationale, la vitesse du vent est normalement exprim�e en noeuds (par heure). L��chelle de Beaufort est fond�e sur une graduation de 0 � 12, les valeurs croissantes exprimant des vitesses croissantes (v. ondes oc�aniques). Les degr�s de cette graduation sont assortis de termes descriptifs et d�une correspondance des vitesses exprim�es en m/s, km/h et noeuds (par heure). Par exemple :</p><p>5� Beaufort �voquent une � bonne brise � (de 8 � 10,7 m/s ; 29 � 38 km/h ; 17 � 21 noeuds) ; 10�, la temp�te (de 24,5 � 28,4 m/s ; 89 � 102 km/h ; 48</p><p>� 55 noeuds) ; 12�, l�ouragan (souffle de 32,7 m/s, 118 km/h ou 64 noeuds au minimum). La vitesse est repr�-</p><p>sent�e sur les cartes par des barbules et des flammes pleines support�es par la hampe de direction. Une demi-barbule repr�sente 5 noeuds ; une barbule enti�re, 10 ; une flamme pleine, 50.</p><p>Dans l�h�misph�re Nord, barbules et flammes sont � gauche de la hampe, en tournant le dos � la direction d�o� vient le vent ; dans l�h�misph�re Sud, � droite (fig. 6).</p><p>La turbulence</p><p>La r�gularit� du souffle du vent peut �tre perturb�e � la fois dans la vitesse et la direction. L�acc�l�ration du vent peut se faire en rafale, brusque renforcement de la vitesse suivi d�une accal-mie ou d�un affaiblissement ou aussi gr�ce � la pr�sence d�un grain, qui dure quelques minutes, donc plus que la rafale.</p><p>Les mesures</p><p>La hauteur standard de mesure des vents en surface est de 10 m�tres au-dessus d�un sol plat et d�couvert (il ne doit pas y avoir d�obstacles proches du lieu d�observation, capables de modifier l�allure naturelle de l��coulement de l�air). Mais outre le vent de surface, mesur� en direction et en vitesse, il convient de conna�tre le vent d�altitude. Plusieurs techniques sont alors employ�es : l�observation des nuages, l�emploi du ballon captif plac� � l�altitude voulue et transportant un an�mom�tre, l�usage du ballon-pilote, observ� directement ou � l�aide d�un th�odolite. Mais le ballon-pilote pr�sente l�inconv�nient de ne fournir aucune indication dans les nuages et au-dessus, d�o� l�utilisation des proc�d�s radio�lectriques avec poursuite d�un ballon soit au moyen du radar, soit gr�ce � un radioth�odolite. Dans ce dernier cas, le ballon emporte un �metteur de radio qui permet de le suivre.</p><p>L�adjonction au ballon d�un barom�tre, d�un thermom�tre et d�un hygrom�tre permet de fournir au sol, pour diff�-</p><p>rentes altitudes, des renseignements</p><p>complets sur l��tat de l�atmosph�re. On aboutit ainsi � la radiosonde. Les avions constituent �galement un moyen d�observation du vent en altitude. Les fus�es-sondes sont venues s�ajouter � un ensemble de moyens d�une haute technicit�.</p><p>Le classement des vents</p><p>On peut les classer en vents g�n�raux, vents r�gionaux et vents locaux. Ce classement, fond� sur le crit�re dimensionnel, pr�te � discussion (o� faire la s�paration entre vents g�n�raux, qui rel�vent de la circulation atmosph�-</p><p>rique g�n�rale, et vents r�gionaux, qui impliquent le substratum g�ographique, quand il s�agit des moussons asiatiques ?). Beaucoup d�auteurs regroupent dans les vents locaux les brises et des vents qui impliquent des syst�mes de pressions plus �tendus (mistral, tramontane). Nous pensons qu�il convient de placer dans les vents locaux les seuls ph�nom�nes de downloadModeText.vue.download 242 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11453</p><p>brises et de r�server � des vents tels que le mistral, la tramontane, la bora, le sirocco, etc., l�expression de vents r�gionaux.</p><p>Vents g�n�raux</p><p>y Les forts vents d�ouest des latitudes moyennes. On les trouve dans chaque h�misph�re, avec leur acc�-</p><p>l�ration maximale entre les masses d�air chaudes (intertropicales) et froides (extratropicales). Ils augmentent en vitesse avec l�altitude jusqu�� 12 km (niveau de la tropopause), o� se placent les grands courants-jets (v. circulation atmosph�rique et jet-stream). Ces flux sont, � l��chelle plan�taire, parall�les aux isothermes et aux isobares. Or, le parall�lisme des flux avec les isobares (li�es aux isothermes) s�int�gre dans la loi a�rologique fondamentale exprim�e plus haut. Les vents d�ouest des latitudes moyennes sont particuli�rement forts en altitude. Ils le demeurent � la surface, au-dessus des mers (faiblesse du</p><p>frottement). L�h�misph�re austral, le plus maritime, en fournit le meilleur exemple. Entre 40 et 50�, les vents d�ouest peuvent souffler en temp�te sur plusieurs milliers de kilom�tres.</p><p>Ce sont les roaring forties.</p><p>y Les vents d�est des basses latitudes. Ils soufflent sur les faces �quatoriales des anticyclones subtropicaux dynamiques. Il s�ensuit, en altitude, la pr�sence des vents d�est �quatoriaux, dont l�acc�l�ration maximale correspond, pour certains auteurs, au</p><p>� jet-stream tropical d�est �. On ajoutera les vents d�est �quatoriaux de la stratosph�re (courant Krakatoa d�est) et les aliz�s. Ceux-ci sont dirig�s par les anticyclones plus coh�rents sur les oc�ans sub- et intertropicaux que sur les continents. Il s�ensuit que les aliz�s sont surtout sensibles sur les masses oc�aniques o� ils soufflent, dans l�h�misph�re Nord, de l�est-nord-est, et dans l�h�misph�re Sud, de l�est-sud-est. Leur degr� de permanence et leur force r�sultent des vicissitudes des anticyclones qui les contr�lent, c�est-�-dire, en d�finitive, du dynamisme atmosph�rique g�n�ral (v. anticyclone et circulation atmosph�rique). Les aliz�s sont des vents peu violents et de direction r�guli�re quand ils ne sont pas perturb�s par les ondes de l�est ou les cyclones.</p><p>Les moussons*, que l�on doit consi-d�rer comme des aliz�s d�vi�s apr�s passage � l��quateur, entrent dans le cadre des vents g�n�raux.</p><p>Vents r�gionaux</p><p>Nous dissocions donc, ici, des vents commun�ment appel�s � locaux �, ceux qui impliquent un syst�me de pressions relativement ample, qui sont organis�s dans un ensemble �tir� sur 1 000</p><p>� 2 000 km, voire davantage, bien que les effets de ce syst�me se localisent souvent sur des r�gions de dimensions modestes. Les vents r�gionaux peuvent n��tre d�ailleurs que les manifestations particuli�res de ph�nom�nes plus g�n�-</p><p>raux (� le vent d�ouest � sur la France s�int�gre dans la circulation zonale d�ouest). Analysons un certain nombre de vents r�gionaux.</p><p>La tramontane, vent essentiellement</p><p>roussillonnais d�entre nord et ouest, souffle entre le m�ridien de S�te et celui de Toulouse. Elle r�sulte de la pr�sence simultan�e d�une d�pression sur le nord du bassin occidental de la M�diterran�e et de hautes pressions sur le sud-ouest de la France ou le nord de l�Espagne. Elle est tr�s turbulente � son d�bouch� sur la plaine du Roussillon, du fait de l�importance des gradients de pression, des effets de canalisation dans les gorges (Corbi�res) et du frottement sur les pentes du Canigou, de la Montagne Noire et des C�vennes.</p><p>Elle est �galement froide ; bien que se manifestant en toutes saisons, elle intervient surtout en hiver et au d�but du printemps et est issue de terres fra�ches ou froides relativement septentrionales. L�effet de foehn, qui lui procure la s�cheresse, n�emp�che pas ce caract�re.</p><p>Le mistral, vent de secteur nord, s��tend sur la vall�e du Rh�ne, les bords rhodaniens du Massif central et des Alpes, le Languedoc et la Provence.</p><p>Il intervient lorsqu�une d�pression se situe en M�diterran�e au sud des Alpes et que de hautes pressions s��tendent, � partir de l�Ouest, jusqu�au Massif central. C�est un vent violent (fr�quemment 100 km/h en altitude), turbulent (effet de canalisation dans le d�fil� de Donz�re-Mondragon), froid et sec (origine continentale et subsidence). Il souffle normalement par temps clair ; il n�est pas rare de rencontrer au large de Marseille, sous un beau ciel bleu, une mer d�mont�e. L�effet du mistral peut d�ailleurs se prolonger loin en mer, entre Bal�ares, Corse, et Sardaigne.</p><p>Tel que nous le d�crivons ici, ce vent est fondamentalement thermique. Avec ses � coups de froid � redout�s, il se pr�sente en hiver et en intersaisons (comme la tramontane, avec laquelle il peut se combiner) [fig. 7], au moment o� la diff�rence des temp�ratures est grande entre la France du Centre, froide, et la M�diterran�e, chaude.</p><p>Dans de telles conditions, les d�pressions frontales sont souvent report�es sur la M�diterran�e. On sait cependant que ces d�pressions peuvent �tre consid�r�es comme la cons�quence des flux issus du continent, par effet hydrodynamique d�obstacle � sous le vent �</p><p>des Pyr�n�es et des Alpes (Paul Que-</p><p>ney), de sorte que mistral et tramontane construiraient les d�pressions m�diterran�ennes tout autant qu�ils en r�sulteraient. On peut admettre en fait que ces d�pressions sont frontales et que les effets hydrodynamiques participent � leur creusement. De m�me que la tramontane, le mistral peut se manifester aussi en �t�. Les ressorts thermiques disparaissent alors. On a affaire � un mistral � g�n�ral � qui d�pend d�une situation isobarique couvrant de grands ensembles (fort �talement de l�anticyclone des A�ores).</p><p>La bora souffle du nord-nord-est</p><p>sur l�Istrie et la Dalmatie. Sa violence r�sulte des forts gradients de pressions qui s��tablissent, en saison froide ou fra�che, entre les hautes pressions balkaniques thermiques et une d�pression adriatique. On doit admettre aussi l�effet de pesanteur de l�air froid et lourd d�valant les pentes dinariques en direction de la mer.</p><p>Le vent d�autan (Haut-Languedoc,</p><p>r�gions situ�es � l�ouest des Corbi�res et de la Montagne Noire) est un vent de sud-est souvent violent et rarement accompagn� de pluie, bien que prolongeant normalement le marin venu de la M�diterran�e, car il conna�t l�effet de foehn. On distingue l�autan blanc (ciel d�gag�) et l�autan noir (ciel nuageux), qui pr�c�de la pluie. Il s�agit de vents r�sultant de situations o� dominent tant�t les conditions d�pressionnaires (autan noir), tant�t les situations anticycloniques (autan blanc). On peut substituer � ces dispositions la distinction en autan synoptique et en autan g�ographique. Ce dernier fait intervenir la barri�re pyr�n�enne. Un flux venu de l�Espagne cr�e � sous le vent �</p><p>du relief (r�gion de Toulouse) une zone de basses pressions dynamiques, qui attire l�air m�diterran�en par le seuil du Lauragais.</p><p>Les vents �t�siens sont surtout observ�s sur la M�diterran�e orientale ; ce sont des vents chauds, fort turbulents et secs, bien que ceux de la mer �g�e arrivant � Ath�nes y provoquent un temps lourd et nuageux. Ils soufflent entre les hautes pressions de surface qui s��tendent sur l�Europe m�ridionale et les basses pressions thermiques</p><p>pelliculaires qui r�gnent sur l�Afrique et l�Arabie.</p><p>Le sirocco en Alg�rie, le khamsin en �gypte r�gnent surtout en hiver et aux changements de saison. Secs et chauds par leur origine africaine, ils sont attir�s par les d�pressions m�diterran�ennes.</p><p>Le norther du golfe du Mexique peut �tre tr�s violent. Il impose � l�occasion des vagues de froid jusque sur le Mexique oriental. Il est contr�l� par un anticyclone mobile d�origine polaire ayant pouss� tr�s avant vers le sud avant de migrer vers l�est sur l�Atlantique (v. anticyclone).</p><p>Le pampero du r�o de La Plata se</p><p>manifeste � l�arri�re d�un front froid, quand une invasion polaire remonte vers le nord et affecte la Pampa. Vent continental de sud-sud-ouest, il est contr�l� par un anticyclone centr� sur les Andes (fig. 8). Apr�s la chaleur lourde r�gnant � l�avant du front, le pampero impose froid et turbulence. Il se manifeste toute l�ann�e, mais surtout aux changements de saison.</p><p>Le blizzard est un vent fort qui r�gne, par exemple, sur l�inlandsis antarctique. Il r�sulte des fortes diff�rences de pressions existant entre la p�riph�-</p><p>rie des terres englac�es (d�pressions) et leur centre (hautes pressions).</p><p>Malgr� la localisation de ses effets � des pentes montagnardes tr�s localis�es, le foehn peut �tre analys� ici, du fait de l�ample syst�me de pressions qu�il implique. C�est un vent sec, violent et chaud qui souffle dans les vall�es septentrionales des Alpes suisses et autrichiennes. Il s��coule perpendiculairement � ces cha�nes, attir�, surtout en hiver, par les perturbations d�ouest ou de sud-ouest qui passent au nord des Alpes. Le monde m�diterran�en est alors domin� par de plus hautes pressions. Sur les versants m�-</p><p>ridionaux, le vend du sud, ascendant, d�pose son humidit� (nuages, pluie, neige). Les cr�tes, au nord, sont d�bord�es par les nuages, qui s�interrompent en un � mur de foehn �. L�air d�vale les pentes septentrionales, o�, dans les vall�es, il subit un effet de compression, d�o� le ciel clair et l�air tr�s chaud et tr�s sec, avec fonte de neige et grands</p><p>risques d�avalanches (fig. 9).</p><p>Le chinook soufflant depuis les Rocheuses dans les vall�es affluentes du Missouri est un v�ritable foehn, dont il poss�de le syst�me de pressions et les effets.</p><p>downloadModeText.vue.download 243 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11454</p><p>Vents locaux</p><p>y Brises de mer et brises de terre.</p><p>Elles expriment des ph�nom�nes tr�s localis�s. La brise de mer se manifeste normalement jusqu�� 500 m d�altitude et jusqu�� 40 km au plus dans l�int�-</p><p>rieur des terres. Sa vitesse reste faible, ne d�passant pas 4 ou 5 m/s. Il est vrai que ces chiffres peuvent �tre tr�s largement d�pass�s entre les tropiques.</p><p>Les brises sont des vents thermiques qui correspondent � une alternance diurne avec renversement de la direction du souffle entre le jour et la nuit.</p><p>Sous l�action solaire, la surface de la mer s��chauffe, beaucoup moins que la terre ; de nuit, le rayonnement fait perdre davantage de chaleur au sol qu�� l�eau. Ainsi, de jour, la terre constitue, par rapport � la mer, un centre chaud, d�pressionnaire et aspirateur, au-dessus duquel l�air s��l�ve (d�o�, pr�sence de la brise de mer), alors que, de nuit, c�est l�inverse qui se produit (brise de terre) [fig. 10].</p><p>En l�absence de vents plus g�n�raux venant en perturber l�ordonnance, les brises de mer soufflent du matin jusqu�au soir et les brises de terre, du soir au matin. Les premi�res sont plus fortes que les secondes, car les diff�rences d��chauffement diurne entre terre et mer l�emportent sur les diff�-</p><p>rences nocturnes.</p><p>y Brises de vall�e, de montagne et de versants. Une montagne impose des ascendances dynamiques ; elle impose aussi des ascendances thermiques, qui s�int�grent dans un syst�me de brises tant�t gravissant les pentes et tant�t les d�valant.</p><p>Brises de vall�e et de montagne. Par</p><p>temps calme, elles alternent, par 24 heures, avec la m�me r�gularit� que les brises de mer et de terre. C�est en soir�e que la brise fra�che ou froide de montagne descend dans l�axe de la vall�e (brise d�amont). Elle dure toute la nuit. Vers 9 heures du matin, c�est l�inverse. Un vent parcourt la vall�e en remontant vers les sommets. Ce vent chaud s�amplifie dans l�apr�s-midi (brise d�aval). Des noms locaux d�signent ces ph�nom�nes (sur les lacs italiens, la Breva est la brise de vall�e, le Tivano, la brise de montagne). Les brises thermiques d�amont et d�aval s�expliquent par les variations de temp�ratures et de pressions � un niveau constant situ� � la fois au-dessus de la basse vall�e et de la montagne. Ce niveau (N), influenc� par le substratum (alors que plus haut l�effet de ce dernier dispara�t), doit �tre pris de telle sorte qu�il passe imm�diatement au-dessus des sommets (fig. 11). De jour, r�chauffement du sol par radiation solaire affecte le niveau N au-dessus de la montagne (niveau proche du sol), ce qui cr�e de basses pressions thermiques. Au-dessus de la basse vall�e et de la plaine, le niveau demeure plus froid (hautes pressions), d�o� l��coulement de l�air, au niveau N et en dessous, de l�aval (plaine) vers l�amont (sommets). De nuit, c�est l�intensit� du rayonnement nocturne sur ces sommets qui cr�e le refroidissement de l�air et la tendance inverse des pressions et des flux.</p><p>Brises de pentes. Pendant le jour, l�air qui se trouve au contact du sol tend � s��lever le long des versants. La nuit, le rayonnement du sol en pente refroidit l�air � son contact. Cet air devient lourd et glisse vers le bas. Le processus d��coulement par gravit� auquel on assiste ici est certainement valable pour la brise de montagne. Il se retrouve �galement dans le cas des vents catabatiques parfois tr�s violents qui se manifestent � la p�riph�rie des inlandsis. Ces vents atteignent des vitesses tr�s �lev�es d�passant largement 100 km/h tout en n�affectant qu�une lame tr�s mince de l�atmosph�re (quelques centaines de m�tres). Les vents de relief, qu�ils soient � caract�re thermique ou dynamique, ascendants ou descendants, subissent des effets de frottement qui se traduisent par des tourbillons � axes</p><p>horizontaux.</p><p>Le vent, �l�ment de</p><p>l�environnement humain</p><p>Il intervient dans l�agencement de la nature. Il participe � la cr�ation et au d�placement des nuages et des perturbations. Dans les mouvements de masses d�air, il aide aux transferts de chaleur sensible et latente, donc d��nergie. Il joue un r�le morphologique (dunes, corrasion, d�flation) et hydrologique (courants marins d�impulsion).</p><p>Il transporte les graines et les spores. Il intervient directement dans la vie des hommes, qui sont susceptibles de ma�-</p><p>triser l��nergie �olienne. Le vent peut jouer sur leur environnement un r�le bienfaisant (dispersion des produits de pollution atmosph�rique) ou malfaisant (concentration de ces produits). Il les guide dans la pr�vision du temps.</p><p>Il p�se aussi sur les hommes par certains cataclysmes, sur mer (les grandes temp�tes) et sur terre (bourrasques et tornades qui d�racinent les arbres, saccagent les r�coltes, d�truisent les maisons, renversent les trains et entra�nent les voitures). Les tornades, visibles partout, mais surtout aux �tats-Unis, impliquent des vents d�une soudainet� et d�une brutalit� inou�es et sont en m�me temps un ph�nom�ne tr�s</p><p>localis� (diam�tre moyen de 200 � 250 m, avec parcours pouvant atteindre 150 km). Aucun an�mom�tre ne peut mesurer la force des vents dans les tornades (largement 600 km/h). C�est le blizzard qu�ont � redouter les hommes de la banquise ou de l�inlandsis. De m�me, les avions ont-ils � craindre les vents contraires dans les courants-jets et plus encore les turbulences, qui, en montagne, peuvent rabattre les appareils vers le sol. Mais le vent peut �tre aussi b�n�fique : vols a�riens �conomiques dans le lit des courants d�altitude ; aliz�s agr�ables, qui apportent aux terres qu�ils affectent ventilation et s�cheresse relative ; moussons d��t� qui, par leur pluies, constituent de belles promesses de r�coltes.</p><p>P. P.</p><p>F Anticyclone / Circulation atmosph�rique /</p><p>Dynamique des fluides / Jet-stream / M�canique</p><p>/ Mousson.</p><p>vente</p><p>Contrat par lequel l�un des contractants s�oblige � livrer une chose et l�autre � la payer (art. 1582 du Code civil).</p><p>Ainsi d�finie, la vente produit deux s�ries de cons�quences : elle aboutit au transfert de la propri�t� de la chose vendue et engendre, en contrepartie, un certain nombre d�obligations tant � la charge du vendeur qu�� la charge de l�acqu�reur.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Toutes choses qui sont dans le commerce* peuvent faire l�objet d�une vente. Les meubles, les immeubles, les droits d�usufruit* ou de nue-propri�t�, les cr�ances*, les droits incorporels comme les fonds de commerce, les brevets d�invention, les parts des soci�t�s*, les actions ou les obligations des soci�t�s peuvent �tre vendus moyennant un prix* pay� comptant</p><p>ou � terme, ou un prix converti en une obligation de faire ou en une rente viag�re. La client�le des m�decins ne peut faire l�objet d�un contrat de vente, ni les charges de mandataires, ni les bureaux de tabac, qui ne sont pas dans le commerce. Certains fonds de commerce ou d�artisans sont soumis, pour leur cession, � des r�gles sp�ciales, ainsi que les offices minist�riels et les pharmacies.</p><p>Il existe des r�gles de capacit�* pour acheter et pour vendre. Les mineurs et les incapables majeurs, ne pouvant s�obliger, n�ont pas le droit de contracter une vente. La loi prohibe la vente entre �poux, sauf apr�s s�paration judiciaire, quand la cession que le mari fait � sa femme a une cause l�gitime (rem-ploi de ses immeubles ali�n�s), quand la cession est effectu�e par la femme � son mari en paiement d�une somme promise en dot et lorsque le r�gime matrimonial est exclusif de communaut�. Le tuteur ne peut, pareillement, acqu�rir les biens de son pupille, le downloadModeText.vue.download 244 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11455</p><p>mandataire les biens qu�il est charg� de vendre, et les administrateurs les biens des communes ou des �tablissements publics confi�s � leurs soins.</p><p>Fiscalit�</p><p>Les contrats de vente donnent ouverture, dans la plupart des cas, au paiement des droits de mutation au profit de l��tat et des taxes pour les collectivit�s locales et l��tablissement public r�gional. Ils donnent �galement lieu au paiement d�imp�ts de plus-value suivant des r�gles diff�rentes selon qu�il s�agit de terrains � b�tir, de constructions neuves ou de biens acquis ou re�us depuis un temps d�termin�.</p><p>J. V.</p><p>Le transfert de la</p><p>propri�t� de la chose</p><p>vendue</p><p>Le transfert de la propri�t� est une cons�quence automatique de l�accord de volont� du vendeur et de l�acqu�-</p><p>reur : la vente est � parfaite �, et la propri�t� est acquise de droit � l�acheteur � l��gard du vendeur d�s qu�on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n�ait pas encore �t� livr�e, ni le prix pay� (art. 1583 du Code civil). Ce transfert automatique de la propri�t� de la chose vendue est le fruit du principe contractuel fondamental du droit fran�ais : le � consen-sualisme �, en vertu duquel le simple �change des consentements � en</p><p>dehors de toute forme solennelle ou obligatoire � est suffisant pour faire le contrat.</p><p>La loi elle-m�me apporte cepen-</p><p>dant des limites au principe : en effet, le transfert automatique de la propri�t� de la chose au moment de l��change des consentements n�est possible que si la chose a une existence bien pr�cise et que si l�on sait de laquelle exactement il s�agit. C�est pourquoi le transfert de la propri�t� est retard� jusqu�� l�individualisation de la chose vendue lorsque celle-ci appartient � la cat�gorie juridique des choses de genre (c�est-�-dire des choses qui se retrouvent en un grand nombre d�exemplaires ; exemple :</p><p>vente de vin ou de bl� � prendre sur</p><p>un stock) ; il est �galement retard� en cas de vente de chose future (ce type de vente d�une chose qui n�existe pas encore est possible [art. 1130 du Code civil]) ou jusqu�au moment de l�ach�-</p><p>vement de la chose.</p><p>D�autre part, le principe du consen-sualisme n�est pas d�ordre public, et les contractants peuvent eux-m�mes poser d�autres r�gles, relatives au moment du transfert de la propri�t�, diff�rentes de celles qui sont pr�vues par la loi. Lorsque la loi pr�voit le transfert de la propri�t� au moment de l��change des consentements, les contractants peuvent d�cider de le repousser � plus tard : ainsi en va-t-il de la vente � l�essai ou de la vente au gr� de l�acqu�reur, laissant � celui-ci, plus ou moins librement, le soin de d�cider de l�avenir du projet de vente ; ainsi encore, en cas de vente � cr�dit ou de vente en libre service, les contractants peuvent-ils convenir de retarder le transfert de la propri�t� de la chose vendue jusqu�au moment du paiement effectif du prix de vente.</p><p>Lorsque la loi pr�voit que le transfert de la propri�t� n�intervient que plus tard, les contractants ont parfois la possibilit� d�avancer ce moment : le transfert de la propri�t� peut, ainsi, s�effectuer au fur et � mesure de la construction de la chose (exemple : vente de navire en construction ou vente d�immeuble � construire).</p><p>La promesse de vente</p><p>et le d�dit</p><p>La promesse de vente vaut vente lorsqu�il y a consentement r�ciproque des deux parties sur la chose et sur le prix. Mais, pour conserver son efficacit�, la promesse de vente doit �tre soumise � l�enregistrement dans les dix jours de son acceptation par le b�n�ficiaire, si, du moins, elle n�est pas subordonn�e � une condition suspensive faisant d�pendre sa r�alisation de la survenance d�un fait ind�pendant de la volont� des parties. Cependant, chacune des parties peut se r�server le droit de ne pas donner suite � sa promesse de vendre et d�acheter si des arrhes sont vers�es par l�acheteur au moment de son engagement. Si l�acheteur ne donne pas suite, il peut mettre fin au contrat en aban-</p><p>donnant les arrhes ; si c�est le vendeur qui rompt le contrat, il devra restituer le double des arrhes qu�il aura re�ues.</p><p>J. V.</p><p>Vente d�immeubles �</p><p>construire</p><p>Le d�veloppement de la construction ces derni�res ann�es, l�importance des capitaux n�cessaires pour l��dification des grands ensembles, la n�cessit� de prot�ger l��pargnant-acheteur ont amen� le l�gislateur � promulguer des r�gles sp�ciales pour la vente des immeubles � construire dans un d�lai et pour un prix d�termin�s par le contrat. Cette vente peut �tre conclue � terme ou en l��tat futur d�ach�vement.</p><p>y La vente � terme est le contrat par lequel le vendeur s�engage � livrer l�immeuble � son ach�vement, l�acheteur s�engageant � en prendre livraison et en payer le prix � la date de la livraison.</p><p>L�ach�vement de l�immeuble est</p><p>constat� par un acte notari� qui vaut livraison de l�immeuble. Cet acte lib�re les fonds d�pos�s en garantie, sauf l�effet des inscriptions hypoth�caires pouvant exister.</p><p>y La vente en l��tat futur d�ach�vement est la convention aux termes de laquelle l�acqu�reur devient imm�diatement propri�taire du sol et des constructions existantes, les constructions � venir devenant sa propri�t� au fur et � mesure de leur ex�cution, � charge d�en payer le prix au fur et � mesure de l�ex�cution des travaux, qui restent sous la direction et le contr�le du vendeur.</p><p>La loi du 3 janvier 1967 a pr�vu diverses mesures de protection pour l�acheteur d�un immeuble � construire. Le contrat doit �tre conclu en la forme authentique (notari�e). Il peut �tre pr�c�d� d�un contrat pr�liminaire, aux termes duquel, moyennant le versement d�un d�p�t de garantie, il est r�serv� � l�acqu�reur un immeuble ou une partie de l�immeuble � construire. Les fonds d�pos�s soit en banque, soit chez un notaire sont indisponibles, incessibles et insaisissables jusqu�� la conclusion du contrat de vente. Le</p><p>contrat pr�liminaire, �tabli par �crit, doit indiquer le prix pr�visionnel de la vente et les pr�ts que pourra obtenir l�acqu�-</p><p>reur, et �tre accompagn� d�un descriptif de la construction. Le d�p�t de fonds ne peut exc�der 5 p. 100 si la construction doit �tre termin�e dans le d�lai d�un an et 2 p. 100 si le d�lai n�exc�de pas deux ans.</p><p>Ce d�p�t pourra �tre restitu� � l�acqu�-</p><p>reur dans certains cas d�termin�s, notamment si le prix de vente exc�de de plus de 5 p. 100 le prix pr�vu ou si les pr�ts envisag�s ne peuvent �tre obtenus. Le contrat de vente d�un immeuble � construire ne peut �tre conclu avant l�ach�vement des fondations, constat� par un homme de l�art. Le plan de financement doit �tre communiqu� � l�acqu�reur. L�acte notari� doit pr�ciser : la description de l�immeuble � construire, avec r�f�rence aux documents techniques d�pos�s chez le notaire, le prix et les modalit�s de paiement, l�indication du caract�re r�visable ou non du prix, le d�lai de livraison, les garanties de l�ach�vement de l�immeuble ou du remboursement des versements. Le r�glement de copropri�t� doit �tre remis � l�acqu�reur, qui doit aussi avoir communication des pr�ts consentis au constructeur, tout cela sous peine de nullit� du contrat, qui peut �tre invoqu�e uniquement par l�acqu�reur et avant l�ach�vement des travaux.</p><p>Le vendeur dans l��tat futur d�ach�vement ne peut accepter aucun versement, aucun d�p�t, aucune souscription avant la signature du contrat. Dans le contrat de vente � terme, il peut �tre convenu que les d�p�ts de garantie seront faits, au fur et � mesure de l�avancement des travaux, � un compte sp�cial ouvert au nom de l�acqu�-</p><p>reur par un organisme habilit� � cet effet.</p><p>Ces fonds ne peuvent servir qu�au paiement du prix. La garantie d�ach�vement ou de remboursement peut �tre assur�e soit par les fonds propres du vendeur, auxquels s�ajoutent le montant des prix des ventes d�j� conclues et les cr�dits confirm�s des banques (garantie intrins�que), soit par une ouverture de cr�dit ou un cautionnement accord� par une banque (garantie extrins�que). Les dispositions de cette loi pr�voient des sanc-tions civiles et p�nales pour les vendeurs ou les acheteurs qui ne se conformeraient pas � ces prescriptions.</p><p>En mati�re de vente d�immeubles �</p><p>construire, le vendeur ne peut �tre d�-</p><p>charg�, ni avant la r�ception des travaux ni avant l�expiration d�un d�lai d�un mois apr�s la prise de possession, des vices de construction apparents. Par contre, il est tenu pendant dix ans des vices cach�s et pendant deux ans des menus travaux.</p><p>J. V.</p><p>Les obligations</p><p>engendr�es par la vente</p><p>Elles p�sent sur le vendeur comme sur l�acqu�reur, car le contrat de vente est un contrat synallagmatique (c�est-�-</p><p>dire qui fait na�tre des obligations r�ciproques � la charge de chacun des contractants).</p><p>Les obligations du vendeur</p><p>L�acqu�reur, bien que devenu pro-</p><p>pri�taire par l��change des consentements, doit, en outre, entrer en possession de la chose vendue. Aussi va-t-on imposer au vendeur, avant l�entr�e en possession de l�acheteur, une obligation de conservation : le vendeur doit conserver la chose en l��tat o� elle se trouvait au moment de l��change des consentements.</p><p>Cependant, les frais de cette conservation sont support�s par l�acheteur, car c�est � lui qu�ils profitent. Le vendeur a ensuite une obligation de d�livrance : il doit tenir la chose vendue � la disposition de l�acqu�reur, au moment venu et selon les modalit�s qui ont pu �tre pr�vues par le contrat ; cette obligation n�implique g�n�ralement pas d�actes positifs ; le vendeur doit simplement faciliter � l�acqu�reur son appr�hension de la chose vendue.</p><p>Il assume par ailleurs les obligations post�rieures � la prise de possession. Ces obligations ont pour objectif d�assurer � l�acqu�reur une ma�trise utile et effective sur la chose.</p><p>La garantie d��viction est la garantie en vertu de laquelle le vendeur s�engage � ne rien faire personnellement qui puisse troubler l�acqu�reur dans l�exercice de son droit de propri�t� : il ne doit �mettre sur la chose downloadModeText.vue.download 245 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11456</p><p>vendue aucune pr�tention juridique ni apporter de troubles mat�riels � la jouissance de la chose par son nouveau propri�taire. Il s�engage aussi � veiller � ce que les tiers ne puissent invoquer contre l�acqu�reur des droits qu�ils tiendraient du vendeur et qui troubleraient l�acqu�reur. Par contre, il ne doit aucune protection � l�acqu�-</p><p>reur lorsque celui-ci est troubl� par des agissements purement mat�riels de tiers (troubles de voisinage).</p><p>La garantie des vices cach�s</p><p>est �galement due par le vendeur : il s�agit de l�obligation de rem�dier aux inconv�nients d�un d�faut de la chose vendue lorsque celui-ci �tait cach� au moment de la vente et qu�il ne pouvait �tre d�couvert m�me par un examen attentif ; lorsque ce d�faut alt�re l�usage de la chose par rapport � ce que l�acqu�reur pouvait normalement en attendre, celui-ci va pouvoir, � son choix, obtenir soit une r�duction du prix (action estimatoire), soit une annulation de la vente (action r�dhibitoire).</p><p>Le vendeur ne peut revenir sur le principe de la vente. Mais, si le contrat le pr�voit, il peut se r�server le droit de reprendre le bien en restituant le prix et les frais (facult� de rachat, ou r�m�r�).</p><p>Les obligations de l�acqu�reur</p><p>Elles sont plus simples et, d�ailleurs, mieux connues : il lui faut payer le prix convenu (plus les frais accessoires) et prendre livraison de la chose (ce qui peut faire difficult� si la chose est particuli�rement encombrante ou si l�acqu�reur regrette, apr�s coup, l�op�ration : il faudra alors contraindre celui-ci � prendre livraison). Si la chose doit �tre transport�e, les frais de transport sont, en principe, � la charge de l�acqu�reur.</p><p>Le prix doit �tre s�rieux, mais il peut �tre inf�rieur � la valeur r�elle du bien vendu (vente � vil prix).</p><p>L�absence d�un prix s�rieux entra�ne l�inexistence de la vente ; la � resci-</p><p>sion � d�une vente d�immeuble faite � vil prix ne peut �tre demand�e en justice que si la l�sion subie par le vendeur est de plus des sept douzi�mes.</p><p>L�action pour cause de l�sion doit �tre intent�e dans les deux ans de la convention.</p><p>La preuve de la vente</p><p>La constatation de la vente peut �tre effectu�e par un �crit afin d�en conserver la preuve*. Il peut s�agir d�un �crit sous seing priv� ou d�un acte*</p><p>authentique. S�il s�agit de la vente d�un immeuble ou d�un droit immobilier, l�acte sera obligatoirement en la forme authentique, afin de permettre sa publication au bureau des hypoth�ques et, ainsi, d�informer les tiers de la transmission du bien au nouveau propri�taire et de permettre la mutation cadastrale de l�immeuble vendu.</p><p>La vente de parts ou d�actions de soci�t�s peut �tre constat�e par une simple mention de transfert sur les registres de la soci�t� pour les parts ou les actions nominatives et par une simple remise du titre s�il s�agit de valeurs au porteur.</p><p>Les restrictions � la</p><p>facult� de vendre</p><p>La D�claration des droits de l�homme et du citoyen du 26 ao�t 1789 proclamait l�inviolabilit� et le caract�re sacr� du droit de propri�t�, dont nul ne peut �tre priv�. C��tait �galement (au moins implicitement) reconna�tre le droit � en disposer librement. Cependant, l��volution r�cente am�ne le l�gislateur � imposer des restrictions � la libre cession de certains biens, laissant pr�sager, d�ailleurs au nom d�un certain int�r�t g�n�ral, d�autres restrictions.</p><p>Ainsi, le propri�taire terrien ne peut disposer librement de son bien sans qu�ait pu b�n�ficier du droit de pr�-</p><p>emption l�exploitant en place ou la So-ci�t� d�am�nagement foncier et d��tablissement rural (S. A. F. E. R.). Les plans d�occupation des sols (P. O. S.) qui sont adopt�s dans les communes, les servitudes cr��es par les zones � urbaniser par priorit� (Z. U. P.), les</p><p>p�rim�tres sensibles, les zones industrielles, les zones � am�nagement diff�r� (Z. A. D.), les zones � am�nagement concert� (Z. A. C.) restreignent (ou restreindront davantage dans un avenir plus ou moins proche) le droit de libre disposition des propri�taires, dans les zones urbaines notamment.</p><p>Enfin, l��tat peut, notons-le, exercer son droit de pr�emption sur toute vente publique d�objet d�art.</p><p>J. V. et A. V.</p><p>F Contrat.</p><p>Le service des ventes</p><p>dans l�entreprise</p><p>La notion d��change est le fondement de toute entreprise, qui n�existe qu�en fonction d�un march� (ensemble d�ac-qu�reurs potentiels) capable de s�int�-</p><p>resser � son produit (marchandise ou service). L�acte de vente lui-m�me est plus ou moins complexe. Il peut se situer soit entre deux industriels, soit entre deux commer�ants (grossiste et revendeur), ou bien encore entre un commer�ant et un particulier, dans des lieux diff�rents (bureaux d�achat, commerce, domicile).</p><p>Sous l�action de la concurrence et du fait de la complexit� croissante des entreprises s�est greff�e sur cette simple notion d��changes toute une s�rie de fonctions telles qu�analyse du march�, publicit�, promotion,</p><p>relations publiques, et le service des ventes s�est progressivement �toff�. Il regroupe toutes ces fonctions sous le titre de direction commerciale ou de direction de marketing. Sous le seul titre de service des ventes, il est plus logique de ne regrouper que deux activit�s : l��quipe de vendeurs et l�administration des ventes.</p><p>L��quipe de vendeurs</p><p>Elle peut �tre sp�cialis�e par gamme de produits ou par r�gion. L�organisation par r�gion est la plus traditionnelle, chaque vendeur (ou repr�sentant) ayant un secteur g�ographique sur lequel il doit exercer son activit�.</p><p>y Recrutement. Les repr�sentants</p><p>sont, dans beaucoup de professions, un personnel mouvant. Ils sont recrut�s assez souvent par voie d�annonces, et il est tr�s classique pour les entreprises de rechercher des repr�sentants ayant une exp�rience dans leur branche professionnelle.</p><p>Dans les milieux industriels, on recherche souvent des personnes ayant une origine technique (ing�nieurs).</p><p>y Statut. De plus en plus, les entreprises essayent de recruter des repr�-</p><p>sentants dits � exclusifs �, c�est-�-</p><p>dire ne vendant que les produits de l�entreprise. Il y a encore vingt ou trente ans, la majorit� des vendeurs �taient des � multicartes �, repr�-</p><p>sentant plusieurs soci�t�s � la fois.</p><p>Tr�s ind�pendants, les repr�sentants</p><p>� multicartes � sont plus difficiles � contr�ler et � orienter que le repr�-</p><p>sentant exclusif, li� enti�rement � l�entreprise. Le contrat des repr�sentants, m�me s�ils s�apparentent de plus en plus � du personnel classique, a int�r�t � �tre r�dig� par un sp�cialiste (avocat), car les cons�quences financi�res peuvent �tre tr�s lourdes en cas de licenciement si le contrat a �t� mal r�dig� ou est trop impr�cis.</p><p>y R�mun�ration. Chronologique-</p><p>ment, on a commenc� � r�mun�rer les repr�sentants par un pourcentage sur le chiffre d�affaires qu�ils r�alisaient.</p><p>C�est ainsi que les � multicartes �</p><p>sont pay�s. Excellente formule en p�riode de d�marrage d�une activit�, le paiement exclusivement � la commission pose vite des probl�mes � l�entreprise : par ce syst�me, certains repr�sentants sont amen�s � gagner plus que le directeur commercial ou m�me que le directeur g�n�ral. Il est en outre impossible, par ce syst�me, d�orienter l�action du repr�sentant : rien ne l�incite, en effet, � faire des efforts de prospection, � promouvoir un produit dont il est difficile d�augmenter la vente, ou m�me � intensifier son action si cela ne lui rapporte pas une somme d�argent ou tout simplement parce qu�il estime gagner suffisamment pour couvrir ses besoins. � l�inverse, un autre syst�me tend � ne payer les vendeurs qu�au fixe pour essayer de les assimiler au maximum au personnel classique de</p><p>l�entreprise. Outre ces deux fa�ons de faire, il existe toute une s�rie de variantes : paiement avec un fixe et une commission, paiement avec un</p><p>fixe, une commission et une prime pour objectifs atteints, paiement des frais r�els, paiement forfaitaire des frais, prise en charge ou non de la voiture, etc.</p><p>Pour les vendeurs en magasin, la</p><p>r�mun�ration au pourcentage existe aussi, mais elle est, dans la plupart des cas, beaucoup moins importante que la part r�serv�e au fixe.</p><p>y Formation. Elle commence par la connaissance des produits (de quoi sont-ils faits, comment se situent-ils par rapport aux produits concurrents, etc.), puis par l�apprentissage de toutes les r�gles d�administration (documents � remplir, etc.). La formation r�elle au m�tier, c�est-�-dire � la vente m�me, est tr�s souvent n�glig�e ou r�alis�e � sur le tas �, c�est-�-dire qu�on en laisse le soin, au mieux, � l�inspecteur des ventes et, au pire, � un � ancien �, que le nouveau va accompagner dans ses</p><p>tourn�es et qu�il est cens� prendre comme mod�le.</p><p>La formation collective, en salle par exemple, existe depuis longtemps dans beaucoup d�entreprises. On perfectionne les vendeurs sur des points tels que : argumentation, organisation personnelle du travail, entra�nement � une meilleure �locution, expression, entra�nement � une meilleure connaissance du client, etc. Tout cela peut �tre r�alis� par des expos�s, mais surtout par des exercices, appel�s aussi sketches, jeux de r�les, etc. On uti-downloadModeText.vue.download 246 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11457</p><p>lise beaucoup la t�l�vision en circuit ferm� (magn�toscope), qui permet</p><p>� l�int�ress� de se voir sur l��cran, d�examiner ses attitudes et de constater l�effet qu�elles produisent sur son interlocuteur.</p><p>Certaines soci�t�s ont pris l�habi-</p><p>tude de r�unir leurs vendeurs au moins quatre fois par an pour un ou deux jours, au cours desquels on perfectionne leur formation.</p><p>y Encadrement. Selon l�importance des �quipes, on trouve une hi�rarchie interm�diaire plus ou moins �toff�e.</p><p>L�inspecteur couvre une r�gion ; son r�le est d�encadrer ses vendeurs, de les aider et de faire remonter les informations aupr�s de la direction commerciale. Trop souvent, il joue en fait le r�le d�un super-vendeur, c�est-�-dire qu�il se contente de r�aliser les ventes jug�es difficiles. Il peut avoir � s�occuper de quatre � dix vendeurs. Au-dessus de l�inspecteur des ventes et avant le directeur commercial, on peut trouver un chef de vente ou plusieurs, qui se partagent le territoire (France-Nord, France-Sud par exemple). C�est � ces derniers qu�incombe la t�che de remodeler les secteurs des repr�sentants, de recruter ceux-ci, d�organiser les tourn�es, de d�tecter les besoins en formation et enfin de les contr�ler.</p><p>Plusieurs documents permettent de contr�ler l�activit� des repr�sentants.</p><p>Le plus classique est le rapport de visite. Le cadre en est souvent pr��-</p><p>tabli ; le repr�sentant le remplit apr�s chaque visite ou le soir et le poste chaque jour pour l�envoyer � sa direction r�gionale, � son inspecteur ou au service administratif. On trouve �galement le rapport hebdomadaire d�activit�, parfois le fichier client. Deux pr�cautions doivent �tre prises en ce qui concerne ces documents : tout d�abord �viter les duplications � les repr�sentants �tant faits pour vendre et non pour ex�cuter un quelconque travail administratif � et enfin les exploiter.</p><p>y L�acte de vente. Pour bien vendre, il faut d�j� essayer de rencontrer la personne int�ress�e � un moment o� elle est disponible : d�o� l�int�r�t, chaque fois que cela est possible, de prendre un rendez-vous au pr�alable. Il faut aussi bien conna�tre les besoins du client : d�o� l�int�r�t de le faire parler ; il existe d�ailleurs tout un art de poser des questions.</p><p>Les repr�sentants parlent souvent trop. Il semble, en effet, plus facile</p><p>de vanter les m�rites d�un produit qu�on conna�t bien que de question-ner un client, d�autant plus que, si on le fait sans habilet�, celui-ci risque de rester muet. Tout l�art de vendre consiste � organiser son argumen-taire en fonction des besoins que l�on a d�couverts chez son interlocuteur et en tenant compte de la psychologie de celui-ci.</p><p>y L�apr�s-vente. Cette op�ration est particuli�rement indispensable pour la vente de machines, mat�riels ou installations (� des particuliers et surtout � des industriels). Derni�re op�ration, elle a �t� parfois n�glig�e. En r�alit�, on doit la consid�-</p><p>rer comme faisant partie de l�acte de vente, et celui-ci n�est vraiment accompli que lorsque le produit est consomm� (au sens large du terme).</p><p>D�autre part, les activit�s de l�apr�s-vente sont �troitement li�es � la notion de garantie.</p><p>L�administration des ventes</p><p>La vente implique l�ex�cution de nombreuses t�ches administratives, dont la mauvaise r�alisation peut avoir des cons�quences tr�s d�favorables sur la vente elle-m�me. Ces t�ches sont assum�es par des services commerciaux dits � s�dentaires �.</p><p>y Le circuit de la commande. � son arriv�e, la commande est num�rot�e et report�e sur des documents-maison, � fiches suiveuses �, qui l�iden-tifieront jusqu�� la livraison. Le nu-m�ro de la commande s�accompagne</p><p>parfois d�un code indiquant l�activit� int�ress�e (tel produit, telle gamme, tel secteur), l�origine g�ographique, la date, le repr�sentant qui l�a r�alis�e, etc. L�ensemble constitue les r�f�rences de la commande, qui, avec celles du client, figureront sur tous les documents ou lettres �mis � son sujet. On �met autant de copies ou de photocopies que cela est n�cessaire.</p><p>La commande fait, la plupart du</p><p>temps, l�objet d�un accus� de r�ception adress� au client et comportant en g�n�ral le prix, le cr�dit, les conditions de livraison, etc., parfois les modifications qu�il a sembl� opportun</p><p>d�apporter � la commande. Toute une s�rie d�exemplaires est �mise : exemplaire adress� au client, exemplaire class� dans le dossier client, exemplaire class� au dossier num�rique ou chronologique, exemplaire destin� � l�ordonnancement ou au magasin</p><p>(dans le cas d�une livraison � partir du stock ou sur fabrication), exemplaire adress� au repr�sentant, etc. Selon les entreprises, les commandes sont enregistr�es par ordre chronologique, par client (fichier clients), par article (fichier articles), par repr�sentant ou secteur, par date de livraison (planning). La bonne tenue de toutes ces indications permettra aux services commerciaux d��tablir les statistiques indispensables � l�orientation des activit�s.</p><p>Selon la nature du produit com-</p><p>mand� et selon l�entreprise, la commande d�clenche une mise en fabrication ou un pr�l�vement sur stock r�el.</p><p>D�autres services entrent en jeu, tels que l�emballage, l�exp�dition, la livraison. Consid�r�s comme des services un peu annexes, ils sont trop souvent livr�s � eux-m�mes. Bien que n�ajoutant absolument aucune valeur au produit, ils sont tr�s importants dans la satisfaction que le client attend de sa commande. Des colis mal emball�s, des manquants, des erreurs de points de livraison donnent lieu � des r�clamations qui irritent les clients (et les repr�sentants) et nuisent aux bonnes relations commerciales ainsi qu�� l�image de l�entreprise : la plupart du temps, on juge sur des d�tails.</p><p>y La facturation. Le service ou les personnes qui s�en occupent doivent disposer d�une documentation � jour, constitu�e par un fichier clients, accompagn� parfois d�un fichier articles. Dans le fichier clients figurent l�adresse � laquelle il faut exp�dier les factures (pas toujours la m�me que le point de livraison), le num�ro de code interne du client s�il en existe un, les conditions de remise ou de rabais consentis, les conditions de paiement, la domiciliation bancaire, le nombre d�exemplaires de factures � faire parvenir au client, etc. La facturation se fait � partir des ins-</p><p>tructions du service des ventes, qui pr�cisent le nom du client, les r�f�-</p><p>rences et les quantit�s des articles vendus, la date de livraison. La surveillance des r�glements, effectu�e en liaison avec la comptabilit�, est une op�ration tr�s importante, souvent � mal-aim�e � des employ�s</p><p>administratifs. Le service comptable, mieux organis� pour cela, �met les relances, en avise le service commercial, qui intervient aupr�s des clients (apr�s une ou deux relances syst�matiques non suivies d�effet), soit directement, le plus souvent par t�l�phone, soit en demandant aux</p><p>repr�sentants de s�en charger. Dans les cas graves, l�impay� est transmis au service � contentieux �. Avant d�en arriver aux mesures commina-toires, il y a int�r�t � s�assurer que rien n�est venu, du fait de l�entreprise, g�ner le paiement : livraison non conforme � la commande, produits d�fectueux, facture non re�ue, litige sur un autre point, etc. Tous ces travaux donnent lieu � l��mission de nombreux documents. Repr�sentant</p><p>une multitude de d�tails qui tous ont leur importance pour que le travail soit bien fait, ils n�cessitent l�intervention d�un grand nombre de per-</p><p>sonnes. Il y a donc int�r�t � ce qu�ils soient examin�s p�riodiquement par des sp�cialistes de l�organisation administrative, internes ou externes � l�entreprise.</p><p>Fr. B.</p><p>F Distribution / Emballage / Fabrication / March� / Marketing / Motivation (�tude de) / Pr�visions et objectifs / Publicit� / Stock / Tableau de bord.</p><p>&amp; H. M. Goldmann, l�Art de vendre (en su�-</p><p>dois, Stockholm, 1952 ; trad. fr., Delachaux et Niestl�, 1955). / R. N. McMurry et J. S. Arnold, How to build a Dynamic Sales Organization (New York, 1968 ; trad. fr. Comment choisir vos vendeurs et vos repr�sentants, �d. d�Organisation, 1971). / B. Missenard, Savoir n�gocier en affaires (�d. d�Organisation, 1973). / J.-P. S. de Monza, la Promotion des ventes (P. U. F., 1974).</p><p>/ L. Perruche, la Vente des produits industriels (P. U. F., 1974). / P. Albou, Psychologie de la vente et de la publicit� (P. U. F., 1977).</p><p>ventilation</p><p>Action de renouveler l�air int�rieur d�une enceinte close ; ensemble de proc�d�s et de moyens utilis�s � cet effet.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Le terme d�a�ration suppose en principe un recours exclusif � de l�air ext�rieur non trait� et l�absence d�appareils m�caniques ; il correspond souvent � une mise en communication large et temporaire de l�enceinte avec l�atmosph�re. C�est ainsi que l�on pratique l�a�ration des salles de classe pendant les r�cr�ations. Cependant, certains textes commerciaux et m�me officiels appliquent aussi ce terme � des op�rations continues avec emploi �ventuel de ventilateurs. Le nom d�a�-</p><p>rage est r�serv� � la ventilation des mines.</p><p>Le renouvellement de l�air implique simultan�ment l�introduction d�air neuf et l��vacuation d�un d�bit correspondant d�air int�rieur, vici� ou pr�sum� tel.</p><p>downloadModeText.vue.download 247 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11458</p><p>Principe</p><p>La ventilation des locaux occup�s par l�homme (ou d�autres �tres vivants) est traditionnellement associ�e au chauffage. En hiver, si l�air neuf n�est pas chauff�, le renouvellement d�termine une part importante des besoins de chaleur. S�il est chauff�, il participe au chauffage et parfois l�assure enti�rement. La ventilation constitue un des �l�ments du conditionnement des ambiances.</p><p>La ventilation a pour objet le maintien d�un �tat de l�air consid�r� comme favorable � la sant�, au bien-�tre et au d�veloppement des �tres vivants, � la conservation des objets ainsi qu�� celle des parois de l�enceinte. La temp�rature mise � part, cet �tat se d�finit par des teneurs en gaz, en vapeurs et en particules liquides ou solides, min�rales ou organiques, en suspen-</p><p>sion dans l�air. Pour les constituants de l�air pur et sec, les teneurs doivent rester assez proches de leurs valeurs normales ; pour la vapeur d�eau, elles doivent se maintenir entre une limite maximale et une limite minimale. Les autres gaz ou vapeurs ainsi que les particules en suspension sont des impuret�s d�sagr�ables ou nocives � partir de seuils g�n�ralement mal d�finis.</p><p>Pour la conservation des parois, des meubles et des objets, c�est avant tout la teneur en vapeur d�eau qui importe dans les locaux habit�s. Un air trop sec d�t�riore les boiseries, les tissus, les peintures ; un air trop humide produit sur les surfaces froides des condensations entra�nant des d�g�ts divers.</p><p>Dans les locaux industriels, diff�-</p><p>rents gaz ou vapeurs peuvent avoir des effets destructeurs, g�n�ralement en liaison avec la vapeur d�eau et les condensations ; les teneurs doivent �tre limit�es dans l�ensemble du volume, mais c�est souvent dans la partie haute que les risques de corrosion sont les plus graves.</p><p>Pour l�homme et les �tres vivants, la zone de s�jour est limit�e en hauteur, et c�est surtout au niveau des voies respiratoires que la teneur en �l�ments d�sagr�ables ou nocifs doit �tre r�duite. La d�termination de ces �l�ments, relativement ais�e quand ils proviennent d�op�rations industrielles, est d�licate lorsque la source principale de viciation de l�air est l��tre vivant. L�analyse des ph�no-m�nes respiratoires a d�abord conduit � imputer � un d�faut d�oxyg�ne ou � un exc�s de bioxyde de carbone CO2</p><p>les malaises et les accidents constat�s en atmosph�re confin�e. Mais, par la suite, on d�montra que les teneurs observ�es ne fournissaient pas une explication suffisante. Il fallait donc mettre en cause d�autres manifestations de l�activit� physiologique. L�air expir� peut contenir divers gaz ou vapeurs, des particules organiques, des bact�-</p><p>ries en m�me temps que de la vapeur et des gouttelettes d�eau qui les enrobent ou les dissolvent. On a suppos� que certains de ces d�chets avaient des propri�t�s toxiques (anthropotoxines).</p><p>Plus tard, on reconnut que les m�faits les plus graves des atmosph�res confi-</p><p>n�es �taient li�s � des temp�ratures et � des humidit�s relatives �lev�es, dues � la dissipation de chaleur sensible et latente par les occupants ; on tendit alors � ramener le probl�me � celui des conditions de temp�rature, d�humidit� et de vitesse de l�air. Ces conditions sont d�terminantes dans certains cas particuliers (forte densit� d�occupation, d�gagements de chaleur importants, forte insolation des locaux). Mais la n�cessit� d�un renouvellement d�air se fait sentir dans toute ambiance habit�e, m�me quand il faut la chauffer pour obtenir une temp�rature suffisante. On doit donc admettre que, m�me s�ils ne sont pas toxiques � proprement parler, les d�chets dont l�air se charge sont la source de malaises ou, pour le moins, de sensations p�nibles, li�es sans doute � des odeurs.</p><p>Une cause suppl�mentaire de viciation par l�homme est la fum�e de tabac.</p><p>Suivant le cas, il convient dans</p><p>l�ensemble du volume clos ou dans les zones de s�jour ou de respiration soit de maintenir la temp�rature ou l�humidit� entre certaines limites, ou encore la teneur en diverses impuret�s au-dessous de certains seuils, soit de remplacer l�oxyg�ne consomm� par la respiration ou les combustions.</p><p>Modes g�n�raux</p><p>d�action</p><p>y Quand les d�gagements de subs-</p><p>tances nocives ou de chaleur en exc�-</p><p>dent sont localis�s, on peut proc�der par extraction directe. On aspire � la sortie, au voisinage des machines ou des appareils ou au-dessus des bacs le d�bit d�air n�cessaire � leur entra�nement. Ce d�bit est tr�s inf�rieur � la masse dans laquelle il faudrait diluer pour obtenir des teneurs tol�rables. Ce proc�d� s�applique � de nombreuses industries, aux laboratoires de chimie, aux cuisines (hottes), aux lustres d��clairage de certaines salles. Il implique l�introduction dans l�enceinte d�une masse d�air pratiquement �gale � celle qui a servi � l�entra�nement.</p><p>Cette solution est la plus �conomique quand elle est possible. Elle a aussi l�avantage de r�duire au minimum la diffusion des substances nocives dans l�ensemble du local. M�me si les aires</p><p>de d�gagement ne permettent pas l��vacuation directe, il faut s�opposer le plus possible � cette diffusion. S�il s�agit de gaz ou de vapeurs denses, on les �vacue par le bas et l�on introduit l�air neuf au-dessus du niveau de d�gagement. Si, au contraire, leur faible densit� relative les entra�ne vers la partie haute, on favorise leur ascension ; ils se diluent seulement dans les couches d�air sup�rieures, et l��vacuation se fait au-dessus de la toiture ; l�air de renouvellement, introduit dans la partie basse, forme une couche ascendante qui, apr�s avoir travers� la zone de respiration, refoule l�air pollu� vers le haut.</p><p>y � l�oppos� de l�extraction directe se situe la dilution dans le volume total de l�air int�rieur ; la composition de celui-ci est alors � peu pr�s uniforme et identique � celle de l�air �vacu�. Cette solution s�applique surtout lorsque les sources de d�gagement sont dispers�es dans toute l��tendue du local et qu�il ne s�agit pas de substances trop nocives. Il en est ainsi dans les habitations, bureaux, �coles, etc. Une bonne r�partition des orifices d�introduction et d��vacuation doit s�opposer � la formation de zones mortes, o� l�air stagnerait. Les exc�dents de chaleur sont dilu�s de m�me avec tendance � une surchauffe relative des parties hautes, sans inconv�nient dans ce cas, Les r�gles fran�aises de construction des b�timents d�habitation de 1969</p><p>associent ces deux m�thodes, en prescrivant l�admission d�air neuf dans les pi�ces principales, d�o� il passe dans les cuisines, salles d�eau, W. C. pour en �tre �vacu�.</p><p>D�termination</p><p>des d�bits d�air</p><p>n�cessaires</p><p>Si l�on appelle M la masse d�air du local, dans laquelle les substances doivent �tre dilu�es, si l�on conna�t, pour une substance donn�e, sa teneur c0 dans l�air neuf et sa teneur limite c1</p><p>rapport�es � la masse d�air pur ainsi que la masse m d�gag�e par heure dans le local, on doit introduire une masse d�air pur au moins �gale � le</p><p>taux minimal de renouvellement est</p><p>Si l�on a plusieurs substances � �liminer, on doit prendre la plus �lev�e des valeurs de n ainsi trouv�es. Un mode de calcul analogue s�applique aux exc�dents de chaleur.</p><p>Pratiquement, faute de donn�es suffisantes, on fixe empiriquement des taux de renouvellement conventionnels ou parfois des d�bits en fonction du nombre d�occupants. De m�me, les d�-</p><p>bits d�extraction directe � pr�voir pour divers appareils ou machines sont fix�s par l�exp�rience.</p><p>Types, dispositifs et</p><p>appareils de ventilation</p><p>Ventilation naturelle</p><p>On ne fait appel � aucun appareil m�canique tant pour l�introduction que pour l��vacuation.</p><p>Dans la ventilation naturelle par infiltration, l�introduction et l��vacuation sont d�termin�es uniquement par les diff�rences de pressions int�rieure et ext�rieure au niveau des interstices entre les divers ch�ssis ouvrants et dormants des baies. Les diff�rences de pressions effectives, dues aux diff�-</p><p>rences de temp�ratures entre int�rieur et ext�rieur, tendent � faire entrer l�air par les interstices inf�rieurs et � le faire sortir par les interstices sup�rieurs. Les diff�rences entre fa�ades d�pendent surtout des vents. Elles peuvent d�terminer un �coulement d�air d�une fa-</p><p>�ade � l�autre � travers les pi�ces et les d�gagements.</p><p>Ce genre de ventilation n�exige</p><p>aucun dispositif sp�cial. Mais le d�bit d�air est difficile � pr�voir, puisqu�il d�pend � la fois des conditions ext�-</p><p>rieures et des sections tr�s mal d�termin�es des interstices. Il peut �tre tant�t insuffisant, tant�t surabondant.</p><p>Sans �liminer l�influence des conditions ext�rieures, on peut am�liorer la ventilation naturelle : c�t� admission par des orifices ou des conduits d�amen�e d�air et c�t� �vacuation par des conduits de tirage naturel ou des dispositifs statiques appropri�s.</p><p>Le tirage naturel accentue l�effet des</p><p>diff�rences de temp�rature. Pour des locaux industriels � forts d�gagements de chaleur, il peut conserver, une efficacit� en dehors de la saison froide. Il s�applique aussi � la ventilation des chaufferies, l�air �tant introduit � la partie basse.</p><p>Les dispositifs statiques d��vacuation renforcent l�effet des diff�rences de temp�rature par l�entra�nement d� au vent. C�est ainsi qu�agissent les lan-terneaux et les divers � aspirateurs statiques �, qui peuvent d�ailleurs servir d�auxiliaires au tirage naturel et s�op-downloadModeText.vue.download 248 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11459</p><p>posent au refoulement �ventuel par des vents plongeants.</p><p>Ventilation m�canique ou forc�e</p><p>L�air est entra�n� par des ventilateurs. Il peut �tre souffl� (puls�) dans l�enceinte ou y �tre aspir�, et cela directement ou par l�interm�diaire de conduits. Soufflage et aspiration sont souvent combin�s, notamment pour la ventilation des salles de spectacle ou de r�union.</p><p>y La ventilation souffl�e se pr�te bien � la dilution si la forme et la disposition des bouches ainsi que les vitesses d��mission assurent un bon m�lange.</p><p>Elle permet un traitement pr�alable de l�air et au moins sa filtration. Une distribution primaire en surpression peut alimenter des �jecteurs locaux qui entra�nent par induction le compl�ment de d�bit.</p><p>y La ventilation m�canique aspir�e est d�un usage fr�quent dans l�industrie, en effet elle se pr�te bien � l�extraction directe. Aussi tend-elle � se r�-</p><p>pandre dans les immeubles modernes, les r�gles de construction l�encourageant sans, toutefois, l�imposer.</p><p>R. D.</p><p>F Chauffage des locaux / Conditionnement d�ambiance.</p><p>Ver</p><p>Nom donn�, dans le langage usuel, � divers animaux � corps mou et allong�, d�pourvus d�appendices ou poss�dant de courtes pattes et se d�pla�ant par des contorsions plus ou moins bien coordonn�es.</p><p>Appliqu� aussi bien � des larves</p><p>d�Insectes (Ver � soie, Ver blanc) qu�� des animaux qui conservent toute leur vie une morphologie identique (� Vers � proprement dits, comme le Ver de terre ou le Ver solitaire), le terme de Ver n�a aucune signification zoologique pr�cise et tend � dispara�tre du vocabulaire scientifique sp�cialis�.</p><p>Cependant, sa commodit� d�emploi</p><p>et son pouvoir �vocateur font h�siter � l�abandonner compl�tement, m�me dans les ouvrages r�cents de zoologie.</p><p>Depuis C. von Linn�, qui a intro-</p><p>duit le terme dans la nomenclature et lui a donn� un contenu � fort h�t�roclite d�ailleurs �, des g�n�rations de chercheurs ont � la fois vers� dans le groupe des � Vers � un certain nombre de formes provisoirement inclassables et tent� d�y d�celer des ensembles naturels, avec leurs affinit�s et leurs filiations. Apr�s avoir �t� une sorte de tonneau des Dana�des pour les syst�maticiens, les � Vers � sont maintenant s�par�s en un certain nombre de phylums, dont la caract�risation, encore inachev�e, s�est �tablie progressivement, non sans h�sitations ni fausses routes : excellent exemple de la d�marche patiente des zoologistes � la recherche de crit�res fondamentaux valables pour chaque lign�e.</p><p>Un h�ritage discutable</p><p>de Linn�</p><p>Si certains Vers sont connus et d�crits depuis l�Antiquit�, ils ne sont pas reconnus comme un groupe d�fini ; dans la seconde moiti� du XVIe s., Ulisse Aldrovandi place Vers de terre, Vers des plantes, Taenias, Ascaris et... Limaces dans les � Insectes terrestres apodes �, tandis que des Vers annel�s marins et les Sangsues voisinent avec des Crustac�s, des �toiles de mer et m�me certains Poissons chez les � Insectes aquatiques �.</p><p>D�s 1735, Linn� fait des � Vermes �</p><p>l�une des six classes du r�gne animal ; dans les �ditions successives de son Systema naturae, le groupe s��toffe de multiples genres, mais nous offre l�image d�un fourre-tout pour les Invert�br�s autres que les Insectes. Ainsi, dans la treizi�me �dition, l�ordre des Intestina r�unit des genres comme Ascaris, Trichocephalus, Fasciola, Taenia, Hirudo (Sangsue), Lumbri-cus, Planaria, Sipunculus, mais aussi Linguatula et Myxine, qu�on �loigne maintenant des Vers ; celui des Mol-lusca rassemble d�actuelles Ann�lides (Nereis, Aphrodite), des An�mones de mer, des Ascidies, des Oursins, des �toiles de mer ainsi que quelques Gastropodes comme les Limaces.</p><p>Sans vouloir contester les m�rites de l�oeuvre du naturaliste su�dois, on ne peut en masquer les imperfections dans le domaine des animaux inf�rieurs. Il ne faudra pas moins d�un si�cle pour clarifier la situation chez les Vers.</p><p>L�apport du XIXe si�cle</p><p>On ne tarda pas � d�limiter les Ann�-</p><p>lides (Lamarck, 1802) ; l�embran-</p><p>chement des Plathelminthes et celui des N�mathelminthes sont reconnus par Karl Vogt en 1851. La d�finition d�autres groupes et de leurs affinit�s ne va pas sans peine ; il s�agit d�explorer au microscope l�anatomie des animaux, de rechercher dans le d�veloppement embryonnaire l�apparition des structures fondamentales, de tenir compte des incidences de la vie parasitaire sur la morphologie, d�exploiter les donn�es de l��volutionnisme naissant pour des �tres qui n�ont gu�re laiss� de fossiles, enfin d�int�grer dans un ensemble passablement disparate les nouvelles esp�ces d�couvertes.</p><p>Selon le crit�re retenu, on a propos� des rapprochements trop souvent incertains ou artificiels. Les N�mertes, d�abord rapproch�es des Planaires, furent r�unies par G. Cuvier aux N�-</p><p>matodes, puis de nouveau rapproch�es des Turbellari�s avant qu�on en fasse un embranchement distinct. Jean de Quatrefages rassemblait sous le nom de G�phyriens les Sipunculides, les</p><p>�chiurides et les Priapulides. Puis, en 1897, Yves Delage et Edgard H�-</p><p>rouard cr�aient l��ph�m�re embranchement des Vermidiens (ou Vers</p><p>aberrants) pour r�unir les G�phyriens, les Bryozoaires, les Rotif�res, les Ki-norhynques, les Ch�tognathes et les Brachiopodes.</p><p>Conceptions actuelles</p><p>Il n�est pas possible de d�finir zoologiquement le type � Ver �. Les �tres que l�on serait tent� de d�signer par ce nom se retrouvent dans dix embranchements, que l�on consid�re comme les plus primitifs des M�tazoaires triplo-blastiques. Ils se r�partissent en deux s�ries distinctes, d�apr�s l�absence ou la pr�sence de coelome, cavit� embryonnaire form�e par le m�soderme. Les Plathelminthes, les Acanthoc�phales, les Priapuliens, les M�sozoaires, les N�mertes, les N�mathelminthes et les Rotif�res sont des � Acoelomates �, tandis que les Ann�lides, les Sipuncu-liens et les �chiuriens repr�sentent les plus simples des � Coelomates �.</p><p>M. D.</p><p>F Ann�lides / N�mathelminthes / Plathelminthes / Rotif�res.</p><p>Vers parasites</p><p>Les Vers parasites, ou Helminthes, comprennent des Vers ronds (N�-</p><p>mathelminthes) et des Vers plats</p><p>(Plathelminthes).</p><p>Parmi les N�mathelminthes, un ordre int�resse surtout le parasitologue : les N�-</p><p>matodes. Il s�agit de Vers non segment�s, pourvus d�une cuticule et d�un tube digestif complet, � sexes s�par�s. En pathologie humaine, les principaux d�entre eux sont les Ascaris (Ascaris lumbricoides), les Oxyures (Enterobius vermicularis), les Ankylostomes (Ankylostoma duodenale, Necator americanus), les Anguillules (Stongyloides stercoralis), les Filaires (On-chocerca volvulus, Wuchereria Bancrofti, Loa-loa et Dracunculus medinensis), la Trichine (Trichinella spiralis) et les Trichoc�phales (Trichuris trichiura). Ces diff�rentes esp�ces sont responsables, � des degr�s divers, de manifestations cliniques et de perturbations biologiques pouvant</p><p>rompre l��quilibre de l�h�te (v. n�matodes pathog�nes).</p><p>Les Plathelminthes comprennent les Tr�matodes et les Cestodes. Les Tr�-</p><p>matodes sont des Vers non segment�s, pourvus d�une cuticule molle et d�un tube digestif sans anus, � sexes s�par�s ou hermaphrodites. Les Cestodes sont des Vers segment�s, sans cuticule ni tube digestif ; ils sont hermaphrodites ; leur t�te est porteuse de crochets ou de ventouses. Parmi les Cestodes rencontr�s en clinique humaine, on citera les Taenias, responsables de t�niasis (Taenia saginata et T. solium, Hymenolepis nana) et de bothrioc�pha-lose (Diphyllobothrium latum) lorsqu�ils parviennent � l��tat adulte chez l�Homme, et d�impasses parasitaires lorsqu�ils y parviennent � l��tat larvaire (Cysticercus cel-lulosae, Coenurus serialis et Echinococcus granulosus ou multilocularis).</p><p>Parmi les Tr�matodes doivent �tre mentionn�s les Bilharzies, ou Schistosomes (Schistosoma haematobium, S. Mansoni, S. japonicum et S. intercala-tum), et les Douves, ou Distomes (Fasciola hepatica ou gigantica, Clonorchis sinensis, Fasciolopsis buski, Dicrocoelium dentriticum).</p><p>Le r�le pathog�ne des Helminthes peut s�exprimer par divers types d�actions.</p><p>L�action spoliatrice est, dans l�ensemble, faible : le Ver d�tourne � son b�n�fice des �l�ments nutritifs, et en particulier le sang ; cela est valable pour les Ankylostomes, responsables d�h�morragies par spoliation. L�action m�canique est incontestable pour certains Vers (en particulier les Ascaris), qui peuvent provoquer par leur grand nombre des occlusions intestinales ou par leur localisation des obstructions des voies biliaires. L�action traumatique (indirectement responsable de surinfections) est tr�s rare. L�action irritative et inflammatoire, marqu�e chez les Tr�matodes et les Cestodes, est plus faible chez les N�matodes. Enfin et surtout, l�action toxique est tr�s importante. Due � la s�cr�tion de produits de d�gradation, elle peut d�terminer des accidents graves.</p><p>Elle est volontiers responsable d�hyper�o-sinophilie sanguine et tissulaire, parfois d�an�mie ou de r�actions de type allergique. Elle peut, en effet, provoquer une sensibilisation de l�organisme, qui se traduit le plus souvent par une �l�vation des anticorps. L�organisme est sensibilis� non</p><p>pas tant aux prot�ines du Ver (en raison de l�imperm�abilit� de la cuticule) qu�aux m�tabolites excr�t�s.</p><p>En ce qui concerne l�immunit� parasitaire, il faut avouer qu�elle reste moins connue que l�immunit� bact�rienne. Elle n�est, en effet, ni brutale ni totale, mais nuanc�e et difficile � appr�cier par rapport � des t�moins. De plus, il est difficile de se procurer des antig�nes standardis�s, qui sont la condition sine qua non � la pratique correcte des r�actions d�immu-nologie parasitaire.</p><p>downloadModeText.vue.download 249 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11460</p><p>Face � une agression parasitaire, il existe trois processus de d�fense de l�organisme sensibilis� : l�expulsion du parasite, l�encapsulement, qui aboutit � la mort avec, souvent, calcification du parasite, et enfin des ph�nom�nes mineurs emp�chant la maturation du parasite par troubles du d�veloppement ou de la f�condit�. Ces trois ph�nom�nes correspondent � des degr�s diff�rents du processus immunitaire, qui aboutira � une immunit� variable, correspondant en fait � une pr�munition. Dans certains cas, cette immunit� a pour r�sultat principal l�installation d�un �quilibre h�te-parasite, qui peut �tre statique ou p�riodique. Dans les cas o� s�instaure un �quilibre statique qui correspond � une infestation permanente, il faut bien savoir que cet �quilibre peut �tre rompu brutalement par n�importe quelle infection intercurrente : ce fait est d�une importance clinique fondamentale. La m�me observation peut �tre faite lors de l�institution d�un traitement � vis�e immuno-d�pressive. Dans les cas o� l��quilibre est p�riodique, le nombre des parasites augmente jusqu�� un seuil limite, o� l�on assiste au ph�no-m�ne d�auto-expulsion. � son d�cours, l�indice parasitaire augmente de nouveau, � moins qu�entre-temps ne soit intervenue la chimioth�rapie anthelminthique sp�cifique.</p><p>De ces consid�rations g�n�rales, on peut conclure que les helminthiases, ou verminoses, correspondent � des faits �pi-d�miologiques assez bien connus, mais</p><p>ob�issent � des ph�nom�nes immunologiques dont la pathog�nie est encore obscure.</p><p>M. R.</p><p>F N�matodes pathog�nes / Parasitisme.</p><p>Vercing�torix</p><p>Chef gaulois (pays arverne v. 72 -</p><p>� Rome 46 av. J.-C.).</p><p>Il fut le h�ros malheureux du soul�-</p><p>vement de la Gaule en 52 av. J.-C.</p><p>Il �tait le fils de Celtill, chef arverne qui, soup�onn� d�aspirer � la royaut�, avait �t� ex�cut�. Les Arvernes �taient alors un peuple puissant et organis�, le seul capable d�essayer de prendre en main le destin de la Gaule, ordinairement divis�e en peuples tr�s ind�pendants. Apr�s la conqu�te de la Gaule par C�sar et alors que celui-ci �tait en Italie, une r�volte prit naissance au pays des Carnutes. Ceux-ci massacr�rent les Romains �tablis � Genabum (Orl�ans). Quand la nouvelle du mouvement parvint � la cit� arverne de Ger-govie, Vercing�torix, jeune noble courageux, � la stature imposante, nagu�re ami de C�sar et longtemps d�sireux de maintenir en paix le pays arverne, prit l�initiative, malgr� l�opposition des downloadModeText.vue.download 250 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11461</p><p>autres nobles, d�appeler � la r�volte non seulement les Arvernes, mais aussi tous les peuples de la Gaule. Ceux-ci r�pondant � son appel, il se trouva le chef de fait d�une ligue qu�il s�effor�a d�organiser. Il envoya son lieutenant Lucter contre la Province romaine (la Narbonnaise), tandis que lui-m�me envisageait l�attaque des l�gions cantonn�es dans le nord du pays. Sur ces entrefaites, C�sar gagna la Gaule en h�te. Vercing�torix adopta devant lui la tactique de la terre br�l�e. Mais les Bituriges d�Avaricum (Bourges) n�en-tendirent pas an�antir leur belle cit�.</p><p>C�sar la prit et y trouva des vivres.</p><p>Vercing�torix lui barra l�acc�s � Ger-govie. Puis, � Bibracte, une assembl�e des Gaulois l�ayant confirm� dans son autorit�, il reprit sa tactique. Craignant de voir C�sar s��chapper, il accepta pr�s de Dijon la bataille que celui-ci cherchait. Battu, il se replia ou fut attir� sur Al�sia*, solide place forte o� il se retrancha. C�sar l�assi�gea. Les arm�es de secours et les tentatives de sortie �chou�rent �galement. Vercing�torix, esp�rant ainsi limiter les ch�timents des insurg�s, se rendit lui-m�me, solennellement, � C�sar. Celui-ci l�em-mena en captivit�, le v�hiculant parmi ses bagages ou de prison en prison ; six ans apr�s, Vercing�torix figura au triomphe de son vainqueur, puis fut ex�cut�.</p><p>Tels sont les faits. Il reste � savoir ce que Vercing�torix fut exactement � travers tout ce qui a �t� dit ou pens� de lui. � l��poque romantique, Am�d�e Thierry (1797-1873) vanta son courage et son patriotisme dans son Histoire des Gaulois (1828). Henri Martin (1810-1873) tira de l�histoire de Vercing�torix un drame en vers (1865).</p><p>En 1865, la statue du h�ros (oeuvre d�Aim� Millet [1819-1891] fut �rig�e sur le mont Auxois. � la fin du XIXe s., Vercing�torix �tait consid�r� comme un h�ros national, � l��gal de Jeanne d�Arc. Au XXe s. encore, d�aucuns lui ont reconnu le titre de premier r�sistant de l�histoire de France. En 1901, Camille Jullian (1859-1933) avait marqu� du patriotisme de son �poque sa biographie, dans laquelle, au demeurant, il se fiait en g�n�ral aux dires de C�sar. Celui-ci est en effet presque le seul � avoir parl� de Vercing�torix en son temps. Le h�ros est donc connu par son pire ennemi, dont les scrupules en mati�re de v�rit� historique ne passent pas aujourd�hui pour rigoureux. C�sar est soup�onn� d�avoir en partie imagin� son adversaire et d�avoir amplifi� son r�le et ses moyens pour magnifier sa propre victoire. Il aurait aussi minimis� l�importance et la noblesse de sa reddition, dont le c�t� spectaculaire est rapport� par Dion Cassius. Les historiens ont donc d� faire un singulier effort pour se repr�senter l�homme.</p><p>Toutes les hypoth�ses, toutes les explications ont eu leurs partisans. Vercing�torix a figur� comme un agent</p><p>des Romains aussi bien que comme un r�sistant farouche et organis�, chef de coalis�s, dont l�autorit� a �t� imagin�e par C�sar, ou jeune chef r�solu d�une horde peu entra�n�e au combat r�gulier. Ces divergences de vues rejoignent le probl�me d�un sentiment national gaulois, d�un patriotisme unitaire, dont il para�t bien difficile de dire � pr�sent s�il �tait capable de se manifester r�ellement et de surmonter les particularismes des peuples. Vercing�torix est enfin soup�onn� d��tre in�gal, enthousiaste, puis facilement abattu. Les circonstances lui interdisaient peut-�tre de faire plus qu�il n�a fait. Son principal handicap �tait de se trouver en face d�un adversaire g�nial, organis�, rus� et tr�s exp�riment�.</p><p>R. H.</p><p>F Al�sia / C�sar / Gaule.</p><p>&amp; C. Jullian, Vercing�torix (Hachette, 1901 ; nouv. �d., 1963). / G. Colomb, Vercing�torix (Fayard, 1947). / G. Bordonove, Vercing�torix (Club des libraires de France, 1960). / J.-J. Ro-chard, Vercing�torix le Gaulois (la Table ronde, 1967).</p><p>Verdi (Giuseppe)</p><p>Compositeur italien (Roncole, pr�s de Busseto, 1813 - Milan 1901).</p><p>Les d�buts</p><p>Fils d�un aubergiste, Giuseppe Fortu-nio Francesco Verdi montre tr�s jeune des dispositions pour la musique et en apprend les rudiments avec l�organiste de sa paroisse. Son p�re l�envoie ensuite � Busseto, o� un commer�ant, Antonio Barezzi, musicien amateur et m�c�ne, le prend sous sa protection.</p><p>Verdi travaille avec deux ma�tres : le chanoine Pietro Saletti se charge de son instruction g�n�rale (1825-1829), et Ferdinando Provesi, ma�tre de chapelle, organiste de la cath�drale et chef de la Soci�t� philarmonique, fond�e par Barezzi, lui enseigne l�harmonie et l�aide mat�riellement. Artiste sensible, il d�couvre les dons exceptionnels du jeune homme et l�oriente vers la carri�re musicale. Verdi d�passe bient�t son ma�tre. D�s 1828, il s�exerce � transcrire des oeuvres pour l�harmonie municipale et compose une cantate,</p><p>puis une Sinfonia, qui est jou�e � Busseto. En 1831, il vient habiter chez Barezzi et s��prend de sa fille Margherita, que, sans situation stable, il ne peut encore �pouser. Il obtient alors du</p><p>� mont-de-pi�t� et d�abondance � de Busseto une bourse d��tudes et se rend � Milan, o� il se pr�sente � la classe de piano du conservatoire, la seule accessible aux �trangers. Il vient, en effet, du duch� de Parme, ancien d�-</p><p>partement du Taro, gouvern� depuis le congr�s de Vienne (1815) par Marie-Louise d�Autriche. Il �tudie alors le contrepoint et la fugue avec Vincenzo Lavigna (1776-1836), �l�ve de Giovanni Paisiello (1740-1816). L�enseignement tr�s th�orique qu�il re�oit n�aura aucune influence sur son m�tier.</p><p>Il pense d�j� au th��tre et avouera plus tard qu�il a appris seul l�instrumentation et la mani�re de traiter la musique dramatique. En 1833, il brigue en vain la succession de Provesi qui vient de mourir, et il doit attendre f�vrier 1836</p><p>pour obtenir la direction de la musique municipale de Busseto. Le 4 mai de la m�me ann�e, il �pouse Margherita dont il aura deux enfants, une fille et un fils.</p><p>En 1839, il prend nettement</p><p>conscience de sa vocation th��trale, d�missionne de son poste et s�installe � Milan avec sa jeune femme. Gr�ce � l�impr�sario de la Scala, Bartolomeo Merelli (1794-1879), gr�ce aussi � la ma�tresse de celui-ci, la cantatrice d�butante Giuseppina Strepponi (1815-1897), il obtient rapidement un premier succ�s avec son op�ra Oberto conte di San Bonifacio (1839) ; mais, l�ann�e suivante, son op�ra-bouffe Un giorno di regno ossia Il Finto Stanis-lao (1840) subit un �chec total. Cette derni�re oeuvre, qui n�eut qu�une seule repr�sentation, avait �t� �crite dans des circonstances douloureuses. Verdi venait de perdre son fils (1839), puis sa femme (juin 1840) et songeait � renoncer au th��tre. Mais bient�t Merelli lui propose un livret de T�mistocle Solera (1815-1878), Nabucodonosor.</p><p>Alors qu�il commence � s�int�resser au Risorgimento, Verdi est frapp� par la similitude des situations � la lutte des Juifs contre les Chald�ens lui rappelle la condition politique de sa patrie � et il se met au travail. Apr�s la premi�re repr�sentation de Nabucco (1842), il</p><p>est c�l�bre du jour au lendemain ; il devient une sorte de drapeau qui symbolise la r�sistance � l�esclavage et l�espoir de r�aliser l�unit� italienne.</p><p>Les � ann�es de gal�re �</p><p>Convaincu qu�il a maintenant trouv� son style, � son op�ra suivant, I Lombardi alla prima Crociata (1843), apr�s avoir �t� menac� de censure par la police autrichienne, est encore accueilli plus chaleureusement �, Verdi songe � mettre en valeur sa gloire naissante.</p><p>Avec une volont� in�branlable, il s�impose un travail acharn�, partageant son temps entre la composition et l�exploitation de son r�pertoire. Il fait repr�-</p><p>senter Ernani (1844) et Attila (1846) � Venise, I Due Foscari (1844) et La Battaglia di Legnano (1849) � Rome, Giovanna d�Arco (1845) � Milan, Al-zira (1845) � Naples, Macbeth (1847) � Florence et Il Corsaro (1848) � Trieste. Durant ces ann�es �puisantes, qualifi�es plus tard par lui d�� anni di galera � (1844-1849), il conquiert aussi l��tranger. Il fait jouer � Londres Ernani (1844), puis I Masnadieri (les Brigands, 1847), dont c�est la cr�ation, et � Paris J�rusalem (1847), version remani�e d�I Lombardi alla prima Crociata. Lors de son s�jour � Paris, il retrouve Giuseppina Strepponi, qui avait contribu� au lancement de ses premiers op�ras, et s�y attache au point de ne la plus quitter. En 1849, il s�installe avec elle dans sa propri�t� de Sant�Agata, non loin de Busseto, o� il va mener de front sa carri�re de compositeur et la vie d�un gentilhomme campagnard.</p><p>Dans un calme relatif, car la population de la r�gion critique sa vie irr�guli�re, il r�fl�chit sur son m�tier, d�couvre de nouveaux horizons et tente de se mettre en accord avec son temps. Apr�s les bouleversements de 1848 et la d�faite de Novare (mars 1849), qui a provoqu� l�abdication de Charles-Albert en faveur de son fils Victor-Emmanuel II, la paix avec l�Autriche ram�ne une p�riode d�apaisement. Tandis que La Battaglia di Legnano (1849), en �voquant le triomphe de la Ligue lombarde sur Fr�d�ric Barberousse, �tait encore anim�e de l�esprit r�volutionnaire, le nouvel op�ra Luisa Miller (1849) annonce une conception plus �volu�e du drame lyrique, � la fois plus sereine et plus idyllique.</p><p>Trois grandes oeuvres Apr�s l��chec de Stiffelio (1850) s�ouvre une �poque fastueuse o�</p><p>naissent trois grandes oeuvres, qui seront les plus populaires, Rigoletto (1851), Il Trovatore (1853) et La Traviata (1853). Rigoletto, dont le livret s�inspire du Roi s�amuse de Victor Hugo, est le premier op�ra romantique de Verdi ; il pr�sente une grande unit� downloadModeText.vue.download 251 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11462</p><p>en d�pit du m�lange des genres, et sa musique traduit maintenant sans peine tous les sentiments, du rire aux larmes.</p><p>Il Trovatore, de climat m�lancolique, est, par ses personnages, ses situations et ses coups de th��tre, de la m�me veine ; mais, pour mieux satisfaire aux exigences du drame, Verdi y fait un usage plus intense du bel canto. Il impose � ses interpr�tes des effets in�dits, qui r�clament des voix plus �tendues et d�une puissance accrue, au point de s�entendre reprocher d�avoir trahi la tradition m�lodique italienne. La Traviata, dont le sujet �tait tir� d�une pi�ce contemporaine, la Dame aux cam�lias (f�vr. 1852) d�Alexandre Dumas fils, non sans en accentuer les tendances sociales et passionn�es, met en sc�ne des personnages de la vie quotidienne, qui chantaient en costumes du temps.</p><p>Lors de la premi�re, l�audace du livret et surtout une mauvaise distribution �</p><p>l�h�ro�ne, phtisique, avait une corpulence ridicule � provoquent la chute de l�ouvrage.</p><p>Des oeuvres politiques</p><p>Apr�s cet �chec momentan� � la reprise, en 1854, sera un succ�s complet</p><p>�, Verdi traverse une crise morale et va habiter Paris. Des oeuvres nouvelles, de valeur in�gale, renouent alors avec l�inspiration politique ant�rieure. Sur un livret d�Eug�ne Scribe et Charles Duveyrier, qui traite de la r�volte des patriotes siciliens (1282) contre les occupants fran�ais, Verdi �crit les V�pres siciliennes (1855), op�ra �mouvant et path�tique, mais hybride, car il y m�le</p><p>les styles. En 1857, Simon Boccanegra �voque de fa�on complexe et parfois invraisemblable la conjuration de Fiesque. L�union plus �troite du texte et de la musique, per�ue d�j� dans Luisa Miller, ne suffit pas � lui conqu�rir la faveur des V�nitiens. Verdi est alors incapable de juger de la vraie cause de son �chec : la mauvaise qualit� du livret. Plus tard, gr�ce � Boito, l�oeuvre trouvera son �quilibre. Un autre drame historique, sugg�r� par Gustave III de Scribe, Un ballo in maschera (1859), devait r�aliser, mieux que les pr�c�-</p><p>dents, la synth�se des styles de Verdi.</p><p>Repr�sent� � Rome pour �viter la censure des Bourbons � un r�gicide y rappelle f�cheusement l�attentat d�Orsini</p><p>�, il conna�t un immense triomphe en exaltant, au moment o� le roi de Pi�-</p><p>mont-Sardaigne s�appr�te � d�clarer la guerre (avr. 1859) � l�Autriche, le patriotisme italien. Le public acclame Verdi, qui symbolise d�autant mieux l�unit� nationale que son nom est form� des initiales de celui du roi : Vittorio Emanuele Re d�Italia. Le 29 avril 1859, le musicien �pouse la Strepponi.</p><p>La gloire</p><p>Verdi est alors � l�apog�e de sa carri�re et jouit d�un immense prestige. Il est �lu en 1861 d�put� du premier Parlement national, mais, apr�s avoir vot� le 27 mars la proposition de Cavour qui demande le retour de Rome dans la communaut� italienne, il reprend son activit� un moment suspendue. � Saint-P�tersbourg, on joue son dernier grand op�ra populaire, La Forza del destino (1862), o� le sublime c�toie le vulgaire, mais dont la r�ussite lui permet de mesurer l�ampleur de sa renomm�e.</p><p>Maintenant commence pour Verdi une �re nouvelle. Le paysan d�autrefois est devenu riche ; il s�est form� le go�t et ne se fie plus � son seul instinct. Son art va s��panouir dans un climat diff�rent.</p><p>Des influences �trang�res contraignent Verdi � r�viser des principes auxquels il croyait fermement, notamment celle de Wagner � dont les oeuvres se r�-</p><p>pandent en Europe et dont les �crits th�oriques, qu�il ne conna�tra qu�en 1870, fascinent la jeune g�n�ration �, puis celle de Gounod, qui, dans Faust (1859), se montre �l�gant et raffin�. En</p><p>Italie, d�autre part, on ne porte plus seulement attention � la musique dramatique et l�on red�couvre la musique de chambre. Verdi ne m�nage pas ses critiques aux � jeunes-turcs �, mais, sans l�avouer, il tient compte des nouvelles orientations. Apr�s Macbeth (1865), pr�sent� sans succ�s dans une version remani�e, il fait entendre � Paris son second op�ra sur un livret fran�ais, Don Carlos (1867), de conception plus savante et plus recherch�e. La partition, particuli�rement soign�e, se pare, non sans quelques maladresses, d�harmonies modernes, de sonorit�s subtiles qui �touffent parfois la m�lodie. En France, on l�accuse d�imiter Wagner.</p><p>Aujourd�hui, les temp�raments des deux musiciens apparaissent si dissemblables que l�on consid�re plu-t�t Don Carlos comme une tentative vers une formule originale que Verdi adoptera sans se renier lui-m�me. Ce changement demandera � Verdi, dont les ambitions sont grandes, beaucoup d�efforts, au point que sa production va se rar�fier.</p><p>Le compositeur veut maintenant,</p><p>apr�s la mort de Rossini (1868), qui fait de lui le chef de l��cole italienne, jeter les bases d�un th��tre lyrique r�nov�, plus sensible, plus complet et r�solument � national �. En 1871, A�da, dont le livret brode sur un th�me de l��gyptologue fran�ais A. Mariette, est repr�sent� � l�Op�ra du Caire pour c�l�brer l�ouverture du canal de Suez.</p><p>Verdi a maintenant parfaitement assimil� ses nouvelles conqu�tes. Tout en conservant un langage simple, il use d�une �criture d�autant plus color�e qu�elle s�enrichit d�harmonies raffin�es et d�un contrepoint parfaitement ma�tris�, dont il s�est peu servi jusque-l�. A�da est acclam� en 1872 � Milan et � Parme, puis sur toutes les grandes sc�nes europ�ennes.</p><p>downloadModeText.vue.download 252 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11463</p><p>En 1873, Verdi �crit un quatuor � cordes et revient � Sant�Agata, o� il apprend la disparition d�Alessandro Manzoni, qu�il v�n�rait. Il compose</p><p>alors pour le premier anniversaire de la mort du grand �crivain une Messe de requiem, dans laquelle il ins�re le Libera me d�di� � la m�moire de Rossini (� 1868). Dans cette oeuvre magnifique, � laquelle on a souvent reproch� son style trop th��tral, mais qui est sinc�re et � s�rieuse �, il se r�v�le un grand polyphoniste et montre, alors que la p�-</p><p>ninsule commence � �tre envahie par la musique germanique, que, loin d��tre un � corrupteur du go�t italien �, il est simplement lui-m�me et de son pays.</p><p>Parvenu maintenant au seuil de la vieillesse, il ressent de la lassitude.</p><p>Il voyage et, au cours de nombreuses tourn�es en Europe, dirige son Requiem. Il est, peu apr�s, nomm� s�nateur du royaume d�Italie et partage sa vie entre Sant�Agata, l��t�, et G�nes, l�hiver. Parvenu au fa�te de la gloire, il abandonne durant de longues ann�es</p><p>� hormis quelques pages de musique religieuse � tout travail.</p><p>Les derniers</p><p>chefs-d�oeuvre</p><p>Mais un �v�nement important modifie ses dispositions. Par l�interm�diaire de son �diteur Giulio Ricordi (1840-1912), Verdi renoue des relations avec un repr�sentant de la jeune �cole italienne, Arrigo Boito (1842-1918), �crivain et compositeur, dont il avait mis autrefois en musique l�Inno delle nazioni (Hymne des nations) pour</p><p>l�exposition universelle de Londres (1862). Boito lui propose sa collaboration et commence par refaire le livret de Simon Boccanegra. Dans sa nouvelle version, l�oeuvre est re�ue � Milan (1881) avec tant de chaleur que Verdi reprend courage. Boito en profite pour pr�senter � Verdi deux livrets, dont la musique sera lentement �labor�e, mais qui donnent naissance � deux ultimes chefs-d�oeuvre, Otello (1887) et Falstaff (1893). Dans Otello, Verdi �carte r�cits et airs, et adopte un discours continu. L�orchestre brillant et color� a sa vie propre et soutient, sans jamais la couvrir, l�ample d�clamation des voix. L�op�ra prend ainsi un aspect � moderne �, qui d�route d�abord quelque peu les Milanais, mais conna�t finalement un v�ritable triomphe. Avec Falstaff, op�ra-bouffe dont le livret est extrait des Joyeuses Comm�res de</p><p>Windsor et de l�Henri IV de Shakespeare, Verdi, �g� de quatre-vingts ans, montre avec �clat toute la force de son g�nie. Anim�e d�une vie intense, d�un �lan lyrique ininterrompu, l�oeuvre m�le le drame au comique et � la po�sie la plus pure ainsi que toutes les ressources d�un m�tier acquis au cours des ans � une inspiration pleine de jeunesse. D�sormais, Verdi cesse de composer. Apr�s avoir publi� en 1898</p><p>quelques chants sacr�s (Quattro Pezzi sacri), il se tait d�finitivement. Combl� d�honneurs, il ne quitte plus l�Italie et, jusqu�� sa mort, s�occupe de ses oeuvres, de ses terres et de la Casa di riposo per musicisti (maison de repos pour les musiciens), qu�il a fond�e � Milan et � laquelle il r�serve tous les revenus de ses droits d�auteur.</p><p>A. V.</p><p>&amp; A. Soffredini, Le opere di Verdi. Studio critico analitico (Milan, 1901). / C. Bellaigue, Verdi (Laurens, 1912). / G. Cesari et A. Luzio, I copialettere di Giuseppe Verdi (Milan, 1913). /</p><p>A. Bonaventura, La figura e l�arte di Giuseppe Verdi (Livourne, 1919 ; trad. fr. Verdi, Alcan, 1923). / A. Alberti, Verdi intimo (V�rone, 1931).</p><p>/ C. Gatti, Verdi (Milan, 1931 ; 2e �d., 1951) ; Revisioni e rivalutazioni verdiane (Turin, 1952). / H. Gerick, Giuseppe Verdi (Potsdam, 1932). / M. Mila, Il melodramma di Verdi (Bari, 1933 ; 2e �d., Milan, 1960) ; Verdi (Bari, 1958). /</p><p>A. E. Cherbuliez, Giuseppe Verdi (Zurich, 1949).</p><p>/ F. Abbiati, Giuseppe Verdi (Milan, 1950). /</p><p>L. Gianoli, Verdi (Brescia, 1951). / M. Rinaldi, Verdi critico (Rome, 1951). / P. Petit, Verdi (�d.</p><p>du Seuil, coll. � Microcosme �, 1958). / F. Walker, The Man Verdi (New York, 1962). / G. W. Martin, Verdi (New York et Londres, 1963).</p><p>Verdun</p><p>Ch.-l. d�arrond. de la Meuse*, sur la Meuse ; 26 927 hab. (Verdunois).</p><p>Ancien oppidum gaulois, l�antique Verodunum �tait situ�e sur la voie romaine allant de Reims � Metz. �v�ch� � partir du IVe s., Verdun fut saccag�e au Ve s. par les invasions runiques. Au VIe s., un p�lerinage sur le tombeau d�un �v�que de Verdun, saint Vanne (502-519), incita des religieux � y �difier un monast�re ; celui-ci devint</p><p>c�l�bre au XIe s. sous l�abbatiat de Richard, qui appuya l�oeuvre de r�forme de saint Odilon de Cluny. Au XVIIe s., les moines b�n�dictins de Saint-Vanne furent � l�origine de l�action r�formatrice des mauristes.</p><p>En 502, Clovis s�empara de Verdun, qui fut incorpor�e apr�s sa mort au royaume d�Austrasie (511). En ao�t 843, un trait� d�cisif pour la France y fut sign� entre les fils de Louis le D�bonnaire ; il consacrait le partage de l�Empire de Charlemagne entre les trois fils du souverain, l�empereur Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve. La France fut alors s�par�e de la Germanie. Verdun fut comprise dans le lot de Lothaire et rattach�e avec la Lorraine � l�Empire.</p><p>Elle fut administr�e par ses comtes-</p><p>�v�ques et devint au XIIIe s. une ville downloadModeText.vue.download 253 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11464</p><p>libre imp�riale. Elle forma ensuite avec Metz et Toul le district dit � des Trois-</p><p>�v�ch�s �. Le roi de France Henri II s�empara des Trois-�v�ch�s (trait� de Chambord, janvier 1552), et le trait� de Westphalie (1648) reconnut officiellement leur rattachement au royaume.</p><p>Fortifi�e par Vauban, Verdun se</p><p>rendit en 1792 aux troupes du duc de Brunswick, mais fut reprise peu apr�s par les Fran�ais, qui y mirent � mort des jeunes filles coupables d�avoir manifest� leur sympathie pour les envahisseurs. En 1870, elle fut prise par les Allemands apr�s une h�ro�que r�sistance.</p><p>Mais c�est durant la Premi�re Guerre mondiale que Verdun acquit ses titres de gloire.</p><p>Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville fut en partie ravag�e par des incendies (1940) et des bombardements.</p><p>P. R.</p><p>L�art � Verdun</p><p>Malgr� les bombardements de 1916, Verdun conserve un certain nombre de monuments artistiques qui ont �t� soigneusement restaur�s, comme l�h�tel de ville du XVIIe s. et la porte Chauss�e, dont les deux grosses tours cr�nel�es, qui faisaient partie de l�enceinte m�-</p><p>di�vale de la ville, veillent sur les rives de la Meuse.</p><p>L�oeuvre la plus remarquable est la cath�drale, car les travaux qui ont suivi la Premi�re Guerre mondiale ont fait d�couvrir sous une parure du XVIIIe s.</p><p>un monument roman exceptionnel,</p><p>r�v�lateur des traditions carolingiennes en Lorraine et des liens de la cit� avec l�Empire et la Bourgogne. La cath�drale a �t� construite avec deux transepts et deux sanctuaires oppos�s par l��v�que Thierry (1049-1083). Le vieux choeur occidental, � chevet plat entre deux tours, rappelle les massifs occidentaux carolingiens, mais les portes, dont subsiste celle de l�Officia-lit� au nord, ont �t� m�nag�es sous les tours. Les piles et les murs de la nef, primitivement charpent�e, demeurent en partie cach�s par les r�fections du XVIIIe s. Le choeur oriental a �t� reconstruit un peu avant le milieu du XIIe s.</p><p>par le ma�tre Garin. �tabli au-dessus d�une vaste crypte � trois vaisseaux vo�t�s d�ar�tes, il est de plan polygonal et s�ouvre sur des chapelles � �tage prises dans les tours qui flanquent le chevet. Cette architecture a exerc� une grande influence en Lorraine et jusqu�� Tr�ves. Les reliefs ext�rieurs de l�abside, qui repr�sentent Adam et �ve, Ca�n et Abel, l�Annonciation et un �v�que, le tympan sculpt� d�un Christ en majest� entre les symboles des �vang�listes � la porte du Lion (au nord du transept oriental) datent de la campagne de Garin et rappellent l�art roman bourguignon ; ils constituent de pr�cieux t�moins de la sculpture romane en Lorraine. Les vo�tes gothiques et les additions post�rieures ont modifi� l�aspect de la cath�drale, que compl�te un clo�tre flamboyant et pr�s de laquelle s��l�ve le palais �piscopal, chef-d�oeuvre d�pouill� de Robert de Cotte*, qui l�entreprit en 1724.</p><p>A. P.</p><p>&amp; N. Roussel, Histoire eccl�siastique et civile de Verdun (Constant-Laguerre, Bar-le-Duc, 1864 ; 2 vol.).</p><p>La bataille de Verdun</p><p>Bataille men�e de f�vrier � d�cembre 1916</p><p>par les forces allemandes pour la conqu�te du camp retranch� de Verdun et qui se termina pour elles par un �chec du fait de la r�sistance victorieuse des arm�es fran�aises.</p><p>Transform�e apr�s 1871 en un vaste camp retranch� d�fendu par une quinzaine de gros ouvrages, la place de Verdun avait servi en 1914 de m�le d�accrochage � la manoeuvre de Joffre (v. Marne [bataille de la]). �rig�e en 1915 en � r�gion fortifi�e �, elle forme entre l�Argonne et la poche de Saint-Mihiel un saillant qui, particuli�rement sur la rive droite de la Meuse, s�offre aux coups de l�adversaire. Sur le plan tactique comme sur le plan moral, l�objectif a donc �t� tr�s judicieusement choisi par la direction de guerre allemande, aux ordres du g�n�ral von Falkenhayn, pour y mener la bataille d�usure dont elle attend, par son �puisement, la destruction de l�arm�e fran-</p><p>�aise et la d�cision du conflit. Les moyens n�ont pas �t� m�nag�s au Kronprinz imp�-</p><p>rial, chef de la Ve arm�e allemande, charg�e de l�op�ration. Pr�s de 1 200 canons et plus de 200 avions appuient les quatre corps d�arm�e qui se lancent � l�assaut le 21 f�vrier 1916. L�attaque surprend d�autant plus les Fran�ais que Joffre*, au cours de l�automne 1915, pour r�cup�rer les moyens d�artillerie lourde n�cessaires � ses offensives, a r�duit au strict minimum l�armement et les garnisons des forts de Verdun. Aussi, les trente-six bataillons fran�ais qui, � l�aile gauche du groupe d�arm�es du g�n�ral de Langle de Cary (1849-1927), tiennent les positions de la rive droite sont-ils rapidement submerg�s par la puissance de l�attaque allemande.</p><p>En d�pit de leur magnifique r�sistance, qu�illustrent notamment les chasseurs du colonel �mile Driant (1855-1916) au bois des Caures (22 f�vrier), les Allemands progressent de 5 km en cinq jours et enl�vent downloadModeText.vue.download 254 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11465</p><p>par surprise, le 25 f�vrier, le fort de Douaumont, d�fendu par soixante territoriaux.</p><p>C�est pourtant de ce m�me jour que date la premi�re r�action capitale du commandement fran�ais. Castelnau*, adjoint de Joffre, est, en effet, arriv� � Verdun. Il d�cide aussit�t d�acc�l�rer l�envoi de renforts sur la rive droite, qui sera tenue co�te que co�te, de dissoudre la r�gion fortifi�e de Verdun et de confier la d�fense de la place sur les deux rives de la Meuse � une nouvelle IIe arm�e, dont le g�n�ral P�tain*</p><p>prend le commandement le 26 f�vrier. D�s lors, tout va changer chez les Fran�ais, o� P�tain s�affirme comme un chef et un organisateur de tr�s grande classe, que secondent de remarquables commandants de corps comme Bazelaire (7e C. A.), M. Bal-fourier (20e C. A.), H. M. Berthelot (32e C. A.), L. Guillaumat (1er C. A.), P. A. M. Maistre (21e C. A.), L. E. de Maudhuy (15e C. A.), Nivelle* (3e C. A.), Mangin* (11e C. A.)... Pourtant, l�ennemi ne rel�che pas son effort : d�s le 6 mars, il �tend son attaque sur la rive gauche � la c�te de l�Oie, � Avocourt, � la Cote 304 et au Mort-Homme. Les 9 et 10 avril, une pouss�e d�ensemble sur les deux rives est ma�tris�e par les Fran�ais de P�tain, qui, le soir du 9, a lanc� son fameux ordre du jour : � Courage, on les aura ! � Le 1er mai, P�tain, nomm� commandant du groupe d�arm�es du Centre, est remplac� � la t�te de la IIe arm�e par Nivelle, tandis que se d�veloppe jusqu�au 25 ao�t la v�ritable bataille d�usure. L�ensemble du front est soumis � un pilonnage incessant, qui impose aux combattants une vie d�enfer.</p><p>En mai, l�ennemi prend pied sur la Cote 304</p><p>et le Mort-Homme, et, le 7 juin, le fort de Vaux tombe, h�ro�quement d�fendu par le commandant Sylvain Raynal (1867-1939).</p><p>Par deux fois, le 23 juin et le 11 juillet, les Allemands, pr�c�d�s d�un d�luge d�obus asphyxiants, se ruent sur les derni�res positions, qui, � Thiaumont, � Froideterre et � La Chapelle-Sainte-Fine, couvrent � 3 km la ville de Verdun. Mais leurs ultimes assauts sont bloqu�s les 11 et 12 juillet dans les ruines du fort de Souville, d�fendues par une compagnie du 7e R. I. aux ordres du lieutenant Kleber Dupuy (1892-1966), et le 1er ao�t dans la r�gion du Ch�nois. Le 1er juillet, Joffre avait r�ussi � d�clencher l�offensive des Britanniques de Haig* et des Fran�ais de Foch* sur la Somme, qui contraint Falkenhayn � ralentir son effort sur Verdun. D�s lors et bien que les combats continuent avec acharnement, la partie est perdue pour les Allemands,</p><p>dont l�opinion publique, nagu�re si enthousiaste, condamne l�entreprise et son auteur : le 29 ao�t, Falkenhayn est remplac� � la t�te de la direction de guerre par l��quipe Hindenburg*-Ludendorff*, qui, d�s le 2 septembre, d�cide d�arr�ter d�finitivement toute offensive spectaculaire sur le front de Verdun. Quinze jours plus t�t, Mangin qui, � la t�te du groupement D, commande en fait toute la rive droite de la Meuse, avait repris l�initiative : les 17 et 18 ao�t, le r�giment d�infanterie coloniale du Maroc avait reconquis les ruines de Fleury-devant-Douaumont. Apr�s un mois de septembre mouvement�, marqu� notamment, le 4, par la grave explosion d�un d�p�t de fus�es qui fit plus de 500 morts dans le tunnel de Tavannes, Nivelle ordonne � Mangin de passer � la contre-offensive. Le 24 octobre, pr�c�d�es par un d�luge d�artillerie lourde, trois divisions s��lancent � l�assaut et atteignent Douaumont. Vaux, �vacu� par les Allemands, est aussit�t r�occup� par les Fran�ais le 3 novembre 1916. Le 15 d�cembre, cette victoire est compl�t�e par une nouvelle contre-offensive conduite par huit divisions sur un front de 10 km : elle portera les Fran�ais, ma�tres de tous leurs objectifs avec des pertes minimes, sur la ligne Louvemont-Bezonvaux-Hardaumont.</p><p>� Pour la premi�re fois, note alors le Kronprinz avec franchise, j�eus conscience d�avoir perdu une grande bataille. � Huit mois plus tard, P�tain, devenu commandant en chef, relance une puissante offensive sur les deux rives de la Meuse.</p><p>Conduite par quatre corps d�arm�e de Guillaumat, elle reconquiert, du 20 au 25 ao�t 1917, la Cote 304, le Mort-Homme, la c�te de l�Oie et Samogneux, r�tablissant � peu pr�s le front du 21 f�vrier 1916.</p><p>P. D.</p><p>F Guerre mondiale (Premi�re) / Mangin / Nivelle</p><p>/ P�tain.</p><p>&amp; W. Beumelburg, Die Gruppe Bosem�ller (Oldenburg, 1930 ; trad. fr. Combattants allemands � Verdun, Payot, 1934). / H. Colin, le Fort de Souville. L�heure supr�me � Verdun (Payot, 1938). / J. H. Lefebvre, Verdun, la plus grande bataille de l�histoire (Durassi�, 1960).</p><p>/ G. Blond, Verdun (Presses de la Cit�, 1961).</p><p>/ A. Horne, The Price of Glory : Verdun 1916</p><p>(Londres et New York, 1962 ; trad. fr. Verdun, le prix de la gloire, Presses de la Cit�, 1964).</p><p>La Voie sacr�e</p><p>En dehors d�un chemin de fer � voie �troite (dit le � petit Meusien �), les voies ferr�es desservant Verdun �tant inutilisables, il fallut, pour la premi�re fois, alimenter la bataille par la route. La seule dont disposait la IIe arm�e �tait celle de Bar-le-Duc � Verdun (75 km) par Souilly, o� P�tain avait install� son quartier g�n�ral. Elle absorbera jour et nuit un trafic d�une intensit� incroyable.</p><p>De mars � juin, les 3 500 camions du commandant Doumenc (1880-1948) trans-porteront en moyenne chaque semaine jusqu�� Regret 90 000 hommes et 50 000 t de mat�riel. � ces camions s�ajouteront en outre 800 v�hicules sanitaires, 200 auto-bus de ravitaillement de viande fra�che et 2 000 autos de liaison, si bien qu�aux moments de crise le d�bit de la Voie sacr�e atteindra un v�hicule toutes les quatorze secondes. En retour, pendant la bataille, 260 000 bless�s seront conduits du front aux h�pitaux de campagne et aux trains sanitaires � Bar-le-Duc.</p><p>Pour l�ensemble de la bataille de Verdun, la IIe arm�e organisa 115 mont�es de divisions en lignes, soit en moyenne une division tous les deux jours. L�effectif de ses rationnaires s��leva parfois jusqu�� 600 000 hommes ; 73 divisions (soit les trois quarts de l�arm�e fran�aise) furent engag�es � Verdun : 43 une seule fois, 23</p><p>deux fois, 4 trois fois et 1 six fois.</p><p>L�enfer du combattant</p><p>C�est sur le champ de bataille de Verdun, dans cette r�gion � au relief lunaire labour� sur deux ou trois m�tres de profondeur,... l� o� les tranch�es cessent et o� l�on se cache dans des trous d�obus vaguement reli�s entre eux... � (Teilhard de Chardin), que le combattant de la Premi�re Guerre mondiale a atteint le paroxysme de son chemin de croix. Quatre jours de ligne, quatre jours de repos, quatre jours en r�serve dans l�atmosph�re pestilentielle du tunnel de Tavannes, tel est le rythme de vie du poilu de Verdun.</p><p>Les p�rils des rel�ves, du ravitaillement, de la recherche et de l��vacuation des bless�s feront entrer l�homme de soupe, le coureur, le brancardier et l�aum�nier dans la l�gende de cette bataille inhumaine, dont les pertes s��quilibreront aux environs de</p><p>330 000 hommes pour les Allemands, de 360 000 pour les Fran�ais.</p><p>Verga (Giovanni)</p><p>Romancier et auteur dramatique italien (Catane 1840 - id. 1922).</p><p>Verga est sinon le plus typique, certainement le plus grand repr�sentant du � v�risme � litt�raire italien, mouvement issu du naturalisme fran�ais et anticipant, � la fin du XIXe s., nombre des postulats du n�o-r�alisme. L�originalit� la plus �vidente du v�risme est d�avoir �largi au-del� du milieu de pr�dilection du roman naturaliste � la grande ville industrielle � la repr�sentation de l�ali�nation populaire. C�est en ce sens que D. H. Lawrence (traducteur et pr�facier du roman en 1923) a pu voir dans I Malavoglia une � date �</p><p>comparable � celle de Madame Bovary.</p><p>Tout en qualifiant de � parti pris � le caract�re hyperbolique de la mis�re repr�sent�e dans le roman (� la famille Malavoglia est la plus humblement humble � qui soit), Lawrence reconna�t que la peinture de cette mis�rable famille de p�cheurs siciliens est unique dans toute la litt�rature.</p><p>Le v�risme, en revanche, ne suffit plus � d�finir Mastro Don Gesualdo, l�autre chef-d�oeuvre romanesque de Verga, dont l�ampleur, la ma�trise stylistique et la complexit� structurale �voquent plut�t le nom de Balzac.</p><p>Mais l�oeuvre de Verga qui a le plus efficacement contribu� � la popularit� du v�risme (ainsi qu�� lui valoir, � lui-m�me, l��pith�te de � v�riste �) est sans doute Cavalleria rusticana, gr�ce tout d�abord � l�interpr�tation d�Eleonora Duse (dans la version th��trale), puis, malgr� les remaniements inconsid�r�s de librettistes abusifs, surtout � la musique de Pietro Mascagni.</p><p>Si le v�risme a �t� un mouvement</p><p>� sudiste � par l�origine de ses artistes et le d�cor de ses oeuvres, c�est � Milan</p><p>� et, secondairement, � Turin � que ces oeuvres ont �t� con�ues et lanc�es.</p><p>Verga n��chappe pas � la r�gle, qui nourrit son oeuvre des souvenirs et des impressions de sa Sicile natale tout en r�sidant � Milan. Et, lorsque, � la fin de sa vie, apr�s des s�jours de plus en plus</p><p>prolong�s, il reviendra s��tablir � Catane, il aura d�sormais cess� d��crire.</p><p>N� � Catane d�une famille de petite noblesse (barons de Fontanabianca), le jeune Verga subit d�abord l�influence de son professeur Antonino Abate, patriote, r�publicain et auteur de vers romantique. Son premier roman (Amore e patria, rest� in�dit), �crit � seize ans, porte plus particuli�rement la marque de cette influence. Verga abandonne rapidement ses �tudes de droit pour l�engagement politique (il s�enr�le encore tout jeune dans la garde nationale de Catane), le journalisme (il collabore notamment � Roma degli Italiani et Italia contemporanea) et la litt�rature : il publie en 1861-62 I Carbonari della montagna (�pisode de la r�sistance ca-labraise contre les Fran�ais de Murat) et en 1863 Sulle lagune (les amours d�une jeune Italienne et d�un officier hongrois � Venise sous l�occupation autrichienne).</p><p>De 1865 date son premier s�jour � Florence, o� il s��tablira de nouveau de 1869 � 1871. Il y fr�quente le salon litt�raire de Francesco Dall�Ongaro et les milieux o� l�on pr�ne le � romantisme social �. Una peccatrice (1866) narre les amours d�un �tudiant pauvre et de la comtesse Narcisa Valderi, qui, d�laiss�e, s�empoisonne au rythme berceur de sa valse pr�f�r�e. Storia di una capinera (Histoire d�une fauvette, 1870), �crit �galement � Florence, est le journal �pistolaire d�une jeune Sicilienne recluse, contre son gr�, dans un couvent. Le succ�s du livre ouvre au jeune homme les plus brillants salons de Milan (en particulier celui de la comtesse Maffei), o� il s��tablit en 1872 (il continue cependant � passer l��t� en Sicile). Verga se lie d�amiti� avec Arrigo Boito, Giuseppe Giacosa, Federico De Roberto et surtout Luigi Capuana. Son roman Eva (1873) �</p><p>l�amour tragique d�un peintre sicilien, Enrico Lanti, pour une danseuse �</p><p>provoque �reintages et enthousiasmes.</p><p>Tigre reale (Tigre royal, 1874) et Eros (1875) concluent cette premi�re s�rie de feuilletons d�un romantisme senti-downloadModeText.vue.download 255 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11466</p><p>mental et mondain, h�rit� de Dumas et d�Eug�ne Sue. Tigre reale est l�histoire d�une excentrique beaut� russe pour laquelle perd la t�te un p�re de famille, qui, apr�s avoir �t� abandonn�, retrouve la cruelle en Sicile, o�, malade de tuberculose, elle est revenue mourir. Eros raconte, dans un d�cor de salons et de villes d�eaux, les aventures galantes du marquis Alberto, qui finit par se suicider d�un coup de revolver.</p><p>Le premier r�cit v�riste de Verga, Nedda (l�h�ro�ne est une paysanne sicilienne qui vit de la cueillette des olives), date de 1874, et Padron �Ntoni, premi�re �bauche des Malavoglia, de 1875. D�s 1878, dans une lettre � son ami Paola, Verga esquisse le projet d�un vaste cycle romanesque, I Vinti (les Vaincus) : � J�ai en t�te un travail qui me para�t grand et beau. Une es-p�ce de fantasmagorie de la lutte pour la vie, qui va du chiffonnier au ministre et � l�artiste, et qui assume toutes les formes, de l�ambition � l�app�tit du gain, et se pr�te � mille repr�sentations du grand grotesque humain, lutte providentielle qui guide l�humanit� � travers tous les app�tits, nobles et bas, vers la conqu�te des v�rit�s. Saisir en somme le c�t� dramatique, ou ridicule ou comique, de toutes les physionomies sociales, chacune avec sa caract�ristique, dans ses efforts pour aller de l�avant au milieu de cette vague immense qui est pouss�e � aller de l�avant par les besoins les plus vulgaires ou par l�avidit� de la science, incessamment, sous peine d��chec ou de mort pour les plus faibles et les moins habiles. �</p><p>Des cinq romans pr�vus alors, Padron</p><p>�Ntoni, Mastro Don Gesualdo, La</p><p>Duchessa delle Gargantas, L�Onore-vole Scipioni, L�Uomo di lusso, seuls les deux premiers ont �t� accomplis ; le troisi�me est rest� inachev� sous le titre de La Duchessa di Leyra. Tandis qu�il travaille � I Malavoglia, Verga publie, en revue, quelques-unes des nouvelles qui seront recueillies dans Vita dei campi (Vie aux champs, 1880).</p><p>Le � fiasco � (le mot est de Verga lui-m�me, qui parle aussi d�une � conjuration du silence �) des Malavoglia (1881) affecte profond�ment le romancier, qui n�en d�clare pas moins (lettre � Luigi Capuana) : � Si je devais r��-</p><p>crire le livre, je le referais comme je l�ai fait. Mais en Italie, sans le sel de la sc�ne dramatique, on ne veut pas de l�analyse plus ou moins exacte. �</p><p>Deux aventures sentimentales aident � le distraire : l�une � Milan avec la comtesse Dina Castellazzi di Sorde-valo, l�autre, plus durable, avec Giselda Fojanesi, qui venait de se s�parer de son mari, le po�te catanais Mario Rapi-sardi. En 1882 il se rend � Paris (o� il rencontre Zola � M�dan) et � Londres.</p><p>Les Novelle rusticane (Nouvelles paysannes) paraissent en 1883, et le succ�s de la premi�re de Cavalleria rusticana en 1884 (avec Eleonora Duse dans le r�le de l�h�ro�ne Santuzza) encourage Verga � poursuivre sa carri�re th��trale avec In portineria (1885), La Lupa (1896), Dal tuo al mio (1903). Entretemps, une longue controverse sur les droits d�auteur avait oppos� Verga aux librettistes de Cavalleria rusticana, qui obtint un triomphe d�s sa premi�re repr�sentation au th��tre Costanzi � Rome en 1890. La traduction fran-</p><p>�aise des Malavoglia en 1887 ne suscite gu�re d��chos malgr� l�int�r�t de Zola et de Maupassant. De m�me, la publication de Mastro Don Gesualdo (Ma�tre Don Gesualdo) [en 1889 ;</p><p>d�abord en feuilleton, puis en volume]</p><p>est rel�gu�e au second plan par les po-l�miques de Cavalleria rusticana.</p><p>D�s 1896, Verga entreprend La</p><p>Duchessa di Leyra � Pour �chapper � l�humeur noire � que provoque en lui la croissante hostilit� populaire au nationalisme et � la politique coloniale de Crispi, qu�il admire et soutient. Affect� par la mort de quelques-uns de ses amis les plus chers (Giacosa, Gualdo), � partir de 1903 il se retire � Catane, o� le retient l�administration du patrimoine familial.</p><p>Alors qu�il a pratiquement cess�</p><p>d��crire, son oeuvre et son nom deviennent le symbole, pour les nouvelles g�n�rations, de l�anti-d�annunzia-nisme. En 1919, un groupe de jeunes intellectuels lui rend publiquement hommage dans le Messaggero della</p><p>domenica pour l�inviter � honorer de sa pr�sence la premi�re romaine de Dal tuo al mio. Son quatre-vingti�me anniversaire (1920) est solennellement</p><p>c�l�br� au th��tre Massim� Bellini de Catane. Dans son discours inaugural, Pirandello exalte en Verga le � po�te des choses �, oppos� au � po�te des mots � qu�est D�Annunzio. Nomm�</p><p>s�nateur, Verga se rend la m�me ann�e � Rome pour pr�ter serment. Une commotion c�r�brale l�emporte deux ans plus tard, et le texte inachev� de La Duchessa di Leyra est publi� posthume.</p><p>Le v�risme proprement dit n�a gu�re �t� au-del� du tableau de moeurs populiste et du m�lodrame. Quelle que soit leur originalit�, Cavalleria rusticana, Vita dei campi et Novelle rusticane ont les m�mes limites. Alors que les deux chefs-d�oeuvre romanesques de Verga ont �voqu� tour � tour le nom des soeurs Bront� (pr�face de D. H. Lawrence), de Manzoni et de Balzac.</p><p>I Malavoglia est la trag�die chorale d�une archa�que famille de p�cheurs abattue par autant de malheurs (naufrages, alcoolisme, prostitution, mort) qu�elle fait d�efforts pour �chapper � sa mis�re ancestrale. Le nom m�me de la barque familiale, la Providence, est, par antiphrase, l�ironique symbole de ce destin in�luctable. La perspective � microscopique � de la narration (� Il nous faut regarder au microscope les petites causes qui font battre les petits coeurs �) reproduit de fa�on impressionnante la lutte ext�nuante des volont�s vou�es � l��chec et � la mort, tandis qu�une subtile technique de � contamination � fait participer la voix narratrice (m�l�e de proverbes et de tours dialectaux) au choeur douloureux des humili�s.</p><p>La monotonie presque insoutenable des Malavoglia fait place, dans Mastro Don Gesualdo, � une structure romanesque plus complexe � centr�e autour d�un h�ros puissamment caract�ris� � et � une repr�sentation plus diversifi�e de la hi�rarchie sociale, m�me si, encore une fois, le pessimisme radical de Verga voue la lutte des classes � l��chec. Enrichi � la force du poignet, l�ex-manoeuvre Gesualdo croit couronner son ascension sociale (de mastro �</p><p>manoeuvre � devenu don) en s�alliant � une famille de nobles ruin�s. Son mariage avec Bianca Trao n�est, en fait, destin� qu�� couvrir une � faute �</p><p>de celle-ci et � redorer le blason des siens, qui n�en refusent pas moins de recevoir l�intrus. Le duc d�sargent� qu��pouse sa fille Isabella (elle aussi fruit d�un adult�re et, comme sa m�re, contrainte au mariage pour r�parer une</p><p>� faute �) dilapide le patrimoine, et le patriarche � nouveau Goriot � meurt comme un chien dans une mansarde du palais de sa fille.</p><p>L�originalit� du roman, par rapport � Balzac, par exemple, tient essentiellement � sa dimension � sicilienne �, tant du point de vue stylistique (perfectionnement de la technique de contamination �labor�e dans I Malavoglia) que d�un point de vue anthropologique : mise en sc�ne d�une conception archa�que des contrats sociaux qui, non moins qu�� ses personnages, semble imputable au romancier lui-m�me.</p><p>La critique marxiste italienne (en particulier Luigi Ferrante) a r�cemment tent� de r��valuer le th��tre de Verga � la lumi�re des concepts �labor�s par Louis Althusser (Pour Marx, 1965) dans son analyse d�El nost</p><p>Milan (1893) de Carlo Bertolazzi, dans la mise en sc�ne de Giorgio Strehler (1955).</p><p>J.-M. G.</p><p>&amp; L. Capuana, Studi sulla letteratura contemporanea (Milan et Catane, 1880-1882 ; 2 vol.) /</p><p>B. Croce, La Letteratura della nuova Italia, t. III (Bari, 1915 ; nouv. �d., 1949). / L. Russo, Giovanni Verga (Naples, 1920 ; 4e �d., Bari, 1947).</p><p>/ F. Tozzi, Realt� di ieri e di oggi (Milan, 1928). /</p><p>A. Favat�, La Vita e le opere di Giovanni Verga (Livourne, 1935). / N. Cappellani, Vita di Giovanni Verga (Florence, 1940). / E. De Michelis, L�Arte del Verga (Florence, 1941). / A. Momi-gliano, Dante, Manzoni, Verga (Messine, 1944).</p><p>/ G. Pintor, Il Sangue d�Europa (Turin, 1950). /</p><p>G. Santangelo, Storia della critica verghiana (Florence, 1954). / D. H. Lawrence, Selected Literary Criticism (Londres, 1955 ; nouv. �d., New York, 1966). / L. Pirandello, Saggi Poesie e scritti vari (Milan, 1960). / G. Raya, Ottocento inedito (Rome, 1960). / G. Trombatore, Riflessi letterari del Risorgimento in Sicilia e altri studi sul secondo Ottocento (Palerme, 1960). / G. De-voro, Nuovi Studi di stilistica (Florence, 1962). /</p><p>L. Ferrante, Verga (Milan, 1972).</p><p>verge</p><p>Solide dont une des dimensions est nettement sup�rieure aux deux autres.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>Cette d�finition, un peu vague, rappelle que verge signifie �galement � baguette �. Elle permet, cependant, de distinguer une verge d�une plaque, o� une seule dimension, l��paisseur, est nettement inf�rieure aux deux autres, qui, entre elles, sont comparables. Une r�gle m�tallique, par exemple, constitue une verge dont on peut exciter les vibrations par percussion. On constate facilement que la hauteur du son obtenu sera fort diff�rente selon que la percussion est donn�e dans le sens de la longueur de la r�gle ou perpendiculairement. On excite dans le premier cas principalement des vibrations longitudinales et dans le second des vibrations transversales. Si l�on ajoute qu�il est �galement possible d�imprimer � la verge des vibrations de torsion, on voit que le probl�me n�est pas simple et qu�en g�n�ral une percussion donnera un m�lange de ces diff�rents types de vibration. Le sens de la percussion favorisera tel ou tel d�entre eux.</p><p>On ne peut calculer les fr�quences propres de vibration des verges que dans les cas assez simples o� les vibrations sont purement longitudinales ou transversales et o� la verge a une forme g�om�trique simple �galement, c�est-</p><p>�-dire une section constante, normalement � la grande dimension, rectangu-downloadModeText.vue.download 256 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11467</p><p>laire ou circulaire. On obtient alors les r�sultats suivants.</p><p>y Vibrations longitudinales des</p><p>verges de section constante. Les</p><p>modes propres de vibration correspondent � toutes les ondes stationnaires qui peuvent s��tablir dans la verge, compte tenu des conditions aux extr�mit�s : � une extr�mit� libre se trouvera un ventre de vibration et � une extr�mit� encastr�e un noeud.</p><p>Les r�sultats seront d�s lors absolu-</p><p>ment identiques � ceux qui ont �t� trouv�s pour les tuyaux sonores : pour des verges libres aux deux bouts ou encastr�es aux deux bouts, la s�rie des partiels sera constitu�e de tous les harmoniques d�un fondamental</p><p>de fr�quence V/2 L, L �tant la longueur de la verge et V la vitesse de propagation des ondes longitudinales le long de la verge ( E</p><p>module d�Young, &#x3C1; masse sp�cifique du mat�riau constituant la verge). Si la verge est encastr�e � un bout et libre � l�autre, on n�aura que les harmoniques impairs d�un fondamental de fr�quence V/4 L. Il n�existe aucun instrument de musique courant utilisant les vibrations longitudinales des verges.</p><p>y Vibrations transversales des</p><p>verges de section constante. Les</p><p>modes de vibration propres sont encore des modes stationnaires, mais les r�sultats ne sont pas aussi simples que pour les vibrations longitudinales : la distance entre noeuds et ventres n�est pas constante ni �gale � une fraction simple de la longueur de la verge. Les fr�quences des partiels d�pendront non seulement de la longueur de la verge, de la mati�re qui la constitue et des conditions aux limites, mais aussi de la forme et des dimensions de sa section droite. Elles seront, toutes choses �gales par ailleurs, inversement proportionnelles au carr� de la longueur de la verge L. Elles sont, pour une verge de section rectangulaire, proportionnelles � l��paisseur e de la verge compt�e parall�lement � la direction de vibration et, pour une verge cylindrique, proportionnelles au rayon r. La fr�quence des partiels de telles verges peut donc se mettre sous la forme</p><p>A (k) et B (k) �tant deux coefficients qui d�pendent de tout ce dont on n�a pas tenu compte jusqu�� pr�sent, c�est-</p><p>�-dire la mati�re constituant la verge et les conditions aux extr�mit�s ; k d�signe le rang du partiel. Le tableau ci-apr�s montre comment se r�partissent noeuds et ventres de vibration pour les premiers modes de vibration transversale des verges libres aux deux extr�mit�s ou encastr�es � une extr�-</p><p>mit� et libres � l�autre. Les nombres n donn�s par chaque mode sont proportionnels aux coefficients A (k) et B (k).</p><p>Ils montrent que la s�rie des partiels ne forme pas une s�rie harmonique, contrairement � ce qui se passe pour les cordes vibrantes, les tuyaux sonores et les verges excit�es longitudinalement.</p><p>Instruments de musique</p><p>utilisant des verges</p><p>Rappelons que les anches sont des verges l�g�rement courb�es, dont le mouvement est entretenu par circulation d�air. Dans les instruments � vent d�rivant des tuyaux sonores, l�anche est battante et doit �tre accord�e au tuyau auquel elle est coupl�e. Mais certains instruments utilisent des anches libres, non coupl�es � un tuyau, dont la fr�quence est pratiquement ind�pendante de la pression de l�air. Citons parmi eux le diapason � bouche, l�harmonica, l�harmonium, l�accord�on, le bandon�on.</p><p>Dans le xylophone, des plaquettes de bois (d�o� le nom), de verre ou de m�tal sont fix�es par deux fils d�acier aux points o� se forment les noeuds du premier mode de vibration des verges libres aux deux extr�mit�s. L�attaque par le marteau s�effectue au milieu des lames.</p><p>Dans la bo�te � musique, les verges sont des lames d�coup�es dans une plaque de m�tal, l�ensemble ayant la forme d�un peigne. Elles sont mises en vibration par des pointes fix�es normalement � un cylindre de m�tal. Une judicieuse r�partition des pointes permet de jouer des airs quand le cylindre tourne. En d�calant l�g�rement le cylindre, on peut jouer des airs diff�rents.</p><p>Les diapasons sont des verges</p><p>courbes libres aux deux extr�mit�s. Le dulciphone est un piano dont les mar-teaux attaquent des diapasons au lieu de cordes.</p><p>Si la verge est suffisamment flexible, on peut, en la courbant, alt�rer la fr�-</p><p>quence de ses partiels. L�effet est utilis� dans la scie musicale.</p><p>P. M.</p><p>Vergennes</p><p>(Charles Gravier,</p><p>comte de)</p><p>Homme d��tat fran�ais (Dijon 1719 -</p><p>Versailles 1787).</p><p>Charles de Vergennes, fils d�un pr�-</p><p>sident au parlement de Dijon et neveu de Th�odore d�Uchon de Chavigny</p><p>(1687-1771), ministre du roi au Portugal, est nomm� gr�ce � lui, en 1740, gentilhomme d�ambassade � Lisbonne, o� il fait ses premiers pas dans la carri�re diplomatique.</p><p>L�ambassadeur</p><p>En 1742, il suit Chavigny en Allemagne � la cour du nouvel empereur Charles VII Albert, l��lecteur de Ba-vi�re, comp�titeur malheureux de Marie-Th�r�se dans la guerre de la Succession d�Autriche. Apr�s la mort de Charles VII Albert (1745), il est remarqu� par Ren� Louis de Voyer d�Argen-son (1694-1757), ministre des Affaires �trang�res, et, en 1750, il repr�sente le roi de France aupr�s du prince-�lecteur de Tr�ves. Il r�ussit � contrarier les projets de Marie-Th�r�se, qui r�ve alors de faire sacrer, de son vivant, son fils a�n� le futur Joseph II*, comme roi des Romains, ce qui aurait conduit � faire de l�Empire une monarchie h�r�-</p><p>ditaire pour les Habsbourg ; gr�ce � son intervention, l��lecteur de Tr�ves s�oppose � ce projet, qui ne se r�alisera qu�en 1764.</p><p>En r�compense, Vergennes re�oit</p><p>en 1752 l�ambassade de Hanovre,</p><p>dont l��lecteur est le roi d�Angleterre George II (1727-1760) ; pour la premi�re fois, il se meut sur une sc�ne d�importance europ�enne,</p><p>o� il remporte de nouveaux succ�s diplomatiques.</p><p>L�ambassade de Constantinople</p><p>(1754-1768) le fait acc�der au � secret du roi �. En effet, Louis XV, � l�insu de ses ministres, entretient une correspondance secr�te avec certains de ses repr�sentants � l��tranger, dont celui aupr�s de la Sublime Porte. Vergennes s�emploie, sur les instigations de Versailles, � entretenir la vieille alliance franco-turque, destin�e � former � l�est</p><p>un contrepoids efficace aux ambitions russes ou germaniques en les prenant � revers : strat�gie d��quilibre europ�en que Louis XV s�ing�nie � d�fendre.</p><p>L�ambassadeur doit ensuite faire ac-downloadModeText.vue.download 257 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11468</p><p>cepter aux Ottomans la nouvelle politique fran�aise cons�cutive au renversement des alliances de 1756 et oeuvrer pour le maintien de la neutralit� de la Turquie. Il y r�ussit ; par contre, il ne parvient pas � engager ce pays dans un conflit avec la Russie pour r�pondre aux nouvelles exigences de la politique ext�rieure dirig�e par Choiseul*. D�ailleurs, il ne croit pas que l�Empire ottoman, en pleine d�cadence, puisse �tre de quelque secours � la France ; l�avenir prouvera la justesse de ses vues.</p><p>Mais, dans l�imm�diat, son insuc-</p><p>c�s, aggrav� par son mariage avec une femme de petite naissance, provoque sa disgr�ce et son rappel dans la m�tropole (oct. 1768).</p><p>Apr�s avoir �t� oubli� pendant plusieurs ann�es, Vergennes est rappel� aux Affaires en 1771 par le comte Charles Fran�ois de Broglie (1719-1781), directeur de la diplomatie secr�te du roi. Il s�agit d�aller � Stockholm conseiller le jeune roi Gustave III, ami de la France. Vergennes appuie le coup d��tat royal contre le Parlement, divis� entre les factions oppos�es des Bonnets et des Chapeaux, dont les dissensions menacent l�int�-</p><p>grit� du royaume.</p><p>En cette circonstance, son action est sans doute tr�s importante, sinon d�cisive, si l�on en juge par ce propos de Benjamin Franklin sur Gustave III dans son Autobiographie : � Il parlait toujours de lui, se glorifiant sans cesse de la r�volution qu�il avait faite en Su�de, quoiqu�on sache qu�elle a �t� l�oeuvre de M. de Vergennes. � La politique poursuivie par la France tend � emp�cher son alli� su�dois de sombrer dans l�anarchie, afin que la barri�re de l�Est soit sauvegard�e.</p><p>Le ministre</p><p>Durant les deux ann�es suivantes, Vergennes exerce aupr�s du roi les fonctions d�un sage mentor. Ses succ�s et sans doute aussi la recommandation posthume du Dauphin expliquent que, aussit�t apr�s la mort du roi, Louis XVI choisisse Vergennes comme ministre des Affaires �trang�res (juin 1774).</p><p>� Enfin, �crit d�Alembert, Louis XVI a pris pour ministre un homme</p><p>vertueux. �</p><p>Le nouveau chef de la politique</p><p>�trang�re adopte une attitude d�hostilit� � l��gard de l�Angleterre. L�heure n�est-elle pas venue d�effacer la honte du trait� de Paris ?</p><p>Il faut s�assurer d�abord l�alliance de l�Autriche et de la Prusse. Or, la mort de l��lecteur de Bavi�re en d�cembre 1777 ouvre une crise europ�enne,</p><p>l�Autriche voulant s�emparer de ses �tats. Mais Vergennes, avec sagesse, ne s�engage pas dans le pi�ge tendu par l�Angleterre et qui consiste � enliser la France dans une guerre continentale pour la d�tourner de la guerre maritime aux c�t�s des jeunes �tats-Unis.</p><p>Il r�ussit, au contraire, � imposer sa m�diation (paix de Teschen de 1779) et � conserver l�amiti� de l�Autriche tout en l�obligeant � renoncer � ses projets d�annexer la Bavi�re. De m�me, en mai 1777, il signe un trait� de paix perp�-</p><p>tuelle et d�alliance avec les Cantons suisses. D�s lors, la France retrouve en Europe l�initiative ; elle y appara�t � la fois en arbitre et en champion de l��quilibre des forces et comme la pro-</p><p>tectrice attitr�e des petits �tats.</p><p>Les mains libres sur le continent, Vergennes, mettant � profit l�engouement du public pour la cause de l�in-d�pendance am�ricaine, d�cide de</p><p>combattre l�Angleterre en Am�rique du Nord. Il signe le 6 f�vrier 1778 un trait� d�alliance avec les �tats-Unis, auquel l�Espagne apporte son soutien l�ann�e suivante. Durant cette guerre, la France remporte de brillants succ�s tant sur terre, avec Rochambeau, que sur mer, gr�ce � Suffren et de Grasse.</p><p>Apr�s la paix s�par�e anglo-am�ricaine de 1782, Vergennes signe � son tour avec l�Angleterre le trait� de Versailles (3 sept. 1783), o� il fait preuve d�une habile mod�ration. La France recouvre quelques parcelles de son empire colonial (S�n�gal, comptoirs de l�Inde), mais Vergennes, pr�occup� par la crise financi�re cons�cutive � la guerre, s�efforce de rapprocher la France de son ancienne ennemie et lui accorde m�me en 1786 un trait� de commerce favorable.</p><p>Il r�ussit encore � relever l�influence fran�aise au Levant, en Allemagne et dans les Provinces-Unies avant de mourir � Versailles le 13 f�vrier 1787.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Louis XVI.</p><p>&amp; L. Bonneville de Marsangy, le Chevalier de Vergennes, son ambassade � Constantinople (Plon, 1894 ; 2 vol.) ; le Comte de Vergennes, son ambassade en Su�de (Plon, 1898). / G. Fagniez, la Politique de Vergennes et la diplomatie de Breteuil (Impr. Daupeley-Gouverneur, Nogent-le-Rotrou, 1922). / C. de Chambrun, � l��cole d�un diplomate : Vergennes (Plon, 1943).</p><p>Verhaeren (�mile)</p><p>Po�te belge d�expression fran�aise (Sint-Amands 1855 - Rouen 1916).</p><p>N� � Sint-Amands sur l�Escaut,</p><p>entre Gand et Anvers, �mile Verhaeren fit des �tudes de droit � l�universit� de Louvain, mais devait consacrer toute son activit� � la litt�rature. Son premier recueil, les Flamandes, para�t en 1883 et est suivi, trois ans plus tard, des Moines, publi�s � Paris par l��diteur parnassien Alphonse Lemerre.</p><p>Ses principales oeuvres en vers seront la trilogie des Soirs, des D�b�cles et des Flambeaux noirs (1888-1891), les Campagnes hallucin�es (1893), les Villages illusoires, les Villes tentaculaires (1895), les Visages de la vie (1899), les Forces tumultueuses (1902), la Multiple Splendeur (1906), Toute la Flandre (1904-1911) et la trilogie des Heures (de 1896 � 1911). Il a �crit pour le th��tre les Aubes, le Clo�tre, Philippe II et H�l�ne de Sparte (de 1898</p><p>� 1912), et publi� plusieurs volumes de critique d�art et d�impressions de route.</p><p>Il avait fait, notamment � Londres et en Allemagne, des voyages, dont sa po�-</p><p>sie garde diverses traces, et fut invit� en Russie en 1913. Il �tait venu habiter Paris, o� le surprit la guerre de 1914</p><p>(celle-ci lui inspira les po�mes des Ailes rouges de la guerre). Il p�rit tragiquement en 1916 � la gare de Rouen.</p><p>Voil� un demi-si�cle que ces che-</p><p>mins de fer qu�il avait chant�s tu�rent l�homme dont les vers avaient proclam� plus haut que ceux de tout</p><p>autre le fait royal de vivre, et d�j� tant de choses dont son enthousiasme se</p><p>nourrissait sont mortes, tant d�espoirs qu�il agitait comme des drapeaux ont �t� tristement d�chir�s... Le monde ne vibre plus aux mots dont s�exaltait le po�te, m�me s�il regrette obscur�ment de ne plus pouvoir y vibrer... C�est pourquoi une lecture de Verhaeren ne va pas aujourd�hui sans m�lancolie, � moins qu�elle ne r�veille en nous la persistance enfouie d�un �lan fondamental. Un tel �lan, qui est celui m�me de la vie, anime cette oeuvre du d�but � la fin ; aussi l�essence de celle-ci doit-elle �tre cherch�e avant tout dans l��volution de son dynamisme de base.</p><p>Ce dynamisme avait certes frapp�</p><p>d�embl�e et s�duit ses innombrables lecteurs, mais ceux-ci l�accueillaient en qualit� de message, alors qu�il nous appara�t surtout aujourd�hui comme la condition psychologique expliquant l�originalit� d�une po�sie : non pas dynamisme visionnaire � la Hugo ou tendant au pr�che inspir� comme celui de Whitman* � tenant certes un peu des deux, mais particulier dans son fond m�me en tant qu�afflux d�images traduisant la v�h�mence d�une sensibilit�.</p><p>Des Flamandes � la Multiple Splendeur transpara�t sous la diversit� des sujets l�unit� v�cue d�un drame du moi affront� au monde, drame qui se pose, se noue et se r�sout dans un irr�sistible mouvement. C�est que Verhaeren fut un lyrique au sens pl�nier du terme, c�est-�-dire un homme qui demande � la parole po�tique de marquer les �tapes du d�voilement de son �tre. On a parl� � son propos de pessimisme et d�optimisme, de violence et de bont�, d�hallucination, de neurasth�nie, d�emphase triomphaliste, et tout cela est vrai, mais chaque fois pour une part et dans un moment de son oeuvre. Ce qui se r�v�le pour l�ensemble et � tout instant, c�est le caract�re de paroxysme qui se manifeste aussi bien dans la d�-</p><p>pression que dans la victoire. Le po�te s�est d�fini lui-m�me un jour par les mots apparemment contradictoires de fragile et de violent. S�il a tant affirm� la force, n��tait-ce pas parce que sa sensitivit� extr�me avait besoin d�une attitude de puissance, voire d�agressivit�, pour se mettre � l�abri de quelque native angoisse ? Il a parl� de ses cauchemars d�enfant... Comme chez son compatriote Maeterlinck*, une panique premi�re devait �tre chez lui masqu�e,</p><p>surmont�e, enfin transform�e, et si pour l�un le r�le gu�risseur fut jou� par la raison, pour l�autre il le fut par le d�ploiement � la fois spontan� et voulu d�un dynamisme d�images. L�imagination, une imagination fortement picturale et concr�te, fut en effet chez Verhaeren, � c�t� du dynamisme, une donn�e primordiale. Cela ne signifie pas seulement que sa po�sie se chargera de notes �nergiques et color�es, mais que c�est � des r�alit�s ext�rieures que sa sensibilit� empruntera � chaque pas les termes dans lesquels se poseront, puis se r�soudront ses probl�mes.</p><p>Sa phase de n�vrose inqui�te collera aux brumes de Londres de la m�me</p><p>fa�on que telle p�riode d�exaltation joyeuse fleurira dans des promenades campagnardes, sans qu�on puisse d�cider lequel des deux �l�ments, l�externe ou l�interne, en �tait responsable.</p><p>Ses Flamandes ne furent pas un</p><p>cahier de croquis naturalistes, mais bien une figuration o� il for�ait certains aspects entrevus � ext�rioriser son r�ve de vigueur et de sant�, et les downloadModeText.vue.download 258 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11469</p><p>� moines � un peu fabuleux de son second recueil projetteront � leur tour des symboles de son propre app�tit de grandeur. Mais bient�t, par trop de libert�, l�imagination, abandonnant ses premiers domaines d�expansion, se r�v�le dangereuse, et ce seront les livres de ce qu�on a appel� la p�riode de crise. N�arrivant � contr�ler ni les �lans de son effervescence mentale, ni sa r�ception trop aigu� des dehors, le po�te est d�bord� par une sombre fantasmagorie, dont, cependant, tous les germes proviennent de la r�alit� per�ue</p><p>� trop vivement per�ue : la violence m�me qu�il a cherch�e dans ses images de mouvement leur donne � ses propres yeux un aspect agressif, et ce retour de manivelle le trouve d�sempar�. Cela nous vaudra sa trilogie noire ainsi que la partie la plus originale, sinon la plus ma�tris�e de sa cr�ation : les Bords de la route, les Apparus dans mes chemins et les Campagnes hallucin�es, o� il ramasse toute sa panique (est-ce pour</p><p>l�expulser ?) dans quelques � chansons de fous �, dont certaines sont des chefs-d�oeuvre. Les Villages illusoires montrent le pilote en train de ressaisir la barre et d�orienter � une raison son d�lire. La bourgade du bord de l�Escaut repara�t ici, plus concr�tement vue que dans le pr�c�dent recueil ou dans les Flamandes, avec son paysage, son climat, ses types et ses m�tiers ; mais le cordier, le forgeron, le passeur d�eau, amplifiant les gestes vrais de leur travail, deviennent symboles, en puisant dans la pens�e du po�te des significations qui les transportent bien loin de leur litt�ralit� sans leur rien enlever de leur suggestive apparence. Ces po�mes aux dessous riches et complexes trahissent chez leur auteur l��veil de pr�occupations qui touchent aux d�-</p><p>marches les plus g�n�rales de l�esprit humain, et-voici se dessiner le tournant qui fera passer le po�te de ses hantises toutes personnelles et presque organiques � de larges et hautes perspectives. Ayant ainsi �puis� et finalement transcend� les fantasmes rustiques, Verhaeren va �tre happ� par les � villes tentaculaires �. Ce nouveau th�me lui servira une fois de plus � se d�couvrir soi-m�me en vivant un d�cor, mais le r�ve auquel donne figure la puissance des cit�s modernes, de leurs foules et de leurs industries n�est plus seulement le sien. L�ensemble des destins terrestres envahit sa m�ditation, nourrie de grouillants tableaux, et c�est dans les Visages de la vie que ces fruits inattendus vont m�rir. Livre capital non seulement par la ma�trise technique, qui y conduit d�amples symphonies, mais par l�accession de l�homme � la pleine possession de soi en m�me temps qu�� une vue sereinement path�-</p><p>tique de la totalit� de la vie. Ses forces internes ne sont plus contrari�es ni d�-</p><p>concert�es, mais s��panouissent dans une communion avec les forces du dehors, et, l�� �me �largie �, accueillant et accueilli, il se conna�t lyriquement par l�abandon passionn� qui lui fait conna�tre l�universel. Ainsi d�livr� du tourment de soi, il pourra d�sormais se faire affectueusement attentif � l�intimit� de la plus humble chose, et, dans Almanach, les Petites L�gendes et ailleurs encore, il retournera � sa campagne qui n�a plus rien d�hallucin� ni d�illusoire et o� l�attendent</p><p>de doux �tonnements demeur�s frais.</p><p>Ce Verhaeren-ci compl�te bien plut�t qu�il ne contredit l�homme des grands horizons, lequel continue � s�affirmer des Forces tumultueuses aux Rythmes souverains.</p><p>Cette derni�re p�riode de la production verhaer�nienne donne l�impression d�un fleuve qui s��tale dans ses plaines. Toute exp�rience accomplie, le po�te se compla�t dans l�euphorie atteinte et y puise le sentiment d�une mission, celle de d�ployer pour l�exaltation du lecteur la magnificence des choses comme celle de l�effort humain.</p><p>Il ne le fera pas sans quelque redon-dance. Ses tics de style et de ton, dans cette rh�torique grandiose, ne sont plus rachet�s au m�me point qu�ils le furent jadis par la spontan�it� du combat intime et de la d�couverte. Verhaeren n�avait, d�ailleurs, jamais �t� de ces artistes qui visent � faire de leur discours un diamant... Peut-�tre �tait-il trop imm�diatement vivant pour vouloir du po�me autre chose que l��panchement ou l�explosion d�un moment d�existence ? Cependant, une oeuvre qui contient comme la sienne un tr�sor de sensations, d��lans et de pens�es, et qui aboutit � l�accueil de � l��pre et terrible loi qui r�git l�univers �, peut offrir des passages � vide et des boursouflures : il y a en elle assez de juste vie pour qu�elle soit assur�e contre l�oubli.</p><p>R. V.</p><p>&amp; S. Zweig, Emilie Verhaeren (Leipzig, 1907 ; trad. fr. �mile Verhaeren, sa vie, son oeuvre, Mercure de France, 1910). / E. Est�ve, Un grand po�te de la vie moderne : �mile Verhaeren (Boivin, 1929). / A. Fontaine, Verhaeren et son oeuvre (Mercure de France, 1929). / C. Brutsch, Essai sur la po�sie de Verhaeren. La campagne.</p><p>Les villes. Le jardin (Heitz et Cie, Strasbourg, 1930). / J. M. Culot, Bibliographie de �mile Verhaeren (Palais des Acad�mies, Bruxelles, 1954). / L. Christophe, �mile Verhaeren (�d.</p><p>universitaires, 1955).</p><p>v�risme musical</p><p>Esth�tique musicale qui, dans le th��tre lyrique de la fin du XIXe s., accorde la pr�dominance aux sujets r�alistes et � des �l�ments de style violents et colo-</p><p>r�s, au d�triment m�me du bel canto, pour atteindre � une v�rit� dramatique plus intense.</p><p>En d�pit de son origine litt�raire, le v�risme musical est n�, en Italie, du d�sir de r�action contre l�esprit wagn�-</p><p>rien et de l��volution des conditions de vie attirant au th��tre un public de plus en plus �tendu, sinon plus �clair�, qui pouvait voir d�un mauvais oeil l�importance croissante accord�e au commentaire symphonique au d�triment du chant.</p><p>Comme Giovanni Verga* l�avait</p><p>tent� dans ses Nouvelles paysannes (1883) et dans Cavalleria rusticana (1884), les compositeurs se sont</p><p>alors donn� pour objectif d��voquer les drames de la vie courante. Plus de sujets historiques ou l�gendaires, mais des � tranches de vie � dans lesquelles les personnages, chevaliers sans couronne et sans armures, ont des passions aussi ardentes que celles des � grands �. La musique y est mise au service de la violence dramatique sans qu�aucune pr�occupation de style nuance le retour du bel canto, qu�elle se propose non plus comme un divertissement de prince, mais comme un moyen d�atteindre des auditeurs plus ou moins insensibles aux transpositions de l�art.</p><p>Le triomphe de la Cavalleria rus-</p><p>ticana (1890) de Pietro Mascagni</p><p>(1863-1945) consacra d�embl�e cette esth�tique, qui pouvait, dans une certaine mesure, se r�clamer de Carmen et de La Traviata, et ouvrit les portes au Paillasse (1892) de Ruggero Leon-cavallo (1858-1919), exemple de jeu tragique italien et qui fait du v�risme le sujet m�me du drame.</p><p>Apr�s La Wally (1892) d�Alfredo</p><p>Catalani (1854-1893) et Mala vita (1892) d�Umberto Giordano (1867-1948), qui tentaient, la m�me ann�e, un compromis entre le romantisme</p><p>de Verdi* et les formules nouvelles, Manon Lescaut (1893) de Puccini*</p><p>d�signait cependant une tendance � exploiter l��motion plus que la violence et r�v�lait l�artiste de classe, dont la Boh�me (1896), Tosca (1900) et Madame Butterfly (1904) allaient faire le</p><p>plus grand musicien dramatique de sa g�n�ration. Encore faut-il remarquer que Puccini, parti du l�gendaire Villi (1884) pour aboutir � la l�gendaire Turandot (1926), s�est born� � traverser le v�risme en le chargeant, instinctivement, de tout le wagn�risme possible (notamment dans Tosca) et que, tr�s souvent, dans ses op�ras, la fantaisie, l�esprit et le sens du pittoresque (servis par une grande richesse harmonique et une brillante orchestration) rach�tent certaines effusions m�lodiques un peu trop capiteuses. � partir de La Fan-ciulla del West (1910), son �criture vocale �voluera, du reste, vers le par-lando et r�servera de moins en moins d�importance aux manifestations militantes du bel canto.</p><p>Le v�risme n�a pas surv�cu � la</p><p>Premi�re Guerre mondiale, et les</p><p>op�ras de U. Giordano (Andr� Ch�-</p><p>nier, 1896 ; Fedora, 1898), de Francesco Cilea (1866-1950) [l�Arl�sienne, 1897 ; Advienne Lecouvreur, 1902], et de Ricardo Zandonai (1883-1944)</p><p>[Conchita, 1911 ; Rom�o et Juliette, 1922], ont �t� rarement appr�ci�s en dehors de leur pays d�origine. Seul un Gian Carlo Menotti (n� en 1911), v�riste attard� int�gr� � l��cole am�ricaine et dont The Medium (1946), The Telephone (1947) et The Consul (1950) connaissent une audience mondiale, a pu retrouver, au milieu du XXe s., certains principes des successeurs de Verdi et leur conf�rer une valeur universelle d�expression.</p><p>A. G.</p><p>Verlaine (Paul)</p><p>Po�te fran�ais (Metz 1844 - Paris 1896).</p><p>La vie</p><p>�tre complexe et d�routant, habit� par un �tonnant g�nie, Verlaine a subi son destin plus qu�il n�a dirig� sa vie. Celle-ci est jalonn�e par des �v�nements, souvent ext�rieurs, d�terminants.</p><p>Paul-Marie Verlaine naquit � Metz le 30 mars 1844, son p�re, capitaine-adjudant major au 2e r�giment du g�nie, �tant alors en garnison dans cette ville.</p><p>Sa famille paternelle �tait originaire</p><p>du Luxembourg belge ; sa m�re, �lisa Deh�e (1809-1886), �tait n�e � Fampoux, pr�s d�Arras. Apr�s des s�jours � Montpellier, � S�te et � N�mes, les Verlaine revinrent � Metz au d�but de 1849. En 1851, le capitaine Verlaine downloadModeText.vue.download 259 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11470</p><p>d�missionna, et les Verlaine vinrent habiter aux Batignolles. Paul, d�abord �l�ve dans un petit externat, est ensuite interne � l�institution Landry, dont les �l�ves suivent les cours du lyc�e Bonaparte (actuel lyc�e Condorcet). Il est re�u au baccalaur�at en 1862. Tr�s t�t, il prend l�habitude de boire. En 1864, il travaille quelques mois � la compagnie d�assurances � l�Aigle et le Soleil r�unis �, puis est nomm� exp�ditionnaire dans les bureaux de la Ville de Paris. � l�H�tel de Ville, il aura pour coll�gues L�on Valade (1841-1884) et Albert M�rat (1840-1909). Ses fonctions peu absorbantes lui permettent de fr�quenter les caf�s litt�raires. L�ann�e suivante, il commence � collaborer au Hanneton, puis � l�Art. Son p�re meurt le 30 d�cembre 1865.</p><p>Des d�buts litt�raires au mariage (1866-1870)</p><p>En 1866 paraissait chez Alphonse</p><p>Lemerre le Parnasse contemporain.</p><p>Paul Verlaine y collabore (la livraison dat�e du 28 avril donne sept po�mes de lui). Le 17 novembre annonce est faite de la publication des Po�mes saturniens chez Lemerre : sa cousine �lisa Moncomble, qui a fourni l�argent n�cessaire � l�impression du volume, meurt le 16 f�vrier 1887 � L�cluse. En octobre de la m�me ann�e, le musicien Charles de Sivry, son futur beau-fr�re, pr�sente Verlaine aux Maut� de Fleurville.</p><p>En 1868, Verlaine para�t aux soir�es chez Nina de Villard. Il rencontre l� les fr�res Gros, L. Dierx, F. Copp�e, A. France, A. Villiers de L�Isle-Adam, X. de Ricard, L. Valade, C. de Sivry.</p><p>Au mois d�ao�t, � Bruxelles, il va rendre visite � Victor Hugo ; celui-ci r�cite au jeune po�te, �bloui, des vers</p><p>des Po�mes saturniens. En 1869, Verlaine projette une pi�ce, Veaucochard et fils Ier, en collaboration avec Lucien Viotti, un ancien camarade de coll�ge pour qui il �prouve une amiti� passionn�e (Viotti sera tu� pendant le si�ge de Paris, le 29 novembre 1870). Un peu plus tard, il travaille � un drame populaire, les Forgerons, en collaboration avec Edmond Lepelletier. Il adresse � Mathilde Maut� de Fleurville (1853-1914) certains des po�mes de la Bonne Chanson durant l��t� de 1869.</p><p>Du mariage au drame de</p><p>Bruxelles (1870-1873)</p><p>Le mariage, plusieurs fois retard�, sera c�l�br� le 11 ao�t 1870. Verlaine est affect�, sur sa demande, au 160e bataillon de marche de la garde nationale.</p><p>Il recommence � boire et se met � bru-taliser Mathilde.</p><p>En mars 1871, il adh�re � la Com-</p><p>mune et est charg� de la censure des journaux. Quand les Versaillais entrent dans Paris, il se conduit peu glorieusement. De juin � ao�t, il se r�fugie � Fampoux, puis � L�cluse, revient � Paris. Mais, par peur de la d�lation des voisins, il loge chez ses beaux-parents.</p><p>C�est l� que, le 10 septembre, arrive Rimbaud*. Le 30 octobre na�t le petit Georges, fils de Paul et de Mathilde.</p><p>Le 13 janvier 1872, Verlaine se livre � des brutalit�s sur sa femme et son fils, puis se r�fugie chez sa m�re. Il s�installe rue Campagne-Premi�re avec Rimbaud � celui-ci regagne Charle-ville le 15 mars, puis revient � Paris le 18 mai. Durant cette p�riode, aux F�tes de la Patience de Rimbaud font �cho les Ariettes oubli�es de Verlaine.</p><p>En juillet, apr�s une tentative avort�e, Rimbaud et Verlaine quittent Paris pour la Belgique, o� ils vagabondent.</p><p>Le 21 juillet, Mathilde, accompagn�e de sa m�re, part pour Bruxelles avec l�espoir de reconqu�rir son mari. Verlaine prend le train pour Paris avec sa femme et sa belle-m�re, mais les quitte brusquement � la gare fronti�re de Qui�vrain. Rimbaud et Verlaine restent en Belgique jusqu�au 7 septembre, date � laquelle ils s�embarquent � Ostende pour Douvres. Ils passeront un tri-mestre � Londres, au 34-35 Howland</p><p>Street.</p><p>� la fin de novembre, Rimbaud</p><p>quitte Londres. Verlaine tombe malade et fait venir aupr�s de lui sa m�re qui rappelle Rimbaud et lui fournit l�argent n�cessaire au voyage. Verlaine et Rimbaud font de longues promenades aux environs de Londres. Apr�s un court s�jour en Belgique et le retour � Londres, les querelles entre eux se multiplient. Manquant d�argent, ils doivent donner des le�ons de fran�ais.</p><p>Au d�but de juillet 1873, Verlaine, exc�d�, s�embarque malgr� les efforts de Rimbaud pour le retenir. En mer, il �crit � Rimbaud une lettre dans laquelle il menace de se suicider. Arriv� � Bruxelles, il t�l�graphie � sa femme de venir le rejoindre ; en m�me temps, il annonce � sa m�re son intention de se tuer si Mathilde n�ob�it pas. Le 5 juillet, Mme Verlaine accourt � Bruxelles.</p><p>Rappel� par d�p�che, Rimbaud arrive � Bruxelles le 8 ; il loge chez Verlaine.</p><p>Le 10 juillet, ivre, affol� par l�id�e que Rimbaud veut partir, Verlaine, en pr�-</p><p>sence de sa m�re, tire deux coups de pistolet, dont l�un blesse Rimbaud au poignet. Le soir de ce jour, comme lui et sa m�re accompagnent Rimbaud � la gare, il a un geste mena�ant. Rimbaud se r�fugie aupr�s d�un agent, et Verlaine est �crou�. Le 11 juillet, il est transf�r� � la prison des Petits-Carmes, o� il y �crira en trois mois au moins dix-neuf po�mes, dont Crimen amoris et certaines des plus belles pi�ces de Sagesse.</p><p>Bien que Rimbaud, le 19 juillet, soit revenu sur ses premi�res d�clarations et ait renonc� � toute action judiciaire, Verlaine reste en prison. Il sera, le 8 ao�t, condamn� au maximum de la peine, soit deux ans de prison. L�arr�t �tant confirm� en appel le 27 ao�t, il est alors transf�r� � la prison cellulaire de Mons.</p><p>Du � ch�teau � de Mons � la</p><p>mort de la m�re (1873-1886)...</p><p>En prison, Verlaine trie du caf�. Il lit, �tudie l�anglais et l�espagnol. Par l�interm�diaire de sa m�re, il correspond avec Lepelletier, qui s�occupe de l�impression des Romances sans paroles. Ce qu�on appelle impropre-</p><p>ment la � conversion � de Verlaine, son retour � la foi, semble avoir �t� le fruit d�une pieuse conspiration familiale. Elle est h�t�e par la notification qui est faite au prisonnier, au d�but du mois de mai 1874, du jugement du tribunal de la Seine, en date du 24 avril, qui prononce la s�paration de corps entre Mathilde et le po�te, et donne � la jeune femme la garde du petit Georges.</p><p>Le Cat�chisme de pers�v�rance de</p><p>Mgr Gaume, pr�t� par l�aum�nier, joue un r�le d�terminant, et, le 8 septembre, Verlaine envoie � Lepelletier la suite des sonnets J�sus m�a dit... Le 16 janvier 1875, il sort de prison et est expuls� de Belgique. Sa m�re le conduit � Fampoux, chez les Deh�e. Il rejoint Rimbaud, alors � Stuttgart ; sa tentative pour � convertir � son ami se termine par une bagarre sur les bords du Neckar. Le 20 mars, il arrive � Londres.</p><p>Aux premiers jours d�avril, il est � Stickney, pr�s de Boston, dans le Lin-colnshire ; il y enseignera le fran�ais et le dessin � la grammar school, que dirige W. Andrews. Au cours d�un</p><p>s�jour � Londres, il rencontre Germain Nouveau (qui avait v�cu avec Rimbaud dans la capitale anglaise l�ann�e pr�-</p><p>c�dente). Il passe les vacances chez sa m�re, � Arras. De retour � Stickney, il refuse � Rimbaud les subsides que celui-ci lui demandait.</p><p>En 1876, il cherche � s�installer � Boston et � y vivre de le�ons particuli�res. Il se rend peut-�tre ensuite � Londres ; il passe l��t� chez sa m�re, � Arras.</p><p>De septembre 1876 � septembre</p><p>1877, il enseignera au coll�ge Saint-Aloysius, � Bournemouth, o� il aura de graves probl�mes de discipline.</p><p>� partir d�octobre, il est professeur � l�institution Notre-Dame, � Rethel, o� il enseigne le fran�ais, l�anglais et l�histoire, � raison de trente heures de cours par semaine ; l�, il se prend d�une amiti� passionn�e pour son</p><p>�l�ve Lucien L�tinois (1860-1883). Il reprend l�habitude d�aller au caf�, et le principal devra ne lui donner de cours que le matin... En 1878, Verlaine visite l�Exposition universelle. Il correspond avec Charles de Sivry au sujet de leur projet commun d�op�rette, la Tentation</p><p>de saint Antoine. En octobre se situe peut-�tre la derni�re rencontre de Verlaine et de Rimbaud : celui-ci est alors � Roche, � moins de vingt kilom�tres de Rethel.</p><p>Verlaine quitte Rethel, o� on lui a fait comprendre que ses cours ne pouvaient �tre continu�s. Ernest Delahaye s�entremet vainement pour amener une r�conciliation du po�te avec les Maut�.</p><p>� la fin d�ao�t, Verlaine arrive en Angleterre avec L�tinois. Il installe ce dernier dans son ancien poste de Stickney. Lui-m�me se rend � Lymington, petit port en face de l��le de Wight, o� il enseigne le fran�ais � la Solent collegiale school. � No�l, il s�journe � Londres avec Lucien L�tinois. Au d�but de 1880, il ram�ne L�tinois � son village natal de Coulommes et ach�te pour lui, au nom de L�tinois p�re, une ferme � Juniville.</p><p>� l�automne, Verlaine est surveillant g�n�ral dans un coll�ge de Reims, ville o�, durant un an, L�tinois fait son service militaire comme artilleur.</p><p>Au d�but de d�cembre, Sagesse</p><p>(dat� de 1881) para�t � compte d�auteur � la Soci�t� g�n�rale de librairie catholique.</p><p>L�ann�e 1882 commence par la li-</p><p>quidation de la ferme de Juniville ; les L�tinois se r�fugient en Belgique.</p><p>Verlaine collabore � Lut�ce, � Paris moderne (fond�e par L�on Vanier).</p><p>En septembre, il vient loger � Boulogne-sur-Seine, o� travaille un temps Lucien L�tinois (les parents de celui-ci habitant Ivry). Le 7 avril 1883, Lucien meurt � l�h�pital de la Piti�, d�une fi�vre typho�de. Le 30 juillet, Mme Verlaine ach�te aux L�tinois leur petite propri�t� inhabit�e de Malval, � Coulommes. En septembre, Verlaine s�y installe avec sa m�re et y m�ne downloadModeText.vue.download 260 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11471</p><p>une existence scandaleuse, souvent vagabonde.</p><p>Au d�but de 1885 intervient le jugement en divorce. Pour avoir tent�, le 11 f�vrier, d��trangler sa m�re, Verlaine passe un mois en prison. En mars, Malval est revendu � perte.</p><p>Revenu � Paris, Verlaine s�installe dans un h�tel malfam�, l�h�tel du Midi, 6, cour Saint-Fran�ois, 5, rue Moreau, sous le chemin de fer de Vincennes.</p><p>D�un avoir primitif de 400 000 francs-or, il reste aux Verlaine un paquet de titres de 20 000 francs.</p><p>La m�re du po�te meurt le 21 janvier 1886 : Verlaine, clou� au lit par son hydarthrose, ne peut se lever. On doit descendre le cercueil par la fen�tre, et c�est Mathilde qui conduit le deuil...</p><p>Louis Le Cardonnel veille la morte et repr�sente le po�te au cimeti�re.</p><p>Le � r�deur vann� � (1886-1896)</p><p>Durant les dix derni�res ann�es de son existence, Verlaine va du garni � l�h�pital et de l�h�tel au caf�. Par une curieuse compensation du destin, c�est au moment o� il est sans ressources, alors que l�essentiel de son oeuvre est fait et que sa veine proprement po�-</p><p>tique est tarie, que la gloire vient. Il subsistera en lui assez d�astuce paysanne pour la g�rer.</p><p>En 1886, il a une liaison avec une prostitu�e, Marie Gambier (la � Princesse Roukhine �), puis il se prend d�une vive amiti� pour le jeune dessinateur F.-A. Cazals (1865-1941). En septembre 1887, il est sur le point de mourir de faim et n�est sauv� que par les secours de quelques amis, dont F. Copp�e.</p><p>En 1888, un article de Jules Lemaitre consacre sa gloire. C�est alors que Verlaine joue au chef d��cole et organise les � mercredis � de la rue Royer-Col-lard, o� se c�toient ses admirateurs et amis : Villiers de L�Isle-Adam, Barr�s, Gabriel Vicaire, Mme Rachilde, Jean Mor�as, Cazals, Jules Tellier, etc. Du 21 ao�t au 14 septembre 1889, il fait une cure � Aix-les-Bains.</p><p>� partir surtout de 1890, il sera la proie d�amours homosexuelles cra-puleuses ou/et des � ch�res amies �</p><p>Philom�ne Boudin et Eug�nie Krantz.</p><p>Ses amis organisent des tourn�es de conf�rences (au cours desquelles il est bon de surveiller ses pas). Du 2 au 14 novembre 1892, il est en Hollande (La Haye, Leyde, Amsterdam) ; l�an-n�e suivante, du 25 f�vrier au 27 mars, il est en Belgique (Charleroi, Li�ge, Bruxelles, Anvers, Li�ge, Gand).</p><p>En 1893, il fait acte de candidature � l�Acad�mie fran�aise et se fait photographier coiff� d�un haut-de-forme.</p><p>En octobre, au cours d�un s�jour � l�h�pital Broussais, il fr�le de pr�s la mort. Il fait des conf�rences � Nancy et � Lun�ville, les 8 et 9 novembre, puis en Angleterre, � Londres, � Oxford et � Manchester, du 21 novembre au 5 d�cembre.</p><p>Dans les derniers mois de son existence, le minist�re de l�Instruction publique lui accorde des secours ; des amis, en particulier Robert de Montesquiou-Fezensac et Maurice Barr�s, lui envoient ou s�efforcent de r�unir des subsides. En ao�t 1894, Verlaine est �lu prince des po�tes. Il meurt � Paris, 39, rue Descartes, le 8 janvier 1896.</p><p>L�oeuvre</p><p>Verlaine affirmait avoir �crit d�s le coll�ge une partie des Po�mes saturniens (1866), recueil composite qu�il caract�risera parfaitement en 1890 en pr�fa�ant une r�impression du volume, soulignant alors � l�un peu d�j� libre versification... En m�me temps, la pens�e triste et voulue telle ou crue voulue telle �. Il y apparaissait comme un �minent repr�sentant de l�� �cole Baudelaire �.</p><p>Les F�tes galantes parurent en</p><p>1869. Verlaine y mariait la tradition de libertinage du XVIIIe s. (connue � travers les Concourt) � la po�sie et aux gr�ces de Watteau et de Lancret, qui avaient inspir� d�j� Gautier et le Hugo de la F�te chez Th�r�se. Il suivait donc une tradition plus litt�raire que picturale. Il baigne les personnages de la com�die italienne et les belles �couteuses dans cette clart� lunaire qui est l�atmosph�re propre de sa po�sie. Un pessimisme latent �crase et domine le r�ve, ext�-</p><p>riorisant une inqui�tude profonde. Le recueil se termine par la confrontation d�sol�e des deux fant�mes de Colloque</p><p>sentimental :</p><p>Tels ils marchaient dans les avoines folles</p><p>Et la nuit seule entendit leurs paroles.</p><p>On est souvent injuste pour la Bonne Chanson (1870), recueil qui, dans son principe, fut form� d�un choix des po�mes adress�s par Verlaine � sa fianc�e Mathilde Maut�. Pour qui conna�t la suite de ces existences, s�y inscrit l�annonce d�un �chec path�tique et in�-</p><p>vitable. Le livre est sauv� par quelques pures chansons a�riennes que Hugo n�aurait pas d�savou�es :</p><p>Avant que tu ne t�en ailles,</p><p>P�le �toile du matin,</p><p>� Milles cailles</p><p>Chantent, chantent dans le thym �</p><p>Dans les Romances sans paroles</p><p>(1874), en partie �crites sous l�influence de Rimbaud, les � Ariettes oubli�es � repr�sentent l�extr�me tentative de Verlaine pour parvenir � une</p><p>� po�sie objective �, cousine au moins de celle � laquelle visait son ami. Dans la suite (� Paysages belges �, � Birds in the Night �, � Aquarelles �), paroles et descriptions reparaissent, et Verlaine, dans une veine voisine de celle des peintres impressionnistes, donne la formule d�un art o�, comme le dira l�Art po�tique (1874, publi� en 1884),</p><p>� l�ind�cis au pr�cis se joint �. Mais c�est bien l�exp�rience v�cue des an-n�es 1871-1873 qui se refl�te dans ces po�mes.</p><p>Sagesse (1881) a longtemps �t�</p><p>consid�r� comme le chef-d�oeuvre de Verlaine, et une telle opinion reste soutenable (m�me si certains pr�f�rent Romances sans paroles). Le recueil est n�, pour une part, du d�membrement de Cellulairement, qui contenait les pi�ces compos�es � la prison des Petits-Carmes � Bruxelles et durant la d�tention � Mons. L�oeuvre fut poursuivie � Stickney, � Arras ; certaines pi�ces doivent m�me dater de Rethel et de Coulommes, donc d�une p�riode o� le po�te �tait retourn� � ses habitudes d�intemp�rance et de d�bauche. Il n�est</p><p>donc pas surprenant que le volume manque d�unit�. Les moins bonnes</p><p>parties du livre sont envahies par le didactisme et par la prose. Mais les po�mes de la suite J�sus m�a dit... (II, IV) comme la suite (III, II) : Du fond du grabat / As-tu vu l��toile..., qui se termine par � Est-ce vous, J�sus ? �, forment un admirable ensemble ; le po�te y vit intens�ment sa foi en un Dieu qui est aussi une personne.</p><p>Mallarm� ne s�y �tait pas tromp�, qui �crivait : � L�, en un instant principal, ayant �cho en tout Verlaine, le doigt a �t� mis sur la touche inou�e qui r�son-nera solitairement, s�culairement. �</p><p>La � rentr�e � litt�raire de Verlaine � la fin de 1884 fut marqu�e par Jadis et Nagu�re, paru chez Vanier. On y trouve des Vers jeunes, provenant du manuscrit des � Vaincus �, une com�-</p><p>die en vers, les Uns et les autres, prolongement dialogu� des F�tes galantes.</p><p>Les po�mes les plus frappants sont les contes diaboliques emprunt�s � Cellulairement, en particulier Crimen amoris, qui transpose en une somptueuse all�gorie orientale l�aventure avec Rimbaud :</p><p>Dans un palais, soie et or, dans</p><p>Ecbatane...</p><p>Des po�mes d�impressions ou d�aveux y figurent : � Kal�idoscope �, � Vers pour �tre calomni� �. D�autres in-downloadModeText.vue.download 261 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11472</p><p>diquent d�j� l�affaiblissement du sens critique.</p><p>Amour, paru en 1888, est �galement composite : il est fait de pi�ces provenant de Cellulairement, de d�dicaces avec le lamento de Lucien L�tinois inspir� � Verlaine tant par le souvenir des pi�ces � � Villequier � des Contemplations que par l�In memoriam de Tennyson.</p><p>Au mois d�ao�t 1887, Verlaine �crivait � Charles Morice : � Parall�lement</p><p>est le d�versoir, le � d�potoir � de tous les � mauvais � sentiments que je suis capable d�exprimer. � Cet inqui�tant programme ne fut que trop bien rempli.</p><p>Verlaine, visant � un succ�s de scandale, mettait la magie incantatoire au service des pires faiblesses de la chair.</p><p>Apr�s avoir plac� au d�but du recueil paru en 1889 les sonnets � baudelairiens � des Amies, il avouait sans fard sa pr�f�rence pour les amours homosexuelles. Mais c�est l� peut-�tre qu�il s�est racont� avec le plus de lucidit�.</p><p>Avec Femmes (1890) et Hombres</p><p>(1904), il a fait mieux ou pire. Pour D�dicaces (1890), momentan�ment</p><p>brouill� avec Vanier, il se fit son propre �diteur. Ce recueil est int�ressant par la vari�t� du ton ; par un �tonnant mim�-</p><p>tisme, Verlaine adapte chaque pi�ce au temp�rament du souscripteur. Les vers � la m�moire de Villiers de L�Isle-Adam ou de Rimbaud (dont on avait, � tort, annonc� la mort) sont parmi les plus beaux qui soient sortis de sa plume.</p><p>Durant les six ann�es qui lui restent � vivre et alors que, pour reprendre la vigoureuse expression de Tristan Corbi�re, il � parle sous lui �, Verlaine va publier une masse de vers �galant en quantit� son oeuvre ant�rieure. D�abord Bonheur, recueil auquel il travaillait depuis 1887, publi� en juin 1891 et qui, dans son esprit, devait, avec Sagesse et Amour, constituer une trilogie. Mais il est beaucoup plus faible que les deux autres volumes.</p><p>Liturgies intimes (1892) est un travail fait sur commande pour la revue le Saint-Graal. Il montre au moins que Verlaine �tait demeur� sensible aux somptuosit�s du culte catholique.</p><p>Jusqu�� la fin, Verlaine, vendant ses po�mes � Vanier un par un, demeura un habile artisan du vers. Mais l�atmosph�re de lourde sensualit�, de vulgarit�, de grossi�ret� m�me des derniers recueils (Chansons pour elle, 1891 ; Odes en son honneur, 1893 ; Dans les limbes, 1894 ; Chair, 1896) est souvent insupportable. De minces anecdotes, des pitreries de vieux clown obsc�ne dissimulent mal l�absence de pens�e.</p><p>Les injures posthumes collection-</p><p>n�es par Vanier, publi�es sous le titre Invectives (1896), n�ajoutent rien � sa gloire. Mais d�j�, au d�but des Liturgies intimes, Verlaine avait plac� un �tonnant contre-hommage � � Charles Baudelaire � qui �tait presque un reniement. Toute cette production est le reflet de l�univers d�impulsions �l�mentaires o� l�alcoolisme habituel avait plong� le po�te.</p><p>Verlaine est un m�diocre prosateur (sauf dans les Po�tes maudits [1884], o� il s�est astreint � quelque rigueur d�expression). Ses oeuvres en prose comprennent : le Voyage en France par un Fran�ais (vers 1880) ; Nos Ardennes (article du Courrier des Ardennes, 1882-83) ; les Po�tes maudits (1re s�rie, 1884 ; 2e s�rie, 1888), o� Verlaine s�est peint lui-m�me sous l�anagramme de � Pauvre L�lian � ; les Hommes d�aujourd�hui (1885-1893) ; Louise Leclercq, Pierre Duchatel et les M�moires d�un veuf (1886) ; Histoires comme �a (1888-1890) ; Gosses (1889-1891) ; Mes h�pitaux et Souvenirs (1891) ; Mes prisons et Quinze Jours en Hollande (1893).</p><p>Dans la plupart de ces pages, Verlaine se raconte inlassablement et ver-beusement ; elles offrent un int�r�t plus documentaire que litt�raire. Dans les M�moires d�un veuf, on le voit interroger ses r�ves. D�autres nous informent sur la vie litt�raire du temps. Il faut mettre � part les �tudes, notes, pr�faces concernant Rimbaud : � partir de 1886</p><p>(premi�re �dition d�Illuminations), Verlaine se fait l�artisan de la gloire de Rimbaud et l�exploite � son b�n�fice.</p><p>La correspondance, en raison d�un parti pris de vulgarisme et de gami-nerie, a, elle aussi, un int�r�t surtout documentaire. (Les lettres �crites de Londres � Lepelletier en 1872 forment exception.)</p><p>L�homme Verlaine a d�abord �t� la victime de sa m�re : il avait tous les caract�res de l�enfant g�t�, qu�il essaya toute sa vie de demeurer :</p><p>Je suis un berceau</p><p>Qu�une main balance</p><p>Au creux d�un caveau : Silence, silence !</p><p>downloadModeText.vue.download 262 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11473</p><p>La � f�e verte � pesa lourdement sur son destin puisque, � deux reprises (� l��gard de Rimbaud le 10 juillet 1874, de sa m�re le 11 f�vrier 1885), il se livra, en �tat d�ivresse, � des actes de violence qui le conduisirent en prison.</p><p>Et il a bien failli tuer Mathilde et le petit Georges en janvier 1872.</p><p>Longtemps soutenu par la pr�sence et l�aide mat�rielle de sa m�re, malgr� ses efforts pour reprendre en main sa vie, il n�y parviendra pas et, finalement, il optera pour l�Assistance publique, puisque, durant les dix derni�res an-n�es de sa vie, il n�a pas pass� moins de quarante-sept mois (presque quatre ans) dans les h�pitaux parisiens !</p><p>Plus encore que � Parall�lement �, sous-titre qu�on a propos� de donner � son oeuvre entier, celui-ci pourrait s�intituler � Dans les limbes �. En effet, dans l�univers mental de Verlaine voisinent curieusement ses fantasmes, ses r�ves, ses regrets, ses r�miniscences, ses d�sirs charnels et aussi ses aspirations vers le mieux, ses bonnes pens�es. Son paysage int�rieur est tout de brume, de brouillard et de r�ve ; c�est bien celui d�un moderne � bilio-m�-</p><p>lancolique �, po�te saturnien, disciple de Baudelaire et contemporain des peintres impressionnistes. Il a toujours donn� la pr�f�rence � l�automne et � l�hiver sur la saison ensoleill�e.</p><p>D�instinct, il est all� vers les pays de la brume et de la pluie, mieux en accord avec son univers int�rieur. La seule fois o� il se hasarde vers le sud, c�est sur l�ordre du docteur, pour prendre les eaux � Aix-les-Bains.</p><p>Po�te chez qui pr�domine une sen-</p><p>sualit� � la fois imp�rieuse et diffuse, valorisant le froid, l�obscurit�, la pluie, la neige, po�te de la terre et de l�eau, Verlaine �tait un f�minin, il l�a dit lui-m�me. C�est pourquoi ses affinit�s</p><p>avec Desbordes-Valmore vont au-del� de la simple influence litt�raire.</p><p>Cette oeuvre, qui frappe par l�absence ou la pauvret� des pr�occupations intellectuelles, est une des plus m�lodieuses de la litt�rature fran�aise.</p><p>Un art tr�s souple rivalise avec la peinture, la sculpture, la musique, et, parfois, jaillit l�image imp�rissable, de valeur universelle, formul�e avec une absolue justesse de ton :</p><p>Je fais souvent ce r�ve �trange et p�n�trant...</p><p>(Mon r�ve familier.)</p><p>Votre �me est un paysage choisi...</p><p>(Clair de lune.)</p><p>Il pleure dans mon coeur</p><p>Comme il pleut sur la ville...</p><p>Par ailleurs, la place tenue par Verlaine dans l��volution du vers fran�ais est capitale ; il a contribu� � la lib�ration du vers en variant constamment les rythmes et les m�tres. Il a �crit des po�mes � rimes uniquement masculines ou f�minines, des po�mes sur deux rimes ou � rimes tripl�es. Il varie les coupes, joue sur les rimes int�rieures, les rimes �quivoques, les assonances, les vers sans rimes avec une oreille toujours tr�s s�re. Il sait faire passer des treize syllabes pour des alexandrins et des vers de sept ou neuf syllabes pour des octosyllabes. Il consid�rait, cependant, qu�il convenait de conserver la rime et qu�au-del� de treize syllabes le vers fran�ais se disloque.</p><p>Par la vari�t� m�me de ses tenta-</p><p>tives, il a puissamment agi sur tous les po�tes venus apr�s lui et il a �crit des dizaines de po�mes qui vivront aussi longtemps que notre langue.</p><p>J. R.</p><p>&amp; F. Ruchon, Verlaine, documents iconographiques (Cailler, Gen�ve, 1947). / A. Adam, Verlaine, l�homme et l�oeuvre (Hatier - Boivin, 1953 ; nouv. �d., 1963). / J. Richer, Paul Verlaine (Seghers, 1953 ; nouv. �d., 1962). / V. P. Underwood, Verlaine et l�Angleterre (Nizet, 1956).</p><p>/ G. Zayed, la Formation litt�raire de Verlaine (Droz, Gen�ve, 1962 ; 2e �d., Nizet, 1970). /</p><p>J. H. Bornecque, Verlaine (�d. du Seuil, coll.</p><p>� Microcosme �, 1967). / E. M. Zimmermann, Magies de Verlaine (Corti, 1967). / J. Vial, Verlaine et les siens (Nizet, 1975).</p><p>Vermeer</p><p>(Johannes)</p><p>dit VERMEER DE DELFT, peintre n�erlandais (Delft 1632 - id. 1675).</p><p>Les �l�ments biographiques sont</p><p>rares ; ils permettent tout au plus de le situer dans le contexte social de sa ville natale, Delft*, qu�il ne quittera pratiquement jamais. Son p�re exerce plusieurs m�tiers : tisserand d��toffes de soie, aubergiste sur la place du March� et, � partir de 1631, commer�ant en oeuvres d�art. Johannes (ou Jan) se marie en 1653 avec la fille d�une riche famille catholique de Gouda. Son p�re meurt en 1655 ; Johannes Vermeer et sa femme reprennent, semble-t-il, le cabaret et le n�goce d�art. Au cours des ann�es suivantes, le nom de Vermeer est mentionn� dans les archives � propos d�op�rations financi�res, emprunts d�argent, cautionnement. Vermeer</p><p>meurt � quarante-trois ans, laissant onze enfants, dont huit encore mineurs, et une veuve dans la g�ne.</p><p>� travers ces quelques jalons se</p><p>d�gage la biographie typique d�une famille de la bourgeoisie commer�ante de l��poque. Les activit�s artistiques de Vermeer ne sont pas mieux connues.</p><p>Aucune mention concernant sa for-</p><p>mation ; en 1653, Vermeer est admis comme peintre � la gilde de Saint-Luc, dont il sera � trois reprises, pour une ann�e, vice-doyen ou doyen. Il se rend � La Haye en 1672, avec le paysagiste Karel Dujardin (v. 1622-1678), pour une expertise de tableaux. Apr�s sa mort, sa veuve donne certaines peintures en gage en attendant de pouvoir s�acquitter de dettes importantes. En 1696, une vente aux ench�res, � Amsterdam, comprend vingt et une peintures de Vermeer, qui r�alisent de bons prix.</p><p>Oubli, confusions,</p><p>red�couverte</p><p>� cela se borne ce que l�on sait. Les mentions faites par les historiographes sont rares et laconiques. Au XVIIIe s.,</p><p>quelques artistes et connaisseurs (G�-</p><p>rard De Lairesse en 1707, Reynolds*</p><p>en 1781, Jean-Baptiste Pierre Lebrun en 1792) manifestent leur admiration devant telle ou telle toile ; mais la raret� et la dispersion des oeuvres, le peu de copies, l�absence de gravures de reproduction contemporaines comme de tout dessin ou esquisse</p><p>firent que l�oeuvre ne put �tre appr�-</p><p>ci�e � sa juste valeur. Chose plus grave, elle se volatilisa en partie : confusion avec les nombreux homonymes (les</p><p>paysagistes de Haarlem Jan Vermeer p�re [1628-1691] et fils [1656-1705], leur fils et fr�re le peintre de natures mortes Barent Vermeer [1659 - av.</p><p>1702], un Johann Van der Meer actif � Utrecht dans la seconde moiti� du XVIIe s.) ; attributions � d�autres mains dans les passages en vente publique (G�rard Terborch [1617-1681], Pieter de Hoogh*, Gabri�l Metsu [1629-1667], Frans Van Mieris [1635-1681], Samuel Van Hoogstraten [1627-1678], etc.) ; apposition de fausses signatures (P. de Hoogh et Nicolaes Maes</p><p>[1634-1693])...</p><p>Ce n�est qu�� partir de 1848 que</p><p>l�oeuvre reprend consistance gr�ce � Th�ophile Thor� (dit William B�rger), qui, en partant de la Vue de Delft (Mauritshuis, La Haye), regroupe d�une ma-ni�re trop g�n�reuse un ensemble de soixante-seize tableaux. Le catalogue devra �tre r�duit. En 1888, avec Henry Havard, il n�en restait que cinquante-six num�ros ; actuellement, le nombre des authentiques faisant la quasi-unanimit� de la critique oscille autour de trente-cinq. Il s�agit uniquement de peintures pour collectionneurs, de formats petits et moyens, refl�tant, comme plus tard celles de Chardin, le cadre et la vie domestique de la petite bourgeoisie. Font exception une peinture religieuse, le Christ chez Marthe et Marie (National Gallery, �dimbourg), une peinture mythologique, Diane et ses nymphes (Mauritshuis), toutes deux des d�buts de l�artiste, et une all�gorie, la Foi (Metropolitan Museum of Art, New York), l�une des derni�res oeuvres, sans doute une commande. La production a donc �t� tr�s lente : une � deux peintures par an, traitant de th�mes choisis librement par l�artiste en combinant les m�mes �l�ments,</p><p>d�cor, mobilier, personnages pris dans son entourage imm�diat. Parmi ces toiles, une vingtaine sont sign�es plus ou moins clairement, mais deux seulement portent une date (1656 : Chez l�entremetteuse, Gem�degalerie, Dresde ; 1668 : l�Astronome, collection priv�e, Paris). Les discussions sur la chronologie ont donc �t� nombreuses.</p><p>Vermeer et la peinture</p><p>de son temps</p><p>Vermeer est de ces artistes qui assimilent tr�s t�t et totalement les influences subies. Aussi les historiens d�art ont-ils pu trouver des rapprochements pr�cis, concernant la composition, les attitudes, les sujets trait�s, l��clairage, mais qui se sont r�v�l�s �pisodiques, car ne concernant qu�un ou deux tableaux, et peu explicatifs, car relevant de l�emprunt superficiel et non d�une affinit� profonde avec un autre cr�ateur. Ces recherches permettent, cependant, de situer dans le contexte de son �poque une oeuvre qui semble tant�t se confondre avec celle des autres peintres de genre*, si l�on ne s�attache qu�aux sujets trait�s, tant�t n�avoir pas de pr�c�dents, si l�on est sensible seulement aux qualit�s uniques de l�artiste et de son univers tr�s secret.</p><p>Divers jeux de coordonn�es ont �t� mis en oeuvre. D�abord les rapports avec les peintres italiens, �vidents surtout dans les oeuvres de jeunesse ; l�hypoth�se d�un voyage en Italie semble peu plausible, bien qu�il puisse �tre tentant de penser que Vermeer ait vu des Giovanni Bellini*, des Giorgione*, des Piero* della Francesca (Roberto Longhi fait de la Madone de Senigallia de ce dernier le pendant id�al de certaines figures de Vermeer).</p><p>En tout cas, Vermeer connaissait fort bien la peinture italienne (l�expertise de 1672 � La Haye le prouve), peut-</p><p>�tre par son commerce d�art et l�acc�s downloadModeText.vue.download 263 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11474</p><p>� certaines collections. Il est certain, par ailleurs, que des artistes hollandais, surtout de l��cole d�Utrecht*, lui ont</p><p>transmis des �chos du grand courant caravagesque. Le Christ chez Marthe et Marie est proche de Hendrik Terbrugghen (1588-1629), qui a trait� le m�me th�me ; une toile de Dirck Van Baburen (v. 1590-1624) est peinte au mur de deux des int�rieurs de Vermeer (elle �tait sa propri�t�) et des �l�ments de la palette de Vermeer se retrouvent chez les peintres d�Utrecht (les bleus, les jaunes vifs sont employ�s notamment par Terbrugghen), comme aussi les th�mes de musiciens.</p><p>Vermeer a �galement �t� influenc� par les tableaux de Jacob Van Loo (1614-1670), en particulier lorsqu�il peignait la Diane et ses nymphes.</p><p>Quant � son compatriote L�onard Bramer (1594-1674), qui fut t�moin de son mariage, il a �t� souvent signal� comme un ma�tre possible ; il transmettait, lui aussi, des influences caravagesques, mais � travers l�exemple de Rembrandt.</p><p>Rembrandt* et son entourage constituent un autre p�le d�attraction pour Vermeer. La possibilit� d�un contact direct, lors d�un voyage � Amsterdam, a �t� avanc�e : pure hypoth�se l� encore, dont on peut faire l��conomie, les rapprochements �tant plus convaincants avec Nicolaes Maes, Carel Fa-britius (1622-1654) et Samuel Van Hoogstraten � ce dernier utilisateur de chambres noires servant � r�soudre des probl�mes de perspective et dont on a souvent pens� que Vermeer avait pu se servir lui-m�me.</p><p>Les rapprochements les plus �vi-</p><p>dents, car portant sur les sujets trait�s, concernent les autres peintres de genre hollandais. Des analogies sont �videntes avec G�rard Terborch, Gabri�l Metsu, Frans Van Mieris et surtout Pieter de Hoogh, mais il est difficile de savoir dans quel sens s�exercent les influences : elles furent mutuelles, au moins dans le cas de Pieter de Hoogh.</p><p>Par contre, Vermeer devait exercer une influence certaine � bien que parfois confondue avec celle de Terborch et avec celle de Pieter de Hoogh � sur Jacob Ochtervelt (actif v. 1652 - � av.</p><p>1710), Cornelis Man (ou de Man)</p><p>[1621-1706] et Michiel Van Musscher (1645-1705).</p><p>Miracle et po�sie</p><p>Vermeer n�a donc rien d�un peintre provincial et autodidacte. Son oeuvre est plac�e � de nombreux carrefours de la cr�ation picturale de son �poque.</p><p>Et pourtant elle a fait de plus en plus figure de miracle isol� et fut l�objet d�une admiration passionn�e et �blouie de la part de nombreux artistes et �crivains, de Th�ophile Gautier � Renoir et � Van Gogh, des Concourt � Proust, � Claudel et � Malraux. Vermeer est l�un des peintres qui a pouss� le plus loin l�illusion figurative, mais sans se perdre dans la s�cheresse du d�tail minutieusement trait�, sans c�der d�autre part aux facilit�s de l�anecdote.</p><p>Sa ma�trise technique est �tonnante, mais ne se manifeste qu�avec discr�-</p><p>tion, pour mettre en �vidence la texture des objets et leur fa�on d�accrocher la lumi�re : perles ou tapis, �clat d�un vitrail ou �piderme terne d�une carte de g�ographie. Vermeer a �t� souvent �voqu� comme l�un des pr�curseurs de l�impressionnisme. Cet aspect de son oeuvre est le plus �vident dans la Vue de Delft, que Proust admirait tant : touche pointilliste, a-t-on pu dire, faite de � gouttes lumineuses � rendant les reflets, � l�oppos� des coups de brosse affirm�s d�un Frans Hals* ou d�un Rembrandt comme du faire porcelaine d�un G�rard Dou (1613-1675) ou d�un Frans Van Mieris.</p><p>Quant au refus de l�anecdote, non seulement il fait de Vermeer l�antith�se d�un Jan Steen (1626-1679), mais il a amen� les ex�g�tes modernes � des interpr�tations aussi surprenantes que divergentes. Les titres des tableaux sont multiples et incertains.</p><p>Qui sont les mod�les ? Les membres de la famille de l�artiste, comme le pense Malraux ? La Femme endormie (Metropolitan Museum of Art, New</p><p>York) est-elle une bourgeoise ou une servante ? R�ve-t-elle dans son sommeil ? Certaines sc�nes ne seraientelles pas la repr�sentation all�gorique d�un vice, d�une vertu, d�une science, la Foi (ibid.) et l�Atelier du peintre (Kunsthistorisches Museum, Vienne) n��tant que des exemples moins voil�s de cette pratique ? Il semble que la v�rit� soit plut�t du c�t� de Havard, qui pensait que Vermeer utilisait ses personnages pour leur volume, la tache color�e qu�ils constituent et non pour l�id�e qu�ils expriment. Car cette vie recueillie, silencieuse, ces personnages immobiles, fig�s moiti� dans la clart�, moiti� dans une p�nombre transparente, sont ins�parables d�un myst�re que ne peut entamer aucune sp�culation downloadModeText.vue.download 264 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11475</p><p>rationalisante. Ce myst�re se manifeste par le rendu cru de la lumi�re solaire, qui entre lat�ralement (le plus souvent par la gauche), qui �veille les symphonies de bleu, de blanc et de jaune, de bistre et de rouge, qui transfigure la pose des personnages et qui donne toute sa cr�dibilit� � la suggestion de l�espace. Le d�cor est constitu� le plus souvent par une salle dont le cadrage sugg�re un volume cubique. Des �l�-</p><p>ments de mobilier accrochent l�oeil au premier plan ; un jeu savant d�obliques (damier des carrelages, fuite des murs lat�raux, battant des fen�tres, dossier des chaises, plateau des tables) jalonne de diagonales le parcours vers le mur du fond, vu de face et sur lequel s�affirme au contraire la rigoureuse g�om�-</p><p>trie des verticales et des horizontales (tableaux, cartes).</p><p>Les personnages, comme perdus</p><p>dans leur int�riorit�, condensent le calme et le silence ambiants ; la lu-mi�re joue sur leurs v�tements, sur les perles, sur les pupilles et rend �vident le volume ovo�de des t�tes. Toutes les composantes du tableau jouent en compl�te harmonie, aucune ne d�trui-</p><p>sant � son profit l��quilibre de celui-ci.</p><p>Ainsi des sc�nes de la vie quotidienne peuvent-elles devenir les moyens de d�voilement d�un des univers les plus po�tiques de la peinture, o� l�immobilit� et la consistance des �tres et des choses sont r�v�l�es par la magie d�une lumi�re quasi immanente.</p><p>� Vermeer est un intimiste hollandais pour un sociologue, non pour un peintre [...] il ne conna�t d�atmosph�re que de po�sie �, a �crit A. Malraux.</p><p>M. E.</p><p>&amp; A. B. de Vries et R. Huyghe, Jan Vermeer de Delft suivi de Po�tique de Vermeer (Tisn�, 1948). / P. T. A. Swillens, Johannes Vermeer, Painter of Delft (Utrecht et New York, 1950). /</p><p>L. Gowing, Vermeer (Londres, 1952). / A. Malraux, Tout Vermeer en couleurs (Gallimard, 1952). / L. Goldscheider, J. Vermeer, the Paintings (Londres, 1958 ; 2e �d., 1967). / V. Bloch, Vermeer, suivi de � l��loge � de Thor�-B�rger (Quatre Chemins-Editart, 1966). / P. Descar-gues, Vermeer (Skira, Gen�ve, 1966). / E. G�nther Grimme, Vermeer (�d. du Ch�ne, 1975).</p><p>Verne (Jules)</p><p>Romancier fran�ais (Nantes 1828 -</p><p>Amiens 1905).</p><p>L��crivain le plus traduit</p><p>de toutes les litt�ratures</p><p>Ph�nom�ne unique dans les lettres fran�aises, et rare dans la litt�rature mondiale : Jules Verne est un �crivain international. Ses personnages sont aussi bien africains qu�am�ricains, hongrois que russes, anglais qu�allemands. Tous sont d�crits avec sympathie et compr�hension. Aussi Jules Verne est-il devenu prodigieusement populaire, et � l��tranger plus qu�en France. Le philosophe allemand Hermann Keyserling d�clarait en 1930 que Jules Verne �tait un des trois �crivains fran�ais ayant le plus influenc� la pens�e allemande. En Union sovi�tique, Jules Verne est un �crivain national.</p><p>Aux �tats-Unis, son oeuvre est abondamment r��dit�e, et nombre de films et d��missions de t�l�vision adaptent ses r�cits.</p><p>Cette oeuvre, qui se compose de</p><p>soixante-cinq romans et de dix-huit nouvelles, ne fut publi�e int�gralement qu�en 1971, et encore ce fut en Suisse et non pas en France : cette �dition comprend une �tude in�dite sur Edgar Poe*, une nouvelle, le Comte de Chan-teleine, devenue introuvable, et reprend, bien entendu, tous les sommets que sont Voyage au centre de la Terre (1864), De la Terre � la Lune (1865), Autour de la Lune (1870), Vingt Mille Lieues sous les mers (1870), le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873) ; l��le myst�rieuse (1874), Michel Stro-goff (1876), les Cinq Cents Millions de la b�gum (1879), Mathias Sandorf (1885), Robur le Conqu�rant (1886), l��le � h�lice (1895), Face au drapeau (1896), Ma�tre du monde (1904), la Chasse au m�t�ore (1908), le Secret de Wilhelm Storitz (1910), l��tonnante Aventure de la mission Barsac (1919).</p><p>On notera qu�une partie de cette</p><p>oeuvre aura �t� publi�e � titre posthume. Mais il n�y a cependant aucune raison de croire, comme certains l�ont laiss� entendre, qu�elle ait �t� am�lior�e ou �crite par d�autres.</p><p>Une oeuvre de</p><p>technique-fiction</p><p>L�oeuvre de Jules Verne m�le ce que nous appelons aujourd�hui la � science-fiction* � et le traditionnel roman historique et d�aventures. Contrairement � ce que l�on entend dire parfois, elle n�a �t�, dans sa partie visionnaire, ni rattrap�e ni d�pass�e par les progr�s de la science et de la technique. Nous n�avons toujours pas d�couvert l�ing�-</p><p>nieux syst�me d�invisibilit� d�crit dans le Secret de Wilhelm Storitz. Nous ne poss�dons pas les tubes de force gravitationnelle pouvant chercher des m�t�orites dans l�espace et les amener sur Terre comme dans la Chasse au m�t�ore. L�engin polyvalent du Ma�tre du monde, automobile-avion-sous-marin, le tout r�uni en une seule machine �lectrique, n�a toujours pas �t� r�alis�.</p><p>Le superexplosif chimique de Face au drapeau n�existe pas encore, bien que les compos�s du x�non, gaz rare, et de l�oxyg�ne en donnent une id�e approximative. On peut multiplier ces exemples. Ce qu�il faut surtout retenir, c�est qu�il s�agit chez Verne de</p><p>technique-fiction. Ni les travaux sur la quatri�me dimension, ni les possibilit�s d�une parapsychologie de l�esprit humain, ni m�me l��nergie atomique et l�utilisation des ondes �lectromagn�tiques n�apparaissent chez lui : son oeuvre est une oeuvre d�ing�nieur et non de savant ; une oeuvre qui a donn� leur inspiration � des inventeurs remarquables dans le monde entier, mais qui n�a pas, comme on le dit encore, cr�� la science-fiction � ce qui fut l�oeuvre de Wells*, qui en traita tous les th�mes essentiels entre 1895 et 1915.</p><p>Les th�mes</p><p>Les principaux th�mes de l�oeuvre de Jules Verne d�passent singuli�rement le simple propos qu�on lui assigne souvent : le divertissement de la jeunesse.</p><p>Au coeur des oeuvres de la p�riode optimiste, comme de celles de l��poque plus d�senchant�e de la fin de sa vie, g�t un irr�pressible besoin de libert� et de lib�ration : le plus bel exemple est Mathias Sandorf, �vocation d�une grande figure de patriote hongrois, mais aussi de d�fenseur des peuples opprim�s, � qui on peut �crire en mettant simplement sur l�enveloppe � Comte Mathias Sandorf � la Gr�ce de Dieu �.</p><p>Cet aspect r�volutionnaire subsistera chez Verne jusqu�� la fin, notamment dans son oeuvre la plus contestataire et la plus am�re, les Naufrag�s du Jonathan, publi�e en 1909. C�est � lui qu�est profond�ment li� le th�me du monde souterrain qui appara�t, d�s le d�but de l�oeuvre, dans Voyage au centre de la Terre ; il est admirablement d�velopp� dans les Indes noires (1877), avec cette mine anglaise hant�e o� se produisent des �v�nements apparemment inexplicables, provoqu�s par un mineur pouss� au d�sespoir. On peut y voir une image du prol�tariat �cras�, oblig� de se r�fugier dans les profondeurs de la plan�te, comme les Morlocks de Wells.</p><p>Mais, s�il y a symbole, c�est surtout celui de l�inconnu et de l�inaccessible.</p><p>L�int�rieur de la Terre est infiniment plus difficile � atteindre que l�espace.</p><p>Il figure tout ce que l�homme, dans la nature ou dans son univers int�rieur, ne peut saisir qu�� travers des signes non imm�diatement compr�hensibles.</p><p>Comme les alchimistes, Jules Verne est d�ailleurs fascin� par la cryptogra-</p><p>phie ; il revient constamment sur le th�me du message soit volontairement chiffr�, soit d�form� par sa transmission ; les Enfants du capitaine Grant (1868) pourraient �tre utilis�s comme un exemple frappant de la th�orie de l�information. Le cryptogramme est sans cesse pr�sent chez Verne, le plus bel exemple �tant offert par la Jangada (1881).</p><p>La plus grande partie de l�oeuvre de Verne est consacr�e � l�exploration : exploration � pied, � cheval, en ballon et m�me dans un obus interplan�taire qui fait le tour de la Lune, dont la trajectoire est corrig�e par des fus�es, ce qui, � l��poque, n�est d�j� plus une id�e nouvelle : Cyrano de Bergerac avait d�crit les fus�es � �tages. Mais ce d�sir d��tendre le champ d�action de l�homme s�accompagne d�une</p><p>conscience aigu� des dangers que</p><p>rec�lent les d�couvertes scientifiques ainsi que d�une angoisse secr�te devant la soudainet� et l�ampleur des catastrophes naturelles. Cet envers de la science, qui appara�t pour la premi�re fois, sur le mode comique dans le Docteur Ox (1874) � le docteur Ox se borne � augmenter la proportion d�oxyg�ne dans l�atmosph�re d�un</p><p>petit village �, est repris, dans le registre dramatique, avec les Cinq Cents Millions de la b�gum : villes concentrationnaires, canons g�ants, obus charg�s de gaz asphyxiants. Le th�me se retrouve ensuite dans Face au drapeau avec les fus�es charg�es d�un effroyable explosif et lanc�es � partir d�un sous-marin : l�histoire n��tait pas alors vraisemblable, mais un chimiste, appel� Eug�ne Turpin, se reconnut dans l�inventeur ; il y eut proc�s : l�avocat de Jules Verne, qui n��tait autre que Raymond Poincar�, le lui fit gagner.</p><p>Et l�id�e progresse avec l��tonnante Aventure de la mission Barsac, o� une soci�t� d�voy�e et concentrationnaire, arm�e de la technique la plus moderne, manque de conqu�rir le monde. Une nouvelle, l��ternel Adam (1910), est encore plus pessimiste : un glissement de continent d�truit la civilisation moderne, et c�est avec beaucoup de difficult�s que les savants d�une civilisation future arrivent � l�hypoth�se qu�une civilisation avanc�e les a pr�c�d�s.</p><p>Il est, tout compte fait, surprenant</p><p>qu�il se trouve encore des critiques pour consid�rer Jules Verne comme un �crivain optimiste pour enfants. Il est probable qu�ils ne l�ont pas lu, sinon ils auraient trouv� dans son tout premier livre, Cinq Semaines en ballon (1863), downloadModeText.vue.download 265 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11476</p><p>la remarque suivante : � Cela sera peut-�tre une fort ennuyeuse �poque que celle o� l�industrie absorbera tout � son profit ! � force d�inventer des machines, les hommes se feront d�vorer par elles ! Je me suis toujours figur� que le dernier jour du monde sera celui o� quelque immense chaudi�re, chauff�e � trois milliards d�atmosph�res, fera sauter notre plan�te ! � Folie et d�sespoir : ce sont, l� des th�mes qui reviennent constamment. L��nergie implacable des personnages de Jules Verne tourne � la d�raison. Le capitaine Hatteras fonctionne comme une esp�ce de boussole vivante et, m�me enferm� dans un asile, s�obstine � marcher vers le nord.</p><p>Le � Ma�tre du monde �, Wilhelm Storitz sont fous sans �quivoque, comme le mineur maudit des Indes noires.</p><p>Folie, d�sespoir, vengeance, cruaut� aussi, toutes ces passions nourrissent l�oeuvre de Verne. Ceux de ses personnages qui ne sont pas fous sont pour le moins t�tus, comme Phileas Fogg, obstin� � faire � le tour du monde en quatre-vingts jours �. Il serait difficile de trouver dans Jules Verne un personnage � normal � ; il est vrai que la normalit� est relative. Le Chancellor (1875) d�crit des sc�nes de canniba-lisme chez des naufrag�s. Pr�s d�un si�cle plus tard, des naufrag�s d�un avion uruguayen, dans les Andes, man-geront les cadavres de leurs camarades morts : c�est l� du � bon � Jules Verne, mais il est difficile d�y voir un exemple pour la jeunesse.</p><p>Un talent de conteur</p><p>Quelles sont donc les raisons de la popularit� d�une oeuvre, en somme, plut�t sinistre ?</p><p>Il y en a une principale : c�est que Jules Verne est avant tout un conteur.</p><p>Il sait merveilleusement raconter une histoire, la construire, m�nager les coups de th��tre. On peut le comparer en ce sens � Alexandre Dumas*</p><p>p�re. Cette fa�on de conter produit une curieuse fascination m�me chez le lecteur le plus moderne (Gagarine avouait � l�auteur de ces lignes qu�il prenait autant de plaisir � lire Jules Verne apr�s son vol dans l�espace qu�avant).</p><p>Ce talent de rendre pr�sents les �tres et les choses donne une vie particuli�re aux paysages inconnus : les coins non explor�s de la Terre, l�espace interplan�taire, la haute atmosph�re aussi, conquise dans Jules Verne d�abord en ballon, ensuite en h�licopt�re, enfin en avion (dans la r�alit�, l�ordre a �t� un peu invers�, l�h�licopt�re ayant suivi l�avion au lieu de le pr�c�der). Dans ces paysages de r�ve �voluent des �tres extraordinaires ; dessin�s avec couleurs et humour, ils sont d�admirables incarnations romantiques, m�prisant les hommes ordinaires, d�tach�s de tous liens avec la soci�t� : le capitaine Nemo ou Robur le Conqu�rant en</p><p>sont les meilleurs exemples, qui soutiennent la comparaison avec le Satan de Milton :</p><p>Ici du moins je r�gnerai en paix</p><p>Loin du tout-puissant que je hais L�enfer m�est moins rude</p><p>Que le ciel et la servitude.</p><p>Une vie simple</p><p>et myst�rieuse</p><p>On pourrait s�attendre � ce que la vie de Jules Verne annon��t, ne serait-ce que par quelques indices, la gen�se de ces personnages extraordinaires, plus extraordinaires que les voyages eux-m�mes. Or, il n�en est rien. La vie de Jules Verne est extr�mement simple, tellement simple qu�elle en devient myst�rieuse. Une fugue � onze ans certes, au milieu d�une enfance s�v�re, mais de banales �tudes de droit et la boh�me d�sargent�e d�un fils de famille qui renonce � la carri�re d�agent de change ; de vagues essais litt�-</p><p>raires ; des d�buts dans le th��tre lyrique (comme auteur de livrets d�op�-</p><p>rette et secr�taire du Th��tre lyrique) ;</p><p>un mariage en 1856 avec une jeune veuve. C�est en 1862 qu�il signe, avec l��diteur Jules Hetzel (1814-1886), un contrat, qu�il tiendra jusqu�� sa mort (et au-del�), pour deux livres par an.</p><p>Sa r�ussite est telle et sa puissance de travail tellement fantastique qu�on l�accusera d�employer des n�gres ; accusation injuste qui le poursuivra jusqu�� sa mort. En 1903, il �crit :</p><p>� J�ai �galement perdu une oreille. Je ne risque donc plus d�entendre que la moiti� des sottises et des m�chancet�s qui courent de par le monde. C�est une grande consolation. � On lui attribue toutefois une crainte maladive des fous. Pr�monition ? En 1886, un de ses neveux tire sur lui, � bout portant, deux coups de revolver. Jules Verne en restera boiteux, cessera tout voyage, lui qui sillonnait les mers sur ses yachts toujours plus magnifiques, mais sous l�unique invocation de � Saint-Michel �. C�est, selon l�expression de Pierre Lou�s, un � r�volutionnaire souterrain � et neurasth�nique qui meurt le 24 mars 1905.</p><p>Les interpr�tations</p><p>Cette vie, au vrai, ne r�v�le rien.</p><p>Aucune �tude ult�rieure n�a lev� le masque, si tant est qu�il y ait eu un masque. Tout le monde cherche � annexer Jules Verne. Un certain nombre de psychanalystes amateurs ont publi� sur lui des �tudes qui font penser � la dure parole de Whitehead : � En analyse, l�illusion est ce que croit le patient et la r�alit� ce que croit le psychanalyste. � � l�autre extr�mit� du spectre des id�es re�ues, l��crivain sovi�tique K. Andre�ev fait de Verne un marxiste, et c�est tout juste s�il ne lui attribue pas la paternit� du Capital. Il aurait d�, cependant, se m�fier des conclusions trop h�tives, lui qui cite l�histoire d�un journaliste am�ricain venu � Paris vers 1890 faire une enqu�te sur Jules Verne. Ce journaliste avait recueilli les cinq � versions � suivantes du romancier : 1o Jules Verne est un voyageur infatigable qui a travers� lui-m�me les cinq continents et les a explor�s en profondeur ; il ne fait que d�crire ses propres aventures ; 2o Jules Verne ne travaille qu�en chambre et ne fait que recopier des r�cits de voyageurs ; 3o Jules Verne est en r�alit� un Juif po-</p><p>lonais, n� � P&#x142;ock, pr�s de Varsovie ; son nom v�ritable est Iouri Olchewitch, nom d�un arbre qui, en fran�ais, se dit verne ; c�est lui qui a �crit l�oeuvre d�Alexandre Dumas, notamment les</p><p>Trois Mousquetaires et le Comte de Monte-Cristo ; 4o Jules Verne est un mythe ; il y a derri�re ce � sigle � toute une organisation qui �crit ses livres ; 5o Jules Verne est un vieux loup de mer, mort depuis longtemps. Ses premiers livres ont �t� publi�s par Hetzel, qui, depuis, en fait �crire deux par an.</p><p>Si ce journaliste revenait de nos jours, il ajouterait facilement � sa liste une bonne centaine d�autres hypoth�ses sur Jules Verne. En particulier, il ferait �tat d�un certain nombre de livres r�cents et d�apr�s lesquels toute l�oeuvre de Jules Verne est un cryptogramme g�ant.</p><p>Cela rappelle les hypoth�ses d�apr�s lesquelles les pi�ces de Shakespeare auraient �t� �crites par Francis Bacon.</p><p>L�humoriste anglais A. A. Milne, de son c�t�, a �mis l�hypoth�se d�apr�s laquelle Shakespeare a �crit non seulement les pi�ces de Shakespeare, mais aussi, pour le compte de Francis Bacon, qui �tait compl�tement illettr�, le Novum Organum. De m�me, on pourrait dire que Jules Verne a �crit non seulement l�oeuvre de Jules Verne, mais encore une grande partie de la litt�rature mondiale : ses imitateurs comme ses disciples ne se comptent plus.</p><p>L�influence</p><p>On peut, �videmment, �mettre de nombreuses supputations sur ce que Verne aurait pu �crire s�il n�avait pas �t� orient� par Hetzel vers la jeunesse et le Magasin d��ducation et de r�cr�ation. Mais l�oeuvre de Jules Verne se suffit � elle-m�me et elle a chang� le monde aussi bien directement qu�indirectement. C�est un de ses disciples allemands, Kurt Lasswitz (1848-1910), qui, dans une de ses nouvelles de science-fiction, Le diable qui emporta le professeur, a contribu� � donner � Einstein l�id�e de la th�orie de la relativit�. Sur le plan de l�invention pratique, Jules Verne a inspir� et inspire encore, notamment en Union sovi�tique, des milliers d�ing�nieurs. Simon Lake, qui perfectionna les sous-marins, Alberto Santos-Dumont, qui se passionna pour</p><p>les dirigeables, �douard Belin, qui inventa la transmission des images � distance, Juan de La Cierva y Codorn�u, qui cr�a l�autogire, ont reconnu avoir puis� leur inspiration ou leur passion chez Jules Verne ; il en est de m�me des explorateurs George Hubert Wil-kins, Norbert Casteret, William Beebe, Richard Evelyn Byrd et bien d�autres.</p><p>Tolsto� et Tourgueniev l�admiraient.</p><p>Jules Verne fit r�ver K. E. Tsiolkovski, le p�re de l�astronautique. Mais, si le monde a chang� gr�ce � lui, il a surtout laiss� un univers de r�ve plus beau que le r�el. Il suffit de comparer la br�ve vision qu�ont de notre satellite les passagers de l�obus lunaire avec les tristes espaces morts d�couverts par les astronautes de 1969 pour �tre convaincu de la sup�riorit� du monde de Jules Verne.</p><p>J. B.</p><p>&amp; M. Allolte de la Fuye, Jules Verne, sa vie et son oeuvre (Kra, 1928 ; nouv. �d., Hachette, 1966). / B. Frank, Jules Verne et ses voyages (Flammarion, 1941). / K. K. Andre�ev, les Trois Vies de Jules Verne (en russe, Moscou, 1957). /</p><p>Jules Verne (l�Arc, Aix-en-Provence, 1966). / G.</p><p>de Diesbach, le Tour de Jules Verne en quatre-vingts livres (Julliard 1969). / J. Chesneaux, Une lecture politique de Jules Verne (Mospero, 1971). / J. Jules-Verne, Jules Verne (Hachette, 1973). / S. Vierne, Jules Verne et le roman initiatique (�d. du Sirac, 1973). / M. H. Huet, l�Histoire des voyages extraordinaires. Essai sur l�oeuvre de Jules Verne (Lettres modernes, 1974). /</p><p>M. Serres, Jouvences sur Jules Verne (�d. de Minuit, 1974).</p><p>Vernet (les)</p><p>Famille de peintres fran�ais des XVIIIe et XIXe s., dont les plus importants, JO-downloadModeText.vue.download 266 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11477</p><p>SEPH, CARLE et HORACE, se succ�dent de p�re en fils.</p><p>Le fondateur de cette dynastie d�artistes est Antoine Vernet (1689-1753), modeste d�corateur et ornemaniste avignonnais, sp�cialiste des panneaux peints pour chaises � porteur, qui eut vingt-deux enfants, dont sept suivirent</p><p>ses traces avec plus ou moins de succ�s.</p><p>Joseph Vernet</p><p>(Avignon 1714 - Paris 1789). Seul fils d�Antoine qui atteindra la c�l�brit�, il travaille tr�s jeune avec son p�re. Prot�g� par deux m�c�nes de l�aristocratie aixoise, il part en 1734 pour Rome, o� il demeurera pr�s de vingt ans. Il y est l��l�ve du Lyonnais Adrien Man-glard (1695-1760), peintre de marines, voit les oeuvres de Claude Lorrain*</p><p>et de Salvator Rosa. Il se marie � une Irlandaise, fr�quente Richard Wilson (v. paysage) et acquiert � partir de 1740 une client�le internationale (artistes comme Francesco Solimena, hauts personnages fran�ais ou anglais).</p><p>Passionn� par l��tude des sites de Rome et de sa campagne, il consacre � ceux-ci de nombreuses oeuvres (le Pont et le ch�teau Saint-Ange, 1745, mus�e du Louvre), � propos desquelles on �voque immanquablement Corot*, bien que leurs mani�res de traduire la lumi�re soient fort diff�rentes (Vernet aime le d�grad� tr�s r�gulier des tons).</p><p>De retour � Paris en 1753, d�j� avantageusement connu par ses envois au Salon (il a cl� agr�� en 1746 � l�Acad�mie royale avec un Coucher de soleil dans un port), il re�oit un accueil triomphal. Le marquis de Marigny, surintendant des B�timents, lui donne la seule grande commande de paysages du si�cle : les vues de vingt ports de France, dont il r�alisera quatorze (la plupart au mus�e de la Marine, � Paris).</p><p>Vernet passe dix ans de sa vie � travailler de port en port, � au naturel �, c�est-�-dire � partir de notations prises sur le motif. Les exigences documentaires de la commande expliquent une certaine s�cheresse de lignes, rachet�e cependant par le charme des couleurs.</p><p>Install� � Paris en 1762, Vernet</p><p>poursuit une oeuvre � succ�s, qui r�-</p><p>pond au go�t de la soci�t� pour ce que l�on nomme alors la � nature �. Diderot va jusqu�� le trouver � infiniment sup�rieur � Claude le Lorrain �. C�est l��poque des fameuses Temp�tes, des Clairs de lune et des Naufrages, partie de l�oeuvre qui s�accorde parfaitement</p><p>� l��tat d�esprit pr�romantique et � l�id�e du sublime selon Kant (ce qui, dans le spectacle de la puissance de la nature, grandit l��nergie de l��me).</p><p>Joseph Vernet a donc mis � la mode le � paysage naturel �, tout en l��levant, d�apr�s ses contemporains, � la dignit� de la � peinture d�histoire � par son habilet� � y int�grer des figures.</p><p>Sans doute, du point de vue de l��volution du genre, sa p�riode italienne para�t-elle aujourd�hui la plus int�ressante, ses temp�tes n��tant plus aussi naturelles � nos yeux qu�� ceux de ses contemporains. Vernet se trouve au carrefour de la tradition paysagiste du Nord implant�e en Italie, du go�t romantique et enfin du paysage aim� pour lui-m�me, tel qu�il s��panouira au XIXe s. � sa production, consid�-</p><p>rable, s�ajoute celle d�imitateurs nombreux, dont ses fr�res Antoine Ignace (1726 - v. 1775) et Antoine Fran�ois (1730-1779).</p><p>Antoine Charles Horace,</p><p>dit Carle Vernet</p><p>(Bordeaux 1758 - Paris 1836). Fils de Joseph, il fait son apprentissage avec celui-ci, puis avec Nicolas Bernard L�-</p><p>pici� (1735-1784). Tr�s t�t choy� par la soci�t� parisienne, il obtient le prix de Rome en 1782, mais ne fait � Rome qu�un bref s�jour. D�abord tourn� vers la peinture historique, il subit fortement l�influence de David*. En 1789, le Triomphe de Paul �mile (Metropolitan Museum, New York) lui ouvre les portes de l�Acad�mie, o�, pendant quelques mois, il si�ge avec son p�re.</p><p>Sous le Directoire, Carie Vernet devient le sp�cialiste �l�gant des courses de chevaux � donnant du cheval une interpr�tation toute nouvelle, souple et nerveuse � ainsi que d�aimables sc�nes de moeurs. Il se rend c�l�bre par ses caricatures des Incroyables et Merveilleuses, dont Baudelaire appr�ciera la s�cheresse de trait.</p><p>Ayant suivi Bonaparte pendant la</p><p>campagne d�Italie pour prendre des esquisses de batailles, il les d�veloppe en de vastes compositions (la Bataille de Marengo, le Matin d�Austerlitz, mus�e de Versailles). Retournant � la sc�ne de genre apr�s la Restauration, il continue � peindre des sc�nes de course et de</p><p>chasse (Chasse au daim pour la Saint-Hubert en 1818, Louvre).</p><p>downloadModeText.vue.download 267 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11478</p><p>Aujourd�hui, il est surtout connu par les gravures qui ont �t� tir�es de ses dessins et par ses lithographies : il fait, en effet, partie de l��quipe r�unie � partir de 1814 par le publiciste et imprimeur Charles de Lasteyrie, introducteur de la lithographie en France. Pr�s de cinq cents pi�ces originales, dans ce domaine, t�moignent de sa verve, bien qu�il ne tire pas du proc�d� le m�me parti qu�un G�ricault*, dont, sous l�Empire, leur amour commun des chevaux avait fait un moment son �l�ve.</p><p>Horace Vernet</p><p>(Paris 1789-id. 1863). Bien qu�ayant commenc� par la vignette et la caricature, il est connu avant tout comme peintre de sujets militaires. Ses opinions bonapartistes le font refuser au Salon de 1822, avec notamment la Barri�re de Clichy (Louvre), sujet relatif � la d�fense de Paris, dont il avait �t�, avec �clat, l�un des acteurs en 1814. Il expose alors quarante-cinq toiles dans son atelier. Charles X l�appr�cie, l�inscrit sur la liste civile et lui commande un plafond pour le Louvre (Jules II en conf�rence avec Bramante, Rapha�l et Michel-Ange). Horace Vernet est membre de l�Institut en 1826, directeur de l�Acad�mie de France � Rome de 1828 � 1833.</p><p>� la suite d�un voyage en Alg�rie en 1835, il devient le chantre de la conqu�te coloniale : Louis-Philippe lui fait ex�cuter, pour la galerie des Batailles du ch�teau de Versailles, de grandes compositions sur le si�ge de Constantine. Vernet illustrera aussi la Prise de la smala d�Abd el-Kader (1845), la Bataille de l�Isly (1846), sans compter de nombreuses sc�nes pittoresques situ�es en Afrique du Nord. Son r�le de peintre officiel ne p�lit pas avec le second Empire : Vernet fait le portrait de Napol�on III et repr�sente la campagne de Crim�e.</p><p>Sa r�putation, fond�e de son vivant sur la pr�cision anecdotique de l�image, le mouvement, un faire porcelaine issu du n�o-classicisme, �tait d�j� mise en question avant sa mort, et en particulier par Baudelaire, qui, dans ses Salons, fustige sans piti� le manque d�unit� de ses compositions et son penchant � la facilit�.</p><p>E. P.</p><p>&amp; H. Roujon, Horace Vernet (Lafitte, 1913).</p><p>/ F. Ingersoll-Smouse, Joseph Vernet, peintre de marine (�tienne Bignou, 1927 ; 2 vol.).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Ph. Conisbee, Joseph Vernet, Londres et Paris, 1976 (mus�e de la Marine, 1976).</p><p>vernis</p><p>Pr�paration non pigment�e compo-</p><p>s�e de liants, de solvants, de diluants et d�adjuvants, capable de donner par application en couche mince un feuil adh�rent et dur, lisse, translucide et brillant, dou� de propri�t�s protectrices, d�coratives ou techniques particuli�res.</p><p>Composition</p><p>Les principaux constituants d�un vernis sont :</p><p>� les constituants feuillog�nes non volatils, form�s essentiellement de r�sines (naturelles, d�origine v�g�tale, fossile ou de r�colte, artificielles, obtenues par modification de substances naturelles, ou synth�tiques, obtenues par polycondensation, polyaddition ou polym�risation de compos�s organiques plus simples), d�huiles siccatives et, �ventuellement, de plastifiants (en g�n�ral des esters lourds de monoa-cides ou de diacides) ;</p><p>� les constituants non feuillog�nes volatils, solvants et diluants formant le dilutif comme les hydrocarbures et les hydrocarbures chlor�s, les alcools, les c�tones, les esters, les �thers, les �thers oxydes, les nitroparaffines, les solvants terp�niques, employ�s isol�ment ou sous forme de m�lange ;</p><p>� divers adjuvants : colorants so-</p><p>lubles, siccatifs, agents de matit�, antiultraviolet, antiparasitaires, igni-fuges, surfactifs, etc.</p><p>Un vernis est une solution collo�-</p><p>dale du constituant feuillog�ne dans le dilutif. Depuis peu, d�autres types de vernis ont fait leur apparition : les vernis en dispersion ou en �mulsion, dont l�emploi r�pond au d�sir de supprimer ou de r�duire les solvants dangereux ou toxiques. On distingue les vernis en dispersion dans un milieu aqueux ou dans un solvant. Ces vernis, � m�me teneur en extrait sec, sont beaucoup moins visqueux que les vernis constitu�s de solution collo�dale, ce qui permet d�op�rer sur des produits � plus forte teneur en constituants solides et, par cons�quent, de r�duire la quantit� de solvant � �vaporer lors du s�chage.</p><p>D�finition et classement</p><p>des vernis</p><p>Un vernis est d�fini par le nom du liant pr�dominant qu�il contient et qui lui communique ses propri�t�s sp�cifiques. Dans une d�finition, les termes se rattachant � la finalit� ou au proc�d� de mise en oeuvre des vernis sont insuffisants ; pour �tre licite, une indication de ce genre doit �tre compl�t�e de la downloadModeText.vue.download 268 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11479</p><p>d�signation du liant pr�dominant. De m�me, un vernis ne saurait �tre convenablement identifi� par la seule indication du solvant. Il ne faut pas dire vernis � l�alcool ou vernis pour parquet, mais pr�ciser vernis � la gomme �</p><p>laque � l�alcool ou vernis aux r�sines formoph�noliques pour parquet.</p><p>Si les vernis peuvent se classer</p><p>d�apr�s leur emploi ou leur mode</p><p>d�application, le classement d�apr�s la nature chimique de leur liant est plus int�ressant. Actuellement on les classe suivant la nature du liant et de ses constituants filmog�nes, qui assurent la formation d�un film sec au cours des ph�nom�nes de s�chage et de durcissement du film frais.</p><p>Fabrication des vernis Cette op�ration prend diff�rents</p><p>aspects suivant qu�elle se r�sume � une simple dissolution du constituant feuillog�ne dans le solvant soit � froid, soit � chaud, ou qu�on proc�de � une cuisson de certains des constituants feuillog�nes, comme les r�sines dans les huiles, en op�rant dans des r�cipients � chauffage direct ou � chauffage par serpentin ou par double enveloppe pour �viter des surchauffes locales, l�appareil �tant muni d�agitateurs efficaces. Elle peut s�effectuer en atmosph�re de gaz inerte pour �viter l�oxydation et le jaunissement du vernis. La solution obtenue est amen�e � la consistance d�emploi par addition de solvants et de diluants. Enfin, on proc�de � un tamisage, � une filtration ou � une centrifugation du vernis afin d��liminer les impuret�s et les constituants insuffisamment dissous.</p><p>Emplois des vernis</p><p>Avec l�apparition des r�sines synth�-</p><p>tiques et l�am�lioration des qualit�s d�coratives et protectrices des vernis obtenus avec ces r�sines, l�utilisation des vernis s�est g�n�ralis�e dans de nombreuses branches de l�industrie, notamment dans le b�timent (travaux d�int�rieur et d�ext�rieur), dans l�industrie du bois (meubles, parquets, boiseries ext�rieures), dans la construction navale, dans l�industrie �lectrique (vernis isolants), pour la protection des m�taux contre la corrosion atmosph�-</p><p>rique ou chimique, et la protection de subjectiles les plus divers (papier, cuir, tissu, caoutchouc, plastique).</p><p>G. G.</p><p>F Liants / Mati�re colorante / Peinture / R�sine naturelle / Siccatif / Solvant.</p><p>&amp; R. Magnier, L. Cleuet et R. Nebut, Encyclop�die pratique du fabricant de vernis, laques, �maux, peintures (Girardot, 1951-1953 ; 3 vol.).</p><p>/ G. Champetier et H. Rabat� (sous la dir.</p><p>de). Chimie des peintures, vernis et pigments (Dunod, 1956 ; 2 vol.). / P. Grandou et P. Pas-tour, Peintures et vernis (Hermann, 1966-1969 ; 2 vol.). / G. Nedey, Peintures et vernis (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1969).</p><p>V�ron�se (le)</p><p>En ital. IL VERONESE, surnom de PAOLO</p><p>CALIARI, peintre italien (V�rone 1528 -</p><p>Venise 1588).</p><p>Avec Titien* et le Tintoret*, le V�-</p><p>ron�se est l�une des trois principales figures de l��cole v�nitienne du cinquecento. Cependant, il venait d�une cit� de la Terre Ferme, important foyer de l�art romain, roman, gothique et de la Renaissance. Il se forma au sein de l��cole locale, une �cole �clectique, o� le go�t de la couleur rencontrait l�influence de Rapha�l*, de Michel-Ange*, du Corr�ge* et du mani�risme*. On en per�oit l��cho dans le premier tableau important du V�ron�se, une Vierge � l�Enfant tr�nant au-dessus de deux saints et de deux donateurs, aujourd�hui au Museo di Castelvecchio de V�rone.</p><p>Mais le peintre ne devait pas longtemps se contenter d�un milieu malgr� tout provincial. Il se rendit � Venise* et s�y fit une place d�s 1553 en travaillant, dans le palais des Doges, � la d�coration des plafonds � compartiments du Consiglio dei Dieci. Les six toiles de sa main, � sujets mythologiques ou all�goriques (quatre demeur�es en place, deux aujourd�hui au mus�e du Louvre), laissent reconna�tre encore des emprunts � Michel-Ange et aux mani�ristes. En 1556-57, le V�ron�se collabora � une autre grande entreprise v�nitienne, le plafond principal de la Libreria di San Marco ; sa part consiste en trois toiles (l�Honneur, les Math�-</p><p>matiques, la Musique), remarquables par leur composition adapt�e � un format circulaire, par l�audace des raccourcis, par le raffinement d�un coloris inspir� de Titien. En 1555, il avait commenc� � San Sebastiano, l��glise des Hi�ronymites de Venise, une s�rie de travaux qui devait l�occuper pendant quinze ans et lui permettre d�affirmer sa personnalit�. Peintes en 1556, les trois grandes toiles du plafond de la nef, aux sujets tir�s de l�Histoire d�Esther, font d�j� pressentir la maturit� de son art avec l�aisance de leur perspective con�ue pour une vision oblique, le d�ploiement de leurs architectures feintes, la vigueur et la luminosit� de leur coloris.</p><p>Les P�lerins d�Emma�s (Louvre), de 1560 environ, inaugurent un type de composition en largeur, � grand d�ploiement de figures, incorporant des portraits et des sc�nes de genre.</p><p>C�est un pr�lude aux immenses toiles peintes pour des r�fectoires de communaut�s, et repr�sentant des festins fastueux dans le cadre d�architectures inspir�es de Sansovino* et de Palladio* : d�abord le Repas chez Simon des Santi Nazario e Celso de V�rone (Galleria Sabauda de Turin) ; en 1562-63, les Noces de Cana de San Giorgio Maggiore de Venise (Louvre), dont l�ampleur et la richesse en d�tails sont exceptionnelles ; dans une composition plus articul�e, en 1572, la C�ne de saint Gr�goire du sanctuaire du Monte Berico, pr�s de Vicence, puis le Repas chez Simon le Pharisien des Servites de Venise (offert � Louis XIV, Versailles) ; en 1573, enfin, le Repas chez L�vi des San Zanipolo de Venise (Accademia), dont les d�tails profanes valurent au V�ron�se d��tre inqui�t� par l�Inquisition.</p><p>Autour de 1560-61, la carri�re du peintre connut un brillant �pisode avec la d�coration � fresque de la villa Barbaro, b�tie � Maser sur les plans de Palladio. Aux parois du vestibule cruciforme et de cinq pi�ces avoisinantes, des portiques en trompe l�oeil encadrent soit des paysages d�une fantaisie po�tique, soit des figures simulant des statues ou, au contraire (les musiciennes du vestibule), enlev�es en vives couleurs. Les compartiments des vo�tes et les lunettes, � sujets mythologiques ou all�goriques, font triompher la perspective plafonnante et un coloris aussi �clatant que lumineux, surtout dans la composition c�leste et tournante de la salle centrale, o� les divinit�s de l�Olympe sont assembl�es au-dessus de faux balcons qu�animent des figures de la vie quotidienne, tour de force d�un illusionnisme qu�illustrent aussi, dans le vestibule et aux deux extr�mit�s de l�enfilade des pi�ces, des personnages en trompe l�oeil apparaissant devant des portes simul�es.</p><p>On place vers 1565 quatre all�go-</p><p>ries provenant d�un plafond (National Gallery, Londres), aux raccourcis audacieux. En 1566, le V�ron�se peignit dans sa ville natale le grandiose retable</p><p>du ma�tre-autel de San Giorgio in Braida, un Martyre de saint Georges, et, pour la m�me �glise, Saint Barnab� gu�rissant un malade (mus�e de Rouen). Le brillant Mariage mystique de sainte Catherine, ancien retable de Santa Catarina de Venise (Accademia), date de 1570 environ. Peint en collaboration avec Benedetto Caliari (1538-1598), fr�re de Paolo, au ma�tre-autel de Santa Giustina de Padoue, le Martyre de sainte Justine (1575) rappelle celui de saint Georges par son ample composition � deux registres. Au palais des Doges de Venise, le plafond � compartiments de la sala del Collegio re�ut entre 1575 et 1577 des peintures all�goriques dont les figures se d�tachent sur un ciel intens�ment lumineux. Vers la m�me �poque, l�Adoration des Mages, grande toile en hauteur (Santa Corona de Vicence), offre des tons d�un registre plus grave, dans une atmosph�re de myst�rieux cr�puscule, alors que la suite des tableaux mythologiques peints pour l�empereur Rodolphe II, aujourd�hui dispers�s (deux � la collection Frick, un au Metropolitan Museum de New York et un au Fitzwilliam Museum de Cambridge), rappellent l�inspiration des � po�mes �</p><p>de Titien.</p><p>A partir de 1580 environ, l�intervention tr�s large des aides explique des in�galit�s d�ex�cution : ainsi dans le Triomphe de Venise, grand ovale � composition �tag�e qui occupe un compartiment du plafond de la sala del Maggior consiglio, au palais des Doges. Cette derni�re p�riode a vu na�tre cependant des ouvrages tr�s personnels, d�un coloris intense, tels le Sacrifice d�Isaac (mus�e du Prado), Judith et Holopherne (Palazzo Rosso de G�nes) et surtout le dernier du ma�tre (1587), Saint Pantal�on gu�rissant un enfant (San Pantaleone de Venise), d�inspiration noble et �mouvante.</p><p>Le monde du V�ron�se ignore</p><p>presque toujours l�expression de la douleur ou m�me de la tristesse � que r�v�le cependant la petite Crucifixion du Louvre ; il ne faut y chercher en g�-</p><p>n�ral ni recueillement, ni intimit�. C�est un monde serein et fastueux, qui traduit l�aspiration au bonheur de la soci�t� v�nitienne en compositions dont les</p><p>plus caract�ristiques sont amples, rythm�es par des architectures th��trales, peupl�es de nombreuses figures ; un monde imaginaire, bien qu�il accueille le portrait � tant�t faisant partie de la mise en sc�ne, tant�t isol� � et des morceaux r�alistes, tels que bouffons, nains, pages, soldats, chiens, singes, dont la pr�sence au milieu d��pisodes sacr�s ou mythologiques se justifie par le seul plaisir de les peindre. Cette f�te est celle de la couleur. Le V�ron�se joue avec magnificence des rapports de tons, de leurs accords ou parfois de leurs dissonances, de leurs �changes par les reflets. Son registre est plus lumineux que celui de ses rivaux. Dans downloadModeText.vue.download 269 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11480</p><p>la fresque comme dans la peinture � l�huile, o� les emp�tements contrastent avec les glacis, la touche fondue ou apparente estompe les contours, mais fait scintiller des lumi�res d�or sur les plis des somptueuses �toffes.</p><p>Il faut, cependant, se garder d�une interpr�tation trop exclusivement sen-sualiste de cet art. Dans ses compositions, le V�ron�se encha�ne les figures en souples guirlandes ou affirme de puissantes diagonales. Il a le sens de l�espace ; sa perspective originale et hardie multiplie les points de fuite (comme dans les Noces de Cana, afin de mettre successivement en valeur les morceaux) et les raccourcis, abaisse souvent la ligne d�horizon pour grandir les figures du premier plan, alors que celles du fond ou de la partie sup�-</p><p>rieure (ainsi dans le Martyre de saint Georges) ob�issent plut�t � une perspective frontale. Dans la d�coration des plafonds et des vo�tes, l�espace est con�u pour une vision oblique depuis le sol. Tout cela fait du V�ron�se un pr�curseur du baroque.</p><p>C�est en se r�f�rant � son exemple que S. Ricci* tirera, au d�but du settecento, l��cole v�nitienne de sa torpeur, suivi de G. B. Tiepolo*, qui saura s�en inspirer plus librement. D�une mani�re g�n�rale, les grands coloristes doivent beaucoup au V�ron�se : ainsi</p><p>Delacroix*, son plus fid�le disciple posthume, ou C�zanne*, qui l�admirait.</p><p>B. de M.</p><p>&amp; R. Pallucchini, Veronese (Bergame, 1940 ; nouv. �d., Rome 1953). / L. Vertova, Veronese (Electa, Milan, 1960). / T. Pignatti, Paolo Veronese a Maser (Milan, 1965) ; le Pitture di Paolo Veronese nella chiesa di San Sebastiano in Venezia (Milan, 1966). / R. Marini, L�Opera completa del Veronese (Milan, 1968 ; trad. fr.</p><p>Tout l�oeuvre peint de V�ron�se, Flammarion, 1970).</p><p>verre</p><p>Corps solide, min�ral, non cristallin, homog�ne et isotrope, provenant du figeage progressif de certaines substances apr�s fusion.</p><p>L��tat vitreux solide s�accompagne g�n�ralement du caract�re fragile d� � l�impossibilit� de glissement des plans r�ticulaires, au contraire des mat�riaux ductiles. Une propri�t� habituelle, mais non n�cessaire, des verres est la transparence dans le visible ; mais certains verres sont opaques dans cette r�gion et transparents pour le rayonnement infrarouge, comme c�est le cas des verres � base de chalcog�nures (S, Se, As).</p><p>Par extension, on donne parfois le nom de verres organiques � des hauts polym�res transparents.</p><p>Historique</p><p>La nature pr�sente quelques exemples de corps � l��tat vitreux. Ceux-ci peuvent provenir d�une fusion suivie d�un refroidissement rapide cons�cutif � l�impact d�une m�t�orite (tectites), de la foudre (fulgurites), d�une �ruption volcanique (obsidiennes). Des concours de circonstances ont pu provoquer de semblables formations vitreuses et �tre observ�s par l�homme ; mais il ne faut voir qu�une l�gende synth�tique et raccourcie dans l�explication de Pline attribuant � des marchands ph�niciens l�� invention � du verre, au cours de la cuisson de leur repas, sur une rive sablonneuse, en pr�sence de blocs de nitre pr�lev�s en mani�re de calage sur leur cargaison !</p><p>L�art de la formation de verres �tait</p><p>connu des �gyptiens 4 000 ans avant l��re chr�tienne ; mais ces verres ne constituaient que des gla�ures color�es appos�es sur des corps de poterie. Les perles de vrai verre sont, apparues au cours de la Ve dynastie (environ 2700</p><p>av. J.-C.). Les techniques de production s��panouirent au cours de la XVIIIe dynastie (1580-1314 av. J.-C.), p�riode qui fournit des objets finement fa�onn�s : vases � onguent, � parfum, etc.</p><p>L��tat de conservation des objets trouv�s dans les s�pultures �gyptiennes et les possibilit�s de datation masquent peut-�tre l�apparition de semblables techniques ant�rieures ou concomitantes dans d�autres parties du monde, telles que la M�sopotamie ou la Chine.</p><p>En fait, l�origine du verre est obscure.</p><p>Rome, puis la Gaule devinrent expertes dans cet art, qui a conserv� longtemps un caract�re �sot�rique et a �t� consid�r�, parmi les arts du feu, comme</p><p>� noble �.</p><p>Compositions</p><p>vitrifiables</p><p>Une composition vitrifiable typique est 75 p. 100 de silice SiO2 (sable), 15 p. 100 d�oxyde de sodium Na2O</p><p>(natron naturel, cendres sodo-potassiques, puis sulfate et aujourd�hui carbonate de sodium) et 10 p. 100 de chaux CaO provenant du calcaire. Les verres industriels d�rivent de cette formule et sont � base de silice (verres silico-sodo-calciques), mais il existe des verres boriques, des verres phosphoriques, etc., ainsi que des verres mixtes, tels que les borosilicates, r�pu-t�s pour leur r�sistance aux chocs thermiques, comme le Pyrex. Le souci de faciliter la fusion et le travail du verre ainsi que celui d�assurer une � durabi-lit� � suffisante (r�sistance aux agressions atmosph�riques ou aux produits chimiques) et d�adapter les verres � des contraintes de destination (optique, soudure, etc.) ont conduit les verriers � multiplier les constituants. Ainsi, l�affinage du bain de verre fondu est facilit� par la pr�sence de sulfate de sodium, d�anhydride ars�nieux ou de compos�s fluor�s. Le palier de travail est allong� par la pr�sence d�alumine. L�anhydride borique et le zinc diminuent la viscosit� aux temp�ratures �lev�es. On peut</p><p>dire que chaque proc�d� de formage (coul�e, laminage, �tirage, soufflage, pressage, travail � la main) entra�ne une adaptation de la composition, et il est fr�quent de rencontrer dans une composition verri�re dix constituants et plus. Les verres de couleur, les verres d�optique accroissent encore la palette des �l�ments qui peuvent entrer dans la constitution d�un verre.</p><p>Propri�t�s</p><p>thermodynamiques</p><p>des verres</p><p>Les donn�es thermodynamiques des</p><p>verres sont peu affect�es lorsqu�on passe de l��tat fondu � l��tat rigide.</p><p>D�autre part, elles sont sensiblement les m�mes que pour le cristal correspondant quand la composition de ces verres admet une forme cristalline.</p><p>C�est le cas pour la silice SiO2 sous la forme de silice vitreuse ou de cristobalite &#x3B2;. Il y a donc, � l��chelle mol�-</p><p>culaire, une grande ressemblance de structure entre ces diff�rents �tats.</p><p>Si, par exemple, on suit la variation de volume d�un corps en fonction de la temp�rature depuis l��tat fondu jusqu�� l��tat solide, on constate pour la plupart des corps une forte diminution de volume intervenant brutalement pour une temp�rature correspondant au</p><p>point de fusion Tf (m�taux, sels, etc.) et au-dessous de laquelle le coefficient de dilatation du solide est inf�rieur � celui du liquide. Avec certaines pr�-</p><p>cautions, on peut franchir le point de fusion Tf et obtenir sous forme m�tastable un liquide surfondu. La suppression, spontan�e ou provoqu�e par ensemencement avec un germe cristallin, de l��tat de surfusion fait repara�tre la courbe normale. En revanche, pour les verres, la courbe du liquide surfondu se prolonge et est marqu�e seulement par une variation de pente qui devient parall�le � celle qui caract�risait le cristal. Ce changement intervient � une temp�rature Tg qui correspond � une viscosit� &#x3B7; = 1013, au-dessous de laquelle la rigidit� est telle qu�on peut supposer avoir affaire � un solide. On d�finit parfois le verre comme un liquide surfondu fig�. Il n�y a pas, dans ce cas, de r�arrangement mol�culaire</p><p>analogue � celui qui se produit au moment de la cristallisation, de sorte que l�expression temp�rature de transformation est inad�quate. � la temp�rature Tg, le temps de relaxation n�est, d�ailleurs, pas infini, et ce point d�pend de la vitesse � laquelle on le franchit.</p><p>Certains auteurs parlent de zone de transformation, mais il est pr�f�rable downloadModeText.vue.download 270 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11481</p><p>d�adopter l�expression zone de figeage.</p><p>Il r�sulte de cette particularit� qu�� l��tat solide le verre ne correspond pas � un �quilibre thermodynamique. Sous certaines conditions de temp�rature, on observera une d�vitrification, pr�c�d�e parfois d�une d�mixtion, ou s�paration de phases.</p><p>Principales propri�t�s</p><p>physiques des verres</p><p>Pour la fusion et le formage, la propri�t� dominante des verres est la viscosit�. Le verre silico-sodo-calcique type est fondu � partir d�un m�lange de sable et de carbonates de sodium et de calcium entre 1 300 et 1 400 �C ; l�affinage, qui correspond � une pointe de temp�rature pouvant atteindre 1 500 �C, conf�re au bain une grande fluidit� qui ne se pr�te pas � un quelconque fa�onnage (viscosit� &#x3B7; de l�ordre de la centaine de poises). La coul�e, le laminage ou l��tirage sont ex�cut�s � des temp�ratures comprises, suivant le proc�d�, entre 1 250 et 1 000 �C et � des viscosit�s de quelques milliers de poises. Le pochage devient possible d�s 300 poises ; le cueillage � la canne se fait vers 1 000vpoises. Le travail du verre des souffleurs de verre (courbage, soudage) est r�alis� entre 850 et 700 �C, et � des viscosit�s comprises entre 106 et 109 poises. Lors du soufflage et du travail � la main, qui demandaient un certain temps, il fallait profiter d�un intervalle de temp�rature, appel� improprement palier de travail, pour achever la mise en forme. Souvent, on devait r�chauffer la pi�ce � l�ouvreau. Un verre � variation rapide de viscosit� vers 1 000 �C est dit � court</p><p>palier. L�alumine allonge le palier de travail. Les proc�d�s modernes de fabrication continue, qui font appel � une viscosit� rigoureusement constante, suppriment ces servitudes. � la temp�rature ambiante, la viscosit� d�passe 1019, et l�on peut consid�rer que la forme est devenue permanente. L�effet de la temp�rature sur la viscosit� est interpr�t� comme traduisant le rel�chement, pouvant aller jusqu�� la rupture, de certaines liaisons lorsque l�agitation thermique cro�t. Mais, au lieu de se produire en avalanche, comme avec les corps � fusion franche, dont toutes les liaisons ont sensiblement la m�me �nergie, les ruptures portent d�abord sur les liaisons les plus faibles, de sorte que la fusion des verres est progressive et reste plus ou moins p�teuse.</p><p>Dilatation thermique</p><p>Son importance conditionne la tenue des verres aux chocs thermiques ainsi que l�aptitude � la soudure avec des pi�ces m�talliques (Mo dans l�industrie �lectrique des lampes) et joue un r�le essentiel dans la trempe thermique.</p><p>Conductibilit� �lectrique</p><p>Les verres pr�sentent � l��tat fondu, mais aussi aux moyennes temp�ratures (�lectrolyse s�che) une conductibilit� de caract�re ionique. Ce sont les cations alcalins qui conduisent le courant ; l�anion est constitu� par l�ensemble du r�seau et est bloqu�. Dans de larges limites de concentration, par exemple de 5 � 40 p. 100 d�oxyde de sodium Na2O, la conductivit� est proportionnelle � la teneur en alcalins. C�est elle qui permet la fusion du verre par effet Joule dans la masse. R�cemment, on s�est int�ress� � la conductivit� �lectronique des verres, normalement tr�s faible et masqu�e par la conductivit� ionique.</p><p>Pour bloquer cette derni�re, on introduit dans la composition de gros ions (Pb, Bi, Ba, etc.), et l�effet �lectronique est li� aux �l�ments de transition (Fe, V, Ni, Co, Mn, Mo, Cr, etc.) ainsi qu�aux d�fauts de r�seau. De ce fait, certains verres pr�sentent des propri�-</p><p>t�s semi-conductrices ; d�autres verres poss�dent m�me des effets de commutation, tels que l�effet Pearson, connu aussi sous le nom d�effet Ovshinsky.</p><p>Ces effets sont surtout pr�sent�s par les verres sans oxydes, ou verres de chalcog�nures.</p><p>Propri�t�s optiques</p><p>Les verres � base de silice et d�pourvus d��l�ments colorants (Cu, Co, Au, etc.) ou opalescents (P, F, etc.), sont pratiquement parfaitement transparents dans le visible. Cette propri�t� est due � l�absence de r�sonateurs pour les fr�quences concern�es. En effet, les vibrations propres des �lectrons de liaison correspondent � l�ultraviolet moyen (&#x3BB; ~ 0,2 &#x3BC;) ; quant aux vibrations mol�culaires des groupes SiO4, elles se situent dans le proche et le moyen infrarouge (au-del� de &#x3BB; = 2,5 &#x3BC;). Une surface de verre pr�sente normalement le ph�nom�ne de la r�flexion vitreuse, dont la valeur se d�duit de la loi de Lorentz : Pour le verre</p><p>d�indice n = 1,5 plong� dans l�air, le facteur de r�flexion &#x3C1; est de 4 p. 100.</p><p>La pr�sence d�une lame de verre sur le trajet d�un faisceau lumineux ampute donc celui-ci de 8 p. 100 de son intensit�. Pour diminuer cette perte et � d�faut de pouvoir r�aliser une variation progressive d�indice, dont la discontinuit� est la cause du ph�nom�ne, on rev�t les verres destin�s aux instruments d�optique d�une couche de fluorure de magn�sium dont l�indice est interm�diaire (bleutage des objectifs). L�absorption des verres communs n�est pas nulle par suite de la pr�sence de certaines impuret�s, ordinairement du fer apport� par le sable ; elle cro�t exponentiellement avec l��paisseur (loi de B�er). Par la tranche, une pile de glaces para�t fortement color�e. La r�alisation des hublots de protection pour l�industrie atomique, dans lesquels l��paisseur du verre au plomb peut atteindre 1 m, a pos� de d�licats probl�mes de couleur, aggrav�s du fait que, sous un rayonnement, il y a brunissement par d�placements ou activation d�ions (formation de centres de couleur). Dans ce cas, les verres sont stabilis�s au c�rium. L��norme gamme des compositions vitrifiables a permis aux verriers de conf�rer aux verres des propri�t�s sp�cifiques, telles que la transparence dans l�ultraviolet (lampes germicides), parfois en m�me temps l�opacit� dans le visible (lumi�re</p><p>noire pour exciter la fluorescence), la transparence dans l�infrarouge pour l�optique nocturne ou, au contraire, l�absorption pour les rayons de tr�s courtes longueurs d�onde (protection contre les rayons X en radiologie). La palette des verres de couleur est consid�rable : verres pour la signalisation, verres pour vitraux ; la carte des couleurs de Saint-Just-sur-Loire (Loire), usine sp�cialis�e dans ces fabrications, d�passe 1 500 teintes. Les verres destin�s � l�optique sont �galement tr�s nombreux et caract�ris�s par des indices et des courbes de dispersion diff�rents, de mani�re � satisfaire aux exigences des calculs d�achromats, de fibres optiques, etc. Les propri�t�s de certains �l�ments, comme le n�odyme, utilis�s comme dopes dans une matrice vitreuse convenable, ont permis downloadModeText.vue.download 271 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11482</p><p>la r�alisation de lasers de puissance.</p><p>Les grands miroirs des t�lescopes ca-toptriques ont �t� d�abord r�alis�s en verre massif (miroir de 2,50 m de diam�tre du Mont-Wilson), puis, en vue de leur all�gement, la partie massive fut r�duite � un voile faisant corps avec une structure alv�ol�e, ce qui a permis de porter � 200&#x2033; (5 m) le diam�tre du miroir de l�observatoire du mont Palomar. Le verre utilis� �tait un borosilicate de faible coefficient de dilatation, simplifiant consid�rablement les probl�mes de recuisson et de polissage final. La d�couverte des mat�riaux vitroc�ramiques a marqu� l�abandon de la course aux grands diam�tres des miroirs r�alis�s en verre pur.</p><p>Recuisson et trempe</p><p>du verre</p><p>Au-dessous du point de transformation, le verre est pratiquement rigide.</p><p>En fait, � cette temp�rature, s�il n�y a pas de d�formation g�n�rale d�une pi�ce, il y a encore des possibilit�s de r�arrangements mol�culaires de faible amplitude ; le temps de relaxation est de l�ordre de la minute. Il correspond au d�placement d�une mol�cule sous l�effet de l�agitation thermique, d�une</p><p>longueur �gale � son diam�tre. Ce temps &#x3C4; est d�j� de 1 h 30 mn pour une viscosit� de 1015 et de 18 mois pour une viscosit� de 1019. Par comparaison avec un liquide vrai, le temps de relaxation pour l�eau, dont la viscosit� � 20 �C est de 10� 2 poise, est &#x3C4; = 10� 12 s. Le refroidissement �tant un ph�nom�ne dynamique, sa vitesse doit permettre � tout instant un r�arrangement mol�culaire compatible avec le temps de relaxation � la temp�rature du moment. D�autre part, ce refroidissement s�effectuant n�cessairement � partir de l�ext�rieur, il se forme un gradient de temp�rature, donc un gradient de l��tat de dilatation qui pourrait engendrer des contraintes si elles ne se rel�chaient pas au fur et � mesure. En l�absence d�un tel rel�-</p><p>chement, les contraintes deviendraient permanentes � la temp�rature ambiante et, si elles sont irr�guli�res, pourraient provoquer la casse de la pi�ce. Un rel�-</p><p>chement rapide se produit � toutes les temp�ratures sup�rieures � une valeur dite temp�rature sup�rieure de recuisson (annealing point) ; mais, � ces temp�ratures, on risque des d�formations.</p><p>Pratiquement, on commencera donc la recuisson au voisinage de la temp�rature Tg. Elle se poursuivra jusqu�� ce que le temps de relaxation devienne trop long, ce qui correspond � la temp�-</p><p>rature inf�rieure de recuisson, temp�-</p><p>rature pour laquelle la viscosit� atteint 1014, 5 poises. Au-dessous de cette temp�rature, le retour � la temp�rature ambiante n�est plus conditionn� que par la crainte que les contraintes temporaires qui apparaissent n�entra�nent la rupture de la pi�ce. La courbe de recuisson doit �tre soigneusement d�termin�e en fonction du coefficient de dilatation, de l��paisseur de la pi�ce et de l�usage auquel elle est destin�e ; une pi�ce d�optique est recuite beaucoup plus soigneusement qu�une bouteille. La recuisson et le refroidissement du miroir de l�observatoire du mont Palomar ont demand� 10 mois. La recuisson et le refroidissement d�un ruban continu de glace demandent � peine 20 minutes.</p><p>Le verre bien recuit est, en principe, d�pourvu de tensions. Au contraire, la trempe fait appara�tre des tensions, mais d�une mani�re parfaitement</p><p>contr�l�e. Alors que le verre est � la limite de l��tat �lastico-visqueux, un</p><p>brusque refroidissement, obtenu par soufflage � l�air ou par immersion dans un liquide, provoque un rapide figeage des couches les plus externes, qui, en se contractant par rapport aux couches plus profondes, glissent sur celles-ci en entra�nant un remaniement des liaisons mol�culaires. Lorsque, le refroidissement progressant en profondeur, les couches internes se figent � leur tour, leur contraction ne peut entra�ner de nouveaux glissements, de sorte que des contraintes apparaissent : les peaux se mettent en compression, et le coeur en extension. Lors d�une flexion qui mettrait la face convexe d�une telle feuille en extension et en entra�nerait la fracture, la pr�sence de cet �tat initial de compression prot�ge la surface du danger de mise en extension. On a, en effet, constat� que la fracture du verre s�amorce toujours en surface � partir d�un d�faut. La r�sistance � l�extension d�un verre en masse n�exc�de pas 5 kg/</p><p>mm 2, alors que la r�sistance � la compression d�passe 100 kg/mm 2. Le verre tremp� peut ainsi supporter des d�formations importantes, voire des chocs, qui entra�neraient immanquablement la casse d�un verre recuit. Lorsqu�une limite est d�pass�e, une amorce superficielle peut atteindre la zone en extension : la fracture se propage � la vitesse de 1 500 m/s, et le d�s�quilibre qui en r�sulte entre les couches superpos�es entra�ne une fragmentation en tr�s petits morceaux non coupants. Outre leur r�sistance, les verres tremp�s offrent donc l�int�r�t d��tre des verres de s�curit�.</p><p>Une servitude inh�rente � ces verres est qu�ils ne peuvent pas �tre coup�s, perc�s ou retouch�s : toutes ces op�-</p><p>rations doivent se faire avant trempe.</p><p>L��tat de contrainte des verres tremp�s ou mal recuits est mis en �vidence par la bir�fringence.</p><p>�changes d�ions et</p><p>trempe chimique</p><p>Une pi�ce de verre plong�e dans un bain de nitrate alcalin fondu est soumise � un �change progressif de ses propres cations contre ceux du bain.</p><p>On � fabrique � ainsi sans fusion un verre de nature diff�rente du verre</p><p>d�origine. Si l��change n�est que superficiel et se fait au-dessus du point de downloadModeText.vue.download 272 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11483</p><p>transformation, l��change n�engendre pas de contrainte � chaud, mais, au cours du refroidissement subs�quent, les contraintes peuvent appara�tre si le verre substitu� n�a pas le m�me coefficient de dilatation que le verre sous-jacent. L��change Na+-Li+ dans un verre silico-alumineux conduit � un aluminosilicate de faible dilatation qui met la surface en forte compression. Le ph�nom�ne est un peu dif-f�rent si l��change se fait au-dessous du strain-point. Le r�seau qui s�est en quelque sorte moul� sur la grosseur d�un cation donn� ne peut plus changer. Si l�ion substitu� est plus petit, par exemple Li+ (r = 0,78 �) en place de Na+ (r = 0,98 �), la partie �chang�e se mettra en extension. Ce sera le contraire pour K+ (r = 1,33 �). Dans ce dernier cas, on a r�alis� une trempe chimique, caract�ris�e par une compression beaucoup plus intense que la trempe thermique, mais n�int�ressant qu�une profondeur beaucoup plus faible : de 10 � 50 &#x3BC;. En revanche, les conditions d��quilibre entre les aires de compression et d�extension s�accommodent d�une intensit� tr�s faible pour cette derni�re, de sorte que la fracture, quand elle intervient, ne se propage en petits fragments que dans les r�gions fortement d�form�es.</p><p>D�vitrification</p><p>Si l�on consid�re un diagramme de phase simplifi�, correspondant � deux constituants A et B, pour composition donn�e X du bain fondu, repr�sent�e dans cet �tat par le point figuratif M, le refroidissement se traduira d�abord par un d�placement de ce point parall�lement � l�axe des temp�ratures jusqu�� atteindre la courbe fronti�re C1 en M1. � partir de cette temp�rature du liquidus, T1, le constituant le moins fusible commence � se d�poser, et le liquide surnageant s�enrichit en l�autre constituant. Le point figuratif se d�place alors de M1 en M&#x2032;1, � par-</p><p>tir duquel les deux corps se d�posent ensemble (eutectique). Dans le cas des verres industriels, les choses sont plus compliqu�es, puisqu�il y a de nombreux constituants dont le m�lange ne correspond � aucune stoechiom�trie ; mais le mod�le simplifi� pr�c�dent permet de comprendre le processus de la d�vitrification. Le diagramme de phase correspondant aux verres silico-sodo-calciques montre des domaines de stabilit� de diff�rents compos�s : la silice SiO2, sous forme de cristobalite, de tridymite et de quartz ; la wollastonite CaO, SiO2 ; les compos�s Na2O, 3CaO, 6SiO2 (dit 1 : 3 : 6), Na2O, 2CaO, 3SiO2</p><p>et enfin Na2O, 2SiO2. Pour un verre fondu donn�, le point figuratif tombe dans l�un de ces domaines, mais n�est en �quilibre avec le compos� correspondant que pour une seule temp�rature. Au-dessus, ce compos� se dissout dans le liquide ; au-dessous, il s�en s�pare. Au cours d�un refroidissement lent, la premi�re phase cristalline qui appara�tra est celle dans laquelle se trouvait le point figuratif initial, et cela � la temp�rature dite de cristallisation commen�ante ; les cristallisations successives apparaissent ensuite. Pour un verre compos� de 74 p. 100 de silice (SiO2), de 13 p. 100 de chaux (CaO) et de 13 p. 100 de soude (Na2O), les premiers cristaux apparaissent � 1 100 �C</p><p>et sont constitu�s par de la tridymite.</p><p>La d�vitrification est un accident que redoute le verrier. Pour qu�elle se produise, il faut que le verre fondu stagne un temps suffisant � la temp�-</p><p>rature convenable et que des conditions particuli�res alt�rent la sym�trie des champs mol�culaires. C�est ainsi qu�une discontinuit� du milieu (interface verre/r�fractaire, interface verre/</p><p>bulle, h�t�rog�n�it� constitu�e par deux verres non parfaitement m�lang�s</p><p>[cordes, gommes, etc.]), la pr�sence d�un corps �tranger (pierre), mais surtout la pr�sence de germes sont autant de facteurs d�terminants pour entra�ner la d�vitrification. On lutte contre cette tendance en introduisant de l�alumine ou de la magn�sie dans la composition et en �vitant de laisser s�journer le verre � la temp�rature o� le ph�nom�ne a le plus de chance de se produire. Deux ph�nom�nes commandent en effet la d�vitrification : la</p><p>vitesse de formation des germes et la vitesse de croissance des cristaux. Les deux courbes V = f(T) passent par des maximums qui ne co�ncident pas. Elles peuvent m�me ne pas se recouper. Il est possible qu�� la temp�rature o� les cristaux pourraient se d�velopper il n�y ait pas de germes, et, lorsque ceux-ci apparaissent, les cristaux qu�ils engen-dreraient ne peuvent pas se d�velopper. Cette situation, favorable pour la vitrification, doit �tre modifi�e si l�on entend justement produire une d�vitrification. La nucl�ation peut appara�tre spontan�ment ou �tre provoqu�e. Dans le premier cas, elle peut r�sulter d�une fluctuation al�atoire due � l�agitation thermique et qui am�ne localement les constituants de la fonte � un rapport favorable � un d�but de cristallisation.</p><p>En g�n�ral, le domaine int�ress� reste � l��tat embryonnaire, et l�embryon se redissout ; mais, s�il acquiert d�embl�e une dimension suffisante, cet embryon constitue un noyau � partir duquel la cristallisation peut se poursuivre. Dans le second cas, on ensemence : on provoque l�apparition de germes en utilisant la diff�rence de solubilit� d�un �l�ment secondaire � haute et � plus basse temp�rature. Ainsi, les fluorures sont dissous � la temp�rature normale de fusion des verres, mais pr�cipitent en tr�s fins cristaux uniform�ment r�partis lors du refroidissement, ce qui conf�re au verre un aspect laiteux (verres opales). Dans des conditions analogues, l�or dissous sous forme ionique pr�cipite sous forme collo�dale, quand il passe � la forme m�tallique, en donnant une belle couleur rouge rubis au verre. L�argent a donn� lieu �</p><p>une int�ressante particularit� : lorsqu�il est dissous dans le verre sous la forme ionique et en pr�sence de sels de c�-</p><p>rium, on observe un transfert de charge sous l�influence d�un photon, suivant l��quation</p><p>Les germes d�argent m�tallique for-m�s sous l�action de la lumi�re seront ensuite d�velopp�s par un traitement thermique convenable en colorant le verre l� seulement o� il aura �t� frapp� par la lumi�re (verres photosensibles).</p><p>Si l�on favorise la cristallisation des silicates eux-m�mes, par exemple en choisissant un verre de base SiO2�</p><p>Li2O, les microcristaux obtenus comme pr�c�demment sous l�influence de la lumi�re seront plus attaquables que la phase rest�e vitreuse et pourront �tre �limin�s. On peut ainsi graver et percer les verres par report photographique.</p><p>Structure mol�culaire</p><p>des verres</p><p>Toute hypoth�se structurale doit rendre compte du fait que les verres ayant des propri�t�s isotropes, au moins � l��chelle macroscopique, doivent pr�-</p><p>senter � cette �chelle une structure d�sorganis�e. Pourtant, les spectres de rayons X montrent qu�� courte distance, � l��chelle mol�culaire, il r�gne un certain ordre. Ainsi, le motif structural des verres � base de silice est le m�me et est constitu� par une disposition t�tra�drique d�ions oxyg�ne entourant un ion silicium. On le repr�sente par [SiO4]. Chaque ion oxyg�ne est le point de d�part d�un autre t�tra�dre, de sorte que, globalement, la formule est SiO2.</p><p>Zachariasen a �nonc� d�s 1931 les r�gles g�n�rales auxquelles semblent</p><p>r�pondre les oxydes aptes � donner des verres et auxquelles satisfont effectivement les oxydes R2O3, RO2 et R2O5.</p><p>1. La coordinance du cation R doit �tre petite.</p><p>2. L�oxyg�ne ne peut �tre li� � plus de deux cations.</p><p>3. Les poly�dres constitu�s par les oxyg�nes ne peuvent avoir qu�un sommet commun et non une ar�te ou une face.</p><p>downloadModeText.vue.download 273 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11484</p><p>4. Trois sommets au moins de chaque poly�dre doivent appartenir en m�me temps � d�autres poly�dres.</p><p>Ces conditions imposent la forma-</p><p>tion d�un r�seau tridimensionnel peu compact. Outre la silice SiO2, l�anhydride borique B2O3 et l�anhydride phosphorique P2O5 sont effectivement connus sous forme vitreuse. Les cations correspondants Si4+, B3+ et P5+</p><p>sont dits formateurs de verres, et les ions oxyg�ne assurant la liaison sont dits oxyg�nes pontants. Ce sont ces liaisons qui se rel�chent plus ou moins sous l�effet de la temp�rature et provoquent la diminution de la viscosit�.</p><p>Lorsqu�on introduit dans le r�seau un tiers �l�ment M, tel qu�un ion alcalin (Na+) ou alcalino-terreux (Ca2+), il n�arrive pas seul, car, pour �tre ionis� lors de la fonte, il doit provenir d�un sel g�n�ralement oxyg�n� : c�est le cas pour le sulfate de sodium SO4Na2, le carbonate de sodium CO3Na2 ou le carbonate de calcium CO3Ca, qui sont d�ailleurs, avec le sable, les constituants majeurs des verres courants. Ces corps �taient appel�s des fondants (Na) ou des stabilisants (Ca). Les mol�cules d�oxyg�ne apport�es ainsi en suppl�-</p><p>ment des autres mol�cules d�oxyg�ne figurant dans les oxydes des formateurs contribuent � rompre la liaison suivant le sch�ma ci-dessous :</p><p>De tels oxyg�nes sont dits non-pontants. Ils correspondent � la coupure de liaison covalente forte au profit d�une liaison ionique labile. Le cation M joue le r�le essentiel dans la conductivit�,</p><p>car, peu li�, il reste relativement mobile. Ne participant pas directement � la formation du r�seau, il en modifie cependant les propri�t�s. On d�signe de tels cations sous le nom de modificateurs. Le r�seau ainsi affaibli permet une plus grande fluidit�, qui peut aller jusqu�� autoriser les r�arrangements n�cessaires pour une cristallisation.</p><p>Ainsi, si le verre de silice SiO2, avec son rapport ne comporte que des</p><p>oxyg�nes pontants et est encore visqueux � 2 000 �C, le m�tasilicate SiO2, ne donne que de mauvais</p><p>verres et le m�tasilicate, avec un rapport n�est pas obtenu sous forme</p><p>vitreuse. Pourtant, lorsque les cations modificateurs M sont nombreux et</p><p>vari�s en charge et en diam�tre, ils g�nent une cristallisation �ventuelle, et leurs r�pulsions mutuelles contribuent � maintenir un certain �quilibre d�sordonn� � l�int�rieur des bribes de r�seau restant, en conduisant � des verres invers�s.</p><p>Pour rendre compte du d�sordre �</p><p>grande distance, Aleksandr Alekse�evitch Lebedev admettait, d�s 1921, qu�� courte distance des microcristaux de compos�s d�finis intervenaient, mais que ces cristallites �taient d�sorient�s les uns par rapport aux autres d�s qu�on observait un volume suffisant. � partir de 1936, Warren a supput� la formation d�un r�seau tridimensionnel continu, mais affect� d�erreurs de construction qui finissaient par masquer toute p�riodicit� du r�seau.</p><p>Aujourd�hui, on s�accorde � penser que les deux hypoth�ses sont n�cessaires pour rendre compte de l�ensemble des propri�t�s des �tats vitreux. Cependant, elles ne constituent que des cas limites, id�aux. On peut admettre que le r�seau l�che qui caract�rise l��tat vitreux et qui se construit � partir d�un germe essaie de respecter des stoechiom�tries locales, mais accepte des d�fauts qui contribuent � distordre le cristal en formation. Lors de sa croissance, celui-ci rejette � la p�riph�rie ce qui n�est pas directement utilisable pour la construction en cours et dont l�accumulation � la p�riph�rie interdit la poursuite.</p><p>Il appara�t une zone fronti�re au-del� de laquelle le processus de croissance peut recommencer.</p><p>Le verre appara�trait ainsi comme par essence granulaire, et ses granula-tions ont �t� effectivement observ�es au microscope �lectronique dans de multiples occasions.</p><p>I. P.</p><p>F Four / Verrerie / Vitroc�rame.</p><p>&amp; J. D. Mackenzie, Modern Aspects of the Vitreous State (Londres, 1960-1962 ; 2 vol.). /</p><p>W. A. Weyl et E. C. Marboe, The Constitution of Glasses. A Dynamic Interpretation (Londres, 1963-1967 ; 2 vol.). / W. Eitel, Silicate Science.</p><p>A Treatrise, t. II : Glasses, Enamels, Slags (New York, 1965). / H. Scholze, Glas. Natur, Struktur und Eigenschaften (Brunswick, 1965 ; trad. fr.</p><p>le Verre. Nature, structure et propri�t�s, Institut du verre, 1969). / P. Piganiol, les Industries verri�res (Dunod, 1966).</p><p>verrerie</p><p>Ensemble des industries productrices d�objets en verre.</p><p>Usine o� s�effectuent des fabrications verri�res.</p><p>Classe de produits fabriqu�s en verre.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>On distingue plusieurs cat�gories de verreries, pour des raisons techniques de fabrication, pour la destination des produits et le lieu des march�s, parfois pour des raisons historiques.</p><p>y Les industries de verres plats :</p><p>� glaceries (glaces claires et de couleur, dalles, opalines) ;</p><p>� verreries de verre � vitre ;</p><p>� verreries de verres coul�s (verres imprim�s, arm�s, ondul�s).</p><p>y Les industries de verres creux :</p><p>� bouteilleries ;</p><p>� verreries de flaconnage.</p><p>y Les industries du verre en fibres ou fils (isolation et textile).</p><p>y Les verreries sp�cialis�es :</p><p>� verrerie scientifique (�clairage, t�l�-</p><p>vision, lunetterie, etc.) ;</p><p>� fabriques de verres de couleur (si-</p><p>gnalisation, vitraux).</p><p>Ces types d�industries sont hautement m�canis�es et assurent une production de masse. Il existe aussi les verreries � la main et les verreries semi-automatiques, destin�es � satisfaire un march� plus �troit, souvent en pi�ces de qualit�, ou constituant le prolongement des anciennes verreries artisanales. On y retrouve :</p><p>� des usines de flaconnage (parfumerie, pharmacie, etc.) ;</p><p>� des usines de gobeleterie (verrerie de table, vases, etc.) ;</p><p>� des usines sp�cialis�es : ampoules d��clairage, tubes et baguettes, verro-teries (perles, boutons, fausses pierres, etc.) ;</p><p>� les cristalleries (verres d�art).</p><p>On classe sous la m�me rubrique industrielle la verrerie souffl�e au chalu-meau. On r�serve le nom de miroiteries aux ateliers dans lesquels s�effectuent le fa�onnage et la transformation des verres plats (argenture, gravure, etc.) et des verres creux (taille, d�coration).</p><p>Les diff�rentes formes prises par l�industrie verri�re ont en commun un certain nombre d�op�rations qui s�effectuent aujourd�hui dans des ateliers ou halles sp�cialis�s :</p><p>� l�atelier de composition, o� se pr�pare le m�lange des mati�res</p><p>vitrifiables ;</p><p>� la halle de fusion, domin�e par la pr�sence des fours de fusion et de leurs annexes ;</p><p>� la halle des fours de recuisson.</p><p>Viennent s�intercaler dans cette</p><p>cha�ne ou la suivre, selon le proc�d� utilis� et la nature du verre produit :</p><p>� les installations de formage (coul�e, laminage, �tirage, soufflage, pressage, etc.) ;</p><p>� la halle de douci-poli dans les glaceries classiques ;</p><p>� la recette (verre � vitre), l�estimation (glace), la d�coupe (verre plat en</p><p>continu), le triage (verre creux).</p><p>Certains fa�onnages sont effectu�s directement � la verrerie et non en mi-downloadModeText.vue.download 274 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11485</p><p>roiterie, lorsque l�op�ration s�int�gre logiquement dans une cha�ne continue (trempe, etc.).</p><p>Historique</p><p>On ne saurait parler de verrerie pour d�signer de petits ateliers �pars o� se fondaient les verres les plus primitifs trouv�s dans les tombes. N�anmoins, du point de vue arch�ologique, une grande incertitude r�gne encore sur les lieux o� se pratiquait l�art du verrier et sur les moyens que celui-ci employait.</p><p>On a voulu lier ces lieux � la pr�sence de mat�riaux indispensables, � la pr�-</p><p>existence d�arts du feu voisins (poterie, fa�ence), dont le verre pouvait constituer une gla�ure, et � une m�tallurgie primitive, dont certaines scories pouvaient vitrifier. La pr�sence de combustibles, tels les bois du Liban, a fait penser � une possibilit� d�ateliers semblables aux forges de for�ts ; mais les d�couvertes de t�moins indubitables de fours destin�s � fondre du verre sont inexistantes pour les plus hautes �poques et rares pour les �poques historiques. Une des d�couvertes les plus r�centes (1966) est la mise au jour � Samarie des vestiges d�un petit four � cuve dont le fond �tait encore couvert d�une couche de verre ; ce four est dat� entre le IVe et le VIe s. L�aire de r�partition d�objets fun�raires de type caract�-</p><p>ristique (cornes � boire en verre, verres apodes) trouv�s au cours de fouilles m�rovingiennes a permis de supposer l�existence de quelques centres de production dans l�Ardennois. Des traces de feu et de tessons ont �t� effectivement d�cel�es � la fronti�re franco-belge et plus largement de l�Argonne � la for�t de Saint-Gobain (Aisne). Les fours devaient �tre du type igloo. On a m�me trouv� une grotte am�nag�e pour servir de four. En l�absence de chemi-</p><p>n�e de tirage, qui n�appara�t qu�au Xe ou au XIe s., les temp�ratures atteintes ne permettent de fondre que des verres tendres. De cette �poque datent les plus anciens fours retrouv�s en Allemagne. Si les premi�res verreries sont �tablies dans des r�gions bois�es qui fournissent le combustible et parfois les cendres potassiques (for�ts de Boh�me, de Cirey-sur-Vezouze et de Saint-Gobain en France), les nouvelles verreries se rapprochent des bassins houillers (nord de la France, Lorraine, Ruhr, r�gion de Manchester) lorsque le charbon commence � �tre utilis�, soit directement, soit pour fournir le gaz de gazog�ne. Aux �tats-Unis, o� le gaz naturel a �t� tr�s t�t utilis�, les verreries deviennent nomades pour suivre le gaz lorsqu�un gisement est �puis�. Ailleurs, ce sont les gisements de mati�res premi�res pond�reuses qui fixent le site (sable de Nemours, de Campine).</p><p>Enfin, la facilit� des transports de ces mati�res par voie fluviale fait passer au premier rang le probl�me du transport des objets finis encombrants : les verreries de verre creux (bouteillerie, flaconnage) s�implantent pr�s des lieux d�embouteillage (Bordelais, r�gion de Cognac, Bourgogne pour les vins et les alcools ; Massif central et Est pour les eaux min�rales ; r�gion parisienne pour la parfumerie et la pharmacie).</p><p>Mati�res premi�res et</p><p>composition des verres</p><p>Les verres ne peuvent �tre consid�-</p><p>r�s comme des silicates autant que ce terme implique des rapports mol�culaires d�finis. Sauf exception, comme le verre de silice, ils ne sont pas stoechiom�triques. La plupart des verres courants ont une composition exprim�e en poids pour cent d�oxydes, comprise dans les limites suivantes :</p><p>1o silice (SiO2), �ventuellement alumine (Al2O3) : de 69 � 75 p. 100 ; 2o oxyde de sodium (Na2O), �ventuellement oxyde de potassium (K2O) : de 11 � 16 p. 100 ;</p><p>3o chaux (CaO), �ventuellement ma-gn�sie (MgO) : de 10 � 15 p. 100.</p><p>L�oxyde de sodium est aujourd�hui</p><p>apport� par le carbonate de sodium CO3Na2. C�est le seul produit de base fabriqu� artificiellement ; les autres produits sont naturels : sable quart-zeux, calcaire, dolomie, magn�sie, feldspath, etc.</p><p>Les sources de soude ont �t� � l�origine le nitre, les cendres des plantes du d�sert, exceptionnellement riches en soude. L�usage des cendres des plantes des for�ts appara�t au Xe s. ; ces cendres apportent en m�me temps de la chaux et de la magn�sie. Elles ont �t� utilis�es pendant tout le Moyen �ge. L�importation des soudes d�Espagne, la r�colte du salp�tre (nitrate de potassium) se sont poursuivies en France jusqu�au d�but du XIXe s., date � laquelle appara�t la fabrication de sels de sodium � partir du sel marin (proc�d� Leblanc</p><p>[1790], puis Solvay [1861-1865], dont le carbonate de sodium est encore universellement utilis�).</p><p>Le r�le stabilisant de la chaux, qui diminue l�attaque des verres alcalins par l�eau, n�a �t� reconnu qu�au XVIIIe s.</p><p>Auparavant, la chaux �tait, en fait, apport�e au titre d�impuret� par les sables coquilleux et par les cendres. Elle se trouve aujourd�hui dans le calcaire (CO3Ca). En dehors de ces �l�ments essentiels, de nombreux constituants mineurs entrent dans la composition du verre : l�alumine pour agir sur la viscosit�, la magn�sie pour lutter contre la d�vitrification, le mangan�se pour d�colorer les verres contenant du fer, le sulfate, l�arsenic, pour faciliter l�affinage, etc. La plupart des mati�res premi�res utilis�es apportent simultan�-</p><p>ment plusieurs �l�ments ; leur analyse pr�cise doit pr�c�der le calcul d�une composition.</p><p>downloadModeText.vue.download 275 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11486</p><p>EXEMPLE DE CALCUL DE COMPOSITION.</p><p>Soit � r�aliser un verre comprenant 72 p. 100 de silice (SiO2), 15 p. 100</p><p>de soude (Na2O), 11 p. 100 de chaux (CaO) et 2 p. 100 de magn�sie (MgO).</p><p>On part de sable, de carbonate de sodium et de calcaire suppos�s purs, et de dolomie, qui apportera la magn�sie</p><p>recherch�e, mais dont l�analyse donne MgO : 21,7 p. 100, CaO : 30,4 p. 100 et montre une perte au feu de 47,8 p. 100.</p><p>L�affinage est assur� par du sulfate de sodium, qui apporte 5 p. 100 de Na2O.</p><p>Apr�s calcul, le m�lange vitrifiable sera ainsi choisi : sable 100, carbonate de sodium 23,73, sulfate de sodium 15,9, calcaire dolomie 4,95. Pour h�ter la r�duction du sulfate, on ajoutera une partie de charbon broy�.</p><p>Fabrication du verre</p><p>Le m�lange des mati�res</p><p>premi�res</p><p>Le m�lange vitrifiable est r�alis� en vi-dant des silos sp�cialis�s par mati�res sur des balances automatiques, un pr�-</p><p>m�lange se r�alisant sur une courroie transporteuse qui re�oit les mati�res pes�es. Le m�lange est achev� dans de grands tambours tournants et est conduit par bennes ou par courroies jusqu�� l�entr�e du four. Autrefois et aujourd�hui encore dans les verreries � la main utilisant des pots, l�enfour-nement est fait progressivement � la cuiller, en fonction de l�avancement de la fusion. On ajoute presque toujours � la composition ainsi pr�par�e des d�bris de verre (groisil ou calcin) dans la proportion de 10 � 30 p. 100.</p><p>En se ramollissant, ce verre s�oppose � la s�gr�gation des mati�res d�s le d�but de la fonte. Ce calcin de r�cup�ration (casse, d�coupe, fond de coul�e) a �t� jug� si utile que certaines usines fabriquent leur propre calcin au cours de campagnes sp�cialis�es d�un des fours.</p><p>La halle de fusion</p><p>Le four de verrerie a surtout �volu� lorsqu�on est pass� du four � pots au four � cuve. Les pots de r�fractaire monolithes dont la capacit� pouvait atteindre en glacerie 1 000 litres, �taient entour�s par les flammes du four. Ils ont c�d� la place, pour les productions de masse, � la cuve de blocs r�fractaires ma�onn�s, dont la capacit� peut atteindre plusieurs milliers de tonnes, alors que la quantit� de verre fondue journellement peut d�passer 500 t.</p><p>La fusion proprement dite est une suite de r�actions complexes. � partir de 600 �C, il se forme d�s la phase solide un carbonate double de sodium</p><p>et de calcium (CO3)2Na2Ca. � 780 �C, l�eutectique carbonate de sodium-carbonate double fond et r�agit sur la silice, alors qu�� 1 010 �C commence l�action directe sur la silice de la chaux provenant de la dissociation de l�exc�s de carbonate. La fusion est consid�r�e comme achev�e � la temp�rature de 1 250 �C. On �l�ve ensuite la temp�rature jusqu�au-dessus de 1 400 �C pour diminuer la viscosit� de la masse de verre fondu et permettre l��limination rapide des bulles form�es au cours des r�actions. C�est la phase d�affinage.</p><p>Les agents affinants, tels que le sulfate de sodium ajout� � la composition, pr�-</p><p>sentent � haute temp�rature une courbe abrupte de d�composition qui provoque la formation de grosses bulles entra�-</p><p>nant dans leur sillage les bulles plus fines. Ces grosses bulles ont, en outre, l�avantage de brasser les diff�rentes couches de verre et de les homog�n�iser. Ce brassage peut �tre obtenu par des moyens ext�rieurs � la composition. On introduisait autrefois des ma-ti�res organiques humides � bois vert, betteraves � dans le bain (maclage) ; l�op�ration moderne se fait en utilisant une cr�pine dans la sole, par laquelle on insuffle des gaz (bouillonneurs). Le brassage peut r�sulter du d�placement m�canique d�une palette r�fractaire appel�e guinand. Le guinandage se poursuit dans les pots de verre d�optique pendant une partie de la phase suivante, appel�e la braise. La braise est le refroidissement progressif du bain pour amener le verre � une viscosit� suffisante afin qu�il puisse �tre cueilli ou fa�onn� (formage). Elle doit �tre conduite d�une mani�re suffisamment prompte pour que la d�vitrification ne se produise pas et pas trop rapide pour que l�homog�n�it� du bain ne soit pas alt�r�e. Dans les fours � pots, les trois op�rations de fusion, d�affinage et de braise se succ�dent dans le temps. Les fontes sont donc p�riodiques et s��talent ordinairement sur une journ�e.</p><p>Dans les fours continus � cuve, ces trois phases se retrouvent dans l�espace et en fonction de la courbe de temp�-</p><p>rature qu�on �tablit longitudinalement dans le four par la disposition des br�-</p><p>leurs, d��crans ou de barrages.</p><p>Dans les halles de fusion modernes</p><p>o� l�on trouve les am�liorations techniques les plus importantes, la conduite des fours est automatique, et le bureau de pyrom�trie est devenu le cerveau �lectronique des op�rations.</p><p>Le formage</p><p>Les premi�res mises en forme d�objets de verre retrouv�s lors de fouilles arch�ologiques semblent �tablir un lien avec les gla�ures appos�es sur un corps de poterie. La poterie, roul�e dans une poudre susceptible de vitrifier par fusion, a d� conduire � plonger un noyau friable dans un bain de mati�re vitrifi�e, noyau qui �tait ensuite �limin�. Une autre technique consistait � enrouler � spires jointives une corde de verre mou, � en provoquer la refu-sion et � �liminer de m�me le support.</p><p>Ces vases, de petites dimensions, avaient �t� pr�c�d�s de perles fa�on-n�es � la pince ou estamp�es (perle du cartouche d�Amenhotep, l�architecte d�Am�nophis III [de 1425 � 1380 av.</p><p>J.-C.]). Les verres, jusqu�alors plus ou moins opaques et color�s, apparaissent clairs au d�but de l��re chr�tienne, en m�me temps que na�t, probablement en Ph�nicie, la technique du soufflage. Le pr�l�vement du verre fondu � la canne, le soufflage et le travail en forme de l��bauche creuse souffl�e en l�air ou moul�e dans un moule de bois ont permis la magnifique floraison de la verrerie artistique ou utilitaire gallo-romaine.</p><p>L�aptitude du verre, dans un cer-</p><p>tain domaine de viscosit�, � se pr�-</p><p>ter � de multiples modes de travail a donn� naissance au verre souffl�, press�, coul� sur table et roul� ou bien lamin� en continu, �tir� en fibres, etc.</p><p>Le verre plat, utilis� anciennement pour le vitrage commun, �tait obtenu par une technique d�riv�e directement du soufflage des corps creux. Par la force centrifuge d�velopp�e dans une rotation rapide d�un vase large fix� au pontil, le verre mou s��panouissait en un plateau dans lequel on pouvait d�couper des carreaux plats ; le carreau central, ayant gard� la trace du pontil, est recherch� aujourd�hui pour son archa�sme dans certaines fen�tres anciennes. Puis on sut obtenir un manchon souffl� � la canne d�une mani�re</p><p>telle qu�il pr�sentait une large portion cylindrique. Apr�s d�calotage (le d�bouchage) des deux extr�mit�s, le cylindre ouvert �tait refendu (cappage) et plac� dans une arche, o� il se d�formait en s��talant sur la sole plane de l��tenderie. Les premi�res tentatives de m�canisation se sont born�es, en les amplifiant, � reproduire les �tapes du travail � la main. En 1902, J. H. Lub-bers �tira un manchon verticalement, � l�aide d�un palan, � partir d�une poche remplie de verre fondu. Le diam�tre du cylindre ainsi obtenu atteignait 0,80 m, et sa hauteur de 10 � 12 m. Pour �viter la r�traction, qui fut la pierre d�achop-pement de maint verrier songeant � faire du verre plat par �tirage d�une lame plane, une l�g�re pression �tait maintenue dans le cylindre. Le reste de la fabrication �tait, � l��chelle pr�s, ce qui a �t� dit plus haut : cappage, refente et �tendage, les deux derni�res op�rations �tant exerc�es, pour des raisons d�encombrement, sur des segments du cylindre (noch�res). En 1914, �mile Fourcault (1862-1919) met au point le proc�d� qui porte son nom, puis apparaissent en 1917 le proc�d� dit Libbey-Owens, �labor� par I. W. Colburn, et en 1921 le proc�d� Pittsburgh. Ces trois proc�d�s sont tous caract�ris�s par un �tirage vertical, la r�traction de la feuille �tant �vit�e par divers organes. Le couloir vertical de recuisson serait n�cessairement court ; Libbey-Owens a pali� cette difficult� en repliant la feuille pour permettre downloadModeText.vue.download 276 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11487</p><p>la recuisson en �tenderie horizontale.</p><p>Le proc�d� de la glace flott�e, perfectionn� par un �tirage horizontal sur un support constitu� par un bain de m�tal fondu, ce qui permet d�obtenir du verre mince, peut se substituer aux proc�d�s d��tirage du verre � vitre.</p><p>La recuisson</p><p>Cette op�ration est n�cessaire dans tous les cas pour �viter l�apparition de contraintes permanentes g�n�ratrices de casses. Autrefois, elle s�effectuait dans des arches fixes, o� �taient trans-</p><p>port�s les objets fa�onn�s et dans lesquelles le refroidissement �tait retard� par un certain contr�le de la temp�-</p><p>rature de l�enceinte. La recuisson en continu des glaces coul�es sur table apparut avec le stracou.</p><p>Actuellement, la recuisson du verre plat aussi bien que du verre creux s�effectue dans de longs fours-tunnels, dans lesquels le verre plat chemine sur des rouleaux et le verre creux est entra�n� par un tapis mobile. Des r�sistances �lectriques permettent de r�gler la temp�rature le long de ces enceintes, qui se terminent par une zone de refroidissement acc�l�r� par le souffle de ventilateurs. � la fin de la recuisson, les objets fabriqu�s sont utilisables tels quels (bouteilles, etc.) ou apr�s d�coupe (verre � vitre, verre flott�) ; d�autres doivent �tre encore travaill�s (doucissage et polissage des glaces classiques), soumis au refoulage des verres d�optique � partir de morceaux choisis et mis au poids, d�cor�s (taille du cristal), etc. Mais l�essentiel de la verrerie s�arr�te au moment o� le verre fondu est revenu � la temp�rature ordinaire, sous la forme voulue et sans accident. Le verre doit, cependant, �tre encore estim�, tri� pour �liminer les d�fauts de fusion (infondus, pierres, etc.), les d�fauts de p�te (ondes, bulles, etc.), les d�fauts superficiels (p�tures, accrocs, etc.). Il entre alors dans le cycle commercial avec l�emballage et l�exp�dition.</p><p>I. P.</p><p>F Bouteillerie / Chimiques (industries) / Fibre de verre / Four / Glacerie / Isolation thermique /</p><p>R�fractaire (produit) / Verre.</p><p>&amp; N. Katchaloff, le Verre (en russe, Moscou, 1959). / G. S. Duncan, Bibliography of Glass (Sheffield, 1960). / W. Giegerich et W. Trier (sous la dir. de), Glasmaschinen (Berlin, 1964). /</p><p>J. Philippe, Initiation � l�histoire du verre (Impr.</p><p>B�nard, Li�ge, 1964). / P. Piganiol, le Verre, son histoire, sa technique (Hachette, 1965) ; les Industries verri�res (Dunod, 1966). / R. Persson, Flat Glass Technology (Londres, 1969).</p><p>Quelques affaires</p><p>de l�industrie verri�re</p><p>Boussois-Souchon-Neuvesel-Ger-</p><p>vais-Danone, soci�t� anonyme fran-</p><p>�aise constitu�e en 1908 et issue de la fusion de la Compagnie des glaces et verres sp�ciaux du Nord avec la Compagnie des glaces et verres sp�ciaux de France. Entre 1937 et 1950, elle absorbe trois soci�t�s : la Soci�t� des verreries m�caniques franco-belges, la Soci�t� anonyme belge des verreries de Saint-Martin et la Soci�t� franco-belge pour la fabrication m�canique du verre. En 1961, devenue Glaces de Boussois, elle prend un int�r�t majoritaire dans la Compagnie internationale pour la fabrication m�canique du verre � Mecaniver �. En 1962, elle se dote des moyens d�une croissance interne dynamique avec l�acquisition de la licence float glass de la soci�t� anglaise Pilkington Brothers. En 1966, elle reprend sa croissance externe avec l�acquisition de la soci�t� Verrerie Souchon-Neuvesel. Le groupe prend d�s lors la d�nomination de Boussois-Souchon-Neuvesel (B. S. N.). Il renforce ses positions dans le domaine du verre creux en acqu�rant en 1967 les Verreries Hemin fr�res et en 1968 la Verrerie de Gironcourt. En d�cembre 1968, une offre publique d��change de titres de Saint-Gobain �choue.</p><p>Boussois-Souchon-Neuvesel se tourne alors vers le secteur alimentaire et, la m�me ann�e, prend une participation majoritaire dans la Soci�t� europ�enne de brasserie, absorb�e deux ans plus tard. En 1970, la Brasserie de Kronenbourg entre � son tour dans le groupe, suivie de la soci�t� des Eaux min�rales d��vian-les-Bains, puis de la soci�t� B�b�-Confort. Dans le secteur du verre, le groupe accro�t ses actifs � l��tranger par le renforcement du contr�le sur la soci�t� allemande Flachglas AG. � Delog/Detag �, la soci�t� Detag entrant dans le groupe Flachglas � la suite de sa fusion avec la soci�t� Delog. En 1973, il prend son expansion dans le secteur alimentaire en absorbant Gervais-Danone, l�une des toutes premi�res affaires du secteur lait-fromages. R�partissant ses activit�s entre le verre plat et le verre d�emballage, les produits laitiers, les boissons (bi�re, eau min�rale, jus de fruits), le groupe Boussois-Souchon-Neuvesel-Gervais-Danone est devenu le deuxi�me fabricant de verre en France et en Europe downloadModeText.vue.download 277 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11488</p><p>continentale, le premier producteur de produits laitiers et le premier producteur de bi�re et de jus de fruits sur le march� fran�ais.</p><p>Gerresheimer Glas A. G., premier</p><p>producteur allemand de verre pour bouteilles. Cr��e en 1888, cette soci�-</p><p>t�, dont les trois quarts du capital sont d�tenus par le groupe am�ricain Owens Illinois, lui-m�me premier producteur de verre creux aux �tats-Unis, poss�de six usines, dont la principale, situ�e � D�sseldorf, repr�sente, � elle seule, la moiti� des capacit�s de production de l�ensemble. Ses cinq filiales majoritaires lui permettent de s�int�resser � des secteurs voisins ou compl�mentaires de la branche verre creux : verrerie, r�servoirs en mati�re plastique, carton ondul� et emballage en mati�re plastique destin�s aux industries cosm�tique et pharmaceutique. Cette politique de diversification est proche de celle que suit Owens Illinois aux �tats-Unis, mais l�activit� initiale du groupe, l�emballage en verre creux, continue d�assurer plus de 80 p. 100 de son chiffre d�affaires.</p><p>Glacerie de Saint-Roch, soci�t� belge constitu�e en 1899. Au cours des derni�res ann�es, elle absorbe successivement les Glaceries de la Sambre, les Verreries Bennert Bivort et Courcelles r�unies et la soci�t� Sopaverre. Sp�cialis�e dans la production de verre coul�, de vitrage et de glaces, elle fait partie du groupe fran�ais Saint-Gobain-Pont-</p><p>�-Mousson, avec lequel elle exploite en commun le proc�d� float glass. Elle g�re �galement un portefeuille d�actions de soci�t�s sp�cialis�es dans le secteur de la verrerie.</p><p>Glaverbel Mecaniver, soci�t� belge cr��e en avril 1921 sous le nom de Mecaniver S. A. Apr�s avoir absorb� le 1er janvier 1973 la soci�t� Glaverbel, elle-m�me issue, de la fusion, en 1961, de la Soci�t� anonyme glaces et verres (Glaver) et de l�Union des verreries m�caniques belges (S. A. Univerbel), ce groupe belge appartient lui-m�me au groupe fran�ais Boussois-Sou-</p><p>chon-Neuvesel-Gervais-Danone, pour le compte duquel il contr�le une partie importante des soci�t�s du secteur verre, en particulier Boussois S. A., soci�t� fran�aise sp�cialis�e dans le verre plat, et Flachglas AG. � Delog/</p><p>Detag �, soci�t� allemande disposant de plusieurs filiales en Autriche. Sur le plan industriel, il exploite les brevets conc�d�s par la soci�t� am�ricaine Libbey Owens Ford Company.</p><p>Libbey Owens Ford Company, so-</p><p>ci�t� am�ricaine fond�e en 1916 sous la d�nomination Libbey-Owens-Sheet Glaces Company et qui n�a adopt� la raison sociale actuelle qu�en 1968. Sp�cialis�e dans la fabrication de verre de s�curit� destin� � l�automobile, elle se situe sur le plan du verre � vitre au second rang, apr�s Pittsburgh Plate Glass Industries. Diversifiant ses activit�s, elle acquiert en 1968</p><p>Aeroquip Corporation, qui fabrique des tuyaux et des raccords flexibles ; puis, en 1970, elle aborde le secteur des mati�res plastiques en absorbant la soci�t� Woodall Industries et la soci�t� Dominion Ornamental, devenue Dominion L-O-F Inc. Le groupe dispose aux �tats-Unis de sept usines, r�parties dans six �tats diff�rents. Une dizaine de filiales, toutes situ�es sur le continent nord-am�ricain, se r�partissent les diverses activit�s compl�mentaires de celles de la soci�t� m�re. Parmi ces filiales, la soci�t� Aeroquip d�tient elle-m�me une participation dans diff�-</p><p>rentes soci�t�s qui, r�parties dans les principaux pays d�Europe et au Br�sil, sont sp�cialis�es dans la fabrication de tubes destin�s en particulier � l�industrie a�ronautique.</p><p>Owens Illinois Inc., soci�t� am�ricaine cr��e en 1907 sous la d�nomination Owens Bottle Machine Company et qui n�a adopt� sa raison sociale actuelle qu�en 1965. L�essentiel de sa production est concentr� sur le verre d�emballage et sur toute forme d�emballage : r�cipients en verre, en plastique, emballages non r�cup�rables en papier ou en carton, capsules de bouteilles, etc. Dans le domaine du verre, le groupe �tend ses activit�s, hors de l�emballage, � la fabrication de tubes cathodiques, de verrerie de laboratoire, d�isolants ou de vaisselle.</p><p>Employant environ 50 000 personnes dans ses cent dix usines install�es sur le territoire am�ricain, Owens Illinois Inc. est pr�sent dans seize pays �trangers, notamment l�Europe, l�Am�rique du Sud, le Canada, l�Afrique du Sud, le Japon et l�Australie, o� sont r�parties cinquante usines occupant plus de 20 000 personnes. En amont de sa production de verre et de papier, le groupe, qui poss�de environ trente-cinq filiales, exploite une importante surface de fo-r�ts aux �tats-Unis.</p><p>Pilkington Brothers, soci�t� britannique cr��e en 1894. Premier producteur de verre en Grande-Bretagne et troisi�me producteur europ�en, apr�s les groupes fran�ais Saint-Gobain-Pont-�-Mousson et Boussois-Souchon-Neuvesel-Gervais-Danone, ce groupe a l�avantage, sur les autres affaires du secteur, d��tre l�inventeur du proc�d� float glass, qui permet la production du verre plat dans de meilleures conditions de prix et avec des contraintes techniques inf�rieures. La majorit� des grands fabricants dans le monde b�n�ficie de la licence de Pilkington Brothers, qui retire des brevets ainsi conc�d�s pr�s de la moiti� de ses b�-</p><p>n�fices consolid�s. Le groupe est lui-m�me sp�cialis� dans la fabrication du verre plat (vitres, glaces flott�es, vitrages, isolants, etc.), dont il est le seul producteur britannique. Cependant, il n�assure pas seul les besoins du march�, puisqu�il limite ses ventes � environ 10 p. 100 des besoins du Royaume-Uni. Il fabrique �galement des verres de s�curit� feuillet�s, des fibres de verre et des isolants. Le verre creux ne constitue qu�une faible part de son activit� d�ensemble. Au Royaume-Uni, sept usines se partagent la production du verre plat. Outre-mer, dix-sept usines se situent pour plus de la moiti� en Afrique du Sud et en Australie, pour le reste en Su�de, au Canada, en Argentine, en Rhod�sie, en Inde, en Malaisie, � Singapour et en Nouvelle-Z�lande.</p><p>Parmi ses filiales, le groupe compte quatre soci�t�s au Royaume-Uni et huit � l��tranger.</p><p>Pittsburgh Plate Glass Industries Inc., affaire am�ricaine cr��e en 1880</p><p>en Pennsylvanie sous la d�nomina-</p><p>tion New York City Plate Glass. En</p><p>1883, elle prend la raison sociale de Pittsburgh Plate Glass Company et d�veloppe ses activit�s dans le secteur du verre plat. Devenue le premier producteur am�ricain dans ce domaine, elle �tend son champ d�action aux secteurs proches du verre et aux produits chimiques. Enfin, en 1968, elle adopte sa d�nomination actuelle. Ses activit�s sont r�parties entre de nombreux groupes de produits : verre plat destin� � la construction et � l�industrie automobile, fibre de verre destin�e � l�industrie des mati�res plastiques, des pneumatiques, des textiles, peintures et laques, produits chimiques divers, tels qu�engrais, insecticides, teintures ou produits de base de la chimie min�rale.</p><p>Son potentiel industriel rassemble quarante usines aux �tats-Unis et douze au Canada. Ses produits sont surtout distribu�s aux �tats-Unis et au Canada.</p><p>� l��tranger, le groupe est implant� en Am�rique du Sud, en Extr�me-Orient et en Europe, en particulier en France par sa filiale Corona, sp�cialis�e dans la fabrication de peintures.</p><p>Rockware Group Ltd, soci�t� bri-</p><p>tannique cr��e en 1919 sous la d�nomination Rockware Glass Syndicate Ltd. Devenue en 1951 Rockware Glass Ltd, elle adopte son appellation actuelle en 1966. Les filiales, d�tenues � 100 p. 100, se r�partissent les activit�s de l�ensemble : emballages en verre et mati�res plastiques. La soci�t�, dont les actifs industriels sont repr�sent�s par quatre usines et dont les divers �l�-</p><p>ments s�articulent autour d�une soci�t� holding, Rockware Group, est filiale du groupe Slater Walker, sp�cialis� dans les secteurs de la construction et du b�timent.</p><p>Saint-Gobain-Pont-�-Mousson,</p><p>V. CHIMIQUES (industries).</p><p>United Glass Ltd, soci�t� britannique cr��e en 1913 sous la d�nomination United Glass Bottle Manufacturer.</p><p>Apr�s avoir pris le contr�le de plusieurs entreprises sp�cialis�es dans la production du verre d�emballage, elle adopte en 1959 sa raison sociale actuelle et devient le premier fabricant britannique de verre creux. Deux groupes de l�Am�rique du Nord, l�un Owens Illinois, le premier fabricant</p><p>am�ricain de verre d�emballage, l�autre Distillers Seagrams, le premier producteur de boissons au Canada, se partagent, � parts �gales, le capital d�United Glass Ltd depuis 1969, � la suite d�une offre publique d�achat r�ussie � la Bourse de Londres. Depuis cette date, la soci�t� r�investit la totalit� de ses b�n�fices dans la production de verrerie. D�autre part, par l�interm�-</p><p>diaire de quatre filiales, elle s�int�resse � la production de mati�res plastiques, � la fabrication de conteneurs en verre et de vaisselle ainsi qu�� l�engineering.</p><p>J. B.</p><p>Verrocchio</p><p>(Andrea di Cione,</p><p>dit del)</p><p>Sculpteur italien (Florence 1435 - Venise 1488).</p><p>Bien qu�ayant re�u une formation</p><p>d�orf�vre dans l�atelier d�un ma�tre obscur, Giuliano Verrocchi, auquel il doit son nom, il pratique tous les arts, mais principalement la sculpture, et l�atelier qu�il cr�e dans sa ville natale rivalise avec celui des fr�res Pollaiolo*</p><p>pour donner un nouvel �lan � l�art florentin, un peu amoindri par les successeurs de Donatello*.</p><p>Parmi ses clients figurent les M�dicis, qui lui confient les travaux les plus vari�s � restaurations d�antiques, dont un Marsyas (Florence, mus�e des Offices), bustes, lavabo de marbre orn� de figures de harpies au souple et intense pouvoir d�coratif (Florence, sacristie de San Lorenzo) � et lui commandent aussi des ouvrages importants, tel le tombeau de Pierre et Jean de M�dicis (1472, sacristie de San Lorenzo), en bronze et marbre vert, d�cor� seulement de motifs ornementaux � base de lauriers, d�acanthes et d�inscriptions latines. Par son autorit� et sa grandeur, cette oeuvre rompt avec la distinction un peu mani�r�e de la sculpture toscane des ann�es 1460, telle que la pratiquent Mino da Fiesole ou Desiderio da Settignano. C�est aussi pour les M�-</p><p>dicis que Verrocchio sculpte son David (1476, mus�e du Bargello), empreint downloadModeText.vue.download 278 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11489</p><p>d�une sorte de tension ironique presque inqui�tante.</p><p>Mais il re�oit de nombreuses autres commandes. Vers 1475-1480, pour</p><p>l�autel du baptist�re de Florence, il ex�cute le bas-relief de la D�collation de saint Jean-Baptiste, o� il joue de l�opposition d�une figure juv�nile et charmante � celle du bourreau sauvage (mus�e de l�OEuvre de la cath�drale).</p><p>� l��glise d�Orsammichele, ce go�t des contrastes et de la virtuosit�, issu peut-�tre de son m�tier d�orf�vre, est sensible dans l�important groupe en bronze repr�sentant l�Incr�dulit� de saint Thomas, qui oppose la figure du Christ, tendre et attentif, � un saint Thomas m�fiant et crisp� (v. 1466-1483).</p><p>Dans le m�me temps, l�atelier du</p><p>sculpteur travaille au mausol�e du cardinal Forteguerri (Pistoia, cath�drale) pour les figures du Christ en gloire et des Vertus th�ologales. De ce monument tr�s remani�, le mus�e du Louvre conserve deux plaquettes repr�sentant des anges volant rev�tus d�un foisonnement de boucles et de plumes.</p><p>C�est � Venise que Verrocchio</p><p>meurt, occup� � l��laboration d�une ; statue �questre en bronze, celle du condottiere Bartolomeo Colleoni, que la R�publique v�nitienne souhaite honorer au campo de l��glise Santi Giovanni e Paolo. Le fameux Colleone n�existait encore que sous la forme d�un mod�le en terre quand le ma�tre s��teignit ; il fut coul� par le sculpteur et fondeur Alessandro Leopardi, qui en paracheva le socle en 1496. Plus f�roce que le Gattamelata de Donatello � Padoue, plus �loign� que lui de la tradition antique, le Colleone, les yeux exorbit�s de fureur, dress� les jambes tendues sur un cheval en mouvement, t�moigne d�un souci d�individualiser le mod�le et d�en traduire l�action avec une puissance qui pr�figure presque le dynamisme de l��ge baroque.</p><p>Tension, recherches expressives, observations r�alistes, go�t des �l�ments d�coratifs trait�s avec une pr�cision</p><p>technique souveraine appartiennent � cette derni�re phase du quattrocento qu�on a parfois appel�e n�o-gothique et sont sensibles chez d�autres artistes de la suite de Donatello. Mais Verrocchio d�passe la virtuosit� et l��l�gance, car il a la science des compositions homog�nes et conf�re une profonde vertu expressive aux lignes et aux formes.</p><p>Parlant de � certaines t�tes f�minines charmantes et de coiffures que L�onard ne cesse d�imiter pour leur beaut� �, Vasari signale la place que Verrocchio tient dans la formation de la sensibilit� de L�onard* de Vinci, qui fut son �l�ve de 1470 � 1477 et qui collabora � son principal tableau, le Bapt�me du Christ (Florence, mus�e des Offices).</p><p>M. L.</p><p>&amp; M. Reymond, Verrocchio (Libr. de l�art ancien et moderne, 1906). / L. Planiseig, Andrea del Verrocchio (Vienne, 1941).</p><p>verrue</p><p>Prolif�ration cutan�e saillante, plus ou moins ferme et irr�guli�re, de nature diff�rente suivant qu�il s�agit de verrue vulgaire et de verrue s�borrh�ique.</p><p>Verrues vulgaires</p><p>Dues � un virus, elles sont contagieuses, auto- et h�t�ro-inoculables et de type clinique vari� : vulgaires proprement dites, planes juv�niles, plantaires.</p><p>y Verrues vulgaires. Encore d�nom-m�es poireaux, ce sont des �levures cutan�es, grises, s�ches, de surface mamelonn�e et de volume variant</p><p>de la t�te d��pingle � une petite f�ve.</p><p>Isol�es ou confluentes en nappe, elles si�gent �lectivement � la face dorsale des mains et dans la rainure p�riun-gu�ale. Non inflammatoires, elles deviennent douloureuses quand elles s�enflamment. Apparaissant � tout �ge, elles atteignent surtout les enfants (verrues des �coliers). D��volution chronique, se multipliant parfois subitement, elles durent des ann�es et peuvent dispara�tre subitement.</p><p>y Verrues planes juv�niles. Ce sont des papulettes peu saillantes, de 1 �</p><p>5 mm de diam�tre, rondes ou polygonales, de coloration parfois jaune gris�tre, plus souvent identiques au t�gument avoisinant. Non prurigineuses, dispos�es en stries lin�aires, rares aux doigts, elles si�gent de pr�f�rence � la face et au dos des mains. Atteignant sp�cialement les enfants et les jeunes filles, elles durent des mois, voire des ann�es, mais disparaissent sans laisser de traces.</p><p>y Verrues plantaires. Elles si�gent avec pr�dilection aux points d�appui du pied : talon, t�te des premier, troisi�me et cinqui�me m�tatarsiens, quoiqu�elles puissent occuper n�importe quelle partie de la sole plantaire.</p><p>Oblig�es de prolif�rer en profondeur en raison de la pression du poids du corps, elles diff�rent totalement des verrues vulgaires quant � l�aspect.</p><p>Elles ressemblent � un durillon banal.</p><p>Si l�on abrase � la curette ou au bis-touri le chapeau corn� qui les coiffe, on d�couvre un anneau d�hyperk�ratose qui entoure une l�sion blanche et molle cribl�e de points noirs (section des papilles hypertrophi�es). La pression pratiqu�e juste au centre de la verrue est tr�s douloureuse (douleur exquise). Cette douleur d�clench�e par la station debout appuy�e, augmentant progressivement, rend la marche de plus en plus p�nible, voire impossible. Si la verrue plantaire est le plus souvent unique, les verrues multiples ne sont pas rares. Moins fr�quemment peuvent se voir de</p><p>nombreuses verrues agglom�r�es en placards corn�s simulant des plaques d�hyperk�ratose. Diff�rentes sont les verrues en � mosa�que � de Montgo-mery, observables surtout chez les enfants et les adolescents. Multiples, agmin�es en nappes, elles sont plus petites et beaucoup plus superficielles que les verrues plantaires courantes.</p><p>Verrues s�borrh�iques</p><p>Ce sont des saillies papillaires, arrondies et de dimensions variables (de 5 � 20 mm de diam�tre). Leur surface est recouverte d�une couche plus ou moins �paisse de mati�re s�bac�e, assez ad-h�rente, de couleur gris jaun�tre ou noir�tre. Sous cet enduit d�tach� � la curette, on d�couvre une surface papillaire, grenue, v�g�tante. Les verrues</p><p>sont molles, le plus souvent sessiles, quelquefois l�g�rement p�dicul�es.</p><p>downloadModeText.vue.download 279 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11490</p><p>G�n�ralement en grand nombre, elles si�gent sur les flancs, le dos, le cou, les �paules, plus rarement sur le front. Apparaissant habituellement apr�s la quarantaine, elles peuvent exister avant cet �ge, et le qualificatif de s�niles qu�on leur donne couramment est loin d��tre exact. Elles se multiplient avec les an-n�es, proc�dant parfois par pouss�es.</p><p>Elles ne d�g�n�rent pas en cancer et ne sont pas contagieuses. Non virale, leur origine reste impr�cise.</p><p>Diagnostic</p><p>Le diagnostic des verrues vulgaires est facile ; elles ne peuvent se confondre avec le molluscum contagiosum, qui est p�dicule, le naevus verruqueux, g�n�ralement cong�nital, la k�ratose s�nile pr�canc�reuse, faite de cro�tes adh�rentes saignant � l�arrachage. Les verrues planes sont � diff�rencier des papules lich�niennes miroitantes � jour frisant. La douleur � exquise � de la verrue plantaire s�oppose � la douleur diffuse du durillon. Les verrues s�borrh�iques sont facilement reconnaissables. Toutefois une verrue isol�e peut faire douter d�un naevus pigmentaire ou d�une k�ratose s�nile et n�cessiter un examen histologique (v. dermatose).</p><p>Traitement</p><p>De nombreuses m�dications internes ont �t� propos�es contre les verrues : teinture de thuya, magn�sie calcin�e, chlorure de magn�sium. La fr�quence des �checs n�cessite souvent un traitement local. En ce qui concerne les verrues vulgaires, la caut�risation de la verrue la plus ancienne (verrue m�re) peut entra�ner la disparition des verrues secondes (verrues filles). Elle peut �tre effectu�e avec le formol, le nitrate d�argent. Mais la destruction individuelle est pr�f�rable, par gal-vanocaut�re, �lectrocoagulation ou cryoth�rapie. L�azote liquide est un excellent proc�d� en milieu hospi-</p><p>talier. Les verrues planes, surtout les verrues faciales, imposent des traitements locaux de grande prudence de crainte de cicatrices : applications prolong�es de pommade � la teinture de thuya, �lectrolyse n�gative, cryoth�rapie sans pression. La verrue plantaire est � d�truire � la curette sous anesth�-</p><p>sie locale. La radioth�rapie pr�sente un risque de n�crose ou de radiodermite.</p><p>Elle est � r�server pour un sujet diab�-</p><p>tique ou intol�rant aux anesth�siques.</p><p>A. C.</p><p>versaillaise</p><p>(musique)</p><p>�cole musicale li�e � la pr�sence de la cour royale de France � Versailles.</p><p>Apr�s 1672, Louis XIV d�laisse</p><p>Paris, puis Saint-Germain-en-Laye, pour s�installer, en 1682, � Versailles.</p><p>Le ch�teau devient la r�sidence habituelle de la Cour jusqu�� la R�volution, sauf sous la R�gence, de 1715 � 1722. La musique, attribut indispensable des diverses manifestations de la vie de cour, est cultiv�e par Louis XIV</p><p>et Louis XV ainsi que par les princes de la maison de France. Versailles sera un actif foyer musical pendant pr�s d�un si�cle.</p><p>Les diff�rents organes qui com-</p><p>posent la Musique du roi � Chapelle, Chambre et �curie � se sont constitu�s, du moins les deux derniers, au XVIe s. Louis XIV les r�organise et les d�veloppe en fonction des services qu�il en attend. Appel�s � ordinaires de la musique du roi �, les musiciens du roi ach�tent leurs charges, qui, assimil�es � des offices, se transmettent aussi par don ou par survivance ; ils re�oivent des gages correspondant � leurs fonctions.</p><p>La musique de la Chapelle est re-</p><p>quise pour les nombreuses c�r�monies religieuses � offices quotidiens, Te Deum, fun�railles � qui jalonnent la vie de cour. D�pendant d�un haut dignitaire eccl�siastique, le ma�tre de la Chapelle, les sous-ma�tres, qui servent tour � tour par � quartier �, dirigent les chantres, eccl�siastiques et la�ques, les enfants de choeur et les symphonistes.</p><p>Les parties aigu�s sont confi�es � des castrats italiens. De m�me, l�orgue de la Chapelle poss�de quatre titulaires, que Louis XIV choisit lui-m�me en 1678 � la suite d�un c�l�bre concours.</p><p>Sous-ma�tres de la Chapelle-musique et organistes doivent aussi composer le r�pertoire quotidien, fait de grands motets* concertants et de petits motets � voix seule.</p><p>Conduite par deux � surintendants �</p><p>qui alternent dans leurs fonctions, la musique de la Chambre du roi comprend des chanteurs (hommes, femmes et enfants) et des instrumentistes (claveciniste, joueurs de fl�te, de th�orbe et de viole). Les chanteuses sont en-tr�es officiellement dans la musique royale d�s 1652.</p><p>La c�l�bre bande des Vingt-Quatre Violons, qui d�pend aussi de la</p><p>Chambre du roi et dispara�tra en 1761, accompagne les bals et se produit dans des concerts ou � certaines f�tes traditionnelles comme le 25 ao�t, jour de la Saint-Louis. Les � Petits Violons � du roi, particuli�rement form�s � la technique instrumentale de Lully*, coexis-teront longtemps avec eux.</p><p>La musique de la Chambre, in-</p><p>terpr�te habituelle des ballets de cour sous Louis XIII, devient, sous Louis XIV, l�institution privil�gi�e utilis�e par Lully pour cr�er ses trag�-</p><p>dies lyriques. Les concerts de musique profane se multiplient aussi � la Cour ; sous Louis XV ont lieu, plusieurs fois par semaine, pour le plaisir de Marie Leszczy&#x144;ska, les � Concerts de la reine �, o� l�on entend des fragments d�oeuvres dramatiques et des cantates, ainsi que de la musique instrumentale.</p><p>Dernier corps de musique important, la musique de l��curie r�unit notamment diff�rents groupes d�instruments � vent charg�s � l�origine de rehausser les c�r�monies royales : sacres, processions, entr�es de villes, lits de justice.</p><p>Ceux-ci joignent aussi leurs sonorit�s � celles de la musique de la Chambre dans des concerts donn�s en plein air � Versailles et � Fontainebleau, ou participent, avec la musique de la Chapelle, � l�ex�cution de motets.</p><p>Un �dit royal de 1761 modifie cette organisation et, pour des raisons d��conomie, rassemble en un seul corps de musique la Chapelle et la Chambre, tout en supprimant la v�nalit� des charges.</p><p>La musique royale assure en outre pendant cette longue p�riode la formation de jeunes musiciens qui s�agr�-</p><p>geront ensuite � elle. �tablis � Versailles, les musiciens du roi essaient de conserver leurs charges au sein de leur famille et fondent ainsi de v�ritables dynasties. Mais Versailles accueille aussi de nombreux musiciens venus de province, et les sous-ma�tres de la Chapelle-musique ont souvent fait leurs premi�res armes dans les ma�trises des cath�drales de province.</p><p>Ce corps de musique, nombreux</p><p>et vari�, semble bien adapt� aux exigences de la vie de cour et � la cr�ation des formes musicales qui lui sont propres.</p><p>Lully et Delalande* vont imprimer leur marque � la musique versaillaise.</p><p>Concentrant en leurs mains, gr�ce � la faveur du roi, de multiples fonctions, ils repr�senteront pour leurs successeurs des mod�les in�gal�s, l�un dans le domaine de la musique de th��tre, l�autre dans celui de la musique religieuse. Mais, tandis que la trag�die lyrique, cr��e en fonction des go�ts de la Cour, �tend bient�t son audience � la � ville � gr�ce au monopole conf�r� � Lully, le grand motet concertant, expression parfaite de l�atmosph�re religieuse qui entoure le roi, ne sera popularis� qu�� partir de 1725, au Concert spirituel.</p><p>Lully, qui meurt en 1687, ne cr�e � Versailles que quelques trag�dies lyriques : Pers�e (1682), Pha�ton (1683), Roland (1685), dans le cadre de la cour de marbre. Versailles se verra dot�, seulement en 1770, d�une vraie salle de spectacles, l�Op�ra de J. A. Gabriel.</p><p>Auparavant, les ballets et les oeuvres dramatiques mont�s lors des f�tes qui marquent les �v�nements dynastiques sont donn�s sur des th��tres provisoires en bois construits en plein air ou dans la Grande �curie, ainsi que dans l�escalier des Ambassadeurs.</p><p>Michel Richard Delalande (1657-1726) supplante rapidement les p�les �mules de Lully, dont Pascal Collasse.</p><p>Auteur de musique instrumentale de qualit� (Symphonies pour les soupers du roi), d�une vingtaine de ballets et de divertissements, genre qui tend � remplacer la trag�die lyrique dans le go�t de la Cour, Delalande donne au grand motet versaillais � tout en conservant les mat�riaux l�gu�s par ses pr�d�cesseurs, Henry Du Mont*, Pierre Robert et Lully � sa forme la plus accomplie. Il t�moigne dans les soixante-dix grands motets qu�il a laiss�s (Miserere, In convertendo, Te Deum, etc.) d�une intime compr�hension des textes de l��criture ; gr�ce aux �l�ments dont il dispose (grand choeur � cinq voix, petit choeur et solistes soutenus par des instruments concertants), il en traduit les nuances par un langage clair, discr�tement symbolique.</p><p>� la m�me �poque, Fran�ois Cou-</p><p>perin*, organiste de la Chapelle</p><p>royale, �crit pour celle-ci des motets � voix seule et des Le�ons de t�n�bres chant�es pendant le Car�me, d�une richesse m�lodique et d�une �l�vation incomparables.</p><p>� la mort de Delalande, ses charges sont partag�es, � la Chapelle-musique, entre Andr� Campra* (1660-1744), Nicolas Bernier (1664-1734) et Charles Hubert Gervais (1671-1744) et, � la Chambre, entre Andr� Cardinal Des-downloadModeText.vue.download 280 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11491</p><p>touches (1669-1749) et Fran�ois Collin de Blamont (1690-1760).</p><p>Andr� Campra publie deux livres</p><p>de psaumes et cinq livres de motets influenc�s par l��criture et le style de la cantate profane.</p><p>Ses successeurs, Henri Madin</p><p>(1698-1748), Esprit Antoine Blanchard (1696-1770) et surtout Jean-Joseph Cassan�a de Mondonville* (1711-1772), apportent au grand motet une instrumentation plus riche et le nour-</p><p>rissent d�effets dramatiques ou descriptifs ; avec les motets de Mondonville, d�abord diffus�s au Concert spirituel, l�esth�tique de Paris s�impose � Versailles. Charles Gauzargues (v. 1725-1799), qui remplace Mondonville en 1758, n�exerce ses fonctions que trois ans, puisque la r�forme de 1761 supprime les charges de sous-ma�tres de la Chapelle-musique.</p><p>Dans le domaine de la musique profane, les surintendants de la musique de la Chambre, Destouches et Collin de Blamont � ce dernier, �l�ve de Delalande �, imposent, de 1725 � 1740, leurs oeuvres et leur go�t, tout en continuant � servir l�oeuvre de Lully dans les concerts qu�ils dirigent. Le genre pastoral triomphe dans les op�ras-ballets*, les divertissements, les pastorales h�ro�ques � sujet mythologique, qui font une large place � la danse ; trait�s de fa�on cursive, ces textes laissent entrevoir leurs dons m�lodiques. Leur faveur faiblit quand Rameau* fait une brillante entr�e � la Cour en �crivant pour les f�tes du mariage du Dauphin, en 1745, Plat�e et la com�die-ballet de la Princesse de Navarre.</p><p>Fran�ois Rebel (1701-1775) et Fran-</p><p>�ois Francoeur (1698-1787) � qui, � l�instar de Mondonville, deviennent c�l�bres comme violonistes avant de diriger la musique du roi � contribuent � l��volution du go�t qui se manifeste � la Cour et se traduit, en 1752, par l�accueil favorable fait au Devin de village de Jean-Jacques Rousseau*.</p><p>� la m�me �poque, la � querelle des Bouffons* � porte un coup rude � la musique versaillaise puisque, � l�origine, la pol�mique engag�e par Grimm visait l�op�ra de Destouches, Omphale (1701), et, � travers lui, la survivance de ce que l�on croyait �tre la tradition lullyste.</p><p>Apr�s 1761, la musique du roi reste r�put�e pour la qualit� de ses ex�cutions, et la Cour attire de nombreux musiciens �trangers comme Leopold Mozart et son fils Wolfgang Amadeus en 1763. Mais elle se trouve concurrenc�e par les repr�sentations d�op�ras et d�op�ras-comiques � Paris, et surtout par le Concert spirituel, install� au ch�-</p><p>teau des Tuileries.</p><p>N�anmoins, gr�ce aux concerts et aux repr�sentations lyriques organis�s par Mme de Pompadour, d�une part, gr�ce �galement au Dauphin et aux filles de Louis XV, qui touchent divers instruments et diffusent autour d�eux la musique, l��cole versaillaise semble avoir continu� une tradition raviv�e par le d�sir d�accueillir toujours des nouveaut�s et de soutenir de jeunes talents.</p><p>Il appara�t que les concerts organis�s � la fin du si�cle au Petit Trianon par Marie-Antoinette ont favoris� le rayonnement de la musique de chambre et de certains instruments comme la harpe et le pianoforte, sans parler des op�ras-comiques donn�s dans un th��tre cr�� sp�cialement � cet effet sous le patro-nage de la reine.</p><p>C. M.</p><p>F Motet / Op�ra-ballet.</p><p>&amp; M. Benoit, Versailles et les musiciens du roi, 1661-1733 (Picard, 1971) ; Musiques de cour.</p><p>Chapelle, Chambre, �curie, 1661-1733 (Picard, 1971).</p><p>Versailles</p><p>Ch.-l. du d�part. des Yvelines* ; 97 133 hab. (Versaillais).</p><p>La g�ographie</p><p>Versailles est le type m�me de la ville r�cente, n�e et d�velopp�e � la fin du XVIIe et au XVIIIe s. � c�t� d�un ch�-</p><p>teau royal isol�, par la seule volont� d�un souverain (charte de fondation en 1671) comme Potsdam, Saint-P�tersbourg (Leningrad), Karlsruhe et bien d�autres cit�s. Tout le plan de la ville est fonction du ch�teau : devant lui, une place immense en demi-cercle, la place d�Armes, d�o� partent en �ventail trois larges avenues (de Saint-Cloud, de Paris, de Sceaux), ombrag�es</p><p>d�ormes s�culaires.</p><p>Ce plan, g�om�trique et largement con�u, constitue aujourd�hui encore l�ossature essentielle de la ville. D�s l�origine se sont cr��s deux quartiers nettement s�par�s : au nord, celui des commer�ants et des artisans, Notre-Dame ; au sud, celui de la noblesse et des officiers royaux, Saint-Louis. Cette</p><p>opposition subsiste encore, et Notre-Dame est rest�, de loin, le quartier le plus commer�ant.</p><p>La ville � construite sur un pla-</p><p>teau � 130-140 m entre la d�pression du ru de Gally et le vallon de S�vres, qu�emprunte l�avenue de Paris � est encadr�e de deux plateaux bois�s plus �lev�s : l�un, au nord, porte la for�t de Marly et les bois de Fausses-Reposes ; l�autre, au sud, est occup� par les bois de Satory.</p><p>Versailles aurait pu d�choir au</p><p>rang de petite ville avec la fin de la monarchie. Elle a effectivement connu un certain d�clin durant tout le XIXe s., mais trois faits lui ont permis de surmonter cette crise : son choix � la R�volution comme chef-lieu du d�-</p><p>partement de Seine-et-Oise ; son r�le de grosse ville de garnison (�tats-majors, �coles, r�giments de cavalerie) en raison sans doute de la proximit� de Paris et de l�importance des b�timents publics (Grandes et Petites �curies par exemple) et en relation avec la pr�sence de terrains militaires aux environs (Saint-Cyr-l��cole, camp de Satory) (il y a eu jusqu�� 10 000 hommes casern�s � Versailles] ; ses excellentes et triples liaisons ferroviaires avec Paris vers les gares Saint-Lazare, Montparnasse et des Invalides, les deux premi�res mises en service d�s 1839 et 1840. Les trois gares, dont deux terminus, sont bien r�parties dans la ville.</p><p>Au XXe s., Versailles fut peu � peu englob�e dans la banlieue parisienne sans devenir pour autant une ville industrielle et sans perdre de son originalit�. Elle est rest�e une ville de fonctionnaires, de militaires, de rentiers et de retrait�s. La restauration du ch�teau � partir de la monarchie de Juillet y a d�velopp� peu � peu le tourisme.</p><p>Elle s�est accrue d�un certain</p><p>nombre de lotissements de l�entre-deux-guerres, dont le plus important est Porchefontaine, et elle s�est soud�e � quelques communes voisines</p><p>(Viroflay, Chaville, Le Chesnay,</p><p>Saint-Cyr-l��cole).</p><p>Versailles est aussi devenue le centre du commerce de gros et des services</p><p>pour une banlieue et une grande banlieue qui, de Saint-Germain-en-Laye et Poissy au nord, va au sud jusqu�� Saint-R�my-l�s-Chevreuse et Limours, alors qu�en direction de Paris son attraction ne d�passe pas Chaville.</p><p>Deux faits r�cents l�ont affect�e : elle n�est plus que le chef-lieu des Yvelines (d�partement trois fois plus petit que la Seine-et-Oise d�autrefois), mais qui n�anmoins compte d�j� plus de un million d�habitants ; le grand centre commercial de Parly II sur le territoire du Chesnay concurrence dans une certaine mesure ses activit�s commerciales.</p><p>La r�alisation de la ville nouvelle de Trappes-Saint-Quentin-en-Yvelines posera un probl�me de r�partition des fonctions avec Versailles.</p><p>Versailles, qui b�n�ficie d�un certain �quipement h�telier, essaie de devenir une ville de congr�s, d�o� la construction d�un palais � cet usage pr�s du ch�teau.</p><p>Versailles peut �tre consid�r�e</p><p>comme le foyer d�une petite agglom�-</p><p>ration satellite incluse dans la banlieue parisienne d�environ 150 000 habitants et d�un secteur de banlieue � peu pr�s trois fois plus peupl�. C�est le centre le plus autonome de toute la banlieue parisienne, essentiellement pour des raisons historiques.</p><p>J. B.</p><p>L�histoire</p><p>La ville des rois</p><p>La plus ancienne mention de la localit� remonte au XIe s. : un certain Hugues de Versailles figure alors comme t�moin dans une donation d�Eudes, comte de Chartres, en faveur de l�abbaye de Saint-P�re. D�s cette �poque, un hameau semble s��tre constitu� autour du ch�teau des sires de Versailles, vassaux du roi de France. Le village souffre tr�s probablement des ravages de la guerre de Cent Ans et de la peste, sa population n�exc�dant gu�re une centaine d��mes au XVIe s.</p><p>Le ch�teau est reconstruit en style</p><p>Renaissance, vraisemblablement pour le compte de Martial de Lom�nie de Brienne, sous-secr�taire d��tat aux finances de Charles IX. Lorsqu�� sa mort la seigneurie passe � la famille de Gondi, le hameau du Moyen �ge est devenu un bourg de pr�s de 500 habitants o� les voyageurs qui se rendent de Paris en Normandie s�arr�tent volontiers. Quant au nouveau ch�teau, il h�berge des h�tes illustres, � commencer par Henri IV. Cependant, l�int�r�t des rois de France pour le domaine de Versailles date non pas du � Vert-Galant �, mais de son fils et successeur : le caract�re bois� et giboyeux de la r�gion pla�t en effet au grand chasseur qu�est Louis XIII. Celui-ci passe souvent la nuit au manoir, � proximit� duquel il se constitue une � garenne �</p><p>de plusieurs centaines d�hectares ; en 1632, le souverain ach�te la seigneurie � Jean-Fran�ois de Gondi. Enfin, il fait ex�cuter des travaux d�agrandissement par l�architecte Philibert Le Roy.</p><p>N�anmoins, mis � part la substitution de la juridiction royale � la justice seigneuriale, la vie du village ne subit pas de bouleversement majeur.</p><p>downloadModeText.vue.download 281 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11492</p><p>Tout change � partir de 1662 :</p><p>Louis XIV, enthousiasm� par le site, entame alors l��dification de l�actuel palais. D�sireux d��tre entour� en permanence de ses nobles, le Roi-Soleil attire ces perp�tuels endett�s en d�cr�-</p><p>tant l�insaisissabilit� des immeubles construits � Versailles, en contrepartie de l�observation de strictes r�gles d�urbanisme. Des facilit�s de cession de terrain ach�vent de favoriser la construction aux alentours. L�immense chantier, o� affluent par milliers ouvriers, terrassiers, manoeuvres, ma-</p><p>�ons, d�corateurs, bourdonne pendant vingt ans ; le grand nombre d�accidents de travail commandera d�ailleurs la cr�ation de la maison de la Charit�, devenue ult�rieurement l�h�pital de Versailles.</p><p>Peu � peu, une vraie ville sort de terre autour du palais royal et de ses d�pendances (Orangerie, Grandes et</p><p>Petites �curies). Les portails des h�-</p><p>tels aristocratiques (Lauzun, Noailles, Cond�, Turenne, Villeroi, Gramont, Gesvres), que prolongent d�immenses jardins, s�ouvrent le long de larges rues pav�es, �clair�es et ombrag�es d�arbres. Non loin, des maisons de bois abritent les petites gens : ouvriers, domestiques, commer�ants et artisans attir�s par l�importance et la qualit� de la client�le, sans parler d�une masse plus ou moins trouble (des rixes �clatent presque toutes les nuits). Bref, toute une population m�ne une vie tr�-</p><p>pidante, en qu�te de fortune rapide : on sp�cule beaucoup dans l�immobilier. En 1715, Versailles avoisine les 20 000 �mes, chiffre consid�rable pour l��poque, mais cet essor se trouve brutalement stopp�, au lendemain de la mort de Louis XIV.</p><p>Car le R�gent et la Cour quittent Versailles, suivis, en quelques semaines, de la moiti� des habitants. En 1722, le retour de Louis XV rend la vie et la prosp�rit� � la cit�, mettant ainsi fin � la p�riode de l�thargie, qui aura dur� pendant toute la R�gence. Au cours du r�gne de Louis XV, d�importants travaux d�urbanisme sont r�alis�s, notamment dans les nouveaux quartiers de Saint-Louis et du Parc-aux-Cerfs : construction du Poids-le-Roi (halle aux farines), de l��glise Saint-Louis, des carr�s Saint-Louis (march�), des �curies de la reine, des h�tels de Mme de Pompadour, de la Guerre, de la Marine et des Affaires �trang�res ; agrandissement de l�h�pital ; cr�ation du coll�ge d�Orl�ans ; sans parler des modifications consid�rables apport�es � l�agencement int�rieur du ch�teau.</p><p>L�extension de l�agglom�ration, facilit�e par le comblement de l��tang de Clagny, se poursuit sous Louis XVI en direction du nord.</p><p>� la fin de l�Ancien R�gime, Ver-</p><p>sailles, capitale du royaume, est devenue un grand centre administratif o� vivent 50 000 personnes (courtisans,</p><p>� officiers �, magistrats, artisans, bourgeois) et dont les innombrables auberges et hostelleries accueillent des visiteurs venus de toute la France. La vie y est anim�e par les nombreuses distractions dues � la pr�sence du roi : certaines, traditionnelles, tels les feux</p><p>d�artifice, r�ceptions, d�fil�s militaires, processions, repr�sentations th��trales (la salle Montansier date de 1777) ; d�autres, plus inattendues (envol du ballon de Montgolfier en 1783).</p><p>Pourtant, les jours de Versailles, ville royale, sont compt�s. Certes, la r�union des �tats g�n�raux et le serment du Jeu de paume s�y d�roulent au tout d�but de la R�volution, mais son importance d�cline rapidement apr�s le d�part de Louis XVI, ramen� de force � Paris (6 oct. 1789).</p><p>Depuis 1789</p><p>La cit� a beau devenir le si�ge d�un �v�ch� et le chef-lieu du d�partement de Seine-et-Oise (1791), le chiffre de sa population n�en tombe pas moins � 25 000 en 1793. Au cours des ann�es suivantes, Versailles, d�sormais �clips�e par Paris, acquiert la physionomie de ville de garnison qu�elle a conserv�e depuis : la cr�ation d�une manufacture d�armes (1795) est suivie, cinq ans plus tard, de l�installation de l��cole d�instruction des troupes � cheval et des trompettes (future �cole de cavalerie de Saumur).</p><p>Les Versaillais accueillent la venue au pouvoir de Bonaparte avec faveur (1799), t�moignant ainsi de leur go�t pour l�ordre et la stabilit� politique ; c�est d�ailleurs dans l�ex-capitale royale que nombre d�anciens �migr�s se fixent � leur retour d�exil.</p><p>Aussi la ville coule-t-elle des jours paisibles sous l�Empire, � peine troubl�s par le bref s�jour du pape Pie VII en route pour le sacre de Napol�on (1804) et par des combats d�arri�regarde opposant les troupes fran�aises aux Alli�s (1815). Peu apr�s, Versailles re�oit dans l�enthousiasme la visite de Louis XVIII. Pourtant, son r�le de capitale est bien fini : aucun des fr�res de Louis XVI ne s�y installera.</p><p>D�chue, raval�e au rang de ville</p><p>de province, Versailles somnole pendant presque tout le XIXe s., atteignant p�niblement 50 000 �mes � la fin du second Empire. Seul facteur positif de cette �poque : la liaison ferroviaire avec Paris, qui est assur�e � partir de 1839. L�agglom�ration revient au pre-</p><p>mier plan de l�actualit� en 1870 : les Prussiens l�ayant choisie comme si�ge de leur quartier g�n�ral, Bismarck et Guillaume Ier y logent ; ce dernier choi-downloadModeText.vue.download 282 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11493</p><p>sit d�ailleurs de s�y faire proclamer empereur d�Allemagne dans la c�l�bre galerie des Glaces.</p><p>C�est encore � Versailles qu�est</p><p>conclu l�armistice du 28 janvier</p><p>1871. Sous la Commune*, l�ancienne cit� royale abrite le gouvernement et l�Assembl�e nationale, revenue de Bordeaux, recouvrant ainsi sa fonction de capitale ; Thiers dirige la lutte contre l�insurrection parisienne de la pr�fecture, et concentre ses troupes dans les environs. La Commune vaincue, le Parlement, en majorit� royaliste, n�en d�cide pas moins de rester � Versailles, jug�e plus s�re, et il faudra attendre l�arriv�e au pouvoir des r�publicains (1879) pour que le gouvernement et les deux chambres regagnent Paris. La ville retombe alors dans une torpeur interrompue seulement par la conf�rence de la paix (1919).</p><p>C. M.</p><p>Le domaine royal</p><p>de Versailles</p><p>Haut lieu de l�art fran�ais, le domaine de Versailles refl�te principalement la volont� cr�atrice et les go�ts de Louis XIV*. On y trouve pourtant</p><p>l�apport de ses successeurs ainsi que le souvenir du petit ch�teau de chasse que Louis XIII avait fait construire de 1624</p><p>� 1634 : un corps de logis avec deux ailes en retours d��querre et quatre pavillons d�angles, le tout en brique et en pierre. Respectant la demeure paternelle, qui est devenue le noyau de l�ensemble versaillais, Louis XIV</p><p>d�cida de l�amplifier. La chute de Fouquet mettait � sa disposition l��quipe de Vaux-le-Vicomte* : Le Vau*, Le N�tre*, Le Brun*, des sculpteurs et divers sp�cialistes. Au cours d�une premi�re campagne, de 1662 � 1665, Le Vau enrichit le ch�teau d�ornements</p><p>et lui ajouta, du c�t� de l�arriv�e, deux b�timents de communs, en brique et en pierre, encadrant une avant-cour plus large que la cour initiale. Le N�tre commen�a le trac� r�gulier du jardin et du parc, donnant d�j� � l�axe est-ouest un r�le primordial.</p><p>Le premier grand Versailles de</p><p>Louis XIV</p><p>En 1667, Louis XIV fixait � Versailles sa r�sidence et y installait sa cour. Il entreprit de transformer le domaine selon l�id�e qu�il se faisait de la fonction royale. Le Vau (relay� par D�Or-bay) eut la charge des grands travaux d�architecture. Du c�t� de l�arriv�e, les deux ailes des anciens communs furent sur�lev�es et reli�es au ch�teau par des corps de b�timents en �querre dans le m�me style. Ainsi prit forme cette vaste cour d�aspect color�, pittoresque, mouvement�, dont les ressauts successifs conduisent le regard � la cour d�origine, alors embellie et devenue, sous le nom de cour de Marbre, une sorte de sanctuaire. Du c�t� ouest, les travaux furent plus importants. De 1669 � 1671, le ch�teau de Louis XIII fut envelopp� par trois corps de b�timents dessinant un �norme bloc rectangulaire. La fa�ade frontale comportait au-dessus du rez-de-chauss�e, entre deux avanc�es lat�rales, un profond retrait occup� par une terrasse au niveau de l��tage noble. Cette disposition n�a pas �t� maintenue. � cela pr�s, l�ordonnance fix�e par Le Vau subsiste dans ses grandes lignes ; le sens classique de l��quilibre y temp�re un faste italianisant. On remarque l�appareil � refends du rez-de-chauss�e, les hautes baies et les pilastres ioniques de l��tage noble, l�attique, la balustrade orn�e de troph�es et de vases qui dissimule la toiture, l�animation obtenue par la saillie l�g�re de plusieurs avant-corps � colonnes d�tach�es.</p><p>L�int�rieur fut d�cor� sous la direction de Le Brun. Le magnifique escalier des Ambassadeurs (1671-1679) conduisait aux grands appartements de l��tage noble, ayant vue sur les parterres. Au nord, l�appartement du Roi a gard� l�essentiel du d�cor d�origine, t�-</p><p>moignage de l�adaptation de formules italiennes au go�t fran�ais, avec ses</p><p>rev�tements de marbres polychromes, ses plafonds peints par les collaborateurs de Le Brun et repr�sentant les all�gories des plan�tes, ses stucs, ses bronzes cisel�s et dor�s ; des meubles d�argent contribuaient � sa splendeur.</p><p>Vers le midi, l�appartement de la Reine a �t� tr�s remani� au XVIIIe s. ; la salle des Gardes y conserve cependant son placage de marbres et ses peintures de No�l Coypel*.</p><p>De 1667 � 1678, Le N�tre agrandit et remodela les jardins. Il prit soin d�en lier l�ordonnance au ch�teau, dont il d�gagea les abords au moyen de parterres de broderies. Pour animer les plantations, il assigna un r�le important � la statuaire et aux eaux, tranquilles ou mouvantes. Devant le ch�teau, le grand axe est-ouest rencontre un premier axe transversal, qui commande le trac� du parterre du Nord et de l�all�e d�Eau, l�un et l�autre en d�clivit�. Il passe ensuite entre les fontaines de Diane et du Point-du-Jour, sym�triquement plac�es au sommet du grand degr� qui s�abaisse vers le bassin de Latone ; on le retrouve dans l�all�e Royale, ou Tapis vert, qui d�bouche, au bas de la pente, sur l�esplanade entourant le bassin d�Apollon. Au-del�, le Grand Canal prolonge la perspective et semble l�ouvrir sur l�infini ; son trac� en croix fait appara�tre un second grand axe transversal. � droite et � gauche de l�all�e Royale, les quatre bassins des Saisons marquent les intersections d�all�es plus �troites, dont le quadrillage d�limite des bosquets. Ceux-ci repr�sentent la part de la fantaisie, de la surprise.</p><p>Leur d�cor fragile, de go�t baroque, n�a gu�re surv�cu ; on d�plore ainsi la disparition du Labyrinthe, dont les fontaines sculpt�es illustraient les Fables d��sope, mais il reste le bassin d�Encelade et celui du bosquet des D�mes.</p><p>Versailles, ville d�art</p><p>Les splendeurs du domaine royal ne doivent pas faire oublier que Versailles est une ville d�art, o� l�urbanisme et l�architecture classiques sont � l�honneur.</p><p>C�est le ch�teau qui en a suscit� l�essor et command� le plan. De la place d�Armes rayonnent en effet trois larges avenues, entre lesquelles trouvent place, avec leurs majestueuses cours en trap�ze, les deux</p><p>b�timents des Grandes �curies (pour les chevaux de selle de la maison du roi) et des Petites �curies (pour les chevaux de trait).</p><p>J. Hardouin-Mansart les �leva de 1682 � 1684. On doit au m�me architecte le Grand Commun (auj. h�pital militaire), dont l�imposant quadrilat�re fait face � l�aile du Midi et dans l�alignement duquel Jean-Baptiste Berthier (1721-1804) �difia vers 1760 les deux beaux h�tels de la Guerre et des Affaires �trang�res. Mansart avait aussi construit en 1674 pour Mme de Montespan, � l�est et assez loin du domaine royal, le grand ch�teau de Clagny, qui disparut en 1769.</p><p>De part et d�autre de la patte d�oie qui forme l�armature principale du trac� urbain, un quadrillage de rues et de places s��tend autour de deux �glises : au nord, Notre-Dame, commenc�e en 1684 par Mansart ; au sud, Saint-Louis (cath�drale depuis 1802), b�tie de 1743 � 1754 par Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1703 ou 1709-1776). Outre les �difices publics, la ville ancienne offre de nombreux h�tels, principalement du XVIIIe s. : ainsi celui de Mme de Pompadour, rue des R�servoirs ; l�h�tel Lambinet, aujourd�hui mus�e municipal ; celui qu�habita Mme du Barry et qu�occupe aujourd�hui la chambre de commerce. �difi�es par Nicolas Ledoux en 1770, les �curies (auj. caserne de Noailles) de ce dernier h�tel marquent l�av�nement du style n�o-classique, comme le couvent des Augustines (auj. lyc�e Hoche), de Mique, avec son �l�gante chapelle � coupole et portique, ou le pavillon de musique de la comtesse de Provence, de Jean Chal-grin (1784), avec sa d�coration int�rieure en trompe l�oeil.</p><p>B. de M.</p><p>Le second grand Versailles de</p><p>Louis XIV</p><p>Ayant install� � Versailles son gouvernement, le roi entreprit en 1678 une nouvelle campagne de travaux. Jules Hardouin-Mansart* en eut la charge.</p><p>Du c�t� de l�arriv�e, il remania les combles et mit en place des statues ; au plan � ressauts de la cour, il apporta une derni�re amplification en �levant deux ailes en brique et en pierre, dites</p><p>� des Ministres �, que relie sur le devant la grille d�entr�e. Mais il y eut de plus grands travaux du c�t� des jardins. Sans d�truire l�oeuvre de Le Vau,</p><p>Mansart lui imposa une r�gularit� plus classique. La fa�ade occidentale devint rectiligne par la suppression du retrait central. Cette op�ration permit d�am�-</p><p>nager � partir de 1681 la grande galerie, dite � des Glaces � � cause de celles qui font face aux baies. Des marbres polychromes en rev�tent les parois, et les compartiments de la vo�te, peinte par Le Brun et ses aides, illustrent les grands �pisodes de l�histoire du roi.</p><p>Les salons de la Guerre et de la Paix s�ouvrent aux deux extr�mit�s, occupant les angles de la construction. De part et d�autre, et en retrait du ch�teau ainsi transform�, Mansart �leva de 1679 � 1689 deux longues ailes sym�-</p><p>triques en retour d��querre, dites � du Nord � et � du Midi �, qui reproduisent l�ordonnance du corps principal tout en lui servant de repoussoir. Au cours de cette p�riode, les jardins furent remani�s sous la direction de Le N�tre et de Mansart. Le grand parterre de broderies, au pied de la fa�ade principale, fit place � l�ensemble encore plus majestueux du parterre d�Eau, avec ses deux bassins sym�triques. En contrebas du parterre du Midi, trait� au contraire en broderies, une nouvelle orangerie fut cr��e par Mansart ; ses immenses galeries vo�t�es donnent par de larges baies sur un parterre inf�rieur, qu�encadrent deux grands degr�s sym�triques et dans l�axe duquel s�allonge la pi�ce d�eau dite � des Suisses �. Dans l�un des bosquets flanquant le Tapis vert, Mansart �leva enfin la Colonnade, un portique circulaire en marbres polychromes, dont chaque arcade surmonte une vasque.</p><p>Le Trianon de Louis XIV</p><p>Voulant s�offrir un cadre de d�lassement non loin du ch�teau, Louis XIV</p><p>avait fait �lever par Le Vau d�s 1670, pr�s de l�extr�mit� du bras nord du Grand Canal, au lieu dit Trianon, un pavillon bas recouvert de carreaux en fa�ence de Delft. Ce charmant � Trianon de porcelaine � �tait trop fragile.</p><p>downloadModeText.vue.download 283 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11494</p><p>En 1687, le roi d�cida de le rempla-</p><p>cer par une construction plus durable, dont il demanda les plans � Mansart.</p><p>Ce � Trianon de marbre � ne com-</p><p>porte qu�un rez-de-chauss�e � grandes portes-fen�tres cintr�es, que couronne une ballustrade. Des pilastres et des colonnes en marbres rose et vert se d�-</p><p>tachent sur la pierre blonde des murs.</p><p>Bord�e � droite et � gauche par deux ailes, la cour communique avec le jardin par un portique � jour, dont l�heureuse id�e revient � Robert de Cotte*.</p><p>Une succession d�ailes s�articule sur l��difice en d�crivant trois retours d��querre. L�int�rieur marque l�apparition d�un nouveau style, moins solennel et plus gai : les boiseries sont peintes en tons clairs et finement sculpt�es ; des frises de stuc entourent les plafonds blancs. Remodel� par Le N�tre et par Mansart, le jardin a pour motif principal la fontaine du Buffet-d�Eau.</p><p>Les derniers travaux de</p><p>Louis XIV</p><p>Vers la fin du r�gne, le chantier capital fut celui de la chapelle. Commenc�e en 1699 sur les plans de Mansart, achev�e en 1710 par R. de Cotte,</p><p>celle-ci s��l�ve � la naissance de l�aile du Nord, qui englobe son vestibule � deux �tages et qu�elle domine de sa toiture tr�s orn�e. La structure est l�g�re autant que majestueuse. � l�int�rieur, les bas-c�t�s s�ouvrent sur la nef par des arcades que portent de larges piles ; ils sont surmont�s de hautes tribunes � colonnade corinthienne. Des fen�tres � p�n�trations �clairent la vo�te, peinte en couleurs soutenues par Antoine Coypel*, qui y a repr�sent� les puissances c�lestes ; Charles de La Fosse*</p><p>est l�auteur de la R�surrection du Christ, qui orne en tons plus fondus la conque de l�abside.</p><p>Dans l�appartement royal am�nag�</p><p>en 1701 sur la cour de Marbre, Mansart fut l�inspirateur d�un style d�coratif confirmant l��volution amorc�e � Trianon. Le plus brillant exemple en est le salon de l�OEil-de-Boeuf, avec ses boiseries blanc et or, son plafond blanc, dont la frise en stuc dor� repr�sente des jeux d�enfants.</p><p>Louis XV* � Versailles et �</p><p>Trianon</p><p>Le roi et la Cour revinrent en 1722 dans le ch�teau, d�sert� sous la R�gence.</p><p>Am�nag� vers 1730 � l�articulation des grands appartements et de l�aile du Nord, le vaste salon d�Hercule garde une solennit� traditionnelle avec ses rev�tements de marbres polychromes, son plafond, o� l�apoth�ose du demi-dieu, peinte par Fran�ois Lemoyne*, est cependant d�une l�g�ret� a�rienne.</p><p>Les go�ts de Louis XV devaient bient�t lui faire rechercher un cadre de vie plus intime et plus confortable. Au prix de destructions comme celle de l�escalier des Ambassadeurs, l�appartement priv� du roi fut am�nag� � l��tage noble, sur le c�t� droit de la cour.</p><p>Les magnifiques lambris blanc et or de Jacob Verberckt (1764-1771) et de Jules Antoine Rousseau (1710-1782) y marquent le triomphe de la � rocaille �.</p><p>L�appartement de Mme Ad�la�de est � la suite. Au-dessus, il y a des petits appartements et diverses pi�ces aux boise-downloadModeText.vue.download 284 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11495</p><p>ries d�licatement sculpt�es et peintes.</p><p>D�autres appartements, destin�s au dauphin, � la dauphine, � Mesdames, � Mme de Pompadour*, prirent place au rez-de-chauss�e. Mais le plus bel apport du r�gne est sans doute l�Op�ra, construit de 1748 � 1770 � l�extr�mit� de l�aile du Nord, sur les plans de Jacques-Ange Gabriel*. La salle, avec ses boiseries peintes en faux marbre ou dor�es et sa colonnade sup�rieure, la sc�ne et le foyer illustrent le retour � un style plus architectural, dont la gr�ce �gale cependant le faste. Gabriel fut bien moins inspir� dans son entreprise, heureusement non parachev�e, de r�novation radicale de la cour.</p><p>� Trianon, Gabriel avait �difi� en 1750 l��l�gant � pavillon fran�ais �, en croix de Saint-Andr�. Louis XV lui demanda en 1762 d��lever pour Mme de Pompadour un petit ch�teau, dont la r�alisation s�acheva cinq ans plus tard : c�est le Petit Trianon, de plan carr� et sans toit apparent, incomparable par la</p><p>puret� du dessin de ses quatre fa�ades diff�rentes, la perfection de ses ornements sculpt�s et de ses moulures. On y reconna�t le premier triomphe du</p><p>� retour � l�antique �.</p><p>Le r�gne de Louis XVI*</p><p>� d�faut de transformations capitales dans le ch�teau, les appartements furent en partie modernis�s. L��l�-</p><p>gante biblioth�que du Roi, aux boiseries ex�cut�es sur les dessins de Gabriel, prit la place de la chambre de Mme Ad�la�de. D�j� remani�e pour Marie Leszczy&#x144;ska, la chambre de la Reine re�ut une magnifique tenture de soierie, tiss�e � Lyon sur les cartons de Philippe de La Salle. L�architecte Richard Mique (1728-1794) am�nagea pour Marie-Antoinette un petit appartement d�un go�t exquis.</p><p>Les jardins furent replant�s, les murailles de verdure faisant place � une v�g�tation plus libre. Le bosquet des Bains d�Apollon fut transform� selon un go�t pr�romantique d�apr�s les dessins d�Hubert Robert* ; on en disposa les statues dans le creux d�un rocher artificiel.</p><p>En 1774, Louis XVI offrit le Petit Trianon � Marie-Antoinette, qui s�y attacha, en fit moderniser la d�coration int�rieure et l�ameublement. Mique y am�nagea avec le comte de Caraman un jardin � l�anglaise, o� il disposa des</p><p>� fabriques � d�un style n�o-grec tr�s pur : le Belv�d�re, � pans coup�s, le Temple de l�Amour, en rotonde. Mais il devait sacrifier � la mode pseudo-rustique en entourant le lac, de 1783</p><p>� 1786, des constructions du Hameau, notamment la Maison de la reine, la Ferme, le Moulin � eau, la Laiterie, attenante � la � tour de Marlborough �.</p><p>Le domaine de la R�volution �</p><p>nos jours</p><p>La R�volution vida le ch�teau, mais en �pargna � peu pr�s les b�timents et la d�coration fixe. Napol�on n�apporta rien de notable (r�am�nagement du Grand Trianon), Louis XVIII et Charles X non plus. Sous la monarchie de Juillet, en revanche, l�organisation du mus�e entra�na d�importantes</p><p>modifications. Un vaste programme de restauration devait �tre entrepris en 1925 gr�ce � la g�n�rosit� de John D. Rockefeller ; continu�s � partir de 1951, les travaux ne sont pas termin�s.</p><p>Il faut signaler surtout la r�surrection de l�Op�ra, qui avait �t� d�figur� au XIXe s., et de fructueux efforts de remeublement.</p><p>B. de M.</p><p>Le mus�e national de</p><p>Versailles</p><p>Un mus�e historique occupe une grande partie du ch�teau. Cr�� � l�initiative de Louis-Philippe dans un dessein de r�conciliation nationale, il fut d�di� par lui � � toutes les gloires de la France � et inaugur� en 1837. Ses collections, qui n�ont cess�, depuis lors, de s�enrichir, comprennent essentiellement des portraits, peints ou sculpt�s, et des tableaux repr�sentant les principaux �v�nements, civils ou militaires, de notre histoire. Le mus�e a sauv� le ch�-</p><p>teau en lui donnant une affectation, mais son am�nagement a entra�n� des destructions regrettables. Les collections du XVIIe s.</p><p>sont pr�sent�es dans l�aile du Nord, priv�e de sa d�coration d�origine ; celles du XVIIIe s.</p><p>et de la R�volution, dans le rez-de-chauss�e du corps central, o� des lambris anciens leur servent, au contraire, de cadre ; celles du Consulat et de l�Empire, dans l�attique � gauche de la cour et au rez-de-chauss�e de l�aile du Midi. Vid�s de leurs appartements, les deux �tages sup�rieurs de cette aile forment, depuis la cr�ation du mus�e, ce qui en est sans doute la partie la plus caract�ristique, la plus conforme, en tout cas, aux intentions et au go�t de son fondateur : l�immense galerie des Batailles, am�nag�e par Pierre Fontaine* et Fr�d�ric Nepveu (1777-1861) dans le style n�o-classique. Parmi beaucoup d�ouvrages acad�-</p><p>miques, comme ceux d�Horace Vernet* et d�Ary Scheffer, on remarque la Bataille de Taillebourg de Delacroix*, qui fait exception par son accent romantique.</p><p>B. de M.</p><p>&amp; P. de Nolhac, Versailles (Moranc�, 1910 ; 4 vol.). / P. Francastel, la Sculpture de Versailles (Moranc�, 1930). / C. Mauricheau-Beaupr�, Versailles. Le ch�teau, le parc, les Trianons (les Documents d�art, Monaco, 1948). / B. Champi-gneulle, Versailles dans l�art et l�histoire (La-</p><p>rousse, 1955). / G. Van der Kemp et J. Levron, Versailles, Trianons (Arthaud, 1957). / P. Verlet, Versailles (Fayard, 1961). / B. Teyss�dre, l�Art fran�ais au si�cle de Louis XIV (Libr. g�n�rale fr., 1967). / A. Marie, Naissance de Versailles.</p><p>Le ch�teau, les jardins (Vincent et Fr�al, 1968 ; 2 vol.). / P. Morel, Versailles. Les Trianons (Arthaud, 1971). / L. Benoist, Histoire de Versailles (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1973).</p><p>Les sculpteurs de Versailles</p><p>La sculpture fran�aise du XVIIe s. est avant tout celle de Versailles. Louis XIV eut au service de ses desseins de nombreux sculpteurs, presque tous membres de l�Acad�mie* royale. On ne peut leur d�nier de fortes qualit�s personnelles ; c�est le cas pour les deux plus c�l�bres : Fran�ois Girardon (Troyes 1628 - Paris 1715), auteur de la statue �questre du roi qui s��levait au centre de la place Louis-le-Grand (Vend�me) � Paris, et Antoine Coysevox (Lyon 1640 - Paris 1720), � qui l�on doit le tombeau de Mazarin � l�Institut de France, mais c�est aussi le cas pour beaucoup d�autres, comme les fr�res Gaspard et Balthazar Marsy (n�s � Cambrai v. 1625 et en 1628, morts � Paris en 1681 et en 1674), Jean-Baptiste Tubi ou Tuby (Rome v. 1635 - Paris 1700), �tienne Le Hongre (Paris v. 1628 - id.</p><p>1690), Pierre Le Gros (Chartres v. 1629 -</p><p>Paris 1714), etc.</p><p>Leur m�rite individuel compte cependant moins que leur appartenance � une �quipe homog�ne, que leur soumission � une volont� cr�atrice, celle du souverain, interpr�t�e par Le N�tre, Le Vau, Hardouin-Mansart et par Le Brun, qui a souvent fourni � ces sculpteurs des projets dessin�s. Alors que la peinture versaillaise a pu c�der � des sollicitations baroques, les sculpteurs ont cultiv� des vertus qui rel�vent plut�t de l�id�al classique : excellence du m�tier, sans �talage de virtuosit� ; discipline de l�inspiration par l��tude de la � nature �</p><p>et celle de l�antique, l�une compensant l�autre ; aisance dans le maniement de l�al-l�gorie ; sens de la retenue et de la mesure, n�excluant pas le fr�missement de la vie.</p><p>On comprend qu�un tel climat n�ait pas �t� favorable au g�nie baroque d�un Puget*, dont les ouvrages quitt�rent Versailles peu apr�s y avoir �t� plac�s.</p><p>La sculpture versaillaise ne se con�oit pas sans son cadre d�architecture et de jardins. Elle orne avec richesse l�int�rieur et</p><p>l�ext�rieur du ch�teau, mais elle triomphe surtout dans la d�coration des jardins, qu�elle soit en marbre blanc, en bronze ou en plomb (dor� � l�origine). C�est par vocation un art de plein air, qui s�accorde merveilleusement au parti d�ensemble comme � la verdure disciplin�e, aux motifs d�architecture et aux eaux.</p><p>La grande campagne men�e entre 1667</p><p>et 1678 devait donner aux jardins l�essentiel de leur statuaire, venant apr�s les premi�res cr�ations d�un Michel Anguier (1614-1686) et d�un Jacques Sarazin*. Pr�s du ch�teau, � l�emplacement de la chapelle actuelle, l�architecture italianisante de la grotte de Th�tis abritait le groupe des Nymphes servant Apollon, d� principalement � Girardon (et replac� au XVIIIe s. dans le nouveau bosquet des Bains d�Apollon).</p><p>Sur le pourtour du parterre du Nord et � c�t� des fontaines de Diane et du Point-du-Jour, on voit un ensemble de statues all�goriques en marbre qui, replac�es sans ordre lors des grands travaux de Mansart, �taient, � l�origine, r�parties par groupes de quatre pour illustrer les th�mes des �l�-</p><p>ments, des Parties du monde, des Saisons, des Heures du jour, des Po�mes et des Temp�raments. On admire notamment la figure de l�Hiver, par Girardon, d�un r�alisme �mouvant dans sa discr�tion, et celle de l�Air, par Le Hongre, l�g�re � souhait. Au milieu du parterre, la fontaine de la Pyramide, aux vasques superpos�es, accueille des tritons et des dauphins en plomb, par Girardon, auteur principal des gracieux bas-reliefs qui, en contrebas, animent le bassin du Bain des Nymphes. Dans l�all�e d�Eau, chacune des vasques est port�e par trois enfants en bronze, dont ceux de Le Gros sont particuli�rement remarquables par leur r�alisme et leur vie. Au milieu du bassin de Latone, que traverse l�axe principal du domaine, le groupe en marbre est de B. Marsy. Les quatre bassins sym�triques qui marquent les intersections des all�es s�parant les bosquets, de part et d�autre du Tapis vert, offrent des figures en plomb repr�sentant les divinit�s des Saisons : Flore par Tubi ; C�r�s par Thomas Regnaudin (1627-1706), Bacchus downloadModeText.vue.download 285 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11496</p><p>par G. Marsy, Saturne par Girardon. On remarque aussi les statues mythologiques du bosquet des D�mes, par Tubi, Le Gros, Philippe Magnier (1647-1715), etc., le bassin d�Encelade, avec la figure en plomb de ce g�ant par B. Marsy. Au milieu du bassin d�Apollon, le char du dieu, ouvrage en bronze de Tubi, traduit ce th�me solaire avec autant d��l�gance que de majest�.</p><p>La seconde grande campagne, o� Mansart eut le r�le principal, a donn� surtout le parterre d�Eau. Peuplant le pourtour des deux bassins sans rompre cette impression g�n�rale d�horizontalit� qui met en valeur la fa�ade du ch�teau, d�admirables figures couch�es, fondues en bronze par les fr�res Keller, personnifient les fleuves ; la Garonne et la Dordogne, par Coysevox ; la Seine et la Marne, par Le Hongre ; la Loire et le Loiret, par Regnaudin ; le Rh�ne et la Sa�ne, par Tubi. Elles voisinent avec des groupes d�enfants, par Le Gros, Corneille Van Cl�ve (1645-1732), Jean-Baptiste Poultier (1653-1719) et Fran�ois Lespin-gola (1644-1705). Dans la Colonnade de Mansart, les bas-reliefs des arcades sont de Coysevox, de Tubi, etc. ; le groupe central, de Girardon, fait habilement tourner dans l�espace les figures de l�Enl�vement de Proserpine.</p><p>La sculpture a sa place dans les apports du r�gne de Louis XV. C�est l�esprit de la</p><p>� rocaille � qui marque la d�coration du grand bassin de Neptune (creus� selon le projet de Le N�tre au bas de l�all�e d�Eau).</p><p>Les figures de plomb sont celles des divinit�s aquatiques : Neptune et Amphitrite, par Lambert Sigisbert Adam* (1740) ; l�Oc�an, par Jean-Baptiste II Lemoyne* ; Prot�e, par Edme Bouchardon*. Dans l�Op�ra et son foyer, les bas-reliefs en bois peint d�Augustin Pajou* attestent au contraire l�apparition d�un art inspir� de nouveau de l�antique.</p><p>B. de M.</p><p>vert�bres</p><p>Os constitutifs de l�axe de soutien du corps des Vert�br�s*, la colonne vert�brale.</p><p>Anatomie humaine</p><p>La colonne vert�brale, ou rachis, est constitu�e chez l�Homme de 33 �</p><p>35 vert�bres.</p><p>Chaque vert�bre comprend :</p><p>� une partie ant�rieure renfl�e, le corps vert�bral ;</p><p>� un arc osseux � concavit� ant�rieure, l�arc neural, qui circonscrit, avec la face post�rieure du corps vert�bral, un orifice, le trou vert�bral ou rachidien (cet arc est form� de chaque c�t� par les p�dicules, en avant, les lames vert�-</p><p>brales en arri�re) ;</p><p>� une saillie m�diane post�rieure, l�apophyse �pineuse ;</p><p>� deux saillies horizontales et transversales, les apophyses transverses ;</p><p>� quatre saillies verticales, les apophyses articulaires, par lesquelles la vert�bre s�unit aux voisines.</p><p>Selon leur situation, les vert�bres pr�sentent des caract�res particuliers.</p><p>Les vert�bres du cou, ou vert�bres cervicales, sont au nombre de 7.</p><p>La 1re vert�bre cervicale, ou atlas, est form�e par deux masses lat�rales r�unies par deux arcs osseux ; la face sup�rieure de l�atlas s�articule par ses 2 cavit�s gl�no�des avec les condyles de l�occipital. Le corps de l�axis, 2e vert�bre cervicale, est surmont� de l�apophyse odonto�de ; l�articulation atlo�do-axo�dienne (entre atlas et axis) r�alise un v�ritable pivot qui assure la plus grande partie des mouvements de rotation de la t�te.</p><p>Le volume et la robustesse des</p><p>12 vert�bres dorsales et des 5 vert�bres lombaires augmentent progressivement de haut en bas ; les 5 vert�bres sacr�es sont soud�es entre elles, formant le sacrum, qui s�articule lat�ralement avec les 2 os iliaques pour former le squelette du bassin. Le sommet du sacrum situ� en bas s�articule avec le coccyx, pi�ce osseuse form�e par la r�union de 4 � 6 vert�bres atrophi�es.</p><p>Les vert�bres sont reli�es entre elles par plusieurs syst�mes ligamentaires : articulation des apophyses articulaires, ligaments jaunes entre les lames vert�brales, ligaments suret inter�pineux entre les apophyses �pineuses, liga-</p><p>ments intertransversaires. Les corps vert�braux sont unis par des ligaments p�riph�riques (ligaments communs an-t�rieur et post�rieur) et surtout par les disques intervert�braux. En forme de lentille biconvexe, chaque disque est constitu� par un segment p�riph�rique fibreux et par une zone centrale g�la-tineuse (qui durcit avec l��ge) au sein de laquelle se trouve un noyau plus dense : le nucleus pulposus.</p><p>L��quilibre de la colonne vert�brale est la r�sultante des actions combin�es de l��lasticit� des disques, de la puissance des muscles et des ligaments. Cet �quilibre est normalement r�alis� en rectitude dans le plan frontal (ou transversal) ; dans le plan ant�ro-post�rieur, ou sagittal, il existe trois courbures physiologiques : une courbure dorsale � convexit� post�rieure (cyphose dorsale) et deux courbures � convexit� ant�rieure (lordose cervicale et lordose lombaire, ou ensellure).</p><p>Pathologie chirurgicale</p><p>Les malformations</p><p>Il existe une tr�s grande vari�t� de malformations vert�brales : anomalies de nombre (par exc�s ou par d�faut), de diff�renciation (dorsalisation de la 7e cervicale [c�te cervicale qui prend la forme d�une vert�bre dorsale], sacrali-sation de la 5e lombaire [qui s�unit au sacrum], lombalisation de la 1re sacr�e</p><p>[qui s�isole du sacrum] par exemple).</p><p>Ces anomalies sont responsables de douleurs et de troubles de la statique vert�brale. Le spina-bifida, fissure verticale du rachis due � un vice de d�veloppement d�une vert�bre, pr�-</p><p>sente deux vari�t�s bien diff�rentes : le spina-bifida occulta, malformation b�nigne et fr�quente due � la non-fermeture d�un ou de plusieurs arcs vert�braux post�rieurs, est en g�n�ral une d�couverte fortuite lors d�un examen radiologique ; le spina-bifida cong�-</p><p>nital s�accompagne de malformations plus ou moins s�v�res de la moelle �pi-ni�re, avec possibilit� de hernie des enveloppes m�ning�es contenant ou non moelle et filets nerveux. Ces m�ningo-c�les s�accompagnent souvent de gros d�sordres neurologiques (paralysie, incontinence). Seule une intervention chirurgicale, lorsqu�elle est possible,</p><p>peut am�liorer un pronostic toujours sombre.</p><p>Les d�viations</p><p>Ces anomalies de la colonne vert�brale sont particuli�rement fr�quentes : accentuation de la cyphose dorsale, de la lordose lombaire et surtout scoliose, ou d�viation lat�rale du rachis.</p><p>y Les scolioses osseuses, ou structurales, s�accompagnent d�une rotation des vert�bres autour de leur axe vertical et sont d�origines diverses �</p><p>cong�nitale, endocrinienne, nerveuse (poliomy�lite) ou musculaire (myopa-thies) �, mais parfois on ne retrouve aucune cause �vidente : on parle de scoliose essentielle de l�adolescent.</p><p>Ces scolioses graves demandent</p><p>un traitement orthop�dique, voire chirurgical.</p><p>y � l�oppos�, les attitudes scoliotiques, tr�s fr�quentes chez l�adolescent, sont d�excellent pronostic si la r��ducation motrice (gymnastique corrective) est entreprise pr�cocement. C�est dire l�importance du</p><p>d�pistage pr�coce tout le long de la croissance.</p><p>Traumatismes</p><p>La fr�quence des traumatismes de la colonne vert�brale, ou rachis, augmente r�guli�rement avec celle des accidents de la circulation.</p><p>y Fractures. Les fractures du rachis sans l�sions de la moelle �pini�re posent seulement un probl�me orthop�dique. Dans les cas b�nins, le traitement se bornera � la seule r��ducation musculaire active et passive, sous contr�le clinique et radiologique rigoureux. Parfois, cependant, il faudra proc�der � une r�duction suivie d�immobilisation pl�tr�e, voire d�une intervention chirurgicale (ost�o-synth�se, greffe).</p><p>Les fractures avec l�sions m�dul-</p><p>laires (de la moelle �pini�re) posent des probl�mes d�autant plus graves qu�elles si�gent plus haut sur la colonne vert�brale. L�atteinte de la moelle r�alise une parapl�gie (les deux membres</p><p>inf�rieurs paralys�s) ou une quadripl�gie (les quatre membres paralys�s) qui peuvent �tre d�finitives s�il existe une section m�dullaire, r�gressives s�il y a seulement contusion ou compression m�dullaire ; plus graves encore sont les plaies vert�bro-m�dullaires, fractures ouvertes avec atteinte de la moelle. Le traitement de ces fractures compliqu�es consiste en une tentative de r�duction orthop�dique et, en cas d��chec, en une intervention sanglante, qui permettra parfois de d�comprimer la moelle et d�obtenir la r�gression de la paralysie, l�immobilisation �tant obtenue par appareil pl�tr�, traction continue ou ost�o-synth�se. Les parapl�gies ou quadripl�gies traumatiques sont justiciables de soins prolong�s dans des centres sp�cialis�s qui seuls peuvent r�soudre les probl�mes de r��-</p><p>ducation motrice, de soins v�sicaux (incontinence) et cutan�s (escarres).</p><p>y Luxations. Les luxations isol�es du rachis, sans fracture, sont exceptionnelles au niveau du rachis dorso-lombaire, moins rares au niveau du rachis downloadModeText.vue.download 286 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11497</p><p>cervical, o� les vert�bres lux�es, se d�pla�ant en avant, peuvent provoquer une compression m�dullaire</p><p>grave. La subluxation des apophyses articulaires peut entra�ner des douleurs post-traumatiques rebelles.</p><p>Des s�quelles � distance sont toujours � redouter apr�s un traumatisme vert�bral, telle la spondylite post-traumatique, qui r�alise le syndrome de K�mmel-Verneuil (raideur prononc�e de la colonne vert�brale).</p><p>Tumeurs</p><p>Les tumeurs malignes des vert�bres sont le plus souvent secondaires � un cancer d�un autre organe (ovaire, prostate, rein, etc.). Ce cancer secondaire se traduit radiologiquement par des images de d�calcification ou au contraire de condensation (vert�bre d�ivoire). Il entra�ne souvent des douleurs intol�rables sur lesquelles les</p><p>traitements radioth�rapiques, antimitotiques, hormonaux, etc., sont le plus souvent sans effets.</p><p>Il existe cependant des tumeurs malignes primitives des vert�bres, telle la maladie de Kahler, ou my�lome (v. os, moelle osseuse).</p><p>Infection</p><p>Les l�sions infectieuses du rachis peuvent avoir des causes multiples : ost�omy�lites (Staphylocoques), spondylites typhiques (Bacille d�Eberth), mais avant tout l�atteinte tuberculeuse du corps vert�bral, ou mal de Pott.</p><p>Le mal de Pott est la localisation la plus fr�quente des tuberculoses osseuses, qui se voit � tout �ge, mais avec un maximum de fr�quence chez l�enfant et l�adolescent. La maladie peut atteindre le rachis � tous les niveaux, individualisant des formes cliniques particuli�res, mais il existe un certain nombre de sympt�mes communs caract�ristiques de la maladie.</p><p>Le d�but de l�affection se manifeste avant tout par la douleur, progressive, exag�r�e par l�effort et la fatigue, calm�e par le repos. La marche est raide, guind�e, le sujet �vitant de se pencher en avant, de s�incliner � droite ou � gauche ; fatigue, amaigrissement, ano-rexie sont de r�gle. L�examen met en �vidence la rigidit� du segment vert�-</p><p>bral atteint, t�moin de la contracture des muscles, une douleur � la mobilisation, une saillie des muscles lat�ro-vert�braux, une douleur � la pression d�une apophyse �pineuse. L�examen capital est la radiographie, qui va montrer une diminution de hauteur du disque intervert�bral, un pincement discal, parfois d�j� une petite usure des bords du corps vert�bral, voire une caverne au centre de l�os.</p><p>� un stade plus avanc�, dit � de</p><p>pleine �volution �, se produit une destruction des vert�bres et des disques, avec, � la radiographie, un �crasement d�une ou de plusieurs vert�bres, qui dans la r�gion dorsale provoque la classique � bosse � pottique. Des abc�s apparaissent, qui ont tous les caract�res des abc�s tuberculeux : froids, �voluant</p><p>� bas bruit, migrateurs, �voluant vers la fistulisation. L��volution du mal de Pott se faisait autrefois en trois � quatre ans, la gu�rison �tant obtenue par soudure spontan�e des vert�bres d�for-m�es, laissant une gibbosit�, voire une paralysie, et cela dans les meilleurs cas, lorsque la surinfection d�un abc�s fistulis�, une g�n�ralisation tuberculeuse n�avaient pas entra�n� une issue fatale. Le seul traitement consistait en une immobilisation pl�tr�e rigoureuse associ�e � la cure h�liomarine (Berck).</p><p>Aujourd�hui, le pronostic a �t� transform� par les th�rapeutiques modernes, et le mal de Pott de l�enfant, bien trait� d�s la phase de d�but, doit gu�rir parfaitement : traitement m�dical par les antituberculeux, immobilisation relative, la cure h�liomarine �tant toujours souhaitable.</p><p>Chez l�adulte, le traitement m�dical seul est en g�n�ral insuffisant et il faut avoir recours � la chirurgie : abord direct du foyer, curetage de l�abc�s, greffe osseuse.</p><p>P. D.</p><p>Pathologie m�dicale</p><p>L�sions osseuses des vert�bres</p><p>L�ost�oporose, caract�ris�e par une rar�faction des trav�es du tissu osseux, downloadModeText.vue.download 287 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11498</p><p>a pour cons�quence une fragilisation de l�os. Sur le plan vert�bral, cela se traduit par des tassements vert�braux, avec apparition de d�formation du rachis (cyphose) accompagnant des d�formations vert�brales (vert�bres cun�iformes, trap�zo�dales).</p><p>Parall�lement existent des douleurs rachidiennes, dorsales et lombaires, chroniques et aigu�s. L�ost�oporose est le plus souvent primitive, apparaissant vers la cinquantaine. Le traitement comporte l�emploi de calcium, d�oestrog�nes et d�anabolisants. � l�oppos�, certaines ost�oporoses accompagnent</p><p>des maladies endocriniennes (hyper-corticisme, acrom�galie, hypogonadisme, affection thyro�dienne, hyperparathyro�die), digestives (d�faut d�absorption calcique), r�nales, diab�tiques. L�immobilisation peut cr�er une ost�oporose (pl�tre pelvi-p�dieux, paralysie �tendue...) ; il en va de m�me du traitement par les d�riv�s cortisoniques au long cours. Signalons que, chez les cosmonautes, l�apesanteur peut �galement provoquer un certain degr� de d�min�ralisation.</p><p>L�ost�omalacie frappe �galement le rachis. Se rencontrant surtout chez la femme apr�s quarante ans, elle se traduit par des douleurs lombaires et par des fractures spontan�es atteignant les os longs des membres inf�rieurs et les vert�bres. Le traitement, favorable, est la vitamine D et le calcium.</p><p>Dans le rachitisme*, l�atteinte vert�-</p><p>brale est rare, se voyant seulement dans les formes graves.</p><p>L�hyperparathyro�die s�accompagne de l�sions vert�brales � type d�ost�oporose, de fractures, ainsi que de g�odes (cavit�s dans l�os).</p><p>La maladie d�Albers-Sch�nberg</p><p>est une ost�oscl�rose (durcissement osseux) o� les os contiennent trop de tissu osseux min�ralis�. C�est la maladie dite � des os de marbre �, o� les vert�bres sont atteintes au m�me titre que les autres os. Bien d�autres ost�oscl�roses de causes diverses (endocrinienne, m�tabolique, toxique) existent, frappant plus ou moins le squelette vert�bral.</p><p>L�acrom�galie (v. hypophyse)</p><p>frappe le rachis, provoquant la formation d�ost�ophytes, d�formant les vert�bres en les allongeant (par hyperacti-vit� du p�rioste).</p><p>Affections rhumatologiques</p><p>L�arthrose (v. rhumatisme) frappe tr�s fr�quemment le squelette vert�bral.</p><p>Les l�sions atteignent les articulations intervert�brales, entra�nant plus tard des alt�rations des os voisins. Il y a �galement une atteinte du disque intervert�bral. L�affection est d�une grande</p><p>fr�quence, surtout apr�s cinquante ans.</p><p>Sa survenue est facilit�e par le surmenage discal que r�alisent toutes les professions exigeant le port d�objets lourds, par l�existence de cyphose, de scoliose. La maladie se traduit par des douleurs, de la fatigue et une raideur.</p><p>L�alt�ration discale provoque souvent la survenue d�une sciatique*. Radiologiquement, l�arthrose se traduit par un pincement de l�interligne intervert�bral par des ost�ophytes. Les l�sions sont d�finitives, et les troubles provoqu�s chroniques. L�atteinte du rachis est g�-</p><p>n�rale ou localis�e (lombarthrose, cer-vicarthrose). Le traitement est m�dical (antalgiques, kin�sith�rapie, cures thermales), sauf cas exceptionnels n�cessitant une action orthop�dique.</p><p>La spondylarthrite ankylosante est une affection de cause inconnue frappant avec pr�dilection l�homme jeune, caract�ris�e par des arthrites intervert�brales multiples et extensives, d��volution chronique et ankylosante.</p><p>Elle se traduit par des douleurs rachidiennes, mais aussi thoraciques, dans les membres (sciatique), en ceinture, et une raideur du rachis caract�ristique (en fin d��volution, le rachis est totalement raide, soud�, donnant � la radiographie un aspect en � tige de bambou �). D��volution lente, la maladie s�aggrave r�guli�rement au cours des ann�es, d�butant classiquement au rachis sacro-lombaire pour gagner de fa�on ascendante tout le reste de la colonne vert�brale. Quelquefois, la maladie semble se localiser � un seul segment vert�bral. Les pouss�es s�accompagnent d�une alt�ration de l��tat g�n�ral (inapp�tence, amaigrissement).</p><p>Finalement, en dix, quinze ou vingt ans, le malade est totalement bloqu�, ne marchant presque plus. Par contre, � ce stade, il ne souffre pratiquement plus. Le traitement fait appel aux antalgiques, aux d�riv�s cortisoniques, aux sels d�or, � la radioth�rapie, mais aussi � l�orthop�die, qui permet de fixer la colonne gr�ce � un corset pl�tr�, puis amovible, calmant ainsi les douleurs et s�opposant au d�veloppement des d�formations (et corrigeant en partie ces derni�res).</p><p>Les algies vert�brales (cervical-</p><p>gies, dorsalgies, lombalgies) sont des affections extr�mement fr�quentes.</p><p>Elles sont rarement le t�moin d�une affection grave du rachis, mais accompagnent par contre presque toujours l�arthrose, l�ost�oporose. Dans l�immense majorit� des cas, les troubles sont d�origine m�canique. Les troubles statiques sont fr�quents, relevant de la gymnastique (et du port d�un lombos-tat par exemple). D�autres rel�vent du rhumatologue (arthrosiques), des cures thermales. Quelle que puisse �tre la fr�quence des douleurs vert�brales, un bilan radiologique est n�cessaire pour �liminer une affection plus s�v�re.</p><p>La maladie de Scheuermann, ou</p><p>�piphysite vert�brale, souvent h�r�-</p><p>ditaire et familiale s�observe chez les adolescents de quatorze � dix-sept ans, le plus souvent du sexe masculin. C�est une maladie due � une anomalie de l�ossification de la vert�bre, par n�crose, semble-t-il, d�une partie du cartilage ost�og�ne. Les vert�bres deviennent trap�zo�des, cun�iformes, ce qui entra�ne une cyphose dorsale.</p><p>Les douleurs sont mod�r�es. Quand la croissance est termin�e, les l�sions cessent de progresser, mais les malades gardent un certain degr� de cyphose, et la m�canique discale est perturb�e.</p><p>La colonne vert�brale peut pr�senter de nombreuses anomalies, fonctionnelles ou organiques. Tant�t c�est elle qui en est responsable, par une affection propre ; ailleurs, les anomalies ne font que traduire un trouble plus g�n�ral, provoqu� par une affection neurologique ou par une perturbation m�tabolique, qu�il ne faut pas ignorer ou m�sestimer.</p><p>J. C. D.</p><p>Vert�br�s</p><p>M�tazoaires deut�rostomiens du</p><p>groupe des Cord�s.</p><p>La notion de Vert�br� est due � Lamarck*, qui, en 1806, dans son � Tableau du r�gne animal � (in Recherches sur l�organisation des corps vivants), s�para pour la premi�re fois les animaux sans vert�bres des animaux</p><p>ayant des vert�bres. Les Vert�br�s se distinguent des autres animaux par de nombreux caract�res, dont les princi-</p><p>paux sont les suivants.</p><p>Caract�ristiques</p><p>des vert�br�s</p><p>y Les Vert�br�s poss�dent un squelette interne cartilagineux ou osseux comprenant un squelette axial, ou colonne vert�brale, un squelette appendi-culaire formant 4 membres pairs (sauf chez les Agnathes et quelques Reptiles et Batraciens dont les membres ont disparu secondairement), un squelette p�rienc�phalique, ou cr�ne, et un squelette visc�ral.</p><p>y Leur corps est divis� en 3 par-</p><p>ties : la t�te, contenant l�enc�phale et les organes sensoriels ; le tronc, en grande partie visc�ral ; la queue, surtout musculaire. Cette subdivision est li�e � une �volution particuli�re du mesoderme, qui se divise en somites uniquement dans sa partie dorsale o� il forme les protovert�bres. Dans sa partie ventrale, il reste indivis et constitue la plaque lat�rale, qui donne le coelome proprement dit. Dans la t�te, la m�tam�risation est cach�e par la formation du cerveau et du cr�ne et il n�y a pas de coelome. Il appara�t, au moins chez les Poissons, six paires de somites : les trois premi�res sont les somites pr�mandibulaire, mandibulaire et hyo�dien ; les trois suivantes donnent la musculature des arcs branchiaux. De plus, une partie des somites du tronc est annex�e par la t�te, ce qui explique que le nombre de paires de nerfs cr�niens soit de 12</p><p>chez les Amniotes. Dans le tronc, le coelome est bien d�velopp� ; sa cavit� devient la cavit� g�n�rale, et ses parois celles du tube digestif et des diverses s�reuses (p�ritoine, pl�vres, p�ricarde). Dans la queue, situ�e en arri�re de l�anus, les plaques lat�rales du m�soderme disparaissent et il n�y a pas de coelome.</p><p>y La corde dorsale, qui dispara�t le plus souvent chez l�adulte, est entour�e de formations cartilagineuses ou osseuses, les vert�bres*. Elle ne p�-</p><p>n�tre pas dans la t�te. L�extr�mit� an-t�rieure du tube nerveux est renfl�e en un cerveau, ou enc�phale, prot�g� par un ensemble de pi�ces squelettiques qui forment le neurocr�ne. Les nerfs</p><p>spinaux issus de la moelle �pini�re ont chacun deux racines distinctes : une ventrale motrice et une dorsale sensitive (sauf chez les Agnathes). En liaison avec le cerveau, des organes sensoriels apparaissent : les yeux, les organes auditifs et olfactifs.</p><p>y Le t�gument est form� d�un �pi-</p><p>derme pluristratifi�, doubl� d�un derme de nature conjonctive.</p><p>y Le coeur est en position ven-</p><p>trale, avec 4 cavit�s embryonnaires.</p><p>L�appareil circulatoire est clos ; le sang contient des h�maties charg�es d�h�moglobine.</p><p>y Le foie est massif, ainsi que les deux reins. Les glandes g�nitales sont paires ; les sexes sont s�par�s (sauf quelques rares cas de Poissons successivement m�les et femelles) ; les downloadModeText.vue.download 288 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11499</p><p>produits g�nitaux sont �vacu�s par des conduits provenant des �bauches embryonnaires des reins.</p><p>On divise habituellement les Ver-</p><p>t�br�s en 5 classes : les Poissons* (de 20 000 � 30 000 esp�ces), les Amphibiens* ou Batraciens (2 500 esp�ces), les Reptiles* (env. 6 000 esp�ces), les Oiseaux* (8 600 esp�ces), les Mammif�res* (3 700 esp�ces). Les travaux des pal�ontologistes et les recherches d�anatomie compar�e ont montr� que la r�alit� est plus complexe.</p><p>Origine des Vert�br�s</p><p>La pal�ontologie ne peut pas encore donner une r�ponse au probl�me</p><p>de l�origine des Vert�br�s. Aucun C�phalocord� fossile n�est connu, et le Jamoytius Kerwoodi du Silurien sup�rieur d��cosse, d�crit comme interm�diaire entre l�Amphioxus* et les Vert�br�s, est en r�alit� un Agnathe, donc un Vert�br�. La plupart des fossiles d�crits comme Procord�s sont des restes discutables, comme Scau-manella mesacanthii du D�vonien</p><p>sup�rieur ou Ainiktozoon loganense</p><p>du Silurien sup�rieur. L�anatomie compar�e rattache indiscutablement les Vert�br�s aux Deut�rostomiens.</p><p>Le pal�ontologiste R. Jefferies admet que des �chinodermes du groupe des Mitrata auraient pu donner naissance aux divers groupes de Cord�s. Mais cela est hautement sp�culatif. Les premiers Vert�br�s connus apparaissent � l�Ordovicien moyen des �tats-Unis (460 millions d�ann�es) : ce sont des Agnathes du groupe des Astraspid�s d�j� tr�s �volu�s, ce qui a permis � certains auteurs de reporter loin dans le Pr�cambrien l�origine des Vert�-</p><p>br�s. L�ordre d�apparition des groupes correspond � celui qui est pr�vu par les th�ories expliquant l��volution des Vert�br�s : Poissons au Silurien (430 millions d�ann�es) ; Amphibiens au D�vonien (360 millions d�ann�es) ; Reptiles au Pennsylvanien inf�rieur (300 millions d�ann�es) ; Oiseaux (Ar-chaeopteryx) au Jurassique sup�rieur (130 millions d�ann�es) ; Mammif�res d�s le sommet du Trias (180 millions d�ann�es).</p><p>L��volution des Vert�br�s</p><p>Le stade agnathe</p><p>Les Agnathes* (Vert�br�s sans m�-</p><p>choires) n�ont pas encore le premier arc du squelette visc�ral transform� en m�choire inf�rieure. Le pal�ontologiste su�dois E. Stensi� a montr�, en 1927, que les Agnathes (ou Cyclos-tomes) de l��re primaire repr�sentent le stade le plus primitif de l��volution des Vert�br�s. Les Agnathes de l��re primaire sont des � Poissons cuirass�s � apparus vraisemblablement dans le milieu marin. Ils sont trop sp�cialis�s pour que l�on puisse en faire les anc�tres des Vert�br�s � m�choires.</p><p>Le stade gnathostome</p><p>Il caract�rise tous les autres Vert�-</p><p>br�s. Le premier arc squelettique s�y est transform� pour donner la m�choire inf�rieure et la m�choire sup�rieure.</p><p>Les membres pairs de type nageoire caract�risent les Poissons, groupe h�-</p><p>t�rog�ne m�me apr�s �limination des Agnathes. La classe des Chondrich-thyens, ou Poissons cartilagineux, renferme les S�laciens* (Raies et Requins)</p><p>et les Holoc�phales (Chim�res*), dont les m�choires sont constitu�es par l�arc mandibulaire. Les Ost�ichthyens, ou Poissons osseux, sont caract�ris�s par un squelette osseux. Ils m�ritent d��tre subdivis�s en 3 classes : les Actinop-t�rygiens, ou Poissons � nageoires rayonnantes (ce sont surtout les T�l�os-t�ens*, qui constituent la majorit� des Poissons actuels) ; les Dipneustes*, qui sont capables de pratiquer � la fois la respiration branchiale et la respiration pulmonaire ; les Crossopt�rygiens*, dont les nageoires paires ont une structure tr�s particuli�re, plus ou moins sym�trique de part et d�autre d�un axe m�dian.</p><p>Le stade t�trapode</p><p>Les Crossopt�rygiens comprennent</p><p>3 lign�es. Les Actinistiens ou Coela-canthiformes, connus d�s le D�vonien moyen et dont le dernier repr�sentant est le Latimeria chalumnae actuel, n�ont pas �volu�. Les Strumiformes ont disparu sans descendance. Les Rhipidistiens sont plus importants, car la possession de narines internes, ou choanes, en fait les pr�curseurs des T�trapodes. Les Rhipidistiens ont �t� divis�s par E. Jarvik, d�apr�s l�anatomie de la r�gion nasale, en Porol�piformes, dont la structure rappelle celle des Amphibiens Urod�les, et en Ost�o-l�piformes, qui rappellent les autres T�trapodes, y compris les Batraciens Anoures. Ces recherches aboutissent donc � la notion du diphyl�tisme des T�trapodes et de l�h�t�rog�n�it� du groupe des Batraciens.</p><p>Les premiers T�trapodes connus sont des Amphibiens, les St�goc�phales, caract�ris�s par les replis compliqu�s de l��mail dentaire (d�o� leur nom de La-byrinthodontes) et par la position lat�-</p><p>rale des membres par rapport au tronc.</p><p>Les Ichthyostega* du D�vonien sup�-</p><p>rieur sont les plus primitifs et les plus int�ressants par leur m�lange de caract�res de Poissons (nageoire caudale) et de T�trapodes (nageoires paires transform�es en pattes � 5 doigts).</p><p>Le stade amniote</p><p>Les premiers Reptiles sont les Coty-</p><p>losauriens, qui se rapprochent des St�goc�phales par de nombreux caract�res, comme la disposition des os du cr�ne et la structure des vert�bres.</p><p>Chez les Reptiles, comme chez les Oiseaux et les Mammif�res, l�embryon est pourvu d�annex�s, l�amnios et l�allanto�de. D�s le sommet du Carbonif�re, au Pennsylvanien, deux tendances �volutives se manifestent chez les Reptiles. Le groupe des P�lycosau-riens montre des caract�res consid�r�s comme mammaliens : une seule fen�tre temporale de chaque c�t� du cr�ne, processus r�tro-angulaire de la mandibule incurv� vers le bas, angulaire pourvu d�une lame r�fl�chie. Ces Reptiles mammaliens, ou Th�ropsid�s, forment la lign�e synapside, dont l��volution est caract�ris�e par l�adjonction progressive de nouveaux caract�res mammaliens : construction d�un palais secondaire, r�duction de la mandibule au seul os dentaire, remplacement de l�articulation mandibulaire (de type reptilien) entre l�articulaire et le carr� par une articulation (de type mammalien) entre le squamosal et le dentaire, disposition des membres en position parasagittale, etc. Le genre Diademo-don du Trias est caract�ristique de cette downloadModeText.vue.download 289 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11500</p><p>�volution ; on a m�me suppos� que ce Reptile avait acquis la viviparit� et l�hom�othermie.</p><p>Ces faits nous montrent que la d�limitation de la classe des Mammif�res, facile lorsqu�on se limite aux formes actuelles, devient difficile si l�on prend en consid�ration les formes fossiles qui ne sont ni des Reptiles vrais ni des Mammif�res vrais, mais des formes interm�diaires. L�exemple le plus curieux est sans doute Diarthrogna-thus du Trias sup�rieur, qui poss�dait � la fois les deux types d�articulation de la mandibule, ce qui �tait consid�r� avant sa d�couverte comme une impossibilit�.</p><p>L�autre lign�e est celle des Sauropsid�s, qui sont � l�origine des Reptiles actuels et des Oiseaux. L� encore, nous</p><p>trouvons � l�origine des Oiseaux un �tre composite r�unissant des caract�res de Reptiles et d�Oiseaux : l�Ar-chaeopteryx*. En conclusion, il serait plus logique de scinder les Amniotes en une lign�e synapside issue des Reptiles mammaliens et r�unissant ces derniers avec les Mammif�res, et en une lign�e sauropsidienne r�unissant les autres Reptiles et les Oiseaux. Au niveau des Mammif�res et des Oiseaux, l��volution des Vert�br�s se poursuit par l�acquisition de l�hom�othermie, tandis que les Mammif�res acqui�rent la viviparit�.</p><p>Le r�le des Vert�br�s</p><p>dans la biosph�re</p><p>L�acquisition d�un squelette interne a permis aux Vert�br�s d�acqu�rir une taille plus grande que les Invert�br�s.</p><p>Bien que moins nombreux en esp�ces et en individus, les Vert�br�s jouent un r�le important dans la biosph�re. Ils ont colonis� tous les milieux gr�ce � la vari�t� de leurs types biologiques, en particulier sur terre. Cela est surtout vrai pour les Reptiles et les Mammif�res, les Amphibiens ayant eu des possibilit�s �volutives plus limit�es. Alors que les Reptiles �taient les ma�tres de la terre � l��re secondaire, les Mammif�res les ont supplant�s � l��re tertiaire en les rempla�ant dans la majorit� de leurs niches �cologiques. Le d�veloppement de l�intelligence, les soins aux jeunes, l�ind�pendance de plus en plus grande vis-�-vis des facteurs du milieu ont �t� pour beaucoup dans le succ�s des Mammif�res, qui repr�sentent le degr� d��volution le plus complexe r�alis� chez les Vert�br�s, de m�me que les Insectes ont r�alis� l��volution la plus pouss�e chez les Invert�br�s.</p><p>R. D.</p><p>F Amphibiens / Mammif�res / Oiseaux / Poissons / Reptiles.</p><p>&amp; P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie (Masson, 1950-1974 ; 16 vol. parus).</p><p>/ J.-P. Lehman, l��volution des Vert�br�s inf�rieurs (Dunod, 1959). / C. Devillers et P.-P. Grass�, Pr�cis de zoologie, t. II : Vert�br�s (Masson, 1965). / C. Devillers, Introduction � l��tude syst�matique des Vert�br�s (Doin, 1973). / �volution des Vert�br�s (C. N. R. S., 1976).</p><p>vertige</p><p>Sensation erron�e de d�placement du corps ou des objets fixes l�environnant, l�un par rapport aux autres.</p><p>Signes cliniques</p><p>Le d�placement illusoire du vertige peut s�effectuer dans diff�rents plans.</p><p>Le plus fr�quent est le vertige rota-toire, dans lequel les objets environnants paraissent tourner dans un plan horizontal, � la mani�re d�un man�ge, mais d�autres types sont possibles : impression de bascule, de translation horizontale ou verticale (ascension ou descente). Le vertige est une sensation ; il doit donc �tre diff�renci� du d�s�quilibre, trouble moteur, qui lui est souvent associ�. L�intensit� des vertiges est sans rapport avec la gravit� des l�sions causales. Les vertiges s�accompagnent souvent d�un malaise profond et de troubles dont les plus habituels, analogues � ceux que provoque le mal des transports*, sont la p�leur, les naus�es, les vomissements, les sueurs, l�angoisse.</p><p>Les circonstances d�apparition des vertiges comme leur mode �volutif sont variables avec leur cause. Cette d�finition neurologique du vertige exclut divers troubles parfois qualifi�s du m�me nom : il en est ainsi des syn-copes*, des lipothymies, etc. (v. sympt�me). Les sensations vertigineuses ne sont pas rares au cours des grands �tats anxieux. La distinction la plus importante en pratique est � faire avec certaines manifestations de l��pilep-sie* telles que les � absences � ou les</p><p>� pseudo-absences �.</p><p>downloadModeText.vue.download 290 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11501</p><p>Les vertiges traduisent un trouble du comportement de l�appareil vestibulaire, sp�cialis� dans la fonction d��quilibration.</p><p>Rappel anatomique</p><p>L�appareil vestibulaire comprend</p><p>des organes r�cepteurs situ�s dans le labyrinthe de l�oreille* interne (cavit� situ�e dans un os du cr�ne, le rocher, et contenant les canaux semi-circulaires o� les positions de la t�te se traduisent par des informations des filets nerveux). Les fibres nerveuses issues de ces r�cepteurs constituent le nerf vestibulaire, qui se termine dans le tronc c�r�bral au niveau des noyaux vestibulaires.</p><p>Causes des vertiges</p><p>Elles sont diff�rentes suivant le niveau d�atteinte des voies vestibulaires.</p><p>Les l�sions vestibulaires</p><p>p�riph�riques</p><p>Elles sont caract�ris�es par l�atteinte des r�cepteurs labyrinthiques et/ou du nerf vestibulaire. Les vertiges sont souvent d�intensit� tr�s forte, calm�s par l�immobilit�, d�clench�s ou aggrav�s par les changements de position. Les affections labyrinthiques sont domin�es par les traumatismes (fracture du rocher), les infections de l�oreille (otites), les h�morragies et le syndrome de M�ni�re. Le syndrome ou vertige de M�ni�re, de cause obscure (accumulation probable de liquide dans les canaux du labyrinthe), est caract�ris� par la survenue brutale, inopin�e, de grands acc�s vertigineux avec p�leur, sueurs, naus�es, troubles importants de l��quilibration obligeant � garder le lit, pendant quelques heures ou quelques jours. Il s�y associe souvent des troubles auditifs. Entre les acc�s, tout trouble peut dispara�tre ; mais les r�cidives sont la r�gle, la surdit� ayant tendance � s�aggraver. Le traitement</p><p>de ce syndrome, assez d�cevant, utilise les vaso-dilatateurs, certains d�riv�s de la pip�razine dou�s de propri�t�s anti�-</p><p>m�tisantes et antivertigineuses, et les s�datifs.</p><p>Le nerf vestibulaire peut �tre atteint au cours de certaines infections ou de traitements par certains m�dicaments, telle la streptomycine.</p><p>Les l�sions vestibulaires centrales Elles r�sultent de l�atteinte des noyaux nerveux vestibulaires du cerveau et/</p><p>ou des voies nerveuses qui en partent.</p><p>Elles sont typiquement caract�ris�es par des vertiges discrets, mais s�accompagnant de grande anxi�t�. Leurs causes sont multiples : accidents vasculaires (h�morragies, thromboses), scl�rose* en plaque, syringomy�-</p><p>lie*, tumeurs du tronc c�r�bral ou du cerveau.</p><p>Une atteinte vestibulaire, en g�n�ral mixte (centrale et p�riph�rique), caract�rise les compressions tumorales du nerf vestibulaire, dont la forme la plus fr�quente est le neurinome.</p><p>C. V.</p><p>Vertov (Dziga)</p><p>F DOCUMENTAIRE.</p><p>Vesaas (Tarjei)</p><p>�crivain norv�gien (Ytre Vinje, Tele-mark, 1897 - Oslo 1970).</p><p>Son enfance, pass�e dans la ferme de ses parents, est impr�gn�e des l�gendes locales qui comptent parmi les plus belles de toute la Norv�ge. Apr�s un hiver au coll�ge de Voss, il t�che de se faire un nom dans le monde des lettres, non sans mal. D�s 1929, il s��tablit dans sa propre ferme, dans sa r�gion natale, puis il �pouse Halldis Moren (elle-m�me �crivain), en 1934.</p><p>Le c�t� romantique, voire senti-</p><p>mental, de ses premiers �crits, dont De simples hommes (1923), fait bient�t place � plus de r�alisme, dans les Chevaux noirs (1928), roman de l�espoir frustr�. Le Voyage du p�re</p><p>(1930), premier volume d�une t�tralogie dont le h�ros a pour nom Klas Dyregodt, �voque le th�me de la lutte entre les forces positives et n�gatives de la vie ; paraissent ainsi Sigrid Stall-brokk (1931), les Inconnus (1932) et Des coeurs entendent les voix de leur pays (1938). Cependant, avec le Santal (1933), Vesaas touche au coeur du myst�re de la vie et de la mort ; le r�cit, soutenu par l�in�luctable (l�h�ro�ne sait qu�elle doit mourir en accouchant), fait briller la lueur d�espoir li�e � la naissance. Le Grand Jeu (1934), puis Des femmes appellent � la maison (1935) retracent l�histoire de Per Bufast, qui d�abord se r�volte contre son sort : il sera paysan, mais qui est vite fascin� par son travail au contact de la nature.</p><p>Ils d�peignent la campagne et les paysans, le rythme rassurant de la vie � la ferme. C�est aussi le sujet principal du recueil de nouvelles l�Argile et la roue (1936).</p><p>Toutefois, en 1934, Vesaas exprime d�j� sa peur de la guerre dans un drame pacifiste de style expressionniste, Ultimatum ; et, lorsqu�en 1940 il publie son roman le Germe, il est le premier � laisser entrevoir les donn�es nouvelles d�un pays occup�, unissant r�alisme et symbolisme. Sur une �le paisible, un homme tue une jeune fille dans un moment de folie ; le fr�re de celle-ci pousse les habitants � poursuivre le meurtrier, qui est lynch� sans piti�, et ce n�est qu�ensuite qu�ils se rendent compte comment ils ont �t� victimes d�une suggestion qui les a conduits � agir aveugl�ment et se sentent coupables. La Maison dans la nuit (1945), roman all�gorique de l�oppresseur et de l�opprim�, donne une image authentique de l�occupation allemande, des diff�rentes attitudes devant les �v�nements et analyse la force et la faiblesse de chacun � l�heure de l��preuve. Le th�me du roman suivant, la Blanchisserie (1946), est encore celui des puissances inconnues qui hantent l�esprit : elles conduisent le h�ros, Johan Tander, � des actes irr�parables ; il les r�prouve, mais il est trop tard. Ces romans sont plus proches de l�existentialisme que de la psychanalyse. La Tour (1948) a pour titre le symbole de la conscience : nous portons une tour en nous o� s�amassent pens�es et actes,</p><p>qui menace de nous �craser si nous ne nous en rendons pas ma�tres. Toutes les nuances du sentiment de culpabi-lit� s�y trouvent analys�es. Le Signal (1950) traite des ind�cis, perdus dans un monde en proie � la confusion : et cela sous forme de voyageurs qui attendent en gare devant un train qui ne part jamais. Moins sombre et plus r�aliste, Nuit de printemps (1954) montre comment un jeune gar�on et sa soeur a�n�e, en des circonstances dramatiques, sortent de leur monde d�enfants et entrent dans celui des adultes pour lequel ils sont m�rs � pr�sent.</p><p>Deux recueils de nouvelles, les</p><p>Vents (1952) et Un beau jour (1959), reprennent les th�mes pr�f�r�s de l�auteur. Le lyrisme de certains portraits alterne avec les �tudes psychologiques et l�emploi des symboles, ce qui donne � ces nouvelles un c�t� r�v�lateur de l�ensemble de l�oeuvre.</p><p>Vesaas sugg�re plus qu�il ne ra-</p><p>conte ; sa prose m�me est souvent si lyrique qu�on ne s��tonne pas d� le voir aussi publier des recueils de po�mes.</p><p>Le premier, les Sources (1946), reste traditionnel quant aux formes de la langue, mais, avec le Jeu et la foudre (1947), Bonne Chance aux voyageurs (1949), le Pays des feux cach�s (1953) et enfin R�ve, renouvelle-toi (1956), il fait figure de pionnier en introduisant les tendances les plus modernistes dans la po�sie norv�gienne. Il passe de l�idylle � l�angoisse la plus d�chirante, use d�un style parfois excessivement simple ou au contraire fort complexe, mais il a le don de rester toujours original.</p><p>Si ses romans portent volontiers la marque du drame, une pi�ce de th��tre comme la Brise matinale (1947) est d�un lyrisme tel qu�il est presque impossible de la porter � la sc�ne. Par contre, la technique de ses pi�ces pour la radio est irr�prochable : il sait d�-</p><p>gager une atmosph�re, jouer de sous-entendus et d�allusions, se servir au mieux des r�pliques � voix basse et des silences.</p><p>Le roman intitul� les Oiseaux</p><p>(1957), un des sommets de sa cr�ation litt�raire, est l�histoire de Mattis,</p><p>l�idiot du village, qui en fait poss�de un don que les autres ont perdu : celui de s��merveiller devant les choses de la nature, leur beaut�, leur po�sie. Il se rend compte qu�il est � la charge de sa soeur quand celle-ci tombe amoureuse : il s��loigne � la force des rames et d�fonce sa barque. Le Palais de glace (1963) donne un aper�u de ce qui peut remuer le coeur des adolescents. Attir�e par l��clat envo�tant d�une cascade gel�e, une jeune fille s�y perd et les efforts pour la retrouver restent vains ; sa meilleure amie s�isole, mais elle sera sauv�e par le contact de ses camarades, tandis que le printemps fait fondre la glace dans la nature. Ce sont aussi les rapports entre des jeunes filles qui font l�objet de cet autre roman, les Ponts (1966) ; Aud et Torvil d�couvrent le corps d�un b�b� que sa m�re a tu�, et celle-ci est aussi d�cid�e � se donner la mort ; elles r�ussiront � lui faire reprendre go�t � la vie. Les ponts sont ici le symbole des contacts humains.</p><p>Le Feu (1961), de forme purement surr�aliste, r�v�le un auteur ouvert aux influences nouvelles de la litt�rature.</p><p>L�action se d�roule dans un monde de r�ve dont les aspects sont tir�s de la r�alit�, mais qui ne pr�te pas pour autant � une interpr�tation all�gorique.</p><p>Il s�agit de l��chec du h�ros, qui ne parvient ni � arracher les hommes � leur isolation, ni m�me � sortir de la sienne. Son dernier roman, le Bateau du soir (1968), qui tient en partie de l�autobiographie, rassemble tous les grands th�mes d�j� abord�s : l�amour naissant, rempli d�appr�hensions ; le downloadModeText.vue.download 291 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11502</p><p>monde des enfants dress� contre celui des adultes ; le conflit entre le besoin de vie en commun et de solitude ; la lutte entre les forces destructives et cr�atrices de l�univers.</p><p>Tarjei Vesaas meurt le 15 mars 1970, laissant une oeuvre riche et vari�e, empreinte d��motion et de mystique. Ses romans, dont des pages enti�res sont de v�ritables po�mes en prose, ont pour la plupart un fond de trag�die ; les personnages se r�v�lent de fa�on plus</p><p>intense dans la souffrance et dans la peine que dans la joie simple et totale.</p><p>J. R.</p><p>&amp; R. Skrede, Tarjei Vesaas (en norv�gien, Oslo, 1947). / T. Brostr�m, le Monde symbolique de Vesoos (en norv�gien, Oslo, 1955). /</p><p>E. Steen, Tarjei Vesaas (en norv�gien, Oslo, 1956). / J. E. Vold, Tarjei Vesaas (en norv�gien, Oslo, 1964). / K. G. Chapman, Traits principaux de la po�sie de Tarjei Vesaas (en norv�gien, Oslo, 1971).</p><p>Vespasien</p><p>En lat. TITUS FLAVIUS VESPASIANUS (pr�s de Reate [auj. Rieti] 9 apr. J.-C. -</p><p>Aquae Cutiliae, pr�s de Rieti, Sabine, 79), empereur romain de 69 � 79.</p><p>C��tait, de par son lieu de naissance, un Italien, bien qu�originaire d�une r�-</p><p>gion, la Sabine, peu �loign�e de Rome et assimil�e de longue date, une r�gion r�put�e d�ailleurs pour les vertus de ses habitants. Dans sa famille, de condition moyenne, l�usage voulait que l�on f�t carri�re aux arm�es et dans l�administration. Son p�re, Flavius Sabinus, �tait banquier et publicain. Sa m�re �tait soeur d�un s�nateur. Son fr�re, T. Flavius Sabinus (� 69), devint pr�fet de Rome (62-69).</p><p>Vespasien fut d�abord tribun militaire en Thrace, questeur en Cr�te et Cyr�na�que, �dile, pr�teur. Il �pousa la fille d�un chevalier, dont il eut deux fils, Titus* et Domitien*, tous deux futurs empereurs et qui, avec leur p�re, forment la dynastie des Flaviens (69-96).</p><p>Il commanda une l�gion en Germanie en 43-44, puis en Bretagne, o� il joua un r�le brillant en s�emparant de l��le de Wight. En 51, il fut consul suffect, et entre 62 et 65 proconsul d�Afrique : il s�y montra odieux, selon Tacite, et tout � fait honn�te selon Su�tone. Il fut un moment disgraci� et faillit m�me �tre mis � mort pour s��tre endormi tandis que N�ron chantait sur sc�ne.</p><p>Mais les choses s�arrang�rent puisqu�il accompagna N�ron en Gr�ce et re�ut en 66 le commandement de la guerre de Jud�e. Les Juifs avaient chass� la garnison romaine de J�rusalem ; Vespasien r�tablit la discipline dans l�ar-m�e d�rout�e et reconquit une grande</p><p>partie de la province, d�abord la c�te, puis le nord, enfin les abords de J�rusalem, qu�il encercla (66-68). La rumeur proclamait que de ces r�gions viendrait le futur ma�tre du monde, et Vespasien, qui �tait tr�s superstitieux, se fit � l�id�e que les pr�dictions le concer-naient. D�ment soutenu par Tiberius Julius Alexander, pr�fet d��gypte, et par Mucien (Caius Licinius Mucianus,</p><p>� 77), le gouverneur de Syrie, il se fit proclamer empereur � Alexandrie et en Jud�e en 69. Il ne se risqua pas � guerroyer contre l�empereur Vitellius, le dernier d�une br�ve s�rie de monarques �ph�m�res et qui disposait des troupes d�Occident. Mais les troupes des r�gions danubiennes, avec le g�n�ral Antonius Primus, s��tant ralli�es � sa candidature, marchaient sur l�Italie et battaient Vitellius � Bedriac (Betricum), pr�s de Cr�mone. La prise de Rome se d�roula dans l�acharnement et la confusion des combats de rues. Le fr�re de Vespasien, le pr�fet, fut massacr� par la foule, puis ses partisans se rendirent enfin ma�tres de la ville, Vitellius fut tu� et Vespasien fut reconnu empereur par le s�nat. Pendant ce temps, il �tait demeur� � Alexandrie, o� il avait trouv� l�appui du pr�fet d��gypte. Il y fr�quentait les astrologues et op�rait des gu�risons miraculeuses, pour confirmer les esprits dans sa destin�e sup�rieure et faire oublier ses origines modestes. Il y surveillait aussi l�embarquement du bl� � destination de Rome, qu�il activa une fois sa victoire assur�e. Une proclamation assura aux Romains que les lois n�ro-niennes seraient abolies. Alors, en 70, il fit son entr�e solennelle � Rome.</p><p>Il eut fort � faire � r�parer les d�-</p><p>sordres caus�s par N�ron et par ses successeurs. Il y montra ses d�fauts et ses qualit�s de provincial. Sans culture, terre � terre, sans finesses oratoires, sans pr�jug�s, il �tait prudent et pond�r�, lucide, courageux. Pour renforcer son autorit�, il insista sur le caract�re divin de son pouvoir, assuma les titres d�auguste et de c�sar et �tendit ses pouvoirs par la lex de imperio Vespasiani.</p><p>Il d�clara sans ambages que ses fils lui succ�deraient et Titus fut associ� � l�Empire d�s 71. Les philosophes qui n�avaient pas de sympathie pour un empire h�r�ditaire furent chass�s de Rome. Helvidius Priscus (� 75), phi-</p><p>losophe sto�cien et chef de l�opposition au s�nat, fut contraint � s�ouvrir les veines.</p><p>Il affecta un train de vie modeste. Il fit d�molir la Maison d�or de N�ron, n�habita pas les constructions monumentales du Palatin, re�ut chez lui sans fa�ons. Il fit bon m�nage avec les s�nateurs et se montra assidu aux s�ances du s�nat. Celui-ci, d�cim� par N�ron, fut repeupl� de gens semblables � l�empereur, des Italiens ou des provinciaux, raisonnables et conformistes. Ce fut le r�sultat de la censure, qu�il prit en 73-74 avec Titus et lors de laquelle eut �galement lieu une vaste r�vision du cadastre de Rome. Les moeurs de l�aristocratie romaine, suivant l�exemple du prince, chang�rent radicalement.</p><p>Les questions d�argent se r�v�l�rent primordiales. Le budget �tait fort mal en point, et les d�sordres avaient nui � la rentr�e des imp�ts. Vespasien s�effor�a de trouver des imp�ts nouveaux (� l�argent n�a pas d�odeur �, disait-il), r��valua et r�clama avec rigueur les taxes traditionnelles. Il enleva � la Gr�ce l�immunit� fiscale accord�e par N�ron. Il s�acharna � r�cup�rer les terres publiques que les particuliers s��taient appropri�es. On raconta qu�il trafiquait des magistratures. On l�accusait de cupidit�, d�avarice. Mais c��tait une n�cessit�, et il savait aussi d�penser. Il fut lib�ral envers les s�nateurs en difficult�, envers les cit�s afflig�es par des calamit�s naturelles, envers les intellectuels aussi, et en particulier les professeurs. L�illustre Quintilien (Marcus Fabius Quintilianus, v. 30 - v. 00), auteur d�une classique Formation de l�orateur, fut le premier professeur fonctionnaire. Vespasien eut aussi � restaurer les ruines mat�rielles. Rome avait beaucoup souffert des troubles des ann�es pr�c�dentes, qui avaient compl�t� les effets de l�incendie de N�ron. Des quartiers �taient ravag�s.</p><p>L�empereur remit en �tat rues et aqueducs et reb�tit le Capitole. Il construisit de nouveaux et vastes �difices : un nouveau forum, le temple de la Paix, l��norme amphith��tre flavien (Colis�e), dont la construction ne put �tre achev�e que sous le r�gne de Titus, des bains publics. La limite sacr�e de Rome, le pomoerium, fut �tendue. La</p><p>statistique publi�e � l�occasion de la censure imp�riale donne un p�rim�tre de ligne d�octroi de 20 km environ, mais les autres chiffres donn�s permettent de conclure que la zone b�tie d�passait de beaucoup les limites officielles.</p><p>L�arm�e fut partout bien reprise en main. D�courag�e, d�moralis�e sous Vitellius, indisciplin�e par la comp�tition autour de l�Empire, elle fut restructur�e. La garde pr�torienne fut �pur�e, r�duite en effectif. Trois l�-</p><p>gions de l�arm�e de Germanie furent licenci�es. Les Italiens semblent s��tre d�tourn�s du recrutement des l�gions.</p><p>Les auxiliaires furent �loign�s de leur pays d�origine et command�s par des officiers romains. Les chefs furent soigneusement choisis.</p><p>Il restait � pacifier l�Empire. Les provinces s��taient habitu�es aux troubles.</p><p>En Gaule, les Bataves et les Frisons s��taient r�volt�s en 69 � l�appel de C. Julius Civilis, Batave mais citoyen romain, chef d�un corps auxiliaire, qui avait fait mine de se rallier � Vespasien, s��tait empar� des places fortes romaines de la r�gion des bouches du Rhin et avait incit� la Gaule � se r�-</p><p>volter. Les Gaulois, soulev�s sous la conduite de Julius Sabinus, de Julius Tutor et de Julius Classicus, furent vite pacifi�s par Q. Petilius Cerealis. Civilis r�sista assez longtemps avant d��tre refoul� outre-Rhin (70). Vespasien se montra g�n�reux envers les vaincus.</p><p>En Jud�e, la guerre se poursuivit sous la conduite de Titus, qui prit J�rusalem apr�s des combats acharn�s (70). Le p�re et le fils triomph�rent ensemble l�ann�e suivante. L�occupation de la r�gion du haut Danube (champs D�cu-mates) supprima un angle rentrant de la ligne de d�fense de l�Empire (73).</p><p>L�Empire v�cut ensuite quelques</p><p>ann�es d�un calme si profond que la paix de Vespasien en devint proverbiale. Toutefois, Cn. Julius Agricola (40-93), envoy� en Bretagne en 77, poursuivit la conqu�te par l�occupation de l�actuel pays de Galles et la prise de Mona (Anglesey).</p><p>Amateur de bons mots, Vespasien</p><p>d�clara, quand il se sentit mourir : � Je</p><p>me sens devenir dieu � ; puis il se leva en ajoutant : � Un empereur doit mourir debout. �</p><p>R. H.</p><p>&amp; L. Homo, Vespasien, l�empereur du bon sens (A. Michel, 1949).</p><p>vessie</p><p>F URINAIRES (voies).</p><p>Vestris (les)</p><p>En ital. Vestri, famille d�artistes italiens, d�origine florentine.</p><p>Tommaso Maria Ippolito Vestri,</p><p>modeste employ� du mont-de-pi�t� de Florence, a sept enfants de B�atrice Bruscagli. � la suite d�une irr�gularit�, il est oblig� de quitter sa ville downloadModeText.vue.download 292 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11503</p><p>natale avec toute sa famille et se rend � Naples. La � tribu � parcourt un temps l�Italie, puis se s�pare lors d�un voyage � Vienne. Le p�re part pour Milan tandis que la m�re s�journe � Dresde, puis se fixe � Paris vers 1745 avec plusieurs de ses enfants, Angiolo Maria (1730-1809), Teresa et Gaetano, puis Vio-lante (1732-1791), qui viendra les rejoindre apr�s un s�jour en Angleterre.</p><p>Vou�s au chant ou � la danse, tous les enfants de Tommaso Vestri ne firent pas une carri�re artistique brillante.</p><p>Teresa (Florence 1726 - Paris 1808), belle et s�duisante, danseuse de talent, put gr�ce � ses succ�s mondains influer sur la destin�e de son fr�re Ga�tan.</p><p>Giovanni Battista (1725-1801), pi�tre danseur, resta tr�s attach� � Ga�tan et v�cut dans son entourage direct.</p><p>Ga�tan Vestris (Gaetano Apolline</p><p>Baldassare Vestri) [Florence 1729 -</p><p>Paris 1808] fut incontestablement une des plus grandes figures de la danse fran�aise du XVIIIe s. Form� en Italie, il fait ses d�buts � Naples, puis danse � Vienne et en Allemagne. Peu apr�s son arriv�e � Paris, il est accept� comme</p><p>�l�ve � l�Acad�mie royale de musique, en 1748, par Louis Dupr� (1697-1774), gr�ce � sa soeur Teresa, amie du ma�tre de ballet Jean Barth�l�my Lany (1718-1786). Il surpassera bient�t son ma�tre, aux dires de Noverre. Tr�s dou� en effet, il est � danseur seul � en 1751, emploi qu�il garde jusqu�� sa retraite en 1781. � partir de 1767, il dirige l��cole de danse et, de 1770 � 1776, il est ma�tre et compositeur de ballet � l�Op�ra, o� il a succ�d� � Dupr�. Le surnom de � Dieu de la danse � d�cern� au grand Dupr� lui �choit avec peut-</p><p>�tre plus de justesse, Ga�tan Vestris mettant dans ses interpr�tations ce qui manquait, dit-on, � Dupr� : � de l��me �.</p><p>La cour de Stuttgart est alors un des hauts lieux de la danse. Ga�tan Vestris, comme tous les meilleurs danseurs de l��poque, s�y rend sur l�invitation du duc de Wurtemberg, qui lui offre de royaux cachets. Noverre* est l�ordon-nateur des spectacles... Sous sa direction, Vestris acquiert une plus grande expressivit�, et sa cr�ation, � Stuttgart, en 1763, du r�le de Jason, dans le ballet M�d�e et Jason de Noverre, est m�morable. Il sut tirer parti de la le�on du chor�graphe. Le ballet tel que le concevait Noverre mettait en valeur ses dons de danseur et d�interpr�te.</p><p>Brillant ex�cutant, excellent mime, Vestris abandonnait volontiers le masque pour danser le visage d�couvert, faisant ainsi valoir ses jeux de physionomie et adoptant � cet �gard la m�me attitude que Noverre, qui pr�co-nisait cette r�forme.</p><p>Type du danseur noble par la gr�ce de son maintien et l�harmonie de ses pas, il �tait �galement capable de la plus extraordinaire des virtuosit�s sans jamais en faire une fin en soi. Par go�t, il pr�f�rait les danses lentes et majestueuses et savait se faire admirer dans la chaconne.</p><p>Mari� en 1792 � l�excellente dan-</p><p>seuse allemande Anne Heinel (1753-1808), il a, d�une liaison passag�re avec la spirituelle danseuse de demi-caract�re Marie Allard (1742-1802), un fils, Marie Jean Augustin, dit Auguste.</p><p>Auguste Vestris, dit aussi Vestr�Allard ou Vestris II (Paris 1760 - id.</p><p>1842), est, toujours d�apr�s Noverre, le</p><p>� danseur le plus �tonnant d�Europe �.</p><p>Ayant d�but� � l�Op�ra en 1772, il devient vite c�l�bre et, d�s 1776, il est</p><p>� danseur seul � et � en double �. Bien plus jeune, Louis Duport (1783-1853) faillit l��clipser, mais, parti � Saint-P�-</p><p>tersbourg, o� il triomphe, ce glorieux rival n�est plus une menace pour son succ�s.</p><p>La danse d�Auguste Vestris est � un chef-d�oeuvre de noblesse et de gr�ce �</p><p>(Castil-Blaze). Il a h�rit� de sa m�re la vivacit� d�ex�cution et de son p�re l�allure noble. Mme Vig�e-Lebrun l�admire beaucoup et le trouve le danseur le plus surprenant d�Europe. � la diff�rence de son p�re, qui �tait d�accord avec les th�ories et r�formes de Noverre, Vestris II donnait � la virtuosit� une place pr��minente, rejoignant ainsi les danseurs pr�noverriens. Son extraordinaire �l�vation, ses bonds prodigieux d�une ampleur jusqu�alors inconnue lui permettent un �tonnant � parcours �. Dans son po�me en six chants la Danse ou les Dieux de l�Op�ra (publi� � Paris en 1806) � inspir� en partie par la rivalit� qui oppose Vestris � Duport �, Joseph Berchoux (1762-1839) fait dire � Vestris II : � La pirouette, avant moi, se bornait � trois tours, / Elle n�a plus de borne : on tournerait toujours �, et note plus loin � son tour en parlant de Vestris : � Ses mollets � grands coups se heurtaient en huit temps �, ce qui semblerait indiquer que Vestris battait l�entrechat huit...</p><p>Mari� lui aussi � une danseuse, Anne Catherine Augier, il en a un fils, Auguste Armand, qui fait ses d�buts de danseur en 1800 � l�Op�ra de Paris.</p><p>Prodigieusement ambitieux, Ga�-</p><p>tan Vestris a un go�t immod�r� de l�intrigue. Si son talent n�a d��gal que son effarante vanit�, ses � mots historiques � (� En Europe, il n�y a que trois grands hommes : moi, Voltaire et le roi de Prusse �) trouvent des compensa-tions dans les confortables recettes de ses spectacles. Auguste, brillant, sensible, musicien, est d�une impudence extr�me, mais sa ma�trise et ses pirouettes stup�fient ses contemporains.</p><p>Les historiens de la danse mettent l�accent sur son style. Ses interpr�tations (� synth�se de la danse pure et de l�intellectualisme de Noverre �) et sa technique, qui marque une nette �volution sur celle de ses pr�d�cesseurs, acheminent l�art chor�graphique vers le ballet romantique et sa technicit� dont, �g�, il aura la r�v�lation sans jamais l�avoir con�u ni entrevu.</p><p>Bon p�dagogue, il fit travailler Jules Perrot (1810-1892) et forma August Bournonville* et Marius Petipa*.</p><p>H. H.</p><p>F Ballet / Danse.</p><p>v�t�rinaire (art)</p><p>M�decine des animaux domestiques.</p><p>Hippiatrie, traitement des animaux, prophylaxie des �pizooties et des zoonoses, �conomie de l��levage, hygi�ne alimentaire : telles sont les phases de d�veloppement qui ont amen� l�� art �</p><p>v�t�rinaire � la science v�t�rinaire des temps modernes.</p><p>L��volution s�est poursuivie en deux p�riodes fort diff�rentes, � la fois par leur dur�e et par leur rythme � avant et apr�s la cr�ation des �coles v�t�rinaires � pour aboutir � la situation professionnelle actuelle.</p><p>La premi�re p�riode</p><p>Bien que la maladie ait affect� les animaux avant que la lign�e hominienne se soit manifest�e, si l�on en juge par les alt�rations vert�brales relev�es chez un Dinosaurien, la m�decine v�t�rinaire ne fait sa bien timide apparition qu�� l��ge de la pierre polie. Le chasseur tend alors � devenir �leveur, domesti-quant le Chien, le Cheval et le Renne, la Ch�vre et le Mouton, le Porc...</p><p>Les premi�res civilisations, notamment en M�sopotamie, poss�dent des lois prot�geant l��levage et r�glementant les soins donn�s � l�Homme et aux animaux, les interventions restant � caract�re sacr�.</p><p>Dans l�Antiquit� gr�co-romaine,</p><p>Hippocrate* ne s�int�resse que fort peu</p><p>� la m�decine animale. Quant � Aristote, dans De l�histoire des animaux, il fait de justes consid�rations sur les coliques et les hernies inguinales du Cheval, la morve de l��ne, la pneumonie et les luxations du Boeuf, le tournis du Mouton, la ladrerie et la dysenterie du Porc, la rage du Chien : il conna�t l�h�mostase et la caut�risation, le traitement des fistules recto-vaginales, la castration des Mammif�res et des Oiseaux, l�usure des dents et les signes de l��ge. On pense qu�un de ses livres sur la pathologie du b�tail aurait �t� perdu.</p><p>Les ma�tres de l��cole d�Alexan-</p><p>drie n�apportent pas une contribution notable � la connaissance des maladies des animaux, malgr� H�rophile, anatomiste et clinicien, �rasistrate, physiologiste et anatomo-pathologiste, qui tous deux �tudient aux IV-IIIe s.</p><p>av. J.-C. l�animal, mais ne portent pas leur attention sur ses maladies. Il faut encore citer Babos Demokritos (env.</p><p>200 ans av. J.-C.), � la fois m�decin, v�t�rinaire, agronome, alchimiste, astrologue et magicien. Mais, en conclusion, la r�volution hippocratique n�apporte pas � la m�decine v�t�rinaire les m�mes transformations qu�� la m�decine de l�Homme.</p><p>Cependant, des professionnels sp�-</p><p>cialis�s dans les soins � donner aux animaux existent en Gr�ce comme au Moyen-Orient, le m�me pr�tre soi-gnant les humains et les animaux. Il en est de m�me aux arm�es. Il y a ainsi confusion entre les m�decins, urbains et ruraux, et les hippiatres.</p><p>L�incendie de la grande biblioth�que d�Alexandrie a sans doute d�truit des documents qui nous auraient mieux renseign�s sur l�art v�t�rinaire de l�Antiquit�.</p><p>Les premiers documents un peu pr�-</p><p>cis concernant les �pizooties sont fournis par la Bible ; plusieurs des fl�aux que Yahv� envoie aux �gyptiens, coupables de retenir le peuple d�Isra�l, atteignent les animaux (cinqui�me plaie d��gypte). Au XIIIe s. av. J.-C., selon Hom�re, une peste aurait atteint d�abord les Chiens, puis les Chevaux et les Mulets, et enfin les Hommes.</p><p>Plutarque mentionne, ainsi que Tite-Live et d�autres auteurs, des pestes communes � l�Homme et aux animaux.</p><p>Les arm�es romaine et carthaginoise, en Sicile, sont d�cim�es par une maladie que le po�te Silius Italicus d�crit exactement comme une invasion septic�mique atteignant d�abord les Chiens, puis les Oiseaux, les bestiaux et les Hommes. Thucydide fait des descriptions identiques : frissons et fi�vre intense, s�cheresse des muqueuses, haleine br�lante, localisations pulmo-downloadModeText.vue.download 293 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11504</p><p>naires se terminant par le marasme et la mort.</p><p>On peut en outre citer les r�f�rences de Virgile qui permettent de reconna�tre la p�ripneumonie du Boeuf, la fi�vre typho�de du Cheval, la clavel�e du Mouton. Columelle parle d�une</p><p>peste des Ch�vres qui n�est ni la clavel�e ni le charbon et d�cime ou d�truit le troupeau ; il faut remarquer qu�alors on tue les malades pour enrayer la contagion. Par contre, cet auteur d�crit des affections qui ne correspondent � aucune des maladies actuelles.</p><p>Un peu plus tard, la peste bovine, parfaitement identifiable, sera de fa�on durable la cause de graves �pizooties, et l�humanit� subira, pendant des si�cles et avec la m�me r�signation, les m�mes maux.</p><p>Peu avant l��re chr�tienne, des esclaves, attach�s � la surveillance des troupeaux, qu�ils connaissent bien, font de pr�cieuses observations, traitent les animaux malades et pratiquent de cette mani�re ce qui devient un art, mais reste �l�mentaire.</p><p>Les progr�s sont tr�s lents. La m�decine animale, bien que se lib�rant peu � peu de toute influence surnaturelle, reste al�atoire. La profession m�dicale, �crit Pline, est peu conforme � la dignit� romaine. Galien* (v. 131 -</p><p>v. 201), qui marque l�apog�e de la m�decine humaine, n�apporte rien � la m�decine animale, en d�pit des dissec-</p><p>tions qu�il pratique sur de nombreux animaux.</p><p>C�est au Xe s. que para�t � Byzance un ouvrage magistral sur l��levage et la m�decine du b�tail : Hippiatrika, r�dig� par des hippiatres byzantins.</p><p>Les articles traitent de divers sujets en se rapportant particuli�rement au Cheval : maladies g�n�rales (morve, gourme, fourbure, fi�vres) ou locales (fractures), �tudes sur les indications et les modalit�s de la saign�e, consid�rations sur les boissons et les onguents.</p><p>L�ouvrage compile des auteurs du</p><p>IVe s. : Hierokl�s, v�t�rinaire praticien, expose avec comp�tence non seulement les maladies du Cheval, mais aussi ce qui se rapporte � l��levage, � l�hygi�ne, au choix et � l�utilisation de cet animal, en recommandant d�observer avec attention les sympt�mes des maladies ; Theomn�stos, qui accompagne l�empereur d�Orient Licinius Licinianus, traite de la dysenterie, des plaies de harnachement, des maladies du Chien, et d�crit m�me les signes du t�tanos ; Apsyrtos, v�t�rinaire en chef de l�arm�e de Constantin le Grand, fera ensuite figure de chef d��cole en exer-</p><p>�ant son art � Prousa et � Nicom�die.</p><p>Bien que de lecture difficile en raison de son plan peu coh�rent, Hippiatrika contient, en le condensant, tout ce qui �tait connu dans l�Antiquit� en m�decine v�t�rinaire. Si le Cheval y tient la plus grande place, avec une description de ses maladies organiques analogues � celles du temps pr�sent, les maladies du b�tail ne sont pas ignor�es, non plus que quelques maladies du Chien. La chirurgie y appara�t plus �volu�e que la m�decine, et les grandes contagions sont longuement trait�es.</p><p>Ult�rieurement, deux manuels de compilation combleront quelques lacunes de ce grand livre.</p><p>Un syst�me de soins aux animaux</p><p>a d� exister d�s le d�but du Moyen �ge, fixant les attributions et les tarifs, les garanties dans les �changes et les louages, puis apparut la corporation de la � mareschalerie �, sans que soit produite de publication sur la m�decine animale, et cela jusqu�au XIIe s.</p><p>L��glise a pour les b�tes le m�pris de Platon, leur niant une �me.</p><p>De leur c�t�, les Arabes transmettent les connaissances de l�Antiquit� portant surtout sur le Cheval, qui, seul, les int�resse : la m�decine du Cheval conna�t, gr�ce � eux, une des p�riodes les plus brillantes de son histoire.</p><p>Le monde m�di�val est, pendant</p><p>toute son histoire, d�sol� par les contagions, communes ou non aux Hommes et aux animaux : invasions successives de peste bovine pendant plusieurs si�cles, clavel�e import�e du Northumberland, influenza chez les Chevaux, variole des Chevaux, des Bovins, des Moutons et des Ch�vres, qui meurent par milliers. Presque toutes les �pizooties des Bovins viennent de l�Orient, observation que Pline avait d�j� faite en Italie au sujet de la peste humaine : elles ne sont pas de longue dur�e, car elles d�truisent enti�rement et rapidement les troupeaux. Il s�agit ici d�une � police � sanitaire non impos�e. � certains moments, les maladies frappent en m�me temps l�Homme et les animaux, comme c�est le cas lors de la terrible �pid�mie de variole, ou</p><p>� mort noire �, au milieu du XIVe s.</p><p>Un empirisme grossier caract�rise alors la m�decine, qu�elle s�adresse � l�Homme ou � l�animal, bien que les traumatismes b�n�ficient d�utiles interventions.</p><p>Dans l�art v�t�rinaire, un �v�ne-</p><p>ment se produit au IXe s. : la ferrure � clous, import�e d�Orient, �rig�e en un art noble au point de faire figurer le fer � cheval dans les blasons. Tr�s vite se constitue la cat�gorie des forgerons-ferreurs, collaborateurs du</p><p>� mareschal � pratiquant la m�decine (interventions manuelles sur le Cheval, petite chirurgie, administration de m�dicaments).</p><p>La Renaissance apportera peu � la m�decine malgr� la distinction qui s��tablira entre les mar�chaux, exer-</p><p>�ant une m�decine simpliste, et les mar�chaux-ferrants.</p><p>Parmi les ouvrages qui traitent de la m�decine animale, il faut citer : le Livre de mar�challerie, de Giordano Ruffo di Calabria (vers 1250) ; plu-</p><p>sieurs pages du grand m�decin que fut Paracelse consacr�es aux maladies animales (farcin, morve, lithiase urinaire) avec des pr�cisions sur la pharmacop�e et la chimioth�rapie, ce qui le fit accuser de bavardage avec des</p><p>� m�decins v�t�rinaires non encore parvenus � maturit� � ; une Encyclop�die de Thomas Blundeville, de Cambridge, consacr�e au Cheval et dont la derni�re partie, parue en 1565, traite de ses maladies pour inciter � son �levage et � l��quitation.</p><p>Enfin para�t en 1598 l�ouvrage monumental de Carlo Ruini (1530 ?-1598) sur l�Anatomie et les infirmit�s du cheval, avec des planches d�une grande valeur artistique et d�monstrative t�-</p><p>moignant de la qualit� de ce grand anatomiste. Ce livre marque le d�but de la connaissance scientifique du Cheval.</p><p>Du XVe au XVIIIe s., les �pizooties continuent � s�vir en permanence dans plusieurs r�gions, s��tendant parfois � tout le continent, en raison sans doute des d�placements du b�tail dus � l�approvisionnement des arm�es :</p><p>� le � tac �, maladie �ruptive commune � l�Homme et aux Brebis, peut-</p><p>�tre rougeole et clavel�e maligne ;</p><p>� la fi�vre aphteuse, ravageant le nord de l�Italie, la France et l�Angleterre au d�but du XVIe s. et signal�e � plusieurs reprises ;</p><p>� une gale tr�s s�v�re en France, en Allemagne et probablement dans toute l�Europe, sp�cialement chez les Moutons ;</p><p>� la clavel�e dans le sud-est de la France ;</p><p>� une maladie contagieuse, non identifiable, s�vissant chez les Chats ;</p><p>� des affections parasitaires (distomatose entre autres) des Veaux et des G�nisses ;</p><p>� une fi�vre ind�termin�e chez les Bovins, en Allemagne et en Italie du Nord, co�ncidant avec une fi�vre de l�Homme ;</p><p>� la p�ripneumonie contagieuse des</p><p>Bovins ;</p><p>� la morve, enzootique dans les ar-m�es, d�autant plus grave que la notion de contagion est souvent ignor�e et qui cause des pertes aggrav�es par la transmission � l�Homme ;</p><p>� des �pizooties de rage chez le Chien et les carnassiers sauvages, entra�nant la mort de beaucoup de personnes, en France et dans toute l�Europe ;</p><p>� et toujours la peste bovine.</p><p>� ce bilan tr�s incomplet, il faudrait ajouter les charbons et d�autres maux dont la contagiosit� �tait m�connue ou seulement soup�onn�e.</p><p>Les �coles m�dicales se multiplient, mais rien de semblable ne se cr�e pour la m�decine des animaux, que les m�decins de l�Homme d�daignent malgr� le secours que leur apportent, pour la recherche, les observations et les �tudes de tous ordres sur l�animal.</p><p>Quelques tentatives isol�es restent sans suite.</p><p>Au XVIIIe s., les �cuyers, ma�tres en �quitation, dominent les mar�chaux, mais le savoir des uns et l�exp�rience des autres ne peuvent parvenir � jugu-ler les graves maladies qui se manifestent. La rage, la morve, les charbons et le typhus chez le Cheval, la peste, les charbons, la p�ripneumonie et la fi�vre aphteuse chez les Bovins, la clavel�e, la gale et la distomatose chez les Ovins, la peste et les affections �ruptives chez le Porc provoquent une mortalit� �lev�e.</p><p>Faute de traitements appropri�s</p><p>s�instaure une v�ritable police sanitaire comportant l�abattage et l�isolement.</p><p>En France, les guerres et les troubles politiques ont d�cim� les cavaleries, et le mauvais �tat sanitaire du b�tail est une des causes de la mis�re paysanne, la richesse ne r�sidant pas seulement dans le progr�s agricole et les produits de la terre. La peste bovine, notamment, a provoqu� des ravages consid�-</p><p>rables, et l�insuffisance alimentaire est la cons�quence de ces fl�aux.</p><p>� cette �poque, la situation sociale</p><p>du v�t�rinaire, qui n�a rien de commun avec celle du m�decin, s�apparente avec celle du chirurgien, entra�nant une v�ritable confraternit� et m�me une assistance mutuelle.</p><p>Quelques praticiens s�efforcent</p><p>d�acqu�rir une r�elle comp�tence par la dissection, la lecture de trait�s de physiologie, l�observation, l�apprentissage et des �changes de connaissances. Les circonstances deviennent favorables pour qu�une �re nouvelle apparaisse, downloadModeText.vue.download 294 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11505</p><p>point de d�part d�une m�decine animale digne de ce nom.</p><p>La rencontre, puis une solide ami-ti� r�ciproque d�un homme politique, Henri L�onard Berlin (1720-1792), intendant de la g�n�ralit� lyonnaise, et d�un encyclop�diste, avocat, � �cuyer du roi �, Claude Bourgelat (1712-1779), aboutissent rapidement � la fondation, dans des conditions du reste tr�s pr�caires, de la premi�re �cole v�-</p><p>t�rinaire cr��e dans le monde, � Lyon, en 1762, puis de sa soeur cadette � Alfort en 1766. Une troisi�me �cole sera cr��e plus tard, en 1828, � Toulouse.</p><p>Une quatri�me devrait �tre prochainement �tablie en Loire-Atlantique, pr�s de Nantes.</p><p>L�institution des �coles v�t�rinaires ne proc�de alors nullement d�une inspiration philosophique ou m�dicale, mais, essentiellement, de besoins �conomiques et utilitaires. Quoi qu�il en soit, les assises d�un enseignement rationnel sont pos�es.</p><p>La seconde p�riode</p><p>� peine install�es, les deux �coles voient affluer des �l�ves envoy�s par les pays d�Europe, et, pendant pr�s de deux si�cles, la pens�e f�conde de Bourgelat, homme d�action et r�alisateur autoritaire, va engendrer la cr�ation d�institutions analogues � l��tranger.</p><p>Parmi les enseignants fran�ais du</p><p>XIXe s., comparables aux grands m�decins de l��poque et dont la notori�t� franchit rapidement les fronti�res, il faut citer : Henry Bouley (1814-1885) ; Jean Reynal (1816-1893) ; Auguste Chauveau (1827-1917), dont les pr�-</p><p>ceptes relatifs � l�exp�rimentation ont permis l�acquisition de donn�es fondamentales ; Edmond Nocard (1850-</p><p>1903), dont le nom est li� � celui de Pasteur comme, en Allemagne, celui de Wilhelm Sch�tz (1839-1920) est associ� � celui de Robert Koch (1843-1910) ; ult�rieurement, Gustave Barrier (1853-1945) ; Emmanuel Leclainche (1861-1953) ; Henri Vall�e (1874-1947) ; �douard Bourdelle ; Charles Porcher (1872-1933) ; �mile Nicolas...</p><p>Le doctorat v�t�rinaire est cr�� en 1923, les agr�gations en 1925.</p><p>Les mati�res enseign�es dans les</p><p>trois �coles, selon un programme identique, sont progressivement �tendues et, par voie de cons�quence, le nombre des chaires se trouve accru (anatomie, physiologie et th�rapeutique, histologie et anatomie pathologique, parasitologie, pharmacie et toxicolo-gie, physique et chimie biologiques et m�dicales, pathologie m�dicale et chirurgicale, reproduction, maladies contagieuses, pathologie g�n�rale, zootechnie et �conomie rurale, alimentation des animaux) et les laboratoires amplement d�velopp�s.</p><p>L�Acad�mie v�t�rinaire succ�de, en 1928, � la Soci�t� centrale de m�decine v�t�rinaire, qui avait, en 1848, r�uni la Soci�t� v�t�rinaire du d�partement de la Seine � la Soci�t� de m�decine v�t�-</p><p>rinaire et de m�decine compar�e, n�es quatre ans auparavant. � l�Acad�mie nationale de m�decine, six fauteuils de membre titulaire sont r�serv�s � des v�t�rinaires.</p><p>Dans le dessein de combattre plus efficacement les maladies contagieuses et de prot�ger la France et l�Europe contre les invasions toujours mena-</p><p>�antes de la peste bovine, un premier congr�s v�t�rinaire international est r�uni en 1863. En 1924 est cr��, � Paris, l�Office international des �pizooties. En outre, plusieurs conf�rences sont organis�es, notamment � Gen�ve</p><p>sous l��gide de la Soci�t� des Nations.</p><p>De telles activit�s ont �t� constamment stimul�es par les cons�quences des �pizooties, provoqu�es ou favoris�es par des guerres incessantes, la plus redout�e des contagions �tant pendant longtemps la peste bovine en raison de la brutalit� de ses apparitions et des h�catombes qui lui sont imputables, puis, principalement en Europe centrale, la p�ripneumonie contagieuse des Bovins, aux dommages �galement �normes.</p><p>Les �pid�mies de rage observ�es au cours du XVIIIe s. se sont reproduites au XIXe s. La menace existe encore, ainsi que le montrent les cas observ�s dans l�est de la France.</p><p>La morve a d�cim� les arm�es de</p><p>la R�volution et de l�Empire et s�est r�pandue dans les campagnes, o� l�on a observ� des milliers de malades, mais elle a �t� efficacement combattue d�s 1850. La plupart des pays d�Europe en sont maintenant indemnes ; il n�en est pas de m�me en Asie et en Afrique.</p><p>La fi�vre charbonneuse et le charbon symptomatique sont depuis plusieurs ann�es r�duits � des formes sporadiques.</p><p>Les maladies � rouges � du Porc</p><p>ont �t� diff�renci�es : rouget, peste, pneumo-ent�rite.</p><p>Les vaccinations r�sultant des travaux de Pasteur ont consid�rablement am�lior� la situation.</p><p>La dourine (�quid�s), bien connue des Arabes du XIe s., n�est plus observ�e que dans le nord de l�Afrique et en Asie Mineure ; elle ne s�vit qu�accidentellement en Europe. Il en est de m�me pour la clavel�e.</p><p>Depuis une trentaine d�ann�es, la lutte contre la tuberculose bovine s�est intensifi�e et syst�matis�e ; elle a abouti � un taux d�infection �gal ou inf�rieur � 0,5 p. 100, ce qui para�t �tre le seuil au-dessous duquel il est pratiquement impossible de descendre. � ce sujet, les gains �conomiques par diminution ou suppression des saisies de viandes dans les abattoirs sont inestimables.</p><p>La brucellose, ovine ou bovine �</p><p>la premi�re forme si dangereuse pour l�Homme (fi�vre de Malte ou fi�vre ondulante), et la seconde si pr�judiciable � l��levage (avortements) �, est depuis peu l�objet de mesures g�n�-</p><p>ralis�es (vaccination, abattage), mais, selon le mot de Charles Nicolle (1866-1936), cette maladie � insaisissable �</p><p>sera difficilement vaincue.</p><p>La fi�vre aphteuse � dont les ra-</p><p>vages, par vagues successives parfois impr�visibles, ont fr�quemment boulevers� les �conomies agricoles � n�est plus que temporaire et localis�e si la vaccination, efficace � son encontre, est obstin�ment r�p�t�e.</p><p>Les mammites, surtout bovines,</p><p>sont sp�cifiquement combattues par une prophylaxie bien conduite, car la d�couverte des antibiotiques n�en a pas permis l��limination.</p><p>Partout, les travaux de laboratoire identifient avec succ�s des formes pathologiques nouvelles, la virologie succ�dant � la microbiologie, avec des moyens d�approche de plus en plus perfectionn�s.</p><p>Les prestigieuses r�alisations de la bact�riologie qui ont caract�ris� l��re pastorienne � la fin du XIXe s. ont �t� tr�s heureusement compl�t�es par l��tude des maladies parasitaires, �galement causes � la fois de pertes �normes et de graves contagions humaines.</p><p>La situation</p><p>professionnelle actuelle</p><p>En France, la profession v�t�rinaire se divise en deux branches d�activit� : la m�decine v�t�rinaire praticienne, responsable des soins donn�s aux animaux, et les services v�t�rinaires de l��tat, les praticiens, qui exercent une profession lib�rale, exer�ant en outre, tr�s souvent, en m�me temps comme agents de l��tat.</p><p>Si, en raison de la motorisation, le Cheval n�est plus, de fa�on g�n�rale, repr�sent� que par le Cheval de selle, la th�rapeutique des v�t�rinaires de client�le s�applique toujours aux animaux</p><p>d��levage et � ceux qui sont dits � de compagnie �.</p><p>La plupart de ces praticiens sont charg�s, � temps partiel, d�interventions relevant de la police sanitaire (surveillance de l�isolement et des abattages en cas de maladie contagieuse), du d�pistage de la tuberculose (tuberculinations) ainsi que des vaccinations contre la fi�vre aphteuse et la brucellose.</p><p>Les services v�t�rinaires de l��tat datent, dans un premier temps non suivi d�une totale r�alisation, de 1909</p><p>par suite d�une loi pla�ant les v�t�rinaires d�partementaux, fonctionnaires, sous l�autorit� du ministre de l�Agriculture, et, d�finitivement, de la loi du 8 juillet 1965, cette loi ayant organis� un Service national centralis� comportant un directeur, des contr�leurs g�n�raux � action r�gionale, les directeurs d�partementaux et de nombreux laboratoires.</p><p>Ce service est charg� de l�ensemble des questions relatives � la d�fense sanitaire des �levages et � l�inspection sanitaire et qualitative des produits animaux et des denr�es d�origine animale destin�s � la consommation humaine et animale.</p><p>Il a dans ses attributions :</p><p>� l�organisation et l�application de la police sanitaire aux fronti�res, l��tude et la mise en oeuvre des conventions sanitaires internationales, dont, en particulier, celles de la Communaut� �conomique europ�enne ;</p><p>� sur l�ensemble du territoire, la surveillance et la protection sanitaires du cheptel, la prophylaxie des maladies contagieuses ;</p><p>� le contr�le administratif des produits biologiques et la r�glementation de la pharmacie v�t�rinaire ;</p><p>� l�inspection sanitaire et de salubrit� ainsi que le contr�le qualitatif et bact�riologique des denr�es animales ou d�origine animale, y compris les produits de la p�che ;</p><p>� le contr�le sanitaire des abattoirs,</p><p>des frigorifiques et des �tablissements de stockage, de conservation, de traitement et de transformation des produits animaux et d�origine animale, ainsi que des �tablissements d��quarrissage.</p><p>Il assure en outre le secr�tariat permanent de la Commission nationale downloadModeText.vue.download 295 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11506</p><p>v�t�rinaire et de la commission institu�e pour la protection des animaux de laboratoire.</p><p>Les activit�s v�t�rinaires se sont � la fois �tendues et d�plac�es.</p><p>Le traitement individuel des ani-</p><p>maux d��levage, bien que toujours n�cessaire, fait place � des mesures de large prophylaxie en vue d�obtenir des troupeaux sains et de produire des aliments initialement propres � la consommation humaine. En outre, la th�rapeutique des animaux de compagnie s�est d�velopp�e.</p><p>L�hygi�ne alimentaire de l�Homme</p><p>et des animaux constitue maintenant un important secteur d�int�r�t professionnel. C�est pourquoi, si l�objet des Services v�t�rinaires a r�sid� longtemps, de fa�on essentielle, dans la lutte contre les maladies contagieuses en exer�ant leur surveillance � la fois sur le territoire national et aux fronti�res, il s�est aujourd�hui diversifi�. Les interventions directes contre les zoonoses, c�est-�-dire contre les maladies animales transmissibles � l�Homme, sont ainsi compl�t�es par une inspection s�v�re et g�n�ralis�e des denr�es d�origine animale pour pr�venir les toxi-infections justement redout�es � titre individuel, mais pouvant prendre, avec l�extension de la restauration collective, l�allure de v�ritables �pid�mies.</p><p>Un tel champ d�action fait que, outre son r�le primordial dans l��conomie agricole, le v�t�rinaire est devenu l�associ� du m�decin pour prot�ger la sant� publique.</p><p>G. T.</p><p>&amp; E. Leclainche, Histoire de la m�decine v�t�rinaire (Office du livre, Toulouse, 1936). /</p><p>C. Bressou, Histoire de la m�decine v�t�rinaire (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1970). / K. Wam-berg et McPherson, Encyclop�die v�t�rinaire (Vigot, 1974 ; 4 vol.).</p><p>Veuillot (Louis)</p><p>Journaliste et pol�miste fran�ais (Boynes 1813 - Paris 1883).</p><p>Fils de Fran�ois Veuillot, ouvrier tonnelier que la conjoncture �conomique oblige � venir s��tablir � Bercy, Louis Veuillot doit, d�s l��ge de treize ans, entrer en qualit� de petit clerc chez un avou� parisien, Fortun� Delavigne, fr�re du po�te Casimir Delavigne, alors dans l��clat de sa gloire. Gr�ce � ce dernier, Louis se frotte aux milieux litt�raires ; lui-m�me s�essaie dans la po�sie romantique. Heureusement pour lui, Henri de Latouche, l�un des fondateurs du Figaro, le lance dans le journalisme, sa v�ritable vocation.</p><p>Attach� � la r�daction de l��cho de la Seine-Inf�rieure en 1830, il quitte Rouen en 1832 pour P�rigueux, o� il devient r�dacteur en chef du M�morial de la Dordogne ; il entre alors dans les bonnes gr�ces du g�n�ral Bugeaud, qui, en 1838, le fait venir � Paris, o� il �crit � la Charte, puis � la Paix ; il bataille sans grand plan politique, mais il est remarqu� d�j� pour sa verve et ses dons de pol�miste. D�un voyage qu�il fait � Rome (1838), Louis Veuillot revient converti � un catholicisme int�-</p><p>gral que d�sormais il vivra pleinement et dont il d�fendra constamment les exigences par l�exemple de sa vie et surtout par la vertu de sa plume alerte et souvent ac�r�e. L��glise romaine n�aura pas de plus solide d�fenseur que Louis Veuillot.</p><p>Employ� au minist�re de l�Int�rieur, puis secr�taire de Bugeaud (alors gouverneur g�n�ral de l�Alg�rie), le jeune converti se d�pense obscur�ment en productions �difiantes jusqu�au jour de l�ann�e 1843 qui le voit entrer dans le noir local de la rue des Foss�s-Saint-Jacques, o�, depuis sa fondation par l�abb� Migne en 1833, vivote le journal catholique l�Univers (1 500 abon-</p><p>n�s), dont Louis Veuillot va faire la plus fameuse feuille ultramontaine de la France, voire de la chr�tient�.</p><p>D�abord simple r�dacteur, Louis</p><p>Veuillot, qui compl�te son instruction, se fait remarquer d�embl�e par une vivacit� de style qui �tonne des lecteurs habitu�s aux tons compass�s des �crivains catholiques. � partir de 1844, il m�ne dans l�Univers � qui compte bient�t 6 000 abonn�s � une violente campagne contre l�Universit� : il en-court m�me un mois de prison pour une introduction qu�il donne au M�moire aux �v�ques de l�abb� Th�odore Com-balot, lorsque �clate la r�volution de f�vrier 1848. R�dacteur en chef adjoint du journal, il se brouille, sur la Question romaine, avec le r�dacteur en chef, le lamennaisien Charles de Coux (1787-1864), qui, le 25 f�vrier 1848, quitte le journal, laissant Veuillot ma�tre des lieux et de l�orientation d�sormais tr�s ultramontaine de l�Univers.</p><p>Si Louis Veuillot ne t�moigne pas de regret de la chute du r�gime de Juillet, bourgeois et voltairien, il exige de la r�publique de 1848 la libert� et le respect pour l��glise : en cela, il rejoint les positions de Montalembert*, r�concili� avec lui. Comme Montalembert, il rejette la r�publique d�mocratique et sociale, stigmatisant, apr�s les journ�es de Juin, les violences socialistes (l�Esclave Vindex, 1849 ; le Lendemain de la victoire, 1850) tout comme l�anticl�ricalisme primaire des bourgeois (les Libres Penseurs, 1848). Il soutient naturellement dans l�Univers l�exp�dition fran�aise (1849) destin�e � r�tablir Pie IX* sur son tr�ne et toutes les initiatives r�actionnaires de la IIe R�publique*, mais il se brouille de nouveau, et d�finitivement, avec Montalembert et les catholiques lib�raux � propos de la loi Falloux (15 mars 1850), qu�il consid�re comme un compromis douteux qui laisse � l�Universit� d�test�e toute son influence au d�triment de l��glise (v. catholicisme lib�ral).</p><p>Quand �clate le coup d��tat du</p><p>2 d�cembre 1851, non seulement Louis Veuillot s�incline, mais il invite � se rallier au r�gime bonapartiste, puis � l�Empire* � qui se pose en protecteur de l��glise � la masse des catholiques</p><p>fran�ais et du bas clerg�, aupr�s de qui l�influence de l�Univers pr�vaut de plus en plus sur celle des �v�ques.</p><p>Au fil des ann�es, Veuillot est</p><p>amen� � combattre, � d�couvert, sur deux fronts : celui de l�Empire lib�-</p><p>ral et celui du catholicisme lib�ral, le rude lutteur trouvant dans le soutien constant et l�affection de Pie IX (et aussi des �v�ques intransigeants, en t�te Mgr Pie, �v�que de Poitiers) une aide de poids.</p><p>Avec les catholiques lib�raux, dont Montalembert est le chef (depuis sa rupture avec le r�gime bonapartiste</p><p>[1852]), la lutte s�intensifie quand celui-ci redonne vie en 1855 au Correspondant, qu�il oppose � l�Univers.</p><p>Les deux organes catholiques ne se m�-</p><p>nagent pas, les lib�raux reprochant violemment � Veuillot son ralliement � un r�gime ambigu et une intransigeance doctrinale louchant au fanatisme, Veuillot accablant de ses sarcasmes les � temporisateurs endormis... �, ces lib�raux qui � biaisent avec le symbole catholique � (l�Illusion lib�rale, 1866).</p><p>Apr�s avoir exalt� l�Empire (� l�Empire est l�expression la plus haute de la civilisation... �), Veuillot rompt avec lui quand Napol�on III, � partir de 1859, s�engage dans la campagne d�Italie*.</p><p>Les attaques de l�Univers deviennent telles que le journal est supprim� en 1861 et remplac� par le Monde, o� il est interdit � Louis Veuillot d��crire.</p><p>Celui-ci emploie alors ses loisirs forc�s en voyages et aussi � la composition de nombreux ouvrages (�� et l�, 1859 ; le Fond de Giboyer, 1863 ; Satires, 1863 ; le Parfum de Rome, 1865 ; les Odeurs de Paris, 1866...) o�, chr�tien, ami, po�te, pol�miste, il tire parti, avec un bonheur digne des plus grands �crivains, d�une palette extraordinairement vari�e.</p><p>Le 16 avril 1867, Louis Veuillot reprend la t�te de l�Univers ; son z�le ultramontain s�exalte avec l�approche du premier concile du Vatican* ; en m�me</p><p>temps, sa verve atteint aux limites de la f�rocit� dans les pol�miques avec les catholiques lib�raux, et notamment avec Mgr Dupanloup, adversaire d�une d�finition pr�matur�e de l�infaillibilit� pontificale, et surtout avec Montalembert, que ses traits accompagneront presque jusqu�� la mort du noble comte (1870). Cependant, au lendemain de la mort de Montalembert, Veuillot, adversaire loyal, rendra un solennel hommage � celui qui, dans une autre optique, fut lui aussi un vaillant d�fenseur de l��glise.</p><p>L�Empire tomb� (1870), Louis</p><p>Veuillot se pose rapidement en adversaire acharn� de la r�publique la�que et aussi des catholiques lib�raux (Albert de Broglie notamment), dont la politique italienne fait le jeu, selon lui, des ennemis du pape. Aussi l�Univers est-il suspendu deux mois au cours de l�an-n�e 1874.</p><p>La mort de Pie IX (1878) co�ncide avec les premi�res atteintes chez Louis Veuillot d�une maladie � lente paralysie c�r�brale � qui va l�obliger � abandonner peu � peu l�Univers � son fr�re Eug�ne (1818-1905). Il meurt le 7 mars 1883, ayant incarn� un chris-</p><p>tianisme fervent, mais intransigeant, et par l� intol�rant et donc dangereux. Au cours de sa longue carri�re, il suscita autant d�admirations que de haines : s�il m�rita les unes, il ne fit rien pour adoucir les autres. Avec le recul du temps, Louis Veuillot, par la hauteur de ses id�es, la f�condit� et les ressources infinies de sa plume, appara�t cependant comme l�un des tout premiers journalistes et pol�mistes du XIXe s.</p><p>P. P.</p><p>F Catholicisme lib�ral / Montalembert / Pie IX.</p><p>&amp; E. Veuillot, Louis Veuillot (Lethielleux, 1899-1914 ; 4 vol.). / E. Tavernier, Louis Veuillot, l�homme, le lutteur, l��crivain (Plon, 1913). / H. Talvart, Louis Veuillot et la monarchie (Millon, 1927). / J. Morienval, Louis Veuillot (Lethielleux, 1941). / E. M. M. Gauthier, le G�nie satirique de Louis Veuillot (Vitte, downloadModeText.vue.download 296 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11507</p><p>1953). / L. Christophe, Louis Veuillot (Wesma�l-Charlier, 1967).</p><p>viande</p><p>(industrie de la)</p><p>La transformation et la commercialisation de la viande sont encore essentiellement en France du domaine de la tradition, le maillon principal �tant le boucher, artisan ind�pendant, ravitaill� souvent directement par l�abattoir* en viande fra�che pr�sent�e sous forme de demis ou de quartiers.</p><p>On assiste cependant � une rationalisation de la production et de la dis-</p><p>tribution mettant progressivement en oeuvre une v�ritable industrie.</p><p>D�coupe</p><p>et conditionnement</p><p>de la viande destin�e</p><p>� la consommation</p><p>� l��tat frais</p><p>La d�coupe et le conditionnement</p><p>industriels de la viande font partie de l�activit� de deux sortes de firmes : les unes, qui assurent une fonction d�abattage priv� et livrent aux grandes surfaces ou aux collectivit�s des pi�ces de viande pr�d�coup�es (viandes conditionn�es) ; les autres, dont la fonction principale est la distribution et qui mettent sur pied des centres annexes de d�coupe et d�emballage (viandes pr�-</p><p>emball�es, viandes en barquettes).</p><p>Aspect �conomique</p><p>On peut �valuer que, en 1973, la part des ventes au niveau du stade de gros repr�sent�e par la viande conditionn�e �tait de l�ordre de 15 p. 100, celle de la viande pr�emball�e de 2 p. 100.</p><p>Aspect technologique</p><p>y Viande conditionn�e (en caisses, sous vide). Les carcasses sont trait�es dans des salles de d�coupe dont la temp�rature reste comprise entre</p><p>+ 8 �C et + 12 �C. Elles y subissent les op�rations de d�coupage (en morceaux de gros et demi-gros), de d�-</p><p>sossage, de parage (enl�vement des tendons, de certaines apon�vroses et d�une partie de la graisse), de pes�e et d�emballage.</p><p>Les entreposages et les transports ul-t�rieurs doivent toujours �tre faits sous le r�gime du froid.</p><p>Jusqu�� ces derni�res ann�es, l�emballage des pi�ces de viande �tait limit� � l�enveloppage dans du papier sulfuris� ou cellulosique suivi du d�p�t dans des caissettes en bois ou des bo�tes en carton. Dans un nouveau mode de pr�sentation connu sous le nom de � viande sous vide �, les pi�ces de viande sont introduites dans des sacs en plastique que l�on soumet au vide avant de les fermer par clipage ou</p><p>par thermosoudage. L�emballage de la viande sous vide est de plus en plus utilis�, car il permet de prolonger le temps de commercialisation de la viande.</p><p>y Viande pr�emball�e (viandes en</p><p>barquettes). Dans l�abattoir industriel, les quartiers sont d�soss�s et par�s comme pour la viande conditionn�e, puis ils subissent un d�coupage suppl�mentaire en morceaux pr�ts � �tre consomm�s, ils sont d�pos�s ensuite sur une barquette, puis emball�s sous pellicule plastique. Dans les ateliers annexes des lieux de vente, les quartiers sont mis au froid pour maturation d�s leur r�ception, et le d�coupage-conditionnement se fait au fur et � mesure des besoins du rayon de boucherie. La pellicule utilis�e doit �tre perm�able � l�oxyg�ne afin de conserver la couleur gr�ce � l�oxyg�-</p><p>nation de la myoglobine, mais imperm�able � l�eau pour �viter la dessiccation superficielle de la viande. Les viandes ainsi emball�es ont une dur�e de vie limit�e � quelques jours, dur�e d�pendant notamment des conditions hygi�niques de pr�paration et de la temp�rature de stockage.</p><p>La viande congel�e</p><p>et surgel�e</p><p>Elle peut se pr�senter sous trois formes : en demis et en quartiers, en pi�ces d�soss�es et par�es, en portions pr�tes � �tre consomm�es. La cong�lation de la viande permet d�en diff�rer la consommation, de r�gulariser le march� national (r�le de l�O. N. I. B. E. V.</p><p>[Office national intervention b�tail et viande]) et d�assurer un approvisionnement constant des usines de transformation.</p><p>Donn�es �conomiques</p><p>De 1972 � 1973, la progression de la production de viande surgel�e a �t� de 28 p. 100 pour la viande conditionn�e (en muscles), de 15 p. 100 pour l�ensemble de la viande et des abats.</p><p>L��volution de la production de viande congel�e s�est r�partie pendant cette m�me p�riode de la fa�on suivante : Probl�mes technologiques</p><p>y Cong�lation proprement dite. La complexit� de la structure musculaire et des ph�nom�nes physiologiques</p><p>qui accompagnent la transformation du muscle en viande entra�ne pour la cong�lation de nombreux probl�mes d�ordre chimique, biochimique et</p><p>microbiologique qui concernent surtout la conservation hygi�nique du produit, les modifications de son aspect (couleur, texture...) ainsi que les pertes de poids par �vaporation, sublimation et surtout exsudation � la d�cong�lation.</p><p>La qualit� de la viande congel�e</p><p>d�pend de nombreux facteurs, parmi lesquels il faut citer les vitesses de cong�lation et de d�cong�lation et les conditions de stockage.</p><p>y Conditionnement. Les nouvelles</p><p>pellicules (Iolon XQ 123 en particulier) donnent des r�sultats bien meilleurs que les sacs de poly�thyl�ne.</p><p>Par la mise en oeuvre de ces films, associ�e aux techniques de l�emballage sous vide, on peut conserver la couleur de la viande fra�che de nombreux mois.</p><p>La viande hach�e</p><p>Le march� de la viande s�est trouv� encombr� de plus en plus d�un certain volume de quartiers avant de boeuf, difficiles � utiliser, car les morceaux qui en proviennent exigent en g�n�ral une cuisson prolong�e.</p><p>Les progr�s de la technologie ayant permis de fabriquer � l��chelle industrielle des pr�parations � base de ha-chis de qualit� bact�riologique tr�s satisfaisante, celles-ci ont pris une certaine importance et ne cessent de s��tendre, d�autant plus que l�accroissement du nombre de repas pris dans des collectivit�s (cantines, restaurants d�entreprise) leur fournit un excellent d�bouch�.</p><p>Donn�es �conomiques</p><p>La production de viande hach�e surgel�e est pass�e de 1972 � 1973 de 3 102 t � 3 650 t, soit une augmentation de 17,6 p. 100. Jusqu�� ces derni�res ann�es, la viande hach�e �tait surtout</p><p>consid�r�e comme un sous-produit de l�exploitation des carcasses, les quartiers arri�re en constituant la partie noble. Aujourd�hui, certaines entreprises font au contraire de la viande hach�e leur fabrication principale, les parties arri�re repr�sentant un sous-produit de leur activit�.</p><p>Aspect technologique</p><p>Les carcasses sont d�coup�es en pi�ces, d�soss�es, puis par�es. Les pi�ces sont ensuite fragment�es, puis hach�es et malax�es sous vide pour rendre le produit homog�ne. La viande hach�e est ensuite portionn�e, surgel�e, puis emball�e ; les portions ne doivent pas exc�der un poids de 3 kg.</p><p>Les locaux de pr�paration doivent r�pondre � des normes d�hygi�ne tr�s strictes, et la mati�re premi�re utilis�e est soumise � une r�glementation s�v�re.</p><p>En outre, toutes les op�rations</p><p>doivent �tre m�canis�es, les manipulations � � mains nues � �tant formellement interdites. Ces pr�cautions sont rendues indispensables du fait des caract�ristiques m�mes de la viande hach�e, qui favorisent sa contamination par les micro-organismes.</p><p>Suif et saindoux</p><p>Le suif et le saindoux sont des �l�ments privil�gi�s du cinqui�me quartier du boeuf et du porc : ils constituent en effet la mati�re premi�re la moins on�reuse pour l�extraction des graisses organiques, industrielles ou alimentaires.</p><p>Bien que l��ventail de leurs applications soit tr�s large, leur production est limit�e par celle de la viande ainsi que par la proportion de graisse dans les carcasses.</p><p>Le suif</p><p>y Origines et d�bouch�s. On dis-</p><p>tingue le suif d�abattage (suif de rognon, de ratis, de toilette), le suif de triperie et de boyauderie (amas graisseux adh�rant � l�estomac, � l�intestin), le suif de parage (provenant du conditionnement de la viande et de l��tal du boucher d�taillant) et la graisse r�cup�r�e sur le trajet des</p><p>eaux us�es. Apr�s traitement, et selon son origine et son degr� de puret�, downloadModeText.vue.download 297 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11508</p><p>le suif est utilis� dans les industries de savonnerie (v. savon), de st�arinerie*, dans l�alimentation humaine ou animale et dans diverses autres industries. Le suif industriel contient environ 2 p. 100 d�impuret�s, alors que le suif alimentaire ne doit pas en contenir plus de 0,15 p. 100.</p><p>y Donn�es �conomiques. La produc-</p><p>tion de suif fondu est en augmentation constante : 120 000 t en 1966, 130 000 t en 1967 et 1968, 140 000 t en 1969, 145 000 t en 1970 et 1971, 150 000 t en 1972 et 157 000 t en 1973.</p><p>La part de production consacr�e � des usages alimentaires est de plus en plus importante : 30 p. 100 en 1966, 38,4 p. 100 en 1967, 42,3 p. 100 en 1968, 44,8 p. 100 en 1970, 50 p. 100</p><p>en 1972 et 52,2 p. 100 en 1973. Cela est d� en grande partie � l�utilisation des suifs pour la pr�paration des aliments d�allaitement pour veaux, dont la production n�a cess� de s��tendre.</p><p>On constate en effet que, en 1970, 110 000 t de suif �taient consacr�es � cet usage, chiffre qui passe � 136 000</p><p>en 1973. Par contre, l�utilisation en savonnerie r�gresse, par suite de la concurrence des d�tergents fournis par l�industrie p�troli�re.</p><p>Enfin, on assiste � une concentration de la production puisque, de 150 fondeurs en 1940, on est pass� � 110 en 1959, � 95 en 1966, pour atteindre 70</p><p>actuellement.</p><p>y Technologie. La collecte doit �tre faite rapidement afin d�avoir des suifs de bonne qualit�. L�implantation des fonderies � proximit� des grands abattoirs permet de r�pondre en partie � cette exigence.</p><p>Une fois collect�, le suif est lav� et s�ch� avant d��tre broy�, puis fondu.</p><p>Plusieurs techniques de fonte existent,</p><p>dont la plus r�pandue, en France, est celle de la fonte humide : les suifs broy�s sont immerg�s dans de l�eau ; la fusion par chauffage se fait en trois temps, la mati�re grasse �tant d�abord s�par�e du tissu adipeux sous l�effet de la temp�rature et d�un brassage m�canique simultan�, puis le suif fondu est transf�r� par pompage dans une cuve o� il est chauff� une heure � 70 �C ; enfin, il est purifi� par centrifugation et filtration.</p><p>Le saindoux</p><p>y Origines et d�bouch�s. Une partie seulement du gras de porc, le ratis, est d�tach�e � l�abattage. Le reste est r�-</p><p>cup�r� au moment de la d�coupe chez le boucher, le charcutier ou le conser-veur. Les utilisations du saindoux sont presque exclusivement alimentaires : margarinerie, shortening, biscuiterie et, de plus en plus, aliments du b�tail.</p><p>y Donn�es �conomiques. La majeure partie du saindoux est �labor�e par les charcutiers, et l�on ne compte que 10 entreprises industrielles assurant cette fabrication. La production industrielle est d�ailleurs en baisse, passant de 35 239 t en 1967 � 33 746 t en 1968, pour tomber � 30 525 t en 1973. Cette r�gression trouve son origine dans la disparit� de prix entre le suif alimentaire et le saindoux, qui est plus on�reux.</p><p>y Technologie. La fonte du saindoux est une op�ration simple, qui peut se faire avec des installations artisanales, � condition de partir de produits tr�s frais. Cependant, la fonte industrielle, qui est � peu pr�s analogue � celle du suif, permet d�obtenir des produits de bien meilleure qualit� et conformes aux normes internationales, cela m�me si l�on ne dispose que de mati�res premi�res de moindre fra�cheur, le saindoux �tant, si n�cessaire, raffin�.</p><p>La charcuterie-</p><p>salaisonnerie</p><p>Les industries de charcuterie-salaisonnerie, en r�alisant 7,3 p. 100 du chiffre d�affaires des industries agricoles et alimentaires en France, se classent en</p><p>31e position, apr�s l�industrie laiti�re et l�industrie des aliments compos�s.</p><p>Cependant, elles sont relativement peu m�canis�es.</p><p>Donn�es �conomiques</p><p>La production industrielle repr�sentait, en 1971, 59 p. 100 de la production totale. Avec un taux de croissance de 8 p. 100 par an en moyenne, et l�augmentation de la consommation n��tant que de 2,7 p. 100 par an, les entreprises seront donc oblig�es, pour maintenir leur progression, soit de se concentrer, soit de s�orienter vers des produits nouveaux, ou bien enfin d��tendre leurs exportations. Mais la structure tr�s dispers�e de ce secteur (la production moyenne des entreprises est de 810 t, avec des valeurs extr�mes allant de 100 t � plus de 4 000 t) et la faible productivit� (le pourcentage de la valeur ajout�e consacr� aux frais de personnel est de 70 p. 100) sont autant d�obstacles au d�veloppement des exportations.</p><p>Aspect technologique</p><p>Les principales techniques auxquelles font appel les industries de charcuterie-salaisonnerie sont le salage, l��tuvage, le fumage et la cuisson.</p><p>y Le salage. C�est l�op�ration qui consiste � faire absorber � la viande, dans toute sa masse, une proportion d�termin�e et uniforme de chlorure de sodium.</p><p>Les effets du sel sur le tissu musculaire et adipeux se traduisent par une meilleure liaison des pr�parations (cons�cutive � la solubilisation des prot�ines sous l�action du sel) et une r�gulation de la flore microbienne.</p><p>La concentration du sel dans la</p><p>viande, pour que les effets soient op-timaux, doit �tre de 4 p. 100 environ dans le maigre et de 1,2 p. 100 dans le gras.</p><p>Le salage des viandes se fait � sec (par m�lange ou frottement) ou par voie humide (par injection ou par immersion utilisant des saumures). Le sel est rarement utilis� seul, mais additionn� de substances annexes, dont le</p><p>r�le peut �tre :</p><p>� de donner une couleur stable (nitrates, nitrites [sel nitrit� � 0,6 p. 100], sucres, colorants, �pices tinctoriales, etc.) ;</p><p>� de favoriser la conservation</p><p>(acide ascorbique aux propri�t�s</p><p>antioxydantes) ;</p><p>� d�am�liorer les qualit�s organo-leptiques (lactoprot�ines favorisant le recollement des muscles et l�assouplissement des fibres � la cuisson).</p><p>L�addition de � polyphosphates pour saumures � est r�serv�e aux saumures d�injection ou � la salaison rapide � basse temp�rature (de + 4 �C � + 5 �C).</p><p>y L��tuvage. C�est en g�n�ral une op�ration interm�diaire dont les</p><p>objectifs sont de favoriser la s�lection bact�rienne gr�ce � l��l�vation de temp�rature et au taux salin ; on recherche surtout l�enrichissement en bact�ries r�ductrices, qui fixent la couleur, en bact�ries acidifiantes, qui entravent le d�veloppement des germes de putr�faction, ainsi qu�en bact�ries � aromatisantes �, qui participent � l��laboration des flaveurs recherch�es dans ces produits.</p><p>L��tuvage est r�alis�, � l��chelle industrielle, dans des enceintes isol�es o� l�air est renouvel� par ventilation.</p><p>Selon les produits, on proc�de � un �tuvage � froid ou � chaud. Dans l��tuvage � froid, la temp�rature passe de 18-20 �C � 26 �C pour une hygrom�-</p><p>trie relative d�croissant de 90 p. 100 � 70-75 p. 100 ; cette op�ration, qui dure environ 24 heures, est appliqu�e aux pr�parations sal�es � sec et non additionn�es d�eau ou de glace. Dans l��tuvage � chaud, la temp�rature augmente progressivement jusqu�� se stabiliser � 35-45 �C ; l�hygrom�trie relative est voisine de 80 p. 100 ; la dur�e du traitement est limit�e � quelques heures ; ce type d��tuvage convient aux pr�parations riches en humidit� (saucisses).</p><p>y Le fumage. Les fum�es sont obtenues par combustion incompl�te de sciure et de copeaux de bois. Les principaux constituants de la fum�e sont le formol ainsi que divers aldh�hydes,</p><p>c�tones et amin�s volatils, des acides volatils pyroligneux (acides formique, propionique...), des alcools et des compos�s ph�noliques, des hydrocarbures polycycliques, des r�sines, cires et goudrons bitumeux, et des gaz (gaz carbonique, oxyde de carbone).</p><p>L�action de la fum�e n�est effective que sur des pr�parations pr�alablement sal�es ; elle se manifeste par une dessiccation et une modification de la texture superficielle du produit, par la r�partition du sel dans la masse, par une coloration particuli�re, due � des combinaisons entre les acides pyroligneux et certains groupes amin�s des prot�ines de la viande, par une conservation plus longue, gr�ce � l�action antioxydante des compos�s ph�noliques, par un r�le bact�riostatique et bact�ricide du formol et des ph�nols et par le d�veloppement d�un go�t de � fum� �, dont sont responsables certains compos�s de la fum�e (ald�hydes, c�tones, amin�s volatiles, acides pyroligneux).</p><p>Comme pour l��tuvage, on peut pratiquer soit le fumage � froid (temp�rature de 22-25 �C, hygrom�trie relative de 70 � 75 p. 100, dur�e de quelques heures � plusieurs jours), pour des produits comme les jambons secs</p><p>(Westphalie...), soit le fumage � chaud (temp�rature croissante de 30 � 50 �C, degr� hygrom�trique �lev�, dur�e de quelques heures), pour le traitement des pr�parations sal�es en saumure.</p><p>y La cuisson. Il faut faire la distinction entre la simple cuisson au four, pour des produits tels que des p�t�s, et l�appertisation, qui permet une conservation de dur�e beaucoup plus longue et dont le but est de st�riliser le produit plut�t que de le cuire.</p><p>y L�emballage. Les produits sont le plus souvent conditionn�s en sacs plastiques thermor�tract�s ou non, downloadModeText.vue.download 298 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11509</p><p>clip�s ou soud�s : Cryovac, Pervac, Krehalon, Soplaril. Certains sont cuits directement dans leur emballage en</p><p>polyester ou polyamide, comme c�est le cas pour les andouilles et pour beaucoup de saucissons cuits.</p><p>R. R.</p><p>F Abattoir / Alimentation / Bovins / Cong�lation et surg�lation / Froid / Ovins / Porcins.</p><p>vibraphonistes</p><p>de jazz</p><p>Appartenant � la famille des instruments � percussion et plaques d�gressives, le vibraphone � comme le</p><p>xylophone � a pour � anc�tres � le m�tallophone balinais, le marimba mexicain, le balafon africain...</p><p>C�est dire que son apparition dans la musique n�gro-am�ricaine correspond � une r�appropriation, mais par la voie d�tourn�e de la lutherie occidentale.</p><p>D�abord int�gr� au mat�riel du batteur, et utilis� surtout � des fins rythmiques, il s�est peu � peu impos� en tant que voix soliste et m�lodique. Au d�but des ann�es 20, quelques percussionnistes jouent aussi du xylophone. Mais c�est le plus souvent afin d�obtenir certains</p><p>� effets � sonores. Parmi ces premiers xylophonistes, on peut citer Jimmy Bertrand et Jasper Taylor. Vers 1930, le vibraphone, dont les possibilit�s de vibrato permettent de � personnaliser �</p><p>le son, se substitue au xylophone, qui n�est plus gu�re utilis� alors que par Adrian Rollini (1904-1956), sp�cialiste �galement du saxophone basse, et Red Norvo. (Norvo, qui finira par adopter le vibraphone en 1943, conservera une technique de xylophoniste : absence de moteur et d�ailettes dans les tubes, donc absence de vibrato, et utilisation de notes � roul�es �.)</p><p>Les premiers grands du vibraphone, avant de mettre au point une technique propre � cet instrument, emprunteront � la fois aux percussionnistes et aux pianistes, c�est-�-dire que leur virtuosit� sera appr�ciable, le plus souvent, selon deux crit�res principaux : travail harmonique et travail rythmique. Longtemps, l�importance relative de l�un de ces deux aspects sera un �l�ment d�terminant quant � l�identification du style d�un vibraphoniste. Ainsi, Lionel Hampton*, qui fut d�abord batteur (et qui au piano joue avec deux doigts,</p><p>transposant les lignes qu�il produit avec les mailloches sur les lames du vibraphone), produit un discours � la charpente rythmique tr�s �vidente.</p><p>Dans les ann�es 50, notamment au sein du Modern Jazz Quartet, le vibraphone de Milt Jackson appara�tra surtout comme l�instrument des nuances sonores et des subtilit�s harmoniques. Si Gary Burton semble depuis 1967 s�imposer comme � le � virtuose du vibraphone moderne, il convient de signaler quelques-uns de ses confr�res les plus remarquables : Terry Gibbs (qui s�est fait conna�tre dans l�orchestre de Woody Herman), Cal Tjader (sp�cialiste des associations au phras� � jazz �</p><p>des rythmes latino-am�ricains), les pianistes Eddie Costa et Vie Feldman, Lem Winchester (mort en 1961), Mike Mainieri, Teddy Charles... Plus r�cemment, Walt Dickerson, Bobby Hutcherson et l�Allemand Karlhanns Berger indiquent une tendance de plus en plus marqu�e parmi les jeunes vibraphonistes � s��manciper de la tutelle de Milt Jackson. Le probl�me majeur qui continue de se poser aux utilisateurs du vibraphone est celui de l�amplification.</p><p>D�o� la pr�f�rence des vibraphonistes pour les petites formations, en attendant la mise au point d�un vibraphone dont la puissance sonore puisse rivaliser avec celle des cuivres.</p><p>P. C.</p><p>Quelques biographies</p><p>Karlhanns Berger (Heidelberg 1935).</p><p>Il est d�abord pianiste. A jou� avec Don Cherry, Eric Dolphy, Steve Lacy et, depuis qu�il est install� aux �tats-Unis, avec la plupart des repr�sentants de l�avant-garde new-yorkaise.</p><p>Enregistrement : We are you (1971).</p><p>Gary Burton (Anderson, India-</p><p>na, 1943). Enfant prodige, il enregistre d�s 1961. Il joue avec George Shearing, Stan Getz, puis forme un quintette. Une technique � quatre mailloches, outre sa v�locit�, lui permet de surprenantes combinaisons</p><p>harmoniques. Mais cette virtuosit�, Burton semble dispos� � la mettre au service de n�importe quelle musique.</p><p>Enregistrement : Duster (1967).</p><p>Lionel HAMPTON. V. l�article.</p><p>Bobby Hutcherson (Los Angeles</p><p>1941). Au milieu des ann�es 50, il adopte le vibraphone apr�s avoir entendu un disque de Milt Jackson. Il a jou� depuis avec Eric Dolphy, Archie Shepp, John Handy, Jackie McLean, Joe Henderson, McCoy Tyner... Il utilise aussi le marimba et s�affirme comme un des plus aventureux parmi les vibraphonistes apparus � la fin des ann�es 60.</p><p>Enregistrement : Happenings (1968).</p><p>Milt Jackson (Detroit 1923). Il a d�abord jou� avec tous les grands du be-bop dans les ann�es 40. Puis, de 1951 � 1974, il a fait partie avec John Lewis (piano), Percy Heath (basse), Kenny Clarke puis Connie Kay (batterie) du Modern Jazz Quartet � qui avait d�abord �t� le Milt Jackson Quartet.</p><p>Enregistrement : Bag�s Groove (avec Miles Davis, 1954).</p><p>vibration</p><p>F MOUVEMENT VIBRATOIRE.</p><p>Vicente (Gil)</p><p>Dramaturge portugais (Guimar�es</p><p>v. 1465 - �vora v. 1537).</p><p>C�est le plus grand po�te drama-</p><p>tique du Portugal au XVIe s., classique dans deux litt�ratures : l�espagnole et la portugaise. Sa biographie pose de nombreux probl�mes, mais on admet en g�n�ral l�identit� entre le po�te et l�orf�vre Gil Vicente apr�s la d�-</p><p>monstration de A. Braamcamp Freire.</p><p>N� � Guimar�es dans une famille</p><p>d�artisans vers 1465, Gil Vicente est nomm� orf�vre de la reine en 1509, puis contr�leur g�n�ral de la maison de la Monnaie, � Lisbonne, en 1513. Il repr�sente sa corporation au Conseil des vingt-quatre. Son chef-d�oeuvre, le c�l�bre ostensoir d�or, est l�gu� par le roi Manuel Ier au monast�re des Hi�-</p><p>ronymites de Bel�m. En 1517, Gil Vicente vend sa charge de contr�leur de la Monnaie et, � partir de 1520, on ne parle plus que du po�te, qui vient d��tre charg� de l�organisation des autos, repr�sentations et danses qui doivent marquer l�entr�e solennelle � Lisbonne de la troisi�me �pouse de Manuel Ier.</p><p>Quelques documents permettent de suivre son activit� de po�te dramatique et ses relations avec la Cour. Son fils nous apprend qu�il �crivit sa derni�re pi�ce en 1536. On peut admettre qu�il mourut cette m�me ann�e ou au d�but de la suivante si une charge octroy�e par Jean III � son fils, en 1537, �tait bien destin�e � secourir la famille du po�te r�cemment d�c�d�. En tout cas, un document de 1640 apporte la preuve que le po�te n��tait plus en vie cette ann�e-l�.</p><p>On ignore tout des �tudes de Gil</p><p>Vicente. S�il semble assur� qu�il n�a pas fr�quent� l�universit�, il n�est pas inculte pour autant. Il sait le latin d��glise, un peu d�italien et de fran-</p><p>�ais, ses diables parleront le patois picard. Mais surtout, il conna�t bien le castillan, qui lui a permis l�acc�s aux diverses formes de la culture religieuse et profane dont son oeuvre apporte le t�moignage.</p><p>Gil Vicente n�a pas v�cu assez longtemps pour publier la Compilation de ses oeuvres dont il �crivit la d�dicace au roi Jean III. Il ne put r�unir qu�un certain nombre de ses compositions, imprim�es sur des feuilles volantes ou manuscrites. Son fils, Luis, acheva le travail et publia en 1562 la Compilation de toutes les oeuvres de Gil Vicente. Ces oeuvres ont attir� plusieurs fois l�oeil s�v�re des inquisiteurs. Certains autos ont �t� tant�t tronqu�s, tant�t interdits. Malgr� l�indulgence relative de l�Index de 1564, on peut penser que des suppressions ont �t� impos�es dans la Compilation. D�autre part, son fils avoue lui-m�me avoir fait des coupures ou apport� des corrections pour</p><p>� am�liorer � le texte ; ce faisant, il a mutil� gravement l�oeuvre de son p�re.</p><p>Gil Vicente est le cr�ateur du th��tre litt�raire portugais. Avant lui n�existaient que des repr�sentations religieuses assez �l�mentaires, un th��tre comique d�improvisations populaires et les mimiques all�goriques de la Cour. Ses compositions dramatiques sont appel�es en g�n�ral autos, terme commun qui d�signe surtout la forme p�ninsulaire du drame religieux, mais qui s�applique aussi � des pi�ces dans le go�t traditionnel et dont les sujets</p><p>peuvent �tre religieux ou profanes, s�rieux ou comiques. Les autos amu-saient et moralisaient � la fois.</p><p>Gil Vicente distingue lui-m�me trois cat�gories dans son oeuvre : les com�-</p><p>dies, les farces et les moralit�s. Ces derni�res, h�rit�es en partie des �glogues espagnoles de Juan del Encina et de Lucas Fern�ndez, apparaissent � partir de 1510. On y trouve les sommets de l�art de Gil Vicente : la Trilogie des barques, splendides combinaisons nouvelles et impr�vues des �l�ments anciens, l�Auto de l��me, qui pose le probl�me du libre arbitre et de la gr�ce et o� triomphe un symbolisme grandiose. Le genre, malheureusement trop vite oubli� au Portugal, est � l�origine de la somptueuse floraison de l�auto sacramental* en Espagne. Avec l�Auto de l�Inde, Gil Vicente cr�e en 1509 la farce litt�raire au Portugal, et ses plus grandes r�ussites sont la farce Qui a du son ? et la Farce d�In�s Pereira. Vers 1514, Gil Vicente a la r�v�lation de l�oeuvre de l�Espagnol Bartolom� de Torres Naharro, mais il n�en met pas � profit les suggestions pour un art th��-</p><p>tral plus moderne. Il reste prisonnier downloadModeText.vue.download 299 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11510</p><p>de l�all�gorie m�di�vale et abandonne trop vite la com�die romanesque : Dom Duardos, la Com�die du veuf et Amadis de Gaule.</p><p>Le fils de Gil Vicente, non content d�apporter des modifications au texte, a aussi alt�r� la chronologie de l�oeuvre de son p�re. Cependant, apr�s les travaux de A. Braamcamp Freire et d�Oscar de Pratt, il est devenu possible � I. S. R�vah de proposer le classement suivant pour les oeuvres de Gil Vicente :</p><p>Nous connaissons quarante-quatre</p><p>pi�ces du th��tre de Gil Vicente. Les unes sont �crites en castillan, les autres en portugais. Elles utilisent les effets comiques des patois locaux (picard et sayagu�s). Elles constituent une r�ussite litt�raire exceptionnelle dans laquelle �clate son g�nie du comique</p><p>et o� sa connaissance approfondie du folklore lui a permis de faire revivre bien des genres oubli�s ou retomb�s dans la paysannerie : chansons d�ami, chants de mai, aubades. Il y joint les romances portugais ou colport�s d�Espagne. Le lyrisme populaire, sentimental, religieux ou panth�iste envahit la sc�ne. Le th��tre de Gil Vicente fait penser, bien souvent, au ballet, � la f�erie, � l�op�ra (G. Le Gentil). C�est toute la soci�t� portugaise du premier tiers du XVIe s., � l�exception de la nouvelle bourgeoisie urbaine, qui revit dans son oeuvre. Gil Vicente appara�t � la fois comme po�te officiel (Cortes de Jupiter, Forge de l�amour, Exhortation � la guerre) et comme censeur des abus. Il s�en prend au manque de patriotisme du clerg�, qui se d�robe � l�imp�t (Exhortation � la guerre), � la papaut� (Nef des amours, Auto de la f�te), � l�intol�rance contre les � nouveaux chr�tiens �.</p><p>Gil Vicente observe la soci�t� de son temps depuis la Cour et par des fen�tres qui donnent sur la campagne (A. J. Saraiva). Il exalte et critique � la fois les id�aux de la fin du Moyen �ge. Sa pens�e s�int�gre dans un pr�r�-</p><p>formisme p�ninsulaire vigoureux mais nullement schismatique.</p><p>R. C.</p><p>&amp; A. Braamcamp Freire, Vida e obras de Gil Vicente, � trovador, mestre da Balanca � (Porto, 1919 ; 2e �d., Lisbonne, 1944). / A. J. Saraiva, Historia da cultura en Portugal, t. II (Lisbonne, 1955). / P. Teyssier, la Langue de Gil Vicente (Klincksieck, 1959). / I. S. Revah, � G. Vicente �</p><p>dans Dicionario das literaturas portuguesa, galeza e brasileira sous la dir. de J. do Prado Coelho (Porto, 1960).</p><p>Vichy</p><p>Ch.-l. d�arrond. de l�Allier*, sur la rive droite de l�Allier ; 32 251 hab.</p><p>(Vichyssois).</p><p>L�agglom�ration, qui rassemble</p><p>aussi Cusset, Bellerive-sur-Allier et, de plus en plus rattach�s, Haute-rive, Charmeil, Creuzier-le-Vieux et Abrest, compte environ 60 000 habitants ; Saint-Yorre et Saint-Germain-des-Fos-</p><p>s�s deviennent aussi des satellites de la ville.</p><p>C�est en 1836 seulement que Vichy d�passe 1 000 habitants, et il lui faut attendre 1876 pour, avec 6 428 habitants, passer devant Cusset, le vieux bourg commercial de la r�gion, march� de la Montagne bourbonnaise, d�bouch� d�anciennes routes fr�quent�es menant vers le Forez et qui gardait le tribunal et le coll�ge, tandis que les sous-pr�fectures �taient � Lapalisse et � Gannat. C�est comme � reine des villes d�eaux � que Vichy conna�t la premi�re phase de son d�veloppement, qui dure jusqu�� la Seconde Guerre mondiale, la portant � 25 000 habitants en 1936, contre 9 000 � Cusset.</p><p>La compagnie fermi�re s��tait cr��e en 1853, et le v�ritable lancement de la station thermale revient aux cures qu�y effectua Napol�on III � partir de 1861. Le bassin d�eaux min�rales comporte, sur 16 communes, environ 220 sources. Il est divis� en plusieurs groupes, dont les plus exploit�s sont ceux de Vichy (sources Grande-Grille, C�lestins, Chomel, H�pital), de Cusset (source Mesdames), de Bellerive-Abrest (Boussange, le D�me, les Lys, Corn�lie) et de Saint-Yorre (fournissant des eaux en bouteilles), tandis que la partie occidentale du bassin est moins activement utilis�e. Connu d�s l��poque gallo-romaine, �quip� tr�s modestement � l��poque moderne, ce bassin prit de l�importance dans la seconde moiti� du XIXe s., lorsque Vichy �tait une station de luxe o� l�on avait rectifi� et bord� de parcs le cours de l�Allier, construit de larges avenues et �difi� de luxueux h�tels. Aussi, le r�le th�rapeutique (maladies du foie, de l�intestin, de l�appareil urinaire, goutte) n��tait-il pas toujours la raison principale du s�jour � Vichy, ce � Paris d��t� � qui r�unissait la soci�t� �l�-</p><p>gante autour des meilleurs spectacles.</p><p>Cependant, durant cette p�riode, une �volution dangereuse, quoique pass�e alors inaper�ue du fait du maintien d�une fr�quentation nombreuse (en pleine saison, les h�tels refusaient toujours des clients), se produit : au lendemain de la Premi�re Guerre mondiale, la client�le devient moins largement internationale, et une part croissante de</p><p>� coloniaux � la constitue. Ce n�est pas seulement la traduction d�une conjonc-</p><p>ture �conomique d�favorable, mais une mutation progressive. C�est aussi le signe d�un changement dans les go�ts des vill�giateurs, voire dans les th�rapeutiques. La Seconde Guerre mon-</p><p>diale marque un tournant d�cisif : le gouvernement de l��tat fran�ais s�installe � Vichy, d�sert� par les curistes.</p><p>Ces quatre ann�es ont certes permis � une ville essentiellement commer�ante de vivre, mais elles ont accumul� les d�pr�dations ou transformations dans le parc mobilier. Apr�s 1945, le repli sur la client�le originaire de l�Union fran�aise s�accentue, la fr�quentation populaire cro�t, tandis que les touristes ais�s sont, de plus en plus, de v�ritables curistes : ils sont donc moins nombreux, la plupart des h�tels de luxe ferment ou se d�gradent. Les trains du dimanche, puis la voiture individuelle am�nent encore les foules de fin de semaine, mais elles ne font plus que passer. Le chiffre des personnes qui s�journent se stabilise depuis 1964</p><p>aux alentours de 150 000, dont environ 10 000 �trangers, chiffre plut�t en baisse (les originaires du Benelux l�emportent maintenant largement sur les Britanniques et les Am�ricains, tandis que les Allemands et les Africains progressent). La client�le fran�aise la plus repr�sent�e est celle de Paris et du Midi. Le nombre des curistes (20 p. 100 du total) est limit� par la baisse des prises en charge par la S�curit� sociale depuis 1967.</p><p>Devant cette situation, des tentatives de relance ont eu lieu : cr�ation d�un nouveau plan d�eau, projets de r�novation h�teli�re, et notamment de construction de nouveaux h�tels de luxe, recherche de nouvelles applications m�dicales de la cure (allergies), cr�ation de cours d��t� de fran�ais pour �trangers, tentatives de r�novation culturelle (centre culturel Valery-Larbaud, � palais du Lac �, pouvant accueillir les manifestations sportives et les congr�s) et efforts d��quipement sportif. Mais, bien qu�une grande partie de la main-d�oeuvre soit saisonni�re, le sous-emploi r�gne dans le domaine touristique, et le petit commerce subit gravement les effets de la stagnation.</p><p>Aussi Vichy devient-elle de plus en plus une � ville moyenne comme les autres �, centre de services r�gio-</p><p>naux du sud-est de l�Allier, et ville industrielle : 38 p. 100 des actifs de l�agglom�ration (31 p. 100 � Vichy) appartenaient au secteur secondaire en 1968. Les nombreuses industries li�es � l�exploitation des eaux (embouteillage, confiserie, produits de beaut�) sont d�pass�es par des activit�s diverses, install�es surtout lors des deux Guerres mondiales : m�canique (Manurhin : armement, appareils de mesure ; c�bles, instruments de r�gulation, machines, cycles), industries alimentaires en rapide d�veloppement (conserverie de viande), confection, downloadModeText.vue.download 300 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11511</p><p>produits pharmaceutiques, imprimerie, plus la verrerie de Saint-Yorre. Des travailleurs migrants sont recrut�s jusqu�� Varennes-sur-Allier, Gannat, Ch�teldon, mais surtout en Forterre et dans la for�t de Randan. L�agglom�ration est d�aspect assez diversifi� : centre commercial riche en beaux magasins, grands immeubles nouveaux dominant le plan d�eau de l�Allier, quartiers et banlieues pavillonnaires dont se diff�-</p><p>rencie le vieux centre de Cusset, tendance � la colonisation des coteaux en friche de Forterre m�ridionale, suburbanisation l�che dans un rayon assez vaste. Mais Vichy, en stagnation relative, envoie aussi des travailleurs � Clermont-Ferrand et peut devenir le p�le secondaire nord d�une grande conurbation du Val d�Allier centr�e sur la m�tropole auvergnate.</p><p>P. B.</p><p>F Allier / Auvergne / Thermalisme.</p><p>Vichy</p><p>(gouvernement</p><p>de)</p><p>Gouvernement pr�sid� par le mar�chal P�tain* et install� � Vichy (Allier) de 1940 � 1944.</p><p>� Autour de M. le</p><p>mar�chal P�tain �</p><p>Le 1er juillet 1940, venant de Bordeaux,</p><p>le gouvernement fran�ais, pr�sid� par le mar�chal P�tain depuis le 16 juin, s�installe � provisoirement � dans la ville thermale de Vichy (Allier). Les �quipements h�teliers de la cit� permettent de loger (certes � l��troit) de nombreux services administratifs ; la proximit� de la ligne de d�marcation impos�e par l�armistice du 22 juin entre la zone Nord et la zone Sud, l�absence de population ouvri�re constituent des avantages non n�gligeables.</p><p>En outre, le choix de Vichy symbolise, au moment o� la d�faite s�abat sur la France, un retour au bastion arverne de l�ancienne Gaule.</p><p>En fait, Vichy est peu accessible, mal reli� � Paris, � la zone occup�e ; rapidement, la ville deviendra un mi-crocosme o�, autour de l�h�tel du Parc, grouillera tout un monde politique �voluant en vase clos.</p><p>Le gouvernement de Vichy na�t dans la salle des f�tes du Casino, le 10 juillet 1940. Pierre Laval a convaincu les parlementaires de l�Assembl�e nationale de d�l�guer les pleins pouvoirs au mar�chal P�tain aux fins de � promulguer une nouvelle constitution de l��tat fran�ais � qui devrait � garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie �. Par 569 voix contre 80 et 17 abstentions, l�Assembl�e nationale acc�de � ce d�sir : la IIIe R�publique*</p><p>laisse la place � l��tat fran�ais. Le lendemain sont sign�s trois actes constitutionnels, au ton tr�s monarchique (� Nous, Philippe P�tain, mar�chal de France..., d�cr�tons... �), qui font de P�tain le chef de l��tat fran�ais, d�finissent ses pouvoirs et r�glent le sort du Parlement. Un quatri�me acte, sign� le 12 juillet, confie � Pierre Laval la succession du chef de l��tat en cas d�incapacit� de celui-ci.</p><p>La popularit� du mar�chal est alors immense. Seul survivant, avec Fran-chet d�Esperey, des mar�chaux de la Grande Guerre, il semble pouvoir faire face aux Allemands, qui respectent en lui l�ancien adversaire de Hindenburg.</p><p>D�autre part, si d�risoire que soit son autorit�, le gouvernement de Vichy est le gouvernement d�un �tat souverain, au moins jusqu�au 11 novembre</p><p>1942. Il dispose d�un territoire (la zone libre), de l�empire colonial et de la marine de la France. Il est reconnu de jure par de nombreux pays (dont les �tats-Unis), qui entretiennent aupr�s de lui une repr�sentation diplomatique.</p><p>Cependant, ses conditions de fonctionnement sont extr�mement difficiles. La France est vaincue, d�membr�e, occup�e ; l�Alsace-Lorraine est annex�e au Reich. Au nord, une � zone interdite � rel�ve de l�administration allemande de Bruxelles, et l�Ostland de Meurthe-et-Moselle est repeupl� par des colons allemands. En zone nord, malgr� la � d�l�gation de Paris �, l�autorit� v�ritable appartient � l�occupant. L��conomie y est � la merci du vainqueur, qui la met � son service.</p><p>La p�nurie de vivres et de mati�res premi�res, g�n�ratrice de disette et de ch�mage, gagne la zone sud. Les Allemands pr�l�vent 400 millions de francs chaque jour et pillent, avec un mark su-r�valu�, les richesses du pays. Un million et demi de prisonniers manquent, � l�agriculture surtout.</p><p>Dans ces conditions, quelles sont les possibilit�s d�action du gouvernement de Vichy ?</p><p>� Travail, Famille, Patrie �</p><p>La grande pens�e du r�gime de Vichy, c�est la � R�volution nationale �. Le gouvernement du mar�chal P�tain</p><p>consid�re que la IIIe R�publique est responsable du d�sastre militaire. Il faut donc faire � surgir une France neuve �</p><p>et r�aliser une transformation radicale des institutions et des moeurs. Cette transformation sera � r�volutionnaire �</p><p>en ce sens que les Fran�ais seront invit�s � revenir aux traditions nationales que la d�mocratie avait quelque peu n�glig�es ; il s�agit de restaurer � les vertus qui font les peuples forts �, � savoir le travail, source de toute richesse, la famille, cellule de base de la soci�t�, milieu id�al o� s��panouit le futur citoyen, la patrie, enfin, que la d�faite a humili�e. Les Fran�ais doivent se regrouper autour du chef de l��tat, qui d�sormais en assume la destin�e.</p><p>� P�tain, c�est la France �</p><p>Le chef de l��tat est la pi�ce ma�tresse du gouvernement. Le vieux soldat entend introduire la discipline militaire dans la vie politique. Il ajourne les assembl�es parlementaires. Son autorit�, il estime la tenir du consentement des repr�sentants de la nation, mais aussi et principalement du consensus du peuple fran�ais. Sans pl�biscite, il se consid�re comme l��lu du peuple.</p><p>Cette union avec les Fran�ais est sentimentale, quasi mystique. Elle s�affirme par le culte dont le mar�chal P�tain est l�objet, surtout lors des voyages qu�il multiplie � travers la zone libre au cours des ann�es 1940 et 1941. � P�tain, c�est la France, et la France, c�est P�tain �, d�clare le cardinal Gerlier, archev�que de Lyon. Les messages radiodiffus�s rapprochent le chef de l��tat de � son �</p><p>peuple et font sentir � celui-ci qu�il a un protecteur soucieux des probl�mes les plus imm�diats.</p><p>Du chef de l��tat, assist� suivant les �poques de l�amiral Darlan*, du g�n�ral Weygand* et de Pierre Laval, seul parlementaire que P�tain ne tol�re que contraint et forc� (du 12 juill. au 13 d�c. 1940 et du 18 avr. 1942 au 18 ao�t 1944), proc�dent les pouvoirs centraux : un Conseil des ministres, restreint en nombre, et le Conseil national, cr�� en janvier 1941, sorte de s�nat de notables qui ne jouera qu�un faible r�le. � l��chelon local, les commissions administratives (au d�partement et � la commune) nomm�es par le chef de l��tat font p�n�trer, avec l�aide de la L�gion des combattants, l�esprit nouveau jusqu�au moindre village.</p><p>Peu � peu, l�absolutisme s�affirme : les fonctionnaires, l�arm�e et la magistrature sont asserment�s au mar�chal d�s 1941. Une conception antid�mocratique et autoritaire de l��tat germe ainsi, conception qui apparente le syst�me aux dictatures fascistes.</p><p>Toutefois, le gouvernement de</p><p>Vichy n�est pas le duplicata fran�ais du r�gime hitl�rien ou mussolinien. Tout au plus peut-on le comparer � l�Estado novo de Salazar* par son inspiration chr�tienne et son traditionalisme.</p><p>En outre, les pouvoirs du mar�chal,</p><p>� sup�rieurs � ceux de Louis XIV �, restent tr�s incertains : l��ge du titulaire (quatre-vingt-quatre ans en 1940),</p><p>la pr�sence des Allemands et leur in-g�rence ill�gale dans la vie politique fran�aise, l�ind�pendance d�un Darlan ou d�un Laval � l��gard du mar�chal, le large �ventail id�ologique des hommes de Vichy, tous ces facteurs, � un plus ou moins fort degr�, contribuent � affaiblir le caract�re autocratique du r�gime.</p><p>Et cela d�autant plus que la � politique de collaboration � et l��volution de la guerre en faveur des Alli�s lui ali�nent assez rapidement l�opinion publique, plus attentiste que d�cid�e � rompre avec soixante-dix ans de d�mocratie.</p><p>Enfin, s�il est parmi les hommes de la � R�volution nationale � des admirateurs des �tats fascistes, la majorit� d�entre eux s�affirment patriotes et antiallemands, tout en souhaitant un �tat plus � muscl� � que ne l��tait la IIIe R�publique.</p><p>Les hommes de la</p><p>� R�volution nationale �</p><p>Vichy a �t� consid�r� � juste titre comme un gouvernement de la droite.</p><p>Une fraction de la droite fran�aise n�avait jamais accept� la d�mocratie.</p><p>Autour du mar�chal, repr�sentatif de cette tendance, il n�est pas �tonnant de trouver des hommes issus des milieux maurrassiens, de la F�d�ration nationale catholique et des associations d�anciens combattants d�extr�me droite, dont les ligues avaient manifest� en 1934 dans un style parfois � fasciste � contre le r�gime parlementaire</p><p>� corrompu et voleur �. La filiation doctrinale du r�gime de Vichy avec le courant monarchique de l�Action*</p><p>fran�aise est incontestable : comme lui, il pr�ne le retour aux traditions nationales, au travail honn�te du petit agriculteur et de l�artisan. Il s�enferme dans un nationalisme �troit que r�sume la formule de Charles Maurras* : � La France, la France seule. � D�s avant la guerre, les �crivains Jacques Bainville et L�on Daudet souhaitaient cet �tat fort, efficace et national. Quelques-uns iront jusqu�� admirer l��tat hitl�rien downloadModeText.vue.download 301 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11512</p><p>(Drieu La Rochelle, Philippe Henriot, Alphonse de Ch�teaubriant) et se com-promettront avec lui. Parmi les intimes du mar�chal se rencontrent des maurrassiens dont l�influence occulte sur le chef de l��tat est loin d��tre n�gligeable : le Dr Bernard M�n�trel, Henri du Moulin de Labarth�te, Rapha�l Ali-bert, Ren� Gillouin.</p><p>Mais, � c�t� de cet important courant de pens�e r�actionnaire, le personnel de Vichy est compos� de toute une ca-t�gorie de gens sans coloration id�ologique bien d�finie et qui trouvent dans le vide politique cons�cutif � la chute de la R�publique l�occasion de r�aliser une ambition longtemps contrari�e.</p><p>L�arrivisme, l�opportunisme et l�atten-tisme politiques sont les vertus premi�res de ces notables bourgeois qui envahissent les minist�res et les assembl�es r�gionales et municipales. Il s�y glisse quelques hommes de gauche, tels le syndicaliste Ren� Belin (1898-1977), ou le radical Gaston Bergery (1892-1974), v�ritable inspirateur de la � R�volution nationale �. En dehors du gouvernement, Marcel D�at (1894-1955 [qui sera ministre du Travail en 1944]) a quitt� la S. F. I. O. en 1933, et Jacques Doriot (1898-1945) est un transfuge du parti communiste.</p><p>Enfin, le mar�chal s�entoure de technocrates, hommes du secteur priv� ou de l�Administration, polytechniciens, centraliens, universitaires. L�historien J�r�me Carcopino (1881-1970) et le philosophe Jacques Chevalier (1882-1962) sont grands ma�tres de l�Universit�, des ing�nieurs et des industriels dirigent la production (Jean Biche-lonne, Fran�ois Lehideux) ; un chirurgien veille � la sant� (Dr Huard), un sportif anime le secr�tariat � l��ducation physique et aux sports (Jean Boro-tra) ; l�agronome Pierre Caziot tente de r�nover l�agriculture. En somme, une �quipe assez �clectique, dont les �l�-</p><p>ments les plus mod�r�s laisseront peu � peu la place � des � collaborateurs bon teint �, surtout apr�s le retour de Laval au gouvernement en avril 1942.</p><p>L�objectif premier de Vichy est le redressement du pays. Mais, anim�s de</p><p>haine et de rancunes contre la d�mocratie et le Front* populaire, les hommes de Vichy n��vitent pas l��cueil d�une politique r�actionnaire et r�pressive qui restreint les libert�s publiques et assimile la France � un �tat satellite de l�Allemagne. Pour ces hommes, la d�mocratie, qui a engendr� la d�faite, fruit de � vingt ann�es d�erreurs et de folie �, doit payer.</p><p>La politique de la</p><p>� R�volution nationale �</p><p>Au m�pris de la D�claration des droits de 1789, le gouvernement de Vichy r�-</p><p>tablit les � d�lits d�opinion et d�appartenance � dans la l�gislation. Cela lui permet d��liminer tous ses ennemis : communistes, socialistes, gaullistes, francs-ma�ons, dont beaucoup sont emprisonn�s ou plac�s dans des camps, tandis que les autres vont rejoindre la masse des �pur�s administratifs.</p><p>En octobre 1940, un statut des Juifs imite les lois de Nuremberg ; chass�s de nombreuses professions, fich�s par le Commissariat aux questions juives fond� par Xavier Vallat (1891-1972) et organis� � l�allemande par Darquier de Pellepoix, les isra�lites subissent une lente pers�cution qui se d�cha�ne � partir de 1942 en une vague de rafles et de d�portations. Vichy porte en ce domaine une lourde responsabilit� devant l�histoire.</p><p>En f�vrier 1942, les � responsables de la d�faite � (�douard Daladier, Paul Reynaud, L�on Blum*, Jules Moch,</p><p>le g�n�ral Gamelin*), intern�s avant d�avoir �t� condamn�s, sont d�f�r�s devant la Cour supr�me de justice de Riom. Le proc�s de Riom est suspendu sine die, le 14 avril 1942, car les magistrats refusent d�ob�ir aux Allemands, qui veulent voir d�finie la responsabilit� de la France dans la guerre. Par cette politique r�pressive appuy�e sur la police et la Milice, Vichy s�ali�ne l�opinion publique. D�nonc�e par la BBC et les journaux de la R�sistance*, la r�pression brutale accentue le processus de vassalisation � l��gard de l�Allemagne et d�nature ce qu�il peut y avoir de positif dans l�oeuvre de r�novation nationale.</p><p>Pour freiner la d�natalit�, le gouvernement applique les mesures du Code</p><p>de la famille, promulgu� par Daladier en 1939 : la f�te des M�res honore les familles nombreuses, le divorce est rendu plus difficile, la jeunesse reprise en main dans un sens conservateur ; si, judicieusement, le travail manuel et le sport (h�bertisme) sont r�habilit�s, l�enseignement religieux entre � l��cole (J. Chevalier) au m�pris des lois la�ques de 1881-82. Les �coles normales sont supprim�es. � tous les �chelons administratifs de l�universit�, l��lection est remplac�e par la nomination. La propagande officielle tend � former une jeunesse ob�issante et consciente de la n�cessit� de relever la patrie par la pratique de la loyaut� et de l�effort.</p><p>Hors de l�universit�, les jeunes</p><p>participent � des activit�s � saines et utiles � (Service civique rural, Secours d�hiver). Parmi les mouvements de jeunesse (Compagnons de France, Scouts), qui visent � former des hommes complets, des Fran�ais d�vou�s � leurs chefs et � leur pays, les � Chantiers de jeunesse � du g�n�ral Paul de La Porte du Theil (1884-1976) tiennent une tr�s grande place. Cr��s en 1940</p><p>pour regrouper les jeunes d�mobilis�s et remplacer la conscription militaire en zone libre, les Chantiers consistent en camps ruraux et forestiers. Partout naissent des � �coles de chefs � comme celle d�Uriage (Is�re), o� le capitaine Pierre Dunoyer de Segonzac (1906-1968) cherche � recr�er des cadres de l�arm�e en vue de la reprise de la guerre. Cela explique la disparition des Chantiers de jeunesse en 1942, sous la contrainte allemande, et l�envoi d�une partie de leurs effectifs au Service du travail obligatoire.</p><p>Le corporatisme est la doctrine �conomique de Vichy. Les paysans sont indistinctement regroup�s dans la Corporation paysanne. Le retour � la terre est encourag� pour r�pondre tant aux exigences du ravitaillement qu�� l�id�ologie terrienne du gouvernement (� la terre qui ne ment pas �). D�ailleurs, Hitler ne souhaitait-il pas une France agricole face � une Allemagne industrielle ?</p><p>L�industrie est contr�l�e par l�interm�diaire des � comit�s d�organisation � (16 ao�t 1940). Oppos� � la</p><p>fois au grand capitalisme apatride et au socialisme internationaliste, le mar�-</p><p>chal P�tain promulgue la � Charte du travail � (4 oct. 1941), qui cr�e des syndicats mixtes patrons-ouvriers sous la tutelle de l��tat. En fait, le gouvernement de Vichy prot�ge davantage les int�r�ts des grandes entreprises que ceux des travailleurs. Par-del� la guerre, ceux-ci resteront attach�s aux centrales syndicales dissoutes et par-ticiperont activement � la R�sistance, d�autant que les pr�l�vements de main-d�oeuvre par l�Allemagne � partir de 1942 rendront caduques les mesures sociales du gouvernement.</p><p>La fin</p><p>Le gouvernement de Vichy dispara�t en ao�t 1944 lorsque les Allemands contraignent Laval, puis P�tain � gagner Belfort, puis Sigmaringen. La question qui se pose alors est celle de la l�gitimit� et par suite de la l�galit� de sa l�gislation. Le gouvernement provisoire d�Alger, pr�sid� par le g�n�ral de Gaulle*, prend la place du gouvernement de Vichy avec le consentement d�un peuple qui depuis quatre ans attend sa lib�ration. Par son ob�issance passive � l�occupant, par sa politique r�pressive et r�actionnaire, en d�pit d�un sinc�re d�sir de redressement mat�riel et moral du pays, le gouvernement de Vichy porte en lui la cause de sa mort : il est n� de la d�faite ; il s�est discr�dit� peu � peu � l��gard de l�opinion. La victoire des Alli�s ne peut que le balayer.</p><p>Pierre Laval</p><p>(Ch�teldon, Puy-de-D�me, 1883 - Fresnes 1945.)</p><p>Avocat de modeste origine, d�abord vou� aux causes syndicalistes, il est d�put� socialiste et pacifiste de la Seine de 1914</p><p>� 1919. Maire d�Aubervilliers (� partir de 1923), il rentre � la Chambre en 1924, mais s�inscrit � sans �tiquette �. Plusieurs fois ministre de 1925 � 1930, il dirige, du 27 janvier 1931 au 16 f�vrier 1932, trois cabinets qui prolongent l�exp�rience Tar-dieu. Ministre des Affaires �trang�res en 1934-35, P. Laval s�efforce de poursuivre la politique franco-allemande de Briand, mais l�Allemagne n�est plus celle de Stre-</p><p>semann : elle s�est donn�e � Hitler. P. Laval mise aussi sur une alliance avec Mussolini.</p><p>De nouveau pr�sident du Conseil (7 juin 1935 - 24 janv. 1936), il s�efforce de r�duire la crise par une d�flation g�n�ralis�e (d�-</p><p>crets-lois) ; il tombe � propos de sa politique �trang�re, qui a facilit� la constitution de l�axe Rome-Berlin. S�nateur (depuis 1927), il ne r�appara�t sur l�avant-sc�ne politique qu�en pleine d�b�cle militaire.</p><p>Arriv� � Bordeaux le 14 juin 1940, P. Laval combat le d�part du gouvernement pour l�Afrique du Nord et devient ministre d��tat du mar�chal P�tain (23 juin) ; � Vichy, il agit activement pour obtenir des chambres le principe de la r�vision de la Constitution (9 juill.), puis, de l�Assembl�e nationale, la d�l�gation du mar�chal d�en promulguer une nouvelle (10 juill.). Vice-pr�sident du Conseil (12 juill.), il se rallie � l�ordre nouveau et d�clare m�me que la R�publique a cess� d�exister (sept.). Il pr�-</p><p>conise la collaboration avec l�Allemagne, rencontre Hitler � Montoire (22 oct.), o� il pr�pare l�entrevue du mar�chal et du F�hrer (24 oct.). Cette attitude lui ali�ne les ministres, qui obtiennent de P�tain son arrestation (13 d�c.).</p><p>Lib�r� quelques jours plus tard sur l�intervention d�Otto Abetz (1903-1958), ambassadeur du Reich � Paris, P. Laval demeure � l��cart, mais poursuit ses contacts avec les Allemands et est bless� lors d�un attentat commis pendant une revue de la L�gion des volontaires fran�ais (27 ao�t 1941). L�Allemagne exige son retour comme chef du gouvernement � la place de Darlan (18 avr. 1942). Laval accentue la collaboration, disant m�me souhaiter la victoire de l�Allemagne pour �viter le bolchevisme (il pr�tendra avoir voulu duper Hitler), et sugg�re l�envoi en Allemagne, downloadModeText.vue.download 302 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11513</p><p>comme travailleurs, de Fran�ais volontaires destin�s � permettre un pr�tendu rapatriement des prisonniers de guerre (discours du 22 juin sur la � rel�ve �).</p><p>Quand approche la victoire alli�e, Laval rejoint les ministres de Vichy � Belfort, puis � Sigmaringen (sept. 1944), refusant</p><p>de r�pondre aux invitations du F�hrer. Il gagne l�Autriche (28 avr. 1945), puis Barcelone (2 mai), mais, intern� quelques jours par les Espagnols, il revient � Innsbruck, o� les Am�ricains le livrent aux autorit�s fran-</p><p>�aises (1er ao�t). Condamn� � mort (9 oct.), il tente de s�empoisonner au moment de son ex�cution ; on le fusille dans l�enceinte de la prison (15 oct.).</p><p>P. P.</p><p>Le gouvernement de Vichy</p><p>et la collaboration</p><p>Malgr� ses affirmations d�ind�pendance, l��tat fran�ais est un �tat satellite de l�Allemagne bien avant la disparition de la</p><p>� zone libre �, le 11 novembre 1942. Sans scrupule, l�occupant pille les richesses du pays, bloque la ligne de d�marcation et asphyxie la zone Sud � sa guise.</p><p>Le gouvernement du mar�chal s�imagine qu�une collaboration politique avec l�Allemagne peut apporter un sort meilleur au pays et, en cas de victoire allemande, une place avantageuse dans l�Europe hitl�-</p><p>rienne. Le mar�chal P�tain pense surtout � adoucir les conditions de l�armistice et les souffrances des prisonniers en proposant � Hitler une collaboration sur des plans � d�-</p><p>finir, mais qui justement ne seront jamais clairement d�finis.</p><p>Au vrai, Hitler n�a jamais eu besoin de la France pour r�aliser ses desseins. Cependant, � l�automne de 1940, apr�s l��chec de la bataille d�Angleterre, le F�hrer envisage une coalition m�diterran�enne (Espagne, Italie, France) qui permettrait, � travers la p�ninsule Ib�rique et l�Afrique du Nord, d�attaquer Suez. Pierre Laval � qui, d�s l��t�, souhaitait un renversement des alliances � se laisse tenter par cette perspective. Le 24 octobre 1940, deux jours apr�s l�entrevue Laval-Hitler, a lieu la c�l�bre rencontre de Montoire-sur-le-Loir o� le mar�chal et Hitler se donnent une poign�e de main. En r�alit�, la collaboration n�ira pas plus loin, car le chancelier a renonc� � son projet, et ses principaux conseillers militaires (Wilhelm Keitel) comme ses alli�s italiens lui montrent tout le danger d�une collaboration militaire avec une France dont ils croyaient qu�elle ne pensait qu�� la revanche (g�n�ral Weygand).</p><p>L��chec de la politique de Montoire est</p><p>b�n�fique en ce sens que l�Afrique du Nord restera � libre � et servira de bastion aux Alli�s en novembre 1942. Mais la voie aux plus graves malentendus est ouverte : les</p><p>� ultras � de la collaboration (Marcel D�at</p><p>[1894-1955], Jacques Doriot [1898-1945], Fernand de Brinon [1885-1947]) se serviront des paroles du mar�chal pour pr�ner une r�conciliation avec l�Allemagne nazie et un alignement de la politique fran�aise sur le fascisme. Pour la majorit� des Fran-</p><p>�ais, la consternation est grande d�entendre le mar�chal d�clarer qu�� il entrait</p><p>[...] dans la voie de la collaboration � et que</p><p>� celle-ci devait �tre sinc�re �. Le patriotisme se rebelle, et, si certains pensent que le vieux soldat joue double jeu, d�autres se d�tachent d�un r�gime qui trahit si ouvertement ses engagements. Dans quelle mesure le renvoi de Laval le 13 d�cembre 1940 a-t-il pour motif la volont� de collaboration de ce dernier, dont l�entourage du mar�chal ne veut � aucun prix ?</p><p>L�amiral Darlan, qui remplace Laval (f�vr. 1941 - avr. 1942), � supplie le F�hrer de continuer � collaborer avec la France �</p><p>et il donne de nombreux gages de sa bonne volont� � l�occupant (�puration de l�administration, tribunaux d�exception contre les � terroristes �, cr�ation de la L�gion des volontaires fran�ais [L. V. F.], recrutement � au sein de la L�gion fran-</p><p>�aise des combattants � d�une minorit� plus active qui formera le Service d�ordre l�gionnaire [S. O. L.]).</p><p>Lorsqu�en mai 1941 l�Iraq sort de l�influence anglaise, Darlan propose les a�rodromes de Syrie aux avions de la Luftwaffe (6 mai), et ce n�est que de justesse, par l�intervention gaulliste, que la Syrie �chappe � l�Axe ; mieux, �largissant la n�gociation, Darlan propose � Hitler des bases dans l�empire (Bizerte, Dakar) et envisage une intervention de la France dans la guerre. Les protocoles de Paris (21-27 mai), qui d�coulent de ces n�gociations, ne seront pourtant jamais ratifi�s. Pour les Allemands, les atermoiements de l�amiral et l�opposition syst�matique du g�n�ral Weygand � toute inclusion de l�Afrique du Nord dans le conflit manifestent la mauvaise volont� du gouvernement de Vichy avec P�tain, qui vient cependant de sacrifier Weygand. G�ring le prend de haut � Saint-Florentin en Bourgogne (1er d�c.</p><p>1941) : � Monsieur le Mar�chal, je voudrais bien savoir qui est le vainqueur et le vaincu</p><p>ici ? �</p><p>D�s le retour de Laval au pouvoir (18 avr. 1942), la � collaboration � devient une exploitation intensive de la France par l�occupant. Laval, l�� homme de la collaboration �, vilipend� par les ultras de zone occup�e, qui l�accusent de faiblesse, va au-devant des d�sirs des Allemands pour pouvoir n�gocier et tenter de regagner ce qu�il vient de c�der. Deux faits marquent l�alignement progressif de Vichy sur l�Allemagne : d�une part, l�acc�l�ration des pr�l�vements de main-d�oeuvre (� rel�ve �</p><p>des prisonniers, S. T. O.) [c�est � l�occasion de la rel�ve que Laval d�clare � souhaiter la victoire de l�Allemagne � pour �viter le bolchevisme (22 juin 1942)] ; d�autre part, la cr�ation de la Milice (janv. 1943), police suppl�tive de la Gestapo.</p><p>Lorsque, le 11 novembre 1942, la zone libre dispara�t, le gouvernement de Vichy n�est plus que l�ombre de lui-m�me. Le ma-r�chal, soucieux de ne pas abandonner les Fran�ais, n�a pas voulu gagner l�Afrique du Nord, o� Darlan signe sans son accord la reddition des territoires aux Anglo-Saxons.</p><p>Occasion perdue qui e�t clarifi� la situation. En fait, jamais la collaboration ne fut payante pour Vichy. Elle n�att�nua en rien les exactions et les crimes nazis. Ce fut le principal grief contre les serviteurs du r�-</p><p>gime lors de la Lib�ration. En condamnant Philippe P�tain, la Haute Cour de justice condamnait une politique que la majorit� des Fran�ais r�prouvait, quelles qu�aient �t� les restrictions mentales qu�il apport�t � son application.</p><p>P. M.</p><p>F Guerre mondiale (Seconde) / P�tain / R�sistance.</p><p>&amp; Y. Bouthillier, le Drame de Vichy (Plon, 1950-51 ; 2 vol.). / R. Aron, Histoire de Vichy (Fayard, 1954). / A. D. Hytier, Two Years of French Foreign-Policy, Vichy, 1940-1942 (Droz, Gen�ve, 1959). / G. Willard, De Munich � Vichy.</p><p>La dr�le de guerre (�d. sociales, 1960 ; 2e �d., 1969). / H. Amouroux, la Vie des Fran�ais sous l�occupation (Fayard, 1961). / H. Michel, Vichy, ann�e 40 (Laffont, 1966) ; la Seconde Guerre mondiale (P. U. F., 1968-69 ; 2 vol.) ; P�tain, Laval, Darlan, trois politiques (Flammarion, 1972). / E. Berl, la Fin de la IIIe R�publique.</p><p>10 juillet 1940 (Gallimard, 1968). / A. S. Mi-lward, The New Order and the French Economy</p><p>(Oxford, 1970). / R. O. Paxton, Vichy France : Old Guard and New Order, 1940-1944 (Westminster, Maryland, 1972 ; trad. fr. la France de Vichy, �d. du Seuil, 1973). / Le Gouvernement de Vichy, 1940-1942. Institutions et politiques (A. Colin, 1972). / De la guerre � la Lib�ration.</p><p>La France de 1939 � 1945 (�d. sociales, 1972).</p><p>/ G. Miller, les Pousse-au-jouir du mar�chal P�tain (�d. du Seuil, 1975).</p><p>Chronologie du</p><p>gouvernement de Vichy</p><p>1940</p><p>22 juin Armistice franco-allemand de Rethondes.</p><p>1er juillet Le gouvernement s�installe � Vichy.</p><p>3 juillet Mers el-K�bir.</p><p>10 juillet L�Assembl�e nationale d�l�gue les pleins pouvoirs au mar�chal P�tain.</p><p>11 juillet Trois � actes constitutionnels �</p><p>(promulgu�s au Journal officiel du 12 juill.) fondent l��tat fran�ais.</p><p>12 juillet Acte constitutionnel no 4 (promulgu� au Journal officiel du 23 juill.) d�signant Laval comme successeur de P�tain.</p><p>MINIST�RE LAVAL</p><p>17 juillet Loi qui permet d��purer les personnels civils et militaires de l��tat.</p><p>30 juillet Cr�ation des � Chantiers de jeunesse � (g�n�ral Paul de La Porte du Theil).</p><p>Acte constitutionnel no 5 instituant la</p><p>� Cour supr�me de justice � de Riom.</p><p>13 ao�t Interdiction l�gale de la franc-ma�onnerie.</p><p>16 ao�t Cr�ation des comit�s</p><p>d�organisation.</p><p>29 ao�t Cr�ation de la � L�gion fran�aise des combattants � (fondateur Xavier Vallat).</p><p>3 septembre Loi sur l�internement administratif.</p><p>7 septembre Weygand, exclu de son poste de ministre de la D�fense nationale,</p><p>est nomm� d�l�gu� g�n�ral du gouvernement en Afrique.</p><p>3 octobre Statut des Juifs.</p><p>18 octobre Cession de l�or belge (confi� � la Banque de France aux premiers jours de l�invasion) � l�Allemagne. 24 octobreEntre-vue Hitler-P�tain � Montoire.</p><p>9 novembre Dissolution des syndicats ouvriers et patronaux.</p><p>1er d�cembre Acte constitutionnel no 6 permettant la d�ch�ance des parlementaires.</p><p>2 d�cembre Cr�ation de la � Corporation paysanne �.</p><p>13 d�cembre Renvoi de Pierre Laval.</p><p>14 d�cembre MINIST�RE P. �. FLANDIN</p><p>15 d�cembre Retour des cendres de l�� Ai-glon � � Paris.</p><p>1941</p><p>24 janvier Loi cr�ant un � Conseil national � (d�cret d�application : 22 mars 1941).</p><p>27 janvier Acte constitutionnel no 7 obligeant les hauts fonctionnaires au serment.</p><p>9 f�vrier D�mission de P. �. Flandin ; Darlan vice-pr�sident du Conseil et � dauphin � du mar�chal P�tain.</p><p>17 f�vrier MINIST�RE DARLAN</p><p>11 mars Loi am�ricaine du pr�t-bail.</p><p>1er mai F�te du Travail.</p><p>6 mai Accord Darlan-Vogl sur l�utilisation des a�rodromes syriens par la Luftwaffe.</p><p>27 mai � Protocoles � de Paris</p><p>(Darlan-Warlimont).</p><p>22 juin Entr�e en guerre de l�U. R. S. S.</p><p>11 juillet Cr�ation de la L�gion des volontaires fran�ais contre le bolchevisme (L. V. F.).</p><p>14 ao�t Actes constitutionnels nos 8 et 9 : l�obligation du serment est �tendue aux magistrats et aux officiers.</p><p>4 octobre Charte du travail.</p><p>21 et 22 octobre Ex�cution des otages de Nantes, Ch�teaubriant, Bordeaux et Paris.</p><p>18 novembre Weygand est rappel�</p><p>d�Afrique.</p><p>7 d�cembre Pearl Harbor. Entr�e en guerre des �tats-Unis.</p><p>1942</p><p>19 f�vrier - 14 avril Proc�s de Riom.</p><p>18 avril MINIST�RE LAVALDarlan devient commandant en chef des forces arm�es.</p><p>22 juin Discours de P. Laval sur la</p><p>� rel�ve � : � Je souhaite la victoire de l�Allemagne... �</p><p>16 juillet La � grande rafle � des Juifs.</p><p>11 ao�t Arriv�e � Compi�gne du premier train de prisonniers rapatri�s au titre de la rel�ve.</p><p>4 septembre Loi d�orientation de la main-d�oeuvre au service de l�Allemagne.</p><p>downloadModeText.vue.download 303 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11514</p><p>8 novembre D�barquement anglo-am�ricain en Afrique du Nord.</p><p>11 novembre Occupation de la zone libre par la Wehrmacht.</p><p>18 novembre L�Acte constitutionnel no 12</p><p>donne les pleins pouvoirs � Laval.</p><p>1943</p><p>30 janvier Cr�ation de la � Milice � (Joseph Darnand).</p><p>16 f�vrier Institution du Service du travail obligatoire (S. T. O.), cons�quence de l��chec de la rel�ve.</p><p>juillet-septembre D�barquement anglo-am�ricain en Sicile et en Italie. Chute du fascisme.</p><p>30 d�cembre Joseph Darnand et Philippe Henriot secr�taires d��tat.</p><p>1944</p><p>10 janvier Joseph Darnand responsable du maintien de l�ordre.</p><p>20 janvier Les r�sistants seront jug�s par des cours martiales.</p><p>30 janvier Projet de constitution de la R�-</p><p>publique fran�aise, sign� par P�tain.</p><p>16 mars Marcel D�at secr�taire d��tat au Travail.</p><p>mars Action milicienne contre le plateau des Gli�res (Savoie) et assaut de trois bataillons de la Wehrmacht (26-27 mars).</p><p>6 juin D�barquement anglo-am�ricain en Normandie.</p><p>28 juin Philippe Henriot est tu�.</p><p>12 juillet Dernier Conseil des ministres � Vichy.</p><p>12 ao�t Laval lib�re �douard Herriot.</p><p>18 ao�t Fin du gouvernement de Vichy.</p><p>20 ao�t Enl�vement de P�tain par les Allemands.</p><p>24 ao�t Lib�ration de Paris.</p><p>8-9 septembre P�tain et Laval en Allemagne, � Sigmaringen.</p><p>10 septembre Abolition de la l�gislation de Vichy.</p><p>Vico</p><p>(Giambattista)</p><p>Philosophe et �crivain italien (Naples 1668 - id. 1744).</p><p>Les tr�s modestes origines de Vico n�ont pas peu contribu� � son � isolement �, aussi bien social qu�id�ologique. Son p�re, lui-m�me d�origine paysanne, tenait une mis�rable librairie, et sa m�re �tait la fille d�un ouvrier carrossier. Sa formation intellectuelle fut essentiellement celle d�un autodidacte. Sa scolarit� est caract�ris�e par</p><p>d��ph�m�res enthousiasmes pour tel ou tel de ses ma�tres, suivis de longues p�-</p><p>riodes de d�fiance (pendant lesquelles il abandonne l��cole purement et simplement) � l��gard de leurs m�thodes p�dagogiques. C�est ainsi qu�en 1681, d�s qu�il a compris qu�il faut � r�p�ter pendant le second semestre ce qu�on a d�j� fait au cours du premier �, il d�serte la deuxi�me classe de � grammaire � des J�suites pour se consacrer, tout seul, � l��tude de la logique. Moins de deux ans plus tard, s�duit par une conf�rence acad�mique � laquelle il a assist� par hasard, il se remet � suivre les cours du p�re j�suite Giuseppe Ricci da Lecce : mais, bient�t lass� par la lenteur de ses arguties m�taphysiques, il pr�f�re aborder seul la lecture de Francisco Su�rez (1548-1617). Il en fut de m�me de ses �tudes de droit, fruit presque exclusif de lectures personnelles, si l�on excepte les deux mois de cours que, pendant l��t� 1685, Vico suivit aupr�s d�un voisin, le chanoine Francesco Verde.</p><p>Dans son Autobiografia, compos�e</p><p>� cinquante-sept ans (en 1725), Vico lui-m�me a mis l�insubordination intellectuelle de ses jeunes ann�es sur le compte de la fracture du cr�ne dont il fut victime � l��ge de sept ans et qui le condamnait, selon le diagnostic de son � chirurgien �, � � mourir ou � survivre imb�cile �. C�est � cet accident, au contraire, que Vico fait remonter la</p><p>� m�lancolie � et la vivacit� d�esprit qui le rendaient rebelle aux lenteurs de la p�dagogie de l��poque.</p><p>L�asile le plus propice � la passion de la lecture fut sans doute pour le jeune Vico la riche et paisible demeure de Domenico Rocca, � Vatolla (dans le Cilento), o� il fut engag� comme pr�cepteur de 1686 � 1695. Il d�vore alors, entre autres auteurs, Tacite, saint Augustin, Aristote, Platon et les n�o-platoniciens de la Renaissance (en particulier Ficin et Pic de La Mirandole), Duns Scot, G. Botero, J. Bodin ainsi que Dante, P�trarque, Boccace, Virgile, Horace et Cic�ron. Les �l�ments d�Euclide, la physique de Descartes et celle de Boyle le d�lassent � l�occasion de ses � s�v�res m�ditations � m�taphysiques. Dans son Autobiographie, il se reproche �galement d�avoir alors</p><p>c�d� � la mode en taquinant la muse (il ne nous est rest� aucune de ses compositions po�tiques de cette p�riode).</p><p>De retour � Naples en 1695, dans</p><p>la mis�rable maison maternelle, Vico ne conna�tra plus jusqu�� sa mort que difficult�s financi�res et familiales.</p><p>Une sant� chancelante (s�quelles de tuberculose), huit enfants � nourrir, dont le � vacarme � menace sans cesse la � forteresse � de sa table de travail, les servitudes d�une carri�re universitaire insuffisamment r�tribu�e et mille autres travaux alimentaires au rendement non moins douteux, rien ne d�courage l�esp�ce d�inconscience h�-</p><p>ro�que que met Vico � poursuivre une oeuvre monumentale dont l��rudition suppose un travail de documentation quasi infini (et dont la publication, le plus souvent � compte d�auteur, ne fait qu�ajouter � son inextricable g�ne).</p><p>Ce double processus d�ali�nation � la famille et � l�Universit� commence pour Vico en 1699. La m�me ann�e, il �pouse Teresa Caterina Destito, jeune voisine aussi pauvre que lui et analphab�te, et il obtient (de justesse, sur concours) la chaire d��loquence de l�universit� de Naples.</p><p>� l�ouverture de chaque ann�e aca-d�mique, il est charg� de prononcer une � Orazione inaugurale �. Il en composera sept, dont la plus importante est la derni�re, celle de 1708 (publi�e en 1709) : De nostri temporis studiorum ratione. Il publie en 1710 De antiquissima italorum sapientia ex linguae lati-nae originibus eruenda, qu�il d�fend en 1711 et 1712 (Risposta et Seconda Risposta) contre les critiques anonymes parues dans le Giornale de� letterati de 1711. De 1714 � 1716, sur commande, il travaille de nuit � la r�daction du De rebus gestis Antonii Caraphaei, biographie du mar�chal Antonio Carafa.</p><p>En 1720 para�t Il Diritto universale, qui peut � bien des �gards �tre consid�r� comme une premi�re �bauche du futur chef-d�oeuvre, la Scienza nuova, auquel Vico se consacre d�s 1723, apr�s s��tre vu refuser la chaire de droit romain de l�universit� de Naples, � laquelle de croissantes difficult�s ma-t�rielles l�avaient mis dans la n�cessit� d�aspirer.</p><p>La premi�re r�daction (actuellement disparue) de la Scienza nuova ne put �tre publi�e, faute de financement. Le texte, remani�, parut en 1725 : Principi di una scienza nuova intorno alla natura delle nazioni, version commun�ment d�sign�e sous le titre abr�g� de Scienza nuova prima. � travers une premi�re s�rie de notes (Annota-zioni, compos�es en 1728, aujourd�hui perdues), Vico commence � refondre son oeuvre, qu�il r��crit enti�rement en 1730 : ce sont les Cinque libri di G. Vico de� principi d�una scienza nuova intorno alla natura delle nazioni, autrement dits Scienza nuova seconda.</p><p>D�s 1731, et sans interruption jusqu�� sa mort, Vico accumule corrections et ajouts destin�s � �tre incorpor�s dans la Scienza nuova terza, publi�e (posthume, � quelques mois pr�s) en 1744.</p><p>L�Autobiografia,�r�dig�e en 1725, est augment�e d�une Aggiunta alla Autobiografia en 1731.</p><p>Au seuil du Si�cle des lumi�res, la</p><p>� science nouvelle � pr�conis�e par Vico a pu passer pour un vaste projet obscurantiste et r�actionnaire : Vico y r�cuse en effet tous les principes qui, de Galil�e � Descartes, avaient fait la f�condit� de la science moderne, en particulier celui d�une investigation math�matique des lois de la nature. Et, lorsqu�il s�en prend au cogito cart�sien ou au concept galil�en d�un monde</p><p>� �crit en caract�res g�om�triques �, downloadModeText.vue.download 304 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11515</p><p>c�est au nom d�arguments religieux qui paraissent emprunt�s, tels quels, � toute une tradition antiscientifique issue de la Contre-R�forme. Cet ana-chronisme de la pens�e de Vico, voire sa singuli�re conformit� aux instances les plus r�actionnaires de la pens�e de son temps, a longtemps frein� la diffusion de son oeuvre et retard� son intelligence. Il a fallu attendre Michelet et Auguste Comte pour que, non sans de nouveaux malentendus, soit reconnue l�importance de sa th�orie et de sa philosophie de l�histoire, et ce n�est qu��</p><p>la lumi�re de la linguistique et de l�anthropologie structurales qu�est apparue toute l�originalit� de sa conception du langage qui, de Joyce* aux th�oriciens du groupe � Tel Quel �, a �galement influenc� la pratique et la r�flexion</p><p>� scripturales � des avant-gardes contemporaines.</p><p>La pol�mique anticart�sienne de</p><p>Vico s�exprime d�s ses premi�res</p><p>� oraisons � latines des ann�es 1699-1706, et plus particuli�rement dans celle de 1708, De nostri temporis studiorum ratione, o� il pr�ne, contre Descartes*, la m�thode empiriste et inductive de Bacon*. Dans le De antiquissima sapientia..., la critique du cogito s�appuie sur une premi�re �bauche de la th�orie (encore r�duite ici � une simple intuition philologique) dite du verum-factum, qui sera d�velopp�e dans la Scienza nuova : all�guant qu�en latin verum et factum sont dans un rapport d��quivalence et de synony-mie, Vico admet que le cogito puisse fonder une conscience de l��tre, mais nullement une science, car, le mod�le de toute science �tant l�intelligentia divine (oppos�e � la cogitatio humaine), il n�est de science que du � faire �</p><p>(production ou cr�ation). L�homme peut acc�der � une science math�matique dans la mesure o� les concepts math�matiques sont une pure cr�ation de l�esprit humain, mais la science de la nature est le privil�ge exclusif du cr�ateur.</p><p>Pendant les ann�es qui vont du De antiquissima... au Diritto universale et jusqu�� la fin de sa vie, d�laissant les pseudo-sciences de la nature, Vico s�appliquera d�sormais presque exclusivement � l��tude du droit et de l�histoire, et l�histoire finira par lui appara�tre comme la seule science humaine possible (l�histoire � dont la science est accessible aux hommes, parce qu�elle est l�oeuvre des hommes �). L�unique restriction apport�e � ce concept d�histoire tient � la distinction entre histoire profane et histoire � sacr�e � ; celle-ci � l�histoire du peuple �lu �, �tant du seul ressort de Dieu, �chappe � tout autre entendement que le sien.</p><p>Contrairement � la th�orie, illus-tr�e dans le De antiquissima..., selon</p><p>laquelle l�histoire ne serait qu�un long proc�s de d�t�rioration et de perversion d�une sagesse primitive (repr�sent�e en l�occurrence par la civilisation pr�-</p><p>pythagoricienne � synth�se d�apports �gyptiens, ioniens et �trusques �, qui serait � l�origine de la culture ita-lique), dans la Scienza nuova, Vico expose une conception cyclique de l�histoire de l�humanit�. L��volution des peuples ob�it au m�me rythme</p><p>ternaire que celle de l�esprit humain : � l��ge de la � bestialit� �, faite de pures impressions sans conscience, succ�dent l�� enfance �, caract�ris�e par une conscience troubl�e par l�imagination, et la r�flexion pure de l��ge adulte. L�� �ge des dieux �, l�� �ge des h�ros � et l�� �ge des hommes �</p><p>correspondent, dans l�histoire des civilisations, aux stades de la sensation, de l�imagination et de la raison dans le proc�s �volutif de tout �tre humain.</p><p>La principale originalit� de Vico historien (et philosophe de l�histoire) r�side dans la m�thode d�interpr�tation (et de reconstitution) qu�il applique � la</p><p>� bestialit� � de l�humanit� primitive.</p><p>Apr�s avoir affirm� qu�on ne saurait appr�hender cette � bestialit� � � l�aide d�instruments purement rationnels, Vico entreprend de d�gager la sp�-</p><p>cificit� du � savoir po�tique � qui la constitue. Cette science nouvelle, proprement mythologique, n�a que faire des sources (annalistiques, philosophiques, litt�raires) auxquelles puise l�histoire traditionnelle, dans la mesure o� le � savoir po�tique � d�une civilisation n�est pas le savoir d�une �lite intellectuelle, mais celui d�une collectivit�, et, plus encore qu�� travers quelques textes d�exception, il s�exprime � travers des institutions, des rites, des coutumes, des monuments, bref, � travers toute la complexit� mat�rielle d�une culture, que seules l�arch�ologie et l�� �tymologie � (r�unies par Vico sous le concept commun de � philologie �) sont en mesure de d�chiffrer.</p><p>La th�orie du langage �labor�e par Vico d�rive directement de sa m�ditation sur le mythe. � l�oppos� de toute la r�flexion qui, culminant dans les po�tiques baroques, voyait dans la m�taphore le comble de l�artifice et de l��laboration intellectuels, Vico r�af-</p><p>firme fortement l�origine m�taphorique du langage. Bien plus, de m�me que la repr�sentation hi�roglyphique pr�c�de la convention alphab�tique, le langage muet � par gestes ou par corps ayant des rapports naturels avec les id�es qu�ils voulaient signifier � est ant�-</p><p>rieur � l�articulation phon�tique de la langue.</p><p>C�est sans doute cette m�ditation �rudite sur les �critures non phon�tiques qui conf�re aujourd�hui � l�oeuvre de Vico sa plus grande actualit� ; plus encore que les pages (auxquelles B. Croce doit tant) o� Vico fonde l�esth�tique moderne en affirmant l�autonomie du � savoir po�-</p><p>tique � par rapport � la connaissance philosophique ; ou que sa c�l�bre th�orie des � ricorsi � selon laquelle, au terme de chaque cycle historique, la</p><p>� raison � est menac�e de d�cadence et vou�e � une nouvelle � barbarie �.</p><p>J.-M. G.</p><p>&amp; B. Croce, Saggio sullo Hegel (Bari, 1913 ; 4e �d., 1948). / B. Donati, Nuovi studi sulla filosofia civile di G. B. Vico (Florence, 1936).</p><p>/ M. Fubini, Stile e umanit� di G�ambattista Vico (Bari, 1946). / F. Niccolini, Saggi vichiani (Naples, 1955). / A. Corsano, G�ambattista Vico (Bari, 1956). / B. De Giovanni, Filosofia e diritto in Francisco d�Andrea : contributo alla storia del previchismo (Milan, 1958). / N. Badaloni, In-troduzione a G. B. Vico (Milan, 1961). / E. Garin, Storia della filosofia italiana (Turin, 1966 ; 3 vol.). / J. Chaix-Ruy, Jean-Baptiste Vico et l�illuminisme ath�e (Del Duca, 1968). / P. Rossi,</p><p>� G. B. Vico � dans Storia della letteratura italiana, vol. VI : Il Settecento (Milan, 1968).</p><p>downloadModeText.vue.download 305 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 306 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11517</p><p>Victor-</p><p>Emmanuel II</p><p>(Turin 1820 - Rome 1878), roi de Sardaigne de 1849 � 1861, puis d�Italie de 1861 � 1878.</p><p>Fils de Charles-Albert, il devient roi lors de l�abdication de son p�re, cons�-</p><p>cutive au d�sastre de Novare (23 mars</p><p>1849). Il accepte l�armistice autrichien qui aboutit en ao�t au trait� de Milan par lequel le Pi�mont renonce � tout agrandissement territorial et � tout soutien au mouvement r�volutionnaire italien. Avec sa � face camuse de Sil�ne �</p><p>que barrent d��normes moustaches, Victor-Emmanuel II, � vingt-neuf ans, semble peu fait pour la politique ; il songe surtout � la guerre, � la chasse et � l�amour. Ce qui explique l�importance prise, au cours de son r�gne, par les ministres.</p><p>Si, au d�but, Victor-Emmanuel fait mine de combattre les lib�raux, il se d�barrasse tr�s vite du Premier ministre, Claudio Gabriele De Launay (1786-1850), pour confier le gouvernement � un ancien giobertiste ralli� � l�id�e d�une unification de l�Italie par la maison de Savoie : Massimo d�Azeglio (1798-1866), qui pratique une politique r�formiste et la�que mal vue par Rome et par l��piscopat. Le 4 novembre 1852, d�Azeglio est remplac� par son ministre de l�Agriculture puis des Finances Camille Benso, comte de Cavour*, qui, outre la pr�sidence du Conseil, assume les Finances. Bien que n�aimant pas Cavour, Victor-Emmanuel va constamment s�appuyer</p><p>sur lui, qui, � son tour, renforcera le prestige de la maison de Savoie dans l�opinion italienne au point que celle-ci finira par voir dans le � roi galant homme �, brave, loyal et simple, le seul homme capable de d�barrasser l�Italie des Autrichiens et de r�aliser l�unit� territoriale.</p><p>Tout en animant et consolidant</p><p>le r�gime lib�ral dans le royaume de Pi�mont-Sardaigne, Cavour multiplie avec la France de Napol�on III les liens qui aboutiront � une alliance offensive.</p><p>Le Pi�mont participe � la guerre de Crim�e (1854-55), et Cavour obtient que la question italienne soit soulev�e lors du congr�s de Paris (1856). Le 21 juillet 1858, c�est l�entrevue de Plombi�res et, bient�t, la campagne d�Italie* (avr.-</p><p>juill. 1859), brusquement termin�e par la volont� de Napol�on III.</p><p>Contraint et forc�, Victor-Emmanuel adh�re aux pr�liminaires de Villafranca (12 juill.), pr�lude au trait� de Zurich (10 nov.), qui donne la Lombardie au</p><p>Pi�mont. Cavour, indign�, d�sesp�r�, a tout de suite d�missionn�. Mais, rentr� � Turin en ao�t, le populaire ministre rassemble les forces politiques favorables � la poursuite de l�unit� ; le 20 janvier 1860, le roi le rappelle au gouvernement, Cavour assurant la pr�-</p><p>sidence du Conseil tout en �tant responsable de l�Int�rieur et des Affaires �trang�res. D�s les 18 et 22 mars, apr�s des pl�biscites organis�s pour complaire � Napol�on III, l�annexion de l��milie (avec les anciens duch�s de Parme et de Mod�ne) et celle de la Toscane au Pi�mont sont prononc�es par d�cret royal. Il est vrai que ces gains sont suivis de la cession de la Savoie et du comt� de Nice � la France (mars-avr. 1860), cession pr�vue par les pr�-</p><p>liminaires de Villafranca.</p><p>La phase suivante de la poursuite de l�unit� est plus trouble, car elle met en avant un personnage difficile � manier, Garibaldi*, dont les exploits, accomplis avec ses � Mille � � et notamment la conqu�te des Deux-Siciles (juill.-sept. 1860) �, servent de pr�-</p><p>texte � Victor-Emmanuel et � Cavour pour occuper les Marches et l�Ombrie (sept.-oct. 1860). Le 26 octobre 1861, Garibaldi rencontre Victor-Emmanuel � Teano (prov. de Caserte) et le salue du titre de � roi d�Italie �. Le 14 mars 1861, apr�s que des pl�biscites ont donn� partout des majorit�s �crasantes � l�Union, le royaume de Sardaigne est officiellement �rig� en royaume d�Italie. Il ne reste plus � r�unir que Rome, la V�n�tie, Trieste, le Trentin.</p><p>Le 6 juin 1861, la mort de Cavour prive Victor-Emmanuel II d�un ministre exceptionnel. Or, le roi va devoir faire face � des moments difficiles, notamment en 1864 lorsque la France, pour retirer ses troupes d�Italie, exige le transfert de la capitale de Turin � Florence. Une redoutable �meute �</p><p>heureusement sans lendemain � �clate alors � Turin, abandonn� pour Florence en 1865. Il est vrai que les successeurs de Cavour � Bettino Ricasoli (1809-1880), dit LE BARON DE FER, Urbano Rattazzi (1808-1873), Giovanni Lanza (1810-1882) �, qui appartiennent � la</p><p>� droite historique �, sont beaucoup plus m�fiants � l��gard des d�mocrates et aussi des Italiens non pi�montais.</p><p>C�est pourquoi Victor-Emmanuel ne</p><p>devient pas Victor-Emmanuel Ier, roi d�Italie, mais continue � porter le nu-m�ro II, qui marque sa place dans la liste des rois de Sardaigne.</p><p>Les Pi�montais au pouvoir main-</p><p>tiennent jusqu�en 1865 la capitale du royaume � Turin � ville tr�s excentrique � et se contentent d��tendre � toute la p�ninsule les institutions et l�organisation administrative du Pi�-</p><p>mont-Sardaigne, la d�mocratie se heurtant en fait � l�ignorance et � l�apathie des masses et aussi � une ploutocratie favoris�e par un r�gime �lectoral censitaire et capacitaire. Cette politique centralisatrice provoque des m�contentements qui s�ajoutent aux troubles sociaux du Midi et favorise le d�veloppement de l�anarchisme, du socialisme et des soci�t�s secr�tes (camorra dans la r�gion de Naples, Mafia en Sicile).</p><p>Mais c�est la Question romaine qui p�se le plus lourdement sur le jeune royaume, lequel, enrichi de la V�n�-</p><p>tie � annex�e en 1866 � la suite de la guerre italo-prussienne contre l�Autriche �, finit par avoir Rome pour capitale : le 20 septembre 1870, les troupes sardes ont raison de la r�sistance des troupes pontificales ; le 2 octobre, un pl�biscite a lieu qui aboutit � l�annexion � l�Italie de l��tat pontifical ; le 23 d�cembre, une loi approuve le transfert de la capitale de Florence � Rome ; le 2 juillet 1871, Victor-Emmanuel II s�installe d�finitivement au Quirinal, apr�s le vote de la loi des garanties. Celle-ci codifie en fait le principe de � l��glise libre dans l��tat libre �, formul� par Cavour dans un esprit de tr�s grand respect pour la personne et la libert� du pape et pour l�autorit� eccl�-</p><p>siastique. Pie IX refuse n�anmoins de la ratifier et devient volontairement le</p><p>� prisonnier du Vatican �. En fait, des rapports officieux s��tabliront entre le Vatican et le Quirinal. La cons�quence la plus grave de l�attitude du pape est le veto qui enjoint aux catholiques italiens de rester �trangers aux �lections.</p><p>Ce qui faussera durant plus de trente ans les donn�es de la vie politique italienne.</p><p>De 1870 � 1876 se maintient au</p><p>pouvoir la � droite historique � (cabinet G. Lanza de 1869 � 1873, puis</p><p>Marco Minghetti [1818-1886] de 1873</p><p>� 1876), qui se heurte � la m�diocrit� de l��conomie italienne, au f�odalisme et � l�anarchie du Mezzogiorno, � la naissance du socialisme. En 1876, une gauche anticl�ricale, o� dominent maz-ziniens et garibaldiens, s�installe au pouvoir avec Agostino Depretis (1813-1887), un des chefs des � Mille �.</p><p>Le 9 janvier 1878 (un mois avant</p><p>Pie IX), Victor-Emmanuel II meurt soudainement, pleur� par son peuple, qui admirait en lui sa parfaite loyaut� de souverain constitutionnel, sa bravoure, sa simplicit� d�accueil, son attachement profond � l�Italie et aux Italiens.</p><p>P. P. et M. V.</p><p>F Cavour / �tats de l��glise / Italie / Risorgimento / Savoie.</p><p>&amp; V. Bersezio, Il regno di Vittorio-Emanuele II (Turin, 1878-1895 ; 8 vol.) / F. Ruffini, Vittorio-Emanuele II (Milan, 1918). / P. M. Arcari, Le elaborazioni della dottrina politica nazionale fra l�Unit� e l�Intervento, 1870-1914 (Florence, 1934-1939 ; 3 vol.). / J. Godechot et M. Vaussard, Histoire de l�Italie moderne (Hachette, 1972 ; 2 vol.).</p><p>Victor-</p><p>Emmanuel III</p><p>(Naples 1869 - Alexandrie, �gypte, 1947), roi d�Italie de 1900 � 1946.</p><p>Un anarchiste italien, Gaetano</p><p>Bresci, ayant assassin� � Monza le roi Humbert Ier (29 juill. 1900), c�est le fils de ce dernier et de Marguerite de Savoie, Victor-Emmanuel III, prince de Naples, qui monte sur le tr�ne.</p><p>Le jeune roi, petit de taille, est assez effac� ; amoureux de la campagne, numismate passionn�, il a �pous�, en 1896, H�l�ne de Mont�n�gro, qui lui donnera deux enfants.</p><p>En 1900, l�Italie traverse une crise de croissance qu�aggrave une crise �conomique et sociale end�mique. Le temps semble r�volu de l�arbitraire de la � droite historique � ou du jacobi-nisme anticl�rical si longtemps incarn� en Francesco Crispi*. Pr�sident du Conseil de f�vrier 1901 � octobre 1903,</p><p>Giuseppe Zanardelli (1826-1903), le plus marquant des parlementaires de gauche, prend Giovanni Giolitti*</p><p>comme ministre de l�Int�rieur et Giulio Prinetti aux Affaires �trang�res. Tandis que Giolitti applique son programme de prosp�rit� �conomique � auquel r�-</p><p>plique une �pid�mie de gr�ves en 1904</p><p>�, Prinetti travaille au rapprochement avec la France (accords Prinetti-Del-cass� [nov. 1902] d�limitant la sph�re d�influence des deux puissances en Afrique du Nord, voyage du roi � Paris en 1903).</p><p>Apr�s la mort de Zanardelli (1903), Giolitti acc�de � la pr�sidence du Conseil : il restera au pouvoir pratiquement jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale (1903-1905, 1906-1909,</p><p>1911-1914). Cette p�rennit� assure � l�Italie une politique continue : forte l�gislation sociale et assimilation du socialisme, instauration du suffrage presque universel, conversion de la rente, essor �conomique, entr�e sur la sc�ne politique des catholiques, rap-downloadModeText.vue.download 307 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11518</p><p>prochement constant avec la France, la Russie et la Grande-Bretagne malgr� le renouvellement de la Triple-Alliance (1912), annexion de la Libye lors du trait� d�Ouchy-Lausanne (oct. 1912)</p><p>[v. Empire colonial italien]. Il est vrai qu�en m�me temps les probl�mes sociaux (gr�ve g�n�rale en 1904, d�-</p><p>tresse du Midi, �migration en masse) se posent sans cesse et avec acuit� dans ce pays surpeupl�, en voie de d�veloppement et tiraill� entre un Nord riche et un Sud pauvre.</p><p>De 1915 � 1918, l�Italie est en</p><p>guerre. Victor-Emmanuel III rend � la dynastie sa popularit� en s��tablissant pr�s du front de bataille et en confiant la r�gence � son oncle Thomas, duc de G�nes. � la fin de la Premi�re Guerre*</p><p>mondiale, l�Italie r�cup�re les provinces irr�dentes (Trentin, Trieste), mais se trouve terriblement affaiblie.</p><p>D�autre part, le mythe bolcheviste dans les masses pauvres, un nationalisme exacerb� jusqu�� l�absurde dans</p><p>les classes dirigeantes vont d�sormais fausser la vie politique et faire peser sur l�Italie la menace de l�aventure et de la guerre civile. Il est vrai qu�un parti nouveau, �loign� des extr�mes, le parti populaire italien (Partito popolare italiano), en organisant politiquement les masses catholiques, joue � partir de 1919 un r�le axial de premi�re importance.</p><p>Sceptique et froid, s�en tenant � son r�le constitutionnel, Victor-Emmanuel III rappelle Giolitti au gouvernement (juin 1920) : celui-ci s�efforce de restaurer le cr�dit public et le prestige du Parlement, �branl� par le manque de toute activit� l�gislative ; il propose des mesures draconiennes pour enrayer l�inflation, mais l�ensemble de ces mesures exasp�re les masses ouvri�res, favorisant, en retour, le d�veloppement du mouvement fasciste. La Chambre dissoute, les �lections de mai 1921 ne provoquent pas le choc attendu par Giolitti, qui d�missionne d�s le 23 juin.</p><p>L�Italie est alors livr�e � l�aventure fasciste (v. fascisme). Car Victor-Emmanuel III est incapable de tenir une position d�arbitre qui ne convient ni � son temp�rament ni � l�impatience des fascistes. Press� de r�gler les diff�rends entre ceux-ci et une opposition renforc�e � la suite du meurtre de Giacomo Matteotti (10 juin 1924), le roi refuse de prendre connaissance des preuves de la connivence de Benito Mussolini*, Premier ministre depuis le 29 octobre 1922, avec les tueurs. Et c�est, le 3 janvier 1925, le fameux discours du Duce, qui revendique la pl�-</p><p>nitude du pouvoir avec son seul parti.</p><p>Le roi garde la confiance de l�arm�e et une autorit� souveraine th�oriquement indiscut�e, mais pratiquement r�duite � rien. Sa proclamation comme empereur d��thiopie (1936) et roi d�Albanie (1939) ne change pas cet �tat de choses.</p><p>Il faut attendre les humiliations de la Seconde Guerre mondiale pour voir enfin Victor-Emmanuel III faire preuve de l�esprit de d�cision et de responsabilit� qui lui a manqu� en 1925. Le 25 juillet 1943 a lieu � Rome un</p><p>v�ritable coup d��tat royal qui aboutit � l�arrestation de Mussolini et � la</p><p>formation d�un minist�re pr�sid� par le mar�chal Badoglio*, tandis que le Grand Conseil fasciste d�cide la restitution, entre les mains du roi, de la pl�-</p><p>nitude des pouvoirs civils et militaires.</p><p>Mais, devant l�intervention alle-</p><p>mande (9 sept.), Victor-Emmanuel III doit fuir Rome et s�installer � Brindisi.</p><p>Vieilli et priv� d�un prestige que vingt ans de fascisme accept� ont us�, le roi nomme son fils, Humbert, prince de Pi�mont, lieutenant g�n�ral (5 juin 1944) en attendant d�abdiquer en sa faveur (9 mai 1946) et de partir pour l�exil, au lendemain du r�f�rendum du 2 juin qui consacre la fin de la monarchie italienne.</p><p>P. P. et M. V.</p><p>F Fascisme / Italie / Mussolini.</p><p>&amp; A. Grasselli Barni, Vittorio Emanuele III (Plaisance, 1922). / A. Robertson, Victor-Emmanuel III, King of Italy (Londres, 1925). /</p><p>G. Liuzzi, Vittorio Emanuele III (Turin, 1935). /</p><p>D. Bartoli, Vittorio Emanuele III (V�rone, 1946 ; trad. fr. Victor-Emmanuel III, S. F. E. L. T., 1946).</p><p>/ J. Godechot et M. Vaussard, Histoire de l�Italie moderne (Hachette, 1972 ; 2 vol.).</p><p>Victoria</p><p>�tat d�Australie ; 227 618 km 2 ; 3 546 000 hab. Capit. Melbourne.</p><p>L��tat</p><p>C�est l�un des plus petits du Commonwealth d�Australie : sa superficie repr�sente seulement 3 p. 100 de celle de l�ensemble du pays. Mais sa population est relativement dense (16 hab.</p><p>au km 2) et constitue 27 p. 100 de la population totale australienne. Les habitants du Victoria sont presque tous d�origine europ�enne : on compte � peine 5 000 aborig�nes m�tiss�s.</p><p>Pourtant, le peuplement par les Europ�ens a �t� tardif : c�est seulement apr�s 1830 que les premiers colons ont commenc� � s�installer dans la r�gion et, en 1838, il y avait seulement 3 511 Europ�ens et quelques</p><p>milliers d�aborig�nes. La colonisation a pris une grande ampleur lorsque de riches gisements d�or ont �t� d�couverts � Ballarat et � Bendigo (1851).</p><p>On comptait 236 000 Europ�ens en 1854. La mise en valeur agricole prend alors un grand essor, et Melbourne devient m�me pendant quelques ann�es la premi�re ville d�Australie, avant Sydney.</p><p>Depuis le d�but du XXe s., la population de l��tat continue � augmenter r�guli�rement gr�ce au cro�t naturel et � l�immigration. La natalit� a �t� ces derni�res ann�es d�environ 20 p. 1 000, alors que la mortalit� ne d�passait pas 9 p. 1 000. Durant la p�riode 1966-1971, le cro�t naturel a repr�sent� 202 000 habitants, auxquels se sont ajout�es 80 000 personnes dues au bilan migratoire positif. Les immigrants qui ont peupl� le Victoria sont venus non seulement des �les Britanniques, mais aussi de l�Europe m�diterran�enne (Italie, Gr�ce).</p><p>Les catholiques forment aujourd�hui 28 p. 100 de la population, contre 29 p. 100 pour les anglicans, 12 p. 100</p><p>pour les presbyt�riens et 9 p. 100 pour les m�thodistes.</p><p>La population est tr�s in�galement r�partie : la seule agglom�ration de Melbourne en regroupe plus des deux tiers (68 p. 100) ; les autres villes comptent au total 680 000 habitants : la population urbaine s��l�ve � pr�s de 88 p. 100 du total de l��tat. Ce d�s�quilibre se marque �galement par la structure socio-professionnelle : le secteur tertiaire (services, transports) occupe 59,7 p. 100 de la population active, le secondaire, 31,8 p. 100 et le primaire, 8,5 p. 100 seulement. Pourtant, le Victoria reste un grand pays agricole et produit 21 p. 100 du bl� et de la laine, 30 p. 100 de la viande, 54 p. 100 du lait de tout le Commonwealth australien.</p><p>Les r�gions</p><p>Trois grandes r�gions g�ographiques se partagent l��tat : la zone littorale, l�extr�mit� de la Cordill�re centrale (Highlands) et la partie m�ridionale du bassin du Murray.</p><p>La zone littorale est une des parties les mieux mises en valeur de toute l�Australie. � l�ouest de la baie de Port Phillip, au fond de laquelle s�est d�velopp�e Melbourne, s��tend une</p><p>basse plate-forme de roches volcaniques (basaltes) parsem�e de c�nes de scories et de lacs. La fertilit� du sol et le climat doux (hiver, 10,1 �C ; �t�, 19,3 �C) et humide (de 600 � 700 mm de pluies) ont favoris� le d�veloppement de l��levage, devenu de plus en plus intensif gr�ce � l�essor des l�gumineuses et � l�emploi des engrais chimiques : des exploitations relativement petites �l�vent des vaches laiti�res et des moutons crois�s pour la laine et la viande. La plaine est s�pa-r�e de la c�te par le petit massif de collines de gr�s jurassique d�Otway.</p><p>L�activit� de Portland est assez r�-</p><p>duite, et le principal d�bouch� de la r�gion est Geelong (115 000 hab.), situ�e sur la baie de Port Phillip et gros centre industriel satellite de Melbourne (aluminium, p�trole).</p><p>De l�autre c�t� de la baie de Port Phillip, on retrouve en bordure de la mer des reliefs form�s de roches jurassiques tr�s faill�es (collines du Gippsland) ou m�me de granite (cap Wilson, 741 m). Une longue d�pression (plaine du Gippsland) les s�pare de la Cordill�re. � l��levage des vaches laiti�res s�ajoute une activit� industrielle li�e � la pr�sence de gisements de lignite � Yallourn-Morwell (23 Mt) et � la pr�sence de p�trole et de gaz naturel, en particulier dans le d�troit de Bass, entre le Victoria et la Tasmanie ; des canalisations transportent le gaz vers Melbourne et le p�trole brut vers la nouvelle raffinerie B. P.</p><p>de Western Port, o� plusieurs autres entreprises sont en cours d�installation : proche de Port Phillip, cette baie tend � devenir une annexe industrielle de Melbourne.</p><p>Les Highlands repr�sentent l�extr�-</p><p>mit� de la Cordill�re australienne : la direction de la cha�ne, qui �tait N.-E. - S.-O. dans le sud de la Nouvelle-Galles, change progressivement pour devenir E.-O. L�altitude diminue �galement : alors que les Snowy Mountains d�passaient 2 000 m�tres en Nouvelle-Galles, les Highlands du Victoria atteignent rarement</p><p>1 500 m�tres, et, au-del� de la Kilmore Gap, qui permet de passer ais�ment des plaines littorales au bassin du Murray, les massifs (Grampians) n�atteignent</p><p>gu�re plus de 1 000 m�tres. Ces montagnes sont constitu�es de roches anciennes � tr�s vari�es : schistes, granites, roches volcaniques � qui ont �t� disloqu�es et soulev�es par de grands blocs au Tertiaire. Le relief est donc tr�s lourd et prend souvent un aspect de plateau. Les pr�cipitations sont tr�s abondantes (de 1 � 2 m de pr�cipitations, parfois sous forme neigeuse) et la montagne �tait jadis couverte par de magnifiques for�ts downloadModeText.vue.download 308 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11519</p><p>d�eucalyptus. Celles-ci ont �t� en partie remplac�es par des p�turages pour un �levage extensif du gros b�tail.</p><p>Dans les vall�es, en particulier dans celles de l�Ouest, des cultures vari�es (c�r�ales, pommes de terre, tomates...) et l��levage laitier prennent une forme assez intensive. Cette activit� rurale explique que la densit� de la population de cette partie occidentale soit beaucoup plus �lev�e que celle des Highlands de l�Est, presque d�serts ; Ballarat (60 000 hab.), sur la bordure m�ridionale, et Bendigo (46 000 hab.) au contact des plaines du Murray sont de gros centres commerciaux ; l�extraction de l�or ne joue plus qu�un r�le insignifiant.</p><p>Le Victoria s��tend jusqu�au Mur-</p><p>ray et poss�de donc la partie m�ridionale du bassin de ce grand fleuve.</p><p>� l�est et au sud, � proximit� de la Cordill�re, le climat est suffisamment arros� (500 mm environ) pour que de grandes exploitations puissent pratiquer une agriculture mixte bl�-�levage des moutons (plaines de Vimmera, de Wangaratta). Vers le nord-ouest, l�aridit� augmente (250 mm) et les sols deviennent sableux : un eucalyptus rabougri, le mallee, couvre d�immenses superficies ; des domaines de plusieurs milliers d�hectares pratiquent un �levage extensif des moutons ; l�eau est distribu�e par canalisations depuis les montagnes m�ridionales (Grampians). La grande richesse du bassin du Murray est l�irrigation : la plupart des 600 000 hectares irrigu�s du Victoria se trouvent dans cette r�-</p><p>gion. Des barrages ont �t� construits sur les rivi�res qui descendent de la Cordill�re (Murray, Goulburn), et de nouveaux progr�s ont �t� r�alis�s au cours des quinze derni�res ann�es gr�ce � l�am�nagement des Snowy</p><p>Mountains � la fois pour l�hydro-</p><p>�lectricit� et pour l�irrigation. Les p�rim�tres d�irrigation, en particulier autour de Shepparton, sont consacr�s � des cultures de l�gumes et de fruits (tomates, pommes de terre, vergers de poiriers, etc.) et surtout � un important �levage des vaches laiti�res aliment�es gr�ce aux luzerni�res. Plus en aval, dans le Nord-Ouest semi-aride, le pompage des eaux du Murray a permis l�essor de Mildura, o� les agrumes et les vignobles pour raisins secs fournissent le principal revenu des petites exploitations.</p><p>A. H. de L.</p><p>F Melbourne.</p><p>Victoria</p><p>(Tom�s Luis de)</p><p>Compositeur espagnol (�vila v. 1548 -</p><p>Madrid v. 1611).</p><p>Le nom du plus grand ma�tre du</p><p>siglo de oro espagnol �voque les hautes murailles ceignant sa ville natale, dont le nom, � son tour, rappelle la pr�sence de sainte Th�r�se. Ils ont grandi dans la m�me cit�, et peut-�tre se sont-ils connus. Dominant de ses tours un plateau d�nud� � plus de onze cents m�tres d�altitude, au coeur de la Castille, �vila est un haut lieu au sens fort du terme.</p><p>Rien de temporel, rien d�anecdotique dans ce site dont l��pre clart� pr�dispose � l�incandescence mystique, celle du musicien de l�Officium defunctorum et celle, de m�me essence, de la grande r�formatrice du Carmel, plus �g�e que Victoria d�une g�n�ration environ. La date de naissance de ce dernier n�est pas exactement connue, mais 1548</p><p>semble l�hypoth�se la plus probable.</p><p>L��pith�te d�Abulensis qui l�accompagna durant sa carri�re romaine ne laisse du moins aucun doute quant � sa ville natale. On ignore �galement tout de sa formation premi�re. Vers 1560, il semblerait qu�il ait eu pour ma�tre Bartolom� de Escobedo (� 1564), com-</p><p>positeur de S�govie. En tout cas, ses progr�s durent �tre rapides, puisque, en 1565, il re�ut du roi Philippe II une pension de 45 000 marav�dis, probablement � titre de bourse de voyage.</p><p>Sa vocation de musicien religieux bien affirm�e, il prend le chemin de Rome, o� il entre cette m�me ann�e au coll�ge germanique pour y poursuivre ses �tudes. En 1571, nous retrouvons Victoria en son cher coll�ge germanique, o� la pr�sence de grands polyphonistes flamands, tel Jacobus de Kerle (v. 1532-1591), lui est un stimulant exemple. Mais la rencontre d�cisive et d�terminante est celle de Palestrina*, dont deux des fils sont ses condisciples. L��l�ve ne tarde pas � �galer le ma�tre, plus �g� d�une bonne vingtaine d�ann�es, au point qu�on peut parler bient�t d�influence r�ciproque. Aussi prend-il la succession de Palestrina au s�minaire romain en 1573. Un premier recueil de motets �tait paru � Venise l�ann�e pr�c�dente. En 1575, il re�oit les ordres, cons�cration d�une vocation affirm�e depuis toujours. Dans la pr�face des Motecta de 1572, il d�clarait d�j� n�avoir � d�autre objet que la gloire de Dieu et l�int�r�t commun des hommes �. Sa vie de pr�tre est enti�rement consacr�e � Dieu, au point qu�il envisage un temps de renoncer � l�art.</p><p>Cependant, se rendant compte qu�il doit r�pondre du talent qu�il a re�u en partage, et que, par le truchement de la musique, il peut r�aliser sa vocation apostolique d�une mani�re privil�-</p><p>gi�e, il fait para�tre � Venise en 1576</p><p>le Liber primus qui Missas, Psalmos, Magnificat... complectitur. En 1579, le pape Gr�goire XIII assure d�finitivement sa s�curit� mat�rielle en lui octroyant deux b�n�fices en Espagne sans obligation de r�sidence. L�ann�e pr�c�dente, il est devenu chapelain de San Girolamo della Carit�, o� il vit en commun, durant cinq ans, avec saint Philippe Neri, grand passionn� de musique. Il y suit la r�gle des pr�tres de l�Oratoire, tout en faisant para�tre, tant � Rome qu�� Venise, plusieurs recueils importants de messes, d�hymnes et de motets, et en cr�ant son opus magnum, le sublime Officium hebdomadae sanctae, dont il est le premier musicien � avoir compos� dans son int�gralit� la liturgie. L�ann�e de la publication de ce chef-d�oeuvre, en 1585, Tom�s Luis</p><p>de Victoria quitte San Girolamo, et deux ans plus tard il retrouve sa patrie, pour la premi�re fois depuis vingt-deux ans.</p><p>Apr�s un dernier retour dans la Ville �ternelle, de 1592 � 1594, le temps de surveiller l��dition d�un nouveau livre de messes et de suivre le convoi fu-n�bre de son cher ma�tre Palestrina, il regagne l�Espagne pour toujours. Entr� au service de l�imp�ratrice Marie, soeur du roi Philippe II, veuve de Maximilien II en 1579, il sera son chapelain durant vingt-quatre ans. L�imp�ratrice se retire en 1582 dans un monast�re de franciscaines qu�elle avait elle-m�me fond�, le couvent des Descalzas Reales, ou � D�chauss�es-Royales �, � Madrid.</p><p>Victoria, de plus en plus assoiff� de retraite, d�humilit� et de vie contemplative, l�y suit, est nomm� chantre, puis organiste du couvent. Apr�s la mort de l�imp�ratrice, en 1603, il d�diera � sa m�moire son supr�me chef-d�oeuvre, l�Officium defunctorum, publi� dans une �dition somptueuse en 1605. L�humilit� profonde de notre musicien le rejette alors volontairement dans l�ombre. Il renonce � tout poste officiel � Rome ; seules les �ditions luxueuses de ses oeuvres r�v�lent ses riches protecteurs. Mais Victoria ne quitte plus gu�re son couvent, o� il continue � remplir les modestes fonctions d�organiste. L�effacement voulu de ces derni�res ann�es, obscures dans les deux sens du terme, rappelle la vieillesse de Manuel de Falla et explique aussi bien l�homme que son oeuvre. La date exacte de sa mort, qui se situe vraisemblablement en 1611, n�est pas connue avec certitude. L�Officium defunctorum, qu�il avait qualifi� lui-m�me de</p><p>� chant du cygne � dans la d�dicace, �tait demeur� son testament artistique et spirituel.</p><p>Les grands ma�tres espagnols ont</p><p>relativement peu �crit. Victoria ne fait point exception � la r�gle, et, bien qu�avec quelque 180 compositions il surpasse nettement tous ses compatriotes, son oeuvre ne saurait se comparer, quant � l��tendue, � celle d�un William Byrd (700 pi�ces), d�un Palestrina (1 millier) ou d�un Lassus (2 000). Et pourtant, le ma�tre d��vila prend rang � c�t� de ces trois noms</p><p>prestigieux comme l�un des plus grands g�nies de toute la musique !</p><p>Ce rang, c�est avant tout � la bouleversante intensit� de son message expressif qu�il le doit, � cette br�lante ferveur mystique jamais �gal�e et qui permet de le consid�rer plus comme un pr�tre s�exprimant en musique que comme un artiste de profession. Non point que la science du m�tier lui fasse d�faut : non seulement il n�ignore rien de la le�on de Palestrina et des grands Flamands, non plus que de son pr�d�cesseur espagnol Crist�bal de Morales (v. 1500-1553), mais il les devance fr�quemment dans la recherche d�un nouveau langage, plus color� et plus intense, annon�ant le si�cle suivant et l��re du style concertant. Mais chez lui, plus encore que chez les autres ma�tres espagnols, la science demeure l�humble servante de l�expression. La simplicit� et le naturel sont les imp�ratifs de cet art, qui se propose avant tout d��lever et d��mouvoir l��me de l�auditeur.</p><p>Dans toute sa production, on cherchera vainement la moindre pi�ce profane, et m�me le moindre th�me populaire. Toute son oeuvre est une longue pri�re, une m�ditation spirituelle passionn�e. Les th�mes eux-m�mes de ses motets et de ses messes sont tir�s du chant gr�gorien ou, tout particuli�rement, du vieux plain-chant mozarabe propre � l�Espagne wisigothique du temps des invasions arabes. Et pourtant, malgr� ce renoncement volontaire, que de couleur, que de fr�missant lyrisme, que d�intensit� dans les 21 messes de 4 � 12 voix, les 46 motets de 4 � 8 voix, les 35 hymnes, les 19 cantiques (18 Magnificat et 1 Nunc dimittis), les downloadModeText.vue.download 309 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11520</p><p>12 antiennes (dont 10 � la Vierge), les 7 psaumes de 6 � 12 voix, les 3 s�-</p><p>quences, les 2 cantiones sacrae, les Litanies � la Vierge, les Offices de la semaine sainte et des d�funts qui forment l�oeuvre de ce musicien de g�nie ! Dans ses derni�res oeuvres, les trois messes mariales (Salve Regina, Alma Redemptoris, Ave Regina) et la Missa pro victoria oeuvre de f�te � 9 voix, contenue</p><p>comme les pr�c�dentes dans le recueil de 1600, il adopte l��criture concertante � double choeur avec accompagnement d�orgue, chose toute nouvelle � l��poque. De nombreux motets pratiquent �galement l��criture � double choeur, et, dans la messe Laetatus sum et le psaume Confitemini Domino, Victoria en appelle m�me � trois groupes vocaux, faisant siennes les conqu�tes des Gabrieli. Parmi les messes (qui comprennent les deux requiem : la Missa pro defunctis � 4 voix de 1583</p><p>et l�Officium defunctorum de 1605, � 6 voix), onze sont des messes-parodies d�apr�s ses motets. L�ensemble le plus monumental demeure l�Officium hebdomadae sanctae, qui ne comporte pas moins de 37 pi�ces : nocturnes des jeudi, vendredi et samedi saints, comprenant le�ons et r�pons, Passion selon saint Jean et Passion selon saint Matthieu (o� les choeurs alternent avec la monodie gr�gorienne), improp�res, antiennes, Miserere, etc. Jamais l�art de Victoria n�est mont� plus haut que dans les bouleversantes Lamentations de J�r�mie formant l�essentiel des le�ons, ou que dans ces r�pons o� la musique, aux teintes sombres et path�-</p><p>tiques, aux dissonances audacieuses, semble souffrir jusque dans sa chair la Passion du Christ. Dans l�ultime Officium defunctorum, au contraire, ce sont la clart� et la s�r�nit� surnaturelles qui dominent. La radieuse esp�rance chr�tienne de Victoria s�y traduit par des mouvements m�lodiques et des</p><p>cadences r�solument ascensionnels, par la pr�dominance des modes majeurs : la musique semble y participer d�j� � l�all�gresse de la vie �ternelle, � la perspective de contempler � tout jamais la face de Dieu. Cet art admirable, id�alement liturgique, vit de la pr�sence permanente du plain-chant, qui forme le coeur m�me de la polyphonie de Victoria, laquelle s�articule librement autour de cette ligne conductrice, le plus souvent �troitement int�-</p><p>gr�e au sein du tissu contrapuntique.</p><p>Si l�oeuvre du plus grand compositeur espagnol a fait l�objet, par les soins de Felipe Pedrell (1841-1922), d�une �dition compl�te (d�j� relativement ancienne et pas absolument exhaustive), l�absence de toute �tude d�envergure sur la vie et l�oeuvre du musicien, dans</p><p>quelque langue que ce soit, constitue l�une des lacunes les plus graves et les moins compr�hensibles de la musicologie actuelle.</p><p>Les oeuvres principales</p><p>Motecta de 4 � 8 voix (Venise, 1572 ; Rome, 1583 : 33, puis 53 motets) ; Liber primus (messes, psaumes, Magnificat ; Venise, 1576) ; Cantica B. Virginis vulgo Magnificat (avec 4 Antiennes � la Vierge ; Rome, 1581) ; Hymni totius anni (avec 4 Psaumes ; Rome, 1581) ; Missarum Libri duo (contient les Litanies de la Vierge et la Missa pro defunctis ; Rome, 1583) ; Officium hebdomadae sanctae (Rome, 1585) ; Motecta festorum totius anni (Rome, 1585) ; Missae, Liber secundus (Rome, 1592) ; Missae, Magnificat, Motecta, Psalmi (avec orgue ; Madrid, 1600) ; Officium defunctorum (Madrid, 1605).</p><p>H. H.</p><p>&amp; H. Collet, le Mysticisme musical espagnol au XVIe si�cle (Alcan, 1913) ; Victoria (Alcan, 1915). / F. Pedrell, Tom�s Luis de Victoria, abu-lense (Valence, 1918). / H. von May, Die Kompo-sitionstechnik Tom�s Luis de Victorias (Berne, 1943).</p><p>Victoria Ire</p><p>(Londres 1819 - Osborne, �le de Wight, 1901), reine de Grande-Bretagne et d�Irlande de 1837 � 1901 et imp�ratrice des Indes de 1876 � 1901.</p><p>Souveraine hors</p><p>du commun</p><p>Souveraine dont le r�gne a �t� le plus long et le plus glorieux de l�histoire de la Grande-Bretagne, Victoria Ire incarne avec majest� la grandeur britannique � son apog�e. L�empire sur lequel elle r�gne s��tend sur des espaces immenses, puisqu�� sa mort en 1901 il couvre le cinqui�me des terres �merg�es. La pr�pond�rance britannique, quasi incontest�e, s�affirme alors aussi bien sur le plan industriel (l�� atelier du monde �), commercial ou naval que dans le domaine diplomatique (la pax britannica). L��re � victorienne � est �galement remarquable pour sa stabilit� : en soixante-quatre ans de r�gne, non seulement la Grande-Bretagne a �chapp� aux guerres et aux r�volutions,</p><p>mais son �volution tranche avec celle des autres pays europ�ens. Victoria est rest�e paisiblement assise sur le tr�ne alors qu�autour d�elle s�effondraient les r�gimes et que disparaissaient les souverains. Qui plus est, le mod�le de la monarchie constitutionnelle fond� sur des institutions repr�sentatives se renforce : � l�int�rieur, il �volue vers la d�mocratie, tandis qu�� l�ext�rieur il fait de nombreux adeptes dans le monde.</p><p>Enfin, l�un des grands m�rites politiques de Victoria a �t�, en gagnant l�attachement de ses sujets, d�asseoir la monarchie en Angleterre sur des bases si solides que la marque en est encore visible de nos jours. � la fin de sa vie, la reine-imp�ratrice, devenue une tr�s vieille dame (on l�a baptis�e la � grand-m�re de l�Europe �), mais toujours aussi volontaire et d�cid�e, appara�t comme le symbole m�me de la puissance mondiale de la Grande-Bretagne, avec sa figure hi�ratique, imposante, orgueilleuse, mais non d�nu�e de quelque chose de maternel : aussi sa disparition sera-t-elle ressentie intens�ment par tout un peuple. T�moignage du rayonnement britannique tout au long du r�gne : le nom de la souveraine se trouve r�percut� aux quatre coins de l�univers par la nomenclature g�ographique, qui compte d�sormais un �tat de Victoria et le Grand D�sert Victoria en Australie, plusieurs lacs Victoria (dont le plus grand lac de l�Afrique), une terre Victoria dans l�Antarctique, une �le Victoria, �le de l�archipel arctique canadien, des chutes Victoria sur le Zamb�ze, Fort Victoria en Rhod�sie, Victoriaville au Qu�bec, deux capitales appel�es Victoria � en Colombie britannique et � Hongkong � sans m�me mentionner une foule de caps, baies, pics, montagnes, vall�es, ponts, etc.</p><p>L�av�nement</p><p>Lorsque Victoria na�t, le 24 mai 1819, nul ne peut deviner qu�elle sera l�une des six reines qui auront pr�sid� aux destin�es de l�Angleterre ni qu�elle vivra plus longtemps que tout autre monarque anglais. Issue de la dynastie de Hanovre*, elle est la petite-fille de George III, mais elle n�est alors qu�au cinqui�me rang pour la succession au</p><p>tr�ne, et c�est seulement parce que ses oncles n�ont pas d�h�ritiers m�les l�gitimes que la couronne un jour lui reviendra.</p><p>Son p�re, �douard (1767-1820), duc de Kent, quatri�me fils de George III, apr�s avoir v�cu vingt-sept ans avec une ma�tresse, avait fini par se marier en 1818 : il avait �pous� une princesse allemande, Victoria de Saxe-Cobourg-et-Gotha (1786-1861), soeur de L�opold, futur roi des Belges. De cette union na�t une fille unique, Victoria.</p><p>La petite princesse est �lev�e sous l�influence de sa m�re (son p�re meurt d�s 1820), assez � l��cart, dans une atmosph�re morose faite de g�ne (le duc de Kent a laiss� beaucoup de dettes) et d�intrigues politiques et sentimentales (sa m�re a une liaison avec le chambellan Conroy). De ces ann�es, Victoria gardera un souvenir amer (elle dira plus tard � ma triste enfance �).</p><p>Cependant, son �ducation est soign�e, studieuse, appliqu�e, car ni George IV</p><p>(roi de 1820 � 1830) ni Guillaume IV</p><p>(roi de 1830 � 1837) n�ont d�h�ritiers ; ainsi, il appara�t que c�est la jeune Victoria qui sera appel�e � monter sur le tr�ne. Toutefois, pendant cette p�riode, son temp�rament vif et volontaire se manifeste d�j�. Elle-m�me ressent durement le caract�re despotique de sa m�re, ambitieuse et brouillonne, qui n�a qu�une id�e, devenir r�gente. Mais ce calcul est d�jou�, car Victoria vient juste d�atteindre dix-huit ans, l��ge de la majorit�, quand son vieil oncle Guillaume IV meurt le 20 juin 1837.</p><p>Le premier acte de la nouvelle reine est d��carter sa m�re : c�est � elle et � elle seule qu�est �chue la couronne.</p><p>Et elle manifestera toujours la plus grande fermet� dans l�accomplissement de sa t�che. Avec un sens aigu de ses devoirs, jamais elle ne renoncera � une parcelle de ses pr�rogatives. En toutes circonstances, elle se r�serve les droits r�galiens, qu�elle prendra grand soin de ne point partager m�me avec le prince Albert.</p><p>En r�alit�, la difficult� m�me des circonstances dans lesquelles Victoria monte sur le tr�ne va lui donner une chance inesp�r�e, qu�elle saura saisir</p><p>et utiliser avec une habilet� consomm�e et un remarquable flair politique.</p><p>En effet, en 1837, le prestige de la monarchie n�a jamais �t� aussi bas. Depuis le temps de la reine Anne (reine de 1702 � 1714), il n�a fait que se d�grader : les deux premiers rois de la dynastie de Hanovre, George Ier (roi de 1714</p><p>� 1727) et George II (roi de 1727 � 1760), �taient des Allemands qui n�ont suscit� aucun attachement en Angleterre ; George III (roi de 1760 � 1820), apr�s un d�but prometteur, a vite perdu sa popularit� au milieu des d�boires int�rieurs, puis il a sombr� dans la folie, aggrav�e par la c�cit� ; quant � George IV, puis � Guillaume IV, ils ont donn� l�exemple, l�un d�un homme de plaisirs, peu soucieux des affaires de l��tat, l�autre d�un prince born� et vulgaire. L�auteur de la biographie officielle de Victoria � un historien pourtant plein de r�v�rence pour la royaut�</p><p>� est all� jusqu�� �crire que la jeune reine succ�dait � � un fou, un d�bauch� et un bouffon �. Aussi, dans la mesure downloadModeText.vue.download 310 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11521</p><p>o� Victoria, toute p�n�tr�e de ses devoirs, marqu�e par une �ducation religieuse d�un �vang�lisme strict, se met � remplir ses fonctions avec exactitude, � consid�rer qu�elle est l� pour servir le bien de l��tat et non pour accomplir ses fantaisies, � mener une existence sage, � introduire � la Cour des r�gles rigoureuses de d�cence et de respectabilit�, bref � se faire la championne de la moralit� et du bien commun, elle restaure la dignit� et le prestige de la royaut� perdus depuis des g�n�rations.</p><p>En outre, la jeunesse, la gr�ce, la fragilit� m�me de la nouvelle reine lui gagnent les suffrages. Enfin, son mariage en 1840 avec son cousin Albert de Saxe-Cobourg-et-Gotha (1819-1861)</p><p>� un mariage d�amour � inaugure</p><p>une vie familiale heureuse et digne : le couple royal donne l�exemple d�un m�nage uni, vertueux, f�cond (neuf enfants naissent entre 1840 et 1857), � l�image des aspirations moralisatrices de la classe moyenne.</p><p>Du m�me coup, la popularit� de la monarchie remonte vite. Victoria r�ussit � s�attacher l�opinion, d�abord dans la classe moyenne, puis dans les classes populaires. Apr�s sa mort, l�un de ses plus fid�les ministres, Salisbury*, reconna�tra dans l��loge fu-n�bre qu�il prononce � la Chambre des lords que cette capacit� � comprendre intuitivement les sentiments du pays repr�sentait un atout politique majeur de la reine (en effet, elle a su s�en servir non seulement pour gouverner le pays, mais �galement pour donner � la personne royale un lustre d�autant plus grand qu�il puise sa force dans les profondeurs de l�affectivit�) : � Elle avait une connaissance extraordinaire de ce que pensait son peuple � extraordinaire parce que cela ne pouvait venir d�une communication directe... Pour ma part, j�ai toujours consid�r� que quand je connaissais les pens�es de la reine je connaissais en toute certitude les vues de ses sujets, en particulier ceux des classes moyennes, tant �tait grand le pouvoir de p�n�tration de son esprit. �</p><p>De l� � faire de Victoria la reine bourgeoise par excellence, il n�y a qu�un pas. Il est certain que, souveraine d�un �ge bourgeois, Victoria a symbolis� � merveille les vertus bourgeoises : travail, pr�voyance, ordre, puritanisme.</p><p>N�anmoins, elle a eu en m�me temps un sens tr�s pr�cis de ses pr�rogatives monarchiques (elle est loin de consid�-</p><p>rer son r�le de reine constitutionnelle comme un r�le d�coratif) ainsi que des valeurs de la soci�t� aristocratique au milieu de laquelle elle a toujours v�cu.</p><p>Un r�gime exceptionnel</p><p>� son av�nement, Victoria est encore fort inexp�riment�e et c�est le Premier ministre, lord Melbourne, qui compl�te son �ducation politique (L�opold Ier de Belgique exerce aussi une grande influence sur sa ni�ce). Au cours de cette phase, toutes ses sympathies vont aux whigs, au point qu�elle cr�e un petit scandale en 1839 : c�est l��pisode connu sous le nom d�� affaire des dames d�honneur �, ou Bedchamber</p><p>crisis. En effet, Victoria est si entich�e des whigs qu�elle refuse d�accepter dans la Maison de la reine des dames</p><p>d�honneur tories, et, devant le caprice de la reine, les conservateurs doivent renoncer en mai 1839 � former le</p><p>gouvernement (v. lib�ral britannique</p><p>[parti] et conservateur [parti]). Le � cher Melbourne � redevient alors Premier ministre. D�autre part, la reine contr�le de tr�s pr�s la politique ext�rieure, an-note toutes les d�p�ches, fait conna�tre son avis au secr�taire d��tat au Foreign Office.</p><p>Victoria fait preuve d�un patriotisme exigeant, pointilleux, allant jusqu�au chauvinisme, qui ne se d�mentira pas d�un bout � l�autre du r�gime. Au contraire m�me, avec le d�veloppement de l�imp�rialisme (v. Empire britannique) � la fin du si�cle, son jingo-</p><p>�sme ne fera que se renforcer, et il faut voir l� une autre source de popularit� : les sentiments de la reine co�ncident exactement avec ceux de ses sujets. Par contre, Victoria d�teste l�un des champions de ce patriotisme, Palmerston*, qui domine le Foreign Office pendant un quart de si�cle et � qui elle reproche ses allures cassantes et ses m�thodes personnelles : c�est elle qui en 1851</p><p>exige son renvoi apr�s qu�il a d�cid� sans lui en r�f�rer de f�liciter Louis Napol�on Bonaparte pour le coup</p><p>d��tat du 2 d�cembre.</p><p>Sur le plan int�rieur, Victoria suit toutes les affaires, donne � chaque occasion son point de vue, proc�de avec grand soin et avec un exclusi-visme jaloux � toutes les nominations qui d�pendent de la Couronne (arm�e, marine, �glise, fonctions de cour, Chambre des lords). Quant au choix des ministres, des hauts fonctionnaires, des ambassadeurs, qui d�pendent du Premier ministre, elle fait conna�tre sans �quivoque ses sentiments, et plus d�une fois il faut reculer devant son veto.</p><p>La partie heureuse de sa vie s�ach�ve brutalement en 1861 lorsque le prince consort meurt de la fi�vre typho�de.</p><p>Albert, personnage r�fl�chi, laborieux, passionn� de musique et de science, s�rieux jusqu�� la p�danterie, s��tait montr� un conseiller souvent avis�, � l�influence mod�ratrice, et surtout il avait entour� la reine d�affection et de d�vouement. Sa disparition est pour elle un coup terrible. Inconsolable,</p><p>Victoria s�enferme dans le veuvage.</p><p>D�sormais, pendant une dizaine d�an-n�es, on ne la voit presque plus en public. Elle vit dans la m�moire du d�funt</p><p>� en l�honneur de qui elle fait �difier � Londres l�Albert Memorial et le Royal Albert Hall. Des bruits circulent selon lesquels elle donnerait m�me dans le spiritisme.</p><p>La reine d�laisse compl�tement</p><p>Londres, qu�elle n�a jamais aim�, pour Windsor et surtout pour les deux ch�teaux royaux o� elle passe le plus clair de son temps, Balmoral dans les Highlands, gentilhommi�re en faux gothique �cossais, et Osborne, demeure n�o-Renaissance dans l��le de Wight.</p><p>Mais elle continue � traiter de l� toutes les affaires int�rieures et ext�rieures du royaume. Si son r�le mondain � r�le de cour et de repr�sentation publique</p><p>� a pratiquement disparu, son r�le politique demeure intact. Toutefois, cet effacement provoque une baisse sensible de prestige. La popularit� de la reine est au plus bas. On s��tonne de sa r�clusion syst�matique. On comprend mal l�emprise qu�exerce un serviteur �cossais nomm� John Brown.</p><p>Aux alentours de 1870, la d�saffection est telle que se dessine un mouvement d�opinion en faveur du r�publicanisme.</p><p>Divers clubs r�publicains naissent dans le pays.</p><p>Mais la d�votion � la personne</p><p>royale subsiste dans les profondeurs.</p><p>On le voit bien en 1871 lorsqu�une grave maladie du prince de Galles �</p><p>le futur �douard VII* � provoque un �lan d��motion qui rejaillit sur la reine.</p><p>Une fois amorc�e, la remont�e de prestige s�accentue rapidement, d�autant que la reine recommence � para�tre en public. Le culte monarchique atteindra son z�nith � deux reprises : d�abord en 1887, lors du jubil� d�or, qui c�l�bre cinquante ans de r�gne, puis en 1897, avec le jubil� de diamant, pour le soixanti�me anniversaire de l�accession de Victoria au tr�ne. C�est alors une d�bauche de pan�gyriques, d�hommages, de d�fil�s, associant le pays et l�empire. Devant ces millions de t�moignages de loyaut� et d�attachement, Victoria se sent combl�e.</p><p>Dans ces fonctions politiques, elle manifeste toujours les m�mes exi-</p><p>gences et la m�me attention. Depuis longtemps, ses sympathies se sont report�es des lib�raux vers les conservateurs. B. Disraeli*, avec qui elle se sent en confiance comme autrefois avec Melbourne, y contribue pour une bonne part, et c�est lui qui, pour la flatter en m�me temps que pour donner un �clat suppl�mentaire � la Couronne, fait voter une loi proclamant Victoria imp�ratrice des Indes (1876). Chez la reine se m�lent une volont� de plus en plus t�tue de conservation sociale et politique � qui lui fait partager les pr�jug�s, les attachements et les phobies de beaucoup de ses sujets � et un esprit imp�rialiste.</p><p>Apr�s Disraeli, Victoria trouvera de nouveau en Salisbury un Premier ministre conforme � ses inclinations.</p><p>Par contre, elle poursuit W. E. Gladstone* d�une inimiti� insurmontable.</p><p>Outre son aversion personnelle pour l�homme, elle est fondamentalement oppos�e � la politique lib�rale de Gladstone vis-�-vis de l�Irlande, en particulier au Home Rule ; aussi encouraget-elle en sous-main ses adversaires et torpille-t-elle les projets du gouvernement lib�ral (d�s 1880, elle avait �crit qu�elle � ne consentirait jamais � une monarchie d�mocratique �). Les derni�res ann�es du r�gne voient certaines difficult�s s�amonceler, avec la mont�e des concurrences sur le plan �conomique, la radicalisation des probl�mes sociaux et la naissance du travaillisme ; sur le plan ext�rieur, si l�empire fait des progr�s consid�rables, le � splendide isolement � qu�a choisi la Grande-Bretagne r�v�le ses inconv�nients, et la guerre des Boers (1899-1902) [v. Afrique du Sud (r�publique d�)] commence par plusieurs revers cuisants pour le prestige britannique.</p><p>N�anmoins, quand la reine meurt, le 22 janvier 1901, la victoire est en vue, et la Grande-Bretagne est dans tout l��clat de sa grandeur.</p><p>Victorien, victorianisme</p><p>Le terme victorien d�signe tout ce qui appartient au r�gne de Victoria ou qui est typique de cette p�riode. Il est apparu pour la premi�re fois en anglais vers le milieu du XIXe s., mais n�est devenu d�un usage vraiment courant qu�au XXe s. L�adjectif, d�abord laudatif (il s�appliquait � la grandeur, � la</p><p>prosp�rit�, � la r�ussite de l�Angleterre au temps de son apog�e), a pris r�cemment une allure plus critique : il �voque volontiers la pruderie, le conformisme, l�hypocrisie d�une �poque jug�e collet mont� et puritaine. De son c�t�, le substantif victorianisme a �t� forg� au d�but du XXe s. : il downloadModeText.vue.download 311 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11522</p><p>englobe toutes les formes de la civilisation anglaise du si�cle de Victoria.</p><p>F. B.</p><p>F Conservateur (parti) / Disraeli (B.) / Empire britannique / Gladstone (W. E.) / Grande-Bretagne /</p><p>Hanovre (dynastie de) / Lib�ral britannique (parti)</p><p>/ Palmerston (Henry John Temple, vicomte) / Salisbury (Robert Cecil, marquis de).</p><p>&amp; S. Lee, Queen Victoria : a Biography (Londres, 1902). / L. Strachey, Queen Victoria (Londres, 1921 ; nouv. �d., New York, 1924).</p><p>/ J. A. R. Marriott, Queen Victoria and her Mi-nisters (Londres, 1933). / A. Ponsonby, Queen Victoria (Londres et New York, 1933). / F. Hardie, The Political Influence of Queen Victoria, 1861-1901 (Londres, 1935) ; The Political Influence of the British Monarchy, 1868-1952</p><p>(Londres, 1970). / J. Chastenet, le Si�cle de Victoria (Fayard, 1947). / R. T. B. Fulford, The Prince Consort (Londres, 1949) ; Queen Victoria (Londres, 1951). / C. E. Engel, la Reine Victoria (�d. du Seuil, 1962). / E. Longford, Victoria R. I.</p><p>(Londres, 1964 ; trad. fr. Victoria, reine d�Angleterre, imp�ratrice des Indes, Fayard, 1966).</p><p>/ D. Marshall, The Life and Times of Victoria (Londres, 1972). / C. Woodham-Smith, Queen Victoria : her Life and Times, t. I : 1819-1861</p><p>(Londres, 1972). / F. B�darida, l��re victorienne (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1974) ; la Soci�t� anglaise, 1851-1975 (Arthaud, 1976).</p><p>vide</p><p>Absence, dans un volume donn�, de tout corps, de toute mati�re, de toute particule de quelque nature qu�il soit.</p><p>Pratiquement, il n�existe aucun</p><p>volume pour lequel cette propri�t� est rigoureusement satisfaite, sauf peut-</p><p>�tre l�int�rieur d�une enceinte que l�on porterait globalement au voisinage du z�ro absolu. Dans de grandes enceintes</p><p>en acier inoxydable, on obtient des pressions de l�ordre de 10� 10 torr et, dans de petits appareils de laboratoire, on atteint 10� 12 torr. Or, cette pression de 10� 12 torr correspond encore � environ 35 000 mol�cules par centim�tre cube. L�impossibilit� de r�aliser le vide absolu n�est pas propre aux conditions r�gnant � la surface de la Terre.</p><p>Dans l�espace sid�ral, que l�on qualifie improprement de vide cosmique, la pression qui y r�gne est de l�ordre de 10� 15 torr, ce qui correspond � une densit� mol�culaire ou atomique de l�ordre de 30 particules de mati�re par centim�tre cube. L�impossibilit� d�obtenir le vide absolu justifie la terminologie des techniciens qui qualifient de vide toute phase gazeuse dont la pression est inf�rieure � la pression atmosph�-</p><p>rique. C�est la d�finition industrielle du vide.</p><p>Diff�rentes cat�gories</p><p>de vide industriel</p><p>L�utilisation industrielle du vide s��tend de la pression atmosph�rique � 10� 10 torr environ, c�est-�-dire sur une plage de pressions variant de 10� 12</p><p>� 1. Conventionnellement, on dis-</p><p>tingue les diverses cat�gories de vides suivantes, qui correspondent � des moyens de production et � des modes d�utilisation diff�rents :</p><p>� le vide grossier, de la pression atmosph�rique (760 torr) � 1 torr ;</p><p>� le vide fin, de 1 � 10� 3 torr ;</p><p>� le vide pouss�, appel� quelquefois vide secondaire ou vide mol�culaire, de 10� 3 � 10� 6 torr ;</p><p>� le vide tr�s pouss�, de 10� 6 � 10� 9 torr ;</p><p>� l�ultravide, au-dessous de 10� 9 torr.</p><p>Jusqu�au vide pouss� inclus, on</p><p>peut utiliser des enceintes m�talliques �tanches comportant des joints en ma-ti�res plastiques. Mais, pour les vides tr�s pouss�s, particuli�rement les ultravides, il faut utiliser des enceintes en acier inoxydable dont les surfaces int�rieures ont �t� soigneusement net-toy�es et trait�es par projection de</p><p>microbilles en silice, et dont les joints sont m�talliques (par exemple joints en fil d�or recuit de 1 mm de diam�tre environ). Pendant la phase de pompage, ces enceintes doivent �galement �tre �tuv�es, c�est-�-dire chauff�es � 400 �C environ pour produire le d�gazage des parois int�rieures.</p><p>� l�exception des cryopompes, qui pi�gent les mol�cules gazeuses par condensation sur des surfaces maintenues � basses temp�ratures, les autres moyens de pompage ne sont utilisables que dans un domaine restreint. Pour obtenir des vides pouss�s, des vides tr�s pouss�s et des ultravides, on utilise des groupes de pompage obtenus en associant judicieusement en s�rie diff�rents types de pompes choisis en fonction du r�sultat � obtenir.</p><p>Groupes de pompage</p><p>Les pompes utilis�es dans les groupes de pompage sont de deux types.</p><p>Les pompes primaires, g�n�ralement volum�triques, refoulent les fluides gazeux pomp�s contre la pression atmosph�rique : ce sont les pompes � anneau liquide, les pompes m�caniques � palettes ou � pistons oscillants, certains d�presseurs Roots, etc.</p><p>Les pompes secondaires ne peuvent pas refouler les fluides gazeux pomp�s contre la pression atmosph�rique ; elles sont n�cessairement associ�es � une ou � plusieurs pompes primaires plac�es en amont du circuit de pompage.</p><p>Ce sont les pompes � diffusion, les pompes turbomol�culaires, certains d�-</p><p>presseurs Roots. Les pompes ioniques, qui fixent les mol�cules ou les atomes de la phase gazeuse environnante par des ph�nom�nes divers et complexes, ne peuvent fonctionner correctement que si la pression de la phase gazeuse environnante est amen�e au-dessous d�une certaine valeur appel�e pression d�amor�age ; elles sont aussi class�es dans les pompes secondaires. � l�exception des d�presseurs Roots, elles sont souvent des pompes mol�culaires dont le fonctionnement repose sur la dynamique corpusculaire.</p><p>La d�termination des groupes de</p><p>pompage est faite selon diff�rents</p><p>imp�ratifs techniques (volume � vider, pression de travail, vitesse de descente en vide, fr�quence des cycles de travail, nature et propret� des gaz � pomper, s�ret� de fonctionnement souhait�e, pression limite, poussi�res, absence de vapeur d�huile, nature des gaz r�siduels admissibles dans le volume pomp�, etc.), sans que pour autant soient perdues de vue les consid�rations �conomiques concernant le co�t de premier �tablissement ainsi que les d�penses d�exploitation et d�entretien.</p><p>Pompes � anneau liquide</p><p>Elles sont constitu�es par un rotor monobloc, de forme �toil�e, tournant avec downloadModeText.vue.download 312 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11523</p><p>une certaine excentration dans un corps de pompe cylindrique et de r�volution comportant un orifice d�aspiration et un orifice de refoulement des gaz. Il n�y a pas de zone de contact entre le stator et les �l�ments saillants � la p�riph�-</p><p>rie du rotor, l��tanch�it� �tant assur�e par une couronne d�eau entra�n�e par le rotor et plaqu�e contre la surface cylindrique int�rieure du corps de pompe par la force centrifuge de cette pompe volum�trique. L�effet de pompage, encore appel� capsulisme, r�sulte de la variation du volume de gaz d�limit� par deux parties saillantes successives et la masse d�eau p�riph�rique, lorsque le rotor tourne. Au cours du cycle, le volume le plus grand est en communication avec l�orifice d�aspiration et le volume le plus petit avec l�orifice de refoulement. Les pompes � anneau liquide sont utilis�es pour les vides grossiers, car leur pression limite, qui correspond � la tension de vapeur de l�eau � la temp�rature d�utilisation, est m�diocre (40 torr environ). Leur avantage est leur tr�s grande robustesse.</p><p>Aussi ces pompes conviennent-elles parfaitement pour le pompage de gaz charg�s de poussi�res abrasives et de liquides sales.</p><p>Pompes � palettes</p><p>et pompes � piston</p><p>oscillant</p><p>Ce sont les pompes primaires m�caniques les plus utilis�es tant dans l�industrie que dans les centres de recherches et les laboratoires. Elles sont volum�triques et permettent d�obtenir toute la gamme des vides fins.</p><p>y Les pompes � palettes sont constitu�es par un rotor cylindrique de r�-</p><p>volution qui tourne avec une certaine excentration � l�int�rieur du corps de pompe, dont le volume int�rieur est �galement cylindrique et de r�volution, mais de diam�tre plus grand.</p><p>Coulissant dans une ou plusieurs rainures radiales du rotor, deux ou plusieurs palettes assurent, sous l�effet de la force centrifuge, �ventuellement accentu�e par des ressorts, le capsulisme de la pompe et permettent d�amener des volumes successifs de gaz de l�orifice d�aspiration vers l�orifice de refoulement, qui est �quip� d�une lamelle d�acier servant de soupape antiretour non command�e.</p><p>y Les pompes � piston oscillant poss�dent un piston qui, mont� sur le maneton d�une manivelle, tourne � l�int�rieur d�un corps de pompe en restant constamment � son contact.</p><p>Ce piston est solidaire d�un tiroir qui coulisse dans une noix anim�e d�un mouvement oscillant dans un corps de pompe. L�ensemble du carter, du piston avec son tiroir et de la noix assure le capsulisme, qui permet d�amener des volumes successifs de gaz de</p><p>l�orifice d�aspiration vers l�orifice de refoulement. Celui-ci est �quip� d�une lamelle d�acier servant de soupape antiretour non command�e.</p><p>Dans ces pompes m�caniques, les</p><p>surfaces des pi�ces en mouvement</p><p>(rotor, palettes, pistons, noix, tiroirs, etc.) sont lubrifi�es, ce qui am�liore simultan�ment le frottement de l��tanch�it� : c�est la raison pour laquelle ces pompes sont quelquefois appel�es pompes � film d�huile. Enfin, pour obtenir un ensemble monobloc dont le vide limite atteint le domaine du vide fin, on associe dans un m�me corps de pompe deux syst�mes de pompage, que le gaz parcourt successivement, l�un servant</p><p>de pompe secondaire, l�autre de pompe primaire. Ces r�alisations sont appel�es pompes � deux �tages, par opposition aux r�alisations premi�res, appel�es pompes � un �tage. Par suite de l�existence de fuites internes diverses ainsi que du d�gazage de l�huile de lubrification et de sa vapeur, le d�bit de ces pompes volum�triques, qui devrait th�oriquement rester constant, d�cro�t � partir de 10� 1 torr pour les pompes � un �tage et de 10� 2 torr pour les pompes � deux �tages, la pression limite �tant respectivement voisine de 2.10� 3 torr et de 2.10� 4 torr. De plus, ces pompes ne sont utilisables que si les gaz aspir�s sont propres. Sinon, il faut pr�voir des filtres sur les conduits d�aspiration.</p><p>D�presseurs Roots</p><p>Ce sont des pompes volum�triques</p><p>con�ues sous forme de pompes m�caniques s�ches. Elles comportent deux rotors, de m�me profil, � axes parall�les. Coupl�s par un jeu d�engrenages, ces rotors tournent en sens inverse l�un de l�autre, sans frottement et sans contact ni entre eux, ni entre le stator et eux. Il n�est donc pas n�cessaire de les lubrifier. Un petit espace suffisamment faible (de l�ordre de un dixi�me de millim�tre) est m�nag� entre les rotors eux-m�mes et entre les rotors et le corps de la pompe pour limiter la conductance de fuite, entre l�aspiration et le refoulement, � des valeurs si faibles que le flux de fuite est pratiquement n�gligeable. Les gaz ne peuvent donc pas passer entre les deux rotors.</p><p>Dans son mouvement, chaque rotor</p><p>emprisonne entre lui-m�me et le corps de pompe, c�t� aspiration, un volume de gaz venant de l�aspiration, et, par downloadModeText.vue.download 313 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11524</p><p>rotation du rotor, ce volume est amen� c�t� refoulement.</p><p>Les d�presseurs Roots sont utilis�s pour pomper d�importants volumes</p><p>de gaz � des pressions d�aspiration de 10 � 10� 3 torr. Dans ce domaine, ils sont beaucoup plus comp�titifs que</p><p>les pompes � palettes ou � pistons oscillants. Lorsque la pression d�aspiration est nettement sup�rieure � 10 torr, ils s��chauffent progressivement et finissent par �tre d�t�rior�s, soit par dilatation des rotors et blocage de l�ensemble, soit par d�t�rioration des bobinages du moteur d�entra�nement.</p><p>Lorsqu�on augmente les jeux internes de ces machines et les puissances des moteurs d�entra�nement, on obtient des d�presseurs capables d�aspirer des gaz � des pressions sup�rieures � 10 torr.</p><p>Mais la pression limite atteinte par ces machines est alors sup�rieure � 10� 3 torr.</p><p>Pompes � diffusion</p><p>Ce sont des pompes mol�culaires</p><p>constitu�es par un corps cylindrique de r�volution ext�rieurement refroidi par circulation d�eau et fix� � l�enceinte � vider par une grande bride. �</p><p>l�int�rieur de ce corps est dispos� un ensemble �tag� de diffuseurs coaxiaux.</p><p>� sa partie inf�rieure, ce corps contient une certaine quantit� d�huile sp�ciale, � tr�s faible tension de vapeur (g�n�-</p><p>ralement de l�huile silicone), ou de mercure, qui est port� � l��bullition par un syst�me de chauffage �lectrique.</p><p>Une petite canalisation de refoulement dispos�e � la partie inf�rieure du corps permet le refoulement des gaz pomp�s vers la ou les pompes primaires. Sous l�effet du chauffage �lectrique, les vapeurs d�huile ou de mercure montent vers les diffuseurs, qui les projettent obliquement vers le bas, contre la paroi ext�rieure froide, sous forme d�une succession de nappes en forme de tronc de c�ne de r�volution, � des vitesses consid�rables, voisines de celles du son. En arrivant sur la paroi refroidie, elles se condensent de nouveau et retombent dans la partie inf�rieure du corps par ruissellement le long de la paroi.</p><p>Sous l�effet de l�agitation thermique, les mol�cules de la phase gazeuse au-dessus des diffuseurs se d�placent en toute direction. Celles qui arrivent dans les nappes de mol�cules produites par les diffuseurs re�oivent des mol�cules d�huile une quantit� de mouvement qui les entra�ne vers le bas de la pompe, notamment avec le concours des mol�-</p><p>cules d�huile des nappes inf�rieures.</p><p>Dans la partie inf�rieure de la pompe, la densit� de mol�cules de gaz et la pression sont ainsi plus grandes, et les mol�cules sont progressivement aspir�es par la ou les pompes primaires.</p><p>Cette �vacuation est presque toujours facilit�e par un �jecteur � huile dispos� pr�s de la canalisation de refoulement de la pompe � diffusion.</p><p>Les pompes � diffusion sont uti-</p><p>lis�es pour obtenir des pressions de travail inf�rieures � 3.10� 4 torr. Leur pression d�amor�age est voisine de 2.10� 1 torr environ. Si la pression est sup�rieure � cette valeur, ces pompes ne peuvent pas fonctionner. Pour les faibles d�bits de pompage (inf�rieurs ou au plus �gaux � 2 500 l/s), elles sont associ�es � des pompes � palettes ou � pistons oscillants. Pour des d�bits sup�rieurs, elles sont associ�es � un groupe de pompage compos� d�un ou de plusieurs d�presseurs Roots en s�rie et de pompes � palettes ou � pistons oscillants.</p><p>Avec les huiles silicones ou min�-</p><p>rales � faible tension de vapeur, la pression limite des pompes � diffusion est de l�ordre de 10� 6 torr en pression totale. Si les pompes sont surmont�es de baffles refroidis � l�eau ou au fr�on et de pi�ges refroidis � l�azote liquide, la pression partielle de vapeur d�huile au-dessus des pi�ges diminue et le vide limite atteint 10� 8 torr, ou mieux, pour des enceintes d�gaz�es, avec joints enti�rement m�talliques. Les baffles et les pi�ges sont des syst�mes � chicanes refroidies destin�s � condenser les mol�cules d�huile, d�eau et � laisser le passage vers la pompe � diffusion aux mol�cules non condensables � ces temp�ratures.</p><p>Il existe des pompes � diffusion de d�bit sup�rieur � 100 000 l/s et dont le corps a un diam�tre sup�rieur � 1 m.</p><p>Pompes � sorption</p><p>Elles sont constitu�es par des r�cipients, en verre ou en acier inoxydable, remplis de certains corps min�raux, comme des granul�s de z�olithe (sorte de silicate hydrat�), ou encore du noir de carbone pur. Lorsqu�on immerge ces r�cipients dans un vase cryog�nique</p><p>rempli d�azote liquide, elles aspirent l�air suivant un ph�nom�ne assez mal expliqu�, o� interviennent simultan�-</p><p>ment des ph�nom�nes de condensation, d�adsorption, d�absorption et peut-�tre m�me de chimie-sorption. En rame-nant ces r�cipients � la temp�rature ambiante, les gaz sont de nouveau lib�-</p><p>r�s. Le chauffage pr�alable, sous vide, am�liore leurs performances. On obtient ainsi des vides de l�ordre de 10� 1</p><p>� 10� 2 torr sans que l�enceinte vid�e soit pollu�e par des mol�cules d�huile, comme dans le cas d�enceintes vid�es par des pompes m�caniques lubrifi�es.</p><p>Pompes ioniques</p><p>Ce sont des pompes constitu�es par un corps en acier inoxydable contenant des plaques en titane pur et des grilles en acier inoxydable, dont le volume est soumis � un champ magn�-</p><p>tique produit par d�importants aimants permanents. � l�aide d�une source de courant � haute tension, on fait jaillir une d�charge �lectrique froide, du type par avalanche d��lectrons, autour des plaques en titane. Par suite de la pr�-</p><p>sence des grilles, le titane est sublim� dans certaines zones des plaques pour se d�poser en d�autres ainsi que sur les parois de l�enceinte. Les mol�cules gazeuses pr�sentes disparaissent suivant un processus assez mal connu, dans lequel intervient la chimie-sorption par le titane, mais aussi des ph�nom�nes ioniques et d�ensevelissement des mo-l�cules �galement par le titane.</p><p>Les pompes ioniques ont des vitesses de pompage tr�s �lev�es dans le domaine de pression de 10� 4 � 5.10� 8 torr.</p><p>� 10� 8 torr, cette vitesse est encore �gale � 80 p. 100 de la vitesse maximale. Ces pompes permettent d�obtenir des pressions inf�rieures � 10� 10 torr.</p><p>La pression limite atteinte est d�autant plus basse que les pompes sont amorc�es � des pressions plus basses. Les pompes ioniques ont l�inconv�nient d�avoir une vitesse de pompage variable avec la nature des gaz : en particulier, elles pompent assez mal les gaz rares. Associ�es � des pompes du type</p><p>� � sorption �, elles sont utilis�es pour obtenir des vides tr�s propres, exempts de traces de corps organiques et semi-organiques, ce qui n�est pas le cas des</p><p>pompes � diffusion � vapeur d�huile.</p><p>Pompes turbomol�culaires</p><p>D�riv�es des compresseurs axiaux, ces pompes sont constitu�es par un rotor comportant un ensemble de roues � ailettes tournant � tr�s grande vitesse dans un stator qui comporte �galement une succession de couronnes � ailettes d�flectrices. Chaque couronne fixe du stator est plac�e entre deux roues du rotor. La forme des ailettes est telle que les mol�cules amen�es par l�agitation thermique sur la premi�re roue re�oivent une quantit� de mouvement qui les dirige vers les autres roues et vers la canalisation de refoulement, � laquelle est connect�e la pompe primaire. Le domaine d�utilisation de ces pompes s��tend de 10� 2 � 10� 8 torr, et, dans ce domaine, leur d�bit est � peu pr�s constant. Elles pompent assez bien les gaz rares. Leur pression limite est downloadModeText.vue.download 314 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11525</p><p>de l�ordre de 10� 11 torr. On les utilise surtout pour d�gazer � chaud et pour amorcer les pompes ioniques � des pressions inf�rieures � 10� 7 torr.</p><p>Pompes cryog�niques</p><p>Un �cran port� au voisinage du z�ro absolu condense toutes les mol�cules de la phase gazeuse environnante et constitue la pompe � vide la plus efficace que l�on puisse imaginer. On atteint ce r�sultat en faisant bouillir de l�h�lium liquide sous pression r�duite, mais ce proc�d� est co�teux � cause du prix �lev� de l�h�lium liquide ; de plus, il ne permet �videmment pas de pomper les mol�cules d�h�lium pr�sentes dans l�enceinte. La pression limite obtenue est ainsi limit�e par la pression partielle de l�h�lium dans l�air. De plus, les couches de gaz condens�s sur la cryopompe produisent une certaine isolation thermique de celle-ci, ce qui augmente sa temp�rature apparente et diminue ses performances. Pour pallier cet inconv�nient et aussi pour diminuer la consommation d�h�lium liquide, les cryopompes sont toujours associ�es</p><p>� des �crans cryog�niques refroidis � l�azote liquide, qui fixent les mol�cules facilement condensables (comme celles de la vapeur d�eau) et servent d��cran thermique. Les cryopompes � h�lium liquide, bouillant sous pression r�duite, sont g�n�ralement utilis�es de 10 � 4 K</p><p>et associ�es � des pompes turbomo-l�culaires, � des pompes ioniques ou aux deux pour �liminer l�h�lium et les mol�cules difficilement condensables.</p><p>Appareils de mesure</p><p>du vide</p><p>Ces appareils couvrent le domaine de pression de 760 � 10� 11 torr. Pour les pressions plus faibles, on utilise des spectrom�tres de masse sp�ciaux.</p><p>Jusqu�� 1 torr environ, on peut employer des manom�tres � liquide ou � membrane. Au-del�, on fait des mesures indirectes � l�aide d�appareils de mesure �lectriques.</p><p>� partir de 10� 8 torr environ, la notion m�me de pression peut �tre discut�e, et, pour des pressions encore plus faibles, il serait plus judicieux de consid�rer la notion de nombre de mol�cules, d�atomes ou de particules par unit� de volume.</p><p>Propri�t�s physiques</p><p>des phases gazeuses �</p><p>tr�s basse pression �</p><p>applications</p><p>y Lorsqu�on fait le vide dans une enceinte, la diff�rence de pression qui en r�sulte donne naissance � une force qui s�exerce sur toute l�enveloppe de cette enceinte. Cette force augmente lorsque la pression int�rieure diminue.</p><p>� 380 torr, elle atteint d�j� la moiti� de sa valeur pour le vide absolu, qui est de 1 daN/cm 2 environ, et, � partir de 1 torr, elle n�augmente pratiquement plus. Aussi, les enceintes � vide doivent-elles �tre con�ues pour r�sister � cette force, qui est de 10 t environ sur un couvercle d�un peu plus de 1 m de diam�tre. On utilise l�effet de cette force dans les machines � former sous vide, quelquefois aussi pour aspirer des liquides.</p><p>y Le vide grossier ainsi que le vide fin sont utilis�s pour des op�rations</p><p>d�impr�gnation de mat�riels �lectriques, de d�gazage et de coul�e sous vide de m�taux et d�alliages, de d�bullage sous vide, de s�chage sous vide, etc.</p><p>y Si, par des pompes � vide, on</p><p>am�ne la pression totale, au-dessus d�un liquide, � une valeur inf�rieure � la tension de vapeur de ce liquide � la temp�rature consid�r�e, celui-ci se met � bouillir sans qu�il soit n�cessaire d��lever sa temp�rature.</p><p>Les mol�cules vaporis�es sont alors soit aspir�es � l��tat de vapeur par les pompes � vide (s�chage sous vide), soit condens�es � l��tat liquide ou solide sur les parois int�rieures froides (cryod�shydratation et distillation sous vide). La cryod�shydratation par sublimation, improprement appel�e lyophilisation, s�effectue en g�n�ral vers 4.10� 1 torr.</p><p>y Le vide grossier et surtout le vide fin sont caract�ris�s par l�absence d��change thermique par convection et conduction gazeuses. Dans le vide pouss�, la chaleur se propage presque exclusivement par rayonnement. C�est la raison pour laquelle les engins spatiaux hors de l�atmosph�re terrestre sont soumis � des conditions thermiques toutes particuli�res, n�-</p><p>cessitant des �crans thermiques et une conception complexe de construction afin d�assurer une certaine uniformit� de temp�rature par conduction thermique dans la structure m�tallique.</p><p>Afin de s�assurer, avant le lancement, que la temp�rature en tout point de l�engin reste dans un domaine compatible avec le bon fonctionnement des mat�riels �lectroniques et que la s�curit� des hommes qui se trouvent � bord de cet engin est garantie, celui-ci est test� dans de tr�s grandes chambres � vide appel�es installations de simulation spatiale.</p><p>L�absence, dans le vide, d��change thermique par convection et conduction gazeuses est aussi la raison pour laquelle les r�servoirs de gaz liquides (azote, oxyg�ne, hydrog�ne, argon, h�lium, etc.) sont isol�s par une double enveloppe vide de gaz comme le sont aussi les vases Dewar et les bouteilles Thermos. La m�me technique est</p><p>utilis�e, par exemple, pour isoler les enveloppes refroidies � l�hydrog�ne liquide des chambres � bulles ainsi que les zones tr�s chaudes des fours sous vide � r�sistance, � haute fr�quence et � bombardement �lectronique.</p><p>y Sous vide, on diminue les risques d�oxydation m�me pour des corps tr�s oxydables port�s � haute temp�rature.</p><p>Cette propri�t� trouve son application dans les lampes � incandescence, mais aussi dans les fours sous vide, � l�aide desquels on peut fondre tous les mat�riaux, quelle que soit leur avidit� pour l�oxyg�ne de l�air.</p><p>y Sous vide, on augmente le libre parcours moyen des mol�cules</p><p>gazeuses, c�est-�-dire la distance moyenne qu�elles parcourent entre deux chocs successifs avec d�autres mol�cules, compte tenu de l�agitation thermique. � la pression atmosph�-</p><p>rique, cette quantit� est de 6.10� 6 cm pour les 3.1019 mol�cules contenues dans un centim�tre cube. Elle est de 50 cm � 10� 4 torr et de 50 m � 10� 6 torr.</p><p>Ainsi, � 10� 5 torr dans une enceinte de dimensions inf�rieures au m�tre, les chocs entre mol�cules sont pratiquement inexistants et ne se produisent presque exclusivement que sur les parois. Cette propri�t� permet de produire dans le vide des faisceaux de mol�cules et de particules diverses.</p><p>La m�tallisation sous vide en est une application, de m�me que les acc�-</p><p>l�rateurs de particules, les machines � souder et � usiner par faisceaux de particules, les fours � bombardement �lectronique, les installations de plasma, notamment celles qui sont construites pour �tudier la fusion thermonucl�aire.</p><p>G. F.</p><p>&amp; R. Champeix, Physique et technique des tubes �lectroniques, t. I : �l�ments de technique du vide (Dunod, 1958) ; le Vide (Hachette, 1965). / G. A. Boutry, Physique appliqu�e aux industries du vide et de l��lectronique (Masson, 1962-63, 2 vol. ; nouv. �d., 1971, 3 vol.).</p><p>/ R. W. Roberts et T. A. Vanderslice, Ultrahigh Vacuum and its Applications (Englewood Cliffs, N. J., 1963 ; trad. fr. l�Ultra-vide et ses applications, Dunod, 1966). / D. A. Trendelenburg, Ul-trahochvakuum (Karlsruhe, 1963 ; trad. fr. l�Ul-</p><p>tra-vide, Gauthier-Villars, 1967). / R. P. Henry, Cours de science et technique du vide (Soc. fr.</p><p>des ing�nieurs et techniciens du vide, 1968-1971 ; 2 vol.). / R. David et A. Richardt, le Vide (Dunod, 1970). / P. Duval, le Vide et ses applications (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1975).</p><p>Deux biographies</p><p>Wolfgang Gaede, physicien allemand (Lehe-Weserm�nde 1878 - Munich</p><p>1945). Il est l�inventeur d�une pompe � vapeur de mercure produisant un vide du millioni�me de millim�tre de mercure (1916).</p><p>Otto von Guericke, physicien allemand (Magdeburg 1602 - Hambourg</p><p>1686), bourgmestre de sa ville natale.</p><p>Il inventa vers 1650 une machine pneumatique qui lui permit de constater que le vide ne transmet pas le son et n�entretient pas la vie. Il mit en �vidence la pression atmosph�rique par sa c�l�bre exp�rience des h�misph�res de Magdebourg (1654) et imagina la premi�re machine �lectrostatique, � globe de soufre.</p><p>vie</p><p>La vie n��tant pas autre chose que l�ensemble des caract�res distinctifs communs aux �tres vivants (animaux et plantes) et qui disparaissent au moment de leur mort, le lecteur trouvera downloadModeText.vue.download 315 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11526</p><p>aux articles animal, v�g�tal et mort les �l�ments d�une description de la vie.</p><p>L��tude scientifique de la vie est pr�-</p><p>sent�e � l�article biologie. Les limites de la notion d��tre vivant sont �vo-qu�es au mot virus. Il nous reste donc � tenter ici quelques d�finitions.</p><p>Vivre, c�est assimiler</p><p>Seules les structures vivantes sont aptes � remanier plus ou moins profond�ment d�autres structures, de fa�on � les rendre semblables � elles-m�mes.</p><p>� cet �gard, une particule de virus, qui d�termine une Bact�rie � �difier</p><p>d�autres particules de virus identiques au mod�le qu�elle fournit, pr�sente une propri�t� fondamentale des �tres vivants.</p><p>Dans toutes les esp�ces, l�assimilation* est plus rapide que la d�sassimilation, de sorte que les individus grandissent et se multiplient. L�expansion vitale de chaque esp�ce n�est arr�t�e que par les fronti�res physiques du milieu qui lui est favorable, par le manque de nourriture et par la concurrence ou l�hostilit� des autres esp�ces vivant dans le m�me milieu. La limite est g�-</p><p>n�ralement atteinte tr�s rapidement, de sorte qu�on observe surtout des esp�ces</p><p>� en �tat d��quilibre � : chaque individu grandit, mais la masse totale des individus de l�esp�ce reste constante ou oscille autour d�une moyenne.</p><p>Vivre, c�est r�sister</p><p>au changement</p><p>Tout �tre vivant poss�de des dispositifs de r�g�n�ration ou de cicatrisation qui reconstituent plus ou moins ses parties amput�es ou bless�es, des processus de r�gulation qui abritent ses tissus des changements trop brutaux en provenance du milieu ext�rieur (cf. la notion de � milieu int�rieur �), enfin un comportement, lui aussi, r�gulateur (cf. migration hivernale des Oiseaux vers les r�gions chaudes). Tout cet ensemble constitue l�hom�ostasie des syst�mes vivants. En contrepartie, tout for�age de l�hom�ostasie, en particulier chez les animaux sup�rieurs, peut provoquer la mort, de sorte que Bichat a pu �crire : � La vie est l�ensemble des fonctions qui r�sistent � la mort. �</p><p>Vivre, c�est �difier et</p><p>maintenir des structures</p><p>complexes</p><p>De l��chelle de la mol�cule � celle d�une soci�t� d�Insectes, toutes les structures hom�ostatiques du vivant sont hautement complexes si on les compare � celles d�un cristal ou de tout autre objet inanim�. Un chromosome, par exemple, est un monde de complexit�. Le monde vivant a �volu�, entre autres directions, vers une complexit� croissante du cerveau (Teilhard de Chardin). On a pu dire que la vie</p><p>�tait un d�fi permanent � l�entropie et cr�er � son propos le terme contraire d�ectropie.</p><p>Vivre, c�est �tre parcouru</p><p>Ces structures complexes, tenaces, as-similatrices n�ont nullement pour fondement un stock permanent d�atomes stables. Tout �tre vivant garde longtemps la m�me apparence, mais chacun de ses atomes est tr�s souvent remplac� par un autre atome identique.</p><p>Un courant d�eau, un courant d�oxy-g�ne, un courant d�aliments (carbone, azote, phosphore, etc.) traversent chaque organisme animal ou v�g�tal � une vitesse des plus variables, toujours tr�s sup�rieure � celle de son vieillissement. Le vivant est un cha�-</p><p>non d�une cha�ne respiratoire, d�une cha�ne alimentaire, etc. Il constitue un point singulier de chaque grand cycle biochimique. Il n�est pas excessif de dire que, dans son ensemble, la biosph�re (ensemble du monde vivant ou vivable) tend � constituer elle-m�me un syst�me structur� et �quilibr� qui, en tant que totalit�, exploite au maximum le monde min�ral. D�o� la notion de climax, c�est-�-dire d�association v�g�tale et animale capable de r�aliser la plus grande masse vivante (biomasse) sur un espace donn� pendant une longue p�riode.</p><p>Se pose alors le probl�me de la � vie suspendue �. Un hibernant profond, un �tre en anhydrobiose totale (graine ou Tardigrade), que ne parcourt aucun courant, qui ni ne boit, ni ne mange, ni n�excr�te, ni ne respire, est-il un vivant ? Oui, tant qu�un changement de conditions peut le ramener � la vie active qui avait �t� la sienne avant son entr�e en sommeil. Comment d�clarer mort ce qui � coup s�r a �t� vivant et � coup s�r le redeviendra comme avant, sous certaines conditions assez banales ?</p><p>Vivre, c�est descendre</p><p>d�autres vivants</p><p>Cela n�a pas toujours �t� le cas ; il a bien fallu, � l�origine, une biogen�se.</p><p>Mais, avant le d�but des temps fossili-f�res (600 millions d�ann�es), la vie par voie de reproduction avait d�j�, par son succ�s m�me, rendu impossible toute</p><p>biogen�se nouvelle. � Omne vivum ex vivo � disaient d�j� anciens. (On a dit de m�me : � Omne ovum ex ovo �.) Ce principe sera peut-�tre bient�t transgress� dans quelque laboratoire, mais, � l�heure o� paraissent ces lignes, il est rest� inviol� depuis ce pass� inconnu qu�il est honn�te d�appeler la nuit des temps.</p><p>H. F.</p><p>F Animal / Assimilation / Biologie / Mort / V�g�-</p><p>tal / Virus.</p><p>vieillesse</p><p>F S�NESCENCE.</p><p>vieillesse</p><p>(assurance)</p><p>Celle des assurances sociales qui a pour objet de garantir des ressources plus ou moins importantes aux personnes ayant atteint un �ge minimal.</p><p>De la solidarit� familiale</p><p>� la solidarit� nationale</p><p>Dans les soci�t�s rurales, le milieu familial assurait g�n�ralement une certaine s�curit� � ceux de ses membres dont les forces productives �taient r�duites du fait de leur �ge ; dans quelques soci�t�s �volu�es, l� o� l�industrialisation est r�cente et l� o� les traditions de vie familiale sont encore observ�es jusque dans les villes (Japon par exemple), cette solidarit� familiale subsiste de nos jours. Mais il n�en est plus de m�me dans les nations o� l�industrialisation a commenc� au XVIIe ou au XVIIIe s., du fait de la dispersion de la famille, de l�exode rural, de la concentration urbaine et de la baisse de la natalit� : des enfants moins nombreux, dispers�s, log�s dans des locaux insuffisants n�ont gu�re la possibilit� d�entretenir chez eux leurs ascendants.</p><p>Sans doute le l�gislateur a-t-il institu� l�obligation alimentaire, mais il �tait plus facile d�h�berger et de nourrir que de verser une pension r�guli�re, d�autant plus que la condition ouvri�re �tait, au XIXe s., tr�s pr�caire. Les difficult�s mat�rielles, qui rendaient hier illusoire la notion d�obligation alimentaire, se</p><p>sont fortement att�nu�es aujourd�hui, mais le d�veloppement de l�individualisme des descendants fait tomber en d�su�tude les textes autorisant les ascendants � ou l�administration de l�assistance, lorsque celle-ci leur est substitu�e � � obtenir en justice l�aide que leurs enfants leur refusent ou leur mesurent trop chichement.</p><p>Les membres des cat�gories sociales les plus favoris�es disposent, certes, de l��pargne* individuelle pour s�assurer une vieillesse paisible ; mais la d�pr�ciation quasi continue de la monnaie* fait fondre les �conomies accumul�es au cours de toute une vie de travail, sauf (� certaines p�riodes) lorsque celles-ci sont investies en placements fonciers ou immobiliers, les plus s�rs peut-�tre, mais d�un rendement modeste, m�diocre ou faible</p><p>selon l��poque. C�est suivant la formule de l��pargne qu�ont fonctionn� les premi�res institutions collectives, priv�es ou publiques, facultatives ou obligatoires, d�assurance vieillesse ; on disait qu�il y avait capitalisation, car la pension vers�e au vieillard �tait, en principe, �gale � la division par le nombre probable d�ann�es lui restant � vivre de la somme des cotisations et des int�r�ts de ces cotisations per�ues par l�organisme versant l�allocation � l�assur�.</p><p>Les institutions d�assurance vieillesse, qui se sont d�velopp�es dans le monde au cours des XIXe et XXe s.</p><p>(v. assurances sociales), fonctionnent aujourd�hui suivant le syst�me de la r�partition, aux termes duquel les pensions pay�es au cours d�un exercice donn� sont financ�es par les cotisations per�ues au cours de ce m�me exercice.</p><p>Ce proc�d�, seul utilisable en temps d�inflation*, met particuli�rement en relief les notions de solidarit� professionnelle ou de solidarit� nationale qui caract�risent � au moins en apparence � les m�canismes actuels de l�assurance vieillesse. Mais qu�on ne s�y trompe pas : dans le syst�me de la capitalisation comme dans celui de la r�partition, dans le cadre de la solidarit� professionnelle comme dans celui de l��pargne individuelle ou collective, les revenus des personnes �g�es ayant cess� leur activit� professionnelle sont</p><p>toujours pr�lev�s sur la masse des ressources produites par les travailleurs actifs, qui ont la charge de faire vivre les jeunes non encore producteurs et les inactifs de tout ordre. C�est ainsi que les probl�mes de l�assurance vieillesse ne peuvent �tre r�solus qu�en fonction des �quilibres d�mographiques r�gnant au sein de chaque soci�t� nationale.</p><p>downloadModeText.vue.download 316 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11527</p><p>Solidarit� horizontale</p><p>ou solidarit� verticale</p><p>Toute assurance obligatoire fait appel � une solidarit� de groupe. Si l�on excepte la Su�de (1913) et la Nouvelle-Z�lande (1938), les syst�mes d�assurance vieillesse ant�rieurs � la Seconde Guerre mondiale ont commenc� par</p><p>limiter leur garantie � une fraction de la population, g�n�ralement constitu�e par les seuls salari�s les moins pay�s.</p><p>La plupart du temps, ils �taient financ�s au moyen de cotisations vers�es par les entreprises, une partie �tant pr�-</p><p>compt�e sur le salaire ouvrier et l�autre partie �tant juridiquement support�e par l�entreprise. Cotisation ouvri�re et cotisation patronale sont, la plupart du temps, int�gr�es dans les prix* et, de ce fait, support�es en d�finitive par le consommateur dans les m�mes conditions qu�un imp�t indirect.</p><p>On parle de solidarit� horizontale lorsqu�on se trouve en face d�un syst�me d�assurance obligatoire financ� par des cotisations, comme si ces derni�res constituaient un pr�l�vement sur le revenu des futurs b�n�ficiaires : la notion de solidarit� horizontale correspondrait donc � une redistribution des revenus entre les membres d�une m�me cat�gorie socioprofessionnelle ; en mati�re d�assurance vieillesse, la solidarit� horizontale jouerait, au sein de cette m�me cat�gorie socio-professionnelle, entre les actifs, qui cotisent, et les anciens actifs, qui per�oivent une pension de retraite.</p><p>La notion de solidarit� verticale n�interviendrait, quant � elle, que si les membres en �ge d�activit� des cat�-</p><p>gories socio-professionnelles privil�-</p><p>gi�es (employeurs, travailleurs ind�-</p><p>pendants, rentiers, cadres) subissaient un pr�l�vement progressif sur leur revenu non seulement pour financer les retraites des personnes �g�es de leur cat�gorie sociale, mais �galement pour participer au financement des retraites des cat�gories d�favoris�es. Encore conviendrait-il que des dispositions soient prises (dans la mesure o� elles sont concevables et applicables pratiquement) pour interdire l�int�gration de ce pr�l�vement dans les prix des biens et des services.</p><p>Pour l��conomiste, la distinction entre les notions de solidarit� horizontale et de solidarit� verticale est vaine. Le probl�me consiste � organiser l�assurance vieillesse de telle fa�on que la r�partition des ressources nationales entre les entreprises, les travailleurs actifs et les personnes non encore actives ou qui ne le sont plus soit telle qu�il y ait encouragement � la production* pour les biens essentiels � la vie des peuples ; en fin de compte, la justice sociale et l�am�lioration de la qualit� de la vie d�pendent bien plus de l�organisation du mode de production que des modalit�s de financement de la S�curit� sociale.</p><p>L��ge de la retraite</p><p>L�assurance vieillesse a un triple objectif :</p><p>� un objectif moral, l�individu qui, du fait de l��ge, a d� ralentir ou arr�ter son activit� professionnelle devant pouvoir disposer de ressources suffisantes lui permettant de mener sans souci une existence d�cente ;</p><p>� un objectif �conomique, le pouvoir d�achat attribu� au retrait� contribuant � alimenter la demande* des biens de consommation mis sur le march� du fait de l�activit� productrice des travailleurs ;</p><p>� un objectif social, les jeunes qui entrent sur le march� du travail ne devant pas trouver celui-ci encombr� par des personnes �g�es qui risquent d�avoir perdu tout ou partie de leur esprit d�initiative et de leur capacit�</p><p>d�innovation* et de cr�ativit�, mais qui ne peuvent quitter la vie active faute de ressources assur�es pour leur retraite.</p><p>Il ne semble pas possible de d�terminer sur le papier, une fois pour toutes, l��ge et le montant de la retraite, n�-</p><p>cessairement fonction de la situation �conomique et de l��quilibre d�mographique constat�s dans chaque pays � un moment donn�. Si la situation �conomique est d�pressive, il peut y avoir int�r�t � avancer, pendant une certaine p�riode, l��ge de la retraite ; il est pr�f�rable de payer une pension � un adulte vieillissant que des allocations de ch�mage � un jeune qui a tout ensemble besoin d�activit� et de formation* professionnelle. Au contraire, si la situation �conomique est bonne, il est souhaitable de maintenir le plus longtemps possible en activit� un adulte dont l�esp�rance de vie est croissante ; en effet, psychologiquement parlant, il doit y avoir adaptation progressive � l�inactivit�. On se trouve donc en face de deux notions qui peuvent primer � tour de r�le en fonction de la situation �conomique : d�une part la retraite progressive et d�autre part la retraite partielle (ou pr�retraite).</p><p>L��quilibre d�mographique inter-</p><p>vient �galement : la g�n�ration des actifs doit pouvoir supporter la charge de l�ensemble des inactifs (enfants et adolescents, m�res de famille ne travaillant pas, handicap�s, malades, retrait�s). Dans les pays o� la natalit� est rest�e assez faible depuis la Premi�re Guerre mondiale et o� le niveau de vie et l�hygi�ne g�n�rale sont �lev�s, il y a tendance � un d�s�quilibre entre un groupe d�actifs � effectif plus ou moins constant, voire en l�g�re diminution du fait du rel�vement de l��ge limite de la scolarit� obligatoire, et le groupe des inactifs en croissance r�-</p><p>guli�re du fait de l�accroissement de la long�vit� moyenne : les pouvoirs publics ont alors tendance (�tats scandinaves par exemple) � retarder l��ge de la retraite vers soixante-sept, voire soixante-neuf ans. Dans les pays o� la natalit� s�est r�duite apr�s la Seconde Guerre mondiale alors que la long�vit� s�accroissait plus vite que le niveau de vie (Roumanie par exemple), les pouvoirs publics ont tendance � chercher</p><p>� freiner la d�natalit� (interdiction de l�avortement non th�rapeutique et de la vente des pilules contraceptives) tout en s�effor�ant d�am�nager une p�riode plus ou moins limit�e d�activit� r�duite pour les travailleurs ayant atteint l��ge l�gal de la retraite. En revanche, la situation se pr�sente diff�remment dans les pays comme la France, o� une p�riode de forte natalit� a succ�d�, apr�s la Seconde Guerre mondiale, � une longue p�riode de d�natalit�. Dans un premier temps, le groupe des actifs, constitu� par les faibles classes d��ges n�es entre les deux guerres (augment�es des travailleurs migrants), doit faire face � l�entretien d�une masse importante d�inactifs : nombreux</p><p>jeunes n�s depuis 1945, g�n�ration de vieillards accrue par l�accroissement de la long�vit� moyenne ; si l��ge de la retraite est fix� assez bas (60 ans en g�n�ral), le montant de celle-ci reste faible, des avantages �tant, n�anmoins, accord�s � ceux qui retardent la cessation de leur activit� � soixante-cinq ans ou au-del�. Dans un second temps, le groupe des actifs s�est accru, du fait de l�am�lioration de la natalit�, plus vite que celui des inactifs : les organisations syndicales font alors pression sur les pouvoirs publics afin d�obtenir tout ensemble l�abaissement de l��ge de la retraite et l�augmentation du montant de celle-ci. Toutefois, si une nouvelle r�duction de la natalit� se manifeste (tendance semblant appara�tre en France apr�s 1970), le probl�me se posera de nouveau lorsque le groupe des actifs se r�duira, en raison de cette faible natalit�, alors que le nombre des inactifs continuera de s�accro�tre du fait de l�accroissement de la long�vit� moyenne et de l�abaissement du seuil de la cessation de l�activit�, qui sera, entre-temps, devenu irr�versible.</p><p>Certes, l�aspect d�mographique ne constitue pas le seul soubassement d�une politique de l�assurance vieillesse, d�autant plus qu�un recours de plus en plus important � la main-d�oeuvre immigr�e amortit partiellement l�effet des d�s�quilibres ; mais ce recours � la main-d�oeuvre �trang�re risque de trouver ses limites pour des raisons psychologiques (danger du d�veloppement des tendances x�nophobes au sein de la population</p><p>nationale), sociales (l�exploitation de la main-d�oeuvre immigr�e, susceptible de s�accro�tre en cas de r�cession �conomique, tend � cr�er un v�ritable sous-prol�tariat) et �conomiques (tous les immigr�s ne consomment pas sur place la totalit� de leur pouvoir d�achat et nombre d�entre eux op�rent des sorties d�argent). L�augmentation continue de la productivit� peut permettre, par ailleurs, � un nombre constant d�actifs de supporter un nombre croissant d�inactifs, mais alors se pose le probl�me de la r�partition du fruit d�une meilleure productivit� entre les actifs et les inactifs. N�oublions pas, non plus, que la recherche d�une meilleure qualit� de la vie � qui para�t devoir caract�riser le quatri�me quart du XXe s. � pourrait r�duire non seulement l�am�lioration de la productivit�, mais �galement celle de la production elle-m�me, c�est-�-dire l�ensemble des biens � r�partir entre les membres de la communaut�.</p><p>Le montant</p><p>de la retraite :</p><p>forfait ou retraite</p><p>proportionnelle</p><p>En ce qui concerne le montant des retraites, il convient de noter les deux tendances qui se sont affirm�s depuis la Seconde Guerre mondiale ; pour les uns (en Allemagne par exemple), l�assurance vieillesse repr�sente une fraction importante des prestations sociales ; pour les autres (en France par exemple), la part de l�assurance vieillesse a �t� r�duite au profit des prestations familiales (v. familiale [politique]). Dans le premier cas, le montant des retraites est plus ou moins substantiel ; dans le second, il est beaucoup plus faible, ce qui a conduit les organisations professionnelles* � cr�er des r�gimes d�assurance vieillesse compl�mentaires. L�adoption d�un mode de calcul de la pension de retraite suppose tout d�abord qu�une premi�re option soit faite entre un montant for-downloadModeText.vue.download 317 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11528</p><p>faitaire, sans rapport avec les revenus</p><p>d�activit� (syst�me retenu en France en 1894 pour le r�gime des mineurs, dans lequel il n�est tenu compte que de la dur�e d�activit� et de la p�nibilit� des travaux effectu�s ; le montant forfaitaire a �t� retenu en Grande-Bretagne de 1946 � 1959), et un montant proportionnel aux revenus d�activit�.</p><p>Dans le cas o� il y a proportionnalit� entre le montant de la pension et les revenus d�activit�, plusieurs proc�d�s peuvent �tre adopt�s :</p><p>� la retraite est calcul�e sur la base du dernier revenu d�activit� � d�ment revaloris� � chaque paiement d�arr�rages</p><p>� et en fonction du nombre d�ann�es d�activit� (par exemple 2 p. 100 du dernier revenu par ann�e d�activit� dans le r�gime fran�ais des fonctionnaires, un plafond de 75 � 80 p. 100 �tant toutefois retenu) ;</p><p>� la retraite est calcul�e sur la base de la moyenne des revenus d�activit� des dix derni�res ou des dix meilleures ann�es ; c�est la m�thode adopt�e par le r�gime g�n�ral fran�ais de s�curit� sociale, qui n�cessite l�emploi d�indices pour revaloriser les revenus des ann�es retenues afin de tenir compte de la d�pr�ciation de la monnaie ou du rel�vement du niveau* de vie ;</p><p>� la retraite, enfin, est calcul�e en</p><p>� points � ; il est attribu� � chaque assur� un certain nombre de points en fonction des cotisations vers�es chaque ann�e � son compte : dans le syst�me de la r�partition, il est facile de calculer chaque ann�e la valeur du point en tenant compte de la masse des cotisations attendues et du nombre de � points �</p><p>acquis par l�ensemble des assur�s qui ont demand� leur retraite ; c�est le proc�d� adopt� en France en 1947 par le r�gime compl�mentaire de pr�voyance des cadres et assimil�s.</p><p>R�versibilit� et cumul</p><p>En France, la plupart des r�gimes sp�ciaux pr�voient l�attribution aux veuves d�une pension de r�version �gale � la moiti� de celle qui �tait vers�e ou � laquelle aurait pu pr�tendre l�assur� pr�d�c�d� ; le plus g�n�ralement, le veuf survivant d�une assur�e ne peut pr�tendre � cette pension de</p><p>r�version qu�en cas d�inaptitude au travail et d�insuffisance de ressources (ce proc�d� donne en apparence une valeur diff�rente, quant � l�effet sur les prestations, � la cotisation de la femme et � la cotisation de l�homme, mais il ne faut pas oublier que la femme b�n�-</p><p>ficie d�une esp�rance de vie beaucoup plus grande). Les autres r�gimes de base r�servent la pension de r�version au seul conjoint survivant non remari� justifiant de ressources insuffisantes, m�me � le plus souvent � s�il s�agit d�une veuve.</p><p>La possibilit� pour le retrait� de cumuler le revenu d�une activit� nouvelle avec le montant de sa pension de vieillesse est psychologiquement souhaitable, mais, en p�riode de crise �conomique, les pouvoirs publics ont tendance � l�interdire afin d��viter la pr�sence, sur un march� du travail o� les offres d�emploi deviennent faibles, de travailleurs �g�s d�autant plus susceptibles de limiter leurs pr�tentions de salaires qu�ils disposent par ailleurs d�un revenu assur�.</p><p>Les aspects</p><p>de l�assurance vieillesse</p><p>en France</p><p>Complexit�, superpositions et in�galit�s caract�risent l�assurance vieillesse en France.</p><p>Il para�t improbable que la g�n�ralisation � avant 1980 sans doute � de l�assurance vieillesse � l�ensemble de la population (inactifs compris) mette fin aux caract�ristiques actuelles du syst�me fran�ais. Complexit�, superpositions et in�galit�s tiennent, en effet, � diverses causes. Les conditions historiques de la formation du syst�me ont eu leur influence en ce domaine, ainsi que les �go�smes corporatifs des groupes socio-professionnels int�gr�s � l�assurance vieillesse obligatoire apr�s 1946. Les exigences du maintien des droits acquis par les b�n�ficiaires des r�gimes sp�ciaux institu�s avant 1946, dont l��quilibre financier a �t� gravement atteint du fait du vieillissement de la population � l�int�rieur des professions int�ress�es, ont puissamment jou� : en 1974, on comptait dans le r�gime des mines un cotisant pour</p><p>quatre pensionn�s, alors qu�en 1959</p><p>il y avait tout juste parit� ; ce m�me vieillissement est d�ailleurs constat� �galement dans la plupart des professions non salari�es (les enfants des membres de ces professions donnent souvent le statut de � soci�t� � � l�entreprise o� ils prennent la succession de leurs parents ; de ce fait, beaucoup deviennent � sur le plan juridique �</p><p>des � salari�s � et cotisent au r�gime g�n�ral et non au r�gime particulier qui a la charge des pensions de vieillesse de leurs parents).</p><p>Le syst�me fran�ais d�assurance</p><p>vieillesse peut �tre caract�ris� par un certain nombre de traits dominants, que l�on peut bri�vement analyser.</p><p>y Coexistence de nombreux r�gimes obligatoires de base, pour lesquels diff�rent l�importance relative des cotisations dans le financement, l��ge, les conditions de l�exercice du droit � la retraite, le montant des pensions et leur mode de calcul, les possibilit�s de r�version.</p><p>Pour les salari�s, r�gime g�n�ral et mutualit� sociale agricole ; nombreux r�gimes sp�ciaux (marins, mineurs, cheminots, fonctionnaires civils et militaires, ouvriers de l��tat, agents des collectivit�s territoriales, agents d�E. D. F. et de G. D. F., clercs de notaires, employ�s de la Banque de France, agents du Th��tre-Fran�ais, agents des th��tres lyriques nationaux, agents de la R. A. T. P., etc.).</p><p>Pour les non-salari�s, il existe une multiplicit� de r�gimes en fonction de l��ventail des professions : r�gimes des exploitants agricoles, des artisans, des commer�ants, des industriels, ainsi que des professions lib�rales.</p><p>y Superposition aux r�gimes de base de r�gimes compl�mentaires obligatoires : cadres et assimil�s depuis 1947 (nombreuses institutions et retraites ayant une r�glementation commune et f�d�r�es par l�A. G. I. R. C.,</p><p>[Association g�n�rale des institutions de retraites des cadres]) ; salari�s non agricoles et non cadres depuis 1957, 1961 et 1972 ; salari�s agricoles non cadres depuis 1973 ; cadres agricoles ;</p><p>agents non titulaires de l��tat et des collectivit�s ; employ�s des mines ; employ�s de banque ; employ�s des organismes du r�gime g�n�ral de S�-</p><p>curit� sociale ; employ�s de maison depuis 1973 ; agents du secteur des transports ; agents de l�a�ronautique ; employ�s, techniciens et agents de ma�trise du b�timent ; membres de certaines professions lib�rales (agents g�n�raux d�assurances, architectes, artistes, auxiliaires m�dicaux, avocats, chirurgiens-dentistes, experts-comptables, g�om�tres, huissiers, in-g�nieurs conseils, m�decins, notaires, officiers minist�riels, pharmaciens, v�t�rinaires, etc.).</p><p>y Superposition aux r�gimes de base et aux r�gimes compl�mentaires obligatoires de r�gimes facultatifs, dans un cadre interprofessionnel, professionnel ou d�entreprise. Le minist�re de l��conomie et des Finances exon�re � dans une certaine limite � de la taxe sur les salaires et de l�imp�t g�n�ral sur le revenu le montant des cotisations patronales et ouvri�res � ces r�gimes suppl�mentaires.</p><p>y Superposition � l�ensemble de</p><p>ces divers r�gimes d�une assurance individuelle volontaire aupr�s d�une mutuelle ou d�une compagnie</p><p>d�assurance.</p><p>y Intervention �ventuelle, en cas d�insuffisance des ressources, de diverses proc�dures d�assistance dans le cadre du r�gime de base int�ress� (allocation aux vieux travailleurs salari�s, allocation aux m�res de famille, allocation de veuf ou de veuve, allocation sp�ciale institu�e en 1952, allocation suppl�mentaire du Fonds national de solidarit�, cr�� en 1956) ou des services de l�aide sociale aux personnes �g�es (allocation de loyer, aide � domicile, divers secours).</p><p>Dans un ensemble aussi complexe,</p><p>il a �t� n�cessaire de pr�voir des r�gles pour assurer la coordination entre les divers r�gimes int�ress�s lorsqu�un postulant � la retraite a relev�, au cours de son existence professionnelle, de plusieurs r�gimes de base ou compl�-</p><p>mentaires. Par ailleurs, l�existence de travailleurs migrants � qu�il s�agisse</p><p>de migrations d�une dur�e prolong�e, de migrations saisonni�res ou frontali�res � a conduit � la conclusion de trait�s internationaux multilat�raux (C. E. E. par exemple) ou bilat�raux.</p><p>Vues prospectives</p><p>Une �volution du syst�me fran�ais d�assurance vieillesse vers la simplification para�t donc devoir s�imposer t�t ou tard, aux termes de laquelle se superposeraient, d�une part, un r�gime unique g�n�ralis� � toute la population, comportant le versement d�une pension de vieillesse forfaitaire minimale �gale pour tous, sans qu�il soit tenu compte des ressources, et, d�autre part, un certain nombre de r�gimes compl�-</p><p>mentaires obligatoires. Alors que le r�gime unique serait financ� par une cotisation personnelle calcul�e suivant un taux progressif sur le revenu, les r�gimes compl�mentaires seraient</p><p>� dans certaines limites � libres de leur r�glementation et assureraient leur financement par des cotisations personnelles auxquelles s�ajouteraient pour les salari�s des cotisations de l�employeur, toutes ces cotisations demeurant toujours soumises aux taxes sur les salaires et � l�imp�t g�n�ral sur le revenu.</p><p>L��tat interviendrait en plusieurs occasions au moyen de subventions* :</p><p>� afin de permettre provisoirement � certains r�gimes compl�mentaires downloadModeText.vue.download 318 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11529</p><p>d�assurer leur �quilibre financier dans tous les cas o� celui-ci serait mis en danger par un vieillissement de la population professionnelle int�ress�e, comme c�est le cas pour les mineurs (am�lioration de la productivit� et arr�t de l�exploitation de puits non rentables), pour les cheminots (am�-</p><p>lioration de la productivit� et arr�t de l�exploitation de lignes secondaires d�-</p><p>ficitaires) ou pour les travailleurs agricoles (migration des campagnes vers les villes) [l�intervention financi�re de l��tat serait plus juste que les recours, trop souvent effectu�s dans le pass�,</p><p>aux ressources du r�gime g�n�ral des salari�s pour couvrir le d�ficit de r�gimes sp�ciaux dont les prestations sont bien sup�rieures � celles qui sont fournies par ce m�me r�gime g�n�ral] ;</p><p>� pour prendre en charge des cotisations forfaitaires au r�gime de base pour le compte des m�res de famille (la cotisation pourrait �tre fonction de l��ge et du nombre des enfants � charge) et celui des personnes justifiant d�une impossibilit� effective d�exercer une activit� professionnelle, et pour compl�ter le montant des pensions des retrait�s justifiant de ressources insuffisantes.</p><p>Les collectivit�s* territoriales ellesm�mes interviendraient, enfin, pour assurer une certaine qualit� de vie aux retrait�s.</p><p>R. M.</p><p>F Aide sociale / Assurance / Assurances sociales</p><p>/ Retraite / S�curit� sociale / Transferts sociaux /</p><p>Travail (droit du) / Vieillissement de la population.</p><p>L�assurance vieillesse</p><p>fran�aise :</p><p>une longue gestation</p><p>� La loi sur les retraites est r�clam�e d�une fa�on unanime par nos populations [...] �</p><p>Ainsi s�exprime le d�put� Jean Plichon (1863-1936), repr�sentant du Nord � la Chambre lors de la s�ance du 11 juin 1901. Il r�sume le sentiment, depuis longtemps partag� dans la classe laborieuse et dans les rangs les plus �clair�s du patronat, devant le probl�me du travailleur qui ne peut plus, en raison de son affaiblissement physique, subvenir � un certain �ge � sa subsistance par l�accomplissement d�un travail.</p><p>Tout au long du XIXe s. et d�s le d�but de l�industrialisation (qui co�ncide avec l�effondrement de la structure corporative), il �tait apparu que, parmi les risques</p><p>� non professionnels �, la vieillesse �tait celui qui, in�luctablement, s�imposait aux salari�s et qu�il fallait les en prot�ger. Deux th�ses � la pr�voyance et l�assistance �</p><p>s�affronteraient cependant : l�effort des pouvoirs publics agissant comme un adjuvant, une incitation � l��pargne en vue de</p><p>la vieillesse, selon la premi�re th�se ; une assistance pure et simple aux travailleurs �g�s (par une aide directe), dans le cadre de la seconde.</p><p>L�affrontement des deux doctrines et la r�sistance patronale � l�ing�rence de l��tat freineront les conqu�tes sociales en ce domaine, d�autant que les travailleurs seront de prime abord enclins � s�assurer davantage contre le ch�mage que contre la vieillesse. C�est l�assurance contre l�arr�t de travail qui retient l�essentiel de la lutte ouvri�re : comme l��crit Henri Hatzfeld, il est normal de devenir vieux, il ne l�est pas d��tre au ch�mage. Les pouvoirs publics, n�anmoins, s�emparent de la question.</p><p>En 1843, le gouvernement de Juillet institue une commission extraparlemen-taire pour �tudier la cr�ation d�une caisse nationale assurant une retraite aux vieux travailleurs. En 1847, un projet de loi doit �tre soumis � l�examen des Chambres par le minist�re Guizot ; la IIe R�publique se penche � son tour sur la question. Un projet est discut�, puis vot� par l�Assembl�e l�gislative en juin 1850 : la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse est alors cr��e.</p><p>Mais tout l��difice est, en fait, fond� sur le principe de la libert� : la Caisse nationale des retraites de la loi du 18 juin 1850 est cr��e en r�alit� pour recevoir des �pargnes volontaires de particuliers d�sireux de b�-</p><p>n�ficier, dans leurs vieux jours, d�une rente viag�re. L�� assurance vieillesse � fran�aise (avant la lettre) repose en fait, au cours du XIXe s., sur une gestion priv�e et non publique. En 1850 existent d�ailleurs d�j� de nombreuses institutions de pr�voyance d�origine patronale, fonctionnant sur la base d�une cotisation (pr�lev�e par les chefs d�entreprise) � la charge du salari�, associ�e le plus souvent � une cotisation patronale. C�est par ailleurs l��ge d�or de la</p><p>� mutualit� �. La loi de 1852 officialise les mutuelles, les orientant d�ailleurs dans un sens contraire aux aspirations ouvri�res ; en 1856, l��tat cr�e un Fonds de retraites et encourage la pr�voyance dans le cadre du mutuellisme. Leur mobilit� fait des ouvriers des cotisants peu commodes, les artisans donnant aux mutuelles une meilleure couche d�adh�rents, plus stables et plus constants.</p><p>Les � caisses d��pargne �, de leur c�t�,</p><p>dans l�esprit de nombreux hommes du temps (selon la conception de Thiers,</p><p>� elles sont la porte �troite par laquelle les pauvres [...] peuvent acc�der � la soci�t� civile fond�e sur la propri�t� �) sont ju-g�es sup�rieures � la Caisse nationale des retraites, car elles laissent la libre disponibilit� des sommes d�pos�es, alors que celles-ci sont bloqu�es, dans la Caisse, jusqu�� l��ge de la retraite. Le concept d�� �pargne � va �tre pr�f�r� d�s lors � celui de � pension � automatiquement vers�e lorsque va survenir pour le travailleur la limite d��ge.</p><p>C�est � l�extr�me fin du XIXe s. qu�un certain nombre de textes (chronologique-ment tr�s proches de la grande loi de 1898</p><p>sur les accidents* du travail) vont d�cisive-ment affirmer le droit de l�assurance vieillesse. La loi du 30 juin 1894, relative aux caisses de retraites des ouvriers mineurs, la loi du 27 d�cembre 1895, obligeant les employeurs � verser les cotisations � la Caisse nationale des retraites, tendent � officialiser les � circuits � par lesquels prend corps l�assurance vieillesse fran�aise, cependant que la loi du 14 juillet 1905 organise l�assistance obligatoire aux vieillards de plus de soixante-dix ans priv�s de ressources et ne pouvant travailler pour subvenir � leurs besoins : l�hospitalisation, le placement et l�assistance � domicile sont pr�vus par la loi, la charge financi�re �tant r�partie entre les communes et l��tat.</p><p>La loi des � retraites ouvri�res et paysannes � (R. O. P.) du 5 avril 1910 pr�voit un syst�me de retraites financ�es par des cotisations ouvri�re et patronale sans que la premi�re (� la charge du travailleur) soit obligatoire, le refus du salari� relevant l�employeur de l�obligation de verser lui-m�me sa cotisation (tout en lui permettant de la verser, s�il le d�sire, selon la jurisprudence de la Cour de cassation). La loi, du m�me coup, perd � tout caract�re d�obligation � (H. Hatzfeld), et le caract�re � facultatif � impr�gne durablement l�institution.</p><p>La loi du 25 f�vrier 1914 institue une Caisse autonome des retraites ; mais c�est la p�riode post�rieure � la Premi�re Guerre mondiale qui va faire accomplir le pas d�cisif � la protection de la vieillesse. En France, la loi du 5 avril 1928, modifi�e par la loi du 30 avril 1930, et deux d�crets-lois des 28 et 30 octobre 1935 r�alisent enfin les r�formes n�cessaires, � la vieillesse � se</p><p>trouvant m�l�e d�ailleurs � dans le cadre des syst�mes pr�vus par ces textes � aux risques � maladie �, � maternit� �, � invalidit� � et � d�c�s �, et couverte avec eux par une allocation unique.</p><p>Surviennent la Seconde Guerre mondiale, puis la Lib�ration ; l�ordonnance du 19 octobre 1945 et le d�cret du 29 d�-</p><p>cembre 1945 int�grent les risques � non professionnels � (dont la vieillesse) dans un plan global de s�curit�* sociale, mettant, pour l�essentiel, le point final � la l�gislation, cependant que les ann�es suivantes connaissent l�instauration des r�gimes vieillesse des � non-salari�s non agricoles �</p><p>et des � non-salari�s agricoles � (1948 et 1952).</p><p>Un syst�me de retraites compl�mentaires est pr�vu par ailleurs par la convention collective du 14 mars 1947, sign�e par le Conseil national du patronat fran�ais et les organisations syndicales repr�sentatives des cadres et ing�nieurs (des retraites compl�mentaires pour les salari�s seront cr��es d�s 1957). Une ordonnance du 7 janvier 1959 pr�voit le fonctionnement des institutions gestionnaires de ce r�gime des cadres qui est plac� sous le signe de la � r�partition � ; les allocations sont octroy�es en fonction des � points � de retraite et en proportion des versements effectu�s et de la valeur du salaire de r�f�-</p><p>rence. Le droit conventionnel ach�ve ainsi de pr�ciser le droit fran�ais de l�assurance vieillesse, qui, pour avoir longuement attendu sa naissance, s�est singuli�rement d�velopp� depuis 1945.</p><p>J. L.</p><p>&amp; Rapport de la Commission d��tude des probl�mes de la vieillesse (la Documentation fr., 1962). / H. Hatzfeld, Du paup�risme � la s�curit� sociale. Essai sur les origines de la S�curit� sociale en France, 1850-1940 (A. Colin, 1971).</p><p>vieillissement de</p><p>la population</p><p>Ph�nom�ne d�augmentation du</p><p>nombre des personnes �g�es dans une population.</p><p>Le ph�nom�ne</p><p>On a maints exemples de populations dont l��ge moyen des individus s��l�ve</p><p>progressivement dans le temps. Ainsi, en France, cet �ge moyen, de l�ordre de 27 ans � la fin du XVIIIe s., atteint maintenant 35 ans environ. Cette �volution r�sulte de modifications dans la r�partition des individus selon les diff�rentes classes d��ges, avec augmentation relative du nombre de ceux qui se situent dans les classes d��ges les plus �lev�s ; on donne � ce processus le nom de vieillissement de la population.</p><p>Si l�on prend comme exemple l��volution de la situation � cet �gard en France depuis deux si�cles, on peut dire que l�effectif des personnes �g�es a augment� plus que l�effectif de l�ensemble de la population. On remarque encore que la proportion repr�sent�e par la classe d��ge interm�diaire (20-59 ans) a peu �volu�, ne s��cartant jamais sensiblement de 50 p. 100, l�augmentation du pourcentage des personnes �g�es s�accompagnant</p><p>d�une diminution sensiblement �gale de la proportion des jeunes (moins de 20 ans).</p><p>Comme, dans une g�n�ration, la</p><p>proportion des personnes d�passant un certain �ge est d�autant plus forte que la mortalit� est plus basse et comme, d�autre part, ce sont dans les populations � plus haute mortalit� (populations de pays sous-d�velopp�s) que se trouvent les plus faibles pourcentages de gens �g�s (en Inde, en �gypte, en Alg�rie, les � plus de 60 ans � ne constituent gu�re plus de 4 p. 100 du total de la population), le vieillissement de la population est couramment attribu� � la baisse de la mortalit�. Or, il n�en est rien : on s�aper�oit que la baisse de la mortalit�, qui s�est d�j� produite depuis quelques d�cennies dans certains pays du tiers monde, a �t� downloadModeText.vue.download 319 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11530</p><p>sans effet appr�ciable sur la r�partition par �ge de la population ; s�il en va diff�remment dans les pays europ�ens, c�est que la baisse de la mortalit� s�est aussi accompagn�e d�une baisse de la natalit� (ce qui n�a g�n�ralement pas eu lieu en pays sous-d�velopp�).</p><p>Si la baisse de la mortalit�, dans les conditions o� elle s�est effectu�e, n�a pas modifi� sensiblement � elle seule la structure par �ge de la population, c�est qu�elle a r�sult�, en fait, d�une r�gression des risques de d�c�s � tous les �ges, et m�me d�une r�gression d�autant plus forte qu�il s�agit d��ges plus jeunes ; alors, les vies ainsi �pargn�es sont venues grossir les effectifs de la population des divers �ges, sans perturber v�ritablement la r�partition de l�ensemble (des calculs pr�cis montrent qu�il en r�sulte un l�ger gonflement relatif des classes d��ges les plus jeunes et les plus �lev�s).</p><p>Les principaux facteurs</p><p>C�est la baisse de la natalit� qui est, en r�alit�, le facteur de vieillissement d�cisif des populations ; elle diminue en quelque sorte l�alimentation des populations concern�es en �l�ments jeunes, qui perdent de ce fait de leur importance relative, tandis que les �l�-</p><p>ments �g�s gagnent corr�lativement en pourcentage.</p><p>Le vieillissement peut aussi r�sulter d�autres m�canismes, comme l�existence de migrations. L��migration, qui est le fait d��l�ments jeunes, est un facteur de vieillissement pour les pays de d�part, alors qu�elle est facteur de rajeunissement (ou, du moins, elle constitue un frein au vieillissement) de la population des pays d�accueil. Ainsi s�explique le vieillissement g�n�ralis� des r�gions rurales de plus en plus d�sert�es ; ici, d�ailleurs, l��migration entra�ne, par tarissement progressif des classes d�adultes jeunes, une baisse de la natalit�, et les deux facteurs conjuguent leurs effets.</p><p>Cro�tre ou vieillir</p><p>En s�en tenant � l�effet du mouvement naturel (r�sultante de la natalit� et de la mortalit�) sur la structure par �ge des populations, on voit que celles-ci sont enferm�es dans le dilemme suivant : cro�tre ou vieillir ; seul, en effet, le maintien de la natalit� � un niveau constant fait �chec au vieillissement, mais alors (en raison d�une mortalit� toujours en baisse) la croissance d�mo-</p><p>graphique peut �tre impressionnante, et, si cette croissance est frein�e (par baisse de la natalit�, l��ventualit� d�une hausse de la mortalit� �tant impensable), le vieillissement est in�luctable.</p><p>Dans les limites d�une esp�rance de vie � la naissance de 80 ans et avec la tr�s basse f�condit� qui suffirait alors pour maintenir la population dans l��tat stationnaire (� peine plus de 2 enfants en moyenne par femme), on aurait la structure d��quilibre selon les �ges suivante :</p><p>Si, dans l�avenir, la mortalit� �tait combattue encore plus efficacement (si le cancer �tait couramment gu�rissable, si les affections cardio-vasculaires �taient efficacement combattues jusqu�� un �ge avanc�), la baisse globale de la mortalit� qui en r�sulterait serait un facteur de vieillissement de la population, car les gains en vies humaines ne porteraient plus que sur des sujets �g�s (de toute fa�on, la mortalit� des jeunes, actuellement, n�est pas loin d��tre nulle).</p><p>Le ph�nom�ne du vieillissement</p><p>concerne non seulement les populations entendues au sens habituel, mais tout ensemble d�individus que les circonstances de la vie collective am�nent � consid�rer. On pourra constater que la population �tudiante vieillit (parce que les �tudes se prolongent plus qu�autrefois), que la population de tel corps social vieillit (parce qu�il y a tarissement du recrutement � ainsi la population des pr�tres par crise de vocations).</p><p>Les cons�quences</p><p>du vieillissement</p><p>Les cons�quences du vieillissement et les probl�mes qu�elles posent sont nombreux. Ainsi, la modification</p><p>de la r�partition par �ge, qui d�finit le ph�nom�ne, s�accompagne de la</p><p>croissance des besoins plus particuli�rement sp�cifiques au � troisi�me �ge �, tels les besoins m�dicaux.</p><p>Comme le vieillissement s�est produit � une �poque d��clatement des structures familiales traditionnelles, dans lesquelles cohabitaient et se soutenaient les diff�rentes g�n�rations d�une m�me lign�e, l�entretien</p><p>de personnes �g�es, en augmentation (absolue et relative) consid�rable, exige une prise en charge directe par l�ensemble de la soci�t� au moyen de transferts* financiers divers. � cet �gard, le probl�me des retraites* se pose diff�remment dans une population vieille et dans une population jeune. Quel que soit le syst�me qui pr�vaut (retraite par capitalisation ou retraite par r�partition), l�octroi d�un pouvoir d�achat aux inactifs �g�s suppose toujours un pr�l�vement sur la production* du moment, fruit du travail* des actifs : toutes choses �gales d�ailleurs, la ponction sera d�autant plus lourde que les b�n�ficiaires constitueront une fraction plus importante de l�ensemble de la population ; le probl�me des transferts ainsi pos�, qui, en d�finitive, est toujours d�essence politique, sera donc d�autant plus difficile � r�soudre que le degr� de vieillissement de la population sera plus prononc�. Ici, une �l�vation de l��ge de la retraite peut �tre un correctif, d�application difficile toutefois, en raison des aspirations des int�ress�s.</p><p>Le vieillissement des populations retentit �galement sur les mentalit�s, � la fois par la pr�pond�rance que finissent par prendre les personnes les plus �g�es dans l�ensemble du corps social (aspect statique) et par un renouvellement trop lent des g�n�rations (aspect dynamique), li� au faible taux de croissance qui s�observe toujours dans une population vieillie.</p><p>C�est ainsi que le vieillissement p�se beaucoup sur le corps �lectoral et les votes qui en �manent. Les inconv�-</p><p>nients du vieillissement se ressentent encore de fa�on particuli�rement sensible en ce qui concerne le personnel de responsabilit� et de direction (chef d�entreprise, cadres). On pourrait �tendre ces observations � l�ensemble des classes dirigeantes et dresser un bilan tr�s n�gatif du vieillissement des �lites (cas des assembl�es parlementaires par exemple). Parfois le vieillissement s�entretient lui-m�me ; � cet �gard, le recrutement par cooptation, joint au syst�me d��lection � vie (dans les acad�mies savantes par exemple), aggrave le vieillissement naturel de collectivit�s qui, de ce fait,</p><p>remplissent difficilement leur mission dans des domaines o� l�on n�a jamais trop de jeunesse pour suivre des �v�-</p><p>nements (scientifiques ou autres) qui �voluent � une vitesse accrue.</p><p>L�antidote au vieillissement reste donc la croissance*. Mais celle-ci ne peut �tre infinie dans un monde fini.</p><p>Le vieillissement semble donc in�-</p><p>vitable, comme les probl�mes qu�il am�ne avec lui.</p><p>R. P.</p><p>F D�mographie / Population / Vieillesse (assurance).</p><p>Vieira (Ant�nio)</p><p>�crivain et homme politique portugais (Lisbonne 1608 - Bahia 1697).</p><p>Il est le plus grand orateur religieux, le meilleur prosateur et l�une des figures les plus repr�sentatives du XVIIe s. au Portugal et au Br�sil.</p><p>Suscitant tour � tour la louange et la contradiction, il joue un r�le de premier plan dans l�histoire, la politique, la religion et la litt�rature.</p><p>Il suit ses parents au Br�sil en</p><p>1614, et ce premier s�jour durera vingt-six ans. Il entre dans la Compagnie de J�sus � Bahia (Salvador) en 1623. Apr�s des d�buts modestes, ses talents de latiniste lui font confier le rapport annuel de 1626 au g�n�ral de la Compagnie � Rome. Ayant appris � conna�tre et � aimer les Indiens, il veut consacrer sa vie � leur �vang�-</p><p>lisation. Mais on le destine � l�enseignement, et ses premiers sermons, o� il compare les souffrances des esclaves � celles de J�sus sur la Croix, le font remarquer. Les entreprises hollandaises contre le Br�sil le lancent dans la politique. En 1641, Vieira est � Lisbonne, et une longue amiti� commence entre lui et le nouveau roi.</p><p>Bient�t le jeune J�suite devient pr�dicateur de Jean IV, et il est charg� de missions diplomatiques officieuses en France, en Hollande et � Rome. Ses plans audacieux, son activit� indiscr�te et ses attaques contre les usages du Saint-Office suscitent des r�actions violentes, et, en 1653, Vieira downloadModeText.vue.download 320 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11531</p><p>retourne au Br�sil, o� il �vang�lise les Indiens et continue � fournir des avis et des plans. Les colons, irrit�s, le chassent, ainsi que les autres j�suites, du Par� et du Maranh�o. L�Inquisition peut enfin lui faire un proc�s, qui dure de 1663 � 1667. Vieira, emprisonn�, est oblig� de se soumettre sur l�ordre de Rome. La politique le sauve bient�t, mais la Cour se passe d�sormais de ses avis. Entre 1669 et 1675, Vieira est � Rome, o� il pr�che en italien devant les cardinaux et lutte avec succ�s en faveur des juifs convertis : les nouveaux-chr�tiens. Il passe les dix-sept derni�res ann�es de sa vie � Bahia, oeuvrant toujours pour am�liorer le sort des esclaves et pr�-</p><p>parant l��dition de ses 200 sermons ainsi que son grand trait� messianique De clavis prophetarum. Tuberculeux et palud�en, il meurt dans sa quatre-vingt-dixi�me ann�e.</p><p>Sa vie a �t� domin�e par l�id�e d�un mill�narisme imminent en faveur</p><p>d�un Portugal dont les tribulations n��taient que les �preuves purificatrices � la veille de la manifestation divine. Le Portugal est le pays �lu de la loi nouvelle. Alliant curieusement une clairvoyance �tonnante, un sens aigu des r�alit�s et sa grande chim�re, Vieira a �t� un ap�tre de la tol�rance.</p><p>Prot�geant les Noirs, � l�esclavage desquels il s�est pourtant r�sign�, il tente d�arracher le plus possible d�Indiens � la captivit�. Il prot�ge aussi les juifs convertis, dont le Portugal ne saurait se passer et qui ont un r�le dans la r�alisation du plan divin. Il organise des compagnies de commerce � l�image de la Hollande ; il ach�te des navires, et sa parole soul�ve les fid�les au Br�sil, au Portugal et � Rome. Parfois on se bouscule pour l�entendre. Marqu�s de contradictions beaucoup plus apparentes que r�elles, les p�rils au-devant desquels Vieira est all� sont les gages r�p�t�s de sa sinc�rit�.</p><p>Sa correspondance est le chef-</p><p>d�oeuvre de la litt�rature �pistolaire</p><p>portugaise. Ses lettres ont �t� r�ellement �crites � une soixantaine de correspondants illustres ou modestes.</p><p>Leur clart� et leur �l�gance en font un mod�le qui a contribu� � fixer la prose portugaise dans ses meilleurs usages. Elles sont aussi une mine de renseignements sur Vieira et son temps : tous les grands �v�nements de l��poque y ont trouv� leur �cho.</p><p>Les rapports et les avis politiques adress�s aux souverains et aux autorit�s responsables s�expliquent par la r�action du patriote clairvoyant et du pr�tre, mais ils r�v�lent aussi le temp�rament de l�homme politique, voire de l�homme d��tat. Vieira dit sa conception de la guerre contre la Castille et la Hollande. Intransigeant pour ce qui est de la foi, il d�nonce le z�le du Saint-Office, qui serait temp�r� si ses interventions ne s�assortissaient pas d�une confiscation des biens des pr�venus. Quant aux Indiens, il veut en faire des travailleurs libres qui tra-vailleront une moiti� de l�ann�e pour eux et l�autre pour leur ma�tre moyennant salaire.</p><p>Son utopie inspire une grande</p><p>partie de son oeuvre. Son Histoire du futur, �crite en portugais, devait convaincre les autorit�s de l��tat. La Clavis prophetarum, inachev�e �galement, est un trait� savant en latin, destin� � convaincre les th�ologiens et l��glise. Le mill�narisme mitig�</p><p>de Vieira pr�voyait une th�ocratie bic�phale, le Christ gouvernant � travers le pape pour le spirituel et le roi du Portugal pour le temporel.</p><p>Dans ses sermons, Vieira cherche</p><p>avec passion l�efficacit�. Il accepte les agr�ments du conceptisme mais condamne les obscurit�s du cultisme.</p><p>Il a parl� devant les rois et devant les esclaves, et il parle � chacun le langage qu�il peut entendre. Les variations du vocabulaire et de la tonalit� sont pour beaucoup, outre l�originalit� de la pens�e, dans l�impression de vari�t� qui na�t de ses discours. Son public est assur� de ne pas s�ennuyer, mais il n�est jamais flatt� ; le pr�dicateur veut quelque chose de lui et le demande avec rudesse. Vieira remplit sa mission d�enseignement religieux, mais il fait une large place � l�actualit�, aux probl�mes urgents. La chaire chr�tienne est devenue une tribune politique o� l�orateur met toutes les ressources de son talent au service d�une conviction qu�il veut faire traduire au plus t�t dans les faits. Parfaitement conscient et ma�tre de ses effets, Vieira appara�t comme un orateur g�nial, dont l��loquence, comme</p><p>celle des Anciens, s�adresse autant aux sens qu�� l�esprit.</p><p>R. C.</p><p>&amp; J. L. de Azevedo, Historia de Ant�nio Vieira (Lisbonne, 1918-1920 ; 2e �d., 1931 ; 2 vol.). /</p><p>S. Leite, Historia do Companhia de Jesus no Brasil, t. IX (Rio de Janeiro, 1950). / R. Cantel, les Sermons de Vieira. �tudes du style (S. F. I. L., Poitiers, 1960) ; Proph�tisme et messianisme dans l�oeuvre d�Ant�nio Vieira (Ediciones hispano-americanas, 1961).</p><p>Vieira da Silva</p><p>(Maria Elena)</p><p>Peintre fran�ais d�origine portugaise (Lisbonne 1908).</p><p>Apr�s des �tudes de musique, de</p><p>peinture et de sculpture au Portugal, elle arrive en 1928 � Paris, o� elle est l��l�ve de A. Bourdelle � la Grande-Chaumi�re, de C. Despiau</p><p>� l�Acad�mie scandinave. Fortement impressionn�e par une exposition de Bonnard*, elle s�oriente de plus en plus vers la peinture (ateliers de Charles Dufresne, d�Henry de Waroquier,</p><p>d�Othon Friesz, acad�mie de Fernand L�ger). En 1932, elle rencontre Jeanne Bucher, qui deviendra son marchand, et s�int�resse � l�oeuvre constructiviste de l�Uruguayen Joaqu�n Torres Garc�a (1874-1949). Elle a �pous� en 1930 le peintre hongrois Arpad Szenes (n� en 1897). Tous deux vivront d�sormais � Paris, � l�exception de s�jours � Lisbonne et au Br�sil (1940-1947), et seront naturalis�s fran�ais en 1956, date � laquelle leur notori�t�, et surtout celle de Vieira da Silva, sera bien affirm�e.</p><p>Leurs oeuvres se sont d�velopp�es avec une consonance certaine, mais en faisant appel � des moyens plastiques tr�s diff�rents. Alors que Szenes suscite des espaces de plus en plus ind�-</p><p>termin�s dans une recherche po�tique et contemplative, Vieira s�oriente vers des structures plus affirm�es, fait fuir des perspectives qui se r�v�lent aberrantes dans leurs d�formations. Un de ses th�mes de d�part sera le pont trans-bordeur de Marseille (toile de 1930).</p><p>D�autres motifs viendront pr�ciser cette pr�dilection pour des jeux de lignes qui tourneront � l�enchev�tre-</p><p>ment : l��talement et l��tagement des villes, l�accumulation des ateliers et des biblioth�ques, les gares et les ports.</p><p>Mais la repr�sentation n�en est jamais r�aliste : l�entrecroisement des trac�s, les losanges et les carreaux des compartiments color�s sugg�rent des espaces dont l�identit� n�est qu�allusive et qui deviennent souvent purement imaginaires (le Couloir sans limites, 1942-1948, coll. priv. ; la Bataille des couteaux, 1948, mus�e Boymans-Van Beuningen, Rotterdam). Le traitement en est subtil, mais tr�s sobre : lignes irr�guli�res, rarement courb�es, dispos�es en r�seaux ou en faisceaux, usage retenu des couleurs, chaque toile �tant modul�e � partir d�un ton dominant.</p><p>Chemin faisant, la pr�sence humaine a �t� progressivement �limin�e. En 1942, le D�sastre (coll. priv.) repr�-</p><p>sente un effort pour l�int�grer dans la composition et pourrait constituer un hommage � Paolo Uccello ; les silhouettes sont ensuite de plus en plus absorb�es par l��chiquier des surfaces color�es (les Joueurs de cartes, 1947-48, coll. priv.). La sc�ne est d�sormais vide et d�autant plus inqui�tante. Rien, en effet, n�est stable : l��quilibre des lignes horizontales et verticales est perturb� par des obliques ; les surfaces, quand elles subsistent, ondulent ou se fixent en des positions ambigu�s, toujours mises en cause par le contexte ambiant. Certaines toiles imposent l�animation d�un espace naturel (l�Aire du vent, 1966, coll. priv.), tandis que celles-m�mes qui impliquent plus</p><p>de calme et de structuration logique (Conseil du nombre, 1967, coll. priv.) s�av�rent en proie � un secret dynamisme qui les bouleverse.</p><p>Aussi l�oeuvre de Vieira da Silva re-fl�te-t-elle souvent des sentiments d�inqui�tude et d�angoisse, mais �tonnam-ment domin�s par une vision recueillie et par une transposition quasi musicale (l��quit�, 1966, coll. priv., tout en modulations de blancs et de bistres). Cette s�r�nit� reconquise se manifeste le plus clairement dans les vitraux cr��s pour downloadModeText.vue.download 321 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11532</p><p>l��glise Saint-Jacques de Reims et r�alis�s par Charles Marq (1967-1975).</p><p>M. E.</p><p>&amp; D. Vallier, Vieira da Silva (Weber, 1971). /</p><p>G. Weelen, Vieira da Silva (Hazan, 1973).</p><p>Vien (Joseph</p><p>Marie)</p><p>Peintre fran�ais (Montpellier 1716 -</p><p>Paris 1809).</p><p>Au cours de sa longue carri�re, Vien exprima tour � tour dans son oeuvre l�esprit sentimental et sentencieux du XVIIIe s., puis cet int�r�t passionn� pour l�arch�ologie qui se traduisit par la mode antiquisante et d�clencha le mouvement n�o-classique (v. classicisme).</p><p>Apr�s un premier apprentissage</p><p>dans sa ville natale, il re�oit � Paris les conseils de Charles Joseph Natoire (1700-1777) et suit l�enseignement de l�Acad�mie (1741-1743). En 1743, il obtient le prix de Rome (David se r�signant � la volont� du Seigneur qui a frapp� son royaume de la peste, �cole des beaux-arts, Paris). Pensionnaire de l�Acad�mie de France � Rome de 1744</p><p>� 1750, il assiste aux d�couvertes de Pomp�i et d�Herculanum, est un lecteur assidu de Plutarque et de Tite-Live.</p><p>Ayant visit� les grands centres de la cr�ation artistique en Italie, il rentre en France persuad� qu�il faut rem�dier aux � faiblesses � de l��cole fran-</p><p>�aise, sous l�autorit� de Rapha�l et de Michel-Ange, mais aussi des Bolonais.</p><p>Ces influences sont sensibles dans sa peinture religieuse, par exemple dans la suite peinte en Italie pour l��glise Sainte-Marthe de Tarascon (sc�nes de la vie de sainte Marthe). Si son tableau de l�Ermite endormi (Louvre) rencontre un grand succ�s public, Vien est critiqu� pour son r�alisme par l�Acad�mie, qui l�agr�e cependant en 1751, puis le re�oit en 1754 (D�dale et Icare, �cole des beaux-arts).</p><p>Engag� surtout, jusqu�aux an-</p><p>n�es 60, dans une restauration de la grande peinture religieuse, n�glig�e depuis Jouvenet* et Restout*, Vien traite aussi avec pr�dilection les sujets</p><p>antiquisants. D�s son s�jour � Rome, il a �t� l�ami et le prot�g� du comte de Caylus, qui faisait des recherches sur les techniques picturales des Anciens</p><p>� ainsi la peinture � l�encaustique, proc�d� selon lequel sont peints les tableaux expos�s au Salon de 1755</p><p>(Nymphe de Diane occup�e de l�Amour endormi). Une de ses oeuvres les plus c�l�bres, la Marchande d�Amours</p><p>(1763, palais de Fontainebleau), peinte pour Mme du Barry, est la transposition d�une fresque romaine. De tels tableaux seront � l�origine d�une durable mode</p><p>� � la grecque �. Le go�t de Vien pour l�Antiquit� se manifeste aussi dans un travail d�ornemaniste, un recueil de Vases grav� par sa femme (1760). Dans la peinture de Vien, le souci d��tude r�aliste des visages et des d�tails s�associe � une composition fond�e sur le relief des figures, qui se d�tachent sur un fond d�architecture antiquisante ou sur un paysage (Saint Thibault offre au roi Saint Louis et � la reine Marguerite de Provence une corbeille de fleurs, 1775, mus�e de Versailles [commande royale de 1767]).</p><p>L�influence de Vien s�exer�a beaucoup par son enseignement. Professeur � l�Acad�mie, le peintre avait aussi ouvert une �cole particuli�re tr�s fr�-</p><p>quent�e. David* fut son �l�ve. Directeur de l�Acad�mie de France � Rome de 1775 � 1781, Vien y imposa une discipline de fer tant dans les moeurs que dans le travail. Premier peintre du roi et directeur de l�Acad�mie en 1789, il eut encore, malgr� son �ge, une importante activit� d�administrateur et donna plusieurs s�ries de dessins, surtout consacr�s � l�Antiquit� grecque.</p><p>Le Consulat et l�Empire lui r�serv�rent de nouveaux honneurs. Son fils unique, Joseph Marie Vien fils (1761-1848), �galement peintre, se consacra � la miniature et au portrait.</p><p>E. P.</p><p>Vienne</p><p>En Allem. WIEN, capit. de l�Autriche ; 1 615 000 hab.</p><p>LA G�OGRAPHIE</p><p>Situation et site Vienne s�est d�velopp�e � un carrefour de voies naturelles qui correspond �galement � un carrefour g�ologique. En effet, c�est sur les derniers (ou les premiers) contreforts alpins que s�est install�e la ville. Toutefois, les Romains, qui marqu�rent de leur empreinte</p><p>les pays au sud du Danube, avaient d�abord donn� la pr�f�rence � Carnun-tum, un peu plus � l�est de la capitale actuelle. Mais, les Barbares ayant facilement emport� la place, ils pr�f�r�rent un site plus facile � d�fendre. Situ�e sur une petite rivi�re, la Wien, Vindobona a �t� implant�e sur le dernier bourrelet alpin, avant l�actuel bassin de Vienne. La situation de carrefour �tait sauvegard�e. Les Alpes favorisent, le long du Danube, la circulation longitudinale ; gr�ce au bassin g�ologique de Vienne, � la Morava et au couloir de Moravie, Vienne se situe sur la grande route Venise-Tch�coslovaquie-Allemagne-Scandinavie. L�histoire et la politique, sans doute, expliquent qu�un des plus remarquables carrefours de l�Europe centrale n�ait connu qu�un essor relativement tardif.</p><p>Le site n�est pas comparable � celui de Linz ou de Passau, o� le passage du fleuve a donn� naissance � une ville-pont. � la hauteur de Vienne, le Danube est violent et, jadis, il divaguait au milieu de prairies parsem�es d�aulnes.</p><p>Aussi a-t-on pu dire que Vienne n�est pas situ�e sur le Danube.</p><p>Ses relations avec ce dernier, selon les Viennois, sont nonchalantes, un schlampertes Verh�ltnis. La ville cache le Danube � l��tranger, si bien que celui-ci peut se promener des heures durant � travers l�organisme urbain sans jamais voir le fleuve : rien de comparable � Paris et � Londres, o� Seine et Tamise ont �t� int�gr�es dans le paysage urbain en donnant naissance � des fronts de fleuve accompagnant le cours d�eau. Le touriste d�barquant d�un paquebot danubien sera accueilli downloadModeText.vue.download 322 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11533</p><p>par des gazom�tres, des installations industrielles, des � casernes d�habitations �, des gares de marchandises et les espaces verts destin�s � recevoir les eaux du fleuve lors des crues. Avec quelque chance, il apercevra le toit de la cath�drale Saint-�tienne ; les charmes de la ville sont ailleurs. Ce n�est qu�� une date r�cente que des efforts, gigantesques, ont �t� faits pour int�grer le fleuve dans l�organisme urbain. La branche principale du fleuve coulait imm�diatement aux pieds de l�enceinte urbaine jusqu�au XVIIIe s. Inondations, difficult�s de navigation, mar�cages, foyers d�infection �taient autant d�obstacles � l�utilisation du fleuve.</p><p>Les grandes phases du</p><p>d�veloppement urbain</p><p>Du XVIe au XIXe si�cle</p><p>Au cours du XVIe s., les Habsbourg choisissent Vienne, en raison de sa remarquable situation g�ographique, comme r�sidence principale de leurs possessions ; l�urbanisation de la noblesse, gagnant alors l�Europe centrale, accentuera l�essor de la ville. Cet �v�nement se place quatre ans apr�s une premi�re alerte : Soliman le Magnifique, avec une arm�e de 250 000 hommes, avait essay�, en 1529, de prendre la ville.</p><p>La Vienne du XVIe s. est encore peu d�velopp�e ; pendant tout le Moyen �ge elle d�pendait, sur le plan religieux, de l��v�ch� de Passau. Ce n�est qu�en 1469 qu�un �v�ch� y a �t� cr��.</p><p>La Klosteroffensive (� offensive des clo�tres �), en relation avec la ContreR�forme, entra�ne l�essor des couvents, des abbayes et des autres �difices religieux. De ce fait, la classe bourgeoise, notamment les marchands, voit son importance d�cliner. Cela se r�percutera sur le cadre architectural de la ville : la propri�t� fonci�re changera de nature.</p><p>La victoire sur les Turcs devant les portes de Vienne en 1683 est un tournant capital dans le d�veloppement de la ville. � partir de cette date, l�expansion des Habsbourg dans le sud de l�Europe centrale fait dispara�tre la crainte d�une occupation turque qui pesait sur Vienne depuis 1529.</p><p>La p�riode baroque (1683-1770) est une �re de construction active qui voit doubler la population de la ville. Les maisons gothiques aux fa�ades �troites sont d�molies par rues enti�res. Sur les parcelles remembr�es, on construit des palais, des �glises, des couvents ou des maisons de rapport. La r�novation du centre entra�ne l�expulsion de l�artisanat vers la p�riph�rie. Les faubourgs se d�veloppent rapidement, alors que, pendant toute la p�riode des menaces turques, ils ont connu une stagnation permanente. Une nouvelle enceinte, correspondant � l�actuel G�rtel, est �difi�e en 1706. Tr�s rapidement, la ville franchit l�enceinte, en direction de l�ouest, avec les faubourgs de F�nfhaus et de Neulerchenfeld.</p><p>Vers 1770 d�bute une autre p�riode d�expansion : l�� �re des manufactures � (Manufakturzeitalter). Elle se terminera vers 1840. De nouvelles couches sociales font leur apparition : entrepreneurs, directeurs de manufactures, banquiers, commer�ants en gros et fonctionnaires sup�rieurs. L��poque des grands palais nobiliaires approche de sa fin. Cette p�riode est caract�ri-s�e par des aspects architecturaux plus bourgeois. La crise financi�re, qui atteint la noblesse, fait que, dans le paysage urbain, les grands �difices administratifs, aux allures sobres, les habitations bourgeoises et les immeubles locatifs se c�toient de plus en plus.</p><p>La p�riode d�cisive :</p><p>la seconde moiti� du XIXe si�cle</p><p>La seconde moiti� du XIXe s. voit l�ascension progressive mais rapide de Vienne au niveau d�une m�tropole mondiale. En 1840, toute l�agglom�ration viennoise comptait 440 000 habitants ; en 1910, le chiffre de 2 millions est d�pass�.</p><p>De nouveaux faubourgs se d�ve-</p><p>loppent � l�ext�rieur de l�enceinte.</p><p>Mais pr�s des trois quarts des maisons d�habitation d�avant 1840 sont d�molies dans la vieille ville et la premi�re ceinture des faubourgs. Un nouvel exode de population vers la p�riph�rie en est la cons�quence directe. � partir de 1857, les autorit�s font proc�der � la d�molition des fortifications, ce qui</p><p>permet d�accro�tre la circulation par l�interm�diaire du Ring. Une partie des terrains r�cup�r�s est occup�e par de grandioses b�timents publics, faisant rena�tre les splendeurs de l��poque des palais baroques.</p><p>Le chemin de fer est amen� par des gares terminales � proximit� de ce qui a �t� l�enceinte du XVIIIe s. La gare du Sud (S�dbahnhof) est ouverte en 1841. La gare Fran�ois-Joseph (Franz-Josef-Bahnhof), � proximit� du canal du Danube, est commenc�e � partir de 1867. Toutefois, c�est la gare du Nord (Nordbahnhof), construite en 1837, qui a �t� la premi�re gare viennoise.</p><p>La ligne qui la dessert, la Nordbahn, reliant Deutsch-Wagram � Vienne en passant par Floridsdorf, qui devait en �tre le principal b�n�ficiaire sur le plan du d�marrage industriel, est une des principales voies menant � Vienne.</p><p>L�implantation des voies ferr�es et des gares ne s�est pas faite au hasard : l�intention �tait de faciliter le ravitaillement des casernes et de faire venir rapidement de province des troupes en cas de r�volution. En effet, les principales gares �taient coupl�es avec des complexes militaires (casernes, entrep�ts), si bien que la strat�gie militaire ne perdait pas ses droits dans l�urbanisme du XIXe s. Le d�veloppement de l�arsenal, � proximit� des gares du Sud et de l�Est, s�explique de la m�me fa�on.</p><p>Pendant longtemps, l��tat fut souverain dans le domaine architectural et urbanistique. La municipalit� exer�a pour la premi�re fois son influence en 1890, lorsqu�il fallut remplacer le</p><p>� Linienwall � par une nouvelle ceinture. Jusque-l�, ses comp�tences se limit�rent essentiellement � l�assurance du ravitaillement et au d�veloppement du syst�me d�enseignement</p><p>primaire. Lors des �lections de 1895, le parti petit-bourgeois Christlichsoziale Partei conquit la majorit� au conseil municipal. Le maire Karl Lueger fut � l�origine du � socialisme municipal �, tant admir� en Europe. Il r�ussit � municipaliser les soci�t�s, souvent �trang�res, qui contr�laient la production de gaz et d��lectricit�. En 1903, les entreprises de transports urbains sont</p><p>municipalis�es ; soixante-dix �coles furent �difi�es en quinze ans. Des h�pitaux municipaux furent construits dans la partie ouest de la ville (Lainzer Krankenhaus). La municipalit� cr�a et d�veloppa les caisses d��pargne, des soci�t�s d�assurance municipales.</p><p>La r�gularisation du Danube (1869-1875) fut une des grandes r�alisations de l��poque. Les crues r�p�t�es n�cessit�rent de grands travaux. Le fleuve fut install� dans un lit rectiligne qui recoupait la Auenlandschaft, c�est-�-</p><p>dire toute une zone amphibie de bras et d��les occup�s par l�eau, les pr�s, les mar�cages et de petits bois. Le Danube fut accompagn� sur la rive gauche d�un ruban de pr�s de 500 m de large servant � recueillir les eaux de crue. En p�riode normale, cette zone donne l�aspect d�espaces verts, mais introduit n�anmoins une coupure dans l�espace urbain. La Alte Donau et quelques autres plans d�eau dans la zone du Prater sont les t�moins du passage d�sordonn� du fleuve � travers Vienne. La r�gularisation n�entra�na de construction de quais que sur la rive droite. La construction de la Donauu-ferbahn permit de relier les bords du fleuve avec les gares urbaines. Ce n�est qu�en 1902 qu�on entreprit, en utilisant un bras abandonn� du Danube, de construire un port � d�hiver � � Freu-denau (extr�mit� sud-est du Prater). Le port d�Albern, situ� au sud-est du pr�-</p><p>c�dent, n�a connu qu�un d�but de r�alisation. La reprise de l�extension est en relation avec la r�alisation du canal Main-Danube, qui laisse de grands espoirs � la navigation danubienne. Le port de Lobau a �t� sp�cialis� dans le trafic p�trolier. Le d�veloppement de la raffinerie de Schwechat est en relation avec ce dernier.</p><p>Le XXe si�cle</p><p>La troisi�me grande �poque de l�expansion de Vienne fut marqu�e en 1904</p><p>par la travers�e du Danube en direction de Floridsdorf. Le passage de la voie ferr�e, l�existence d�un pont avaient fait de cette localit� la � t�te de pont industrielle �. Les projets grandioses d�un canal Danube-Oder formaient</p><p>l�arri�re-plan de la politique d�extension sur la rive gauche. La d�cennie</p><p>pr�c�dant la Premi�re Guerre mondiale ne suffit pas pour donner aux responsables le temps de r�aliser les plans ambitieux. La guerre et le d�membrement de l�Empire cons�cutif � sa d�-</p><p>faite laiss�rent la rive gauche dans une situation d�inach�vement. Des maisons de rapport de plusieurs �tages, implant�es aux carrefours, contrast�rent avec l��normit� des surfaces agricoles du Marchfeld.</p><p>L�ann�e 1918 marque pour Vienne</p><p>une coupure beaucoup plus importante que pour les autres capitales europ�ennes. Ancienne m�tropole d�un</p><p>empire de plus de 50 millions d�habitants, Vienne ne fut plus, d�s lors, que la capitale d�un territoire de 6,5 millions d�habitants. Les bases de l�existence urbaine �taient atteintes dans leur profondeur. D�une position centrale, au sein de l�Empire, la ville se vit repouss�e dans une situation p�riph�rique, dans le cadre purement autrichien. En plus, Vienne � la rouge �, la socialiste, ne fut pas totalement reconnue par le reste de l�Autriche, plus conservateur.</p><p>Les probl�mes �taient graves, car l�industrie lourde avait �t�, dans le cadre de l�Empire austro-hongrois, �tablie en Boh�me-Sil�sie. L�industrie textile viennoise vivait en partie en symbiose avec celle des pays sud�tes. La disparition de l�Empire amena celle d�une client�le de luxe qui avait suscit� le d�veloppement de nombre d�industries � Vienne.</p><p>downloadModeText.vue.download 323 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11534</p><p>La chute de la monarchie entra�na une �migration importante. Au</p><p>moins 340 000 non-Autrichiens, surtout des Tch�ques, quitt�rent Vienne apr�s 1918. La population tomba</p><p>de 2 275 000 habitants en 1915 �</p><p>1 842 000 en 1919. Le repli sur les territoires purement allemands apr�s 1918</p><p>amena une restriction de la zone de recrutement de la population de la ville.</p><p>La conception urbanistique changea compl�tement apr�s 1918. L�administration social-d�mocrate n�avait plus � affronter le pouvoir imp�rial.</p><p>La construction de logements devint le premier probl�me de la municipalit�. C�est uniquement � travers les options socialistes qu�on peut comprendre le d�veloppement de Vienne apr�s 1918. La municipalit� acheta des terrains afin de limiter la sp�culation fonci�re. De 5 504 ha en 1914, les propri�t�s fonci�res municipales pass�rent � 6 689 ha en 1926. L�innovation</p><p>anglaise de cit�-jardin fut introduite.</p><p>Mais on fit appel �galement � l�id�e allemande de coop�ratives de construction (syst�me Raiffeisen).</p><p>L�urbanisme �voluant, on construisit entre les deux guerres des ensembles collectifs comportant des �quipements sociaux. Ce fut le type des � Hof �, o� les jardins int�rieurs devaient constituer des aires de calme : Karl-Marx-Hof, Karl-Seitz-Hof et Reumannhof symbolisent l�urbanisme de la Ire R�publique d�Autriche.</p><p>La Seconde Guerre mondiale en-</p><p>tra�na des destructions importantes.</p><p>Sur 706 000 logements, 87 000 furent totalement ou partiellement d�truits.</p><p>La reconstruction amena une nouvelle phase dans l�urbanisme viennois.</p><p>Entre les deux guerres, la muni-</p><p>cipalit� avait fait construire pr�s de 60 000 logements, ce qui avait amen� l��largissement de la ceinture d�habitations pavillonnaires et des immeubles collectifs. Cette tendance a continu� apr�s 1945. � c�t� de la construction de logements, l�am�nagement</p><p>de � subcentres �, avec �quipements commerciaux et collectifs, int�resse surtout les zones p�riph�riques, les quartiers du XIXe s. ayant souvent leurs rues commer�antes. Le sous-d�veloppement commercial �tait plus aigu sur la rive gauche dans la � Donaustadt � ; mais l��tendue des espaces non b�tis a permis d�y am�nager, selon les normes urbanistiques, les �quipements n�cessaires et souhaitables.</p><p>Sur le plan de l�architecture, de l�urbanisme, Vienne est le r�sultat d�un h�ritage complexe et de plusieurs id�ologies. C�est dans cet esprit qu�il faut comprendre le caract�re de chaque quartier.</p><p>L�utilisation du sol Sur un total de 41 409 ha, la surface b�tie n�occupe qu�environ 5 000 ha, soit un peu plus de 12 p. 100. Le centre-ville (Innere Stadt) ne couvre que 288 ha. Tout le reste a �t� annex� au cours des XVIIIe-XIXe s. et surtout au d�but du XXe s. Floridsdorf, l�annexe industrielle de rive gauche, couvre � elle seule 4 535 ha. Si l�on fait abstraction de la Donaustadt, compos�e de huit noyaux anciens (Aspern, Breiten-lee, Essling, Hirschstetten, Kagran, Stadlau, S�ssenbrunn, Kaiserm�hlen, soit au total 10 266 ha), Floridsdorf est d�sormais le quartier le plus �tendu.</p><p>Les multiples annexions ont laiss� subsister d�importantes surfaces agricoles, surtout sur la rive gauche du Danube. Les accidents topographiques � l�ouest, par contre, ont favoris� le maintien de la vigne. Aussi peut-on �tre �tonn� de relever les chiffres suivants : labours, 10 800 ha ; pr�s, 3 000 ha ; jardins, 8 000 ha ; vignes, 600 ha ; p�turages, 7 000 ha ; surface b�tie, 5 000 ha ; divers (rues, places, cours d�eau, etc.), environ 5 000 ha.</p><p>Les espaces agricoles jouent un</p><p>r�le double. Certains constituent une r�serve fonci�re importante ; ils forment de v�ritables poumons, ou filtres, dans une ville o� la pollution n�est pas n�gligeable. La carte de l�utilisation du sol montre qu�en dehors des quartiers du XIXe s. la densit� des espaces verts est assez �lev�e. Surtout, la vall�e du Danube, gr�ce � ses am�nagements de rive gauche en vue de l��talement des crues, est un axe de verdure sur une bonne partie de son cours. Les �tendues horticoles et mara�ch�res sont consid�rables. Une particularit� viennoise est le grand nombre de jardins ouvriers aux abords du fleuve.</p><p>L�espace urbain est loin d��tre den-sifi�. Des lacunes importantes subsistent. Elles r�sultent de l�avortement du d�veloppement pr�vu au d�but du si�cle, � la suite du d�membrement de l�empire d�Autriche. L�actuelle carte de l�utilisation du sol est donc, ph�no-m�ne exceptionnel, plus un h�ritage historique que l�expression du dynamisme urbain.</p><p>Les quartiers</p><p>Si Vienne, politiquement, correspond � une province autonome, elle est, administrativement, divis�e en vingt-trois arrondissements, ou Bezirke. La taille de ces derniers varie consid�rablement ; elle est fonction des p�riodes de croissance, c�est-�-dire d�annexion.</p><p>L�arrondissement le plus peupl�</p><p>est le Xe, au sud (Favoriten, Oberlaa, Rothneusiedl, Unterlaa), qui a aussi la plus forte population active industrielle. Suit le IIIe arrondissement, au sud-est du centre-ville, correspondant au quartier de la Landstrasse. Sa situation strat�gique sur la route menant vers la Hongrie lui a valu tr�s t�t un r�le d�cisif. Plus de la moiti� des actifs sont employ�s dans l�industrie, mais le commerce et les services administratifs y sont bien repr�sent�s.</p><p>Le XVIe arrondissement, ou Ot-</p><p>takring, d�borde d�j� sur les collines de l�ouest. Il est encore � majorit� industrielle. Il est suivi par le IIe arrondissement (Leopoldstadt), � l�est, entre la vieille ville et le Danube. Les grandes gares sont proches, et cela explique la pr�dominance des actifs industriels.</p><p>Toutefois, proportionnellement � la population des autres arrondissements, cet arrondissement est un de ceux qui comptent le plus fort pourcentage de travailleurs dans la distribution (commerce de gros, entrep�ts).</p><p>Sur le plan des densit�s, les diff�-</p><p>rences sont consid�rables d�un arrondissement � l�autre. Ainsi, le Ier arrondissement (le centre) totalise encore plus de 100 habitants � l�hectare. Il est pourtant d�pass�, et de loin, par le IVe (Wieden), avec environ 250 habitants, le Ve (Margareten), avec environ 350, le VIe (Mariahilf) et le VIIe (Neubau), approchant tous les deux le chiffre de 300 habitants, le VIIIe (Josefstadt), d�-</p><p>passant l�g�rement ce chiffre. Il s�agit essentiellement des quartiers entourant imm�diatement le noyau historique.</p><p>Le XVe (Rudolfsheim-F�nfhaus) fait partie de cette ceinture de fortes densit�s. Par contre, dans les quartiers de l�ouest, les densit�s sont g�n�ralement moins �lev�es. Les deux arrondissements de la rive gauche du Danube</p><p>ont une densit� moyenne faible. Ces chiffres laissent entrevoir les possibilit�s d�expansion de la ville.</p><p>Sur le plan typologique et fonctionnel, on peut d�gager une demi-douzaine de types de quartiers.</p><p>y Le centre. Il conserve un maximum de b�timents anciens. Les b�timents administratifs sont nombreux, surtout � proximit� du Ring. Les palais aristocratiques sont fr�quents. La fonction culturelle est importante : on compte au moins une dizaine de th��tres, et les mus�es sont nombreux. Le centre est le coeur de Vienne avec ses vieilles rues et ses petites places. Le commerce de d�tail occupe une place de choix.</p><p>y Les quartiers � l�ouest du centre.</p><p>Leur am�nagement a �t� largement</p><p>d�termin� par les vall�es parall�les, issues de la Wienerwald et dont la vall�e de la Wien est l��l�ment le plus important. Il existe donc comme un syst�me de grandes voies radiales se branchant d�abord sur le G�rtel et ensuite sur le Ring. � l��poque baroque, certaines de ces voies furent transform�es en all�es plant�es d�arbres.</p><p>La route de Linz est la voie radiale la plus importante. � l�approche du Ring, les quartiers sont mixtes, unissant les fonctions r�sidentielles et administratives, voire commerciales.</p><p>L�allure g�om�trique pr�domine</p><p>encore plus dans la forme des blocs de maisons en hauteur des quartiers situ�s plus � l�ouest.</p><p>y Les anciens villages du rebord de la Wienerwald. Ceux de la partie nord (Nussdorf, Grinzing, Sievering) sont profond�ment marqu�s par la viticulture, qui, ici, remonte au Moyen �ge.</p><p>Ce sont souvent des march�s aux vins �tablis en bordure de la for�t viennoise. L�urbanisation est ancienne.</p><p>On y trouve beaucoup de propri�-</p><p>t�s religieuses, bourgeoises et nobiliaires. Nombre de vignes sont cl�tu-r�es d�un mur de pierre. Les demeures sont pittoresques, et la topographie ajoute aux charmes d�un habitat bien conserv�. Les villas ont tendance � envahir ces coteaux, qui passent pour fournir les plus beaux sites de Vienne.</p><p>y Les quartiers du sud-ouest. Il s�agit souvent de quartiers issus d�agglom�-</p><p>rations villageoises �tablies le long des routes menant vers le sud. Le long de la Bl�tterstrasse, l�ancienne route du vin, s��taient d�velopp�s des villages viticoles ; � l��poque de la � Gr�nderzeit �, la Triesterstrasse avait vu se d�velopper des tuileries (vers 1870), en partie abandonn�es de nos jours. Entre les deux s�enchev�trent les habitations modestes, les zones mara�ch�res, les friches et les �tablissements industriels. L�ensemble n�est pas encore tr�s bien int�-</p><p>gr� dans le corps urbain.</p><p>y Les quartiers du sud. La partie m�ridionale de la ville pr�sente des possibilit�s presque id�ales pour un d�veloppement de celle-ci en forme d��ventail. La zone enti�rement b�tie va du Ring au G�rtel. La Favoritens-trasse, plus au sud, est l�axe principal d�une deuxi�me zone dens�ment downloadModeText.vue.download 324 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11535</p><p>occup�e. Les gares du Sud et de l�Est introduisent une barri�re entre le quartier de Wieden, qui pr�sente encore des caract�res des quartiers r�sidentiels co�teux, et Favoriten, o� les types d�habitations sont plus vari�s.</p><p>Les constructions r�centes sont aussi plus nombreuses dans Favoriten. Au d�but du XIXe s., cette zone �tait encore consacr�e � l�agriculture ; l�immigration tch�que et slovaque y avait donn� des caract�res originaux.</p><p>Le quartier de Wienerberg abritait � la fin du XIXe s. la plus grande briqueterie d�Europe. Les fa�ades monotones, en brique, des maisons ouvri�res sont l�h�ritage d�une activit� quasi disparue. Quant � la colline du Laaerberg, peut-�tre � cause de la proximit� des briqueteries, les essais d�y implanter des r�sidences secondaires ont �chou� constamment. Les surfaces agricoles ont mieux r�sist� � l�urbanisation qu�ailleurs.</p><p>y Les quartiers du sud-est. Ils pr�-</p><p>sentent quelques caract�res communs. Avant l�apparition du chemin de fer, ils �taient ax�s sur une voie de communication unique. Le d�veloppement urbanistique y a �t� plus h�sitant. Enfin, la r�gion du sud-est a connu un d�veloppement par stades successifs.</p><p>La construction des ponts sur le</p><p>Danube, plus au nord, a donn� � l�ensemble de ces quartiers une impulsion consid�rable, permettant des liaisons ferroviaires entre les pays tch�ques et slovaques, d�une part, et la Hongrie, d�autre part.</p><p>La Ungarische Landstrasse, l�axe</p><p>routier principal, avait pour objet fondamental, jusqu�� l�av�nement de la voie ferr�e, de ravitailler la ville en produits alimentaires. La construction des chemins de fer et des gares amena dans cette r�gion de la ville un cloisonnement qui fractionne et isole un certain nombre de quartiers. Simmering a �t� longtemps une aire purement agricole, avant de recueillir les mara�chers chass�s par l�expansion urbaine. Puis la commune a utilis� une partie des terrains pour y implanter des abattoirs ainsi que des usines � gaz et � �lectricit� ; s�y ajoutent l�arsenal et d�autres entreprises, qui font de la partie ext�rieure du sud-est de la ville une zone essentiellement industrielle.</p><p>La proximit� de Schwechat, le centre autrichien du raffinage du p�trole, ne fait qu�accentuer cette orientation.</p><p>y Les quartiers de la rive gauche ; l�exemple de Floridsdorf. Au nord du Danube, les quartiers ne sont pas homog�nes, mais celui de Floridsdorf, v�ritable ville, est le plus expressif.</p><p>La localit� a �t� cr��e en 1786. Sa fonction de passage dominait, mais les pr�s servaient d�embouche aux marchands de bestiaux de Vienne.</p><p>L�industrie s�y installa d�abord sous la forme d�ateliers de constructions ferroviaires. Puis ce fut l��poque de l�industrie m�canique et chimique.</p><p>La population ouvri�re domine. Les demeures luxueuses sont rares. Aussi Floridsdorf a-t-elle des aspects plus prol�taires que d�autres quartiers. Il s�y ajoute un certain caract�re d�ina-</p><p>chev� du fait de l�avortement des plans d�expansion en 1918. Ce caract�re est encore assez visible dans la Br�nner et la Pragerstrasse. Un effort d�adaptation est cependant fait.</p><p>Depuis 1945, Floridsdorf est un des quartiers o� la construction est la plus active.</p><p>Espaces verts</p><p>et h�ritage historique</p><p>Le charme de Vienne tient moins au Danube qu�� la ville proprement dite.</p><p>Les espaces verts repr�sentent en partie les restes des parcs des propri�t�s f�odales. Certains gardent leur style historique, tel le Belv�d�re, qui allie les aspects de la Renaissance italienne et du baroque fran�ais. Le parc de Sch�nbrunn est d�inspiration fran�aise. C�est sous Joseph II, le despote �clair�, que nombre de parcs furent rendus accessibles � la population. Le d�but d�une politique des espaces verts est indiscutablement li� � cet empereur : ce dernier non seulement ouvrit au public (1766) les immenses espaces verts du Prater, mais encore transforma le glacis de fortifications en une ceinture d�espaces verts ouverte au peuple. En mettant en place une administration communale, il pr�parait l�avenir. En effet, la municipalit� acquit nombre de parcs aristocratiques (Esterh�zy, Sch�nborn, Arenberg), qui, autrement, eussent �t� victimes des promoteurs immobiliers.</p><p>Cette politique fut imit�e par des communes alors encore autonomes, comme D�bling et W�hring, au nord-ouest de la ville (T�rkenschanzpark). Les autorit�s communales laiss�rent en parc certaines parcelles rectangulaires au milieu des blocs construits au XIXe s.</p><p>Apr�s la Premi�re Guerre mon-</p><p>diale, la commune, dans le cadre des</p><p>� constructions sociales �, envisagea �galement des � espaces verts sociaux �. La politique municipale visait � introduire dans le noyau urbain ancien des espaces verts en nombre downloadModeText.vue.download 325 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11536</p><p>suffisant, en fonction des possibilit�s d�achats de terrains ou d�immeubles.</p><p>La mise en place de terrains de sport s�est op�r�e selon la m�me politique.</p><p>Le quartier du Prater a servi d�s le XIXe s. au sport noble par excellence, l��quitation. Depuis, il est devenu le quartier des loisirs pour Vienne, voire pour l�Autriche enti�re : terrains de sport (dont le grand stade), zones de loisirs, expositions, etc. Avec l�am�-</p><p>nagement tardif du Prater, les rives du Danube sont int�gr�es dans l�espace fonctionnel de la ville.</p><p>Il y a une grande diff�rence entre les deux rives du Danube. Si la ville de rive droite est l�expression historique de l�Autriche, la rive gauche est d�am�nagement r�cent. Les espaces verts sont, ici, plus li�s � la politique de construction r�cente et � l�utilisation de terrains ad�quats (m�andre recoup� de la Alte Donau) qu�� la mise en valeur et � la conservation d�h�ritages historiques.</p><p>Les aspects</p><p>d�mographiques</p><p>Vienne est en quelque sorte la mat�-</p><p>rialisation de la pouss�e germanique dans les pays danubiens. L�essor</p><p>d�mographique a toujours �t� fortement li� aux conditions politiques. �</p><p>la fin du XVIIe s., la ville ne comptait qu�environ 80 000 habitants. La progression fut rapide au XIXe s. (160 000</p><p>en 1770) : plus de 440 000 en 1840 ; 632 000 en 1869 ; 725 000 en 1880.</p><p>Apr�s 1840 s�op�rent de nombreuses annexions de communes, mais aussi une immigration cosmopolite. En effet, jusqu�au d�but du XIXe s., l�immigration allemande (bavaroise et rh�nane) dominait. Pendant longtemps on pouvait consid�rer Vienne comme une</p><p>ville bavaroise. L�affermissement des fonctions imp�riales alt�ra la structure d�mographique. Tch�ques, Slovaques, Slov�nes, Serbes, Hongrois, Roumains et Polonais vinrent s��tablir par milliers. Les Juifs ont toujours constitu� une colonie importante (aujourd�hui, ils d�passent l�g�rement le chiffre de 4 000 personnes). Pour toutes ces raisons, spatiales et d�mographiques, la croissance �tait rapide � la vieille de la Premi�re Guerre mondiale. En 1891, la population, avec 1 365 000 habitants,</p><p>avait presque doubl� par rapport � 1880. La d�cennie suivante connut un ralentissement : 1 674 000 habitants en 1900. Le recensement de 1910 marqua l�apog�e : 2 031 000 habitants.</p><p>Ce cosmopolitisme faisait �crire � Emmanuel de Martonne : � Le fond</p><p>germanique reste bien entendu pr�pond�rant, mais aucune ville allemande n�a un esprit aussi peu prussien. � La</p><p>� l�g�ret� � viennoise est bien l�expression de ce cosmopolitisme que traduit la bigarrure ethnique.</p><p>La mortalit� d�passe, en moyenne, la natalit� de 30 p. 100, si bien que l��volution brute est n�gative. Le d�ficit est important et ne peut �tre combl� que par l�immigration. Mais celle-ci est beaucoup plus r�duite dans un �tat de 6 500 000 habitants que dans un empire de 50 millions d�habitants.</p><p>La structure d�mographique r�v�le aussi un vieillissement consid�rable de la population, puisque 16 p. 100 environ des Viennois sont �g�s de plus de soixante-cinq ans. L�avenir d�mographique d�pend largement de la province et de l�immigration �trang�re.</p><p>Le port et le trafic</p><p>sur le Danube</p><p>Le Danube devrait constituer un des axes fluviaux essentiels de l�Europe.</p><p>L�histoire n�en a pas toujours voulu ainsi. En effet, la menace turque et le morcellement politique des pays danubiens ont emp�ch� le Danube</p><p>de jouer un r�le f�d�rateur. Pourtant, avant 1914, le grand fleuve exer�ait une influence grandissante sur les pays riverains.</p><p>Le d�membrement de l�Empire en</p><p>1918 porta un coup tr�s dur � la navigation sur le Danube : l�unit� politique et �conomique des pays danubiens �tait rompue. L�Anschluss marqua la fin de l�ind�pendance autrichienne. Et pourtant il y a eu un renouveau. Le poussage a �t� introduit. Une soci�t� d��tat transporte actuellement pr�s de 3 Mt de marchandises ; elle compte 1 500 employ�s et poss�de de nombreuses</p><p>filiales tant en Autriche qu�� l��tranger. Gr�ce � elle, Vienne redevient un</p><p>port actif. L�ach�vement de la liaison Main-Danube, vers 1985, doit faire de Vienne un des grands ports danubiens.</p><p>L�Autriche deviendra-t-elle alors une annexe des provinces rh�nanes ?</p><p>Actuellement, les ports de Vienne sont avant tout install�s le long de la rive droite du Danube. Les v�ritables bassins font encore d�faut. Vienne est une ville qui s�est donn� un port ; ce n�est pas un port qui a donn� naissance � une ville.</p><p>Les activit�s</p><p>industrielles</p><p>La population active industrielle re-pr�sente 53 p. 100 de la population totale. Ce taux peut �tonner. Mais il s�inscrit dans l��volution historique de la ville. La perte des fonctions imp�-</p><p>riales a amen� celle d�emplois dans les domaines tertiaire, administratif et surtout politique. Cela a oblig� les responsables � op�rer une v�ritable reconversion de l��conomie urbaine.</p><p>Jusqu�en 1918, le d�veloppement industriel de Vienne s�est plac� dans le cadre du d�veloppement de l�Empire.</p><p>La grande industrie �tait implant�e dans les pays tch�ques. Vienne s��tait orient�e vers des industries en relation avec la vie de cour, pour une client�le de haut niveau de vie. Pour des raisons politiques �videntes, on �vita l�implantation de grosses usines dans la capitale. C�est ce qui explique que les �tablissements industriels sont de taille moyenne : ceux qui ont entre 100 et 500 ouvriers emploient la plus grande partie des travailleurs. Les plus grandes entreprises ont �t� cr��es pour des raisons nationales (arsenal) ou pour des besoins municipaux (gaz, eau, �lectricit�). Les nationalisations op�r�es apr�s 1945 ont favoris� des regroupements, sans alt�rer en profondeur l�image industrielle de la ville.</p><p>Aujourd�hui, la m�tallurgie, l��lectrom�canique, la m�canique de pr�cision et l�industrie �lectrique arrivent en t�te. Manquant de mati�res premi�res, l�Autriche est oblig�e de d�velopper ces industries de transformation (leurs exportations jouent un r�le non n�gligeable).</p><p>En deuxi�me position vient la</p><p>confection, qui est une vieille tradition viennoise : le � chic viennois � �tait en relation avec la vie de cour. Sur le plan des effectifs, les industries alimentaires talonnent la confection. Il s�agit d�entreprises travaillant pour le march� urbain et l�exportation, utilisant une partie des produits agricoles du bassin de Vienne (c�r�ales, betteraves � sucre). L� aussi, l�influence de la vie de cour est � souligner. L�industrie chimique suit. Il s�agit de l�industrie pharmaceutique plus que de la chimie lourde. Les industries graphiques occupent une quinzaine de milliers de personnes, illustrant aussi les aspects administratifs et intellectuels de Vienne. La main-d�oeuvre f�minine est importante : elle repr�sente environ les quatre cinqui�mes de la main-d�oeuvre masculine. Les capitaux urbains (cour, nobles, bourgeois, mais aussi gouvernement et municipalit�) ont jou� un r�le d�terminant dans l�essor industriel. L�industrie est implant�e essentiellement dans le sud-ouest, le sud-est, le nord (rive droite et un peu plus � l�est, � Floridsdorf). Il faut ajouter la zone de Schwechat, qui tend � se rattacher � la zone du sud-est.</p><p>La tradition socialiste du gouvernement municipal maintient l�importance des activit�s industrielles, et cela d�autant plus que la province de Vienne est la premi�re d�Autriche sur le plan industriel.</p><p>La m�tropole</p><p>�conomique</p><p>de l�Autriche</p><p>La dissolution de l�Empire ayant co�t� � Vienne le rang de m�tropole imp�riale, la ville a d�, en cons�quence, r�organiser l�espace national apr�s 1918. Elle pr�sente la plus forte concentration de fonctionnaires de toute l�Autriche.</p><p>Elle r�unit trois fonctions politico-administratives : elle est une commune autonome urbaine ; elle est une province ; elle est le si�ge du gouvernement f�d�ral (Parlement, Chancellerie, pr�sidence de la R�publique).</p><p>La population active dans les secteurs � commerce et transmissions �</p><p>d�passe 200 000 personnes. Les mai-</p><p>sons de gros de Vienne livrent dans toutes les provinces, sauf peut-�tre dans le Vorarlberg, qui �volue dans l�orbite helv�tico-germanique. Sur le plan de l�attraction du commerce de d�tail, la ville dessert plusieurs provinces : Basse-Autriche, Nord de la Styrie, Burgenland. Elle est incontestablement la seule grande place bancaire autrichienne. Enfin, la Bourse de Vienne, organisme � influence</p><p>nationale et internationale, profite � l��conomie urbaine. L�herm�tisme de la fronti�re avec les pays de l�Est ne permet malheureusement pas � Vienne de jouer un r�le de plaque tournante au centre de l�Europe. Une trentaine de soci�t�s a�riennes internationales desservent l�a�roport (trafic passagers de 1 830 000 personnes en 1972).</p><p>Le premier centre</p><p>intellectuel des pays</p><p>allemands du Danube</p><p>Pendant longtemps, la capitale culturelle et intellectuelle de la civilisation germanique se trouvait sur les bords du Danube et non pas sur la Spr�e.</p><p>Ce n�est qu�� la veille de la Premi�re Guerre mondiale que Berlin a �clips� Vienne. L�universit� de Vienne, fond�e en 1365, a longtemps �t� la plus importante de l�Empire. L�universit� technique (Technische Hochschule, fond�e en 1872) a des effectifs moins importants que l�universit� classique, downloadModeText.vue.download 326 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11537</p><p>mais elle joue un r�le de premier ordre pour l��conomie urbaine et nationale.</p><p>Une des originalit�s est l��cole</p><p>sup�rieure pour le commerce mondial (Hochschule f�r Welthandel, cr��e en 1898), qui marque la tradition commerciale de la ville. Parmi les autres �coles sup�rieures, on peut citer l�Institut d�agronomie (Hochschule f�r Bodenkultur), l��cole v�t�rinaire (Tier�rztliche Hochschule), l�Acad�mie des beaux-arts, l�Acad�mie des arts appliqu�s et l�Acad�mie de musique.</p><p>Il y a une �troite imbrication entre la vie intellectuelle et la vie �conomique.</p><p>En y ajoutant le cosmopolitisme viennois, on a peut-�tre l� le fond de l��me viennoise, qui baigne dans un environnement culturel que tr�s peu de grandes m�tropoles poss�dent. Quant au � Wiener Witz � (l�� humour viennois �), il en est l�expression parl�e de l�homme de la rue.</p><p>Le premier centre</p><p>touristique autrichien</p><p>Vienne reste une ville cosmopolite, au pass� d�une extraordinaire richesse.</p><p>Les contacts avec les civilisations allemande, tch�que, slovaque, magyare, slave du Sud, pour ne parler que des contacts essentiels, ont laiss� des traces profondes dans l�histoire, l�architecture, la culture, en un mot dans la civilisation viennoise. C�est ce d�paysement, agr�ment� des charmes d�un milieu urbain diff�renci�, qui attire le touriste. Le tourisme culturel se traduit par la visite des innombrables palais et constructions des trois derniers si�cles. Les �glises de la vieille ville sont les plus anciennes. Le ch�teau de Sch�nbrunn (le � Versailles viennois �), avec ses salles d�apparat, sa collection de carrosses historiques, son parc et son jardin zoologique, est une attraction majeure. Englob�s dans la ville actuelle, ses parcs servent aussi d�aire de d�tente pour les Viennois. Le Belv�d�re, flanqu� de parcs, n�est pas loin du centre historique. Il renferme les mus�es d�art autrichien, du Moyen �ge � nos jours. L�ancienne et la nouvelle Hofburg poss�dent des salles d�apparat, des mus�es, mais aussi la c�l�bre �cole d��quitation espagnole.</p><p>Les mus�es sont nombreux dans la</p><p>vieille ville. Une certaine homog�n�it� de l�architecture donne l�impression de puissance, qui fut celle de l�Empire autrichien. Le principal probl�me est d�� actualiser � ou de � fonctionnaliser � l��norme h�ritage monarchique et imp�rial : d�o� l�organisation de manifestations de niveau international. La Foire internationale de Vienne se tient en mars et en septembre. Le fameux parc d�attractions du Prater ouvre ses portes chaque 1er mai. Le festival de Vienne, consacr� � la musique et au th��tre, se tient en mai-juin. D�autres spectacles de valeur sont organis�s en juillet et en ao�t, en utilisant un cadre architectural</p><p>appropri�. L�automne voit l�ouverture de la saison de l�op�ra. Mais on reste loin des splendeurs imp�riales, lorsque empereur et Cour constituaient autant d�attractions que les artistes sur sc�ne.</p><p>Vienne, � la tradition si riche, reste une des capitales mondiales de la musique.</p><p>Le cosmopolitisme culturel a subi un rude coup avec le d�membrement de l�Empire, mais il faut souligner les efforts faits pour maintenir l�ouverture sur le monde ext�rieur. L�Exposition internationale d�horticulture de 1974</p><p>illustre cette derni�re id�e. Le parc de la WIG 74 (Wiener Internationale Gartenschau) pr�sente les plus grandes floralies du monde.</p><p>Les environs de Vienne ne sont pas moins attrayants. Le Weinviertel, au nord du Danube, s�orne de villages viticoles, o� les viticulteurs offrent le</p><p>� Heuriger � (� vin nouveau �). Les caves creus�es dans le loess ajoutent au pittoresque.</p><p>La Wienerwald pourrait raconter</p><p>des pages enti�res de la civilisation viennoise. Fuyant les chaleurs de l��t� viennois, les membres de la Cour, les nobles et les bourgeois ont cherch� la</p><p>� Sommerfrische � dans la for�t, derni�re expression qui devait �tre plus tard synonyme de vacances d��t�.</p><p>F. R.</p><p>L�HISTOIRE</p><p>Les origines,</p><p>le Moyen �ge</p><p>Le noyau de la cit� (Ier arrondissement, die � Innere Stadt �) occupe une terrasse surplombant de peu un bras de fleuve, l�actuel � canal du Danube �</p><p>(Donaukanal). Cette terrasse, � l�abri des inondations, fut sans doute d�j� occup�e par les Celtes et m�me par les Illyriens. En tout cas, les Romains y �tablirent au Ier s. de notre �re un camp de l�gionnaires. D�truite par les Quades et les Marcomans en 166, Vindobona (nom d�origine celtique) est reconstruite en 170 par l�empereur Marc Aur�le et �lev�e en 213 au rang de municipium. Le site semble avoir �t� abandonn� en 395 apr�s la rupture du limes.</p><p>La fondation des premi�res �glises Saint-Rupert (Ruprechtskirche) et Saint-Pierre (Peterskirche) remonte sans doute au VIIIe s. Au XIIe s., la ville devient r�sidence des ducs d�Autriche de la maison de Babenberg et conna�t une premi�re p�riode de prosp�rit� ; elle est un centre commercial important gr�ce � sa situation sur la voie fluviale, d�une part, et sur la route de l�ambre, qui relie la M�diterran�e � la Baltique, de l�autre. Cette prosp�rit� se maintient sous la domination du roi de Boh�me Otakar II P&#x159;emysl, h�ritier des Babenberg. En 1276, l�empereur Rodolphe de Habsbourg, vainqueur d�Otakar, s�empare de la ville, qui, �conomiquement, souffre de ces guerres successorales. De l�essor �conomique de la ville au XIVe s. t�moignent un certain nombre d��difices gothiques conserv�s malgr� les guerres et les si�ges dont la ville aura � souffrir : cath�drale Saint-</p><p>�tienne (Stephansdom), �glise Maria am Gestade, noyau du � ch�teau �</p><p>(Burg). Au XVe s. et au d�but du XVIe s.</p><p>� en particulier sous la domination du roi de Hongrie Mathias Ier* Corvin �</p><p>Vienne continue de prosp�rer.</p><p>Les temps modernes</p><p>Au d�but du XVIe s., la pouss�e turque interrompt les voies de communication de l�Est : Vienne, qui ne peut plus jouer son r�le de relais �conomique, devient le centre administratif de l�empire des Habsbourg*, qui h�ritent des couronnes de Hongrie et de Boh�me. En 1529, un premier assaut turc est repouss�. La ville, pass�e � la R�forme, est ramen�e au catholicisme avec l�aide des J�-</p><p>suites. L�influence culturelle espagnole et italienne devient pr�pond�rante et marque d�une fa�on ind�l�bile le � baroque � autrichien. En 1683, l�arm�e turque assi�ge de nouveau la ville ; elle est repouss�e apr�s la victoire �</p><p>sur les pentes du Kahlenberg � des troupes alli�es command�es par le roi de Pologne, Jean* Sobieski. La ville, en grande partie d�molie, est reconstruite dans le nouveau style baroque � la mode.</p><p>En 1704-1708, devant la menace</p><p>d�incursions des insurg�s kuruc, est �difi�e une nouvelle enceinte, prot�-</p><p>geant cette fois-ci les faubourgs : les</p><p>actuels arrondissements II � IX. Au XVIIIe s., la ville profite de la consolidation de l��tat autrichien, r�organis� et modernis� sous Marie-Th�r�se* et Joseph II*. Pendant les guerres napol�oniennes, elle est assi�g�e et occup�e � deux reprises : en 1805 et en 1809. Apr�s la d�faite de Napol�on, le</p><p>� congr�s � de paix se tient � Vienne, qui, malgr� une crise financi�re aigu�, conna�t alors un de ses moments les plus glorieux. Sous le r�gime du prince-chancelier Metternich* (qui gouverne l�Empire de 1809 � 1848), la ville et le pays commencent � s�industrialiser.</p><p>En 1848, Vienne est le th��tre de s�-</p><p>v�res combats de rues, jusqu�� l�entr�e des troupes d�Alfred Windischgr�tz (1787-1862). Apr�s les journ�es de 1848, on d�cide de raser l�enceinte fortifi�e. Les terrains ainsi d�gag�s permettent de tracer un boulevard circulaire � l�actuel Ring �, que bordent de pompeux �difices et monuments officiels ou priv�s. Sous le r�gne de l�empereur Fran�ois-Joseph* (1848-1916), la ville se modernise : int�gration administrative des faubourgs proches (c�est-</p><p>�-dire des actuels arrondissements II � IX), canalisation du Danube, adduction d�eau potable depuis le massif alpin.</p><p>Une brillante exposition universelle est organis�e en 1873.</p><p>L�industrialisation acc�l�r�e provoque une augmentation rapide de la population ouvri�re, surtout dans les faubourgs : en 1891, les actuels arrondissements XI � XIX sont � leur tour inclus dans la cit� (le Xe arrondissement ayant �t� incorpor� en 1874). Le m�me d�veloppement de l�industrialisation, l�appauvrissement de l�ancien artisanat et la constitution d�un prol�tariat, en partie tch�que, entra�nent l�apparition de nouveaux partis politiques : le parti social-d�mocrate et le parti chr�tien-social (de tendance x�nophobe et antis�mite). Le chef de ce dernier parti, Karl Lueger (1844-1910), l�emporte lors des �lections de 1895. Confirm� dans ses fonctions de bourgmestre par l�empereur en 1897, Lueger se r�v�le un administrateur efficace. En 1904, de nouveaux quartiers, les XXe et XXIe arrondissements, qui se sont d�velopp�s sur l�autre rive du Danube, sont � leur tour rattach�s � la ville, dont la popula-</p><p>tion d�passe alors les 2 millions.</p><p>Vienne apr�s 1918</p><p>L�effondrement de l�Empire austro-hongrois en 1918 entra�ne une crise majeure : la capitale d�un des grands �tats europ�ens doit s�adapter � son nouveau r�le de m�tropole d�une petite r�publique comptant un peu plus de 6 millions d�habitants. La municipalit� socialiste (1919-1934) fait construire de vastes complexes d�habitations � downloadModeText.vue.download 327 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11538</p><p>bon march� et proc�de � une r�forme scolaire et hospitali�re.</p><p>Le conflit, d�abord latent, entre les partis de gauche, avec leurs formations paramilitaires, et le gouvernement f�d�ral, qui s�appuie sur la province, paysanne et conservatrice, �clate une premi�re fois en 1927 (d�monstrations de rue, incendie du Palais de Justice le 15 juillet), puis en 1934 (combats de f�vrier, au cours desquels est bombard� le Karl-Marx-Hof). Un nouveau r�seau routier r�alis� � cette �poque assure un acc�s facile du Wienerwald. Apr�s l�Anschluss de 1938, de nouveaux</p><p>faubourgs et quelques communes adjacentes sont � leur tour rattach�s administrativement � la cit�.</p><p>Les bombardements alli�s et les</p><p>combats qui pr�c�dent la prise de la ville par les troupes russes en avril 1945 entra�nent la ruine d�� peu pr�s 13 p. 100 des maisons d�habitation et 25 p. 100 des installations industrielles.</p><p>De 1945 � 1955, Vienne, enclave dans la zone d�occupation sovi�tique, est plac�e sous contr�le interalli�.</p><p>En 1954, une partie des territoires englob�s apr�s 1938 sont de nouveau rattach�s au Land de Basse-Autriche, la ville comptant d�sormais vingt-trois arrondissements. Les ruines r�par�es, dont celles de la cath�drale, de l�Op�ra, du Burgtheater, on met en oeuvre</p><p>un vaste programme de construc-</p><p>tions : nouveaux ensembles d�habitations � municipaux �, notamment sur</p><p>l�� autre � rive du Danube, nouvelles voies de communication, etc.</p><p>Reli�e aux provinces occidentales et m�ridionales, et, du m�me coup, aux principaux pays de l�Europe occidentale par des autoroutes � grand d�bit, un bon r�seau routier, plusieurs voies ferr�es et des lignes a�riennes (qui utilisent l�a�roport de Schwechat), Vienne est un des relais les plus importants pour les �changes � politiques, �conomiques, culturels � entre l�ouest et l�est de l�Europe.</p><p>Une capitale culturelle</p><p>Capitale, jusqu�au d�but de ce si�cle, d�un des grands �tats europ�ens,</p><p>Vienne devient tr�s t�t un centre culturel important. La cour des Babenberg attire les grands Minnes�nger, dont Reinmar et Walther von der Vogelweide. De nombreux monuments</p><p>dans la ville ou dans le proche voisinage (abbaye de Klosterneuburg, o� l�on conserve les panneaux d�autel</p><p>[1181] de Nicolas de Verdun ; abbaye de Heiligenkreuz, fond�e en 1135) t�moignent de ce premier apog�e. Au service successivement des empereurs Fr�d�ric III et Maximilien Ier, l�humaniste Konrad Celtis (1459-1508) organise � Vienne une sodalit� savante (Sodalitas Danubiana). Apr�s la victoire sur les Turcs, Vienne se couvre d��difices luxueux.</p><p>La r�forme jos�phiste de l��tat</p><p>entra�ne la constitution d�un fonction-nariat bourgeois, �clair� et lib�ral : cette classe sociale devient le support de la culture autrichienne. Sous Marie-Th�r�se, l�universit� est soustraite � l�autorit� des J�suites ; la facult� de m�decine est r�organis�e sur le mod�le de celle de Leyde et devient rapidement l�une des plus c�l�bres d�Europe.</p><p>En 1776 est fond� le Burgtheater, � la fois th��tre de cour (du � ch�teau �) et th��tre � national � allemand. Dans les faubourgs prosp�rent des th��tres populaires r�put�s. La musique, que les grandes maisons nobles continuent � favoriser, atteint un public de plus en plus vaste et conna�t un essor remarquable. Il en est de m�me de la litt�-</p><p>rature et de l�art, en particulier dans la bourgeoisie juive.</p><p>Vers 1900, Sigmund Freud* � sorti de la facult� de m�decine viennoise �</p><p>cr�e la psychanalyse dans son cabinet de la Berggasse (IXe arrondissement).</p><p>L�universit� � la plus ancienne du Saint Empire apr�s celle de Prague</p><p>� compte aujourd�hui un peu plus</p><p>de 22 000 auditeurs inscrits, chiffre � compl�ter par ceux des �tudiants des autres �tablissements d�enseignement sup�rieur. L�Acad�mie des sciences a �t� fond�e en 1847. La Biblioth�que nationale (l�ancienne Hofbibliothek) conserve de riches fonds anciens ; d�importance pour les chercheurs sont �galement la biblioth�que de l�universit� et celle de la ville ainsi que les d�p�ts d�archives.</p><p>� c�t� des th��tres nationaux �</p><p>Op�ra et Burgtheater, avec son annexe de l�Akademietheater � fonctionnent la Volksoper, le Volkstheater et le Josefst�dter Theater, sans compter de nombreuses petites sc�nes. Parmi les salles de concert, il faut mentionner celle du Musikverein (Wiener Phil-harmoniker) et celle du Konzerthaus (Wiener Symphoniker).</p><p>L��v�ch� de Vienne, �rig� en</p><p>1469, est devenu archev�ch� en</p><p>1772. L��glise catholique romaine compte 145 paroisses, dont 30 incorpor�es � des ordres r�guliers ; l��glise de la confession d�Augsbourg (luth�-</p><p>riens) comprend 18 paroisses, celle de la confession helv�tique (calvinistes) 3 paroisses, celle des � vieux-catholiques � 6 paroisses, les �glises orthodoxes 5 paroisses ; on compte 4 communaut�s de m�thodistes ;</p><p>la communaut� isra�lite dispose de 2 synagogues.</p><p>Vienne est le si�ge de l�IAEA (International Atomic Energy Agency), d�pendant de l�O. N. U.</p><p>R. B.</p><p>F Autriche.</p><p>&amp; K. Weiss, Geschichte der Stadt Wien (Vienne, 1871). / R. Kralik, Geschichte der Stadt Wien (Vienne, 1926 ; trad. fr. Histoire de Vienne, Payot, 1932). / F. Lettmayer (sous la dir.</p><p>de), Wien um die Mitte des XX. Jahrhunderts</p><p>(Vienne, 1958). / H. Schreiber, Vienne (Horizons de France, 1959). / J. B�renger, la R�publique autrichienne de 1919 � nos jours (Didier, 1972).</p><p>Vienne, ville d�art</p><p>L�aspect que pr�sente Vienne au visiteur h�tif est celui d�une grande ville avenante, sur laquelle un XIXe s. quelque peu pompeux</p><p>� celui de l�empereur Fran�ois-Joseph �</p><p>a imprim� sa marque en am�nageant � partir de 1857 sa ceinture verdoyante de boulevards, le Ring, appuy� par ses deux extr�mit�s au canal du Danube et bord� par des monuments plus recommandables par leur majest� que par leur style, qui assurent les fonctions essentielles d�une capitale : Op�ra � si important dans la ville de la musique �, mus�e d�Histoire de l�art, mus�e d�Histoire naturelle, Parlement �</p><p>auquel l�architecte Theophil von Hansen a su donner de la grandeur �, h�tel de ville, Burgtheater, universit�, voire �glise Votive (Votivkirche).</p><p>Le mus�e d�Histoire de l�art (Kunsthistorisches Museum), construit selon des normes g�n�reuses de 1872 � 1881, a re�u les anciennes collections imp�riales.</p><p>� l�entresol, un des plus riches ensembles de tapisseries du monde, les cam�es, l�illustre tr�sor de m�taux pr�cieux provenant des fouilles de Hongrie ainsi que la remarquable s�rie des portraits fun�raires �gyptiens du Fayoum. Au premier �tage, la richesse de la Galerie de peinture a permis de consacrer des salles enti�res � tel artiste ou � telle �cole (Rubens, les V�nitiens...).</p><p>L��cole espagnole abonde en portraits princiers de la famille imp�riale. Entre les oeuvres les plus r�put�es de ce mus�e brillent celles de D�rer, dont l�empereur Rodolphe II �tait un amateur passionn�, et celles de Bruegel l�Ancien, dont il n�existe nulle part ailleurs un ensemble pareil.</p><p>VIENNE M�DI�VALE</p><p>Alors que la cath�drale (Stephansdom), si-tu�e au coeur de la ville ancienne, n�a gard� que peu de souvenirs de son pass� roman (�difices des XIIe et XIIIe s.), c�est en 1340 que fut consacr� son choeur gothique, suivi de la tour sud, magnifique clocher de 137 m, et de la nef. Dans le fond du choeur s��l�ve le tombeau monumental de l�empereur Fr�d�ric III et de sa femme, entrepris en 1467 par le sculpteur Nikolaus Gerhaert de Leyde (v. 1430-1473). Au d�but du XVIe s.</p><p>s�illustre Anton Pilgram (v. 1460 - v. 1515),</p><p>qui s�est repr�sent� deux fois sur ses oeuvres avec une verve toute populaire : � la chaire et � la base de l�orgue.</p><p>Aussi aim�e des Viennois est, plus au nord, dans un quartier qui a gard� son aspect ancien et familier, l��glise Maria am Gestade (XIVe s. - d�but du XVe s.), dont le choeur conserve une riche vitrerie gothique.</p><p>VIENNE BAROQUE</p><p>Sans doute est-ce en qualit� de m�tropole du baroque* que Vienne a conquis sa c�l�-</p><p>brit�, presque exclusivement � partir de la m�morable victoire du Kahlenberg, en 1683.</p><p>Deux tr�s grands architectes surtout ont �t� les artisans de la mutation baroque : Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723), aid� de son fils Joseph Emanuel (1693-1742), et Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745), ing�nieur militaire de naissance italienne. L�un et l�autre travaillent aux �difices religieux et profanes de la premi�re moiti� du XVIIIe s. � Vienne.</p><p>On les trouve tous deux au Palais imp�rial, � la Hofburg, o� Fischer le fils construit le chef-d�oeuvre qu�est la Biblioth�que nationale, dont les beaux volumes architecturaux surmont�s d�un d�me sont d�cor�s par les trompe-l�oeil du peintre Daniel Gran (1694-1757). C�est encore Fischer le fils qui est l�auteur du man�ge o� des �cuyers impeccables pr�sentent toujours la c�l�bre parade de leurs chevaux de race espagnole. Dans l��glise toute voisine des Augustins, Antonio Canova a sculpt� l�un de ses plus beaux tombeaux, celui de l�archiduchesse Marie-Christine, femme de l�archiduc Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), le fondateur de l�Albertina � la plus belle au monde, peut-�tre, des collections de dessins, d�aquarelles et de gravures (c�l�bre, notamment, pour ses D�rer, ses Rubens, ses Rembrandt).</p><p>Dans la vieille ville, d�s le XVIIe s., la v�n�-</p><p>rable �glise des Neuf-Choeurs-des-Anges (� Am Hof �) gothique d�origine, avait re�u une fa�ade baroque. Non loin de la cath�-</p><p>drale, c�est probablement � Hildebrandt qu�est attribuable la reconstruction de la Peterskirche, de forme ovale et dont le grand axe est perpendiculaire � la longue place du Graben, ponctu�e par la colonne tarabiscot�e de la Sainte-Trinit�.</p><p>Au sud du Ring se trouvent les monuments majeurs de l�architecture baroque de Vienne, et d�abord la Karlskirche (�glise Saint-Charles-Borrom�e), que le grand Fischer von Erlach �leva avec sa colonnade antique pr�c�dant une coupole et accost�e de deux ailes qui sont comme creus�es pour recevoir deux colonnes du type de la colonne Trajane. Une autre �glise, des plus originales, est la Piaristenkirche, qui a re�u une tr�s belle d�coration � fresque du peintre Franz Anton Maulbertsch (1724-1796).</p><p>Beaucoup de palais de la noblesse viennoise sont orn�s d�atlantes grandioses adoss�s aux colonnes des escaliers, supportant � grand effort des balcons, encadrant des portails. Le plus exemplaire de ces palais est probablement le Belv�d�re, construit par Hildebrandt pour le prince Eug�ne de Savoie sur deux niveaux com-downloadModeText.vue.download 328 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11539</p><p>prenant chacun un �difice. Le Belv�d�re sup�rieur est s�par� du Belv�d�re inf�rieur par un long parterre aux eaux jaillissantes.</p><p>Les atlantes du premier sont parmi les plus tumultueux de Vienne. Le second a �t� transform� en mus�e du Baroque autrichien sous la tutelle d�un groupe sculpt� aux singuli�res torsions, l�Apoth�ose du Prince Eug�ne (1721), par Balthasar Per-moser (1651-1732) ; la g�n�ration suivante des sculpteurs, d�une puret� presque classique, est repr�sent�e par Georg Raphael Donner (1693-1741), dont les statues des affluents du Danube (remplac�es par des copies � la belle fontaine du Neuer Markt) ont �t� transport�es ici, faisant contraste avec les bustes grima�ants par lesquels l��trange Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) a pr�tendu repr�senter les divers caract�res humains. Institution unique que ce mus�e du Baroque, o� ne manque point non plus la peinture avec l��tincelant d�corateur Maulbertsch.</p><p>Les palais � atlantes sont nombreux : palais Trautson, de la Chancellerie de Bo-h�me, palais d�hiver du Prince Eug�ne, palais Daun-Kinsky, Liechtenstein... Le palais Schwarzenberg est c�l�bre par ses jardins.</p><p>Mais le plus vaste et le plus connu de ces</p><p>ensembles civils est le ch�teau imp�rial de Sch�nbrunn, construit sur les plans de J. B. Fischer von Erlach de 1695 � 1713, � l�emplacement d�un pavillon de chasse, et remani� ensuite par Nikolaus Pacassi (1716 - apr. 1796).</p><p>P. D. C.</p><p>&amp; H. Tietze, Wien (Leipzig, 1918). /</p><p>R. K. Donin, Geschichte der bildenden Kunst in Wien (Vienne, 1944). / V. Oberhammer, Die Gem�ldegalerie des Kunsthistorischen Museums in Wien (Vienne, 1959-60, 2 vol. ; trad.</p><p>fr. partielle la Peinture au mus�e de Vienne, Cercle d�art, 1962). / R. Feuchtm�ller et W. Mra-zek, Biedermeier in �sterreich (Vienne, 1963). /</p><p>F. Hennings, Das barocke Wien (Vienne, 1965 ; 2 vol.) ; Das Josephinische Wien (Vienne, 1966).</p><p>/ O. Uhl, Moderne Architektur in Wien von Otto Wagner bis heute (Vienne, 1966). / Vienne au temps de Fran�ois-Joseph (Hachette-R�alit�s, 1970).</p><p>L��cole architecturale</p><p>de Vienne</p><p>Capitale internationale d�un empire cosmopolite, Vienne est � l�extr�me fin du XIXe s. l�un des carrefours de la pens�e europ�enne : le conflit permanent qui existe entre le pouvoir dictatorial de l�administration imp�riale et le r�veil des nationalit�s dans l�Europe centrale cr�e cette fermentation favorable � l��closion d�une pens�e nouvelle qu�on ne trouve nulle part ailleurs sur le continent, sinon en Russie. L�explosion d�mographique de ce centre industriel en plein essor n�est pas moins consid�rable, puisque la ville passe de 632 000 habitants en 1869 � plus de 2 millions en 1910 : la fi�vre des affaires surchauffe des esprits en pleine r�volution.</p><p>L�explosion urbaine de Vienne est marqu�e dans la seconde moiti� du XIXe par la d�molition des fortifications et l�am�-</p><p>nagement du Ring, qui prend leur place.</p><p>La forte personnalit� de l�architecte Theophil von Hansen (1813-1891) et celle de l�Allemand Gottfried Semper* expriment, dans cette p�riode, les opinions vigoureusement contradictoires des tenants de l�acad�misme et du rationalisme � face � l��clectisme florissant de Karl von Hase-nauer (1833-1894), de Heinrich von Fers-tel (1828-1883), d�August Siccard von Siccardsburg (1813-1868) et d�Eduard Van der</p><p>N�ll (1812-1868), les deux derniers auteurs de l�Op�ra de Vienne, dont le mauvais accueil par le public et par la presse provoqua le double suicide...</p><p>�l�ve de Hansen, puis de Siccardsburg et de Van der N�ll, Otto Wagner (1841-1918), fondateur de cette �cole architecturale de Vienne, en reste la plus forte personnalit� par sa foudroyante progression.</p><p>La premi�re moiti� de sa carri�re est celle d�un architecte acad�mique qui verse dans l��clectisme. En 1893, Wagner dessine un plan g�n�ral d�am�nagement de la ville de Vienne, qui comprend la cr�ation du chemin de fer urbain et la r�gulation des cours du Danube et de la Vienne � travaux consid�rables qui seront aussit�t entrepris sous sa direction. En 1894, il succ�de � Ha-senauer comme professeur � l�Acad�mie des beaux-arts : sa le�on inaugurale pose les fondements d�une pens�e fonctionnaliste inspir�e par Semper. Ces th�ories architecturales et urbanistiques aboutiront � la publication de Moderne Architektur (1895), puis de Die Grossstadt (1911). Chef de file des modernistes, Wagner �volue alors de fa�on spectaculaire : la � Majolika Haus � (1898-99), couverte d�un magnifique d�cor de fa�ence polychrome, est l�un des monuments de l�Art* nouveau europ�en. Mais Wagner saura d�passer cette exp�rience : la caisse d��pargne (1904-1906), puis l��glise Am Steinhof (1904-1907) acqui�rent dans leur monumentalisme une retenue toute moderne, dont les derni�res oeuvres du ma�tre (projet de l�h�tel Wien, 1910 ; seconde villa Wagner, 1912-13) exasp�rent l��l�gance.</p><p>Autour de Wagner, c�est le mouve-</p><p>ment de la � S�cession � viennoise qui est d�abord florissant : Josef Maria Olbrich (1867-1908) et Joseph Hoffmann (1870-1956), les deux assistants de Wagner, fondent le mouvement en 1897 avec d�autres artistes, notamment le peintre Gustav Klimt (1862-1918) et le graphiste Koloman Moser (1868-1918). La S�cession publie jusqu�en 1904 une revue litt�raire et artistique, Ver Sacrum, et organise de multiples expositions dans le b�timent qu�Olbrich lui a construit en 1898. Se r�clamant d�s l�origine de Charles Rennie Mac-kintosh (v. Glasgow) et de l�Art nouveau bruxellois, c�est autour de ces expositions que le mouvement d�finit l�originalit� du</p><p>� Jugendstil � viennois, qui c�de moins au symbolisme et � l�exasp�ration lyrique de la courbe qu�� une forme de modernisme,</p><p>orient� comme il est vers une g�om�trie hi�ratique et pr�cieuse, riche en mat�riaux raffin�s et en �l�gance de couleurs.</p><p>Josef Maria Olbrich, cofondateur en 1899 de la � colonie � artistique de la Mathildenh�he � Darmstadt, y laissera l�essentiel de son oeuvre, trop t�t interrompue. Quant � Josef Hoffmann, il sera surtout l�auteur de l�admirable palais Stoclet de Bruxelles (1905-1911) ; mais, d�s 1903, il avait fond� avec Koloman Moser les Wiener Werkst�tte, ateliers d�artisanat d�art qui fonction-neront jusqu�en 1933. � partir de 1905, Hoffmann est � la t�te du mouvement dissident de la S�cession (fondation du</p><p>� Kunstschau � avec Gustav Klimt), qui accuse celle-ci de rester d�esprit trop ornemental et de ne pas acqu�rir le d�pouillement indispensable � un art moderne. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, il sera l�architecte en chef de la ville de Vienne : il construira en 1924-25 des ensembles d�habitat populaire et en 1932 une partie du quartier pour l�exposition du Werkbund, tardive manifestation d�esth�tique puriste chez l�un des grands pr�curseurs de l�art moderne.</p><p>La personnalit� la plus en marge de l��cole de Vienne est Adolf Loos (1870-1933), ennemi jur� de l�ornement. Apr�s un s�jour aux �tats-Unis de 1893 � 1896</p><p>� il y fait la d�couverte de la pens�e et des oeuvres de Louis Henri Sullivan (v. Chicago)</p><p>�, il rentre � Vienne et, pendant trois ans, dans une s�rie d�articles pour la Neue Freie Press (rassembl�s en 1921 sous le titre d�Ins Leere gesprochen, � prononc� dans le vide �), lance des attaques acerbes contre la S�cession. Son activit� de th�oricien se compl�tera par la publication, en 1908, d�Ornament und Verbrechen (� Ornement et crime �) et par la cr�ation d�une �cole libre d�architecture. Son oeuvre, qui a �t� d�abord celle d�un d�corateur au purisme �l�gant (K�rtner Bar, Vienne, 1907), devient peu � peu celle d�un architecte : villa Karma � Montreux, Suisse, 1904-1906 ; maison Steiner, Vienne 1910 ; maison Tristan Tzara, Paris, 1926-27 ; etc. Dans toutes ces oeuvres, le luxe des mati�res, la simplicit� de leur traitement et l��l�gance des proportions forcent l�admiration, mais il n�est pas s�r que le langage spatial puisse �tre consid�r� comme aussi riche et aussi novateur que celui de l��cole moderne de</p><p>l��poque : le radicalisme anti-ornemental de Loos se ressent quelquefois d�une certaine s�cheresse d�intentions, qui n�existait pas dans les d�bordements g�n�reux d�un Otto Wagner.</p><p>F. L.</p><p>&amp; K. F. A. von L�tzow et L. Tischler (sous la dir. de), Wiener Neubauten im Style der Seces-sion (Vienne, 1908-1910 ; 4 vol.). / F. Gl�ck, Adolf Loos (Cr�s, 1931). / G. Veronesi, Josef Hoffmann (Milan, 1956). / H. Geretsegger et M. Peintner, Otto Wagner, 1841-1918</p><p>(Salzbourg, 1964). / L. M�nz et G. K�nstler, Der Architekt Adolf Loos (Vienne, 1964).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. W. Holzbauer, F. Kurrent et J. Spalt, L�architettura a Vienna intorna al 1900, exposition de la Galleria nazionale d�Arte Moderna (Rome, 1971).</p><p>La musique � Vienne</p><p>La situation g�ographique de Vienne, � mi-chemin entre les pays germaniques et l�Italie, devait faire de cette ville le lieu de rencontre id�al pour les musiciens venus de ces r�gions. De plus, l�activit� musicale qui s�y manifesta tr�s t�t, puis l�int�-</p><p>r�t des Habsbourg et de la noblesse pour la musique attir�rent � Vienne, � chaque �poque, nombre de compositeurs c�-</p><p>l�bres, qui s�y fix�rent.</p><p>DU MOYEN �GE</p><p>� LA FIN DU XIXE SI�CLE</p><p>D�s le Moyen �ge, parall�lement au chant religieux diffus� par la cath�drale Saint-</p><p>�tienne et la chapelle imp�riale, se d�veloppe l�art profane des Minnes�nger, dont le plus c�l�bre repr�sentant au XIIIe s. se nomme Walther von der Vogelweide. Des musiciens �trangers s�attachent � la chapelle de la Cour, r�organis�e en 1495 par Maximilien Ier : le Flamand Heinrich Isaak (v. 1450-1517), compositeur de Maximilien Ier ; le Suisse Ludwig Senfl (v. 1490 -</p><p>v. 1543) ; son �l�ve et successeur l�Allemand Heinrich Finck (v. 1444-1527) ; des Autrichiens comme l�organiste Paul von Hofhaimer (1459-1537) ou Arnold von Bruck (1554). En 1568, le Flamand Philip-pus de Monte*, apr�s un long s�jour en Italie, devient ma�tre de chapelle de la Cour.</p><p>Leurs oeuvres font la synth�se d��l�ments franco-flamands et italiens.</p><p>Au XVIIe s., l�influence personnelle des</p><p>empereurs Ferdinand III, L�opold Ier et Joseph Ier, compositeurs � leurs heures, amateurs d�art lyrique, permet le d�veloppement de celui-ci. Ils attirent des Italiens � la Cour : P. F. Cavalli* y donne son Egisto en 1643 ; Antonio Cesti (1623-1669), au service de L�opold Ier, fait repr�senter ses oeuvres (dont Il Pomo d�oro [1666</p><p>ou 1667]) ; Antonio Bertali (1605-1669) transmet � Vienne, o� il est musicien de la Cour, la tradition v�nitienne d�un Monteverdi* et d�un Cavalli ; Antonio Draghi (1635-1700) fournit des livrets d�op�ras � L�opold Ier et �crit oratorios et op�ras destin�s � la musique imp�riale. L�Autrichien Johann Heinrich Schmelzer (v. 1623-1680) fonde avec Heinrich Biber (1644-1704) une �cole de violonistes, tandis que l�Allemand Johann Jacob Froberger*, un temps organiste de la Cour, apporte les techniques de Frescobaldi*, son ma�tre, et celles des musiciens fran�ais, connues lors de son voyage � Paris en 1652. � la m�me �poque, Vienne devient un centre r�put� pour l�enseignement musical : Johann Kaspar von Kerll (1627-1693), Allemand qui a pris � Rome des le�ons de G. Carissimi*, professe l�orgue et la composition ; Johann Joseph Fux (1660-1741), ma�tre d�une renomm�e internationale, forme Georg Christoph Wagenseil (1715-1777), Georg Muffat (1653-1704), Ignaz Holzbauer (1711-1783).</p><p>En 1725, il publie un trait� de contrepoint c�l�bre jusqu�� nos jours, le Gradus ad Parnassum.</p><p>Le XVIIIe s. consacre Vienne capitale europ�enne du classicisme. Une �cole pr�classique contribue au d�veloppement formel de la symphonie, parall�lement aux �coles �trang�res (Italie, Allemagne, France). Ses principaux repr�sentants, Georg Matthias Monn (1717-1750), Georg Christoph Wagenseil, Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), annoncent les ma�tres de la symphonie classique, tandis qu�Ignaz Umlauff downloadModeText.vue.download 329 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11540</p><p>(1746-1796) cr�e le singspiel avec Die Ber-gknappen (1778). La m�me ann�e, un nouveau th��tre ouvre, le Schikanedertheater, sur la sc�ne duquel seront jou�s les op�ras mozartiens. Gluck* entreprend sa r�forme de l�op�ra italien � Vienne avec Orfeo ed Euridice (1762) et Alceste (1767). Haydn*</p><p>y termine sa vie dans la gloire. La majorit� des ouvrages dramatiques des derni�res ann�es de la vie de Mozart*, install� � Vienne en 1781, seront cr��s dans cette ville (l�Enl�vement au s�rail, 1782 ; les Noces de Figaro, 1786 ; Cosi fan tutte, 1790 ; la Fl�te enchant�e, 1791). Beethoven* se fixe �galement dans la capitale autrichienne, aid� financi�rement par la haute soci�t�.</p><p>C�est l� que ses oeuvres seront con�ues, ex�cut�es, publi�es. Schubert*, n� pr�s de Vienne, vivra une existence difficile dans cette ville, sans y rencontrer beaucoup de compr�hension pour ses oeuvres. � la m�me �poque, l�enseignement pianistique de Karl Czerny (1791-1857) conduit � Vienne de nombreux pianistes (Sigismund Thalberg [1812-1871], Liszt*).</p><p>En 1842, Otto Nicolai (1810-1849), ma�tre de chapelle de la Cour, fonde l�Orchestre philharmonique, qui, avec l�Op�ra, acquiert une renomm�e mondiale.</p><p>Ce climat, cr�� tant par la pr�sence de compositeurs c�l�bres que par des institutions musicales de premier ordre, continue d�attirer � Vienne l��lite du monde musical dans la seconde moiti� du XIXe s.</p><p>Wagner* donne Tannh�user (1857), Lohengrin (1858), le Vaisseau fant�me (1860) et travaille aux Ma�tres chanteurs pendant son s�jour viennois. Les trois noms du pos-tromantisme se retrouvent � Vienne, o� ils s��tablissent d�finitivement : Johannes Brahms* dirige la Singakademie (1862), puis la Gesellschaft der Musikfreunde (1872) ; Anton Bruckner* m�ne une carri�re de professeur au Conservatoire de Vienne (fond� en 1817), o� il enseigne l�harmonie, le contrepoint et la fugue en 1868 ; Gustav Mahler* dirige l�Op�ra de la Cour (1897-1907), o� il se r�v�le comme un tr�s grand chef. C�est �galement � Vienne que vit Hugo Wolf*, le plus grand repr�sentant du lied � la fin du XIXe s.</p><p>Dans le domaine de la musique l�g�re, Vienne connut un rayonnement tout aussi grand. Franz von Supp� (1819-1895), Josef Lanner (1801-1843), Karl Ziehrer (1843-1922) et surtout la dynastie des Strauss*</p><p>brill�rent dans la composition de valses et d�op�rettes.</p><p>Y. de B.</p><p>L��COLE DE VIENNE</p><p>La Vienne du d�but du XXe s. fut certai-</p><p>nement, sur le plan des arts et de la pens�e, l�une des m�tropoles les plus actives de notre civilisation. Les noms de Freud, de S. George, de H. von Hofmannsthal, de O. Wagner, de P. Altenberg, de O. Ko-koschka et, un peu plus tard, ceux de R. von Musil et de H. Broch l�attestent. Mais cette Vienne si cr�atrice, en �veil aux fr�missements encore imperceptibles d�une sensibilit� nouvelle, �tait aussi celle d�une des soci�t�s les plus r�actionnaires d�Europe ; et la soci�t� viennoise constituait un public et s�exprimait en une critique fort peu pr�par�e � la hardiesse de conception des artistes qui vivaient en marge d�elle.</p><p>Aussi l�histoire de la � trinit� viennoise �</p><p>(Sch�nberg*-Berg*-Webern*) est-elle, sur le plan social, celle de l�indignation que suscit�rent les oeuvres de ces artistes. La premi�re audition des Lieder op. 1, 2 et 3</p><p>d�Arnold Sch�nberg, en 1898, choqua le public ; � et d�s lors, commentait plaisam-ment Sch�nberg, le scandale n�a jamais cess� �. Quelques semaines avant celui du Sacre du printemps, un autre scandale, presque aussi c�l�bre, marqua la cr�ation des Cartes postales op. 4 (mars 1913) d�Alban Berg. R�trospectivement, nous nous demandons aujourd�hui comment il se fait que Sch�nberg, pouss� par la n�cessit�, ait particip� � des concours de composition sans en obtenir le prix, que, cinq ans avant l�Anschluss, il ait d� s�expatrier (ce qui en dit long sur l�ambiance de sa ville natale), que Berg soit mort pauvre et Webern inconnu. La faute en incombe � une critique aussi aveugle que celle qui avait formul�, un si�cle plus t�t, sur Beethoven et Schubert, d��tranges jugements.</p><p>� travers l�oeuvre de ces trois ma�tres, l��cole de Vienne fut le berceau de la musique atonale* et du dod�caphonisme s�riel (v. dod�caphonie) ; elle a �galement remis en honneur l�esprit d�analyse, que les pr�occupations litt�raires postroman-tiques avaient laiss�es se perdre. La pol�-</p><p>mique qui opposa Hans Pfitzner (1869-1949) � Berg en est un exemple. Le premier, commentant la R�verie de Schumann, concluait qu�une telle page d�courageait l�analyste et que celui-ci en �tait r�duit � s��crier : � Que c�est beau ! � Dans sa r�-</p><p>ponse, rest�e fameuse, Berg d�montre que le fait musical a une existence concr�te et que la beaut� dont il est porteur peut �tre �clair�e par l�analyse. Cet esprit d�investigation et de r�flexion est d� � la rigueur de</p><p>l�enseignement de Sch�nberg, que l�a�n� des Viennois prodigua d�s le d�but du si�cle, et particuli�rement de 1917 � 1920, lorsque son s�minaire de composition musicale r�unissait de nombreux �l�ves, qu�il entourait d�une vigilance despotique.</p><p>� la m�me �poque fut fond� le Verein f�r musikalische Privatauff�hrungen (Association d�ex�cutions priv�es d�oeuvres musicales), dont le r�glement pr�voyait qu�une m�me oeuvre � serait entendue plusieurs fois � et que le programme des concerts, � afin d�assurer l�assiduit� des auditeurs, ne serait pas annonc� �. R�dig� par Berg en 1919, le manifeste de l�Association proclamait la n�cessit� de � soustraire les concerts � l�influence corruptrice de la musique officielle � et exigeait de la part du cr�ateur � l�indiff�rence envers toute forme d��chec ou de succ�s �. Il a souvent �t� compar� au Coq et l�Arlequin, qui lui est l�g�rement ant�rieur. Il n�en a pas la verve insolente ; mais une vision plus noble de l�art musical s�y exprime. On ne s��tonne pas que l�importance historique des oeuvres que ce manifeste recouvre ait �t� capitale. Apr�s une p�riode d�effacement, qui a co�ncid� avec les succ�s du nazisme (les thurif�raires de l�ordre nouveau consid�raient la musique non tonale comme une manifestation de d�g�n�rescence culturelle due � l�influence juive), un tr�s vif courant d�int�r�t s�est manifest� dans tout l�Occident, imm�diatement apr�s la guerre, envers l��cole de Vienne. En France notamment, les �crits th�oriques de Ren� Leibowitz (1913-1972) et de Pierre Boulez*</p><p>ont �tudi� l�apport des ma�tres viennois ; les oeuvres de Pierre Boulez, de Jean Bar-raqu�*, de Michel Philippot, etc., ont prolong� leurs acquisitions.</p><p>A. H.</p><p>Vienne (cercle de)</p><p>Nom que s�est donn� un groupe de</p><p>scientifiques et de philosophes form� en 1922 � Vienne autour de Moritz Schlick (1882-1936), docteur en physique et professeur de philosophie.</p><p>Ce groupe comprenait l��conomiste et sociologue Otto Neurath (1882-1945), F. Waismann (1896-1959), le physicien Philipp Frank (1884-1966), les math�maticiens Hans Hahn (1879-1934), Gustav Bergmann (n� en 1906).</p><p>Plus tard vinrent de nouveaux adeptes, comme Kurt G�del (n� en 1906), Victor Kraft (1880-1975), Herbert Feigl (n� en 1902). Dot� d�une formation de philosophe, de math�maticien et de physicien, plus f�cond litt�rairement que les autres membres du cercle, Rudolf Carnap (1891-1970), qui participa aux s�ances de celui-ci � partir de 1925-26, passa bient�t pour en �tre la personnalit� dominante. Les membres de ce cercle se r�unissaient pour discuter de probl�mes relatifs � la th�orie de la connaissance et � la recherche scientifique, dans l�optique de la logique et de l�empirisme. En 1929, ils publi�rent un manifeste, Wissenschaftliche Wel-tauffassung : der Wiener Kreis, r�dig� par Carnap, Hahn et Neurath et o� ils se r�clamaient notamment de Hume*, d�Ernst Mach (1838-1916), de Gottlob Frege (1848-1925) et de Russell*. Sans adh�rer au cercle de Vienne, Wittgenstein* entretenait avec Schlick et Waismann des relations personnelles. Sur la demande de Hahn, les membres du cercle �tudi�rent son Tractatus ; certains th�mes, dont celui de la nature tautologique (analytique) des v�rit�s logiques et math�matiques, et celui du rejet de la m�taphysique, sont en effet communs � Wittgenstein et au cercle de Vienne.</p><p>Celui-ci tint son premier congr�s � Prague en 1929 et devint un mouvement international avec des ramifications � Berlin (H. Reichenbach, R. E.</p><p>von Mises, K. Grelling, W. Dubislav, C. G. Hempel), aux Pays-Bas, o� ses th�ories et sa m�thode influenc�rent G. Mannoury (atteignant � travers lui L. E. J. Brouwer, qui vint prononcer une conf�rence � Vienne), � M�nster (H. Scholz), aux �tats-Unis (Ch. W. Morris, E. Nagel, C. I. Lewis, W. van Orman Quine), en France</p><p>(M. Boll, L. Rougier), en Pologne (J. &#x141;ukasiewicz, T. Kotarbi&#x144;ski,</p><p>S. Le&#x15B;niewski, L. Chwistek,</p><p>A. Tarski). En 1930 il eut un p�riodique, les Annalen der Philosophie, qui devint Erkenntnis (organe du cercle et du groupe de Berlin, fond� par Carnap et Reichenbach, et o� furent publi�es maintes contributions remarquables, dues � &#x141;ukasiewicz, � J. von Neumann, � A. Heyting, � Carnap et autres), puis, � partir de 1936, Journal of Unified</p><p>Science. Dans les ann�es 35, le cercle de Vienne commen�a � �diter une s�rie de monographies dans le cadre d�une Encyclopaedia of Unified Sciences, dont Neurath avait trac� le plan.</p><p>Tous les membres du cercle n�avaient pas les m�mes opinions ; celui-ci n�imposait aucune orthodoxie. Ainsi, il est peu probable que G�del, qui pensait que les axiomes math�matiques ont un contenu r�el, ait partag� l�id�e que les math�matiques classiques consistent en des tautologies qui ne disent rien sur rien. K. R. Popper (� Science and Metaphysics �, dans P. A. Schilpp, The Philosophy of Rudolf Carnap) se demande m�me si les d�couvertes de G�del sur l�incompl�tude essentielle de l�arithm�tique (1931) sont compatibles avec l�id�e d�un langage universel de la science unifi�e.</p><p>Le mouvement a commenc� � se</p><p>d�sagr�ger dans les ann�es 35. En juin 1936, Schlick fut tu� par un de ses �tudiants qui �tait devenu fou.</p><p>Les membres du cercle, suspects aux conservateurs et aux nazis, furent d�mis de leurs chaires par le gouvernement autrichien. Ils �migr�rent et se dispers�rent dans les universit�s des �tats-Unis.</p><p>La doctrine du cercle de Vienne est parfois appel�e positivisme logique (l�expression apparut pour la premi�re fois en 1930), mais, sous cette appellation, on groupe le plus souvent ensemble les philosophes de Cambridge et les positivistes de Vienne.</p><p>Philosophie</p><p>Le cercle de Vienne rejette la</p><p>m�taphysique.</p><p>Sous l�angle de la distinction entre mode formel et mode mat�riel (Carnap, Logische Syntax der Sprache [1934]), les propositions de la m�taphysique downloadModeText.vue.download 330 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11541</p><p>sont mal form�es : elles semblent porter sur des choses du monde ; en fait,</p><p>elles ne portent que sur certains des mots qui les expriment : ce sont des pseudo-propositions.</p><p>D�apr�s Schlick, la m�taphysique</p><p>n�glige les relations entre les grandeurs qui caract�risent les �tats de choses et cherche aux ph�nom�nes un contenu cach�. Or, la recherche de ce contenu conduit les m�taphysiciens � user d�expressions scientifiques d�une mani�re qui enfreint les r�gles de leur emploi dans le langage de la science. D�o� le manque de sens des propositions m�taphysiques : elles consistent en des assemblages de mots qui p�chent contre les r�gles du langage scientifique, c�est-�-dire contre les r�gles logiques.</p><p>Consid�r�e du point de vue de sa</p><p>probl�matique et non plus de la syntaxe de ses propositions, la m�taphysique appara�t occup�e par des faux probl�mes (Carnap, Logische Aufbau der Welt et Scheinprobleme der Philosophie, 1928). Les vrais probl�mes sont ceux qui se posent dans le cadre d�une th�orie ou d�un langage donn�s (questions internes), ou bien concernent les raisons th�oriques et pratiques moti-vant le choix de telle th�orie de pr�-</p><p>f�rence � telle autre. � cette derni�re exception pr�s, sont des pseudo-probl�mes tous les probl�mes qu�on se pose en dehors d�un cadre th�orique quel qu�il soit (questions externes).</p><p>Ainsi, se demander quelle est la r�alit� du monde ext�rieur n�a en soi aucun sens (question externe) ; se demander quelles r�alit�s postule une th�orie donn�e en a un (question interne).</p><p>Donc le d�bat id�alisme/r�alisme est un pseudo-probl�me.</p><p>Cette critique de la m�taphysique s�appuie sur des arguments irr�fu-tables et pourtant elle n�a probablement convaincu que ceux qui �taient convaincus d�avance. Elle visait surtout les sp�culations de Heidegger*, � qui Carnap emprunte presque tous ses exemples.</p><p>Les positivistes viennois ne rejettent pas pour autant la philosophie. Ils ont plut�t l�ambition de construire une nouvelle th�orie de la connaissance qui consisterait en une r�flexion ou en une analyse du langage des sciences. Carnap pense que les v�ritables proposi-</p><p>tions philosophiques portent sur le langage de la science et appartiennent � la syntaxe (c�est-�-dire � la th�orie) de ce langage. Schlick emprunte � Wittgenstein l�id�e que la philosophie est une activit� plut�t qu�un syst�me d�assertions. Waismann constate que la philosophie ne prouve pas parce qu�elle n�a pas en g�n�ral de pr�misses ; et, quand elle en pose, elle les abandonne pour aller plus profond ; elle ne peut pas non plus avoir d�axiomes ; donc elle n�aura pas de th�or�mes. Elle pose des questions, mais qui n�ont pas de r�ponses ; seulement ces questions donnent naissance � d�autres questions qui sont susceptibles de r�ponses. Elle a donc un r�le positif. En tout �tat de cause, le cercle de Vienne a introduit un genre nouveau de philosophie caract�ris� par la recherche de la rigueur et de la pr�-</p><p>cision. Ce qui est nouveau aussi, c�est que, pour la premi�re fois depuis longtemps, des th�ses philosophiques ont fait (entre les membres d�un groupe restreint d�abord, dans un public plus large ensuite) l�objet de d�bats qui visaient non pas � une prise de parti pour ou contre, mais � un perfectionnement et � une clarification progressifs de ces th�ses. Ce style de philosophie a gagn� toute la r�flexion anglo-saxonne contemporaine, laquelle repr�senterait, selon certains (J. Vuillemin), la seule philosophie actuellement vivante.</p><p>Logique et</p><p>math�matiques</p><p>Touchant la logique, le premier point de la doctrine du cercle de Vienne est le suivant : la logique est un mode d�organisation de notre langage, une m�thode de parler d�objets. Mais la logique ne parle sur aucun objet (c�est ce que Hahn, visiblement d�apr�s Wittgenstein, appelle la � nature de tautologies des v�rit�s logiques �). Cette conception nominaliste de la logique s�oppose aux conceptions platoniciennes selon lesquelles la logique d�crirait des r�alit�s (les propri�t�s g�n�rales des objets, les structures de l��tre, etc., ou peut-</p><p>�tre, plus modestement, des classes et des relations).</p><p>Un second point est le fait constatable que les v�rit�s logiques (par exemple � cette rose est rouge ou cette</p><p>rose n�est pas rouge �) ne sont r�fu-tables par aucune observation. Hahn y voit � la base du caract�re certain et de la validit� universelle des lois logiques �.</p><p>De ces deux remarques, les positivistes viennois inf�rent que l�irr�fu-tabilit� des lois logiques provient de ce qu�elles ne disent rien sur quelque objet que ce soit. D�o� ils tirent la cons�quence que la logique est engendr�e par le langage, ce qui repr�sente une assertion plus forte que de dire qu�elle consiste en les lois de l�emploi du langage. Ainsi, l�instance du tiers exclu cit�e plus haut et qui est � une proposition logique �, c�est-�-dire logiquement vraie, est vraie en vertu du langage ou, plus pr�cis�ment, en vertu des conventions sur l�emploi des op�rateurs ne ... pas et ou. Cela signifie qu��tant donn� le langage et ses r�gles elle est automatiquement vraie : � Elle exprime seulement une convention sur la mani�re dont nous voulons parler �</p><p>(H. Hahn, � Logic, Mathematics and the Knowledge of Nature �, repris dans A. J. Ayer). Cette th�orie, qu�on appelle tant�t th�orie linguistique de la v�rit� logique (logiquement vrai =</p><p>vrai en vertu du langage), tant�t th�orie de la v�rit� logique comme convention linguistique, a �t� discut�e par Quine (� Carnap and Logical Truth �, dans Schilpp ; voir aussi Philosophy of Logic, 1971).</p><p>Les math�matiques sont rang�es</p><p>avec la logique parmi les sciences formelles, dont les v�rit�s sont d�ordre analytique, par opposition aux sciences factuelles ou sciences de faits, qui �tablissent des propositions synth�tiques, c�est-�-dire des descriptions de donn�es observables ou des propositions g�n�rales utilis�es comme lois ou comme hypoth�ses.</p><p>Les propositions analytiques de la logique et des math�matiques ont un r�le auxiliaire dans la d�rivation de nombreuses propositions synth�tiques et sont d�pourvues de contenu propre.</p><p>Ces sciences formelles n�ajoutent rien au domaine de la science parce qu�il n�existe pas d�objets formels comme il existe des objets r�els. Elles sont des syst�mes de propositions auxiliaires</p><p>� sans objet ni contenu � (Carnap,</p><p>� Formal and Factual Science � [1934], repris dans H. Feigl et M. Brodbeck).</p><p>L�auteur conclut que, par suite, la distinction entre sciences formelles et sciences factuelles n�endommage pas l�unit� de la science.</p><p>La notion de v�rifiabilit�</p><p>Les repr�sentants du positivisme logique pensaient qu�un �nonc� n�a de sens que s�il est analytique ou v�rifiable empiriquement. Cette id�e remonte � Hume et, plus pr�s de nous, � Mach et � P. W. Bridgman (� Le</p><p>sens d�un terme est la collection de ses r�gles d�application �). Le principe de v�rifiabilit�, ou crit�re empiriste du sens, que le cercle de Vienne attribue � Wittgenstein : � Le sens d�une proposition est identique � sa m�thode de v�rification �, semble �tre une variante de cette id�e des empiristes. Comme on l�a vu plus haut, elle est une arme antim�taphysique. Toutefois, ce principe semble ne pas avoir de statut bien clair, car, s�il est analytique, autrement dit tautologique, il n�a pas de valeur informative (il ne dit rien sur aucune r�alit� distincte de lui), tandis que, s�il est empirique, il n�est ni n�cessaire ni s�r, et il tombe bizarrement dans son propre champ d�applicabilit�.</p><p>Il est naturel de demander que quiconque �nonce une proposition soit en mesure d�indiquer � quelles conditions cette proposition est vraie ou fausse, et on a en effet l�impression que � celui qui ne serait pas capable de cela ne sait pas ce qu�il dit � (Waismann). Cependant, il y a davantage dans l�exigence de v�rifiabilit�. Pour �viter les malentendus les plus grossiers, les membres du cercle de Vienne ont pr�cis� que v�rifiabilit� n��quivaut pas � v�rit� et qu�il faut entendre par v�rifiabilit� une v�rifiabilit� de principe, la possibilit� logique d�une preuve tir�e de l�observation et qui �tablirait, si on la trouvait, la v�rit� de la proposition en question (alors que, dans le � crit�re � de Bridgman cit� plus haut, les r�gles sont suppos�es imm�diatement pr�sentes).</p><p>Certaines formulations du principe de v�rifiabilit� ont engendr� des cons�-</p><p>quences ind�sirables. Ainsi, il ne suffit</p><p>pas de dire qu�une proposition donn�e est dou�e de sens s�il est possible de d�crire une preuve fond�e sur l�observation et d�o� r�sulterait que cette proposition donn�e est vraie. Lorsqu�on traduit en termes pr�cis cette tentative de d�finition : � Une proposition p est dou�e de sens s�il existe des �nonc�s d�observation O1, ..., On tels que p est cons�quence logique de la conjonction de O1, ..., On �, on s�aper�oit que la condition propos�e est satisfaite dans deux cas impr�vus, celui o� p est analytique (c�est-�-dire vraie sur la base de la logique seulement) et celui o� O1, ..., On sont incompatibles entre eux (leur conjonction est inconsistante ; elle implique n�importe quoi). On exclut ces deux cas en disant que p est v�rifiable si elle est non analytique et cons�-</p><p>quence logique d�un ensemble fini et consistant d��nonc�s d�observation.</p><p>(En passant, on voit sur cet exemple, quel genre de b�n�fice la philosophie est � m�me de tirer de l�analyse logique du langage ; on remarque aussi que la philosophie du cercle de Vienne proc�de avec des �nonc�s qui sont des r�gles autant que des assertions et que ces r�gles sont susceptibles de voir leur formulation se perfectionner dans le sens d�une correction et d�une rigueur croissantes.) N�anmoins, sous la derni�re forme indiqu�e ci-dessus, le downloadModeText.vue.download 331 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11542</p><p>principe de v�rifiabilit� n�est pas encore � l�abri des objections : en effet, certaines lois scientifiques apparaissent comme n��tant pas compl�tement v�rifiables ; il n�existe pas d�ensemble fini d�termin� d�exp�riences dont la donn�e �quivaudrait � la v�rification de ces lois. Par exemple, une loi qui a la forme d�une quantification universelle et qui, donc, est susceptible d�un nombre ind�fini d�instances ne peut pas �tre cons�quence d�un nombre fini d��nonc�s d�observation. Hempel (� The Em-piricist Criterion of Meaning �, repris dans Ayer) cite d�autres d�fauts de la formulation ci-dessus : si une proposition p satisfait un tel crit�re, p &#x22C1; s, o� s est une proposition condamn�e comme d�nu�e de sens par le crit�re, le satis-</p><p>fait aussi. Une autre cons�quence surprenante ou paradoxale est celle-ci : si une quantification existentielle &#x2203;xP(x) est v�rifiable, sa n�gation ne</p><p>sera pas compl�tement v�rifiable (en tant qu��nonc� g�n�ral, cf. plus haut).</p><p>Par suite, la n�gation d�une proposition v�rifiable n�est pas forc�ment v�rifiable.</p><p>On peut se demander �galement si le principe de v�rifiabilit� est un crit�re d�existence ou bien une d�finition du sens. S�il est une d�finition, il identifie le sens d�une proposition aux exp�-</p><p>riences ou aux propri�t�s dont l��nonc� ou bien implique cette proposition ou bien est incompatible avec elle. Une objection possible alors est que le sens d�une proposition ne se produit pas en un certain point du temps et de l�espace comme fait une exp�rience. (Cette critique suppose que l�objet � d�finir, le sens, est quelque chose dont on cherche � circonscrire la nature ; il ne s�agit pas de d�finir un mot.) S�il est un crit�re, le principe cesse d��tre une assertion et donc n�est ni vrai ni faux ; il serait alors arbitraire ; or, cette possibilit� est difficilement compatible avec les perfectionnements qu�on lui a fait subir et qui visent � accro�tre son ad�quation.</p><p>Carnap propose de voir dans le principe de v�rifiabilit� une clarification et une explication de l�id�e qu�on a na�vement d�un �nonc� intelligible. Mais des concepts et des propositions peuvent �tre intelligibles sans �tre d�finissables en termes d�op�rations physiques.</p><p>Dans un article intitul� � Testability and Meaning �, publi� en 1936 (repris dans l�ouvrage de Feigl et Brodbeck, d�j� cit�), Carnap, tenant compte d�une objection de Popper sur l�impossibilit� d��tablir d�finitivement et compl�tement la v�rit� d�une proposition synth�tique, introduit une distinction entre tester et confirmer. Le probl�me de la confirmation remplace celui de la v�rification. Une proposition est testable si nous connaissons une proc�dure (exp�rience, calcul, etc.) qui permette de la r�futer ou de la prouver empiriquement ; elle est confirmable si nous avons une id�e de ce qui serait susceptible de la prouver sans disposer actuellement d�une proc�dure de preuve empirique correspondante. Ainsi, une</p><p>proposition peut �tre confirmable sans �tre testable. Il y a d�ailleurs des degr�s dans la testabilit� et dans la confirma-bilit�. Les nouveaux crit�res du sens propos�s par Carnap suffisent-ils � exclure comme d�nu�es de sens les propositions m�taphysiques ? Popper a imagin� le contre-exemple d�un �nonc� exprimable en langage physicaliste, confirmable au sens de Carnap, et qui pourtant manque de cr�dibilit� empirique.</p><p>Physicalisme</p><p>Une des vues de Mach, que le cercle de Vienne reprend � son compte, est celle de l�unit� de la science : en particulier, la psychologie n�a pas pour objet un monde int�rieur qui serait diff�rent du monde ext�rieur, celui qu��tudient les sciences physiques. Or, � partir du moment o� l�on admet que la psychologie et la physique d�crivent des exp�-</p><p>riences, l�unification est possible.</p><p>Dans Aufbau der Welt (1928, mais</p><p>sa premi�re version fut r�dig�e dans les ann�es 1922-1925), Carnap montre comment le monde r�el peut �tre constitu� � partir des exp�riences internes.</p><p>Il aboutit � une science solipsiste ou subjective. Ce solipsisme, m�me � m�-</p><p>thodologique �, d�pla�t � Neurath, qui, par ailleurs, rejette l�id�e que ce sont les exp�riences qui v�rifient les propositions. Une proposition se v�rifie par confrontation avec un syst�me d�autres propositions, sa compatibilit� ou son incompatibilit� avec ce syst�me �tant ce qui permet de juger de sa v�rit�. On croirait que ces assertions annoncent une doctrine de la v�rit�-coh�rence (� un certain moment, Carnap et surtout Neurath se sont orient�s dans cette direction). Les propositions qui sont la pierre de touche de la v�rit� d�une proposition donn�e et une base de confirmation pour elle sont des �nonc�s form�s de termes d�observation ou de perception. On a appel� ces �nonc�s, au cercle de Vienne, des �nonc�s protocolaires. Comment sont-ils con�us ?</p><p>Neurath et Carnap les con�oivent</p><p>chacun diff�remment. Pour le second, ils ont la propri�t� suivante : saisir leur sens �quivaut � voir qu�ils sont vrais ; ils sont confirm�s par les observations</p><p>plus directement que les autres. Neurath insiste sur la validit� universelle du principe de v�rification : � Une condition qui d�finit une proposition est qu�elle soit sujette � une v�rification, c�est-�-dire qu�elle puisse �tre �cart�e �, et trouve dans l�opinion de Carnap (selon laquelle les �nonc�s protocolaires n�ont pas besoin de v�rification) un vestige de la croyance � des exp�riences imm�diates (� sense-data �), pot-pourri de la philosophie universitaire traditionnelle. Selon Neurath, les �nonc�s protocolaires primitifs que cherche Carnap n�existent pas non plus (cf. � Protocol Sentences �, 1932-33, dans Ayer).</p><p>La notion d��nonc� protocolaire</p><p>pr�te en effet � une double interpr�-</p><p>tation : dans un sens ph�nom�naliste, comme des propositions relatives</p><p>aux exp�riences v�cues d�un sujet, � une perception ou � un �v�nement</p><p>conscientiel, bref � un ph�nom�ne temporel, non spatial ; dans un sens physicaliste, comme des propositions relatives � un fait physique situ� dans le temps et dans l�espace (par exemple � la perception d�un individu pris comme objet dou� de d�terminations spatio-temporelles). Dans les deux interpr�-</p><p>tations, on ne fait pas de distinction entre sciences de la nature et sciences de l�esprit (Geisteswissenschaften : ce qu�on appelle maintenant sciences humaines). Suivant la tradition de Mach, Carnap avait commenc� par adopter l�interpr�tation ph�nom�naliste tout en disant que le choix d�une base ph�-</p><p>nom�naliste ou physicaliste est une affaire de langage ou de m�thode, la substance d�une d�cision pratique, non pas une affaire d�ontologie. Or, le choix d�un langage est libre (principe de tol�rance).</p><p>Neurath, qui apercevait une double corr�lation entre le mat�rialisme et les id�es de d�mocratie et de progr�s, d�une part, entre l�id�alisme et la r�action en politique (au cours du XIXe s.), d�autre part, avait des pr�f�rences physicalistes. Apr�s des discussions avec Neurath, o� celui-ci soulignait l�interd�pendance des d�cisions pratiques et th�oriques, Carnap se range � son tour au point de vue physicaliste (sans doute parce qu�une science intersubjective lui para�t plus satisfaisante) : comme</p><p>il l�expliquera plus tard (� Testability and Meaning �, section 16) dans un langage physicaliste, les pr�dicats psychologiques deviennent � intersubjectivement confirmables �. En tout �tat de cause, d�apr�s le physicalisme, les �nonc�s protocolaires sont des descriptions quantitatives de situations dans l�espace-temps. La th�se de la v�rifiabilit� physicaliste est que la totalit� du langage scientifique est constructible � partir d�une base d��nonc�s protocolaires interpr�t�s au sens physicaliste.</p><p>Parall�lement au probl�me de la</p><p>v�rifiabilit� des �nonc�s et en liaison avec lui, il y a un probl�me de la d�-</p><p>finissabilit� des termes scientifiques.</p><p>Si tous les concepts figurant dans les propositions des disciplines empiriques sont d�finissables en termes des expressions figurant dans les �nonc�s protocolaires imm�diatement v�rifiables, toutes les propositions de ces disciplines devraient �tre v�rifiables.</p><p>Or, cette cons�quence ne para�t pas r�alis�e. Cette difficult�, ainsi que celle qui est caus�e par les pr�dicats dispositionnels (du type � soluble dans l�eau �) conduisent Carnap � introduire et � approfondir la notion d��nonc� de r�duction (r�duction sentence). Grossi�rement, la r�ductibilit� signifie que l��liminabilit� du � d�fini � n�est pas toujours pr�sente. La th�se physicaliste prend alors une forme att�nu�e : tous les concepts des sciences empiriques sont r�ductibles � ceux qui figurent dans les �nonc�s protocolaires.</p><p>Quoique ce programme de r�duction des �nonc�s scientifiques � des �nonc�s form�s de termes logiques et observa-tionnels ait �chou�, il faut reconna�tre que les membres du cercle de Vienne ont accompli un effort louable en vue d�expliciter et de justifier la th�se empiriste traditionnelle selon laquelle tous les �nonc�s synth�tiques reposent sur l�exp�rience.</p><p>�thique</p><p>Les positivistes viennois rejettent l�id�e d�un univers de valeurs transcendant aux individus et � leurs exp�riences : les assertions relatives � des entit�s de ce genre sont d�nu�es de sens. Schlick professe une vari�t� d�utilitarisme</p><p>(mehre deine Gl�ckseligkeit), le bien-</p><p>�tre (Gl�ckseligkeit) �tant con�u par lui comme �tant l��tat de plaisir qui accompagne toute activit� � laquelle nous nous livrons pour elle-m�me et conform�ment � nos go�ts et � nos capacit�s. Les autres positivistes viennois semblent avoir reconnu dans la morale une sorte de r�gulation du sentiment, mais il est clair que leur tentative pour formuler ou justifier les r�gles du senti-downloadModeText.vue.download 332 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11543</p><p>ment ou de la vie �motionnelle manque de conviction.</p><p>Influence</p><p>Le cercle de Vienne a inaugur� un mode de philosopher nouveau, caract�ris� par les deux �l�ments suivants : l�application de la logique symbolique aux probl�mes de th�orie de la connaissance (� la mani�re de Russell) et l�abandon de la pr�tention habituelle de toute philosophie � se pr�senter comme un syst�me clos de v�rit�s</p><p>d�finitives.</p><p>Quant au contenu, les principaux</p><p>th�mes du positivisme logique ont �t� des dichotomies : analytique/synth�-</p><p>tique, vrai en vertu du langage/vrai sur la base des observations, v�rifiable/non v�rifiable, propositions scientifiques/</p><p>propositions m�taphysiques, sciences formelles/sciences factuelles. Or, aucune de ces oppositions n�a tenu ; toutes ont �t� r�cus�es par les philosophes et les logiciens. On s�accorde aussi � reconna�tre que l�ambition du cercle de Vienne de construire un langage de la science excluant comme d�-</p><p>nu�s de sens les concepts et les propositions m�taphysiques et eux seuls n�a pas abouti. L�id�e de la construction d�un tel langage serait m�me, selon Popper, un � pseudo-probl�me �. Li�e � la construction de ce langage, la th�se du langage universel ou de la science unifi�e n�a pas pu s�imposer non plus.</p><p>Elle serait r�fut�e par la d�monstration, par Tarski, du th�or�me suivant lequel un langage donn� ne peut pas, s�il est consistant, contenir une d�finition de</p><p>son propre pr�dicat de v�rit� ou, sur le plan de la syntaxe, par l�impossibilit� de d�river dans un formalisme assez puissant et suppos� consistant tous les th�or�mes vrais dans son mod�le standard (G�del, 1931).</p><p>Ce serait dire que le positivisme logique du cercle de Vienne a v�cu, et, dans un sens strict, cela est vrai. Pourtant il continue de vivre par l�impulsion qu�il a donn�e au d�veloppement de l�empirisme contemporain et parce que la discussion se poursuit sur les probl�mes que le cercle de Vienne a mis sur le tapis.</p><p>Le degr� de p�n�tration du positivisme viennois a �t� variable selon les pays. En Allemagne, celui-ci n�a pas pr�valu contre la philosophie de Heidegger. Du c�t� fran�ais, il s�est heurt� au scepticisme de la philosophie universitaire, depuis longtemps perdue dans la contemplation de son propre nombril. Les rationalistes cart�siens, habitu�s � consid�rer que la logique est st�rile (quand elle n�enfante pas des contradictions), m�fiants vis-�-vis de l�exp�rience sensible et d�pourvus de toute technique (en philosophie, le bon sens de l�honn�te homme est cens� suffire � tout !), jug�rent inutile de s�int�resser � un mouvement de pens�e dont ils sous-estimaient l�importance.</p><p>Il s�ajoute � cela que les pol�miques antim�taphysiques des membres du</p><p>cercle de Vienne, leur valant une r�putation de scientisme, les desservirent d�une fa�on radicale aupr�s de gens qui connaissaient de la m�taphysique autre chose que les abus les plus f�cheux de la sp�culation germanique.</p><p>Au contraire, dans les pays anglo-saxons, la philosophie scientifique du cercle de Vienne a trouv� des continuateurs ind�pendants.</p><p>J. L.</p><p>&amp; H. Feigl et W. Sellars (sous la dir. de), Readings in Philosophical Analysis (New York, 1949). / V. Kraft, Der Wiener Kreis, der Ursprung des Neupositivismus (Vienne, 1950). / H. Feigl et M. Brodbeck (sous la dir. de), Readings in the Philosophy of Science (New York, 1953).</p><p>/ A. J. Ayer, Logical Positivismus (Glencoe, Illinois, 1959). / P. A. Schilpp (sous la dir. de),</p><p>The Philosophy of Rudolf Carnap (La Salle, Illinois, 1963). / P. Edwards (sous la dir. de), The Encyclopedia of Philosophy (New York, 1967 ; 8 vol.).</p><p>Vienne</p><p>Ch.-l. d�arrond. de l�Is�re ; 28 753 hab.</p><p>(environ 40 000 pour l�agglom�ration).</p><p>Sur la rive gauche de l�un des d�fil�s les plus �troits du Rh�ne, Vienne est une tr�s vieille cit�, dont le r�le strat�-</p><p>gique explique l�anciennet�. Bien que lui ayant pr�f�r� Lyon, les Romains en firent une ville importante. Apr�s avoir �t� la r�sidence habituelle des rois burgondes, la ville devient au Moyen �ge une grande cit� chr�tienne. � partir de la Renaissance, malgr� son site exceptionnel, elle est frapp�e d�un �tiole-ment irr�versible au profit de Lyon, mais poursuit cependant une activit� propre : les eaux de la G�re animent des moulins, des foulons, des tanneries.</p><p>Au XVIIIe s., l�Allemand Blumenstein y introduit la m�tallurgie. Ces activit�s h�rit�es ont profond�ment marqu� le tissu urbain, v�tust� et d�grad� dans le centre-ville, et pr�d�termin� la fonction industrielle actuelle. Le textile subsiste sous la forme traditionnelle de tissage de drap grossier � partir de d�chets de laine, mais on assiste � la r�orientation vers les fibres synth�tiques et le tissage de qualit�, et la confection est toujours active. De la tradition m�tallurgique sont n�es diverses activit�s (emboutis-sage, chromonickelage), dont certaines sont assez �labor�es : petit appareillage �lectrique (Calor), machines-outils, machines textiles. Sous l�influence de Romans, l�industrie de la chaussure remplace la tannerie. Comme d�autres centres du Rh�ne moyen, Vienne a</p><p>�t� marqu�e par le d�veloppement des axes de circulation (R. N. 7, puis autoroute A 7). Ville usini�re, elle se situe dans l�orbite lyonnaise, b�n�ficiant des retomb�es industrielles de la m�tropole rhodanienne, tout en s�effor�ant de garder une relative autonomie. L�extension de l�agglom�ration, notamment vers le sud, ne fait que confirmer la vocation industrielle, que traduit la r�partition des actifs : notamment 6 000 personnes dans les industries de transformation, contre 4 800 seulement dans les secteurs de la banque, du com-</p><p>merce et des services. Le noyau urbain, v�tust�, asphyxi� par la circulation, pose un grave probl�me de modernisation, alors que la p�riph�rie s�urbanise (Sainte-Colombe et en direction des Roches-de-Condrieu). Mais la proximit� de Lyon limite les possibilit�s d�expansion �conomique de la cit�.</p><p>R. D.-C.</p><p>L�art � Vienne</p><p>La r�putation de Vienne est fond�e d�abord sur les monuments romains.</p><p>Le mieux conserv� est le temple d�Auguste et de Livie, construit avant la fin du Ier s. au centre du forum, dont les maisons actuelles conservent les subs-tructions. Non loin s��l�vent le portique d�entr�e des anciens thermes et le temple des myst�res de Cyb�le, dont les fouilles r�centes ont livr� quantit� d�objets, en particulier des bassins rituels. Le grand th��tre, d�gag� de la colline de Pipet de 1922 � 1938, pouvait contenir 15 000 spectateurs. De beaux vestiges de sa d�coration ont �t� conserv�s (frise du pulpitum, si�ges de l�orchestra, chapiteaux). Au sud se trouvent les ruines de l�Od�on. Apr�s les invasions du IIIe s., le th��tre servit de carri�re et de refuge aux sinistr�s. Ces monuments officiels trouvent leur compl�ment outre-Rh�ne avec le quartier d�habitation et de commerce de Saint-Romain-en-Gal, o� 2 ha de constructions tr�s soign�es du IIe s. ont �t� inventori�s depuis 1967.</p><p>L�importance de l�ensemble monu-</p><p>mental m�di�val est en accord avec celle du r�le �piscopal de la cit�.</p><p>L��glise Saint-Pierre remonte au VIe s.</p><p>(murs � rangs de pierre et de brique altern�s, plan basilical), mais elle a �t� profond�ment remani�e du IXe au XIIe s.</p><p>Non vo�t�e, elle abrite aujourd�hui le mus�e lapidaire de la ville. L�abbatiale Saint-Andr�-le-Bas, d�origine aussi ancienne, appartient dans son �tat actuel � la fin du IXe s. et au XIIe s., �poque o� l�on sur�leva la nef, dont les remarquables chapiteaux rappellent le style du Brionnais (Sa�ne-et-Loire). Le clo�tre non vo�t� � particularit� locale</p><p>� est tr�s �l�gamment sculpt� lui aussi (mus�e d�art chr�tien).</p><p>L�ancienne cath�drale Saint-Maurice, construite sur des vestiges pr�-</p><p>romans, comprend une partie romane de conception clunisienne, aux chapiteaux histori�s. La d�coration de ciment color� du choeur a fait �cole dans les �glises contemporaines de Lyon*</p><p>(Saint-Jean et Saint-Paul). Les derni�res trav�es, les clochers et la fa�ade datent des XIVe et XVe s. ; les sculptures des portails suivent un int�ressant programme iconographique.</p><p>Il subsiste de l�architecture civile de la Renaissance quelques h�tels (rue des Orf�vres) et de l��poque classique l��glise de Saint-Andr�-le-Haut, d�dicac�e en 1725.</p><p>E. P.</p><p>F Is�re / Rh�ne (le) / Rh�nes-Alpes.</p><p>&amp; J. Formig�, le Th��tre romain de Vienne (Syndicat d�initiative, Vienne, 1954).</p><p>Vienne. 86</p><p>D�part. de la R�gion Poitou-Cha-</p><p>rentes* ; 6 985 km 2 ; 357 366 hab.</p><p>(Viennois). Ch.-l. Poitiers*. S.-pr.</p><p>Ch�tellerault et Montmorillon.</p><p>Correspondant � peu pr�s au haut</p><p>Poitou, la Vienne s�identifie avec la partie nord-est de la R�gion Poitou-Charentes, la mieux reli�e � l�espace national et la plus dynamique. La population du d�partement avait cr� durant la premi�re moiti� du XIXe s., pour atteindre 344 000 habitants</p><p>en 1891. Puis ce fut un d�clin lent et mod�r� pendant une quarantaine d�ann�es (303 000 hab. en 1931),</p><p>avant que ne s�amorce un renouveau l�ger et continu : 329 000 habitants en 1962 et 340 000 en 1968. Depuis le d�but du XXe s., le nombre des agriculteurs a �t� r�duit de 86 000 (1901) � 22 000 (1975) et celui des travailleurs de l�industrie a peu augment� (44 500 en 1975) ; cette perte globale d�emplois n�a �t� compens�e que</p><p>dans une faible mesure par l�accroissement des activit�s tertiaires (de 33 000 � 52 000). En 1975, l�agriculture employait encore 16 p. 100 de downloadModeText.vue.download 333 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11544</p><p>la population active et l�industrie un peu plus du tiers seulement. L�industrialisation r�cente de l�axe Poitiers-Ch�tellerault a quelque peu modifi� ce bilan.</p><p>Le d�partement de la Vienne en-</p><p>globe � peu pr�s tout le seuil du Poitou, couloir d�une centaine de kilom�tres de largeur au nord, de 70 km environ au sud, entre les derni�res hauteurs armoricaines (G�tine de</p><p>Parthenay) et les premiers plateaux du Limousin occidental dans la r�-</p><p>gion de L�Isle-Jourdain. La majeure partie du d�partement est drain�e par la Vienne et ses affluents, la Gartempe et surtout le Clain, la rivi�re poitevine par excellence ; mais la frange m�ridionale est d�j� du domaine charentais. La fr�quence de la circulation atmosph�rique d�ouest y apporte des pr�cipitations abondantes (de 700 � 900 mm), mais, du fait de l�extension des calcaires, le pays reste relativement sec. � 150</p><p>ou 200 km de la mer, ce climat oc�anique se teinte parfois d�une certaine rudesse hivernale, qui se traduit, en particulier, par d�abondantes chutes de neige.</p><p>Peu �lev� (l�altitude moyenne est de 150 m), le seuil du Poitou offre des plateaux peu accident�s, dont les horizons monotones ne sont interrompus que par de rares lignes de hauteurs (collines de Montalembert au sud) ou par une cuesta sinueuse qui court dans la r�gion de Ch�-</p><p>tellerault et de Mirebeau ; ces plateaux sont morcel�s par des vall�es, assez nettement encaiss�es au sud du parall�le de Poitiers et dans l�est (au point de montrer de petites corniches), bien plus largement �pa-</p><p>nouies au nord.</p><p>Dans ce d�partement profond�-</p><p>ment rural, le paysage se transforme par touches insensibles. Au sud, les franges limousines portent des p�turages o� sont �lev�s des agneaux ; de petites hydrocentrales ont �t� construites sur la Vienne au voisinage du march� de L�Isle-Jourdain.</p><p>Au sud-ouest, les plateaux entre le Clain et la Charente donnent, sur les lourds labours des terres rouges � ch�taigniers, d�abondantes r�coltes de c�r�ales (bl�, ma�s) ; les prairies y permettent l��levage bovin laitier.</p><p>Des confins du Limousin (basse</p><p>Marche) et de la Brenne � la G�tine de Parthenay, les Brandes prennent en �charpe le haut Poitou. Sur ces plateaux essentiellement constitu�s de calcaires jurassiques tr�s perm�ables s��tendent de vastes pla-</p><p>cages de sid�rolithique apport� du Massif central et imperm�able. Ces terres acides et froides portaient des landes d�ajoncs et de bruy�res avant que (depuis un si�cle) le chau-lage n�en perm�t la mise en valeur.</p><p>Culture c�r�ali�re (bl� notamment) et �levage (moutons et ch�vres pour la fabrication de fromages) fournissent l�essentiel des revenus � des petits exploitants m�tayers et surtout propri�taires, moins nombreux qu�il y a un si�cle. Montmorillon (7 421 hab.) et Chauvigny (6 845 hab.) ne sont que des march�s locaux.</p><p>Les campagnes du nord du haut</p><p>Poitou sont moins bois�es et plus ouvertes que celles du sud : larges plaines d�blay�es par les rivi�res entre Poitiers et Ch�tellerault, plateaux cr�tac�s du nord-ouest, autour de Loudun (8 408 hab.), de Mirebeau et de Neuville-de-Poitou. Traditionnel pays � bl�, le nord du haut Poitou offre aujourd�hui une gamme de ressources tr�s vari�es. L��levage laitier s�y est d�velopp� dans le cadre de puissantes coop�ratives ; le ma�s et l�orge accompagnent le bl�, tout comme le colza et le tournesol. Sous un ciel dont la luminosit� �voque d�j� celle des pays de la Loire</p><p>viennent des cultures l�gumi�res et la vigne.</p><p>Au milieu de ces campagnes pra-</p><p>tiquement d�munies d�industries, la vall�e du Clain en aval de Poitiers s�individualise par son dynamisme.</p><p>Fief traditionnel de la coutellerie et de la fabrication des armes, Ch�-</p><p>tellerault (38 282 hab.) a trouv� un second souffle avec la d�centralisation d�industries parisiennes</p><p>(m�tallurgie diverse, travail du bois, industries alimentaires) : la spectaculaire croissance de la Z. U. P., qui flanque la ville au sud, traduit cette expansion. Mais l�activit� manufacturi�re s�est aussi diffus�e vers le nord, sur les confins tourangeaux (Ingrandes, Dang�), et vers le sud jusqu�� Poitiers (laiteries, beurreries, mais aussi m�tallurgie et travail du caoutchouc). Cette industrialisation a largement b�n�fici� des facilit�s de communication (voie ferr�e de Paris � Bordeaux ; R. N. 10), avantage qui deviendra d�cisif avec l�ouverture de l�autoroute Poitiers-Ch�tellerault et surtout avec le raccordement de celle-ci � l�autoroute Paris-Tours.</p><p>S. L.</p><p>F Poitiers / Poitou-Charentes.</p><p>Vienne (Haute-).</p><p>87</p><p>D�part. de la R�gion Limousin* ;</p><p>5 512 km 2 ; 352 149 hab. Ch.-l. Limoges*. S.-pr. Bellac et Rochechouart.</p><p>Correspondant aux deux divisions</p><p>traditionnelles du haut Limousin</p><p>(centre et sud) et de la basse Marche (nord), le d�partement est, � premi�re vue, un ensemble assez homog�ne</p><p>de plateaux entre 250 et 500 m, aux horizons sans accidents marquants.</p><p>Il n�empi�te que tr�s peu, � l�est d�Eymoutiers, sur les hauts plateaux bordant la Montagne limousine (730-760 m). Cependant, la vari�t� n�est pas absente : les vall�es du nord (Vienne, Gartempe, Brame, Issoire) sont plus larges et plus �vas�es, les plateaux du sud plus �lev�s et plus accident�s (500-550 m, gorges du r�seau de l�Isle), et les hauts plateaux lancent des promontoires au sud-est (mont Gargan, 731 m) et au centre avec l��chin� est-ouest des monts d�Ambazac (589 m) et des monts de Blond, qui d�passent encore 500 m dans l�ouest du d�partement. Climatiquement, au-dessous de 450 m (soit sur 75 p. 100 du territoire), les temp�ratures moyennes de janvier et de juillet sont voisines de celles de Paris, mais, du fait de la latitude plus m�ridionale et de l�ouverture aux influences d�un</p><p>oc�an proche, elles sont, en g�n�ral, plus �lev�es entre ces mois extr�mes, tandis que les vagues de chaleur estivale les en diff�rencient �galement.</p><p>La pr�cocit� et la force des premi�res gel�es sporadiques d�automne sont une caract�ristique des plateaux les plus �lev�s, tandis qu�en hiver et au printemps les temps perturb�s dominent ; l�enneigement est modeste et tr�s peu durable. Le sud est sensiblement plus arros� que le nord (907 mm � Limoges, de 1 200 � 1 600 mm dans la r�gion d�Eymoutiers, de 1 100 � 1 200 mm sur les plateaux au sud de la Vienne, mais, en g�n�ral, de 800 � 950 mm en basse Marche), et la r�partition saisonni�re des pr�cipitations diff�re : l�extr�me ouest a un indice oc�anique A. H. P. E.</p><p>(A. [automne], H. [hiver], P. [printemps], E. [�t�]), mais les plateaux du sud ont un indice � tendance � subtropicale �, le printemps venant imm�-</p><p>diatement apr�s l�automne A. P. H. E., tandis que le nord conna�t une l�g�re continentalit� A. E. P. H. Il s�agit donc d�un climat oc�anique, d�autant que les diff�rences saisonni�res sont peu accus�es, mais � l�g�re touche m�ridionale.</p><p>Or, l�opposition nord-sud est aussi un trait fondamental permanent de la g�ographie agraire. Moins uniformes, dot�s de sols plus profonds, plus riches en �l�ments fins, en phosphore et en potasse (notamment dans les bassins de la Ligoure et de la Briance), bien arros�s, mais sans les exc�s de pluviosit� et de fra�cheur qui conduisent � un lessivage intense, les plateaux du sud avaient �labor� un syst�me agricole plus � peuplant �, o� ch�taigneraies et ravi�res (puis la pomme de terre) s�ajoutaient aux c�r�ales, � la glandaie des porcs, et �taient parvenus � nourrir de 40 � 60 habitants au kilom�tre carr�, m�tayers certes tr�s pauvres, dont les enfants devaient souvent �migrer vers l�Aquitaine et les Charentes. La vigne fut m�me largement cultiv�e dans la vall�e de la Vienne. Cette soci�t� se transforma au XIXe s. en une d�mocratie rurale tr�s attach�e au sol durement acquis ; d�o� la longue r�sistance des densit�s, encore nettement sup�rieures actuellement (malgr� une brutale d�-</p><p>compression contemporaine) � celles du nord. Celui-ci, m�me apr�s l�introduction du sarrasin, resta un domaine d��conomie tr�s extensive, � longues</p><p>jach�res, aux vastes brandes livr�es au p�turage des moutons. La grande propri�t� et le faire-valoir indirect, organis� en m�tairies plus vastes, y r�sist�rent plus ais�ment � une pression paysanne moins forte, parce que venant d�une masse moins nombreuse.</p><p>Aussi le passage � une �conomie agricole moderne est-il plus difficile dans le sud, plus morcel�, plus marqu� par l�empreinte du surpeuplement rural d�autrefois. La tendance � la sp�-</p><p>cialisation dans l��levage boucher, esquiss�e de longue date (� chemins des boeufs � limousins vers Paris), a gagn� sans cesse, appuy�e sur une race remarquable (limousine). Pr�s et champs fourragers ont supplant� le bl�, qui couvrit de vastes espaces, au XIXe s., en rempla�ant le seigle. Il n�y a gu�re d��levage laitier qu�autour de Limoges. En basse Marche, l��levage du mouton en parc, en provenance des brandes poitevines, a connu r�cemment une forte expansion. Ces syst�mes extensifs entretiennent un fort exode rural. Le d�partement eut son maximum de population en 1906 (conjonction des bonifications agricoles et du d�veloppement industriel). La population a baiss� jusqu�en 1954, ne remon-downloadModeText.vue.download 334 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11545</p><p>tant que l�g�rement ensuite, malgr� un solde migratoire positif (la natalit� est, par contre, tr�s basse). Ce fait traduit l�isolement de Limoges dans un d�partement sans tissu urbain (Bellac, Saint-Yrieix-la-Perche, Rochechouart ne sont gu�re plus que des bourgs) et o� l�industrie est extractive (uranium de Bessines-sur-Gartempe, autrefois kaolin) ou peu diversifi�e (non-ferreux du Palais-sur-Vienne, ganterie et feutres de Saint-Junien, papeteries, tanneries de la vall�e de la Vienne). Malgr� son petit nombre et sa chute rapide, la population rurale repr�sentait encore 39,9 p. 100 de la population totale en 1975.</p><p>P. B.</p><p>F Limoges / Limousin.</p><p>Vierne (Louis)</p><p>Organiste et compositeur fran�ais (Poitiers 1870 - Paris 1937).</p><p>Le souvenir de Vierne associe pour toujours aux r�sonances quasi magiques de l�instrument de Cavaill�-Coll � la cath�drale de Paris la personnalit� d�un aveugle de g�nie accabl� par la vie.</p><p>Louis Vierne na�t presque sans vue.</p><p>Son p�re, journaliste, transporte son foyer � Paris en 1873, � Lille en 1876, puis de nouveau � Paris en 1880 et donne � son fils une instruction que son infirmit� l�emp�che d�acqu�rir normalement, tandis que son oncle Charles Colin, grand prix de Rome, organiste et professeur de hautbois au Conservatoire de Paris, supervise ses premi�res �tudes musicales. Rentr� en octobre 1881 � l�Institution des jeunes aveugles de Paris, o� il restera neuf ans, Vierne obtient en 1886 deux brillants premiers prix (violon et piano) devant un jury pr�sid� par C�sar Franck.</p><p>Apr�s l��t� de 1887, il commence</p><p>l��tude de l�orgue. Auditeur chez Franck � la classe du Conservatoire, il est admis dans cette m�me classe en octobre 1890. Un mois apr�s, Franck dispara�t ; Charles-Marie Widor* lui succ�de. Aussit�t une entente s��tablit entre lui et Vierne, qui se voit attribuer la t�che d�assistant de la classe d�s la rentr�e de 1891. � la suite d�une cabale contre Widor, Vierne n�obtient son premier prix qu�en 1894, mais � l�unanimit� et avec les f�licitations du jury.</p><p>Widor le nomme aussit�t suppl�ant � la classe et � son orgue de Saint-Sulpice.</p><p>Malgr� la succession d�Alexandre</p><p>Guilmant (1837-1911) en 1896 � la classe d�orgue (Widor �tant nomm� professeur de composition), Vierne garde son poste de suppl�ant. En 1899, il �pouse Ariette Taskin, cantatrice, fille d�Alexandre Taskin (1853-1897), professeur de chant au Conservatoire, et descendante de la grande famille des facteurs de clavecin. Un avenir brillant semble s�annoncer avec sa nomination en 1900, apr�s concours, au grand orgue de Notre-Dame. � la mort de Guilmant, apr�s dix-sept ann�es de pr�sence b�n�vole � la classe, Vierne</p><p>esp�re une place plus officielle, mais l�honneur en �choit � Eug�ne Gigout (1844-1925). V. d�Indy, comprenant sa d�ception, le fait succ�der � Guilmant au cours sup�rieur de la Schola cantorum. Apr�s ces premi�res �preuves, la guerre �clate, qui voit Vierne dans des conditions mat�rielles pr�caires. Ses yeux le font souffrir, et il doit se rendre en Suisse pour subir de nouveaux soins.</p><p>En novembre 1917, son fils Jacques (n� en 1900) meurt � la guerre ; quelques mois plus tard, c�est le tour de son fr�re Ren� (1878-1918), qui, premier prix d�orgue du Conservatoire en 1906, organiste de Notre-Dame-des-Champs, laisse plusieurs pi�ces d�orgue et une int�ressante M�thode d�harmonium</p><p>(1913).</p><p>La carri�re internationale de Vierne d�bute v�ritablement apr�s son retour � Paris en 1920. L�Allemagne, apr�s une tourn�e en 1906, demande de</p><p>nouveau le musicien en 1921, puis en 1922. Vierne parcourt ensuite la Suisse, l�Italie, la Belgique, la Hollande, l�Autriche, l�Espagne, sans toutefois oublier la France. L�Angleterre l�appelle en 1924, puis en 1925, o� il se rend jusqu�en �cosse et en Irlande.</p><p>Le 15 janvier 1927, Vierne s�embarque pour quatre mois pour les �tats-Unis.</p><p>La joie de cette tourn�e triomphale sera entam�e par un premier accident cardiaque. Le 10 juin 1932, Vierne inaugure avec son ma�tre Widor l�orgue restaur� de Notre-Dame. Le mercredi 2 juin 1937, � son 1 750e concert donn� devant les � Amis de l�orgue �, apr�s avoir jou� en premi�re audition son Triptyque, il s�appr�te � improviser sur l�Alma redemptoris mater : une note de p�dale r�sonne, lugubrement... Louis Vierne s��teint � ses claviers, comme il l�avait d�sir�.</p><p>Deux musiciens � ses deux ma�tres</p><p>� se retrouvent en Vierne : Franck, qui lui ouvre la voie de la recherche harmonique et du chromatisme, qu�il rendra angoiss� parfois jusqu�� l�ai-greur, et Widor, � qui il emprunte une perfection formelle et une connaissance du m�tier. L�oeuvre de Vierne, celle d�un romantique par son ton passionn�, est avant tout humaine, d�un temp�rament lyrique et d�une grande sensibilit� attis�e par de vives d�cep-</p><p>tions ; mais elle concilie avec bonheur sensibilit� et raison. Si Vierne reste attach� � la formule de l�orgue symphonique, il t�moigne de recherches plus personnelles et peut-�tre plus originales dans sa musique de chambre et de piano, plus proche de Faur�, qu�il admirait et � qui il d�dia sa Symphonie d�orchestre. Le domaine de l��criture vocale a attir� sa plume : musique religieuse, simples m�lodies qu�il adaptera souvent pour voix et orchestre (Po�me de l�amour), oeuvres lyriques de plus grande envergure (Eros) sur des textes de Verlaine, de Sully Prudhomme ou de J. Richepin.</p><p>Vierne, � c�t� de sa carri�re d�organiste virtuose, d�improvisateur, de compositeur, se montre un excellent p�-</p><p>dagogue : Joseph Bonnet (1884-1944), Marcel Dupr� (1886-1971), Nadia</p><p>Boulanger (n�e en 1887), No�lie Pier-ront (n�e en 1899), Maurice Durufl� (n� en 1902), �douard Souberbielle (n� en 1899), Bernard Gavoty (n� en 1908) comptent parmi ses nombreux �l�ves, comme l�Am�ricain Edward Shippen</p><p>Barnes (1887-1958), qui contribua � r�pandre son oeuvre outre-Atlantique.</p><p>L�un des derniers repr�sentants du romantisme en ce premier tiers du XXe s., Vierne peut para�tre attard� pour cette �poque, mais sa nature ardente, aux accents douloureux, en fait l�une des plus brillantes figures de noire �cole d�orgue fran�aise.</p><p>Les oeuvres principales</p><p>de L. Vierne</p><p>Orgue : 6 symphonies (1899, 1903, 1911, 1914, 1924, 1930) ; Messe basse pour orgue ou harmonium (1912) ; Vingt-Quatre Pi�ces en style libre en 2 livres (1913) ; Vingt-Quatre Pi�ces de fantaisie en 4 suites de 6 pi�ces (1926-27) ; Triptyque (1931) ; Messe basse pour les d�funts pour orgue ou harmonium (1934).</p><p>Musique vocale religieuse : motets ; Messe solennelle pour choeur � 4 voix mixtes et 2 orgues (1900).</p><p>Piano : Suite bourguignonne (1899) ; Trois Nocturnes (1916) ; Silhouettes d�enfants (1918) ; Solitude (1918) ; Douze Pr�ludes en 2 livres �dit�s en 1921 et 1924.</p><p>Musique de chambre : Quatuor � cordes (1894) ; Sonate pour violon et piano (1906) ; Rhapsodie pour harpe (1917) ; Sonate pour violoncelle et piano (1910) ; Quintette avec piano (1917) ; Marche triomphale pour le centenaire de Napol�on pour 3 trompettes, 3 trombones, 3 timbales et grand orgue (1921) ; Soirs �trangers pour violoncelle et piano (1928).</p><p>Musique vocale : nombreuses m�lodies ; recueils divers : Stances d�amour et de r�ves (1912) ; Spleens et d�tresses (1916) ; Cinq Po�mes de Baudelaire (1921) ; Po�me de l�amour (1924) ; les Ang�lus pour chant et orgue ou orchestre (1929) ; Quatre Po�mes grecs pour chant et harpe ou orchestre (1930).</p><p>OEuvres lyriques : les Djinns (1912), Psych� (1914), Eros (1916), po�mes symphoniques pour chant et orchestre ou piano ; la Ballade du d�sesp�r�, po�me lyrique pour t�nor et orchestre ou piano (1931).</p><p>Musique symphonique : Po�me pour</p><p>piano et orchestre (1925) ; Ballade pour violon et orchestre (1926).</p><p>OEuvres in�dites : Praxino�, l�gende lyrique pour orchestre, soli et choeurs (1905) ; Symphonie pour orchestre (1908) ; Dal Vertice, ode lyrique pour t�nor et orchestre ou piano (1917) ; M�thode d�orgue.</p><p>B. G.</p><p>&amp; In memoriam Louis Vierne (Descl�e De Brouwer, 1939). / B. Gavoty, Louis Vierne, la vie et l�oeuvre (A. Michel, 1943). / H. Doyen, Mes le�ons d�orgue avec Louis Vierne (Musique sa-cr�e, 1966). / Louis Vierne, num�ro sp�cial de l�Orgue (1970).</p><p>Vi�te (Fran�ois)</p><p>Math�maticien fran�ais (Fontenay-le-Comte 1540 - Paris 1603).</p><p>Fils d�un procureur, Vi�te �tudie le droit � Poitiers et s�inscrit en 1560 au barreau de Fontenay. En 1564, il entre, en qualit� de pr�cepteur de Catherine de Parthenay, au service de la maison de Soubise. On le retrouve en 1571</p><p>avocat au parlement de Paris et en 1573 conseiller au parlement de Bretagne. Remarqu� en 1576 par Henri III, qui le charge de missions sp�ciales,</p><p>Vi�te devient en 1580 ma�tre des re-qu�tes de l�h�tel du roi, puis membre du Conseil priv�. L�hostilit� du parti ligueur le fait suspendre de ses fonctions de 1584 � 1589, jusqu�� la rupture d�Henri III avec les Guise. En 1602, Vi�te doit abandonner sa charge pour raison de sant� et meurt � Paris en f�-</p><p>vrier 1603, ne laissant qu�une fille sans descendance.</p><p>Tr�s absorb� par ses travaux officiels, il n�a gu�re, dans sa vie, que deux p�riodes de loisirs relatifs, entre 1564 et 1568, puis entre 1584 et 1589, p�riodes pendant lesquelles il peut r�fl�chir � ses grandes d�couvertes. Il commence par des travaux d�astronomie et de trigonom�trie, et il con�oit son Harmonicon coeleste entre 1564 et 1568. Cet ouvrage ne fut jamais imprim�. Il en subsiste des copies � Paris et � Florence. � la m�me �poque, Vi�te commence � composer son Canon ma-thematicus, dont l�impression durera downloadModeText.vue.download 335 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11546</p><p>de 1571 � 1579. Dans cet ouvrage, o� sont calcul�es les valeurs num�riques des fonctions circulaires, appara�t le premier emploi syst�matique des nombres d�cimaux, que Simon Stevin (1548-1620) vulgarisera peu apr�s, mais ind�pendamment.</p><p>Entre 1584 et 1589, Vi�te arr�te les grandes lignes de son Isagoge in artem analyticam (1591). Fort vers� dans la g�om�trie des Anciens en m�me</p><p>temps que dans l�alg�bre du XVIe s., il s�efforce de retrouver la m�thode de recherche, l�analyse des anciens g�o-m�tres. C�est ainsi qu�il reconstitue en 1600 le trait� des contacts d�Apollonios de Perga (v. 262 - v. 180 av. J.-C.), dont le plus important probl�me est la recherche d�un cercle tangent � trois cercles donn�s.</p><p>La d�couverte des travaux de Dio-</p><p>phante (IIIe s. apr. J.-C.) est le point de d�part de ses conceptions. Vi�te arrive alors � mettre en �vidence l�isomorphisme fondamental entre, d�une part, le domaine de l�alg�bre num�-</p><p>rique de Diophante, de J�r�me Cardan (1501-1576), de Niccolo Tartaglia (v. 1499-1557), de Raffaele Bombelli (mort peu apr�s 1572) ou de Michael Stifel (1487-1567), et, d�autre part, le domaine de l�analyse g�om�trique, qui se devine sous les expos�s synth�-</p><p>tiques d�Euclide, d�Archim�de et surtout d�Apollonios de Perga, et dont les �crits de Pappus d�Alexandrie, retrouv�s sur ces entrefaites, donnent une id�e plus pr�cise.</p><p>Pour traduire cet isomorphisme,</p><p>Vi�te invente sa � logistique sp�-</p><p>cieuse �, ou art du calcul sur des symboles (esp�ces), repr�sentant</p><p>les grandeurs tant g�om�triques que num�riques. Il subdivise l�analyse en trois parties. La z�t�tique consiste � adopter un symbolisme permettant de noter tant les grandeurs inconnues que les connues, � exprimer les liens qui les unissent et � d�gager l��quation qui, sous forme abstraite, r�sume le probl�me pos�. L�analyse poristique �tudie, transforme, discute cette �quation. Enfin, l�ex�g�tique, ou analyse r�-</p><p>thique, revenant au probl�me concret, r�sout l��quation, soit par des constructions s�il s�agit de g�om�trie, soit par des calculs s�il s�agit d�arithm�tique.</p><p>Les divers �crits de Vi�te, publi�s de 1579 � 1615 (certaines oeuvres sont posthumes), ont �t� rassembl�s en 1646 par Frans Van Schooten (1615-1660). Plusieurs avaient �t� traduits en fran�ais aux environs de 1630. Mais, rapidement tomb�s en d�su�tude apr�s l�apparition de la G�om�trie de Descartes, ils ne pr�sentent plus qu�un int�r�t historique.</p><p>J. I.</p><p>Vi�t-nam</p><p>Partie orientale de la p�ninsule indochinoise, divis�e en 1954 en deux �tats (la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam, au nord, et la r�publique du Vi�t-nam, au sud), r�unis en 1976, au sein de la r�publique socialiste du Vi�t-nam.</p><p><strong>INTRODUCTION</strong></p><p><strong>Contrairement aux autres peuples de</strong></p><p>la p�ninsule indochinoise, les Vietnamiens sont de civilisation chinoise et non indienne. Dans le delta du S�ng Koi, ou S�ng Nhi Ha (fleuve</p><p>Rouge), au nord, ils ont fortement subi, au cours d�une longue occupation chinoise (IIIe s. av. J.-C. - Xe s. apr. J.-</p><p>C.), l�influence de la Chine. �criture, th�mes litt�raires et artistiques, philosophie confuc�enne, syncr�tisme religieux o� se m�lent bouddhisme, culte des anc�tres (f�te du T�t), culte des g�-</p><p>nies viennent de Chine, ainsi que, sans doute, les techniques de culture intensive et de minutieuse irrigation, l�attelage � une seule b�te tirant par collier d��paule, la construction � terre d�une maison � belle charpente portant un toit lourd, les jonques � voilure carr�e �</p><p>tous traits humains marqu�s surtout au nord. Les Vietnamiens, cependant, ont gard� leur originalit�, notamment leur langue, monosyllabique et polytonique</p><p>� romanis�e, au XVIIe s., par Alexandre de Rhodes � la forte organisation villageoise � du moins au nord � de la commune, et le r�le important de la femme.</p><p>Lib�r�s de l�occupation chinoise</p><p>dans le delta du S�ng Koi et les deltas voisins, au nord de la � porte d�Annam � (18� N.), les Vietnamiens s��tendirent vers le sud, le long de la mer, conquirent les petites plaines de l�actuel Trung Ph�n (l�ancien Annam) en d�truisant le glorieux royaume indianis� de Champa, dont il ne subsiste que des ruines (la victoire d�cisive date de 1471 ; la conqu�te fut achev�e au XVIIe s.), et p�n�tr�rent enfin dans le delta du M�kong, dont ils amorc�rent la conqu�te aux d�pens des Khmers (ils �taient � Ba Ria en 1658, � Saigon en 1698, � Ha Ti�n en 1728).</p><p>Cependant, � la suite de guerres</p><p>intestines, ils furent divis�s d�s le XVIIe s., entre deux dynasties, celle des L� au nord (agissant pour les Trinh) et celle des Nguy�n au sud ; l�une r�gnait sur la � Cochinchine � et l�autre sur l�� Annam �, les deux �tats �tant s�-</p><p>par�s par le S�ng Gianh aux environs du 17e parall�le. C�est en 1802 qu�un prince du Sud, Nguy�n Anh, sous le nom de Gia Long, unifia le pays avec pour capitale Hu�.</p><p>L�intervention fran�aise divisa l�empire ainsi cr�� en Cochinchine (colonie fran�aise en 1859), en Annam et en Tonkin.</p><p>La limite entre le Vi�t-nam du Nord et le Vi�t-nam du Sud, le 17e parall�le, ligne d�armistice parfaitement artificielle, n��tait cependant pas sans quelque valeur : elle fut donc la fronti�re des L� et des Nguy�n ; elle est un peu au sud de ce qui fut la fronti�re du Vi�t-nam et du Champa, un peu au sud, donc, de cette porte d�Annam, qui est une vraie limite g�ographique (notamment climatique).</p><p>Les traits caract�ristiques des Vietnamiens sont particuli�rement marqu�s au nord ; ils sont quelque peu alt�r�s au sud : d�s le 17e parall�le apparaissent en mer les voiles triangulaires ; dans le delta du M�kong, l�attelage est de type indien, � deux b�tes attach�es au joug de garrot.</p><p>V. aussi Asie de la mousson.</p><p>L�HISTOIRE</p><p>DU VI�T-NAM</p><p>Le Vi�t-nam � l�aube</p><p>de l�histoire</p><p>Exhum�s dans la province de Lang</p><p>Son, les vestiges des premiers anthro-piens vietnamiens datent de quelque 500 000 ans, tandis qu�une trace originale d�industrie pal�olithique d�couverte dans la r�gion de Thanh Hoa d�montre son appartenance au type caract�ristique du chelleen.</p><p>� L�Homo sapiens vietnamiensis �</p><p>des r�gions de Y�n Bai et de Ninh Binh est pr�dateur, chasseur et p�cheur. Au M�solithique, le Hoabinhien est potier et pratique la protoagriculture. Le Bac-sonien fabrique des haches de pierre polies au tranchant, typiques du d�but du N�olithique. La fin du N�olithique est caract�ris�e par l�existence en abondance d�outils, d�armes et de bijoux en pierre int�gralement et soigneusement polis. Elle co�ncide avec la formation et la colonisation progressive du delta du fleuve Rouge. Les d�couvertes</p><p>arch�ologiques ont prouv� que, d�s le IIIe mill�naire, les populations du</p><p>Vi�t-nam septentrional se livraient � des travaux d�agriculture (riziculture irrigu�e ou sur br�lis) supposant une organisation socio-�conomique tr�s d�velopp�e. Le IIe mill�naire voit s�affirmer la civilisation du bronze, dont l��poque de D�ng Son* (seconde moiti� du Ier mill�naire) repr�sentera un stade accompli de la fonte du m�tal et du rayonnement de cette civilisation en Asie m�ridionale et dans le Pacifique.</p><p>Tout au long de grandes migrations s�culaires, c�est la fusion d��l�ments mongolo�des avec des populations</p><p>autochtones d�origine austro-asiatique qui forma les groupes ethniques connus des annalistes chinois sous le nom de Lac Vi�t. L�un de ces groupes occupe la plaine delta�que du fleuve Rouge, berceau de la civilisation vietnamienne. Avant tout contact avec les Han (Chinois proprement dits, originaires du moyen fleuve Jaune), les Lac Vi�t ont d�j� �tabli leur culture propre : celle de Phung Nguy�n, du nom de son site arch�ologique.</p><p>Les premiers royaumes</p><p>Entre 700 et 258 av. J.-C., un royaume connu sous le nom de Van Lang se</p><p>constitue sur une large partie du Vi�tnam septentrional. F�d�ration de plusieurs tribus � quinze d�apr�s les textes �, le Van Lang est tr�s vraisemblablement une principaut� plac�e sous le pouvoir h�r�ditaire des rois Hung Vuong ; ceux-ci gouvernent par l�interm�diaire de chefferies civiles et militaires au service de la noblesse et de la Cour.</p><p>En 258 av. J.-C., le roi d�une f�d�-</p><p>ration rivale � celle des �u Vi�t �</p><p>An Duong (ou An Zuong) � vainc le dernier souverain Hung et �tablit le royaume d��u Lac. Cet �tat est vraisemblablement une principaut� militaire, comme en t�moignent les importants vestiges architecturaux de la citadelle de C� Loa � dans l�actuelle r�gion de Hanoi � et ses nombreux stocks d�armes. C�est sans doute aussi une soci�t� esclavagiste, quoique le servage n�y soit pas institutionnel, le pouvoir centralis� �tant impos� par l�organisation complexe de la riziculture irrigu�e (travaux saisonniers communautaires, construction et entretien</p><p>des digues, techniques de drainage et d�irrigation).</p><p>L�occupation chinoise</p><p>En 214 av. J.-C., l�empereur Qin Shi Huangdi (Ts�in Che Houang-ti), apr�s downloadModeText.vue.download 336 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11547</p><p>avoir unifi� la Chine, commence la conqu�te des principaut�s au sud du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang). La campagne s�annonce difficile et ne peut �tre couronn�e de succ�s qu�apr�s la nomination d�un brillant g�n�ral du nom de Tri�u Da. En 208 av. J.-C., ce dernier r�ussit � vaincre le roi An Duong par la ruse, s�empare du Au Lac, l�annexe � la commanderie de Nanhai (auj. Foshan [Fo-chan]) pour former le royaume ind�pendant de Nam Vi�t (en chin. Nanyue [Nan-yue]).</p><p>Apr�s l�av�nement des Han ant�-</p><p>rieurs en 206 av. J.-C., le puissant empire du Milieu entre dans la p�riode expansionniste sous la banni�re de l�empereur Wudi (Wou-ti). En 111 av.</p><p>J.-C., les Han envahissent et occupent le Nam Vi�t, qui devient la province Giao Chi (en chin. Jiaozhi [Kiao-tche]) de l�empire. En fait, le Giao Chi, sous les Han ant�rieurs, n�est qu�un protectorat ; il ne constitue pas une terre de colonisation, mais plut�t un glacis militaire tenu � verser � l�empereur de Chine des tributs en nature (m�taux pr�cieux, perles, ivoire, etc.).</p><p>L�administration directe en est laiss�e � l�ancienne aristocratie locale, coiff�e seulement d�un gouverneur g�n�ral han. Cette politique assez lib�rale des � Han occidentaux � sera remplac�e � l�av�nement des � Han orientaux �, en 23 apr. J.-C., par une politique d�assimilation � outrance, qui va entra�ner de nombreuses insurrections populaires. La premi�re d�entre elles a lieu en 40 apr. J.-C. ; elle est men�e par deux femmes, les soeurs Trung, qui parviennent � chasser les troupes d�occupation chinoises et � �difier un royaume ind�pendant. Mais, d�s 43, une exp�dition punitive com-</p><p>mand�e par l�un des plus grands g�n�-</p><p>raux des Han, Ma Yuan, le � g�n�ral Dompteur des Flots �, ne tarde pas � venir � bout de l�arm�e des soeurs Trung, acculant ces derni�res au suicide. Apr�s la victoire, Ma Yuan tente vainement de d�truire la civilisation plusieurs fois mill�naire des �u Lac Vi�t pour y substituer celle des Han.</p><p>En 203, le nom de Giao Chi est remplac� par celui de Giao Ch�u (en chin.</p><p>Jiazhou [Kiao-tcheou]), qui persistera jusqu�� la fin de l�occupation chinoise.</p><p>De nouvelles r�voltes vont encore secouer le joug de la Chine. La plus importante est celle de Ly B�n (Ly Bi) en 541 : ce dernier r�ussit � fonder le royaume de Van Xuan, qui va durer plus de soixante ans. En 603, le Van Xu�n est envahi et occup� par les Sui (Souei, 581-618), puis par les Tang (T�ang, 618-907), qui cr�ent le protectorat g�n�ral d�Annam (� Sud pacifi� �).</p><p>Mais la Chine des Tang, �puis�e par les r�voltes militaires et les troubles que les querelles de succession engendrent autour de la Cour imp�riale, entre dans une p�riode de d�clin, dont les Vietnamiens vont tirer profit pour fomenter une insurrection populaire g�n�ralis�e.</p><p>Les arm�es chinoises doivent bient�t abandonner leurs garnisons et repasser en Chine. D�s 905, un Vietnamien, Khuc Thua Du, est �lu gouverneur du Giao Cha� � la place du gouverneur chinois chass� par le peuple. Les Tang, impuissants, le confirment dans cette fonction l�ann�e suivante. D�s lors, les Vietnamiens ont le contr�le de toute la basse et moyenne r�gion qui s��tend entre les contreforts du Yunnan (Yunnan), au nord, et la zone du 17e parall�le, au sud.</p><p>Enfin, Ng� Quy�n, fondateur de la premi�re dynastie nationale, acc�de au tr�ne en 939 apr�s la victoire sur les Chinois sur le fleuve Bach Dang.</p><p>La monarchie f�odale</p><p>Une crise de succession fait suite � la disparition de Ng� Quy�n en 944. Elle d�bouche sur une p�riode d�anarchie durant laquelle le pays est divis� en douze seigneuries militaires (Su</p><p>Qu�n). Apr�s plus de vingt ans de guerre civile, Dinh B� Linh, l�un des seigneurs, l�emporte sur tous les autres et regroupe sous son autorit� la totalit� du territoire. Il se proclame premier empereur de la dynastie des Dinh (968-980), installe sa capitale � Hoa Lu et donne � son pays, dont l�ind�-</p><p>pendance est reconnue par la Chine, le nom de Dai Co Vi�t (968). La demande d�investiture aupr�s de l�empereur de Chine, accompagn�e du versement � ce dernier d�un tribut triennal, n�est qu�une tactique diplomatique visant � garantir les fronti�res du nord contre toute invasion chinoise, tactique qui deviendra une constante de la politique des monarques du Vi�t-nam. En 979, l�empereur et le prince h�ritier sont assassin�s par un illumin�. Le pouvoir passe aux mains du g�n�ralissime L� Hoan, qui devient empereur sous le nom de L� Dai Hanh. Grand strat�ge g�nial, ce dernier m�ne des guerres victorieuses contre la Chine et le Champa, qui tentent de profiter des crises de succession pour envahir le Dai Co Vi�t. Malheureusement, la dynastie des Ti�n l� (ou L� ant�rieurs, 980-1009) ne dure pas longtemps, et il faut attendre la grande dynastie des Ly pour que le Dai Co Vi�t, qui devient le Dai Vi�t en 1054, puisse acc�der � une longue p�riode de paix, de puissance et de rayonnement culturel.</p><p>La dynastie des Ly (1010-1225) s�attache, d�s son av�nement, � consolider durablement son pouvoir, �tablissant progressivement une administration civile qu�elle va transformer en une l�gitimit� bient�t largement accept�e.</p><p>L�organisation administrative, civile et militaire des d�buts de cette dynastie est dict�e par une volont� de consolidation du pouvoir central. Le Dai Vi�t, dont la capitale est transf�r�e d�s 1010</p><p>� Thang Long (actuel Hanoi), est divis�e en provinces, gouvern�es par des proches de la famille imp�riale, apanag�s et strictement hi�rarchis�s.</p><p>Peu � peu, le syst�me chinois du</p><p>mandarinat s�implante et fait reculer la nature familiale du pouvoir monarchique. Un corps de mandarins civils et militaires, recrut�s par examens, va</p><p>constituer toute la charpente de l��difice administratif. Cette s�lection aboutit � la naissance d�une bureaucratie gardienne de l�ordre et le plus souvent tr�s conservatrice. Les fonctions des mandarins sont la perception des taxes pr�lev�es sur la population rurale, le maintien de l�ordre �tabli, la lev�e de milices destin�es � grossir les arm�es imp�riales, le bon fonctionnement de la justice.</p><p>La monarchie des Ly couvre par son administration tous les �chelons provinciaux et de districts, mais les communes villageoises, qui sont la trame de l�unit� sociale et �conomique, continuent � jouir d�une certaine autonomie d�mocratique.</p><p>downloadModeText.vue.download 337 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11548</p><p>Le r�gime</p><p>socio-�conomique</p><p>et politique</p><p>sous les Ly</p><p>C�est l�empereur qui, de droit, d�tient la terre. N�en utilisant qu�un faible pourcentage, l��tat apanage la plus grande part � ses dignitaires. Quant aux terres communales et priv�es, il en r�-</p><p>colte imp�ts fonciers et taxes diverses.</p><p>Les domaines apanag�s aux nobles</p><p>comprennent aussi les paysans qui doivent corv�es ou imp�ts soit � leur seigneur, soit � la fois � leur ma�tre et � l��tat. Ces terres domaniales ne sont pas propri�t� h�r�ditaire, et seul l�empereur peut en d�cider la transmission aux h�ritiers ou la reprise en possession.</p><p>Ces domaines sont cultiv�s par des paysans qui, statutairement, ne sont pas des serfs, mais qui, dans la pratique, en subissent la condition. Au-dessous de ces paysans, prisonniers de</p><p>guerre, criminels et faillis constituent un groupe social pratiquement r�duit � l�esclavage.</p><p>Certaines communaut�s monas-</p><p>tiques bouddhiques poss�dent aussi de grands domaines, tandis que la propri�t� fonci�re priv�e commence � faire son apparition avec la naissance d�une petite classe de paysans propri�taires.</p><p>Quant aux terres communales, majoritaires et cultiv�es par des paysans astreints � des corv�es p�riodiques, elles sont �pisodiquement partag�es sous la direction des notables, dont l�influence et le pouvoir (reposant souvent plus sur l��ge et la respectabilit� morale que sur la richesse) sont importants.</p><p>L�agriculture, plus pr�cis�ment la riziculture irrigu�e, constitue la base de l��conomie f�odale. La centralisation du pouvoir permet le d�veloppement de cette agriculture, qui reste tr�s largement communautaire du fait des soins exig�s par la culture du riz et surtout en raison de la n�cessit� d�effectuer de grands travaux d�hydraulique.</p><p>L�artisanat prend un nouvel essor (cotonnades, soieries et brocarts, c�ramique, orf�vrerie, fonte des m�taux), favoris� par la croissance d�une batel-lerie commerciale de cabotage menant ses jonques jusqu�en Chine.</p><p>Le Nam-ti�n</p><p>ou la marche vers le Sud</p><p>Le Dai Vi�t parvient � r�aliser une unit� nationale et une homog�n�it� administrative qui vont lui permettre d��largir l�espace territorial n�cessaire � sa nombreuse population rurale concentr�e dans les deltas. Les Vi�ts (ou Kinhs) s�emploient donc � trouver de nouvelles terres de colonisation aux d�pens des Chams, soit par int�gration, soit, le plus souvent, par la guerre.</p><p>Le royaume de Champa*, fond�</p><p>en 192, et qui s��tend sur la fa�ade maritime p�ninsulaire, est soumis aux assauts du colonialisme vi�t ; celui-ci progresse par l��p�e et la charrue pour s�emparer des petites plaines c�ti�res.</p><p>Cette marche vers le Sud, fait dominant de l�histoire vietnamienne, va se</p><p>poursuivre jusqu�au XVIIIe s., emportant dans son courant ses cohortes d��mi-gr�s, paysans sans terres, vagabonds, d�serteurs et brigands, qui se substituent inexorablement aux autochtones, refoul�s vers les hautes r�gions d�sh�rit�es.</p><p>Les colonies agricoles (d�n-di�n) des Kinhs repoussent peu � peu les limites m�ridionales de l��tat vi�t, qui, apr�s la disparition du Champa, se heurte aux Khmers, qui occupent l�ancien royaume de Fou-nan.</p><p>La sauvegarde</p><p>de l�ind�pendance</p><p>nationale</p><p>Dans la Chine des Song, les partis de la reconqu�te du Dai Vi�t n�ont pas capitul�, et l��chec de la politique r�-</p><p>formiste et socialisante de Wang Anshi (Wang Ngan-che) am�ne l�empire</p><p>� pr�parer une nouvelle invasion. Le g�n�ral vietnamien Ly Thuong Ki�t prend les devants par terre et par mer, et bat les Chinois sur leur propre territoire (1076). L�ann�e suivante, une contre-offensive chinoise, soutenue par les Chams et les Khmers, est bris�e.</p><p>Cet �chec de la Chine laisse pour un certain temps le Dai Vi�t en paix.</p><p>Aux derniers Ly, quelque peu amollis, sans r�action devant des jacqueries et, par ailleurs, sans h�ritiers m�les, succ�dent les Tr�n (1225-1413). La centralisation monarchique s�accentue, accroissant consid�rablement l�autorit� des lettr�s fonctionnaires, perfectionnant la l�gislation et affirmant la puissance du Dai Vi�t.</p><p>Mais, � partir du XIIIe s., un autre p�ril menace le Dai Vi�t : les Mongols*, alors ma�tres d�un empire universel, sont aux portes du pays. En 1257, les arm�es de K&#x16B;b&#x12B;l&#x101;y kh&#x101;n*</p><p>exigent le passage � travers le Dai Vi�t pour tourner la Chine des Song par le sud. � la suite du refus des Tr�n, les Mongols envahissent le pays, dont ils saccagent la capitale, Thang Long, sur le fleuve Rouge. Apr�s quelques d�-</p><p>faites, les Vietnamiens r�agissent et repoussent l�ennemi, coup� de ses bases arri�re et mal adapt� au climat tropical.</p><p>Apr�s avoir liquid� les derniers Song</p><p>et fond� la dynastie des Yuan (1279), K&#x16B;b&#x12B;l&#x101;y kh&#x101;n lance � partir de 1283 de vastes op�rations navales et terrestres pour envahir toute la p�ninsule indochinoise. Mais l�empereur Tr�n Nh�n T�ng (1279-1293) et son g�n�ralissime Tr�n Hung Dao, usant de la tactique de la terre br�l�e et de la gu�rilla g�n�-</p><p>rale, harc�lent l�occupant, entr� dans le delta du fleuve Rouge. D�s l�ann�e suivante, le Dai Vi�t est lib�r�. En 1287, une nouvelle invasion mongole est arr�t�e gr�ce � une victoire navale remport�e sur le fleuve Bach Dang. Ce succ�s marque la fin de l�expansion mongole dans cette partie du monde.</p><p>La vie culturelle</p><p>sous les Ly</p><p>et sous les Tr�n</p><p>La stabilit� �tatique et l�expansion nationale permettent un r�el essor culturel tant sur le plan de la pens�e et des lettres que sur celui des arts.</p><p>La soci�t� vietnamienne repose sur deux structures traditionnelles, repr�-</p><p>sent�es par la famille et la commune.</p><p>La famille patriarcale est une cellule homog�ne r�gie initialement par une antique religion domestique, le culte rendu aux anc�tres. Cette religion s�est �tendue au village prot�g� par un g�nie tut�laire commun.</p><p>Sur ce syst�me socio-religieux vont venir se greffer deux doctrines, le bouddhisme* et le confucianisme*.</p><p>La premi�re, d�origine indienne,</p><p>entre au Vi�t-nam aux alentours du Ier s., et, d�s le Xe s., de nombreuses sectes bouddhiques s�int�grent dans les cours imp�riales avec leur doctrine de d�tachement mat�riel et de sp�culation extatique, leurs livres sacr�s et leur liturgie. La seconde, issue de Chine, faite d�obligations sociales et morales au nom d�un ordre social id�al, s�introduit ais�ment dans la soci�t� tr�s hi�-</p><p>rarchis�e du Dai Vi�t.</p><p>La culture confuc�enne s�affirme, et apparaissent bient�t des �coles doctrinales renfor�ant les lettr�s dans leur influence et leur autorit�.</p><p>Bouddhisme et confucianisme finissent par s�affronter au XIIIe s. dans des conflits strictement id�ologiques ; le premier est bient�t �vinc� par le second, devenu doctrine d��tat gr�ce au soutien des lettr�s, rivaux de l�aristocratie nobiliaire.</p><p>La litt�rature, tr�s influenc�e par la Chine, � laquelle elle emprunte les id�ogrammes, se d�gage lentement.</p><p>Architecture, sculpture, peinture, c�ramique, th��tres constituent les r�alisations les plus notoires de cette p�riode f�odale.</p><p>La crise du f�odalisme</p><p>En 1400, l�un des plus prestigieux g�n�raux, L� Qui Ly, vainqueur des Chams, s�empare du pouvoir et prend le titre dynastique de H� apr�s avoir renvers� les Tr�n. Les l�gitimistes s�efforcent de restaurer leur clan, mais la vacance du pouvoir favorise une intervention chinoise qui va faire tomber le Dai Vi�t, pour plus de vingt ans (1406-1428), sous la domination rigoureuse des Ming (lourde fiscalit�, institution de la gabelle, corv�es, sinisation forc�e).</p><p>Cette occupation suscite une vive r�sistance. Un paysan ais�, L� Loi, aid� d�un brillant lettr� devenu son conseiller politique et militaire, Nguy�n Trai (1380-1442), galvanise les populations et organise la gu�rilla. Il finit par infliger aux troupes chinoises une s�rie de d�faites qui les obligent � refluer par-del� leurs fronti�res.</p><p>L�ind�pendance reconquise, la nouvelle dynastie L� op�re une importante r�forme agraire : partage g�n�ral des terres et confiscation de celles des propri�taires ayant pactis� avec l�ennemi, abaissement des fermages, garantie de la propri�t� priv�e et du travail libre des paysans. Ces mesures r�compensent les masses rurales, qui ont constitu� le gros de la r�sistance, et annihile la supr�matie de l�ancienne aristocratie. Le travail libre des paysans efface un servage d�guis� sur les grands domaines et entra�ne une stimulation de la production priv�e.</p><p>Sous le r�gne de L� Thanh T�ng</p><p>(1460-1497) est r�dig� le code H�ng</p><p>Duc, qui syst�matise les textes l�gislatifs et judiciaires, et qui, en d�pit de son inspiration f�odaliste et confuc�enne, marque un pas r�el vers un principe d�organisation progressiste.</p><p>Malgr� l�essor culturel et l�expansion territoriale vers le sud, le Dai Vi�t se trouve bient�t en proie � des troubles graves, qui �branlent le pouvoir central : l�extension de l�espace oblige � une �longation des voies de communication entre la capitale et les garnisons frontali�res, ce qui entra�ne une plus grande autonomie des autorit�s locales. Ce ph�nom�ne engendre une dislocation de l�unit� � partir des downloadModeText.vue.download 338 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11549</p><p>rivalit�s seigneuriales qui surgissent loin de la Cour.</p><p>D�autre part, une succession de r�-</p><p>voltes des minorit�s ethniques contre les Kinhs, qui les spolient, et de jacqueries occasionn�es par les propri�taires fonciers, qui cherchent � s�emparer des terres communales, entra�ne le pays dans une grave crise socio-politique.</p><p>Les Nguy�n et les Trinh</p><p>De puissantes familles seigneuriales voient leur influence grandir au d�triment du clan dynastique L�, d�cadent.</p><p>L��difice f�odal a pour base un r�gime agraire de propri�t� priv�e coexistant avec l�institution pluris�culaire du communalisme : sur le plan juridique, tout le monde a la possibilit� d�acc�der � la propri�t�, mais, dans la pratique, une minorit� de gros propri�taires terriens accapare une large part des meilleures terres communales avec la complicit� des notables, ce qui entra�ne une mis�re et un endettement du paysannat.</p><p>Avec l�accroissement d�mographique, la crise agraire devient catastrophique : nombreux sont les paysans d�poss�-</p><p>d�s, qui errent dans les campagnes en proie � la disette. En m�me temps, la bureaucratie mandarinale et la Cour s�enfoncent dans la corruption et la d�bauche. Cette situation am�ne une d�t�rioration de l�autorit� imp�riale et</p><p>une s�rie de soul�vements paysans.</p><p>En 1527, un clan seigneurial, celui des Mac, usurpe le pouvoir et chasse la dynastie l�gitime L�. Une �pre lutte se d�roule pour la reprise du tr�ne, et deux descendants des l�gitimistes, Nguy�n Hoang et Trinh Ki�m, se partagent le pays en fondant deux lign�es seigneuriales.</p><p>Les seigneurs Trinh contr�lent le Nord, tandis que les Nguy�n occupent le Sud de part et d�autre de la ligne fortifi�e de D�ng Hoi, �tablie dans la mince plaine du centre du Vi�t-nam, aux alentours du 17e parall�le.</p><p>De 1627 � 1672, une guerre acharn�e se d�roule entre nordistes et sudistes, conflit entrem�l� de r�voltes paysannes et de rebellions de minorit�s ethniques.</p><p>La capitale du Nord, Thang Lon, est le si�ge imp�rial de la dynastie L�, qui n�est plus qu�un jouet aux mains des Trinh, mais qui reste, selon les principes confuc�ens, d�tentrice du pouvoir l�gitime poss�dant le mandat c�leste.</p><p>La dynastie des Nguy�n, �tablie enfin � Phu Xu�n (actuel Hu�) et qui ne lui c�de en rien en magnificence, retarde la crise agraire par la colonisation des terres de l�ancien Fou-nan arrach�es au Cambodge, mais la d�pr�ciation mon�-</p><p>taire, la concussion des fonctionnaires et l�appauvrissement des paysans, spoli�s par les grands propri�taires malgr� les mesures r�formistes, entra�nent une crise du r�gime.</p><p>� cette �poque se cr�e une classe nouvelle de commer�ants, engendr�e par l�importance accrue de l�artisanat : des jonques abordent de Chine et du monde malayo-indon�sien, des ateliers produisent des objets pr�cieux (laques, joyaux, soieries), des manufactures battent monnaie.</p><p>Les premiers navires europ�ens</p><p>apparaissent sur les c�tes du Dai Vi�t, accompagn�s d�agents commerciaux</p><p>ainsi que des premi�res missions �vang�liques portugaises et fran�aises, dont les projets d��tablissement et de pros�-</p><p>lytisme vont semer le trouble d�s les premi�res prises de contact.</p><p>Le renouveau</p><p>des T�y Son</p><p>Dans cette crise de r�gime de la soci�t� vietnamienne, aucun des deux clans f�odaux ne parvient � l�h�g�monie.</p><p>Malgr� l�opposition des autorit�s � toute �vang�lisation de la part des missions catholiques, les missionnaires parviennent � prendre pied au Dai Vi�t. � la fois m�fiants sur leurs intentions profondes et int�ress�s par leurs connaissances techniques (astronomie et artillerie), les seigneurs vietnamiens pratiquent un jeu de bascule, faisant alterner les faveurs avec les interdits.</p><p>La soci�t� des Missions �trang�res, fond�e � Paris dans la seconde moiti� du XVIIe s. apr�s les rapports fournis sur le Dai Vi�t par le p�re Alexandre de Rhodes (1591-1660), favorise un pros�lytisme qui, aux yeux des mandarins, constitue un danger pour l��difice social et moral. Des incidents ne tardent pas � se produire � partir de l�antagonisme entre christianisme et confucianisme du fait du caract�re oecum�nique du premier. Des pers�cutions se d�veloppent � l�encontre des cat�chum�nes et des cat�chistes dans le nord du pays.</p><p>Par contre, sous les Nguy�n, la cour de Hu� se montre plus tol�rante et recherche l�alliance des missionnaires.</p><p>La France, �vinc�e de l�Inde par la Grande-Bretagne, recherche des compensations territoriales et songe � des �tablissements commerciaux sur la c�te du Dai Vi�t (mission P. Poivre en 1749).</p><p>Outre ces intrusions �trang�res, le Dai Vi�t se trouve confront� � l�int�-</p><p>rieur � une insurrection men�e par Nguy�n Huu C�u, lettr� de talent, qui combat les Trinh avec pour devise</p><p>� Prendre aux riches pour partager entre les pauvres �.</p><p>En 1773, trois fr�res originaires du village de T�y Son, Nguy�n Nhac,</p><p>Nguy�n Lu et Nguy�n Hu�, prennent la t�te d�un mouvement insurrectionnel dirig� contre les exactions du r�-</p><p>gent Truong Phuc Loan et rallient les masses rurales contre les tyranneaux nobiliaires et la bureaucratie mandarinale. Des provinces enti�res tombent aux mains des insurg�s, et les Nguy�n,</p><p>d�bord�s, sont soudainement attaqu�s par les nordistes Trinh, qui s�emparent de Phu Xu�n, la capitale (1775).</p><p>Les fr�res insurg�s, connus sous le nom de T�y Son, traitent avec les Trinh pour combattre les forces nguy�n, qu�ils dispersent et acculent � la d�-</p><p>faite (1783). Le prince Nguy�n Anh (1762-1820), fils du dernier seigneur nguy�n, tu� par les T�y Son, se r�fugie dans l��le de Phu Qu�c et, en d�sespoir de cause, fait appel aux Siamois, qui d�p�chent des troupes, escomptant pour leur engagement des avantages ult�rieurs. Mais Nguy�n Hu�, le cadet des T�y Son et l��me du mouvement, �crase les Siamois sur la rivi�re de My Tho (1785).</p><p>Les T�y Son, d�barrass�s des</p><p>Nguy�n, tournent leurs forces contre les Trinh. Aid� efficacement par la population, Nguy�n Hu�, qui se pr�sente en restaurateur de la dynastie l�gitime L�, atteint le fleuve Rouge et d�fait ses adversaires, mettant fin � la s�cession.</p><p>Cependant, � la mort de l�empereur L� Hien Tong, son successeur tente de se d�barrasser de Nguy�n Hu�, restaurateur par trop prestigieux. D�fait, le souverain recourt � la trahison, faisant downloadModeText.vue.download 339 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11550</p><p>appel � la dynastie mandchoue Qing (Ts�ing), alors ma�tre de la Chine ; celle-ci, qui n�est pas d�nu�e de vis�es annexionnistes sur le Dai Vi�t, s�empresse d�envoyer 200 000 hommes occuper Thang Long. Investi � roi d�Annam � par la cour de P�kin, l�empereur L� Chi�u Th�ng devient un simple</p><p>jouet aux mains des Mandchous.</p><p>Nguy�n Hu� rassemble une arm�e,</p><p>ne tarde pas � se rendre ma�tre de la citadelle qui d�fend la capitale, Thang Long, et remporte une brillante victoire sur les Mandchous (1789).</p><p>S��tant fait proclam� empereur sous le nom de Quang Trung (1789-1792), il remet en culture les terres d�laiss�es,</p><p>r�glemente le partage p�riodique des terrains communaux, confisque les domaines des tra�tres et �tablit un plan cadastral.</p><p>Sous l�administration des T�y Son, on assiste � une r�elle �mancipation populaire. C�est aussi une �poque lib�-</p><p>ratrice pour les arts et les lettres, les techniques et les sciences.</p><p>L�imp�rialisme fran�ais</p><p>et la d�mission</p><p>du pouvoir</p><p>Cependant, le prince h�ritier Nguy�n Anh, un moment alli� au Siam, ne</p><p>renonce pas � reprendre le pouvoir en d�pit de sa d�faite de 1783. D�fendant les ultimes lambeaux de l�h�ritage de ses p�res, il s�attache l�alliance int�-</p><p>ress�e de l��v�que d�Adran, Pierre Pi-gneau de B�haine (1741-1799), qui lui conseille de faire appel � la monarchie fran�aise.</p><p>� la mort de Nguy�n Hu� (1792),</p><p>des dissensions �branlent le tr�ne. Le bouillonnement qui a pr�sid� � l�av�-</p><p>nement des T�y Son retombe ; en effet, malgr� les r�formes hardies de Nguy�n Hu�, mort trop pr�matur�ment, le r�-</p><p>gime f�odal n�est pas fondamentalement remis en cause et il n�existe pas encore une bourgeoisie capable de catalyser le mouvement.</p><p>Nguy�n Anh, aid� financi�rement</p><p>et militairement � une petite colonne fran�aise est mise � sa disposition par l��v�que d�Adran, qui entend bien donner un r�veil nouveau � l�int�r�t de l��glise fran�aise pour le Vi�t-nam</p><p>�, se pr�te � un jeu habile et d�fait les T�y Son en 1802. Ma�tre d�un pays unifi� s��tendant de la Chine au golfe du Siam, il entre � Hu�, puis � Thang Long et se proclame empereur sous le nom de Gia Long (1802-1820), fondant la dynastie Nguy�n, dont il fait reconna�tre la l�gitimit� par l�empereur de Chine, conform�ment � la tradition �tablie au Xe s. par les Dinh. Par la m�me occasion, il donne � son nouvel empire son nom actuel de Vi�t-nam.</p><p>Mont� sur le tr�ne, Gia Long com-</p><p>prend que, s�il veut conserver l�unit� du pays, il doit partout supprimer le r�gio-</p><p>nalisme et faire dispara�tre les disparit�s locales. La monarchie Nguy�n va donc �tre d�un absolutisme rigoureux.</p><p>Les minist�res, au nombre de six, sont sous la coupe du cabinet imp�rial. Une double hi�rarchie de mandarins civils et militaires minutieusement classifi�e administre les provinces des trois Ky : Bac Ky, le Nord ; Trung Ky, le Centre, avec Hu� devenue capitale ; Nam Ky, le Sud. L�ancienne capitale imp�riale, Thang Long, situ�e dans le Nord et d�laiss�e par les nouveaux ma�tres, devient la simple cit� de Hanoi.</p><p>La r�forme administrative entre-</p><p>prise, de grands travaux d�int�r�t public sont lanc�s pour am�liorer la production, et des citadelles � la Vauban sont construites dans toutes les cit�s d�importance. Quant aux Fran�ais, ils ont �videmment la faveur imp�riale en raison du r�le qu�ils ont jou� dans l�installation des Nguy�n.</p><p>Les successeurs de Gia Long ne sont pas des novateurs capables de tirer parti de la modernisation de leur �tat. Minh Mang (1820-1841) se laisse dominer par la x�nophobie et par une intol�-</p><p>rance religieuse, qui s�amplifient sous les r�gnes de Thi�u Tri (1841-1847) et de Tu Duc (1848-1883) provoquant des martyres, dont Napol�on III prend pr�texte pour lancer une s�rie d�exp�-</p><p>ditions navales � partir de 1857-58.</p><p>Conscient que le rapport de forces est � son d�savantage, l�empereur Tu Duc finit par accepter les exigences fran�aises concernant les libert�s d��vang�lisation et de commerce. Ca-nonni�res et colonnes de l�infanterie coloniale participent de plus en plus ouvertement au grand dessein colonial de la France, qui trouve en Francis Garnier (1839-1873) et en Jules Ferry*</p><p>ses meilleurs avocats.</p><p>Un peu partout au Vi�t-nam, des</p><p>patriotes (qualifi�s de � pirates � par les Fran�ais) r�sistent de fa�on d�sordonn�e, mais, le 6 juin 1884, la cour de Hu� capitule et la suzerainet� fran-</p><p>�aise sur le Vi�t-nam est officiellement reconnue (v. Indochine fran�aise). La Chine proteste, arguant de sa � souverainet� � sur le pays, mais une</p><p>� d�monstration navale � suffit pour l�obliger � signer le trait� de Tianjin</p><p>(T�ien-tsin), qui ent�rine la domination fran�aise sur le Vi�t-nam.</p><p>La colonisation</p><p>fran�aise</p><p>et les origines</p><p>de la r�volution</p><p>vietnamienne</p><p>La France supplante presque enti�rement l�administration existante : le pays est d�coup� en trois r�gions (colonie de Cochinchine, protectorats d�Annam et du Tonkin) ; son ancien nom lui-m�me</p><p>� Vi�t-nam � devient synonyme de</p><p>subversion. Ce partage territorial a pour objet de diviser les populations en accentuant le r�gionalisme d� � la g�ographie et de d�courager toute vell�it� d�union des Vietnamiens.</p><p>Pourtant, la faiblesse num�rique des r�sidents fran�ais oblige ces derniers � s�appuyer sur la bureaucratie mandarinale, les notables, les interpr�tes et les compradores, qui temp�rent l�ordre colonial et fournissent une aide pr�-</p><p>cieuse � l�Administration.</p><p>La monarchie est mise en tutelle, et son autorit� est d�membr�e au profit du Conseil colonial, des r�sidents g�-</p><p>n�raux ou des gouverneurs g�n�raux.</p><p>La Cochinchine, terre nouvellement acquise, devient l�arch�type d�une colonie � assimil�e �, au m�me titre que les colonies africaines. Dans le Centre et le Nord, les traditions, plus vives, la r�sistance � la p�n�tration fran�aise, plus tenace, et l�armature politico-administrative, moins pr�te � se laisser oblit�rer, obligent la France � des manoeuvres dilatoires avant que le protectorat ne soit pratiquement transform� en administration directe.</p><p>Au d�but du XXe s., l��tat vietnamien, qui a �merg� au si�cle pr�c�dent, avec la r�novation des T�y Son, en tant que principale puissance de la p�ninsule indochinoise, ne poss�de plus que les apparences et le c�r�monial de son autorit� monarchique.</p><p>La France, qui a su, sur les traces de sa rivale britannique, se hisser au rang de puissance coloniale, s�emploie, d�s lors, � tirer profit de l�exploitation �conomique du Vi�t-nam. Cependant,</p><p>il semble que l�imp�rialisme fran�ais reste souvent une entreprise dict�e par des initiatives locales plut�t qu�une option politique pr�cise d�finie � l��chelon gouvernemental.</p><p>Des grands travaux d�am�nage-</p><p>ment sont entrepris, mais de mani�re ponctuelle et souvent dans un dessein strat�gique (chemin de fer du Yunnan [Yun-nan], voies de p�n�tration).</p><p>Mais des industriels, des financiers et des commer�ants ne tardent gu�re � se faire assurer les d�bouch�s et les profits auxquels ils estiment avoir droit.</p><p>Ils seront les promoteurs d�entreprises florissantes.</p><p>Le gouvernement g�n�ral cr�e des</p><p>services g�n�raux qui contr�lent toute l�activit� �conomique : agriculture, commerce, travaux publics et surtout contributions indirectes, douanes et r�gies de l�opium, du sel et de l�alcool.</p><p>L�essor est manifeste dans certains secteurs de l��conomie touchant la production des mati�res premi�res (houille, �tain, tungst�ne) et des produits agricoles exportables (th�, caf�, �pices). Mais il n�en demeure pas moins que seule une petite couche de la population vietnamienne profite de cet essor �conomique (bourgeoisie compradore, notables), au d�triment de la majorit� paysanne.</p><p>Sous le r�gime pr�colonial, le paysan vivait en �conomie plus ou moins ferm�e, essayant de soustraire � sa subsistance un surplus de production pour ses �changes et payer l�imp�t en nature. Avec la colonisation, il est oblig� de tout r�gler en num�raire. Or, le secteur mon�taire de l��conomie n�est ni assez important, ni suffisamment efficace pour permettre un emploi salari� au paysan ou, tout au moins, un march� de surplus agricole � des prix stables.</p><p>En cons�quence, la colonisation entra�ne deux faits importants : d�une part, un d�clin du niveau de vie de la paysannerie ; d�autre part, en raison du remplacement des institutions communales traditionnelles par l�Administration et les services des contributions, la disparition des rapports d�assistance mutuelle familiale.</p><p>Ces deux ph�nom�nes entra�nent une d�t�rioration de la coh�sion sociale et engendrent une instabilit� politique.</p><p>Or, le Vi�t-nam n�est pas enti�rement soumis. Les lettr�s du Nord et du Centre, gardiens des traditions, maintiennent dans les mentalit�s des liens d�attachement moral avec un pass� glorieux, oppos� au joug colonial, et parfois id�alis�. Aussi, la France se heurte-t-elle, d�s le d�but de son occupation, � leur patriotisme.</p><p>Apr�s la signature du trait� de protectorat (1884), la cour de Hu� se partage en deux tendances : l�une accepte une collaboration provisoire qui permettrait de gagner du temps pour manoeuvrer ; l�autre, plus intransigeante, consid�re qu�il s�agit seulement de trouver l�opportunit� pour entreprendre la lutte de r�sistance. Cette derni�re tendance, repr�sent�e par le jeune souverain Ham Nghi (1884-1888) et le r�gent Ton Th�t Thuy�t, s�oppose bient�t par downloadModeText.vue.download 340 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11551</p><p>la force � l�occupation fran�aise, mais elle est vaincue. La France obtient de nouvelles concessions, en particulier la d�signation d�un nouveau monarque, le prince Dong Khanh (1885).</p><p>Ces �v�nements soul�vent une forte agitation, qui d�bouche sur l�� Insurrection des lettr�s � (1885-1896), men�e par les mandarins nationalistes dans une lutte in�gale et sanglante. La gu�rilla continuera avec des chefs de valeur (Phan Dinh Phung, Tan Thu�t, Hoang Hoa Tham).</p><p>Apr�s la capture de Ham Nghi,</p><p>bient�t d�port� en Alg�rie, les lettr�s restent divis�s sur la politique � suivre.</p><p>Les �v�nements internationaux, et tout particuli�rement l��veil du Japon et de la Chine, donnent � penser � l��lite vietnamienne que la r�sistance est li�e � une modernisation des institutions en m�me temps qu�� une r�vision des objectifs politiques et tactiques.</p><p>Phan B�i Ch�u (1867-1940), un</p><p>lettr� du Ngh� An, rassemble des nationalistes survivants du mouvement de 1885 et d�autres autour du prince Cuong D�, qu�il persuade d��migrer au Japon en sa compagnie pour y m�diter l�exemple de modernisation. C�est l��poque de la guerre russo-japonaise*</p><p>(1904-05), qui voit la victoire d�cisive d�un pays asiatique acquis au modernisme. Aussi, pour Phan B�i Ch�u, qui rencontre Sun Yat-sen et de nombreux exil�s vietnamiens, la lib�ration nationale passe-t-elle par la modernisation du pays et, �ventuellement, par l�aide mat�rielle de l��tranger.</p><p>Phan Ch�u Trinh (1872-1926), m�-</p><p>fiant � l��gard de l�imp�rialisme naissant du Japon, compte plut�t sur une �volution dans les esprits de ses compatriotes. En 1906, il fonde � Hanoi le D�ng-kinh nghia-thuc, une �cole de diffusion des sciences modernes, des id�es nouvelles et du patriotisme militant. Mais cette �cole ne tarde pas � attirer les foudres du gouvernement fran�ais, qui la ferme et arr�te ses promoteurs.</p><p>� la veille de la Premi�re Guerre mondiale, avec l��mergence d�une</p><p>mince bourgeoisie nationale largement influenc�e par les appels nationalistes, divers mouvements se font jour, usant parfois du terrorisme, et en 1916 a lieu le dernier mouvement de lettr�s avec la r�bellion de l�empereur Duy T�n (1907-1916), qui sera exil� � la R�union.</p><p>Aux lendemains de la guerre, les</p><p>nationalistes vietnamiens mettent de grands espoirs en la France, puissance de premier ordre, qui amorce une orientation moderne dans les secteurs �conomiques (dont profitent surtout les entreprises m�tropolitaines) et une �volution plus lib�rale envers la minorit� intellectuelle. Le fait que des � tirailleurs annamites � ont loyalement servi la France durant le conflit engendre aussi des promesses quant � l�avenir politique du pays.</p><p>Cependant, le refus de faire participer les masses populaires � l�essor �conomique, l�absence d�institutions d�mocratiques et le rejet de toute id�e d�opposition l�gale vont peu �</p><p>peu jeter le Vi�t-nam dans la voie r�volutionnaire.</p><p>Las de brandir des p�titions, les nationalistes songent � la lutte arm�e. En 1925, le Thanh-ni�n cach-mang (Jeunesse r�volutionnaire) regroupe autour de Nguy�n Ai Qu�c (le futur H� Chi Minh*) les �l�ments exil�s les plus r�volutionnaires et qui sont en contact avec la IIIe Internationale communiste (L� H�ng Phong, V� Nguy�n Giap*,</p><p>Pham Van D�ng, etc.). Parall�lement, beaucoup d��tudiants partis pour la France vont militer et v�hiculer les concepts r�volutionnaires en fondant, � l�instigation de Nguy�n Ai Qu�c, des p�riodiques qui ont un impact manifeste sur les travailleurs vietnamiens (le Paria en fran�ais ; Vi�t-nam h�n</p><p>[l��me du Vi�t-nam], Lao-d�ng [le Travailleur] et Lao N�ng [Ouvrier et paysan], en vietnamien et publi�s � Paris). En 1927, le groupe de Nguy�n Thai Hoc cr�e le Vi�t-nam Qu�c D�n Dang (parti national du Vi�t-nam), qui s�inspire de Sun Yat-sen. En 1928, Nguy�n An Ninh lance un mouvement agrairien de tendance socialiste.</p><p>En janvier-f�vrier 1930, Nguy�n Ai Qu�c, qui, dix ans plus t�t, a particip� au congr�s de Tours et � la fondation du parti communiste fran�ais, parvient � unifier les diverses tendances communistes au Vi�t-nam pour fonder � Hongkong le Vi�t-nam C�ng-san Dang (parti communiste vietnamien), qui a pour programme de faire du Vi�t-nam un pays ind�pendant et socialiste.</p><p>Les communistes vietnamiens</p><p>agissent au lendemain de l�arrestation et de l�ex�cution de Nguy�n Thai Hoc et d�autres membres du Comit� central du parti nationaliste apr�s l��chec de la r�volte de Y�n Bai (10 f�vrier), qui entra�ne la d�sagr�gation de ce parti.</p><p>Le 12 septembre 1930, la r�volu-</p><p>tion paysanne du Ngh� Tinh atteint son paroxysme et r�ussit � fonder des soviets locaux, qui, pendant trois mois, vont r�gir les territoires lib�r�s et entreprendre le partage des terres. Ces soviets attirent bient�t la r�pression la plus s�v�re. Ces graves �v�nements marquent pour le parti communiste le d�but d�une sombre p�riode, mais ils</p><p>font comprendre � Paris qu�une �volution politique est n�cessaire.</p><p>Le partisan de la collaboration inconditionnelle, Pham Quynh (1892-1945), propose un modernisme temp�r� et des hommes nouveaux. Le jeune prince</p><p>Vinh Thuy (n� en 1913), d��ducation europ�enne et apparemment populaire, apporte la solution esp�r�e en montant sur le tr�ne en 1932 sous le nom de r�gne de Bao Dai, avec Pham Quynh comme chef de cabinet. Mais, loin de faire figure de r�formiste partisan d�une monarchie constitutionnelle, Bao Dai n�a pas m�me l�apparence du pouvoir : trop li� � son entourage fran-</p><p>�ais, il est sans poids politique.</p><p>Alert�e par la r�volution avort�e de 1930, l�administration coloniale tente de limiter certains abus, d�am�liorer les conditions de travail, d�augmenter la production du riz en lui ouvrant des d�bouch�s et de jeter les bases d�une infrastructure d�am�nagement du territoire. N�anmoins, les in�galit�s sociales subsistent et l��conomie stagne.</p><p>Les r�volutionnaires regroup�s au sein du nouveau parti communiste indochinois (P. C. I.), soutenu par le Komintern, s�organisent clandestinement pour cr�er des structures solidement implant�es dans la population.</p><p>En mai 1936, l�arriv�e au pouvoir du Front* populaire en France suscite un enthousiasme �norme au Vi�t-nam.</p><p>Du m�me coup, Nguy�n Ai Qu�c pr�-</p><p>conise, sans abandonner des positions de classe, de faire front avec toutes les forces d�mocratiques (y incluant la bourgeoisie nationale et les Fran�ais progressistes) et d�ajourner provisoirement la lutte arm�e et la r�forme agraire pour mettre l�accent sur la revendication de droits d�mocratiques. Le parti rappelle, toutefois, que, parall�lement, les organismes clandestins doivent poursuivre leur travail souterrain.</p><p>Le gouvernement L�on Blum permet</p><p>au P. C. I. de multiplier ses initiatives et d��tendre son influence. Une p�riode de fi�vreuse fermentation politique voit na�tre de multiples partis nationalistes ainsi que des mouvements politico-religieux (caoda�sme). De nombreuses tendances s�affrontent dans la presse,</p><p>aux �lections et sur les bancs de l�universit�.</p><p>La chute du Front populaire ram�ne le r�gime r�pressif au Vi�t-nam (L� H�ng Phong est arr�t�, Nguy�n Ai</p><p>Qu�c reste dans la clandestinit�). La Seconde Guerre mondiale entra�ne la dissolution de toutes les organisations de gauche (P. C. I. et trotskistes). En novembre 1939, le P. C. I. pr�conise le combat pour liquider la colonisation fran�aise et le f�odalisme mais, reconnaissant l�imminence du p�ril de l�im-p�rialisme japonais, appelle � l�union toutes les couches sociales des peuples indochinois contre le Japon, alors alli� de l�Allemagne.</p><p>La Seconde Guerre</p><p>mondiale</p><p>La brusque d�faite fran�aise devant l�Allemagne en 1940 cr�e un choc</p><p>consid�rable dans l�esprit des Vietnamiens, d�autant que le Japon se fait mena�ant. T&#x14D;ky&#x14D; impose de faire transiter par le Vi�t-nam septentrional ses troupes, en guerre contre la Chine, et acquiert ainsi certaines � facilit�s �</p><p>suppl�mentaires (utilisation d�a�rodromes � des fins militaires).</p><p>Sans aide ext�rieure et bient�t</p><p>contr�l� par Vichy, le gouvernement g�n�ral tente de gagner du temps pour sauvegarder sa souverainet� menac�e.</p><p>Profitant de la d�mission de fait du pouvoir de la France, le P. C. I. lance dans la r�gion de Bac Son une op�ration de partisans qui doit pr�luder � une insurrection. Mais les autorit�s fran-</p><p>�aises r�agissent et cherchent � d�capiter le mouvement.</p><p>Nguy�n Ai Qu�c, conscient de la</p><p>menace de l�instauration d�un r�gime autoritaire import� par le Japon, pr�-</p><p>conise alors l�union nationale et la lutte sur le terrain du nationalisme en suspendant momentan�ment les vis�es de contenu socialiste. D�ailleurs, la conjoncture nationale et internationale lui dicte la n�cessit� de passer � un combat prioritaire pour l�ind�pendance. En mai 1941 est cr��e la Vi�tnam-D�c-l�p D�ng-minh, en abr�g�</p><p>Vi�t-minh (Front de l�ind�pendance du Vi�t-nam).</p><p>Malgr� la position officielle de T&#x14D;ky&#x14D;, uniquement soucieuse d�utiliser les pays de l�Indochine comme sources d�approvisionnement et</p><p>comme bases d�appui, les activistes panasiatiques, qui sont partisans de la</p><p>� Sph�re de co-prosp�rit� de la Grande Asie orientale �, encouragent les nationalistes et les sectes ultranationalistes (caoda�sme, Hoa Hao), d�autant que divers groupes se tournent vers le Japon et envisagent le retour du prince Cuong D�, qui y vit toujours exil�.</p><p>Avec la guerre du Pacifique, le Vi�t-minh est de plus en plus conscient downloadModeText.vue.download 341 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11552</p><p>de l�agonie de la puissance fran�aise (la courte guerre franco-siamoise, en janvier-mars 1941, donne au Siam, soutenu par T&#x14D;ky&#x14D;, trois provinces cambodgiennes et deux laotiennes, en d�pit du succ�s des arm�es fran�aises).</p><p>Contact� par les services sp�ciaux am�ricains (OSS), le Vi�t-minh entre dans le th��tre d�op�rations des Alli�s.</p><p>� ce titre, il re�oit des armes et utilise l�alliance chinoise pour s�implanter habilement.</p><p>� partir de 1944, le Japon recule partout devant les Alli�s. Conscient du p�ril que peut constituer une volte-face des troupes fran�aises en Indochine (quelques r�seaux anti-vichystes s��taient d�j� cr��s), T&#x14D;ky&#x14D; r�clame la mise imm�diate des forces fran�aises sous commandement nippon. Devant</p><p>le refus du gouverneur g�n�ral Jean Decoux, un coup de force met fin � l�autorit� fran�aise (9 mars 1945).</p><p>Aussit�t, les milieux vietnamiens qui sont li�s aux Japonais mobilisent les masses populaires contre les Fran�ais.</p><p>Le 11 mars, l�empereur Bao Dai proclame la fin du protectorat et le droit du Vi�t-nam � l�ind�pendance. Le nouveau cabinet Tr�n Trong Kim (1887-1953) s�efforce de reprendre les leviers de commande des mains japonaises, mais la guerre a cr�� des conditions de vie difficiles, et la famine fait rage dans le Nord.</p><p>La r�volution</p><p>d�ao�t 1945</p><p>et l�av�nement</p><p>de la r�publique</p><p>d�mocratique</p><p>du Vi�t-nam</p><p>D�s 1943, le Vi�t-minh, alli� des Anglo-Saxons, de la Chine et de</p><p>l�U. R. S. S., s�est solidement implant� dans sept provinces septentrionales, o� est cr��e son � Arm�e de lib�ration du Vi�t-nam �. L��t� de 1945 voit les �v�nements se pr�cipiter. Ayant liquid� la guerre avec l�Allemagne � l�ouest, l�U. R. S. S. se tourne contre le Japon � l�est. Le 6 ao�t, les �tats-Unis lancent leur bombe atomique sur Hiroshima. Le 15, le Japon capitule. Le temps presse. Il faut que le peuple vietnamien d�cide lui-m�me de son sort en arrachant l�ind�pendance des mains japonaises avant le retour en force des Fran�ais. Le 19 ao�t, la r�volution vietnamienne �clate � l�instigation du Vi�t-minh. Rapidement, le pouvoir r�volutionnaire s�installe � Hanoi, puis � Hu� et � Saigon, se substituant aux autorit�s japonaises et locales en s�emparant des positions cl�s.</p><p>� Hu�, Bao Dai abdique et � passe le pouvoir aux forces r�volutionnaires �.</p><p>Le 27 ao�t, apprenant que les Alli�s chinois vont occuper le Nord pour y effectuer le d�sarmement japonais, le Vi�t-minh comprend qu�il lui faut montrer aux Chinois que le Vi�t-nam est d�j� un pays libre et ind�pendant.</p><p>Le 29, Nguy�n Ai Qu�c, devenu H�</p><p>Chi Minh, forme un gouvernement</p><p>provisoire comprenant neuf commu-</p><p>nistes sur les quinze membres du cabinet. L�ex-empereur Bao Dai, redevenu prince Vinh Thuy, en est le conseiller supr�me.</p><p>Le 2 septembre 1945, H� Chi Minh</p><p>proclame solennellement l�ind�pendance et la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam.</p><p>Sur le chemin de Di�n Bi�n Phu et de Gen�ve</p><p>La formation d�un gouvernement � majorit� communiste est toutefois difficilement accept�e, tant par les Chinois nationalistes du Guomindang (Kouo-min-tang, le parti de Tchang Kai-</p><p>chek*), hostiles � la formation d�un �tat socialiste sur leurs arri�res, que par les Anglo-Saxons, qui ont d�cid� d�admettre le retour de la souverainet� fran�aise. Quant � la France, qui a r�ussi le tour de force de se retrouver sur le banc des vainqueurs, elle ne songe qu�� ressusciter le protectorat.</p><p>Dans ces conditions, le Vi�t-minh d�cide, avant le d�barquement alli�, de cr�er une situation de fait et de neutraliser les ennemis de la r�publique d�-</p><p>mocratique (proches du Guomindang, pronippons, trotskistes) en organisant des �lections g�n�rales pour �lire une Assembl�e nationale constituante.</p><p>Le pouvoir r�volutionnaire reste</p><p>faible dans le Sud, trop �loign� du gouvernement central, qui si�ge � Hanoi : le 5 octobre 1945, des unit�s fran�aises sous le commandement du g�n�ral Leclerc prennent le contr�le de l�agglom�ration Saigon-Cho Lon.</p><p>Poursuivant leur avantage et ravitaill�s en armes par les Anglo-Saxons, les Fran�ais r�occupent bient�t le sud du Vi�t-nam, le Cambodge et le Laos, tandis qu�un haut-commissaire de France s�installe � Saigon. Avec le retour des Fran�ais, la r�publique d�mocratique naissante se trouve assaillie de toutes parts par des probl�mes inextricables d�ordres �conomiques, financier,</p><p>social, politique et diplomatique. Le plus grave danger est la pr�sence des troupes nationalistes chinoises du g�-</p><p>n�ral Lu Han (Lou-Han), qui semble bien d�cid� � ne jamais partir du pays.</p><p>Fin politicien et hardi strat�ge, H� Chi Minh va jouer les Fran�ais contre les Chinois. Le 6 mars 1946, des accords interviennent entre H� Chi Minh et Jean Sainteny : la France reconna�t la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam comme un �tat libre ayant son gouvernement, son parlement, son arm�e et ses finances, mais faisant partie de la F�d�ration indochinoise et de l�Union fran�aise. Les Chinois, n�ayant plus</p><p>aucune raison d�occuper le Vi�t-nam, se retirent. Mais les accords du 6 mars provoquent une violente r�action dans les milieux fran�ais de Saigon, qui les consid�rent comme une capitulation devant le Vi�t-minh et refusent de se sentir engag�s par les accords sign�s, selon eux, entre Paris et les autorit�s vi�t-minh.</p><p>Afin de clarifier la situation, H� Chi Minh rencontre le haut-commissaire, l�amiral Thierry d�Argenlieu, mais les divers entretiens aboutissent � un constat d��chec, tandis que les gu�-</p><p>rillas communistes s�organisent dans le Sud sous le commandement de Nguy�n Binh.</p><p>H� Chi Minh s�engage alors � signer � Paris un trait� d�finitif sur la base nouvelle d�un rassemblement populaire vietnamien ind�pendant et d�mocratique capable de rallier les non-communistes (Li�n Vi�t). Mais, au cours du vol qui l�emporte vers la France, il apprend que d�Argenlieu vient de proclamer unilat�ralement la � r�publique autonome de Cochinchine �.</p><p>D�s lors, la conf�rence, qui devait finalement se tenir � Fontainebleau (juill.-sept.), est marqu�e par des obstacles insurmontables. Le gouvernement fran�ais, qui est l�objet de pressions de la droite et du centre � la suite des manifestations communistes de soutien � H� Chi Minh, r�pugne � une r�forme de structure engageant l�empire colonial.</p><p>Le 16 septembre 1946, la d�l�ga-</p><p>tion vietnamienne de Pham Van D�ng quitte la France sans qu�un trait� soit intervenu. H� Chi Minh, pour gagner un r�pit pr�cieux avant les �v�nements violents qu�il imagine peut-�tre et surtout parce qu�il croit encore � un accord possible, signe le 14 septembre un modus vivendi fait de concessions r�ciproques avant le r�f�rendum envisag�.</p><p>Malgr� le retour triomphant de H� Chi Minh, la conf�rence de Fontainebleau est, en raison de l�hostilit� des Fran�ais d�Indochine, une impasse qui pr�lude � un affrontement : V� Nguy�n Giap pr�pare la r�sistance ; d�Argenlieu, alarm� par la victoire de la gauche</p><p>au r�f�rendum constitutionnel ainsi qu�aux �lections de l�automne de 1946, d�cide d�imposer une solution par un coup de force. Les 19 et 23 novembre 1946, la marine fran�aise bombarde Haiphong, provoquant la mort de nombreux civils.</p><p>Les appels, in extremis, de H�</p><p>Chi Minh � L�on Blum, pr�sident du Conseil, restent lettre morte.</p><p>Le 19 d�cembre 1946, la guerre</p><p>d�Indochine* commence par l�insurrection vi�t-minh. Sur le plan politique, elle est marqu�e par l�impasse des tentatives de paix (contacts H� Chi Minh-Paul Mus en mai 1947) et par l�intervention de Bao Dai dans la diplomatie vietnamienne.</p><p>Press� par les milieux conserva-</p><p>teurs et anticommunistes vietnamiens ainsi que par ceux du M. R. P., l�ex-empereur se d�clare pr�t � discuter avec les autorit�s fran�aises. Les accords Bollaert-Bao Dai du 5 juin 1948, confirm�s le 8 mars 1949, reconnaissent l�ind�pendance du Vi�t-nam au sein de l�Union fran�aise. Sous la tutelle du haut-commissaire de France en Indochine, un gouvernement provisoire est alors form� et certains organes administratifs sont transf�r�s aux Vietnamiens. Bao Dai est le chef nominal de ce gouvernement, pr�sid� par le g�n�ral Nguy�n Van Xu�n (n� en 1892). Cependant, les attributions de Bao Dai et celles du cabinet Nguy�n Van Xu�n restent obscures et soumises � des pressions de divers milieux politiques fran�ais. Bient�t, Bao Dai refuse de prendre une position contre la r�sistance et fait figure de dissident repr�sentant un pouvoir non investi, d�nonc� comme � fantoche � par les r�sistants.</p><p>La victoire communiste en Chine</p><p>va apporter un soutien d�cisif � la r�sistance vietnamienne sur le plan mat�riel. La France, de plus en plus d�bord�e sur le terrain, est forc�e de</p><p>� vietnamiser � ses troupes, et Bao Dai d�cr�te la mobilisation g�n�rale (v. Indochine [guerres d�]).</p><p>Le 7 mai 1954, apr�s une longue</p><p>guerre, la d�faite de Di�n Bi�n Phu portera un coup d�cisif � l�arm�e fran-</p><p>�aise ; la conf�rence ouverte � Gen�ve le 26 avril mettra un terme au conflit franco-indochinois.</p><p>Les accords finals, sign�s le 20 juillet 1954, aboutissent � la reconnaissance, par la France, de l�ind�pendance, de la souverainet� et de l�int�grit� terri-downloadModeText.vue.download 342 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11553</p><p>toriale de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam en m�me temps qu�� une partition transitoire du Vi�t-nam de part et d�autre du 17e parall�le, dans l�attente d�une r�unification par le moyen d��lections g�n�rales, pr�vues pour 1956, sous contr�le international.</p><p>Le cessez-le-feu entra�ne le retrait des troupes en pr�sence de part et d�autre de la ligne de d�marcation, qui ne peut, en aucun cas, constituer une fronti�re territoriale. Les �tats-Unis refusent de s�associer � la d�claration de respect d�ind�pendance, de souverainet� et d�int�grit� des pays indochinois, mais affirment qu�ils ne feront pas obstacle � l�application des accords.</p><p>La position am�ricaine constitue la premi�re faille dans la recherche de la paix. D�j�, le nouveau chef de gouvernement de Saigon, Ng� Dinh Di�m (1901-1963), de retour des �tats-Unis, refuse l�application des accords de Ge-n�ve, surtout en ce qui concerne l�organisation des �lections g�n�rales, tandis que le gouvernement fran�ais assure Saigon que seul son gouvernement est avalis� par Paris.</p><p>La dictature saigonaise</p><p>et les origines du F. N. L.</p><p>(Front national</p><p>de lib�ration</p><p>du Sud Vi�t-nam)</p><p>Le 10 octobre 1954, H� Chi Minh et le gouvernement de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam rentrent � Hanoi, �vacu� par la France. En m�me temps que les troupes fran�aises en retraite, quelques centaines de milliers de Vietnamiens hostiles au communisme,</p><p>compromis pendant la guerre ou sim-</p><p>plement attir�s par les promesses de Saigon et de Washington, refluent vers le sud.</p><p>La r�publique d�mocratique, d�vas-t�e par les combats, appauvrie par l�absence de stocks ou de tr�sorerie et manquant de cadres, d�cide un gigantesque effort de reconstruction dans des conditions difficiles.</p><p>Au sud, Ng� Dinh Di�m, antifran-</p><p>�ais et proam�ricain, trouve tr�s t�t des alli�s � Washington. Partisan d�un gouvernement � fort �, bien encadr� par l�arm�e, il se d�barrasse de la pr�-</p><p>sence fran�aise et des partisans de Bao Dai, tout en �liminant par la force les anciens r�sistants et les sectes nationalistes (mars-avr. 1955).</p><p>Devant les propositions de Hanoi</p><p>pour parvenir � un consensus sur la r�unification pr�vue par scrutin universel et secret, il d�cide d�instaurer un �tat de fait pour �liminer son concurrent potentiel Bao Dai et couper d�finitivement les ponts avec le Nord : par un r�f�rendum qui se d�roule dans des conditions contestables, il se fait �lire pr�sident de la r�publique en octobre 1955. Ce fait accompli lui permet d�installer un r�gime dictatorial, dont la nature est caract�ris�e par la monopolisation du pouvoir par un clan familial et par l�instauration d�un syst�me policier.</p><p>Anciens r�sistants, lib�raux et intellectuels rejoignent le maquis. Le 20 d�-</p><p>cembre 1960, ces r�sistants fondent le Front national de lib�ration du Sud Vi�t-nam, ou F. N. L.</p><p>Hanoi s�en tient � une stricte action politique en r�clamant l�application des accords de Gen�ve et s�oppose, par l�interm�diaire de sa presse officielle, � tout � gauchisme �, alors que le conflit id�ologique sino-sovi�tique prend de l�ampleur. La r�publique d�mocratique semble alors d�cid�e � rester hors de ce conflit et � construire le socialisme dans son unit� territoriale, comme le confirme le IIIe Congr�s du Lao D�ng (parti des travailleurs), partisan de la</p><p>� coexistence pacifique �.</p><p>L�intervention</p><p>am�ricaine</p><p>Jugeant la situation de plus en plus malais�e, Ng� Dinh Di�m accepte l�aide am�ricaine, qui lui apporte des conseillers militaires, des armes, des fonds et un appui diplomatique. D�s 1960, le Vi�t-nam du Sud est entr� dans la guerre.</p><p>En juillet 1962, le F. N. L., pr�sid� par Nguy�n Huu Tho (n� en 1910), lance un appel pour proposer un cessez-le-feu et indiquer ses grandes orientations politiques, mais Saigon n�y r�pond pas et, � l�instigation de Washington, acc�-</p><p>l�re le d�veloppement de la � guerre sp�ciale �, supervis�e par les quelque 15 000 � conseillers � d�p�ch�s par le pr�sident Kennedy. Mais cette � guerre sp�ciale � �choue, et le r�gime saigonais se coupe des masses paysannes en commettant des exactions de plus en plus critiqu�es � l��tranger (pers�cution des bouddhistes).</p><p>C�est alors que Ng� Dinh Di�m,</p><p>pour sauver la situation, cherche � se d�marquer de la pression am�ricaine et propose de rechercher une solution politique en dehors du programme</p><p>d�fini par Washington. D�sormais, les d�s sont jet�s : les Am�ricains se d�-</p><p>barrassent de lui par un coup de force qui place au gouvernement un g�n�ral anticommuniste, mais apparemment</p><p>ouvert � des r�formes (1er nov. 1963).</p><p>Apr�s la mort de Kennedy (22 nov.</p><p>1963), la Maison-Blanche semble pr�te � se lancer massivement dans l�aventure militaire vietnamienne malgr� le va-et-vient diplomatique en faveur de la r�union d�une nouvelle conf�rence de paix. C�est dans ce climat qu��clate l�� incident du golfe du Tonkin �</p><p>(31 juill. - 2 et 4 ao�t 1964), pr�sent� comme une � agression de Hanoi � et qui sera reconnu plus tard comme une provocation de Washington.</p><p>� partir de ce moment, la Mai-</p><p>son-Blanche va envoyer des troupes de plus en plus nombreuses au Vi�tnam du Sud, d�veloppant la nouvelle th�orie de � guerre locale � tout en cherchant l�� homme fort et providentiel � capable de contr�ler la situation int�rieure.</p><p>De 1963 � 1967 se succ�dent les gouvernements des g�n�raux Duong</p><p>Van Minh (n� en 1916), Nguy�n</p><p>Khanh (n� en 1927), Nguy�n Cao Ky (n� en 1931), Nguy�n Van Thi�u (n� en 1923). La pr�sence au Vi�t-nam du Sud d�un demi-million de soldats am�-</p><p>ricains, avec l�emploi massif du mat�-</p><p>riel de guerre le plus terrifiant (d�fo-liants, gaz toxiques, napalm, bombes � billes et � fl�chettes) et l�escalade de la guerre a�rienne am�ricaine contre le Nord, entreprise par le pr�sident Johnson, vise � soutenir le r�gime de Saigon ; les Am�ricains tentent de forcer Hanoi � r�sipiscence par des bombardements massifs quasi quotidiens, qui vont durer huit ans et causer d�effroyables destructions.</p><p>Le F. N. L. et la r�publique d�mocratique, face � cet assaut, tiennent t�te. Avec l�apport de mat�riel venu de tous les pays socialistes, ils offrent une capacit� de r�sistance tendue par une facult� d�adaptation intelligente, l�exp�rience du combat et une bonne organisation sur tous les plans.</p><p>En janvier-f�vrier 1968, la puis-</p><p>sante offensive du F. N. L. (dite � du T�t �, le nouvel an vietnamien), puis l�encerclement de la base strat�gique de Khe Sanh prouvent, malgr� la violente riposte am�ricaine, que Washington, avec 500 000 soldats (plus ses alli�s cor�ens, thailandais, australiens et l�arm�e saigonaise de 1 million d�hommes), ne peut gu�re esp�rer</p><p>emporter la d�cision sur le champ de bataille. Acceptant de n�gocier apr�s avoir suspendu les bombardements sur le Nord, le pr�sident Johnson envoie ses d�l�gu�s � la conf�rence de Paris pour y rencontrer les autres parties (13 mai 1968).</p><p>La conf�rence de Paris �</p><p>la recherche de la paix</p><p>Durant toute une ann�e, les n�gociateurs cherchent � percer les intentions r�elles de leurs vis-�-vis, Hanoi et le F. N. L. d�sirant surtout savoir s�ils peuvent compter sur un retrait am�ricain.</p><p>Au plan en dix points du F. N. L.</p><p>(retrait am�ricain, droit du peuple sud-vietnamien � d�cider de son avenir sans ing�rence �trang�re, �lections g�n�rales et formation d�un gouvernement de concorde nationale), le pr�sident Nixon r�pond par la proposition d�un retrait militaire, d��lections sous contr�le international et l�engagement de respecter les accords de Gen�ve de 1954. Mais le secr�taire d��tat William Rogers fait savoir que la Maison-Blanche n�est li�e � aucun gouvernement sud-vietnamien d�termin�.</p><p>D�sormais, les travaux de la conf�-</p><p>rence sont retard�s par cette d�claration sybilline et, en tout �tat de cause, restrictive.</p><p>Au d�but de juin 1969, le Gouver-</p><p>nement r�volutionnaire provisoire de la r�publique du Sud Vi�t-nam</p><p>(G. R. P.) est form�. Le 3 septembre de cette m�me ann�e, le pr�sident H� Chi Minh meurt � Hanoi. Les extr�mistes saigonais et am�ricains tentent de profiter de cette occasion pour pr�senter des exigences nouvelles. Mais, devant de nouveaux �checs, l�administration am�ricaine institue la politique de</p><p>� vietnamisation �, visant � mettre en place une �quipe capable de reprendre totalement en main la politique de Washington. Cependant, l��lection pr�-</p><p>sidentielle aux �tats-Unis approche. La poursuite de la d�sastreuse guerre du Vi�t-nam risque de co�ter � Nixon son fauteuil pr�sidentiel. Le monde entier attend avec impatience pour No�l 1972</p><p>la signature de l�accord de Paris mis au point par L� Duc Tho (n� en 1912) et Henry Kissinger au mois de novembre, apr�s cinq ans de n�gociations difficiles. Suintement contre toute attente, No�l 1972 voit Nixon faire volte-face et ordonner de violents bombardements avec des � B-52 � sur Hanoi et Haiphong pendant douze jours cons�-</p><p>cutifs pour essayer de revenir sur l�accord L� Duc Tho-Kissinger et obliger Hanoi � faire les concessions qu�il a refus�es sur la table de n�gociation.</p><p>Mais le Vi�t-nam du Nord tient bon ; Nixon ordonne pr�cipitamment la cessation des bombardements et accepte downloadModeText.vue.download 343 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11554</p><p>la signature de l�accord. Le 27 janvier 1973, l�accord de Paris est sign� entre Nguy�n Duy Trinh (r�publique d�mocratique du Vi�t-nam), William Rogers (�tats-Unis), Tr�n Van L�m (r�publique du Vi�t-nam [Saigon]) et Mme Nguy�n Thi Binh (Gouvernement r�volutionnaire provisoire de la r�publique du Sud Vi�t-nam).</p><p>Les clauses principales en sont : la reconnaissance par les �tats-Unis de l�ind�pendance, de la souverainet�, de l�unit� et de l�int�grit� territoriale du Vi�t-nam ; le cessez-le-feu et le retrait des troupes et du personnel militaire am�ricains ; l�interdiction d�introduire du nouveau mat�riel de guerre au Vi�t-nam du Sud ; la lib�ration des prisonniers de guerre et des prisonniers politiques ; la libert� de d�placement et d�expression ; la reconnaissance de la troisi�me force (compos�e de neutra-listes) ; la formation par les trois parties (Saigon, G. R. P., troisi�me force) d�un Conseil de r�conciliation et de concorde nationale en vue d�organiser les �lections g�n�rales au Vi�t-nam du Sud. La question de la r�unification du Vi�t-nam sera r�gl�e par le Nord et le Sud apr�s les �lections et la formation d�un gouvernement unique sud-vietnamien. Cependant, d�s la signature de l�accord de Paris, l�application de celui-ci sous contr�le international se r�v�le difficile : les combats ne cessent gu�re et de nombreux incidents ont lieu. L�acte final, sign� le 2 mars � Paris, avec la garantie de puissances internationales, suivi des pourparlers � La Celle-Saint-Cloud entre Saigon et le G. R. P. sur le processus de l�application de l�accord de Paris, reste largement entach� par les difficult�s qui opposent les deux principales parties sur le terrain militaire, d�autant que Washington ne retire pas ses � conseillers � du Vi�t-nam du Sud et que le fonctionnement de la commission</p><p>internationale de contr�le est bloqu� par les autorit�s saigonaises. Un nouvel accord de cessez-le-feu est sign� le 15 juin 1973 entre L� Duc Tho et Henry Kissinger, mais il n�est pas plus respect�. En avril 1974, la conf�rence de La Celle-Saint-Cloud, apr�s plusieurs interruptions, est ajourn�e sine die, tandis que sur le terrain continuent les affrontements, dont souffrent sur-</p><p>tout les populations civiles.</p><p>La fin de la guerre</p><p>et la r�unification</p><p>Les �v�nements se pr�cipitent � la fin de l�ann�e 1974, apr�s que le S�nat am�ricain a vot� la r�duction de l�aide militaire � Saigon. Le 15 d�cembre, le G. R. P. amorce une offensive militaire de grande envergure le long de la fronti�re cambodgienne et dans le Delta. Le 7 janvier 1975, ses troupes s�emparent d�un premier chef-lieu de province de la r�publique du Vi�t-nam du Sud ; le 24 mars, Hu� tombe dans les mains du G. R. P., cinq jours seulement avant la chute de Da Nang.</p><p>Accul�, le pr�sident Thi�u d�mis-</p><p>sionne (21 avril), laissant la place � son vice-pr�sident, Tr�n Van Huong : celui-ci cherche vainement un Premier ministre, tandis que le gouvernement fran�ais lance un appel pour l�ouverture de n�gociations. Apr�s six jours de pr�sidence, Huong est remplac� par le g�n�ral Duong Van Minh (28 avril), qui ne peut rien contre la pression des forces communistes sur Saigon. La capitale tombe entre leurs mains d�s le 29 avril ; d�baptis�e, elle devient H� Chi Minh Thanh Tho.</p><p>En se rendant � son vainqueur, le g�n�ral Minh le laisse ma�tre du Vi�tnam. Les grandes villes de l�ancienne r�publique du Sud sont aussit�t dirig�es par des comit�s administratifs militaires qui pr�parent le terrain aux Comit�s r�volutionnaires qui seront charg�s d�appliquer au Sud la devise choisie d�s 1969 par le G. R. P. : � In-d�pendance, d�mocratie, paix, neutralit�. � � Saigon, o� la � r�volution culturelle � commence d�s le 23 mai, le premier Comit� est pr�sid� par le g�n�-</p><p>ral Tr�n Van Tra.</p><p>Outre le changement progressif de r�gime et de mentalit� � assurer au Sud se pose le d�licat probl�me de la r�unification effective du pays. En juin 1976</p><p>se r�unit une Assembl�e nationale �lue par l�ensemble des Vietnamiens et qui fait du Vi�t-nam r�unifi� la r�publique socialiste du Vi�t-nam.</p><p>P. P., M. H. et N. p. L.</p><p>F Champa / Chine / Empire colonial fran�ais /</p><p>H� Chi Minh / Indochine / Indochine (guerres d�) /</p><p>Indochine fran�aise.</p><p>&amp; P. Mus, Vi�t-nam, sociologie d�une guerre (�d. du Seuil, 1952). / P. A. Huard et M. Durand, Connaissance du Vi�t-nam (A. Maisonneuve, 1954). / J. Chesneaux, Contribution � l�histoire de la nation vietnamienne (�d. sociales, 1955).</p><p>/ L� Thanh Khoi, le Vi�t-nam, histoire et civilisation (�d. de Minuit, 1955). / J. Lacouture et P. Devillers, la Fin d�une guerre (�d. du Seuil, 1960). / B. B. Fall, The Two Viet-Nams (New York, 1963, 2e �d., 1967 ; trad. fr. les Deux Vi�t-nam, Payot, 1967). / W. G. Burchett, Vietnam : Inside Story of the Guerilla War (New York, 1965). / L� Chau, le Vi�t-nam socialiste, une �conomie de transition (Maspero, 1966).</p><p>/ R�cits de la r�sistance vietnamienne, 1925-1945 (Maspero, 1966). / J. Buttinger, Vi�t-nam (New York, 1967 ; 2 vol.). / Histoire du Vi�t-nam (en vietnamien, Hanoi, 1971 ; 2 vol.). / Nguyen Khac Vien, Histoire du Vi�t-nam (�d. sociales, 1974). / D. Hemery, R�volutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine (Maspero, 1975). / J. et S. Lacouture, Vietnam, un voyage apr�s une victoire (�d. du Seuil, 1976).</p><p>LA G�OGRAPHIE</p><p>DU VI�T-NAM</p><p>Le Vi�t-nam du Nord</p><p>158 750 km 2 ; 22 millions d�habitants.</p><p>Capit. Hanoi*.</p><p>La nature est assez simple : un cadre montagneux d�velopp� au nord et fort arros�, enserrant trois deltas, de plus en plus petits, deltas du S�ng Koi, ou fleuve Rouge (Tonkin), du S�ng Ma (Thanh Hoa), du S�ng Ca (Ngh� An) auxquels succ�dent les minuscules plaines littorales de Ha Tinh et D�ng Hoi. Le peuplement oppose, d�une</p><p>part, deltas et plaines o� s�entasse une population vietnamienne tr�s homog�ne, qui atteint ici d��normes densit�s rurales, et, d�autre part, les montagnes peu peupl�es aux populations tr�s vari�es.</p><p>Les montagnes</p><p>Le cadre montagneux est une sorte de triangle dont la base serait la fronti�re</p><p>chinoise. L�ensemble est vigoureux : les pentes sont abruptes au-dessus des plaines ; le point culminant Fan Si Pan (Hoang Li�n Son) atteint 3 144 m. La vigueur du relief est due cependant plus � la profondeur des vall�es fortement burin�es et � la raideur des versants qu�� l�allure des cr�tes g�n�ralement lourdes. Les roches sont vari�es, et donc les paysages : les schistes et grauwackes permo-triasiques et aussi les granites donnent des �chines assez lourdes, qui contrastent fortement avec les extraordinaires karsts d�velopp�s dans les calcaires sombres ouralo-per-miens (plateaux [Bac Son] aux falaises verticales trou�es de grottes et coup�s de ca�ons [ca�on de la rivi�re Noire, ou S�ng Da], et surtout � for�ts de pitons � [hums] aux formes �tranges, telles celles que la mer a envahies aux baies d�Along [Ha Long] et de Fai Tsi Long).</p><p>Au nord du S�ng Koi, moyennes</p><p>montagnes et collines dominent, s�pa-r�es par de larges vall�es, notamment celles du S�ng L� (rivi�re Claire) et de ses affluents ; la fronti�re chinoise est bord�e de massifs �lev�s, notamment de calcaires, mais les alti-</p><p>tudes s�abaissent en lisi�re du delta (� Moyenne R�gion �, domin�e par le Tam Dao � l�horizon d�Hanoi). Deux lignes directrices �mergent : les � virgations � tonkinoises, arcs convexes vers l�est et le sud-est, et surtout la longue d�pression �tir�e de Cao Bang � Lang Son et � Ti�n Y�n, qui est parall�le � la fronti�re chinoise. La population, relativement nombreuse (en d�pit du paludisme), est vari�e : Mans (jusque vers 800 m d�altitude), M�os (au-dessus de 800 m) [v. Miaos et Yaos], les uns et les autres principaux responsables de la destruction des for�ts au profit de savanes � Imperata (tranh), Nungs, Th�s (v. Tha�s), Vietnamiens. Les Vietnamiens peuplent de longue date la � Moyenne R�gion �</p><p>(Tuy�n Quang-Thai Nguy�n). Les</p><p>Nungs, Tha�s sinis�s, p�cheurs, agriculteurs, contrebandiers, avaient occup� la c�te entre Ti�n Y�n et Mong Cai (Moncay), aux portes de la Chine : ils sont partis en grand nombre en 1954</p><p>au sud du 17e parall�le. Les Th�s, Tha�s vietnamis�s, riziculteurs, peuplent dens�ment les petites plaines de Cao</p><p>Bang et de Lang Son. Les ressources mini�res sont notables : zinc � Cho Di�n (raffin� � Quang Y�n) ; �tain � Thin Tuc (raffin� � Cao Bang) ; un peu de fer et de charbon cok�fiable � Thai Nguy�n, devenu centre sid�rurgique ; anthracite non cok�fiable � H�ng Gai (Hongay) et � C�m Pha, en bordure de la baie d�Along (exploit� dans les meilleures conditions [veines �paisses], alimentant le delta ou export� vers le Japon). En baie d�Along, dans l��le de la Cat Ba, les Sovi�tiques ont install� un centre de conserves de poisson.</p><p>Au sud du S�ng Koi et jusqu�au</p><p>S�ng Ma, la montagne est haute, difficilement p�n�trable, orient�e du nord-ouest au sud-est en lignes parall�les : bande granitique du Fan Si Pan (Hoang Li�n Son) ; plateaux calcaires travers�s en gorge surimpos�e par le S�ng Da (rivi�re Noire) ; plateaux de gr�s roses, lambeaux de couverture discordante et subhorizontale du Phu Den Dinh. La montagne est fortement arros�e : Cha Pa, au pied du Fan Si Pan, re�oit 2 778 mm de pluies, mais la for�t dense � esp�ces tropicales et temp�r�es a, ici aussi, �t� fortement d�truite au profit de savanes. La population est peu nombreuse, inf�rieure � 5 habitants au kilom�tre carr�, sauf dans les collines qui bordent les deltas, o� les Muongs, proches des Vietnamiens et intimement m�l�s � leur histoire, mais peu sinis�s (leurs maisons sont sur pilotis) et ayant longtemps conserv� une soci�t� f�odale, ont de belles rizi�res irrigu�es et ont constitu� des noyaux de peuplement, notamment autour de Hoa Binh. Bassins et vall�es sont peupl�s de riziculteurs tha�s : Tha�s blancs de Lai Ch�u, Tha�s noirs de Nghia L� et downloadModeText.vue.download 344 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11555</p><p>de Son La, Tha�s plus ou moins sinis�s (et non indianis�s), dont l��criture avait �t� romanis�e et qui sont partis en grand nombre en 1954 vers le Laos notamment. Les pentes au-dessus de 800 m sont occup�es par des M�os, grands destructeurs de for�ts par leur agriculture sur br�lis, r�ellement itin�rante. La zone proprement monta-</p><p>gnarde constitue la � zone autonome Tha�-M�o �.</p><p>Au sud du S�ng Ma, le cadre montagneux devient tr�s �troit et se r�duit � une longue �chine N.-O. - S.-E., parall�le � la mer : cette cha�ne a une largeur g�n�ralement inf�rieure � 50 km ; ses sommets forment la fronti�re avec le Laos ; on l�appelait autrefois � Cordill�re annamitique �, expression particuli�rement inad�quate. Cette cha�ne est � peu pr�s vide. Elle est tr�s ais�ment franchie aux cols de Keo Neua et de Mu Gia.</p><p>Les plaines</p><p>Les plaines concentrent l�essentiel de la population. Ce sont trois deltas triangulaires : dans chacun, les deux c�t�s, en lisi�re de la montagne, pr�-</p><p>sentent des terres � hautes �, non inondables, parsem�es de buttes (gr�seuses, schisteuses ou calcaires), alors que le centre est form� de terres � basses �, inondables, domin�es par les digues qui enferment les fleuves ; la base, c�ti�re, �tire des cordons littoraux.</p><p>Le delta du Tonkin a 14 700 km 2 ; il est l�oeuvre du S�ng Koi, ou S�ng Cai (appel� H�ng Ha en sino-vietnamien et, � Hanoi, S�ng Nhi Ha). Fleuve redoutable, il doit � des crues d��t� tr�s irr�guli�res et tr�s violentes son surnom de � fleuve Rouge � ; son d�bit peut atteindre 30 000 m3/s, et son niveau monter de 11 m en un jour ; le fleuve, tr�s charg�, transporte jusqu�� 3 kg d�alluvions par m�tre cube, dont une partie constitue, au droit de l�extr�-</p><p>mit� sud du delta, des � lais de mer �.</p><p>Le fleuve et ses principaux d�fluents, le S�ng Day, le S�ng Lu�ng (dit</p><p>� Canal des Rapides �), le S�ng Lu�c (dit � Canal des Bambous �), les deux derniers faisant communiquer � l�est le S�ng Koi avec le S�ng Thai Binh, ont �t� endigu�s. L�endiguement, fait majeur de la g�ographie du delta, a �t� une oeuvre consid�rable, r�alis�e � partir des bourrelets naturels du fleuve par les dynasties vietnamiennes, modernis�e et perfectionn�e par le protectorat fran�ais : il a permis la mise en valeur. Les deux autres deltas sont plus petits (Thanh Hoa, 3 100 km 2 ; Ngh� An, 1 850 km 2) ; les terres hautes, peu fertiles, et les cordons littoraux y</p><p>occupent proportionnellement plus de place. Plus au sud, la plaine de Ha Tinh (1 850 km 2) et la plaine du Quang Binh, au sud du massif de la porte d�Annam, sont r�duites � une �troite bande de terres basses entre des terrasses infertiles au pied des montagnes et des dunes littorales.</p><p>Ces deltas ont, du moins au nord</p><p>de la porte d�Annam, un climat original par la fra�cheur de l�hiver. La moyenne de janvier est de 15,5 �C � Hanoi, ce qui ne se trouve nulle part ailleurs � une telle latitude. D�cembre et janvier sont secs et lumineux ; mais de f�vrier � avril r�gne le � crachin �, ou � pluie volante �, p�riode de pluies fines et prolong�es (81 mm de pluies en 29 jours � Hanoi en f�vrier-mars), de brouillards, d�humidit� tr�s d�sa-gr�able, mais qui favorise une seconde culture de riz dans l�ann�e (� riz du 5e mois �). La culture principale (� riz du 10e mois �, r�colt� en novembre) est li�e aux pluies d��t� de la mousson, comme dans toute la p�ninsule indochinoise ; mais ces pluies sont irr�gu-li�res (alors que la chaleur est intense, donc l��vaporation), interrompues, notamment au Ngh� An, par � vent du Laos �. Les typhons peuvent amener (notamment en septembre) des pluies diluviennes.</p><p>Dans ces conditions naturelles difficiles, les Nord-Vietnamiens pratiquent une riziculture extr�mement intensive : riziculture irrigu�e � la fois pour pallier l�irr�gularit� des pluies de la mousson avant la r�colte du 10e mois et pour assurer soit la r�colte du riz du 5e mois, soit la r�colte d�une autre plante de</p><p>� saison s�che �. Mais l�irrigation est difficile, puisque les fleuves sont enferm�s entre des digues. Pendant longtemps, seule une petite irrigation a pu �tre pratiqu�e par les paysans. Le protectorat fran�ais avait cr�� une irrigation moderne sur 330 000 ha. Une des r�alisations remarquables du gouvernement de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam depuis 1954 est la multiplication des pompes �lectriques, qui permet d�utiliser l�eau captive des fleuves et assure la double r�colte annuelle du riz sur la plus grande partie des rizi�res.</p><p>La double r�colte est �puisante pour les sols ; or, ceux-ci ne sont pas renouvel�s par les alluvions fluviales, puisque les</p><p>fleuves sont endigu�s ; le paysan en-graisse ses terres (engrais verts, engrais humains, boues) ; mais l�utilisation d�engrais chimiques est encore faible ; de ce fait et en d�pit d�un tr�s grand travail paysan (300 journ�es par hectare), les rendements sont encore bas (un peu sup�rieurs � 2 t/ha). L��levage (buffles pour le travail, porcs, canards) est peu d�velopp� ; par contre, la p�che en eau douce et surtout la pisciculture, pratiqu�es par des sp�cialistes, ont une grande importance : 130 000 ha sont livr�s � une v�ritable embouche des poissons.</p><p>Avant 1939, les paysans �taient, en majorit�, propri�taires, mais de tr�s petites superficies, cependant que des propri�taires absent�istes, v�ritables</p><p>� rentiers du sol �, acqu�raient une part notable des terres, qu�ils louaient � des fermiers � taux tr�s �lev�s, que les prol�taires �taient nombreux et ne b�n�ficiaient au mieux que des terres communales. Favoris�e par le d�part vers le sud de quelque 150 000 familles (repr�sentant environ 800 000 personnes), une r�forme agraire radicale fut accomplie en 1956. Elle aboutit � la pr�sence exclusive de petits propri�-</p><p>taires paysans. � ce stade fut mise en place, peu � peu, une agriculture socialiste : � groupements d��change de travail �, puis � coop�ratives �, enfin</p><p>� coop�ratives socialistes �, o� la terre est devenue propri�t� collective.</p><p>La forme unique de peuplement est rest�e le village, fortement group�, clos de haies, si�ge d�une commune particuli�rement forte, dont on peut penser qu�elle est un �l�ment important de l�organisation des � coop�ratives socialistes �. Les villes sont peu nombreuses. Nam Dinh a une importante usine cotonni�re (ancienne � Cotonni�re � du protectorat). Haiphong est un port m�diocre sur le Cua Cam, principal d�fluent du S�ng Thai Binh, malheureusement envahi par les alluvions du fleuve Rouge, mais c�est le principal port de la r�publique et un important centre industriel (cimenterie). Hanoi*, � la t�te du delta du S�ng Koi, a un r�le politique essentiel, mais est devenue aussi, par la volont� des dirigeants, un grand centre industriel (brasserie, textiles, pneumatiques, machines-outils).</p><p>Depuis 1954, l��tat a r�alis�, dans des conditions particuli�rement difficiles, d�importants progr�s industriels et agricoles (la production de riz est de 5 Mt). Mais les deltas sont en r�alit�, surpeupl�s. Dans le delta du Tonkin, la densit� moyenne, presque enti�rement rurale, doit �tre de 600 � 700 habitants au kilom�tre carr� ; les provinces m�ridionales d�passent 2 000 habitants au kilom�tre carr�. C�est une des terres les plus peupl�es du monde, et les rendements restent moyens.</p><p>De plus, la population augmente de 350 000 individus par an. La superficie cultiv�e par t�te d�habitant, tr�s faible, diminue encore : moins de 12 ares en 1962. Le probl�me du surpeuplement des plaines est dramatique. La r�unification du Vi�t-nam doit accro�tre les disponibilit�s alimentaires nationales, mais, � moins de transfert massif de populations, ne r�soudra pas ce probl�me d�mographique du Nord.</p><p>J. D.</p><p>Le Vi�t-nam du Sud</p><p>174 000 km 2 ; 19 000 000 hab. Capit. : Ville-H� Chi Minh (Saigon).</p><p>Le Vi�t-nam du Sud comprend �</p><p>l�ouest des hautes terres (les � Hauts Plateaux �), � l�est un chapelet de petites plaines coinc�es entre les hautes terres et la mer (� plaines de l�Annam �</p><p>ou � Trung Ph�n �), enfin au sud une grande plaine (Nam Ph�n), qui est, pour l�essentiel, le delta du M�kong.</p><p>Les Hauts Plateaux</p><p>G�ographiquement et administrati-</p><p>vement, les Hauts Plateaux ne commencent qu�au sud du 16e parall�le, environ. Plus au nord, en effet, la bande montagneuse qui prolonge l��chine N.-O. - S.-E. du Vi�t-nam du Nord et qu�on appelait Cordill�re annamitique n�a, en effet, pas de personnalit� administrative : elle est divis�e entre les diff�rentes provinces c�ti�res. Cela s�explique ais�ment, car elle n�a que 40 km de large en territoire vietnamien et est facilement franchie au col d�Ai Lao (350 m). Il a �t� propos� de l�appeler monts d�Annam et d��tendre</p><p>cette appellation au rebord oriental des Hauts Plateaux sur la mer de Chine, rebord vigoureux et ravin�, qui n�est sans doute qu�un escarpement de</p><p>faille complexe, mais qui a une allure montagnarde.</p><p>Les Hauts Plateaux, au sud du</p><p>16e parall�le, sont larges de 200 km et couvrent environ 50 000 km 2. Leur extr�mit� septentrionale est un massif cristallin mal connu, le Ngoc An (2 598 m), auquel succ�de un vaste plateau basaltique (1 000 m environ) entre Kontum et Pleiku. Les hautes terres sont ensuite interrompues par une d�-</p><p>pression dite � de l�Ayun �, du nom de la rivi�re qui la draine : cette d�pression (500 m) permet des communi-</p><p>cations faciles entre mer de Chine et M�kong. Nouvelle calotte basaltique, le plateau du Darlac est moins �lev� que celui de Pleiku (700 m). L�extr�-</p><p>mit� m�ridionale est un v�ritable bastion : plateau Mnong et plateau Maa, tous deux basaltiques (1 000 m environ), et, plus haut encore, plateau de Dalat (1 500 m), domin� par le volcan downloadModeText.vue.download 345 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11556</p><p>du Lang Bian (2 267 m), l�ensemble se terminant par un escarpement vigoureux au-dessus du Nam Ph�n.</p><p>Les Hauts Plateaux ont une puissante originalit� humaine. Ils sont peupl�s, faiblement d�ailleurs, de populations brunes, dites � proto-indochinoises �.</p><p>Celles-ci, qui n�ont pas connu l�influence civilisatrice de la Chine ou de l�Inde, pratiquent la culture sur br�lis (� longue jach�re, assez remarquablement organis�e d�ailleurs et nullement itin�rante, dans le cadre de terroirs bien d�finis), la chasse et la cueillette, habitent des maisons sur pilotis et honorent le buffle, qui est sacrifi� lors des f�tes. Elles sont divis�es en nombreux groupes ethniques. Les principaux (S�-</p><p>dangs, Bahnars de Kontum, Mnongs, Maas, Stiengs) parlent des langues m�n-khm�res et sont patrilin�aires ; les Jarais de Pleiku et les Rhad�s du Darlac parlent des langues malayo-polyn�-</p><p>siennes et sont matrilin�aires. Nombre</p><p>de ces � montagnards � ont �t� convertis au christianisme.</p><p>Les Vietnamiens n�ont qu�une im-</p><p>plantation ponctuelle (station d�altitude de Dalat) ; toutefois, depuis 1954, ils se sont beaucoup accrus par suite de l�arriv�e de r�fugi�s du Nord et aussi de l�implantation de colons venus des plaines c�ti�res surpeupl�es. Cela ne va pas sans poser de graves probl�mes : les � montagnards � aspirent � l�autonomie.</p><p>Les basaltes de Pleiku, du Darlac et du plateau Maa donnent des sols ferra-litiques � bonne structure, les � terres rouges �, sur lesquels les Fran�ais ont cr�� des plantations : caf� au Darlac, th� autour de Pleiku, th� et caf� en pays Maa.</p><p>Les plaines d�Annam ou du</p><p>Trung Ph�n</p><p>Un chapelet de petites plaines s��tend entre le rebord des Hauts Plateaux (ou monts d�Annam) et la mer de Chine ; on les appelle officiellement plaines du Centre Vi�t-nam ; il para�t plus commode de les appeler plaines de l�Annam, bien qu�elles ne co�ncident pas exactement avec l�Annam historique.</p><p>Ces plaines offrent des conditions difficiles : elles sont constitu�es en grande partie de terrasses d�alluvions anciennes infertiles (au pied des montagnes), de lagunes et de cordons dunaires (en bordure de la mer). Elles sont ravag�es par les typhons. Les pluies tombent ici surtout de septembre � la fin de d�cembre, et la principale r�-</p><p>colte de riz est celle du 8e mois (sept.).</p><p>Les plaines les plus septentrionales sont peut-�tre les plus d�savantag�es : la plaine de Hu� ne pr�sente qu�une bande de rizi�res de 1 � 2 km de large.</p><p>Par contre, les pluies sont abondantes (2 861 mm � Hu�). L�agriculture, minutieuse, ne dispose que de minuscules superficies. La plaine de Quang Ngai est c�l�bre par la culture de la canne � sucre, et celle de Qui Nhon (500 km 2) par ses rizi�res � double r�colte (8e et 3e mois [avr.]) et ses cocotiers. Par contre, deux villes sont notables. L�importance de Hu�, � vrai dire, est plus historique qu�actuelle : dans un site</p><p>tr�s beau, au pied des contreforts montagneux qui abritent les tombeaux im-p�riaux, sur la � rivi�re des Parfums �, Hu� a �t� la capitale du Vi�t-nam uni de 1802 � 1859. Par contre, Da Nang (anc. Tourane) est un port important et la deuxi�me ville du Vi�t-nam du Sud (100 000 hab.).</p><p>Les plaines m�ridionales ont un</p><p>climat sec : Nha Trang ne re�oit que 1 450 mm de pluies, et Phan Thi�t moins de 600 mm. La c�te est tr�s belle du cap Varella au cap Padaran : caps, �les, tombolos ; Nha Trang est c�l�bre par sa plage, et l�admirable rade de Cam Ranh devait recevoir un important complexe industriel ; au sud du Padaran, la c�te est rectiligne. Les superficies cultivables sont, ici encore, minuscules, les plaines �tant ou tr�s petites (au nord du Padaran) ou plus amples, mais occup�es pour l�essentiel par des massifs dunaires (au sud du Padaran).</p><p>Du moins, les populations trouventelles une ressource suppl�mentaire dans une p�che maritime fort active : 1 300 embarcations motoris�es et de solides jonques apportent 120 000 t de poisson ; le poisson de mar�e est transport� vers Saigon ; les poissons de petite taille servent � fabriquer le c�l�bre nuoc mam (condiment), dont Phan Thi�t est le centre de production (le sel provenant des salines de Ca Na).</p><p>Les plaines d�Annam sont surpeu-</p><p>pl�es (densit� moyenne de 300 habitants environ au kilom�tre carr�), autant, sans doute, que le delta du Tonkin : la superficie de rizi�re par habitant est de 11 a, et le ch�mage est important.</p><p>Le Nam Ph�n</p><p>Le Nam Ph�n (ancienne Cochinchine) est la partie vitale de la r�publique.</p><p>C�est une zone de peuplement r�cent, qui �tait tr�s peu occup�e � l��poque khm�re. La colonisation vietnamienne y est r�cente : en 1859, lors de l�intervention fran�aise, elle n�avait pas s�rieusement abord� l�ouest du pays.</p><p>Ce peuplement vietnamien tardif se traduit par une population moins homog�ne. Deux minorit�s importantes existent : une minorit� cambodgienne, estim�e � 800 000 individus, ayant</p><p>conserv� sa langue, sa religion (le bouddhisme therav&#x101;da), ses moines, ses pagodes et ses maisons sur pilotis, surtout dans l�Ouest, et une forte minorit� chinoise, implant�e � Ha Ti�n d�s 1671, � Cho Lon en 1778 et dont le r�le �conomique est consid�rable.</p><p>Enfin, la population vietnamienne ellem�me comprend de v�ritables minori-t�s religieuses (caoda�stes, Hoa Hao).</p><p>Le peuplement r�cent se traduit par des densit�s de population relativement faibles : la densit� moyenne est de 140 habitants au kilom�tre carr� (pour 10 millions d�habitants), ce qui, compte tenu des 3 millions d�habitants de l�agglom�ration saigonaise, donne une densit� rurale de 100 habitants au kilom�tre carr�. Le Nam Ph�n est ainsi la seule plaine vietnamienne qui ne soit pas surpeupl�e.</p><p>C�est aussi, sans doute, celle qui est, potentiellement, la plus riche. La plus grande partie, la partie occidentale, est le delta du M�kong, qui se jette dans la mer par cinq bras, les quatre bras du � fleuve Ant�rieur � et le Bassac.</p><p>Ce grand et puissant fleuve a une crue annuelle, simple et r�guli�re, de juin � la fin de novembre, au cours de laquelle les eaux s��tendent largement sur la plaine, o� ils laissent des limons qui renouvellent les sols : ceux-ci sont donc g�n�ralement bons. Par contre, la plaine des Joncs, aux confins du � Bec de Canard � cambodgien, mal drain�e par les deux Vaico, a des sols alun�s infertiles. La plus grande partie du delta, et notamment le Transbassac, a �t� conquis, � l��poque fran�aise, entre 1890 et 1930, par le creusement de canaux, assurant le drainage, le transport et permettant de dessaler les terres. La superficie des rizi�res est ainsi pass�e de 520 000 � 2 300 000 ha. Il s�agissait d�une riziculture commercialis�e peu intensive : peu de travail (85 journ�es de travail par hectare), ni irrigation, ni engrais, une seule r�colte annuelle et, en d�pit d�une habile adaptation aux conditions naturelles (culture du riz flottant et du riz � double repiquage dans les zones inond�es), rendement moyen peu �lev� (1,5 t/ha). Par ailleurs, la colonisation s��tait faite dans le cadre de la grande propri�t�, surtout dans le Transbassac : grands et moyens propri�taires y poss�daient 87 p. 100</p><p>des terres ; la terre �tait cultiv�e par les</p><p>ta-di�n, fermiers soumis � de tr�s dures conditions de location, endett�s vis-�-</p><p>vis des grands propri�taires et utilisant eux-m�mes des ouvriers agricoles. La riziculture, toutefois, �tait plus intensive, et la petite propri�t� �tait plus importante dans les parties orientales plus anciennement peupl�es. La riziculture du Nam Ph�n a subi une double modification. D�une part, elle est devenue plus moderne gr�ce � la m�canisation (motoculteurs japonais) et plus intensive gr�ce � l�introduction des � riz-miracles � IR 5, IR 8, IR 10, etc., � tr�s hauts rendements. D�autre part, une s�rie de lois ont tendu � donner la terre au paysan : lois du 8 janvier 1955, du 5 f�vrier 1955 et du 22 octobre 1956, qui ont partag� les terres des grands propri�taires fran�ais, et surtout loi du 2 juillet 1969, qui a distribu� 1 million d�hectares � 800 000 fermiers. La richesse du delta profitait d�j� partiellement aux paysans avant 1975.</p><p>L�est du Nam Ph�n, pour �tre de</p><p>nature toute diff�rente, a une autre richesse : les plantations. C�est un bas plateau (moins de 100 m) parfois appel� talus ou piedmont cochinchinois, en contrebas des � Hauts Plateaux �.</p><p>Ce bas plateau est couvert par des alluvions anciennes du M�kong qui donnent les � terres grises �, sableuses, et, � l�est, par des nappes de basalte qui donnent les � terres rouges �. Les unes et les autres sont couvertes d�une for�t dense sempervirente et n�avaient, jusqu�il y a peu de temps, qu�un tr�s faible peuplement de Proto-Indochinois (Stiengs). Mais, depuis 1924, certaines terres grises et surtout des terres rouges ont �t� conquises par les plantations d�h�v�as. Il y avait en 1973 110 000 ha d�h�v�as, appartenant � des soci�t�s fran�aises (Michelin, CEXO, S. I. P. H. et � Terres Rouges �).</p><p>Entre la partie occidentale delta�que et la partie orientale, Saigon s�est install�e dans un m�andre de la Rivi�re de Saigon sur un lambeau de terrasse.</p><p>La colonisation fran�aise a fait de cette modeste citadelle, situ�e � 80 km de la mer, au point extr�me atteint par la mar�e, un grand port et la base de sa p�n�tration �conomique et politique dans le sud de la p�ninsule. Du fait de</p><p>la guerre, Saigon est devenue, avec la ville chinoise de Cho Lon, une �norme agglom�ration de 3 millions d�habi-downloadModeText.vue.download 346 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11557</p><p>tants, avec des probl�mes de l�emploi et du logement extr�mement graves.</p><p>J. D.</p><p>F Hanoi / Saigon.</p><p>&amp; P. Gourou, les Paysans du delta tonkinois.</p><p>�tude de g�ographie humaine (�d. d�art et d�histoire, 1937 ; nouv. �d., Mouton, 1966).</p><p>LA LITT�RATURE</p><p>VIETNAMIENNE</p><p>Lorsque la l�gende s�efface devant l�histoire, au Ier s. av. J.-C., les anc�tres des Vietnamiens occupent le delta du fleuve Rouge, et leurs pays constitue la marche la plus m�ridionale du vaste Empire chinois. Plus d�un mill�naire durant, la civilisation chinoise s�y r�pand largement. L�apparition, au Xe s., sur le territoire du Vi�t-nam du Nord et de l�extr�me nord du Vi�t-nam central actuels, du premier royaume</p><p>� annamite � durable, quasi ind�pendant, n�arr�te nullement cette emprise culturelle, qui va se d�velopper durant un mill�naire encore. Le chinois est l��criture officielle. C�est en chinois que les lettr�s �crivent leurs po�mes, les annales officielles, les documents administratifs.</p><p>Mais, dans le m�me temps, une</p><p>�criture nationale, dite � nom � ou</p><p>� chu-n�m �, se constitue peu � peu, sur le mod�le des caract�res chinois.</p><p>D�s le XIIIe s., elle fait son entr�e dans le monde des lettres, et na�t ainsi la v�ritable litt�rature vietnamienne, qui, au cours des si�cles suivants, acquiert progressivement droit de cit�. C�est l��poque o� l�Annam entreprend sa longue extension vers le sud. D�abord, il submerge et absorbe le vieux</p><p>royaume de Champa. Puis, plus pr�s de nous, il d�borde sur le royaume des Khmers, auquel il enl�ve progressivement le territoire correspondant au Sud Vi�t-nam d�aujourd�hui.</p><p>Sur ces terres qu�il colonise, le Vi�tnam d�couvre la civilisation indienne, et sa puissance d�assimilation y trouve une nouvelle source d�enrichissement pour sa propre culture. Le sentiment national s�affermit, qui se double d�un d�gagement de l�emprise du chinois.</p><p>La litt�rature nationale gagne en cr�dit parmi les lettr�s, en faveur dans la population. La plupart des chefs-d�oeuvre en � nom � paraissent au cours des XVIIIe et XIXe s.</p><p>downloadModeText.vue.download 347 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11558</p><p>La colonisation fran�aise provoque une v�ritable r�volution. Une nouvelle �criture, imagin�e par les missionnaires et mise au point par Alexandre de Rhodes vers 1650, se r�pand largement et rapidement. C�est le � qu�c-ngu �, ou �criture romanis�e. Favoris�e par l�occupant, remarqu�e par sa facilit�, elle se voit adopt�e par l�ensemble des auteurs, et les caract�res � n�m �</p><p>sont abandonn�s d�finitivement. Une nouvelle litt�rature prend forme, � l�image des mod�les occidentaux. Ne n�gligeant aucun genre, elle frappe par sa richesse, que les �v�nements concourent encore � �tendre.</p><p>La litt�rature populaire</p><p>On ne peut parler de litt�rature vietnamienne sans faire une place � part aux contes et l�gendes, aux dictons et proverbes, aux chansons populaires,</p><p>qui, s�accumulant de g�n�ration en g�n�ration, constituent un fonds dont l��tude s�impose pour la connaissance de l��me du pays.</p><p>Contes et l�gendes puisent leur inspiration aux sources les plus diverses, particuli�rement vari�es en ce point de rencontre de la Chine et de l�Inde : �crits chinois plus ou moins remani�s, r�cits religieux et plus sp�cialement bouddhiques, faits et personnages historiques, lieux g�ographiques, hommes et animaux, us et coutumes.</p><p>Chaque r�gion s�y pr�sente avec ses propres traits, enjoliv�s volontiers de merveilleux.</p><p>Dictons et proverbes �manent des</p><p>multiples manifestations de la vie courante. L� se d�couvrent l�intelligence, la finesse d�observation, l�ironie parfois mordante, l�esprit moralisateur du Vietnamien, son go�t aussi pour le beau langage. Les conversations ne manquent jamais de puiser dans ces textes courts et plaisants pour ajouter � l��l�gance du style, � la force du raisonnement et mieux entra�ner ainsi l�assentiment de l�auditeur.</p><p>Ces �l�ments se retrouvent tous</p><p>dans les chansons populaires, qui, sous les formes po�tiques les plus vari�es, s�adressent � tous les �ges, � tous les actes de la vie priv�e, � tous les aspects de la vie publique : berceuses, humbles chansons des gens de m�tier, couplets nostalgiques des bateliers, compositions plus recherch�es des � trouba-dours �. L�, plus encore, peut-�tre, qu�ailleurs, se manifeste le go�t d�une morale sociale dont on abreuve l�enfant d�s sa plus tendre enfance.</p><p>Plusieurs recueils en caract�res</p><p>� nom � rassemblent d�j�, au XIXe s., beaucoup de ces textes populaires. Plus nombreux sont les ouvrages modernes, en �criture romanis�e, que viennent doubler les travaux en fran�ais. Mais la masse des documents � rassembler encore demeure consid�rable.</p><p>L�ensemble frappe par la pr�cision de la pens�e, la clart� de l�expression, l�absence des notations abstraites. Les id�es s�illustrent des images les plus banales, mais s�y ajoutent des pointes d�humour, des traits de moquerie, qui</p><p>soulignent l�int�r�t, amusent et ins-truisent. La langue reprend le vocabulaire de tous les jours, avec des mots dont la musique, agr�able � l�oreille, favorise la m�moire et dont l�habile ordonnancement ajoute � l�harmonie et au plaisir de la d�clamation.</p><p>Les �crits en caract�res</p><p>nationaux</p><p>Essor de la po�sie</p><p>L�historien Ng� Si Lien rapporte qu�� la fin du XIIIe s. (1282) un crocodile ravageant le fleuve Rouge, le ministre Nguy�n Thuy�n composa un court</p><p>po�me en caract�res nationaux, qu�il jeta dans les eaux, et les m�faits cess�rent. Ce texte ne nous est pas parvenu, mais les Annales pr�cisent que ce mandarin excellait dans le maniement de l��criture � n�m � et qu�� son exemple des lettr�s composaient des po�sies en langue du pays. Perdus sont �galement les �crits de po�tes de la m�me �poque et du si�cle suivant, dont seuls les noms demeurent : Nguy�n Si C� (fin du XIIIe s. - d�but du XIVe s.), Chu Van An (?-1370), H� Qui Ly et H� Huy�n Qui (fin du XIVe s. - d�but du XVe s.).</p><p>On attribue � l�un ou � l�autre de ces deux derniers un roman-fable, la Souris vertueuse, compos� de 802 vers altern�s de six et de huit caract�res, genre typiquement vietnamien connu sous le nom de luc-bat. Ici, l�auteur condamne la jalousie. Dans une autre fable en vers, l�Histoire du Silure et du Crapaud, l�auteur, anonyme, fait la critique des moeurs judiciaires et tend � montrer qu�un mauvais arrangement vaut mieux qu�un bon proc�s. Mais les textes qui nous sont parvenus ne datent pas d�une �poque aussi lointaine.</p><p>La m�me remarque s�applique �</p><p>l�Histoire de Vuong Tuong ainsi qu�� l�Histoire de Nguy�n Bi�u, qui faisait partie de la Vie des hommes vertueux, �crite par Hoang Trung (milieu du XVe s.). L�authenticit� de ces textes est fortement douteuse.</p><p>Nguy�n Trai (1380-1442), grand</p><p>homme d��tat, appara�t comme le premier grand po�te vietnamien. R�cemment trouv�, son Recueil de po�sies en</p><p>langue nationale d�note une profonde influence des lettres chinoises ; il fourmille en archa�smes et en obscurit�s ; le style demeure fort lourd. Apr�s avoir servi son roi, l�auteur s�est retir� loin de la Cour, et il c�l�bre la douceur de la vie � la campagne, les satisfactions que procure une existence effac�e et oisive. Sans doute sommes-nous l� en pr�sence du texte original. Mais le doute repara�t � propos des Instructions familiales (796 vers), dans lesquelles Nguy�n Trai �nonce les r�gles de la conduite � suivre par les enfants, les filles et l��pouse, pr�ne la vertu et condamne les d�fauts. Abordant des sujets souvent repris et d�velopp�s, ces textes n�ont pas manqu� d��tre</p><p>� corrig�s � et adapt�s par les copistes successifs.</p><p>L�empereur L� Thanh T�n (� 1497)</p><p>laisse le souvenir d�un monarque ami des belles-lettres. Fondateur d�un c�-</p><p>nacle litt�raire, il aimait r�unir les lettr�s et �changeait avec eux des po�mes compos�s sur un th�me donn�. Plus de 300 pi�ces figurent dans un Recueil des po�sies en langue du pays de l��poque H�ng Duc (1470-1497), consacr�es</p><p>notamment aux sites c�l�bres, � la beaut� de la nature, aux personnages talentueux. La langue utilis�e pr�sente moins de lourdeur qu�auparavant et plus de clart�. Ce recueil marque une �tape importante dans l�histoire de la po�sie vietnamienne, seul genre litt�-</p><p>raire traditionnel.</p><p>Le XVIe s. voit la guerre civile ravager le pays durant de longues ann�es.</p><p>Un seul grand nom demeure : Nguy�n Binh Khi�m (1491-1585), connu �galement sous le nom de Trang Trinh et sous le pseudonyme de BACH V�N.</p><p>Les Po�mes en langue nationale de Bach V�n reprennent les th�mes chers � Nguy�n Trai : amour de la mod�ration, �loge de la simplicit�, d�lices de la vie rurale. Ils abordent aussi l�existence troubl�e du moment. La langue a �volu� : elle a gagn� en l�g�ret� et se montre plus accessible au lecteur. Le but moralisateur des �crits transpara�t aussi plus fortement.</p><p>La c�l�brit� de cet auteur lui vient �galement de ses Proph�ties, dont le texte original a disparu et qui ne nous sont connues que par de multiples tra-</p><p>ductions successives. Mais, par opposition � celui des po�mes, le vocabulaire pr�sente de fr�quentes obscurit�s, donnant lieu aux ex�g�ses les plus vari�es et les plus contradictoires.</p><p>Puis, les luttes intestines gagnant en ampleur, un long si�cle s��coule, durant lequel aucun auteur ni aucune oeuvre ne laisse de trace durable.</p><p>L��ge d�or de la litt�rature</p><p>traditionnelle</p><p>La paix repara�t enfin. Alors, de nombreux �crits voient le jour, particuli�-</p><p>rement durant la seconde moiti� du XVIIIe s.</p><p>De plus en plus, les lettr�s accordent leurs faveurs � l��criture nationale et abandonnent les caract�res chinois.</p><p>D�sormais, l�authenticit� des citations et des textes ne fait plus de doute, et les �v�nements historiques c�dent progressivement la place � plus de lyrisme. Toutefois, la po�sie demeure le seul genre vraiment litt�raire.</p><p>Nguy�n Ba L�n (1701-1785),</p><p>Nguy�n Huu Chinh (� 1787), Nguy�n Huy Luong, Pham Thai (1777-1813)</p><p>abordent, dans les m�mes genres, des sujets plus vari�s : faits politiques, sites c�l�bres. Chacun d�eux y montre, � des degr�s divers, sa propre personnalit�.</p><p>Dans le m�me temps, deux genres</p><p>typiquement vietnamiens assurent</p><p>l��closion des plus c�l�bres chefs-d�oeuvre de la litt�rature en caract�res : les complaintes et les romans en vers.</p><p>Les complaintes (ng�m) se pr�sen-</p><p>tent sous la forme d�une longue suite de quatrains compos�s de deux vers de sept, suivis d�un vers de six, puis d�un vers de huit caract�res. L�inspiration reste toujours chinoise. Cependant, pouss�s peut-�tre par le souci d�obtenir la faveur d�un large public, les auteurs accentuent le caract�re vietnamien de leurs adaptations. La Complainte de l��pouse du combattant, maintes fois trait�e, donne la c�l�brit� � la po�tesse Doan Thi Di�m (1705-?). Nguy�n</p><p>Gia Thi�u (v. 1741-1798), �galement connu sous titre nobiliaire de marquis �n Nhu, compose la Complainte</p><p>d�une concubine royale. Sur le m�me genre, au XIXe s., Cao Ba Nha �crira des Confessions pour implorer la cl�mence du souverain.</p><p>Les romans en vers sont des r�cits comportant de plusieurs centaines � plusieurs milliers de vers altern�s form�s de six et de huit caract�res.</p><p>Comme les complaintes, ils s�ins-</p><p>pirent largement du roman chinois, connu souvent par le th��tre. Nguy�n Huy Tu (1743-1790) �crit les Feuillets fleuris, oeuvre riche en allusions et en expressions savantes. Un auteur rest� downloadModeText.vue.download 348 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11559</p><p>anonyme compose l�Histoire de Phan et Tr�n, �galement roman d�amour</p><p>comme le pr�c�dent.</p><p>Puis, au d�but du si�cle dernier, para�t le r�cit des multiples aventures d�une jeune fille appel�e Ki�u dans l�Histoire de Kim, V�n et Ki�u, longue de 3 254 vers et consid�r�e par beaucoup comme le roman national du</p><p>Vi�t-nam, d� au talent incontest� de Nguy�n Du (1765-1820). S�v�rement jug� par les confuc�ens rigoristes, hostiles au tableau donn� de moeurs d�pra-v�es, et par les progressistes marxistes, qui y voient l�image d�une soci�t� dis-solue, lou�, au contraire, par nombre de lettr�s sensibles aux qualit�s litt�raires de l�oeuvre, ce roman jouit encore aujourd�hui d�une faveur toute sp�ciale de la part du public, qui aime en d�clamer de longs passages, en citer les vers les plus connus.</p><p>Nous abordons avec le � Ki�u �</p><p>l�aspect le plus moderne de la langue en caract�res. Cette langue a d�finitivement acquis droit de cit�, et les plus grands lettr�s, demeur�s souvent anonymes, y consacrent d�sormais leur talent. Nombreux sont les romans qui paraissent, dont nous ne retiendrons que certains parmi les plus c�l�bres : la Rencontre miraculeuse du canal de Jade, qui c�l�bre l�union passag�re d�une immortelle avec un jeune �tudiant ; les Pruniers refleuris, r�cit d�une famille sacrifiant � la morale</p><p>traditionnelle ; la Sainte Quan �m, histoire toute impr�gn�e de la doctrine bouddhiste ; Ly C�ng, histoire des amours malheureuses d�une princesse pour un mendiant ; encore et surtout les Aventures de Luc V�n Ti�n, roman d� � Nguy�n Dinh Chi�u (1822-1888), premier grand auteur du Vi�t-nam du Sud et que beaucoup tiennent pour le second des grands romanciers nationaux en vers.</p><p>L��mancipation des servitudes des r�gles et de l�inspiration chinoises se manifeste davantage encore chez les auteurs de po�mes du XIXe s.</p><p>La po�tesse H� Xu�n Huong donne</p><p>libre cours � son inspiration pour c�l�-</p><p>brer l�amour physique, pr�ner l��galit� de l�homme et de la femme. Ses vers expriment, au moyen d�allusions � peine voil�es, d�images fortement suggestives et d�habiles jeux de mots, la vie dans toute sa r�alit�. Une autre po�tesse, connue seulement comme</p><p>l��pouse du chef de la circonscription de Thanh Quan, fait preuve d�une</p><p>exquise sensibilit� dans les descriptions qu�elle nous donne de paysages travers�s.</p><p>Il faut citer aussi : Nguy�n C�ng Tru (1778-1858), � la fois grand serviteur de l��tat et grand homme de lettres, c�l�bre par ses chants et son conservatisme ; Cao Ba Quat (� 1854), largement ouvert au modernisme, d�-</p><p>bordant � la fois de fiert� et d�ironie ; Tr�n Th� Xuong (1870-1907), � la</p><p>vie remplie d��checs et d�amertume ; enfin, Nguy�n Khuy�n (1835-1909), lui aussi frapp� par les vicissitudes de l�existence, mais plus r�sign� et moins incisif que le pr�c�dent.</p><p>La fin du XIXe s. marque l�apog�e de la litt�rature dite � traditionnelle �. Af-franchie des entraves de la stylistique chinoise, parvenue � une libert� et � une clart� d�expression remarquables, enrichie par les meilleurs des lettr�s, largement go�t�e par la population, cette litt�rature se trouve pourtant � la veille de son d�clin et tout pr�s d��tre d�finitivement abandonn�e.</p><p>La litt�rature en</p><p>vietnamien romanis�</p><p>(qu�c-ngu)</p><p>La p�riode de transition En 1859 d�bute au Vi�t-nam du Sud l�occupation fran�aise. En pr�sence du vide administratif caus� par le d�part des mandarins en place s�installe une nouvelle administration, dans laquelle figurent d�anciens �l�ves des Missions.</p><p>L��criture romanis�e ne pouvait trouver de meilleurs avocats, et son emploi ne se limite plus d�s lors au domaine religieux.</p><p>Huynh Tinh Cua (1834-1907), dit</p><p>Paulus Cua, fonde en 1865 le premier journal vietnamien (Gia Dinh bao).</p><p>Employant la langue du Sud, dont il est originaire, il publie en 1880 un recueil de Contes drolatiques, compl�t� par une Suite, et, en 1895, il fait para�tre un Dictionnaire annamite, en deux forts volumes, o� les caract�res � n�m �</p><p>figurent � c�t� des mots romanis�s (qu�c-ngu).</p><p>Truong Vinh Ky (1837-1898), dit</p><p>Petrus Ky, produit une oeuvre consid�-</p><p>rable, englobant la plupart des genres : traductions en romanisation de romans en vers traditionnels, nombreux ouvrages en fran�ais et en vietnamien, grammaire annamite, Dictionnaire</p><p>fran�ais-annamite (1884).</p><p>La prose naissante, malgr� ses maladresses, fait montre d�un r�el souci de clart� et de simplicit�. Quant � la po�-</p><p>sie, elle prime toujours, mais pour un temps tr�s court. Prosateurs et po�tes, bien que form�s � l�enseignement traditionnel, adh�rent rapidement � l��criture et aux tendances nouvelles, tandis que l�essor du journalisme leur permet d�acqu�rir une large audience dans la population.</p><p>D�s le d�but du XXe s., le Vi�t-nam du Nord s�ouvre largement � ce mouvement ; 1906 voit la constitution d�un groupe d�intellectuels se consacrant � la diffusion de l��criture romanis�e, � l�enseignement de la langue et � la traduction d�oeuvres chinoises et fran�aises. Leur action, teint�e de nationalisme, remporte un tel succ�s que les autorit�s coloniales, inqui�tes, ordonnent la cessation d�une telle activit�. Aussi dispara�t le � D�ng Kinh</p><p>nghia thuc �.</p><p>Nguy�n Van Vinh (1882-1936) tra-</p><p>duit de multiples ouvrages fran�ais et contribue largement � la connaissance de la culture occidentale. Il fonde et anime journaux et revues, parmi lesquels la Revue indochinoise, de 1913</p><p>� 1918. Nguy�n Ba Hoc (1857-1921), Phan K� Binh (1875-1921), Pham Duy T�n (1883-1924) concourent avec lui au triomphe de la romanisation en publiant articles de revue, traductions, �tudes historiques et sociologiques sur le Vi�t-nam. R�pondant au succ�s des traductions de romans chinois de cape et d��p�e, H� Bi�u Chanh (1885-1958) entreprend dans le Sud, d�s 1912, l��dition d�une foule de romans, souvent inspir�s du fran�ais, mais adapt�s avec bonheur � son pays. Dans le Nord, le confuc�en Nguy�n Khac Hi�u, alias Tan Da (1889-1939), compose d�admirables po�mes, o� la beaut� des images s�allie aux choix harmonieux du vocabulaire. Fid�le � la po�sie de type classique, il n�en rejette pas pour autant la jeune po�sie moderne et fait figure de ma�tre durant la p�riode d�entre les deux guerres mondiales. D�ng H� (1906-1969), � Saigon, suivra une voie parall�le.</p><p>Le triomphe de la romanisation</p><p>D�s lors se voit d�finitivement assur� le triomphe du vietnamien romanis�.</p><p>Pham Quynh (1892-1945) fonde en</p><p>1917 la revue Vent du Sud, qu�il ani-mera, jusqu�� sa disparition en 1934, avec le concours des plus grands parmi les meilleurs lettr�s. �rudit, orateur de talent, brillant �crivain, homme politique �minent, il est l�auteur d�une foule d�ouvrages consacr�s tant � la grandeur de la nation vietnamienne qu�� la connaissance des litt�ratures chinoise et surtout fran�aise. Gr�ce � lui, surtout, le vietnamien devient une v�ritable langue de culture.</p><p>Le roman moderne fait une timide</p><p>apparition � Hanoi d�s 1925 avec</p><p>la Past�que de Nguy�n Trong Thu�t (1883-1940) et T� T�m (nom de l�h�-</p><p>ro�ne) de Hoang Ngoc Phach (n� en 1896). Dans T� T�m, r�cit d�un amour contrari�, vou� � une fin malheureuse, appara�t le heurt in�vitable entre la</p><p>tradition, rigide, et la soif de libert� de la jeunesse. Ce d�sir de libert� de l�individu se fait jour d�sormais dans tous les domaines, et la morale confuc�enne, attaqu�e, �branl�e, finit par c�der devant les id�es nouvelles h�ri-t�es de l�Occident.</p><p>Recueillant le legs du pass�, Nguy�n Van Ngoc (1891-1942) attache son</p><p>nom � la cr�ation d�une � Biblioth�que de litt�rature vietnamienne � et d�une</p><p>� Biblioth�que des oeuvres anciennes et modernes �. Gr�ce � lui, nous est connue une masse de dictons et de proverbes, de chansons et de l�gendes.</p><p>Les revues Moeurs (1932), puis</p><p>Aujourd�hui (1935) sont l�organe du</p><p>� Groupe litt�raire autonome �, qui anime la p�riode 1930-1940. � ce</p><p>groupe appartiennent la plupart des grands auteurs du moment, d�cid�s � consacrer une litt�rature moderne, enfin totalement lib�r�e de l�emprise du chinois, mettant en oeuvre une langue nationale simple, claire et pr�-</p><p>cise. Impossible de citer, tant ils sont nombreux, les romans � tr�s gros succ�s dressant le tableau r�aliste de la soci�t� contemporaine, avec la lutte que se livrent anciens et modernes, s�ajoutant au conflit des g�n�rations.</p><p>Nh�t Linh (1906-1963) et Khai Hung (1896-1947) sont, sans conteste, les plus grands des romanciers du groupe.</p><p>Dans le domaine de la po�sie d�inspiration populaire, H� Trong Hi�u (n� en 1900) fait, sous le pseudonyme de Tu Mo, une critique satirique des moeurs du temps. Plus grand encore, Th� Lu (n� en 1907) fait figure de leader de la po�sie nouvelle, sacrifiant � la clart� l�ob�issance aux r�gles ; fortement impr�gn�s de culture fran-</p><p>�aise, ses vers chantent les beaut�s de la nature � l��tat sauvage. Aupr�s deux se tiennent de jeunes po�tes au renom confirm� : Xu�n Di�u (n� en 1917), chantre de l�amour, Huy C�n (n� en 1919), Luu Trong Lu (n� en 1912) et enfin Han Mac Tu (1912-1940), catholique fervent, po�te l�preux, dont les</p><p>� chants d�sesp�r�s � et les � po�mes fous � �meuvent par la souffrance et l�angoisse qu�ils rec�lent.</p><p>downloadModeText.vue.download 349 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11560</p><p>Le journalisme a grandement facilit� une telle richesse de publications, auxquelles s�ajoutent d�int�ressants reportages de type social. Vu Trong Phung (1912-1939) excelle dans ce genre, alliant � ses qualit�s de romancier un sens tr�s pouss� d�observation r�aliste.</p><p>Avec, en 1935, la suppression de la censure et l�octroi de la libert� de la presse, le journalisme prend un nouvel essor. Une statistique officielle r�v�le qu�en 1939, au Vi�t-nam, paraissent 128 quotidiens et 176 bulletins ou revues. L�essayiste Nguy�n Tu�n (n� en 1913) acquiert la notori�t� en 1940</p><p>avec ses �chos et reflets d�une �poque.</p><p>Quant au th��tre, il ne demeure pas en marge du mouvement. Apr�s la</p><p>traduction des classiques fran�ais, un th��tre r�nov� prend naissance dans le Sud et acquiert peu � peu ses lettres de noblesse, tandis que demeurent les pi�ces de type classique, largement tributaires du chinois. L� encore, lyrisme et r�alisme caract�risent les auteurs, dont le plus c�l�bre demeure Vi Huy�n Dac (n� en 1899).</p><p>Un temps de d�sarroi</p><p>L��chec du mouvement r�volutionnaire des ann�es 30 n�a pas, pour autant, d�-</p><p>courag� nationalistes et progressistes, qui, � la faveur des circonstances et du d�veloppement des id�es venues de l�Occident, trouvent une audience �largie parmi le peuple. Il en est qui stigmatisent le caract�re trop bourgeois des romans et de la po�sie nouvelle.</p><p>Les reportages mettent davantage l�accent sur les mauvais c�t�s de la soci�t�, proposent des mesures � avanc�es �</p><p>pour assurer une meilleure existence � la masse des d�sh�rit�s.</p><p>Mais la guerre �clate, et survient l�occupation japonaise, qui s�accompagne d�un nouvel essor du nationalisme. L�autorit� coloniale s��meut et restreint la libert� d�expression.</p><p>Il s�ensuit un profond d�sarroi des consciences. Le groupe litt�raire � Trit�n � fonde en 1941 une revue du m�me nom, d�o� la politique est absente. Les articles publi�s se tournent vers le</p><p>pass�, mais leur int�r�t certain d�cro�t rapidement. Une nouvelle revue na�t en 1943, Thanh-nghi, anim�e par des intellectuels pour la plupart progressistes, d�sireux de conduire la population vers une meilleure connaissance des questions juridiques, politiques et sociologiques. Elle meurt en 1945, sans doute parce que trop dirig�e et insuffisamment r�aliste.</p><p>Peu d�auteurs nouveaux. Devant les entraves rencontr�es dans le domaine du pr�sent, chacun se consacre, selon ses go�ts, � des �tudes philologiques ou historiques surtout. Le po�te Vu Hoang Chuong (n� en 1916), � l�image de biens d�autres, recherche l�oubli.</p><p>Quach T�n (n� en 1910) op�re un</p><p>retour vers le classicisme. Avec le groupe � Han Thuy�n �, une litt�rature marxiste se fait jour au milieu de romans et de reportages en tout genre.</p><p>Deux pays, deux tendances</p><p>Le Vi�t-minh s�empare du pouvoir le 19 ao�t 1945 � Hanoi. Sous son impulsion, les id�aux de patriotisme et de nationalisme sont largement c�l�br�s.</p><p>Au sein de cette litt�rature dirig�e, parmi d�abondants r�cits et reportages effectu�s avec le souci de la grandeur du mouvement communiste, T� Huu</p><p>(n� en 1920) occupe une place de choix gr�ce � ses po�mes r�volutionnaires.</p><p>Mais une nouvelle guerre franco-</p><p>vietnamienne �clate � la fin de 1946, pour durer jusqu�aux accords de</p><p>1954. Le conflit entra�ne une division des �crivains : les uns exaltent la r�sistance ; les autres se consacrent principalement � des r��ditions.</p><p>Les n�gociateurs de Gen�ve coupent en deux le Vi�t-nam, et la litt�rature prend alors deux directions totalement oppos�es.</p><p>Dans le Nord, l�art pour l�art �tant repouss� et proscrit, la libert� d�expression �tant �troitement subordonn�e � des consid�rations politiques et sociales, les �crits connus pr�sentent de r�elles faiblesses. Seuls des travaux d��rudition et des traductions d�ouvrages anciens, effectu�s en �quipes, m�ritent une admiration sans r�serve.</p><p>Dans le Sud, la valeur et le respect de la personne humaine sont des sujets volontiers abord�s en prose comme en po�sie. Nombreux, romans et po�mes pr�sentent un nouveau visage, sur lequel se lisent souvent les pr�occupations de l�heure pr�sente, les incertitudes du lendemain, la soif du progr�s et le d�sir de paix. Comme dans le Nord, l�histoire, les lettres anciennes et la philologie donnent lieu � des publications remarquables.</p><p>L��tat de guerre, qui, pendant plus de trente ann�es, a plong� le Vi�t-nam tout entier dans le malheur et la mis�re, a conduit la litt�rature vietnamienne � jeter ses regards � la fois sur les si�cles pass�s et sur de cruelles r�alit�s. De la paix et de la r�unification du pays na�-</p><p>tra tr�s certainement une forme d�expression nouvelle.</p><p>G. M.</p><p>&amp; G. Cordier, Essai sur la litt�rature annamite (les chansons) [Hanoi, 1920] ; Morceaux choisis d�auteurs annamites, pr�c�d�s d�un abr�g� de l�histoire de la litt�rature annamite (Hanoi, 1932) ; �tudes sur la litt�rature annamite (Saigon, 1933). / Litt�rature du Vi�t-nam, num�ro sp�cial d�Europe (1961). / Duong Dinh Khu� et Nguy�n G�y H�ng, les Chefs-d�oeuvre de la litt�rature vietnamienne (Saigon, 1966). /</p><p>M. Durand et Nguy�n Tran Huan, Introduction � la litt�rature vietnamienne (Maisonneuve et Larose, 1969). / Anthologie de la po�sie vietnamienne (�diteurs fr. r�unis, 1969).</p><p>LA MUSIQUE</p><p>VIETNAMIENNE</p><p>V. Chine [la musique traditionnelle de la Chine et du Vi�t-nam].</p><p>Les grandes dates</p><p>de l�histoire du Vi�t-nam</p><p>contemporain</p><p>31 ao�t 1858 Prise de Tourane (auj. Da Nang) par Rigault de Genouilly.</p><p>18 f�vrier 1859 Occupation de Saigon.</p><p>1862-1867 Occupation fran�aise de la Cochinchine, qui devient une colonie de</p><p>la France.</p><p>25 avril 1882 Les Fran�ais occupent Hanoi.</p><p>6 juin 1884 Trait� de Hu�, confirmant la capitulation de la Cour et la domination fran�aise sur tout le Vi�t-nam.</p><p>1913 Fin de la r�sistance de Hoang Hoa Tham.</p><p>1916 Fin de la r�sistance des lettr�s.</p><p>1926 �chec des mouvements r�formistes de Phan B�i ch�u et de Phan Ch�u Trinh.</p><p>Janvier-f�vrier 1930 Fondation du parti communiste vietnamien, issu du groupe Jeunesse r�volutionnaire, cr�� en 1925 par Nguy�n Ai Qu�c (le futur H� Chi Minh*).</p><p>10 f�vrier 1930 �chec de la r�volte de Y�n Bai et d�mant�lement du parti national vietnamien, fond� en 1927.</p><p>Septembre 1930 R�volution paysanne suivie de l��tablissement des soviets du Ngh� Tinh, r�prim�s avec vigueur.</p><p>Mai 1941 Cr�ation du Vi�t-minh (Front de l�ind�pendance du Vi�t-nam), dont le programme pr�voit la lutte contre le fascisme japonais et l�imp�rialisme fran�ais. Cette guerre de r�sistance doit amener l��tablissement d�un gouvernement d�mocratique.</p><p>9 mars 1945 Coup de force japonais qui d�capite l�administration coloniale fran�aise.</p><p>19 ao�t 1945 R�volution vietnamienne.</p><p>Le Vi�t-minh prend le pouvoir � Hanoi puis � Hu� et � Saigon.</p><p>2 septembre 1945 H� Chi Minh proclame l�ind�pendance et l��tablissement de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam.</p><p>2 mars 1946 L�Assembl�e nationale � Hanoi d�signe un gouvernement de coalition et proclame H� Chi Minh pr�sident de la R�publique.</p><p>6 mars 1946 Accords pr�liminaires entre la France et le Vi�t-nam sur l�ind�pendance au sein de la F�d�ration indochinoise et de l�Union fran�aise. Les troupes fran�aises ont r�occup� le Sud.</p><p>Juillet-septembre 1946 Conf�rence de Fontainebleau, qui �choue sur la d�finition de la place du Vi�t-nam dans l�Union fran-</p><p>�aise, de ses rapports internationaux et de l�unification.</p><p>19 et 23 novembre 1946 Bombarde-</p><p>ments fran�ais de Haiphong, qui pr�ludent � la rupture diplomatique et au d�but de la guerre.</p><p>19 d�cembre 1946 D�clenchement de l�insurrection du Vi�t-minh.</p><p>18 octobre 1950 D�sastre de Cao Bang, la premi�re d�faite fran�aise.</p><p>26 avril 1954 Ouverture de la conf�rence de Gen�ve.</p><p>8 mai 1954 Chute de Di�n Bi�n-Phu.</p><p>20 juillet 1954 Accords de Gen�ve, qui mettent fin � la guerre par la reconnaissance, par la France, de l�ind�pendance, de la souverainet� et de l�int�grit� territoriale de la r�publique d�mocratique du Vi�tnam et �tablissant une partition du pays dans l�attente d��lections g�n�rales pour la r�unification. Garantie, par les grandes puissances, de la souverainet� du Vi�t-nam et de la non-ing�rence dans ses affaires int�rieures.</p><p>Octobre 1955 Ng� Dinh Di�m, alli� de Washington, d�nonce les accords de Ge-n�ve en se faisant pl�bisciter sur un programme visant � p�renniser la division territoriale du Vi�t-nam.</p><p>20 d�cembre 1960 Cr�ation du Front national de lib�ration du Sud Vi�t-nam (F. N. L.).</p><p>1er novembre 1963 Ng� Dinh Di�m est assassin�.</p><p>Juillet-ao�t 1964 � Incident du golfe du Tonkin � provoqu� par les �tats-Unis.</p><p>D�but de la seconde guerre du Vi�t-nam.</p><p>13 mai 1968 Ouverture de la conf�rence de Paris.</p><p>Juin 1969 Formation du Gouvernement r�volutionnaire provisoire de la r�publique du Sud Vi�t-nam (G. R. P.).</p><p>3 septembre 1969 Mort du pr�sident H� Chi Minh.</p><p>27 janvier 1973 Accord de paix sign� � Paris par les �tats-Unis, la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam, la r�publique du Vi�t-nam (Saigon) et le Gouvernement r�volutionnaire provisoire de la r�publique du Sud Vi�t-nam (G. R. P.).</p><p>2 mars 1973 Reconnaissance et garantie de l�accord de Paris par les puissances internationales, qui signent un acte final.</p><p>15 d�cembre 1974 D�but de l�offensive militaire contre les troupes sud-vietnamiennes le long de la fronti�re cambodgienne et dans le Delta.</p><p>downloadModeText.vue.download 350 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11561</p><p>Avril 1975 Effondrement du r�gime de Nguy�n Van Thi�u et chute de Saigon (30 avr.).</p><p>Juin 1976 Premi�re session de l�Assembl�e nationale vietnamienne qui propose que le Vi�t-nam r�unifi� prenne le nom de r�publique socialiste du Vi�t-nam.</p><p>L�art vietnamien</p><p>P�RIODE PRIMITIVE</p><p>Les premi�res manifestations de l�art au Vi�t-nam remontent au M�solithique et au d�but du N�olithique (Xe-VIIIe mill�-</p><p>naire av. J.-C.), avec des gravures rupestres repr�sentant des cervid�s et des figures humaines, des rochers et des galets grav�s, de la c�ramique, des parures en pierre, en os, en coquillage, etc. (Hoa Binh, Bac Son, Thuong Phu, D�ng N�i, Xa Pa...).</p><p>P�RIODE � PROTOVANLANGIENNE �</p><p>Vers la fin du N�olithique (IIIe-IIe mill�naire av. J.-C.), les Lac Vi�t colonisent les deltas fluviaux. C�est la civilisation du fleuve Rouge : vastes villages de maisons sur pilotis ; outils, armes, parures en pierre polie ; c�ramique au tour et au four, � d�cor imprim�, grav�, incis�, peint ; tissage ; vannerie (Phung Nguy�n, Lung Hoa) ; formation des premiers mythes de la dynastie des H�ng Bang.</p><p>P�RIODE � VANLANGIENNE �</p><p>Vers le IIe mill�naire av. J.-C., le Vi�t-nam entre dans l��ge du bronze.</p><p>y �poque Go B�ng :</p><p>bronze inf�rieur</p><p>(2000-1500 av. J.-C.)</p><p>Le m�tal �tant encore rare, on continue � fabriquer des outils en pierre polie, des parures en jade (boucles d�oreilles, bracelets, anneaux), des statuettes en terre cuite animali�res. Une petite figure en pierre polie de Van Di�n repr�sente un homme portant un chignon. Le chef Lac de la tribu Van Lang, d�apr�s les textes, se serait donn� le titre de roi.</p><p>y �poque D�ng D�u :</p><p>bronze moyen</p><p>(1500-1000 av. J.-C.)</p><p>Les objets et les armes en bronze sont abondants : haches, pointes de fl�che, de lance, de javelot, d�cor�es de figures g�o-m�triques ou zoomorphes (oiseau lac, crocodile-dragon...). C�est l��poque de f�d�ration des quinze tribus Lac Vi�t.</p><p>y �poque Go Mun :</p><p>bronze sup�rieur</p><p>(1000-500 av. J.-C.)</p><p>La f�d�ration Lac Vi�t devient le royaume de Van Lang. Le roi Hung fonde la capitale � M� Linh. On fabrique des tambours de bronze richement d�cor�s, des armes et des r�cipients divers. Les grandes maisons ont un toit incurv�, d�cor� d�oiseaux-to-tems. Les barques sont longues et portent l�effigie de l�oiseau lac et du giao long (crocodile-dragon).</p><p>y �poque D�ng Son* :</p><p>bronze final et d�but du fer</p><p>(500-258 av. J.-C.)</p><p>La culture vanlangienne rayonne en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Le port de D�ng Son devient prosp�re gr�ce � des �changes vers l�ext�rieur. On trouve de riches mobiliers fun�raires pr�s de D�ng Son, � Thi�u D��ng et � Vi�t Kh� (bronze, fer, c�ramique, laque...). En 258, les guerres entre Lac Vi�t et �u Vi�t entra�nent la fin du Van Lang.</p><p>P�RIODE � POSTVANLANGIENNE �</p><p>C�est la continuation de la culture vanlangienne.</p><p>y �poque �u Lac</p><p>(258-208 av. J.-C.)</p><p>Le roi An Duong fonde le royaume �u Lac et transf�re la capitale � C� Loa, o� il construit une citadelle en forme de conque de 8 km de p�rim�tre.</p><p>y �poque Nam Vi�t</p><p>(208-111 av. J.-C.)</p><p>Le �u Lac est conquis par Tri�u Da, qui fonde le royaume de Nam Vi�t. C�est l��poque de l�expansion de la culture</p><p>� vanlango-�ulac�enne � en Chine du Sud (riziculture irrigu�e, culture du cotonnier et de la canne � sucre, usage de l�araire en m�tal, maisons au toit recourb� et d�cor�, tambours de bronze, arbal�tes, etc.).</p><p>y �poque Giao Chi pr�-Trung</p><p>(111 av. J.-C. - 40 apr. J.-C.)</p><p>Les Han* ant�rieurs envahissent le Nam Vi�t, qui devient le Giao Chi, dont la capitale est Luy L�u. Mais la soci�t� et la culture</p><p>� aulacvi�tiques � sont maintenues jusqu�� la r�volte des soeurs Trung, qui r�ussiront � fonder un �ph�m�re royaume ind�pendant en 40 apr. J.-C.</p><p>P�RIODE � GIAOCHALL�ENNE �</p><p>C�est la p�riode d�assimilation de la culture des Han.</p><p>y �poque Giao Chi post-Trung</p><p>(43-541)</p><p>La d�faite des soeurs Trung en 43 marque la fin de la culture des �u Lac. Les Han post�rieurs r�occupent le Giao Chi, qui deviendra le Giao Ch�u de l�empire des Han.</p><p>La capitale est transf�r�e � M� Linh. Les</p><p>� Giaochall�ens � adoptent le bouddhisme, le confucianisme, le tao�sme et �laborent un art � hanovi�tique � (temples, s�pultures en briques d�cor�es, mod�les r�duits de maisons, de fermes, de ch�teaux, de citadelles...). En 264, la capitale est transf�-</p><p>r�e � Long Bi�n.</p><p>y �poque Van Xu�n</p><p>(541-603)</p><p>En 541, Ly Bi chasse les Chinois et fonde le royaume de Van Xu�n. Il reconstruit Long Bi�n, b�tit le palais Van Tho, les temples Khai Qu�c, Van Phuc(?)... Le premier chef-d�oeuvre de l�art bouddhique vietnamien est cr�� � cette �poque : la grande statue en pierre d�Amit&#x101;bha de Van Phuc (2,80 m de haut). Cent cinquante temples et monast�res et vingt pagodes sont construits dans tout le pays.</p><p>y �poque du protectorat g�n�ral</p><p>d�Annam</p><p>(603-905)</p><p>Le Van Xu�n est occup� par les Sui (Souei), puis par les Tang (T�ang*), qui cr�ent le protectorat d�Annam. La capitale est transf�r�e � T�ng Binh. Le Giao Ch�u devient un haut lieu du bouddhisme. Cent neuf temples y sont encore construits. La c�ramique voit l�apparition du gr�s � engobe, sans ou avec d�cor sous couverte unie ou craquel�e, et les d�buts du c�ladon et de la porcelaine.</p><p>P�RIODE � PROTODAIVI�TIQUE �</p><p>Premi�re p�riode de l�ind�pendance, elle est marqu�e par la naissance d�un art national.</p><p>y �poque pr�-Dinh</p><p>(905-968)</p><p>La capitale est transf�r�e � C� Loa sous Ng� Quy�n. S�pultures royales et temples subsistent encore aujourd�hui, mais non les six statues en or de patriarches qu�abritait le temple Truong li�u. Apr�s la mort de Ng� Quy�n, le pays est morcel� en douze seigneuries militaires : c�est l��poque des ch�teaux forts et des guerres f�odales.</p><p>y �poque Dinh</p><p>(968-980)</p><p>Dinh B� Linh unifie le pays, qu�il nomme Dai Co Vi�t, installe la capitale � Hoa Lu et se proclame empereur. L�art de cette �poque est fruste et violent. On assiste � l�essor de l�art animalier (les dix animaux monolithiques de plus de 2 m de haut � Van Phuc). Le bouddhisme devient religion d��tat. On �rige � Hoa Lu cent colonnes en</p><p>pierre grav�es de textes de s&#x16B;tra (kinh trang).</p><p>y �poque Ti�n L�</p><p>(980-1009)</p><p>� l�av�nement de L� Dai Hanh, le jeune �tat se distingue par des guerres victorieuses contre la Chine et le Champa*.</p><p>On construit � Hoa Lu nombre de tours, de palais, de temples (Dai v�n, Van tu�...).</p><p>L�architecture paysagiste conna�t un grand essor. La sculpture, influenc�e par l�art cham, devient raffin�e, vigoureuse, sensuelle (Van Phuc).</p><p>P�RIODE � DAIVI�TIQUE �</p><p>C�est la grande p�riode de l�art vietnamien.</p><p>y �poque Ly</p><p>(1010-1225)</p><p>Sous cette premi�re grande dynastie, le Dai Vi�t devient un �tat puissant et commence sa marche vers le sud (Nam-ti�n). Thang Long (auj. Hanoi) est choisie comme capitale. On y construit la cit� imp�riale (10 km de p�rim�tre), le temple de la Culture (Van Mi�u). Le bouddhisme suscite la floraison d�un art spirituel et raffin�. Plus de mille temples sont construits rien que dans les vingt premi�res ann�es de la dynastie. Les plus c�l�bres monuments sont le temple Di�n huu, b�ti sur une colonne de pierre de 20 m de haut, la pagode Chuong son, haute de 95 m, et la pagode Bao Thi�n, de 85 m. L�architecture, la sculpture, la peinture, les jardins, l�art des m�taux, l�orf�vrerie, la soierie, la broderie, le laque, la c�ramique (c�ladons du Thank Hoa, de Kim Ma, Ngoc Ha, Vinh Phuc, Ha Tay...) atteignent leur apog�e.</p><p>y �poque Tr�n</p><p>(1225-1413)</p><p>Les guerres mongoles, puis chames ont ravag� le Dai Vi�t. On assiste � la militarisation du pays et � la r�gression du bouddhisme au profit du confucianisme. L�art des Tr�n est marqu� par ce caract�re martial et puissant, avec une tendance au r�alisme : sculptures du tombeau de Tr�n Thu D� et du temple Ninh phuc ; citadelle de T�y d�, b�tie en blocs de pierre de seize tonnes ; portraits peints de g�n�raux vainqueurs des Mongols ; c�ramique � d�cor de guerriers en silhouette bistre sur fond clair,</p><p>bleus et blancs � base chocolat�e de Bat Trang ; etc.</p><p>En 1400, l�usurpation de L� Qui Ly, suivie de l�invasion des Ming, provoque une grave crise et de nouvelles destructions du patrimoine culturel du Vi�t-nam.</p><p>y �poque L� post�rieurs</p><p>(1428-1527)</p><p>L� Loi lib�re le Dai Vi�t de l�occupation chinoise. C�est l��poque du triomphe du confucianisme et de la renaissance des lettres et des arts (reconstruction de la cit� imp�riale sur une plus vaste �chelle, restauration du Van Mi�u, fondation de la cit� de Lam Kinh, construction du Cuu trung dai, etc.). L�art des L� post�rieurs est essentiellement aristocratique.</p><p>y �poque Mac</p><p>(1527-1592)</p><p>En 1527, Mac Dang Dung usurpe le tr�ne des L� et pr�cipite le Dai Vi�t dans la guerre civile. Le confucianisme tombe en d�cadence au profit du bouddhisme, qui rena�t sous une forme populaire. Si la sculpture continue celle des L� post�-</p><p>rieurs, les structures architecturales �voluent. On voit l�influence de l�architecture des dinh (maisons communales) sur celle des temples bouddhiques (T�y phuong).</p><p>La c�ramique bleu et blanc de Bat Trang atteint la perfection et est tr�s appr�ci�e au Japon, o� elle est d�sign�e sous le nom de k&#x14D;chi.</p><p>y �poque des Nguy�n et des Trinh</p><p>(1592-1789)</p><p>Deux seigneuries (Trinh au nord, Nguy�n au sud) partagent le pays. L�empereur L� r�gne, mais ne gouverne pas. On construit les grandes murailles de d�marcation. Le XVIIe s. est le dernier �ge d�or de la sculpture (Asc�te et Quan �m de Ninh Phuc ; Tuy�t son de T�y Phuong ; Minh Hanh de Trach l�m...), qui est essentiellement impressionniste. Le XVIIIe s. voit le d�clin de l�art de cour et l�essor de l�art populaire (sculpture expressionniste, estampes, c�ramique de Th� ha).</p><p>downloadModeText.vue.download 351 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11562</p><p>P�RIODE � POSTDAIVI�TIQUE �</p><p>C�est la p�riode des grands changements.</p><p>y �poque T�y Son</p><p>(1789-1802)</p><p>La r�volution � t�ysonienne � abolit les seigneuries Nguy�n et Trinh, et an�antit les arm�es d�interventions siamoise et mandchoue. Quang Trung apporte des r�formes dans tous les domaines, encourage l�artisanat, favorise un art d�inspiration populaire sobre et viril. L�architecture s�engage dans une nouvelle orientation : la ma�onnerie remplace le bois.</p><p>y �poque Nguy�n</p><p>(1802-1945)</p><p>Les premiers Nguy�n abolissent les r�-</p><p>formes amorc�es par les T�y Son et tentent un retour au pass�. Les palais de la nouvelle cit� imp�riale de Hu� sont archa�-</p><p>sants et sans vigueur. On construit dans chaque province une citadelle � la Vauban.</p><p>� partir de la seconde moiti� du XIXe s., c�est la d�cadence. Eff�min�, l�art des Nguy�n ne tarde pas � devenir baroque puis � s�ab�tardir. Seuls les arts populaires et certaines branches de l�artisanat continuent � pr�server, contre vents et mar�es, les meilleures traditions de l�ancien art du Dai Vi�t.</p><p>N. p. L.</p><p>F Champa / D�ng Son.</p><p>&amp; Vi�n Khao C�, la Fondation du royaume des Hung vouong (en vietnamien, Hanoi, 1970-1973 ; 3 vol.). / Histoire du Vi�t-nam, t. I (en vietnamien, Hanoi, 1971). / L. Bezacier, le Vi�tnam, manuel d�arch�ologie, t. I (Picard, 1972).</p><p>/ Vi�n Ngh� Thu�t, l�Art des Ly (en vietnamien, Hanoi, 1973). / Nguy�n Phuc Long, le � Vi�tnam � de L. Bezacier et les nouvelles recherches arch�ologiques au Vi�t-nam (C. N. R. S., 1975).</p><p>vieux-catholiques</p><p>Chr�tiens qui se sont s�par�s de l��glise romaine, soit apr�s la crise jans�niste (Pays-Bas), soit apr�s la d�finition du dogme de l�infaillibilit� pontificale par le premier concile du Vatican.</p><p>Vieux-catholiques de</p><p>l��glise d�Utrecht</p><p>Apr�s le triomphe de la R�forme aux Pays-Bas, les protestants avaient laiss� subsister le si�ge d�Utrecht. Ce dioc�se fut, cependant, r�duit � l��tat de mission par Rome, qui y cr�a un vicariat apostolique d�pendant directement du pape. Cette situation entra�na de nombreux d�m�l�s entre Rome et le clerg� d�Utrecht.</p><p>� partir des premi�res ann�es du</p><p>XVIIIe s., Utrecht devint le refuge de nombreux jans�nistes fran�ais pers�cu-t�s dans leur pays pour y avoir diffus� leurs id�es (v. jans�nisme). Apr�s la promulgation de la bulle Unigenitus en 1713, qui condamnait les doctrines jans�nistes, ils accoururent en foule � Utrecht. En France, la crise fut aigu�, et, lorsque le R�gent se montra favorable aux �v�ques � appelants � (ainsi nomm�s parce qu�ils en appelaient du pape � un concile g�n�ral), le pape Cl�ment XI, par repr�sailles, refusa de nommer les �v�ques aux si�ges qui venaient � vaquer.</p><p>Pour rem�dier � cet �tat de choses, des parlementaires propos�rent l��lection des �v�ques par le peuple. L�id�e fit son chemin, sinon en France, o� les choses n�all�rent pas jusqu�� la rupture, du moins aux Pays-Bas. �</p><p>Utrecht, en effet, un conflit violent entre Rome et les catholiques �clata en 1702. En 1723, � la suite de nouvelles difficult�s au sujet de la nomination d�un vicaire apostolique, le chapitre cath�dral d�Utrecht se crut autoris� � �lire lui-m�me son archev�que et il fit appel, pour le sacrer, � un � appelant � fran�ais, Dominique Varlet (1678-1742), �v�que suspens de Babylone, qui s��tait r�fugi� � Utrecht.</p><p>Varlet consacra en 1724 l�archev�que Cornelis Steenoven (1662-1725).</p><p>Beno�t XIII ayant r�pondu par une ex-communication, la rupture fut consomm�e. Utrecht devint alors le centre de l��glise des � vieux-catholiques �.</p><p>Deux �v�ques suffragants furent nomm�s, � Haarlem en 1742 et � Deventer en 1758. En 1763, un concile r�uni � Utrecht pr�cisa les assises dogmatiques de l��glise.</p><p>Les vieux-catholiques des Pays-</p><p>Bas n�ont accept� aucun des dogmes r�cents (infaillibilit� pontificale, Im-</p><p>macul�e Conception, Assomption). Ils enseignent la pr�pond�rance du concile sur le pape, auquel ils n�accordent qu�une primaut� d�honneur, mais non de juridiction. En 1962, les vieux-catholiques ont envoy� un observateur au deuxi�me concile du Vatican. Ils sont actuellement au nombre de 15 000.</p><p>Le schisme des vieux-</p><p>catholiques au XIXe s.</p><p>et son �volution</p><p>La question de l�infaillibilit� pontificale rencontra au milieu du XIXe s. une forte opposition en Allemagne de la part de nombreux professeurs d�universit�. � la t�te de ce groupe se trouvait le doyen de la facult� de th�ologie de Munich, Ignaz von D�llinger (1799-1890), dont le livre Der Papst und das Konzil (le Pape et le concile) [1869]</p><p>eut un �norme retentissement.</p><p>La proclamation du dogme de l�in-</p><p>faillibilit� papale par le premier concile du Vatican* (juill. 1870) marqua le d�but du schisme ; D�llinger rompit avec l��glise romaine le 28 mars 1871. Ses disciples s�organis�rent en �glise ind�pendante, � Munich, en septembre 1871. Le 4 juin 1873, Joseph Hubert Reinkens (1821-1896), professeur de th�ologie de l�universit� de Breslau, re�ut la cons�cration �piscopale des mains de Herman Heykamp, �v�que de Deventer, et installa son si�ge � Bonn.</p><p>Le gouvernement imp�rial recon-</p><p>nut et prot�gea la nouvelle �glise.</p><p>Les vieux-catholiques d�Allemagne refus�rent de reconna�tre �galement les dogmes de l�Immacul�e Conception</p><p>et de l�Assomption ; ils autoris�rent le mariage des pr�tres, puis ils pratiqu�rent la confession auriculaire.</p><p>Apr�s la mort de Reinkens, Theodor Weber (de 1896 � 1906), puis Joseph Demmel (de 1906 � 1913) lui succ�-</p><p>d�rent. En 1910, l��glise vieille-catholique d�Allemagne, qui avait compt� plus de 50 000 membres en 1878, n�en avait plus que 20 000 et, de nos jours, elle compte 30 000 fid�les en y comprenant l�Autriche.</p><p>En Suisse �galement un groupe d�opposition au concile du Vatican se constitua, qui se donna le nom de chr�tiens-catholiques. Avec l�appui des autorit�s, les membres de ce</p><p>groupe pers�cut�rent les catholiques, qui durent leur c�der certaines de leurs �glises. � Berne, en 1874, ils fond�rent une facult� de th�ologie vieille-catholique. En 1876, ils se donn�rent un �v�que, Eduard Herzog (1841-1924), qui fut sacr� par l��v�que Reinkens. �</p><p>leur premier synode r�uni � Porrentruy (oct. 1875), ils rejet�rent le c�libat des pr�tres et l�obligation de la confession.</p><p>Alors que l�on d�nombrait 73 000 dissidents en 1877, on n�en compte plus que 30 000 aujourd�hui.</p><p>Des groupes moins importants de</p><p>vieux-catholiques se sont �galement �tablis en Tch�coslovaquie (actuellement au nombre de 5 000) et en Yougoslavie (4 000).</p><p>En Am�rique, vers 1895, un certain nombre de congr�gations polonaises se s�par�rent de l��glise catholique pour former l��glise nationale polonaise, dont le premier �v�que fut consacr� en 1897 par l��v�que Herzog � Berne. L��glise nationale polonaise a un s�minaire � Scranton, si�ge de son �v�que principal.</p><p>Dans les autres pays, les vieux-catholiques ne r�ussirent gu�re qu�� former quelques chapelles qui n�eurent pas d�avenir. En France, ils se r�unirent autour d�un ancien carme, Hyacinthe Loyson (1827-1912), qui fonda � Paris en 1879 l��glise catholique gallicane, qu�il r�unit en 1884 � l��glise vieille-catholique hollandaise. L��glise nationale-italienne catholique de Domenico Panelli n�eut gu�re plus de succ�s.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F �glise catholique ou romaine / Jans�nisme /</p><p>Vatican (premier concile du).</p><p>&amp; J. F. von Schulte, Der Altkatholicismus (Giessen, 1887). / E. Michael, Ignaz von D�llinger (Innsbruck, 1892). / E. Herzog, Beitr�ge zur Vorgeschichte der christkatholischen Kirche der Schweiz (Berne, 1896). / J. Parisot, Mgr Vi-latte, fondateur de l��glise vieille-catholique aux �tats-Unis d�Am�rique (Tours, 1899). /</p><p>J. M. Reinkens, Joseph-Hubert Reinkens (Gotha, 1906). / P. Gschwind, Geschichte der Entste-hung der christkatholischen Kirche der Schweiz (Soleure, 1910).</p><p>Vigne et vins</p><p>La Vigne est une plante de la famille des Amp�lidac�es, dont l�anc�tre sauvage, la Lambrusque (Vitis vinifera silvestris), se rencontre sous forme de lianes dans les for�ts et les bas-fonds humides depuis les rivages occidentaux de l�Europe moyenne jusqu�� la r�gion de l�indus. La domestication s�est faite sans doute dans les r�gions du Moyen-Orient.</p><p>PANORAMA DE LA VIGNE</p><p>C�est l� que l�on trouve les vari�t�s sauvages (V. vinifera caucasia) les plus proches de l�esp�ce cultiv�e (V. vinifera sativa). Il semble, cependant, que les vari�t�s utilis�es aujourd�hui sont quelquefois originaires des pays m�mes o� elles sont cultiv�es. Roger Dion rappelle, � la suite de Louis Levadoux, que les Cabernets qui fournissent les bordeaux blancs sont vraisemblablement issus d�une Lambrusque sauvage observ�e dans la vall�e d�Aspe.</p><p>On n�a pas retrouv� l�anc�tre des plants qui fournissent les bourgognes et les beaujolais, mais le Pinot pr�-</p><p>sente, comme le Cabernet blanc, des caract�res archa�ques qui semblent indiquer une origine locale et une �volution assez limit�e.</p><p>Le d�veloppement</p><p>historique de la culture</p><p>de la Vigne</p><p>L�art de conduire la Vigne �tait r�-</p><p>pandu, d�s le Ier mill�naire avant notre �re, dans tout le bassin de la M�diterran�e orientale, et les �crits des Grecs et des Romains prouvent qu�on savait downloadModeText.vue.download 352 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11563</p><p>d�j� tirer parti des vari�t�s de plaines humides, grosses productrices de vins m�diocres, et des vari�t�s de collines s�ches, donnant des produits plus</p><p>riches, de meilleure garde. La viticulture s�est �tendue vers l�ouest en m�me temps que l�influence de la colonisation grecque, puis, avec la conqu�te romaine, son domaine d�borda hors des limites du monde m�diterran�en.</p><p>La Vigne devint une plante de l�Europe oc�anique et continentale moyenne : elle �tait cultiv�e d�s l�Antiquit� dans une bonne partie de la Gaule, jusqu�� sa limite climatique actuelle.</p><p>L�histoire de la diffusion de la</p><p>Vigne est plus que celle de toute autre plante marqu�e par les rites religieux : associ�e aux cultes dyonisiaques, la Vigne fait partie du fonds commun de l�Antiquit� classique. Indispensable � l�eucharistie, sa culture est favoris�e partout o� s��tend la foi chr�tienne : elle s��tend ainsi progressivement � la Germanie et aux pays du Danube, o� l�empreinte directe de Rome et de la Gr�ce avait �t� en partie effac�e. Elle gagne les terres extra-europ�ennes partout o� les missionnaires et les colons vont s�installer : en Am�rique du Nord, on note bien vite la pr�sence de vari�t�s sauvages dans toute la for�t virginienne, mais les vignobles de l�Est restent limit�s, alors que ceux de Californie prosp�rent sous un climat qui rappelle celui de la M�diterran�e.</p><p>En Am�rique hispanique, les essais sont plus nombreux : en dehors de petits vignobles au Mexique, au Br�sil, l�essentiel des plantations se concentre dans les r�gions temp�r�es m�diterran�ennes et relativement s�ches du Chili central et du pi�mont andin en Argentine, autour de Mendoza. Les colons huguenots font du Fransche Hoek le point de d�part de la viticulture sud-africaine. Dans le courant du XIXe s., les colons anglais tirent parti des r�gions int�rieures du bassin du Murray et des littoraux de l�Australie m�ridionale.</p><p>L�expansion de la viticulture est le fait des peuples chr�tiens. Sa r�gression vient souvent des progr�s de l�isl&#x101;m : la vigne ne dispara�t pas totalement, puisque rien n�interdit de consommer le raisin, qu�il existe au Moyen-Orient des minorit�s chr�tiennes et que la prohibition n�est pas toujours compl�te, comme en t�moignent les po�mes</p><p>d��Umar Khayy&#x101;m. Cependant, bien</p><p>des traditions savantes se perdent de la Perse � l�Asie Mineure, de la Palestine</p><p>au Maghreb. Il faut attendre la colonisation fran�aise pour voir la Vigne rejouer, en Alg�rie en particulier, un r�le que le climat semble appeler.</p><p>Cultures de masse</p><p>et vins de qualit�</p><p>Le vin est un produit dont les qualit�s peuvent varier selon un registre presque infini. Son go�t d�pend de la nature du sol, du c�page plant�, des fa-</p><p>�ons prodigu�es et de l�art du ma�tre de chai, qui surveille la vinification et qui conduit le vieillissement de la r�colte.</p><p>Dans les civilisations qui pr�taient � la consommation du vin une glande valeur sociale, la gamme des qualit�s a pu s�ouvrir ainsi tr�s largement.</p><p>On constate que les r�gions susceptibles de donner des r�coltes de qualit� exceptionnelle sont de pr�f�rence install�es sur les marges de l�aire o� la culture est possible, l� o� il faut, pour que la r�colte m�risse, des expositions, des terroirs et des plants sp�ciaux.</p><p>L�invention de nouveaux vignobles de cru est le r�sultat d�essais nombreux et demande des moyens consid�rables : elle implique une civilisation attach�e au bien boire, une structure sociale suffisamment in�galitaire pour que les grands, les princes, le clerg� et, plus tard, la bourgeoisie puissent financer ces op�rations et en tirer de larges revenus ; le vin, qui fait partie des produits qui voyagent bien, se transporte d�autant mieux qu�il est de meilleure qualit�. On comprend donc pourquoi l��mergence de vignobles de qualit� est li�e � certaines zones climatiques et � certaines aires de civilisation : les r�-</p><p>gions m�diterran�ennes, o� la viticulture n�offre pas trop de difficult�, n�ont pas senti autant que celles de l�Europe oc�anique et continentale ce qu�il �tait possible de tirer d�un effort pour la qualit�. En Allemagne, en Suisse et en France, des viticultures savantes se sont cr��es � l�instigation de l��glise et des villes dans toutes les r�gions favoris�es par le climat et par les conditions de transport. Par la suite, les avantages de la consommation de ce produit de luxe ont cess� progressivement d��tre r�serv�s � une petite �lite : le vin s�est d�mocratis�, en France surtout, en se</p><p>d�gradant parfois, mais sans que cette r�gression n�ait rien d�irr�m�diable ou de g�n�ral. En Allemagne, en Suisse, en Hongrie, la culture est demeur�e tourn�e vers la satisfaction des besoins limit�s d�une client�le exigeante. Dans les pays m�diterran�ens, en Italie, en Espagne, au Portugal, la consommation a naturellement augment� ; boire du vin n�avait rien d�exceptionnel dans des r�gions o� la culture est facile.</p><p>Les r�coltes sont abondantes, mais il leur manque la diversit� de qualit� qui caract�rise les vignobles fran�ais. Les crus les plus c�l�bres sont d�ailleurs tourn�s plut�t vers la production de vins ap�ritifs (x�r�s, portos, mad�res) que vers celle de vins de table : leur production �tait destin�e au march� anglais plus qu�� la consommation locale.</p><p>Les vignobles qui ont �t� d�velopp�s r�cemment par les Europ�ens sont marqu�s par les milieux sociaux auxquels les produits sont destin�s. Dans tout le monde anglo-saxon, le vin est consid�r� comme un produit de demi-luxe, si bien qu�il ne s�est pas cr�� de grands vignobles de quantit� � l�image de ceux de France, d�Espagne ou d�Italie. En Am�rique latine, l�Argentine a pris une orientation diff�rente, comme le Chili : dans l�un et dans l�autre des cas, la production comporte une part importante de vins ordinaires, destin�s � un large march� int�rieur. Le vignoble que les colons fran�ais avaient cr�� en Afrique du Nord avait �galement ce caract�re mixte, mais la fermeture progressive du march� fran�ais conduit les nouveaux ma�tres de la politique viticole � r�duire la production en l�amputant des qualit�s les plus m�diocres, celles qui se placent le moins bien dans un march� international, o� la plupart des importateurs ne connaissent pas les consommateurs de masse.</p><p>Dans les pays de l�Europe de l�Est, la production est en augmentation rapide.</p><p>L�habitude n�est pas de consommer couramment du vin, mais on y admet qu�il vaut mieux pousser � l�usage de cette boisson alcoolis�e, relativement peu nuisible, que de laisser cro�tre la mode des eaux-de-vie. La production est donc form�e pour une bonne part d�articles de qualit� moyenne destin�s � une client�le populaire.</p><p>La nouvelle g�ographie de la Vigne</p><p>La g�ographie de la Vigne est en train de subir une mutation nouvelle : apr�s l��re de la d�mocratisation et de la pouss�e des vignobles de masse, l��volution du go�t remet en faveur des productions plus fines et plus diversifi�es.</p><p>Dans une soci�t� d�abondance, le vin est un des articles qui correspond le mieux � l��largissement des ressources et au souci nouveau de la qualit� de la vie. Tous les pays avanc�s se trouvent touch�s par cette transformation. En Scandinavie, en Grande-Bretagne, au Canada, aux �tats-Unis, l�achat d�une bouteille pour accompagner un repas a cess� d�appara�tre comme un luxe r�prouv� par la morale puritaine. En Allemagne, en Belgique, en Suisse, les habitudes se modifient aussi. Dans les pays traditionnellement gros producteurs, les vins de qualit� courante se vendent mal. La demande est de plus en plus adress�e � des produits sup�rieurs.</p><p>Tout cela se traduit par une augmentation notable des prix de vins de grands crus : la client�le moyenne ne peut plus acheter ces vins. On voit donc se multiplier les plantations et les r�coltes dans les r�gions capables de fournir des vins de qualit� moyenne, vins de pays, vins d�appellation contr�l�e, si on emploie les cat�gories fran�aises. Cela redonne vie aux terroirs o� la vigne rencontrait des difficult�s, car la productivit� y est faible : ils livrent des produits de la qualit� la plus recherch�e aujourd�hui.</p><p>La g�ographie de la Vigne est donc � la fois le reflet des conditions naturelles et celui des habitudes de boire anciennes ou r�centes. C�est � la longue tradition aristocratique et bourgeoise que la France doit la multiplicit� de ses zones de viticulture savante : Bordelais, pays de la Loire, Champagne, Alsace, Bourgogne, Beaujolais, C�tes-du-Rh�ne. Elle lui est redevable aussi de la notion de cru, cette id�e que la qualit� d�pend � la fois du c�page (les pays germaniques le savent aussi) et du terroir. La vague de d�mocratisation a cr�� chez nous le type original du vignoble de masse, esquiss� d�j� avant la r�volution des transports dans l�aire</p><p>d�approvisionnement de Paris ou, pour le ravitaillement du commerce n�erlandais, sur les rives de l�Atlantique, avant de trouver sa plus parfaite expression dans le Languedoc. Depuis une cinquantaine d�ann�es, l�affinage du go�t se traduit par la formation de nouvelles r�gions productrices sp�cialis�es dans les qualit�s moyennes : certaines retrouvent des implantations un temps n�glig�es, comme � Cahors, � Arbois, � Auxerre ou � Sancerre. D�autres sont des cr�ations neuves, comme toutes les zones qui se sont fait, en Provence, une sp�cialit� des vins ros�s. Depuis longtemps, l��conomie des r�gions de cru a cess� de d�pendre du seul march� fran�ais. La transformation des go�ts dans les pays �trangers est en train de produire le m�me effet pour les produits de qualit� moyenne.</p><p>Plus que les autres cultures, la viticulture a eu de tout temps la vertu de cr�er chez ceux qui la pratiquent une subtile fa�on de vivre. On a pu parler de civilisations de la Vigne : celles-ci trouvent leur plus parfaite expression dans des zones rurales depuis longtemps vivifi�es par l�influence des villes et du grand commerce, le Bordelais et la Bourgogne en fournissant downloadModeText.vue.download 353 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11564</p><p>les meilleurs exemples. La prosp�rit� actuelle de certaines viticultures doit beaucoup � ces foyers vigoureux, mais l�uniformisation des modes de vie laisse d�j� pr�voir le moment o� ces milieux dispara�tront et o� la Vigne perdra une bonne part de ce qui en faisait un signe de civilisation rurale sup�rieure.</p><p>P. C.</p><p>LA VITICULTURE</p><p>Les activit�s viti-vinicoles sont en pleine extension dans le monde. En France, leur importance les met dans le groupe de t�te des activit�s agricoles du pays. Par la superficie de son vignoble (environ 1 200 000 ha), la va-ri�t� et la qualit� de sa production (de</p><p>60 � 80 Mq de raisins), la France �tait et est encore le premier pays viticole du monde. Sa production de vin (de 60</p><p>� 80 Mhl) repr�sente pr�s du quart de la production mondiale.</p><p>Ces activit�s sont motiv�es par la recherche de la qualit�, selon des crit�res gustatifs, hygi�niques et nutritionnels.</p><p>Une qualit� apparente ne suffit plus.</p><p>Aussi est-il n�cessaire d�effectuer un choix de plus en plus s�v�re et judicieux, en viticulture, de plants s�lectionn�s et, en oenologie, des m�thodes de vinifications appropri�es.</p><p>Toutefois, le classement actuel des c�pages est fait en fonction exclusive d�une production de vin. La renomm�e des vins fran�ais n�y est sans doute pas �trang�re.</p><p>Or, planter aujourd�hui, c�est constituer un vignoble qui sera en pleine production dans vingt-cinq ans et au-del�.</p><p>Il est � peu pr�s certain, eu �gard � l��volution constat�e aujourd�hui, que la proportion des boissons non ferment�es � base de raisin sera beaucoup plus importante � la fin du XXe s. qu�elle ne l�est aujourd�hui.</p><p>C�est pourquoi la s�lection des</p><p>c�pages devrait �tre plus prospective qu�elle ne l�est, aussi bien gr�ce au choix rationnel des c�pages existants que gr�ce � la cr�ation de nouveaux c�-</p><p>pages mieux appropri�s : c�pages plus aromatiques pour des vins sp�ciaux, des jus de raisin et peut-�tre des eaux-de-vie, plus acides et moins sucr�s pour les jus de raisin, plus color�s pour les vins rouges en g�n�ral, etc.</p><p>D�une fa�on g�n�rale les rende-</p><p>ments moyens, dans tous les pays, augmentent. C�est la cons�quence du renouvellement du vignoble avec un choix de c�pages et de clones plus productifs, mais parfois plus sensibles aux maladies, d�une protection mieux assur�e, mais de plus en plus on�reuse et d�licate, d�une culture plus intensive avec un emploi g�n�reux d�engrais.</p><p>Il en r�sulte un plus grand nombre de r�coltes exc�dentaires, et ce d�autant plus que le vin est le d�riv� presque exclusif du raisin.</p><p>L��conomie viticole, et tout sp�-</p><p>cialement en France, s�en trouve boulevers�e. On constate de plus en plus un hiatus dans les pr�occupations du vigneron ; s�il est rest� un remarquable viticulteur, celui-ci s�est trop souvent d�sint�ress� des probl�mes pos�s par la transformation du raisin en vin ; d�o�, parfois, l�emploi d�un �quipement irrationnel et de techniques contraires � une saine politique de qualit�.</p><p>Certes, la qualit� du raisin conditionne au d�part celle du vin. Mais cette derni�re est aussi fonction, pour une tr�s large part � parfois pr�pond�-</p><p>rante m�me � des modalit�s de transformation du raisin en vin, au point que le meilleur des raisins de cuve peut produire un vin ne r�pondant plus aux crit�res qualitatifs exig�s aujourd�hui.</p><p>Sur un plan g�n�ral, on assiste � une extension du vignoble dans un grand nombre de r�gions du monde. C�est que la Vigne peut cro�tre dans des climats tr�s divers et sous diverses latitudes, m�me tropicales. Quel que soit le climat, la culture de la Vigne est possible partout o� une p�riode de s�cheresse suffisamment longue existe.</p><p>Par contre, si le climat est continuellement chaud et humide, elle est rendue difficile. Les progr�s de la g�n�tique apporteront-ils une solution � ces probl�mes climatiques ? En attendant, il existe de nombreuses zones � vocation viticole encore inutilis�es, que l�on peut exploiter.</p><p>Quoi qu�il en soit, parall�lement aux vignobles traditionnels, naissent et se d�veloppent des vignobles concurren-tiels. La recherche de la qualit� est vitale pour les premiers.</p><p>Une des caract�ristiques de la vie d�un vignoble est son exigence en main-d�oeuvre. De toutes les cultures, la Vigne est peut-�tre celle qui demande le plus de soins : plus que toute autre, elle associe sa vie � celle de l�Homme.</p><p>Aussi a-t-on pu parler de civilisation de la Vigne pour caract�riser certaines civilisations humaines.</p><p>Or, la main-d�oeuvre voit ses sources habituelles se rar�fier. Le probl�me consiste donc non pas � admettre</p><p>comme axiome la rar�faction continue de cette main-d�oeuvre sp�cialis�e, mais � en rechercher de nouvelles sources. Il s�agit de r�agir contre une m�canisation excessive d�shumani-sante et d�y substituer si possible une activit� humaine enrichissante aussi bien dans le domaine social que dans le domaine �conomique.</p><p>Si la vigne est cultiv�e pour la production du raisin, elle constitue �galement une source annuelle de cellulose fort importante. En effet la Vigne est grande productrice de sarments, donc de bois : � raison de 1 kg par cep en moyenne, la production est de 3 t/ha.</p><p>Pour le seul vignoble fran�ais, cela fait une production de 300 000 t de bois.</p><p>D�une fa�on tr�s g�n�rale, les sarments sont actuellement incin�r�s sur place. En fait, il s�agit d�un gaspillage, surtout dans les pays d�ficitaires en production foresti�re. Des essais positifs ont �t� faits aussi bien pour l�alimentation des Ovins, par broyage pr�alable et ensilage, que pour des industries similaires � celles du bois : carbonisation avec production d�un charbon l�ger et de produits volatils empyreumatiques, saccharification avec production finale de levures ou traitement pour obtenir du fufural, pressage des sarments pour mat�riaux de construction. Ces essais �pisodiques ont montr� qu�il serait possible de cr�er une industrie d�riv�e du sarment aux finalit�s agricoles et industrielles, et b�n�fique pour l��conomie viticole.</p><p>� cette industrie devrait s�ajouter d�une part une industrie agroalimen-taire d�riv�e du raisin et d�autre part une industrie rationnelle de sous-produits engendr�s par ces industries.</p><p>Dans ces conditions l��conomie viticole aurait le d�veloppement et la s�curit� qu�une production limit�e exclusivement au vin ne peut lui donner.</p><p>Le vignoble</p><p>La cr�ation du vignoble, son am�lioration, son entretien par le travail du sol et la fertilisation, sa d�fense contre tous les ennemis de quelque origine qu�ils soient marquent les stades du</p><p>travail viticole.</p><p>Le viticulteur ma�trise toutes ces activit�s jusqu�� la fertilisation, mais ensuite les r�sultats culturaux acquis ne sont pas toujours ceux qu�il escomp-tait, car il est sous la totale d�pendance des agressions climatiques, fongiques, animales ou virales et des carences min�rales.</p><p>Toutefois, plus que par le pass�, le cr�ateur d�un vignoble dispose d��l�-</p><p>ments plus s�rs. Ceux-ci conditionnent finalement la r�ussite totale ou un minimum d��chec. Le calendrier des traitements ob�it non plus au hasard, mais � des consid�rations biologiques certaines.</p><p>La t�che du viticulteur est d�autant plus d�licate et difficile que le cep de Vigne a un fonctionnement fort complexe, bien diff�rent de celui des plantes annuelles, mais comparable � celui des arbres fruitiers.</p><p>Dans le cep, il y a simultan�ment accumulation de r�serves et distribution de celles-ci pour concourir � la r�colte suivante. En fait, il est d�montr� que la r�colte d�une ann�e est l�aboutissement d�un cycle de trois ans ; la premi�re ann�e, la Vigne stocke des r�serves ; la deuxi�me, elle forme des �bauches de grappes gr�ce � la vigueur ainsi constitu�e ; la troisi�me, les �bauches deviennent des inflorescences, puis des grappes. Aussi la d�fense du vignoble ne s�arr�te-t-elle pas avec la cueillette de la r�colte.</p><p>La nature et l�exposition du terrain sont essentielles pour la cr�ation du vignoble. La pr�paration du sol, son contr�le sanitaire, sa fertilisation pr�alable constituent des imp�ratifs inexorables. Temp�rature, lumi�re et eau conditionnent la photosynth�se gr�ce � laquelle la Vigne v�g�te et fructifie, le raisin m�rit et le sarment ao�te. Un exc�s ou une d�ficience de l�un des facteurs constitutifs provoque un d�s�quilibre qui d�range les phases v�g�tatives de la Vigne. L�indice h�liothermique va de 6,7 � Perpignan � 2,95 � Angers.</p><p>La culture naturelle de la Vigne n�est plus possible si cet indice est inf�rieur � 2,6.</p><p>La densit� de plantation est une des caract�ristiques du vignoble.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, elle est plus grande dans les climats septentrio-naux (jusqu�� 10 000 ceps � l�hectare) que dans les climats m�ridionaux (de 3 000 � 4 000 ceps � l�hectare). Cette densit� tend � diminuer en fonction des variations des modes de culture de plus en plus m�canis�s, orient�s vers l�utilisation d�appareils � grand rendement. On semble vouloir la stabiliser � 3 000 ceps environ.</p><p>Ce qui importe, quelle que soit la densit� adopt�e, c�est une utilisation maximale des radiations solaires par une surface foliaire aussi grande que possible ainsi qu�une efficacit� des fertilisants aussi grande que possible.</p><p>En contrepartie, l�am�lioration de l�enc�pagement ne provoque pas toujours une augmentation de la rentabi-downloadModeText.vue.download 354 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11565</p><p>lit� de l�exploitation. � c�t� de raisons �conomiques plus ou moins discutables, il est certain que le potentiel qualitatif apport� par un c�page d�fini n�est pas utilis� au mieux au stade de la vinification, et la qualit� en souffre.</p><p>Certaines techniques att�nuent le caract�re distinctif des c�pages au lieu de les exalter : d�o� l�importance fondamentale du choix de la technique de vinification pour lutter contre l�uniformisation et valoriser chaque c�page.</p><p>L�enc�pagement</p><p>Il est caract�ris� par le c�page et par la densit� de plantation.</p><p>N�importe quel c�page ne peut</p><p>convenir � tous les terrains. Aussi est-il fonction non seulement de la nature du vin � produire, ou d�autres d�riv�s du raisin, mais aussi de l�exposition et de la nature du sol.</p><p>� l�exception des vignobles de sable et des vignobles soumis � submersion � qui, d�ailleurs, ne repr�sentent</p><p>qu�une faible proportion de l�ensemble du vignoble �, les c�pages sont greff�s sur porte-greffes appropri�s.</p><p>En dehors de sa r�sistance prioritaire au Phyllox�ra, le porte-greffes est caract�ris� par sa double adaptation au sol et au c�page choisi. Si cette double condition n�est pas r�alis�e, le vignoble est assur� d�un d�p�rissement certain. Il y a d�p�rissement aussi si le porte-greffes et le greffon n�ont pas un �tat sanitaire satisfaisant.</p><p>L�association porte-greffes-greffon du c�page choisi pose le probl�me fondamental du greffage. Celui-ci est un art qui demande r�flexion et application. Il �tait l�apanage du vigneron.</p><p>Sa comp�tence �tait transmise de p�re en fils. Aujourd�hui, il n�en est plus ainsi, et la main-d�oeuvre qualifi�e se fait de plus en plus rare. Aussi voit-on se d�velopper la plantation directe de greff�s-soud�s, plants racines et greff�s dans des ateliers de p�pini�ristes sp�cialis�s, au d�triment des modalit�s de plantation de plants racines am�ricains, greff�s ult�rieurement au vignoble. Chacune de ces techniques a ses avantages et ses inconv�nients.</p><p>De toute fa�on, le greffage exige une main-d�oeuvre hautement sp�cialis�e.</p><p>Le probl�me du recrutement et de la formation de celle-ci est fondamental pour la p�rennit� du vignoble.</p><p>Les c�pages cultiv�s appartiennent presque en totalit� � l�esp�ce Vitis vinifera et sont plant�s sur porte-greffes, � quelques exceptions pr�s dues � la nature du sol et aux possibilit�s efficaces de d�fense contre le Phyllox�ra.</p><p>En France, la classification des c�-</p><p>pages en c�pages recommand�s, autoris�s et tol�r�s, l��limination autoritaire des rares c�pages hybrides existant encore, les avantages accord�s exclusivement aux c�pages recommand�s, les travaux remarquables de s�lection et de cr�ation d�j� r�alis�s contribuent � donner au vignoble une jeunesse et une qualit� g�n�rale prometteuse.</p><p>La r�volution cr��e par l�invasion du Phyllox�ra, il y a un si�cle � pr�-</p><p>sent, qui a vu la disparition de la Vigne franc de pied et l�apparition de vari�t�s</p><p>am�ricaines, des porte-greffes et des hybrides producteurs directs, n�est pas encore termin�e, eu �gard aux nombreux probl�mes pos�s, dont quelques-uns sont encore � r�soudre.</p><p>En am�liorant l�enc�pagement,</p><p>qu�il s�agisse des c�pages et des porte-greffes, on a enrichi les connaissances sur les principes fondamentaux et les m�thodes de s�lection.</p><p>L�objectif final de tous les travaux d�am�lioration et de cr�ation est l�obtention de c�pages aux qualit�s sup�-</p><p>rieures � celles que l�on connaissait, r�sistants au Phyllox�ra ainsi qu�au plus grand nombre d�atteintes pathog�nes et cultiv�s franc de pied.</p><p>Avec la s�lection massale et clonale on poursuit deux objectifs : d�une part, une am�lioration de la qualit� et du rendement ; d�autre part, une plus grande r�sistance aux atteintes pathog�nes de quelque nature qu�elles soient. Le d�pistage des maladies de d�g�n�rescence est fondamental.</p><p>La s�lection clonale est marqu�e par plusieurs �tapes d�une dur�e longue de dix ans au moins. On peut effectuer ainsi une v�rification compl�te et pr�cise de tous les caract�res et de toutes les propri�t�s : �tat sanitaire, rendement, qualit� des raisins, volume des grappes et des baies, r�sistance des raisins � la pourriture, au gel, � la s�cheresse, aux maladies (tout sp�cialement aux viroses), � la coulure et au millerandage.</p><p>L�importance du contr�le sanitaire des bois et des plants de Vigne est fondamental. En France, ce contr�le officiel a en particulier pour objet de garantir la puret� sp�cifique et vari�tale des produits, de faire obstacle � la propagation des maladies contagieuses et de promouvoir les travaux de s�lection.</p><p>C�est par la voie de l�hybridation qu�on peut cr�er de nouveaux c�pages, et ce non seulement pour l�am�lioration qualitative, mais aussi pour une r�sistance certaine aux atteintes pathog�nes les plus diverses et pour une r�sistance au Phyllox�ra permettant des plantations franc de pied. L�aug-</p><p>mentation de rendement, r�guli�rement recherch�e, peut �tre discut�e.</p><p>L�hybridation intrasp�cifique entre c�pages Vinifera a permis d�am�liorer les c�pages de cuve, de table, de raisins secs, mais aussi, dans certains cas, d�augmenter le rendement et la r�sistance au mildiou.</p><p>L�hybridation intersp�cifique a</p><p>poursuivi plusieurs objectifs : obtenir des hybrides producteurs directs, des porte-greffes, des plants qui ajoutent � la r�sistance des esp�ces sauvages la productivit� et la qualit� sup�rieure des vignes am�ricaines ainsi que la r�sistance au Phyllox�ra et au mildiou.</p><p>On associe g�n�ralement pour</p><p>l�am�lioration du vignoble qualit� et rendement. La qualit� est toujours perfectible, surtout si l�on ouvre les plus larges horizons, allant de la r�sistance aux accidents de quelque nature qu�ils soient aux qualit�s proprement dites, qui touchent les caract�res gustatifs, hygi�niques et nutritionnels. � ce titre, elle est sans limite.</p><p>Il n�en est pas de m�me pour le rendement. Pour un c�page donn�, dans des conditions �cologiques bien d�finies, il existe une limite de productivit� au-del� de laquelle la qualit� r�gresse : plus encore, la r�sistance � la pourriture, par exemple, peut �tre diminu�e.</p><p>La productivit� est essentiellement un concept �conomique, qui ne doit pas �tre prioritaire, surtout en raison des cons�quences pathologiques qu�elle provoque.</p><p>La cr�ation de c�pages ayant les</p><p>avantages des meilleurs porte-greffes, les qualit�s am�lior�es des Vitis vinifera et une r�sistance accrue ou totale aux accidents climatiques ou pathog�nes est aujourd�hui dans le domaine des possibilit�s.</p><p>L��re d�un nouveau c�page franc de pied est plus proche qu�on n�osait l�es-p�rer il y a quelques d�cennies. Cette nouvelle r�volution fermera le cercle ouvert par la crise du Phyllox�ra.</p><p>L�essentiel pour les vignobles b�-</p><p>n�ficiant encore d�une classification hi�rarchique est de leur conserver les</p><p>caract�res qualitatifs fondamentaux.</p><p>En un mot, une oeuvre g�n�tique</p><p>cr�atrice doit marquer l�activit� viticole et d�passer les travaux de s�lection, si remarquables, pourtant, dans leurs r�sultats.</p><p>L�entretien du vignoble</p><p>Il comprend la culture, la fertilisation et la taille.</p><p>La culture</p><p>Les m�thodes de travail du sol sont en pleine �volution. Autrefois, labours et culture superficielle avaient pour objet essentiel de maintenir le sol propre et souple, et de lui conserver une humidit� suffisante : d�o� la multiplication des labours superficiels. Tout cela exigeait une main-d�oeuvre importante, qui, aujourd�hui, fait d�faut. Aussi la viticulture s�oriente-t-elle vers des techniques capables de permettre une culture avec un minimum de personnel sans nuire pourtant au rendement qualitatif et quantitatif des r�coltes.</p><p>L�objectif essentiel est la destruction de la flore parasitaire. C�est ainsi qu�est n� le d�sherbage chimique et, pour les nouvelles plantations surtout, le paillage en mati�re plastique.</p><p>Le d�sherbage chimique exige une</p><p>efficacit� r�elle sur les mauvaises herbes et son innocuit� � l��gard de la Vigne. Les herbicides de contact d�-</p><p>truisent seulement les parties touch�es lors du traitement. Ils n�emp�chent donc pas la repousse des mauvaises herbes. Les herbicides persistants restent dans le sol pour contrarier la germination des graines ou la lev�e des plantules des mauvaises herbes.</p><p>Les herbicides curatifs syst�miques sont absorb�s par la plante et v�hicul�s vers le syst�me radiculaire. Dans ce mode de culture, une phytotoxicit� sur la Vigne n�est pas exclue, ce qui n�cessite la mise au point des m�thodes d�utilisation dans l�espace et le temps ainsi que la recherche d�herbicides d�gradables rapidement. Mais aussi grave est l�influence sur la flore et la faune du sol : l��quilibre biologique du milieu se trouve modifi�. On est certain, actuellement, d�une rupture de cet</p><p>�quilibre sans en avoir encore mesur� toutes les cons�quences et pr�vu quand un nouvel �quilibre sera atteint.</p><p>C�est en fonction de ces graves inconv�nients que le paillage par couverture en mati�re plastique se d�veloppe.</p><p>Utilis� en placage sur les jeunes plants, en interligne dans les Vignes dont le syst�me radiculaire est bien implant�, il peut se combiner avec le d�sherbage.</p><p>Le paillage, par son action sur l�humidit�, la temp�rature et, peut-�tre, sur certaines propri�t�s physicochimiques du sol, permet un meilleur d�veloppement du syst�me radiculaire et, partant, downloadModeText.vue.download 355 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11566</p><p>de la v�g�tation du cep. Mais il n�exclut pas l�emploi des herbicides.</p><p>Aussi la non-culture proprement dite se d�veloppe-t-elle. En bien des cas, la suppression du travail du sol n�a pas entra�n�, sauf dans les sols � forte salinit�, une diminution de la production et de la vigueur du cep, ce qui est fondamental pour les r�coltes � venir.</p><p>Le travail du sol est en pleine �volution dans ses principes et ses applications. Ira-t-on vers la g�n�ralisation du d�sherbage, dont les inconv�nients sont r�els (d�foliation partielle de la Vigne, modification de la microflore du sol) ? Ira-t-on vers une autoproduction d�engrais verts enfouis p�riodiquement (culture biologique) ou le sol sera-t-il couvert d�un tapis vert permanent en p�riode v�g�tative ?</p><p>Les vignobles situ�s en flanc de coteau sont menac�s par l��rosion. Ce facteur commande des modes de culture sans dommages pour la structure du sol. Le sol nu ne peut plus convenir ; un enherbement ou un paillage plastique doivent �tre pr�f�r�s.</p><p>Ira-t-on vers le sol recouvert de pierraille ?</p><p>La fertilisation</p><p>La fertilisation de la Vigne est un cas</p><p>particulier du cas g�n�ral de la fertilisation des arbres fruitiers. L�alimentation radiculaire se produit en profondeur, et l��pandage d�engrais ne r�ussit, plus ou moins tardivement, qu�avec une pluviosit� naturelle ou une irrigation p�riodique et une perm�abilit� du sol suffisantes. C�est pourquoi la fertilisation foliaire peut avoir un r�el avenir, � moins que ne se d�veloppe la m�canisation de la fertilisation par pal injecteur ou par sous-solage.</p><p>On substitue ainsi � l��pandage traditionnel, int�ressant toute la surface du sol, une localisation jug�e plus efficace.</p><p>La Vigne est une grande consomma-</p><p>trice de fertilisants. En outre, on d�-</p><p>couvre chaque jour quelques carences en oligo-�l�ments, se traduisant par des alt�rations au cours des phases v�g�tatives.</p><p>Le potassium est de tous les �l�ments min�raux l�un des plus importants.</p><p>Les fumures organiques, par suite du r�le de l�humus dans la fertilisation, encouragent l�emploi de l�engrais vert et du compost. Les r�sidus de marc, apr�s extraction de tout ce qui peut �tre utile � l�alimentation ou � l�industrie, constituent un apport organique pr�-</p><p>cieux. Mais un exc�s d�humus peut �tre � l�origine de pourriture.</p><p>L�essentiel est de donner au vignoble une fumure �quilibr�e. Celle-ci ne peut �tre la m�me pour tous les sols et suivant la qualit� recherch�e, et chaque �l�ment peut avoir, par son exc�s ou d�faut, des cons�quences diff�rentes.</p><p>Il semble que la fumure trop azot�e ait une influence favorisante sur le d�veloppement de Botrytis cinerea.</p><p>La taille</p><p>La taille de la Vigne poss�de des r�gles g�n�rales, qu�on retrouve en arboricul-ture* fruiti�re, et ses r�gles propres, dict�es par le microclimat et les objectifs que l�on a choisis.</p><p>D�s les premi�res tailles, on structure le cep. La forme classique en gobelet tend progressivement � faire place � des formes paliss�es, plus ou</p><p>moins hautes, allant parfois vers la forme pergola.</p><p>On cherche � faciliter les travaux de la Vigne, r�colte comprise, s�effor�ant de structurer le vignoble pour y appliquer la m�canisation de la vendange et de tous les travaux d�entretien et de fertilisation. L�essentiel est de r�aliser une surface foliaire maximale afin de mieux utiliser les radiations solaires.</p><p>Les tailles suivantes annuelles, ou tailles d�hiver, conditionnent la productivit� et la maturation du raisin.</p><p>Entre ces deux facteurs, un �quilibre convenable doit �tre �tabli afin qu�on n�atteigne pas un rendement excessif, qui pourrait �tre suivi d�une maturit� insuffisante.</p><p>� ce sujet, la culture en Vigne haute provoque un retard dans la maturation ; ainsi, changer de mode de culture, c�est provoquer une modification du calendrier des vendanges.</p><p>� la taille d�hiver peuvent s�ajouter en cours de v�g�tation l��bour-geonnage, qui facilite la lutte contre les premi�res attaques du mildiou, l�effeuillage, plus ou moins discut�, et le rognage, appliqu� au moment de la floraison pour faciliter la nouaison.</p><p>La taille m�canique de la Vigne a �t� tent�e. Mais chaque cep a son individualit� propre. L��tat sanitaire du sarment, la position et le nombre d�yeux � conserver sont autant d��l�ments auxquels le tailleur doit r�fl�chir : la machine ne peut le faire.</p><p>La d�fense du vignoble</p><p>La pathologie et la parasitologie de la Vigne d�nombrent un nombre croissant d�accidents. On peut distinguer : les accidents climatiques, tels que gel�e, gr�le, inondation ; les maladies physiologiques, telles que coulure, brunis-sure, folletage, chlorose ; les maladies de carence et les intoxications par un exc�s de salinit� et d�acidit� ; les maladies � virus et les maladies bact�-</p><p>riennes ; les maladies cryptogamiques (o�dium, mildiou, excoriose, pourriture) ; les maladies dues aux Insectes (Phyllox�ra, Cochylis, Eud�mis, Arai-</p><p>gn�e rouge et autres Acariens).</p><p>Les maladies de carence int�ressent la connaissance du sol en microconstituants et leur r�le dans les phases v�g�-</p><p>tatives de la Vigne. Les intoxications par le calcium, l�exc�s de salinit� et d�acidit� peuvent �tre supprim�s sans cons�quence pathog�ne secondaire.</p><p>Les maladies d�origine virale sont, pour beaucoup, potentialis�es dans les sols d�s avant la plantation. Aussi faut-il r�aliser d�abord un bon �tat sanitaire du sol. Tous les vecteurs de viroses ne sont pas aussi connus que les N�matodes pour le court-nou�, et toutes les viroses n�agissent pas �galement sur la qualit� des r�coltes.</p><p>La lutte contre les viroses est essentiellement r�alis�e par la production d�un mat�riel v�g�tal exempt de virus, par la s�lection sanitaire et par la ther-moth�rapie (les plants malades sont soumis � l�action de la chaleur). La s�lection sanitaire est de beaucoup la plus importante.</p><p>Les maladies cryptogamiques ou</p><p>fongiques sont de deux sortes : les maladies � myc�lium superficiel, tributaire d�un traitement pr�ventif et curatif tr�s souvent efficace (c�est le cas de l�o�dium) ; et les maladies � myc�lium dans le corps du v�g�tal (feuille ou fruit), tributaire d�un traitement pr�ventif seulement (c�est le cas du mildiou).</p><p>Cette pr�vention exige une connaissance aussi exacte que possible de la biologie du parasite. En ce domaine, le calendrier de traitement peut �tre exactement fix� en fonction des conditions �cologiques g�n�rales et des conditions accidentelles.</p><p>C�est pourquoi un service d�aver-</p><p>tissement bien con�u et bien dirig� est fondamental. Il doit s�int�resser � la fois aux accidents m�t�orologiques et aux attaques parasitaires de la Vigne de quelque nature qu�elles soient.</p><p>La d�fense chimique contre les</p><p>Insectes d�pr�dateurs �volue en fonction du d�veloppement de l�emploi des produits de synth�se en remplacement</p><p>des insecticides habituels. La lutte biologique la remplace progressivement.</p><p>On fonde de grands espoirs sur la combinaison de ces deux moyens appel�e</p><p>� lutte int�gr�e �.</p><p>La d�fense contre les maladies d�origine fongique voit les produits de synth�se se substituer aux produits classiques � base de soufre et de cuivre. En retour, avec la disparition des bouillies habituelles, on voit appara�tre d�autres d�pr�dateurs (le Champignon Gui-gnardia baccae, provoquant l�excoriose, l�Araign�e rouge).</p><p>Les substances synth�tis�es par l�industrie poss�dent une tr�s grande activit�. Elles sont efficaces � tr�s faibles doses, qu�il s�agisse d�insecticides ou de fongicides. L�efficacit� exige l�extr�me division, c�est-�-dire que la r�partition de ces substances doit �tre aussi uniforme que possible, conform�-</p><p>ment � la pratique de d�fense efficace des v�g�taux. Le mode d��pandage a donc une tr�s grande importance.</p><p>Avec l�application de nouveaux</p><p>produits de d�fense du vignoble, on constate une modification de la flore bact�rienne du sol et en particulier de la flore levurienne, au point qu�aujourd�hui, dans la fermentation du mo�t, par exemple, l�esp�ce Torula, dont on ne conna�t pas le r�le exact, est en voie de disparition dans les fermentations spontan�es.</p><p>En outre, des produits r�siduaires souillent le raisin et sont entra�n�s ensuite dans le mo�t. Ils contrarient et m�me emp�chent parfois le d�clenchement de la fermentation alcoolique.</p><p>Ils peuvent m�me modifier l�activit� m�tabolique des levures.</p><p>Ces faits d�montrent bien qu�il ne s�agit plus de se pr�occuper simplement de la d�fense du vignoble, mais d�appr�cier auparavant les effets que tout produit peut avoir sur le d�roulement normal de la fermentation</p><p>alcoolique.</p><p>C�est un aspect nouveau de la d�-</p><p>fense du vignoble. Le dilemme est donc le suivant : ou l�on cr�era des vari�t�s plus r�sistantes aux maladies avec un emploi tr�s r�duit ou nul de produits</p><p>de d�fense, et sans effet oenologique regrettable, ou l�on pers�v�rera dans la voie actuelle et l�on sera amen�, en particulier, soit � laver le raisin avant sa mise en fermentation, soit � rechercher ou � cr�er des races de levures r�sistant aux inhibiteurs.</p><p>L�id�al est d�arriver � des c�pages franc de pied r�sistant � toutes atteintes pathog�nes et � tout accident clima-downloadModeText.vue.download 356 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11567</p><p>tique, et rendant inutile tout produit de d�fense quel qu�il soit.</p><p>Dans la Vigne de demain seraient</p><p>ainsi supprim�s les porte-greffes, toutes les cons�quences culturales qui en r�sultent et tous les produits de d�-</p><p>fense. La transformation ult�rieure du raisin ne serait plus contrari�e. L��conomie viticole serait consid�rablement am�lior�e.</p><p>En attendant, il importe de d�ve-</p><p>lopper et la lutte biologique et la lutte int�gr�e, et de donner au service de d�fense et de protection des v�g�taux encore plus d�efficacit�.</p><p>LES VINS ET LES D�RIV�S</p><p>DU RAISIN</p><p>L�oenologie est l�art d��laborer le vin, tout en fournissant d�autres d�riv�s du raisin : jus de raisin, mo�t concentr�, eaux-de-vie, trois-six, alcools, vinaigre. � ces produits s�ajoutent les d�-</p><p>riv�s du marc et des p�pins : mati�res colorantes, tartre, huile de p�pins de raisin, alcools sup�rieurs, etc.</p><p>Les constituants du raisin varient quantitativement et parfois qualitativement en fonction des conditions climatiques de l�ann�e, car le raisin est sensible aux atteintes de toute nature qui interviennent au cours des phases v�g�tatives de la vigne. � ces constituants initiaux s�ajoutent ceux qui r�-</p><p>sultent de la fermentation alcoolique et de l�activit� de micro-organismes</p><p>autres que les levures. On en conna�t actuellement pr�s de 300 et l�on a mis en �vidence l�importance essentielle des microconstituants.</p><p>Or, le traitement du raisin, puis des vins att�nue plus ou moins le taux et l�activit� des microconstituants, acides amin�s, vitamines, oligo-�l�ments.</p><p>Une variation dans les techniques, si l�g�re soit-elle, provoque des diff�-</p><p>rences qualitatives appr�ciables quel que soit le type de vin.</p><p>Qu�il s�agisse de vins blancs ou de vins rouges, la gamme est extr�mement vari�e. On peut classer les vins en fonction de l�ensemble des caract�res qui ont fait leur r�putation. En France, on trouve ainsi en haut de l��chelle les vins � appellation* contr�l�e et en bas les vins de consommation courante, en passant par les vins d�limit�s de qualit� sup�rieure et les vins de pays, ou vins personnalis�s. Les diff�rences ne sont pas toujours tr�s nettes entre deux cat�-</p><p>gories. Cette classification n�est pas immuable. La recherche de la qualit�, quels que soient les types de vin, peut r�duire les marges existantes entre certains d�entre eux.</p><p>La promotion et l�am�lioration des vins de pays, en particulier, vont provoquer d�heureuses transformations en cha�ne. Les positions acquises peuvent �tre remises en question. Les techniques de vinification doivent s�efforcer d�exalter les diff�rences encore existantes tout en am�liorant la qualit� de chaque type de vin. Encore convient-il que l�appr�ciation commerciale suive l�am�lioration qualitative.</p><p>Cette appr�ciation varie suivant la classe du vin : on utilise soit la d�gustation, soit le degr� alcoolique, ou encore l�association des deux, avec priorit�, dans ce cas, � la d�gustation.</p><p>L�application de l��talon degr�</p><p>alcoolique pour les vins du bas de l��chelle a incit� les producteurs � appliquer, en vinification, les techniques qui pouvaient en accro�tre le degr� : �raflage, s�lection par SO2 et par l�alcool (pour �liminer les levures les moins alcoog�nes), emploi de levains</p><p>aux levures les plus alcoog�nes.</p><p>Jug� sous cet angle, tout enrichissement est contraire � la qualit� hygi�-</p><p>nique des vins, surtout s�il est effectu� par du saccharose pur ou de l�alcool.</p><p>Ainsi s�alimente une campagne � an-tivin � qui, sous le couvert de luttes antialcooliques, assimile vin et alcool.</p><p>Cette assimilation est un non-sens, car il s�agit de produits tr�s diff�rents : le vin est une boisson ferment�e de composition tr�s complexe, et l�alcool est un produit distill� constitu� presque exclusivement par l�alcool �thylique.</p><p>C�est aussi une erreur, car il est d�-</p><p>montr� que vin et alcool n�ont pas le m�me comportement sur l�organisme animal. C�est que le vin a deux sortes de constituants antialcool : d�une part, ceux qui participent � la m�tabolisation de l�alcool, tels que la thiamine et le groupe de vitamines B ; d�autre part, ceux qui modulent en quelque sorte les effets de l�alcool, tels les produits polyph�noliques et les hydrates de carbone. Aussi la m�tabolisation de l�alcool est-elle plus rapide avec les vins qu�avec l�alcool.</p><p>Cette campagne est un avertisse-</p><p>ment. Il ne faut �laborer que des vins sans reproche sur le plan hygi�nique.</p><p>Pour cela, il convient d�utiliser les techniques de vinification inspir�es d�imp�ratifs biochimiques prioritaires.</p><p>Comme pour toutes les manipulations oenologiques, on ne peut donner que des r�gles g�n�rales avec des applications relatives. Il importe de savoir que le raisin, par sa composition, se suffit � lui-m�me, que le mo�t de raisin est le milieu privil�gi� pour les levures de fermentation et qu�en cons�quence il faut � aider la nature en fa�onnant convenablement le milieu � et non la violenter par des manipulations qui sont susceptibles d��liminer des facteurs biologiques utiles. Le vin ne peut �tre assimil� ni au cidre, ni � la bi�re, qui exigent des techniques plus compliqu�es.</p><p>Il faut bien constater que, jusqu�� pr�sent, le viticulteur n�a pas r�ussi � cr�er une industrie agricole � d�riv�e du raisin � ou aid� � la cr�er.</p><p>P�riodiquement, on identifie la mo-</p><p>dernisation de l��quipement des caves avec la promotion et le d�veloppement de la qualit�, mais en attachant une importance prioritaire et d�terminante � cette modernisation. On commet ainsi une erreur grave en confondant modernisation et am�lioration de la qualit�.</p><p>Ces deux �l�ments peuvent et doivent s�ajouter, mais ils ne doivent pas �tre confondus. La modernisation de l��quipement ne tient pas assez compte des progr�s faits dans la connaissance du raisin et du r�le biologique de ses constituants. En n�gligeant ceux-ci, quels que soient les �quipements, le vin ne sera jamais ce qu�il doit �tre sur le plan biologique.</p><p>Les progr�s dans l��quipement</p><p>doivent donc �tre fonction de ces imp�ratifs biologiques et non pas exclusivement des progr�s m�caniques et techniques. Cette hi�rarchie �tant bien �tablie, accept�e et rendue effective, alors pourra-t-on moderniser l��quipement avec des servitudes nouvelles et rationnelles command�es par l�oenologue.</p><p>Quand on confronte l��tat d�avan-</p><p>cement des recherches oenologiques (recherche fondamentale) et la pratique oenologique, on constate en g�n�ral un retard de celle-ci, aussi bien dans la downloadModeText.vue.download 357 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11568</p><p>p�riode qui pr�c�de la vinification que pendant et apr�s celle-ci.</p><p>La d�gustation permet bien un jugement avec les r�serves qu�exige la sub-jectivit�. Mais comment appr�cier les caract�res sanitaires et m�me nutritionnels d�importance fondamentale pour l�avenir de la consommation du vin ?</p><p>Ce n�est que par des �tudes de nature physiologique et des travaux sur les animaux et les hommes qu�on pourra mesurer ce double imp�ratif de la qualit� d�un vin.</p><p>Les donn�es analytiques ne suffisent plus. On sait, par exemple, que le vin a une activit� vitaminique C sup�rieure �</p><p>la dose d�acide ascorbique dos�. C�est qu�il s�agit ici d�effets synergiques favorables, avec d�autres constituants, certains polyph�nols en particulier.</p><p>Mais il peut y avoir des effets synergiques qui se contrarient.</p><p>Les essais physiologiques permettent de mesurer ces effets synth�tiques.</p><p>La maturation du raisin</p><p>On distingue la maturit� physiologique, stade o� le p�pin de raisin est susceptible de germer, de la maturit� proprement dite, atteinte au moment de la cueillette du raisin : cette derni�re est appel�e par certains maturit� industrielle, mais il est plus logique de l�appeler maturit� technologique, car les raisins d�un m�me c�page peuvent �tre cueillis � maturit� diff�rente en fonction du sort qu�on leur r�serve.</p><p>L�exemple typique est celui du Maca-beu, c�page roussillonnais, � partir duquel on peut �laborer soit des jus de raisin, soit du vin blanc, soit des vins sp�ciaux, tel que le V. D. N.</p><p>La maturation est un ph�nom�ne tr�s complexe, car elle d�pend du milieu (climat, nature du sol, exposition, fa�ons culturales, fumures) et de la plante (porte-greffes, c�pages, taille, �tat sanitaire).</p><p>Elle est marqu�e, � partir de la nouaison, par le grossissement du grain. � la v�raison, le grain se colore ou s��claircit s�il s�agit du raisin blanc. C�est le commencement de la phase finale, qui va de la v�raison � la maturit� recherch�e. La composition du grain varie consid�rablement, l�acidit� diminue, la richesse en saccharose augmente, les polyph�nols et les ar�mes s�accroissent, le volume du grain continue � grossir. On atteint ainsi un indice de maturit� g�n�ralement caract�ristique du c�page, et variant l�g�rement d�une ann�e � l�autre.</p><p>Au-del�, c�est la phase de surmaturation, recherch�e pour l��laboration de certains vins que l�on veut riches en alcool et sucr�s, parfois plus ou moins doux.</p><p>Dans certains cas, on peut proc�der �</p><p>une maturation artificielle. Deux conditions sont n�cessaires : d�abord que le raisin soit entier, que rafles et grains soient intacts ; ensuite que la temp�-</p><p>rature appliqu�e soit celle de r�actions enzymatiques. Au-del� de cette temp�rature, ces r�actions sont inhib�es, et l�on obtient une concentration de la masse de certains constituants, de l�acide malique en particulier.</p><p>La � maturation artificielle � du raisin bien r�alis�e serait pr�f�rable qualitativement � tout autre mode d�enrichissement ult�rieur.</p><p>La cueillette et le transport des raisins (vendanges) doivent ob�ir � des r�gles strictes. Il faut �viter l��clatement des grains de raisin, le tassement de ceux-ci dans le r�cipient du transport, l�a�ration du raisin plus ou moins foul� ou �cras�, a fortiori du mo�t, la possibilit� de fermentation pr�matur�e, l�apparition de casses oxydasiques et autres oxydations nuisibles.</p><p>C�est la condamnation de la ma-</p><p>chine � vendanger, tant qu�elle n�est pas adapt�e � de tels imp�ratifs. On recommande parfois la m�canisation pour les vignobles produisant les vins de consommation courante : or, la qualit�, fond�e sur les crit�res gustatif, hy-gi�nique et nutritionnel, est au moins aussi importante pour ces vins que pour tous les autres, car ils int�ressent la plus grande masse de consommateurs, et, en fin de compte, c�est avec cette classe de vins que se joue la sant� du consommateur.</p><p>Levures et micro-</p><p>organismes</p><p>Pratiquement, les levures du raisin se divisent en races les moins alcoog�nes, telles que Kloeckera apiculata, et en races les plus alcoog�nes, telles que Saccharomyces ellipsoideus.</p><p>Ces races se succ�daient naturellement dans la fermentation alcoolique du raisin. L�alcool produit, exer�ant ses facult�s s�lectives, �limine les K. apiculata d�s que sa dose atteint 4�.</p><p>Cette s�lection naturelle est � l�origine de la vinification � super-quatre �.</p><p>Avec l�emploi g�n�ralis� de SO2, l��limination des races les moins alcoog�nes est devenue syst�matique.</p><p>Si, dans une vinification spontan�e, la gamme de levures peut agir successivement, il n�en est rien avec l�emploi s�lectif, d�s le d�but, ou du SO2 ou de l�alcool, ou des deux � la fois.</p><p>Dans ces conditions, la fermentation alcoolique du raisin est due exclusivement � l�action des levures les plus alcoog�nes.</p><p>Mais la levure est productrice d��l�-</p><p>ments autres que l�alcool et utiles � l�homme, tels qu�acides amin�s indispensables et vitamine B. Il est donc int�ressant de rechercher les levures les plus aminog�nes et les plus vitaminog�nes, et, parmi celles-ci, les plus riches en acides amin�s indispensables, d�autant que ces constituants sont fondamentaux pour la m�tabolisation de l�alcool.</p><p>La recherche de la qualit� exige une r�vision de nos conceptions, sur le plan des industries alimentaires, de la classification et de l�emploi des levures ; elle d�montre la n�cessit� de cr�er des races nouvelles.</p><p>Le levurage avec apport de levures exog�nes, si souvent pr�conis� n�est valable qu�avec la st�rilisation pr�alable du milieu. Sans cela on ne sait pas si l�activit� fermentative est due aux levures apport�es ou aux levures existantes. De plus, il n�est pas du tout d�montr� que l�action exclusive des levures s�lectionn�es est pr�f�rable � celle des levures indig�nes.</p><p>Les �changes entre la levure et le milieu, c�est-�-dire entre la levure et downloadModeText.vue.download 358 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11569</p><p>le mo�t en fermentation ou le vin non encore soutir�, sont peu �tudi�s bien qu�ils soient essentiels pour la qualit� des vins, et sp�cialement celle des vins blancs. Ils servent m�me de base � cer-</p><p>tains modes de vinification, en particulier � l��laboration acc�l�r�e des vins mousseux.</p><p>En ne tenant compte que des �l�-</p><p>ments aminog�nes, vitaminog�nes et phosphoriques, ils sont caract�ris�s par deux ph�nom�nes essentiellement distincts : dans un premier temps, une consommation de ces �l�ments par la levure ; dans un second temps, une excr�tion de ces m�mes �l�ments par la levure, mais plus ou moins modifi�s qualitativement et quantitativement, car la levure a une action synth�tique certaine.</p><p>Cette excr�tion est due, d�une part, � une excr�tion proprement dite dans le cas de la levure vivante, et, d�autre part, � une autolyse des levures mortes.</p><p>Il y a restitution plus ou moins quantitative et qualitative si le contact entre levure et milieu est assez prolong�.</p><p>Ces enrichissements postfermentaires accroissent notablement la valeur hy-gi�nique des vins. Mais n�y a-t-il pas une diff�rence qualitative et quantitative entre produit d�excr�tion (levure vivante) et produit d�autolyse (levure morte) ?</p><p>Les levures ont une propri�t� importante trop peu utilis�e : leur pouvoir r�ducteur, variable en particulier d�une race � une autre.</p><p>En fait, en associant les pouvoirs r�ducteurs des parois cellulaires du raisin, qui constituent les fines bourbes, et le pouvoir r�ducteur des levures, on dispose d��l�ments capables d��viter l�emploi syst�matique de r�ducteurs exog�nes, tels que le SO2 et l�acide ascorbique.</p><p>Les produits secondaires de la fermentation alcoolique, reconnus de plus en plus nombreux, voient leur r�le mieux pr�cis�. La connaissance du bouquet des vins y a gagn�.</p><p>Ainsi, peu � peu, en pr�cisant l�importance de l�ar�me des vins et de leur bouquet, en constatant l�importance de la d�gustation pour choisir le vin le plus agr�able, est-on parvenu � attribuer � la d�gustation l�importance qu�elle n�aurait jamais d� perdre, quelle que soit la nature des vins.</p><p>La fermentation malo-lactique est syst�matiquement �tudi�e depuis une vingtaine d�ann�es environ. Elle a pour objet de provoquer et de ma�triser la transformation de l�acide malique en acide lactique et, par cons�quent, une diminution de l�acidit� des vins. Or, cela n�est pas toujours souhaitable.</p><p>Ces recherches, importantes sur le plan scientifique, ne donnent pas encore une ma�trise satisfaisante dans le domaine des applications. Il existe cependant des techniques de vinification qui permettent d�atteindre partiellement ce r�sultat, gr�ce � un m�tabolisme cellulaire du raisin, comme dans le cas de la � mac�ration carbonique �. Cela est, en tout point, pr�f�rable � des additifs microbiens susceptibles de provoquer des effets pathog�nes.</p><p>Vinification</p><p>Deux principes essentiels commandent la transformation du raisin en vin, quelle que soit la nature du vin que l�on veut �laborer.</p><p>Tout d�abord, il faut �viter toute manipulation provoquant, avant l�arriv�e en cuve, l��clatement du grain, la dilac�ration des rafles dans le cas de l��raflage et, a fortiori, le foulage du raisin. Ainsi seront supprim�s des oxydations ind�sirables, des go�ts de rafle d�sagr�ables, des d�parts en fermentation pr�matur�s et, �ventuellement, des clarifications difficiles. L�air est, d�une fa�on g�n�rale, l�ennemi d�une bonne vinification. Les remontages � l�air, encore recommand�s par certains, sont � d�conseiller, sauf dans quelques cas, fort rares d�ailleurs.</p><p>Ensuite, il convient d��viter tout contact avec les mat�riaux susceptibles de se dissoudre ou de c�der une partie de leurs constituants au vin : fer, cuivre, plomb, calcium. On se pr�serve ainsi des casses m�talliques et d�une d�sacidification ind�sir�e.</p><p>Les vins se divisent en deux grandes cat�gories, les vins blancs et les vins rouges, auxquelles correspondent deux types de vinification essentiellement distincts. Les vins ros�s sont assimi-lables, par leur technique d��labora-</p><p>tion, aux vins blancs, sauf pour la technique dite � par saign�e �, o�, suivant la dur�e d�encuvage et la temp�rature, une l�g�re mac�ration peut se produire.</p><p>Les vins blancs r�sultent en g�n�ral de la fermentation exclusive du mo�t de raisin plus ou moins clarifi�. Le d�bourbage, qui pr�side la mise en fermentation, est inutile si la vendange, convenablement trait�e, est saine et propre. Dans le cas contraire, la s�dimentation en bourbes fines en haut et en bourbes grossi�res en bas doit �tre rapide, sans a�ration et � l�abri de l�air.</p><p>On doit l�ex�cuter de pr�f�rence par le froid. La centrifugation, qui a fait de grands progr�s, peut donner de bons r�sultats. En tout cas, elle a l�avantage de la rapidit�.</p><p>Par leur composition, les vins blancs n�ont pas la valeur hygi�nique et nutritionnelle des vins rouges. Leur carence en extraits exige une richesse plus grande en produits d�excr�tion de la levure.</p><p>Pour les vins rouges, � la fermentation du mo�t s�ajoute une mac�ration des constituants solides avec ou sans rafles du raisin dans le mo�t. Ces deux op�rations se succ�dent quand elles sont s�par�es, et elles s�associent quand elles sont simultan�es. Ce dernier cas est actuellement le plus habituel.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, la fermen-</p><p>tation du mo�t, seule, peut �tre plus facilement ma�tris�e et peut b�n�ficier des avantages de la fermentation continue, qu�il ne faut pas confondre avec la vinification continue, aux servitudes bien diff�rentes.</p><p>Dans le cas de fermentation et de mac�ration simultan�es, la temp�rature et la dur�e de mac�ration ont une grande importance, qualitative et quantitative, sur la dissolution des mati�res extractives caract�ristiques du vin. Un cuvage trop court donne une dissolution insuffisante de mati�re colorante et des produits d�excr�tion de la levure.</p><p>L�objectif prioritaire des techniques de vinification est de donner au vin, avec une sapidit� satisfaisante, une valeur hygi�nique et nutritionnelle aussi</p><p>grande que possible. Or, les produits odorants et sapides ainsi que les pigments color�s se trouvent concentr�s, dans la g�n�ralit� des cas, dans les pellicules.</p><p>Dans ces conditions, toute technique qui ne permet pas une migration suffisante de ces constituants est � pros-crire, quelles qu�en soient les commodit�s d�application.</p><p>Dans la pratique, on a le choix entre quatre types de vinification :</p><p>� les vinifications habituelles, avec foulage des raisins, �raflage ou non, les cuvages �tant plus ou moins prolong�s (la vinification superquatre en est un cas particulier) ;</p><p>� la vinification continue, pour la simplification des op�rations et en particulier pour faciliter l�extraction du marc ;</p><p>� le chauffage de la vendange, qui permet de rechercher l�automatisation du travail et d��viter les m�faits de la pourriture ;</p><p>� la mac�ration carbonique, qui permet aux actions enzymatiques naturelles de se d�velopper au maximum.</p><p>Les enzymes oxydatives sont momentan�ment inhib�es par l��tat d�ana�robiose du milieu.</p><p>Sur le plan qualitatif, les deux derni�res techniques sont � pr�f�rer aux autres. � l�usage, la vinification continue, qu�il ne faut pas confondre avec la fermentation continue, se classe au dernier rang. � ce titre, elle devrait �tre proscrite.</p><p>La temp�rature du raisin ou du mo�t en fermentation a une tr�s grande importance sur l�allure de la fermentation et la qualit� du vin obtenu.</p><p>� la temp�rature du raisin encuv� s�ajoute, plus ou moins en totalit�, la temp�rature de fermentation alcoolique du mo�t. On a calcul� que, pour une production de 3� d�alcool par jour, la temp�rature s��l�ve de 7 �C. Au bout de trois jours, l��l�vation serait de plus de 20 �C s�il n�y avait pas de d�perdi-tion de chaleur.</p><p>Si donc la temp�rature du raisin encuv� est comprise entre 20 et 30 �C, on risque d�atteindre des temp�ratures critiques, au-del� desquelles on peut craindre des arr�ts de fermentation et des accidents microbiens, tels que la piq�re lactique ou ac�tique.</p><p>Mais on peut redouter aussi, par</p><p>suite d�effets climatiques, des temp�ratures de fermentation trop basses avec fermentation trop lente. Cela serait sans gravit� si ces temp�ratures s�effectuaient � l�abri de l�air.</p><p>L��raflage provoque une �l�vation de temp�rature qui peut atteindre 5 �C.</p><p>La temp�rature critique de 35 �C peut donc �tre atteinte, alors qu�elle ne l�est pas pour une m�me vendange non</p><p>�rafl�e.</p><p>On note des cas o� basses et hautes temp�ratures n�arr�tent pourtant pas la fermentation alcoolique. On se trouve alors en pr�sence de flores thermo-philes ou cryophiles.</p><p>En raison d�insuffisance de cuve-</p><p>ries, on a souvent tendance � rechercher une plus grande vitesse de</p><p>fermentation, ce qui augmente la temp�rature de fermentation et accro�t les inconv�nients.</p><p>Tout d�abord, il y a dans l�unit� de temps un plus grand d�gagement de chaleur avec �l�vation de temp�rature correspondante. Ensuite, le d�gagement plus rapide de CO2 provoque un plus grand entra�nement des produits volatils, constituants fondamentaux du bouquet. Certes, on peut envisager un appareillage de r�cup�ration, mais rien ne vaut une vitesse raisonnable de fermentation, qui limite la temp�rature downloadModeText.vue.download 359 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11570</p><p>entre 25 et 30 �C dans les cas les plus g�n�raux.</p><p>Les maladies des vins</p><p>et leur traitement</p><p>L�origine des maladies est fort vari�e :</p><p>mauvais �tat sanitaire du raisin, traitement de pr�vinification et de vinification d�fectueux, mauvaise hygi�ne de la cave, des cuves et du mat�riel, mat�riaux inadapt�s, soins post�rieurs insuffisants ou intempestifs.</p><p>Dans cette liste, on peut constater que la responsabilit� de l�oenologue est bien souvent engag�e. Seul lui �chappe l��tat sanitaire du raisin, alt�r� par des moisissures ou des Bact�ries ou souill� de terre. On peut agir pr�ventivement contre ces alt�rations avant la vinification.</p><p>Les casses m�talliques �tant la</p><p>cons�quence de m�taux ind�sirables, tels que le fer et le cuivre, l��limination de ceux-ci �vite en m�me temps de tels accidents.</p><p>Les casses oxydasiques, qui se manifestent au contact de l�air, sont �vit�es en milieu ana�robie. Non seulement les enzymes correspondantes sont inhib�es pendant la fermentation alcoolique, mais, en outre, il n�est pas impossible que certaines servent d�aliment prot�ique � la levure et disparaissent en cours de vinification ou au cours de la conservation du vin sur lie.</p><p>Les maladies microbiennes sont de deux sortes : les maladies ana�robies et les maladies a�robies. Ces derni�res, comme l�ascescence et la maladie de la fleur, sont �vit�es si le milieu est maintenu � l�abri de l�air. Le d�veloppement de la conservation des vins sous gaz inerte est une garantie certaine.</p><p>Les maladies ana�robies, bien plus graves, ont surtout comme origine un mauvais �tat sanitaire de la cave et du mat�riel, un mauvais entretien des cuves. On peut inhiber d�abord ces agents pathog�nes, puis les �liminer par action convenable de SO2, par collage ou filtration.</p><p>En dehors de ces traitements pr�ventifs ou curatifs, on a tendance � multiplier les traitements dans les mo�ts et les vins trop souvent sans raison valable.</p><p>Or, les raisins et le vin � par leur composition � se distinguent fondamentalement de tous les autres fruits</p><p>et de toutes les autres boissons ferment�es. Le mo�t de raisin, en effet, est un milieu privil�gi� pour la fermentation alcoolique. La qualit� et le taux de son acidit� ainsi que ses constituants ph�-</p><p>noliques en font un milieu inhibiteur pour bon nombre d�agents pathog�nes.</p><p>Avec un raisin normal et une technique de vinification tenant compte de nos connaissances physiologiques, biologiques et physico-chimiques, on peut �laborer un vin se suffisant � lui-m�me</p><p>� et pour sa maturation et pour sa conservation ult�rieure � en se limitant aux pr�cautions ordinaires de propret� et d�hygi�ne.</p><p>La multiplication des traitements d�ordres physique, physico-chimique et chimique est trop souvent une cons�-</p><p>quence de l�application de techniques de vinification d�fectueuses.</p><p>Parmi les traitements, il faut distinguer les traitements classiques et naturels, tels que les soutirages p�riodiques.</p><p>En la circonstance, on ne doit jamais oublier que l�air est plut�t malfaisant que bienfaisant, sauf dans quelques cas bien pr�cis, quand des constituants de forme r�duite donnent mauvaise odeur.</p><p>Les filtrations et les collages subissent des progr�s r�els, aussi bien du c�t� des mat�riaux que du c�t� de l�appareillage. La recherche d�une limpidit� parfaite est � l�origine d�exigences de plus en plus grandes et de la multiplication des op�rations ; on va m�me jusqu�� la recherche du vide microbien.</p><p>Une filtration tr�s pouss�e ne se fait pas sans diminuer le potentiel qualitatif du vin. Ici s�opposent la qualit� apparente, o� la limpidit� est facteur d�terminant, et la qualit� r�elle, avec un maximum de valeur hygi�nique</p><p>et nutritionnelle. Dans le premier cas, les microconstituants, tels que vitamines B, acides amin�s, oligo-�l�-</p><p>ments, sont en partie �limin�s. Dans le second cas, ils sont conserv�s.</p><p>Le traitement raisonnable des raisins et la conduite convenable des vinifications conditionnent finalement une limpidit� satisfaisante.</p><p>C�est dire que collage et filtration,</p><p>surtout, contrairement � la tendance actuelle, ne devraient �tre appliqu�s que dans des cas bien d�finis et limit�s.</p><p>Le vieillissement et la stabilisation des vins sont des termes impropres. Le vin est essentiellement un milieu biologique en �volution permanente. Rapide au d�but, plus lente ensuite, cette �volution est marqu�e par des ph�nom�nes visibles (pr�cipitations, changements de couleur, d�gagement de CO2) et par d�autres invisibles (�changes �ventuels entre levures et milieu, est�rification, polym�risation, qui, suivant l��tat de condensation, peuvent donner lieu � des pr�cipitations [mati�res tanno�des]) ; enfin, des ph�nom�nes microbiens ou enzymatiques transforment les substrats, tels que l�alcool, la glyc�rine et les acides.</p><p>En fait, on doit distinguer trois �ges dans la vie d�un vin : sa jeunesse, pendant laquelle l�am�lioration gustative se poursuit ; sa maturit� proprement dite, o� le vin a acquis une certaine pl�nitude de qualit�s ; enfin la phase de s�nescence, o� le vin perd de plus en plus ses qualit�s. La technologie des vins doit tendre � acc�l�rer la premi�re phase, � prolonger le plus possible la deuxi�me et � retarder la troisi�me.</p><p>En derni�re analyse, la stabilisation n�est autre chose que la pasteurisation.</p><p>Celle-ci a �volu� favorablement �</p><p>dans sa conception et surtout dans sa r�alisation � au fur et � mesure que progressaient les sciences nutritionnelles et microbiennes ainsi que la connaissance du raisin et du vin. Elle est devenue � la fois plus exigeante, plus d�licate et plus efficace. Elle ne peut �tre r�alis�e que par l�action de hautes temp�ratures st�rilisant le milieu, d�truisant les micro-organismes, ce qui est souhaitable, mais aussi les enzymes, ce qui, pour certains, est fort regrettable. Ces actions thermiques sont suivies de collage et de filtration plus ou moins pouss�s. Des microconstituants pr�cieux, quelques oligo-</p><p>�l�ments et vitamines, sont �limin�s.</p><p>Le potentiel biologique qu�avait le vin avant traitement est ainsi diminu�.</p><p>Mais le plus grave, c�est que ces</p><p>traitements appliqu�s au cours de la premi�re phase de maturation d�sorganisent celle-ci. L��volution biologique est contrari�e. La stabilisation ne devrait intervenir qu�� la fin de la deuxi�me phase. De toute fa�on, le potentiel biologique se trouve diminu�.</p><p>Pour la conservation des vins, une �re nouvelle a d�but� avec l�usage syst�matique des atmosph�res protectrices contre toute oxydation. On emploie soit l�azote, soit le gaz carbonique, ou bien un m�lange des deux, ou enfin l�argon.</p><p>Cette protection est fondamentale pour les vins blancs et les vins � consommer jeunes.</p><p>Les vins soumis � maturation n�ont pas la m�me exigence. Mais l�influence downloadModeText.vue.download 360 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11571</p><p>de l�air doit �tre progressive. La fixation de l�oxyg�ne n�est pas la m�me dans le cas d�apport massif que dans le cas d�apport lent ; celui-ci permet au syst�me d�oxydor�duction</p><p>existant dans les vins de fonctionner normalement.</p><p>Les traitements, en dehors de traitements classiques, aboutissent trop souvent, en fin d�analyse, � tromper le consommateur, surtout quand il s�agit du m�lange de vins.</p><p>Si l�on invoque la n�cessit� d�uniformiser la production, c�est faire peu de cas du d�sir du consommateur ; une propagande insidieuse a, sans nul doute, d�form� le go�t et l�a mal inform� sur les caract�res naturels du bon vin, variables, �videmment, en fonction de l�ann�e ; or, le consommateur souhaite des caract�res aussi proches que possible d�une ann�e � l�autre.</p><p>Ainsi est n� le � m�lange des vins �, expression qui m�rite d��tre pr�cis�e.</p><p>Dans le m�lange, on devrait dis-</p><p>tinguer l�assemblage et le coupage.</p><p>L�assemblage consiste � m�langer des vins d�origine identique se compl�tant harmonieusement en constituants et en valeur gustative. Les traitements</p><p>ult�rieurs sont alors r�duits au minimum. Le coupage est le m�lange de vins trop souvent inconsommables</p><p>par nature avec des vins � correctifs � ou am�liorants. Aussi ces vins sont-ils appel�s parfois vins m�decins.</p><p>Les coupages exigent des traitements assez nombreux, dont on conna�t les inconv�nients.</p><p>Pour justifier le coupage des vins et les traitements divers qu�ils subissent, on invoque le go�t du consommateur, qu�on croit fix� une bonne fois pour toutes. En fait, les go�ts sont variables, et rechercher l�uniformit�, c�est agir contrairement aux aspirations des groupes et des individus.</p><p>Ce qui est essentiel, c�est de donner au consommateur un vin irr�prochable quant � ses qualit�s r�elles. Uniformit� et limpidit� cristalline sont deux caract�res dont le consommateur doit se m�fier. Quand on confronte les qualit�s des vins provenant d�une vinification o� les constituants des raisins sont utilis�s et conserv�s au maximum, o� les levures ont c�d� les mat�riaux utiles, pour le d�veloppement de la qualit� recherch�e, aux vins de coupage, victimes de manipulations nombreuses, d�additifs excessifs en nombre, on aboutit � la remarque suivante : si l�on est partisan d�une qualit� r�pondant aux crit�res de plaisir gustatif et de valeur hygi�nique et nutritionnelle, le vin de coupage doit devenir de plus en plus rare. Car celui-ci, par suite des op�rations multiples qu�il a subies, est d�charn� avec l��limination des constituants pr�cieux indiqu�s plus haut. Il est �vident que, si le coupage tend vers l�assemblage et si les traitements diminuent, l�alt�ration sera moins grave.</p><p>Parmi les traitements autoris�s,</p><p>voici quelques observations sur l�enrichissement des mo�ts et des vins et la d�sacidification.</p><p>L�enrichissement des mo�ts est</p><p>pratiqu� exceptionnellement dans les ann�es � maturit� insuffisante. Sa r�-</p><p>glementation se limite dans le temps et l�espace. Cet enrichissement peut �tre ex�cut� de diff�rentes fa�ons. La m�thode la plus �conomique est sujette � fraude : c�est l�addition de saccha-</p><p>rose, ou sucrage, ou chaptalisation, ou gallisation. L�addition de mo�ts concentr�s est plus rationnelle, car elle favorise l��quilibre alcool/extraits. Sur le plan socio-�conomique, le sucrage est un facteur de division viticole, alors qu�une r�glementation d�emploi de la production et d�emploi du mo�t concentr� serait un facteur d�union.</p><p>La concentration partielle de la totalit� des mo�ts peut donner d�excellents r�sultats. Cela d�pend de la composition du mo�t. La concentration des vins par le froid, surtout, rompt l��quilibre naturel entre ses constituants. Le d�s�-</p><p>quilibre est d�autant plus grand que la concentration est �lev�e ; en particulier, le rapport alcool/extrait augmente et le rapport acide tartrique/acidit� totale diminue. Les vins deviennent plus alcoolisants, ce qui diminue leur valeur hygi�nique. L�enrichissement des vins par concentration partielle des mo�ts ou addition de mo�ts concentr�s est pr�f�rable, m�me s�il s�agit de vins sp�ciaux ; c�est malheureusement une addition d�alcool.</p><p>La d�sacidification est une op�ration tr�s d�licate et complexe par ses r�sultats ; les sels sodiques sont interdits. �</p><p>tout prendre, le m�lange des vins doit �tre pr�f�r� � cette m�thode.</p><p>M. F.</p><p>&amp; J. Renaud, Biologie du vin (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1950 ; 2e �d., 1963). / R. Dion, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe si�cle (l�auteur, Paris, 1959). /</p><p>J. Lafon et P. Couillaud, Maladies et parasites de la vigne (Bailli�re, 1959-60, 2 vol. ; nouv. �d., 1966). / M. A. Amerine et W. V. Cruess, The Technology of Wine Making (Westport, Connect., 1960 ; 3e �d., avec la coll. de H. W. Berg, 1972).</p><p>/ J. Carles, la Chimie du vin (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1960 ; 2e �d., 1966). / J. Rib�reau-Gayon et E. Peynaud, Trait� d�oenologie (B�ranger, 1960-61 ; 2 vol.). / B. Blanchet, Code du vin et textes vitivinicoles fran�ais et communautaires (�d. de la Journ�e vinicole, Montpellier, 1961 ; nouv. �d., 1968). / L. Levadoux, la Vigne et sa culture (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 2e �d., 1966). / L. Orizet, les Vins de France (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964 ; 2e �d., 1969). / M. Chauve � et A. Reynier, Manuel de viticulture (Bailli�re, 1967). / A. Lichine et coll., Encyclopedia of Wines and Spirits (New York,</p><p>1967 ; trad. fr. Encyclop�die des vins et alcools, Laffont, 1972). / G. Debuigne, Dictionnaire des vins (Larousse, 1969). / H. Johnson, The World Atlas of Wine (New York, 1971 ; trad. fr. l�Atlas mondial du vin, Laffont, 1972). / E. Peynaud, OEnologie pratique. Connaissance et travail du vin (Dunod, 1971). / P. G. Garoglio, Enci-clopedia vitivinicola mondiale (Milan, 1973).</p><p>/ J. Branas, Viticulture (Impr. P. Dehan, Montpellier, 1974). / P. Galet, C�pages et vignobles de France (Impr. P. Dehan, Montpellier, 1974).</p><p>On peut �galement consulter le Bulletin de l�Office international du vin (Paris, 1935 et suiv.) et les Annales de l�am�lioration des plantes (Institut nat. de la recherche agronomique, 1951 et suiv.).</p><p>Vignole (le)</p><p>En ital. IL VIGNOLA, surnom de Iacopo BAROZZI, architecte italien (Vignola 1507 - Rome 1573).</p><p>N� d�un p�re milanais et d�une m�re allemande, Iacopo apprend la peinture � Bologne et s�int�resse � la perspective et � l�architecture. Venu � Rome, il travaille au Vatican avec Peruzzi*</p><p>et Sangallo* le Jeune, fait des relev�s de monuments et devient secr�taire de l�Acad�mie vitruvienne. Charg� de reproduire des statues antiques pour le roi de France, il vient en 1541 � Fontainebleau* avec ses moules, ex�cute des fontes et d�core les jardins. De retour � Bologne, il se souviendra au palazzo Bocehi du mani�risme du Primatice* et de Serlio* ; mais une cabale lui enl�ve la direction (assum�e depuis 1543) de la fabrique de San Petronio et le force � partir pour Rome.</p><p>Le Vignole va construire pour</p><p>Jules III la villa Giulia (1551-1555</p><p>[aujourd�hui Mus�e �trusque], avec Bartolomeo Ammannati et Vasari*)</p><p>et travailler pour les Farn�se � la fa-</p><p>�ade post�rieure de leur palais. Pour le cardinal Alexandre Farn�se, il �l�ve � Caprarola, pr�s de Viterbe, un autre palais (1559-1573) : cercle inscrit dans un pentagone (fortification pr�existante) selon une disposition qu�admirera Montaigne, le tout associ� � une sc�nographie ascensionnelle. On lui doit d�autres palais, des villas et leurs jardins (villa Lante � Bagnaia, pr�s de Viterbe, � partir de 1566). S�il refuse de r�aliser l�Escorial, le Vignole ex�-</p><p>cutera du moins en 1572 la synth�se</p><p>de vingt-deux projets de concours, qui sera utile � Juan de Herrera.</p><p>� Rome, apr�s avoir �lev� la fa�ade ext�rieure de la porte du Peuple en 1561, il succ�de � Michel-Ange* sur le chantier de Saint-Pierre et ajoute les petites coupoles lat�rales. � Assise, � P�rouse, il b�tira des �glises. Mais son apport v�ritable � l�art religieux r�side d�abord dans deux chapelles romaines (Sant�Andrea sulla Via Fla-minia, 1554 ; Sant�Anna dei Palafre-nieri, au Vatican, projet de 1567 r�alis� � partir de 1572), toutes deux de plan ovale et en rupture avec le principe renaissant d�unit� organique par l�absence de lien entre l�ext�rieur et l�int�rieur. Ce caract�re est encore plus marqu� � l��glise du Ges� (commenc�e en 1568), o� le Vignole revient au plan en longueur. Non pas celui qui fut adopt� par Alberti* � Sant�Andrea de Mantoue, avec de grandes chapelles butant visiblement la nef, mais un plan g�n�rateur d�un espace unifi�, o� les chapelles basses n�ont pas de r�le actif.</p><p>downloadModeText.vue.download 361 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11572</p><p>En fa�ade, un ordre unique est pr�vu ; le Vignole n�est donc pas responsable des ordres que superposera Giacomo Della Porta (v. 1540-1602), non plus que du d�cor int�rieur de l��difice.</p><p>La grande �glise j�suite de Rome va servir, deux si�cles durant, d�exemple conforme aux principes �nonc�s par le concile de Trente*.</p><p>Dans une tout autre voie, le Vignole devait conna�tre un succ�s encore plus durable. Dans l�esprit de Serlio* et de Palladio*, il publie en 1562 une R�gle des cinq ordres d�architecture, maintes fois r��dit�e et adapt�e jusqu�� nos jours. Avec lui, la simplicit� triomphe, aussi bien dans les rapports modulaires que par une expression graphique prenant le pas sur les commentaires vitruviens de ses devanciers. Malheureusement, la m�thode visuelle favorise le poncif, et des g�n�rations d��l�ves �</p><p>ou de professeurs � ne verront dans</p><p>� le Vignole � qu�une morphologie �l�mentaire, un recueil de formules,</p><p>aussi arbitraires que celles de la sc�-</p><p>nographie (passionn� par l��tude de la perspective, l�artiste lui consacra un autre trait�, �dit� en 1583 par Egnazio Danti).</p><p>Le renom exemplaire d� au Ges�, et plus encore au trait� des ordres, vaut au Vignole de faire figure de l�gataire de la Renaissance ; cela pourrait suffire � sa gloire, mais laisserait dans l�ombre tout ce qui, dans son oeuvre, appartient d�j� � l�esprit baroque.</p><p>H. P.</p><p>&amp; G. K. Loukomski, Jacques Vignole, sa vie, son oeuvre (Vincent, Fr�al et Cie, 1927). / P. Esqui�, Vignole (Massin, 1946). / M. Walcher-Ca-sotti, Il Vignola (Triestre, 1960 ; 2 vol.). / G. La-brot, le Palais Farn�se de Caprarola. Essai de lecture (Klincksieck, 1970).</p><p>Vignon (Claude)</p><p>Peintre et graveur fran�ais (Tours 1593 - Paris 1670).</p><p>On est loin d�avoir identifi� la centaine de tableaux que lui attribuait peu apr�s sa mort l�historien Guillet de Saint-Georges. Certaines oeuvres ne nous sont connues que par des</p><p>eaux-fortes d�un style tr�s libre dues � l�artiste lui-m�me : ainsi les Corps de saint Pierre et de saint Paul dans le m�me s�pulcre (1620). Pour ce qui est des �tapes de sa vie, les incertitudes restent nombreuses. Son s�jour � Rome se situe sans doute entre 1616</p><p>(ann�e de sa r�ception dans la communaut� des peintres de Paris) et 1627</p><p>(ann�e de son entr�e en charge dans ladite communaut�), mais on a aussi avanc� la date de 1610. Vignon �tudia sans doute avec Georges Lallemand (� 1635), dont l�Adoration des Mages du mus�e de Lille a longtemps �t� attribu�e � Vignon.</p><p>La premi�re oeuvre sign�e et dat�e que l�on connaisse est le Martyre de saint Matthieu (1617, mus�e d�Arras), qui suppose la connaissance du tableau homonyme du Caravage* �</p><p>Saint-Louis-des-Fran�ais. La violence du mouvement et des jeux de lumi�re (sans t�n�brisme toutefois) ainsi que les types populaires s�en rapprochent,</p><p>alors que la composition compacte fait penser � Hendrik Terbrugghen (1588-1629).</p><p>� Rome, o� il v�cut sans doute</p><p>jusqu�en 1624, Vignon connut Simon Vouet*, avec qui il semble avoir entretenu d��troites relations. Appr�ci� du milieu des m�c�nes, il gagna le prix d�un concours organis� par le cardinal Ludovico Ludovisi, neveu de Gr�-</p><p>goire XV, pour une toile repr�sentant les Noces de Cana (disparue de Potsdam en 1945). De cette p�riode romaine datent beaucoup des oeuvres de Vignon actuellement connues : l�Adoration des Mages (1619, Dayton Art Institute, �tats-Unis), dont le style scintillant est tr�s caract�ristique ; le Portrait de jeune homme (v. 1615-1618, Althorp House, pr�s de Northampton) pr�c�-</p><p>demment attribu� � Domenico Fetti et dont la curieuse facture correspond aux remarques de Roger de Piles : Vignon mettait ses teintes en place � sans les lier � ; le David avec la t�te de Goliath (v. 1620-1622, collection priv�e, �tats-Unis), caract�ristique par le brio th��-</p><p>tral que Vignon applique � un sujet tragique, parant David d�une coiffure pleine de fantaisie ; etc. Le Jeune Chanteur du Louvre (1622 ou 1623) fut un moment attribu� � Fragonard, ce qui est un signe de la libert� et de l�audace de sa facture, qui inspire aujourd�hui des rapprochements moins os�s avec des Hollandais comme Terbrugghen et Dirck Van Baburen (v. 1590-1624).</p><p>Dans son ensemble, l�oeuvre de Vignon t�moigne d�une grande diversit� de sources, ce qui ne facilite pas la t�che de l�historien. Outre l�influence de Vouet, il faut noter particuli�rement celle des peintres v�nitiens, tel Domenico Fetti (v. 1589-1624), dont on pourrait retrouver les contrastes de couleurs et les emp�tements dans l�Adoration des Mages de Dayton et dans la toile du m�me sujet de l��glise Saint-Gervais-Saint-Protais � Paris.</p><p>Grand voyageur, et quelque peu</p><p>aventurier, l�artiste se rendit plusieurs fois en Espagne ; la seconde fois entre 1625 et 1628, sur l�ordre de la reine Marie de M�dicis, avec mission de lui fournir des � tableaux et ouvrages de marbre �. Il semble que ces contacts</p><p>aient fortement marqu� sa mani�re.</p><p>Plus tard, en retour, un Vald�s Leal*</p><p>devra, semble-t-il, une partie de son style � des oeuvres de Vignon vues dans son pays.</p><p>Install� � Paris, le peintre �volua vers des compositions plus a�r�es et des couleurs plus claires (Cr�sus [?], 1629, mus�e de Tours). Il retourna sans doute � Rome plusieurs fois, comme expert et peut-�tre comme marchand.</p><p>De deux mariages successifs, il eut de nombreux enfants (dont deux peintres : Claude Fran�ois [1633-1703] et Philippe [1638-1701]) et fut sans doute pouss� par la n�cessit� � cette facture exp�ditive qui le caract�rise et � laquelle, d�ailleurs, l�inclinait son temp�rament. Il ne semble pas que sa r�ception � l�Acad�mie (1653), o� il enseigna, ait modifi� son style. Des oeuvres tardives � la Circoncision de 1652 (Greenville, �tats-Unis) ou le Lavement des pieds de 1653 (Nantes, mus�e des Beaux-Arts) � expriment de nouveau l�atmosph�re onirique des toiles de sa jeunesse.</p><p>Il est difficile de d�limiter exactement l�influence de Vignon, artiste c�-</p><p>l�bre en son temps. Signalons, cependant, qu�elle s�est sans doute exerc�e downloadModeText.vue.download 362 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11573</p><p>sur le jeune Rembrandt* par l�interm�-</p><p>diaire de l�estampe.</p><p>E. P.</p><p>Vigny (Alfred de)</p><p>�crivain fran�ais (Loches 1797 - Paris 1863).</p><p>Assigner aux jeunes gens de l�avenir une confrontation par d�cennie, c�est s�en remettre, pour sa survie, au plus impitoyable des juges. Tel est pourtant le pari engag� par Vigny avec la post�rit� dans la derni�re strophe du dernier po�me de son dernier recueil. Le contrat avec l�Esprit pur n�a pas toujours �t� reconduit avec la m�me bonne gr�ce, mais nous disposons, depuis</p><p>quelques ann�es, de documents plus complets qui nous permettent de modifier notre � lecture � de Vigny, en ajoutant � la liste traditionnelle de ses �crits le texte de nombreuses lettres, celui de ses M�moires et de ses carnets les plus intimes. Ces derni�res d�couvertes font quelque peu vaciller l�image de l�ange blond ou du cygne, autant que celle de l�occupant solitaire de la tour d�ivoire.</p><p>Une critique �clair�e a su ramener cependant � leur juste place des �panchements �rotiques, des pr�occupations de marchand de cognac et un z�le policier dont on a exag�r� l�importance en les isolant d�un ensemble v�cu. Il se trouve que Vigny avait lui-m�me pr�vu et d�samorc� l�offensive. En fils adop-tif de la Charente, le ma�tre du Maine-Giraud met une robustesse toute paysanne � d�finir le destin comme une</p><p>� fermentation naturelle des faits et des actes �. Aristocrate, amant, soldat et po�te malheureux, il sait qu�on ne nous a pas laiss� le moyen de choisir notre voie et qu�il faut assumer la totalit� de l�existence : � Il y a une force plus puissante que celle des hommes, c�est l�encha�nement des choses de la vie �</p><p>(Journal d�un po�te, 1860).</p><p>Le fait de croire � la vertu d�un jugement posthume lorsque, dans le meilleur des cas, on n�a jamais eu avec ses contemporains que des relations de politesse distingu�e peut trahir une intr�pide foi en son g�nie ou une plate inconscience de ses limites. Mais il semble que Vigny ait �chapp� autant � la vaine suffisance qu�� l�h�ro�que orgueil. Cette confiance en la justice de l�avenir est l�in�vitable prolongement d�une sinc�rit� absolue appliqu�e aux</p><p>� choses de la vie � ; c�est la conviction que, t�t ou tard, la r�alit� int�grale de l�exp�rience et la franchise de l�engagement ne peuvent pas ne pas recevoir la sanction de leur authenticit�. Vigny, homme d�ordre et de m�ditation, n�en est pas moins homme de progr�s. Si par sa patiente observation de clinicien il se situe dans le prolongement de la r�flexion classique sur la nature humaine, par ses angoisses psychiques et la violence de sa contestation m�-</p><p>taphysique il s�ins�re tr�s fortement dans notre �poque. Chaque sondage ram�ne au jour l��vidence de nouvelles correspondances : Vigny, Freud et les</p><p>passions secr�tes, Vigny, Kafka et le th�me du Grand Proc�s, Vigny, sa th�rapeutique de la r�verie et Bache-lard, Vigny et le huis clos de Sartre (� Qu�est-il besoin d�enfer, n�avons-nous pas la vie ? �), Vigny, Sisyphe, l�absurde et Camus... Et comment ne pas relever ces r�flexions que l�on croirait venues de Val�ry : � Bain de l��me, � repos et travail � la fois : j��coute les pas harmonieux des id�es � travers les sph�res de tous les mondes et dans toutes les constellations du pass� et les r�ves �toil�s de l�avenir � ou encore :</p><p>� La pens�e seule, la Pens�e pure, l�exercice int�rieur des id�es et leur jeu entre elles, est pour moi un v�ritable bonheur � (Journal d�un po�te, 1858).</p><p>Ce qui aboutit � la � Marche de</p><p>l�Esprit �, que Vigny nomme ainsi bien avant �nguelos Sikelian�s, et son id�al de communion delphique part d�une constatation fondamentale, celle du</p><p>� grand � et myst�rieux � proc�s � qui nous a condamn�s � la r�clusion, sans recours en gr�ce possible. Le juge est invisible, inerte et sourd : � Condamn�s � mort, condamn�s � la vie, voil� deux certitudes. Condamn�s � perdre ceux que nous aimons et � les voir devenir cadavres, condamn�s � ignorer le pass� et l�avenir de l�humanit� et � y penser toujours ! Mais pourquoi cette condamnation ? Vous ne le sau-rez jamais. Les pi�ces du Grand Proc�s sont br�l�es : inutile de les chercher �</p><p>(Journal d�un po�te, 1834).</p><p>Incapable d�admettre qu�un Dieu</p><p>pr�tendu juste et bon ait pu engendrer un monde o� se tienne le germe du mal et o� meurent les innocents, Vigny refuse pour les hommes la responsabilit� du p�ch�. Il �rige en majest� les souffrances humaines et trouve la r�solution de ses conflits dans un</p><p>� d�sespoir calme � et un � scepticisme pieux � qui m�nent � la divinisation de la conscience. Ainsi se concilient les �l�ments, en apparence irr�ductibles, de ce que notre �poque appellera la saintet� la�que.</p><p>Dans ce sch�ma s�inscrivent essentiellement trois groupes d�oeuvres.</p><p>Pour le premier temps de l�enqu�te s��labore, de 1822 � 1832, le recueil des Po�mes antiques et modernes.</p><p>Vigny s�y souvient de ses lectures ;</p><p>la Bible et Hom�re, Milton, le roman noir anglais, Swedenborg, Ch�nier, Byron, Chateaubriand l�aident � recenser les pi�ges que la destin�e tend aux hommes. On voit Dieu se d�tourner inexplicablement de ceux qu�il a �lus (� Mo�se �, � �loa �, � le D�luge �) ou condamner le monde moderne</p><p>� la nuit (� Paris �, � les Amants de Montmorency �).</p><p>Avec le deuxi�me groupe d�oeuvres, l�enqu�te choisit la prose et se transforme en constat. Partant maintenant de son exp�rience personnelle, Vigny construit une sorte d��pop�e de la d�-</p><p>sillusion o� il d�nonce le calvaire des �tres d�id�al, que la soci�t� transforme en trois cat�gories de parias. Parce que, livr� tout enfant � l�ironie de ses camarades de coll�ge, il a souffert de sa condition d�aristocrate ruin� par la R�volution, il �crit Cinq-Mars (1826), premier volet d�une trilogie inachev�e sur la grande mis�re des nobles trahis par la royaut�. Parce que, jeune officier frustr� de gloire, il a souffert d��tre condamn� par les Bourbons � la m�diocrit� des villes de garnison, il �crit les trois r�cits de Servitude et Grandeur militaires (1835), o�, contre Joseph de Maistre, il r�habilite le soldat, ce</p><p>� pauvre glorieux �, gardien de l�aust�re religion de l�Honneur. Mais surtout parce qu�il a souffert de ne passer que pour le lieutenant de Victor Hugo, alors qu�il a �t� l�un des plus brillants th�oriciens du romantisme � on ne dira jamais assez les m�rites de la pr�-</p><p>face de Cinq-Mars ni ceux de la Lettre � Lord***, qui sert d�introduction � ses adaptations de Shakespeare �, il �crit Stello (1832), premi�re � consultation du docteur Noir �, o� il prend l�exemple des po�tes Gilbert, Chatterton et Andr� Ch�nier pour d�montrer que l�artiste est incompris de toutes les soci�t�s. Il n�y a de salut pour lui que dans une sorte de neutralit� arm�e qui le tient � l��cart des factions politiques, mais lui laisse le droit d�avertir de loin et de guider. Chemin faisant, Vigny d�couvre la charit�. Devenu profond�ment solidaire de ses semblables, qui sont des s�questr�s et des malades cherchant � oublier leur condition dans la d�mission � � Nous sommes tous des fumeurs d�opium au moral �, remarque-t-il avant Baudelaire (Journal d�un po�te, 1839) �, il</p><p>consid�re l�oeuvre � poursuivre comme celle d�un avocat et d�un m�decin. Il se d�double en Stello, le sentiment, le fr�re de coeur, celui qui souffre avec les autres, et en docteur Noir, la raison souvent brutale, qui veut apprendre � ses compagnons de captivit� qu�ils doivent cesser de � tresser de la paille �</p><p>sur le sol de leur cachot. L�exp�rience du th��tre, tribune tout indiqu�e pour prolonger les effets du constat, �choue avec la Mar�chale d�Ancre (1831) et Quitte pour la peur (1833), peut-�tre parce que Vigny la con�oit d�abord au b�n�fice de Marie Dorval. Mais, sans frustrer celle-ci, dont il fait une �mouvante Kitty Bell, il remporte avec Chatterton (1835), issu de Stello, le seul franc succ�s de sa carri�re, parce qu�il s�y engage � prendre la d�fense de la jeunesse : � Encourager les jeunes gens ne fait aucun mal ; les d�courager peut les tuer : voil� ce que voulait dire Chatterton aux exploiteurs � (Journal d�un po�te, 1839).</p><p>L�instant capital, dans l�itin�raire de Vigny, est celui o�, satur� de d�go�t devant la cruaut� du constat, il d�cide enfin de relever d�une autre justice que celle du Juge sourd et masqu�. En 1837, boulevers� par la lente agonie de sa m�re et par les trahisons de Marie Dorval, il con�oit Daphn�, fragment d�une seconde � consultation du docteur Noir � sur les th�osophes, envo�-</p><p>tante oeuvre clef qui consacre le point de non-retour. L�exemple de Julien l�Apostat, son double de pr�dilection</p><p>� � Si la m�tempsycose existe, j�ai �t� cet homme � (Journal d�un po�te, 1833) �, l�incite � rechercher par ses propres moyens la seule religion pure, celle du Beau, du Juste et du Bien.</p><p>Mais Daphn� nous apprend aussi que Julien est mort pour avoir cru que l�on pouvait offrir aux hommes, contre celle du Galil�en, une religion sans dogme.</p><p>Unissant les traditionnels th�mes solaires au pressentiment d�une radioactivit� spirituelle, Vigny comprend qu�il �mane de la Sagesse un �clat si aveu-glant que les yeux du vulgaire n�en supportent pas la contemplation directe. Il interposera l��cran protecteur, invisible, mais capable d�intercepter les radiations mortelles, celui du cristal ou du diamant de l�Esprit pur.</p><p>Le troisi�me groupe de ses oeuvres organise alors le dogme et le culte du</p><p>� vrai � Dieu, du Dieu � fort �, du Dieu des Id�es. Dans le langage lyrique enfin retrouv�, les po�mes philosophiques des Destin�es, lentement mis en place de 1838 � 1863, apportent aux d�tenus du Grand Proc�s leur lib�ration morale. Vigny nous invite � souffrir dans la dignit� (� la Mort du loup �), downloadModeText.vue.download 363 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11574</p><p>� aimer sans faiblesse (� la Col�re de Samson �), � refuser l�opportunisme politique (� les Oracles �), � d�noncer les crimes contre l�esprit (� Wanda �), � sublimer l�effort des Sisyphes que nous sommes (� la Fl�te �), � r�ver enfin d�une soci�t� harmonieuse (� la Sauvage �). Par l�Esprit pur seront conjur�es les fatalit�s qui p�sent sur la cr�ature �ph�m�re et dolente (� la Maison du berger �). Contre le silence de Dieu (� le Mont des Oliviers �) s��l�ve un cri d�esp�rance inconditionnelle en l�avenir des hommes (� la Bouteille � la mer �). Un nouveau r�gne arrive, celui des Justes, pr�tres et combattants des Id�es, d�positaires de la seule noblesse imp�rissable (� l�Esprit pur �).</p><p>Ainsi s�annulera la suj�tion intol�-</p><p>rable � la Fatalit� ou � la Gr�ce (� les Destin�es �).</p><p>Voil� l�oeuvre, pers�v�rante dans sa recherche, laborieuse dans son progr�s, mais suspecte dans son orthodoxie, qui a co�t� � l�homme sa carri�re politique et ne lui a valu qu�une �lection sans gloire � l�Acad�mie fran�aise (1845).</p><p>Le mat�riau y est in�galement trait�</p><p>� Vigny prosateur vaut mieux que</p><p>Vigny po�te �, mais l�architecture monte, solide, �tay�e par des symboles et des th�mes persistants, �loign�s de l�emphase romantique et de l�huma-nitarisme utopique cher � l��poque.</p><p>Selon la critique la plus r�cente, la th�matique de Vigny se cristallise tout enti�re dans le vers de � la Bouteille � la mer � : � Sur la pierre des morts cro�t l�arbre de grandeur. � Il figure la repr�sentation symbolique des deux dimensions affront�es par Vigny :</p><p>l�obsession de l�horizontalit� captive et p�rissable, travers�e par l�appel de la verticalit� conqu�rante. Comment ne pas penser aussi que, chez ce contempteur du silence de Dieu, survit ainsi, malgr� lui, une sorte de nostalgie de la croix ? Projection incontr�l�e de foi d�enfance ou orgueil d�h�r�tique ?</p><p>Mais la diff�rence, au fond, est-elle si grande ? La plupart des postulations</p><p>� h�r�tiques � ne sont-elles pas n�es du d�sir d�aller plus droit au coeur de Dieu de v�rit� absolue ? L�officier Alfred de Vigny, aristocrate et catholique, ne veut pas dire autre chose lorsque, en pleine �poque de la Congr�gation, il pr�sente, au d�but de Cinq-Mars, Urbain Grandier comme un martyr. Pr�-</p><p>venant en cela aussi notre temps, qui, influenc� par Aldous Huxley, se prend au cin�ma, � la t�l�vision, � l�op�ra d�un z�le fr�n�tique pour l�histoire des poss�d�es de Loudun, Vigny place les paroles de la vraie foi chez le pr�tre en apparence scandaleux, mais, en r�alit�, plus pur que ses accusateurs. Il affirme ainsi hautement que tout proc�s d�h�r�-</p><p>tique n�est qu�un assassinat politique.</p><p>Faut-il aller pourtant jusqu�� absoudre n�importe quel r�fractaire et r�habiliter l�ange noir d��loa ? Vigny, qui a pos� ces questions avant nous, va �galement, sans ses r�ponses, plus loin que nous. Il n�annule pas Dieu, il le tient en sursis. Au jour du jugement dernier, c�est lui qui compara�tra devant les hommes ressuscit�s, pour donner enfin les raisons de sa conduite : � Il para�tra et parlera, il dira clairement pourquoi la cr�ation et pourquoi la souffrance et la mort de l�innocence [...] � (Journal d�un po�te, 1862).</p><p>Supr�me mirage ? Ultime pi�ge de</p><p>l�ange noir ? De toute fa�on, il y a dans cette attitude plus � gagner qu�� perdre, et le pari de Pascal reposait sur des arguments moins �lev�s. Tout est bon pour aider Sisyphe � tourner en vie les retomb�es mortelles, et il faut de bien intol�rantes lunettes pour discerner l� le p�ch� d�orgueil. L�assignation qui renverse les r�les des parties au jour du jugement dernier rend � l�id�e de Dieu sa grandeur, dans la dignit� d�une explication confiante. L�h�r�sie qui croit possible ce dialogue n�est peut-</p><p>�tre alors que la supr�me humilit�.</p><p>J. B.</p><p>&amp; P. Flottes, la Pens�e politique et sociale d�Alfred de Vigny (les Belles Lettres, 1927) ; Vigny et sa fortune litt�raire (Ducros, 1970). /</p><p>G. F. Bonnefoy, la Pens�e religieuse et morale d�Alfred de Vigny (Hachette, 1946). / E. Lau-vri�re, Alfred de Vigny, sa vie, son oeuvre (Grasset, 1946). / P. G. Castex, Vigny, l�homme et l�oeuvre (Hatier, 1952 ; nouv. �d., 1964). /</p><p>H. Guillemin, A. de Vigny, homme d�ordre et po�te (Gallimard, 1955). / F. Germain, l�Imagination d�Alfred de Vigny (Corti, 1962). / B.</p><p>de La Salle, Alfred de Vigny (Fayard, 1963). /</p><p>P. Viallaneix, Vigny par lui-m�me (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1964). / J.-P. Richard, �tudes sur le romantisme (�d. du Seuil, 1971).</p><p>/ M. Toesca, Vigny ou la Passion de l�honneur (Hachette, 1972).</p><p>Vigo (Jean)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma fran�ais (Paris 1905 - id. 1934).</p><p>Il na�t au moment o� son p�re, Eu-g�ne Vigo, dit Miguel Almereyda, intensifie son activit� r�volutionnaire au sein d�organisations anarchistes et dans les journaux politiques. Arr�t� en ao�t 1917, ce dernier meurt peu apr�s en prison. L�hypoth�se du suicide, �mise en cours d�enqu�te, a �t� r�fut�e par certains, convaincus qu�il a �t� assassin�. Jean Vigo quitte alors Paris pour Montpellier, o� l�on s�efforce de dissimuler son identit�. Inscrit dans une �cole de N�mes, il y passe quatre ans avant de devenir interne au lyc�e de Chartres (1922), o� il abandonne d�finitivement son nom d�emprunt � Jean Salles �. C�est en Sorbonne, o� il s�est inscrit pour y pr�parer une licence de philosophie, qu�il commence � songer au cin�ma, tout en oeuvrant � la r�habilitation de son p�re. La maladie l�obligeant bient�t � quitter Paris pour Font-Romeu (1927), il y rencontre l��crivain Claude Aveline, puis d�couvre Nice, o� il fait la connaissance de Claude Autant-Lara et de Germaine Dulac, qui lui promet de l�aider au sein de la compagnie Franco-films. Jean Vigo et sa fianc�e s�installent donc sur la C�te d�Azur, o� Jean travaille alors aux c�t�s de L�once Henry Burel, chef op�rateur de V�nus, qui se tourne aux studios de la Victorine. � cette �poque,</p><p>Jean, qui �crit d�j� beaucoup, rencontre Jean Lods et le fr�re de Dziga Vertov, l�op�rateur Boris Kaufman. C�est avec ce dernier qu�il commence un documentaire ironique et caustique, � propos de Nice, dont le tournage s�ach�ve en 1930. Le Rimbaud du cin�ma est n�, agressif, passionn�, pessimiste. Le film est pr�sent� � Paris en mai 1930 et downloadModeText.vue.download 364 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11575</p><p>conna�t un succ�s critique certain. En 1932, Vigo est �lu au Comit� directeur de la F�d�ration fran�aise des cin�-</p><p>clubs et tourne Z�ro de conduite (fin 1932 - d�but 1933 ; titre de tournage : les Cancres). Pr�sent� en avril 1933, ce film ne soul�ve gu�re d�enthousiasme, et Gide lui-m�me �met des r�serves.</p><p>Autre malchance : la commission de censure refuse le visa en raison de l�aspect � subversif � de l�oeuvre (peut-</p><p>�tre aussi en souvenir du p�re de Vigo).</p><p>Le film reste invisible, sauf dans les cin�-clubs, jusqu�en 1945. Profond�-</p><p>ment autobiographique, il nous raconte la simple histoire d�une rentr�e des classes effectu�e par des �l�ves qui sont loin d��tre des enfants mod�les : Vigo nous les montre sans indulgence, parce qu�il les aime et les voudrait diff�rents. C�est une oeuvre plus tendre qu�anarchiste, o� les �lans de col�re d�bouchent sur l�amour et un espoir certain dans une soci�t� nouvelle.</p><p>Apr�s divers projets abandonn�s, Vigo se laisse convaincre par un producteur d�adapter un obscur sc�nario de Jean Guin�e, l�Atalante. Conseill� par Georges Simenon, il effectue des rep�-</p><p>rages, engage les com�diens (fin 1933 -</p><p>d�but 1934), tourne le film et, compte tenu de l�int�r�t relatif que manifestent les exploitants, se voit contraint de le rebaptiser le Chaland qui passe, titre de la chanson que le producteur ajoute � la partition de Maurice Jaubert. Insucc�s total, ce po�me de l�eau (un th�me d��lection de Vigo, rapidement trait� dans son court m�trage de commande Taris, roi de l�eau, 1931), o� le r�alisme s�unit � une po�sie d�essence surr�aliste, demeure le chef-d�oeuvre de Vigo. Le cin�aste meurt le 5 octobre 1934, vaincu par la septic�mie. Son</p><p>bref passage dans le cin�ma a eu la fulgurance de l��clair, dont la lumi�re aujourd�hui n�est pas ternie : il n�est pas s�r que Jean-Luc Godard existerait vraiment s�il n�y avait eu, au firmament des po�tes, l�oeuvre tourment�e, f�brile, virulente et romantique de l��l�ve Vigo. Un �l�ve qui fut son propre ma�tre.</p><p>M. G.</p><p>&amp; P. E. Sales Gomes, Jean Vigo (�d. du Seuil, 1957). / Jean Vigo, num�ro sp�cial de Premier Plan (Serdoc, Lyon, 1961). / M. Est�ve (sous la dir. de), Jean Vigo (Lettres modernes, 1967). /</p><p>P. Lherminier, Jean Vigo (Seghers, 1967).</p><p>Vikings</p><p>F DANEMARK, NORMANDS, NOR-</p><p>V�GE, SAGA, SU�DE.</p><p>Villa-Lobos</p><p>(Heitor)</p><p>Compositeur br�silien (Rio de Janeiro 1887 - id. 1959).</p><p>Premier compositeur de l�Am�rique latine qui ait atteint � un rayonnement international, il est comme le vivant symbole de son immense pays-continent : �norme et chaotique, tour � tour brutal et raffin�, d�mesur� et prolixe, d�une g�n�rosit� sans bornes, c�est une v�ritable force de la nature.</p><p>Son p�re, savant historien, lui enseigna le violoncelle, puis la clarinette, mais l�enfant, pr�cocement dou�, fut surtout attir� par les musiciens ambulants des rues de Rio, experts dans l�art d�improviser des Ch�ros, musiques � la fois dansantes et profond�ment sentimentales. Pour pouvoir se joindre � un tel groupe, le jeune Villa-Lobos apprit la guitare, et c�est � cet instrument, dont il devait par la suite enrichir notablement le r�pertoire, qu�il destina ses premi�res compositions. D�s l��ge de dix-huit ans, il se mit � parcourir les diff�rentes r�gions du Br�sil, le plus souvent comme musicien ambulant,</p><p>notant quantit� de m�lodies populaires, dont il devait se servir par la suite.</p><p>Sa formation acad�mique se limita � quelques cours d�harmonie, entre deux exp�ditions, � l�Institut national de mu-</p><p>sique de Rio, ce qui ne l�emp�cha pas d�acqu�rir une �criture solide et surtout une ma�trise extraordinaire de l�instrumentation. Pour gagner sa vie, il joua dans divers orchestres d�op�ra, et l�influence de Wagner et de Puccini fut d�terminante quant � la premi�re partie de sa production. En 1915, le compositeur se sentit pr�t � affronter le publie de Rio avec des concerts consacr�s � ses propres oeuvres, qui d�clench�rent des controverses passionn�es. Deux ans plus tard, il fit la connaissance de Darius Milhaud*, qui s�journait alors au Br�sil comme secr�taire de Paul Claudel.</p><p>Sa notori�t� devint bient�t si grande dans son pays qu�on lui alloua une subvention d��tat afin de lui permettre d�aller � Paris, o� il arriva en 1923, d�j� en pleine possession de son g�nie, et o� il s�imposa rapidement. Florent Schmitt* et Edgard Var�se* furent parmi ses premiers amis et admirateurs. Le s�jour � Paris de Villa-Lobos, s�jour durant lequel naquit la majeure partie du cycle grandiose des Ch�ros, se prolongea jusqu�en 1930, coup� de voyages au Br�sil, au cours desquels le compositeur r�v�lait, comme chef d�orchestre, les oeuvres de l��cole fran-</p><p>�aise moderne. Jusqu�� la fin de sa vie, Villa-Lobos devait demeurer fid�le � la France, y s�journant et y dirigeant chaque ann�e.</p><p>De retour au Br�sil (1930), il fut mis � la t�te de la Surintendance de l��ducation musicale et artistique � Rio et mena � bien un gigantesque programme de formation musicale populaire, � mu-sicalisant � toute une nation, r�digeant d�innombrables recueils p�dagogiques, dirigeant des concerts en plein air regroupant des milliers de chanteurs et d�instrumentistes, (jusqu�� 40 000 !), faisant entendre pour la premi�re fois au Br�sil les Passions de Bach ou la messe en � r� � de Beethoven, tout en continuant � composer sans rel�che.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, les �tats-Unis s�ouvrirent � leur tour � sa musique, et Villa-Lobos y effectua de fr�quentes tourn�es, toujours comme chef d�orchestre. Une grave crise de sant�, n�cessitant une importante op�-</p><p>ration, intervint en 1948, mais ne freina nullement ses activit�s d�bordantes,</p><p>qui se poursuivirent jusqu�� sa mort, � soixante-douze ans, � la suite d�une crise d�ur�mie.</p><p>L�oeuvre de Villa-Lobos d�fie tout inventaire exhaustif, car elle d�passe le millier de compositions. Si ce compositeur assimila les principales conqu�tes de langage de Debussy, puis de Stravinski, ce fut pour les fondre au creuset de sa personnalit� inimitable.</p><p>La stylisation des musiques populaires du Br�sil, aux origines si diverses (africaines, indiennes, portugaises, etc.) lui a dict� des audaces novatrices dans le domaine du rythme, de l�harmonie, de l�orchestration, demeurant toujours parfaitement naturelles, parce que spontan�es.</p><p>Homme de fresque, Villa-Lobos</p><p>manie avec aisance les plus gigantesques masses chorales et orchestrales, et Olivier Messiaen se pla�t � saluer en lui l�orchestrateur le plus g�-</p><p>nial de notre si�cle. Mais les quatuors, les m�lodies, les pi�ces pour piano ou pour guitare illustrent la vari�t� de l�inspiration de Villa-Lobos. Au centre de la carri�re cr�atrice du musicien se situent les deux cycles monumentaux des quatorze Ch�ros (pr�c�d�s d�une Introduction et suivis de deux Ch�ros bis) et des neuf Bachianas brasileiras, comportant chacun des pages</p><p>de dimensions et de formations tr�s diverses, de la miniature pour piano � la fresque d�une heure pour choeurs et orchestre. Les Ch�ros (1920-1929) sont, au dire de l�auteur, � une nouvelle forme de composition musicale, synth�tisant les diff�rentes modalit�s de la musique br�silienne, indienne et populaire �. Cette synth�se s�effectue �galement, sous une forme plus ramass�e et d�autant plus convaincante, dans des pages tr�s originales unissant voix et instruments, comme le Quatuor</p><p>(1921) et le Nonette (1923). Dans les Bachianas brasileiras (1930-1945), Villa-Lobos effectue une synth�se de la musique br�silienne et du style de Bach, dont il consid�rait l�oeuvre comme un � folklore universel �. Chorals et fugues, �crits d�une plume tr�s s�re, y parlent br�silien !</p><p>Douze symphonies, dix-sept qua-</p><p>tuors, d�importants po�mes sympho-</p><p>niques, des ballets, des op�ras, des oeuvres chorales compl�tent le catalogue de ce cr�ateur g�n�reux et infatigable. Si ce catalogue r�v�le des in�galit�s flagrantes, in�vitables, il contient suffisamment d�oeuvres ma�tresses pour assurer la survie d�une oeuvre dont le rayonnement traverse actuellement, du moins en Europe, une �clipse certainement passag�re.</p><p>Les oeuvres principales</p><p>de Villa-Lobos</p><p>y Orchestre. 12 symphonies (1916-1957) : no 3 � 5 forment un cycle (Guerre-Victoire-Paix, avec fanfares et choeurs, 1919-20) ; no 10, Sume Pater patrium, est un vaste oratorio avec solos et choeurs (1952) ; Ch�ros nos 6, 8, 9, 12, 13 (1925-1929) ; Bachianas brasileiras nos 2, 4, 7, 8 (1930-1944); Descobrimento do Brasil (1937 : 4 suites, la derni�re avec choeurs) ; po�mes symphoniques : Myremis (1916), Naufr�gio de Kle�-</p><p>nicos (1916), Amazonas (1917), Uirapuru (1917), O papagaio do moleque (1932), Madona (1945), Eros�o (1950), Odiss�ia de uma ra�a (1953); 3 Dan�as caracter�sticas africanas (1914); Caixinha de boas-festas (1932) ; Alvorada na floresta tropical (1953) ; 2 sinfoniettas (1916 et 1947) ; 2 suites (1959) ; 4 ballets : Ruda (1951), Genesis (1954), Emperor Jones (1956) ; film : Green Mansions (1958) ; orchestre de violoncelles : Bachianas brasileiras nos 1</p><p>(1930) et 5 (avec soprano, 1938-1945), Fantaisie concertante (1953) ; orchestre � vent : Fantaisie en forme de Ch�ros (1958), Concerto grosso (1959), etc.</p><p>y Concertos. PIANO : 5 concertos (1945-1957) ; Momoprecoce (1929) ; Ch�ros no 11</p><p>(1928) ; Bachianas brasileiras no 3 (1938).</p><p>VIOLON : Martirio dos Insetos (1925) ; Fantasia de movimentos mistos (1922). VIOLONCELLE : 2 concertos (1913-1953) ; Fantaisie (1945) ; concertos pour guitare (1951), harpe (1953), harmonica (1955-56) ; fantaisie pour saxophone (1948) ; etc.</p><p>downloadModeText.vue.download 365 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11576</p><p>y Choeurs avec orchestre. Ch�ros nos 10 et 14 (1926-1928) ; Vidapura (1919) ; Mandu-</p><p>�arar� (1940) ; Magnificat-Alleluia (1958) ;</p><p>choeurs a cappella : Messe de saint S�bastien (1937) ; Bachianas brasileiras no 9</p><p>(1945) ; Bendita sabedoria (1958) ; etc.</p><p>y Op�ras. Izaht (1913) ; Magdalena (1947) ; Yerma (1955-56) ; Amenina das nuvens (1957-58).</p><p>y M�lodies. Historietas (1920) ; Po�me de l�enfant et de sa m�re (1923) ; 3 Poemas in-d�genas (1926) ; Can��es t�picas brasileiras (1919-1935) ; Serestas (1923-1943) ; Modin-has e Can��es (2 vol., 1933-1943) ; Poema de Itabira (1943) ; etc.</p><p>y Musique de chambre. 4 sonates pour piano et violon (1915-1923) ; 2 sonates pour piano et violoncelle (1915-16) ; duo pour violon-alto (1946) ; duo pour hautbois et basson (1957) ; 3 trios avec piano (1911-1918) ; trio d�anches (1921) ; trio � cordes (1945) ; 17 quatuors � cordes (1915-1957) ; quatuor � vent (1928) ; Quintette � vent en forme de Ch�ros (1928) ; quintette pour fl�te, harpe et trio � cordes (1957) ; Sexteto m�stico (1917). AVEC VOIX : Quatuor (fl�te, saxo, harpe, c�lesta, choeur de femmes, 1921) ; Nonette (bois, c�lesta, harpe, percussions, choeur mixte, 1923) ; etc.</p><p>y Piano. Su�te floral (1917) ; Ch�ros no 5</p><p>(1925) ; A prole do beb� (3 cahiers, 1918-1926) ; Rudepoema (1921-1926, orch.</p><p>1932) ; Saudades das selvas brasileiras (1927) ; Francette et P�a (1929) ; Poema singelo (1938) ; Bachianas brasileiras no 4</p><p>(1930-1940) ; Guia pr�tico (11 cahiers, 1932-1949) ; etc.</p><p>y Guitare. Su�te popular brasileira (1908-1912) ; Ch�ros no 1 (1920) ; 12 �tudes (1929) ; 5 pr�ludes (1940).</p><p>H. H.</p><p>&amp; V. Mariz, Heitor Villa-Lobos (Rio, 1949 ; trad. fr., Seghers, 1967). / C. M. de Paula Barros, O Romance de Villa-Lobos (Rio, 1951). / A. M.</p><p>de Giacomo, Villa-Lobos, alma sonora do Brasil (Sao Paulo, 1959 ; nouv. �d., 1962). / J. C. de Andrade Muricy, Villa-Lobos, uma interpreta-</p><p>��o (Rio, 1961). / Presen�a de Villa-Lobos (Rio, 1965). / Villa-Lobos. Sua obra (Rio, 1965). /</p><p>M. Beaufils, Villa-Lobos, musicien et po�te du Br�sil (Rio, 1967). / L. M. Peppercorn, Heitor Villa-Lobos. Leben und Werk des brasilianis-chen Komponist (Zurich, 1972).</p><p>Villard de</p><p>Honnecourt</p><p>Architecte fran�ais du XIIIe s.</p><p>Sa notori�t� repose sur l�album de croquis et de mod�les qu�il dessina (Biblioth�que nationale, Paris) et qui r�v�le la science des constructeurs de l��poque gothique. Villard est sans doute n� � Honnecourt, pr�s de Cambrai, � la fin du XIIe s. et il s�est form� dans l�abbaye cistercienne de Vau-celles, dont il a laiss� un plan. Comme architecte, il a probablement fait les projets de la coll�giale de Saint-Quentin*, entreprise vers 1225. Il a dessin�, avec Pierre de Corbie, le plan et l��l�-</p><p>vation du chevet de la cath�drale de Cambrai. Il se rendit ensuite en Hongrie (� J�estoie une fois en Hongrie �) et, au cours de ses voyages, fil des croquis de d�tails des cath�drales de Meaux, de Laon, de Reims, de Chartres et de Lausanne.</p><p>Il a ainsi not� toutes sortes de choses sur les quelque soixante-cinq pages (24 � 16 cm) de son album, qu�il a commenc� vers 1220 ou 1225 et qu�il a men� sans plan d�fini, peut-�tre d�abord pour rassembler des mod�les et les emporter en Hongrie, et, plus tard, � l�intention de jeunes architectes qui s�initiaient � leur m�tier dans les loges. C�est ainsi que ce cahier de croquis est devenu peu � peu un livre d�enseignement, un livre de loge, comme il dut y en avoir beaucoup � bien que la plupart aient disparu. On y per�oit l�in-t�r�t de Villard pour le d�cor int�rieur et le mobilier, pour la ma�onnerie, la charpenterie, les machines, les outils propres � la construction, pour la figure humaine et l�art animalier. Somme des connaissances n�cessaires � l�architecte du XIIIe s., l�ouvrage est accompagn� de commentaires qui utilisent un vocabulaire sp�cialis� : le mot ogive y figure pour la premi�re fois.</p><p>Villard dessine ce qui lui pla�t et ce qui le frappe, sans souci de fid�-</p><p>lit� ; on voit ainsi que ses dessins de la cath�drale de Laon ne respectent pas exactement le mod�le. Villard invente aussi des sujets pour les sculpteurs et se r�v�le un excellent dessinateur de figures ; sa Crucifixion est m�me en</p><p>avance sur son temps dans son souci de repr�senter la douleur humaine du Sauveur. On a pens� qu�il �tait peut-</p><p>�tre aussi bon peintre qu�architecte, et on lui a attribu� les enluminures d�un manuscrit de Noyon, dont le style se rapproche de celui de ses personnages dessin�s. Villard �tait aussi un ing�-</p><p>nieur, curieux de machines d�riv�es de l�Antiquit�, de mobiles perp�tuels, d�engins de guerre, de m�canismes downloadModeText.vue.download 366 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11577</p><p>d�horlogerie, d�automates tels qu�une colombe capable de boire une coupe d�eau. Ses connaissances en g�om�trie s�appliquent d�une part � la construction, d�autre part � la repr�sentation des personnages et des animaux dessin�s � l�aide de mensurations, de triangles, de carr�s ou de cercles qui facilitent la composition, la recherche des proportions et l��tablissement des �chelles.</p><p>Apr�s la mort de Villard, dont</p><p>on ignore la date, le manuscrit a �t� conserv� dans une loge de ma�ons et augment� par deux autres ma�tres dont on distingue les �critures diff�rentes.</p><p>L�ouvrage passa ensuite de main en main et fit l�objet d�additions mineures ; il fut � la fin du XVIIe s. la propri�t� de l�architecte et historiographe Andr� F�libien, puis de son fils dom Michel F�libien, qui le remit � la biblioth�que de Saint-Germain-des-Pr�s � Paris, d�o� il est pass� � la Biblioth�que nationale.</p><p>A. P.</p><p>&amp; J. B. A. Lassus, Album de Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe si�cle (Delion, 1858).</p><p>/ H. R. Hahnloser, Villard de Honnecourt. Kri-tische Gesamtausgabe des Bauh�ttenbuches ms. fr. 19093 der Pariser Nationalbibliothek (Vienne, 1935 ; nouv. �d., Graz, 1972).</p><p>Villars (Claude</p><p>Louis Hector,</p><p>duc de)</p><p>Mar�chal de France (Moulins 1653 -</p><p>Turin 1734).</p><p>� des courtisans qui lui faisaient remarquer que Monsieur de Villars</p><p>� faisait bien ses affaires �, Louis XIV</p><p>r�pondit : � Oui, mais il fait bien aussi les miennes ! �. Ce jugement royal caract�rise la figure de ce brillant chef de guerre aussi ador� de ses soldats que contest� par ses pairs en raison de sa vantardise et de sa cupidit�.</p><p>Apr�s des �tudes � Juilly, le jeune Villars se bat � dix-neuf ans en Hollande ; cornette de chevau-l�gers, il enl�ve une tranch�e � Maastricht (1672), est bless� � Seneffe (1674) et est promu colonel � vingt et un ans. Envoy� � Vienne en mission</p><p>(1683-1685), il parvient � d�tacher de l�alliance autrichienne l��lecteur de Bavi�re, Maximilien II (Max-Emmanuel), avec lequel il se bat contre les Turcs. Ce succ�s lui vaut � son retour la charge de commissaire g�n�ral de la cavalerie et de commandant de la cavalerie de l�arm�e des Flandres, o� il est promu mar�chal de camp (1690), puis lieutenant g�n�ral (1693). Apr�s �tre retourn� � Vienne comme ambassadeur de 1697 � 1701, il reprend du service au d�but de la guerre de la Succession*</p><p>d�Espagne (1701-1714) ; le 14 octobre 1702, � Friedlingen, il obtient par son action personnelle sur l�infanterie un tel succ�s contre les Imp�riaux du mar-grave de Bade que ses soldats, enthousiastes, s��crient : � Vive le mar�chal de Villars ! �, choix que Louis XIV</p><p>ratifie peu apr�s. Le 20 septembre 1703, il bat � H�chst�dt l�arm�e des cercles germaniques, mais, ne pouvant obtenir de l��lecteur de Bavi�re qu�il marche sur Vienne, il demande son rappel en France. Le roi lui confie alors la d�licate mission d�apaiser la r�volte des camisards*. Gr�ce � son prestige et � la souplesse de son autorit�, Villars pacifie le Languedoc et re�oit le 16 mai 1704, avec celle de ses derni�res bandes, la soumission de leur chef, Jean Cavalier. Cr�� duc en 1705, il va guerroyer dans l�Est pendant trois ans contre les Imp�riaux, puis en 1708</p><p>au Pi�mont contre le duc de Savoie.</p><p>Apr�s la chute de Lille (d�c. 1708), la situation �tant devenue critique en Flandre, c�est � lui que Louis XIV fait appel pour prendre le commandement de l�arm�e du Nord, dont l��tat mat�-</p><p>riel et moral est d�sastreux. Gr�ce �</p><p>son activit� inlassable, Villars rend confiance � ses 80 000 soldats et, quand, en 1709, le Prince Eug�ne et le duc de Marlborough* menacent Mons, il les attaque le 11 septembre � Mal-plaquet. L�agressivit� des Fran�ais permettait d�esp�rer la victoire, quand Villars, gravement bless�, est remplac� par le mar�chal de Boufflers, qui, face � l��norme sup�riorit� de ses adversaires, ordonne la retraite. L�ennemi avait perdu plus de 20 000 hommes, si bien que Villars peut �crire au roi :</p><p>� Encore une pareille bataille perdue et vos ennemis seront d�truits. � Nomm� pair de France et gouverneur de Metz en 1710, Villars soigne ses blessures � Bourbonne. Mais, en 1712, le Prince Eug�ne, reprenant l�offensive, s�empare du Quesnoy (juill.) et met le si�ge devant Landrecies, qui barre la vall�e de l�Oise et la route de Paris.</p><p>C�est dans cette situation critique, o� la barri�re des places de Vauban est presque enti�rement perdue, que le roi confie ses derni�res r�serves � Villars.</p><p>Ce dernier d�cide d�attaquer le camp de Denain sur l�Escaut, reli� � Mar-chiennes par une double ligne de tranch�es. Le 24 juillet, Denain est enlev� par surprise ; le 2 ao�t, Landrecies est d�gag�, et le Prince Eug�ne doit �vacuer la r�gion, ce qui permet d�entamer les pourparlers qui conduiront au trait� d�Utrecht en 1713.</p><p>Gouverneur de Provence, Villars</p><p>est charg� de discuter avec le Prince Eug�ne des bases du trait� de Rastatt (1714). �lu � l�Acad�mie fran�aise, membre du Conseil de r�gence et pr�-</p><p>sident du Conseil de guerre, il soutient la politique de rapprochement avec l�Espagne. En 1733, pour reconna�tre ses m�rites exceptionnels, Louis XV</p><p>l��l�ve � la dignit� de mar�chal g�n�-</p><p>ral de France, qui lui donne le pas sur tous les autres mar�chaux et l�envoie, malgr� ses quatre-vingt-un ans, se battre en Italie pour soutenir le roi de Sardaigne. L�attitude �quivoque de ce dernier conduit Villars � demander son rappel, quand il tombe malade et meurt � Turin.</p><p>H. de N.</p><p>F Louis XIV / Succession d�Espagne (guerre de la).</p><p>&amp; H. Carr�, le Mar�chal de Villars, homme de guerre et diplomate (Hachette, 1936). / P. Paul, Denain (Guy Victor, 1963).</p><p>ville</p><p>La population mondiale s�urbanise progressivement. Longtemps, jusqu�� la fin du XVIIIe s., les villes avaient de la difficult� � s�accro�tre au-del� d�une certaine limite, � compter plus de quelques milliers ou de quelques dizaines de milliers d�habitants. �</p><p>l��chelle d�une nation, elles groupaient rarement plus de 10 p. 100 de la population totale, 5 p. 100 seulement m�me bien souvent. Il n�y avait gu�re que dans les pays d�j� avanc�s de l�Europe occidentale qu�on observait des taux d�urbanisation plus �lev�s : 15 p. 100</p><p>en France, 30 p. 100 en Angleterre.</p><p>Les transformations qui ont totalement modifi� le rapport des villes et des campagnes commen�aient, en effet, � s�y faire sentir. Aujourd�hui, il n�est pas rare de voir plus de 80 p. 100 de la population group�s dans les villes, et cela m�me dans des contr�es qui continuent � tirer une large part de leurs ressources de la terre, comme c�est le cas de l�Australie ou de l�Argentine.</p><p>La notion de ville</p><p>L��tude des villes tient une place de plus en plus grande dans les sciences sociales : la concentration progressive de la population dans leurs enceintes attire naturellement sur elles l�attention convergente du sociologue, de l��conomiste, de l�historien ou du g�ographe.</p><p>Les probl�mes des grandes m�tropoles ont pris une telle acuit� depuis une dizaine d�ann�es aussi bien en Am�-</p><p>rique du Nord qu�en Europe ou dans les pays du tiers monde que l�opinion publique suit de plus en plus attentivement les recherches dans ce domaine.</p><p>La situation est ainsi bien diff�rente de celle qui pr�valait au d�but du si�cle ou entre les deux guerres mondiales : les probl�mes spatiaux apparaissaient sans int�r�t pour l��conomiste, pour le sociologue comme pour l�historien ; le g�ographe se plaisait plus � analyser les paysages contrast�s des campagnes qu�� percer les r�gularit�s et l�uniformit� relative des organisations</p><p>urbaines.</p><p>Il est en effet difficile de parler des cit�s de mani�re scientifique. Qu�est-ce qu�une ville ? La chose para�t claire � chacun, mais, lorsqu�il s�agit de pr�-</p><p>ciser la d�finition qu�on en donne, le doute appara�t. Le paysage ? il est souvent trompeur, et la concentration ou simplement la pr�sence de monuments n�indiquent pas n�cessairement que l�agglom�ration soit une ville au sens plein du terme : les exemples abondent de centres importants qui ne groupent que des paysans ou des ouvriers (des mineurs souvent) et qui ne sont pas, malgr� les apparences, des villes au sens plein du terme.</p><p>Quel crit�re retenir alors ? Les sociologues ont un temps insist� sur la pr�sence de certaines cat�gories, de certaines classes sociales, d�une bourgeoisie, mais c�est un peu une tautologie que de dire qu�il y a ville � partir du moment o� appara�t une bourgeoisie. Les �conomistes insistent sur les avantages qui naissent souvent du regroupement des forces productives sur d��troits espaces. Les historiens confirment l�intuition des sociologues et montrent le r�le des groupes d�entrepreneurs, de commer�ants,</p><p>d�industriels ou d�administrateurs dans la formation de la ville moderne, mais ils indiquent aussi que les propri�taires fonciers, vivant des rentes qu�ils pr�-</p><p>levaient, ont longtemps constitu� en Europe la part la plus significative de la population urbaine ; il continue � en �tre ainsi dans beaucoup de pays du tiers monde.</p><p>Les ethnologues ont soulign� l�opposition qui existe, au plan des mentalit�s, de l�aptitude � communiquer et des attitudes, entre les groupes qui vivent dans l�horizon �troit des communaut�s locales et ceux qui participent, dans le cadre des villes, � une s�rie plus vari�e d�activit�s et de relations.</p><p>downloadModeText.vue.download 367 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11578</p><p>Pour comprendre la ville, il est sans doute indispensable de tenir compte</p><p>de ces diverses observations : il est difficile de pr�senter une th�orie de la formation des cit�s qui ne soit pas interdisciplinaire dans son principe.</p><p>L��tude de la ville appartient � toutes les sciences de l�homme et de la so-ci�t�, et il importe de tirer parti des enseignements de toutes pour d�m�ler ce qui explique sa gen�se.</p><p>Objectifs et nature</p><p>de la ville</p><p>L�humanit� est conduite � poursuivre des fins divergentes. Elle cherche dans l�environnement les ressources indispensables � son �panouissement mat�riel ; elle se pla�t � b�n�ficier de la s�curit�, de l�intimit�, de la chaleur humaine qui naissent dans les petites communaut�s bien soud�es, dont les membres se connaissent intimement ; elle sait aussi appr�cier les avantages qu�apportent des opportunit�s multiples en mati�re de travail, de relations commerciales, de vie artistique ou intellectuelle. On peut estimer que chaque civilisation cherche � concilier de la mani�re la plus efficace ces trois types d�objectif : elle est � la recherche d�un optimum.</p><p>Chacune des options de la soci�t� pousse � un type diff�rent de morphologie : la recherche des ressources naturelles conduit � une r�partition �clat�e, � une dispersion int�grale lorsque la totalit� de la population doit s�employer dans le secteur agricole. Le go�t de la chaleur et de la s�curit� am�ne � former de petits groupements : hordes, clans ou tribus nomades, hameaux et villages dans les pays de s�dentaires.</p><p>Le souci de b�n�ficier d�opportunit�s vari�es dans le domaine des activit�s, des relations �conomiques, artistiques et intellectuelles est � l�origine des formes de concentration, des villes donc. On peut donc dire que celles-ci constituent des morphologies destin�es � faciliter au maximum toutes les formes de l�interaction sociale.</p><p>On comprend alors sans peine les</p><p>difficult�s �prouv�es lorsqu�on retient, pour d�finir les villes, des crit�res purement physionomiques. L�accumulation de population paysanne dans un village g�ant ne change pas la nature du groupement : on n�y trouve pas</p><p>autre chose que ce qui existe ailleurs dans des agglom�rations plus menues.</p><p>Dans d�autres r�gions, des centres minuscules, regroupant quelques centaines d�habitants tout au plus, pr�sentent la diversit� d�activit�s qui indique nettement leur r�le en mati�re de vie de relation : il s�agit de villes. Cela explique sans doute la multiplicit� des d�finitions statistiques des villes : selon les �tats, les traits retenus pour les d�limiter varient ; dans certains cas, ils s�appuient sur des �l�ments purement num�riques (population</p><p>minimale de 1 000, de 2 000, de 5 000</p><p>ou de 10 000 personnes agglom�r�es) ou spatiaux (superficie minimale de l�agglom�ration), ou bien encore sur la diversit� des activit�s, ce qui permet d��tablir une discrimination entre des noyaux dont le poids est comparable, mais qui ne r�pondent pas aux m�mes finalit�s sociales.</p><p>La recherche de l�interaction maximale pousse � la concentration totale de la population : la solution la plus logique ne consisterait-elle pas, de ce point de vue, � accumuler toute la population d�une nation au sein d�une seule agglom�ration ? Ce n�est pas ce que l�on observe. La ville permet � la fois l�interaction entre ceux qui l�habitent de mani�re r�guli�re et ceux qui la fr�quentent occasionnellement. Certains viennent d�autres cit�s ; la plupart viennent des villages ou des campagnes. L�humanit� a besoin de tirer sa subsistance de ressources dispers�es, ce qui interdit la concentration totale : la multiplicit� des villes, leur r�partition plus ou moins r�guli�re dans l�espace permettent d�offrir � ceux qui ne les habitent pas l�opportunit� de b�n�ficier au moins en partie des avantages qu�elles cr�ent. De toute mani�re, et jusqu�� une �poque r�cente, les conditions de transport �taient si on�-</p><p>reuses qu�il �tait impossible de cr�er des centres trop importants : il aurait fallu faire venir de trop loin les denr�es n�cessaires � leur alimentation ; en dehors des rives des fleuves et des c�tes, les conditions s�opposaient donc � la formation de noyaux importants.</p><p>On con�oit donc que la ville ne peut se comprendre si on l�isole de l�espace dans lequel elle est ins�r�e, qu�elle sert, mais dont elle d�pend aussi pour</p><p>la satisfaction de la plupart de ses besoins. On comprend �galement que les diverses villes d�une nation entretiennent entre elles des rapports complexes : leur disposition est command�e � la fois par les rapports qu�elles entretiennent avec les campagnes et par la mani�re dont elles combinent leur action pour cr�er � l��chelle de la so-ci�t� globale l�organisation qui assure la satisfaction optimale des besoins mat�riels, affectifs et intellectuels. Les g�ographes ont l�habitude de souligner ces interd�pendances, expliquant que l��tude des villes ne peut se dissocier de celle des r�seaux urbains.</p><p>Les avantages</p><p>de la ville</p><p>Pour comprendre vraiment les villes, il importe de bien voir les avantages que les hommes retirent de l�agglom�-</p><p>ration. Jusqu�� ces derni�res ann�es, on a surtout insist� sur ceux qui naissent d�une division plus pouss�e des t�ches et sur une meilleure circulation de l�information. La transparence accrue permet � chaque personne de pousser plus loin la recherche de son art, la perfection de ses connaissances et l�aptitude � entrer en relation avec autrui.</p><p>Du point de vue de chaque individu, cela appara�t comme une possibilit� d�un �panouissement plus libre de soi.</p><p>Au niveau de la collectivit�, la sp�cialisation fait appara�tre constamment de nouvelles �conomies : on le sait depuis longtemps. Adam Smith* intitulait le second chapitre des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations � De la division du travail, limit�e par l��tendue du march� �. Au fur et � mesure que cro�t la dimension de la ville, la d�multiplication des t�ches progresse dans les domaines o� la port�e des biens produits est la plus faible, donc dans le domaine des services. Au niveau d�un bourg, il y a place seulement pour un m�decin g�n�-</p><p>raliste. Dans une m�tropole, on trouve tous les sp�cialistes m�dicaux, les laboratoires d�analyse, les cliniques bien �quip�es. De la sorte, les soins que l�on peut attendre sont d�autant meilleurs que l�on se trouve dans une agglom�ration plus importante.</p><p>Depuis une vingtaine d�ann�es,</p><p>les sociologues et les �conomistes nuancent l�analyse qu�ils fournissaient jusqu�alors des avantages de la ville. �</p><p>c�t� de ceux qui r�sultent de la division des t�ches, il en est d�autres de nature moins rationnelle, mais qui sont tout aussi importants. La masse de population r�unie dans une cit� contribue � modifier fortement les rapports de l�individu avec la collectivit�. Dans un groupe menu, chacun est constamment sous le regard d�autrui, observ�, et, comme il est connu de tous, sa libert� se trouve toujours limit�e. Le contr�le social est omnipr�sent : cela fait son efficacit�, mais aussi le rend contraignant. En ville, le regard qui p�se sur vous est anonyme, ce qui revient � dire qu�il ne vous concerne plus : alors m�me qu�il est impossible de se soustraire � l�observation de tous, on se sent plus libre dans la mesure o� l�on est toujours inconnu. La personnalit� s��panouit plus librement et le qu�en-dira-t-on n�est plus le souci dominant de la plupart des gens. Cette transformation n�est pas b�n�fique dans tous ses aspects ; elle renforce l�audace des asociaux, des criminels en m�me temps qu�elle pousse chacun � rechercher avec plus d�ind�pendance les moyens de s�affirmer : au-del� d�un certain seuil, la balance ne devient-elle pas, dans l�ensemble, d�favorable au corps social ? C�est la r�flexion qu�inspire � beaucoup l��volution contemporaine de la soci�t� urbaine nord-am�ricaine.</p><p>Au-dessous de ce seuil, il ne fait pas de doute que l�avantage l�emporte.</p><p>La ville permet aussi de participer aux manifestations collectives, aux effets de foule. Il y a des formes de f�tes, des types d�activit� ludique qui ne se con�oivent que dans la multitude.</p><p>Les sociologues modernes soulignent � juste titre tout ce que ces activit�s ont de positif : celles-ci �taient consid�r�es � tort comme de simples entractes dans le cours normal de l�existence sociale.</p><p>Elles en constituent bien souvent les temps forts dans la mesure o� elles lib�rent les �nergies contenues, participent par leur nature aux grands rites de renouvellement qui conduisent tous les individus � reprendre leurs r�les dans un esprit nouveau. Elles constituent aussi un excellent laboratoire p�dagogique pour la formation des</p><p>adolescents. En remettant souvent en cause les divisions normales en collectivit�s et en groupes, elles permettent enfin des prises de conscience que la quotidiennet� de la vie interdit. Dans ces voies, les sociologues essaient de lire, � la suite des psychanalystes, comment l��tre intime de chaque individu se mod�le en fonction du cadre urbain et de la multiplicit� des exp�riences sociales qu�il est donn� d�y faire.</p><p>L�essayiste am�ricaine Jane Jacobs a montr� comment, du point de vue strictement �conomique, les aspects ludiques de l�existence urbaine prenaient une signification trop souvent ignor�e.</p><p>Les sp�cialistes des sciences sociales travaillent souvent dans le court terme.</p><p>Ils notent ce qui produit une am�lioration imm�diate de l�activit� de chacun ou de tous, mais n�gligent souvent les transformations qui mettent longtemps � se manifester. Beaucoup d�historiens, d��conomistes et de moralistes ont condamn� le gaspillage urbain : dans les soci�t�s traditionnelles, tout l�exc�-</p><p>dent des richesses produit par la terre se trouve concentr� dans des cit�s qui ne participent souvent en rien � l�effort productif de la collectivit�. L�, les downloadModeText.vue.download 368 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11579</p><p>classes oisives passent leur temps en f�tes, en r�jouissances. De nos jours, avec l�industrialisation et la multiplication des activit�s de service, cet aspect de la r�alit� urbaine est moins visible, mais il n�a pas disparu. Dans les beaux quartiers persistent les manifestations du luxe, le gaspillage, les consommations ostentatoires, qui aboutissent � la destruction inutile de richesses. Voltaire, d�j�, prenait la d�fense de ces gaspillages inutiles : ne montrait-il pas combien le luxe insultant de certains �tait utile � la prosp�rit� de tous ? Mais son argument �tait un peu vain, dans la mesure o� une meilleure r�partition des richesses aurait abouti � une augmentation bien sup�rieure de la demande et donc � un accroissement de l�activit�. Jane Jacobs raisonne autrement. Les f�tes, le gaspillage apparaissent dans l�imm�diat comme inu-</p><p>tiles, comme coupables m�me, mais, � plus long terme, en est-il de m�me ? Le dynamisme, la cr�ativit� des soci�t�s se trouvent sans cesse stimul�s par la d�pense inutile, souvent condamnable, que l�existence urbaine suscite. Les exemples sont innombrables de toutes les activit�s qui sont n�es ainsi des caprices de la mode ou des passions des riches, des puissants ou des foules et qui sont � l�origine de d�veloppements nouveaux dans la vie religieuse, scientifique ou dans l�activit� productive.</p><p>Au cours d�une bonne partie de</p><p>l�Antiquit�, la ville appara�t de la sorte comme le centre de toutes les innovations marquantes de la vie religieuse : les �tudes de Paul Wheatley le rappellent � propos de la ville chinoise et de ses contemporaines. La ville primitive est d�abord un centre de culte, un lieu o� il est possible d�acc�der � une pl�nitude religieuse que n�autorise pas la dispersion. Le synoecisme des cit�s grecques, dans le courant des VIIIe et VIIe s. avant notre �re, est provoqu� par le passage des cultes familiaux jusque-l� pr�dominants, � des formes collectives sup�rieures de la vie religieuse.</p><p>Dans le monde contemporain, cette situation n�a pas totalement disparu : pour le musulman, la pratique de la foi n�est parfaite que pour celui qui peut participer � la pri�re publique du vendredi dans un lieu consacr� et collectif, la mosqu�e, qui fait la ville � ses yeux.</p><p>Le r�le intellectuel de la cit� est tellement �vident qu�il n�est sans doute pas n�cessaire de s��tendre dessus longuement : nos arts, notre litt�rature forment une tradition qui remonte � l�Antiquit� et qui s�est trouv�e presque constamment enrichie dans les foyers de fermentation constitu�s par des grands centres : dans ce domaine, d�ailleurs, l�avantage de la cit� n�appara�t comme d�cisif qu�au-del� d�un certain seuil. La m�tropole, la capitale offrent des conditions infiniment plus favorables que le bourg ou la petite cit�, o� la division d�j� marqu�e des t�ches cr�e pourtant dans d�autres secteurs des �conomies appr�ciables.</p><p>En mati�re de production de biens et de services, on note presque toujours que les innovations viennent des mi-</p><p>lieux urbains. Jane Jacobs le souligne fortement : il y a un cycle historique classique de la production. Les arts du textile le prouvent. Les �toffes tiss�es depuis la r�volution n�olithique dans les campagnes �taient � la fois grossi�res et souvent sans beaut�. Les �lites urbaines poussent par leur app�-</p><p>tit de luxe � l�invention de nouveaux m�tiers, de nouveaux dessins, de nouveaux proc�d�s d�appr�t et de teinture.</p><p>Au fur et � mesure que le temps passe, les centres manufacturiers ainsi cr��s se heurtent � la concurrence de villes plus petites, qui les imitent, puis des campagnes, o� les m�tiers finissent par �migrer. Les villes flamandes cessent d��tre les foyers essentiels de l�activit� drapante � partir du XIVe s., cependant que les ouvriers se multiplient dans le plat pays. On pourrait reconstituer des histoires aussi int�ressantes pour des secteurs d�velopp�s plus r�cemment : la chimie, les fabrications automobiles ou les constructions �lectriques.</p><p>Un peu partout, on voit triompher les tendances � la d�centralisation, c�est-</p><p>�-dire au glissement des niveaux su-p�rieurs aux niveaux inf�rieurs de la pyramide urbaine et, de l�, aux niveaux ruraux, quand ils existent encore.</p><p>Les avantages que la cit� apporte � ceux qui exercent le pouvoir sont si divers qu�il est difficile d�en �tablir l�inventaire, mais ils sont si r�els que l�analyse m�rite d��tre tent�e. � un premier stade, la ville tire une partie de son avantage de son r�le militaire : fortifi�e, elle d�fie les envahisseurs et r�siste aux agitations d�sordonn�es des paysans voisins. Jusqu�� la fin du Moyen �ge, elle appara�t souvent ainsi fondamentalement comme une</p><p>forteresse, comme un point essentiel de l�espace strat�gique. Avec l�apparition des armes � feu et les progr�s de l�artillerie, son r�le s�amenuise d�s l��ge baroque. Il est bien s�r possible de d�fendre une cit� en l�entourant de ceintures � redans, dont les architectes militaires italiens de la Renaissance d�couvrent le principe et que Vauban*</p><p>syst�matise et multiplie aux fronti�res de la France : mais il s�agit d�une organisation lourde, tr�s contraignante et qu�on ne peut g�n�raliser � l�ensemble des cit�s d�un pays. La ville forte n�est plus qu�un �l�ment dans la structure</p><p>militaire d�un espace national : elle a cess� d�exercer par elle-m�me un pouvoir.</p><p>L�origine des fonctions politiques de la ville est � chercher plut�t dans un autre domaine : commander, c�est � la fois rassembler une information exacte sur ceux qu�on gouverne, leur donner des ordres et v�rifier qu�ils sont bien transmis et ex�cut�s. La cit� est pr�ci-s�ment, dans l�organisation d�un grand espace, le point o� se concentrent les relations et o� se noue l�essentiel des r�seaux d�information. Dans la mesure o� les techniques d�acheminement des donn�es et des nouvelles sont imparfaites et lentes, il importe, pour cr�er une bonne transparence dans un grand espace, d��tablir une structure hi�rarchique de centres de traitement des informations. Chaque ville est ainsi un relais dans un r�seau complexe : on y rassemble ce qui vient de la campagne voisine ou des centres inf�rieurs, on le trie, on en extrait l�essentiel, on en �tablit la synth�se, qu�on transmet au relais suivant, et ainsi de proche en proche.</p><p>L�organisation politique d�un grand espace ne peut donc se concevoir sans r�seau urbain : celui qui structure et contr�le tout le syst�me de transfert des nouvelles et des ordres est le seul � pouvoir dominer l�ensemble. Ainsi, parmi les avantages qui naissent de la ville, ceux qui r�sultent de la concentration des informations sont essentiels pour comprendre les formes modernes de la g�ographie politique.</p><p>Les gouvernants ne sont pas les seuls � saisir tout l�int�r�t que peut pr�senter l�utilisation des facilit�s de transmission des nouvelles et des consignes qu�offrent la ville et le r�seau de tous les centres qui sont en contact permanent : les commer�ants en tirent profit pour cr�er des succursales partout, entretenir des relations r�guli�res sur des march�s �loign�s. Peu � peu se multiplient, dans les soci�t�s en cours de modernisation, les entreprises, les administrations, les organisations ou, pour employer un terme plus classique, quoique charg� de connotations d�sa-gr�ables, les bureaucraties. La naissance des bourgeoisies urbaines co�ncide avec l�apparition de ces formes</p><p>nouvelles de structuration de l�espace et de la vie sociale, avec, donc, une nouvelle dimension de la vie urbaine.</p><p>L�espace urbain</p><p>Comment organiser l�espace urbain pour maximiser l�interaction sociale et d�gager la multiplicit� des avantages qui peuvent en r�sulter, comme nous venons de le voir ? Le probl�me est complexe, et, dans la mesure o� les finalit�s de l�agglom�ration ne sont pas toujours les m�mes, la structure d�ensemble peut varier : elle n�est pas identique dans les centres rituels des grandes civilisations archa�ques, dans les points forts des syst�mes militaris�s ou dans les noyaux � fonction commerciale et administrative qui se multiplient au Moyen �ge. Les villes de s�jour, de rentiers, de classes oisives font une place plus large au spectacle urbain que celles qui sont plus laborieuses : les agglom�rations qui vivent du tourisme perp�tuent la tradition des cit�s con�ues pour la vie ostentatoire.</p><p>La multiplication des manufactures et des usines introduit dans l�espace contemporain des forces suppl�mentaires. Certaines sont g�n�rales et expliquent la parent� des solutions et le petit nombre de configurations effectivement observ�es.</p><p>Les villes naissent du besoin de</p><p>faciliter au maximum les fonctions de relation, mais elles doivent r�pondre � d�autres exigences. Ceux qu�elles abritent doivent pouvoir se retrancher de la vie publique pour se reposer, m�-</p><p>diter, dormir. Tous d�sirent aussi jouir de la s�curit� qu�offrent les groupes relativement clos o� l�on se sent connu, appr�ci� : chaque m�nage doit se sentir quelque part � l�abri des atteintes de tous ; � l��chelon imm�diatement su-p�rieur, la communaut� locale du village est parfois reconstitu�e � l��chelle du voisinage, de la rue, du quartier.</p><p>Lorsque la semaine de travail est finie, que les activit�s proprement urbaines s�arr�tent, les gens sont heureux de pouvoir se d�tendre, se promener et de gagner des coins o� la nature subsiste. L�espace urbain comprend donc n�cessairement des lieux consacr�s aux diverses formes de l�interaction sociale, des zones de repos, de d�tente et de loisirs ainsi que, pour joindre les</p><p>uns et les autres, des espaces de circulation. Comment combiner ces divers �l�ments de mani�re � satisfaire au maximum tout le monde ?</p><p>Il est de l�int�r�t de la collectivit� de minimiser le temps pass� en d�placement pour se rendre des lieux de r�sidence aux secteurs o� l�on participe � l�existence sociale g�n�rale : cela conduit � situer au centre de l�aire construite le foyer qui abrite les fonc-downloadModeText.vue.download 369 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11580</p><p>tions essentielles, le centre du culte ou la citadelle dans certains cas, le bazar, le forum ou le march� dans d�autres, ou bien encore la place et les monuments o� se donne le spectacle urbain et o� s��panouit sous ses formes les plus raffin�es la civilit�. Dans la mesure o� la grande ville doit remplir une multiplicit� de fonctions, il est �galement de l�int�r�t de chacun et de tous de r�duire le temps et la peine que l�on a � passer d�une activit� � l�autre. Le centre-ville appara�t alors comme un commutateur social, comme un syst�me de structuration qui autorise les rencontres les plus vari�es dans des cadres efficaces et sans d�placements inutiles.</p><p>Tout autour du centre, il est normal de disposer les quartiers d�habitation de mani�re � placer au plus pr�s ceux qui ont le plus de temps � passer dans le centre ou ceux dont l�activit� y cr�e le maximum d�avantages pour la collectivit�. Plus loin, on peut situer les groupes qui n�ont pas constamment � participer aux activit�s collectives et laisser une place de plus en plus large aux aires de d�tente et de loisirs : parcs, jardins, terrains de sport. Ainsi voit-on g�n�ralement les villes s�ordonner selon un plan concentrique. Comme la circulation se fait plus facilement le long des grands axes qui m�nent au quartier central, la forme n�est jamais parfaitement r�guli�re : l�image la plus fr�quente de la ville traditionnelle est celle d�un syst�me radioconcentrique.</p><p>Il n�y a gu�re que les villes fortifi�es qui soient presque circulaires : les charges d�entretien des enceintes sont si lourdes qu�on a int�r�t � faire celles-</p><p>ci aussi courtes que possible.</p><p>Le syst�me spatial se trouve boulevers� lorsque les conditions de transport changent. Tant que les mouvements se sont faits � pied, le rayon des villes est rest� n�cessairement r�duit : il �tait difficile de parcourir plus de 3 km pour se rendre tous les jours � son travail ou dans le centre. De nos jours, avec les moyens de d�placement individuels ou collectifs, le rayon des agglom�rations a �t� multipli� par dix, ce qui veut dire que les surfaces sur lesquelles une agglom�ration peut s��taler sont cent fois plus vastes : il est donc plus facile de m�nager au sein m�me de la trame urbaine les zones de d�tente et de loisirs, qui, jusqu�alors, �taient rejet�es � la p�riph�rie. La transformation essentielle tient cependant � l�usage g�n�ral de l�automobile : on arrive tr�s vite � la saturation des art�res conver-geant vers le centre. Celui-ci cesse d��tre le lieu le plus accessible pour l�ensemble de la population : il entre en crise, perd une partie de ses fonctions traditionnelles. La construction d�anneaux autoroutiers p�riph�riques et de grandes p�n�trantes cr�e, le long de ces axes et surtout aux �changeurs qui les unissent au reste du r�seau, des points d�accessibilit� optimale : c�est l� que s�installent les centres commerciaux, les ensembles de bureaux et d�ateliers, parfois sous la forme d�un centre directionnel d�immeubles �lev�s que l�on voit de loin. La ville n�a pas cess� d��tre une machine � maximiser l�interaction sociale, mais son visage est profond�ment modifi� : elle se trouve � la fois dilu�e dans un espace �largi et ordonn�e par rapport � une pluralit� de foyers, ce qui lui fait perdre un peu le sens de son unit�. En fait, l��volution, lorsqu�elle se poursuit assez longtemps, �pure suffisamment le quartier central de ses fonctions les moins indispensables pour qu�il retrouve une certaine attractivit� : il continue � �tre le foyer majeur de la vie culturelle et des loisirs collectifs ; il reste aussi souvent le lieu des administrations.</p><p>Planification</p><p>et �conomie de march�</p><p>Comment, dans la pratique, ces organisations de l�espace se trouvent-elles</p><p>r�alis�es ? En fait, deux options seulement sont possibles ; elles ne sont pas exclusives, mais se compl�tent presque toujours. La premi�re cherche la solution optimale au probl�me de l�affectation des sols dans la cr�ation d�un syst�me de planification qui d�cide du trac� des voies, de l�utilisation des sols et de l�ensemble des services indispensables � la vie de la collectivit�. La seconde se fie aux m�canismes automatiques d�ajustement que constitue le march� foncier ; la ville pousse alors sans qu�il soit n�cessaire de pr�voir un service de direction.</p><p>Le bureau d�urbanisme a, pour avantage, de pouvoir tenir compte � chaque instant de tous les besoins de la population, de ceux qui peuvent se traduire sur le march� comme de ceux que celui-ci n�glige : une ville n�est pas plaisante lorsqu�elle manque de verdure, mais les espaces verts ne rapportent rien, si bien qu�ils disparaissent souvent d�une agglom�ration r�gie par le principe du march�. De la m�me mani�re, le logement de ceux dont les revenus sont modestes risque d��tre impossible l� o� ils ont des chances de trouver un travail s�ils doivent payer un loyer qui incorpore la rente du sol ; lorsque les sols sont propri�t�s de la collectivit�, ces tensions sont plus faciles � r�soudre.</p><p>Le service de planification a contre lui sa lourdeur : l�activit� urbaine met en pr�sence des milliers, des centaines de milliers, voire des millions parfois d�agents �conomiques. Se substituer � cette foule de d�cideurs est une gageure : on risque de freiner les initiatives, de ne pas percevoir les mutations qui s�amorcent et de r�sister � des transformations in�vitables. Ainsi, dans les pays de l�Europe centrale et en Scandinavie, les municipalit�s qui poss�daient en abondance les sols n�-</p><p>cessaires � leur expansion ont essay� de freiner l��volution des centres et l�apparition des noyaux p�riph�riques sans bien voir ce qu�ils apportaient comme avantage � la collectivit� prise dans son ensemble. Enfin, l� o� le prix du sol n�intervient plus du tout dans les affectations, il risque de se produire un v�ritable gaspillage : aucun effort n�est fait pour concentrer les activit�s sur un espace r�duit ; on n��limine plus des centres les activit�s qui n�y sont</p><p>pas indispensables. Le paysage urbain y gagne un certain charme, mais il est quelquefois d�mesur�, comme on en fait l�exp�rience dans les grandes villes des pays de l�Est.</p><p>Le m�canisme de march� assure</p><p>avec plus de rapidit� les ajustements spatiaux indispensables lorsque les conditions de vie se trouvent modifi�es. Il permet d�assurer une �conomie s�v�re des sols l� o� ils sont particuli�rement recherch�s, dans les secteurs centraux en particulier. Il est beaucoup plus l�ger que tous les syst�mes qu�on propose de lui substituer. Mais ses faiblesses sont �videntes.</p><p>Certaines d�cisions ne peuvent</p><p>aboutir dans le cadre du syst�me de march� : c�est le cas de toutes celles qui ont pour objet de structurer l�ensemble de l�espace urbain. Les avantages qui na�tront par exemple d�un axe projet� sont confisqu�s � l�avance par les propri�taires fonciers, dont il faut acheter le terrain, si bien que le co�t de l�op�ration devient prohibi-tif : sans proc�dure d�expropriation, le trac� des voies de circulation serait de la sorte impossible. � une �poque o� la croissance rapide des agglom�rations et l�apparition de nouveaux modes de transport imposent des r�ajustements perp�tuels, on voit qu�il s�agit d�une infirmit� grave.</p><p>La deuxi�me faiblesse des march�s vient de ce qu�ils ne peuvent permettre d�allouer de l�espace � des fonctions qui ne rapportent rien : espaces verts, mais aussi logements de d�favoris�s.</p><p>Dans les pays du tiers monde, cela se traduit par des effets spectaculaires. La plupart des ruraux qui affluent dans les villes n�ont pas de ressources fixes. Les rares opportunit�s de travail qui leur sont offertes se trouvent dans le centre.</p><p>Faute de moyens, ils ne pourraient se loger que tr�s loin, � la p�riph�rie de l�agglom�ration. Les prix des transports leur interdiraient alors pratiquement de vivre. Ces ruraux se tirent d�affaire en installant des habitats pr�-</p><p>caires dans tous les vides de la trame urbaine, sur les collines trop raides, les zones trop humides, les secteurs g�t�s par la proximit� de d�p�ts d�ordure ou d�industries polluantes. Dans les pays</p><p>musulmans, les biens de mainmorte sont particuli�rement vis�s, car ils sont souvent �tendus jusqu�au coeur des villes. Une fois que tous ces emplacements sont occup�s, les bidonvilles se multiplient dans la proche p�riph�rie, jusqu�� dessiner un cordon � peu pr�s continu autour des centres.</p><p>La derni�re faiblesse des march�s tient � leur caract�re sp�culatif. Le prix de la terre non seulement refl�te ses usages actuels et anticip�s, mais aussi fluctue en fonction de la recherche de s�curit� des d�tenteurs d��pargne.</p><p>Dans la mesure o� il est facile aux utilisateurs du sol urbain de r�percuter dans leurs prix de revient les charges fonci�res, rien ne vient freiner la hausse des terrains : celle-ci n�a plus rien � voir avec les pr�visions d�utilisation, qui donnent d�habitude un sens au pari de celui qui sp�cule et prend un risque en favorisant l��mergence de l�avenir qu�il entrevoit. Les march�s fonciers jouent un r�le non n�gligeable dans le d�veloppement des pressions inflation-nistes dans nos soci�t�s.</p><p>Dans certains cas, le jeu des automatismes favorise aussi l�apparition de s�gr�gation : d�une pi�ce de terre � l�autre, les �conomies et les d�s�-</p><p>conomies externes sont fr�quentes.</p><p>Lorsqu�un nouveau venu utilise son sol de mani�re � cr�er des g�nes alentour, on ne peut lui faire supporter la perte qu�il suscite. Les propri�taires conscients se h�tent donc de vendre et d�aller s�installer ailleurs ; dans le quartier qu�ils quittent, la situation se transforme tr�s vite : un ghetto se forme ; l� o� ils s�implantent, instruits par l�exp�rience, ils multiplient les armes pour se d�fendre de mauvaises surprises. On a souvent soulign� depuis une dizaine d�ann�es le r�le des march�s fonciers dans les probl�mes ethniques des grandes villes am�ricaines. On leur a peut-�tre fait la part trop belle, la crise spatiale ne traduit, downloadModeText.vue.download 370 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11581</p><p>dans ce cas, qu�une tension nouvelle au sein de la pyramide sociale am�ricaine.</p><p>L�analyse des externalit�s propos�e � propos des ghettos a cependant le m�rite de montrer comment la trame m�me de l�espace urbain se diff�rencie, comment de petites cellules de voisinage se cr�ent, suscitent des avantages mutuels, puis luttent pour �viter que ceux-ci ne disparaissent : cela rend sensible l�opposition, qu�il est impossible d��viter, entre les objectifs que poursuivent les citadins ; ceux-ci veulent b�n�ficier � la fois des avantages de la transparence et de l�accessibilit� g�n�rale et de ceux qu�autorise la formation de petites communaut�s fortement ciment�es et chaleureuses.</p><p>Il appara�t au total impossible, dans le monde moderne, d�arriver � une organisation raisonnable de l�espace urbain sans faire une certaine place � la planification ; le probl�me est de trouver une proc�dure qui soit suffisamment souple pour ne pas figer les villes dans des formes qui les g�neraient rapidement.</p><p>La poursuite des avantages urbains entra�ne donc, par suite de leur diversit� et de l�in�gal niveau de d�veloppement technique, une forte diversit� des paysages et des forces d�organisation interne. On retrouve cette m�me va-ri�t� lorsqu�on se penche sur la structure g�n�rale des r�seaux urbains.</p><p>Les r�seaux urbains</p><p>La structure de ces r�seaux d�pend pour une part des contraintes �cologiques : nous l�avons d�j� signal� en montrant combien il est difficile de cr�er des grandes villes tant que la technologie des transports demeure m�diocre. La r�volution du navire � vapeur et celle du rail ont boulevers� ces conditions : il est maintenant possible de faire vivre des groupes nombreux n�importe ou dans le monde. La difficult�, du point de vue �cologique, ne r�sulte plus de la menace de disette qui guettait autrefois les villes les plus populeuses. Elle ne tient plus aux conditions d�hygi�ne, qui rendaient redoutable la mortalit� � tous les �ges et conduisaient � des �pi-d�mies d�sastreuses. Dans le courant du XIXe s., l�adduction de l�eau, l�assainissement et le souci nouveau d��liminer les taudis insalubres ont, pour la</p><p>premi�re fois, entra�n� une r�duction suffisante des causes de d�c�s pour que le bilan naturel des cit�s devienne positif et pour que leur population se renouvelle sans qu�il soit n�cessaire de compter sur l�immigration incessante de ruraux.</p><p>Les contraintes �cologiques, significatives dans notre civilisation, sont presque toutes li�es � la multiplication des pollutions. L�usage des voitures et des moteurs � combustion interne multiplie la consommation d�oxyg�ne et entra�ne le rejet de gaz toxiques en quantit�s importantes. Les poussi�res contribuent � r�duire la luminosit�, et les foyers de condensation qu�elles constituent provoquent une r�duction tr�s sensible de la luminosit� lointaine.</p><p>En mati�re d�eaux, il devient de plus en plus difficile de ne pas polluer les rivi�res qui re�oivent les effluents de la cit�, m�me lorsque ceux-ci sont trait�s.</p><p>Les centrales thermiques entra�nent un r�chauffement des cours d�eau, ce qui bouleverse leur �quilibre biologique.</p><p>Les nuisances se multiplient plus que proportionnellement � la population totale. Elles rendent la vie difficile dans les agglom�rations millionnaires.</p><p>Ainsi, au fur et � mesure que le progr�s technique permet de s�affranchir d�une limite �cologique � la croissance urbaine, d�autres apparaissent sous une forme diff�rente � de plus hauts niveaux.</p><p>La division de la population urbaine d�une nation entre une multiplicit� de centres s�explique donc � la fois par la n�cessit� de pourvoir aux besoins de relations et d�interaction de la population agricole dispers�e et par des barri�res �cologiques qui rendent les concentrations trop co�teuses pour la collectivit� lorsque certains seuils sont franchis.</p><p>En fonction des niveaux techniques, on peut distinguer trois grandes formes possibles de r�seaux urbains.</p><p>Durant une tr�s longue p�riode,</p><p>depuis l�apparition des villes jusqu�� la fin du XVIIIe s., d�but de la phase de transition des soci�t�s traditionnelles aux soci�t�s postindustrielles, la part de la population qui pouvait se regrou-</p><p>per dans les cit�s �tait tr�s r�duite, nous l�avons vu. Cela tenait � la fois � la faible productivit� de l�agriculture et � l�inefficacit� des transports.</p><p>Il fallait g�n�ralement cinq ou six familles d�agriculteurs, parfois plus, pour assurer l�existence d�un artisan, d�un commer�ant ou d�un homme de</p><p>loi. Tous ne r�sidaient d�ailleurs pas � la ville : rien d��tonnant donc � ce que la proportion des ruraux soit demeur�e �crasante.</p><p>La dimension des villes est limit�e par la difficult� des approvisionnements. En Europe occidentale, � la fin du XVIIIe s., la plupart des centres ont des populations comprises entre 2 000</p><p>et 10 000 habitants. Une cit� de 20 000</p><p>ou de 30 000 �mes est d�j� importante.</p><p>Pour exc�der cette dimension, il faut que la ville re�oive par mer ou par fleuve des produits de toute une vaste r�gion et qu�elle tire de fonctions religieuses, politiques et parfois commerciales des revenus exceptionnellement �lev�s.</p><p>Dans la plupart des cit�s traditionnelles, la base �conomique, c�est-</p><p>�-dire ce qu�on offre en �change des denr�es alimentaires indispensables, est fournie pour partie par les pr�l�vements effectu�s au titre de la rente fonci�re, de la d�me et de l�imp�t, et pour partie par les articles manufactur�s et les services, dont ces cit�s se r�servent le monopole. Selon les lieux, selon les civilisations, la part faite � chacune de ces sources de revenus est variable : la ville antique tire beaucoup de son r�le administratif, de son activit� commerciale aussi ; la cit� m�di�vale est souvent n�e autour d�un �v�ch� ou d�une abbaye, mais elle doit de plus en plus sa richesse et son dynamisme � ses ateliers et � ses activit�s d��change. �</p><p>l�aube des temps modernes, le pr�l�vement foncier se renforce paradoxalement dans une bonne partie de l�Occident : la ville devient la r�sidence de l�aristocratie, et la bourgeoisie immobilise ses richesses en domaines. Dans les pays d�Orient, en Turquie, en Iran, en Inde, en Chine, au Japon, l�imp�t et les rentes constituent les ressources essentielles, mais les centres manufacturiers sont nombreux : le textile, le travail des m�taux dans l�Orient arabe</p><p>et en Inde, la soie, la porcelaine en Chine proviennent des villes.</p><p>Lorsqu�on cartographie les centres urbains des civilisations traditionnelles, on a quelquefois de la peine � les analyser comme �l�ments d�un r�seau : ils sont trop peu diff�renci�s par leur taille, trop uniform�ment r�-</p><p>partis pour qu�on sente la multiplicit� des rapports qu�ils nourrissent entre eux, pour qu�on comprenne qu�ils sont d�j� les p�les qui structurent la totalit� de l�espace. En fait, la hi�rarchisation existe souvent, mais elle demeure discr�te : les divers centres urbains effectuent le travail de rassemblement et de traitement de l�information indispensable � la formation d�une aire transparente de part en part. Quel que soit le niveau o� elles se situent, ces fonctions mobilisent des effectifs comparables : la population ne varie donc gu�re en fonction du niveau hi�rarchique ; elle traduit souvent davantage la richesse de la campagne proche ou les opportunit�s commerciales dont le centre peut disposer.</p><p>Du XVIe au XVIIIe s., l�expansion europ�enne dans le monde multiplie partout o� elles manquaient les cr�ations urbaines. Les ports de tous les littoraux se trouvent unis par des relations incessantes : l�Ouest europ�en, les grands ports d�estuaire, les rivages de la mer du Nord s�en trouvent vivifi�s. On prend l�habitude d�y faire venir de plus loin les approvisionnements. La population se concentre dans ces m�tropoles. Pour la premi�re fois, la dimension des cit�s de l�Occident rivalise avec celle des centres traditionnels de l�Orient proche ou lointain, de la Rome antique, de Byzance, d�Alexandrie, de Delhi, de P�kin, d�Edo (T&#x14D;ky&#x14D;).</p><p>La r�volution technique complexe</p><p>par quoi s�amorce la phase de transition � la soci�t� postindustrielle a de multiples facettes. Les progr�s de la productivit� agricole permettent de nourrir une population croissante avec des effectifs stationnaires ou d�croissants : la part des citadins augmente progressivement. � la fin du XIXe s., cependant, la masse rurale de la plupart des pays industriels demeure notable : elle compte au moins pour</p><p>le quart du total et, dans la plupart des cas, pour la moiti�. Les transports plus faciles autorisent des concentrations beaucoup plus fortes que par le pass� : autour des bassins houillers, on voit d�j� s��panouir de gigantesques conurbations. L�Angleterre en offre les premiers exemples dans ses pays noirs.</p><p>La Ruhr en Allemagne, le Borinage en Belgique, le Nord et la r�gion de Saint-</p><p>�tienne en France, certaines r�gions des Appalaches autour de Pittsburgh se d�veloppent sur des principes analogues. Dans tous ces cas, l�accumulation humaine ne doit cependant pas faire illusion : les r�gions cr��es manquent, pour �tre vraiment urbaines, de la diversit� des activit�s, de la multiplicit� des services, � quoi on lit l��panouissement de la civilisation citadine.</p><p>Dans la mesure o� il demeure indispensable de desservir une population dispers�e fort nombreuse, la r�partition des centres ne peut se faire au hasard. Les possibilit�s nouvelles de concentration ne sont pas exploit�es au maximum. Une bonne part des citadins se trouve r�partie entre les divers �chelons de la hi�rarchie des centres, qui assurent aux ruraux la commercialisation de leurs produits et la fourniture de tout ce dont ils ont besoin. Les m�tropoles r�gionales, les capitales ne downloadModeText.vue.download 371 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11582</p><p>comptent encore qu�une fraction assez modeste de la population urbaine.</p><p>Avec la poursuite de l��volution</p><p>technique, les donn�es changent : il n�y a plus beaucoup d�actifs dans les campagnes, si bien que les villes vivent surtout des services qu�elles se rendent entre elles. Les r�seaux r�guli�rement organis�s se d�font. L� o� ils n�ont jamais exist�, dans le Nouveau Monde, l�image qu�offre le monde urbain est celle d�un semis tr�s irr�gulier, avec des zones de concentration massives : en Californie, plus de la moiti� de la population est concentr�e dans les aires m�tropolitaines de San Francisco, de Los Angeles et de San Diego. Si l�on tient compte des agglom�rations qui</p><p>gravitent � proximit� imm�diate, on arrive au total � pr�s des trois quarts.</p><p>Mais peut-on encore parler de</p><p>villes ? C�est l� que les cons�quences des progr�s des moyens de communication sont les plus spectaculaires : les espaces urbanis�s s��tendent sur des centaines de kilom�tres carr�s, jusqu�� recouvrir de v�ritables r�gions. Les centres anciens d�p�rissent, cependant que les grandes surfaces et les quartiers d�affaires prolif�rent dans les secteurs les mieux desservis des p�riph�ries.</p><p>Les co�ts de congestion finissent par arr�ter la croissance de ces aires : il n�est pas possible d�arriver, dans une grande nation, � la concentration absolue. Mais les aires urbaines s�alignent volontiers le long d�axes bien desservis, sous la forme de m�galopolis : de Boston � Washington aux �tats-Unis, de T&#x14D;ky&#x14D; � &#x14C;saka au Japon.</p><p>Les pays du tiers monde sont demeu-r�s longtemps hors du mouvement de concentration : les villes traditionnelles somnolaient ; les cr�ations europ�ennes �taient dynamiques, mais ne groupaient gu�re que des colons, une �troite �lite indig�ne et le personnel de service indispensable au train de vie de tout ce monde. Depuis une g�n�ration, les choses se sont mises � changer brutalement : la population urbaine cro�t d�autant plus vite qu�� la mutation professionnelle se joint une expansion d�mographique rapide. Dans la plupart des cas, l�organisation du r�seau urbain copie d�embl�e celle des pays les plus avanc�s. Les grandes villes, la capitale se gonflent d�mesur�ment, cependant que les �chelons inf�rieurs et interm�-</p><p>diaires sortent � peine de la m�diocrit�.</p><p>L�afflux de masses illettr�es, peu pr�-</p><p>par�es aux t�ches qui les attendent, la productivit� souvent �lev�e des industries qui s�implantent cr�ent un sous-emploi consid�rable : dans la structure urbaine, cela se traduit, comme on l�a vu, par la prolif�ration des bidonvilles.</p><p>Il est possible de classer les villes, comme nous venons d�essayer de le faire, en fonction du niveau de d�veloppement de la soci�t� � laquelle elles appartiennent. � partir de l�, des subdivisions s�imposent en fonction de la taille : la petite ville, la m�tropole</p><p>r�gionale, la grande capitale diff�rent � la fois par leurs activit�s, par leur atmosph�re sociale, par la libert� qu�on y �prouve, par la gamme des opportunit�s qui y appelle � la cr�ativit�. On peut �galement souligner les parent�s frappantes entre toutes les villes qui vivent du tourisme, de l�industrie ou de certaines cat�gories de services. Ces distinctions n��puisent cependant pas la diversit� des villes.</p><p>Lieux d�interaction, les cit�s portent la marque des peuples qui les ont fa-</p><p>�onn�es : ici, les maisons s�ouvrent largement sur la rue, toute la vie para�t publique et l�animation joyeuse fait participer chacun � tous les aspects du spectacle urbain. L�, en terre d�isl&#x101;m, les murs aveugles signifient la volont� de soustraire la famille � l�agitation, la foule est curieusement masculine.</p><p>Dans les pays anglo-saxons, la cit� fait bien vite place, vers l�ext�rieur, � une banlieue con�ue comme le contraire de la ville, c�est-�-dire comme un morceau de nature et comme une aire o� les contacts sont r�duits, choisis, model�s selon la norme de la communaut�. La g�ographie culturelle des villes est ainsi passionnante : c�est elle que les touristes se plaisent � d�couvrir au hasard de leurs arr�ts, de leurs promenades. Ils y gagnent, � travers l�originalit� des monuments, des maisons, � travers l�appr�hension des mouvements de la rue, des bruits, des rythmes, une appr�hension directe de ce qui fait l��me des peuples.</p><p>P. C.</p><p>F Agglom�ration urbaine / Urbanisation /</p><p>Urbanisme.</p><p>&amp; P. George, la Ville. Le fait urbain � travers le monde (P. U. F., 1952). / J. Beaujeu-Garnier et G. Chabot, Trait� de g�ographie urbaine (A. Colin, 1964). / F. Choay, l�Urbanisme. Utopies et r�alit�s. Une anthologie (�d. du Seuil, 1965). / E. Jones, Towns and Cities (Londres, 1966). / J. Remy, la Ville : ph�nom�ne �conomique (�d. Vie ouvri�re, Bruxelles, 1966). /</p><p>J. Jacobs, The Economy of Cities (New York, 1969). / H. Carter, The Study of Urban Geography (Londres, 1972). / M. Castells, la Question urbaine (Maspero, 1972). / M. Santos, les Villes du Tiers Monde (G�nin, 1972). / P. Claval, Principes de g�ographie sociale (G�nin, 1973).</p><p>Vill�le (Jean-</p><p>Baptiste</p><p>Guillaume</p><p>Joseph, comte de)</p><p>Homme d��tat fran�ais (Toulouse</p><p>1773 - id. 1854).</p><p>La marche</p><p>vers le pouvoir</p><p>Incarnation de la r�action la plus born�e, cr�ature du parti pr�tre cauteleux et fanatique, tel est apparu le comte de Vill�le aux yeux de toute la tradition lib�rale et r�publicaine du XIXe s.</p><p>Issu d�une vieille famille de gentilshommes du Lauraguais, Vill�le conna�t une enfance studieuse et s�v�re dans un monde peu fortun�, mais intransigeant sur le plan des principes traditionnels.</p><p>Ses quatre quartiers de noblesse lui permettent de briguer l��cole de marine d�Al�s, o�, apr�s concours, il obtient le grade d��l�ve officier et de modestes appointements. � partir de 1789, Vill�le fait campagne � Saint-Domingue, � la R�union, en Inde. Durant les premi�res ann�es de la R�volution, il ne se distingue gu�re par des prises de position. Il sert le nouveau r�gime comme l�ancien et pr�te le serment civique.</p><p>Arr�t� comme suspect en mai 1794, il est lib�r� apr�s Thermidor. Son sens des affaires, le d�sir d�obtenir une position sociale et peut-�tre aussi l�enseignement de son p�re, f�ru d�agronomie, l�incitent � s�installer comme planteur � la R�union en 1796. C�est la r�ussite. Vill�le �pouse la fille d�un riche colon et, avec son �lection en 1798 � l�Assembl�e coloniale, t�te de la gestion administrative.</p><p>En 1807, il revient � Morvilles, en Haute-Garonne, sur la terre de ses an-c�tres, rach�te et agrandit le domaine patrimonial. Maire de Morvilles, puis conseiller g�n�ral, il est l�objet des avances de l�administration imp�riale, soucieuse de se rallier les notabilit�s.</p><p>Mais il demeure sinc�rement royaliste et, l�Empire �tant aux abois, s�affilie aux Chevaliers de la foi, organisation secr�te charg�e de pr�parer le retour de la dynastie l�gitime. Sur son activit� au sein de cette association, les avis sont</p><p>partag�s. On le sait fid�le, mais on le dit prudent.</p><p>En fait, d�s la premi�re Restauration, Vill�le appara�t bien comme un r�actionnaire. Il publie en mai 1814 un libelle hostile au r�gime repr�sentatif, Observations sur le projet de Constitution..., dans lequel il d�fend les franchises et les privil�ges de l�Ancien R�gime, et pr�ne le retour aux principes traditionnels. Distingu� apr�s les Cent-Jours par le duc d�Angoul�me, il devient maire de Toulouse en juillet 1815 � il le restera jusqu�en 1818</p><p>�, puis d�put� de la Haute-Garonne � la Chambre � introuvable �. Ce d�partement lui demeurera fid�le jusqu�au bout.</p><p>Vill�le, chef</p><p>parlementaire</p><p>de la droite</p><p>Jusqu�alors peu connu, le petit gentilhomme gascon va se hisser au premier plan de la sc�ne politique. Il anime la r�union Piet, club ultra o� se r�unissent les partisans du comte d�Artois. On y brocarde les vell�it�s constitutionnelles de Louis XVIII et surtout on stigmatise l�� odieux � Decazes*, le tout-puissant ministre de la Police qui a r�ussi � obtenir du roi en septembre 1816 la dissolution de la Chambre introuvable.</p><p>Vill�le et ses amis pratiquent syst�matiquement la critique de la politique minist�rielle et la surench�re d�mago-gique avec autant d�aveuglement que de mauvaise foi.</p><p>Chaque d�bat � la Chambre voit</p><p>l�ultra Vill�le intervenir en faveur de la libert� de la presse, de l�honn�tet� des lois �lectorales ou des �conomies budg�taires... L�homme se r�v�le orateur de talent et tacticien habile. Cette opposition de droite favorise en fait la gauche, qui se renforce � chaque �lection.</p><p>Vill�le participe � la fondation du Conservateur, organe ultra destin� � s�opposer � la Minerve fran�aise de Benjamin Constant. Inquiet de la progression lib�rale, il consent � faire certaines concessions pour assurer l�union des royalistes. Il r�pond favorablement aux avances de Richelieu qui lui offre</p><p>le portefeuille de la Marine, mais le projet �choue.</p><p>C�est l�assassinat du duc de Berry (f�vr. 1820) qui va assurer le pouvoir � la droite et, par suite, � Vill�le.</p><p>Vill�le, pr�sident</p><p>du Conseil</p><p>Apr�s un court interm�de dans le dernier cabinet Richelieu*, o� il est ministre sans portefeuille, Vill�le acc�de downloadModeText.vue.download 372 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11583</p><p>enfin aux vraies responsabilit�s. En d�cembre 1821, il est aux Finances et, le 7 septembre 1822, avec l�appui de Monsieur, fr�re du roi, il devient pr�sident du Conseil. C�est pour six ans, et peut-�tre pour le malheur de la dynastie, un gouvernement, une majorit� et un programme de droite. � partir de 1822, le combat contre le lib�ralisme figure en priorit� � l�ordre du jour.</p><p>Les lois sur la presse cr�ent des d�lits nouveaux : outrage � la religion, au principe de l�h�r�dit� dynastique, d�lit de tendances... Vill�le est convaincu qu�une administration et une police rigoureuses auront raison de la gangr�ne lib�rale.</p><p>C�est le r�gne de la censure, de la haute surveillance de l�Universit�, dont le grand ma�tre, Mgr Frayssinous, d�clare que la rigueur est le premier devoir de l��tat. On supprime l��cole normale sup�rieure, on ferme p�riodiquement les facult�s de droit et de m�decine. Toutefois, Vill�le se r�v�le d�une remarquable prudence � l�ext�-</p><p>rieur. Ses conceptions, que l�on juge souvent terre � terre, se ram�nent � peu de choses : maintenir la paix, essentielle � la s�ret� de la monarchie ; sacrifier le panache et la croisade, g�n�ratrices de d�sordres financiers et d�isolement diplomatique, � la tranquillit� publique.</p><p>C�est ainsi que Vill�le accueille avec r�ticence le projet d�exp�dition d�Espagne qui lui sera impos�. Il en assumera les responsabilit�s, mais n�en</p><p>recueillera gu�re les honneurs. C�est que, paradoxalement, le pr�sident du Conseil, qui vient pourtant de faire triompher la droite aux �lections de 1824, devient la cible des m�contents au sein m�me de la majorit�. Excellent administrateur, il fixe avec rigueur les r�gles de la comptabilit� publique, l�ordonnancement et le paiement des d�penses.</p><p>Mais il �tend aux autres domaines de la vie publique ses m�thodes de gestion parcimonieuse. Regrattier de l��tat, il pr�f�re la petite manoeuvre discr�te, tortueuse et efficace au grand dessein qui en impose. � Un boutiquier plong� dans la contemplation de sa caisse �, a-t-on dit de lui. Promu grand argentier et profond�ment persuad� de l�excellence de son talent, Vill�le marchande et soup�se avec scrupule, mais voue aux g�monies la moindre critique. Cette vanit� l�entra�ne aux pires maladresses.</p><p>C�est ainsi qu�il rend Chateaubriand*, alors ministre des Affaires �trang�res, responsable de l��chec, � la Chambre des pairs, d�un de ses projets de conversion des rentes, laborieusement mis au point, et provoque son renvoi.</p><p>Faute capitale car l�illustre et orgueilleux personnage qu�est Chateaubriand passe � l�opposition, entra�nant avec lui le redoutable Journal des d�bats des fr�res Bertin, qui va d�sormais se d�cha�ner haineusement contre le</p><p>� despotisme obscur du petit homme �.</p><p>L�av�nement de Charles X porte</p><p>l�impopularit� de Vill�le � son comble.</p><p>La gauche lib�rale reproche en effet au pr�sident du Conseil des projets de lois obscurantistes et r�trogrades. �</p><p>droite, un petit groupe d�irr�ductibles</p><p>� les � pointus � � font le compte des �checs de Vill�le. Celui-ci endosse la responsabilit� de diverses lois particuli�rement anachroniques ou impopulaires : le projet de loi sur le droit d�a�nesse, repouss� malgr� quelques concessions ; la loi sur le sacril�ge, inefficace et maladroite, vot�e en 1825 ; la loi sur la presse � � loi de justice et d�amour �, dira le garde des Sceaux �, que le minist�re doit retirer en avril 1827. � cette date, Vill�le a renforc� l�exasp�ration des lib�raux en ordonnant la dissolution de la garde nationale de Paris, qui avait manifest�</p><p>son hostilit� au cabinet. Assur� de l�appui royal tant que la politique de refoulement de la gauche s�est r�v�l�e efficace, il perd la confiance du souverain.</p><p>En novembre 1827, en effet, malgr� les pressions et les fraudes, les lib�raux reviennent en force � la Chambre, et les minist�riels se retrouvent minori-taires. Vill�le d�missionne en janvier 1828. La haine accumul�e contre lui est telle qu�il se voit accus� de trahison et de concussion. Mais l�affaire n�aura pas de suite.</p><p>La retraite</p><p>Retir� sur ses terres, Vill�le assiste avec passivit� � la r�volution de Juillet.</p><p>Oppositionnel intransigeant, il refuse de participer aux �lections du nouveau r�gime. Son activit�, fort r�duite, consiste � tenter d�animer le Comit� l�-</p><p>gitimiste, p�riodiquement disloqu� par les intrigues, et � inspirer la Gazette du Languedoc. Vill�le se tient � l��cart des �quip�es romantico-politiques de la duchesse de Berry et particuli�rement de sa tentative de soul�vement de l�Ouest au d�but de la monarchie de Juillet (1832). En 1848, il assiste amer et d�sabus� au ralliement des monarchistes toulousains � la R�publique, puis � Louis Napol�on Bonaparte.</p><p>J. L. Y.</p><p>F Restauration.</p><p>&amp; J. Fourcassi�, Vill�le (Fayard, 1954). / G. de Bertier de Sauvigny, la Restauration (Flammarion, 1955).</p><p>Villiers de L�Isle-</p><p>Adam (Auguste,</p><p>comte de)</p><p>�crivain fran�ais (Saint-Brieuc 1838 -</p><p>Paris 1889).</p><p>Villiers de L�Isle-Adam ne descendait pas plus du dernier grand ma�tre de l�ordre de Malte qui d�fendit</p><p>Rhodes contre Soliman le Magnifique qu�Arthur de Gobineau n��tait issu d�Ottar Jarl, mais, comme Nerval, il �tait prince de Chim�re. Il appartenait � une famille bretonne noble et ruin�e. Son installation � Paris en 1857</p><p>ne lui apporta que d�ceptions ; il v�cut</p><p>pauvre et mourut dans le d�nuement.</p><p>Refusant de composer avec une soci�t� avilie et cupide, il ne r�vait que chevalerie, prouesses et victoire de l�absolu.</p><p>Il incarna sa haine du mat�rialisme et de l�ath�isme, qui triomphaient vers 1870, dans le personnage du docteur Tribulat Bonhomet, � la fois Homais et � gigantesque Joseph Prudhomme de l�enlaidissement et de la souillure �, selon ses propres termes.</p><p>Ses Premi�res Po�sies (1859) pas-</p><p>s�rent inaper�ues, ainsi que son roman Isis (1862). Aucun directeur de th��tre ne voulut monter ses drames. Ellen (1865), Morgane (1866) et la R�volte (1870) ou le Nouveau Monde (1875) ne d�pass�rent pas les cinq repr�sentations. Mais ses Contes cruels (1883) le veng�rent de cet �chec. En effet, il cr�a un genre nouveau, dans lequel il substitue au fantastique, � la mani�re de Hoffmann et de Poe, la satire morale et la cruaut�. Il fustige ses contemporains en d�non�ant leur niaiserie, leur bassesse, leur pr�tention burlesque et leur cupidit�.</p><p>Tribulat Bonhomet (1887) r�unit</p><p>de fa�on plut�t maladroite un m�morandum du docteur qui n�est autre que la premi�re des Histoires moroses de 1867, Claire Lenoir et un �pilogue.</p><p>Dans Claire Lenoir, Villiers ridiculise Bonhomet en le for�ant � constater avec son microscope ce que refuse d�admettre sa raison. Ce r�cit est destin� � montrer la sup�riorit� du christianisme sur la philosophie de Hegel, pr�n�e par le mari de Claire Lenoir, et sur le positivisme de Comte, d�fendu par Bonhomet.</p><p>Avec V�ra et l�Intersigne, on quitte la satire pour le fantastique pur. V�ra (1874) illustre l�amour, plus fort que la mort : la d�funte V�ra, pour laisser � son mari un t�moignage de sa venue, laisse dans le lit nuptial la cl� du tombeau. L�Intersigne (1867) ne le c�de en rien en puissance hallucinatoire � Lig�ia de Poe ; Villiers y proclame la sup�riorit� de la foi sur l�intelligence.</p><p>� La lumi�re des si�cles est plus importante que le si�cle des lumi�res �, affirme-t-il. Le Secret de l��chafaud (1888), macabre r�cit pseudo-scientifique, la Torture par l�esp�rance, le</p><p>Chant du coq, l�Enjeu, tout en faisant une large part � l�insolite, au bizarre et au terrifiant, expriment un but spiritua-liste et chr�tien.</p><p>L��ve future (1886) compte parmi</p><p>les chefs-d�oeuvre de la science-fiction : c�est que Villiers a su faire de celle-ci un usage po�tique. Edison devient une sorte d�enchanteur Merlin, et Hadaly, la cr�ature qu�il a fabriqu�e et dans laquelle il fait passer une �me, surpasse tous les automates du XVIIIe s.</p><p>et s�apparente � la Kundry de Parsifal.</p><p>Villiers acheva son oeuvre par un po�me dramatique, Axel (1890), qui peut se comparer aux deux Faust de Goethe. C�est un acte de foi dans les pouvoirs transcendants du g�nie : Axel renonce au monde et se suicide, non par d�sespoir et l�chet�, mais afin de fuir le mensonge des apparences et de s��tablir dans l��ternit�.</p><p>Bien plus qu�� Goethe, c�est �</p><p>Wagner qu�il faut en appeler pour comprendre Axel : Villiers a voulu donner � la France l��quivalent du drame musical wagn�rien. Un des</p><p>premiers, il a pris fait et cause pour le g�nie de Wagner, et il a contribu� par ses articles comme par ses ex�cutions pianistiques � r�v�ler l�oeuvre du ma�tre � une �poque o� il �tait honni en France. C�est en �coutant Villiers jouer sur son mauvais piano Tristan et Isolde que Baudelaire a reconnu que ses intuitions au moment de Tannh�user se trouvaient justifi�es. Mallarm�, sur qui l�oeuvre et l�esth�tique de Wagner devaient prendre une si grande influence, eut d�abord connaissance de sa musique par Villiers. Celui-ci eut le privil�ge de fr�quenter plusieurs fois le ma�tre lui-m�me et voir sur la sc�ne en Allemagne presque tous ses drames.</p><p>Villiers de L�Isle-Adam, � travers Poe et Wagner, pr�para la venue du symbolisme en France, et c�est pourquoi, downloadModeText.vue.download 373 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11584</p><p>� la fin de sa vie, il fut reconnu comme un ma�tre de l�art litt�raire par la plupart des symbolistes. Cette cons�cra-</p><p>tion tardive n�a �t� que partiellement confirm�e par la post�rit� : sa fiert� aristocratique, son art id�aliste et mystique rebutent nos contemporains. La mal�diction dont Villiers souffrit pendant sa vie p�se encore sur sa m�moire.</p><p>M. S.</p><p>&amp; M. Daireaux, Villiers de L�Isle-Adam, l�homme et l�oeuvre (Descl�e de Brouwer, 1936). / P. G. Castex et J. Bollery, les � Contes cruels � de Villiers de L�Isle-Adam (Corti, 1956).</p><p>/ F. A. Burguet, Villiers de L�Isle-Adam (Mercure de France, 1965). / A. W. Raitt, Villiers de L�Isle-Adam et le mouvement symboliste (Corti, 1965). / J.-P. Gour�vitch, Villiers de L�Isle-Adam (Seghers, 1971). / J. H. Bornecque, Villiers de L�Isle-Adam, cr�ateur et visionnaire (Nizet, 1974).</p><p>Villon (Fran�ois)</p><p>Po�te fran�ais (Paris 1431 - � apr.</p><p>1463).</p><p>Pr�sentant son �dition de 1533, Cl�-</p><p>ment Marot se plaignait que la tradition n�ait livr� de Villon qu�une oeuvre cor-rompue et � g�t�e �. Il faut tenir compte de cette � brouillerie � des textes manuscrits ou imprim�s (la premi�re �dition de Pierre Levet date de 1489) dans l�interpr�tation de sa po�sie, plus encore que du myst�re dont se serait entour� l�auteur, maintenant identifi� avec Fran�ois de Montcorbier, re�u ma�tre �s arts de l�universit� de Paris en 1452. Ces difficult�s fondamentales ne font que stimuler la l�gende litt�-</p><p>raire et l�analyse scientifique. L�histoire des interpr�tations qu�on a donn�es du po�te t�moigne de l��tonnante densit� de son syst�me d��criture, car chacun essaie de le d�chiffrer � sa mani�re. Miracle d�une po�sie qui se pr�sente � la fois comme une �nigme et une communication, elle donne l�impression d�intimit� malgr� la distance, d�authenticit� malgr� le masque, de complicit� malgr� le scandale.</p><p>Cette oeuvre, dont l�inventaire reste incertain, s�organise solidement autour des deux grands po�mes, le Lais, de 1456, et le Testament, de 1461. Le rapport entre ces deux textes est bien indiqu� par l�auteur, puisque le second reprend les dons (legs) du premier,</p><p>selon une d�marche de transposition et d�amplification caract�ristique de la mentalit� m�di�vale. On sait le r�le jou� dans la culture chr�tienne par les concordances et les correspondances entre l�Ancien et le Nouveau Testament. De m�me, la litt�rature, celle du Roman de la Rose par exemple, se fonde volontiers sur la rectification d�un texte par un autre texte. Mais, si nous reconnaissons ainsi, dans la logique de cette cr�ation po�tique, le dialogue que tend � �tablir toute �criture avec la lecture d�un �crit ant�rieur, nous devons chercher aussi la signature permettant d�identifier les po�sies �parses quand manque l�acrostiche.</p><p>Ainsi, la � ballade de bon conseil �, dont le moralisme conventionnel pourrait surprendre, se situe dans la ligne des � le�ons � que contient le Testament ; c�est aussi le th�me des ballades en jargon. D�un autre point de vue, ce dialogue d�une oeuvre � l�autre permet d�imaginer l��volution d�une vie et de v�rifier la grille des renseignements biographiques recueillis par les �rudits. Du Lais au Testament, la conscience de Villon semble s��tre alourdie, comme le casier judiciaire de Fran�ois de Montcorbier. Le meurtre du pr�tre Ph. Sermoise, le cambrio-lage du coll�ge de Navarre, la prison de Meung-sur-Loire, celle du Ch�telet, la condamnation � mort de 1463</p><p>jalonnent une histoire que l�on reconstitue � partir des indices trouv�s dans les archives, comme d�apr�s les confidences faites dans les po�mes.</p><p>Ce qui marque tous les vers attribu�s � Villon, c�est d�abord la ma�trise d�une po�tique formelle, h�rit�e de la tradition lyrique. La virtuosit� avec laquelle ce po�te imite les rondeaux, et surtout les ballades � la mode, lui permet d�y ajouter d�autres effets. Offrant, avec quelques rimeurs, � Charles d�Orl�ans une ballade sur le motif � Je meurs de soif aupr�s de la fontaine �, il sait tirer parti de cette structure contradictoire pour d�finir l�ambigu�t� de son humeur (� je ris en pleurs �), comme son destin de vagabond bien accueilli, mais vite cong�di� de chacun. En contraste avec ce festival de cour, les ballades en jargon sont des variations sur le th�me d�un avertissement �quivoque aux mauvais gar�ons. De ces onze bal-</p><p>lades, dont certaines sont mal b�ties, il est illogique d�en attribuer plus d�une ou deux � Villon, qui s�amuse avec ses compagnons, galants ou � Co-quillards �, � imiter les passe-temps courtois. Enfin, les huitains du Lais et du Testament confirment l�art du versi-ficateur, qui, articulant la phrase sur le groupe d�octosyllabes, semble toujours aboutir � la formule la plus naturelle et d�apparence la plus spontan�e. Ces deux pi�ces sont aussi influenc�es par l�esth�tique des dits d�amour all�goriques et moralisants, qui s��panouit aux XIVe et XVe s. La fiction du donateur et du testateur sert, comme l�all�gorie chez Guillaume* de Machaut, � unifier le discours moral par rapport au personnage mis en sc�ne, tout en permettant le d�marrage de l�imagination et en fondant l�analogie des m�taphores sur une pr�tendue situation concr�te.</p><p>Il est vrai qu�� l�int�rieur m�me de la composition po�tique tout ce qui se dit est remis en question par divers proc�d�s de la rh�torique se rattachant � l�ironie, comme l�antiphrase, la r�ticence, la digression, l�accumulation.</p><p>Ainsi se trouve trait� avec humour le th�me du cong�, illustr� autrefois � Arras, notamment par Adam* de la Halle. Comme celui-ci avait pris cong� de sa ville en remerciant ses protecteurs et en raillant certains bourgeois qu�il n�aimait pas, Villon, dans le Lais, prend cong� de Paris, en chevalier aventureux et amoureux que son d�-</p><p>part met en p�ril : il distribue ses biens entre ses amis. Mais cette fiction est d�mentie par les allusions � l��colier (nous dirions l��tudiant), dont la plume ne r�dige finalement que des donations illusoires : belle occasion de se moquer de quelques-uns, dont le nom se trouve associ� � des cadeaux irr�v�rencieux ou dangereux, car les biens meubles et immobiliers du donateur ne sont que jeux de mots, notamment � partir des enseignes de la ville.</p><p>Dans le Testament, de plus vastes proportions (2 023 vers au lieu de 320) et de composition plus complexe, la satire s�exasp�re sous l�effet de sentiments plus violents, de contrastes plus accus�s entre la m�ditation s�rieuse et la raillerie, d�une opposition fondamentale entre la structure objective et</p><p>les divagations de la pens�e personnelle, d�une rupture du discours strophique par le lyrisme des ballades. Ce n�est plus un d�part, mais le � grand d�part � qui sert de pr�texte � la distribution po�tique. Ce changement facilite l�approfondissement moral de la r�flexion, tandis que la perspective de la mort autorise toutes les questions, m�me les plus audacieuses, sur la soci�t�, la vie, Dieu : � Qui meurt a le droit de tout dire. � Le th�me lyrique de l�amour et le th�me satirique de l�argent peuvent ainsi conduire � une le�on d�sabus�e sur la vanit� des choses humaines, tandis que la rancoeur de l�amant-martyr, abus� par sa Catherine-sans-merci, se renforce de la haine accumul�e en prison par la victime de l��v�que d�Orl�ans. Au service de cette r�vision des valeurs en cours dans la litt�rature officielle, nous devinons une culture limit�e mais solide, qui sait trouver dans la Bible ou chez Jean de Meung les exemples dont elle a besoin pour son argumentation.</p><p>Ces r�miniscences suffiraient � expliquer la substance du po�me, sans nous obliger � prendre pour authentiques les allusions � l�exp�rience v�cue. La pauvret�, la faim, le froid, la taverne et ses beuveries, les prostitu�es et leurs tromperies, les vieilles entremetteuses, les gendarmes et les voleurs, tout cela figure dans la tradition satirique, chez Rutebeuf et chez Deschamps encore ou chez les goliards.</p><p>On peut admirer, si l�on veut, Villon d�avoir ainsi pris soin des d�sh�-</p><p>rit�s, victimes de leur faible nature, de leur mauvais sort, de la m�chancet� humaine et de l�injustice sociale. On peut aussi appr�cier l�habilet� d�un plaidoyer qui fait d�un cas personnel une cause collective, les fautes et les erreurs du voleur se confondant avec tous les malheurs des faibles. Le repentir, qui semble inspirer les 832 premiers vers du Testament, d�bouche alors sur la r�volte : dans les deux cas, la culpa-bilit� s�estompe pour faire place � l��vidence d�une fatalit�. L�ironie du discours po�tique, s�attaquant � tous les pr�jug�s qui condamnent les fautes, ne laisse plus subsister que les refrains lyriques, o� se r�sume le fatalisme du petit peuple. On peut enfin sp�culer sur les r�f�rences � l�amour, en se deman-</p><p>dant quelle part d�amour d��u cache cette amertume. Mais il est bien difficile d�estimer la sinc�rit� du sentiment ou la philosophie de l��rotisme dans un texte dont le langage est presque toujours �quivoque.</p><p>En effet, la po�sie de Villon se</p><p>fonde sur l�ambivalence de mots qui se situent au carrefour de significations diverses. Elle peut jouer sur les diff�rents signifi�s d�une m�me unit� lexicale, l�un se situant par exemple dans la fiction du personnage c�dant ses biens, l�autre dans le registre des m�taphores grossi�res (bruit, branc, bourse, etc.). Elle peut aussi jouer sur le rapprochement incongru entre le signifi� et un objet r�el auquel on se r�f�re (le heaume, �l�ment de l�armure, et enseigne d�une taverne). Mais il est impossible d�appliquer � cette po�-</p><p>sie un d�codage syst�matique, car, � chaque instant, l�auteur renouvelle ses proc�d�s, cr�ant des associations nouvelles entre les diff�rents niveaux ou domaines du langage. Toutes les tentatives de la critique pour r�duire � un seul syst�me cette cr�ation po�-</p><p>tique ne peuvent qu�aboutir � une distorsion : c�est le cas, en particulier, de ceux qui cherchent � surprendre dans les m�taphores le code d�une soci�t� secr�te ou qui d�cryptent de pr�ten-downloadModeText.vue.download 374 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11585</p><p>dues anagrammes donnant les noms</p><p>des personnages fr�quent�s par Villon.</p><p>L�usage occasionnel de ces subterfuges entre dans un projet plus souple et plus complexe, qu�on ne peut comprendre que dans le mouvement m�me du texte.</p><p>Ainsi, les girofles dont il fait cadeau au notaire Basenier font penser aux m�taphores de la violence (la gifle) ; elles sont, en tant qu��pices, la concr�tisation d�une pratique souvent reproch�e aux gens de justice ; mais l�humour se renforce du fait que l�envoi s�adresse au fr�re de l��picier. Une telle surd�termination dans l�emploi des mots peut para�tre enfermer le message dans un labyrinthe inextricable. Mais dans quel but le po�te a-t-il ainsi surcharg� son</p><p>discours ?</p><p>Ce langage po�tique ne cherche pas � enfermer le sens, mais � l�ouvrir. Ne partons pas du seul Testament pour en juger ; songeons � la fantaisie des po�sies diverses ! Il s�agit de rompre le carcan du langage officiel, y compris celui des po�tes de cour. Cette manoeuvre linguistique est d�ailleurs en accord avec le r�le que le po�te donne � son personnage, avec sa volont� de briser les barreaux, ceux de l�� amoureuse prison � comme ceux, de fer ou de foi, derri�re lesquels la soci�t� enferme les non-conformistes. La po�-</p><p>sie, ici, se confond avec une entreprise de lib�ration. Encore faut-il mesurer objectivement les limites de ce mouvement lib�rateur. Certains ont surtout pens� au roman, noir ou amoureux, d�un homme dont nos textes donnent bien une image vraisemblable : mais la vraisemblance peut �tre une fabrication litt�raire. D�autres croient entendre l�expression du sentiment populaire qui proteste et revendique : fonction peut-�tre objective et inconsciente, mais qui ne correspond pas � celle, voulue et affirm�e, dans les � le�ons �</p><p>ou dans l�appel aux amis.</p><p>Il faut, pour l�interpr�ter, essayer de situer, comme on l�a souvent</p><p>tent�, la d�marche de cette po�sie dans le contexte culturel de l��poque.</p><p>Cherchant � expliquer Rabelais,</p><p>M. Bakhtine d�crit la culture populaire en �voquant l�image du carnaval. On peut formuler des r�serves sur le qualificatif de populaire appliqu�, par illusion romantique ou parti pris politique, � une contre-culture �labor�e par des clercs et des � escoliers �, v�hicul�e par des amuseurs professionnels, utilis�e parfois comme moyen de pression par des groupes influents (bourgeois parisiens, propagandistes bourguignons), mais plus souvent servant � divertir les grands. Reste que la structure carnava-lesque caract�rise bien ce mouvement de r�volte et de lib�ration imaginaire qui s�exprime de temps en temps, dans la f�te des fous par exemple, mais qui devient institution avec les compagnies de sots et les repr�sentations qu�elles donnent au th��tre. Par son style et son rire, par ses th�mes et ses id�es, par les personnages qu�il �voque (Prince</p><p>des Sots, Galants, � ... rians, plaisans en fais et dis... �), par le masque et la silhouette qu�il se donne, Villon se rattache � ce petit monde d�intellectuels non conformistes, sorte de � boh�me �</p><p>c�toyant par go�t ou par n�cessit� les tricheurs et les voleurs, les prostitu�es et les souteneurs, mais qui doit � son savoir livresque autant qu�� son talent ind�pendant d�avoir exerc� une influence d�terminante sur tous les genres comiques et satiriques. Certes, il convient de distinguer ce mouvement satirique d�autres entreprises litt�raires, dict�es par le souci de fustiger les vices et de diriger les consciences, celles des princes comme celles de la bourgeoisie. Villon ne sert que d�une mani�re fugitive la cause de la morale officielle. Mais n�exag�rons pas la valeur subversive de sa po�sie. Comme les sotties et les fatrasies, celle-ci a fait rire aussi la noblesse et la riche bourgeoisie.</p><p>Une double restriction s�exerce,</p><p>en effet, sur la libert� de ses propos.</p><p>La premi�re tient, pr�cis�ment, au milieu auquel il se rattache, et dont les pr�occupations n�ont d� rencontrer qu�occasionnellement les aspirations profondes du peuple : le monde des � copains � est le type m�me de la soci�t� fictive, �ph�m�re et rest�e adolescente. La seconde tient � la nature purement n�gative de ce langage dont le scandale apporte un exutoire imaginaire aux d�sirs r�prim�s, plut�t qu�il ne leur propose de v�ritable issue. Reste que, donnant la parole, mieux qu�on ne l�avait fait avant lui, � la r�bellion instinctive contre l�ordre des choses, Villon a ouvert avec la conscience humaine un dialogue dont nous comprenons mieux la modernit� apr�s la lecture d�un Lautr�amont, d�un Rimbaud et m�me des surr�alistes.</p><p>D. P.</p><p>&amp; P. Champion, Fran�ois Villon, sa vie et son temps (Champion, 1913 ; 2 vol.). / I. Siciliano, Fran�ois Villon et les th�mes po�tiques du Moyen �ge (A. Colin, 1934). / A. Burger, Lexique de la langue de Villon (Droz, 1957). / D. Kuhn, la Po�tique de Fran�ois Villon (A. Colin, 1967). / P.</p><p>Le Gentil, Villon (Hatier, 1967). / P. Guiraud, le Jargon de Villon ou le Gai Savoir de la coquille (Gallimard, 1968) ; le Testament de Villon ou le</p><p>Gai Savoir de la basoche (Gallimard, 1970). /</p><p>J. Dufournet, Villon et sa fortune litt�raire (Ducros, 1970). / P. Demarolle, Villon, un testament ambigu (Larousse, 1973).</p><p>Villon (Jacques)</p><p>F DUCHAMP (les fr�res).</p><p>vin</p><p>F VIGNE ET VINS.</p><p>vinaigre</p><p>Produit obtenu par la � fermentation �</p><p>ac�tique de boissons ou de dilutions alcooliques.</p><p>Pour se former, le vinaigre exige le contact de l�air, car son acidit� est due � l�oxydation de l�alcool provoqu�e par un micro-organisme auquel Pasteur a donn� le nom de mycoderme du vinaigre (Mycoderma aceti). Par la suite, notamment depuis les travaux de Beijerinck, les Bact�ries responsables de cette transformation furent d�nom-downloadModeText.vue.download 375 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11586</p><p>m�es Acetobacter, afin qu�il n�y ait pas de confusion avec les levures, qui comprennent des germes nomm�s mycodermes. Au contact de l�air, les Acetobacter se d�veloppent rapidement � la surface de liquides alcooliques pour former un voile plus ou moins compact, qu�on d�nomme m�re du vinaigre.</p><p>La transformation principale</p><p>recherch�e,</p><p>(alcool) �thanol + oxyg�ne Q acide ac�tique + eau</p><p>CH3CH2OH + O2 Q CH3�</p><p>COOH + H2O,</p><p>est industriellement obtenue par trois proc�d�s principaux.</p><p>Dans le proc�d� dit � d�Orl�ans �, le milieu � ac�tifier est simplement entrepos� dans des tonneaux de ch�ne au trois quarts pleins. Lorsque, apr�s</p><p>le d�veloppement de la � m�re �, tout l�alcool a �t� transform� en acide ac�tique, on renouvelle les deux tiers du milieu. Cette m�thode n�est plus utilis�e que pour produire de petites quantit�s de vinaigre de vin de tr�s grande qualit�.</p><p>Le proc�d� dit � rapide �, introduit en Allemagne au XIXe s., a �t� tr�s utilis� jusqu�� ces vingt derni�res an-n�es. Dans cette m�thode, on fait ruisseler le milieu alcoolis� sur des copeaux de bois de h�tre contenus dans un � tank � cylindrique. Les Bact�ries ac�tiques qui se d�veloppent � la surface des copeaux trouvent des conditions satisfaisantes pour oxyder rapidement l�alcool. Le liquide en cours d�ac�tification est recycl� jusqu�� �puisement de l�alcool.</p><p>La culture immerg�e est la m�-</p><p>thode la plus r�cente mise au point par Hrotmaka et Ebner. L�oxydation de l�alcool se fait de dix � vingt fois plus rapidement et le rendement est am�lior� de dix � quinze fois. La transformation a lieu dans une cuve appel�e ac�tateur, g�n�ralement en m�tal inoxydable ou plus rarement en bois. L�ac�tification se d�veloppe dans un liquide charg� de bulles en l�absence de tout autre support pour les Bact�ries, jusqu�� une teneur voisine de 0,1 p. 100 d��thanol.</p><p>Le titre ac�tique d�un vinaigre</p><p>exprim� en degr�s ac�tim�triques est �gal � son acidit� totale en grammes d�acide ac�tique pur pour 100 ml de vinaigre. En France, le titre doit �tre de 6�.</p><p>� travers le monde, on fabrique une multitude de vinaigres ; dans les pays producteurs de vin (France, Espagne, Portugal, Italie, certains pays de l�Am�rique du Sud, etc.), on utilise souvent des vins de table de faible degr� ou ayant un d�but de piq�re ac�-</p><p>tique. On utilise aussi le cidre (dans les zones productrices de pommes) et d�autres jus de fruits fermentes (pam-plemousses, dattes, etc.). Le vinaigre de malt ou de bi�re et les vinaigres pr�par�s � partir de m�langes de boissons alcooliques sont aussi produits dans les pays anglo-saxons. Enfin,</p><p>le vinaigre dit � d�alcool � est surtout utilis� pour l�industrie condi-mentaire : en effet, outre son emploi dans l�assaisonnement des mets, le vinaigre sert � confire des fruits et des l�gumes. Ce qu�on appelle vinaigre � l�estragon, vinaigre rosat, vinaigre surard, etc., est tout simplement du vinaigre ordinaire dans lequel on fait infuser de l�estragon, des roses, etc.</p><p>Enfin, le vinaigre s�emploie en</p><p>parfumerie, en pharmacie et pour certains types de lessives.</p><p>P. B. et C. D.</p><p>Vincennes</p><p>V. du Val-de-Marne*, au nord du bois portant le m�me nom.</p><p>Peu �tendue, 2 km 2 � peine, elle compte n�anmoins 44 467 habitants, ce qui t�moigne de la densit� des constructions. Comme elle est limitrophe de Paris, son centre est � peine � 2 km de la porte du m�me nom ; elle est tr�s bien reli�e au coeur de la capitale par la ligne de m�tro no 1, qui, partant du pont de Neuilly, traverse Paris d�ouest en est et aboutit � la station Ch�teau-de-Vincennes, au centre de la commune. Cette liaison s�est encore am�lior�e avec l�ouverture de la station Vincennes sur la ligne du R. E. R. (R�seau express r�gional), qui, aujourd�hui, court de Nation � Boissy-Saint-L�ger, mais qui, � son tour, traversera Paris du nord-est au nord-ouest, de Nation � la D�fense.</p><p>Sociologiquement, Vincennes est</p><p>avec Saint-Mand� le Neuilly-sur-Seine de la banlieue est, la r�sidence de classes moyennes, � professions lib�-</p><p>rales, fonctionnaires, retrait�s et rentiers �, et ce certainement en raison, � la fois, de la proximit� du bois et des excellentes liaisons avec Paris.</p><p>La ville est surtout connue par son ch�teau, qui fut une des plus anciennes r�sidences royales des environs de Paris, du XIIIe au XVIe s., de Philippe Auguste � Henri IV. Par la suite, le ch�teau, transform� en partie � plusieurs reprises, fut tour � tour prison, fort, arsenal, caserne, �cole militaire, quartier g�n�ral (pendant la Seconde</p><p>Guerre mondiale).</p><p>Le bois fait partie du XIIe arrondissement de Paris, mais tout ce qui s�y installe fait conna�tre le nom de Vincennes : champ de courses, parc zoologique, Institut national des sports, v�lodrome, enfin, r�cemment, universit� (Paris-VIII).</p><p>J. B.</p><p>L�histoire</p><p>Le premier document qui fasse mention de Vincennes pour la premi�re fois remonte � 847 ; Vincennes porte alors le nom de Vilcena. Au XIIe s., le roi Louis VII y fit b�tir un manoir, qui servait de rendez-vous de chasse, au milieu des bois dominant la vall�e de la Marne.</p><p>Cette demeure fut agrandie ou re-</p><p>construite � plusieurs reprises. Philippe Auguste l�embellit, et Saint Louis prit plaisir � y s�journer ; le chroniqueur Joinville a lui-m�me rapport� l��pisode c�l�bre du ch�ne de Vincennes :</p><p>� Maintes fois ai vu que le bon saint, apr�s qu�il avait ou� messe, il se allait esbattre au bois de Vincennes et se seoit au pied d�un chesne et nous faisait asseoir tout aupr�s de luy. Et tous ceux qui avaient affaire � luy, venaient � luy parler sans ce que aucun huissier ne autre leur donnast empeschement. �</p><p>Apr�s Saint Louis, les rois de France r�sid�rent souvent � Vincennes ;</p><p>Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel y moururent. Mais ce sont les Valois qui firent �difier le ch�teau actuel, un des sp�cimens les plus importants de l�architecture militaire du Moyen �ge. Philippe VI de Valois fit commencer en 1337 les travaux, qui furent achev�s sous son petit-fils Charles V, lequel entreprit en outre en 1379 la construction de la chapelle, imit�e de la Sainte-Chapelle de Paris. Le roi d�Angleterre Henri V</p><p>mourut � Vincennes en 1422, ainsi que Charles IX en 1574 et le cardinal Mazarin en 1661.</p><p>Le donjon de Vincennes servit �galement de prison � partir du r�gne de</p><p>Louis XI ; d�illustres personnages y furent enferm�s, comme le prince Henri II de Cond� en 1617, Saint-Cyran sous Richelieu, le Grand Cond�, le prince de Conti, le duc de Longueville et le cardinal de Retz durant la Fronde ; plus tard, on y vit Diderot, Mirabeau et le marquis de Sade.</p><p>La prison fut supprim�e en</p><p>1784. Dans la nuit du 20 au 21 mars 1804, Bonaparte faisait fusiller dans les douves du ch�teau, apr�s une parodie de jugement, le duc d�Enghien, qu�il avait fait enlever du territoire badois. La forteresse fut illustr�e en 1814 et en 1815 par son gouverneur, le g�n�ral Daumesnil, dit la � Jambe de Bois �, qui la d�fendit contre les Alli�s. En 1830, Daumesnil sauva des fureurs de la populace les ministres de Charles X, dont le prince de Polignac, qui y avaient �t� incarc�r�s.</p><p>En 1860, le bois de Vincennes �tait acquis par la Ville de Paris, qui le fit am�nager par Jean-Charles Alphand.</p><p>P. R.</p><p>&amp; G. Poncet de La Grave, M�moires int�ressans pour servir � l�histoire de France, t. I et II contenant Vincennes et toutes ses d�pendances (Nyon l�a�n�, 1788). / M. Lemarchand, le Ch�teau royal de Vincennes, de son origine � nos jours (Daragon, 1907). / M. de Pradel de La-mase, le Ch�teau de Vincennes (Calmann-L�vy, 1932). / A. Hurtret, les Trag�dies de Vincennes downloadModeText.vue.download 376 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11587</p><p>(�d. de Fontenelle, 1947). / M. Enjalric, le ch�-</p><p>teau de Vincennes (Nouv. �d. latines, 1975).</p><p>Vincent de Paul (saint)</p><p>Pr�tre fran�ais (Pouy [auj. Saint-Vincent-de-Paul] 1581 - Paris 1660).</p><p>Une vocation</p><p>De naissance modeste, ce paysan</p><p>landais, au savoureux accent et au solide bon sens, manifeste jeune une intelligence vive. �l�ve des cordeliers de Dax, puis �tudiant � la facult� de th�ologie de Toulouse, il est ordonn� pr�tre en 1600. On perd ensuite sa trace pendant plusieurs ann�es. Un seul document mentionne le fait qu�au cours d�un voyage maritime de Marseille � Narbonne il est pris par des Barba-resques, emmen� � Tunis et vendu � un alchimiste, qui le traite bien (1605).</p><p>En 1607, Vincent r�ussit � s�enfuir et se rend � Rome, o� le vice-l�gat le charge d�une mission diplomatique</p><p>� impr�cise � aupr�s d�Henri IV.</p><p>Aum�nier de Marguerite de Valois</p><p>(1610), il se lie avec B�rulle*, qu�il choisit comme directeur de conscience.</p><p>Cur� de Clichy en 1612, il est choisi, l�ann�e suivante, comme pr�cepteur des enfants de Philippe-Emmanuel de Condi, gouverneur g�n�ral des gal�res.</p><p>C�est de cette �poque que date ce qu�il a appel� sa � conversion �, c�est-</p><p>�-dire le voeu de se consacrer � Dieu dans les pauvres, ces pauvres qui pullulent dans la France de la minorit� de Louis XIII. En 1617, cur� de Ch�tillon-sur-Chalaronne, o� il prend contact avec une mis�re physique et morale in-nommable, Vincent fonde sa premi�re Confr�rie de la Charit�. De retour chez les Gondi, il se fait missionnaire sur les terres du comte, rencontre saint Fran�ois* de Sales et devient aum�-</p><p>nier g�n�ral des gal�res (1619). Tout en multipliant les actions en faveur des d�sh�rit�s, des paysans ruin�s par les guerres et des enfants trouv�s, il accepte de devenir le sup�rieur de la Visitation et le principal du coll�ge des Bons-Enfants.</p><p>Quand Mme de Gondi d�cide, en</p><p>1624, de consacrer 45 000 livres � l��tablissement d�une mission permanente parmi les paysans de ses domaines, il</p><p>entreprend de cr�er une �quipe sp�-</p><p>cialis�e pour l�apostolat rural : c�est la Soci�t� des Pr�tres de la Mission (1625), dits � Lazaristes � parce qu�en 1632 ses membres s��tabliront au</p><p>prieur� de Saint-Lazare. Cette soci�t� est approuv�e par le pape Urbain VIII (bulle Salvatoris nostri, 12 janv. 1633).</p><p>� ses missionnaires, Vincent recommande d��viter les � pr�dications peign�es � � la mode du temps et de parler avec simplicit� aux pauvres gens de la campagne.</p><p>Convaincu que l�avenir de l��glise d�pend du sacerdoce et d�plorant</p><p>l��tat mis�rable du clerg� d�alors, il cr�e d�abord � Beauvais (1628), puis � Paris des retraites d�ordinands (futurs pr�tres), auxquels viennent se joindre des eccl�siastiques charg�s d��mes.</p><p>En 1633, il �largit son champ d�action en instituant � Saint-Lazare les conf�-</p><p>rences � du mardi �, auxquelles assistent toute l��lite du clerg� et nombre de futurs �v�ques, dont Bossuet, qui �crira : � Nous l��coutions avec avidit�, sentant bien que se r�alisait en lui ce mot de l�ap�tre : si quelqu�un parle, que ses paroles soient comme des paroles de Dieu. � Par la suite et jusqu�� nos jours, les Lazaristes prendront la direction de nombreux s�minaires dioc�sains.</p><p>La charit� incarn�e</p><p>L�image que l�histoire a gard�e de</p><p>� Monsieur Vincent � est celle d�un bon visage se penchant sur les infortunes de toute esp�ce. Mais, pour assumer les t�ches nombreuses et ingrates exig�es par la mis�re du temps � mi-s�re que les d�vastations et les exc�s de la guerre de Trente* Ans et de la Fronde* vont rendre plus terribles �, Vincent a besoin d�aide. � son instigation des confr�ries de Dames de la Charit� se multiplient, aiguisant le z�le des dames de l�aristocratie et de la grande bourgeoisie. Mais ces � dames associ�es � r�pugnent g�n�ralement aux bas travaux. Si bien que Vincent songe � grouper en soci�t� des filles de la campagne qui seraient totalement au service des pauvres.</p><p>C�est � une aristocrate, Louise de Marillac (1591-1660), veuve depuis</p><p>1625 et dont le fils unique vient d�entrer au s�minaire, que Vincent confie le soin de mettre en oeuvre ce dessein.</p><p>En 1633, Louise r�unit autour de Marguerite Naseau, berg�re � Suresnes, quelques-unes de ces filles, qui vont former le premier noyau de la tr�s populaire congr�gation des Filles de la Charit�, � les � Saint-Vincent �, comme on dira �, et qui, dans beaucoup de cas, seront les seules interm�-</p><p>diaires entre l��glise et les petites gens.</p><p>Le 25 mars 1634, Louise s�engage par voeu au service de Dieu et des pauvres ; � son imitation les Filles de la Charit� prononceront � outre les trois voeux de religion � le voeu sp�cial de se mettre au service corporel et spirituel des pauvres.</p><p>C�est � Louise que Vincent confie la soin de r�diger le r�glement de la congr�gation ; il l�approuve en juillet 1634. Rapidement, la petite compagnie se d�veloppe, essaime en province (Angers, 1640), restant fid�le au programme admirable trac� par Monsieur Vincent : � Les Filles de la Charit� auront pour tout monast�re une maison de malade, pour cellule une chambre de louage, pour clo�tre les rues de la ville ou les salles des h�pitaux, pour cl�ture l�ob�issance, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie. �</p><p>Louise de Marillac, tout en appliquant aussi ses soeurs � l�enseignement des petites filles, aide discr�tement, mais efficacement Vincent de Paul dans l�oeuvre des Enfants trouv�s et dans celle des gal�riens (1639).</p><p>C�est que des oeuvres capitales se multiplient sous les pas de Monsieur Vincent : charit� de l�H�tel-Dieu (1634), fondation du s�minaire de la Mission (1637), oeuvre des Enfants trouv�s (1638), secours � la Lorraine d�vast�e par la guerre, la famine et la peste. Durant la Fronde, Vincent et ses auxiliaires distribuent, en esp�ces et en nature, pour plus de 500 000 livres. Cet homme modeste a une telle r�putation que c�est dans ses bras que Louis XIII agonise (1643) et qu�il fait partie du Conseil de conscience jusqu�en 1653. Ses derni�res ann�es sont marqu�es par l�infirmit� et par l�abandon progressif de ses charges. Vincent meurt dans la paix le 27 septembre</p><p>1660. Son corps est chez les lazaristes de Paris.</p><p>Par son inlassable charit�, ses vertus humaines qu��claire une bonhomie paysanne, son intelligence des pauvres, sa saintet� de pr�tre, la hauteur de sa direction spirituelle, l�importance, l�originalit� et la p�rennit� de ses fondations et des oeuvres qu�il inspira, saint Vincent de Paul est la plus haute figure chr�tienne du XVIIe s., � le grand saint du grand si�cle �. Sa correspondance et ses Instructions constituent une source importante pour l�histoire religieuse ; elles mettent en relief une doctrine fortement christocentrique, mais ayant comme moteur l�exercice actif de la charit�.</p><p>B�atifi� en 1729, canonis� en 1737, Vincent de Paul est le patron des oeuvres charitables depuis 1885. Sa f�te est le 27 septembre (ancienne f�te le 19 juillet).</p><p>Les restes de Louise de Marillac</p><p>sont, depuis la Restauration, dans la chapelle de la maison m�re des Filles de la Charit�, rue du Bac, � Paris. B�atifi�e en 1920, Louise a �t� canonis�e en 1934 (f�te locale le 15 mars).</p><p>P. P.</p><p>&amp; P. Coste, le Grand Saint du Grand Si�cle, Monsieur Vincent (Descl�e De Brouwer, 1932 ; 3 vol.). / L. Cognet, Saint Vincent de Paul (Descl�e De Brouwer, 1959). / J. Delarue, Saintet� de Monsieur Vincent (�d. du Cerf, 1959). /</p><p>A. Dodin, Saint Vincent de Paul et la charit� (�d.</p><p>du Seuil, coll. � Microcosme � 1960). / M. Riquet, Monsieur Vincent ou le R�alisme de la charit� (Gabalda, 1960 ; nouv. �d., SOS �ditions, 1969).</p><p>/ A. Frossard, Votre tr�s humble serviteur, Vincent de Paul (Bloud et Gay, 1962). / P. Pierrard, le Pr�tre fran�ais (Descl�e et Cie, 1969).</p><p>Vinet (Alexandre)</p><p>Th�ologien et critique suisse (Ouchy 1797 - Clarens 1847).</p><p>Fils d�un ancien instituteur, devenu secr�taire au d�partement de l�Int�rieur du canton de Vaud, Alexandre Vinet vit � Lausanne entre un p�re d�une vitalit� consid�rable et une m�re plut�t effac�e. Encore � l��ge �tudiant,</p><p>le personnage du p�re le hante, un peu comme, trois si�cles auparavant, le jeune moine Martin Luther. Toutefois, Vinet commence � manifester de remarquables dons litt�raires, un solide patriotisme vaudois, qui attire sur lui l�oeil des autorit�s f�d�rales bernoises, et une surprenante ma�trise du langage, qui fascine ceux qui l�entendent. Pour plaire au p�re, il fait, mais m�diocre-ment, des �tudes de th�ologie, qu�il n�entend pas conclure par une entr�e dans le minist�re pastoral ; en effet, il accepte en 1817, une chaire de litt�rature fran�aise � B�le.</p><p>D�s lors, il peut donner sa pleine mesure, travaillant avec une ardeur inlassable, enseignant la grammaire, l�allemand, l�h�breu, le grec, l�ex�g�se et pr�chant fr�quemment. Mais, petit � petit, et parce que des troubles politiques profonds opposent dans son canton d�origine des autorit�s civiles favorables � la tol�rance et un corps pastoral profond�ment attach� aux confessions de foi traditionnelles, Vinet, tout en maintenant l�indispensable n�cessit�, pour l��glise, d�une confession de foi solide et claire, devient le porte-parole de la libert� en mati�re de foi, seule garantie de l�authenticit� spirituelle : si la foi est libre adh�sion au Christ et � son �vangile, elle comporte n�cessairement le respect de la non-foi.</p><p>downloadModeText.vue.download 377 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11588</p><p>Ainsi le professeur de litt�rature se transforme-t-il petit � petit en un tr�s lucide th�ologien des rapports entre l��glise et l��tat � l�int�rieur d�une m�me soci�t�, en un tr�s fin analyste de la relation dialectique entre foi et responsabilit� politique. Profond�ment libertaire, saluant avec enthousiasme la r�volution parisienne de 1830, il est aussi tr�s pragmatique et r�aliste ; une foi qui mettrait l�homme en marge de la soci�t� ne serait plus pour lui la foi �vang�lique.</p><p>S�il faut traduire cette spiritualit� au niveau institutionnel, Vinet n�h�site pas : seule la s�paration de l��glise et de l��tat peut garantir la libert� reli-</p><p>gieuse. D�s 1824, il �crit : � La protection du gouvernement est un joug pour l��glise [...]. Les relations qu�on a �tablies entre l��tat et la religion me paraissent, je l�avoue, adult�res et funestes. � Lui-m�me, avec une rigueur enti�re, refuse tout ce qui peut para�tre aller dans le sens de ces compromissions qu�il d�nonce : nomm� en 1837 professeur de th�ologie pratique � l�acad�mie de Lausanne, il entend enseigner gratuitement et n�accepte finalement un salaire qu�apr�s qu�il a �t� consid�rablement r�duit. Mais cela ne suffit pas : comme il souffre des empi�tements constants de l��tat, il s�efforce de d�missionner, malgr� ses amis ; c�est comme professeur de litt�rature qu�il terminera ses jours, non sans oeuvrer � la cr�ation d�une communaut� conforme � ses vues, l��glise libre, qui voit le jour en 1845 et dont il devient, pour un temps tr�s bref, l�un des dirigeants, mais ses forces le trahissent.</p><p>Vinet, qu�on a surnomm� le</p><p>Schleiermacher fran�ais, a �t� d�abord tr�s s�v�re pour le R�veil*, � singulier m�lange d�orgueil et d�humilit� �, dira-t-il ; puis il a reconnu les bienfaits de ce grand mouvement de renouveau spirituel. Vers la fin de sa vie, il en arriva � une sorte de synth�se �quilibr�e : l�esprit, nourri de toutes les d�couvertes de la science et des avanc�es de la philosophie, arrive � la connaissance ; mais, sans la foi, celle-ci reste morte.</p><p>Plus que ses ouvrages litt�raires et ses nombreux articles dans diff�rents journaux, c�est une �bauche de cours, compl�t�e par des notes d��tudiants, qui l�a rendu c�l�bre et lui a valu un rayonnement consid�rable dans le</p><p>protestantisme francophone jusqu�en plein XXe s. On y trouve d�velopp�e une � th�ologie pastorale � qui est la mise en oeuvre de tout ce que le pi�-</p><p>tisme, la philosophie des lumi�res et le romantisme avaient apport� en ce qui concerne le sens de l�homme, son possible h�ro�sme. Le pasteur y appara�t dans une redoutable solitude, homme des sommets autour duquel un monde va se reconstituer.</p><p>Des g�n�rations de pasteurs ont</p><p>�t� form�es � cette �cole et des g�n�-</p><p>rations de la�ques leur renvoient sans cesse l�image du minist�re telle que Vinet l�a dessin�e. Paradoxalement, cet enseignement d�une discipline dont Friedrich Schleiermacher* avait trac� le programme, sans jamais la mettre en oeuvre, aboutit, � la pointe de l�individualisme revivaliste, � engendrer un nouveau cl�ricalisme, pla�ant au centre des communaut�s protestantes, et de fa�on quasi d�finitive, un � p�re �</p><p>sup�rieur et solitaire, sorte de d�calque religieux des grands patrons de la so-ci�t� industrielle naissante.</p><p>G. C.</p><p>F Protestantisme / R�veil (le) / Schleiermacher (F.).</p><p>&amp; P. Bridel, la Philosophie sociale et politique d�Alexandre Vinet (Payot, Lausanne, 1930) ; la Pens�e de Vinet (Payot, Lausanne, 1944). /</p><p>H. Perrochon, Alexandre Vinet (�d. du Griffon, Neuch�tel, 1948). / F. Jort, Alexandre Vinet, interpr�te de Pascal (Payot, Lausanne, 1950).</p><p>vinylique</p><p>(r�sine)</p><p>Compos� macromol�culaire obtenu</p><p>par polym�risation d�un monom�re</p><p>comportant dans sa mol�cule le groupe vinyle �CH2=CH2.</p><p>De nombreux d�riv�s comprennent</p><p>ce groupe, mais on a choisi d�industrialiser ceux qui ont la composition la plus simple pour des raisons �conomiques, l��thyl�ne, le propyl�ne, le styr�ne, le chlorure de vinyle et le m�thacrylate de m�thyle.</p><p>Fabrication</p><p>Les premiers compos�s vinyliques</p><p>(chlorure, ac�tate) �taient pr�par�s par action de l�ac�tyl�ne sur un acide, chlorhydrique ou ac�tique :</p><p>CH&#x2261;CH + HCl Q CH2=CHCl.</p><p>L�ac�tyl�ne �tait obtenu par action de l�eau sur le carbure de calcium : CaC2 + H2O Q CaO + CH&#x2261;CH.</p><p>La forte consommation d��lectricit� pour produire le carbure de calcium (� partir de coke et de calcaire), les frais</p><p>de transport de ce produit pond�reux ont fait abandonner cette m�thode au profil de la voie p�trochimique, en partant d��thyl�ne des gaz de raffinerie.</p><p>Dor�navant, le chlorure de polyvinyle, qui repr�sente 25 p. 100 de toutes les mati�res plastiques consomm�es dans le monde, est pr�par� � partir d��thyl�ne et de chlore :</p><p>L�acide chlorhydrique d�gag� est</p><p>r�cup�r�, oxyd� en chlore et recycl�.</p><p>Dans les techniques modernes, ces deux r�actions sont bloqu�es en une seule phase.</p><p>Le chlorure de vinyle monom�re</p><p>peut �tre polym�ris� selon plusieurs proc�d�s.</p><p>1. En phase homog�ne, dite � poly-m�risation en masse �. Le monom�re liquide (bouillant � � 15 �C) est introduit dans le r�acteur sous pression additionn� d�un catalyseur (peroxyde) sous agitation constante. Tr�s exothermique, la r�action est contr�l�e en temp�rature et en pression. La r�sine sort en poudre.</p><p>2. En �mulsion. Le monom�re est dispers� en milieu aqueux, additionn� d�un �mulsifiant, qui assure la stabilit� de la dispersion, et d�un catalyseur. Le pH</p><p>est contr�l�. La polym�risation s�effectue par chauffage progressif dans des autoclaves rotatifs. Le latex obtenu est s�ch� sur filtres rotatifs, dans des colonnes ou encore par atomisation en air chaud. Le choix de l��mulsifiant et les conditions de polym�risation et de s�chage permettent de faire varier les caract�ristiques du produit final. Les polym�res pour plastisols sont obtenus par ce proc�d�.</p><p>3. En suspension. Le monom�re est dispers� en fines gouttelettes sous forte agitation en pr�sence d�un collo�de protecteur et d�un catalyseur. Le polym�re, s�par� du milieu liquide, est constitu� de fines perles. On pr�f�re ce type de polym�re pour de nombreuses applications. Le polym�re en masse a les meilleures caract�ristiques, mais il co�te davantage.</p><p>Les polyol�fines (poly�thyl�nes, polypropyl�ne, polybutyl�ne) prennent de</p><p>plus en plus d�importance. L��thyl�ne peut �tre polym�ris� sous forte pression et � haute temp�rature. Il conduit � un polym�re de basse densit�, flexible, dont la structure mol�culaire rappelle la paraffine, dont il a le toucher :</p><p>...�CH2�CH2�CH2�CH2�CH2�...</p><p>Polym�ris� sous basse pression, en pr�sence de catalyseurs complexes organom�talliques, il donne des polym�res de haute ou de moyenne den-</p><p>sit� plus rigides et moins fusibles. Le propyl�ne est polym�ris� par cette derni�re m�thode et donne un polym�re r�sistant � 160 �C. Le groupe des polyol�fines repr�sente 30 p. 100 de la consommation de tous les polym�res.</p><p>Le polystyr�ne est pr�par� soit par polym�risation en masse, proc�d� le plus ancien, comprenant d�abord une pr�polym�risation � 80 �C d�une partie du monom�re, puis un chauffage ult�-</p><p>rieur � 180 �C, soit par polym�risation en solution dans le tolu�ne ou le xy-l�ne, le polym�re �tant ensuite s�par� par centrifugation et s�chage sous vide, soit par polym�risation en �mulsion, pour les copolym�res non destin�s au moulage, ou enfin par polym�risation en suspension, selon une m�thode analogue � celle qui est utilis�e pour le chlorure de vinyle. Dans cette derni�re m�thode, qui est actuellement la plus employ�e, la temp�rature est r�gl�e d�abord vers 90 �C, puis � 115 �C. Le polym�re est centrifug�, lav� � l�acide dilu�, � l�eau, puis s�ch�.</p><p>Le polym�thacrylate de m�thyle a</p><p>�t� longtemps fabriqu� seulement sous forme de plaques par coul�e du monom�re catalys� dans des moules en verre et par polym�risation au bain-marie. Maintenant, on pr�pare aussi des poudres � mouler ou � extruder.</p><p>Usages</p><p>Les usages du chlorure de polyvinyle se r�partissent � parts �gales entre formules souples (plastifi�es) et rigides.</p><p>Les produits souples sont des feuilles calandr�es et des rev�tements de sols (30 p. 100 du total), des isolants de c�bles (12 p. 100), des tissus enduits (8 p. 100), etc. Les produits rigides</p><p>concernent surtout les tuyauteries (26 p. 100), les bouteilles (12 p. 100), etc. Le poly�thyl�ne � basse densit� (0,905) est employ� � plus de 55 p. 100 sous forme de films et de feuilles ; les autres usages concernent les pi�ces inject�es (15-20 p. 100), l�enduction de papier (12 p. 100), la c�blerie (9 p. 100). Le poly�thyl�ne � haute densit� (0,96) est transform� en corps creux (bouteilles [50 p. 100]) et en pi�ces inject�es (30 p. 100). Le polypropyl�ne est inject� (environ 50 p. 100) et transform� en bandelettes pour tissage (30 p. 100), films et feuilles (15 p. 100). Le polystyr�ne sert maintenant surtout � l�emballage (28-30 p. 100), aux jouets et aux articles de m�nage (25 p. 100), � l�industrie des r�frig�rateurs (20 p. 100). Le polym�-</p><p>thacrylate de m�thyle est encore utilis� pour 50 p. 100 sous forme de feuilles coul�es type Plexiglas pour enseignes lumineuses, d�coration, vitrages, etc.</p><p>downloadModeText.vue.download 378 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11589</p><p>Les polym�res fluor�s de l��thyl�ne sont utilis�s pour des usages techniques � haute performance.</p><p>J. D.</p><p>F �thyl�ne / Plastique (mati�re) / Polym�re p�-</p><p>trochimique / Polym�risation.</p><p>viole de gambe</p><p>Instrument de musique � cordes</p><p>frott�es.</p><p>Apparue d�s la derni�re d�cennie du XVe s., la viole de gambe se partage au XVe s. avec la viole de bras les faveurs des compositeurs et des m�lomanes.</p><p>Les noms respectifs de ces instruments s�expliquent par la diff�rence de tenue. Alors que les violes de bras s�appuient contre la clavicule � d�o� le terme italien de viola da spalla �, puis sous le menton (exception faite des grands mod�les correspondant au violoncelle ou � la contrebasse), les violes de gambe se posent toutes sur ou entre les genoux. Ce n�est d�ailleurs qu�une parmi les nombreuses</p><p>divergences entre les deux sortes de violes, que l�on prend fr�quemment � tort l�une pour l�anc�tre et l�autre pour le descendant.</p><p>Au d�but du XVIe s., on conna�t trois mod�les de violes mont�s de cinq</p><p>cordes : le dessus (sol 2, do 3, mi 3, la 3, r�4), le t�nor, ou taille (do 2, fa 2, la 2, r� 3, sol3), et la basse (sol 1, do 2, mi 2, la 2, r�3). Rapidement, cependant, on ajoute une sixi�me corde au grave, � la quarte inf�rieure. Les premiers textes se trouvent � Florence dans une collection de manuscrits datant d�avant 1500. Puis viennent les ensembles de trois � sept violes de S. Ganassi (v. 1492-?) en Italie, de D. Ortiz (v. 1510-?) en Espagne, de M. Agricola (1486?-1556) en Allemagne, de E. Du Caurroy* en France. Le r�pertoire est constitu� de danses ou de formes contrapuntiques : ricercari, fantaisies. Cependant, � l�inverse des sonores violes de bras, le timbre de ces violes, fin et distingu�, les fait r�server aux salons, aux cours royales ou princi�res ; elles sont les interpr�tes de pr�dilection de la musique savante.</p><p>Cette tendance va se d�velopper au XVIIe s., qui voit leur apog�e. � c�t� des ensembles appara�t la forme de la cantate avec basse continue, dont l�ex�cution requiert la pr�sence, pour soutenir le clavecin, d�une basse de viole. Celle-ci suit d�abord fid�lement la main gauche de clavier, puis s�en �carte peu � peu pour l�orner de variations personnelles. Bient�t, ce proc�d� va donner naissance au genre particulier des variations, v�ritables morceaux de virtuosit�. Pour interpr�ter ces variations avec aisance, les artistes adopteront un mod�le plus petit, plus commode que l�instrument habituel ; la division viol ou lyra viol. L��cole anglaise fournit les plus brillants compositeurs et ex�cutants : J. Jenkins (1592-1678), M. Locke</p><p>(v. 1630-1677), A. Ferrabosco (n� pr�s de Greenwich, v. 1575-1628), J. Cooper dit Coperario (v. 1575-1626) et Th. Simpson. Leur talent rayonne et attire les �trangers. Le violiste fran�ais A. Maugars (v. 1580 -</p><p>v. 1645) fait partie pendant quelque temps de l�orchestre du roi Jacques Ier.</p><p>Cependant, la fin du si�cle voit na�tre</p><p>l��cole fran�aise avec Sainte-Colombe (?-v. 1700) et le plus repr�sentatif de ses �l�ves, Marin Marais (1656-1728).</p><p>Sainte-Colombe, pour �tendre encore les possibilit�s de son instrument, lui ajoute une septi�me corde au grave, le la.</p><p>Le XVIIIe s., s�il voit, dans ses d�-</p><p>buts, se prolonger la supr�matie des violes, va aussi assister � leur d�clin en raison de l�ascension rapide du violon. Celui-ci fait de tr�s grands progr�s techniques sous l�influence conjugu�e des luthiers de Cr�mone et d�artistes italiens exceptionnels, qui parcourent et �tonnent l�Europe : Corelli*, G. Tarlini (1692-1770), P. A. Locatelli (1695-1764). De plus, il correspond mieux � l��volution du go�t, de la musique intime � la musique puissante dans les cours royales ou princi�res. Enfin, dans la seconde moiti� du XVIIIe s., la conception de l�art musical passe du divertissement spirituel � l�expression sensible et personnelle du pr�romantisme. Les violes sont peu arm�es pour suivre cette transformation. Seule la basse, plus sonore, peut tenter d�opposer une r�sistance au violon. La querelle conna�t une violence particuli�re en France, o� elle s�inscrit dans le contexte des deux plus grandes batailles de l��poque : celle des nationalit�s � France contre Italie � et celle des g�n�rations � Anciens contre</p><p>Modernes. Elle provoque invectives et pamphlets, dont le plus c�l�bre reste celui que l�abb� H. Le Blanc a publi� en 1740 : la D�fense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les pr�tentions du violoncelle. La viole doit, cependant, s�incliner et fait partie, avec le clavecin, du monde qui dispara�t avec l�Ancien R�gime.</p><p>Pendant tout le XVIIIe s., l��cole fran�aise est sans conteste la plus brillante. Elle compte trois dynasties d�artistes remarquables : celle des Marais (Marin et ses fils Roland et Vincent), celle des Caix d�Her-velois (Lyonnais d�origine) et celle des Forqueray (Antoine et Jean-Baptiste). Tous ces artistes ont compos� de nombreux livres de suites ou des pi�ces s�par�es pour leur instrument.</p><p>Alors que les Italiens, partisans d�cla-</p><p>r�s du violon, n�ont rien �crit pour la viole, l�Allemagne l�utilise volontiers.</p><p>G. Ph. Telemann* lui consacrera des suites, et J.-S. Bach* trois sonates avec clavecin. Il l�emploie fr�quemment dans les airs de ses Passions pour lui confier la ritournelle. Les Abel sont les plus c�l�bres violistes de ce pays : Christian Ferdinand, qui vit � K�then entre 1715 et 1737 environ, semble �tre le d�dicataire des sonates de Bach ; un de ses fils Karl Friedrich (1723-1787), grand ami de Johann Christian Bach et disciple de son p�re, est le dernier gambiste virtuose allemand.</p><p>La basse de viole fait sa r�apparition de nos jours dans le sillage du clavecin. Cependant, jusqu�� pr�sent, les compositeurs modernes ne lui ont pas consacr� d�oeuvres en soliste.</p><p>S. M.</p><p>F Lutherie / Violon.</p><p>&amp; J. Pulver, Dictionary of Old English Music and Musical Instruments (Londres, 1923). /</p><p>G. R. Hayes, Musical Instruments and Their Music : 1500-1750 (Londres, 1928-1930 ; 2 vol.).</p><p>/ C. Sachs, The History of Musical Instruments (New York, 1940). / N. Bessaraboff, Ancient European Musical Instruments (Greenwich, Connect., 1941).</p><p>Viollet-le-</p><p>Duc (Eug�ne</p><p>Emmanuel)</p><p>Architecte et th�oricien fran�ais (Paris 1814 - Lausanne 1879).</p><p>Pass� leur si�cle, bien peu d�hommes c�l�bres continuent � entretenir les passions. Ce rare privil�ge � exceptionnel en architecture �, Viollet-le-Duc le doit � son r�le sans pr�c�dent de restaurateur, � l��pret� de son action pour une r�forme de l�enseignement des beaux-arts, sans doute aussi � la nature m�me d�une oeuvre qui a �t� jug�e dans ses r�alisations par des �rudits et dans sa partie th�orique par des hommes d�action, les uns et les autres mal pr�-</p><p>par�s � l�intransigeant t�moignage de l�architecte le plus r�volutionnaire de son temps.</p><p>Une ind�pendance ombrageuse, une</p><p>carri�re solitaire, un cercle de disciples et non pas d��l�ves ont donn� un accent faussement romantique � cet esprit solide, domin� par sa raison de bourgeois progressiste et son ardeur civique ; en fait, Viollet-le-Duc est authentiquement un classique, en rupture avec l�acad�misme.</p><p>Au sortir du coll�ge, une prodi-</p><p>gieuse aptitude au dessin fait entrer ce petit-fils d�un entrepreneur parisien (chantiers de l�Od�on et de la Monnaie) chez l�architecte Jean-Jacques Marie Huv� (1783-1852), puis � l�atelier Achille Lecl�re (1785-1853). En d�pit des conseils de Charles �douard Isabelle, de Charles Percier et de Fon-downloadModeText.vue.download 379 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11590</p><p>taine*, Viollet-le-Duc refuse la f�rule de l��cole des beaux-arts et lui pr�-</p><p>f�re un contact direct avec les �difices.</p><p>Son p�re, conservateur des r�sidences royales, est un classique convaincu, qui a r��dit� Nicolas Boileau tout en collectionnant la litt�rature m�di�vale.</p><p>Cette biblioth�que sera pr�cieuse � l�adolescent, comme les le�ons de son oncle, le critique �tienne Jean Del�-</p><p>cluze (1781-1863), �l�ve du peintre Louis David, ou comme l�influence des lettr�s qui fr�quentent le salon familial : Stendhal, Sainte-Beuve, M�rim�e, Ludovic Vitet, le botaniste Adrien de Jussieu.</p><p>� partir de 1831, Viollet-le-Duc parcourt la France ; en 1836-37, il passe dix-sept mois en Italie, en Sicile, � Venise et � Rome. Il d�couvre la su-p�riorit� de Bramante* sur Palladio*</p><p>et, dans les fouilles de Campanie, la richesse d�une antiquit� vivante. � son retour, il va prendre conscience de la valeur structurale des �difices fran�ais, aid� par les publications qui se multiplient alors dans un souci de protection du Moyen �ge, mais plus encore par ses exceptionnelles facult�s d�analyse.</p><p>Prosper M�rim�e*, inspecteur g�n�ral des Monuments* historiques, lui fait confier le p�rilleux sauvetage de l�abbatiale de V�zelay (1840). Puis c�est la restauration de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame de Paris (avec Jean-Baptiste Lassus [1807-1857]), des cath�-</p><p>drales d�Amiens, de Chartres, de Narbonne, de Reims, de Sens, de Toulouse et de Troyes, de la basilique de Saint-Denis, de nombreuses �glises et d��difices civils (remparts de Carcassonne, salle synodale de Sens...). Chirurgien de causes d�sesp�r�es, Viollet-le-Duc a d� prendre parfois des d�cisions que n�autoriseraient plus le progr�s des techniques ou un p�ril moins pressant.</p><p>Mais pourquoi le tenir responsable des restitutions de ses confr�res ou de ce qui fut � Pierrefonds, � partir de ruines incertaines, la cr�ation d�un d�cor pour la cour imp�riale ?</p><p>Par-del� son r�le de technicien,</p><p>Viollet-le-Duc entendait appliquer au Moyen �ge la raison d�un architecte classique, moins d�ailleurs en historien qu�en scientifique, et opposer la le�on nationale � celle de l�Antiquit�.</p><p>Ses deux Dictionnaires raisonn�s, consacr�s l�un � l�architecture (10 vol., 1854-1868) et l�autre au mobilier (6 vol., 1858-1875) du Moyen �ge</p><p>fran�ais, qui gardent toujours leur valeur d�analyse, avaient pour objet d��tablir les principes d�un renouveau artistique. Viollet-le-Duc n�eut gu�re le loisir de mettre en oeuvre des th�ories dont la rigueur tranchait avec l��clectisme* r�gnant. Son projet pour l�Op�ra de Paris (1861) fut un �chec, et ses quelques r�alisations furent jug�es peu probantes ; ce solitaire secouait trop de routines, bousculait trop d�int�r�ts. Il finira par renoncer � ses fonctions d�inspecteur g�n�ral des �difices dioc�sains de Paris, et la mort le surprendra au service de la ville de Lausanne.</p><p>Une ironique r�ponse au manifeste de l�Acad�mie des beaux-arts, en 1846, avait marqu� le d�but d�une lutte qui faillit aboutir � une r�organisation de l��cole des beaux-arts en 1863. Les �l�ves, manoeuvres, s�oppos�rent aux r�formes et forc�rent Viollet-le-Duc � abandonner un enseignement amorc� sept ans plus t�t avec des �l�ves</p><p>d�Henri Labrouste (v. fer [l�architecture du fer]). Son cours fut publi� en 1863-1872</p><p>sous forme d�Entretiens sur l�architecture : huit de ceux-ci seulement sont consacr�s aux �difices anciens, surtout antiques ; les douze autres envisagent la composition, les moyens d�ex�cution et insistent sur l�emploi du m�tal.</p><p>Le vieux courant rationaliste fran�ais, cherchant dans les structures anciennes mati�re � raisonner, s�y retrouve ; mais, face aux exigences �conomiques et sociales, aux mat�riaux produits par les ing�nieurs, il acquiert un accent tout nouveau. Par-l�, Viollet-le-Duc est bien le chef d�une �cole rationaliste qui, avec ses disciples, Anatole de Baudot (1834-1915) et autres architectes des Monuments historiques, jettera les bases d�une r�volution architecturale par l�emploi du ciment arm� (v. b�tonnage).</p><p>Mais son r�le aura �t� plus vaste encore. Cet architecte expert en sciences naturelles, en botanique et en g�ologie a voulu �viter l��cueil d�un enseignement abstrait, dont il d�non�ait les r�sultats n�fastes, par une constante r�-</p><p>f�rence � la nature. C��tait temp�rer la raison par le sentiment, ouvrir la voie � d�autres formes d�art, et d�abord � celui qui devait fleurir en 1900. Un Victor Horta, un Hector Guimard (v. Art</p><p>nouveau), un Antoni Gaud�* et aussi bien un Frank Lloyd Wright* ou un Auguste Perret* ont d�ailleurs reconnu tout ce qu�ils devaient � la le�on de Viollet-le-Duc.</p><p>H. P.</p><p>&amp; P. Gout, Viollet-le-Duc. Sa vie, son oeuvre, sa doctrine (H. Champion, 1914).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. Eug�ne Viollet-le-downloadModeText.vue.download 380 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11591</p><p>Duc, h�tel de Sully, Paris (Caisse nationale des Monuments historiques, 1965).</p><p>violon</p><p>Instrument � cordes frott�es, dont les origines remontent au XVIe s.</p><p>L�historique</p><p>C�est au pluriel que s�emploie le mot lorsque pour la premi�re fois il est fait mention dans une pi�ce d�archives des</p><p>� bandes de petits et grands violons �.</p><p>Il d�signe alors, comme les violes de bras, l�ensemble de la famille d�instruments � cordes et � archet issue des vi�les, des gigues et des rebecs du Moyen �ge. On trouve plusieurs repr�-</p><p>sentants de la famille : le dessus, qui deviendra notre violon actuel, accord� par quintes (so 2, r� 3, la 3, mi 3) ; la taille, accord�e comme l�alto (do 2, sol 2, r� 3, la 3) ; le t�nor ou la quinte (fa 1, do 2, sol 2, r� 3) ; enfin, au grave, la basse (si  1, fa 1, do 2, sol2).</p><p>Group�s en � bandes � au service</p><p>des princes et des rois, les petits et grands violons ont une sonorit� �clatante, mais rude ; leur technique primitive, si on la compare � celle des luths et des violes � les grands favoris du moment �, les fait r�server avec les instruments � vent aux f�tes de plein air, bals, processions et r�jouissances champ�tres. Leur r�pertoire se limite donc aux suites de danses et aux chansons � boire. Les textes qui nous renseignent � leur sujet sont surtout les trait�s de Sebastian Virdung (1511), de Martin Agricola (1528-1545), de Sil-vestro Ganassi (1542), de Diego Ortiz (1553), de Ludovico Zacconi (1592).</p><p>Le XVIIe s. va affiner dans de nombreux domaines cet �tat rudimentaire : dans la conception de l�instrument tout d�abord. Rapidement, le violon, se distinguant des autres membres de la famille, s�impose au premier plan. Il franchit le stade rythmique de simple meneur de bal pour rejoindre celui de l�imitation, puis de l�expression. En 1636, un texte de l�Harmonie universelle de Mersenne* r�sume bien les �tapes de cette prise de conscience :</p><p>� Le violon a cela par-dessus les autres instruments qu�outre plusieurs chants des animaux, tant volatiles que terrestres, il imite et contrefait toutes sortes d�instruments comme les voix, les orgues, la vielle, la cornemuse, le fifre, etc. ; de sorte qu�il peut apporter la tristesse comme fait le luth et animer comme la trompette, et que ceux qui le s�avent toucher en perfection peuvent</p><p>repr�senter tout ce qui leur tombe dans l�imagination. �</p><p>Affirmer ces fonctions implique</p><p>d�avoir fait un inventaire assez large de ses possibilit�s techniques. Les Italiens sont les premiers � s�aperce-voir des avantages qu�il pr�sente sur la voix : ampleur de la tessiture, tenue du son, vari�t� des effets, richesse des nuances. Salomone Rossi publie en 1607 la premi�re sonate pour l�instrument, suivi bient�t par Biagio Marini, Giovanni Battista Fontana, Giovanni Battista Bassani. L�Allemagne s�attache davantage � la prouesse spectaculaire, comme Mathias Kelz dans ses Primitiae musicales (1658), ou aux talents descriptifs �voqu�s par Mersenne. Johann Jacob Walther n�imitera-t-il pas le chant du rossignol ou le caquetage d�une basse-cour dans ses Scherzi (1676) et son Hortulus chelicus (1688) ? Quant � l�expression, peut-</p><p>�tre trouvera-t-elle sa cons�cration officielle lorsque J.-B. Lully*, en 1666, met un violon et non plus une lyre entre les mains d�Orph�e pour exprimer dans le Ballet des Muses la � douleur lan-guissante et le d�pit violent � qui bouleversent son �me.</p><p>� ces progr�s techniques s�ajoute une promotion sociale et artistique.</p><p>Le m�me Lully donne un essor nou-</p><p>veau (� c�t� de la grande bande royale, compos�e, � son avis, de � Ma�tres Aliborons �) la bande des petits violons, qui deviendront � la fin du si�cle les petits violons du cabinet. Ceux-ci accompagnent la vie priv�e du souverain pour son souper, son coucher, ses d�placements, coutume que la noblesse voudra imiter. Enfin, il faudra cr�er des formes musicales nouvelles pour traduire ces progr�s. Si la suite de danses reste la pr�f�r�e, elle s�affine peu � peu, s��loigne de sa destination initiale pour se couler dans le moule plus �labor� de la sonate, acqu�rant une unit� tonale, parfois th�matique qui en fait non plus une oeuvre fonctionnelle, mais une oeuvre d�art.</p><p>En terminant le travail de son pr�-</p><p>d�cesseur, le XVIIIe s. devient le si�cle d�or du violon, qui acquiert � cette �poque une facture achev�e, l�essentiel de sa technique et une pl�iade prestigieuse de solistes.</p><p>La facture</p><p>En fait, l�instrument a peu vari� au cours des �ges, puisqu�il poss�de d�s la fin du XVIe s. ses lignes g�n�rales actuelles. Cependant, entre 1700 et 1726, A. Stradivarius* trouvera pour lui des proportions d�finitives et une perfection d�ex�cution que la post�rit� n�a jamais d�pass�e. Notre �poque moderne n�aura plus qu�� y ajouter le renversement et l�allongement de la touche, l��l�vation du chevalet, l��paississement de l��me et de la barre d�harmonie. Plus profonde encore est la transformation subie par l�archet. En l�espace d�une cinquantaine d�ann�es, entre 1730 et 1780, son profil convexe s�inverse totalement pour devenir l�g�rement concave. Cela, joint � d�autres perfectionnements, accro�t la souplesse et la vari�t� du phras� (v. lutherie). C�est � la fin de ce XVIIIe s.</p><p>encore que l�ancienne famille des violons se constituera en quatuor, avec suppression de l�ancien t�nor et accord de la basse (violoncelle*) hauss� d�un ton : do 1, sol 1, r� 2, la 2.</p><p>La technique</p><p>Ces progr�s sont le r�sultat d�une large collaboration entre luthiers et interpr�tes.</p><p>Ces derniers acqui�rent maintenant une ma�trise qui leur permet de faire la synth�se de leurs d�couvertes empiriques sous la forme codifi�e, rationnelle et gradu�e des premi�res m�thodes. Avec elles, nous allons faire le point.</p><p>La tenue s��tablit d�finitivement � la fin du si�cle dans ses normes actuelles.</p><p>Le violon est pos� sur la clavicule gauche, maintenu par le menton dans une direction � peu pr�s horizontale, la volute l�g�rement sur�lev�e. Celle de l�archet �volue profond�ment ; elle passe de la prise de la hausse � pleine main (le pouce plac� sous la m�che pour en r�gler la tension) � une position des doigts plus d�gag�e, au-dessus et un peu en avant de la hausse : pouce et m�dius se font alors face pour former une sorte d�anneau. La technique de la main gauche consiste � assurer la justesse et la v�locit�. Si la tessiture est tr�s limit�e au d�but, les Italiens parcourent rapidement la touche dans toute sa longueur, et Pietro Antonio Locatelli, d�s 1733,</p><p>atteindra les 13e et 14e positions. Sans doute a-t-il �t� devanc� par nombre de virtuoses dans les improvisations qu�ils rajoutaient habituellement au texte. Un stade plus avanc� comprend l�emploi des accords et des doubles cordes, seuls moyens pour les instruments mono-diques de retrouver l�ancienne polyphonie. Si ces moyens sont pr�sents d�s le d�but du XVIIe s. chez Mersenne, Bach leur donnera un d�veloppement impr�vu gr�ce � ses m�lodies accompagn�es et au contrepoint de ses fugues.</p><p>Dans la main droite r�side l�intelligence du phras�, la vari�t� de l�expression. D�tach�s fermes, pr�cis voisinent avec staccatos, spiccatos, sautill�s au rebondissement l�ger ou moqueur. Les longues phrases m�lodiques ont � leur service le legato, auquel les nuances, progressives ou contrast�es, apportent une infinie diversit�. � la fin du XVIIIe s., les violonistes ma�trisent tous les �l�-</p><p>ments de cette technique. Ils y ajoutent certains effets particuliers, comme les pizzicati, qui imitent luths et guitares �</p><p>connus d�s Monteverdi �, le vibrato</p><p>� signal� par Mersenne �, qui rend la sonorit� vivante et chaude, les harmoniques, sons fl�tes naturels et artificiels, utilis�s pour la premi�re fois par Jean Joseph Cassan�a de Mondonville* en 1738.</p><p>Les oeuvres</p><p>Ces effets vari�s s�expriment dans des oeuvres aux formes assez �labor�es : sonates et concertos. La primaut� du violon s�affirme d�s la sonate en trio, dans laquelle il se manifeste en soliste au cours de nombreux interm�des. Le violon se trouvera de plus en plus mis en valeur dans la sonate avec basse continue et le concerto. Trois �coles se partagent la supr�matie en Europe occidentale.</p><p>Toutes trois contribuent � cr�er, puis � enrichir le r�pertoire de l�instrument. La premi�re est la brillante �cole italienne.</p><p>Les sonates de A. Corelli* paraissent entre 1681 et 1712. Puis viennent les concertos de Vivaldi*. Tomaso Albinoni, P. A. Locatelli expriment dans le m�me moule leur temp�rament particulier, pendant que Francesco Geminiani et Giuseppe Tartini font plut�t oeuvre de p�dagogues en publiant, le premier L�Arte di sonare il violino (1751), le</p><p>second l�Arte dell�arco (1754).</p><p>L�influence des Italiens se fait sentir directement en Allemagne � travers la production de Johann Christian Canna-bich, de Johann Gottlieb Graun, puis de G. F. H�ndel* et de G. P. Telemann*.</p><p>Bach*, qui a �t� violoniste dans l�orchestre de la cour de Weimar, se souviendra de cette exp�rience dans ses sonates et partitas pour violon seul, pour violon et clavecin et dans ses concertos. L��criture tr�s polyphonique de ces oeuvres en fait non seulement un sommet musical, mais encore une performance technique. � la fin du si�cle, W. A. Mozart* et J. Haydn* manifesteront aussi leur int�r�t pour l�instrument, alors que Leopold Mozart publie sa m�thode en 1756, l�ann�e m�me de la naissance de son fils.</p><p>Les premi�res oeuvres fran�aises</p><p>pour violon sont dues � notre c�l�bre claveciniste F. Couperin* : sonates en trio du recueil des Nations (parues en downloadModeText.vue.download 381 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11592</p><p>1726, mais �crites avant 1693), le Parnasse ou l�Apoth�ose de Corelli (1724) et le Concert musical (1725). Cependant, en France plus qu�ailleurs, le r�-</p><p>pertoire de l�instrument est d� surtout aux virtuoses. Il est impossible de les citer tous ici. Nous pourrons discerner trois groupes par ordre chronologique : celui des violonistes de la R�gence, tr�s marqu� de l�influence italienne, avec les fr�res Louis et Fran�ois Francoeur ; puis J.-M. Leclair* et ses disciples Jean-Baptiste Anet et Gabriel Guillemain ; � partir de 1750, une derni�re �cole qui a pour chefs Pierre Gavini�s, Jean-Baptiste Cupis ou Joseph Barnab� L�Abb� et dont l�inspiration annonce le pr�romantisme de la fin du si�cle. Enfin, le Concert spirituel et l��clat de l��cole fran�aise attireront des artistes �trangers : Carl Stamitz et Giovanni Battista Viotti viendront notamment chercher � Paris une cons�cration.</p><p>La fin du XVIIIe s. voit le violon, en pleine possession de ses moyens techniques, devenir un des centres de l�in-</p><p>t�r�t musical. Cependant, l�av�nement du romantisme modifie profond�ment inspiration et formes, avec l�apparition d�un nouveau partenaire, le piano, avec lequel le violon doit vite composer. Les sonates reprendront l�aspect dialogu� qu�elles avaient perdu depuis la p�riode de la basse continue. La virtuosit� s�exprimera plus volontiers � travers le concerto ou des pi�ces libres � morceaux de genre, rhapsodies �, dont le contenu musical, tr�s m�diocre au d�but, gagnera ses lettres de noblesse sous la plume de quelques grands ma�tres.</p><p>Au XIXe s. appara�t en Italie la personnalit� exceptionnelle de Niccolo Paganini. Son succ�s tient autant � son caract�re �trange qu�� sa technique prodigieuse, faite de la synth�se des d�couvertes pr�c�dentes. Elle ahurit et enthousiasme les foules comme les compositeurs. Mais les grandes oeuvres sont dues � l�Allemagne, berceau et patrie du romantisme. Les concertos de Beethoven*, de Mendelssohn* et de Brahms*, les sonates de ces m�mes auteurs, celles de Schumann*, de Schubert* et de Weber* comptent parmi les pages immortelles. La France reste assez silencieuse, se contentant de former, gr�ce aux excellentes m�thodes p�dagogiques de Rodolphe Kreutzer, de Pierre Rode ou de Pierre Baillot, une �cole d�interpr�tes qui s�imposera au premier rang des sc�nes internationales. Les oeuvres marquantes n�apparaissent qu�� la fin du si�cle avec les sonates de C. Franck*</p><p>et de G. Faur�*, les trois concertos de C. Saint-Sa�ns*, les deux de E. Lalo*, les pi�ces de genre comme l�Introduction et rondo capriccioso (1863) de Saint-Sa�ns, la Symphonie espagnole (1873) de Lalo, le Concert (1890-91) et le Po�me (1896) d�Ernest Chausson.</p><p>Le XXe s. apporte une ouverture plus large du monde musical avec l�adjonction de foyers nouveaux tr�s actifs en Europe centrale, en Russie, en Am�-</p><p>rique. Fortement impr�gn�s de traditions populaires, ceux-ci infuseront � la pens�e traditionnelle une inspiration et des effets techniques originaux. Ainsi feront par exemple les violonistes tziganes pour leurs coll�gues occidentaux.</p><p>Cette ouverture se manifeste aussi au niveau de l�enseignement, qui devient plus international. � l�inverse des si�cles pr�-</p><p>c�dents, o� l��l�ve s�attachait � un seul ma�tre, la formation moderne s�effectue aupr�s de plusieurs virtuoses de techniques et de temp�raments tr�s divers, dont le rayonnement est largement diffus� par les tourn�es et les disques. Cette mise en commun favorise le d�veloppement d�une virtuosit� transcendante.</p><p>Dans l�abondante production du</p><p>XXe s., nous signalerons les oeuvres les plus marquantes. En France, la renaissance musicale se manifeste au violon par les sonates de Debussy*, de Roussel*, de Ravel*, plus connu encore par son fameux Tzigane (1924). Plus pr�s de nous, les concertos de D. Milhaud*, de A. Jolivet*, de Jean Rivier assurent la continuation de ce courant. Apr�s l��closion romantique, l�Allemagne reprend haleine. P. Hindemith* est sans doute l�une des personnalit�s les plus marquantes. Il �crit une sonate pour violon seul ainsi qu�un concerto. Par contre, les ma�tres se r�v�lent en Europe centrale, avec sonates et concertos du Hongrois B. Bart�k*, de l�Autrichien A. Berg*, des Roumains Georges Enesco et Stan Golestan, du Tch�que B. Martin&#x16F;*. La production russe semble �tre plus orient�e vers les oeuvres avec orchestre. Apr�s Tcha�kovski* (en 1878), S. Prokofiev*, A. Khatchatourian et D. Chostakovitch*</p><p>enrichiront le r�pertoire de nombreux concertos. Il est impossible de citer ici le nom de tous les virtuoses r�cents et actuels. � titre indicatif, nous nomme-rons seulement pour la France Jacques Thibaud, Ginette Neveu et Christian Ferras, pour la Belgique Eug�ne Ysaye et Arthur Grumiaux, pour l�Autriche Wolfgang Schneiderhan, pour la Hongrie J�zsef Szigeti, pour l�Espagne Pablo de Sarasate, pour la Russie David et Igor Oistrakh, pour les �tats-Unis Isaac Stern, Nathan Milstein (tous deux d�origine ukrainienne), Yehudi Menuhin et Jascha Heifetz.</p><p>Notre �poque, apr�s avoir franchi un degr� de plus dans le domaine technique, semble accorder au violon une place moins pr�pond�rante. Dans un monde o� r�gnent les bois et les cuivres r�v�l�s par Wagner, le rythme et les percussions emprunt�s au jazz, les effets particuliers de la musique �lectronique, le violon peut sembler un mode d�expression anachronique, en attendant qu�un nouvel �quilibre artistique s��tablisse.</p><p>S. M.</p><p>F Lutherie / Viole de gambe / Violoncelle.</p><p>&amp; J. W. von Wasielewski, Die Violine und ihre Meister (Leipzig, 1869). / L. de La Lauren-cie, l��cole fran�aise de violon de Lully � Viotti (Delagrave, 1922-1924 ; 3 vol.). / M. Pincherle, les Violonistes compositeurs et virtuoses (Laurens, 1922) ; le Violon (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1966). / D. D. Boyden, The History of Violin Playing (Londres, 1965). / E. Melkus, le Violon.</p><p>Une introduction � son histoire, � sa facture et � son jeu (Payot, Lausanne, 1973).</p><p>LES VIOLONISTES</p><p>DE JAZZ</p><p>Instrument roi de la musique bourgeoise (classique, romantique...), le violon n�apparut qu�assez rarement dans le jazz, musique d�origine sous-prol�tarienne et non europ�enne. Les crit�res classiques de � son pur � ou de � beau son � le rendaient peu compatible avec les objectifs de la musique n�gro-am�-</p><p>ricaine. Ce n�est que vers les ann�es 60</p><p>que certains musiciens noirs, au contact d�un climat politique en mutation, � d�-</p><p>couvrirent � que l�Afrique, notamment, poss�dait une tr�s ancienne tradition concernant les instruments � cordes et archet, tradition �videmment fort diff�rente de celle des concerts europ�ens et plus voisine du � jazz �. Une fois de plus, la pratique d�un instrument avait �t� d�termin�e par une certaine fa�on de</p><p>� lire � l�histoire.</p><p>Le premier soliste important dans l�histoire du violon � jazz � fut l�Italo-Am�ricain Joe Venuti. Dans les an-n�es 30, trois violonistes s�impos�rent : Eddie South, St�phane Grappelli et Stuff Smith. Parmi les utilisateurs du violon citons aussi les saxophonistes Juice Wilson et Darnell Howard, Ray Perry (un des premiers � se servir de l�amplification �lectrique), le trompettiste Ray Nance dans l�orchestre de Duke Ellington, les Fran�ais Michel Warlop et Claude Laurence (pseudonyme d�Andr� Hodeir), le Su�dois Svend Asmussen.</p><p>Les styles modernes ont �t� illustr�s au violon par Harry Lookofsky, Dick Wetmore, Joe Kennedy, tous remarquables techniciens au sens classique.</p><p>Outre l�excellent et incontest� Jean-Luc Ponty, nombre de musiciens � � la suite d�Ornette Coleman, saxophoniste qui joue aussi de la trompette et du violon</p><p>� firent du violon un des instruments les plus � free � : Michael White, Alan Silva, Leroy Jenkins... C�t� � rock � citons Don � Sugarcane � Harris, v�ritable bluesman moderne du violon. Parmi les disciples de Ponty : le Polonais Micha&#x142;</p><p>Urbaniak.</p><p>P. C.</p><p>Biographies</p><p>compl�mentaires</p><p>St�phane Grappelli (Paris 1908). Dans les ann�es 30, il participe � l�activit� des premiers musiciens fran�ais passionn�s par le jazz. En 1934, il rencontre Django REINHARDT*, avec qui il cr�e le quintette du Hot Club de France.</p><p>ENREGISTREMENTS : Dinah (avec Django Reinhardt, 1934), Willow weep for me (1965).</p><p>Jean-Luc Ponty (Avranches 1943).</p><p>Premier prix de Conservatoire, il s�imposera dans les ann�es 70 comme le premier violoniste de jazz du monde.</p><p>Encourag� et conseill� par Grappelli, engag� par Jef Gilson, il est tr�s vite sollicit� par des musiciens am�ricains tr�s populaires. Apr�s avoir fait partie des</p><p>� Mothers of Invention � du guitariste Frank Zappa, il entre dans le Maha-vishnu Orchestra de John McLaughlin.</p><p>ENREGISTREMENTS : Anna Livia Plurabelle (avec Andr� Hodeir, 1970), Apocalypse (avec McLaughlin, 1974).</p><p>Stuff Smith (Portsmouth, Ohio,</p><p>1909 - Munich 1967). Surtout c�-</p><p>l�bre dans les ann�es 30 � New York (avec le trompettiste Jonah Jones et le batteur Cozy Cole), il a �t� un des premiers violonistes � faire � swin-guer � son instrument sans trop tenir compte des imp�ratifs classiques.</p><p>ENREGISTREMENT : Skip it (1944).</p><p>Eddie South (Louisiana, Missouri, 1904 - Chicago 1962.) Il �tudie le violon � Chicago, puis � Paris et � Budapest ; il joue en France avec Grappelli et Reinhardt ; la maladie, d�s 1942, l�oblige � renoncer</p><p>� toute activit�. Il a �t� un des plus brillants parmi les violonistes de jazz.</p><p>ENREGISTREMENTS : Eddie�s Blues (1937), Premier Mouvement du concerto pour deux violons de J.-S. Bach (avec Grap-peli, Reinhardt, 1937).</p><p>violoncelle</p><p>Instrument de la famille des violons, dont les origines remontent au XVIe s.</p><p>Le violoncelle fait partie, lui aussi, de ces � bandes de petits et grands vio-downloadModeText.vue.download 382 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11593</p><p>lons � �voqu�es dans les pi�ces d�archives et les trait�s organologiques. Il poss�de alors des proportions plus importantes que nos normes actuelles, ce qui exige, pour en jouer, de poser son extr�mit� inf�rieure par terre ou sur un tabouret, � moins que, dans les basses de procession, on ne le pende au cou.</p><p>L�historique</p><p>Le terme de violoncello appara�t pour la premi�re fois au XVIIe s. : d�abord en 1665, dans des sonates anonymes italiennes, puis en 1667 dans une oeuvre de Gioseffo Maria Placuzzi da Forli, o� l�instrument ex�cute la basse continue avec le clavecin. C�est en Italie aussi que voient le jour � la fin de ce si�cle les premiers textes pour violoncelle soliste : ricercari et sonates de Giovanni Battista Degli Antoni vers 1677, de Domenico Gabrielli en 1689 et en 1691, et d�Attilio Ariosti en 1695.</p><p>Comme il l�avait fait pour le violon, mais avec une quarantaine d�ann�es de retard, le XVIIIe s. donnera au violoncelle sa facture d�finitive, les bases techniques n�cessaires et son premier r�pertoire. Au d�but, Stradivarius*</p><p>le r�duit � ses dimensions modernes et lui apporte les perfectionnements de proportions et de construction que nous avons mentionn�s pour le violon.</p><p>Sur ces bases s��labore peu � peu une technique solide. Nous en trouvons les rudiments d�s 1741 dans la premi�re</p><p>m�thode pour l�instrument de Michel Corrette, l��cole d�Orph�e, alors que Jean-Louis Duport en pr�sentera en 1806, une synth�se toujours actuelle dans son Essai sur le doigt� du violoncelle. Seule la tenue de l�instrument changera encore ; en effet, les artistes de ce temps le serrent entre leurs mollets sans le secours d�une pique. Au XIXe s., Auguste Franchomme en introduit l�usage, ce qui renforce la stabilit�.</p><p>Le violoncelle r�sout d�s la fin du XVIIIe s. les m�mes probl�mes techniques que le violon et acquiert � son image justesse et v�locit� de main gauche, polyphonie des accords et doubles cordes, tessiture �tendue jusqu�aux limites de la touche, qui �tait l�g�rement plus courte qu�actuellement. Il utilise aussi articulations d�archet souples et vari�es, harmoniques, pizzicati, vibrato. Cependant, il conna�t ses difficult�s propres : les cordes graves, plus grosses, entrent difficilement en vibration ; l��cart entre deux notes disjointes, parfois tr�s important, impose une grande s�ret� de d�placements, ou d�manch�s. Enfin, dans l�aigu, l�instrumentiste utilise le pouce en l�appuyant sur sa partie la-t�rale. Les doigt�s � � la position du pouce �, invent�s par Martin Berteau en France et que l�on trouve en Italie � partir de Luigi Boccherini, n�cessitent une �tude particuli�re. � la fin de cette �poque, le violoncelle poss�de l�essentiel de sa technique et il n�aura plus que quelques compl�ments � y apporter.</p><p>Les hommes et les</p><p>oeuvres</p><p>Au d�but du XVIIIe s., l��cole italienne domine. A. Vivaldi*, L. Leo, T. Albinoni, B. Marcello, F. Geminiani destinent au violoncelle les premi�res sonates et les premiers concertos.</p><p>Cependant, ces oeuvres sont sans commune mesure avec celles de L. Boccherini*, dont les vingt-sept sonates et les onze concertos, parus entre 1756</p><p>et 1785, requi�rent une haute virtuosit�. L�Allemagne est beaucoup plus pauvre. G. F. H�ndel*, G. P. Telemann* utilisent surtout l�instrument dans des ensembles. Les six suites pour violoncelle seul de Bach* (v. 1720)</p><p>� la derni�re est � l�origine pour viola pomposa et violoncello piccolo</p><p>� restent une exp�rience unique. La fin du si�cle verra pourtant l�apparition de concertos : celui de Carl Philipp Emanuel Bach* (1753) et ceux de J. Haydn* (ut majeur [v. 1760] ; r� majeur [1783, mais publi� seulement en 1804]). En France, les premi�res sonates, tr�s proches de la suite, sont dues � Joseph Bodin de Boismortier en 1726. Le d�veloppement du violoncelle conna�t une grande r�sistance du fait de la popularit� dont jouit depuis longtemps la viole de gambe. La disparition de cette derni�re � la fin du si�cle met en valeur la brillante �cole de Martin Berteau (1709-1771) et de ses disciples : les fr�res Jean-Baptiste (1742-1803) et Louis (1749 - v. 1815) Janson, Jean-Pierre (1741-1818) et Jean-Louis (1749-1819) Duport, et Jean-Baptiste Br�val (1753-1823), qui acqui�rent une renomm�e europ�enne. C�est �</p><p>eux que nous devons la premi�re litt�rature fran�aise du violoncelle, dont l�int�r�t r�side surtout dans la difficult� technique.</p><p>Le XIXe s. est avant tout pour le violoncelle le si�cle de l�Allemagne. Avec un partenaire nouveau, le piano-forte, la litt�rature s�oriente vers la forme de la sonate dialogu�e. Telles seront les cinq sonates de Beethoven*, qui s��chelonnent de l�opus 5 � l�opus 102, auxquelles s�ajoutent deux s�ries de variations sur un th�me de la Fl�te enchant�e (mi majeur et fa majeur op. 66). Elles constituent avec les deux sonates de J. Brahms* (op. 38 et 99) downloadModeText.vue.download 383 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11594</p><p>et celles de F. Mendelssohn* (op. 45</p><p>et 58) un ensemble imposant. Les</p><p>concertos conna�tront par contre un certain arr�t, puisqu�on n�en compte gu�re que deux, celui de R. Schumann* (op. 129) et le double concerto pour violon et violoncelle de Brahms (op. 102). Parmi les virtuoses de cette �poque, nous citerons Bernhard Romberg (1767-1841), Julius Johann Friedrich Dotzauer (1783-1860), Friedrich Gr�tzmacher (1832-1903), David</p><p>Popper (1843-1913) et Julius Klengel (1859-1933) pour l�Allemagne, Alfredo Piatti (1822-1901) pour l�Italie, Adrien Servais (1807-1866), Jules de Swert (1843-1891) et Jules Delsart (1844-1900) pour l��cole franco-belge.</p><p>Tous publient d�excellentes �tudes et m�thodes. Cependant, plus importante que les nationalit�s et les oeuvres, est sans conteste l�orientation nouvelle dont le si�cle marque l�instrument. Les romantiques exploitent et magnifient ses possibilit�s expressives. Contrairement aux classiques, qui avaient d�velopp� son registre aigu, � l�imitation du violon, ils mettent en valeur sa tessiture grave. C�est � eux que nous devons l�identification du violoncelle � la voix humaine, qui pr�vaut encore de nos jours.</p><p>Au d�but du XXe s., le violoncelle conna�t un regain d�int�r�t parmi les compositeurs, qui d�couvrent en lui certains effets in�dits auxquels il se pr�te, comme la finesse ou l�humour. Los sonates de C. Debussy*, de G. Faur�*, de A. Honegger*, de B. Martin&#x16F;*, de S. Prokofiev*, de B. Britten*, les concertos de C. Saint-Sa�ns*, de E. Lalo*, de A. Dvo&#x159;�k*, auxquels sont venus s�ajouter ceux de A. Khatchatourian, de D. Chostakovitch*, de D. Milhaud*, de A. Jolivet*, de H. Dutilleux*, illustrent, chacun avec sa personnalit�, une forme classique.</p><p>� c�t� fleurissent les suites pour violoncelle seul de M. Reger*, de Z. Ko-d�ly*, de L. Dallapiccola*, de A. Jolivet, de H. Sauguet, de Y. Xenakis*, ou des oeuvres symphoniques avec</p><p>violoncelle r�citant, comme Don Quichotte de Richard Strauss*, Schelomo d�Ernest Bloch*, �piphanie d�Andr� Caplet. Parmi les interpr�tes de la premi�re partie du si�cle, la personnalit� de Pablo Casals (1876-1973) a marqu� la technique comme le jeu de l�instrument. Actuellement, l��cole fran�aise est illustr�e par de brillants repr�sentants : Pierre Fournier, Andr� Navarra, Paul Tortelier, Maurice Gendron, auxquels se joignent les Russes Grigori Piatigorski et Mstislav Rostropovitch.</p><p>S. M.</p><p>F Lutherie / Viole de gambe / Violon.</p><p>&amp; J. W. von Wasielewski, Das Violoncell und seine Geschichte (Leipzig, 1899 ; 3e �d., 1925).</p><p>/ C. Li�geois et E. Nogu�, le Violoncelle, son histoire, ses virtuoses (F�ret et fils, 1913). /</p><p>M. Eisenberg, Cello Playing of today (Londres, 1957).</p><p>Vip�re</p><p>Reptile Ophidien sol�noglyphe, venimeux, appartenant � une famille (Vip�rid�s) � r�partition africaine et eurasiatique (tribu des Vip�rines) ou am�ricaine � et accessoirement asiatique (Crotalin�s).</p><p>Tous les Vip�rid�s sont sol�no-</p><p>glyphes et poss�dent des crochets venimeux canalicul�s, port�s par des maxillaires tr�s courts, qui basculent � l�ouverture de la gueule et sont ainsi pr�ts � frapper. La mandibule et le carr�, tr�s longs, permettent l�ingestion de proies volumineuses. La r�tine comporte des c�nes et des b�tonnets. Les organes de Jacobson (organes olfactifs accessoires) sont bien d�velopp�s et s�ouvrent au plafond buccal par deux orifices, qui correspondent aux pointes de la langue bifide. Les Crotalin�s, ou Vip�res � fossettes, poss�dent de chaque c�t�, entre l�oeil et la narine, un organe sensoriel thermor�cepteur (�galement pr�sent chez les Bo�d�s), qui d�tecte l��mission calorique des Vert�-</p><p>br�s hom�othermes, dont ils font leurs proies. Chaque fossette comporte deux chambres, s�par�es par une membrane contenant les extr�mit�s sensorielles de branches du nerf trijumeau. M�me aveugl�, un Crotale d�tecte � plus de 20 cm une source chaude, alors que la section des fibres trig�min�es ne lui permet pas d�identifier une proie visible, sauf si le hasard le met en contact avec elle.</p><p>Tous les Vip�rid�s sont vivipares et font leurs petits vivants. On a d�crit chez la Vip�re des formations placentaires qui permettent aux embryons de se nourrir, concurremment avec les r�serves vitellines dont les oeufs sont pourvus.</p><p>Les Vip�rid�s sont connus depuis</p><p>l�Oligoc�ne d�Europe. On pense qu�ils</p><p>proviennent de Couleuvres, et qu�ils ont �volu� parall�lement aux �lapid�s (v. cobra) en acqu�rant la fonction venimeuse. � c�t� des deux tribus que nous avons d�j� cit�es, Vip�rines ou Vip�res vraies et Crotalin�s ou Vip�res � fossettes, se situe une troisi�me tribu, celle des Atractaspin�s, ou Vip�res fouisseuses, que certains rangent dans les Colubrid�s : elles ont un aspect de Vip�re, avec une queue courte et des crochets ant�rieurs canalicul�s, mais les plaques ventrales sont de grande taille, comme celles des Couleuvres.</p><p>Les principaux genres de Vip�rines sont les Atheris, Vip�res arboricoles � queue prenante, les Causus, Vip�res nocturnes, les Echis, Vip�res des sables, et trois genres plus importants, qui sont les Bitis, Vip�res heurtantes, les Cerastes, Vip�res � cornes, et les Vipera. Les esp�ces du genre Bitis sont tr�s venimeuses et vivent en Afrique, soit dans la for�t (B. gabonica, B. nasi-cornis), soit dans la savane (B. lache-sis). La Vip�re � cornes (Cerastes cerastes) doit son nom � ses �cailles sus-oculaires dress�es ; elle vit dans les r�gions d�sertiques. On conna�t une dizaine d�esp�ces de Vipera, repr�sent�es en Europe, en Afrique du Nord ou en Asie proche-orientale. En France vivent l�Aspic (V. aspis), la P�liade (V. berus) et la Vip�re d�Ursini (V. Ursini). En Inde se rencontre la Vip�re de Russell, la plus grande (1,50 m) et la plus venimeuse des Vip�res.</p><p>Les Crotalin�s comportent deux</p><p>genres asiatiques : Agkistrodon, �galement pr�sent aux �tats-Unis et au Mexique, et Trimeresurus, d�Extr�me-Orient, avec des esp�ces arboricoles et terrestres. Parmi les esp�ces am�ricaines citons le Fer de lance (Bothrops atrox, de l�Am�rique centrale, qui d�passe 2 m), le Ma�tre de la brousse (Lachesis muta, d�Am�rique du Sud, qui atteint 4 m et est l�un des Serpents les plus dangereux avec le Cobra royal) et les Serpents � sonnettes (genres Cro-downloadModeText.vue.download 384 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11595</p><p>talus et Sistrurus), qui doivent leur nom � l�existence au bout de la queue d�un organe sonore ou bruiteur constitu� par un certain nombre de segments corn�s embo�t�s les uns dans les autres.</p><p>R. B.</p><p>F Cobra / Serpents / Venin.</p><p>&amp; A. Bellairs, The Life of Reptiles (Londres, 1969, 2 vol. ; trad. fr. les Reptiles, Bordas, 1972). / J. Guib�, � Syst�matique des Reptiles actuels �, dans Trait� de zoologie sous la dir.</p><p>de P.-P. Grass�, t. XIV, fasc. 3 (Masson, 1970).</p><p>/ S. L�curu-Renous et R. Platel, la Vip�re aspic (Doin, 1970).</p><p>Virgile</p><p>En lat. PUBLIUS VERGILIUS (ou VIRGILIUS) MARO, po�te latin du Ier s. av. J.-C.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Avec une oeuvre exclusivement po�-</p><p>tique et relativement peu �tendue, Virgile n�a cess� d�exercer une influence profonde sur la po�sie et la culture europ�ennes pendant toute l�Antiquit�, mais aussi bien aux Temps modernes de Dante � Val�ry. P�re de l�Occident, a-t-on dit quelquefois. Chez nous, sa pr�sence est particuli�rement sensible dans l�oeuvre de Ronsard, de Racine, de Rousseau, de Hugo ; mais il ne faudrait oublier ni Watteau ni Poussin.</p><p>L�Antiquit�, se d�partant ici de son indiff�rence habituelle, nous a transmis un certain nombre de Vies de Virgile ; d�autre part, commentateurs, grammairiens, sensibles, dirait-on, � l�impression d�une proximit� personnelle manifest�e au travers de l�oeuvre, expliquent volontiers par des circonstances biographiques la composition ou tel d�tail des po�mes. Il n�est pas facile d�utiliser ces documents, qui, dans leur formule actuelle, ne sont pas ant�rieurs au IVe s. : beaucoup de traits paraissent avoir �t� invent�s ; une bonne part de ceux-l� m�me qui inspireraient confiance peuvent �tre n�s d�une interpr�tation contestable des po�mes.</p><p>Pourtant, au travers de l�ensemble, on croit discerner les lin�aments d�une Vie qui remonterait � Su�tone*, le biographe des C�sars ; certaines indications particuli�rement pr�cises sur les</p><p>�v�nements qui boulevers�rent la Cisalpine au cours des ann�es m�mes o� furent �crites les Bucoliques (42-38 av.</p><p>J.-C.) pourraient provenir des Histoires de Caius Asinius Pollio (Pollion), un contemporain.</p><p>L�exp�rience de la</p><p>campagne</p><p>Virgile est n� dans la civitas de Mantoue ; la date traditionnelle de 70 av.</p><p>J.-C. r�pond assez bien � ce que nous entrevoyons des rapports du po�te avec ses contemporains. Provient-elle de son �pitaphe, comme on l�a suppos� ?</p><p>Elle a pu tout aussi bien �tre �labor�e � partir de ces synchronismes que les Anciens aimaient � instituer � l�int�-</p><p>rieur de leurs traditions.</p><p>Les Vies attribuent � Virgile une origine rurale (et non citadine) qui s�accorderait en effet au caract�re de sa po�sie. On a essay� de localiser un peu pr�cis�ment le village ou le domaine dans lequel le jeune homme aurait grandi. Une tradition qui remonte � l�Antiquit� d�signe Andes (auj. Pie-tole), � 5 km au sud-est de Mantoue ; mais, si le po�te, comme il semble, a mis quelque chose de son histoire personnelle dans le sc�nario des Bucoliques I et IX, il faut chercher ailleurs, en un horizon moins uniform�ment</p><p>plat. Plusieurs indices concordants d�signeraient plut�t un pays de collines � une vingtaine de kilom�tres au nord de Mantoue, pr�s de l�endroit o� l�antique via Postumia franchissait le Mincio ; on a retrouv� sur la rive droite et � partir de Cr�mone des traces de lotissements qui pourraient remonter � l��poque o� les bergers des Bucoliques, Virgile lui-m�me sans doute, furent menac�s dans leurs biens.</p><p>Sur la famille du po�te, le nom de Maro nous apprend peut-�tre quelque chose. Les �trusques, au temps de leur ind�pendance, avaient des magistrats appel�s marones, et ce titre s��tait fix� comme cognomen dans certaines familles. On a not� que, par la suite, Virgile fut l�ami de M�c�ne, issu, � n�en pas douter, d�une famille toscane ; il a, dans l��n�ide, fait aux Etrusques une place beaucoup plus grande qu�aucun de ceux qui avaient avant lui racont� la l�gende d��n�e. Cette fid�lit� au</p><p>souvenir d�un pass� devenu alors bien lointain sugg�re un certain niveau de culture. Pr�cis�ment, Donat et Servius donnent � la m�re de Virgile le nom de Magia, et, � en juger cette fois par l��pigraphie, une famille de Magii semble avoir tenu quelque place dans Cr�mone. On supposera donc que,</p><p>lorsque biographes et commentateurs insistent sur l�obscurit� des origines du po�te, c�est qu�ils ont voulu le voir � travers les petites gens qu�il met en sc�ne dans les Bucoliques. Pourtant, leurs suggestions peuvent n��tre pas enti�rement fallacieuses : il est notable que rien, dans l�oeuvre de Virgile ni dans les gloses qui s�y rapportent, ne fasse �tat, pour quelque moment de sa vie, d�ambitions politiques, d�une formation � l��loquence recherch�e au-pr�s d�orateurs en vue, du souci d�une carri�re � engager dans l�entourage d�un des puissants du jour.</p><p>Assur�ment, l�auteur des Buco-</p><p>liques n��tait pas, jusqu�� sa trenti�me ann�e, rest� reclus dans son village.</p><p>�tudes � Cr�mone, � Milan, nous dit-on, sans doute un voyage ou un s�jour � Rome ; peut-�tre ici ou l� aurait-il nou� quelque amiti� avec tel de ceux que nous voyons ensuite traverser sa vie. Nous en saurions beaucoup plus si nous �tions s�rs de devoir attribuer � Virgile un bref po�me (Catalep-ton, 5) o� un tout jeune homme, ce semble, fait � l��loquence, � ses camarades d��tudes, aux Muses m�me des adieux ironiques parce qu�il a r�solu de gagner les havres de la b�atitude sous la conduite de Siron, un �picurien c�l�bre qui enseignait � Naples vers la fin de la R�publique. Malheureusement, ce po�me nous est parvenu dans des conditions bien suspectes, et c�est plut�t � une p�riode ult�rieure de sa vie, apr�s 38, que Virgile est effectivement entr� en rapports suivis avec les �picuriens de Campanie. Quoi qu�il en soit de ces voyages, on notera que, dans toute son oeuvre, la vie urbaine, la grande ville est �voqu�e toujours avec aversion ou effroi. Il semble bien douteux que Virgile y ait fait des exp�riences heureuses, bien douteux qu�ant�rieurement aux Bucoliques il soit rest� longtemps absent de son cher pays.</p><p>En tout cas, c�est l� que nous le retrouvons en 42 av. J.-C., au moment o� des malheurs impr�vus, cons�quence des guerres civiles, vont s�abattre sur des cit�s rest�es jusqu�alors paisibles.</p><p>Partout les paysans sont d�poss�d�s de leurs biens au profit de v�t�rans qu�il faut payer de leurs loyaux services. Ces drames vont le toucher profond�ment ; peut-�tre expropri� lui-m�me, il aura, vers 38 av. J.-C., quitt� son pays. Il en porte dans les G�orgiques la vive nostalgie ; jusque dans l��n�ide, qu�il s�agisse d�Andromaque, d��vandre, d��n�e, ou de Didon, il aura toujours une tendresse sp�ciale pour les exil�s.</p><p>Les � Bucoliques � et le</p><p>drame de l�exil</p><p>Le volume des Bucoliques nous donne � lire dix pi�ces dont la composition prend place entre 42 et 38. Elles ont �t� �crites ind�pendamment les unes des autres, mais le recueil pr�sente un plan si �tudi�, une coh�rence si volontaire qu�il faut assur�ment partir de l�ensemble achev�, m�me si l�on veut, en un second temps, s�interroger sur la gen�se de chacun des po�mes.</p><p>L�analogie des sujets impose le rapprochement deux � deux d�un certain nombre de pi�ces : I et IX concernent le malheur des paysans expropri�s ; II et VIII disent les souffrances de l�amour dans des coeurs simples ; III et VII magnifient le chant des bergers ; IV et VI s��l�vent � des m�ditations cosmologiques, l�une tourn�e vers l�avenir des hommes, l�autre vers les t�n�bres du pass� l�gendaire ; il n�est pas impossible d��tablir entre V et X</p><p>des liens comparables. Des �galit�s d�une exactitude presque parfaite entre le nombre des vers de chacune des unit�s � discerner</p><p>(I + II + III + IV = VI + VII + VIII +</p><p>IX ;</p><p>I + IX + II + VIII = III + VII + IV + VI ; etc.) confirmeraient, s�il en �tait besoin, des intentions tr�s arr�t�es.</p><p>Un recueil de po�sie se pr�te mal � faire ressortir comme tel l�effet architectural de ces dispositions embrass�es ; il convient plut�t de reconna�tre l�effet qui en r�sultera pour un lecteur</p><p>qui lit les pi�ces, comme il se doit, � la suite. � partir de Bucolique VI, il va retrouver en chaque pi�ce quelque th�me d�j� rencontr� dans la premi�re partie du recueil, mais dilat�, approfondi ; et, en m�me temps, � mesure qu�il progresse, une tristesse poignante, de plus en plus sensible, impr�gne tout. Un commentaire de</p><p>d�tail serait ici n�cessaire pour montrer comment celle double impression est soutenue contin�ment, se renforce.</p><p>Mais les faits les plus saisissables parlent assez haut, d�j� : l�amour est assur�ment d�peint sous des traits plus sombres en Bucolique VIII qu�en Bucolique II ; � la mort et � l�apoth�ose de Daphnis (Bucolique V) correspondent les langueurs sans espoir de Gallus (Bucolique X) ; en Bucolique IX, les paysans se sont r�sign�s � un malheur d�finitif, qui semblait, nagu�re encore (Bucolique I), scandaleux, accidentel, peut-�tre passager.</p><p>Cette orientation du recueil ne nous permet pas de l�interpr�ter comme un simple badinage, le jeu d�un lettr� qui s�amuserait � se travestir et � travestir ses amis en bergers ou voudrait nous faire sourire de la gaucherie, des na�vet�s de paysans promus � la dignit� de po�tes. Un tel projet n�est pas totalement absent des pi�ces que des indices s�rs nous font reconna�tre downloadModeText.vue.download 385 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11596</p><p>comme les plus anciennes (II et III), mais Virgile l�a ensuite �cart�, et ces po�mes conserv�s ont pris leur valeur principale de ce qu�ils font ressortir la diff�rence des autres.</p><p>On approche de plus pr�s l�intention du po�te en prenant le recueil comme un programme de vie, selon une ouverture g�n�ralisante � anthropologique ou humaniste � qui ne fait d�faut � aucune des oeuvres de Virgile : on la retrouvera aussi bien dans les G�orgiques, po�me de l�homme au travail, que dans l��n�ide, �pop�e de l�homme au service de l�histoire. Les Bucoliques, ainsi comprises, nous pr�senteraient un id�al dont le po�te entend</p><p>nous inspirer l�attrait, dont il nous fait appara�tre aussi combien il est vuln�-</p><p>rable : une vie simple aux confins de la pauvret� ; une vie adoss�e � l�immense Nature ; l�homme invit� � tenir une partie dans le concert de ses voix, combl� de s�y sentir accueilli. Non pas un homme d�ailleurs, mais les hommes, car l�univers bucolique exclut l�isolement, suppose une soci�t� : le chant y est am�b�e, c�est-�-dire altern� par couplets qui se r�pondent, chacun recevant les suggestions de son partenaire pour les incorporer � son chant, faire mieux, monter plus haut et, � son tour, offrir � l��motion de son ami l�occasion d�un plus noble �lan. Civilisation du village et des champs. H�las ! les convulsions de la politique, les prestiges de la ville viennent d�sorganiser cet univers vraiment humain. Plus gravement encore, il arrive que les chanteurs ne s�accordent pas, que l�homme d�vor� par une indigne passion ne sache plus rien recevoir de ses amis ni de la Nature. La Nature elle-m�me peut se faire dangereuse : si l�homme ne sait pas s�accorder � elle dans une noble exaltation, elle l��gar� en mille vertiges et le ram�ne � l�animalit�.</p><p>Mais les Bucoliques ne se donnent pas comme une oeuvre intemporelle.</p><p>Encadr�es dans les po�mes majeurs de la d�possession et de l�exil, elles sont une protestation contre les malheurs injustifi�s des paysans, la revendication de leur qualit� d�hommes, l�apologie � qui a valeur sociale non moins que g�n�ralement humaine � de la</p><p>civilisation dont ils vivent. Jamais, dans la litt�rature antique, on n�avait lu rien de tel ; le paysan y �tait l�homme �pre au gain, crisp� sur ses avoirs, ou le balourd, le niais dont on s�amuse ; Th�ocrite lui-m�me avait rarement d�-</p><p>pass� ce niveau. Les Bucoliques s�inscrivent dans ces recherches qui, � la fin de la R�publique, tendent � introduire l�homme � ordinaire � dans une litt�rature exclusivement peupl�e jusqu�alors de dieux, de h�ros et de princes. Il porte avec lui des drames, des souffrances, une profondeur qui ne sont pas moindres ; d�sormais, on ne m�conna�-</p><p>tra plus sa majest�. L��l�gie romaine est � interpr�ter de la sorte, mais on voit que la bucolique, cherchant ses acteurs dans la cat�gorie la plus m�pris�e du</p><p>monde antique, va plus loin. Virgile, sans doute, en a eu le sentiment quand il a �voqu� (G�orgiques, IV, 565) les audaces de sa jeunesse.</p><p>Le classicisme romain, dans l�ordre de la po�sie, commence avec les Bucoliques ; les malheurs des ann�es 40 ont �t� d�cisifs. Aux yeux d�un po�te qui, en d�autres temps, n�e�t �t�, peut-�tre, qu�un artiste distingu�, la gravit� de l�existence humaine s�est d�voil�e tout d�un coup. Impossible, d�sormais, de se satisfaire des jeux dont s��tait amus�e la g�n�ration pr�c�dente dans une Rome agit�e, mais encore s�re d�ellem�me. En se disloquant sur les routes de l�exil, le petit monde des paysans, la pauvre humanit�, a impos� l��vidence d�une capacit� de souffrir, donc de ressentir, jusqu�alors m�connue. R�trospectivement, les valeurs touchantes dont �tait faite sa vie, au moment o� tout allait dispara�tre, apparaissaient en un jour plus clair. Impossible, d�sormais, d�oublier les hommes et de vivre en marge. � la m�me �poque, Horace*</p><p>a connu un �branlement analogue.</p><p>L�accord de deux temp�raments si diff�rents est s�rement significatif de la r�alit� d�un moment spirituel.</p><p>Les �picuriens de Naples</p><p>Dix ans plus tard, en 29 av. J.-C., comme il ressort des derniers vers des G�orgiques, nous retrouvons Virgile � Naples. Mais un r�cit d�Horace (Satires, I, 5) nous invite � faire remonter cette installation jusqu�en 37 av. J.-C. ; un texte de Properce (II, 34) para�t nous dire que notre po�te acheva ses Bucoliques dans la r�gion de Tarente.</p><p>Tout cela s�accorde assez bien : vers 38</p><p>av. J.-C., Virgile a d� quitter son pays ; apr�s un essai pour se fixer � l�autre extr�mit� de l�Italie � il s�en souviendra dans la peinture du � vieillard de Tarente � (G�orgiques, IV, 125) �, il finit par s��tablir en Campanie, o� l�appelaient peut-�tre quelques souvenirs de ses ann�es d��tudes.</p><p>C�est � ce moment, croyons-nous,</p><p>qu�il entre en rapports avec les �picuriens de Naples, se lie plus �troitement avec Horace, avec L. Varius Rufus, qui sera un de ses ex�cuteurs testamentaires, peut-�tre avec Philod�me, tous</p><p>po�tes et philosophes. Ces rapports � l��picurisme nous sont express�ment affirm�s par la tradition antique ; ils ressortent, ce semble, de documents presque contemporains retrouv�s dans les cendres d�Herculanum ; ils nous en apprennent sur Virgile moins que nous ne voudrions. L��picurisme romain pr�sentait une diversit� de formes qui a longtemps �chapp� aux Modernes, �gar�s par les poncifs d�une litt�rature de controverse ou s�duits par la coh�rence et le ton dogmatique de l�expos� de Lucr�ce. Inversement, bien des th�mes qu�on a tendance � lui attribuer en propre (recherche du bonheur, aversion pour les tracas o� la vie se disperse, amour du loisir) apparaissent de plus en plus comme le bien commun de toutes les �coles. Il n�est donc jamais facile de d�celer dans une oeuvre des traces s�res d��picurisme ni de dire comment un �picurien con�ut son �picurisme.</p><p>Compte tenu de ces r�serves, on</p><p>pourra noter, cependant, que les �picuriens � plus que d�autres �coles, o� pr�dominait un certain individualisme</p><p>� avaient le culte de l�amiti� ; ils s�effor�aient, dans leurs groupes, d�en instituer les conditions mat�rielles ; Virgile, meurtri, d�racin�, a pu y �tre tr�s sensible, retrouvant dans ces �changes quelque chose des dialogues po�tiques o� il avait saisi l�image de l�harmonie des �mes. La religiosit� �picurienne, particuli�rement concr�te et ne r�pu-gnant pas � l�anthropomorphisme pour traduire l�exp�rience de la proximit� des dieux, n��tait pas, non plus, pour lui d�plaire. Enfin, il est possible qu�il ail reconnu quelque chose de ses intuitions les plus ch�res dans cette sorte de monisme qui, aux antipodes du dualisme platonicien, constitue d��l�ments uniques b�tes, hommes et dieux, sans en exclure les plantes m�mes et les rochers ; la quatri�me Bucolique a �t� lue souvent comme un po�me �picurien, quoiqu�elle refl�te plut�t, croyons-nous, le monisme des sto�ciens.</p><p>Mais Virgile, pas plus qu�Horace, n�a jamais �t� l�homme d�une doctrine. Non pas qu�il e�t �t� un �clectique ou un indiff�rent. Seulement, la vocation intellectuelle des po�tes est de traduire des �vidences ou des pressentiments que les syst�mes n�arrivent</p><p>pas � mettre en forme et, comme, en sus de leurs images, de leurs moyens d�expression sp�cifiques, ils ont besoin d�un certain minimum de mots d�j� connus et de concepts, ils les empruntent, sans aucun scrupule, aux philosophes qu�ils connaissent. Ne nous h�tons pas de conclure qu�ils en sont devenus les adeptes : leur souci principal est de rester fid�les � eux-m�mes et de rendre communicable ce qu�ils sont seuls � pouvoir dire.</p><p>Les � G�orgiques � po�me</p><p>des patiences</p><p>Sous les dehors d�un po�me didactique renouvel� d�H�siode, les G�orgiques, qui vont d�sormais occuper notre</p><p>po�te, sont un �loge lyrique des activit�s de l�homme des champs. La parent� avec les Bucoliques est apparente ; l�oeuvre n�en est pas moins tr�s diff�-</p><p>remment orient�e : les Bucoliques nous offraient le spectacle d�une harmonie r�alis�e ou qui e�t �t� possible � sa destruction ou sa corruption n�en sont que plus poignantes ; les G�orgiques nous parlent de travail, d�effort, non plus de repos, de po�sie ou de contemplation. L�homme ne s�est pas pour autant distanc� de la Nature ; la Nature, elle aussi, travaille ; il est un Bouvier dans le ciel ; le retour p�riodique des constellations imite, aux confins du monde, le cycle des travaux de la terre ; point de repos nulle part. � supposer que le po�te e�t �t� �picurien, cette valorisation du travail ne l�e�t pas n�cessairement s�par� de ses amis : l��picurisme a toujours contest� la r�alit� d�un �ge d�or r�volu ; seul un patient effort a conduit l�humanit� o� elle est. Quoi qu�il en soit, cette orientation est bien un acquis d�finitif du po�te : l�agriculture des G�orgiques annonce d�j� le h�ros tenace de l��n�ide et son ob�issance � son dur destin : Labor verus.</p><p>Un texte c�l�bre, au livre I, pr�cise en toute clart� l�une des significations que le po�te attribue au travail : trop heureuse, noire esp�ce se f�t engour-die ; c�est la duret�, l�hostilit� parfois des circonstances qui ont fait de nous des hommes v�ritables ; mais, comme la pente de l��me de Virgile est � la reconnaissance, il ajoute que c�est un dieu ami des hommes (non pas jaloux,</p><p>comme dans la fable grecque) qui a voulu qu�il en f�t ainsi (v. 121-146).</p><p>Il est tentant d�expliquer dans la m�me perspective le singulier complexe de l�gendes qui, � la mani�re d�un mythe platonicien, ach�ve le po�me. On se souvient habituellement de l��l�ment le plus path�tique, le deuil d�Orph�e retrouvant et perdant Eurydice ; mais la signification aust�re de tout l�ensemble pourrait bien �tre que, dans la lutte contre la mort, symbole de toutes les adversit�s, ce n�est pas la po�sie qui a puissance : Orph�e �choue ; c�est Arist�e, l�homme des champs, qui r�ussit par sa docilit� aux ordres d�en haut et downloadModeText.vue.download 386 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11597</p><p>la patience de ses techniques. Le travail met l�homme debout, mais aussi il b�tit le monde.</p><p>Il est �vident que ce changement</p><p>de cap n�est pas d� simplement � l�influence d�H�siode, succ�dant � celle de Th�ocrite. Un po�te choisit ses mod�les en rapport avec ses desseins.</p><p>Plut�t ne m�connaissons pas le retentissement qu�ont pu avoir dans l��me de Virgile des �v�nements qui, � cette date, allaient tr�s vite et pr�paraient effectivement une des plus grandes mutations de l�histoire. Les Bucoliques r�pondaient � un moment d�extr�me esp�rance (la paix semble assur�e par la victoire d�finitive des h�ritiers de C�sar) suivi d�une accablante rechute (les h�ritiers de C�sar ne s�entendent pas, la guerre recommence, l�Italie est d�chir�e). Puis l�espoir a rev�cu, mais un autre espoir ; peut-�tre pourra-t-on reconstruire, mais ce sera long, et la seule chance de l�homme est dans son travail obstin� : � C�est ainsi qu�a grandi la puissante �trurie, et Rome parvenue au fa�te de ce monde �</p><p>(G�orgiques, II, 533). Ce n�est pas un hasard si le nom de M�c�ne, un administrateur, c�est-�-dire un homme de patience, est m�l� � l�histoire des G�orgiques, sans doute d�s l�origine.</p><p>Un administrateur, mais, il est vrai, un �picurien aussi, un demi-compatriote, un amateur de po�sie, l�homme qui serait digne de devenir l�ami d�Horace.</p><p>La conversation et l�exemple du second d�Octave ont pu r�v�ler au po�te d�sempar� que tout n��tait pas perdu, que, m�me malheureux, les hommes et la terre demeuraient, que lui, Virgile, il pourrait encore, sans se d�mentir, glorifier la divine campagne. L�entreprise des G�orgiques, que M�c�ne a peut-�tre rendue psychologiquement possible, � laquelle il semble, au cours du temps, avoir pris une part de plus en plus effective, a sans doute �t� pour le po�te la planche du salut, la sortie du d�sespoir, le retour � la vie.</p><p>Les G�orgiques sont compo-</p><p>s�es de quatre chants, dont le po�te, en un prologue, nous a lui-m�me</p><p>donn� le contenu : le bl� (livre I), la vigne (livre II), le b�tail gros et petit (livre III), les abeilles (livre IV). En fait, il y a davantage dans le premier livre, et notamment tout un calendrier rustique avec les belles images qu�appellent l��vocation des astres, les nuages changeants, les bourrasques d�automne. C�est, nous semble-t-il, le plan d�un trait� d�agriculture, mais on notera que, dans l�Antiquit�, aucun trait� ne para�t avoir �t� divis� de la sorte. Du point de vue litt�raire, le probl�me � r�soudre �tait inverse de celui qu�avait pos� l�agencement des Bucoliques ; il s�agissait alors de faire l�unit� de pi�ces fort diff�rentes ; ici, le probl�me �tait d��viter que les livres ne ressemblent trop aux chapitres successifs d�un ouvrage didactique. Virgile s�en est tir� avec adresse et de mille ma-ni�res : il contraste l�effort de l�homme (qui pr�domine dans le livre I) avec la spontan�it� miraculeuse de la Nature (livre II) ; il peint le livre III de couleurs sombres qui rappellent un peu la Bucolique VI et Lucr�ce (fureur de l�amour chez les animaux ; les fl�aux et maladies qui les frappent), mais, avec les abeilles, le livre IV est toute lumi�re : en ces petits atomes de vie rutilante, Virgile nous fait admirer les �tincelles d�un feu divin qui p�n�tre tout l�univers ; les sages abeilles nous offrent aussi le mod�le de la cit� ordonn�e, qui s��tablit d�elle-m�me lorsque le chef inspire respect et affection.</p><p>On s�est demand� si l�oeuvre avait �t�, d�s le d�but, con�ue sous la forme que nous lui connaissons. Les livres III</p><p>et IV avec un prologue sp�cial et maintes correspondances semblent former un tout particuli�rement li�. Mais est-ce � dire qu�il y a eu d�abord des G�orgiques en deux livres et qu�� la fin du livre II l��loge c�l�bre de la vie rurale (O fortunatos nimium...) valait comme la conclusion d�un ouvrage ?</p><p>Jean Bayet a fait valoir, avec des arguments tr�s forts, la th�se de � premi�res G�orgiques � constitu�es du seul livre I (sans l�actuel prologue) ; elles auraient �t� compos�es vers 37, ant�rieurement � la publication du De re rustica de Varron, dont les mots et les d�veloppements ne transparaissent que dans la suite donn�e ult�rieurement (les livres II � IV) � ce po�me primitif ; la fin du livre se ressentirait de l�angoisse de temps encore incertains.</p><p>Cette esquisse, inspir�e d�H�siode et de Caton pour la documentation agricole, d�Aratos pour le calendrier m�t�orologique, aurait donn� au po�te l�id�e d�une oeuvre plus ample, qui ne se fut achev�e qu�apr�s la victoire d�Actium (31 av. J.-C.) et la consolidation d�finitive de la paix. R�cemment, Ren� Martin a fait ressortir que les livres I et II, gravitant autour du petit domaine et de la polyculture, ont de tout autres perspectives que le livre III, o� il est question de grands p�turages et d�immenses troupeaux ; M�c�ne, li� � la classe des latifundiaires, aurait exig� de Virgile cette adjonction � un po�me qui semblait ne vouloir conna�tre que la petite exploitation familiale ; contre ces exigences, Virgile se serait un moment d�battu ; il aurait fini par c�der, mais en protestant contre le caract�re imp�-</p><p>rieux des ordres du ministre ; il aurait ajout� le livre des abeilles comme une contrepartie � demi ironique au livre qui lui �tait impos� sur le grand �levage. Cette repr�sentation des rapports de Virgile et de M�c�ne est-elle bien plausible ? Il est s�r que, dans l�Antiquit�, plus encore que de nos jours, coexistaient des formes tr�s diverses de l�activit� rurale ; mais ce qui est tr�s diff�rent pour un sociologue ou un �conomiste peut appara�tre moins dissemblable � un po�te.</p><p>� l��n�ide � po�me de</p><p>l�espoir</p><p>Le prologue du livre III des G�orgiques</p><p>�voque indirectement les c�r�monies par lesquelles Octave c�l�bra en ao�t 29 av. J.-C. son triple triomphe et d�dia en octobre 28 av. J.-C. le temple palatin d�Apollon. Dans un monde qui s��tait vu au bord de l�ab�me, on se reprenait � vivre. Mais il est clair que, d�sormais, tout repose sur le vainqueur, qui, en janvier 27 av. J.-C., va prendre le nom d�Auguste* et fonder, sans bien le savoir peut-�tre, un nouveau r�gime politique ; tout va reposer sur son activit�, son humanit�, son bon sens. Au jugement de bien des Modernes, rien ne saurait l�absoudre du crime d�avoir restitu� un �tat, alors que la R�publique �tait morte. Les contemporains, qui se souvenaient du proche pass�, n�ont pas �t� si s�v�res : Virgile, Horace, comme beaucoup d�autres, surtout parmi les petites gens, lui furent reconnaissants, l�accompagn�rent de leur confiance et de leurs voeux, voulurent, autant qu�ils le pouvaient, l�aider.</p><p>C��tait une ancienne tradition de c�l�brer en vers les exploits des grands hommes. On avait d� plus d�une fois inviter notre po�te � chanter la geste d�Auguste ; mais comment faire ? Le parti auquel Virgile s�est arr�t� nous permet d�entrevoir comment le probl�me se posait � ses yeux. Il a d�abord tr�s bien compris que la grandeur de ce qui se r�alisait maintenant et gr�ce � Auguste d�passait la personne d�Auguste ; l�important �tait que Rome e�t trouv� un nouvel �quilibre, la solution de difficult�s longtemps tra�n�es dans la douleur, et repart�t pour un avenir neuf. Il ne s�agissait donc pas de conter les campagnes militaires ou l�oeuvre l�gislative du prince, mais de faire appara�tre l�heure pr�sente comme accomplissant, sur�levant en une grande mutation tout l�acquis de l�histoire romaine. On sait que tout un jeu d�annonces, d�allusions, de pr�figurations fait confluer effectivement dans l��n�ide les �pisodes les plus marquants de la tradition nationale. Surtout, les moments d�cisifs du po�me symbolisent, � ce plan, l�essentiel : �n�e, renon�ant � Didon et aux tentations de l�opulence, �n�e mettant fin aux guerres du Latium, adresse le langage le plus clair � des Romains durement saign�s par quatre-vingts ans de guerres civiles et conscients,</p><p>d�sormais, qu�une grande part de leur infortune d�coulait de la corruption qu�engendrent les richesses.</p><p>Auguste, pr�cis�ment, c�est la renonciation � l�imp�rialisme de conqu�te et de pillage, c�est l�exemple d�une vie modeste et laborieuse, c�est la pacification, la r�conciliation inlassablement poursuivie � malgr� les complots, l�ingratitude � de tous les citoyens.</p><p>Si Virgile s�en �tait tenu l�, l��n�ide e�t �t� seulement � ce qu�elle est aussi � une sorte de Pharsale invers�e, m�ditation lyrique sur le destin national saisi dans l�unit� d�un moment exceptionnel. Mais notre po�te, en sus, avait form� un autre dessein beaucoup plus difficile � r�aliser et que nous avons aussi plus de peine � ressaisir : il a voulu composer une �pop�e dans le genre hom�rique et o� il recueillerait d�ailleurs le plus grand nombre possible d��l�ments hom�riques ; il y aurait des dieux et des d�esses ; elle serait centr�e sur un h�ros dont il est question dans l�Iliade comme adversaire d�Achille ou de Diom�de ; elle serait donc tiss�e d��v�nements ant�rieurs de plusieurs si�cles � la fondation m�me de Rome, li�e � un monde qui avait toujours �t�, et en Gr�ce m�me, un monde de convention.</p><p>Il est vrai que la l�gende existait.</p><p>Au moins depuis le IIIe s., on racon-tait qu�apr�s la chute de Troie �n�e, fils de V�nus, le plus vaillant de ceux qui survivaient, s��tait exil� sur l�ordre des dieux, emportant avec lui les p�-</p><p>nates de la vieille cit�. Apr�s un long voyage, il avait abord� au Latium ; mal accueilli d�abord, oblig� de combattre, il avait fini par s�imposer, rassemblant Troyens et Latins dans l�unit� d�un peuple. De sa race, bien plus tard, sor-tiraient un jour Romulus, le fondateur et, dans une autre lign�e, les lointains anc�tres des Julii. Tel serait, en effet, le canevas de l��n�ide ; la l�gende avait une certaine valeur dynastique, �tant li�e depuis quelque cent ans � la famille d�Auguste ; C�sar, le dictateur, n�avait pas n�glig� de s�y r�f�rer, fier de pouvoir se donner comme le petit-fils d�une d�esse. Mais tout cela n�exis-downloadModeText.vue.download 387 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11598</p><p>tait alors que comme un filet t�nu, � peine perceptible dans l�ensemble des traditions l�gendaires des Romains, et il fallait en faire la branche ma�tresse de l�arbre, la fl�che de sa croissance ; il faudrait donc l��toffer prodigieusement, l�am�nager aussi en telle mani�re qu�on p�t sans disparate y rapporter l�oeuvre pr�sente d�Auguste, les aspects principaux, les �pisodes majeurs du devenir romain.</p><p>Toutes ces difficult�s, Virgile les a affront�es, �videmment parce qu�il a cru tr�s important de b�tir aux origines du nouvel �tat l��quivalent de l��difice hom�rique. S�agit-il principalement, � cette �poque, d�une volont� d��galer la litt�rature latine � la grecque ?</p><p>Ou plut�t notre po�te, comme les plus lucides de ses contemporains, comme Auguste lui-m�me, n�aurait-il pas �t� sensible � une urgence plus fondamentale ? Une civilisation qui se renouvelle ou veut reprendre un second souffle doit se donner des r�f�rences sacr�es.</p><p>Ceux qui sont de grands cr�ateurs dans l�ordre politique ont aim� toujours �riger des monuments, organiser des f�tes un peu th��trales ; c��tait particuli�rement n�cessaire � Rome, o� l�on avait le go�t du grand spectacle, du rituel, des c�r�monies. Dans la litt�rature, l�analogue le plus exact de tout cela est une �pop�e o� le divin se m�le � l�histoire ; en plein XIXe s., Hugo l�avait bien compris, qui conte la � l�gende des si�cles � pour enraciner dans le plus lointain pass� les acquis r�cents de la R�volution.</p><p>� distance, il est vrai, les frises de Pers�polis, les processions de l�Ara Pacis, les litanies interminables des Quatre Jours d�Elciis peuvent donner l�impression un peu accablante d�une pompe gratuite ; il y a des pages de l��n�ide qu�un lecteur moderne ne lira pas sans �tonnement � batailles conventionnelles r�gl�es comme des tournois, jeux votifs, cort�ges fu-n�bres, conseils des dieux � s�il ne sait y reconna�tre le d�ploiement d�une grande tapisserie que les Romains sont invit�s � contempler d�sormais, tendue par leur pass�, d�corative et program-matique. Comprenons qu�elle masque</p><p>l�incertain marais qui sert de berceau � toutes les aventures historiques et d�o� il appara�t si bien que les plus belles r�ussites dont on est le plus fier n��taient pas attendues, auraient pu ne pas �tre, sont donc intrins�quement pr�caires, sans consistance. Pour l��poque m�me de Virgile, Tite-Live l�a dit avec beaucoup de nettet� :</p><p>� Dans le r�cit du lointain pass�, on s�est toujours permis de m�ler l�humain au divin, pour rendre plus auguste l�origine des villes, et si jamais nation a eu le droit de sanctifier ses origines et de les rattacher � une volont� des dieux, la gloire aujourd�hui acquise par le peuple romain est assez grande pour que le genre humain re�oive une telle pr�tention d�aussi bon coeur qu�il a re�u son empire � (pr�face, 7).</p><p>D�ailleurs, la singularit� du destin de Rome fait qu�en d�pit de tant de si�cles �coul�s la glorification de cette cit� conserve encore, pour maint lecteur de l��n�ide, sa puissance de s�duction.</p><p>Les Romains du temps d�Auguste ont cru s�rieusement que leur ville �tait appel�e � faire l�unit� politique du genre humain et il faut avouer que, dans leur horizon g�ographique, de l�Irlande � l�Iran, du Sahara � la mer du Nord, ils y avaient presque r�ussi. L��n�ide sonne donc comme le po�me de l�empire universel et, au-del�, comme proph�tie de l�unit� humaine rassembl�e par les dieux et r�concili�e. C�est ainsi que saint Augustin, que Dante ont pu la lire, et que, peut-�tre, les hommes du prochain si�cle y liront l�annonce de la t�che qui les attend.</p><p>Il existe dans l��n�ide un autre �l�-</p><p>ment de continuit� et d�unit�. La face int�rieure, l��me de cette grande figuration solennelle par quoi est d�finie la mission de la cit�, c�est le destin personnel d��n�e, le protagoniste. �</p><p>le prendre comme un type de l�homme historique, c�est-�-dire de l�homme appel� � faire l�histoire, il m�rite la m�me qualit� d�attention que les figures les plus notables de la trag�die grecque, OEdipe, H�racl�s, Ajax ; la diff�rence est que la peinture virgilienne est plus explicite, laisse moins � la r�verie personnelle du lecteur.</p><p>La diversit� des interpr�tations et</p><p>des appr�ciations t�moigne de la complexit� des intentions du po�te. On a toujours �t� sensible � la moralit� d��n�e, un peu triste, un peu grise, a-t-on dit, v�tue d�un uniforme trop quotidien : � Fils, je te l�gue la vertu, la peine qui ne ment pas. D�autres t�en-seigneront le bonheur � (l��n�ide, XII, 435). Nous ne nous �tonnons pas qu�on lui ait reproch� d�avoir laiss� Didon pour suivre l�appel des dieux, ni qu�on ait trouv�, en certaines �poques, que ces dieux tenaient d�cid�ment trop de place dans sa vie. La critique moderne s�attache souvent � faire appara�tre que Virgile ne l�a voulu exempt ni d�incertitudes ni de faiblesses ; peut-</p><p>�tre, dans les derniers livres du po�me, nous montre-t-il un homme que la lutte a fini par durcir. La vie n�est pas un roman rose ; elle d�grade souvent, par les efforts d�mesur�s qu�elle impose, ceux qui, � l�origine, avaient mis le cap sur la g�n�rosit� et l�oubli de soi ; Virgile, comme les Tragiques, dont il se rapproche de plus en plus, n�avait aucune raison de le dissimuler. Ce qui r�ussira, selon l��n�ide, c�est l�oeuvre d��n�e, c�est Rome, que d�incessants appels saisissent dans l�avenir ; le destin d��n�e est de lutter tant qu�il peut ; il est, au lendemain d�une victoire supr�me � am�re victoire, souill�e par les Furies �, de s�effacer politiquement au b�n�fice de l�ordre qu�il a instaur� ; le po�te laisse entrevoir que, dans peu d�ann�es, son h�ros va dispara�tre � tombant avant le temps, sans s�pulture, au milieu des sables �.</p><p>Si �n�e, comme il est presque �vident, est une figure d�Auguste, ce sont l� des avertissements s�v�res et une dure proph�tie.</p><p>Mort et perp�tuit�</p><p>de Virgile</p><p>Virgile s�arr�te avec l��n�ide ; la grande �pop�e, � ce qu�il semble, ne fut publi�e qu�apr�s sa mort (survenue, d�apr�s les Vies, le 21 septembre 19) ; une tradition constitu�e d�j� � l��poque de N�ron voulait qu�� l�approche de la fin il e�t demand� qu�on la d�truis�t, comme trop imparfaite. Nous avons peine � discerner ce qui l�inqui�ta : il n�avait pu �crire une oeuvre aussi complexe sans r�fl�chir longuement sur les probl�mes de composition et d�unit�</p><p>interne ; de ce point de vue, l��n�ide nous para�t, d�ailleurs, parfaitement r�ussie. Ou s�agissait-il de maladresses mineures dans les derniers livres, qui, hormis le douzi�me, semblent avoir �t� �crits plus vite ? Il est difficile de penser que son doute allait plus profond et qu�� son �n�ide il ne croyait plus.</p><p>Toute sa vie, alors, se f�t effondr�e � ses yeux ; car �n�e, les Romains dans les combats de l�histoire, le paysan des G�orgiques dans son labeur quotidien, qu�avaient-ils fait d�autre en somme, tels au moins que le po�te les avait pos�s, qu�avancer courageusement en direction de ces valeurs � paix, amiti� entre les hommes, entente avec la nature et les dieux � dont sa campagne natale, dont les bergers de sa jeunesse lui avaient apport� la r�v�lation ?</p><p>Dans cette vie qui va finir, tout tenait ensemble.</p><p>Auguste, en tout cas, n�abandon-</p><p>nait pas. Dans deux ans, sur le champ de Mars, il allait enterrer les vieilles souillures, ouvrir le si�cle nouveau si souvent annonc� dans l��n�ide. Horace serait pr�sent pour dire les paroles que Virgile aurait pu dire, reprendre ses mots m�mes. L�Empire porteur de paix durerait longtemps, laissant ensuite dans le souvenir des hommes la nostalgie ineffa�able de ses bienfaits. Quant aux autres parties de l�esp�rance ou des pressentiments virgiliens � �tablissement d�une communaut� de tous les hommes, position au terme de leurs efforts d�un espoir inexpugnable, paix des dieux �, il n��tait �videmment au pouvoir d�aucun homme, et f�t-il empereur, de les faire aboutir. Pourtant, quelques ann�es plus tard, vers le milieu du si�cle qui va commencer, elles allaient �tre prises en charge par un humble inconnu, bient�t connu partout, dont on penserait un jour que Virgile et les Sibylles l�avaient peut-�tre annonc� : ille deum vitam accipiet...</p><p>Virgile p�re de l�Occident, oui, mais plus encore peut-�tre, entre les cit�s antiques et l��tat universel, entre les religions et le christianisme, l�homme de la charni�re des temps.</p><p>J. P.</p><p>F Auguste / �pop�e / Latine (litt�rature).</p><p>&amp; A. Bellessort, Virgile, son oeuvre et son temps (Perrin, 1920). / J. Perret, Virgile (Hatier, 1952 ; nouv. �d., 1965) ; Virgile (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1959). / E. Paratore, Vir-gilio (Florence, 1954). / K. B�chner, P. Vergilius Maro (Stuttgart, 1957). / B. Otis, Virgil. A Study in Civilized Poetry (Oxford, 1963). / P. Boyanc�, la Religion de Virgile (P. U. F., 1964). / J.-P. Brisson, Virgile, son temps et le n�tre (Maspero, 1966). / F. Klingner, Virgil (Zurich, 1967).</p><p>virginal</p><p>Instrument � clavier et � cordes pinc�es.</p><p>� l�origine, appliqu� � une sorte d��pinette � clavier rectangulaire, mais, par la suite, le terme d�signa de mani�re plus g�n�rale divers types de clavecins* en Angleterre, pays o� son emploi fut le plus g�n�ralis� et o� il suscita une abondante litt�rature, dont les auteurs sont connus sous le nom de virginalistes.</p><p>Mentionn� vers 1460 dans un ma-</p><p>nuscrit de P. Paulirinus conserv� � Cracovie, le virginal est d�crit pour la premi�re fois dans la Musica ge-tutscht (1511) de S�bastian Virdung (v. 1465-?). Le terme semble provenir du latin virga ou virgula, d�signant le sautereau, mais les lexicographes du XVIIe s. accr�dit�rent une autre �tymologie, celle d�instrument des jeunes filles. D�autre part, la reine �lisabeth, c�libataire, et donc officiellement</p><p>� vierge �, en jouait avec passion (et</p><p>� fort bien pour une reine �, selon le downloadModeText.vue.download 388 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11599</p><p>t�moignage d�un courtisan !). Virdung et Michael Praetorius (1571-1621), un si�cle plus tard (Syntagma musicum, 1619), d�crivent l�instrument rectangulaire figurant sur la page de titre de Parthenia. Si plusieurs inventaires des instruments du roi Henri VIII, dont l�un dat� de 1539, font �tat de virginals, ceux-ci �taient, cependant, import�s du continent, notamment d�Italie, et les plus anciens instruments de facture anglaise aujourd�hui conserv�s ne remontent pas au-del� du milieu du XVIIe s. Le virginal anglais, � un seul</p><p>clavier, se limitait, contrairement aux instruments fran�ais ou n�erlandais, � quatre octaves seulement, dont la plus grave, � courte � (c�est-�-dire d�fective), permettait les dixi�mes frapp�es.</p><p>Cet instrument si modeste a suscit� en Angleterre un r�pertoire d�une ampleur et d�une qualit� sans pareilles dans le monde � cette �poque : nous poss�-</p><p>dons plus de 600 pi�ces s��chelonnant sur plus d�un si�cle, de 1520 � 1650</p><p>environ. Les genres trait�s sont surtout : des variations (notamment des Grounds, sur basse obstin�e), peut-�tre introduites par Cabez�n* lors de son s�jour en Angleterre en 1554, mais que les musiciens anglais port�rent � un stup�fiant degr� de virtuosit� et d�imagination ; des fancies, ou fantaisies polyphoniques dans l�esprit du ricercare, avec la forme typiquement anglaise de l�In nomine ; des danses (pavanes, gaillardes, allemandes, courantes, gigues, etc.) ; enfin des pi�ces descriptives ou de forme libre.</p><p>Alors que l��dition musicale atteignait � une grande prosp�rit� dans l�Angleterre du temps d��lisabeth et de Jacques Ier, la musique pour virginal fut essentiellement conserv�e dans de grands recueils manuscrits. Le seul recueil imprim� est le c�l�bre Parthenia (1612), sans doute �dit� par Orlando Gibbons et qui contient 21 pi�ces choisies dues � Gibbons lui-m�me, � W. Byrd* et � John Bull. � c�t� de Giles Farnaby et de Thomas Tomkins, ce sont l� les virginalistes les plus �minents. Le premier en date des recueils manuscrits, le Mulliner Book, r�dig� entre 1553 et 1570 par l�organiste d�Oxford Thomas Mulliner, contient 134 pi�ces, en grande partie jouables �galement � l�orgue. On notera tout particuli�rement le grand Hornpipe de Hugh Aston (v. 1490 - v. 1550), qui est peut-�tre la premi�re pi�ce originale �crite pour l�instrument. On trouve �galement des pi�ces de William Shel-bye, de John Redford, de Robert Johnson, de Robert White, de Thomas Tallis, de Richard Farrant et de William Blitheman, qui fut le ma�tre de John Bull. Apr�s le Dublin Virginal Book (1570), ce fut My Lady Nevell�s Book (1591), offert � la reine �lisabeth vers 1598 ou 1600 et qui contient 42 pi�ces admirables, toutes de William Byrd. Le</p><p>plus important et le plus c�l�bre de tous ces manuscrits est le Fitzwilliam Virginal Book (d�but du XVIIe s.), r�dig� par un gentilhomme catholique emprisonn� pour sa foi, Francis Tregian le jeune, et contenant 297 pi�ces de tous genres, compos�es entre 1560 et 1615</p><p>environ, dont 72 de Byrd, 45 de Bull, etc. Si Gibbons n�y figure presque pas, on trouve l�essentiel de son oeuvre pour clavier dans le Benjamin Cosyn�s Virginal Book (vers 1620). Apr�s le Will Forster�s Virginal Book (1624), on ne trouve plus gu�re que les 79 pi�ces de l�Elizabeth Rogers� Virginal Book (1656), en bonne partie variantes de recueils ant�rieurs.</p><p>En effet, la floraison essentielle de l�art des virginalistes se situe entre 1580 et 1625 environ : Byrd meurt en 1623, Gibbons en 1625, Bull en 1628 ; seul Tomkins survivra jusqu�en 1656. William Byrd nous laisse pr�s de 150 pi�ces pour clavier, dont pr�s de 40 pavanes et gaillardes, d�autres danses, une dizaine de fancies (dont certaines soutiennent la comparaison avec Bach), des pi�ces pittoresques ou descriptives � comme The Bells ou Mr. Byrd�s Battle, v�ritable po�me symphonique pour clavier �, enfin d�admirables s�ries de variations. Il est passionnant de comparer son traitement d�un th�me, comme le c�l�bre Walsingham, avec celui de son grand �mule John Bull (v. 1562-1628). Si Byrd s�illustra dans tous les genres vocaux et instrumentaux, Bull fut essentiellement un virtuose du clavier, le � Liszt du virginal �, ainsi qu�on l�a surnomm� ! Exil� � Bruxelles � partir de 1613 puis � Anvers pour des raisons myst�rieuses (affaire de moeurs ou pers�cutions religieuses ?), il continua � y composer, et de nombreuses pi�ces figurent dans une tablature anversoise de 1629. Ses quelque 160 pi�ces connues r�v�lent un temp�rament plein de feu et d��clat, une technique d�une difficult� transcendante. Parfois Bull se laisse enivrer par la virtuosit� au d�triment de l�intensit� expressive, mais ses pavanes et ses gaillardes atteignent � une grandeur monumentale, ses fancies et In nomine ne le c�dent � personne pour la science et la vigueur expressive, et ses cycles de variations sont d�un pionnier intr�pide, � l�imagination in�puisable.</p><p>Arp�ges et basses d�Alberti annoncent</p><p>fr�quemment le XIXe s., et les Variations sur St. Thomas Wake (qui inspir�rent � notre �poque Peter Maxwell Davics) contiennent un v�ritable petit concerto pour la main gauche. La Fancy sur ut r� mi fa sol la, aux effarantes audaces modulantes et enharmoniques (pr�supposant le temp�rament �gal), parcourt les douze tonalit�s, et constitue ainsi la toute premi�re exploration syst�matique du total chromatique. Enfin, des pi�ces autobiographiques, comme My Self, My Grief, My Jewel ou Mr. Bull�s Goodnight, peut-�tre inspir� par la mort de sa femme, nous permettent d�approcher l�intimit� de ce g�nie r�volutionnaire. � l��poque, la r�putation d�ex�cutant d�Orlando Gibbons surpassait encore celle de Bull (� the best finger of that age, the best hand in England �). Les 59 pi�ces de Gibbons conserv�es peuvent corroborer ce jugement. � c�t� de pi�ces plus l�g�res (danses, variations, etc.), on remarque quelques pavanes et gaillardes magnifiques, et surtout une quinzaine de fancies polyphoniques de tout premier ordre, qui rejoignent la noble gravit� et la profondeur de sentiment de ses meilleures pages vocales ou pour violes. Si Bull fut le Liszt de son temps, Gibbons en fut le Brahms. � c�t� d�eux, Giles Farnaby (v. 1565-1640, � Londres</p><p>depuis 1587), qui se comparait modestement � un insolent moineau au milieu du concert des rossignols ( !), fait figure de d�licieux petit ma�tre. �</p><p>l�exception d�une seule, ses 53 pi�ces connues figurent dans le Fitzwilliam Book. Ces variations, danses, pi�ces l�g�res r�v�lent toutes un musicien vif, enjou�, fantasque, m�lodiste inspir� autant que rythmicien ing�nieux et har-moniste subtil, friand de chromatismes madrigalesques. Une petite pi�ce de huit mesures pour deux virginals est la toute premi�re du genre. Peter Philips (1561-1628), disciple de Sweelinck*</p><p>et fix� � Anvers, a transcrit pour le virginal des madrigaux italiens (de Luca Marenzio notamment) et ses autres pi�ces r�v�lent des influences continentales (Sweelinck, les V�nitiens...). Le Fitzwilliam Book contient encore des pi�ces d�une douzaine d�autres compositeurs, dont le madrigaliste Thomas Morley (1557-1602) : il ne saurait �tre question de les citer tous ici.</p><p>Mais nous prendrons cong� de l��cole</p><p>des virginalistes par leur survivant attard�, Thomas Tomkins (1572-1656).</p><p>Lorsqu�en 1646 les puritains ferm�rent la cath�drale de Worcester, o� il tenait l�orgue depuis cinquante ans, Tomkins utilisa les loisirs forc�s de ses dix derni�res ann�es d�existence � la composition de ses tr�s int�ressantes pi�ces pour clavecin (on ne disait d�j� plus virginal !), dont l�une des plus belles, dat�e de 1649 (ex�cution de Charles Ier, prise du pouvoir par Cromwell), porte ce titre �loquent : Sad Pavan for these Distracted Times (Triste Pavane pour ces temps troubl�s)...</p><p>H. H.</p><p>&amp; C. Van den Borren, les Origines de la musique de clavier en Angleterre (�mile Groen-veldt, Bruxelles, 1912). / M. H. Glyn, About Elizabethan Virginal Music and its Composers (Londres, 1924). / D. Stevens, The Mulliner Book.</p><p>A Commentary (Londres, 1952). / Musique instrumentale de la Renaissance (C. N. R. S., 1955).</p><p>/ W. Apel, Geschichte der Orgel- und Klaviermu-sik bis 1700 (Kassel, 1967).</p><p>Virginie</p><p>En angl. VIRGINIA, �tat de la c�te atlantique des �tats-Unis ; 105 716 km 2 ; 4 811 000 hab. Capit. Richmond.</p><p>Depuis qu�il a �t� amput�, en 1861, de ce qui constitue aujourd�hui l��tat de Virginie-Occidentale, le territoire de la Virginie pr�sente une forme �trange : vers l�ouest, il s�enfonce en coin entre le Kentucky et le Tennessee jusqu�au plateau de Cumberland. Par suite de cette disposition, il recoupe transversalement les diverses unit�s morphologiques de l�est des �tats-Unis : la plaine c�ti�re, d�coup�e par des estuaires ramifi�s (Potomac, James River) et par la baie Chesapeake ; la Fall Line, d�nivellation tectonique, franchie en rapides par les cours d�eau, dont la force motrice a fix� tr�s t�t des sites de villes (Richmond, Washington) ; le Piedmont, plateau cristallin montant doucement vers le Blue Ridge, horst �troit de roches cristallines lui aussi, culminant entre 850 et 1 000 m ; la r�gion des cr�tes et des vall�es appalachiennes, dans laquelle la structure s�dimentaire pliss�e a donn� des barres de roches dures et de larges vall�es</p><p>creus�es dans des mat�riaux tendres (vall�e de Shenandoah, Poor Valley, Rich Valley) ; enfin le front Allegheny, bord du plateau de Cumberland,</p><p>qui d�passe 1 200 m. Les cluses des cr�tes appalachiennes et les perc�es du front Allegheny (Cumberland Gap, Big Stone Gap, Rocky Gap) ont jou� un grand r�le dans le franchissement des Appalaches par les pionniers en marche vers l�ouest et, plus tard, dans la strat�gie des arm�es durant la guerre de S�cession.</p><p>Sauf dans les Appalaches, aux hivers longs et neigeux, la Virginie b�n�ficie d�hivers mod�r�s (3,5 �C en janvier � Richmond) ; les �t�s sont tr�s chauds downloadModeText.vue.download 389 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11600</p><p>(25,5 �C en juillet, avec un maximum moyen de 32 �C). Les pluies, abondantes (1 m dans la plaine c�ti�re, plus de 2 m sur le Blue Ridge), sont r�parties sur toute l�ann�e, avec un maximum en �t�.</p><p>� part les landes et les pin�des</p><p>claires des terrains sablonneux et les tourbi�res de certaines r�gions littorales, le Piedmont et la plaine c�ti�re appartiennent au domaine de la for�t de ch�nes et de pins du Sud-Est atlantique. Selon l�altitude et l�exposition, c�est la for�t caducifoli�e continentale ou ce sont les r�sineux qui dominent dans les Appalaches. Sous ce climat humide, les sols sont plus ou moins podzolis�s selon la nature de la v�g�tation.</p><p>La Virginie, ainsi appel�e en l�honneur de la reine �lisabeth Ire, est une des premi�res colonies anglaises</p><p>d�Am�rique. Le territoire occup�</p><p>atteignait le Blue Ridge � la fin du XVIIIe s. L��conomie ancienne, fond�e en partie sur l�esclavage, a �t� ruin�e par la guerre de S�cession, qui a retard� le d�veloppement de cet �tat, jadis un des plus peupl�s et des plus riches.</p><p>Les activit�s primaires n�occupent plus que 4,5 p. 100 de la population</p><p>active. Le revenu brut de l�agriculture (600 millions de dollars) repose principalement sur la vente des produits laitiers (250 000 vaches lai-ti�res, surtout dans le haut Piedmont) et sur la culture du tabac (30 000 ha ; valeur de la r�colte : 90 millions de dollars), qui a perdu son importance ancienne par suite de l��puisement des sols (la Virginie est au cinqui�me rang). Viennent ensuite l��levage des porcs, des boeufs de boucherie et des volailles, les cultures de l�arachide (40 000 ha ; 150 000 t ; premier rang), du ma�s et du soja, la r�colte des fruits (pommiers). L�exode rural (175 000</p><p>exploitations en 1940, 70 000 en</p><p>1970) a permis l�agrandissement de la taille moyenne des fermes, de 25</p><p>� 65 ha. Le volume des prises du</p><p>poisson (surtout du menhaden, poisson de faible valeur) et de l�ostr�iculture s��l�ve � 300 000 t (25 millions de dollars). Le principal port est Reedville (cinqui�me port de p�che am�ricain).</p><p>L�industrie mini�re (300 millions de dollars) comprend l�exploitation du charbon (33 Mt extraites dans la r�gion appalachienne ; sixi�me rang) et de nombreuses carri�res de mat�-</p><p>riaux industriels vari�s.</p><p>Environ 380 000 personnes</p><p>(22 p. 100 de la population active) sont employ�es dans la production industrielle, qui s��l�ve � 13 milliards de dollars (dont 6 de valeur ajout�e, soit 1,5 p. 100 du total des �tats-Unis). Les principales branches sont le textile et la confection (activit�s traditionnelles), les industries du bois (ameublement, papeterie), la construction navale, les produits chimiques, les manufactures de tabac et le travail des m�taux. La plupart des industries se localisent dans les r�gions de Richmond et de la baie d�Hampton Roads.</p><p>La population urbaine (63 p. 100) se rassemble dans six agglom�rations principales, celles de la baie d�Hampton Roads d�abord : Norfolk-Portsmouth (680 000 hab. ; 31 p. 100 des emplois d�pendant de la base navale et des services f�d�raux, et 24,5 p. 100</p><p>des activit�s commerciales) et New-port News-Hampton (292 000 hab. ;</p><p>28 p. 100 des emplois dans l�industrie, surtout la construction navale, le raffinage du p�trole, l�industrie chimique, et 30 p. 100 dans les services du gouvernement). Le trafic des ports d�Hampton Roads (50 Mt) �tait surtout constitu� par l�exportation du charbon avant la crise de l��nergie ; ils importent des hydrocarbures des �tats du Golfe. Richmond (553 000 hab.), la capitale, a des fonctions administratives (20 p. 100 des emplois), commerciales (23 p. 100) et industrielles (20,5 p. 100, notamment dans le tabac et les m�taux). Roanoke (160 000 hab.) est le principal foyer industriel de la r�gion appalachienne.</p><p>Arlington (175 000 hab.) et Alexandria (110 000 hab.) appartiennent en fait l�agglom�ration de Washington.</p><p>P. B.</p><p>virus</p><p>Microbes de l�ordre des Virales, plus petits que les Bact�ries.</p><p>La plupart des virus sont des agents pathog�nes entra�nant chez les �tres vivants des maladies s�v�res et �voluant de mani�re spontan�e, car il n�existe que peu (ou pas) de m�dicaments efficaces. Le d�veloppement des vaccinations* a cependant permis d�obtenir de remarquables r�sultats au plan de la sant� publique en mati�re d�affections virales, les antibiotiques* ayant jou� un r�le plus important, � l�inverse, en pathologie bact�rienne.</p><p>Caract�ristiques</p><p>La diff�rence entre Bact�ries* et virus est essentiellement structurale. Les Bact�ries sont des �tres cellulaires ; les virus ne sont form�s que d�un acide nucl�ique* entour� d�une enveloppe prot�ique, ou capside, constitu�e de sous-unit�s, ou capsom�res. Il existe �galement une diff�rence majeure des modes de reproduction. Alors que les Bact�ries assurent elles-m�mes les synth�ses n�cessaires � leur survie et � leur reproduction (m�me au laboratoire), les virus ne poss�dent pas cette propri�t�. Par contre, ils contiennent un code g�n�tique qui leur permet de faire effectuer ces synth�ses par des cellules</p><p>qu�ils parasitent.</p><p>Reproduction</p><p>Les cellules* vivantes compl�tes synth�tisent leurs prot�ines en assemblant des acides amin�s en fonction d�un code qui permet aux enzymes</p><p>d�intervenir dans un ordre d�fini : les acides nucl�iques du noyau cellulaire contiennent le code. Des acides nucl�iques � messagers � transmettent l�information aux enzymes responsables de la synth�se, ce qui permet la fabrication des prot�ines n�cessaires � la vie de la cellule.</p><p>Les virus, incapables de se d�ve-</p><p>lopper seuls, poss�dent la propri�t� d�utiliser les m�canismes des cellules parasit�es pour leur faire �laborer les prot�ines virales. La cellule permet donc le d�veloppement, � ses d�pens, des particules virales. Acide nucl�ique et prot�ines virales �labor�s dans la cellule sont assembl�s en nouveaux virus qui peuvent alors quitter leur h�te et aller infecter d�autres cellules.</p><p>Constitution</p><p>Les virus contiennent tous, � la diff�rence des Bact�ries, un seul acide nucl�ique, soit l�acide ribonucl�ique (A. R. N.), soit l�acide d�soxyribo-nucl�ique (A. D. N.). Outre l�acide nucl�ique et les prot�ines de la capside, les virus contiennent �galement des lipides et des glucides. L�acide nucl�ique constitue leur capital g�n�-</p><p>tique, ou g�nome. Les prot�ines prot�gent ce g�nome et permettent sa p�n�tration dans les cellules. Mais, une fois � l�int�rieur de la cellule, ces �l�-</p><p>ments se s�parent (d�capsidation).</p><p>Classification</p><p>La classification des virus est un probl�me difficile. Il est impossible de r�unir des groupes de virus ayant en commun les m�mes affinit�s tissulaires ou donnant des signes cliniques comparables. Certains virus sont, en effet, downloadModeText.vue.download 390 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11601</p><p>tr�s voisins, mais certaines maladies sont dues � des virus tr�s diff�rents.</p><p>Les virus ont donc �t� class�s en fonction de leur structure (morphologie, composition physique et chimique, sensibilit� aux diff�rents agents). La classification tient �galement compte du mode de reproduction, des propri�-</p><p>t�s immunologiques, des l�sions provoqu�es, des cellules atteintes, etc.</p><p>En fait, on utilise actuellement</p><p>comme crit�res de classification la nature de l�acide nucl�ique, le nombre des capsom�res, le type de sym�trie (cubique [C] ou h�lico�dale [H]) de la mol�cule virale, la pr�sence d�une seconde enveloppe, sensible ou non � l��ther.</p><p>Structure des virus</p><p>Les virus (ou virions) ont une structure � organisation sym�trique faite d�un assemblage d��l�ments fabriqu�s sur le m�me mod�le.</p><p>Le premier type de sym�trie est</p><p>cubique. La partie centrale, contenant le g�nome, est en forme d�icosa�dre (12 sommets, 30 ar�tes, 20 faces en triangles �quilat�raux). Sur les sommets, les faces ou les ar�tes, sont fix�es les sous-unit�s prot�iques, ou capsom�res, dont l�ensemble forme la capside. Certains virions ont une seconde enveloppe contenant des lipides.</p><p>Le second type de sym�trie est h�li-co�dal. Le mat�riel g�n�tique est fait d�un filament en h�lice � double spire de m�me sens. Les prot�ines sont de part et d�autre de ces spirales, l�ensemble �tant souvent entour� d�une membrane lipido-protidique.</p><p>Les diff�rents groupes de virus</p><p>Les pox-virus (300 nm), parmi lesquels se trouvent ceux de la variole* et de la vaccine, contiennent de l�A. D. N.</p><p>en filament h�lico�dal au sein d�une enveloppe complexe. Ils ont des propri�t�s immunologiques voisines ; d�o� l�immunisation contre la variole par la vaccine (v. vaccination).</p><p>Les herp�s-virus (virus de l�herp�s* et virus de la maladie des inclusions cytom�galiques) contiennent de l�A. D. N. � sym�trie cubique avec 162 capsom�res. Ils d�terminent des inclusions intranucl�aires (dans le noyau des cellules) sp�cifiques.</p><p>Les ad�novirus sont des virus �</p><p>A. D. N. � sym�trie cubique avec</p><p>252 capsom�res. Ils ne sont patho-g�nes pour aucun animal, mais sont responsables d�infections oto-rhino-laryngologiques (O. R. L.) [amygdalites, ad�nites], pulmonaires, de fi�vres �ruptives avec conjonctivite, etc. Il en existe plus de 20 s�rotypes, dont certains sont responsables d�affections d�-</p><p>finies. Certains de ces virus pourraient �tre responsables de certaines tumeurs.</p><p>Les virus papova (papillome, polyome, virus vacuolisant) ont la facult� de provoquer des tumeurs*. Ce sont des virus � A. D. N. � sym�trie cubique avec 42 capsom�res. Le plus anciennement connu est le virus du papillome du Lapin. De m�me, le virus SV 40</p><p>peut d�terminer des tumeurs chez le Hamster. Leur r�le chez l�Homme</p><p>n�est pas d�montr�.</p><p>Les myxovirus sont des virus �</p><p>A. R. N. de structure h�lico�dale avec enveloppe externe lipido-protidique.</p><p>Ils portent une h�magglutinine antig�ne provoquant une agglutination des h�maties. Appartiennent aux myxovirus le virus de la grippe* et ses voisins, le virus des oreillons* et certains virus aviaires.</p><p>Les arbovirus sont de petite taille (de 30 � 50 nm). Transmis par piq�res d�Arthropodes au terme d�un cycle h�te-vecteur-h�te, ils comprennent les virus de la fi�vre jaune et de diverses enc�phalites animales ou humaines.</p><p>Ils sont vraisemblablement � sym�-</p><p>trie h�lico�dale ; ils ont une enveloppe externe et une seconde enveloppe sensible � l��ther.</p><p>Les picornavirus sont des virus</p><p>� A. R. N. � sym�trie cubique, n�ont pas d�enveloppe et se caract�risent �galement par leur petite taille. Dans ce groupe entrent les � ent�rovirus �, c�est-�-dire les virus de la poliomy�-</p><p>lite*, les virus coxsackie et ECHO, et les rhinovirus (infections O. R. L.).</p><p>Le plus connu est bien s�r le poliovi-rus (3 types), � l�origine d�importants travaux de virologie fondamentale (culture cellulaire notamment) et de vaccination. Les coxsackies peuvent �tre responsables d�affection neuro-tropes ou cardiaques, mais ils ont beaucoup moins d�importance.</p><p>Le virus de la rage* se situe � c�t� des myxo- et arbovirus, et c�est � son propos qu�eurent lieu les premiers travaux de ce qui allait devenir la virologie avant m�me la connaissance des virus.</p><p>Les probl�mes pos�s par les h�pa-</p><p>tites* virales sont complexes, et les fractions antig�niques reconnues (antig�ne � Australia �) sont pour les uns des fragments de virus, pour les autres des t�moins de l�infestation.</p><p>Les bact�riophages (virus des Bact�-</p><p>ries) ont un r�le en pathologie humaine et en th�rapeutique en raison de leur action chez les Bact�ries, qu�ils sont capables de d�truire.</p><p>Le diagnostic des</p><p>maladies � virus</p><p>Il est souvent difficile. Parfois la clinique est suffisante (zona*). Souvent la symptomatologie est pauvre, et la biologie usuelle ne renseigne pas correctement (m�ningite virale ou tuberculeuse</p><p>[v. m�ninges]). Le diagnostic d�une maladie virale repose sur des �l�ments indirects (agglutinines froides, r�actions non sp�cifiques), l�isolement du virus (en culture cellulaire ou chez l�animal inocul�) � partir du sang, de la salive, du liquide c�phalo-rachidien, etc., et le titrage du taux des anticorps sp�cifiques dans le s�rum du malade.</p><p>Seule une ascension significative du taux des anticorps sp�cifiques permet d�affirmer qu�il existe une infection en �volution (importance pour le diagnostic de rub�ole* chez la femme enceinte par exemple), qu�il s�agisse d�anticorps d�viant le compl�ment, h�madsorbant ou inhibant l�h�magglutination.</p><p>Les n�cessit�s de l��tude des virus,</p><p>l�importance du diagnostic biologique ont contribu� au d�veloppement des techniques de laboratoire.</p><p>La culture tissulaire a �t� consid�-</p><p>rablement d�velopp�e. Elle permet la reproduction des virus et l�observation de l�effet cytopathog�ne utilis� pour le diagnostic et les �tudes de g�n�tique bact�rienne. On utilise des cellules humaines � Hexa � ou � Kb �, des</p><p>souches de fibroblastes humaines, etc.</p><p>Les cultures cellulaires ont permis l��tude des rapports entre virus et cellules ainsi que celle de la reproduction des virus.</p><p>Le virus est absorb� � la surface de la cellule de mani�re non sp�cifique, puis de mani�re active. Il semble alors dispara�tre (�clipse). Il s�agit en fait de la phase de multiplication, o� les �l�-</p><p>ments du virus sont synth�tis�s par la cellule parasit�e. Ces particules fabriqu�es s�par�ment sont ensuite assembl�es. Le virus, lors de la p�n�tration, perd sa capside, qui facilite le passage dans la cellule. Seul p�n�tre l�acide nucl�ique, qui va coder le syst�me cellulaire pour l�� �laboration � des �l�-</p><p>ments viraux.</p><p>downloadModeText.vue.download 391 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11602</p><p>Le g�nome viral (l�acide nucl�ique) est l��l�ment infectant dont la prot�ine-enveloppe ne fait que favoriser l�entr�e dans la cellule. Certains acides nucl�iques isol�s sont d�ailleurs infectants seuls, alors que le virus complet ne l�est pas.</p><p>Virus et pouvoir</p><p>pathog�ne</p><p>Les virus d�vient le m�tabolisme</p><p>cellulaire par l�introduction de leur propre acide nucl�ique dans le noyau.</p><p>L�effet cytopathog�ne observable est variable. Certains virus entra�nent l�apparition de vacuoles cytoplasmiques, et d�autres la formation d�inclusions nucl�aires (herp�s) ou de syncitiums (rougeole). Certains virus n�entra�nent pas d�effet visible, ou bien seule une</p><p>modification du rythme de croissance est observ�e. Les cons�quences pathologiques sont li�es soit � l�action directe sur les cellules, soit � l�inflammation (r�action de l�organisme). Il existe une immunit� g�n�rale et une immunit� tissulaire locale. La reconstitution des cellules l�s�es est souvent longue.</p><p>Parfois, les virus disparus, persistent des s�quelles temporaires ou d�finitives (poliomy�lite).</p><p>�pid�miologie des</p><p>infections virales</p><p>Les virus sont transmis par voie a�-</p><p>rienne (grippe, ad�novirus), par voie digestive ou par les deux voies. Les arbovirus sont transmis par des Arthropodes qui piquent les sujets malades et contaminent des sujets sains.</p><p>Entre les �pid�mies, les virus r�sistants peuvent persister dans l�air ou l�eau. Certains r�servoirs animaux en permettent la conservation.</p><p>Les explosions end�miques s�expliqueraient par l�apparition de souches mutantes contre lesquelles les sujets immunis�s contre le virus de l��pid�-</p><p>mie ant�rieure n�ont pas d�anticorps (grippe). D�o� l�id�e des vaccins prospectifs actuellement utilis�s.</p><p>Les �pid�mies sont favoris�es ac-</p><p>tuellement par les voyages � partir des zones d�end�mies.</p><p>La lutte contre les maladies � virus comporte peu de moyens curatifs. Mis � part la thiosemicarbazone sur les pox-virus (d�un emploi d�ailleurs plus pr�ventif que curatif), la 5-2-d�soxyu-ridine dans les herp�s-viroses, la cyta-rabinoside dans les zonas g�n�ralis�s, il n�y a pas d�antiviraux.</p><p>Il faut donc assurer la prophylaxie par la destruction des Insectes vecteurs, l�hygi�ne et la vaccination.</p><p>Les virus et les cancers</p><p>La relation entre virus et cancer* est un des probl�mes majeurs de la recherche m�dicale actuelle.</p><p>Certains virus sont capables de provoquer des cancers, comme l�a d�montr�</p><p>Peyton Rous d�s 1910, suivi par de nombreux auteurs. Mais il est impossible de g�n�raliser. Le SV 40, d�couvert dans des cultures de rein de Singe, carcinog�ne chez le Hamster, peut �galement transformer des cellules humaines en culture en cellules canc�reuses.</p><p>Certains ad�novirus, m�me des plus banals, peuvent �galement avoir � in vitro �</p><p>le pouvoir de transformer les cellules. Il est donc difficile de nier le r�le probable, sinon exclusif, des virus dans l�apparition de certains cancers.</p><p>Les virus et la vie</p><p>Les virus sont des agents infectieux souvent redoutables. Leur caract�re essentiel est le parasitisme cellulaire : le virus peut ou non p�n�trer dans les cellules. S�il y p�n�tre, il peut s�exprimer ou non. Dans quelques cas, il peut rester dans la cellule sans exprimer de pouvoir pathog�ne, en s�int�grant au g�nome cellulaire, se multipliant avec lui. Il pourra alors, dans des circonstances particuli�res, retrouver sa virulence. Le probl�me de r�le de transformation des cellules est donc pos� par la possibilit� pour le virus de vivre avec le chromosome cellulaire. L��tude des virus est ici bien proche du probl�me fondamental de la vie cellulaire.</p><p>Probl�me de l�interf�rence</p><p>interf�ron</p><p>La pr�sence d�un virus dans l�organisme ou dans une cellule emp�che habituellement la survenue d�une infection par un autre virus. Cette interf�rence n�est pas sp�cifique : il peut s�agir du m�me virus, de virus voisins, voire diff�rents. Le m�canisme responsable est fond� sur la s�cr�tion, par les cellules atteintes, d�une substance appel�e interf�ron, qui prot�ge les cellules contre une seconde agression virale. L�interf�-</p><p>ron, cependant, est moins actif � in vivo �</p><p>qu�� in vitro �, et les applications th�rapeutiques en sont encore limit�es.</p><p>P. V.</p><p>F Cancer / Cellule / Immunologie / Infection /</p><p>Nucl�iques (acides) / Vaccination.</p><p>&amp; P. L�pine, les Virus (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1961 ; 3e �d., 1966). / P. L�pine et</p><p>coll., Techniques de laboratoire en virologie humaine (Masson, 1964). / R. Sohier, Diagnostic des maladies � virus (Flammarion, 1964). /</p><p>G. Cateigne et J. Maurin, Isolement et �tude des virus dans l�oeuf embryonn� et en cultures cellulaires (�d. la Tourelle, Saint-Mand�, 1965). /</p><p>G. Moustardier, Virologie m�dicale (Maloine, 1966).</p><p>Vischer (les)</p><p>Famille de fondeurs et de sculpteurs allemands, animatrice d�un important atelier � Nuremberg* (XVe-XVIe s.).</p><p>La tradition familiale d�bute avec Hermann l�Ancien (� Nuremberg,</p><p>1488), ma�tre fondeur en 1463, auteur des fonts baptismaux de l��glise de Wittenberg. Son fils Peter l�Ancien (Nuremberg v. 1460 - id. 1529), est re�u en 1488 dans la gilde des fondeurs ; contemporain du grand sculpteur nurembergeois Adam Krafft</p><p>(v. 1460 - v. 1508/09), il �volue comme lui d�un art d�imagier gothique narratif et fleuri, marqu� par l�influence de la peinture des Pays-Bas, vers une ma-ni�re plus simple, plus ample, qu�on a pu qualifier d�art Renaissance. Mais sa personnalit� propre ne se discerne pas ais�ment, car il travaille dans une ambiance collective, aid� par ses fils Hermann le Jeune (Nuremberg v. 1486 -</p><p>id. 1517), Peter le Jeune (Nuremberg 1487 - id. 1528) et Hans (Nuremberg v. 1489 - Leipzig 1550). Un autre fils, Paulus (Nuremberg ? - Mayence 1531), dirige un moment l�entreprise � la mort du p�re.</p><p>L�atelier de Peter Vischer pratique surtout la sculpture fun�raire. Son importante production de statues et de plaques tombales grav�es se r�pand dans toute l�Allemagne et jusqu�en Pologne par le canal des transports hans�atiques. On citera le tombeau de l�archev�que Ernest de Saxe pour la cath�drale de Magdeburg, compos� d�un sarcophage supportant un gisant et orn� de statues d�ap�tres et de saints, ou celui de l��v�que Johannes Roth � la cath�drale de Breslau.</p><p>Le � mausol�e de saint Sebald �</p><p>(Nuremberg, �glise Sankt Sebaldus) occupe Peter l�Ancien pendant plus de trente ans, car, s�il y travaille avec ses</p><p>fils de 1508 � 1519, c�est d�s 1488 qu�il en a fourni le premier dessin (Vienne, Acad�mie des beaux-arts). Con�u pour supporter et entourer une ch�sse en argent du XIVe s., l�ouvrage, en laiton, d�-</p><p>ploie un ample baldaquin � colonnettes l�g�res et � coupoles, dont la d�coration m�le les all�gories chr�tiennes et mythologiques. Il t�moigne du go�t traditionnel des sculpteurs gothiques pour une ornementation pr�cise et va-ri�e, encore accentu�e ici par la ma�-</p><p>trise technique propre aux bronziers ; mais, dans certaines parties, comme les reliefs illustrant la vie du saint ou les statues d�ap�tres adoss�es aux colonnettes, une inspiration italienne marque sans doute la participation de Peter le Jeune et de Hermann le Jeune. Ceux-ci, en effet, apr�s avoir voyag� en Italie en 1508 et en 1515, introduisent dans l�atelier une connaissance plus directe de la Renaissance transalpine.</p><p>Dans le temps o� il travaille � ce monument, Peter l�Ancien re�oit la commande de deux grandes statues de bronze, repr�sentant Th�odoric et le roi Arthur, pour le mausol�e de l�empereur Maximilien dans l��glise des franciscains d�Innsbruck. L�atelier Vischer ach�ve en 1513 ces deux oeuvres, dont le style, cette fois, doit assez peu � l�art gothique et beaucoup � la Renaissance italienne. Mais, jusqu�� la fin du XVIe s., divers sculpteurs compl�teront la s�rie des statues des anc�tres de l�empereur veillant autour du sarcophage, selon un programme grandiose qui transpose, en les teintant d�humanisme, certaines conceptions monumentales gothiques.</p><p>Parmi les derni�res r�alisations de Peter l�Ancien figure la grille de la chapelle fun�raire des Fugger � Augsbourg � dont le ch�teau de Montrotier, en Savoie, conserve certains fragments (reliefs des Combats de centaures et d�hommes sauvages) � et l��pitaphe de Marguerite Tucher � la cath�drale de Ratisbonne (1521), parfois attribu�e � Paulus.</p><p>La r�putation des fils de Peter l�Ancien rayonne longtemps apr�s la mort de celui-ci sur toute l�Europe centrale, et des oeuvres notables leur sont dues : ainsi le tombeau de Fr�d�ric le Sage � l��glise du ch�teau de Wittenberg</p><p>(1527), par Peter le Jeune, et la fontaine d�Apollon au nouvel h�tel de ville de Nuremberg (1532), par Hans.</p><p>La personnalit� artistique de chacun des membres de la dynastie Vischer est assez difficile � d�finir, d�abord en raison du travail en commun dans l�atelier familial, mais aussi parce que, pratiquant essentiellement la fonte, ils travaillent souvent d�apr�s des mod�les fournis par d�autres artistes. Cependant, l�ensemble de leur production illustre bien une adh�sion progressive � la Renaissance italienne.</p><p>M. L.</p><p>&amp; S. Meller, P. Vischer der �ltere und seine Werkstatt (Leipzig, 1925). / H. Stafski, Der j�n-downloadModeText.vue.download 392 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11603</p><p>gere Peter Vischer (Nuremberg, 1962). / K. Pilz, Der Sebaldusgrabmal (Nuremberg, 1970).</p><p>Visconti (les)</p><p>Famille qui domina � Milan.</p><p>Les Visconti seraient issus d�une famille de petits nobles titulaires, au moins d�s 1157, d�un tiers de la d�-</p><p>cime de la paroisse de Marliano (auj.</p><p>Mariano), re�ue sans doute en fief de l�archev�que de Milan Landolfo (978-998). Puis ils re�oivent l�office, bient�t h�r�ditaire, de vicomte, auquel ils doivent leur nom et auquel est attach� l�embl�me de la biscia (vip�re tortueuse engoulant un enfant).</p><p>L��limination</p><p>des Della Torre</p><p>(1256-1309)</p><p>La lutte contre la premi�re</p><p>seigneurie des Della Torre</p><p>(1256/1262-1277)</p><p>Chefs des populares qui expulsent nobles et clercs de Milan en 1256, les Della Torre (ou Torriani) imposent � Milan leur seigneurie avec l�appui du</p><p>parti guelfe. � ce titre, ils s�opposent � l�entr�e de l�archev�que nomm� par le pape Urbain IV en 1262, Otton (Ottone) Visconti (v. 1207 - Chiaravalle Milanese 1295). Ce dernier, qui met en interdit son chef-lieu et obtient de ce fait l�appui des nobles exil�s et celui du pape, appara�t finalement comme le chef des guelfes face aux Della Torre, soutenus depuis 1273 par l�empereur Rodolphe de Habsbourg, qui les attire dans le camp gibelin. Mais, vainqueur de ces derniers � Desio le 21 janvier 1277, il entre enfin � Milan le 22.</p><p>La premi�re seigneurie des</p><p>Visconti</p><p>(1277-1302)</p><p>Otton, reconnu seigneur de la ville par les conseils, rappelle les nobles et devient le chef du parti gibelin ; les Della Torre, qui s�allient aux guelfes de Toscane, sont bient�t battus pr�s de Gorgonzola. La n�cessit� de lutter contre l�h�r�sie et celle de conserver l�appui du pape Martin IV, nettement antigibelin, obligent Otton � mettre fin � cette situation paradoxale. Il exile les nobles les plus gibelins � la fin de 1282</p><p>et confie son arm�e � son petit-neveu Mathieu Ier (Matteo) Visconti (Invo-rio, pr�s de Novare, 1250 - Crescen-zago 1322). Homme de guerre et juriste, celui-ci d�truit en 1287 le refuge, des nobles gibelins, Castelseprio. �lu capitaine du peuple en 1287, nomm� podestat en 1288, b�n�ficiaire principal de la r�forme des statuts de la Commune, r�alis�e entre septembre 1288</p><p>et septembre 1289 � l�initiative de son oncle, il impose � de nombreuses villes de Lombardie des membres de sa famille comme podestats et s�empare de C�me, de Lodi et de Pavie en 1291 ; capitaine du Montferrat en 1292, vicaire imp�rial en 1294 � l�initiative du roi des Romains, Adolphe de Nassau, il associe enfin � son pouvoir son fils a�n�, Gal�as Ier (Galeazzo) [v. 1277 -</p><p>Pescia, pr�s de Pisto�a, 1328]. Mais, celui-ci ayant �pous� en 1300 B�atrice d�Este, la fianc�e d�Alberto Scotti, seigneur de Plaisance, Mathieu Ier abandonne � ce dernier la capitainerie du peuple en 1302.</p><p>Un effacement temporaire</p><p>(1302-1309)</p><p>Malgr� la reconqu�te prudente de la ville par Guido Della Torre entre 1302</p><p>et 1307, Mathieu Ier Visconti retrouve le pouvoir apr�s le couronnement � Milan de l�empereur Henri VII le 6 janvier 1311. Menac� par la r�volte de Brescia, contraint de payer ses mercenaires, le souverain attribue � Mathieu le 13 juillet 1311, contre 60 000 florins, le titre de vicaire imp�rial pour Milan et son district. D�s lors, les Visconti, chefs des gibelins d�Italie, sont les ma�tres incontest�s de Milan.</p><p>La seigneurie</p><p>des Visconti (1311-1397)</p><p>Mathieu Ier, bien second� par ses fils, s�empare entre 1313 et 1315 de Pavie, de Novare et de Verceil, et fait attribuer � Gal�as la seigneurie de Plaisance. Adversaire du nouveau seigneur de G�nes, le roi Robert de Naples (1318), frappant de trop lourds imp�ts le clerg�, il est excommuni� par le pape Jean XXII, mais d�joue les projets de ses adversaires avant de mourir le 24 juin 1322. Seigneur de Milan de 1322 � 1328, son fils Gal�as Ier r�siste � la � croisade antiviscont�enne � organis�e par le pape puis aide le seigneur de Lucques Castruccio Castracani � vaincre les Florentins � Altopascio en 1325. Emprisonn� pourtant par son ex-alli�, l�empereur Louis IV de Bavi�re, chass� par les guelfes de Milan en 1327, il laisse en 1328 sa succession au fils que lui a donn� B�atrice d�Este, Azzon (Azzone) [1302-1339]. Ce dernier, pourvu par Louis IV, en janvier 1329, du titre de vicaire imp�rial de la Lombardie pour le prix de 25 000 florins, est proclam� le 15 mars 1330 par le conseil g�n�ral de la Commune dominus generalis et perpetuus civitatis et districtus Mediolani. Il entreprend une politique de grands travaux favorables � la reprise des activit�s commerciales de sa ville ; il fait construire l��glise San Gottardo, o� est �rig� son mausol�e. R�concili� avec le pape Jean XXII, il obtient pour son oncle le chanoine Giovanni Visconti (1290-1354) la gestion de l��glise de Milan. Il fait chasser Jean de Boh�me, qui tentait de se cr�er un royaume en Italie du Nord, occupe Bergame (1332), Verceil et Cr�mone (1334), C�me et Lodi (1335), Plai-</p><p>sance (1336) et enl�ve m�me Brescia (1337) aux Della Scala.</p><p>Azzon, qui impose aux cit�s lom-</p><p>bardes dont il est seigneur l�adoption des statuts milanais de 1330, jette d�finitivement les bases juridiques de l��tat milanais, � la t�te duquel lui succ�dent sans difficult� ses deux oncles Luchino (1292-1349) et Jean (Giovanni) [1290-1354], avec le titre conjoint de domini generales. Seigneur de Milan (1339-1349), le premier occupe Bellinzona, Locarno (1340-41), Asti (1341), Parme (1346), Tortone, Alexandrie, Alba (1347) ; il r�forme la jurisprudence milanaise pour renforcer la coh�sion de l��tat viscont�en.</p><p>�v�que de Novare, archev�que de</p><p>Milan en 1339, son fr�re Jean acquiert Bologne en octobre 1350, devient seigneur de G�nes en 1353 et dote de nouveaux statuts sa capitale.</p><p>Quand il dispara�t, les trois fils de son fr�re �tienne (Stefano) [� 1327], le dernier fils de Mathieu Ier, lui succ�dent, mais la disparition du premier d�entre eux, Mathieu II (Matteo) [v. 1319-1355], permet aux deux autres de rester coseigneurs de Milan tout en se partageant les territoires non milanais.</p><p>� l�inqui�tant �poux de Regina Della Scala, Barnab� (Bernabo) [1323-1385], reviennent les villes orientales de l��tat viscont�en. Gal�as II (Galeazzo) [1320-1378], son fr�re, obtient de larges privil�ges de l�empereur Charles IV pour l�universit� qu�il fonde � Pavie, conquise en 1359 par Barnab�. �poux de Blanche de Savoie, ma�tre de l�ouest et du sud de l��tat familial, vicaire imp�rial (avec son fr�re) depuis 1355, cet homme, �pris de culture, d�cide pourtant de transformer la peine de mort en un long supplice de quarante jours ! Pour prix de sa participation au paiement de la ran-</p><p>�on due par Jean II le Bon aux Anglais en 1360, il fiance son fils Jean-Gal�as (Gian Galeazzo) [1351 - Melegnano 1402] avec la fille de ce roi, Isabelle de Valois (� 1372). Fait alors comte de Vertus en Champagne, le jeune prince hisse sa famille au rang des maisons souveraines. Pourtant, le chef r�el de l��tat milanais � agrandi des villes pi�montaises de Casale Monferrato et de Cherasco � reste Barnab�, qui a</p><p>uni deux de ses b�tardes avec des capitaines d�aventures, Konrad von Landau et John Hawkwood, et qui est lui-m�me p�re d�un condottiere, Ambrogio Visconti. Arbitre de l�Italie vers 1370, Barnab� est cependant affaibli par la d�fection de John Hawkwood (1371), par l�assassinat d�Ambrogio Visconti (1373), chef de la Compagnie de Saint-Georges d�s 1365, et par la mort de son �pouse, Regina Della Scala. Surtout, il se trouve aux prises avec son ambitieux neveu Jean-Gal�as. Coseigneur de</p><p>Milan � la mort de son p�re, Gal�as II, en 1378, Jean-Gal�as � que Barnab� a pourtant remari� en 1380 � sa propre fille Catherine � fait arr�ter (6 mai 1385) et p�rir (18 d�c.) son oncle dans un cachot. Ayant ainsi r�uni sous sa domination les territoires des Visconti, il unit sa fille Valentine (Valen-tina) Visconti (1366 - Blois 1408) au futur duc Louis d�Orl�ans, fr�re du roi Charles VI, et lui constitue Asti en dot.</p><p>Il s�empare, en octobre 1387, de V�-</p><p>rone et de Vicence et, en juin 1388, de Padoue, dont il �limine les Della Scala et les Carrare (Carrara) ; il renforce son alliance avec Am�d�e VIII de Savoie et entre en conflit avec la ligue guelfe anim�e par Florence, � laquelle il impose la paix boiteuse de 1392. Abandonn� par Charles VI, qui projette, d�s 1394, de s�attribuer la seigneurie de G�nes, il ach�te alors � l�empereur Venceslas IV</p><p>les titres de duc de Milan en 1395, puis de Lombardie en 1397.</p><p>Les ducs de Milan</p><p>et de Lombardie</p><p>(1395/1397-1447)</p><p>Jean-Gal�as est d�sormais l��gal des princes souverains d�Europe ; il dirige un �tat au commerce prosp�re, aux finances solides reposant sur de fructueux monopoles (sel, fer, verrerie), aux institutions en voie d�unification rapide, aux arm�es dirig�es par les plus brillants condottieri (Alberico da Bar-biano, Jacopo Dal Verme, Facino Cane, Paolo Savelli, etc.). Il met en �chec la ligue florentine et ach�te Pise (1399), Assise et P�rouse. En octobre 1401, il brise sous les murs de Brescia l�arm�e de l�empereur Robert de Wittelsbach venue au secours des Florentins ; apr�s la victoire de Casalecchio, il s�empare downloadModeText.vue.download 393 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11604</p><p>de Bologne, deux mois avant d�expirer, le 3 septembre 1402.</p><p>Jean-Marie (Giovanni Maria) 11389-1412] et Philippe-Marie (Filippo</p><p>Maria) [1392-1447] deviennent alors respectivement duc de Milan (1402-1412) et comte de Pavie (1402-1447) sous la r�gence de leur m�re, Catherine (Caterina) [� 1404]. Brisant les r�voltes, restituant Bologne et P�rouse au pape en 1403, celle-ci est incarc�r�e � Monza sur les ordres de son fils a�n� : elle y meurt. Sanguinaire, Jean-Marie laisse se disloquer l��tat viscont�en. Il se brouille avec les capitaines d�aventure et est assassin� le 16 mai 1412 sur les marches de l��glise San Gottardo.</p><p>Aid� du condottiere Carmagnola, son fr�re, Philippe-Marie, se fait acclamer duc de Milan (1412-1447), puis �pouse B�atrice de Tende, veuve de Facino Cane, mort �galement le 16 mai : les biens de B�atrice lui permettent de reconstituer l�unit� du duch� malgr� l�opposition de Venise, qui progresse vers l�ouest depuis 1405. Occupant Lodi, dont il �limine les seigneurs, les Vignati, et Monza, dont le d�fenseur, Estorre Visconti, fils b�tard de Barnab�, est tu�, Philippe-Marie ach�te C�me, fait d�capiter sa femme B�atrice de Tende pour h�riter plus rapidement de ses biens (13 sept. 1418). Depuis le ch�teau d�Abbiategrasso, o� il vit pour �chapper � la haine de ses ennemis, il poursuit sa politique d�expansion.</p><p>Ma�tre de G�nes en 1421, gr�ce � Carmagnola, et d�Asti, dont les habitants lui offrent la r�gence en octobre 1422, il re�oit une d�l�gation imp�riale dans ces deux villes en 1426. Mais, ayant rompu en 1424 avec Carmagnola, qui passe au service de Venise, il doit c�der � cette derni�re Brescia et Bergame. En 1431, il reprend l�offensive contre les V�nitiens avec l�aide de Fran�ois (Francesco) Sforza*, � qui il fiance en 1432 sa b�tarde Blanche-Marie (Bianca Maria) [� 1468], et contre les Florentins, battus en 1430</p><p>sur le Serchio, puis en 1434 � Castel Bolognese par le condottiere Niccolo Piccinino, pass� � son service en 1425.</p><p>Un moment brouill� avec son futur gendre, il lui c�de Cr�mone, consent en novembre 1441 � son mariage avec Blanche-Marie et le nomme m�me</p><p>capitaine g�n�ral de son arm�e. Mais il meurt le 13 ao�t 1447 sans h�ritiers m�les et sans avoir clairement d�fini sa succession, que son gendre assume en fait d�s 1450 en tant que duc de Milan, mais que revendiquent d�s lors les Valois-Orl�ans ; ceux-ci ne feront valoir leurs droits qu�� la fin du XVe s. dans le cadre des guerres d�Italie*.</p><p>P. T.</p><p>F Italie / Lombardie / Milan / Sforza.</p><p>&amp; L. Beltrami, Il Castello di Milano sotto il dominio dei Visconti e degli Sforza, 1368-1535</p><p>(Milan, 1894). / A. Pesce, Suite relazioni tra la repubblica di Genova e Filippo Maria Visconti dal 1435 al 1447 (Turin, 1901 et Pavie, 1921 ; 2 vol.). / E. Pastorello, Nuove ricerche sulla storia di Padoua e dei principi di Carrara al tempo di Gian Galeazzo Visconti (Padoue, 1908). /</p><p>E. Collas, Valentine de Milan, duchesse d�Or-l�ans (Plon, 1911). / F. Landogna, La Politica dei Visconti in Toscana (Milan, 1929). / A. Visconti, La Biscia viscontea. I dodici Visconti (Milan, 1929). / N. Valeri, L�Eredit� di Gian Galeazzo Visconti (Turin, 1938). / E. R. Labande, l�Italie de la Renaissance (Payot, 1954). / J. Luchaire, les Soci�t�s italiennes du XIIIe au XVe s. (A. Colin, 1955). / E. Pellegrin, la Biblioth�que des Visconti et des Sforza (C. N. R. S., 1955).</p><p>Visconti</p><p>(Luchino)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma, de th��tre et d�op�ra italien (Milan 1906 - Rome 1976).</p><p>Le fils de Giuseppe Visconti, duc de Modrone et impr�sario de th��tre de son m�tier, consacre ses premi�res activit�s aux chevaux de course. �</p><p>partir de 1935, il commence � s�int�-</p><p>resser � la d�coration, et au cin�ma.</p><p>Ses premiers projets avec Alexander Korda �chouent, et il quitte Londres pour Paris, o�, d�cid� � �chapper � l�emprise de sa (trop) noble famille, il devient assistant de Jean Renoir* pour les Bas-Fonds (1936), Une partie de campagne (1936), dont il dessine les costumes, et la Tosca (1940, termi-</p><p>n�e par Carl Koch), dont il �crit une partie du sc�nario. Il travaille ensuite � l�adaptation d�un livre de Giovanni Verga, mais la censure fasciste le refuse. Il se tourne alors vers un roman de James Cain, Le facteur sonne toujours deux fois, dont il tire son premier film, Ossessione (1942). Le n�o-r�alisme na�t avec cette oeuvre capitale, d�une th��tralit� de construction et d�une tension de rythme qui en font un film unique.</p><p>L�attitude de Visconti pendant la guerre est l�opposition syst�matique au r�gime mussolinien, ses sympathies allant ouvertement aux militants communistes. Arr�t� par la police du Duce, il ne doit qu�� une fuite miraculeuse de n��tre pas fusill�. � la Lib�ration, il participe au film collectif Giorni di gloria (moyen m�trage, 1945), puis se tourne vers le th��tre, o� il monte Anouilh, Cocteau et Sartre. Ensuite, il revient � Verga et au cin�ma en adaptant I Malavoglia, tourn� en 1948</p><p>dans l��le d�Aci Trezza, sans acteurs professionnels : c�est La terre tremble (La terra trema), une grande oeuvre r�aliste et lyrique sur les efforts d�une famille de p�cheurs pour �chapper aux mareyeurs qui la ran�onnent. Si le film adopte certaines m�thodes n�o-r�alistes, il s��loigne du film-enqu�te pour peindre une fresque par instants digne d�Eisenstein et proche de certains op�ras.</p><p>Cette d�nonciation de l�exploitation des pauvres conna�t un �chec total en Europe, et Visconti, qui l�avait con�ue comme le premier volet d�un triptyque, retourne au th��tre pour monter Shakespeare et Tennessee Williams. 1951</p><p>voit na�tre un nouveau film, Bellis-sima, truculente com�die pour l�actrice Anna Magnani. Apr�s cette oeuvre</p><p>mineure, o� le cin�aste Alessandro Blasetti joue son propre r�le, Visconti doit attendre deux ans avant de pouvoir r�aliser Senso (1953), somptueux</p><p>� cin�-op�ra � aux couleurs fabuleuses qui est un hommage � Verdi, o� Visconti l�aristocrate brosse un portrait cruel de l�aristocratie avant de montrer chaleureusement le Risorgimento et le peuple en lutte pour la lib�ration nationale (l�action se situe � Venise en 1866). Apr�s cette fresque historique</p><p>� structure d�lib�r�ment m�lodramatique, le cin�aste, tout naturellement, fait ses premi�res armes dans la mise en sc�ne d�op�ra (La Traviata en 1955, Anna Bolena, de Gaetano Donizetti, en 1957).</p><p>1957 est aussi l�ann�e des Nuits</p><p>blanches (Le Notti blanche), que le r�alisateur adapte de Dosto�evski. Il y trouve une nouvelle occasion de pratiquer le cin�ma qui lui tient � coeur,</p><p>� un cin�ma anthropomorphique o�</p><p>les plus humbles gestes de l�homme, sa d�marche, ses sensations et ses instincts suffisent � apporter une po�sie et une vibration aux objets qui l�entourent �. Trois ans plus tard, Rocco et ses fr�res (Rocco e i suoi fratelli, 1960), que Visconti consid�re comme la seconde partie de La terre tremble, allie puissance dramatique et sens de la trag�die (grecque). Prenant pour point de d�part la d�sagr�gation progressive d�une famille m�ridionale d�truite par une m�tropole industrielle (Milan), le film, plastiquement magistral, s��l�ve rapidement au-dessus de la chronique sociale pour se changer en fresque dosto�evskienne (auteur favori de Visconti) lointainement inspir�e de la l�gende de Joseph et ses fr�res.</p><p>Apr�s ce film, qui conna�t un im-</p><p>mense succ�s, le metteur en sc�ne r�alise un sketch (le Travail [Il Lavoro], petit chef-d�oeuvre de cruaut� et meilleure histoire du film collectif Boccace 70 [Boccacio 70], 1962). Puis il retourne � la fresque historique avec le Gu�pard (Il Gattopardo, 1962), o�, une fois de plus, il orchestre ses th�mes d��lection : les combats populaires pour la lib�ration d�un pays (ici la Sicile de 1860) et l�agonie flamboyante mais consciente de la noblesse. C�est un nouveau triomphe public et critique pour le cin�aste, qui remporte la palme d�or du festival de Cannes.</p><p>L�histoire d�inceste qu�il tourne ensuite (Sandra [Vaghe stelle dell�Orsa], 1964) d��oit. Il en est de m�me pour son sketch des Sorci�res (Le Streghe, 1967). Avec sa trop fid�le adaptation de l��tranger de Camus (Lo Straniero, 1967), � laquelle rien ne manque, sinon une �me, Visconti conna�t un de ses plus lourds �checs. Le triomphe international des Damn�s (G�tter-</p><p>d�mmerung, 1968), nouvelle fresque politique ayant pour toile de fond la fin du IIIe Reich et pour protagonistes les membres n�vros�s d�une famille richissime d�industriels de la Ruhr, le ram�ne sur le devant de la sc�ne, de m�me que Mort � Venise (Death</p><p>in Venice, 1970), lente et path�tique qu�te de la beaut� adapt�e de Thomas Mann, o� le r�alisateur a mis beaucoup de lui-m�me. Apr�s avoir longtemps travaill� � une monumentale transposition d�� la recherche du temps perdu de Proust, qui, finalement, n�aboutit pas, Luchino Visconti r�alise en 1972</p><p>une vie de Louis II de Bavi�re, le Cr�-</p><p>puscule des dieux (Ludwig), o� il traite une nouvelle fois de l�aristocratie et de la monarchie, anachroniques et ago-nisantes, mais dont le faste d�cadent le fascine toujours autant. La maladie contre laquelle il lutte avec courage ne l�emp�che pas de monter C��tait hier de H. Pinter en 1972 � la Scala de Milan et d�entreprendre deux nouveaux films Violence et passion (1974) et l�Innocent (1976) qui apparaissent comme une sorte de testament spirituel d�senchant�.</p><p>Jamais infid�le � lui-m�me, � ses obsessions et � son go�t de l�esth�tisme grandiose, Luchino Visconti est un des cin�astes qui a le mieux parl� d�un pass� politique � r�sonances contemporaines, et sa c�l�bration de la beaut� ne l�a jamais emp�ch� d��tre lucide et virulent. Il peut m�me �tre consid�r� comme un des plus grands, puisqu�il n�a jamais, en fin de compte, parl� que du temps, de sa fuite et de la mort, que downloadModeText.vue.download 394 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11605</p><p>m�me l�oeuvre d�art ne peut arr�ter dans sa course.</p><p>M. G.</p><p>&amp; G. Ferrara, Luchino Visconti (Seghers, 1964 ; nouv. �d., 1970). / Y. Guillaume, Visconti (�d. universitaires, 1967).</p><p>vision</p><p>Fonction qui procure aux animaux une</p><p>information sur les objets par l�interm�diaire de radiations �lectromagn�-</p><p>tiques situ�es dans le domaine de longueurs d�onde dit lumi�re*.</p><p>La psychologie classique distin-</p><p>guait dans la vision les sensations*</p><p>(lumi�re, couleur) et les perceptions*</p><p>(forme, d�tails, mouvements, relief, etc.). Cette division, reflet du dualisme corps-esprit, s�est att�nu�e : pour le physiologiste actuel, la vision met en jeu une cha�ne nerveuse tr�s �labor�e qui part des cellules photosensibles de la r�tine (v. oeil) pour aboutir, apr�s divers relais, au cortex visuel (v. cerveau) ; de l�, le message nerveux, apr�s des parcours complexes dans plusieurs r�gions c�r�brales, revient vers la p�riph�rie, en particulier pour commander certains r�glages comme l�ouverture de la pupille de l�oeil, qui agit sur la lumi�re admise, et l�accommodation, qui, en modifiant la forme du cristallin, permet la mise au point pr�cise de l�image sur la r�tine. �videmment, certaines perceptions, celle du relief par exemple, ont, comme nous le verrons, une origine centrale, dans le cerveau, mais d�autres, telles celles des formes et des mouvements, mettent d�j� en oeuvre des m�canismes r�tiniens, donc p�riph�riques, ce qui rend illusoire l�ancienne classification de la psychologie.</p><p>Plus le syst�me nerveux se perfectionne dans la s�rie animale et plus les fonctions visuelles s�enrichissent.</p><p>Aussi est-ce chez les Mammif�res, et surtout chez l�Homme, que nous �tudierons la vision, mais nous dirons quelques mots, pour terminer, de la vision des Insectes, qui pose des probl�mes remarquables et encore mal �lucid�s.</p><p>Sensibilit� lumineuse</p><p>Lorsqu�une surface S de la r�tine d�un animal re�oit pendant un temps t une radiation �lectromagn�tique de longueur d�onde &#x3BB; bien d�finie et transportant � travers cette surface une �nergie totale W, l�animal peut ou non r�agir.</p><p>On appelle seuil* le cas limite, donc la plus faible lumi�re produisant une r�ponse. Sur l�animal, on peut d�terminer le seuil par conditionnement :</p><p>on dresse l�animal � r�pondre (en appuyant par exemple sur une p�dale quand il voit la lumi�re) et on le r�-</p><p>compense par de la nourriture quand il r�pond � juste titre, tandis qu�on le punit par une d�charge �lectrique s�il r�pond � tort et � travers. Une autre technique repose sur l��lectrophysiologie : nous y reviendrons plus loin. Chez l�Homme adulte, la r�ponse est donn�e par le sujet lui-m�me, qui dit s�il voit ou non quelque chose, et on �limine les r�ponses douteuses par un traitement statistique appropri�.</p><p>Les lois du seuil lumineux sont</p><p>complexes : si t est tr�s petit, inf�-</p><p>rieur � un centi�me de seconde chez l�Homme, W mesure le seuil : on dit qu�il y a sommation temporelle pour les �clairs brefs ; pour des expositions d�passant plusieurs secondes, c�est au contraire le quotient W/t qui intervient, donc la puissance �nerg�tique (re�ue par la surface S), laquelle se mesure en watts. De m�me, si S est petit � si, par exemple, la source est vue sous un diam�tre apparent moindre que l�</p><p>d�angle (source ponctuelle) �, il y a sommation spatiale, et W intervient seul, tandis que, pour de grandes surfaces, le quotient W/S est la variable int�ressante.</p><p>Chez beaucoup d�animaux, et chez</p><p>l�Homme en particulier, la r�tine contient deux types de cellules sensibles � la lumi�re, les c�nes et les b�tonnets (v. oeil), ces derniers �tant absents dans une r�gion centrale de la r�tine dite fov�a. Cette dualit� anatomique s�accompagne d�une dualit� fonctionnelle : les c�nes, qui servent � la vision diurne (photopique), sont moins sensibles que les b�tonnets, qui servent � la vision nocturne. En outre, seuls les c�nes assurent la vision des couleurs, si l�animal la poss�de.</p><p>Du fait de la dualit� r�tinienne, les effets d�adaptation compliquent la question de mesure des seuils : quand on p�n�tre dans une cave, on ne voit d�abord rien, puis l�oeil s�accoutume � la faible lumi�re, et, au bout de vingt minutes environ, on est bien adapt� ; le seuil ne change alors plus gu�re.</p><p>Les courbes d�adaptation (seuil en fonction du temps de pr�sence � l�obs-</p><p>curit�) pr�sentent au bout de quelques minutes un point anguleux qui r�v�le le passage de la vision des c�nes � celle des b�tonnets, qui s�adaptent mieux et deviennent de ce fait plus sensibles.</p><p>Sensibilit� spectrale</p><p>Si l�on d�termine le seuil en fonction de la longueur d�onde &#x3BB; de la radiation qui excite la r�tine, on constate que l��nergie n�cessaire W varie beaucoup : elle est minimale au milieu du spectre visible et devient consid�rable quand on approche de l�ultraviolet et de l�infrarouge, qui continuent le visible vers les courtes et grandes longueurs d�onde.</p><p>On d�finit la sensibilit� spectrale, ou efficacit� lumineuse, par une grandeur V (&#x3BB;) inversement proportionnelle � W.</p><p>On convient de faire V = 1 pour la longueur d�onde � laquelle l�oeil est le plus sensible ; l�efficacit� est donc toujours inf�rieure � 1.</p><p>La sensibilit� spectrale n�est pas la m�me pour les c�nes et les b�tonnets, ces derniers ayant un maximum d�cal� vers les courtes longueurs d�onde. On peut le constater ais�ment en cherchant par exemple un papier rouge et un papier bleu qui, en bonne lumi�re, semblent aussi lumineux l�un que</p><p>l�autre ; si le jour tombe, l�oeil s�adapte � l�obscurit� ; bient�t les b�tonnets supplantent les c�nes, les couleurs disparaissent, le papier bleu devient gris clair, et le rouge presque noir. C�est ce qu�on appelle l�effet Purkinje en l�honneur du physiologiste tch�que Jan Evangelista Purkyn&#x115; (1787-1869).</p><p>Pour les b�tonnets, la d�termination de V (&#x3BB;) est ais�e : le sujet, bien adapt� � l�obscurit�, regarde un champ photom�trique comprenant deux plages adjacentes, par exemple deux demi-cercles s�par�s par un diam�tre aussi fin que possible ; une plage re�oit une lumi�re de comparaison fixe, qui peut �tre de la lumi�re blanche, comprenant toutes les radiations visibles ; l�autre re�oit une lumi�re de longueur d�onde &#x3BB; variable et d��nergie r�glable. On demande au sujet d��galiser la luminosit� des plages. Pour �viter l�entr�e en jeu des c�nes, il faut utiliser des lu-mi�res faibles (le mieux serait le seuil lui-m�me, mais alors la comparaison est impr�cise) et employer la r�gion</p><p>de la r�tine la plus riche en b�tonnets, vers 10� du point de fixation qui est au centre de la fov�a. Pour les c�nes, il y a des difficult�s provenant de la g�ne du sujet � comparer les luminosit�s de plages de couleurs diff�rentes ; on les surmonte par des techniques (m�-</p><p>thodes pas � pas ou papillotement) que le lecteur trouvera dans les ouvrages de photom�trie.</p><p>La longueur d�onde &#x3BB;m du maximum</p><p>de la courbe V (&#x3BB;) est en moyenne � 507 nm (le nanom�tre [nm], autrefois nomm� millimicron, est �gal au millioni�me du millim�tre) pour la courbe scotopique des b�tonnets et � 555 nm pour la courbe photopique des c�nes.</p><p>Les courbes en cloche descendent r�-</p><p>guli�rement de part et d�autre et s�annulent pratiquement (V = 0,001) � 385</p><p>et � 645 nm, d�une part, et � 408 et � 721 nm, de l�autre ; en chiffres ronds, les limites du visible sont de l�ordre de 400 et de 700 nm, ce qui est assez �troit : moins d�une octave pour parler comme les musiciens.</p><p>Ces r�sultats sont relatifs �</p><p>l�Homme, mais il semble que, pour tous les Vert�br�s, il n�y ait, en gros, qu�une seule lumi�re ; nous reviendrons plus loin sur les Insectes. On a bien entendu longuement dissert� sur la raison biologique de la position du visible dans l��norme domaine des radiations �lectromagn�tiques : il y a une �vidente relation avec le rayonnement downloadModeText.vue.download 395 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11606</p><p>solaire, tel qu�il nous arrive, tamis� par l�atmosph�re et �ventuellement par la mer selon l�habitat de l�animal.</p><p>� vrai dire, la r�tine peut r�pondre � des radiations ext�rieures au domaine visible : ainsi, l�ultraviolet, de 365 nm par exemple, est vu par un sujet jeune avec une couleur bleu�tre, probablement par fluorescence des milieux de l�oeil ; avec les ann�es, le cristallin jaunit et absorbe de plus en plus les courtes longueurs d�onde. La sensibilit� � l�ultraviolet dispara�t ; elle revient fortement chez les sujets aphakes, �</p><p>qui on a enlev� le cristallin � la suite d�une cataracte. Les rayons X sont, eux aussi, faiblement per�us, et il semble m�me que les rayons cosmiques soient responsables des �clairs d�crits par les astronautes.</p><p>Pigments visuels</p><p>On a fait d�innombrables hypoth�ses sur le m�canisme de la vision ; actuellement, on sait que c�est un ph�nom�ne photochimique : dans les b�tonnets et les c�nes, les quanta de lumi�re (�nergie �l�mentaire du rayonnement) sont absorb�s par une substance dite pigment, et les modifications induites dans le pigment sont � l�origine du message nerveux. Il faut, �videmment, que cette modification soit r�versible pour que la vision continue.</p><p>La question est r�solue pour les</p><p>b�tonnets. En d�collant une r�tine de Grenouille, Franz Christian Boll constata, en 1876, que sa couleur rose jaunissait � la lumi�re ; elle contient donc une substance photosensible, qu�il appela pourpre r�tinien et qu�on nomme maintenant rhodopsine. D�s</p><p>l�ann�e suivante, on montra l�existence du pourpre dans la r�tine d�un criminel ex�cut� dans l�obscurit�. En 1903, Konig prouva que la courbe</p><p>d�absorption du pourpre humain est voisine de la courbe d�efficacit� lumineuse scotopique, ce qui d�montre le r�le de ce pigment dans la vision par les b�tonnets.</p><p>La rhodopsine a provoqu� d�innom-</p><p>brables travaux, qui culminent avec l�oeuvre de George Wald (n� en 1906), professeur � Harvard, prix Nobel en 1967. Elle est constitu�e par l�union d�une prot�ine sp�ciale, dite opsine, avec un chromophore, appel� r�tinal, responsable de l�absorption dans le visible et qui est l�ald�hyde d�un alcool non satur�, la vitamine A, ou r�tinol.</p><p>On savait depuis longtemps que la carence en vitamine A dans l�alimentation provoquait des troubles dans la vision de nuit. Wald a montr� que l�action photochimique de la lumi�re est simplement une photo-isom�risation du r�tinal : pour �tre sensible � la lumi�re, le r�tinal des b�tonnets doit exister non pas sous la forme stable</p><p>trans, o� tous les atomes de carbone d�une cha�ne � simples et � doubles valences altern�es sont align�s, mais sous une certaine forme cis, o� la cha�ne est tordue apr�s un carbone bien d�fini.</p><p>L�absorption d�un photon* (quantum de lumi�re) d�clenche le retour de la forme cis � la forme trans ; c�est le seul effet de la lumi�re, tout le reste �tant une suite compliqu�e de transformations chimiques qui modifient l��quilibre �lectrique dans le b�tonnet ; d�o� un potentiel tr�s faible qui sera l�origine de l�influx nerveux. (Il est int�ressant de rappeler que ce r�le des structures des isom�res chimiques dans les ph�nom�nes de la vie a d�but� par les travaux de Pasteur.) Le retour du r�tinal � la forme cis se produit sous l�effet d�une enzyme s�cr�t�e par l��pith�lium pigmentaire qui tapisse l�arri�re de la r�tine contre les b�tonnets.</p><p>Puisque la probabilit� qu�un photon de lumi�re soit absorb� est proportionnelle � l�ordonn�e de la courbe d�absorption de la rhodopsine, on comprend que celle-ci doive s�identifier avec la courbe d�efficacit� lumineuse scotopique. En r�alit�, il faut, d�une part, tenir compte des �crans color�s (le cristallin en particulier) interpos�s avant la r�tine et, d�autre part, �valuer la courbe d�efficacit� lumineuse non pas en �nergies, mais en nombre de photons, en se rappelant que l��nergie est inversement proportionnelle � la longueur d�onde.</p><p>Le spectre d�absorption de la rhodopsine peut se d�terminer au laboratoire ; pour cela, on met la rhodopsine d�une r�tine d�tach�e de l�oeil en solution dans de la digitonine. On peut, d�une fa�on plus directe mais plus difficile, faire la mesure in situ : en 1897, Abelsdorf avait constat�, chez des sujets albinos, qui manquent d��pi-th�lium pigmentaire absorbant derri�re leur r�tine, ou chez des animaux � tapis r�fl�chissant (v. oeil), qu�on pouvait � l�ophtalmoscope voir la coloration rose de la r�tine riche en pourpre et en suivre la d�coloration � la lumi�re.</p><p>Depuis 1951, cette m�thode a permis, m�me chez des sujets normaux, de</p><p>suivre la variation de transparence de la r�tine pendant la d�coloration de la rhodopsine. Ces deux techniques concordent, et l�on retrouve bien la</p><p>courbe d�efficacit� scotopique.</p><p>Pour le cas des c�nes, le probl�me est beaucoup moins avanc�, et l�on n�a pas pu, jusqu�ici, isoler de pigments avec certitude ; nous reviendrons l�-dessus � propos de la vision des couleurs. Cependant, dans la fov�a, o� il n�y a pas de b�tonnets, la m�thode ophtalmoscopique conduit � une courbe spectrale d�absorption qui, en gros, rappelle la courbe d�efficacit� photopique, ce qui est un argument en faveur de la th�orie photochimique de la vision par les c�nes, comme pour les b�tonnets, mais avec des pigments diff�rents, ce qui explique l�effet Purkinje. Une donn�e int�ressante est la mesure compar�e des absorptions maximales apr�s compl�te adaptation � l�obscurit�, c�est-�-</p><p>dire quand les pigments se sont accumul�s tant dans les b�tonnets que dans les c�nes. Vers 500 nm dans le premier cas et 560 nm dans l�autre, ces absorptions sont du m�me ordre, � savoir 0,2, ce qui signifie que deux photons sur dix sont absorb�s en moyenne. Cela prouve que la diff�rence de sensibilit� (le rapport des seuils est en gros de 1 � 1 000) entre b�tonnets et c�nes ne provient pas d�une absorption plus forte par les premiers ; c�est une question de sommation : les c�nes de la fov�a sont presque ind�pendants ; au contraire, de nombreux b�tonnets se groupent en une seule unit� r�ceptrice sur une m�me cellule ganglionnaire par l�interm�diaire des bipolaires (v. oeil) : il suffit qu�un petit nombre de photons, peut-�tre deux seulement, tombent en m�me temps (� 0,01 s pr�s) dans la m�me unit� r�ceptrice pour qu�un mes-downloadModeText.vue.download 396 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11607</p><p>sage parte vers le cerveau, et le rapport des seuils mesure celui des surfaces des unit�s r�ceptrices et non celui des sensibilit�s individuelles des r�cepteurs. Nous reviendrons sur ce point � propos de l�acuit� visuelle.</p><p>Pigments animaux</p><p>Les b�tonnets des Vert�br�s</p><p>contiennent une rhodopsine tout � fait analogue � celle de l�Homme, le m�me r�tinal �tant li� � une opsine propre � chaque esp�ce ; d�o� des variations dans la position du maximum d�absorption (entre 478 et 528 nm). Chez les Poissons, il existe un pigment diff�rent, la porphyropsine, dont le maximum d�absorption se place entre 523 et 562 nm. Ce pigment contient un � r�ti-nal2 �, ou d�hydror�tinal, qui diff�re du pr�c�dent par la pr�sence d�une valence suppl�mentaire entre deux carbones du noyau cyclique, avec d�part de 2H, ce qui, pour une m�me opsine, d�place les spectres de 20 nm environ vers les grandes longueurs d�onde. Certains Poissons pr�sentent � la fois de la rhodopsine et de la porphyropsine, celle-ci �tant mieux adapt�e � la transparence des eaux douces et la premi�re � l�eau de mer. On conna�t actuellement plusieurs centaines de pigments visuels de b�tonnets, et on les d�signe par la position de leur &#x3BB;m (absorption maximale) avec un indice inf�rieur 1 ou 2 selon le type de r�tinal du pigment. La parent� chimique de tous ces pigments se traduit par la r�gle du nomogramme de Dartnall : avec une �chelle d�abscisses en fr�quences (inverses des longueurs d�onde), tous les spectres d�absorption sont identiques � une translation pr�s.</p><p>Comme l�anatomie, la photochimie</p><p>r�v�le une extraordinaire unit� de plan dans l�oeil des Vert�br�s.</p><p>�lectrophysiologie</p><p>En 1849, �mil Du Bois-Reymond</p><p>(1818-1896) d�crivit le potentiel de repos, de l�ordre de 6 mV, qui existe entre la corn�e et le fond de l�oeil ; en 1865, Frithiof Holmgren (1831-1897) constata que se superposait � ce ph�no-m�ne permanent une brusque variation, dite potentiel d�action, au moment o� l�on �claire la r�tine. Ces �lectror�ti-nogrammes (erg) ont donn� lieu depuis cinquante ans � un nombre �norme de recherches ; ce sont des effets globaux de toute la r�tine, faciles � enregistrer � si bien que les cliniciens s�en sont empar�s �, mais d�interpr�tation malais�e.</p><p>Beaucoup plus importante pour la</p><p>physiologie est la technique des micro�lectrodes (T. Tomita, 1950), qui</p><p>permet de recueillir le potentiel dans une seule cellule nerveuse de la r�tine.</p><p>On peut ainsi enregistrer la r�ponse des c�nes, des b�tonnets, des cellules de relais de la r�tine (bipolaires, ganglionnaires, etc.) [v. oeil] et m�me, dans le cerveau, d�celer l�arriv�e du message visuel. Dans le cas des ganglionnaires par exemple, Haldan Keffer Hartline (n� en 1903, prix Nobel en 1967) a montr� que la r�ponse consistait en bouff�es d�ondes de potentiel tr�s br�ves, toutes identiques (� spikes �), et dont seule la fr�quence varie avec l�intensit� de la stimulation ; chaque pointe de potentiel, d�une fraction de milli-volt, dure moins du milli�me de seconde et se propage le long des fibres du nerf optique avec une vitesse de 30 m/s environ chez l�Homme. Les r�ponses de la ganglionnaire peuvent �tre de divers types ; certaines ganglionnaires r�pondent pendant tout le temps que dure l�excitation lumineuse, les vol�es de � spikes � �tant serr�es au d�but, apr�s l�allumage (il y a toujours un petit retard, dit latence), puis se stabilisant en fr�quence ; on les appelle r�ponses on ; d�autres ne r�pondent qu�apr�s l�extinction et continuent dans l�obscurit� avec une fr�quence qui d�cro�t et finit par s�arr�ter (type off) ; enfin, certaines ne r�pondent, bri�vement, qu�apr�s l�allumage et l�extinction (type on-off).</p><p>Sur l�Homme, l��lectrophysiologie a permis de retrouver les r�sultats subjectifs de mesure de la sensibilit� spectrale, scotopique et photopique, et on a pu contr�ler sur l�animal les r�sultats du conditionnement ou d�y suppl�er quand un dressage n�est pas possible.</p><p>Le codage du message lumineux, c�est-</p><p>�-dire la fr�quence des � spikes �, n�est nullement une fonction lin�aire de l�intensit� de la lumi�re ; cette fr�quence serait plus voisine d�une loi logarith-mique ; cela donne une base � la loi G. Th. Fechner (1860), selon laquelle</p><p>� la sensation est proportionnelle au logarithme de l�intensit� physique du stimulus �. On a constat� aussi que les cellules ganglionnaires du type on-off r�pondent non seulement � l�allumage et � l�extinction de la lumi�re, mais aussi � ses variations brusques d�intensit� et donc servent � pr�venir l�animal que quelque chose change dans son environnement.</p><p>Limites d�emploi de l�oeil L�oeil est un r�cepteur remarquablement sensible : quand les b�tonnets sont bien adapt�s � l�obscurit�, un �clair lumineux est per�u, pour la lumi�re de 500 nm, quand quelques dizaines seulement de photons de cet �clair entrent dans l�oeil ; le nombre des photons r�ellement efficaces est au moins cinq fois moindre, les autres n��tant pas absorb�s par la rhodopsine, si bien que ce nombre utile est de quelques unit�s seulement. En un sens, la sensibilit� de l�oeil est presque limit�e par la structure granulaire de la lumi�re : nous ne voyons pas individuellement les photons, mais peu s�en faut. (Il en est de m�me de l�oreille, le tympan �tant, dans les meilleures conditions, sensible � des variations de pression du m�me ordre que les fluctuations de cette pression dues au fait que l�air n�est pas un fluide continu et qu�il se compose de mol�cules discr�tes.) Chez certains animaux, cette sensibilit� peut encore �tre augment�e par la pr�sence, derri�re la r�tine, d�un tapis r�fl�chissant qui double la probabilit� de capture des photons en les faisant traverser deux fois les b�tonnets.</p><p>Une autre m�thode, chez les Poissons des grandes profondeurs notamment, est la pr�sence de plusieurs couches superpos�es de b�tonnets ou encore une accumulation de rhodopsine telle dans chaque b�tonnet que tous les photons soient captur�s.</p><p>L�optique de l�oeil intervient dans cette sensibilit�, et, en particulier, la pupille, ce trou circulaire perc� dans l�iris et qui sert de diaphragme, s�ouvre compl�tement en faible lumi�re,</p><p>jusqu�� un diam�tre qui peut atteindre 10 mm ; la distance focale de l�oeil �tant de l�ordre de 16 mm, on voit que l�objectif est tr�s ouvert, pour parler le langage des photographes.</p><p>Aux fortes lumi�res, cette pupille se ferme, jusqu�� 2 mm de diam�tre, ce qui r�duit la lumi�re dans le carr� du rapport des diam�tres, soit ici 25. En outre, l�adaptation joue, et les b�tonnets cessent de travailler et passent la place aux c�nes, qui peuvent aller tr�s loin dans le sens des fortes lumi�res,</p><p>jusqu�� 10 milliards de fois le seuil des b�tonnets. La marge de fonctionnement du r�cepteur visuel est donc extraordinairement �tendue.</p><p>Un mode curieux de protection des c�nes et d�am�lioration de leur individualit� (protection contre les lumi�res parasites lat�rales) a �t� d�couvert en 1933 par deux physiciens anglais, W. S. Stiles et Crawford : les lumi�res qui entrent par le bord de la pupille sont beaucoup moins efficaces sur les c�nes que celles qui passent par le centre, ce qui signifie que les rayons atteignant la r�tine un peu obliquement agissent moins que ceux qui sont dirig�s suivant l�axe du c�ne, qui, en gros, pointe vers le centre de la pupille. On explique cet effet par le r�le de guide d�ondes di�-</p><p>lectrique que joue la partie conique o� downloadModeText.vue.download 397 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11608</p><p>se trouvent les pigments dans le c�ne, ce qui tend � concentrer la lumi�re suivant l�axe.</p><p>Chez certains animaux, le diam�tre de la pupille est fixe, la protection pu-pillaire n�existe pas, et d�autres m�canismes y suppl�ent. Ainsi, on trouve des Poissons chez qui les c�nes et les b�tonnets se d�placent d�avant en arri�re pour se mettre � l�abri de filaments absorbants issus de l��pith�lium pigmentaire : les c�nes avancent en adaptation diurne, et les b�tonnets en adaptation nocturne.</p><p>Vision des couleurs</p><p>Si on �tale avec un prisme les radiations dont se compose la lumi�re</p><p>blanche, celle du Soleil par exemple, on voit une succession continue de vives couleurs*, o� Newton* (1675) distingua sept nuances diff�rentes, par analogie avec les notes de la gamme, mais son � indigo � n�a gu�re d�individualit�. Dans la liste suivante, on a plac� entre les couleurs du spectre les limites moyennes telles que les voit un sujet normal (en nanom�tres) : violet -</p><p>450 - bleu - 500 - vert - 570 - jaune -</p><p>590 - orang� - 610 - rouge. Le violet</p><p>et le rouge se terminent aux extr�mit�s du spectre visible par une large bande unitonale.</p><p>De tout temps, les Hommes se sont int�ress�s � la couleur ; les anciens Grecs y voyaient un m�lange de lu-mi�re et d�obscurit�, et c�est vrai en ce sens qu�un objet rouge est lumineux dans les grandes longueurs d�onde qu�il diffuse et noir dans les courtes qu�il absorbe. L�exp�rience mill�naire des teinturiers avait appris aussi qu�on peut reproduire � peu pr�s toutes les teintes en m�langeant trois couleurs principales, le rouge, le bleu et le jaune. On pensait que c�est dans la nature m�me de la lumi�re que r�sidait l�origine de cette triade, et c�est le m�rite de Thomas Young (1801) [v. couleur] d�avoir affirm� que ce trichromatisme �tait r�-</p><p>tinien, donc physiologique et non physique. Pendant cinquante ans, Young resta incompris. Helmholtz*, apr�s quelque h�sitation, adopta la th�orie de Young, et son immense autorit� la fit triompher. Il expliqua en particulier la diff�rence entre les m�langes sous-tractifs des couleurs des peintres sur leur palette et les m�langes additifs de lumi�res des physiciens et des pointillistes comme Seurat*. Les fondamentales, qui n�excitent qu�un seul des trois m�canismes trichromatiques, doivent �tre le rouge, le vert et le bleu (le jaune est une addition de rouge et de vert, comme le lecteur pourra le v�rifier en regardant de tout pr�s un �cran de t�l�vision couleurs).</p><p>L�interpr�tation la plus simple de la th�orie de Young consiste � postuler trois types de c�nes r�tiniens, imbib�s de pigments visuels diff�rents. Les vives couleurs du spectre correspondraient � l�excitation beaucoup plus forte d�un type de c�nes que des deux autres. Au contraire, la lumi�re blanche exciterait �galement les trois types.</p><p>Pendant longtemps, cette th�orie se heurta � deux graves objections. En premier lieu on pouvait se demander pourquoi, dans l�excitation simultan�e de plusieurs fondamentales, les luminosit�s s�ajoutent-elles alors que l��l�ment color� se soustrait, jusqu�� s�annuler pour le blanc ? Ensuite, le jaune appara�t subjectivement comme</p><p>aussi simple que le rouge ou le bleu, et, dans le m�lange additif de rouge et de vert, on ne per�oit pas du tout un rouge verd�tre, mais du jaune. Aussi, Ewald Hering (1834-1918) avait-il propos� en 1872 une autre th�orie, dite</p><p>� des couples antagonistes � : il supposait trois substances dans la r�tine, chacune pouvant subir sous l�action de la lumi�re deux changements oppos�s ; d�o� les trois couples noir-blanc, bleu-jaune et vert-rouge.</p><p>En r�alit�, Young et Hering avaient raison tous deux, mais � des niveaux diff�rents. Dans la r�tine, c�est Young qui triomphe : les recherches de</p><p>William Albert Hugh Rushton, poursuivies entre 1955 et 1965 par l�examen ophtalmoscopique de la lumi�re r�fl�chie sur la fov�a humaine, avaient permis de mettre en �vidence deux pigments, l�un appel� chlorolabe, dont l�absorption maximale se situait vers 540 et qui correspondait � la fondamentale verte, l�autre nomm� �rythrolabe, � maximum entre 580 et 590, pour la fondamentale rouge. La troisi�me fondamentale (bleue) n�avait pu �tre d�cel�e par cette difficile m�thode : il faut d�ailleurs remarquer que la fov�a est presque dichromatique, la fondamentale bleue y �tant peu repr�sent�e ; elle est dans toute la r�tine beaucoup moins abondante que les deux autres.</p><p>Une m�thode plus directe a �t� inaugur�e par Marks en 1963 par examen direct (au microscope compl�t� par un spectrophotom�tre) d�une r�tine de Cyprin dor�, Poisson � gros c�nes et qui voit les couleurs. Marks a montr� que l�absorption maximale se situait statistiquement dans trois zones spectrales s�par�es, centr�es sur 455, 530 et 625 nm. Il n�existe pas de c�ne composite contenant un m�lange de pigments.</p><p>C�est la preuve directe de la th�orie de Young au niveau de la r�tine. Ces r�-</p><p>sultats ont �t� confirm�s sur les Singes.</p><p>Il ne reste plus qu�� extraire les trois pigments, comme on a fait pour la rhodopsine des b�tonnets, mais, jusqu�ici, les essais ont �t� infructueux. On est donc r�duit � des hypoth�ses sur la nature de ces pigments ; il est probable qu�ils sont, eux aussi, apparent�s � la vitamine A, car une carence de cette substance affecte �galement la vision color�e.</p><p>Couleur et</p><p>�lectrophysiologie</p><p>Sur la r�tine de la Carpe, T. Tomita, entre 1963 et 1967, a pu mettre en �vidence des potentiels de r�ponse des c�nes � qui, ici encore, se r�partissent en trois types, selon le sch�ma de Young � et de certaines cellules de relais � qui codent diff�remment la couleur, selon le sch�ma de Hering cette fois. Dans le corps genouill� du Macaque, De Valois a fait r�cemment tout un ensemble de recherches qui, dans ce relais situ� � la base du cerveau, ont prouv� un codage � la Hering : certaines cellules r�pondent uniquement � la luminosit�, avec une sensibilit� spectrale qui rappelle l�efficacit� photopique ; d�autres r�pondent de deux fa�ons oppos�es, selon la longueur d�onde qui tombe sur la r�tine, et fournissent donc les couples antagonistes bleu-jaune et vert-rouge. Il semble que ce codage utilise la fr�quence spontan�e des � spikes �, �mise au repos par les cellules du corps genouill�, comme une sorte de fr�quence porteuse que module le signal depuis les c�nes r�tiniens, la diminution et l�accroissement de cette fr�quence transportant des informations antagonistes, conform�-</p><p>ment � l�aspect subjectif de la couleur.</p><p>L��lectrophysiologie, jointe aux ex-p�riences de comportement apr�s dressage, permet de r�soudre la question de savoir si tel animal voit les couleurs. Il faut faire attention dans le dressage ; ainsi, on peut tr�s bien habituer un Chien � courir apr�s une balle rouge et downloadModeText.vue.download 398 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11609</p><p>non apr�s une balle bleue, mais cela ne prouve rien, car il se peut qu�il ne voie pas la couleur, mais per�oive la balle rouge comme �tant d�un gris fonc� et la balle bleue comme �tant d�un gris clair, et les reconnaisse, un peu comme les b�tonnets dans l�effet Purkinje. Ce qui serait probant, ce serait de dresser le Chien � courir apr�s une balle bleue, par exemple, et � rester immo-</p><p>bile quand on lui jette une balle d�un gris quelconque dans une collection de balles allant du blanc au noir ; ce dressage est impossible, ce qui ne d�montre pas l�absence de vision des couleurs, mais la laisse pressentir. Si l�exp�-</p><p>rience �tait concluante, encore faudrait-il �tre s�r que la balle bleue n�a pas une odeur que le Chien sentirait.</p><p>Chez les Vert�br�s, la vision color�e est un luxe r�serv� � peu d�esp�ces : quelques Poissons (Vairon, Goujon, Cyprin...), quelques Batraciens (Grenouilles), certains Reptiles (Tortues, L�zards) et tous les Oiseaux diurnes.</p><p>Ces derniers semblent m�me avoir une discrimination des couleurs plus fine que l�Homme, du moins pour ceux dont la r�tine pr�sente des gouttelettes hui-leuses color�es qui servent de filtres.</p><p>Les Mammif�res qui voient les couleurs sont rares : le Cheval et le Chat poss�dent peut-�tre une vision color�e rudimentaire ; la hargne du Taureau contre le rouge est une fable ; s�il se jette sur la muleta, c�est qu�elle bouge ; une bonne vision des couleurs est r�-</p><p>serv�e � quelques esp�ces arboricoles et frugivores (�cureuil, Primates). Si nous voyons les couleurs, c�est que nos anc�tres dans l��volution devaient vivre dans les arbres et se nourrir de fruits.</p><p>Anomalies de la vision</p><p>des couleurs</p><p>Chez l�Homme, l�anomalie la plus</p><p>tranch�e de la vision color�e est le dichromatisme, souvent nomm� daltonisme en m�moire du chimiste Dalton*, qui d�crivit son propre cas � la fin du XVIIIe s. Le monde des dichromates n�a que deux variables au lieu de trois, et, pour eux, toutes les couleurs possibles se trouvent d�j� dans le spectre, par dispersion de la lumi�re blanche � travers un prisme. D�apr�s la description faite par les rares sujets qui ont un oeil normal et l�autre dichromate, ils voient avec leur oeil anormal le spectre de deux couleurs, du jaune pour les grandes longueurs d�onde et du bleu pour les courtes, s�par�es par une bande grise dans le vert ; certains dichromates, les protanopes, voient le spectre raccourci dans les grandes longueurs d�onde et le rouge leur semble tr�s sombre ; d�autres, les deut�ra-</p><p>nopes, voient le spectre d�une longueur normale. D�apr�s les observations de Rushton, la fov�a des protanopes man-querait d��rythrolabe, et celle des deut�ranopes de chlorolabe. Il existe une troisi�me vari�t� de dichromates, les tritanopes, chez qui la fondamentale bleue est absente.</p><p>Ces anomalies sont cong�nitales et h�r�ditaires ; chez les sujets masculins, elles sont assez fr�quentes (1 p. 100</p><p>de protanopes, un peu plus de deut�-</p><p>ranopes, 0,002 p. 100 de tritanopes) ; elles sont environ cent fois moins r�-</p><p>pandues chez les femmes � cause des lois de l�h�r�dit�, qui sont les m�mes que pour l�h�mophilie : le grand-p�re dichromate transmet le d�faut � la moiti� des fils de ses filles ; une femme ne pr�sente d�anomalie que si celle-ci existe � la fois dans la lign�e de son p�re et de sa m�re.</p><p>Si la vision du dichromate diff�rait simplement de celle d�un sujet normal, cela n�aurait aucune importance, mais, du fait de la perte d�une fondamentale, il y a un appauvrissement �norme du monde color� : un sujet normal peut distinguer plus de 200 nuances diff�-</p><p>rentes dans le spectre, tandis que le protanope en voit moins de 20 et le deut�ranope moins de 30 ; si on d�lave de blanc ces couleurs spectrales, on peut obtenir plus de 15 000 nuances pour le sujet normal, tandis que rien ne change pour le dichromate, puisque toutes ses couleurs sont d�j� dans le spectre.</p><p>Encore s�agit-il ici d��chantillons de m�me luminosit� : si l�on rabat avec du noir toutes ces nuances, on multiplie encore les possibilit�s. En plus de l�appauvrissement de son monde color�, le dichromate souffre de confusions entre des couleurs qui semblent tr�s diff�-</p><p>rentes pour un normal ; ainsi, pour les protanopes et les deut�ranopes, toutes les longueurs d�onde sup�rieures � 530 nm sont identiques comme couleurs ; le dichromate confondra donc le vert jaun�tre, le jaune, l�orang� et le rouge, et ne verra pas ses cerises m�res sur les feuilles ; le vert-bleu lui para�t gris, puis, vers les courtes longueurs d�onde, sa vision redevient � peu pr�s normale.</p><p>Cette pauvret� et ces confusions interdisent certaines carri�res aux dichromates, notamment celles o� une bonne reconnaissance des feux color�s est n�cessaire (aviation, marine, chemin de fer). M�me pour la conduite des automobiles il faut faire attention : le protanope, par exemple, voit les signaux rouges �teints, contrairement au deut�ranope, mais, pour l�un comme pour l�autre, la distinction ne se fait que par la position du signal.</p><p>Pour d�pister le dichromatisme, on utilise des tests, dont le plus r�pandu est constitu� de planches parsem�es de ronds color�s : un sujet normal peut downloadModeText.vue.download 399 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11610</p><p>y lire par exemple un chiffre sur un fond d�une autre couleur, alors que le dichromate ne voit rien si la figure � lire et le fond sont compos�s de ronds dont les couleurs sont confondues par lui (tests d�Ishihara).</p><p>Il existe un autre type d�anomalie, encore plus fr�quent que le dichromatisme (toujours chez les sujets masculins), mais moins grave : c�est le trichromatisme anormal. Il n�y a plus absence d�une fondamentale, mais une des fondamentales est r�alis�e par un pigment qui diff�re de la normale. Dans les cas l�gers, ce d�faut passe inaper�u, mais il s�accompagne parfois de mauvaises discriminations qui, ici encore, peuvent imposer des d�pistages dans les m�tiers o� une parfaite vision des couleurs est n�cessaire.</p><p>Vision des formes</p><p>La question de l�acuit� visuelle, c�est-</p><p>�-dire des plus petits d�tails que l�oeil s�pare, semble � beaucoup le probl�me visuel majeur. Chez les Vert�br�s, cette acuit� d�pend de deux facteurs : la qualit� de l�optique de l�oeil et l�existence, dans la r�tine, de r�cepteurs in-d�pendants assez rapproch�s. Le premier facteur varie peu d�une esp�ce � l�autre ; au contraire, le second change beaucoup, selon que l�animal poss�de ou non une fov�a o� les c�nes sont serr�s, effil�s et surtout reli�s s�par�ment</p><p>� une bipolaire et celle-ci � une ganglionnaire, afin que le message visuel arrive sans m�lange au cerveau. Il est classique de dire que, chez l�Homme, cette acuit� visuelle correspond � un angle de l�environ, encore qu�on observe des valeurs beaucoup moindres avec certains tests : ainsi, dans un vernier, o� l�oeil doit juger de l�alignement de deux traits, des valeurs de quelques secondes d�arc peuvent �tre obtenues, et la vision d�un fil t�l�graphique sur le ciel est encore possible pour un angle apparent inf�rieur � la seconde d�arc ; il est vrai qu�il ne s�agit plus ici de s�parer des d�tails, mais de reconna�tre l�ombre tr�s l�g�re que porte sur la r�tine l�image du fil.</p><p>D�s qu�on sort de la fov�a, l�acuit� baisse, non que l�image se d�t�riore, mais parce que la r�tine n�est plus capable de l�analyser en d�tail : il n�y a gu�re qu�un million de fibres dans le nerf optique de l�Homme, et chacune ne peut transmettre qu�une seule information � chaque instant, par la fr�-</p><p>quence des � spikes � qu�elle v�hicule.</p><p>Les 7 millions de c�nes de la r�tine doivent donc se r�unir � plusieurs pour envoyer ensemble leur message, et c�est encore pire pour les 120 millions de b�tonnets. C�est pourquoi l�acuit� nocturne est mauvaise, la sensibilit� aux faibles lumi�res prenant le pas sur l�analyse des d�tails.</p><p>Dans la vie pratique, la r�tine lat�-</p><p>rale joue un r�le essentiel malgr� son acuit� mauvaise ; ainsi, dans certaines maladies o� la fov�a devient aveugle, le sujet n�est gu�re g�n� que pour des travaux fins ; au contraire, s�il perdait la vision lat�rale en conservant sa fov�a, il aurait un comportement de quasi aveugle, comme on peut s�en rendre compte en mettant devant un oeil un long tube en carton et en fermant l�autre oeil. L�int�grit� du champ visuel lat�ral est, pour la conduite automobile par exemple, infiniment plus importante que l�acuit� visuelle, qui est pourtant seule prise en consid�ration par le code de la route.</p><p>Il existe d�s le niveau r�tinien des m�canismes de perception des formes, en particulier pour les directions verticales et horizontales, comme l�ont</p><p>montr� des �tudes qui ont �t� faites sur le Chat et sur le Lapin notamment.</p><p>Mouvements</p><p>La vision met en jeu le mouvement de deux fa�ons. D�une part, si l�oeil est immobile, un objet qui se d�place dans le champ visuel de l�animal est per�u beaucoup mieux que s�il est immobile : en pla�ant sa main assez lat�ralement, � bout de bras, on est incapable de compter ses doigts, mais que l�un de ceux-ci remue tant soit peu et on le voit. Les animaux savent cela d�instinct : ils font le mort pour ne pas attirer l�attention.</p><p>Il semble que cette sensibilit� au mouvement soit li�e � des ganglionnaires du type on-off, qui r�pondent d�s qu�une variation de lumi�re se produit. Dans certains cas, la direction du mouvement agit, la ganglionnaire r�pondant par exemple pour des d�placements horizontaux et non pour des mouvements verticaux.</p><p>D�autre part, les animaux, et tout sp�cialement l�Homme, dont les yeux sont tr�s mobiles dans les orbites, d�placent constamment leurs globes oculaires, sous l�action de six muscles pour chaque globe (par paires antagonistes), dont l�action est remarquablement pr�cise. Quand un objet se d�place et qu�on le suit du regard, si le mouvement n�est pas trop rapide, les mouvements des yeux sont continus et r�guliers. Au contraire, si on d�place volontairement le regard au lieu de poursuivre un mouvement ext�rieur, les yeux ex�cutent des saccades avec des temps d�arr�t interm�diaires. Un cas typique est la lecture : selon la longueur de la ligne, les yeux font quatre saccades, ou davantage, avec un retour de la fin de la ligne au d�but de la ligne suivante, le tout involontairement ; la lecture ne se fait pas lettre � lettre, sauf pendant l�apprentissage par les enfants, ni m�me mot � mot, mais par groupes de mots qu�on devine plut�t qu�on ne les lit. C�est ce qui rend difficile le m�-</p><p>tier de correcteur d�imprimerie : avec de l�habitude, il lit presque � allure normale, mais se rend compte qu�il y a une coquille par quelque chose de non usuel ; ensuite il cherche l�erreur lettre par lettre.</p><p>M�me quand le sujet croit regarder fixement un point donn�, en projetant sur la r�tine son image sur le point de fixation, un examen pr�cis par des moyens optiques d�enregistrement</p><p>met en �vidence un micronystagmus, tremblement continuel des yeux, de grande fr�quence (100 � la seconde comme ordre de grandeur) et de faible amplitude moyenne (1&#x2032; d�angle), qui s�accro�t par fatigue du sujet. Il ne s�agit pas l� d�un d�faut des muscles, et ce ph�nom�ne a une raison d��tre ; on le constate par la technique de stabilisation de l�image r�tinienne ; le sujet porte un verre de contact avec un petit miroir, sur lequel se r�fl�chit la mire qu�il regarde, si bien que l�image reste fixe sur la r�tine m�me si l�oeil bouge. Dans ces conditions, assez d�-</p><p>sagr�ables d�ailleurs, il constate que les contrastes de la mire s�effacent en quelques secondes dans une grisaille uniforme : le but du micronystagmus est donc de rafra�chir l�image en la projetant sur des c�nes constamment diff�rents. Remarquons, � ce propos, qu�un m�canisme analogue existe pour l�accommodation, le muscle ciliaire qui fait varier la forme du cristallin remuant sans cesse : ces microfluctua-tions de l�accommodation, ici encore, am�liorent l�image par un t�tonnement continuel.</p><p>On s�est souvent pos� la question de savoir comment il se fait que les objets ext�rieurs ne semblent pas bouger quand l�oeil remue ; il existe, comme pour d�autres fonctions visuelles, un m�canisme compensateur, probablement command� par l�influx nerveux qui va d�placer l�oeil et qui, dans le cerveau, provoque la stabilisation apparente des objets ; si l�on remue un oeil en le poussant avec son doigt, on constate qu�il n�y a pas de compensation : les objets se d�placent ; dans certaines paralysies, le sujet veut remuer l�oeil ; rien ne se passe, et l�objet semble encore remuer, par une compensation sans objet puisqu�il n�y a eu aucun mouvement.</p><p>Relief</p><p>Les fonctions visuelles ne sont g�n�-</p><p>ralement pas meilleures avec les deux yeux qu�avec un seul, sauf �videm-</p><p>ment la perception du relief, qui r�side essentiellement dans les diff�rences entre les images de deux yeux. Quand on pr�sente aux deux yeux des images tr�s diff�rentes, par exemple des traits verticaux pour un oeil et des traits horizontaux pour l�autre, il y a alternance : on voit tant�t l�un, tant�t l�autre des syst�mes, avec neutralisation de ce qui n�est pas per�u : par instants, on voit fugitivement l�ensemble, mais avec un aspect instable tr�s diff�rent d�un quadrillage r�el. Les contours r�sistent beaucoup mieux � la neutralisation que les fonds uniformes ; d�o� le classique</p><p>� trou dans la main � : on place la main � 20 cm devant un oeil et devant l�autre un tube de carton � travers lequel on voit un paysage ; le sujet voit alors un rond de paysage se dessiner � travers un trou dans la main, la neutralisation affectant les parties les moins int�ressantes des deux images.</p><p>Bien que nous ayons deux yeux,</p><p>donc deux images r�tiniennes, nous voyons le champ visuel en un seul exemplaire. L�explication du ph�no-downloadModeText.vue.download 400 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11611</p><p>m�ne a �t� donn�e par Huygens* il y a trois si�cles ; la nature, dit-il, � a fait que chaque point du fond de l�oeil a son point correspondant dans le fond de l�autre, en sorte que lorsqu�un point de l�objet est peint dans quelques deux de ces points correspondants, alors il ne para�t que simple comme il est �.</p><p>On dit qu�il y a fusion. L�excitation de points non correspondants fait voir double : il y a diplopie. Si la diplopie est faible, elle n�est pas per�ue comme telle, et le relief est fond� sur ces faibles �carts entre les images des deux yeux. Cette parallaxe binoculaire donne une extraordinaire pr�cision � la vision en profondeur : � 1 m de distance, on peut appr�cier une variation de 0,5 mm entre deux points voisins in�galement �loign�s.</p><p>Il y a d�autres �l�ments qui peuvent concourir � la perception de la profondeur, mais avec beaucoup moins de pr�cision, en particulier la parallaxe</p><p>de mouvement : si, en for�t, on regarde les branches vers le haut avec un seul oeil, on ne voit aucun relief, mais le moindre mouvement introduit des profondeurs relatives.</p><p>Vision des Insectes</p><p>Nous avons parl� jusqu�ici des Ver-t�br�s, et sp�cialement de l�Homme.</p><p>Mais quelques mots sur les Insectes nous montreront un monde visuel tout autre et bien remarquable, surtout si l�on pense qu�� eux seuls les Insectes rassemblent un nombre d�esp�ces su-p�rieur � tout le reste du monde vivant.</p><p>Il y a peu de pigments visuels isol�s chez les Invert�br�s, mais, dans tous les cas, il semble que le chromophore soit le r�tinal, comme chez les Vert�br�s.</p><p>Le spectre visible diff�re de celui des Vert�br�s par un d�calage de 100 nm vers les courtes longueurs d�onde ; les Insectes voient donc l�ultraviolet, alors qu�ils sont g�n�ralement aveugles au rouge ; dans un oeil � image r�tinienne comme chez les Vert�br�s, la vision de l�ultraviolet risquerait d�alt�rer la nettet� de l�image, � cause du d�faut appel� aberration chromatique (variation de focale avec la longueur d�onde), qui devient �norme dans l�ultraviolet ; dans les yeux compos�s des Insectes (v. oeil), il n�y a pas � proprement parler d�image, et ce d�faut dispara�t.</p><p>Sur trente-trois genres diff�rents d�Insectes, on a pu, par dressage ou par �lectrophysiologie, d�montrer la vision des couleurs. Chez l�Abeille, par exemple, il y a trichromatisme, les fondamentales �tant l�ultraviolet, le bleu et le vert. La vision color�e des Insectes joue un r�le important pour la pollinisation des fleurs : des p�tales qui nous semblent blancs sont vus bariol�s par une Abeille, qui se guide sur les dessins de s�ve absorbant l�ultraviolet pour aller vers le pollen.</p><p>De m�me, il n�y a pas de fleurs vraiment rouges dans nos r�gions, o� les fleurs sont f�cond�es par les Insectes : le rouge d�un Coquelicot est en r�alit� un pourpre, qui poss�de une seconde bande de r�flexion dans l�ultraviolet.</p><p>Au contraire, il y a de vrais rouges chez les fleurs tropicales f�cond�es par les Colibris. Le naturaliste n�a pas fini de</p><p>s��merveiller de ces � harmonies de la nature �, pour parler comme Bernardin de Saint-Pierre.</p><p>Y. L. G.</p><p>F Couleur / OEil / Perception / Sensation.</p><p>&amp; A. Rochon-Duvigneaud, les Yeux et la vision des Vert�br�s (Masson, 1943). / Y. Le Grand, Optique physiologique (�d. de la � Revue d�optique �, 1948-1956, 3 vol. ; nouv. �d., Masson, 1964-1972, 2 vol. parus) ; les Yeux et la vision (Dunod, 1959) ; Lumi�re et vie animale (P. U. F., 1967). / M. H. L. Pirenne, Vision and the Eye (Londres, 1948, 2e �d., 1967 ; trad. fr. l�OEil et la vision, Gauthier-Villars, 1972). / E. Baumgardt, les M�canismes de la vision (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1952 ; 3e �d., la Vision, 1968).</p><p>La vision chez l�homme</p><p>VOIES NERVEUSES OPTIQUES</p><p>L�excitation lumineuse des cellules photosensibles de la r�tine (c�nes et b�tonnets) est transmise au cortex c�r�bral visuel par l�interm�diaire des voies optiques.</p><p>Les voies optiques ont un trajet long et complexe : elles parcourent sagittalement toute la base du cr�ne ; partant du nerf optique, elles se terminent � la partie toute post�rieure du cerveau. Elles sont d�abord extra- puis intrac�r�brales.</p><p>Le message visuel est �labor� par les cellules visuelles � c�nes et � b�tonnets, qui le transmettent aux cellules bipolaires r�tiniennes, qui, � leur tour, le transmettent aux cellules ganglionnaires. Les axones des cellules ganglionnaires parcourent la surface de la r�tine et convergent tous vers la papille, qui est le d�but du nerf optique.</p><p>La papille est donc une zone non visuelle o� la r�tine est absente : c�est une zone aveugle ; elle se trouve en dedans et en haut du centre visuel (macula). La papille optique, portion intra-oculaire du nerf optique, est entour�e de choro�de et de scl�rotique.</p><p>Le nerf optique (IIe nerf cr�nien) comprend trois portions :</p><p>� une portion intra-orbitaire, le nerf optique occupant l�axe du c�ne musculo-apon�vrotique orbitaire et se dirigeant en arri�re et en dedans du p�le post�rieur du globe oculaire jusqu�au fond de l�orbite ;</p><p>� une portion intracanaliculaire, le nerf optique passant de l�orbite � l�int�rieur du cr�ne en franchissant le canal optique contenu dans l�os sph�no�de ;</p><p>� une courte portion intracr�nienne, qui se termine � l�angle ant�rolat�ral du chiasma.</p><p>Le chiasma optique est une lame de substance blanche, quadrilat�re, form�e par la r�union des deux nerfs (droit et gauche) optiques, dont une partie des fibres vont s�entrecroiser ; il �met par ses angles post�rieurs les bandelettes optiques. Les faisceaux directs ou temporaux cheminent dans les deux r�gions lat�rales du chiasma. Les faisceaux crois�s proviennent des fibres r�tiniennes situ�es du c�t� nasal (donc correspondant � la vision du champ temporal). Il se produit pour ces fibres une d�cussation qui les am�ne du nerf optique droit � la bandelette optique gauche et du nerf optique gauche � la bandelette optique droite. Le chiasma entre en rapport avec le plancher du IIIe ventri-cule, la loge hypophysaire et le polygone de Willis (cercle art�riel du tronc c�r�bral).</p><p>Les bandelettes optiques sont �tendues du chiasma aux corps genouill�s externes, � hauteur des tubercules quadrijumeaux ant�rieurs. Elles contournent donc la face lat�rale du tronc c�r�bral � son niveau p�donculaire.</p><p>C�est dans le corps genouill� externe que se fait la synapse entre le neurone r�tino-dienc�phalique et le neurone dienc�phalo-cortical : c�est donc une zone de relais, mais �galement d�amplification du message visuel.</p><p>Les radiations optiques de Gratiolet re-pr�sentent la derni�re portion des voies optiques : elles sont totalement intrac�-</p><p>r�brales. Elles forment une large lame de substance blanche d�crivant une courbe ant�ropost�rieure � concavit� interne.</p><p>Elles traversent successivement le champ de Wernicke, le centre ovale et se terminent dans le fond et sur les deux l�vres de la scissure calcarine du lobe occipital.</p><p>Cette zone de terminaison correspond � l�aire c�r�brale visuelle, ou aire stri�e �</p><p>domaine des perceptions visuelles �l�-</p><p>mentaires �, entour�e des aires p�ristri�e et parastri�e.</p><p>ANALYSE DE LA FONCTION VISUELLE</p><p>Elle comporte plusieurs �tapes.</p><p>y Acuit� visuelle</p><p>La mesure est un �l�ment essentiel de l�examen ophtalmologique. On admet que l�acuit� visuelle normale correspond � la possibilit� de s�parer deux points vus sous un angle de 1&#x2032;. On utilise en pratique m�dicale des �chelles faites de lettres ma-juscules d�imprimerie : il existe en g�n�ral dix lignes superpos�es repr�sentant une acuit� visuelle de 1/10 pour les plus gros caract�res � 10/10 (vision normale) pour les plus petits ; la lecture doit se faire � une distance de 5 m. Dans les pays anglo-saxons, l�acuit� visuelle n�est pas chiffr�e de 1/10 � 10/10, mais sous forme de la fraction de Snellen (du nom de Herman Snel-downloadModeText.vue.download 401 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11612</p><p>len, 1834-1908) : 20/20 correspond � 10/10</p><p>et 20/200 � 1/10. Pour les sujets illettr�s et les jeunes enfants, on emploie des �chelles de dessins ou les optotypes E de Snellen, ou les anneaux bris�s de Landolt.</p><p>L�acuit� visuelle de pr�s est mesur�e en g�n�ral � l�aide du test de Parinaud (du nom d�Henri Parinaud, 1844-1905) : texte imprim� comportant des paragraphes � caract�res de taille d�croissante, qui doit �tre lu � une distance normale de lecture (33 cm).</p><p>La vision nette implique la formation des images sur la r�tine et plus sp�cialement sur la macula. L�oeil normal est dit</p><p>� emm�trope � : l�image d�un objet situ� � l�infini se forme sur la r�tine, ce qui n�est pas le cas dans les anomalies de r�fraction, ou am�tropies.</p><p>La myopie est une am�tropie telle que l�image d�un objet situ� � l�infini se forme en avant de la r�tine : l�image est donc vue floue et elle peut �tre ramen�e sur la r�tine par un verre divergent (ou concave). On exprime en pratique l�importance d�une myopie par la puissance du verre qui la corrige (exprim�e en dioptries n�gatives).</p><p>L�oeil myope est un oeil � trop grand � ; il faut s�parer la myopie b�nigne, inf�rieure</p><p>� 6 dioptries, de la myopie forte avec atteinte de la chorior�tine. La fr�quence de la myopie augmente indiscutablement dans les populations urbaines d�origine indo-europ�enne.</p><p>L�hyperm�tropie est une am�tropie telle que l�image d�un objet situ� � l�infini se forme en arri�re de la r�tine : pour �tre vue nette, l�image doit �tre ramen�e sur la r�tine par un effort d�accommodation du cristallin ou par un verre convergent (convexe). L�oeil hyperm�trope est � trop petit �. En raison de la compensation par l�accommodation, cette am�tropie ne se r�v�le souvent que vers l��ge de 30-40 ans.</p><p>L�astigmatisme est un vice de r�fraction qui fait que l�appareil optique que constitue l�oeil donne d�un objet une image diff�-</p><p>rente selon ses diff�rents axes ; il est d� � une modification de courbure de la corn�e.</p><p>L�image d�un point se fait sous forme de deux lignes, les focales, perpendiculaires entre elles. Pour que les deux focales soient sur la r�tine, il faut placer devant l�oeil un verre cylindrique dont l�axe et la puissance sont fonction du type d�astigmatisme.</p><p>En dehors de ces am�tropies, il existe une anomalie de r�fraction en vision de pr�s de nature fonctionnelle : c�est la pres-bytie, qui appara�t vers l��ge de 45 ans. Elle est due � la scl�rose du cristallin, qui entra�ne une diminution progressive de l�amplitude d�accommodation : elle se corrige par des verres convergents (convexes).</p><p>La mesure de l��tat de r�fraction peut �tre faite d�une mani�re objective. On utilise avant tout la skiascopie, qui est une m�thode globale, et la k�ratom�trie, qui mesure l�astigmatisme corn�en (Louis �mile Javal, 1839-1907).</p><p>La mesure subjective de la r�fraction est pratiqu�e avec les essais de verres correcteurs, chaque oeil s�par�ment pour la vision de loin, puis pour la vision de pr�s enfin en binoculaire.</p><p>La correction des am�tropies par des lunettes donne le plus souvent d�excellents r�sultats si l�on rem�die assez t�t au d�faut de r�fraction.</p><p>On utilise �galement la correction par verres de contact, dont il existe plusieurs types : lentilles corn�ennes de grand diam�tre, mini-lentilles de Boyd, lentilles</p><p>souples, verres scl�raux. L�indication essentielle des verres de contact est la myopie (surtout forte).</p><p>Beaucoup de maladies oculaires provoquent une baisse de l�acuit� visuelle (cataracte, tares corn�ennes, glaucome, l�sions de la r�tine, etc.), mais il existe des baisses visuelles sans l�sion oculaire, sans l�sion des voies optiques : c�est ce que l�on appelle l�amblyopie fonctionnelle ; elle se rencontre surtout en cas de strabisme, atteignant l�oeil d�vi� en permanence du fait d�une anomalie de ses muscles moteurs ou des nerfs qui les commandent.</p><p>y Champ visuel</p><p>C�est l�ensemble des points de l�espace qu�un oeil immobile peut percevoir. Le champ visuel monoculaire a les limites p�riph�riques suivantes :</p><p>c�t� nasal, 50 � 60� ;</p><p>c�t� temporal, 80 � 90� ;</p><p>partie sup�rieure, 45 � 50� ;</p><p>partie inf�rieure, 60 � 80�.</p><p>Il existe une zone non voyante � l�int�-</p><p>rieur du champ visuel : c�est la tache de Mariotte, ou tache aveugle, qui correspond � la papille ; de forme ovalaire, elle s�inscrit du c�t� temporal entre 12 et 18�.</p><p>La mesure du champ visuel se fait selon deux m�thodes.</p><p>� La p�rim�trie cin�tique (p�rim�tre de Goldmann par exemple). On utilise un test lumineux blanc dont on peut faire varier la surface et la brillance. Le test est alors per�u, � la p�riph�rie du champ, d�autant plus loin qu�il est plus grand et plus brillant. On peut ainsi inscrire sur un graphique repr�sentatif, en d�pla�ant le test sur tous les m�ridiens, l�isopt�re, qui est la ligne du champ visuel qui r�unit les points poss�dant la m�me sensibilit�. Il existe plusieurs isopt�res concentriques, correspondant chacun � une combinaison d�termin�e entre la surface et la brillance du test.</p><p>� La p�rim�trie statique (analyseur de Friedmann par exemple). Cette m�thode, dans laquelle les tests ne sont pas mobiles, explore plus finement le champ visuel central et paracentral que la m�thode cin�tique.</p><p>Toute amputation du champ visuel est</p><p>appel�e scotome. Le scotome est positif s�il est per�u par le malade (� tache noire �</p><p>le plus souvent) et n�gatif s�il ne l�est pas. Il peut �tre absolu (absence totale de sensation lumineuse dans cette zone) ou relatif (diminution de la sensibilit� plus ou moins importante).</p><p>y Causes des troubles du champ visuel y L�sions oculaires. Ce sont essentiellement les maladies de la choro�de et de la r�tine.</p><p>y Affections du nerf optique. Elles sont assez fr�quentes : il faut isoler le glaucome, o� le scotome caract�ristique est en rapport avec une excavation de la t�te du nerf optique. Les n�vrites optiques se traduisent par des scotomes de types vari�s, mais souvent centraux, englobant le faisceau maculaire et donc diminuant fortement l�acuit� visuelle. Leurs causes sont multiples : infectieuses, allergiques, toxiques, etc. L�atropie optique en est parfois le stade terminal.</p><p>y Affections du chiasma. Il s�agit surtout de ph�nom�nes compressifs (tumeurs de l�hypophyse, anomalies vasculaires, m�-</p><p>ningiomes, arachno�dites, etc.), mais parfois aussi de tumeurs intrachiasmatiques (gliomes).</p><p>y Affections des voies optiques r�trochias-matiques. Un aspect fr�quent en est l�h�-</p><p>mianopsie lat�rale homonyme, o� toute une moiti� du champ visuel binoculaire (oeil droit et oeil gauche) a disparu : elle est due � une l�sion de la voie optique contro-lat�rale. Les causes sont essentiellement vasculaires et tumorales.</p><p>y Vision binoculaire</p><p>C�est la possibilit� de percevoir comme une sensation unique les images re�ues par chacun des deux yeux.</p><p>Elle comporte trois degr�s : le premier degr�, ou vision simultan�e, le deuxi�me degr�, ou fusion, et le troisi�me degr�, ou perception du relief, qui est le mode le plus �lev�.</p><p>En pratique m�dicale, on analyse la vision binoculaire � l�aide d�un appareil appel� synoptophore ; on utilise �galement d�autres tests tr�s vari�s de vision binocu-</p><p>laire dans l�espace (test de Worth, verres stri�s, etc.).</p><p>La vision binoculaire est fortement perturb�e ou inexistante dans une maladie principalement, le strabisme, o� la d�viation permanente des axes visuels des deux yeux entra�ne fr�quemment une correspondance r�tinienne anormale. Il existe �galement des troubles importants de la vision binoculaire dans les h�t�rophories (difficult�s � centrer les deux axes visuels sur le m�me point) et dans l�anis�iconie (diff�rence de taille entre les images r�tiniennes de chaque oeil, li�e en g�n�ral � une anisom�tropie).</p><p>y Sens lumineux</p><p>C�est l�expression la plus �l�mentaire de la fonction visuelle ; il correspond � la facult� de percevoir le plus faible stimulus lumineux possible. Il varie suivant l��tat d�adaptation de l�oeil � l�obscurit�. Sa mesure par l�adaptom�trie permet de juger de la vision nocturne d�un sujet (courbe d�adaptation � l�obscurit�). Les troubles de la vision cr�-</p><p>pusculaire ou nocturne, dits h�m�ralopies, rel�vent de causes vari�es : carences en vitamine A, affections cong�nitales, h�r�-</p><p>dod�g�n�rescences tapeto-r�tiniennes (r�tinopathie pigmentaire), etc.</p><p>y Vision des couleurs</p><p>Son �tude est fondamentale pour d�pister les dichromatismes (daltonismes) ; elle utilise un certain nombre de tests color�s (planches comportant des figures color�es, �cheveaux de fils, etc.). Les troubles de la vision des couleurs, pour la plupart de nature h�r�ditaire, interdisent l�acc�s � tous les postes de s�curit� (lecture des signaux et voyants color�s) et ne sont plus accessibles � la th�rapeutique.</p><p>J. K.</p><p>visionnaire</p><p>(architecture)</p><p>Il existe bien des cat�gories d�artistes qui entendent imposer une vision int�-</p><p>rieure hors du commun, depuis l�esprit sup�rieur, le proph�te d�non�ant les tares de son temps, jusqu�� l�illumin� ou l�illusionniste.</p><p>Entre l�imagination cr�atrice et</p><p>sa finalit� collective, les obstacles se chargent heureusement de distinguer le vrai, le beau et Futile. Plus la technique d�expression est complexe, soumise aux r�alit�s mat�rielles et sociales, plus les conceptions visionnaires deviennent raisonn�es. Aussi est-il peu fr�quent pour un b�tisseur d��tre un g�nie m�connu, un � artiste maudit �.</p><p>De tout temps, des hommes se sont d�tach�s du quotidien pour proposer des solutions surnaturelles ou prospectives. Il existe m�me tout un impact visionnaire dans les compositions magico-religieuses antiques et m�di�-</p><p>vales, sanctuaires, palais ou jardins (v. construction) ; � cela pr�s qu�il n�est pas encore question de rupture. Si l�homme, dans ses premi�res constructions, tente d��chapper � son cadre de vie, c�est pour communiquer avec le divin ; en cela surtout, sa d�marche diff�re de celle des visionnaires actuels.</p><p>Les b�tisseurs d�ordres</p><p>cosmiques</p><p>C�est d�abord la traduction symbolique des mondes terrestre, a�rien et aquatique ; le model� en creux, caverne, hypog�e, labyrinthe, image vaginale de la terre m�re ; ou bien le signal �rig�, menhir, phare ou bef-froi, abusivement interpr�t� comme une marque d�orgueil. Il faut voir au contraire dans l�ob�lisque un rayon solaire, dans la tour de Babel un trait d�union avec le ciel, marquant la convergence des points cardinaux ou lov� en h�lice comme la foudre et le tourbillon. Ces sch�mas �toiles, circulaires ou spirales ordonnent jusqu�aux jardins, cadres d��vocations mythologiques, jusqu�aux palais et aux villes, � l�image du cosmos. Irrationnelle � l�origine, l�architecture s��pure ce-downloadModeText.vue.download 402 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11613</p><p>pendant � la lumi�re d�un �sot�risme op�ratif pour devenir au Moyen �ge une abstraite g�om�trie, � la recherche tant�t de volumes clos aux myst�rieux cheminements, tant�t d�une organisation r�ticulaire de prismes lumineux.</p><p>Opacit� ou transparence : deux p�les entre lesquels les baroques sauront �tablir de judicieuses synth�ses, apr�s que le monde m�di�val a succomb� aux</p><p>tendances antagonistes, qui imagineront � leur profit des cit�s id�ales, des syst�mes de gouvernement.</p><p>La recherche</p><p>du paradis perdu</p><p>Dans cette voie, l�humanisme italien a jou� un r�le �minent, mais non exclusif. La cit� de la Sforzinda, projet�e par le Filarete (Antonio Averlino, 1400 -</p><p>v. 1469), ou la Cit� du soleil du moine Tommaso Campanella (1568-1639) ont leurs homologues en pays nordiques, o� de telles conceptions �taient bien faites pour tenter les imaginatifs. En France, un des cas les plus typiques est celui de Maulnes, en Tonnerrois (Yonne, 1566), ch�teau pentagonal ordonn� autour d�un escalier-puits. Thomas* More est l�auteur de la c�l�bre Utopia (1516), origine des syst�mes appel�s � fleurir avec l�influence des philosophes, puis lors des bouleversements sociaux li�s au machinisme. Les projets de l�architecte Claude Nicolas Ledoux (1736-1806) pour les salines de Chaux (Arc-et-Senans, Doubs,</p><p>1775-1779) ou le village de Mauperthuis (Seine-et-Marne, 1780) d�rivent de th�ories id�alistes, comme les phalanst�res (v. Fourier [Charles]) et autres cit�s sociales du XIXe s. qui pr�tendent supprimer les contraintes de la r�volution industrielle. Aujourd�hui encore, l�utopie urbaine exerce sa tyrannique influence ; et des tentatives � volon-taristes � comme Chandigarh* ou</p><p>Bras�lia* font souhaiter l�av�nement d�un urbanisme* scientifique.</p><p>Les visionnaires de la Renaissance ont utilis� bien d�autres voies pour s�imposer. Le texte imprim�, son illustration surtout ont fourni des mod�les aux organisateurs de r�jouissances ; et singuli�rement l�Hypnerotomachia Poliphili (Discours du songe de Poli-phile), oeuvre initiatique publi�e en 1499 par Francesco Colonna (1433-1527) et qui conna�tra un prodigieux succ�s. Le jeu, cette n�cessaire rupture de la r�alit� quotidienne, ce d�riv� � au mysticisme pr�s � des anciennes f�tes sacr�es, va demander � l�Antiquit� des th�mes d��vasion, en</p><p>attendant d�en trouver d�autres en pays exotiques. L�art du th��tre et celui des jardins* vont, � leur tour, rechercher dans l�irrationnel un compl�mentaire �quilibre � la rigidit� classique du cadre de vie, quitte � faire parfois basculer l�architecture dans la virtualit� du palais enchant�. Pour ce faire, les m�thodes varient, au m�pris souvent de toute construction, aboutissant � une composition min�rale avec Palladio* et ses continuateurs ou organique dans le cas de certaines inventions</p><p>� baroques � (b�tisses en forme d�alphabet...). Apr�s 1750, avec le retour � l�antique, ces architectures � pr�figur�es � auront grand succ�s dans les c�nacles friands d��sot�risme, de macabre �trusco-�gyptien ; mais elles changeront d��chelle sous l�influence du graveur v�nitien Piran�se*. L�importance de l�estampe comme source d�inspiration visionnaire se v�rifie ici en liaison avec le souci de flatter une client�le affairiste et m�galomane.</p><p>Une r�volution</p><p>graphique</p><p>Peut-on, � ce propos, parler d�artistes r�volutionnaires ? La tendance � une composition plus libre n�y suffirait pas ; et le r�el attachement � l�aristocratie qui faillit co�ter la vie � Ledoux, � Boull�e ou � B�langer* plaiderait dans un autre sens. Il ne serait gu�re plus exact de voir en Ledoux un artiste maudit : le priapisme � pr�figur� � dans deux de ses projets reste assez pu�ril, et la ruine d�une partie de son oeuvre n�a rien d�exceptionnel. L��rudition, � la recherche des sources de l�architecture moderne des ann�es 1925-1935, est responsable de l�arbitraire de ces �tiquettes. Quand un Emil Kaufmann a cru bon de s�lectionner ce qui, dans le n�o-classicisme (v. classicisme), lui semblait rompre avec le pass� et se rattacher � notre �poque, il a tout au plus d�cel� les rapports intimes entre ce style international et le vieux courant visionnaire aux prises, mais au nom de l�Antiquit�, avec la raison classique.</p><p>Les �l�ves de Jacques Fran�ois Blon-del (1705-1774) ou de Jean Laurent Legeay (v. 1708 - v. 1790), acquis aux id�es philosophiques et initi�s par les Italiens antibaroques et par le n�o-pal-ladianisme anglais, ont certes propos�</p><p>leurs architectures imaginaires pour frapper l�opinion ; mais le fait n�autorise pas � y voir une volont� de rupture.</p><p>Quand �tienne Louis Boull�e</p><p>(1728-1799) con�oit une architecture d�ombre, ensevelie, d�un romantisme �trange et colossal, il se souvient du pittoresque th��tral de Giovanni Niccolo Servandoni (1695-1766) ; et il reste dans la lign�e rationaliste de Soufflot* lorsqu�il cherche � am�liorer les coupoles ou bien d�clare : � Rien de beau si tout n�est sage. � Cependant, il rejoint les vis�es cosmiques des empereurs romains ou byzantins dans son projet sph�rique de c�notaphe � Newton (1784), plus encore dans celui d�un temple � la nature (1793), o� la Terre m�re tr�ne dans une grotte, au sein d�un amphith��tre couvert par une vo�te c�leste. Bien moins r�alisables �taient les globes similaires con�us par Jean Nicolas Sobre (v. 1755 - v. 1802 ; temple d�immortalit�), par Antoine Vaudoyer (1756-1846 ; maison d�un cosmopolite) ou par Ledoux (maison des gardes agricoles de Mauperthuis, catacombes pour la ville id�ale de Chaux). Tous ces artistes puisent dans les commentaires graphiques d�une antiquit� �largie par les r�centes d�-</p><p>couvertes une vision d�autant plus abstraite qu�elle reste souvent (� l�oppos� de la d�marche anglaise d�un Nash* ou d�un Soane*) un simple jeu de l�esprit, plus grave et digne chez Boull�e, plus inventif et fantaisiste chez Ledoux, auteur des barri�res de Paris (1785-1789).</p><p>Le caract�re th�orique de tels projets a d� motiver le m�pris de leurs auteurs, d�celable dans les plans et les coupes, pour la structure des murs de refend et des charpentes. On en vient � consid�rer le dessin pour lui-m�me, oeuvre d�art � planaire � aux effets de lumi�re et d�ombre soigneusement �quilibr�s.</p><p>S�il y a rupture, elle est l� : dans ces beaux plans � l�usage des profanes, grandiloquents comme la litt�rature qui les accompagne ; dans ces � grandes machines � qui vont se multiplier avec le premier Empire et finiront par discr�diter un enseignement acad�mique fond� sur les projets de concours.</p><p>Les proph�tes</p><p>du XXe si�cle</p><p>L��pret� des � gothiques � rationalistes (tel Viollet-le-Duc*) � d�noncer la va-cuit� de tels projets, l�attirance aussi pour l�insolite, assez naturelle en p�-</p><p>riode d��clectisme* � voir aussi bien les po�mes baudelairiens, les Voyages extraordinaires de Jules Verne ou le Palais id�al de Ferdinand Cheval (Hau-terives, Dr�me, 1879-1912) �, vont permettre la r�action � fin de si�cle �</p><p>connue sous le nom d�Art* nouveau, o� �merge tout l�acquis visionnaire.</p><p>L�oeuvre du Catalan Gaud�* est, � cet �gard, exemplaire. La recherche d�une dynamique d�riv�e de celles des Andalous et des gothiques conduit cet architecte � l�emploi g�n�ralis� de la parabole et des surfaces � double courbure engendr�es par une droite, qui symbolisent � ses yeux le myst�re de la Trinit�. Ces po�mes de pierre, de c�ramique, de m�tal, � la gloire des abysses dans la Casa Mil�, ou du Jardin d��den au portail de la Sagrada Familia, ne pouvaient que para�tre incongrus dans les ann�es 25, quand les conditions sociales et �conomiques eurent provoqu� un retour aux formes pures, exprim�es dans leur rigueur nue, mais trahies par une imagination qui se croyait jacobine et n��tait que primaire. Si le b�ton coul� en coffrages rectilignes jouait alors un r�le capital, d�autres techniques, tout en restant soumises au mythe du mat�riau, allaient permettre de r�aliser les vieux r�ves, gr�ce aux efforts de certains ing�nieurs, visionnaires � leur fa�on : Eug�ne Freyssinet (1879-1962), Bernard Lafaille (1900-1955), Richard Buckminster Fuller (n� en 1895), Konrad Wachsmann (n� en 1901) entre autres.</p><p>L�utopie avait gard� ses fid�les : en 1914, la ville futuriste d�Antonio Sant�Elia (1888-1916) sacrifiait avec une souplesse organique � la</p><p>� beaut�-vitesse � ; en 1920, Bruno Taut (1880-1938) publiait Alpine</p><p>Architektur et pr�nait une fantaisie teint�e de messianisme avec ses amis du � Novembergruppe �. Mais c�est surtout F. L. Wright*, impr�gn� d�Art nouveau, qui devait dominer son demi-si�cle, en attendant le retour en force, dans le cadre d�un bouleversement des conceptions psychologiques et plas-</p><p>tiques, de visionnaires � la recherche des � mondes possibles � (selon l�expression du peintre Klee), tel aux �tats-Unis un Paolo Soleri (n� en 1920).</p><p>Aujourd�hui, m�me quand la tech-</p><p>nique seule est en vue, on aboutit souvent � une production visionnaire (d�mes g�od�siques de Fuller, certaines structures gonflables, tendues ou mobiles), tandis qu�on peut retrouver sous l��tiquette � prospective �</p><p>bien des id�es folles, des imaginations extravagantes, des desseins chim�-</p><p>riques, tout ce qui, au dire des lexicographes, caract�rise le visionnaire. On retrouve �videmment l�h�raldisme des embo�tements, des trames triangulaires d�terminant des jeux de prismes translucides (la chapelle �difi�e en 1951</p><p>� Palos Verdes, en Californie, par le fils de Wright, Lloyd [n� en 1891]...) ou des espaces clos de structures pliss�es (Breuer*...). Le go�t pour le</p><p>� rupestre � gagne jusqu�aux habitations et tente d�abolir les limites entre l�architecture et la sculpture � le fait downloadModeText.vue.download 403 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11614</p><p>est sensible d�s 1920 � la tour Einstein, �lev�e � Potsdam par Erich Mendel-sohn (1887-1953), ou en 1950 � la chapelle de Ronchamp, due � Le Corbusier*. Enfin, la continuit� de l�espace est pr�texte � restaurer la magie des symboles. La spirale, mod�le de croissance illimit�e propos� par Le Corbusier en 1939, fournit le c�ne �vas� du mus�e Guggenheim de New York</p><p>(F. L. Wright, 1943-1959 � � comparer � la pyramide invers�e projet�e en 1955 par Niemeyer* pour le mus�e de Caracas) ; elle peut aussi bien se lover sur elle-m�me, comme � l��glise de Forbach (1971), d�Emile Aillaud (n� en 1902), ou � la maison �lev�e en 1950-1957 � Norman, en Oklahoma, par</p><p>Bruce Goff (n� en 1904). Les maisons-escargots, si nombreuses aujourd�hui, sont-elles un d�fi d�risoire ou un geste vers l�inconnaissable ?</p><p>L�architecture �tait, nagu�re encore, un art de synth�se, intimement li� � un type de culture. En isolant un �</p><p>un ses composants, les visionnaires d�aujourd�hui ne font que pr�parer les �l�ments d�un nouvel ordre. Celui-ci fournira-t-il enfin aux hommes de tous les continents un univers raisonnable, d�livr� de ses fantasmes ?</p><p>H. P.</p><p>F Architecture / Classicisme / Romantisme.</p><p>&amp; M. Raval et J.-C. Moreux, Claude-Nicolas Ledoux (Arts et m�tiers graphiques, 1946). /</p><p>E. Kaufmann, Architecture in the Age of Rea-son (Cambridge, Mass., 1955 ; trad. fr. l�Architecture au si�cle des Lumi�res, Julliard, 1963).</p><p>/ U. Conrads et H. G. Sperlich, Phantastische Architektur (Stuttgart, 1960 ; trad. fr. Architecture fantastique, Delpire, 1962). / J.-M. P�rouse de Montclos, �tienne-Louis Boull�e, 1728-1799. De l�architecture classique � l�architecture r�volutionnaire (Arts et m�tiers graphiques, 1969).</p><p>vitamine</p><p>Substance n�cessaire � la vie, existant dans certains aliments et dont l�organisme ne peut effectuer la synth�se.</p><p>Les vitamines jouent en tr�s petites quantit�s des r�les fonctionnels d�une importance capitale.</p><p>La notion de vitamine fut �labor�e par le m�decin n�erlandais Christiaan Eijkman (1858-1930, prix Nobel de m�decine en 1929), qui montra en 1896</p><p>que le b�rib�ri �tait d� � la consommation de riz d�cortiqu�, le riz complet ne donnant pas cette maladie. Plus tard, en 1912, le biochimiste polonais Kazimierz Funk (1884-1967) pr�para un extrait de riz complet, actif contre le b�rib�ri exp�rimental du pigeon ; cette propri�t� fut attribu�e � une substance azot�e d�s lors appel�e vitamine.</p><p>G�n�ralit�s</p><p>L��tude des vitamines est fond�e sur l�observation de maladies dont l�origine est rest�e longtemps inexpliqu�e et sur des recherches exp�rimentales diverses. Des maladies connues depuis des temps recul�s, telles que le scorbut*, le b�rib�ri, la pellagre, etc., rel�vent d�une carence* (r�gime</p><p>priv� d�une substance d�termin�e) en certaines des vitamines aujourd�hui connues : ce sont des avitaminoses.</p><p>L�isolement des vitamines a �t� progressivement obtenu � la suite de recherches analytiques sur les rations alimentaires : avitaminoses cliniques fond�es sur l�observation de patients accidentellement soumis � des r�gimes carences, avitaminoses exp�rimentales poursuivies sur les animaux les plus diff�rents dans le dessein de pr�ciser le r�le exact de chacune des vitamines, �tude des diff�rents aliments qui les contiennent permettant d��tablir une vue d�ensemble sur l�utilit� de ces facteurs nutritionnels. Qualifi�es autrefois d�� impond�rables alimentaires �, tant leur action s�exerce � faible dose, les vitamines correspondent � des produits que l�organisme doit trouver chaque jour, en des proportions nettement �tablies aujourd�hui, dans sa ration alimentaire.</p><p>Les diff�rentes vitamines</p><p>La structure chimique des vitamines (A, B, C, D, etc.) est tr�s vari�e et, dans certains cas (vitamines P par exemple), divers produits chimiquement diff�rents entre eux sont consid�r�s comme des � facteurs vitaminiques �</p><p>analogues.</p><p>Certaines vitamines liposolubles</p><p>(solubles dans les graisses) ne peuvent �tre fournies qu�avec des aliments gras ; les autres sont hydrosolubles (solubles dans l�eau).</p><p>Vitamines liposolubles</p><p>LA VITAMINE A</p><p>Elle est pr�sente dans certaines graisses animales (beurre, foie de certains poissons). Le r�gne v�g�tal offre une sorte de pr�curseur de la vitamine A, une provitamine, le carot�ne. C�est un pigment jaune tr�s r�pandu dans le r�gne v�g�tal (choux, carottes, oranges), que le foie est capable de transformer en vitamine active.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine A est un agent de croissance, favorisant la multiplication cellulaire, et un agent de</p><p>r�g�n�ration tissulaire, protecteur des �pidermes, exer�ant une action anti-infectieuse ; surtout, elle permet la r�g�n�ration du pourpre r�tinien � l�obscurit� ; enfin, elle intervient dans l��laboration des hormones g�nitales.</p><p>Les besoins journaliers en vitamine A sont d�environ 1,5 mg.</p><p>y L�avitaminose A. Le syndrome de carence en vitamine A, aujourd�hui bien connu, a �t� observ� sur une large �chelle au Japon, sous le nom de hikan, en 1895 et en Europe � la fin downloadModeText.vue.download 404 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11615</p><p>de la Premi�re Guerre mondiale. Des r�gimes de disette (suppression de lait et de beurre) en �taient la cause.</p><p>L�avitaminose A est avant tout caract�ris�e par : la x�rophtalmie (�tat de s�cheresse de l�oeil avec opacit� de la corn�e et perte plus ou moins compl�te de la vision), accompagn�e d�une boursouflure des paupi�res et pouvant aboutir � la fonte purulente (sous forme de pus) de l�oeil ; l�h�m�ralopie, ou perte de la vision cr�pusculaire ; des troubles de la croissance chez les jeunes ; une diminution de la r�sistance aux infections.</p><p>Elle r�sulte rarement de nos jours d�une carence d�apport ; le plus souvent, il s�agit d�une carence d�utilisation chez des sujets pr�sentant des troubles digestifs chroniques qui perturbent l�absorption intestinale de vitamine A.</p><p>y L�hypervitaminose A. Due � l�administration en quantit�s excessives d�huile de foie de morue, elle donne des troubles qui gu�rissent rapidement apr�s r�duction des doses de vitamine.</p><p>LES VITAMINES D</p><p>Les vitamines D, ou vitamines anti-rachitiques, sont peu r�pandues dans la nature, et l�apport alimentaire joue chez l�homme un r�le secondaire (lait, jaune d�oeuf, huiles de foie de poisson).</p><p>La source principale chez l�homme est la synth�se cutan�e (par la peau) de vitamine D sous l�influence des rayons ultraviolets (rayons solaires) � partir d�une provitamine pr�sente dans la peau et apport�e par l�alimentation.</p><p>On conna�t plusieurs vitamines D, dites D 1, D 2, D 3, D 4 et D 5, tr�s voisines les unes des autres. La vitamine D 2, ou calcif�rol, est la plus utilis�e en th�rapeutique ; elle est issue de l�er-gost�rol, ou provitamine D 2, transform�e par des ph�nom�nes d�activation photochimiques. La vitamine D 3 est le produit naturel extrait de l�huile de foie de poisson.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine D r�gularise le m�tabolisme phospho-calcique en</p><p>favorisant l�absorption intestinale du phosphore et du calcium, et en assurant leur fixation au niveau de l�os.</p><p>Les besoins journaliers en vita-</p><p>mine D varient largement avec l��ge ; ils sont de l�ordre de 0,025 mg.</p><p>y Hypovitaminose D. La carence en vitamine D r�alise sur l�organisme en croissance un rachitisme* (d�formations squelettiques avec troubles gastro-intestinaux, atteinte de l��tat g�n�ral). Chez l�adulte, la carence en vitamine D d�termine l�ost�omalacie (d�min�ralisation squelettique g�n�-</p><p>ralis�e par insuffisance de fixation du phosphore et du calcium sur la trame prot�ique de l�os, entra�nant des douleurs osseuses avec, sur les radiographies, des images de pseudo-fractures lin�aires, sym�triques, tr�s nettes au niveau des c�tes et des omoplates).</p><p>y Hypervitaminose D. Elle survient au cours de traitements trop intenses par la vitamine D. Elle se traduit par des vomissements, une polyurie (urines trop abondantes), une polydypsie</p><p>(soif excessive), une d�shydratation et des troubles psychiques. Elle peut laisser des s�quelles (en l�absence de traitement rapide), se traduisant notamment par une n�phrocalcinose (pr�cipitation de cristaux de calcium au niveau du rein), qui �volue ensuite pour son propre compte.</p><p>LA VITAMINE E</p><p>La vitamine E, ou &#x3B1; tocoph�rol, se rencontre dans les germes de bl� et dans les organes verts des v�g�taux.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. Le r�le de la vitamine E est mal connu : elle interviendrait comme facteur antioxydant et jouerait un r�le sp�cifique au niveau de l�appareil g�-</p><p>nital. Les besoins journaliers sont de l�ordre de 20 mg.</p><p>y Hypovitaminose E. La carence en vitamine E n�a jamais �t� observ�e � l��tat pur chez l�homme ; chez le rat, elle d�termine un avortement pr�coce chez la femelle et un arr�t de la sper-matogen�se (maturation des spermatozo�des) chez le m�le.</p><p>LA VITAMINE K</p><p>La vitamine K, ou phylloquinone, se rencontre dans tous les l�gumes verts.</p><p>L�apport alimentaire est secondaire par rapport � la synth�se de vitamine K par les bact�ries de la flore intestinale chez l�homme.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine K intervient dans la synth�se par le foie de certains facteurs indispensables � la coagulation*</p><p>et principalement de la prothrombine.</p><p>Les besoins journaliers sont de l�ordre de 4 mg.</p><p>y Hypovitaminose K. La carence en vitamine K est � l�origine de la maladie h�morragique du poussin. L�avitaminose K par carence d�apport ne s�observe, dans l�esp�ce humaine, que chez le nouveau-n�, dont le</p><p>contenu intestinal amicrobien ne</p><p>peut pas synth�tiser de vitamine K.</p><p>La carence par d�faut d�absorption intestinale est beaucoup plus fr�-</p><p>quente chez l�homme : elle s�observe lorsque la s�cr�tion biliaire fait d�faut ou lorsque le transit intestinal est perturb�. La carence par d�faut de synth�se se rencontre apr�s destruction de la flore bact�rienne intestinale par un traitement antibiotique par exemple. Elle se traduit par une tendance aux saignements et par des h�morragies internes (tube digestif, m�ninges) dans les cas graves. Moins</p><p>s�v�re, la carence en vitamine K se traduit seulement par un abaissement du taux de prothrombine (facteur de coagulation).</p><p>LES VITAMINES F</p><p>On donne ce nom � des acides gras insatur�s (notamment � l�acide lino-l�ique) et � certains de leurs d�riv�s pr�sents dans les huiles v�g�tales, mais leur caract�re indispensable n�est pas prouv� chez l�homme.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. Les vitamines F, mal connues, interviendraient dans le m�tabolisme des graisses. Leurs besoins journaliers sont difficiles � pr�ciser.</p><p>y Hypovitaminose F. La carence en vitamine F d�termine chez le rat des l�sions de la peau. Il n�existe pas d�avitaminose humaine, mais l�administration de vitamine F permet d�obtenir chez l�homme des am�liorations de certaines maladies de peau.</p><p>Vitamines hydrosolubles</p><p>LES VITAMINES B</p><p>La d�nomination � vitamine B � est devenue avec le temps celle de � complexe vitaminique B �, comprenant des substances solubles dans l�eau et de provenance commune (levures). Les vitamines B se distinguent les unes des autres par leur structure, leur r�le physiologique et leur application th�rapeutique diff�rents.</p><p>1. La vitamine B 1, ou thiamine, ou aneurine.</p><p>Elle est normalement synth�tis�e par les plantes, les bact�ries et les levures.</p><p>Elle existe en quantit�s importantes dans les cuticules des graines de c�r�ales.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine B 1 est un agent important du catabolisme (consommation) des glucides. Les besoins journaliers sont de l�ordre de 1,5 mg, mais la vitamine B 1 doit �tre fournie chez l�homme en quantit�s proportionnelles � celles des glucides</p><p>ing�r�s.</p><p>y L�avitaminose B 1. Elle peut r�sulter d�une carence d�apport (consommation d�aliments raffin�s tels que le riz poli, la farine blanche), d�un d�faut d�absorption intestinale (diarrh�e, colites chroniques), d�une carence d�utilisation, comme on l�observe au cours de l�alcoolisme chronique.</p><p>Cliniquement, le b�rib�ri* se traduit par des troubles nerveux (douleurs diverses, atrophies musculaires progressives suivies de paralysie) et par des troubles cardio-vasculaires (insuffisance cardiaque). Il est d� � une carence en vitamine B 1 associ�e � une carence polyvitaminique complexe.</p><p>L�avitaminose B 1 pure est responsable de l�enc�phalopathie de Gayet-Wernicke : on l�observe surtout chez les alcooliques ; elle se traduit par des troubles psychiques et somatiques graves.</p><p>2. La vitamine B 2, ou riboflavine, ou lactoflavine.</p><p>Elle est synth�tis�e par les v�g�-</p><p>taux, surtout la levure de bi�re. On la retrouve dans certains visc�res (foie, rein, coeur), dans le lait, les oeufs, les poissons et certains v�g�taux (�pinards, carottes, laitue).</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine B 2 intervient dans les r�actions d�oxydations cellulaires. Elle joue un r�le dans l�absorption intestinale des glucides. Les besoins journaliers sont de 2 mg.</p><p>y L�avitaminose B 2. Par carence</p><p>d�apport, elle est exceptionnelle chez l�homme (plus fr�quente chez le</p><p>nourrisson) ; elle r�sulte plus souvent d�un d�faut d�absorption intestinale (troubles digestifs). Elle se traduit par de la ch�ilite (irritation des l�vres avec aspect crevass�, rouge et fissures), de la glossite (irritation de la langue, qui est rouge pourpre), de l�irritation oculaire avec diminution de l�acuit� visuelle, des troubles cutan�s (irritation avec l�sions acn�iformes des paupi�res, des oreilles).</p><p>3. La vitamine B 3, ou vitamine PP, ou nicotinamide.</p><p>Elle se rencontre dans les m�mes constituants que les autres vitamines B.</p><p>Elle peut �tre �galement synth�tis�e par les bact�ries de la flore intestinale et par le foie.</p><p>y R�le physiologique et besoins</p><p>journaliers. La vitamine B 3, ou PP, intervient dans les processus d�oxy-downloadModeText.vue.download 405 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11616</p><p>dor�ductions cellulaires. Les besoins journaliers sont d�environ 20 mg.</p><p>y L�avitaminose B 3 ou PP. Elle provoque la pellagre (d�o� le nom de para-pellagra [PP] donn� � la vitamine). Cette affection se rencontre dans les r�gions � alimentation pauvre et monotone o� le ma�s pr�domine (le ma�s contient des antivitamines PP).</p><p>Les troubles essentiels regroupent une dermatite (l�sion cutan�e) des r�gions d�couvertes de la peau avec bulles, ulc�rations, puis desquamation, une diarrh�e avec br�lures, naus�es, vomissements, une d�mence et parfois une �volution mortelle.</p><p>4. La vitamine B 4, ou ad�nine.</p><p>Elle favorise l��laboration des leucocytes (globules blancs). Les besoins journaliers sont amplement satisfaits par l�absorption de prot�ines animales (viande, poisson, etc.). Il ne semble pas exister d�avitaminose B4, mais l�administration de vitamines B4 est utilis�e pour pallier certaines d�ficiences en globules blancs.</p><p>5. La vitamine B 5, ou acide</p><p>pantoth�nique.</p><p>Elle existe dans tous les tissus animaux.</p><p>Elle est n�cessaire pour le m�tabolisme des lipides et des glucides. Les besoins journaliers sont de 15 mg. Il n�existe pas d�avitaminose B 5 humaine. Chez le rat, une carence en acide pantoth�-</p><p>nique entra�ne des troubles de la croissance associ�s � des manifestations cutan�es et nerveuses. L�acide pantoth�nique est employ� dans le traitement des maladies du cheveu.</p><p>6. La vitamine B 6, ou pyridoxine.</p><p>Elle se rencontre dans la levure de bi�re, le lait, les oeufs. Elle intervient dans l�utilisation des lipides et des glucides. Les besoins journaliers sont de 2 mg. La carence en vitamine B 6 se traduit par des troubles neurologiques avec acrodynie (gonflement et refroidissement des mains et des pieds, qui sont douloureux).</p><p>7. La vitamine B 9, ou acide folique.</p><p>Elle se rencontre dans la levure de bi�re, les l�gumes frais � feuilles vertes.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine B 9 est indispensable � la maturation des glo-</p><p>bules rouges. Elle joue un r�le dans la consommation des protides. Les besoins journaliers sont de 15 mg.</p><p>y L�avitaminose B 9. Elle se tra-</p><p>duit par une an�mie (diminution du nombre des globules rouges) et par des troubles de la croissance.</p><p>8. La vitamine B 12, ou</p><p>cyanocobalamine.</p><p>Elle se trouve dans de nombreux aliments (viandes, lait). Elle est indispensable � la formation des globules rouges. Les besoins journaliers sont de 0,003 mg. L�avitaminose B 12 se traduit par une an�mie. Elle r�sulte d�un d�faut d�absorption intestinale de la vitamine B 12.</p><p>9. La vitamine H, ou biotine.</p><p>Elle est rattach�e aux vitamines B. On la rencontre dans le rein, le foie, le jaune d�oeuf. Elle est �galement synth�tis�e par les bact�ries de la flore intestinale. Les besoins journaliers sont de 20 mg. La carence en vitamine H</p><p>n�existe pas chez l�homme ; chez le singe, elle est responsable de troubles cutan�s aigus ou d�une chute des poils.</p><p>LA VITAMINE C</p><p>La vitamine C, ou acide ascorbique, a �t� isol�e en 1928 par le biochimiste hongrois Albert Szent-Gy�rgyi (n� en</p><p>1893, prix Nobel de m�decine en 1937) de la glande corticosurr�nale ; elle est pr�sente dans les oranges, les citrons, les fruits et l�gumes frais, et les vertus curatives de ceux-ci sur le scorbut �taient connues depuis longtemps.</p><p>y R�le physiologique et besoins journaliers. La vitamine C intervient dans l��laboration de la substance conjonctive (tissus de soutien), dans la formation des vaisseaux, des cartilages et de l�oss�ine des os. Elle stimule la maturation des globules rouges.</p><p>Les besoins journaliers, de l�ordre de 75 mg, sont augment�s au cours des maladies infectieuses aigu�s.</p><p>y L�avitaminose C. Elle r�alise chez l�adulte le scorbut, caract�ris� au d�but par une gingivite (inflammation des gencives) avec ulc�rations et h�morragies ; bient�t les dents se d�chaussent et tombent ; l��tat g�n�-</p><p>ral devient mauvais ; les parois des vaisseaux capillaires se fragilisent, et les h�morragies s��tendent aux territoires les plus divers (peau, muscle).</p><p>Des h�morragies digestives, urinaires, de la fi�vre conduisent � la mort par d�faillance cardiaque. Le scorbut infantile, ou maladie de Barlow, se manifeste par des signes comparables avec an�mie, fi�vre, douleurs des extr�mit�s des membres, dues � des troubles de l�ossification.</p><p>Les vitamines P</p><p>Elles regroupent trois substances (la ci-trine, la rutine et l�esculoside) que l�on rencontre dans tous les fruits. Leur r�le physiologique et leurs besoins journaliers sont inconnus. La carence en vitamine P entra�ne des p�t�chies (h�morragies cutan�es sous forme de petites taches rouges sous la peau) en raison de la fragilit� des vaisseaux capillaires.</p><p>L��tude des vitamines permet de</p><p>comprendre le danger que repr�sentent des r�gimes alimentaires trop monotones, l�abus d�aliments purs, st�rilis�s � trop haute temp�rature, la n�cessit� d��quilibrer les r�gimes entre l�apport des aliments et celui des vitamines indispensables � leur utilisation (glucides et vitamine B 1 par exemple), le r�le pathog�ne d�un apport insuffisant</p><p>en vitamines : leur d�ficit engendre des maladies graves par avitaminose ; leur d�ficit seulement relatif r�alise des �tats de pr�carence qui peuvent �tre brusquement r�v�l�s au cours de nombreuses maladies et notamment</p><p>d�infections.</p><p>La vitaminoth�rapie</p><p>C�est le traitement par les vitamines. Les vitamines sont administr�es pour corriger les avitaminoses et parfois, � doses beaucoup plus fortes, comme agents th�rapeutiques contre des maladies dans lesquelles la carence en vitamines n�est pas la cause de l��tat morbide. Ainsi, la vitamine C est employ�e dans le traitement des asth�-</p><p>nies, des fatigues, du surmenage ; les vitamines B 1, B 6 et B 12 sont employ�es dans le traitement des n�vralgies et des n�vrites, la vitamine B 12 comme anabolisant (pour faire grossir). Tous ces traitements ne doivent �tre appliqu�s que sur prescription m�dicale.</p><p>C. V.</p><p>&amp; L. Randoin et H. Simonnet, les Vitamines (A. Colin, 1932 ; nouv. �d., 1957). / H. Thiers, les Vitamines. Biochimie, biologie, emploi th�rapeutique (Masson, 1956). / R. Lecoq, les Vitamines. Le d�pistage de leur carence et leurs indications th�rapeutiques (Doin, 1959).</p><p>/ T. W. Goodwin, The Biosynthesis of Vitamins and Related Compounds (New York, 1963). /</p><p>D. B. McCormick et L. D. Wright, Vitamins and Coenzymes (New York, 1970-71 ; 3 vol.).</p><p>vitesse</p><p>de la lumi�re</p><p>Pendant longtemps, les hommes ont cru que la lumi�re* �mise par un</p><p>corps �tait vue instantan�ment par un observateur.</p><p>Nous savons aujourd�hui qu�il n�en est rien. � titre d�exemple, rappelons que la lumi�re solaire met plus de huit minutes pour nous parvenir.</p><p>En 1676, O. R�mer d�montra que la propagation de la lumi�re n�est pas instantan�e, en observant l�occultation des satellites de Jupiter. Il obtint une mesure de vitesse �gale � 214 300 km/s.</p><p>Fizeau*, en 1849, utilisa le syst�me de la roue dent�e et mesura la vitesse de la</p><p>lumi�re c. Il trouva c = 315 300 � 500 km/s.</p><p>Cornu am�liora la m�thode et, en 1874, indiqua</p><p>c = 300 020 � 200 km/s.</p><p>En 1902, en utilisant une distance de parcours de 92 km, on trouva la valeur c = 299 880 � 84 km/s.</p><p>La m�thode du miroir tournant</p><p>de Foucault* et les am�liorations de Michelson fournirent la meilleure d�termination jusqu�au d�but de notre si�cle.</p><p>Mais, en 1860, il apparut avec</p><p>Maxwell* que la lumi�re n��tait qu�un cas particulier des ondes �lectromagn�-</p><p>tiques et que la vitesse de propagation de ces ondes �tait ind�pendante de leur fr�quence. La vitesse c fut reli�e � la permittivit� &#x3B5;0 et � la perm�abilit� ma-gn�tique &#x3BC;0 du vide par la relation Le lien entre l��lectromagn�tisme et la m�canique �tait �tabli.</p><p>Les physiciens se demand�rent alors si, comme toute vitesse en m�canique rationnelle, la vitesse de la lumi�re d�pendait du syst�me de coordonn�es dans lequel on la calculait. Les exp�-</p><p>riences de Michelson furent sur ce point n�gatives : la vitesse de la lumi�re est une constante dans tous les rep�res en mouvement rectiligne uniforme les uns par rapport aux autres (ce qu�on nomme des � r�f�rentiels galil�ens �).</p><p>Einstein*, en 1905, dans son trait� de relativit� restreinte, �non�a l��quivalence de l��nergie E d�un corps et de sa masse m par la relation</p><p>E = mc 2,</p><p>et il introduisit, en plus des trois coordonn�es spatiales x, y et z, rep�rant la position d�un point dans l�espace, une quatri�me coordonn�e t, le temps, lui conf�rant �galement un caract�re relatif.</p><p>Ce tournant r�volutionnaire, d� � la constance de c, pris au d�but du si�cle,</p><p>est l�un des fondements de la physique moderne.</p><p>De nouvelles m�thodes de mesure</p><p>de c, fond�es sur l�interf�rom�trie en ondes radiofr�quences de quelques millim�tres de longueur d�onde, ont permis, en 1958, d�adopter la valeur de c = 299 792 500 � 100 m/s.</p><p>R�cemment, en 1973, l�utilisation d�un laser � gaz h�lium-n�on stabilis� downloadModeText.vue.download 406 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11617</p><p>en fr�quence sur la raie d�absorption du m�thane (&#x3BB; = 3,39 m) a permis de calculer c en mesurant &#x3BB; et la fr�quence &#x3BD; avec un gain de pr�cision relative de 100.</p><p>Il est probable que la future valeur de c sera fix�e �</p><p>c = 299 792 458 � 1 m/s.</p><p>Partant de la valeur ci-dessus et la consid�rant dor�navant comme</p><p>constante, il serait possible de changer la d�finition actuelle du m�tre. En effet, la mesure du temps est plus pr�-</p><p>cise que la mesure de longueur gr�ce � l�horloge � c�sium 133 ou au maser � hydrog�ne. Le m�tre, d�fini comme le parcours de la lumi�re dans le vide durant 1/c seconde, aurait la pr�cision de la seconde actuelle, soit 10� 12.</p><p>L�importance de la mesure de c tant sur le plan th�orique que sur celui des applications est immense. Citons par exemple les mesures tr�s pr�cises des distances intercontinentales, permettant d��tudier une �ventuelle d�rive des continents, la mesure des distances astronomiques avec une base de triangulation faible (1 km), mais connue avec grande pr�cision.</p><p>S. H.</p><p>viticulture</p><p>F VIGNE ET VINS.</p><p>vitrail</p><p>Composition d�corative translucide, form�e de pi�ces de verre maintenues dans un r�seau de plomb et destin�e � clore une fen�tre.</p><p>Presque toujours, une op�ration de peinture s�ajoute au coloris des verres.</p><p>Ainsi d�fini, le vitrail s�est d�velopp� en Europe occidentale, surtout dans les �glises, o� il illustre, avec une iconographie complexe, les deux Testaments et la Vie des saints, constituant ainsi la � Bible des pauvres �. Il fut aussi utilis� dans les �difices civils, mais relativement peu d�exemplaires en sont conserv�s.</p><p>Technique</p><p>La fabrication d�un vitrail a lieu dans l�atelier du peintre verrier. La mati�re premi�re essentielle en est le verre, incolore ou teint� dans la masse, fabriqu� � la verrerie.</p><p>� partir d�une esquisse qu�il dessine lui-m�me ou que lui fournit un autre artiste, le peintre verrier �tablit � la taille de la fen�tre un carton o� tous les d�tails sont indiqu�s (r�seau de plomb, couleur de chaque pi�ce, dessin). Il choisit les verres et y d�coupe des pi�ces � la forme voulue, qu�il assemble pour les peindre. En l�occurrence, peindre le verre, c�est pr�ciser le d�tail (visages, drap� des v�tements) des formes, dont le contour est d�fini par le plomb, en modifiant la translu-cidit�, la couleur �tant fournie par le verre lui-m�me. Pour cela, on utilise un �mail noir�tre, appel� grisaille, que la cuisson vitrifiera � la surface du verre.</p><p>La grisaille est utilis�e soit �paisse, pour dessiner les traits, soit en lavis plus ou moins dilu�, pour obtenir le model�. Le traitement du model� varie d�une �poque � l�autre et contribue � caract�riser les diff�rents styles de peinture. L�invention du jaune d�argent (v. 1300), puis de la sanguine (XVe s.) apporta de nouvelles ressources : le jaune d�argent est un sel d�argent qui, � la cuisson, colorie le verre blanc en jaune, teint les chevelures en blond et dore les orfrois des v�tements ; la sanguine, � base de fer, donne un ton chair</p><p>qui r�chauffe les carnations. Les �maux color�s, qui permettent de placer plusieurs couleurs sur un m�me verre, furent introduits vers 1540, mais peu utilis�s dans la peinture monumentale.</p><p>Une fois peintes, les pi�ces de verre sont cuites au four, puis assembl�es dans un r�seau de plomb pour former les panneaux, le plus souvent carr�s ou rectangulaires. Les panneaux sont ensuite mastiqu�s pour qu�ils soient imperm�ables, puis munis de tiges m�talliques, les vergettes, qui leur assurent une certaine rigidit�. Pour les recevoir, la fen�tre est pourvue de barloti�res, barres de fer dont les extr�mit�s sont scell�es dans la pierre ; ces barres sont g�n�ralement horizontales et verticales, mais ont aussi �t� forg�es � la forme des panneaux aux XIIe et XIIIe s.</p><p>L�encha�nement des op�rations s�est peu modifi� au cours du temps et se pratique encore de nos jours ; mais on ne sait rien sur l�origine de cette technique. Les fouilles ont mis au jour des d�bris de vitraux du VIe (Ravenne) et du Xe s. (Basse-OEuvre de Beauvais).</p><p>Mais les fragments qui constituent les premiers vitraux connus � t�tes du Christ de Lorsch (mus�e de Darmstadt) et de Wissembourg (mus�e de l�OEuvre Notre-Dame � Strasbourg) � ne remontent pas au-del� du XIe s.</p><p>Le vitrail roman</p><p>Les plus anciens vitraux complets rest�s en place datent des environs de 1100 et se trouvent dans les fen�tres hautes de la cath�drale d�Augsbourg.</p><p>Au cours du XIIe s. se d�veloppent localement diverses � �coles �, principalement en France, dans l�Ouest (Le Mans, Angers, Vend�me, Poitiers), le Centre (Clermont-Ferrand, Lyon, Gar-gilesse, Le Champ), en Champagne</p><p>(Ch�lons-sur-Marne) et dans la r�gion parisienne (Saint-Denis, Chartres).</p><p>Ces vitraux, comme des plaques</p><p>d�orf�vrerie lumineuse, s�ench�ssent dans des ouvertures qui percent des murs encore �pais. De larges bordures les entourent, compos�es de motifs complexes, d�limitant un champ sur lequel se d�tachent les m�daillons carr�s ou circulaires, ceintur�s d�un ruban d�-</p><p>cor�, qui abritent des figures isol�es ou des sc�nes d�une iconographie savante.</p><p>Les verres sont �pais, mais de teintes claires, d�coup�s en petites pi�ces qui font scintiller la lumi�re. La peinture, d�une technique tr�s minutieuse, utilise le m�me langage que la fresque et l�enluminure romanes* : personnages trait�s en aplats, drap�s compliqu�s avec plis en V, visages et mains soigneusement d�taill�s.</p><p>Des caract�res analogues marquent les rares vitraux de la seconde moiti� du XIIe s. conserv�s dans les pays germaniques, notamment les panneaux</p><p>peints par Gerlachus, le premier peintre verrier dont la signature, accompagnant l�autoportrait, nous soit parvenue (mus�e de M�nster), ceux de Sankt Pa-trokli de Soest (Westphalie), la Vierge de Flums (Zurich, Mus�e national).</p><p>Cette esth�tique romane se retrouve � la cath�drale de Strasbourg et persiste pendant la premi�re moiti� du XIIIe s.</p><p>(Ardagger, Autriche, v. 1225-1240).</p><p>Le vitrail gothique</p><p>XIIe-XIIIe si�cle</p><p>D�s la fin du XIIe s. et surtout au d�but du XIIIe, les chantiers des grandes ca-th�drales et la construction de nombreuses �glises paroissiales fournissent aux peintres verriers l�occasion d�une activit� dont l�ampleur ne se retrouvera plus � aucun moment de l�histoire.</p><p>L�extension des surfaces vitr�es, li�e au d�veloppement de l�architecture gothique*, s�accompagne d�un changement qualitatif dans la fonction du vitrail : de composition inscrite dans une ouverture de la paroi, celui-ci devient paroi lui-m�me et d�finit le volume int�rieur ; au terme de cette �volution, la ma�onnerie a enti�rement c�d� la place � d�immenses murs de lu-mi�re, auxquels une coloration assombrie, domin�e par l�accord rouge-bleu virant au violet, donne une nouvelle densit�. Dans ces murailles de verre, le d�cor, moins riche qu�� l��poque romane, forme un tissu serr� autour des parties figur�es, regroup�es en grands m�daillons aux formes �labor�es. La composition des sc�nes se complique, et les personnages, plus nombreux,</p><p>perdent leur attitude hi�ratique. La technique se simplifie et abandonne le graphisme rigide de la peinture romane pour un model� � deux tons de grisaille qui sugg�re mieux les volumes.</p><p>Les premiers exemples de cette peinture gothique apparaissent en France, � Saint-Remi de Reims (v. 1180), et en Angleterre, � Canterbury (apr. 1174).</p><p>L��volution se poursuit au cours du premier tiers du XIIIe s. dans les grandes vitreries de Laon, de Soissons, de Saint-Quentin, d�Amiens, de Notre-Dame de Paris, de Bourges, du Mans, etc., avec une vari�t� de styles dont la cath�drale de Chartres offre � elle seule un magnifique �chantillonnage, et atteint son apog�e � la Sainte-Chapelle de Paris*.</p><p>Vers le milieu du XIIIe s., l�influence du vitrail fran�ais s��tend � toute l�Europe : en Espagne (Le�n), en Italie (Assise) et, dans les pays germaniques (par l�interm�diaire de la cath�drale de Strasbourg), jusqu�� Marburg, Ratisbonne et Semmering en Autriche (v. 1290).</p><p>Le vitrail germanique conna�t des courants stylistiques locaux, dont certains auront des prolongements dans le Jutland. L�un d�eux est caract�ris� par un mode de composition particulier : sur un � tapis � d�coratif vivement color� sont plac�es des files de m�daillons superpos�s, aux contours redent�s, qui enferment des personnages isol�s (Figuren im Langpass).</p><p>Les r�alisations les plus typiques se voient � Naumburg (v. 1250) et, en Autriche, � Heiligenkreuz (v. 1290).</p><p>Le vitrail italien, tr�s influenc� � ses d�buts par le vitrail allemand, en offre de beaux exemples vers la fin du XIIIe s.</p><p>et au d�but du XIVe � Assise et � Florence (Santa Croce).</p><p>XIVe si�cle</p><p>L��volution du vitrail au XIVe s., parall�le � celle des autres arts, tend vers un langage commun, le � gothique</p><p>downloadModeText.vue.download 407 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11618</p><p>international �, qui se r�pand dans toute l�Europe autour de 1400. Il y a deux courants principaux, les vitreries claires de France et d�Angleterre s�opposant � la pleine couleur dans les pays germaniques et en Italie.</p><p>Pr�cisons qu�� c�t� des vitraux</p><p>color�s on a produit d�s le XIIe s. des</p><p>� grisailles �, compositions d�coratives peintes sur verre blanc, cela tant pour am�liorer l��clairage que pour r�aliser des �conomies. Ainsi au d�ambu-latoire de Saint-Denis vers 1150, puis dans les �difices du XIIIe s., � Chartres, � Auxerre, � Salisbury, � York, etc. Les grisailles sont aussi le d�cor principal des �glises cisterciennes, surtout en Allemagne (Haina, Altenberg) et en Autriche (Heiligenkreuz). La seconde moiti� du XIIIe s. voit divers essais de composition associant grisailles et panneaux de couleur. De ces tentatives na�t le parti qui dominera en France et en Angleterre au XIVe s. : les panneaux de couleur, repr�sentant des sc�nes ou des figures isol�es dans un encadrement d�architecture, forment une bande horizontale entre deux registres de grisailles � ainsi d�s 1270 � Saint-Urbain de Troyes. Cette nouvelle conception de la fen�tre appelle une gamme color�e plus l�g�re, que le jaune d�argent, invent� au d�but du si�cle, enrichit de nuances d�licates. La peinture, tr�s �l�gante, se rapproche de la miniature parisienne (Jean Pucelle*).</p><p>Les plus beaux exemples se voient � Oxford (Merton College) et � la cath�-</p><p>drale d�York vers 1310, � Saint-Ouen de Rouen apr�s 1318, � la cath�drale d��vreux vers 1320.</p><p>Puis un model� plus serr� d�tache les volumes et approfondit l�espace.</p><p>La perspective gagne progressivement les architectures d�encadrement, qui, vers la fin du si�cle, se transforment en � maisons de poup�e �. En France, cet art fleurit dans les cours princi�res, autour de Charles VI (vitraux royaux d��vreux) et du duc de Berry, en particulier dans les restes de la vitrerie de la Sainte-Chapelle de Bourges conserv�s � la cath�drale (v. 1400-1405). En Angleterre, cette transformation, sensible � Gloucester vers 1350, se poursuit</p><p>sans discontinuit� pendant tout le XVe s.</p><p>(Winchester, Norwich, York).</p><p>En Allemagne, la pr�f�rence pour la pleine couleur, � laquelle le choeur de la cath�drale de Cologne pr�sente la seule exception notable, se manifeste jusque dans les teintes vives du d�cor d�architecture, qui conna�t un d�veloppement exceptionnel. Dans la r�gion rh�nane, les niches s��tirent jusqu�au sommet des lancettes, comme � la chapelle Sainte-Catherine de la cath�drale de Strasbourg vers 1330. � K�nigsfel-den, en Suisse, � la m�me �poque, la perspective donne pour la premi�re fois une certaine profondeur � ces encadrements, et le dessin des personnages est adouci par le mani�risme. Cette �volution, poursuivie � Esslingen vers 1340, aboutit pendant la seconde moiti� du si�cle aux compositions complexes du</p><p>� style Parler �, dont les plus belles r�alisations se trouvent en Autriche, � Wiener Neustadt et � Strassengel, autour de 1360.</p><p>Vers la fin du si�cle, des couleurs plus claires, des personnages �l�gants et mieux individualis�s caract�risent le</p><p>� style doux �, expression germanique du gothique international ; on le voit � Vienne vers 1380 (s�rie des portraits princiers de la chapelle ducale de la cath�drale, maintenant au mus�e des Arts appliqu�s) et en Allemagne autour de 1400 (verri�re occidentale d�Altenberg, pr�s de Cologne ; Rothenburg ob der Tauber).</p><p>XVe si�cle</p><p>Le style gothique international domine encore les premi�res ann�es du XVe s.</p><p>Puis, sauf en Italie, o� s�amorce l��volution qui m�ne � la Renaissance, le vitrail s�oriente, sous l�influence de l�art flamand, vers une meilleure repr�sentation de la r�alit� : tout en conservant int�gralement les partis de composition de l��poque pr�c�dente, les vitraux du XVe s. s�en distinguent par une nouvelle organisation de l�espace, en particulier dans la mise en perspective des encadrements d�architecture, et par un raffinement du model�. De plus, dans la seconde moiti� du si�cle, les compositions s�affranchissent progressivement de la structure de la fen�tre, une m�me sc�ne pouvant s��tendre sur plusieurs</p><p>lancettes.</p><p>Du vitrail flamand de la premi�re moiti� du si�cle, il ne reste que des fragments. Dans les quelques verri�res de la seconde moiti� du si�cle qui sont conserv�es, la conception de l�espace a bien �volu�, en m�me temps que</p><p>le traitement des personnages atteste l�influence de la peinture sur panneau contemporaine (Lierre).</p><p>En France, cet art nouveau appara�t � la cath�drale d��vreux vers 1417-1420 et s��tend rapidement � Rouen, au Mans et dans la r�gion de la Loire, � Angers, � Tours et � Bourges*, o� la grande verri�re donn�e par Jacques Coeur (v. 1450) marque un retour � une coloration plus soutenue et fait �clater le cadre impos� par les meneaux. Les successeurs imm�diats de ces ateliers vitrent la Sainte-Chapelle de Riom (v. 1460), puis la cath�drale de Moulins (v. 1490), pour laquelle le Ma�tre de Moulins fournit des cartons. De l�importante production parisienne de cette �poque, il ne reste que quelques fen�tres � Saint-S�verin (1460-1480) et surtout la rose de la Sainte-Chapelle (v. 1490), dont le style s�apparente � celui des graveurs parisiens et marque l�apog�e du vitrail gothique.</p><p>En pays germanique, l�influence</p><p>flamande se m�le vers 1420-1430 au mani�risme du � style doux � finissant, comme dans les vitraux de Hans Acker � la chapelle Besserer de la cath�drale d�Ulm (cartons de Lukas Moser) et dans le choeur de la cath�drale de Berne (v. 1440). Une autre �tape de cette �volution se marque en Suisse avec les oeuvres de Nicolas Magerfritz (1447-1450), dont la mani�re se durcit sous l�influence de Konrad Witz*. �</p><p>partir de 1460, le style gothique tardif s�installe, domin� par la personnalit� de Peter Hemmel. Ce peintre verrier downloadModeText.vue.download 408 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11619</p><p>alsacien, actif entre 1460 et 1495 environ, a assimil� les nouveaut�s apport�es par les graveurs germaniques de son �poque, du � ma�tre E. S. � � Mar-</p><p>tin Schongauer*. Il forme des compositions vivement color�es, o� sc�nes et donateurs au model� puissant s�inscrivent dans de vastes encadrements d�architectures et de branchages. Son influence s�est exerc�e de l�Alsace � l�Allemagne du Sud et jusqu�en Autriche (Saint-Thomas de Strasbourg, Nuremberg, Munich, Salzbourg) � et m�me en Andalousie par l�interm�-</p><p>diaire des fr�res Alaman, qui travaill�rent � S�ville vers 1490.</p><p>Le vitrail</p><p>� la Renaissance</p><p>� travers les vitraux de Ghiberti* au D�me de Florence (1405-1450), on</p><p>suit le passage du gothique international aux conceptions nouvelles de la Renaissance*, d�velopp�es en m�me temps en Italie par Donatello*, Uccello* et Andrea* del Castagno. L��volution se poursuit tout au long du XVe s.</p><p>jusqu�� Ghirlandaio* (Florence, Santa Maria Novella, v. 1490) et au P�rugin*</p><p>(Florence, Santo Spirito, v. 1505). Au d�but du XVIe s., un peintre verrier fran-</p><p>�ais, Guillaume de Marcillat, donne un dernier �clat au vitrail italien en interpr�tant pour le D�me d�Arezzo des compositions rapha�lesques.</p><p>Dans les pays du Nord, l�esprit de la Renaissance commence � se faire sentir au d�but du XVIe s., d�abord dans le r�pertoire d�coratif, puis en affectant plus profond�ment la vision de l�espace et la composition g�n�rale.</p><p>Mais, le plus souvent, les conceptions gothiques survivent dans le traitement des personnages, l�agencement des sc�nes et m�me dans certains �l�ments du d�cor.</p><p>Dans les anciens Pays-Bas, le sys-t�me de peinture �labor� au XVe s., et solidement �tabli, se prolonge naturellement � la Renaissance, dont nous conservons des ensembles magnifiques. De grands peintres, J. Bosch*, Jan Gossart*, Barent Van Orley*, etc., fournissent des cartons. Si la verri�re de E. de Nassau (1503) peinte par Nicolaas Rombouts (v. 1450-1531)</p><p>pour Notre-Dame d�Anvers rel�ve</p><p>encore du mani�risme gothique, d�s 1530 � Hoogstraten et � Li�ge, d�s 1537 � Bruxelles (verri�re de Charles Quint par Van Orley), de grands arcs</p><p>de triomphe tr�s � Renaissance � encadrent les personnages. � Anvers, les verri�res des familles Dassa et Fugger (1537), lib�r�es de tout cadre architectural, semblent sortir d�une estampe italienne. Dans la seconde moiti� du si�cle, la production de vitraux figur�s, ralentie par les progr�s de la R�forme, donne encore quelques chefs-d�oeuvre � Amsterdam (Oude Kerk) et surtout � Saint-Jean de Gouda, vitr� de 1555</p><p>� 1596.</p><p>L�art des peintres verriers flamands se r�pand dans toute l�Europe occidentale : on trouve ceux-ci � l�oeuvre jusqu�en Espagne (S�ville) et au Por-downloadModeText.vue.download 409 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11620</p><p>tugal (Batalha) ; en Angleterre, o� ils sont en grand nombre d�s la fin du XVe s., ces artistes contribuent en particulier � la vitrerie de King�s College � Cambridge (1515-1547, cartons de Dirck Vellert). Peu apr�s, la R�forme interrompt la production du vitrail figur� anglais.</p><p>En Allemagne, o� la production du XVIe s. est relativement peu abondante, l�influence flamande se fait sentir � Cologne, o� travaille Barthel Bruyn, et dans la r�gion rh�nane. D�rer* donne, notamment pour Sankt Sebaldus de</p><p>Nuremberg, des cartons de vitraux encore tout impr�gn�s d�esprit gothique.</p><p>Cette atmosph�re se retrouve dans les vitraux que dessinent Holbein* l�Ancien � Augsbourg et Baldung Grien*</p><p>� Fribourg-en-Brisgau. C�est seulement avec le peintre verrier Valentin Bousch, � Metz (v. 1525), que la Renaissance italienne s�introduit dans le vitrail germanique, touchant essen-</p><p>tiellement le d�cor.</p><p>En France, au sein de la production abondante et vari�e de la premi�re moiti� du XVIe s., apparaissent deux personnalit�s marquantes. Arnoult de Nim�gue est un peintre verrier flamand venu vers 1500 de Tournai � Rouen, o� il travaille jusqu�en 1513, date de son installation � Anvers ; il emprunte � la premi�re Renaissance le d�cor somptueux de ses verri�res aux couleurs rutilantes, dont les personnages sont model�s � la sanguine (Saint-Godard de Rouen, Conches, Saint-L�). Engrand Leprince*, artiste de g�nie, est le plus c�l�bre repr�sentant d�une dynastie de peintres verriers de Beauvais ; virtuose du jaune d�argent, il int�gre les fantaisies d�coratives italiennes dans des compositions d�une libert� inou�e, comme � Saint-�tienne et � la cath�-</p><p>drale de Beauvais, � Montmorency et � Saint-Vincent de Rouen.</p><p>Par ailleurs, la tradition gothique s�est maintenue dans les nombreuses verri�res champenoises et bretonnes influenc�es par les gravures venues de Flandre et d�Allemagne, et aussi dans l�imposant ensemble de Brou</p><p>(v. 1530), o� des peintres verriers locaux traduisirent des cartons peints � Bruxelles.</p><p>Au contraire, l�italianisme diffus� par l��cole de Fontainebleau* marque tout un courant de l�art du vitrail avec les oeuvres d�artistes en contact avec le chantier de Fontainebleau (verri�res de J. Chastellain � Saint-Germain-l�Auxerrois de Paris et de N. Beaurain � la Sainte-Chapelle de Vincennes) et d�autres qui s�y rattachent moins directement (�couen, Conches, Gisors et m�me Bayonne).</p><p>La seconde moiti� du si�cle pro-</p><p>longe ces diff�rentes tendances sans donner de v�ritables chefs-d�oeuvre : le vitrail color� s�efface progressivement au profit de vitreries blanches.</p><p>L��poque classique</p><p>La recherche d�une lumi�re franche qui accompagna le d�veloppement de l�architecture classique condamnait le vitrail color�. Celui-ci fut remplac� en</p><p>France par un vitrail incolore simplement agr�ment� d�une bordure peinte � l��mail, avec parfois un motif central clair, comme � la chapelle du ch�teau de Versailles. Toutefois, pour compl�ter des ensembles, on fit encore quelques vitraux color�s dans la premi�re moiti� du XVIIe s.</p><p>Malheureusement, l�exigence de</p><p>clart� fut �tendue aux �difices gothiques et entra�na la destruction de nombreux vitraux m�di�vaux, dont</p><p>la vitrerie de Notre-Dame de Paris (� l�exception des trois roses).</p><p>Les XIXe et XXe si�cles</p><p>Un regain d�int�r�t pour le vitrail se manifesta d�abord en Angleterre, vers le milieu du XVIIIe s. (W. Peckitt � York), puis en France, sous l�influence du romantisme. Les grandes restaurations du d�but du XIXe s. (Sainte-Chapelle de Paris) provoqu�rent les exp�riences men�es � la manufacture de S�vres vers 1820 par le verrier Bon-temps et les peintres verriers Didron, Lusson, etc., qui permirent de r�tablir la technique ancienne dans tous ses d�tails.</p><p>En mati�re de cr�ation, la France, malgr� les essais d�Ingres et de Delacroix pour la chapelle royale de Dreux, s�en tint le plus souvent au pastiche, alors qu�en Angleterre les pr�-</p><p>rapha�lites*, comme Rossetti, Burne-Jones et W. Morris, firent de la peinture sur verre un domaine privil�gi� de leurs recherches formelles. Leur exemple a �t� suivi par de nombreux peintres modernes qui ont tent� de transposer leur art dans le vitrail, tels Rouault*, Bazaine* (Paris, Saint-S�verin), Bis-si�re* (cath�drale de Metz), Jacques Villon (Metz) et surtout Chagall*</p><p>(Metz, Zurich, J�rusalem, Reims).</p><p>En marge du vitrail traditionnel s�est cr��e une technique voisine, o� des dalles de verre sont ench�ss�es dans du ciment. Des peintres, tel F. L�ger*</p><p>(�glise d�Audincourt), ont donn� un certain �clat � cette technique et, en l�utilisant dans de grands ensembles d�architecture civile, ont rendu au vitrail son r�le de mur de lumi�re.</p><p>F. P.</p><p>&amp; M. Aubert, le Vitrail en France (Larousse, 1947). / H. Wentzel, Meisterwerke der deuts-chen Glasmalerei (Berlin, 1951 ; 2e �d., 1954).</p><p>/ G. Marchini, le Vetrate italiane (Milan, 1955 ; trad. fr. le Vitrail italien, Arts et m�tiers graphiques, 1958). / L. Grodecki, Vitraux de France du XIe au XVIe si�cle (Caisse nat. des monuments hist. 1957). / M. Aubert, A. Chastel, L. Grodecki, J.-J. Gruber, J. Lafond et coll., le Vitrail fran�ais, des origines � nos jours (�d. des Deux-Mondes, 1958). / J. Baker, English Stained Glass (Londres, 1960 ; trad.</p><p>fr. l�Art du vitrail en Angleterre, Arthaud, 1962). / J. Lafond, le Vitrail (Fayard, 1966). /</p><p>E. Frodl-Kraft, Die Glasmalerei. Entwicklung, Technik, Eigenart (Vienne et Munich, 1970).</p><p>Dans le cadre du Corpus vitrearum Medii Aevi, r�alisation internationale, sont parus : (Allemagne) H. Wentzel, Die Glasmalereien in Schwaben von 1200-1350 (Berlin, 1958). /</p><p>(Autriche) E. Frodl-Kraft, Die mittelalterlichen Glasgem�lde in Wien (Vienne, Graz et Cologne, 1962) ; Die mittelalterlichen Glasgem�lde in Nieder�sterreich, t. I : Albrechtsberg bis Klosterneuburg (Vienne, Graz et Cologne, 1972). / (Belgique) J. Helbig, les Vitraux m�di�vaux conserv�s en Belgique, 1200-1500 (Bruxelles, 1961) ; les vitraux de la premi�re moiti� du XVIe si�cle conserv�s en Belgique. Province d�Anvers et Flandres (Bruxelles, 1968). / (Espagne) V. Nieto Alcaide, Las Vidrieras de la catedral de Sevilla (Madrid, 1969) ; Las Vidrieras de la catedral de Toledo (Madrid, 1974). / (France) M. Aubert, L. Grodecki, J. Lafond et J. Verrier, les Vitraux de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle de Paris (Caisse nat. des monuments historiques, 1959) ; J. Lafond, F. Perrot et P. Popesco, les Vitraux de l��glise Saint-Ouen de Rouen (Caisse nat. des monuments historiques et C. N. R. S., 1970). / (Grande-Bretagne) H. Wayment, The Windows of King�s College Chapel, Cambridge (Londres, 1972). / (Italie) G. Marchini, Le Vetrate dell�Umbria (Rome, 1974). / (Pays Scandinaves) A. Anderson, S. Christie, C. A. Nordman et A. Rousse, Die Glasmalereien des Mittelalters in Skandinavien (Stockholm, 1964). / (Suisse) E. J. Beer, Die Glasmalereien der Schweiz vom 12. bis zum Beginn des 14. Jahrhunderts (B�le, 1956) ; Die Glasmalereien der Schweiz aus dem 14 und 15. Jahrhundert (B�le, 1965).</p><p>vitroc�rame</p><p>Mat�riau vitrocristallin obtenu par les techniques verri�res et c�ramis� ensuite par un traitement thermique convenable.</p><p>La d�vitrification d�un verre est g�n�ralement un accident. Il arrive que des objets ayant s�journ� intem-pestivement dans une arche deviennent opaques par suite de la d�vitrification, mais ils sont g�n�ralement d�form�s.</p><p>R�aumur avait observ� le ph�nom�ne et maintenait la forme en noyant l�objet dans du sable (porcelaine de R�aumur).</p><p>La d�vitrification exige la pr�sence de germes cristallins dont la temp�rature de formation ne co�ncide pas n�cessairement avec celle qui permettrait la croissance des cristaux. Le ph�no-m�ne n�a d�ailleurs �t� bien compris qu�apr�s les �tudes r�centes sur les questions d�immiscibilit� et de s�paration de phases. Si, sur le diagramme d��quilibre le plus simple de la s�paration d�un m�lange liquide homog�ne de deux corps A et B, en deux liquides s�par�s A + B, il ne se produit pas de cristallisation au refroidissement pour aucun des deux corps A ou B, on peut observer la formation de deux verres superpos�s. On r�serve le terme de d�mixtion pour caract�riser une s�paration de phases dans laquelle l�une des phases pr�cipite dans l�autre (matrice) d�une mani�re d�sordonn�e, conduisant � un milieu vitreux, en apparence isotrope, mais constitu� par des micro-h�t�rog�n�it�s. Les syst�mes SiO2Li2O</p><p>et SiO2Na2O pr�sentent cette tendance downloadModeText.vue.download 410 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11621</p><p>� la d�mixtion. Des consid�rations thermodynamiques font que la d�mixtion est ou n�est pas spontan�e. La courbe qui s�pare les deux domaines m�tastables est appel�e spinodale.</p><p>Dans les r�gions ext�rieures � la limite spinodale, l��tat m�tastable tol�re de faibles fluctuations de composition. La d�mixtion ne s�amorce qu�en pr�sence d�agents formateurs de germes. � l�in-t�rieur de la courbe spinodale, la d�-</p><p>composition est spontan�e et se produit en tous points, sans germes, de sorte que les deux phases sont interconnect�es. La cristallisation de l�une ou des deux phases peut intervenir alors � la condition d�introduire des germes cristallins. De tels germes peuvent ne</p><p>pas correspondre au cristal qui va se former, pourvu que la structure cristalline de ces germes qui va servir de mod�le soit de m�me type et que les param�tres cristallins ne diff�rent pas de � 10 � 15 p. 100. Pour obtenir la pr�sence de ces germes dans les verres destin�s � �tre c�ramis�s, on s�adresse � des �l�ments solubles dans le verre fondu et insolubles � plus basse temp�rature, tels que l�oxyde de zirconium (ou zircone) ZrO2, l�oxyde de titane TiO2, l�oxyde de zinc ZnO, etc. La composition est choisie pour pr�senter le ph�nom�ne de d�mixtion. En effet, la c�ramisation de la porcelaine de R�aumur se faisait � une temp�rature � laquelle le verre ordinaire se ramol-lissait ; dans les vitroc�rames, une des phases interconnect�es qui d�vitrifie la premi�re sert de support � l�autre jusqu�� ce que, suffisamment ramollie � son tour, elle puisse d�vitrifier.</p><p>Apr�s la fusion normale de la composition choisie, les objets sont mis en forme par les proc�d�s habituels en verrerie. L�objet est ensuite maintenu � la temp�rature voulue pour que l�agent nucl�ant agisse (une centaine de degr�s au-dessus de la temp�rature de recuisson), puis est port� � la temp�rature de c�ramisation, qui d�pend des phases cristallines engendr�es.</p><p>La transformation peut �tre totale ou garder une partie vitreuse. Un verre � 65,5 p. 100 de silice SiO2, � 26 p. 100</p><p>d�alumine Al2O3, � 4 p. 100 d�oxyde de lithium Li2O, � 4,5 p. 100 d�oxyde de titane TiO2 cristallise en deux heures � 900 �C.</p><p>Au contraire des c�ramiques clas-</p><p>siques, issues du frittage de grains de dimensions finies, les vitroc�rames proviennent de germes de dimensions submicroscopiques, r�partis uniform�-</p><p>ment dans la masse. Les cristaux obtenus sont tr�s fins et �troitement li�s. Il en r�sulte une grande r�sistance � la rupture. Un �ventail consid�rable de composition permet d�adapter les propri�t�s des vitroc�rames � de multiples usages :</p><p>� rad�mes (tr�s faibles pertes di�lectriques) ;</p><p>� vaisselle culinaire (tr�s bonne r�sistance aux chocs thermiques) ;</p><p>� canalisations en g�nie chimique (tr�s faible attaquabilit�) ;</p><p>� soudure des tubes de t�l�vision en couleurs (c�ramisation � basse temp�rature) ;</p><p>� disques de t�lescopes (tr�s faible coefficient de dilatation), etc.</p><p>Les Russes utilisent comme mati�re premi�re des scories vitreuses, qui conduisent, apr�s c�ramisation, � des plaques de roulage et � des conduits d�une remarquable duret� et d�une excellente r�sistance � l�abrasion.</p><p>I. P.</p><p>F C�ramique / Verre / Verrerie.</p><p>&amp; W. M. Pvlushkiw, Principes de la technologie des Sitalls (Moscou, 1970). / O. Knapp et P. O. Kunth, Glaskeramiken und Schmelzsteine (Dresde, 1972).</p><p>Vitruve</p><p>Ing�nieur militaire et hydraulicien romain du Ier s. av. J.-C., auteur d�un trait� d�architecture, le seul de l�Antiquit� � nous �tre parvenu.</p><p>L��poque d�Auguste, dans les deux grands t�moignages en prose qu�elle nous a l�gu�s, l�Architecture de Vitruve et l�Histoire de Rome de TiteLive*, s�est attach�e � recueillir une tradition appel�e � guider notre classicisme* dans le choix de ses mod�les.</p><p>Cela a donn� le type du h�ros corn�-</p><p>lien, mais nous a condamn�, en architecture, � m�conna�tre trop longtemps l�apport romain imp�rial (v. Rome).</p><p>L�architecte, il est vrai, n�avait rien d�un visionnaire, du moins si l�on en juge sur un texte priv� de son illustration et maintes fois recopi� durant tout le Moyen �ge jusqu�� sa premi�re �dition � Rome en 1486.</p><p>Par son oeuvre, d�di�e � un empereur qu�on peut identifier � Auguste � la situant ainsi vers 27-23 av. J.-C. �, on sait que Vitruve �leva la basilique de Fanum Fortunae (auj. Fano) en interpr�tant les r�gles hell�nistiques. Gr�ce � Frontin (Ier s. apr. J.-C.), qui lui attribua le module quinaire en lui d�diant ses Aqueducs de Rome, on sait aussi qu�il fut ing�nieur du service des eaux ; mais on n�est pas certain de son identit�. Dans un travail de compilation du milieu du IIIe s., Faventinus cite : � Vitruvius Pollio et autres � ; mais Pollio d�signe-t-il le cognomen ou une autre personne ? Apr�s Auguste Choisy, Paul downloadModeText.vue.download 411 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11622</p><p>Thielscher (dans Realenzyclop�die, 1961) a opt� pour la seconde solution ; mieux, il a voulu voir dans l�architecte le praefectus fabrum de Jules C�sar et son favori : le chevalier de Formiae, Lucius Vitruvius Mamurra (Ier s. av. J.-</p><p>C.). L�organisation du g�nie militaire, l�emploi des engins de si�ge ont eu une large part dans la conqu�te des Gaules ; aussi peut-il �tre tentant d�identifier � l�officier de C�sar notre obscur architecte, dont on sait par ailleurs qu�il fut expert en machines de guerre. Des sp�cialistes, il est vrai, s�y refusent ; pour Pierre Ruffel et Jean Soubiran, par exemple (Recherches sur la tradition manuscrite de Vitruve, 1960), les contradictions du texte peuvent s�expliquer par une dualit� de r�daction, et son appareil math�matique par l�intervention d�un autre Vitruve, auteur, au Ier s. de l�Empire, d�un trait� d�arpentage. Apr�s tout, si l�architecte avait �t� le second de C�sar, pourquoi serait-il rest� muet � ce propos vingt ans apr�s la disparition de son chef ?</p><p>Quoi qu�il en soit, le De architectura r�unit une irrempla�able information sur les principes g�n�raux (livre I),</p><p>les mat�riaux et leur emploi (II), les ordres* et leur application aux temples (III-IV), les b�timents publics et priv�s (V-VI), les rev�tements d�coratifs (VII), les eaux (VIII), l�astronomie appliqu�e � la mesure du temps (IX), les machines (X). Sa technicit� m�me devait rendre ce texte de moins en moins accessible aux g�n�rations d�utilisateurs qui, durant tout le Moyen �ge et � force de le recopier, en ont obs-curci le sens.</p><p>Depuis la Renaissance, nombre</p><p>d��diteurs se sont attach�s � restituer les figures de l�ouvrage, � commenter les passages difficiles de celui-ci � la lumi�re des fouilles. Cela sans atteindre, il est vrai, � un r�sultat d�finitif : l�architecture imp�riale romaine a bien souvent effac� celle de la R�publique, et elle ne saurait servir � interpr�ter cette derni�re. Par ailleurs, la nature didactique de l�ouvrage avait incit� les plus grands architectes (de Palladio*, de Serlio*, de Vignole* � Jean-Baptiste Rondelet [1743-1829]</p><p>en passant par Perrault*...) � le corriger ou � le compl�ter de leur propre exp�rience, quitte, � la limite (le Vitruvius britannicus par exemple), � n�en conserver que le titre.</p><p>Retour � la puret� antique, le n�o-classicisme aurait pu, gr�ce aux fouilles de Campanie, rendre au message vitruvien sa vraie grandeur. Il n�en fut rien ; et d�un texte d�pouill� d�une tradition prestigieuse il ne devait survivre qu�un simple t�moignage arch�ologique, d�-</p><p>sormais sans influence.</p><p>H. P.</p><p>&amp; A. Choisy, Vitruve. Texte, traduction, analyse et figures (Lahure, 1909, 4 vol. ; nouv. �d., F. de Nob�le, 1972, 2 vol.). / H. Koch, Vom Nach-leben des Vitruv (Baden Baden, 1951).</p><p>vivace (plante)</p><p>Une plante est dite vivace ou encore p�rennante lorsqu�il lui faut plusieurs ann�es pour germer, se d�velopper et se reproduire ; l�expression plante vivace s�oppose � celle de plante annuelle, utilis�e lorsque tout le cycle s�op�re en moins d�un an (souvent en quelques mois, voire en quelques semaines dans</p><p>les r�gions d�sertiques � la suite d�une pluie [�ph�m�rophytes]).</p><p>Certaines plantes vivaces n�ont,</p><p>comme les annuelles, qu�une floraison : ce sont les � monocarpiques � ; pour la plupart, leur �poque de reproduction se situe la deuxi�me ann�e (plantes bisannuelles), la premi�re ann�e correspondant � une vie purement v�g�tative, pendant laquelle s�accumulent des r�serves. Chez la Carotte, par exemple, la racine devient tuberculeuse, riche en glucides, et c�est � la fin de cette p�riode qu�on la recueille � des fins alimentaires. Si, par contre, on la laisse en terre, la couronne de feuilles d�coup�es dispara�t par fl�trissement � l�automne, et le v�g�tal passe l�hiver � l��tat de vie ralentie (respiration plus faible et assimilation nulle), puis au printemps, � partir d�un bourgeon situ� au milieu du collet, lui aussi gonfl� de r�serves, se d�veloppe une tige portant lat�ralement quelques feuilles et termin�e par une ombelle de fleurs blanches ; � ce moment, la racine lignifi�e a perdu ses r�serves et, apr�s la formation des graines, la plante meurt totalement. D�autres, pluriannuelles, ont un mode de vie analogue, mais la p�riode v�g�tative est tr�s longue, et la floraison unique marque la derni�re ann�e de vie de la plante. Ainsi, chez l�Agave, on voit appara�tre au bout d�un temps variable (de 10 � 100 ans) une immense hampe florale pouvant atteindre de 10 � 12 m chez certaines grandes esp�ces ; ces inflorescences constituent une caract�ristique des paysages mexicains.</p><p>La plupart des esp�ces vivaces</p><p>poss�dent, par contre, plusieurs floraisons successives, et la permanence de l�appareil v�g�tatif est li�e � diverses caract�ristiques anatomiques et physiologiques.</p><p>Les arbres sont un bon exemple de plantes vivaces : leur croissance est th�oriquement ind�finie et se poursuit chaque ann�e aussi bien en longueur qu�en �paisseur. La ramification, due au fonctionnement de certains bourgeons axillaires, se d�veloppe intens�ment ; les organes anciens, racines et tiges, se lignifient, donnant de la rigidit� � l�ensemble ; seules les parties</p><p>terminales restent relativement molles.</p><p>Apr�s plusieurs ann�es (60 ans chez le Ch�ne rouvre), des fleurs commencent � se former, et une nouvelle floraison appara�t r�guli�rement chaque ann�e.</p><p>De tels v�g�taux ont dans nos r�gions des p�riodes de vie active (printemps, �t�) et de vie ralentie (automne, hiver).</p><p>Le d�part de la v�g�tation au printemps, au moment o� la temp�rature ext�rieure devient plus cl�mente, se caract�rise par une mont�e abondante de s�ve (dans les vaisseaux du bois), transportant les r�serves accumul�es au cours de l�ann�e pr�c�dente dans les parenchymes corticaux, m�dullaires, lib�riens ou lignifi�s des racines ou des tiges. Ces substances vont permettre le d�veloppement des bourgeons, form�s en automne et entour�s d��caill�s protectrices, assurer l�amorce d�une phase de croissance et aussi la formation des fleurs. La nutrition g�n�rale du v�g�tal, la maturation des graines et une nouvelle mise en r�serve sont ensuite assur�es par une photosynth�se intense au printemps et en �t�.</p><p>Les arbres, comme les arbustes et les arbrisseaux, peuvent porter des feuilles caduques (Ch�ne, H�tre, Peuplier...) ou, au contraire, p�rennes (Conif�res, Ch�ne vert, Romarin, Bruy�re...). Les premi�res jaunissent et tombent dans nos r�gions � l�automne et en zone tropicale avant la saison s�che (v�g�-</p><p>tation tropophile) ; elles se d�tachent des tiges qui les ont port�es au niveau d�une zone d�abscission qui se sub�-</p><p>rise et se cicatrise. Cela a pour effet de diminuer consid�rablement la perte d�eau et, de ce fait, le courant de s�ve dans les vaisseaux ; d�autre part, la photosynth�se se trouve arr�t�e. � ce moment, l�intensit� respiratoire s�affaisse et la plante r�siste ainsi � la mauvaise saison. Chez les Conif�res, on observe aussi une p�riode de vie ralentie en hiver, pendant laquelle la croissance est arr�t�e jusqu�au printemps ; l�existence de r�serves favorise alors le d�part de la v�g�tation. La perte d�eau par les aiguilles de Conif�res est tr�s faible du fail de leur forme, de leur cuticule �paisse et aussi de la disposition des stomates.</p><p>La for�t dense �quatoriale, qui est en permanence toujours feuillue, n�est,</p><p>cependant, pas compos�e en majorit� d�arbres � feuilles persistantes ; en fait, la plupart des arbres perdent leurs feuilles chaque ann�e pendant un laps de temps tr�s court (deux � trois semaines), mais, suivant les esp�ces, � diff�rentes p�riodes de l�ann�e. Ils ont donc comme les autres une p�riode de repos, mais ici tr�s courte � cause du climat.</p><p>Dans les r�gions arides, les v�g�taux vivaces n�ont souvent de feuilles que pendant un laps de temps tr�s court (Peresquia) ou m�me pas du tout.</p><p>Adapt�s � la s�cheresse, ils fleurissent � l��tat adulte tous les ans et forment des fruits et des graines.</p><p>Dans les r�gions semi-arides, de</p><p>nombreuses plantes vivaces sont arbustives et forment des peuplements voisins de ceux que l�on trouve dans la r�gion m�diterran�enne (garrigue, maquis) ; ces arbustes sont, comme les plantes d�sertiques, tr�s bien arm�s contre la s�cheresse ; ils sont souvent �pineux (Euphorbia spinosa, Astra-gale...) et perdent parfois leurs feuilles pendant la saison s�che (Genista hor-rida). Mais de nombreuses esp�ces ont des feuilles persistantes pr�sentant des caract�res x�riques : forte cuticule, stomates enfonc�s dans des cryptes, importante pilosit�, donnant � ces plantes une couleur gris�tre (Lavande, Romarin, Bruy�re). Souvent, les arbustes prennent une forme en coussin appliqu� sur le sol, r�duisant ainsi l�action dess�chante du climat ; moins d�velopp� que dans les r�gions d�sertiques, le syst�me souterrain est encore tr�s important pour ces esp�ces et, dans bien des cas, emp�che un peuplement ferm�.</p><p>De nombreuses plantes herbac�es</p><p>sont �galement vivaces. Parmi elles, on en trouve qui ont un appareil v�g�tatif a�rien permanent (h�micryptophytes) en forme de rosette (P�querette, Pissenlit) ; seule la hampe florale s��l�ve et marque une diff�rence entre les formes d�activit� et de repos. La Re-noncule jaune a �galement une rosette, mais pousse en outre, au printemps, une tige dress�e feuill�e. Pour d�autres, il ne subsiste pendant l�hiver qu�une partie souterraine presque inapparente, d�o� repousse � la belle saison</p><p>un nouvel organe a�rien constitu� de tiges, de feuilles et de fleurs (Ortie).</p><p>Chez les Graminac�es, il y a formation de touffes (plantes cespiteuses) downloadModeText.vue.download 412 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11623</p><p>persistantes qui repartent au printemps (Molinie) ou de souches tra�antes par stolons (Chiendent, Oyat).</p><p>Parfois, les parties a�riennes disparaissent si compl�tement que l�on ne distingue plus la plante pendant la mauvaise saison (cryptophytes). Il ne reste qu�un rhizome (tige souterraine) et des racines (An�mone Sylvie, Sceau-de-Salomon) ; au printemps, un bourgeon �bauch� l�ann�e pr�c�dente forme des feuilles et des fleurs. Parfois, ce sont des tubercules (Pomme de terre) qui assurent la p�rennit� de la plante : � les yeux � de la Pomme de terre sont des bourgeons qui peuvent se d�velopper et donner un appareil v�g�tatif complet en utilisant les r�serves amylac�es accumul�es l�ann�e pr�c�dente.</p><p>Les bulbes (g�ophytes) permettent �galement le passage de la mauvaise saison ; ainsi, chez l�Oignon, des feuilles charnues (�cailles) sont ins�-</p><p>r�es sur un plateau (tige t�lescop�e) porteur en son milieu d�un bourgeon ; ce dernier se d�veloppe au printemps, donne une inflorescence �lev�e et des feuilles. Puis de nouvelles r�serves s�accumulent � la base de ces derni�res, constituant ainsi un nouvel Oignon pour attendre l�ann�e suivante.</p><p>Le processus n�est que l�g�rement diff�rent chez le Crocus, qui poss�de un bulbe solide.</p><p>J.-M. T. et F. T.</p><p>Vivaldi</p><p>(Antonio)</p><p>Violoniste et compositeur italien (Venise 1678 - Vienne 1741).</p><p>La vie</p><p>Il �tudie d�abord le violon avec son p�re, Giovanni Battista, membre es-</p><p>tim� de la chapelle ducale de Saint-Marc, o� il est bient�t admis lui-m�me.</p><p>Dans ce foyer musical qui, depuis A. Willaert*, les Gabrieli*, C. Monteverdi* et P. F. Cavalli*, est demeur� exceptionnel, il travaille l�orgue et la composition. Il aurait alors re�u l�enseignement du premier ma�tre de la chapelle, Giovanni Legrenzi (1626-1690) ; mais celui-ci, en supposant qu�il en ait �t� ainsi, mourut trop t�t pour avoir sur son disciple une r�elle influence.</p><p>Destin� d�s sa jeunesse au sacer-</p><p>doce, Vivaldi devient sous-diacre en 1699 et diacre en 1700. En 1703, il est ordonn� pr�tre, et, en m�me temps, nomm� professeur de violon au s�minaire musical d�un des quatre ospedali (hospices) v�nitiens r�serv�s aux jeunes filles pauvres, celui de la Piet�. Il s�applique aussit�t � concilier musique et religion, mais le z�le qui l�anime est de courte dur�e ; il renonce bient�t � exercer son pieux minist�re.</p><p>Une maladie de naissance, sans doute de l�asthme, provoque chez lui une angoisse chronique et le contraint � ne plus dire la messe. Il n�abandonne pas pour autant son habit sacerdotal et fait montre d�une d�votion sinc�re, qu�il manifestera toujours avec ostentation.</p><p>Dot�, comme tous les siens, d�une chevelure rousse, on le conna�tra surtout par son sobriquet : il Prete rosso (le Pr�tre roux). Malgr� son �tat pr�caire, Vivaldi m�ne alors une vie prodigieusement agit�e et partage son temps entre ses occupations � Saint-Marc, � la Piet�, o� il devient chef d�orchestre et compositeur ordinaire, et tr�s rapidement au th��tre, qui absorbera la majeure partie de son temps.</p><p>D�s 1705, il publie � Venise l�opus 1</p><p>(12 Suonate da camera a tre), puis en 1709 l�opus 2 (12 Sonate a violino e basso per il cembalo) de sa musique instrumentale, la seule qui, de son vivant, aura, en partie seulement, les honneurs de l��dition. Ses autres recueils, dont la parution s��chelonnera jusqu�� la fin de sa vie, verront le jour (sauf les deux derniers) � Amsterdam, chez �tienne Roger et ses successeurs : Jeanne Roger et Michel Le C�ne.</p><p>Tandis qu�apparaissent ses premi�res sonates, Vivaldi a, au th��tre San Gio-</p><p>vanni Crisostomo, o� l�on repr�sente en 1707 Il Mitridate Eupatore et Il Trionfo della libert� de A. Scarlatti*, et en 1709 Agrippina de H�ndel*, la r�v�lation de l�op�ra. Compositeur d�j� connu � il a lui-m�me dirig� en 1709 vingt-sept concerts � la Piet� �, il songe � son tour � aborder la sc�ne, qui permet alors � tout musicien italien de toucher un public plus large, de gagner de l�argent et de humer la gloire de plus pr�s.</p><p>Vers cette �poque, les circonstances le servent. Il fr�quente le palais Otto-boni, o� se rencontrent les musiciens italiens ou �trangers de passage, et fait la connaissance, par l�interm�diaire de Francesco Gasparini (1668-1727), directeur de la Piet�, d�un homme d�affaires peu recommandable, Santurini, impr�sario du th��tre San Angelo. Cet homme avis� favorise sa carri�re dramatique ; il est � l�origine des nombreux voyages du musicien et des cong�s que celui-ci sollicitera contin�ment � partir de 1710. De 1710 � 1712, on ignore tout de l�activit� de Vivaldi, sauf qu�il publie � Amsterdam son opus 3</p><p>(L�Estro armonico [le G�nie harmonique] ; 1711), qui r�unit sept concerti grossi et cinq concertos de soliste. De retour dans sa ville natale, il reprend ses fonctions habituelles. Le 17 mars 1713, il fait repr�senter � Vicenza son premier op�ra, Ottone in villa ; l�ann�e suivante, l�oeuvre est reprise au th��tre San Angelo � o� il a succ�d� comme impr�sario � Santurini � avant son second op�ra, Orlando finto pazzo (1714). Vivaldi pratique alors tous les genres. Il �crit pour la Piet� deux oratorios, Moyses Deus Pharaonis (1714) et Juditha triumphans (1716), et fait �diter � Amsterdam son opus 4 (La Stravaganza, v. 1712-13) et ses opus 5, 6 et 7 (v. 1716-17). De 1716 � 1728, il composera chaque ann�e un ou plusieurs op�ras (quatre en 1720, repr�-</p><p>sent�s � Rome, � Mantoue, � Venise et � Milan ; six en 1727, repr�sent�s � Venise, � Florence et � Reggio). En 1717, il se dit ma�tre de la chapelle et de la chambre du prince Philippe, landgrave de Hesse-Darmstadt, mais l�on ignore s�il occupa r�ellement cette charge, qui fut peut-�tre purement honorifique. Toujours est-il qu�il poursuit n�anmoins son oeuvre p�dagogique</p><p>� la Piet�, sauf de 1718 � 1722, o� il est presque toujours absent de Venise.</p><p>Entre-temps, il est violemment attaqu� par Benedetto Marcello (1686-1739), dans sa virulente satire sur l�op�ra v�-</p><p>nitien Teatro alla moda (1720).</p><p>Entre 1723 et 1725, il r�int�gre la Piet�, tout au moins par intermittence.</p><p>Mais, de 1725 � 1735, on n�enregistre aucun paiement le concernant. Vivaldi semble, jusque vers 1728, vivre � Venise, o� il d�ploie une intense activit�. Il compose une dizaine d�op�ras, dont sept sont jou�s au San Angelo (L�Inganno trionfante in amore, 1725 ; Dorilla in Tempe, 1726 ; Cunegonda, 1726 ; Farnace, 1726 ; La Fede tradita e vendicata, 1727 ; Orlando, 1727 ; Rosilena ed Oronta, 1728), deux � Florence (Ipermestra, 1727 ; Ate-naide, 1728) et un � Reggio (Siroe re di Persia, 1727). Vers 1725, Michel Le C�ne publie � Amsterdam son opus 8</p><p>(Il Cimenta dell�armonia e dell�inventione [la Confrontation de l�harmonie et de l�invention]), ensemble de douze concertos pour violon, dont Le Quattro Stagioni (les Quatre Saisons), qui sont ex�cut�es � Paris au Concert spirituel en 1728.</p><p>De 1728 � 1733, Vivaldi dispara�t de la sc�ne v�nitienne. Il circule dans les cours italiennes, va � Rome, � Trieste, � Vienne, o� il rencontre l�empereur Charles VI, � qui il d�die son opus 9</p><p>(La Cetra [la Lyre], Amsterdam, 1728), peut-�tre � Dresde (o� quelques-uns de ses manuscrits sont conserv�s) et � Amsterdam, o� para�t son opus 10</p><p>(VI Concerti a flauto traverso, v. 1729-30). En 1729, il a demand� une ann�e de cong� � Saint-Marc. Il va sans doute � V�rone, o� il fait repr�senter Semira-mide (1731) et La Fida Ninfa (1732).</p><p>De retour � Venise, on joue jusqu�en 1739 sept op�ras nouveaux de sa composition, dont l�un compte parmi les meilleurs, L�Olimpiade (carnaval, 1734). Deux autres sont aussi cr��s, l�un � Florence (Ginevra principessa di Scozia, 1736), l�autre � V�rone (Ca-tone in Utica, 1737). Vivaldi se rend � Amsterdam en 1738 � l�occasion</p><p>du centenaire du th��tre et y pr�sente L�Oracolo in Messenia et Feraspe</p><p>(probablement son dernier op�ra), d�j� cr��s � Venise. Apr�s un nouveau</p><p>s�jour dans la cit� des Doges, durant lequel il reprend son service � la Piet�, il dispara�t brusquement, apr�s avoir vendu ses concertos. Il rend probablement visite � la cour de Dresde, puis va � Vienne pour y s�journer ; mais il est contraint d�y rester et il meurt (1741) dans l�indiff�rence g�n�rale.</p><p>Vivaldi est un personnage curieux, de tendance lib�rale, plein de contradictions, souvent insaisissable, mais typiquement v�nitien. Il m�ne, en d�pit de sa sant� pr�caire, une vie tr�pidante et capricieuse. Dans ses voyages, il se fait accompagner d�une suite f�minine, dont la cantatrice Anna Giraud, interpr�te de ses oeuvres, qui tient aussi aupr�s de lui un r�le d�assistante et de secr�taire. Cette petite escorte, dont il ne pouvait pas se passer pour raisons de sant�, lui vaudra de nombreux sarcasmes et quelques �checs ; c�est ainsi que son projet de saison d�op�ra � Ferrare fut interdit en 1737 par le nonce apostolique. Intelligent, plein d�ardeur, passionn� par son m�tier, Vivaldi a le travail facile : il peut �crire un op�ra en cinq jours et se flatte de mettre moins de temps pour composer un concerto qu�un copiste pour le transcrire. Il s�impose � la Piet� avec tant d�autorit� et de conscience professionnelle qu�il en obtient tous les cong�s souhait�s ; il est vrai qu�il semble en tirer de grandes satisfactions d�ordre musical, qui l�incitent chaque fois � r�int�grer son poste, m�me pour peu de temps.</p><p>Tour � tour violoniste, virtuose, professeur, chef d�orchestre, impr�sario, enfin compositeur d�une prodigieuse f�condit�, il m�ne en fait plusieurs existences.</p><p>downloadModeText.vue.download 413 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11624</p><p>L�oeuvre</p><p>Vivaldi est surtout c�l�bre de nos jours gr�ce � sa musique instrumentale. Il a, en effet, dans ce domaine particulier, laiss� une oeuvre immense, dont l�inventaire n�est pas encore termin�.</p><p>Cette oeuvre comprend non seule-</p><p>ment les recueils �dit�s de son vivant,</p><p>mais aussi les nombreux manuscrits de sonates, de symphonies et de concertos �pars dans les biblioth�ques europ�ennes, qui sont les fruits des nombreuses exp�riences que le musicien eut le loisir de faire en toute libert� � la Piet� ; ils d�passent parfois, par leur fantaisie, les pi�ces imprim�es. Bon nombre sont aujourd�hui r��dit�s.</p><p>Il semble qu�en se tournant vers le th��tre, Vivaldi non seulement sacrifia � la mode, mais aussi ob�it � un d�mon int�rieur, qui le poussait � s�int�resser � tous les aspects de son art. Cette activit� si diff�rente, consid�r�e longtemps comme accessoire, eut cependant un profond retentissement sur son art instrumental. Si L�Estro armonico tend � faire seulement la synth�se du pass� et de l�avenir, et use � la fois du contrepoint libre et du style harmonique, Vivaldi ne s�en tient pas l�. Par la suite, il impose dans le concerto de soliste la forme de l�ouverture � l�italienne pratiqu�e au th��tre (deux mouvements rapides encadrant un mouvement lent) ; il exalte d�autre part, dans cette m�me forme, � laquelle il consacre la majeure partie de son oeuvre imprim�e, le sentiment personnel et confie � l�instrumentiste (comme � l�op�ra les ma�tres du bel canto au primo uomo et � la prima donna) des cadences de virtuosit�. Ce style se d�veloppe encore plus nettement dans l�opus 4 (La Stravaganza), puis s�affirme dans l�opus 8 (Il Cimento dell�armonia e dell�inventione), comprenant douze concertos � dont certains descriptifs comme Le Quattro Stagioni � qui �tablissent le prototype �quilibr� du concerto classique.</p><p>Dans l�opus 9 (La Cetra) et l�opus 10</p><p>(VI Concerti a flauto traverso), l��criture devient symphonique, bien qu�il s�agisse de concertos de soliste. Leur style et leur coloris instrumental font d�j� pressentir l�art de l��cole de Mannheim, de Haydn et de Mozart.</p><p>Mais Vivaldi �crit aussi bien pour la voix que pour le violon. Au th��tre comme � la Piet�, il avait de nombreux chanteurs � diriger. Dans son oeuvre vocale religieuse, malgr� la pratique de la sc�ne, on d�couvre peu d�innovations.</p><p>Le musicien se sert de la technique et des formes en usage. Il a laiss� cependant quelques grandes oeuvres, parmi lesquelles des compositions � double</p><p>choeur construites selon la tradition de Saint-Marc (psaume 109 : Dixit Dominus ; psaume 110 : Beatus vir ; Kyrie � huit voix), un Magnificat � quatre voix, des motets sur textes latins et des psaumes et des hymnes pour solos et orchestre (Nisi Dominus, Salve Regina, Stabat Mater, etc.). Le manuscrit de l�oratorio Juditha triumphans a seul �t� retrouv�. Sa transcription a r�v�l� un authentique chef-d�oeuvre, qui se diff�rencie des pages pr�c�dentes par son caract�re th��tral. Vivaldi a trop marqu� la musique instrumentale de son temps pour qu�on ait accord� la m�me importance � son oeuvre th��trale. Il a pourtant laiss� une cinquantaine d�op�-</p><p>ras, dont quarante-six sont connus et treize conserv�s int�gralement. Dans sa musique dramatique, encore peu �tu-di�e, il semble se conformer au go�t de son �poque. L�op�ra v�nitien du XVIIe s.</p><p>s�est peu � peu transform� et ob�it au conventionnalisme de l�opera seria napolitain des Leonardo Leo (1694-1744) et Leonardo Vinci (entre 1690 et 1696-1730). L�action est g�n�ralement sans int�r�t et manque d�unit�. Les op�ras du Prete rosso ne semblent pas �chapper � la r�gle. Compos�s presque toujours dans la h�te, ils constituent des anthologies de tr�s beaux airs, mais qui ne sont pas toujours en rapport avec les textes et les situations dramatiques, et dont l�expression est soumise � des exigences imp�rieuses, avec, en priorit�, celle de donner satisfaction � toutes les vedettes.</p><p>Vivaldi se distingue n�anmoins dans quelques oeuvres brillantes : La Verita in cimento (Venise, 1720), Giustino (Rome, 1724), Tito Manlio (Rome,</p><p>1720), Orlando et La Fida Ninfa. �</p><p>l�art dramatique profane se rattachent aussi une Serenata a tre, deux cantates (Gloria Himeneo [v. 1725], compos�e � l�occasion du mariage de Louis XV</p><p>avec Marie Leszczy&#x144;ska, et La Senna festeggiante [v. 1729]), des cantates de chambre et une centaine d�airs, tir�s pour la plupart de ses op�ras.</p><p>L�influence</p><p>D�apr�s les documents connus, Vivaldi exer�a de son vivant une action puissante sur ses contemporains gr�ce � ses concertos et ses symphonies. Son influence agit en Italie sur B. Marcello,</p><p>Baldassare Galuppi (1706-1785), sur les violonistes F. Geminiani (1687-1762), P. A. Locatelli (1695-1764), Francesco Maria Veracini (1690-1768), G. Tartini (1692-1770), sur le symphoniste G. B. Sammartini*</p><p>et � l��tranger sur les Allemands J.-S. Bach*, qui transcrivit ou arrangea plus de vingt de ses concertos, Telemann* et Haydn*, et enfin sur les Fran�ais Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), J.-M. Leclair* et Jacques Aubert (1689-1753). Son art rayonna aussi par l�interm�diaire de ses �l�ves : l�Allemand Johann Georg Pisendel</p><p>(1687-1755), qui fit conna�tre ses concertos et ses op�ras � Breslau ; les Italiens Carlo Tessarini (v. 1690 - apr�s 1766), Giuseppe Fedeli et Giovanni Battista Somis (1686-1763), fondateur de l��cole pi�montaise, qui forma les violonistes fran�ais Jean-Pierre Guignon (1702-1774), J.-M. Leclair et Gabriel Guillemain (1705-1771).</p><p>La gloire de Vivaldi, qui subit une longue �clipse apr�s la mort du musicien, semble maintenant solidement �tablie. Depuis que Marc Pincherle a red�couvert le compositeur de musique instrumentale, sa personnalit� appara�t plus �clectique. En acc�dant � ses partitions qui dorment encore dans les biblioth�ques europ�ennes � La Fida Ninfa a seule �t� enregistr�e �, peut-</p><p>�tre aura-t-on la r�v�lation d�un autre Vivaldi, qui, pour l�instant, demeure uniquement un des grands ma�tres de la musique instrumentale au XVIIIe s.</p><p>A. V.</p><p>&amp; J. N. Forkel, �ber J. S. Bachs Leben, Kunst und Kunstwerke (Leipzig, 1802 ; trad. fr. Vie, talent et travaux de J.-S. Bach, Baur, 1876). /</p><p>A. Schering, Geschichte des Instrumentalkon-zerts bis auf die Gegenwart (Leipzig, 1905 ; 2e �d., 1927). / R. M. Haas, Die Musik des Barocks (Potsdam, 1928). / Antonio Vivaldi, note e documenti sulla vita e sulle opere (Sienne, 1939).</p><p>/ M. Abbado, Antonio Vivaldi (Turin, 1942). /</p><p>O. Rudge, Lettere e dediche di Antonio Vivaldi (Sienne, 1942). / M. Pincherle, Antonio Vivaldi et la musique instrumentale (Floury, 1948 ; 2 vol.) ; Vivaldi (Plon, 1955). / G. Guerrini, Antonio Vivaldi. La vita e l�opera (Florence, 1951). /</p><p>G. F. Malipiero, Antonio Vivaldi, il Prete rosso (Milan, 1958). / R. Giazotto, Vivaldi (Milan,</p><p>1965). / W. Kolneder, Antonio Vivaldi, Leben und Werk (Wiesbaden, 1965). / R. de Cand�, Vivaldi (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1967). /</p><p>F. Lesure, Bibliographie des �ditions musicales publi�es par E. Roger et M.-C. Le C�ne (Heugel, 1969). / C. Samuel et coll., Antonio Vivaldi (Hachette, 1975).</p><p>viviparit�</p><p>Mode de reproduction des animaux</p><p>qui, au lieu de pondre des oeufs (ovi-parit�), donnent naissance � des petits vivants.</p><p>Ovoviviparit�</p><p>C�est le cas lorsque l�oeuf (vierge ou f�-</p><p>cond� � l�int�rieur du corps maternel), n��tant pas rejet� � l�ext�rieur, s�arr�te dans l�oviducte m�me, dans l�ut�-</p><p>rus ou tout au moins dans le cloaque, y stationne et s�y d�veloppe jusqu�� un stade avanc�. Tr�s souvent, sinon toujours, rien ne distingue alors l�oeuf ainsi retenu d�un oeuf directement �mis au dehors. Notamment, l�oeuf de divers Reptiles vivipares, L�zards et Serpents (Lacerta vivipara, Anguis fragilis, Vipera aspis, Pelias berus, etc.), contient une surcharge vitelline aussi abondante que celle de l�oeuf d�un Reptile ovipare, et une coque parchemin�e r�sistante l�entoure. L�embryon se d�veloppe donc sans rien emprunter � la m�re, comme il se d�velopperait si l�oeuf downloadModeText.vue.download 414 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11625</p><p>passait � l�ext�rieur aussit�t apr�s sa formation. On ne saurait m�me penser que l�oeuf retenu profite de la chaleur maternelle, puisque la temp�rature des Reptiles (po�kilothermie) diff�re peu de la temp�rature ext�rieure. En fait, les oeufs s�journent dans l�oviducte tout le temps que dure le d�veloppement ; ils �closent dans l�oviducte m�me � les jeunes sortent alors m�l�s � des d�bris de coquille (Vip�re) � ou �closent au-dehors aussit�t apr�s la ponte. Dans ce cas, il y a � ovovivipa-rit� �, les oeufs �tant conserv�s dans l�organisme parent sans rapports physiologiques avec lui.</p><p>Viviparit� fratricide La Salamandre tachet�e, qui vit au-dessous de 800 m d�altitude (Salamandra maculosa), et la Salamandre noire, localis�e entre 800 et 3 000 m (S. atra), conservent leurs oeufs dans l�oviducte, la premi�re moins longtemps que la seconde. Les jeunes Salamandres noires naissent tout � fait semblables � leurs parents. Quant aux Salamandres tachet�es, elles naissent � l��tat de larves, que la femelle doit �vacuer dans l�eau ; cependant, la dur�e du s�jour dans l�oviducte peut se prolonger dans certaines conditions (vie en altitude).</p><p>L�oeuf des Batraciens, n��tant jamais enferm� dans une coque dure et r�sistante, se trouve forc�ment au contact imm�diat du contenu des oviductes ; celui-ci peut, �videmment, contribuer � la nutrition de l�embryon et y contribue d�autant mieux que la plupart des oeufs d�g�n�rent en formant une bouillie, utilis�e comme nourriture par l�embryon le premier d�velopp�, lequel, d�ailleurs, n�h�site pas � d�vorer les autres embryons moins �volu�s (nutrition fratricide ou adelphophagie).</p><p>Un seul oeuf �volue ainsi normalement dans le cas de la Salamandre noire.</p><p>Dans un tout autre groupe, celui des Mollusques gastropodes, on observe �galement chez des genres terrestres ou dulcicoles (Paludina, Clausilia, Pupa, Achatina, etc.) une viviparit� adaptative, accompagn�e d�une diminution significative du nombre des jeunes.</p><p>On constate donc que des Batraciens et des Mollusques gastropodes ont pu, gr�ce au � viviparisme �, changer de milieu de vie : les jeunes sortent des organes maternels aptes � mener imm�-</p><p>diatement la vie terrestre ; ils peuvent se passer de la phase larvaire aquatique (Clausilia, Pupa, Achatines) ou m�me vivre en haute montagne (Salamandre noire).</p><p>Viviparit�</p><p>proprement dite</p><p>Il y a v�ritable viviparit� quand, � la r�-</p><p>tention des oeufs ou des jeunes dans les voies g�nitales de la femelle, s�ajoutent des relations d��changes avec ce parent, lorsque s��tablit un placenta. La</p><p>placentation caract�rise presque tous les Mammif�res*, mais on en trouve aussi quelques exemples chez les Poissons (Requin �missole).</p><p>Chez les Mammif�res dits � placentaires �, le chorion entourant l�embryon se modifie, les vaisseaux venus par l�allanto�de se multiplient et un placenta embryonnaire se constitue, qui p�n�tre plus ou moins profond�ment dans l��pith�lium ut�rin. Celui-ci ne r�agit pas toujours nettement ; souvent, cependant, il s�hypertrophie, et ses vaisseaux se dilatent et se multiplient : un placenta maternel se constitue en regard du pr�c�dent ; tous deux s��tablissent suivant diverses modalit�s, dont chacune caract�rise des esp�ces, voire des groupes entiers (placenta diffus, cotyl�donaire, disco�dal, zonaire).</p><p>Paraviviparit�</p><p>Il s�agit des cas, fort disparates, o� l�oeuf, aussit�t pondu, est introduit dans une cavit� de la femelle ou du m�le pour y poursuivre son d�veloppement (v. incubation). Ce peut �tre la cavit� branchiale des Poissons cichli-d�s ou le sac vocal du m�le de Rhino-derma (Batracien), ou une cavit� sp�-</p><p>cialement d�velopp�e � cet effet : sac ovig�re dorsal des femelles de Crustac�s cladoc�res, cavit� incubatrice ventrale des femelles des Crustac�s p�ra-carides, poche incubatrice ventrale des m�les de certains Poissons, poche qui peut �tre permanente (Hippocampe) ou temporaire (Syngnathe), poche marsu-piale des Sarigues et des Kangourous femelles, etc. Il y a dans ce cas comme deux mises bas successives, la premi�re ovipare et la seconde faussement vivipare.</p><p>R. H.</p><p>F Incubation / Mammif�res / Ponte / Ut�rus.</p><p>Vladimir-Souzdal</p><p>Principaut� de l�ancienne Russie, au nord-est de Moscou*. Nouveau centre politique de la Russie apr�s le d�clin de Kiev*, elle est � l�origine de l��tat moscovite, qui l�absorbe � la fin du XIVe s. Elle conna�t entre-temps, aux XIIe et XIIIe s., un remarquable essor artis-</p><p>tique, notamment architectural.</p><p>Les �glises b�ties � cette �poque rappellent celles de Novgorod* par leur plan et leur forme g�n�rale : �difices cubiques � trois ou � cinq nefs recouverts d�arcs en berceau et coiff�s d�une ou de cinq coupoles. Leur originalit� tient au mat�riau � la pierre blanche au lieu de la brique � ainsi qu�� l�abondance et au raffinement des �l�ments d�coratifs, qui �voquent singuli�rement l�art arm�nien* et l�art roman* : une arcature et des colonnettes ceinturent l��difice sur trois fa�ades, �galement d�cor�es de bas-reliefs o� les motifs floraux et zoomorphiques voisinent avec des sujets bibliques. Les voussures des portails reposent sur des colonnettes ; les fen�tres �bras�es sont moulur�es.</p><p>Les plus anciennes �glises qui nous soient parvenues ont �t� b�ties sous le prince Iouri Dolgorouki (1125-1157) � Kidekcha et � Pere�aslavl-Zalesski (auj. Pereslavl-Zalesski), mais l�architecture s��panouit surtout sous Andr� Bogolioubski (1157-1174), qui transporte son tr�ne de la ville de Souzdal � celle de Vladimir, o�, en 1158, il fait construire la cath�drale de la Dormition. Celle-ci est partiellement d�truite lors de l�incendie de 1183, et Vsevolod III (1176-1212) ordonne sa reconstruction deux ans plus tard ; les fa�ades sont d�cor�es de colonnettes, de masques de femmes, de lions ainsi que de quelques bas-reliefs bibliques ; en 1408, Andre� Roublev et Daniil Tcherny� (Daniel le Noir) d�coreront l�int�rieur de fresques. Non loin de Vladimir, � Bogolioubovo, le prince Andr� Bogolioubski se fait construire un palais et une �glise reli�s entre eux par une galerie. Il ordonne �galement la construction de l��glise de l�Intercession-de-la-Vierge sur la Nerl. Sous Vsevolod III, de graves troubles ont lieu � Vladimir ; le prince d�place sa cour et se fait construire un nouveau palais avec l��glise palatine Saint-Dimitri (1194-1197), dont les fa�ades sont recouvertes de bas-reliefs � la hauteur des tribunes.</p><p>Apr�s avoir c�d� sa place de capitale � Vladimir, Souzdal continue � jouer un r�le important. En 1222-1225, le prince Iouri Vsevolodovitch (1212-</p><p>1216 ; 1218-1238) fait reconstruire la cath�drale de la Nativit�, dont la partie sup�rieure sera reb�tie en 1531. On y retrouve le d�cor des �glises de Vladimir ; les portails sud et ouest sont ferm�s par des portes en bronze o� sont grav�s des th�mes bibliques. Entre le XVe et le XVIIe s., la cath�drale sera entour�e d�un complexe architectural incluant le palais �piscopal.</p><p>D�s la fin du XIIe s., la principaut� de Vladimir-Souzdal poss�de une �cole de peinture ayant son style propre.</p><p>Mais c�est aux XVe et XVIe s. que ce dernier s��panouira tout � fait. Il est caract�ris� par l��quilibre de la composition et des couleurs, le raffinement des motifs d�coratifs, un coloris tendre, la d�licatesse des visages, la gr�ce des gestes et des attitudes (Vierge de tendresse [d�but du XVe s.], la Nativit�</p><p>[XVIe s.], mus�e de Souzdal). Il semble que le style iconographique de Souzdal ait exerc� une influence sur celui de Moscou. Et, on l�a dit, des artistes de Moscou, Andre� Roublev et Daniil Tcherny�, ont travaill� � Vladimir.</p><p>Aux XVIIe et XVIIIe s., l�architecture conna�t un nouveau d�veloppement � Souzdal. Mais, cette fois, le style dominant est celui des �glises de Moscou et de la Volga. Le mat�riau employ� est la brique, qui permet un d�cor riche et vari�. Le sommet des fa�ades se termine soit par des arcs en accolade (coll�giale du monast�re de la D�position-du-Manteau-de-la-Vierge, XVIe-XVIIIe s.), soit par une arcature (coll�-</p><p>giale du monast�re Saint-Alexandre, XVIIe s ; �glise Saints-Pierre-et-Paul, 1694). Le pourtour des fen�tres est soulign� par des colonnettes supportant un arc en forme de diad�me ; les voussures des portails reposent aussi sur des colonnettes richement d�cor�es.</p><p>L�abside est pro�minente. Souvent, � l�ouest, un clocher octogonal se terminant par un toit pyramidal flanque la fa�ade principale (Saint-Jean-Baptiste, 1720). L��difice est �gay� par un d�cor de c�ramique de couleurs vives (Saint-Nicolas, 1720-1738), parfois m�me il est en partie peint (Saint-Lazare, 1667). Divers monast�res sont fond�s entre le XIIIe et le XVIIIe s. Celui de l�Intercession (XIIe s.), agrandi aux XVIe-XVIIe s., comprend plusieurs �glises,</p><p>dont la coll�giale (1510), construite sur deux �tages, entour�e d�une galerie et flanqu�e d�un clocher pyramidal ; � c�t� s��l�ve une grande �glise r�fectoire ; l�entr�e sud est surmont�e de la petite �glise de l�Annonciation (1518). Le monast�re du Sauveur et de Saint-�phime (XIVe s.) est reconstruit en pierre au XVIe s. La coll�giale de la Transfiguration (1564), d�cor�e de fresques au XVIIe s., se dresse au milieu d�un ensemble que ceinture une enceinte flanqu�e de vingt tours downloadModeText.vue.download 415 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11626</p><p>(XVIIe s.) : c�est un exemple typique de monast�re-forteresse.</p><p>S. T.</p><p>&amp; N. N. Voronine, l�Architecture du Nord-Est de la Russie, XIIe-XVe s. (en russe, Moscou, 1961-62 ; 2 vol.) ; Vladimir, Bogolioubovo, Souzdal, Iouriev-Polskii (en russe, Moscou, 1965). / Tr�-</p><p>sors de Souzdal (en russe, Moscou, 1970).</p><p>Vlaminck</p><p>(Maurice de)</p><p>Peintre fran�ais (Paris 1876 - Rueil-la-Gadeli�re 1958).</p><p>Autodidacte par excellence, Vla-</p><p>minck s�est form� lui-m�me, aussi bien en peinture que dans d�autres disciplines. M�cano et coureur cycliste professionnel � dix-sept ans, il est, trois ans plus tard, peintre, journaliste et musicien. Sa stature est celle d�un athl�te. Il aime les joies sans complications, a horreur de tout ce qui est mani�r�, raffin� et part volontiers en guerre contre l�intellectualisme, entach� � ses yeux de d�g�n�rescence. Il se proclame libertaire. Ainsi se pr�sente l�homme qui, ayant rencontr� Derain*</p><p>en 1900, partagera avec ce dernier, en 1901, un atelier � Chatou. De cette rencontre va na�tre la tendance la plus explosive du fauvisme*.</p><p>Si des tentatives pour exalter la couleur s��taient manifest�es parmi les peintres depuis quelques ann�es, surtout avec Matisse*, ce n�est qu�apr�s</p><p>l�exposition Van Gogh* de 1901, chez Bernheim-Jeune, � Paris, que le mouvement prend conscience de sa force et s�organise. Vlaminck �prouve un choc si violent devant le flamboiement chromatique de l�auteur de la Nuit �toil�e qu�� la sortie de l�exposition il a cette surprenante exclamation :</p><p>� J�aime mieux Van Gogh que mon</p><p>p�re. � Et le voici bient�t qui se lance dans l�exp�rimentation des contrastes de couleurs pures et de la touche fragment�e, entra�nant Derain dans cette d�marche. Les deux comp�res peignent ensemble devant les m�mes motifs, � Saint-Denis, � Nanterre, � Bougival, faisant � exploser les couleurs comme des cartouches de dynamite �. En 1905, sur la suggestion de Matisse, Vlaminck expose aux Ind�pendants, puis au</p><p>Salon d�automne dans la c�l�bre � cage aux fauves �. L�ann�e 1906 lui est particuli�rement b�n�fique : Ambroise Vollard lui ach�te tout son atelier.</p><p>C�est alors, � Montmartre, l��poque du Bateau-Lavoir. Vlaminck s�y rend souvent avec Derain pour y rencontrer Picasso* et le c�nacle de peintres et d��crivains qui l�entoure. Mais, d�s 1907, le fauvisme s�essouffle ; Vlaminck peint son dernier tableau fauve en 1908 : � Je souffrais, dira-t-il, de ne pouvoir frapper plus fort, d��tre arriv� au maximum d�intensit�. �</p><p>La r�trospective C�zanne* au Salon d�automne de 1907 l�incite � se tourner vers une �criture apais�e, aux articulations de volumes plus solides et �quilibr�es, sans toutefois l�amener au cubisme, beaucoup trop c�r�bral � son go�t. Puis, rompant � partir de 1915</p><p>avec le c�zannisme, Vlaminck aborde un r�alisme teint� d�expressionnisme.</p><p>Mais une certaine monotonie com-</p><p>mence � pointer dans son oeuvre, qui ira s�accentuant et p�sera d�un lourd poids dans ses paysages d�apr�s la Seconde Guerre mondiale. C�est pourtant avec une touche acerbe, une p�te �paisse, un mouvement emport� qu�il ma�onne ses ciels blafards z�br�s de nuages mena-</p><p>�ants, ses chemins enneig�s bord�s de sinistres masures, ses arbres secou�s par la temp�te, ses tons maintenant assourdis.</p><p>Parmi les expositions qui ont ja-</p><p>lonn� le cours de sa carri�re, retenons</p><p>celle de 1919 chez Druet ainsi que des r�trospectives : en 1933 chez Bernheim-Jeune � Paris et au palais des Beaux-Arts de Bruxelles ; en 1954 � la Biennale de Venise. Vlaminck est l�auteur de bois grav�s, de lithographies, d�illustrations de livres. Il a �galement �crit de nombreux textes � notamment une autobiographie, le Ventre ouvert (1937) �, dans lesquels sa force et son intransigeance habituelles l�ont entra�n� � des jugements abrupts.</p><p>Ch. G.</p><p>F Fauvisme.</p><p>&amp; M. Gauthier, Maurice de Vlaminck (les G�maux, 1949). / M. Genevoix, Vlaminck, l�homme, l�oeuvre (Flammarion, 1954). / G. Bou-daille, Vlaminck (le Mus�e personnel, 1968).</p><p>voie</p><p>Chemin de roulement constitu� de</p><p>deux files de rails parall�les permettant la circulation et le guidage des v�hicules de chemin de fer.</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>La voie constitue le premier �l�ment essentiel de l�histoire des chemins de fer. Elle appara�t bien avant la locomotive � vapeur sous forme de chemins � rails constitu�s de planches juxtapos�es bout � bout sur lesquelles on fait rouler les chariots des mines.</p><p>Avec le remplacement des planches par des corni�res en fonte pour guider les roues des v�hicules, les principes de base du chemin de fer sont �tablis : guidage des roues et faible r�sistance � l�avancement des v�hicules. La voie actuelle conserve toujours les m�mes fonctions, mais des modifications profondes sont intervenues dans sa r�alisation pour r�pondre aux exigences des vitesses de plus en plus �lev�es et des charges de plus en plus lourdes. Les qualit�s propres du chemin de fer ne sont pas sans inconv�nients. Le pr�-</p><p>cieux avantage d�une faible r�sistance au roulement peut devenir au gr� du relief un s�rieux handicap : dans une rampe de 1 p. 100, un v�hicule routier voit sa r�sistance � l�avancement s�accro�tre d�environ 40 p. 100, alors que, pour la locomotive, l�effort qu�exige</p><p>la remorque d�un train peut �tre multipli� par un coefficient de 7 ou 8, et des rampes de 5 � 8 p. 100, courantes sur les routes, sont absolument prohi-bitives pour le chemin de fer. Sur une ligne ayant un bon trac�, les rampes ne d�passent pas 5 p. 1 000 et les lignes de montagne ont des rampes exc�dant rarement 20 � 30 p. 1 000. Le guidage des essieux par les rails exige, d�autre part, des courbes de grand rayon. Alors qu�un v�hicule routier peut s�accommoder de virages ayant un rayon de 15 � 20 m gr�ce � l�orientation de ses roues, les v�hicules ferroviaires, dont les roues sont cal�es sur des axes d�essieu, exigent des rayons dix fois plus grands. Des rayons de plusieurs centaines de m�tres sont n�cessaires pour des vitesses de l�ordre de 100 km/h, et il faut au moins 1 500 m pour une vitesse de 200 km/h. Des courbes aux proportions majestueuses, des rampes peu agressives expliquent le fait que la voie ferr�e normale ne peut pas �pouser le relief comme la route. Son trac� particulier impose des travaux importants et la r�alisation d�ouvrages d�art prestigieux, qui caract�risent l��tablissement des voies ferr�es dans les r�gions montagneuses.</p><p>Constitution de la voie</p><p>Pour assurer le guidage et le roulement des essieux, les rails doivent se maintenir � un �cartement aussi constant que possible, avoir des caract�ristiques de nivellement et de trac� adapt�es aux vitesses �lev�es et transmettre les charges des roues au sol naturel sans d�formation sensible de ce dernier. �</p><p>cet effet, les rails sont reli�s entre eux par des traverses (1 722 par kilom�tre sur les voies principales fran�aises), qui reportent les charges � la plate-forme par l�interm�diaire d�une couche de mat�riaux pierreux, le ballast. Les �l�ments constitutifs de la voie ont subi une profonde �volution depuis le d�but du chemin de fer, mais l��cartement des rails adopt� sur les premi�res voies �tablies en Grande-Bretagne n�a pratiquement pas vari�. La plupart des grands r�seaux sont toujours �quip�s de voies dont l��cartement, dit normal, est de 1,437 m. Cependant, certains pays ont adopt� des �cartements plus larges (jusqu�� 2,13 m) pour des</p><p>raisons strat�giques ou plus faibles (jusqu�� 0,60 m) pour des raisons �conomiques. En dehors de l��cartement normal, qui est adopt� sur environ les deux tiers des voies exploit�es dans le monde, les �cartements les plus r�pandus sont l��cartement m�trique (de 1,000 m � 1,067 m), particuli�rement en Afrique et en Asie, et l��cartement large (de 1,524 � 1,676 m), dans certains pays d�Europe (Espagne, Portugal, U. R. S. S.), de l�Am�rique latine et d�Asie (Inde). Les traverses qui maintiennent cet �cartement sont g�n�ralement en bois dur (h�tre, ch�ne, etc.) impr�gn� de cr�osote de fa�on � le downloadModeText.vue.download 416 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11627</p><p>rendre imputrescible. La souplesse du bois permet une r�partition plus r�gu-li�re des pressions sur le ballast et une meilleure r�sistance aux efforts altern�s. Les traverses m�talliques sont surtout utilis�es dans les pays tropicaux.</p><p>Elles ont une dur�e de vie moyenne sup�rieure � celle des traverses en bois, mais elles sont bruyantes � grande vitesse et ne permettent que tr�s difficilement l�isolement �lectrique des deux files de rails, qui est maintenant de pratique courante en signalisation automatique. Les traverses en b�ton se sont largement d�velopp�es depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L�inconv�nient essentiel de ce mat�riau est sa faible r�sistance aux efforts localis�s superficiellement et aux efforts altern�s. La plupart des traverses utilis�es actuellement sont constitu�es de deux blocs de b�ton r�unis par une entretoise m�tallique qui absorbe plus facilement les efforts altern�s. D�autres syst�mes ont �t� mis au point pour maintenir l��cartement des rails. Ce sont les longrines, dispos�es longitudinalement sous les rails et entretois�es par des profil�s d�acier.</p><p>Actuellement, les recherches dans ce domaine s�orientent vers les dalles de b�ton de fa�on � obtenir une voie stable et exempte d�entretien. Le ballast est g�n�ralement constitu� d�une couche de 35 � 50 cm de pierre dure (porphyre, quartzite, calcaire dur, etc.) cass�e et calibr�e, r�partie de part et d�autre de</p><p>la voie de fa�on � constituer une banquette. Il doit transmettre les charges et les r�partir aussi uniform�ment que possible � la plate-forme. De plus, il doit s�opposer par sa masse aux d�placements longitudinaux et transversaux de la voie sous les efforts auxquels elle est soumise. En outre, par sa perm�abilit�, il permet aux eaux superficielles de s�infiltrer sous la voie et de parvenir jusqu�� la plate-forme, d�o� elles s��coulent par ruissellement hors de la superstructure. La plate-forme joue un r�le primordial dans la tenue de la voie, et il est souhaitable qu�elle soit constitu�e par un terrain qui conserve des caract�ristiques physiques et m�caniques convenables dans le temps. La largeur totale de la plate-forme d�une ligne � double voie est inf�rieure � 10 m, c�est-�-dire la moiti� de celle d�une autoroute. Une double pente transversale de l�ordre de 3 p. 100 permet aux eaux superficielles d��tre recueillies dans des foss�s ou des buses, qui les rejettent ensuite dans le r�seau hydrographique g�n�ral.</p><p>Trac� des courbes</p><p>Comme tous les mobiles parcourant une trajectoire courbe, les v�hicules ferroviaires sont soumis � l�action de la force centrifuge. Pour compenser cette action, le rail ext�rieur de la voie ferr�e est sur�lev� d�une quantit� appel�e d�vers de fa�on � incliner les v�hicules vers l�int�rieur de la courbe. Plusieurs cas peuvent se pr�senter selon la vitesse de circulation. � vitesse nulle, seul le poids intervient et a pour effet de surcharger le rail int�rieur. Lorsque la vitesse est telle que la r�sultante de la force centrifuge et du poids est perpendiculaire au plan de roulement, la charge des deux rails est la m�me et les passagers des v�hicules ne ressentent pas l�action de la force centrifuge.</p><p>Cette vitesse est appel�e vitesse d��quilibre. Au-del� de la vitesse d��quilibre, la r�sultante du poids et de la force centrifuge s��loigne de l�axe de la voie vers l�ext�rieur de la courbe et provoque une surcharge du rail ext�rieur en m�me temps que les passagers des v�hicules ressentent l�action de l�acc�-</p><p>l�ration centrifuge, qui n�est pas enti�-</p><p>rement compens�e par le d�vers. Ces conditions sont souvent traduites par</p><p>l�insuffisance de d�vers, correspondant � la diff�rence entre le d�vers th�orique que devrait avoir la voie pour retrouver les conditions de circulation � la vitesse d��quilibre et le d�vers pratique existant. Pour tenir compte des possibilit�s de d�marrage des trains dans les courbes et de la surcharge admissible support�e par le rail int�rieur, la valeur du d�vers d�passe rarement 160 mm pour une voie normale. La vitesse maximale � laquelle il sera possible de franchir une courbe est fix�e par la fraction de la force centrifuge non compens�e par le d�vers ou, plus g�n�-</p><p>ralement, par l�insuffisance de d�vers admissible, dont la valeur n�exc�de pratiquement pas 150 � 160 mm. La vitesse V, exprim�e en kilom�tres � l�heure, praticable en courbe est finalement donn�e par une relation de la forme</p><p>o� R repr�sente le rayon de la courbe, exprim� en m�tres, et k un coefficient qui d�pend du d�vers pratique et de l�insuffisance de d�vers maximale admise. Ces valeurs varient selon les Administrations. En France, o� sont admises les valeurs les plus �lev�es (160 mm pour le d�vers et l�insuffisance de d�vers), la relation entre la vitesse et le rayon des courbes s��crit Ainsi, pour circuler �</p><p>100 km/h, le rayon des courbes doit �tre au moins �gal � 370 m et, pour circuler � 160 km/h, il faut atteindre un rayon de 950 m. Pour passer de l�alignement en pleine courbe, la voie suit un trac� particulier, qui constitue le raccordement. Celui-ci est g�n�ralement une branche de parabole cubique : il permet de rendre progressive l�influence de la force centrifuge et de faire cro�tre graduellement le d�vers et la courbure jusqu�� la pleine courbe.</p><p>Ouvrages d�art</p><p>La n�cessit� de conserver � la voie un profil aussi voisin que possible de l�horizontale impose la construction de nombreux ouvrages d�art. Des viaducs prestigieux ont �t� construits dans certaines r�gions montagneuses, et de nombreux ponts plus modestes jalonnent toutes les lignes de chemin de fer. Le r�seau fran�ais comporte � lui seul plus de 80 000 ponts et via-</p><p>ducs. Les premiers ouvrages ont �t� construits en bois, puis en ma�onnerie avant que, suivant l��volution de la m�tallurgie, leur succ�dent les ponts m�talliques en acier. Les premiers ouvrages en b�ton arm� apparaissent au d�but du XXe s., mais ce mat�riau n�est souvent utilis� que comme compl�ment des ouvrages m�talliques.</p><p>C�est surtout apr�s la Seconde Guerre mondiale que le b�ton arm� est largement utilis� dans la reconstruction des ouvrages d�truits. Les viaducs ferroviaires construits � la fin du XIXe s. sont souvent des ouvrages remarquables et audacieux, auxquels sont attach�s les noms des plus grands constructeurs de l��poque. La longueur de ces ouvrages peut atteindre plusieurs kilom�tres, et la hauteur peut d�passer la centaine de m�tres. Le franchissement des cols, impossible � effectuer en surface sans un allongement exag�r� du parcours, exige le percement de tunnels dont la longueur peut atteindre une vingtaine de kilom�tres, et des projets pr�voient l��tablissement de tunnels sous-marins de plusieurs dizaines de kilom�tres de longueur.</p><p>Entretien de la voie</p><p>Malgr� tous les soins apport�s lors de la construction d�une voie, le chemin de roulement pr�sent� par les rails n�est pas une trajectoire id�ale. Des �carts apparaissent par rapport au trac� th�orique : ce sont les d�fauts de dressage dans le plan horizontal, les d�fauts de nivellement dans le plan vertical et les d�fauts d��cartement.</p><p>Ces d�fauts sont autant de perturbations dans la trajectoire des essieux, et il est d�un int�r�t primordial de les contenir dans des tol�rances qui seront d�autant plus serr�es que la voie devra supporter la circulation de trains plus lourds et plus rapides. � l��tat neuf et dans les meilleures conditions de pose, ces d�fauts peuvent �tre contenus dans une fourchette de � 2 mm environ par rapport au trac� th�orique. Le passage des convois et les conditions atmosph�riques tendent � les aggraver.</p><p>L�entretien a pour objet de maintenir les voies dans un �tat qui leur permette d�assurer la circulation des trains en toute s�curit� et dans des conditions de confort aussi voisines que possible</p><p>de l��tat neuf. L�appr�ciation des d�-</p><p>fauts est souvent faite par des agents effectuant des tourn�es de surveillance soit sur les v�hicules, soit le long des voies. Sur les grands r�seaux, ces observations sont compl�t�es par un relev� graphique effectu� au moyen de voitures d�auscultation, qui enregistrent de fa�on continue les param�tres caract�risant l��tat g�om�trique de la voie. � partir de ces donn�es, les op�rations d�entretien sont d�cid�es en fonction de r�gles variant avec la vitesse des trains et le tonnage support� par la voie. En France, sur les grandes art�res, les d�fauts de nivellement et de dressage mesur�s sur une base de 10 m exc�dent rarement 5-6 mm. Les frais d�entretien d�une voie augmentent progressivement avec son �ge, et il arrive un moment o� un renouvellement complet du mat�riel s�impose. Cette op�ration, autrefois enti�rement ex�cu-t�e � la main, est maintenant largement m�canis�e, et la cadence de renouvellement, qui n��tait que de quelques cen-downloadModeText.vue.download 417 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11628</p><p>taines de m�tres par jour, est pass�e � plusieurs kilom�tres.</p><p>�volution de la voie</p><p>La voie moderne, �quip�e de longs rails soud�s pos�s sur des traverses mixtes en b�ton et en acier, s�av�re �tre bien adapt�e pour des vitesses �lev�es (jusqu�� 300 ou 350 km/h).</p><p>Les m�thodes d�entretien actuelles permettent, d�autre part, de maintenir un �tat g�om�trique garantissant les conditions de s�curit� et de confort exig�es par la pratique de telles vitesses.</p><p>De nombreuses exp�riences effectu�es dans le monde, et particuli�rement en France, l�ont formellement montr�.</p><p>Cependant, de telles vitesses ne sont pas praticables sur les lignes �tablies au d�but du chemin de fer en raison de leur trac�, qui comporte de trop nombreuses courbes dont les rayons sont trop faibles. Sur la plupart des grands r�seaux, les possibilit�s offertes par le trac� des voies existantes sont exploit�es jusqu�aux limites permises par le</p><p>confort et la s�curit�, et les parcours les mieux trac�s ne permettent gu�re de d�passer 200 km/h. Pour profiter pleinement des possibilit�s du chemin de fer, certains r�seaux ont construit ou envisagent de construire de nouvelles lignes dont le trac� est compatible avec les qualit�s de roulement offertes par la voie et le mat�riel � grande vitesse.</p><p>Ces lignes sont aux r�seaux existants ce que sont les autoroutes au r�seau routier.</p><p>C. M.</p><p>F Adh�rence / Aiguillage / Chemin de fer / Rail</p><p>/ Suspension.</p><p>voilier</p><p>Navire dont la propulsion est assur�e par la force du vent agissant sur les voiles port�es par le gr�ement.</p><p>Historique</p><p>La navigation � la voile remonte � la plus haute antiquit�. Les �gyptiens, qui ont laiss� des repr�sentations d�embarcations � voiles, sont souvent consid�-</p><p>r�s comme les premiers constructeurs de voiliers, mais il est possible que les Cr�tois, les Scandinaves ou encore les Chinois les aient devanc�s.</p><p>Initialement, la voile a �t� surtout l�auxiliaire de la rame ou de la pa-gaie, et les voiliers �taient principalement utilis�s sur les cours d�eau et le long des c�tes. Tr�s vite, cependant, aussi bien en M�diterran�e que dans les mers du Nord et sans doute aussi dans l�oc�an Indien et en Polyn�sie, des bateaux � voile se sont aventur�s en pleine mer. Les premiers voiliers avaient g�n�ralement un m�t unique et une seule voile carr�e. Les formes des bateaux variaient sensiblement selon leur utilisation : bateaux longs, aux formes fines, sur lesquels la rame jouait un r�le essentiel, pour le combat, et bateaux ronds, aux formes ventrues, dont la voile �tait le principal moyen de propulsion, pour le commerce. Le gr�ement carr� de ces derniers �tait surtout adapt� � la navigation par vent arri�re ou de travers, et les voiliers de ce temps naviguaient souvent en sui-</p><p>vant les vents p�riodiques. Un progr�s consid�rable pour la navigation � la voile fut, � partir du IXe s., en M�diterran�e o� les vents sont irr�guliers, le d�veloppement de la voile triangulaire, dite voile latine, port�e par une longue vergue et pouvant �tre orient�e jusqu�� co�ncider presque avec le plan longitudinal du navire. Cette disposition permit le louvoyage et la navigation par vent contraire. La voile latine fut l�anc�tre de la voile aurique, voile � corne quadrangulaire.</p><p>Les bateaux ronds de l�Antiquit�</p><p>donn�rent naissance � la c�l�bre nef m�di�vale, tr�s largement r�pandue : nef du Levant, aux voiles triangulaires, en M�diterran�e, et nef du Ponant, aux voiles carr�es, dans l�Atlantique. Par la suite, l�invention de la boussole et du gouvernail articul�, permettant aux navires d�effectuer de longues travers�es, amena vers la fin du Moyen �ge un renouveau maritime. Les gr�ements latins et carr�s furent souvent combin�s sur des bateaux � plusieurs m�ts.</p><p>� cette �poque apparurent notamment deux types de voiliers destin�s au commerce ou au combat : la caraque et la caravelle. La caraque, gros bateau lourd, gr�� de deux � quatre m�ts, avait des voiles carr�es aux m�ts avant et des voiles latines aux m�ts arri�re. La caravelle, d�origine portugaise, �tait un excellent navire de mer, aux formes fines, � trois ou quatre m�ts portant des voiles latines, avec parfois une ou deux voiles carr�es au m�t avant, et capable de naviguer � au plus pr�s �. Elle fut utilis�e par les grands navigateurs de l��poque (la Santa Mar�a de Christophe Colomb). � c�t� de ce d�veloppement m�diterran�en, la voile connut �galement dans d�autres r�gions du monde un essor consid�rable avec les drak-kars et les snekkars des Vikings, aux voiles carr�es, les grandes pirogues polyn�siennes, les boutres arabes, au gr�ement latin, les jonques chinoises, aux voiles carr�es en bambou, etc.</p><p>Les grandes d�couvertes maritimes de la Renaissance eurent pour cons�-</p><p>quences la naissance de l��re coloniale et l�essor du grand commerce maritime, avec les rivalit�s et les guerres sur mer qu�ils entra�n�rent. Au XVIIe et au XVIIIe s. apparurent les grandes</p><p>flottes militaires de haute mer, comprenant notamment, diff�renci�s par leurs downloadModeText.vue.download 418 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11629</p><p>dimensions, le nombre de leurs ponts et de leurs canons :</p><p>� les vaisseaux, � deux ou trois entreponts garnis de batteries de canons en abord, qui constituaient le corps de bataille des escadres ;</p><p>� les fr�gates, g�n�ralement � un seul entrepont, charg�es de missions particuli�res ;</p><p>� les corvettes, enfin, sortes de petites fr�gates.</p><p>Tous ces navires de guerre avaient trois m�ts et des voiles carr�es. Parmi tous les remarquables vaisseaux</p><p>construits pendant cette p�riode figurent le Sovereign of the Seas (1637), le premier navire � trois ponts et le plus beau b�timent de son temps (45 m de long et 15 m de large), et l�Oc�an, mis en chantier en 1785 et lanc� en 1790, le meilleur vaisseau de guerre de son �poque (63 m de long et 17 m de large), jaugeant 5 000 tonneaux et portant plus de 3 000 m2 de voiles. L�Oc�an fut construit � Brest sous la direction de l�ing�nieur fran�ais Jacques No�l San� (1740-1831), le plus c�l�bre � architecte naval � de cette p�riode.</p><p>Ext�rieurement, les navires de commerce �taient alors peu diff�rents des vaisseaux de guerre, mais leurs dimensions �taient sensiblement inf�rieures.</p><p>La marine � voile atteignit son apog�e au milieu du XIXe s. avec les grands clippers, aux coques fines et aux m�ts �lanc�s, les plus beaux et les plus �l�-</p><p>gants voiliers jamais construits, qui transportaient en Grande-Bretagne ou aux �tats-Unis l�or d�Australie et de Californie, le th� de Chine et la laine d�Australie. Ils filaient jusqu�� 21 noeuds et battaient ais�ment ainsi les premiers navires � vapeur. Par la suite, les voiliers c�d�rent progressivement la place aux navires � propulsion m�canique, la machine �tant, dans un premier temps, l�auxiliaire de la voile, mais les navires � vapeur porteront encore pendant plusieurs d�cennies</p><p>une voilure auxiliaire. La voile r�sista dans la marine marchande jusqu�au d�but du XXe s., o� l�on construisit encore des voiliers g�ants, � coque en fer ou en acier, portant jusqu�� six et m�me sept m�ts. Le cinq-m�ts barque en acier France, de 5 600 tonneaux, fut le plus grand voilier jamais construit. Aujourd�hui, des voiliers marchands, souvent pourvus d�un</p><p>moteur auxiliaire, naviguent encore dans les r�gions exotiques, notamment sur les fleuves d�Asie et d�Afrique et dans l�oc�an Indien, mais la plupart des voiliers modernes, de dimensions petites ou moyennes, sont destin�s � la navigation de plaisance, qui conna�t un essor extraordinaire. Quelques navires � voiles de plus grande taille, au gr�ement traditionnel, subsistent cependant comme navires-�coles.</p><p>Les diff�rents �l�ments</p><p>Gr�ement</p><p>Le gr�ement est l�ensemble des �l�-</p><p>ments n�cessaires � la propulsion d�un voilier. Il comprend notamment les m�ts, les divers espars, les voiles et les manoeuvres dormantes et courantes.</p><p>y Les m�ts sont de longues pi�ces de bois ou de m�tal implant�es sensiblement � la verticale et qui supportent la plus grande partie des voiles. Ils sont fix�s � leur base, ou emplanture, soit sur le fond du bateau, le pont �tant alors renforc� � leur passage par l��tambrai, soit directement sur le pont.</p><p>y Les espars : vergues, b�mes, cornes, beaupr�s, etc., sont de longues pi�ces de bois, de m�tal ou de mati�re plastique reli�es aux m�ts ou directement au navire et qui servent � supporter ou � maintenir des voiles.</p><p>y Les voiles, pi�ces de toile qui re�oivent la pouss�e du vent, sont g�n�ralement fix�es aux m�ts et aux espars. On distingue les voiles triangulaires et les voiles auriques, qui, gr�ce � leur facilit� d�orientation, permettent la navigation par vent debout, ainsi que les voiles carr�es, qui conviennent � la navigation par vent arri�re ou de travers.</p><p>Les voiles triangulaires des anciens voiliers �taient appel�es voiles latines.</p><p>Aujourd�hui, la majorit� des bateaux de plaisance portent une ou deux voiles en forme de triangle rectangle, dites voiles Marconi, fix�es par leur bord vertical, ou guindant, aux m�ts et par leur bord inf�rieur, ou bordure, � des b�mes ; l�hypoth�nuse, appel�e chute, est libre, mais elle est consolid�e par un filin, ou nerf de chute, passant dans un ourlet et par des lattes plac�es dans des fourreaux entre deux �paisseurs de tissu. La voile bermudienne, fix�e � sa partie sup�rieure � une petite corne, est une variante de la voile Marconi. Les bateaux portent �galement � l�avant un ou plusieurs focs, voiles triangulaires reli�es parfois par leur bord inf�rieur � un espar prolongeant l�avant du navire, le beaupr�. La taille des focs utilis�s d�pend de la force du vent et de sa direction par rapport au bateau. En navigation de plaisance, le tourmentin, utilis� par gros temps, est le plus petit ; les focs de G�nes, ou g�nois, bord�s tr�s en arri�re, sont les plus grands ; le foc ballon, ou � spinnaker �, sert par vent arri�re et aux allures portantes. On trouve encore sur certains bateaux, au-dessus d�une voile aurique, le fl�che, voile triangulaire fix�e � la partie haute du m�t et la corne. Beaucoup d�anciens voiliers portaient en outre des voiles d��tai, de forme triangulaire, dispos�es entre les m�ts et maintenues par des cordages.</p><p>Les voiles auriques sont quadrangulaires, envergu�es � leur partie sup�-</p><p>rieure sur une corne et maintenues � leur base par une b�me.</p><p>Les voiles carr�es, en r�alit� de forme plut�t trap�zo�dale, sont les plus anciennes et �quipaient beaucoup de voiliers du pass�. Elles sont envergu�es sur une vergue, espar horizontal fix� en travers du m�t.</p><p>y Les manoeuvres sont des cordages en mati�res textiles ou m�talliques, munis souvent de palans permettant de les raidir. Les manoeuvres dormantes sont fixes et servent � soutenir</p><p>les m�ts et les espars : �tais assujet-tissant les m�ts dans le sens longitudinal, haubans et, sur les grands voiliers, galhaubans, les maintenant lat�ralement, balancines soutenant l�extr�mit� des b�mes, etc. Les manoeuvres courantes sont mobiles et comprennent notamment les drisses, downloadModeText.vue.download 419 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11630</p><p>qui servent � hisser les voiles, et les �coutes, utilis�es pour les orienter.</p><p>Coque</p><p>La coque d�un voilier moderne de plaisance comporte un plan de d�rive, ou quille. Celui-ci est une surface plane et immerg�e qui, en prenant appui sur l�eau, s�oppose au d�placement lat�-</p><p>ral du bateau, ou d�rive. Il facilite la progression du voilier par vent de travers ou de trois quarts. Sa construction varie avec le type du voilier. Si la coque est en forme, c�est-�-dire si les sections transversales, ou couples, pr�sentent une courbure r�guli�re, sans angle vif, la quille fait g�n�ralement corps avec elle : on l�appelle dans ce cas fin keel. Une coque en forme peut aussi comporter une quille rapport�e, ou bulb keel, qui est le plus souvent adopt�e pour une coque � bouchains vifs. Ce type de quille est constitu� par une plaque de m�tal tr�s mince, termin�e � sa base par une masse de lest en plomb ou en fonte. Certains bateaux de plaisance, comme les d�riveurs, ont un plan de d�rive fait d�une plaque de bois ou de m�tal g�n�ralement non lest�e,</p><p>appel�e d�rive et qui est r�tractable soit par traction verticale vers le haut (d�-</p><p>rive sabre), soit par pivotement autour d�un axe situ� � l�avant de la plaque (d�rive pivotante). En position r�tract�e, la d�rive est maintenue dans un puits �tanche. Enfin, sur certains voiliers, une d�coupure longitudinale pratiqu�e dans le lest de la quille permet le passage d�une d�rive qui accro�t la surface de d�rive et assure un meilleur rendement � au plus pr�s �.</p><p>Les principaux</p><p>types de voiliers</p><p>Les voiliers se diff�rencient essentiellement par leur gr�ement, en particulier par le nombre et la disposition de leurs m�ts ainsi que par la forme de leurs voiles. Les voiliers modernes de plaisance ont g�n�ralement un ou deux m�ts. Les voiliers � trois m�ts et plus, � part quelques navires-�coles, ont pratiquement disparu, mais l��tude de leur histoire et de leur construction suscite toujours un int�r�t consid�rable.</p><p>Voiliers � un seul m�t</p><p>Certains, de tr�s petite taille, ne portent qu�une seule voile Marconi sur un m�t plac� tr�s sur l�avant : ce gr�ement est dit � cat-boat �. Le sloop porte une voile, le plus souvent du type Marconi (parfois aurique) � son m�t, et un foc.</p><p>Le cotre (de l�anglais cutter) est �quip� d�une voile aurique ou Marconi et de deux focs, le second � partir de l�avant �tant la trinquette.</p><p>Voiliers � deux m�ts Sur ces bateaux, le m�t le plus haut est le grand m�t ; le second m�t est le m�t d�artimon s�il est implant� sur l�arri�re du premier ou le m�t de misaine s�il est � l�avant. La grand-voile est la voile du grand m�t.</p><p>y Sur le yawl, utilis� exclusivement en navigation de plaisance, le grand m�t est � l�avant et le m�t d�artimon, de petite taille, est emplant� en arri�re de la m�che du gouvernail. Cette d�finition traditionnelle n�est pas toujours exacte et l�on se r�f�re plut�t � la surface de l�artimon par rapport � la surface de voilure totale : au-dessus de 15 p. 100, le bateau est r�put� ketch.</p><p>La voilure comporte habituellement des voiles Marconi � chaque m�t et deux focs � l�avant.</p><p>y Sur le cotre � tapecul, tr�s utilis� dans le pass� pour la p�che, le m�t arri�re, ou m�t de tapecul, et le grand m�t portaient g�n�ralement des voiles auriques avec un fl�che au grand m�t.</p><p>y Sur le ketch (ou � dundee �), le grand m�t est �galement � l�avant, mais le m�t d�artimon est sur l�avant de la barre. Le ketch, qui est g�n�-</p><p>ralement plus grand que le yawl, est gr�� de voiles Marconi ou auriques et de plusieurs focs, une grand-voile aurique pouvant �tre surmont�e d�un fl�che.</p><p>y Sur la go�lette, le grand m�t,</p><p>plac� � l�arri�re, et le m�t de misaine portent soit des voiles auriques et des fl�ches, soit des voiles Marconi, la voilure �tant compl�t�e par plusieurs focs. Ce gr�ement se rencontre encore sur de grands voiliers, surtout aux �tats-Unis.</p><p>y Sur le brick, qui repr�sente surtout un type ancien, le grand m�t �tait � l�arri�re et les deux m�ts portaient des voiles carr�es. Le brick-go�lette, que l�on rencontre encore, a des voiles carr�es au m�t de misaine et une</p><p>grand-voile aurique.</p><p>Voiliers � trois m�ts</p><p>Ce sont les plus classiques des voiliers du pass� :</p><p>y trois-m�ts carr�, aux voiles carr�es � tous les m�ts, compl�t�es par des voiles d��tai et des focs ;</p><p>y trois-m�ts barque, portant une voile aurique et souvent un fl�che au m�t downloadModeText.vue.download 420 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11631</p><p>d�artimon, avec des voiles carr�es aux deux autres m�ts ;</p><p>y trois-m�ts go�lette, aux voiles carr�es sur le m�t de misaine et auriques aux autres m�ts ;</p><p>y go�lette � trois m�ts (trois-m�ts latin), gr��e uniquement de voiles auriques.</p><p>Voiliers � plus de trois m�ts</p><p>Ces types de voiliers furent construits pour la plupart � la fin du XIXe s. et au d�but du XXe. Quelques-uns portaient un gr�ement carr�, mais le plus grand nombre appartenait au type � barque �, avec des voiles auriques au m�t arri�re, ou � go�lette �, avec des voiles auriques � plus d�un m�t et parfois � tous.</p><p>La navigation � la voile</p><p>Allures</p><p>L�angle que forme la direction du vent avec le plan longitudinal de la coque caract�rise ce que l�on appelle l�allure.</p><p>On distingue trois allures principales : le vent arri�re, le largue (divis� en</p><p>� grand largue � et en � largue �) et le plus pr�s.</p><p>y L�allure est vent arri�re lorsque le vent pousse directement le voilier vers son point de destination. Les voiles sont alors fil�es au maximum, et la d�rive est pratiquement nulle.</p><p>y L�allure est grand largue lorsque le vent frappe le bateau par trois quarts arri�re. C�est l�allure la plus rapide.</p><p>Au largue, la direction du vent est</p><p>sensiblement transversale par rapport au navire, et la d�rive est importante.</p><p>Le largue et le grand largue sont appel�s allures portantes.</p><p>y L�allure est au plus pr�s lorsque le vent frappe le bateau obliquement sur son avant, selon un angle qui ne peut gu�re �tre inf�rieur � 35� par rapport au plan longitudinal.</p><p>Si l�on se rapproche encore de la direction d�o� souffle le vent, les voiles battent et le navire recule. Pour remonter au vent, le bateau doit louvoyer en effectuant des s�ries de parcours obliques, ou bord�es, formant avec la direction du vent un angle aussi aigu que possible, tout en gardant les voiles assez pleines pour conserver une bonne vitesse.</p><p>Propulsion des voiliers et stabilit� sous voiles</p><p>La force de propulsion F, qui est sensiblement perpendiculaire � la surface de la voile, r�sulte de l�action du vent sur celle-ci. On peut la d�composer, dans un plan horizontal, en deux forces, l�une propulsive Fp, dirig�e vers l�avant du navire, l�autre transversale Fd, tendant � le faire d�river. Tant que la vitesse du bateau est uniforme et que sa d�rive est constante, la force F est �quilibr�e par une r�sistance �gale R, offerte principalement par la car�ne, dont la surface est augment�e sur certains bateaux par le plan de d�rive. La r�sistance R peut �galement se d�composer en deux forces : Rp longitudinale, qui s�oppose � la marche du navire, et Rd transversale, qui s�oppose � la d�rive.</p><p>La force F doit avoir une inten-</p><p>sit� suffisante pour communiquer au navire la plus grande vitesse possible en rapport avec celle du vent. Sa valeur d�pend, entre autres variables, de la surface de voilure S. Si l�on admet que la r�sistance � l�avancement de la car�ne dans le sens longitudinal est re-pr�sent�e par l�expression Rp = KAV 2</p><p>(r�sistance directe), A �tant la surface immerg�e du ma�tre couple et V la vitesse, on peut consid�rer un coefficient de propulsion sous voiles dont la valeur cro�t avec la vitesse � atteindre : de 25 � 30 pour les anciens vaisseaux</p><p>de guerre, elle �tait voisine de 45 pour les voiliers marchands du d�but du si�cle et elle peut atteindre de 80 � 100</p><p>pour les bateaux de plaisance.</p><p>On admet, d�autre part, que l�in-</p><p>tersection de la direction de la r�sistance R avec le plan longitudinal se confond avec le centre de gravit� D de la partie immerg�e de ce plan, appel�e surface de d�rive, le point d�intersection �tant le centre de d�rive. La force F a pour point d�application le centre de gravit� V de la surface ; des voiles projet�e sur le plan longitudinal, ce point �tant le centre de voilure, ou point v�lique.</p><p>Si &#x3B4; est la distance entre le centre de voilure et la verticale du centre de d�rive, et L la longueur du navire, le rapport est appel� coefficient de balancement, &#x3B4; �tant positif si V est sur l�avant de la verticale de D et n�gatif dans le cas contraire. On a de bonnes qualit�s �volutives pour</p><p>environ. Le couple tendant � modifier l�orientation du bateau et d� au fait que la r�sistance R n�est pas, en g�n�ral, directement oppos�e � la force de propulsion F, est compens� par l�action du gouvernail. Pour des valeurs plus �lev�es de le bateau est mou, c�est-</p><p>�-dire qu�il a tendance � tomber sous le vent ou � abattre ; il faut alors pousser la barre sous le vent pour maintenir le cap. Pour des valeurs plus faibles, le bateau est ardent, ce qui signifie qu�il tend de lui-m�me � venir au vent ou � loffer ; il faut alors tirer la barre au vent pour conserver la route.</p><p>Enfin, le centre de voilure ne doit pas �tre trop �lev� par rapport au centre de gravit� du navire. La projection de F</p><p>sur un plan transversal donne lieu � un couple inclinant de valeur &#x3C6; S h cos &#x3B8;, &#x3C6; �tant un coefficient d�pendant de la vitesse et de l�incidence du vent, h la hauteur du centre de voilure au-dessus du centre de gravit� du navire et &#x3B8; l�inclinaison transversale prise par le bateau. Ce couple inclinant est �quilibr� par le couple de stabilit�</p><p>&#x394; �tant le d�placement et la</p><p>hauteur m�tacentrique du b�timent.</p><p>L�inclinaison transversale prise par le</p><p>navire, ou g�te, est telle que Pour que la g�te ne soit pas excessive, la quantit� appel�e coefficient de stabilit� sous voiles, doit avoir une valeur d�autant plus �lev�e que la voilure est moins maniable.</p><p>Si l�on prend comme unit�s le m�tre et la tonne, on peut admettre, par exemple, 0,08 pour un voilier au gr�ement carr� et 0,03 pour un cotre. Sur un petit bateau de plaisance, l��quipage intervient �galement par son poids pour maintenir l��quilibre.</p><p>E. C. et L. D.</p><p>F Construction navale / Gouvernail / Monotype</p><p>/ Navigation / Navire / R�gate.</p><p>&amp; C. Dollfus, C. de La Ronci�re, R. Lestonnat, Commandant Rondeleux, C. G. Toudouze et J. Tramond, Histoire de la marine (l�Illustration, 1939). / F. Renaud et G. Lecoq, Construction m�canique, exploitation du navire de commerce (Soc. d��d. g�ographiques, maritimes et coloniales, 1946). / R. Jouan, Histoire de la marine fran�aise (Payot, 1950). / R. Gruss, Petit Dictionnaire de marine (Soc. d��d. g�ographiques, maritimes et coloniales, 1951). /</p><p>L. Lacroix, les Derniers Grands Voiliers (Amiot-Dumont, 1951). / R. de Loture, la Navigation � travers les �ges (Payot, 1953). / P. C�l�rier, Histoire de la navigation (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1956 ; 5e �d., 1968). / J. Merrien, la Grande Histoire des bateaux (Deno�l, 1957). / B. Landstr�m, Bateaux (en su�dois, 1961 ; trad. fr., �d.</p><p>du Compas, 1963). / J. Comte, la Marine � voile (�d. du Scorpion, 1962). / J. Randier (sous la dir.</p><p>de), l��ge d�or de la marine � voile (Hachette, 1963). / E. V. Lewis et R. O�Brien, Ships (New York, 1965 ; trad. fr. les Bateaux, Laffont, 1969).</p><p>/ J. Davies, Sailing (Londres, 1969 ; trad. fr.</p><p>Yachting, Larousse, 1970). / G. Goldsmith-Carter, Sailing Ships and Sailing Craft (New York, 1970 ; trad. fr. Voiliers de tous les temps, Larousse, 1970). / P. Sizaire, les Termes de marine (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972).</p><p>downloadModeText.vue.download 421 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 422 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11633</p><p>voirie</p><p>Ensemble des voies de communication d�une nation et des collectivit�s* territoriales qui la composent.</p><p>On distingue en r�alit� parmi ces voies celles qui font partie de la voirie terrestre (routes*, autoroutes* et chemins), l�ensemble des voies ferr�es (chemins* de fer et tramways*), la voirie par eau comprenant les cours d�eau navigables et flottables, les canaux de navigation (v. canal), les installations maritimes (v. port) et enfin la voirie</p><p>� a�rienne �, dont font partie les a�rodromes (v. a�roport). Il sera question essentiellement, dans cet article, de la voirie terrestre.</p><p>Historique</p><p>En France, l�Ancien R�gime se termine sur un effort important de l�Administration effectu� en faveur des voies de communication. Sous l�influence, notamment, de Denis Charles Trudaine (1703-1769), ancien intendant d�Auvergne, contr�leur g�n�ral des Ponts et Chauss�es en 1743, des services bien organis�s, disposant d�ing�nieurs jouissant d�une excellente formation, accomplissent alors des travaux de voirie de qualit�. Le syst�me de l�adju-dication associe le � secteur priv� � � l�action d�encadrement de l��tat. Les pr�fets napol�oniens h�riteront de ces ing�nieurs, qui deviendront leurs conseillers techniques en mati�re de voirie.</p><p>L�oeuvre � accomplir apr�s les</p><p>guerres de la R�volution et de l�Empire va se r�v�ler �crasante. En 1815, la Restauration h�rite de routes profond�-</p><p>ment d�grad�es par pr�s de trente an-n�es de troubles. Le gouvernement envoie des missions en Grande-Bretagne pour y �tudier les proc�d�s de John Loudon McAdam (1756-1836). En</p><p>1820 d�bute une politique de construction de routes d�partementales et de chemins vicinaux, notamment dans le Dauphin�. La loi du 28 juillet 1824</p><p>confie aux communes l�entretien des</p><p>� vicinaux �. Mais l�administration de Louis XVIII se signale surtout par une ambitieuse politique d�am�nagement de canaux. La monarchie de Juillet*</p><p>intensifie l�oeuvre de voirie terrestre et amorce la politique de construction des chemins de fer, la loi du 11 juin</p><p>1842, qui va �tre la charte de la voirie ferroviaire, instituant la concession en faveur d�entreprises priv�es. Le second Empire* r�alisera dans sa presque totalit� l�essentiel du r�seau fran�ais.</p><p>Les op�rations de voirie</p><p>L�ouverture d�une voie publique est l�op�ration de voirie fondamentale.</p><p>C�est la cr�ation, sur le terrain d�un particulier, d�une voie � usage public, soit qu�aucune voie n�y exist�t ant�-</p><p>rieurement, soit qu�on incorpore � la voie publique une voie existante.</p><p>L�op�ration n�cessite l�acquisition des terrains correspondant � l�emprise de la voie publique, soit que cette acquisition se r�alise par accord amiable, soit qu�elle se concr�tise par le moyen de l�expropriation*. La proc�dure de redressement d�une voie publique ainsi que la fixation de nouvelles limites � une voie faisant partie de la voirie publique constituent �galement des op�-</p><p>rations de voirie. Mais la proc�dure la plus importante en mati�re de voirie est la proc�dure d�alignement.</p><p>y L�alignement individuel est l�acte par lequel l�Administration constate les limites d�une voie publique � l��gard d�une propri�t� bord�e par cette voie. L�alignement constitue une formalit� pr�alable � l�obtention du permis de construire (v. urbanisme).</p><p>Le pr�fet est comp�tent pour prendre des arr�t�s d�alignement le long des routes nationales et des chemins d�-</p><p>partementaux ; le maire l�est, de son c�t�, pour les alignements effectu�s en bordure des voies communales.</p><p>y L��tablissement d�un plan g�n�ral d�alignement fixant les limites de la voie tout au long de celle-ci est, par ailleurs, pr�vu : il fixe les limites existantes ou, le plus souvent, apporte des corrections � la largeur de la voie ou des modifications de l�axe de celle-ci.</p><p>La proc�dure d�alignement permet � l�Administration d�acqu�rir plus ais�-</p><p>ment que par des proc�dures normales les terrains n�cessaires � la r�alisation d�une op�ration. On ne peut, cependant, l�utiliser pour l��tablissement d�une voie nouvelle.</p><p>Les voies nationales,</p><p>d�partementales,</p><p>communales</p><p>La voie se compose d�une � chaus-</p><p>s�e �, partie destin�e sp�cialement � supporter le passage de la circulation*, ainsi que d�accotements, trot-toirs, foss�s, talus en remblai, murs de sout�nement. La d�limitation pr�cise de la voie est r�alis�e gr�ce � la proc�dure de l�� alignement � (ci-dessus d�crite), les autorit�s et les juridictions de l�ordre administratif �tant les seules comp�tentes pour se prononcer sur les limites des voies publiques.</p><p>La voirie nationale</p><p>y Les routes nationales rel�vent de la</p><p>� grande voirie � ; le d�cret du 18 octobre 1973 pr�voit que le classement dans la cat�gorie des routes nationales r�sulte d�un acte d�claratif d�utilit� publique ou d�un arr�t� du minist�re de l�Am�nagement du territoire, de l��quipement, du Logement et du</p><p>Tourisme.</p><p>y Les autoroutes sont des voies d�une nature sp�ciale, utilisables seulement par les v�hicules � moteur. Leur</p><p>statut est fix� notamment par la loi du 18 avril 1955, modifi�e par l�article 23 de la loi du 23 mars 1958 et par le d�cret du 4 juillet 1960. Comme les routes nationales, les autoroutes font partie du domaine public de</p><p>l��tat. Les d�penses de construction et d�entretien des voies nationales sont inscrites au budget de l��tat.</p><p>La voirie d�partementale</p><p>Elle regroupe (depuis 1939) les anciennes routes de grande communication et d�int�r�t commun. Les routes d�partementales font partie du domaine public d�partemental. Elles rel�vent de la grande voirie : c�est au tribunal administratif qu�il appartient (en vertu de la loi du 28 pluvi�se an VIII) de pr�ciser, sur renvoi des tribunaux judiciaires, les limites de ces voies et d�interpr�ter les actes administratifs qui s�y rapportent.</p><p>Les d�penses relatives � la construction, � l�am�nagement, � l�entretien des voies d�partementales sont � la charge du d�partement.</p><p>La voirie communale</p><p>L�ordonnance du 7 janvier 1959 a modifi� la r�glementation pr�existante des anciens chemins � vicinaux � et � ruraux � ainsi que des � voies urbaines �.</p><p>Cette voirie comprend aujourd�hui les</p><p>� voies communales � et les � chemins ruraux �.</p><p>y Les voies communales corres-</p><p>pondent aux voies qui, conform�ment � la l�gislation en vigueur � la date de l�ordonnance du 7 janvier 1959, �taient des voies urbaines ou des chemins vicinaux � l��tat d�entretien (la liste en �tant �tablie par le pr�fet) ou des chemins ruraux reconnus.</p><p>y Les chemins ruraux sont des chemins appartenant aux communes, affect�s � l�usage du public et qui n�ont pas �t� class�s comme � voies communales �. (S�ils ne sont pas ouverts � la circulation du public, il s�agit de chemins priv�s communaux.) Ils font partie du domaine priv� de la commune.</p><p>Grande voirie et petite</p><p>voirie</p><p>La grande voirie comprend toutes les parties du domaine public qui y ont �t� express�ment class�es par disposition l�-</p><p>gislative sp�ciale. En font partie les routes nationales et d�partementales, les rues des villes et des villages, continuation de ces voies, ainsi que les rues de la ville de Paris. La petite voirie comprend toutes les autres parties du domaine public, et notamment les chemins vicinaux, ruraux, les rues et les places des villes et des villages.</p><p>La police de la grande voirie appartient aux pr�fets ; celle de la petite voirie est confi�e aux maires, sous contr�le des pr�fets, pour tout ce qui concerne l�ordre, la s�curit�, la salubrit� et la commodit� de la circulation.</p><p>Utilisations privatives</p><p>de voies publiques</p><p>Certaines autorisations peuvent �tre conf�r�es par l�Administration � des particuliers, leur octroyant des droits sp�ciaux et privatifs sur la voirie pour des dur�es plus ou moins longues. Les actes conf�-</p><p>rant ces autorisations sont qualifi�s de</p><p>concession s�il s�agit d�une convention ou de permission s�il s�agit d�une autorisation unilat�rale de l�Administration.</p><p>y Les concessions rev�tent le caract�re d�une convention conclue entre la personne morale administrative propri�taire de la partie conc�d�e et le concessionnaire. Il s�agit d�un contrat administratif.</p><p>On peut citer pour exemple les concessions de places dans les march�s publics, les concessions fun�raires et surtout les concessions permettant au concessionnaire d�assurer un service public.</p><p>y Les permissions comprennent les autorisations d�emprise sur la voie, les permissions de saillie sur la voie, les permissions de stationnement. Ces permissions ont toujours un caract�re pr�caire et sont r�vocables sans indemnisation.</p><p>Les contraventions</p><p>de voirie</p><p>D�j� l�arr�t du Conseil du 16 d�cembre 1759 interdisait, sous peine d�une amende de 100 livres, de laisser r�-</p><p>pandre des bestiaux sur les bords des grands chemins : la r�glementation de l�usage des diff�rentes voies publiques entra�ne fatalement le jeu d�une action r�pressive des pouvoirs publics.</p><p>On distingue les contraventions*</p><p>de petite voirie, qui portent atteinte � une voie de communication relevant de cette voirie, et les contraventions de grande voirie, qui concernent le reste du domaine public (grande voirie). En vertu de la loi du 29 flor�al an X, les downloadModeText.vue.download 423 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11634</p><p>contraventions de grande voirie relevaient de la juridiction administrative (conseils de pr�fecture et, en appel, Conseil d��tat) ; les contraventions de petite voirie relevaient des tribunaux judiciaires. Aux termes de l�art. L 12</p><p>du code des tribunaux administratifs, le tribunal administratif prononce sur les difficult�s s��levant en mati�re de contraventions de grande voirie � d�-</p><p>faut de r�gles pr�cis�es par des dispositions sp�ciales. Il peut �tre statu� sur</p><p>les contraventions de grande voirie par un conseiller d�l�gu�, lorsque les int�-</p><p>ress�s auront accept� cette proc�dure.</p><p>Les poursuites sont d�clench�es par un proc�s verbal dress� par un agent qualifi� � ce propos. Les agents comp�tents pour exercer les poursuites sont les maires et les adjoints, les commissaires de police, les gendarmes (loi du 29 flor�al an X, art. 2), les gardes champ�tres des communes, les gardes particuliers asserment�s, les fonctionnaires des Ponts et Chauss�es, et, en g�n�ral, tout agent public habilit� par l�assermentation � constater l�infraction* et � la poursuivre. C�est le proc�s verbal constatant l�infraction qui cr�e la base n�cessaire des poursuites, et celle-ci tombe si le proc�s verbal est d�clar� nul, par exemple s�il �mane d�un agent incomp�tent pour le dresser.</p><p>Le jugement relatif � la contravention de voirie, s�il est rendu par la juridiction administrative, est notifi� � la partie � son domicile dans la forme administrative par les soins du pr�fet ; il est susceptible d�appel devant le Conseil d��tat ; le jugement rendu par une juridiction judiciaire est susceptible d�appel devant la cour d�appel.</p><p>Les droits et les devoirs</p><p>des riverains sur les voies</p><p>publiques</p><p>y Les droits sont, pour les riverains : le droit de vue, qui permet de percer dans le mur de face des immeubles des fen�tres ou ouvertures, permettant d�avoir des vues sur la voie publique ; le droit d�acc�s, qui conf�re aux propri�taires riverains le droit d�acc�der directement de leur immeuble � la voie publique ; le droit de stationnement, qui leur permet de ranger des v�hicules au droit de leur immeuble ; le droit d��coulement des eaux...</p><p>y Les devoirs constituent les servitudes de voirie. Les principales de ces servitudes sont la servitude d�alignement, la servitude d��coulement d�eau, la servitude de plantation, la servitude de fouilles.</p><p>Les condamnations</p><p>Comme pour toute contravention,</p><p>le fait intentionnel ne compte pas, ni</p><p>m�me la � faute �, les seules causes valables d�excuses absolutoires �tant la force majeure ou la faute de l�Administration, d�une gravit� telle qu�elle soit susceptible d��tre assimil�e � un cas de force majeure. L�amende ne peut �tre inflig�e que si elle a �t� pr�vue par un texte sp�cial, qui, g�n�ralement, pr�-</p><p>voit le montant de celle-ci.</p><p>Les condamnations se prescrivent</p><p>par le d�lai d�un an. Il peut exister, par ailleurs, des condamnations � la r�paration de l�atteinte port�e au domaine public, notamment � l�enl�vement des ouvrages faits illicitement sur une voie publique et � la restitution du terrain usurp�.</p><p>Autoroutes conc�d�es et</p><p>routes express</p><p>Lorsque la construction et l�exploitation d�une autoroute sont conc�d�es par l��tat, le concessionnaire peut �tre autoris� � percevoir des p�ages en vue de rembourser les emprunts qu�il aurait contract�s aupr�s de l��tat et les d�penses faites par l��tat, ou d�assurer la charge des int�r�ts et de l�amortissement des capitaux qu�il aurait investis. Les emprunts contract�s peuvent b�n�ficier de la garantie de l��tat.</p><p>Une Caisse nationale des autoroutes a �t� cr��e ; elle est charg�e d��mettre des emprunts affect�s au financement de la construction ou de l�am�nagement des autoroutes � p�ages.</p><p>Les routes express ont �t� institu�es par la loi du 3 janvier 1969 : ce sont des routes ou des sections de routes appartenant au domaine public de l��tat ou d�une collectivit� publique, accessibles uniquement en certains points am�nag�s sp�cialement � cet effet et qui peuvent �tre interdites � certaines cat�gories d�usagers ou de v�-</p><p>hicules. Le caract�re de route express est attribu� � une voie existante ou � cr�er par d�cret en Conseil d��tat (portant, le cas �ch�ant, d�claration d�utilit� publique).</p><p>Les propri�t�s limitrophes ne jouissent pas du droit d�acc�s � la route express.</p><p>J. L.</p><p>F Circulation / Domaine / Urbanisme.</p><p>&amp; P. Giudicelli, les Contraventions de grande</p><p>voirie (th�se, Paris, 1958). / R. Allard, le Droit administratif du domaine public et de la voirie (Eyrolles, 1961). / P. Bertrand, Manuel pratique de la voirie urbaine (Publications administratives, 1961).</p><p>voiture</p><p>V�hicule ferroviaire constitu� d�une caisse reposant sur deux bogies et sp�-</p><p>cialement am�nag� pour le transport des voyageurs.</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>des voitures</p><p>Les premiers v�hicules utilis�s pour le transport des personnes sont des chariots d�couverts. On place ensuite des caisses de diligence sur les chariots, et les premi�res voitures couvertes apparaissent vers 1830. Leur forme n�aboutit � la conception actuelle des voitures que vers 1840. Il ne s�agit encore que d�une caisse en bois mont�e sur un ch�ssis �galement en bois et reposant sur deux essieux par l�interm�diaire de ressorts � lames. Les premi�res voitures enti�rement m�talliques sont construites aux �tats-Unis vers 1900.</p><p>En m�me temps que les voitures s�allongent pour en augmenter la capacit�, la n�cessit� d�am�liorer l�inscription des v�hicules dans les courbes impose l�adoption de bogies.</p><p>On peut distinguer trois parties essentielles dans une voiture :</p><p>� le ch�ssis et la caisse, qui constituent la partie r�sistante du v�hicule ;</p><p>� les organes de roulement et les bogies, qui conditionnent les qualit�s de roulement ;</p><p>� les organes auxiliaires et les am�-</p><p>nagements, qui caract�risent le confort.</p><p>dont l�ossature est con�ue selon le principe d�une construction tubulaire dans laquelle tous les �l�ments constitutifs de la charpente, notamment les faces lat�rales et la toiture, participent � la r�sistance de l�ensemble. Les premi�res voitures m�talliques, dont l�assemblage des �l�ments est assur� par rivetage, ont une tare voisine de 50 t. Gr�ce au soudage �lectrique et � l�emploi d�aciers sp�ciaux et de</p><p>m�taux l�gers, il est devenu possible d�all�ger notablement les caisses tout en obtenant une r�sistance sup�rieure.</p><p>Pour une capacit� �quivalente, la tare de certaines voitures n�exc�de pas 35 t.</p><p>Les bogies actuels procurent un excellent confort aux grandes vitesses, et il est rare que les acc�l�rations verticales ou transversales enregistr�es dans la caisse d�passent 1 m/s 2. Les organes de frein sont appropri�s aux exigences de la vitesse, et les voitures sont toujours munies d�un syst�me d�inter-communication (signal d�alarme), qui permet aux voyageurs d�obtenir l�arr�t automatique du train en cas de mise en action.</p><p>Am�nagements</p><p>et �l�ments de confort</p><p>L�habitabilit� des voitures est condi-Dans les voitures modernes, le ch�ssis et la caisse forment un seul bloc, tionn�e par le garnissage de la caisse,</p><p>downloadModeText.vue.download 424 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11635</p><p>l�am�nagement des acc�s et les installations d��clairage et de chauffage.</p><p>y Le garnissage, qui comprend le</p><p>montage des cloisons, des panneaux lat�raux et des accessoires, participe � l�isolation acoustique et thermique de la caisse. Les banquettes sont maintenant remplac�es par des si�ges individuels, dont l�installation est facilit�e par la g�n�ralisation des compartiments � six places en seconde comme en premi�re classe.</p><p>y Les emmarchements des voitures</p><p>et les plates-formes d�acc�s ont �t� constamment am�lior�s, mais pr�sentent encore des solutions peu satisfaisantes en raison de la hauteur des quais vis-�-vis de celle du plancher des v�hicules. Les voitures modernes comportent des marches articul�es solidaires de l�ouverture des portes et prot�g�es des intemp�ries. Les portes elles-m�mes sont rendues plus</p><p>�tanches, et le remplacement des soufflets par des bourrelets de caoutchouc rend l�intercirculation moins malais�e.</p><p>y L��clairage, d�abord assur� par des lampes � huile, est remplac� par l��clairage au gaz, qui est � l�origine de plusieurs accidents meurtriers, puis par l��clairage �lectrique. Les voitures modernes pr�sentent plut�t un �clairage d�ambiance assez doux, com-</p><p>pl�t� par des �clairages individuels.</p><p>L��nergie n�cessaire est fournie par un syst�me autonome, constitu� d�une g�n�ratrice entra�n�e par un essieu et d�une batterie d�accumulateurs.</p><p>y Le chauffage, assur� � l�origine par des bouillottes ou des chaufferettes, est remplac� vers 1896 par la vapeur produite par la locomotive, puis par l��lectricit�. En traction � vapeur, la vapeur de chauffage est fournie sous basse pression (7 bar) par la locomotive. En traction �lectrique, le courant de chauffage est pr�lev� � la cat�naire et distribu� aux voitures par une ligne de train, soit directement, soit apr�s abaissement de la tension.</p><p>Cette m�thode appara�t tr�s simple, mais le trafic international y introduit des complications r�sultant des diff�rents types de courant de traction.</p><p>En traction Diesel, la solution la plus courante consiste � produire la vapeur ou l��lectricit� dans une centrale auxiliaire dispos�e sur la locomotive elle-m�me ou dans un fourgon. Avec l�augmentation de la puissance des moteurs Diesel, l��nergie de chauffage peut �tre maintenant fournie par la g�n�ratrice principale de la locomotive. Sur les voitures, les installations de chauffage peuvent �tre divis�es en deux classes quel que soit le syst�me de production d��nergie : les �quipements de chauffage par convection, c�est-�-dire par radiateurs, et les �quipements de chauffage par air � temp�rature modul�e, dans lesquels des diffuseurs permettent le soufflage d�une certaine quantit� d�air pr�alablement filtr� et port� � une temp�rature appropri�e. Les voitures r�centes poss�dent un syst�me complet de climatisation, et l�installation de chauffage est compl�t�e par un �quipement</p><p>de r�frig�ration. Le r�glage de la temp�rature est assur� par une r�gulation automatique, et le renouvellement de l�air est contr�l� de fa�on � assurer un bon confort.</p><p>Principaux types</p><p>de voitures</p><p>et leur �volution</p><p>Les voitures actuelles sont toutes en-ti�rement m�talliques et �quip�es de bogies. Elles b�n�ficient sans cesse des progr�s r�alis�s dans le domaine du freinage, des �quipements de chauffage et de l��clairage, et elles pr�sentent des am�nagements appropri�s pour satisfaire au mieux les go�ts et les besoins des voyageurs.</p><p>Les voitures classiques peuvent</p><p>�tre � couloir central ou � couloir lat�ral et � compartiments. La faveur des voyageurs est partag�e dans ce domaine, et les deux formules sont utilis�es. Pour les parcours � faible et � moyenne distance, la suppression du compartiment peut �tre admise, comme elle l�a �t� sur le mat�riel de banlieue. � grande distance, pour des voyages de jour qui peuvent atteindre une douzaine d�heures, la disposition en compartiments est nettement plus pratique et semble mieux r�pondre aux pr�f�rences de la client�le europ�enne.</p><p>Certaines relations offrent les deux formules. Il s�agit des trains rapides de grand confort qui sont constitu�s, d�une part, de voitures � couloir central, o� peut �tre assur� un service de restauration � la place m�me du voyageur, et, d�autre part, de voitures classiques � couloir lat�ral. Pour les parcours de nuit, de nombreuses voitures comportent des compartiments dans lesquels les si�ges peuvent �tre convertis en couchettes. Des voitures-lits, g�n�ralement exploit�es par des soci�t�s �trang�res aux administrations ferroviaires, sont incorpor�es dans les trains effectuant un long parcours.</p><p>downloadModeText.vue.download 425 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11636</p><p>D�une fa�on g�n�rale, les am�lio-</p><p>rations apport�es aux voitures portent principalement sur les qualit�s de roulement aux grandes vitesses et sur les �l�ments de confort. Pour diminuer le temps de parcours, les chemins de fer recherchent des solutions leur permettant d�augmenter les vitesses de circulation des voitures, et particuli�rement dans les courbes. Certaines voitures sont actuellement �quip�es d�un syst�me permettant d�incliner la caisse vers l�int�rieur des courbes de fa�on � soustraire les voyageurs � l�action de la force centrifuge. L�utilisation de tels v�hicules permettrait d�obtenir une augmentation de vitesse de 15 � 18 p. 100 sur les lignes actuelles.</p><p>C. M.</p><p>F Adh�rence / Captage / Chemin de fer / Suspension / Wagon.</p><p>voix humaine</p><p>Ensemble des sons produits par le passage de l�air dans le larynx et amplifi�s par le pharynx et les cavit�s r�sonantes du cr�ne.</p><p>La voix est l�organe de la parole et du chant, avec ou sans texte. Elle se caract�rise essentiellement par son timbre, dont la qualit� d�pend de la morphologie propre de chaque individu. Il n�y a donc pas deux voix identiques. On divisait autrefois les voix en deux registres, correspondant aux r�sonances de poitrine et � celles de t�te, qui pr�sentaient une diff�rence de timbre et par cons�quent, de l�une � l�autre, un � passage � situ� dans l�aigu chez l�homme et dans le grave chez la femme. Plus tard, on s�est appliqu� � donner � la voix, dans toute son �tendue, la coloration de la voix de poitrine, afin de lui assurer un timbre homog�ne et de rendre l�in�vitable transition insensible � l�oreille. De nos jours, on use aussi de la voix de t�te, mais, en d�pit de la sp�cificit� de son timbre, le chanteur doit veiller � maintenir entre les sons mixtes une solution de continuit�. La voix de fausset est consid�r�e par certains comme un troisi�me registre, et confondue par d�autres avec la voix de t�te. Elle proc�de probablement, bien que quelques sujets la poss�dent naturellement (fal-settistes), d�une technique l�g�rement</p><p>diff�rente, utilis�e surtout au th��tre �</p><p>le plus souvent par les hommes, mais aussi par les femmes � pour des effets comiques ou expressifs, et aussi dans des chants d�origine populaire (tyrolienne). La voix blanche est une voix priv�e de son timbre, c�est-�-dire de sa coloration habituelle.</p><p>L��tude du chant artistique exige une �ducation tr�s pouss�e et comprend, par ordre de priorit�, la pose de la voix � � partir des meilleurs sons naturels �, qui implique la discipline du souffle, des exercices d�agilit� (gamme, vocalises, trilles et ornements), la diction et l�interpr�tation. L�individualisation des voix interdit une p�dagogie uniforme et rend leur classement difficile.</p><p>Les tessitures courantes sont g�n�ralement respect�es dans l��criture chorale, mais s��tendent, au grave comme � l�aigu, bien au-del� des limites normales, surtout au th��tre, o� les voix, bien que d�sign�es par un m�me mot (soprano, contralto, t�nor, baryton, basse), pr�sentent entre elles des diff�rences si consid�rables qu�elles ne sont aptes � chanter sans danger que des oeuvres ou des r�les bien d�finis.</p><p>�criture musicale</p><p>Dans l��criture musicale, on appelle voix chacune des parties d�un ensemble polyphonique, soit vocal, soit instrumental. Au cours des si�cles, les termes qui ont servi � d�signer les diff�rentes voix ont beaucoup vari�. Le discantus (fran�. d�chant ; allem. Dis-kant) est, au XIIe s., la partie sup�rieure d�une composition. Dans les organa et les motets du XIIIe s., il prend le nom de duplum quand la polyphonie est � deux voix. Si la composition comporte trois ou quatre voix, les parties les plus �lev�es sont respectivement d�sign�es par triplum et quadruplum. Le contra-tenor est, au XIVe s., un second chant librement ajout� soit au-dessus, soit, le plus souvent, au-dessous de la teneur.</p><p>� l��poque de la Renaissance, on divise les voix en cantus, ou superius, en altus, en contraltus, en tenor et en bas-sus (ital. canto, alto, contralto, tenor et basso). Jusque-l�, la marche des voix, parties r�elles et ind�pendantes, �tait soumise aux r�gles du contrepoint. Il</p><p>n�en est plus de m�me quand, � la fin du XVIe s., s��labore le nouveau style harmonique. Le terme de voix devient impropre � qualifier, dans la musique de clavier ou d�orchestre, les parties de remplissage. Il ne peut plus s�appliquer qu�aux compositions de style</p><p>� s�v�re � � dont la fuge de J.-S. Bach est par excellence le mod�le � et aux choeurs.</p><p>Aux XVIIe et XVIIIe s., on distingue en France, dans les ensembles vocaux, le dessus (1er et 2e), la haute-contre, la taille, le concordant, ou baryton, la basse-taille et la basse-contre.</p><p>Dans les oeuvres modernes, quel</p><p>que soit le style, on d�signe dans un ensemble vocal les diff�rents registres par les noms de soprano (1re et 2e), de mezzo-soprano, de contralto, de t�nor, de baryton et de basse (1re et 2e).</p><p>A. V.</p><p>F Bel canto / Chant / Phonation.</p><p>&amp; T. G�rold, Histoire de la musique des origines � la fin du XIVe si�cle (Laurens, 1936). /</p><p>P. Prudhomme, le Classement des voix (Impr.</p><p>Foulon, 1945). / V. A. Fields, Training the Singing Voice (New York, 1947). / A. Machabey, le Bel Canto (Larousse, 1948). / F. Raugel, le Chant choral (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1948 ; 3e �d., 1966). / R. Husson, �tude des ph�-</p><p>nom�nes physiologiques et acoustiques fondamentaux de la voix chant�e (�d. de la Revue scientifique, 1951). / E. Garde, la Voix (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1954 ; 4e �d., 1970). /</p><p>G. Reese, Music in the Renaissance (New York, 1954 ; 2e �d., 1959). / A. Rose, The Singer and the Voice (Londres, 1962 ; nouv. �d., New York, 1971). / R. Celletti (sous la dir. de), Le grandi voci (Rome, 1964). / H. Pleasants, The Great Singers (New York, 1966). / R. Mancini, l�Art du chant (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1969).</p><p>vol</p><p>D�placement actif des animaux dans l�atmosph�re, hors de tout contact avec le sol.</p><p>L�acquisition de l�aptitude au vol s�est faite tr�s t�t au cours de l��volution, puisqu�on a la preuve que des Insectes volaient d�j� au Carbonif�re, il y a 270 millions d�ann�es. Le mode de locomotion a�rienne pr�sente un si</p><p>grand nombre d�avantages qu�il s�est g�n�ralis� chez de nombreux groupes d�animaux, mais ce sont les Insectes et les Oiseaux qui pr�sentent les adaptations les plus �labor�es, au point que leur morphologie et leur biologie sont �troitement mises au service de cette fonction.</p><p>Le vol dans</p><p>le r�gne animal</p><p>Insectes</p><p>Si l�on excepte quelques groupes in-f�rieurs dits � apt�rygotes �, c�est-�-</p><p>dire d�pourvus d�ailes, la plupart des familles d�Insectes sont hautement adapt�es � la locomotion a�rienne, bien que certains groupes l�aient secondairement perdue. Certains Insectes r�alisent m�me des performances dignes de celles des Oiseaux et accomplissent de v�ritables migrations : on conna�t des Dipt�res (Tabanides, Syrphides) et des Papillons (Rhopaloc�res, comme Dana�s archippus) qui peuvent parcourir plusieurs centaines, voire des milliers de kilom�tres.</p><p>Reptiles</p><p>Aucune esp�ce actuelle n�est, � proprement parler, capable de voler, contrairement � divers Sauriens du Jurassique (v. Pt�rosaures), mais il est des esp�ces qui pr�sentent un allongement des c�tes ant�rieures servant de soutien � d�importants replis de la peau.</p><p>On ne peut donner le nom d�ailes � ces extensions cutan�es, qui n�impliquent aucune modification de la structure des membres et sont, de ce fait, d�pourvues de mouvement autonome. Tout au plus servent-elles de parachute, permettant � l�animal de faire des glissades plus ou moins longues entre les arbres (Dragons des �les de la Sonde par exemple).</p><p>Oiseaux</p><p>Toute l��volution de cette classe de Vert�br�s s�est faite autour de la locomotion a�rienne. Mis � part certains groupes comme les Autruches, les</p><p>Nandous, les �meus et quelques es-p�ces insulaires dont les ailes se sont secondairement atrophi�es, tous les Oiseaux volent et accomplissent des per-</p><p>formances souvent extraordinaires, soit sous le rapport de la vitesse (jusqu�� 280 km/h chez le Faucon P�lerin), soit sous celui des distances parcourues et de l�endurance. Certaines grandes es-p�ces p�lagiques, comme les Albatros, passent la plus grande partie de leur vie � voler, et de nombreux migrateurs parcourent chaque ann�e plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers de kilom�tres. La facult� de se d�placer downloadModeText.vue.download 426 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11637</p><p>rapidement dans les trois dimensions de l�espace a permis aux Oiseaux</p><p>d�occuper les habitats les plus vari�s ; elle leur a permis aussi d�acqu�rir des comportements et des adaptations �cologiques leur permettant d�occuper des � niches � inaccessibles aux autres Vert�br�s terrestres.</p><p>Mammif�res</p><p>Bien qu�essentiellement terrestres les Mammif�res pr�sentent quelques groupes qui ont � appris � � se d�placer dans l�air. Un ordre entier, celui des Chiropt�res (Chauves-Souris), ne comporte que des esp�ces volantes. La locomotion a�rienne chez les Mammif�res pr�sente deux types tr�s diff�-</p><p>rents : le vol plan� des �cureuils volants s�apparente aux glissades a�riennes des Dragons, car il n�implique aucune modification des membres, mais il est rendu possible par le d�veloppement d�une membrane parachute, sous-tendue par les membres et parfois la queue de l�animal ; le vol battu, type de vol tr�s perfectionn�, fait des Chauves-Souris des animaux aussi strictement a�riens que les Oiseaux. Il est rendu possible par une profonde modification des membres, notamment des membres ant�rieurs, gr�ce � l�allongement des doigts et au d�veloppement des membranes interdigitales en une surface unique, appel�e patagium.</p><p>Fonctions du vol</p><p>Les avantages que procurent � l�animal la possibilit� de se d�placer rapidement ont �t� utilis�s pour de multiples</p><p>fonctions.</p><p>Recherche de la nourriture</p><p>De nombreuses techniques de chasse reposent sur une utilisation judicieuse des ailes : poursuite de la proie, comme chez les Faucons ; prospection minutieuse de vastes espaces, puis capture par surprise, comme chez les Busards ; vol sur place pour acc�der � une source de nourriture inaccessible par locomotion terrestre, comme chez les Oiseaux-Mouches ou les Sphinx (Papillons), qui sucent le nectar des fleurs ; recherche du plancton a�rien, comme chez les Hirondelles et les Chauves-Souris ; etc.</p><p>La forme et le mode d�utilisation des ailes sont souvent �troitement adapt�s au r�gime alimentaire.</p><p>Migrations</p><p>En offrant aux animaux la possibilit� de parcourir de grandes distances en peu de temps, la facult� de voler a permis � de nombreux groupes de r�-</p><p>soudre l��pineux probl�me de la survie hivernale. Pour de petits organismes � temp�rature constante et �lev�e comme les Oiseaux, la thermor�gulation n�est possible que gr�ce � une ingestion permanente de nourriture. Le fl�chissement de la nourriture disponible en hiver, notamment pour les petits insectivores, a conduit l��volution � trouver une solution pour assurer � l�organisme sa nourriture quotidienne, en particulier le syst�me des migrations � au long cours �, qui permettent aux m�mes populations d�exploiter alternativement des �cosyst�mes saisonniers souvent fort �loign�s les uns des autres (v. migrations animales et Oiseaux).</p><p>Si les migrations sont particuli�rement d�velopp�es et spectaculaires chez les Oiseaux, certains Insectes accomplissent �galement d�extraordinaires voyages. T�moin le Dana�s archippus, Papillon du Nouveau Monde qui se reproduit en Am�rique du Sud et migre ensuite en Am�rique du Nord pour revenir � la fin de l�automne dans son continent d�origine. Des millions d�individus sont impliqu�s dans ces voyages intercontinentaux. Ces hautes performances de vol ont permis � ce Papillon de se r�pandre au-del� des</p><p>oc�ans, aux �les Hawaii, en Australie et dans les �les Canaries. En Europe, certains Papillons, comme la Vanesse Belle-Dame (Vanessa cardui), entre-prennent �galement d�importantes migrations et traversent couramment la M�diterran�e.</p><p>Techniques du vol</p><p>Machine volante hautement perfec-</p><p>tionn�e, l�Oiseau peut servir de mod�le pour comprendre le m�canisme du vol.</p><p>Le mouvement de l�organisme doit</p><p>d�terminer deux vecteurs : un vecteur vertical, qui doit compenser la pesanteur, et un vecteur horizontal ou propulseur, qui doit assurer le d�placement de l�organisme. Ces deux composantes sont r�alis�es par les ailes, moteur proprement dit, mais aussi par l�ensemble du corps, et notamment la queue, qui sert de gouvernail de direction et de profondeur.</p><p>Le vol ram� (ou vol battu) est la technique classique, qui implique un mouvement r�gulier des ailes dans le plan vertical. Au cours de ce vol, le corps est horizontal et les extr�mit�s (t�te, cou, pattes) sont dispos�es de fa�on � opposer une r�sistance minimale � l�air. La forme de l�aile, convexe sur la partie sup�rieure et concave sur la face inf�rieure, permet � l�Oiseau de compenser la force de gravit� et d�assurer sa propulsion. Lors des battements de l�aile, la force exerc�e comporte deux composantes ; l�une s�exerce sur la partie ant�rieure de l�aile, rigide, et assure la sustentation ; l�autre s�applique sur la partie post�rieure, bien plus souple en raison des grandes plumes du vol (r�miges). Le va-et-vient de ces plumes dans le plan vertical engendre deux mouvements dont les effets s�ajoutent : un mouvement d�avanc�e vers l�avant par rapport � l�air et un mouvement de haut en bas par rapport � l�Oiseau.</p><p>La r�sultante de ces forces est une propulsion vers l�avant qui a lieu lors de l�abaissement de l�aile. Le mouvement de bas en haut ayant tendance � freiner l�Oiseau, l�aile est pli�e lors de ce mouvement, alors qu�elle est tendue au maximum lors du mouvement</p><p>inverse. La position de l�axe de l�aile vue de profil par rapport � l�horizontale d�termine l�angle d�attaque : plus cet</p><p>angle est ouvert, plus la composante de sustentation prend le pas sur la composante de progression et moins l�Oiseau va vite. Tous les Oiseaux pratiquent le vol battu, mais certains peuvent utiliser en plus la technique du vol plan�, qui n�est possible que chez les grandes esp�ces (Rapaces, Cigognes) dot�es d�un bon rapport poids/surface portante. Le principal int�r�t de ce type de vol, au cours duquel les ailes sont pratiquement immobiles, est de procurer � l�Oiseau une grande souplesse de manoeuvre tout en n�cessitant une d�pense minime d��nergie. Le vol</p><p>plan� proprement dit est une glissade plus ou moins rapide selon l�extension et l�angle d�attaque des ailes, mais il s�accompagne d�une perte d�altitude, sauf si la vitesse de chute est �gal�e ou d�pass�e par celle de l�air ascendant. Il se transforme alors en vol � voile, qui n�est r�alisable que l� o� existent des ascendances dont l�origine peut �tre thermique ou topographique.</p><p>Essor et atterrissage</p><p>Ces deux op�rations n�cessitent,</p><p>comme pour les avions, la mise en oeuvre optimale de tous les moyens d�acc�l�ration pour la premi�re et de d�c�l�ration pour la seconde. Au moment de l�essor, les pattes, pr�alablement fl�chies, se d�tendent puissamment et jouent le r�le de catapulte. �</p><p>la fin de ce saut, l�aile est brutalement abaiss�e et l�Oiseau s�arrache de son support. Lors des premiers battements, l�aile se tord sur elle-m�me de fa�on � minimiser l�effet d�c�l�rateur du mouvement de bas en haut et � maximiser la force ascensionnelle. Au moment de l�atterrissage, la totalit� de la surface portante est mise � profit pour maintenir la force de sustentation et assurer un freinage aussi rapide que possible.</p><p>L�alula (aile b�tarde) et la queue jouent alors un r�le consid�rable. Imm�diatement avant l�impact, le freinage est accentu� par quelques vigoureux battements d�aile dont la direction est oppos�e � celle du mouvement du corps. Le reliquat de vitesse est enfin absorb� par l�action des pattes, qui jouent le r�le d�amortisseur.</p><p>J. B.</p><p>F Chauve-Souris / Insecte / Migrations animales / Oiseaux.</p><p>&amp; P.-P. Grass� (sous la dir. de), Trait� de zoologie, t. XV : les Oiseaux (Masson, 1950).</p><p>H. Schmidt (sous la dir. de), Der Flug der Tiere (Francfort, 1960).</p><p>vol (m�canique</p><p>du)</p><p>�tude des diff�rentes phases du vol d�un avion (ou de tout autre a�ronef).</p><p>�tude du mouvement du</p><p>centre de gravit�</p><p>de l�avion</p><p>Cette �tude d�finit la trajectoire de l�avion.</p><p>Vol horizontal</p><p>L��quilibre en vol horizontal � vitesse constante est caract�ris� par l��galit� du poids de l�avion et de la portance a�rodynamique</p><p>Pour un avion de surface S se d�-</p><p>pla�ant � une vitesse V dans un air de masse sp�cifique &#x3C1;, il existe toute une gamme de conditions de vitesse et d�incidences permettant l��quilibre � une altitude d�termin�e. N�anmoins, le coefficient de portance Cz ne pouvant d�passer une valeur maximale, � chaque altitude correspond une valeur de la vitesse au-dessous de laquelle le vol est impossible. On d�finit ainsi un domaine de vol limit� par l��chauffement des structures aux vitesses �le-v�es ; � une altitude donn�e, au-del� d�une certaine vitesse, la r�sistance de la structure n�est plus suffisante. Pour pouvoir maintenir sa vitesse, l�avion doit disposer d�une force propulsive �gale � la tra�n�e a�rodynamique</p><p>Les coefficients de por-</p><p>tance et de tra�n�e Cz et Cx sont reli�s par la polaire de l�avion, courbe qui d�-</p><p>finit leurs valeurs en fonction de l�incidence. La comparaison des deux �quations de vol montre que Pour</p><p>un propulseur donn�, il existe � chaque downloadModeText.vue.download 427 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11638</p><p>incidence de vol une altitude au-dessus de laquelle le vol n�est plus possible : c�est le plafond de propulsion.</p><p>En effet, pour chaque incidence, les coefficients de portance et de tra�n�e Cz et Cx sont parfaitement d�finis, et la tra�n�e reste constante quelle que soit l�altitude. Comme la pouss�e maximale du moteur d�cro�t avec l�altitude lorsque ce moteur utilise l�air ambiant comme combustible, il existe une altitude au-dessus de laquelle la tra�n�e ne peut plus �tre �quilibr�e. Le plafond de propulsion est g�n�ralement inf�-</p><p>rieur au plafond a�rodynamique, et ce sont les moteurs qui limitent les performances en altitude des avions. Lorsque la propulsion est assur�e par des moteurs-fus�es dont la pouss�e augmente au contraire avec l�altitude, il n�existe pas de plafond de propulsion.</p><p>Enfin, le point d�application de la portance �tant toujours diff�rent du centre de gravit� de l�avion, l��quilibre longitudinal autour du centre de gravit� est obtenu par braquage, dans le sens et de la valeur convenables, de la gouverne de profondeur.</p><p>Vol en virage</p><p>Aux forces intervenant dans l��quilibre de l�avion vient alors s�ajouter la force centrifuge due au virage. Celle-ci, appliqu�e au centre de gravit�, peut alors se combiner avec le poids P de l�avion et conduit � une force plus �lev�e d�nomm�e poids apparent Pa.</p><p>Le rapport est appel� facteur de</p><p>charge ; sous une autre forme, n indique le rapport de la pesanteur apparente support�e par l�avion � la pesanteur r�elle et s�exprime aussi en valeur de l�intensit� de la pesanteur, g. Pour que la portance a�rodynamique puisse �quilibrer le poids apparent, il faut que ce dernier soit dans le plan de sym�trie de l�avion, ce qui impose l�inclinaison de l�avion lat�ralement vers l�int�rieur du virage, comme le fait un coureur sur une piste de v�lodrome. On voit alors que l�angle d�inclinaison cro�t avec le facteur de charge au fur et � mesure que le rayon de virage diminue.</p><p>La premi�re �quation de vol s��crit</p><p>alors Comme en vol rectiligne, on peut d�finir un plafond a�rodynamique et un plafond de propulsion, dont la valeur diminue avec le rayon de virage. En outre, � chaque ensemble vitesse-altitude, c�est-�-dire pour une valeur donn�e de la vitesse indiqu�e &#x3C1; �tant la densit�</p><p>de l�air � l�altitude consid�r�e, on d�-</p><p>finit un facteur de charge limite correspondant au coefficient de portance Cz maximal, c�est-�-dire un rayon de virage minimal au-dessous duquel le vol est impossible. Cette performance est particuli�rement importante pour les avions d�interception et d�attaque au sol.</p><p>Un dernier probl�me se reliant aux �quations du vol horizontal est celui de l�autonomie ou du rayon d�action maximal. On d�finit dans chaque cas un point de la polaire qui permet de r�aliser ces conditions. Pour les avions � turbor�acteurs, le rayon d�action maximal s�obtient en volant � l�incidence correspondant � la valeur maximale du rapport et l�autonomie</p><p>maximale � l�incidence correspondant � la finesse minimale.</p><p>Vol en mont�e ou en descente</p><p>Lorsque l�avion se d�place sur une trajectoire inclin�e par rapport � un plan horizontal, il faut, dans la seconde �quation du vol, tenir compte de la composante du poids sur la trajectoire.</p><p>Cette composante s�ajoute � la tra�n�e a�rodynamique lorsque l�avion est en mont�e et s�en retranche lorsqu�il est en descente. La seconde �quation du vol peut alors s��crire sous une forme plus g�n�rale</p><p>&#x3B8; d�signant la pente de la trajectoire, compt�e positivement lorsque l�avion monte et n�gativement lorsqu�il</p><p>descend.</p><p>D�s lors, on peut graduer le domaine de vol suivant les valeurs des pentes de mont�e maximales possibles �</p><p>l�altitude consid�r�e. Pour une vitesse donn�e, cette pente diminue au fur et � mesure que l�altitude cro�t, pour s�annuler �videmment lorsque l�on atteint le plafond de propulsion. C�est gr�ce � l�augmentation du rapport pouss�e des</p><p>moteurs/poids de l�avion que l�on a pu augmenter les pentes de mont�e notamment sur les avions d�interception. Ce rapport est de l�ordre de 25 p. 100 pour les avions de transport � r�action sub-sonique, de 35 p. 100 pour l�avion de transport supersonique Concorde et de plus de 80 p. 100 pour les avions d�interception, dont certains parviennent presque � monter � la verticale.</p><p>L��quation de tra�n�e g�n�ralis�e peut encore s��crire, en tenant compte de l��quation de portance</p><p>Pour un avion dont le rapport pous-s�e/poids est d�fini et constant, la pente de mont�e maximale est obtenue lorsque le rapport est minimal, c�est-�-dire � la finesse maximale. Pour am�liorer les performances de mont�e de certains avions d�arme, on a parfois utilis� des moteurs-fus�es d�appoint venant s�ajouter au syst�me de propulsion principal.</p><p>D�collage et atterrissage</p><p>Ces deux phases du vol s�effectuent � une vitesse assez nettement sup�rieure � la vitesse de d�crochage correspondant au coefficient de portance Cz maximal afin de garantir une marge de s�curit�. Cette vitesse Vmc est appel�e vitesse minimale de contr�le.</p><p>y La longueur de d�collage est telle que le travail de la force propulsive soit �gal � l��nergie cin�tique correspondant � la vitesse de d�collage, soit y La longueur d�atterrissage est telle que l��nergie cin�tique correspondant � la vitesse de l�avion lors de l�impact avec le sol soit absorb�e par le travail de la force de freinage. Cette force est de la forme f &#x2219; P, f �tant le coefficient de freinage, g�n�ralement de l�ordre de 0,5. La longueur d�atterrissage s�exprime alors par la formule</p><p>qui n�est valable que lorsque le freinage est exerc� par des freins sur roues.</p><p>Lorsqu�il est fait appel � l�inversion de pouss�e des r�acteurs ou � un freinage a�rodynamique par parachute, elle est �videmment raccourcie.</p><p>Pour les avions de transport, les</p><p>performances de d�collage et d�atterrissage doivent �tre �tablies avec un moteur stopp� pour garantir la s�curit� en cas de panne d�un moteur.</p><p>�tude des mouvements</p><p>autour du centre</p><p>de gravit�</p><p>Cette �tude d�finit la stabilit� de l�avion sur sa trajectoire. Un avion est consid�r� comme stable si, lorsqu�il est �cart� de son r�gime de vol par une perturbation, il y revient de lui-m�me apr�s une s�rie d�oscillations amorties.</p><p>On distingue les mouvements longitudinaux et les mouvements lat�raux.</p><p>y Les mouvements longitudinaux</p><p>consistent essentiellement en une oscillation d�incidence de p�riode relativement courte. Son amortissement d�pend en grande partie de la position du centre de gravit� de l�avion et diminue au fur et � mesure que ce dernier recule. On d�finit ainsi une position extr�me du centre de gravit�, audel� de laquelle l�avion est instable.</p><p>Inversement, il existe �galement une limite avant du centrage, au-del� de laquelle l�avion devient difficilement pilotable.</p><p>Aux vitesses voisines de la vitesse du son, un autre ph�nom�ne affectant la stabilit� longitudinale appara�t : l�inversion des commandes de profondeur.</p><p>Ce ph�nom�ne est d� au fait que, dans la zone de vitesses transsoniques, le centre de pouss�e de l�aile, c�est-�-dire le point d�application de la portance, recule consid�rablement, n�cessitant une modification de l��quilibrage par la gouverne de profondeur ; celle-ci, au lieu d�assurer une l�g�re portance par braquage vers le bas, doit assurer une d�portance importante par un fort braquage vers le haut. Lors du passage de la zone transsonique, le pilote doit donc, pour maintenir l��quilibre de l�avion, changer brutalement la position du manche. Les empennages monoblocs, qui se braquent en totalit�, permettent d�amoindrir les effets de ce ph�nom�ne.</p><p>y Les mouvements lat�raux sont ca-</p><p>ract�ris�s par une oscillation de tr�s courte p�riode affectant � la fois le tangage et le roulis, mais avec un d�phasage ; ce mouvement est trop rapide pour pouvoir �tre corrig� par le pilote, et la configuration a�rodynamique de l�avion doit permettre son amortissement automatique. La ma-niabilit� lat�rale d�un avion peut �tre d�finie par le braquage des ailerons, n�cessaire pour obtenir une inclinaison donn�e de l�avion ou encore une vitesse de roulis donn�e. La vitesse de roulis des intercepteurs modernes est tr�s �lev�e ; elle permet, pratiquement, d�effectuer un tonneau complet en � peine une seconde.</p><p>Un ph�nom�ne d�instabilit� lat�rale important aux basses vitesses est la vrille ; celle-ci consiste en une rotation plus ou moins rapide de l�appareil en roulis lorsqu�il se trouve � une incidence sup�rieure � celle du d�crochage.</p><p>En m�me temps qu�il tourne sur lui-m�me, l�avion tombe du fait de la chute brutale de la portance. Les risques de vrille se pr�sentent donc pour les avions �voluant � la limite du d�crochage, donc pour des avions de combat lors de certaines manoeuvres. La mise en vrille fait l�objet d��tudes sp�ciales dans des souffleries verticales. D�une mani�re g�n�rale, la tendance � l�instabilit� au d�crochage est beaucoup plus prononc�e sur les avions � aile en fl�che ; en effet, avec une telle forme en plan, les extr�mit�s de l�aile d�crochent avant la partie centrale, ce qui entra�ne l�avion downloadModeText.vue.download 428 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11639</p><p>� cabrer, donc � accro�tre le d�crochage. La stabilit� d�un avion, longitudinalement et lat�ralement, d�pend essentiellement des caract�ristiques a�rodynamiques, et plus particuli�rement de la forme de l�aile.</p><p>J. L.</p><p>F A�rodynamique / Aile / Atterrissage / D�collage.</p><p>&amp; G. S�rane, Cours d�a�rotechnique (Dunod, 1949 ; 3e �d., 1963). / A. Turcat, Cours de m�-</p><p>canique du vol (Dunod, 1957). / J. Renaudie, Essais en vol : performances et qualit�s de vol (Dunod, 1959) ; le Vol des avions (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1959 ; 2e �d., 1968). / L. George, J. F. Vernet et J. C. Wanner, la M�canique du vol, performances des avions et des engins (B�ranger, 1960 ; 3e �d., Dunod, 1969). / P. Le-comte, M�canique du vol. Les qualit�s de vol des avions et des engins (Dunod, 1962).</p><p>volcan</p><p>Forme de relief r�sultant de la mont�e naturelle en surface de produits chauds qui proviennent des r�gions internes du globe.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Le relief peut �tre positif (en bosse) ou n�gatif (en creux). La mont�e peut se faire par une perforation arrondie ou par une fente relativement �troite, mais aussi, quoique plus rarement, sans qu�une ouverture soit visible � l�ext�rieur. Les produits peuvent arriver en surface � l��tat solide, liquide ou gazeux. Leur origine se situerait � des profondeurs variant entre quelques kilom�tres et quelques dizaines de kilom�tres, dans ou au-dessous de l��corce terrestre.</p><p>L�aspect tr�s particulier des reliefs volcaniques et les manifestations de leur activit�, toujours inqui�tantes pour l�humanit�, ont frapp� les observateurs depuis la plus haute antiquit�. Les mythologies de pays riches en volcans, comme le Japon, l�Indon�sie ou les �les du Pacifique, les ont peupl�s de divinit�s nombreuses, la plupart mal�fiques, mais quelques-unes b�n�fiques. M�me en Europe, o� de tels �difices historiquement actifs sont relativement plus rares, il convient de citer H�pha�stos, dieu grec du Feu et du M�tal, qui est devenu Vulcain chez les Latins.</p><p>C�est � ce dernier que nous sommes redevables du nom de volcan pour</p><p>d�signer des lieux semblables � celui o� l�on estimait qu�il avait �tabli ses forges souterraines (l�Etna, en Sicile) ainsi que du mot volcanologie pour la science consacr�e � leur �tude. Notons, � ce sujet, que l�Acad�mie fran�aise a tranch� en faveur de ce dernier terme, tandis qu�elle repoussait la forme</p><p>ancienne vulcanologie, et que cette d�cision a �t� admise sur le plan international (Association internationale de volcanologie, l�une des sept associations constituant l�Union internationale de g�od�sie et g�ophysique).</p><p>L�importance des volcans</p><p>Sur l�ensemble du globe, on conna�t pr�s de cinq cents volcans dont l�activit� est historique. Deux cents � trois cents autres paraissent �teints depuis un temps tellement bref que rien ne prouve qu�ils le soient d�finitivement.</p><p>Il convient, � cet �gard, de se souvenir du cas du V�suve, dont aucun Latin ne soup�onnait le caract�re volcanique avant son brutal r�veil en 79 de notre �re, d�o� r�sulta la destruction des villes de Pomp�i*, d�Herculanum et de Stabies. L��nergie lib�r�e par le fonctionnement de certains volcans est d�ailleurs � une �chelle gigantesque, et leur action entra�ne des cons�quences sensibles dans le monde entier. Pour ne citer qu�un exemple, on �value � 8,6 � 1023 ergs la puissance d�une seule explosion du Krakatau (�les de la Sonde) en 1883, ce qui repr�sente � peu pr�s celle de six cents bombes H.</p><p>Cette explosion entra�na trente-cinq mille morts, d�incroyables ravages locaux, des ph�nom�nes �lectriques dans la haute atmosph�re (aurores bor�ales � Paris) et des pluies de cendres pendant plusieurs ann�es sur la totalit� de la Terre.</p><p>Mais l�importance des volcans ne</p><p>se borne pas � cet aspect d�sastreux.</p><p>Les roches �mises par eux, et particuli�rement les cendres, ou poussi�res, donnent souvent des sols tr�s fertiles, qui autorisent des croissances d�mographiques spectaculaires, comme</p><p>celle du Japon. Certains gisements miniers sont la cons�quence directe de l�activit� volcanique ; la plupart des sources thermales en r�sultent aussi directement ou indirectement ; enfin, l��nergie g�othermique appara�t sous une forme relativement facile � capter dans des r�gions qui sont sous son influence.</p><p>Par ailleurs, la montagne la plus haute du monde est le Mauna Loa, principal volcan d�Hawaii*, dont la base</p><p>est � � 5 000 m sur le fond du Pacifique et le sommet � + 4 205 m, soit un total d�passant les 9 km. Bien plus, les progr�s r�cents dans la connaissance des oc�ans* viennent de nous pr�ciser que leur fond, en dehors des zones de s�dimentation et des plateaux continentaux, �tait exclusivement constitu� par des roches volcaniques dont la mise en place est incessante � partir des axes m�dio-oc�aniques. Si, aux formations suba�riennes, nous ajoutons ces formations sous-marines, on doit �valuer � peu pr�s aux trois quarts de notre plan�te les surfaces r�sultant de l�activit� des volcans, le dernier quart pouvant d�ailleurs provenir, selon certains auteurs, de transformations r�alis�es au cours des temps g�ologiques, sous des influences physiques, chimiques et biologiques, � partir des �l�ments constitutifs des mat�riaux volcaniques eux-m�mes. L��tat de surface de la Lune, pour ce que nous en savons � l�heure actuelle (la Lune semble int�gralement couverte de roches semblables � nos roches volcaniques terrestres), confir-merait peut-�tre ce point de vue.</p><p>Les produits volcaniques</p><p>Par le conduit joignant les profondeurs � la surface, en lequel se r�sume l�essentiel du volcan, peuvent sortir des produits vari�s, unis d�abord sous l��tat physique assez mal d�fini, � caract�-</p><p>ristiques p�teuses, d�nomm� magma, mais se s�parant ensuite progressivement en phases gazeuses, solides (ou liquides � tr�s forte viscosit�) et liquides proprement dites au moment de la sortie (laves). L��tude directe du magma n�est pas r�alisable avec les moyens actuels. Nous ne pourrons raisonner � son propos qu�en fonction de ce que nous apprennent les produits superficiels.</p><p>Les gaz</p><p>Sauf dans les cas de d�gagements provoqu�s par des fermentations ou associ�s aux gisements d�hydrocarbures, l��mission de gaz dans la nature est essentiellement la caract�ristique du volcanisme. En effet, des gaz seront rejet�s en tr�s grandes quantit�s avant, pendant et apr�s la phase d�activit� volcanique majeure, que l�on qualifie</p><p>d��ruption. Au moment du paroxysme, il est impossible de faire des mesures exactes. � titre purement indicatif, retenons par exemple les �valuations d�un d�bit en poids de 11 200 kg/s � la temp�rature de 1 000 �C au Mauna Loa (Hawaii) en 1940 ou d�un d�bit en volume variant de 25 � 32 km3/h � 1 050 �C au Teneguia (Canaries) en 1971, pendant des phases �ruptives sans violence excessive.</p><p>Il ne peut, d�ailleurs, �tre question de recueillir des gaz pour les analyser dans les volcans, o� le r�le de ceux-ci est dominant. M�me les tentatives r�-</p><p>centes de pr�l�vements sur des bouches principales en p�riode de tranquillit� relative n�ont gu�re �t� satisfaisantes.</p><p>Les r�sultats ont �t� meilleurs sur de petites bouches annexes ou sur des fentes du terrain environnant, parfois m�me � grande distance, o� ces d�gagements sont qualifi�s de fumerolles.</p><p>Une autre m�thode consiste � extraire en laboratoire les gaz inclus dans des bulles des laves ou occlus dans les syst�mes cristallins form�s lors de leur refroidissement. Cela �vite ou limite mieux la contamination par l�air ou par l�eau ; cette derni�re est toujours pr�sente dans la partie superficielle des �difices volcaniques, o�, sous forme de downloadModeText.vue.download 429 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11640</p><p>vapeur, elle constitue parfois 99 p. 100</p><p>des gaz rejet�s � la bouche m�me.</p><p>Les analyses publi�es anciennement sont, par cons�quent, le plus souvent erron�es : elles indiquent la composition de gaz ayant d�j� r�agi les uns sur les autres ou sur les mat�riaux environnants. D�apr�s les plus r�centes, il semblerait que les constituants majeurs seraient, en ordre d�croissant approximatif et variable suivant les cas, CO2, CO, H2, HCl, SO2, des traces de SCO et S2C, des hydrocarbures r�sultant probablement de r�actions secondaires, enfin un peu d�azote et d�argon, ainsi que parfois du fluor et du bore.</p><p>Lorsqu�on s��loigne du centre �ruptif dans l�espace et de l��ruption dans</p><p>le temps, on voit les fumerolles diminuer de temp�rature et changer de composition. En sch�matisant beaucoup, on peut dire qu�� c�t� des oxydes de carbone, toujours dominants, les fumerolles les plus chaudes renferment surtout du chlore et ses compos�s, puisque, au-dessous de 300 �C environ, le pourcentage de soufre et de ses compos�s va en croissant (gen�se des gisements de type solfatare ou sou-fri�re) ; mais les derni�res, � la temp�rature ordinaire, se r�duisent � des d�gagements de gaz carbonique seul, que l�on appelle mofettes.</p><p>Il convient enfin d�ajouter que, si nous avons fait abstraction de l�eau comme constituant des gaz purement volcaniques (c�est-�-dire provenant d�une grande profondeur), cela ne veut pas dire qu�elle ne joue pas un tr�s grand r�le dans le fonctionnement des volcans. On appelle �ruptions phr�atiques celles dans lesquelles on est certain que des effets destructifs proviennent de la brutale vaporisation de l�eau d�une nappe souterraine et, par extension, de l�eau de mer.</p><p>Mais il est parfaitement possible que de gigantesques explosions comme</p><p>celle du Krakatau r�sultent du m�me ph�nom�ne.</p><p>Les solides</p><p>Certains volcans n��mettent gu�re, avec les gaz, que des produits tellement p�teux qu�ils deviennent une masse solide d�s leur lente apparition en surface. Mais, dans la plupart des cas, les produits � haute viscosit� sont projet�s dans l�atmosph�re, et leur chute s�observe plus ou moins loin autour de la bouche volcanique, � l��tat de d�bris solides incoh�rents. On les qualifie de produits pyroclastiques (bris�s par le feu) ou �jecta.</p><p>D�apr�s le calibrage, on a l�habitude de distinguer : des blocs, g�n�ralement anguleux, de grande taille (parfois plusieurs m�tres cubes) et qui retombent presque sur place ; des bombes, qui, suivant la vitesse de leur solidification d�croissante, retombent avec des aspects de � cro�te de pain �, de</p><p>� fuseau �, de � bouse de vache � ; des lapilli, ou petites pierres irr�guli�res</p><p>dont la taille varie de quelques centim�tres � quelques millim�tres ; puis des sables volcaniques et des poussi�res volcaniques (dites un peu � tort</p><p>� cendres �), �l�ments de plus en plus fins, qui peuvent retomber extr�mement loin, surtout lorsque le vent les emporte.</p><p>Les premiers de ces produits sont les constituants majeurs du � c�ne volcanique �, relief tr�s habituel autour de certaines bouches volcaniques. Mais ils peuvent aussi, comme les �l�ments plus fins, �tre entra�n�s par des ruissellements et se d�poser soit � l�air libre, soit dans des lacs, sous forme de couches ciment�es et stratifi�es dites</p><p>� volcanos�dimentaires �. Blocs et bombes donnent ainsi des br�ches volcaniques, lapilli et sables grossiers, des tufs volcaniques, sables fins et poussi�res, et des cin�rites. Parfois, cependant, les produits solides sont gorg�s d�eau sans que la cimentation soit r�alis�e tout de suite. Les �l�ments fins, emballant des blocs plus ou moins importants, acqui�rent alors une mobilit� extr�me sur les pentes et provoquent de gigantesques coul�es boueuses avant de se stabiliser en une masse compacte.</p><p>On appelle ces coul�es lahars, d�apr�s un terme employ� en Indon�sie*, o� le ph�nom�ne a caus� bien des milliers de morts ; mais elles ne sont pas limit�es � ce pays, et, par exemple, l�ensevelissement d�Herculanum au pied du V�suve leur est �galement d�.</p><p>Il existe enfin des produits interm�-</p><p>diaires entre solides et liquides, mais pour lesquels la texture est command�e par l�abondance des gaz associ�s. Les ponces sont des roches fragment�es, si riches en bulles qu�elles peuvent flotter sur l�eau. Il s�agit d�une sorte d��cume de verre qui retombe au sol apr�s projection (chute de ponce) ou qui est d�vers�e assez calmement autour de la bouche volcanique (coul�e de ponce) en quantit�s chiffrables parfois en kilom�tres cubes. Les ignimbrites (terme signifiant � pluie de feu �) sont un a�rosol, ou une �mulsion, qu�on interpr�te comme une mousse de lave de grande mobilit� initiale se r�pandant � plat sur de tr�s grandes surfaces (centaines de kilom�tres carr�s) autour des fissures d�o� elle est sortie. Les forma-</p><p>tions ignimbritiques atteignent souvent plusieurs centaines de m�tres d��paisseur ; elles peuvent �tre consid�r�es comme des tufs soud�s � chaud et non ciment�s � froid comme les tufs habituels. On observe d�ailleurs fr�quemment le passage de l�un � l�autre de ces types : la base et le sommet de la masse ignimbritique, refroidis rapidement au contact du sol et de l�air, correspondent � des tufs stratifi�s et non soud�s, tandis que le coeur, lentement refroidi, a eu le temps de se compacter et de se souder, prenant un aspect que l�on qualifie parfois de tufo-lave.</p><p>Les liquides</p><p>Les mati�res fondues qui s��coulent hors de la bouche volcanique sont appel�es laves. Plus ou moins associ�es aux gaz et aux solides, elles contribuent � l��dification de la plupart des volcans, mais il arrive que leur pr�-</p><p>dominance soit tr�s nette. Avec les produits pyroclastiques, elles aident � la construction du c�ne entourant la bouche �missive lorsque leur solidification est assez rapide. Par contre, une fluidit� sup�rieure provoque l�apparition d�un lac de lave � l�emplacement de la bouche, de champs de laves � sa p�riph�rie lorsque la pente est faible et r�guli�re, de coul�es de laves quand la pente est plus forte ou accident�e de vall�es pr�existantes qui les canalisent.</p><p>La distance que les laves atteignent est donc fonction de la topographie, mais plus encore de leur fluidit� initiale, qui d�pend de leur teneur en �l�ments gazeux, de leur temp�rature et de leur composition chimique. L�influence des �l�ments volatils est �vidente : de la lave riche en gaz est encore mobile � 600 �C, tandis que, pour la fondre apr�s le d�part des gaz et la solidification, on doit la r�chauffer � 1 300 �C. Normalement, au point de sortie, la lave pr�-</p><p>sente d�ailleurs des temp�ratures allant de 900 � 1 300 �C et, dans ce dernier cas, peut para�tre presque aussi fluide que de l�eau. Mais une � peau � solide se produit en quelques minutes au contact du sol ou de l�air. Sous cette surface protectrice, le refroidissement peut, cependant, �tre tr�s lent : par exemple, dans le lac de lave du fond du crat�re du Kilauea (Hawaii), trois ans apr�s l��ruption, la lave �tait tou-</p><p>jours liquide et � 1 000 �C sous une carapace solide �paisse de 10 m. En ce qui concerne le r�le de la composition chimique, la r�gle g�n�rale est que les laves acides (comme les rhyolites) se solidifient � temp�rature assez �lev�e (vers 900 �C) � d�o� abondance de produits solides, cheminement lent et bri�vet� habituelle des coul�es �, tandis que les laves basiques (comme les basaltes) se solidifient seulement vers 600 �C et peuvent, en cons�quence, s��taler en grands champs ou en longues coul�es progressant parfois � une vitesse consid�rable (jusqu�� plus de 30 km/h).</p><p>L�aspect superficiel des champs et des coul�es de laves varie suivant leur mode de consolidation. On distingue notamment les laves � surface scoriac�e, ou chaotique, encore appel�es clastolitiques, aa (Hawaii), en gratons (la R�union), cheires (Auvergne), et, � l�oppos�, les laves � surface lisse, mais g�n�ralement ondul�e, pliss�e ou</p><p>� cord�e �, encore appel�es dermolitiques ou pahoehoe (Hawaii). Ces dissemblances ne proviennent pas d�une nature p�trographique diff�rente, mais de la fa�on plus ou moins brutale dont se sont d�gag�s les gaz inclus primitivement dans la lave.</p><p>Dans l�int�rieur du champ ou de la coul�e, la solidification donne le plus souvent une masse compacte d�coup�e seulement par des fentes de retrait perpendiculaires � la surface libre. Il en r�sulte un d�bit prismatique grossi�rement hexagonal, pr�sentant l�aspect de colonnades ou de tuyaux d�orgues dans les entailles verticales dues � une �rosion ult�rieure et celui d�un dallage savamment assembl� dans les d�capages horizontaux (exemples c�l�bres des orgues d�Espaly, de Bort ou de Saint-Flour en Auvergne, de la Chauss�e des G�ants en Irlande). En r�gle g�n�-</p><p>rale, mais non absolue, le diam�tre des prismes augmente avec l��paisseur des coul�es. Il est maximal pour les laves acides, dont l��talement est faible, mais aussi pour les grands champs d�ignimbrites massives (toujours acides), o� les prismes onduleux atteignent des largeurs de plusieurs m�tres.</p><p>Parfois, les coul�es ou les champs de</p><p>lave � surface continue contiennent une certaine quantit� de gaz qui cherchent � s��chapper en per�ant la carapace d�j� solidifi�e et en rejetant autour de l�ouverture ainsi produite quelques lapilli et paquets de lave, ou minuscules coul�es secondaires. Ainsi naissent des � c�-</p><p>nelets de lave �, encore appel�s horni-tos (terme espagnol signifiant � fours de petite taille �), qui ne d�passent pas quelques m�tres de haut. Plus fr�quemment, l�int�rieur de la coul�e continue sa progression vers l�aval, alors que downloadModeText.vue.download 430 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11641</p><p>l�alimentation par le volcan a cess� en amont. Sous la carapace solide se produisent alors des vides que l�on qualifie de tunnels de lave, de tubes de lave, ou de grottes de lave, dont les dimensions peuvent �tre consid�rables (6 100 m de longueur et 40 m de largeur � la Cueva de los Verdes, aux Canaries). Lorsque la vo�te de ces cavit�s s��croule, on passe � l�aspect canal de lave, qui est tr�s fr�quent sur les pentes p�riph�-</p><p>riques des �difices volcaniques, dont les produits sont les plus fluides (types habituellement basiques).</p><p>Dans le cas, que l�on sait maintenant tr�s important, de venues de laves au-dessous de la surface de la mer (parfois de lacs), certains caract�res des coul�es se modifient sensiblement. D�abord, � faible profondeur et si la pente est r�-</p><p>duite, on observe des laves en pav�s, ainsi nomm�es parce qu�elles sont couvertes d�une carapace de prismes poly-gonaux, dont la largeur est seulement d�ordre d�cim�trique et la hauteur de 20 ou 30 cm ; ces prismes sont donc bien plus petits que la majorit� des prismes form�s � l�air libre et ne sont, d�ailleurs, pas rev�tus de laves cord�es ou scoriac�es comme ces derniers.</p><p>Dans le cas o� la pente sous-marine est plus forte, la coul�e se d�bite en boules ou en rouleaux analogues � des traversins, dont le diam�tre est d�ordre d�cim�trique � m�trique et qui pr�-</p><p>sentent en coupe une structure radiale au-dessous d�une carapace de quelques centim�tres tr�s compacte et d�aspect vitreux ; on donne � ces formations</p><p>particuli�res le nom de pillow-lavas, c�est-�-dire laves en coussins. Enfin, il existe aussi des accumulations un peu comparables � des tufs volcaniques, appel�es palagonites (d�apr�s le village de Palagonia en Sicile) ou, mieux, hyaloclastites (verre cass�), car elles sont constitu�es par de la lave bris�e en une multitude de morceaux vitreux par d�innombrables petites explosions de type phr�atique. On les rencontre tant�t granoclass�es et lit�es sur le fond de la mer (ou des lacs), o� elles sont retomb�es apr�s destruction des laves initiales, tant�t en masses plus continues autour des points d��mission eux-m�mes. Ces c�nes d�hyaloclastites forment alors des anneaux assez larges si la profondeur d�eau est faible, puis de plus en plus �troits jusqu�� donner des � guyots �, dont la forme est celle d�une coupole surbaiss�e. Au-del� de 2 000 � 2 100 m de profondeur, les explosions ne semblent plus possibles �tant donn� la pression hydrostatique, et ce sont de grandes coul�es de lave non d�gaz�e qui tapisseraient les fonds sous-marins.</p><p>Les magmas</p><p>Selon les hypoth�ses les plus vraisemblables, � grande profondeur, la mati�re destin�e � sortir par un volcan serait rigide � la fa�on d�un verre et n�aurait qu�une tr�s faible mobilit�.</p><p>Avec T. A. Jaggar, on appelle hypo-magma cet �tat physique, possible seulement l� o� la pression des terrains susjacents (dite � pression hydrostatique �) est sup�rieure � la pression de vapeurs des gaz dissous dans la masse.</p><p>Au-dessus, lorsque la pression hydrostatique devient inf�rieure, on passe au pyromagma, dans lequel la vaporisation des gaz provoque l�apparition de bulles et, en cons�quence, une mobilit� beaucoup plus grande de la masse �ruptive, qui peut s��lever rapidement.</p><p>Enfin, presque en surface, l��pimagma correspondrait � l�ensemble solide-liquide pr�t � se s�parer en �jecta et en laves, tandis que les gaz fusent dans l�atmosph�re.</p><p>Une confirmation de cette id�e du r�le essentiel des gaz dans le fonctionnement de l�appareil volcanique est fournie par le fait que les roches �pan-</p><p>ch�es � l�ext�rieur ne renferment plus qu�une faible proportion d��l�ments volatils, tandis que celles qui se sont consolid�es en profondeur, et qui sont actuellement visibles gr�ce au travail de l��rosion, pr�sentent au contraire des teneurs parfois consid�rables en ces �l�ments.</p><p>Du point de vue chimique, tout</p><p>magma est un m�lange de silicates, mais les pourcentages des divers</p><p>constituants, ind�pendamment des</p><p>gaz, peuvent varier dans des mesures assez larges. Pour les oxydes, qui re-pr�sentent l�essentiel, on trouve ainsi en moyenne : SiO2 (de 34 � 76 p. 100), Al2O3 (6-24), Fe2O3 (0-7), FeO (1-23), MgO (0-25), CaO (1-16), Na2O (1-11), K2O (0-9), TiO2 (0-4), MnO (0-1), P2O5</p><p>(0-2), H2O+ (0-4). Mais � peu pr�s tous les autres �l�ments peuvent se rencontrer en traces, surtout en compagnie des gaz, dans des cas que l�on consid�re cependant comme particuliers (gen�se de g�tes min�raux d�origine volcanique, d�p�ts de solutions dites � pneu-matolytiques �, riches en chlorures, en fluorures, en hydrures, en sulfures, etc., tels ceux qui apparaissent dans les fumerolles acides chaudes).</p><p>On a beaucoup discut� pour savoir s�il y avait un seul type de magma fondamental, dont les variantes visibles dans les divers volcans pourraient provenir en quelque sorte d�accidents locaux, ou bien s�il y avait plusieurs types de magmas franchement dissemblables d�s leur origine. La courbe de fr�quence mondiale, calcul�e sur 8 600 analyses par Richardson et</p><p>Snesby, indique deux maximums, l�un pour des roches � 73 p. 100 de SiO2</p><p>(laves acides du type rhyolite), l�autre � 52 p. 100 de SiO2 (laves basiques du type basalte). Le premier correspond � la composition moyenne de l��corce terrestre, qui est aussi celle de son constituant majeur, le granite, pr�sent � peu pr�s partout dans les masses continentales ; le second correspond � la composition moyenne du fond des masses oc�aniques. La plupart des auteurs admettent donc l�existence de deux magmas diff�rents, l�un d�origine relativement superficielle (moins de 100 km et peut-�tre quelquefois moins de 20 km), l�autre d�origine</p><p>franchement sous-corticale. Les roches interm�diaires s�obtiendraient alors par m�lange, en proportions variables, de ces deux magmas fondamentaux (magmas hybrides), tandis que les roches assez rares, qui sont plus acides que les rhyolites ou plus basiques que les basaltes, r�sulteraient d�une sorte de tri des constituants dans les magmas (par cristallisation fractionn�e et s�gr�-</p><p>gation ou segmentation par densit�s, ou encore par digestion de mat�riaux �trangers pr�s de la surface).</p><p>Cependant, d�autres opinions sont aussi d�fendues : il existerait de deux � cinq magmas basaltiques diff�rents, en fonction, notamment, de la profondeur d�o� ils proviendraient, ou bien, au contraire, des cristallisations fractionn�es suffiraient � expliquer toutes les diff�renciations � partir du seul magma basaltique jusqu�aux roches les plus acides.</p><p>Lorsqu�il s�approche de la surface, puis lorsqu�il se transforme en �jecta et en laves apr�s avoir perdu ses gaz, le magma peut, en effet, se consolider de diverses fa�ons. S�il arrive tr�s vite en pr�sence des temp�ratures basses de l�ext�rieur, il se fige brutalement en un verre volcanique, d�aspect tr�s analogue au verre � bouteille artificiel, dans lequel rien n�est visible, m�me au microscope. Par contre, s�il s��l�ve assez lentement, des min�raux naissent et grandissent au sein de la masse p�teuse, et les laves ont ensuite un aspect semi-cristallin : sur un fond de verre amorphe se d�tachent notamment des feldspaths, des amphiboles, des pyrox�nes et des p�ridots, parfois du quartz et des micas, caract�ristiques de chaque type p�trographique.</p><p>Mais ces min�raux ont des densit�s diff�rentes, et il peut se produire un tri gravitatif. Par exemple, les premi�res laves sorties d�une bouche volcanique sont uniquement vitreuses ou renferment des feldspaths (min�raux clairs, l�gers), tandis que les derni�res venues dans la m�me �ruption sont enrichies en pyrox�nes et en p�ridots (min�raux color�s ou noirs, lourds). L��tude au microscope ou l�analyse chimique</p><p>donnent donc des r�sultats diff�rents, alors que l�observation sur le terrain prouve qu�il s�agit d�une seule �mis-</p><p>sion d�un magma unique. Des �volutions tardives peuvent d�ailleurs se produire m�me en surface, o� le ph�-</p><p>nom�ne dit � de d�vitrification � permet la gen�se de min�raux nouveaux, aux d�pens de la p�te d�j� solidifi�e, ce qui ne simplifie pas la reconnaissance macroscopique des v�ritables types de roches.</p><p>Enfin, il arrive que le magma se</p><p>consolide en entier soit franchement en profondeur, soit avant d�atteindre la surface. Dans le premier cas, on a une roche enti�rement cristallis�e (holocristalline) en massif (batholite), qui ne se distingue en rien des roches dites</p><p>� ign�es �, constituants essentiels de l��corce terrestre ; dans le second, le magma produit une sorte d�intumes-cence souterraine, ou � volcan avort� �, souvent qualifi� de pluton (d�apr�s le nom du dieu latin des Enfers), dans lequel la roche peut �tre holocristalline ou semi-cristalline et m�me vitreuse sur les bords de la venue magmatique, refroidis plus vite que son centre au contact des terrains encaissants. Il va sans dire que ces deux derniers types de gisements ne sont visibles que lorsque l��rosion ult�rieure a d�cap� leur couverture. Ils nous enseignent, en tout cas, qu�il y a un passage continu entre les faci�s des roches volcaniques franches et ceux des roches plutoniques (y compris jusqu�aux plus grandes profondeurs). Ce sont les m�mes magmas qui donnent par exemple les rhyolites des volcans et les granites des batholites ou d�autres couples diff�renci�s seulement de la m�me fa�on par leur mode de cristallisation, comme tra-chyte-sy�nite, and�site-diorite, basalte-gabbro, etc. � chaque type de roche volcanique, vitreux ou semi-cristallin correspond un type de roche de profondeur, grenu, holocristallin.</p><p>L��tude des magmas d�montre par</p><p>cons�quent ce fait tr�s important que les volcans ont la valeur de forages profonds (d�passant les possibilit�s humaines actuelles) et qu�ils nous renseignent parfaitement sur la consti-downloadModeText.vue.download 431 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11642</p><p>tution interne de notre globe, tout au moins pour la zone de mobilisation des magmas situ�e vers la base de l��corce terrestre d�apr�s les donn�es de la g�ophysique.</p><p>L�activit� volcanique</p><p>Caract�res g�n�raux</p><p>La caract�ristique la plus frappante de l�activit� volcanique est que ses r�sultats sont rapidement visibles pour l�homme. Tandis que la gen�se, puis la destruction d�une cha�ne de montagnes, par exemple, demandent de nombreux millions d�ann�es et ne sont donc comprises que par les g�ologues, la construction d�un �difice volcanique et parfois sa destruction peuvent se r�aliser en quelques ann�es, en quelques jours ou en quelques heures.</p><p>Ainsi, le volcan du Monte Nuovo,</p><p>pr�s de Pouzzoles, � l�ouest de Naples, acquit sa hauteur de 140 m en deux jours seulement pendant l�ann�e</p><p>1538. Plus r�cemment, le Paricu-</p><p>t�n, au Mexique, forma en 1943 un c�ne haut de 150 m en moins d�une semaine, de 350 m en six mois, pour achever sa croissance avec 540 m de haut et 1 600 m de largeur � sa base au bout d�un an, bien que son cycle complet d�activit� ait dur� environ dix ans. Bien d�autres exemples actuels pourraient �tre cit�s des A�ores, des Canaries, d�Islande, etc., qui nous montrent que de petits volcans du type de nos � puys � d�Auvergne* n�ont eu qu�une histoire tr�s courte. Dans de tels cas, le volume des produits solides et liquides �mis ne d�passe habituellement gu�re le kilom�tre cube ; tout � fait exceptionnellement, il arrive � �tre franchement plus notable, comme pour l��ruption du Laki (Islande*) en 1783, avec environ 3 km 3 d��jecta et 12 km 3 de laves tr�s fluides (la plus forte �mission historique de laves). Par contre, lorsque l�on a affaire � des �difices de quelque importance, ceux-ci ne r�sultent pas d�une seule �ruption, mais de nombreuses phases qui se</p><p>sont succ�d� dans le temps. On arrive alors � des massifs volcaniques atteignant plusieurs kilom�tres de hauteur et plusieurs dizaines de kilom�tres � la base. Nous avons d�j� cit� le g�ant</p><p>Mauna Loa d�Hawaii (9 km, avec un diam�tre de 100 � 150 km), mais, m�me en France, le massif du Cantal a d� atteindre 2 km au-dessus du socle ancien du Massif central, avec une largeur d�une cinquantaine de kilom�tres, gr�ce � une activit� qui s�est poursuivie, d�une fa�on discontinue il est vrai, depuis le Mioc�ne jusqu�au Quaternaire, soit pendant une trentaine de millions d�ann�es.</p><p>La destruction peut �tre plus rapide encore que la construction. Nous avons mentionn� l�explosion du Krakatau en 1883, qui raya de la carte en un instant la plus grande partie de cette �le comprise entre Java et Sumatra, mais il y eut pire en 1815 lorsque le Tambora, dans l��le de Sumbawa, rejeta brutalement environ 150 km 3 de blocs rocheux et de d�bris vari�s, provenant beaucoup plus de son substratum que d�un apport autre que gazeux.</p><p>Malgr� ces aspects catastrophiques, il est vraiment exceptionnel que l�activit� volcanique soit un ph�nom�ne quasi instantan�. Presque toujours on peut distinguer une phase pr�paratoire, ou pr�monitoire, dans laquelle des signes pr�curseurs, ou ph�nom�nes pr�volcaniques, annoncent une activit� prochaine ; ensuite vient l��ruption proprement dite, caract�ristique de la phase paroxysmale du volcanisme ; enfin, des ph�nom�nes postvolcaniques ou pseudo-volcaniques d�finissent la phase terminale du retour progressif au calme.</p><p>Les ph�nom�nes</p><p>pr�volcaniques</p><p>La mont�e du magma vers la surface entra�ne des perturbations locales, qui peuvent �tre enregistr�es par les m�thodes g�ophysiques (anomalies</p><p>magn�tiques et variations de l�intensit� de la pesanteur), parfois un gonflement lent du sol, mesurable par des clino-m�tres, mais surtout des tremblements de terre nombreux, quoique g�n�ralement peu violents au d�but (leur intensit� s�accro�t habituellement pendant la phase paroxysmale). Les laves proches de leur sortie r�chauffent aussi le terrain et l�air situ� au-dessus, ce qui est rep�rable par t�l�d�tection � l�infra-</p><p>rouge ; des fumerolles naissent ou voient leur activit� accrue ; enfin, des grondements souterrains et l�ouverture de fentes par o� s��chappe de la fum�e prouvent l�imminence d�une �ruption.</p><p>Cependant, aucun signe pr�curseur ne garantit absolument que cette �ruption va avoir lieu : fr�quemment, le magma, qui s�est approch� dangereusement, se fige sans atteindre la surface, et le volcan rentre provisoirement en sommeil. C�est d�ailleurs l� un des principaux dangers, car les populations proches s�y accoutument et ne se d�cident pas � fuir quand cela devient n�cessaire.</p><p>L��ruption proprement dite</p><p>Les modalit�s de l��ruption varient suivant que dominent les produits solides, liquides ou gazeux, mais aussi suivant que ceux-ci gagnent l�ext�rieur par des bouches relativement dispers�es ou, au contraire, en un seul point bien localis�.</p><p>Il existe en effet des �ruptions diffuses, avec de nombreux points de sortie. Si la lave est peu abondante, on n�observe plus ensuite, au milieu des terrains environnants, que des � chemin�es � bouch�es par elle ou, tout au plus, que des culots entour�s de quelques produits de projection. Les cent vingt-cinq � embryons de volcans � basaltiques du Jura souabe en constituent un bon exemple, mais nous pouvons voir quelque chose d�analogue dans la r�gion des Grands Causses.</p><p>Par contre, si la lave est abondante et tr�s fluide, elle s��tale en gigantesques �panchements qui masquent les points de sortie et recouvrent de larges espaces. Ce serait l�origine des plateaux du Deccan* (Inde p�ninsulaire), dont la surface est de l�ordre de 300 000 km 2.</p><p>Cependant, les points de sortie sont souvent align�s, de telle sorte qu�on passe sans discontinuit� � ce que l�on appelle strictement des �ruptions fissurales, ou lin�aires. L�exemple d�j� cit� du Laki (Islande) correspond ainsi au fonctionnement de cent cinq bouches align�es sur une cassure de 25 km.</p><p>Un m�me dispositif se rencontre fr�-</p><p>quemment sur les fractures radiales de</p><p>la grande �le d�Hawaii, o� les bouches sont d�ailleurs tellement jointives qu�on peut parler d��missions continues sur des longueurs atteignant parfois la trentaine de kilom�tres. Lorsque l��rosion a d�cap� la surface, on se rend compte par l�examen des filons (dykes) de lave subsistants que les fissures se r�duisent le plus souvent � des largeurs de quelques d�cim�tres ou de quelques m�tres, mais avec, de temps � autre, des �largissements correspondant � des chemin�es privil�gi�es, dans lesquelles le d�bit a d� �tre sup�rieur. Il convient, enfin, de noter qu�il ne sort pas de telles fissures uniquement de la lave fluide comme du basalte, mais que l�on peut avoir aussi gr�ce � elles l��ruption d�ignimbrites rhyolitiques ou trachytiques. � peu pr�s toutes celles que l�on a bien �tudi�es semblent, en effet, sorties soit de fentes rectilignes limitant de grands foss�s (exemples � Java*, en Anatolie, dans l�Owens Valley californienne), soit de fentes curvilignes entourant des caldeiras, d�pressions en forme de � chaudi�re � (ou plut�t de chaudron), pouvant d�passer des diam�tres de 20 km (exemples</p><p>nombreux, mais notamment au Japon, dans le Tibesti saharien ou aux A�ores, d�o� vient leur nom), ces foss�s et ces caldeiras n�ayant pas des causes tectoniques, mais r�sultant tout simplement d�affaissements cons�cutifs � l��mission du mat�riel volcanique.</p><p>Le cas le plus fr�quent est tout de m�me celui des �ruptions centrales, qui correspondent � la sortie du magma par une chemin�e unique. Si l��ruption est essentiellement gazeuse, on obtient la forme d�un crat�re d�explosion, qui se borne � une perforation plus ou moins entour�e des d�bris du substratum rocheux et souvent remplie d�eau ult�rieurement. Les � Maare �</p><p>de l�Eifel, en Allemagne, et leurs homologues de notre Massif central (lac Pavin, gour de Tazenat, etc.) sont des exemples d�ordre hectom�trique ou kilom�trique, mais il semble que les plus grands du monde soient le Crater Lake de l�Oregon et le Trou au Natron du Tibesti, larges tous deux de 8 km et profonds d�un millier de m�tres. Si ce sont les laves qui dominent, l��ruption provoque la mont�e d�un d�me ou d�une aiguille avec de la lave tr�s</p><p>visqueuse qui devient solide en sortant (exemples du puy de D�me en</p><p>Auvergne et de l�aiguille de la montagne Pel�e � la Martinique), la venue d�un volcan en bouclier, tr�s surbaiss� au contraire, souvent autour d�un lac de lave au bout de la chemin�e, avec de la lave tr�s fluide (exemple du Kilauea � Hawaii).</p><p>Enfin, si l��ruption comporte � la fois l��mission de gaz, de solides et de liquides, on obtient la forme la plus classique d�un c�ne volcanique, soit form� de d�bris (scories et lapilli), soit mixtes avec produits pyroclastiques et laves alternant (strato-volcan). Dans ces derniers cas, la chemin�e se termine vers le haut par un �vasement appel� crat�re ; des coul�es plus ou moins longues peuvent s�en �chapper ou sortir � travers des fentes lat�rales du c�ne ; des �jecta fins ou relativement l�gers (sables et poussi�res volcaniques, ponces) peuvent saupoudrer tout le pays environnant.</p><p>Les ph�nom�nes</p><p>postvolcaniques</p><p>Apr�s la phase paroxysmale, le retour au calme correspond � un refroidissement lent, � faible profondeur, du magma assagi. D�abord persistent</p><p>quelques tremblements de terre et grondements souterrains ; les fume-downloadModeText.vue.download 432 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11643</p><p>rolles restent nombreuses, mais passent successivement du stade des fumerolles s�ches (temp�rature sup�rieure � 500 �C) jusqu�� celui des fumerolles froides et des solfatares, puis des mofettes, bien que la temp�rature reste longtemps �lev�e au-dessous de la surface du sol. Ainsi, en Auvergne, o� le dernier volcanisme actif remonterait environ � 3 500 ans (sous r�serve de dates plus r�centes non encore confirm�es), les d�gagements de CO2 sont encore nombreux et le degr� g�othermique s�abaisse � 14 m, au lieu de la trentaine des moyennes g�n�rales.</p><p>Les sources thermales et les sources</p><p>froides, tr�s charg�es en CO2, sont �galement des relictes de volcanisme ancien, qui paraissent subsister pendant de longs mill�naires. Les geysers en constituent un cas particulier fort spectaculaire. Dans les r�gions de volcanisme r�cent, leur jaillissement est produit par de la vapeur d�eau sous pression qui laisse un concr�tionnement siliceux (Islande, �tats-Unis, Nouvelle-Z�lande) ; dans celles de volcanisme plus ancien, la pression vient du CO2 et l�eau d�pose du calcaire (sources � p�trifiantes � du Massif central fran�ais). Il est d�ailleurs certain que beaucoup de tufs calcaires doivent �tre consid�r�s comme des traces ultimes de tels ph�nom�nes postvolcaniques.</p><p>Le volcanisme sous-marin</p><p>En ce qui concerne le volcanisme sous-marin, nous ne connaissons gu�re que la preuve des activit�s paroxysmales, et encore lorsqu�elles se d�clenchent � une profondeur assez faible. Tremblements de terre d�origine volcanique et explosions gazeuses provoquent dans bien des cas une agitation de la mer qui peut arriver jusqu�� la gen�se de raz de mar�e, ou tsunamis (d�apr�s leur nom japonais, mais l�expression la plus ad�quate et imag�e est l�italien mare-moto, mouvement de mer). Des projections insuffisamment fortes pour gagner la surface donnent une coloration jaun�tre et une sorte d�aspect boueux de la mer en une large tache au-dessus du point de sortie. Par contre, lorsque la force explosive est accrue ou que la sortie se produit sur un haut-fond, ce sont des jets de paquets de lave, scories et cendres, hauts parfois de 1 km, qui jaillissent dans l�air. Ces jets, dits � cypresso�des � par Haroun Tazieff parce qu�ils ont l�aspect de gigantesques cypr�s noirs, sont tout � fait silencieux, � l�oppos� des explosions des volcans suba�riens, qui se montrent toujours particuli�rement bruyantes. Les d�bris de lave � tremp�e � dans l�eau de mer et pulv�ris�e par une infinit� de � micro-explosions phr�atiques � contribuent � cr�er les accumulations d�hyaloclastites entourant les bouches ainsi que des nuages de cendres particuli�rement �pais, que les vents emportent sur la mer et les</p><p>terres proches (exemple de l��ruption du volcan de Capelinhos, au large de l��le de Faial, aux A�ores, en 1957). Il peut d�ailleurs se cr�er ainsi des � �les de cendre �, presque toujours tr�s fragiles et vou�es � la destruction par les flots, comme la c�l�bre et �ph�m�re �le Julia, au large de la Sicile, en 1831, qui faillit provoquer une guerre entre les puissances revendiquant sa propri�t�.</p><p>Les types</p><p>de dynamismes</p><p>volcaniques</p><p>Ainsi que nous venons de l�indiquer sommairement, suivant que l��mission pr�sente une dominance de produits gazeux, solides (haute viscosit�) ou liquides (faible viscosit�), le dynamisme �ruptif et la morphologie de l��difice volcanique en r�sultant appartiendront � des types vari�s.</p><p>Le type explosif (vulcanien)</p><p>Le volcan de Vulcano (�les Lipari, Italie) a servi de mod�le pour ce dynamisme, caract�ris� essentiellement par l��mission de gaz, formant des nu�es volcaniques, qui transportent des solides ou des liquides en proportion relativement faible. Plusieurs sous-types m�ritent d��tre distingu�s.</p><p>Le sous-type des nu�es cendreuses, ou � ultravulcaniennes �, correspond � la pulv�risation compl�te des roches anciennes et des rares laves nouvelles lors d�une explosion brutale, o� l�apport est presque exclusivement gazeux (exemple d�j� cit� du Krakatau indon�-</p><p>sien). Sans doute, la plupart des �ruptions de types vari�s �mettent-elles des cendres (sables et poussi�res), mais, ici, la dominance se montre �crasante.</p><p>Au moment de l�explosion, la nu�e gagne des hauteurs de 10 � 50 km au-dessus du sol, avec un aspect qui a �t� compar� autrefois � un � pin parasol �</p><p>et plus r�cemment � un � champignon atomique �. Les retomb�es peuvent se produire sur d�immenses espaces.</p><p>Ce sous-type englobe les �ruptions dites � phr�atiques �, r�sultant de la vaporisation d�eau, mais aussi celles que l�on qualifie de pliniennes ou de v�suviennes (en souvenir de l��ruption du V�suve en 79, dans laquelle Pline</p><p>l�Ancien perdit la vie) et qui correspondent � l�explosion d�une chemin�e bouch�e � la fin d�une �ruption ant�-</p><p>rieure. Dans ces derniers cas, le dynamisme se modifie ensuite assez vite, apr�s �vacuation de l�exc�s des gaz.</p><p>Le sous-type des nu�es � blocaux, ou � p�l�ennes � (d�apr�s les �ruptions de la montagne Pel�e, � la Martinique*</p><p>en 1902 et en 1929), correspond � une explosion initiale g�n�ralement un peu moins forte, mais qui poss�de ensuite une �nergie propre due � la lib�ration des gaz inclus dans le mat�riel solide projet�. Il y a donc pr�sence � la fois de gaz libres et de gaz fusant hors de gros blocs anguleux, qui peuvent se propager au-dessus du sol comme un v�hicule sur � coussin d�air �, sans �tre affect�s par les dispositions topographiques tant que le d�gazage n�est pas achev�. Il en r�sulte un d�p�t de</p><p>� br�ches ign�es � o� �l�ments fins et blocs sont m�lang�s d�une fa�on parfaitement chaotique, aussi bien � plusieurs kilom�tres du centre explosif que pr�s de lui. Soulignons que le type dit � p�l�en � par beaucoup d�auteurs est en r�alit� un type composite o� se sont succ�d� plusieurs dynamismes, notamment explosif et extrusif, mais que ceux-ci ne sont pas n�cessairement associ�s et qu�il y a donc lieu de les examiner s�par�ment.</p><p>Le sous-type des nu�es ignimbri-</p><p>tiques, ou � katmaiennes � (d�apr�s l��ruption du Katmai, en Alaska*, en 1912), correspond � une �mission peut-</p><p>�tre moins instantan�e, mais cependant certainement rapide d�un mat�riel liquide � gaz�ifi� � (�mulsion) ou form� partiellement de solides fins en suspension dans les gaz (a�rosol), qui se r�-</p><p>pand avec une grande mobilit�, comme</p><p>� du lait en �bullition s��panche d�un r�cipient trop chauff� � (A. Lacroix, 1930) ou comme � le champagne jaillit d�une bouteille ti�de d�bouch�e brusquement � (P. Vincent, 1960). Bien que l�on n�ait jamais observ� directement une telle nu�e, on doit consid�rer que son tr�s large �talement est d� � son �nergie interne, c�est-�-dire au d�-</p><p>gagement gazeux apr�s �mission, mais la fluidit� est beaucoup plus grande que dans le sous-type pr�c�dent. En tout cas, le d�p�t ne renferme aucun</p><p>bloc ; il se montre homog�ne, avec tout au plus la pr�sence de � flammes �</p><p>laviques vers le bas, o� la structure fluidale est fr�quente, de ponces et de petits paquets de lave scoriac�e vers le haut, o� l�on passe � une �cume tufa-c�e. Les r�centes �tudes ont prouv� la tr�s grande importance de ces formations ignimbritiques, que l�on retrouve partout dans le monde. En France</p><p>m�me, nos vieux volcans pal�ozo�ques de l�Est�rel, par exemple, en ont �mis des quantit�s notables.</p><p>Le sous-type des nu�es ponceuses, que l�on peut consid�rer comme � vulcaniennes � proprement dites, a �t� peu mis en �vidence dans les �ruptions historiques des volcans europ�ens, mais est, au contraire, tr�s bien connu des volcans japonais (exemple du Komaga-take, qui, en 1929, a recouvert 538 km 2</p><p>par une chute de ponces et 27 km 2 par des coul�es de ponces). L��talement des produits se fait par voie a�rienne ou au niveau du sol en fonction de l�intensit� downloadModeText.vue.download 433 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11644</p><p>du d�gazage de l��cume de lave post�-</p><p>rieurement � l�explosion initiale, ellem�me plus ou moins violente. De tels d�p�ts semblent aussi avoir �t� jusqu�� maintenant sous-estim�s ; on en trouve un peu partout dans le monde, avec des puissances variant entre quelques d�-</p><p>cim�tres et plusieurs d�cam�tres. Les exploitations de pierre ponce de l��le de Lipari, pr�s de Vulcano, en offrent un spectaculaire gisement.</p><p>Le type extrusif (d�m�en)</p><p>Le puy de D�me (Auvergne), bien que mis en place � une �poque ant�historique, constitue un bon mod�le pour le dynamisme des volcans sans crat�re, r�sultant surtout de la mont�e d�une masse quasi solide d�s le moment de l��ruption et pour laquelle les gaz ont seulement jou� le r�le de ceux qui poussent un piston dans le cylindre d�un moteur sans l�ab�mer en rien. Ici encore, plusieurs sous-types peuvent �tre reconnus.</p><p>Le sous-type des crypto-d�mes, que l�on pourrait qualifier d�ultra-d�m�en, correspond � la venue d�une grosse masse magmatique en forme de coupole qui soul�ve les terrains sus-jacents sans les percer enti�rement et sans qu�il y ait �ruption au sens habituel du terme. Le Sh&#x14D;wa-Shinzan (Japon*) constitue le meilleur exemple historique de croissance d�un crypto-d�me : en 1944-45, le sol s�est soulev� sur un peu plus de 1 000 m de largeur, de 275 m au centre du bombement, qui est rest� en partie recouvert par les alluvions au milieu duquel il est n�, tandis que la lave est visible uniquement sur un de ses c�t�s. Il n�est donc pas exclu que certaines coupoles granitiques, dans lesquelles on voit le haut passer � des faci�s de microgranites, puis de rhyolites (exemple pr�s du lac Tchad), ne doivent �tre de m�me interpr�-</p><p>t�es comme des crypto-d�mes au lieu d�appareils plutoniques plus ou moins profonds. Certaines notions classiques de p�trographie devraient, dans ce cas, �tre reconsid�r�es.</p><p>Le sous-type des cumulo-d�mes,</p><p>ou � tholo�des �, marque seulement une avanc�e un peu plus forte de</p><p>l�extrusion, qui traverse franchement les terrains sus-jacents. On supposait autrefois (notamment pour le puy de D�me) que la lave �tait sortie par une chemin�e �troite pour s��taler ensuite en une coupole dix ou cent fois plus large, mais des exemples parfaitement clairs (comme l�Oul, dans le Hoggar) prouvent que l�extrusion se r�alise franchement par un trou calibr� pouvant d�passer un diam�tre de l�ordre du kilom�tre au milieu des roches ant�-</p><p>rieures les plus dures.</p><p>Le sous-type des aiguilles, ou</p><p>� b�lonites �, r�sulte d�une progression encore plus forte vers le ciel. On en conna�t de spectaculaires, quoique anciennes, au Tibesti et au Hoggar, o� le climat d�sertique a permis leur conservation sur plusieurs centaines de m�tres de hauteur, avec des largeurs nettement inf�rieures. La premi�re aiguille dont la mise en place ait �t� bien observ�e est celle de 1902 � la montagne Pel�e (hauteur maximale de 476 m pour une largeur de l�ordre de l�hectom�tre), mais le climat humide</p><p>de la Martinique a entra�n� sa destruction totale, tandis que sa liaison avec l��mission de nu�es � blocaux emp�che d�y voir un mod�le simple. Cependant, une telle liaison n�est pas exceptionnelle, et l�on peut estimer que la venue d�aiguilles constitue le passage entre le volcanisme d�m�en et le volcanisme vulcanien, d�crit pr�c�demment.</p><p>Le sous-type des c�no-d�mes cor-</p><p>respond � la formation d�un petit d�me assez aplati, o� de modestes explosions arrivent � provoquer vers le sommet l�apparition d�une l�g�re d�pression crat�riforme. De m�me, il arrive que le d�me se d�verse lat�ralement en une sorte de coul�e p�teuse, d�ailleurs tr�s courte. Les �ruptions de Santorin (mer �g�e), bien �tudi�es depuis 1866, et celle de Tristan da Cunha (Atlantique*</p><p>Sud), film�e en 1962, illustrent parfaitement la gen�se de tels appareils, qui sont un peu interm�diaires entre les d�mes vrais et les volcans stromboliens ou hawaiiens.</p><p>Le type effusif (hawaiien)</p><p>Ce type, d�fini depuis longtemps aux volcans de la grande �le d�Hawaii (surtout le Kilauea), est caract�ris� par la pr�dominance de lave liquide au moment de l��ruption, tandis que solides et gaz ne jouent qu�un r�le mineur.</p><p>Dans le cas des �ruptions centrales, la fluidit� maximale explique l�existence des lacs de lave, qui correspondent � un grand �vasement des crat�res, ainsi que les �panchements ext�rieurs sur des pentes tr�s faibles (de l�ordre de 3 � 5 p. 100), propres aux volcans en bouclier (exemple d�Hawaii), avec parfois un �talement en � plan�zes � p�ri-ph�riques (exemple du Cantal). Dans le cas des �ruptions fissurales, ou diffuses, on observe de v�ritables � inondations � qui provoquent la gen�se des plus gigantesques champs de laves, souvent accumul�es les unes au-dessus des autres en � coul�es strato�des �, ou � trapps � (exemples du Deccan, de l�Arabie, de l�Afrique du Sud, du Br�-</p><p>sil, des �tats-Unis, du Groenland, etc.).</p><p>Aux points de sortie eux-m�mes, les �missions gazeuses ne sont pas absolument nulles. Elles contribuent � pro-</p><p>voquer le jaillissement en � fontaines de laves �, habituellement hautes de quelques m�tres seulement, mais parfois exceptionnellement fortes (580 m au Kilauea en 1959). La projection de cendres et de petites scories devient alors possible, mais on observe surtout celle de � gouttelettes de verre �</p><p>et aussi de � cheveux de P�l� � (ainsi appel�s d�apr�s le nom de la d�esse du Feu � Hawaii), fils de verre tr�s fins et tr�s longs, � reflets dor�s, r�sultant de l��tirement des gouttes de lave sous l�action de l��mission gazeuse ou du vent, qui se r�pandent sur quelques hectom�tres autour des bouches.</p><p>Les venues gazeuses refoulant la</p><p>lave vers le haut de la chemin�e sont cependant discontinues. Lorsqu�elles cessent, la lave �panch�e en surface est encore tellement fluide qu�elle peut revenir vers la chemin�e et s�engouf-frer pour rejoindre les r�servoirs magmatiques profonds. On a ainsi enregistr� au Kilauea le spectacle hallucinant d�un lac de lave retournant � la vitesse de 30 km/h vers son origine, avec un d�bit de 2,2 millions de m�tres cubes par heure.</p><p>La distinction entre des sous-types dans le dynamisme effusif est assez conventionnelle. Elle ne pourrait gu�re se fonder que sur la vitesse de consolidation superficielle de la lave. Ainsi, des coul�es � blocaux indiqueraient une plus grande viscosit� (passage vers les conditions d�m�ennes) ; celles � surface scoriac�e et � d�bris pyroclastiques manifesteraient un r�le croissant des gaz (passage vers les conditions vulcaniennes) ; celles � surface lisse ou cord�e seraient les plus franchement hawaiiennes, mais elles se rencontrent pourtant tr�s fr�quemment associ�es aux pr�c�dentes, ce qui limite la valeur accord�e � un tel crit�re.</p><p>Le type mixte (strombolien)</p><p>Interm�diaire entre les trois grands types qui viennent d��tre d�crits, le dynamisme strombolien a �t� d�fini au Stromboli, volcan des �les Lipari (Italie) peu �loign� de Vulcano. Il se diff�-</p><p>rencie surtout par l�importance relative que prennent en lui les projections proprement dites. On pourrait donc le qualifier de type projectif, mais cela serait</p><p>insuffisant, car gaz, solides et liquides ont des r�les presque �quivalents.</p><p>Les projections autour de la bouche permettent ici l��dification d�un c�ne � crat�re. Presque toujours, celui-ci est form� � la fois de blocs, de scories, de lapilli et de poussi�res, plus ou moins associ�s � quelques coul�es, qui en font un � stratovolcan �. Quand les d�bris dominent, les pentes sont fortes : les blocs emp�t�s de scories se tiennent en �quilibre avec des inclinaisons atteignant parfois 45� ; quand ce sont des �l�ments plus fins, celles-ci ne d�-</p><p>passent gu�re 35�.</p><p>Ce sont les vari�t�s de bombes et l�importance des coul�es qui permettent seules de distinguer un peu des sous-types. Ainsi, l��mission de bombes � en cro�te de pain � et de coul�es courtes, se d�bitant en gros blocs anguleux, t�moigne du passage au</p><p>type vulcanien ; celle de bombes � en fuseau � (qui se sont consolid�es seulement dans leur trajectoire a�rienne) et de coul�es plus longues, moins chaotiques, caract�rise l�activit� strombo-lienne la plus franche ; celle de bombes</p><p>� en bouse de vache � et de � paquets de lave � ainsi que des coul�es d�passant parfois la dizaine de kilom�tres, montrent une fluidit� telle que l�on se rapproche fort du type hawaiien ; mais il arrive inversement qu�au fond du crat�re naisse une sorte de grosse</p><p>� galette de lave � ressemblant � une coupole surbaiss�e, ce qui prouverait au contraire une viscosit� proche de celle du type d�m�en.</p><p>Il est normal qu�avec ces caract�res moyens le type strombolien corresponde au dynamisme le plus classique.</p><p>Quand on pense � volcan �, c�est toujours aux �difices qui en r�sultent que l�on songe en premier, et il est vrai que c�est bien l� le type le plus r�pandu dans l�ensemble du monde.</p><p>La logique des dynamismes</p><p>Les magmas basiques (comme les</p><p>basaltes) se solidifiant et perdant la quasi-totalit� de leurs gaz � temp�rature assez basse (600 �C), il est normal que les dynamismes correspondant principalement � des �missions de</p><p>laves fluides (surtout hawaiien, mais aussi strombolien) soient, avant tout, caract�ristiques des volcans rejetant ces produits basiques. Au contraire, les dynamismes vulcaniens et d�m�ens se montrent plus habituels avec des magmas hybrides (comme les and�sites) et surtout acides (comme les rhyolites), puisque ceux-ci perdent leurs gaz et se downloadModeText.vue.download 434 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11645</p><p>solidifient d�j� � une temp�rature assez �lev�e (900 �C).</p><p>Une telle r�gle n�est cependant pas absolue, car les variations de temp�-</p><p>rature (par exemple sous l�influence d�une oxydation plus ou moins rapide) ainsi que l�abondance ou la vitesse d��mission des laves (par exemple en fonction d�une ouverture plus ou moins grande de la chemin�e) peuvent expliquer des comportements �ruptifs que la fluidit� th�orique des divers magmas ne motive pas seule.</p><p>Surtout, au cours de son cycle</p><p>d�activit�, un volcan peut tr�s normalement voir �voluer son dynamisme.</p><p>Lorsque la chemin�e s�est obstru�e � la fin d�un cycle pr�c�dent, le d�but du nouveau cycle se traduit fr�quemment par un d�bouchage brutal sous la pression des gaz, donc par une explosion de type vulcanien, tandis que la suite sera un fonctionnement strombolien assez normal (exemple du V�suve pour beaucoup de ses �ruptions historiques).</p><p>De m�me, un d�me peut �tre compl�-</p><p>tement fig� alors que se poursuivent des d�gagements gazeux dans la chemin�e au-dessous de lui : son explosion et l��mission de nu�es deviennent possibles ; c�est la raison pour laquelle dynamisme d�m�en et dynamisme vulcanien sont parfois associ�s (exemple de la montagne Pel�e avec son d�me, puis son aiguille, puis ses nu�es � blocaux dites � nu�es ardentes � ou</p><p>� nu�es p�l�ennes �). Inversement, les �ruptions du Kilauea commencent le plus souvent par l��mission d�un lac de lave central et de coul�es franchement hawaiiennes, alors que la suite se</p><p>pr�sente sous l�aspect d�un dynamisme strombolien sur des fissures radiales.</p><p>On pourrait dire que les volcans</p><p>ont ainsi chacun leurs � habitudes �.</p><p>La succession de leurs dynamismes se produit presque toujours de la m�me fa�on, ce qui est d�ailleurs fort important pour pr�voir l��volution de leur �ruption et les dangers qu�elle peut occasionner.</p><p>Les volcans</p><p>et le globe terrestre</p><p>Pour les anciens auteurs d�j� scientifiques, mais encore impr�gn�s par les mythologies, l�explication du volcanisme �tait �l�mentaire : sous la cro�te terrestre se trouvait le domaine du � feu central � (les enfers), et les volcans (soupiraux des enfers) fonctionnaient comme des soupapes de</p><p>s�ret� de la chaudi�re. Nous savons aujourd�hui que l�int�rieur de la Terre est beaucoup moins simple ; la motivation des venues �ruptives fait donc appel � un ensemble de facteurs relativement complexes et � des m�canismes qui demeurent en partie du domaine de l�hypoth�se.</p><p>Le probl�me de l�origine</p><p>profonde</p><p>Gr�ce � des mesures gravim�triques et magn�tiques, mais surtout par l��tude des micros�ismes de la phase volcanique, on a cru reconna�tre l�existence de poches, ou r�servoirs, sortes de vastes marmites dans lesquelles se pr�pare le magma imm�diatement avant sa sortie. Ce seraient � la fois des</p><p>� foyers magmatiques � et des � foyers sismiques �.</p><p>Leur profondeur peut �tre relativement faible. On est ainsi � peu pr�s s�r de valeurs de 1 km sous le Kilauea et de 5 km sous le V�suve ; mais il ne doit s�agir l� que de poches � relais �</p><p>sur le trajet de la mont�e du magma.</p><p>En effet, sous Hawaii existeraient aussi des foyers plus profonds, entre 20 et 55 km. De m�me, sous le volcan Bezymianny�, au Kamtchatka, le vol-canologue G. S. Gorchkov croit avoir d�cel�, gr�ce � certaines particularit�s dans les ondes P et � l�absence des</p><p>ondes S, une poche magmatique lenticulaire de 10 000 � 20 000 km 3 � la profondeur de 60 � 70 km. Dans ces deux cas, on trouverait la � racine � du volcan � la base de l��corce terrestre, ou m�me au-dessous.</p><p>La question la plus importante est d�ailleurs de savoir si, dans cette zone, on a affaire � une couche magmatique continue, constituant l�une des enveloppes de la Terre, ou si ce ne sont pas plut�t des masses discontinues, localis�es en fonction de leur densit� � peu pr�s au m�me niveau, mais sans lien les unes avec les autres. �tant donn� la tr�s grande analogie, si ce n�est l�identit�, entre toutes les venues basaltiques dans l�ensemble du globe, il semble bien que la plus grande probabilit� soit pour une enveloppe continue (le � manteau sup�rieur �, � peu pr�s �quivalent de ce qui �tait nomm� sima il y a quelques ann�es). Cependant, celle-ci serait immobile ou faiblement mobile en temps normal, sous l��tat physique qualifi� de migma ; la transformation en magma, dou� de mobilit�, bien que de composition identique, se r�aliserait seulement l� o� des fractures profondes, dont les causes seraient r�ellement plan�taires, permettraient sa mont�e en surface et les �ruptions volcaniques qui en r�sultent.</p><p>Pour les grands cisaillements bordant les c�tes ou les arcs insulaires du Pacifique*, C. Blot a montr� la liaison existant entre des s�ismes profonds (700 km, base du manteau sup�rieur), des s�ismes interm�diaires (de 100 � 250 km, vers le haut du manteau su-p�rieur), des s�ismes superficiels (de 0 � 50 km, dans l��corce terrestre) et des �ruptions. Tout semble se passer comme si un ph�nom�ne �nerg�tique se transmettait depuis la profondeur jusqu�� la surface, � une vitesse moyenne de 1,5 km par jour. Celle-ci para�t m�me un peu plus rapide vers la fin, comme si, entre les s�ismes interm�diaires, causes de la mobilisation du magma � la base de l��corce, et l�arriv�e de ce magma dans les appareils volcaniques, on avait eu r�ellement une mont�e de mati�re pouvant atteindre la vitesse de 2 km par jour.</p><p>downloadModeText.vue.download 435 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11646</p><p>Le probl�me de l��volution</p><p>historique</p><p>On conna�t des volcans � fossiles � appartenant � toutes les �poques de l�histoire de la Terre, depuis l�Ant�cambrien jusqu�� nos jours. Presque toutes les r�gions du globe ont �t� volcanis�es � un moment ou � un autre. Cependant, une �tude plus pr�cise de chacune d�elles fait appara�tre que le ph�no-m�ne volcanique n�est pas continu. La plupart des auteurs lui reconnaissent une certaine p�riodicit�, li�e � l�histoire des cha�nes pliss�es (orog�nes), � l��volution des vieux socles (cratog�nes) et � celle des zones oc�aniques.</p><p>Mais les divers cycles que l�on peut distinguer sont de longue dur�e (de 100 � 200 millions d�ann�es), ce qui entra�ne l�apparence de continuit� pour le volcanisme au cours des temps g�ologiques � l��chelle mondiale.</p><p>y Le volcanisme d�orog�ne d�bute</p><p>dans une phase pr�orog�nique, habituellement dans les fosses de s�dimentation (g�osynclinaux), en avant des cordill�res embryonnaires. On a alors affaire � des �panchements sous-marins, � des injections en filons-couches (sills) dans les s�diments de type flysch, parfois � des intrusions plus massives (laccolites et petits batholites), d�un magma de nature basaltique. Le plus souvent, celui-ci se transforme ensuite en prenant le faci�s d�� ophiolites �, ou � roches vertes �, qui arrivent � �tre grenues (gabbros).</p><p>Lors de la phase orog�nique majeure apparaissent des magmas vari�s, allant des basaltes aux rhyolites, mais tr�s fr�quemment mixtes, avec un caract�re souvent explosif. En m�me temps se produisent une granitisation et un m�tamorphisme des s�diments, comme si les venues magmatiques profondes (basaltes) avaient provoqu� la mobilisation des �l�ments de l��corce terrestre et entra�n� ainsi aussi bien des transformations crustales que le volcanisme acide ou hybride.</p><p>Lors des phases orog�niques tardi-tectoniques, la compression �tant maximale, il ne peut y avoir de mont�e basaltique, mais la mobilisation du ma-t�riel cortical serait encore plus forte ; d�o� mise en place des plutons granitiques principaux et �mission de laves rhyolitiques ou d�ignimbrites, acides elles aussi.</p><p>Par contre, en p�riode postorog�-</p><p>nique, la d�tente g�n�rale permet la r�ouverture de fractures profondes. Le volcanisme peut redevenir basaltique, mais il est beaucoup plus fr�quemment mixte, avec notamment une dominance d�and�sites.</p><p>y Le volcanisme de cratog�ne ne se produit gu�re que dans les zones o� les vieux socles ont subi un soul�vement � grand rayon de courbure, qui a motiv� leur fracturation, souvent avec un foss� m�dian (rift). Dans ce cas, on peut distinguer trois phases : la premi�re avec �mission de basaltes fissuraux, la deuxi�me avec gen�se de grands �difices complexes, de caldeiras et de foss�s volcano-tectoniques o� dominent laves et ignimbrites</p><p>acides, la troisi�me avec de nouveaux �panchements de laves basaltiques ou mixtes. En somme, l�histoire des cratons mobilis�s diff�re peu de celle des cha�nes pliss�es ; elle est seulement plus simple.</p><p>y Le volcanisme des zones oc�aniques para�t encore moins complexe, car il ne peut y avoir contamination des basaltes par les roches constituant les cro�tes continentales. Seules les diff�-</p><p>renciations magmatiques conduisent � l�apparition accidentelle, et en petites quantit�s, de laves vari�es, mais sans qu�une �volution syst�matique avec le temps soit d�celable � l��chelle mondiale. Suivant les grandes rides des axes m�dio-oc�aniques, souvent rompues par des foss�s longitudinaux analogues � ceux des cratons continentaux ou par des fractures transversales, naissent des volcans sous-marins, r�duits peut-�tre, � plus grande profondeur, � de multiples injections filoniennes parall�les aux disjonctions tectoniques et qui en �carteraient progressivement les bords.</p><p>Le probl�me de la localisation g�ographique</p><p>Les volcans actuellement actifs et ceux qui l�ont �t� � des �poques r�centes (Plio-Quaternaire) occupent des positions g�ographiques fort pr�cises, qui paraissent s�expliquer simplement par r�f�rence aux conditions g�ologiques mentionn�es sommairement ci-dessus.</p><p>y � la cha�ne alpine (au sens large) se rattachent les volcans �teints d�Europe (Auvergne, Eifel, Hongrie, Crim�e, etc.) et de l�Afrique du Nord (surtout Maroc), les volcans actifs d�Italie (V�suve, Stromboli, Vulcano, Etna), de Gr�ce (Santorin), du Caucase (Elbrous), de Turquie (Arg�e, Nemrut), les volcans r�cents mais non actifs d�Iran et d�Afgh&#x101;nist&#x101;n, puis, apr�s une interruption caus�e sans doute par le serrage intense de l�Him&#x101;laya, ceux des �les Andaman et des �les de la Sonde (une centaine, dont le Krakatau, le Merapi et le Tambora), de Nouvelle-Guin�e, de Nouvelle-Bretagne, des Salomon et des Nouvelles-H�brides (une cinquantaine). Au total, ce sont � peu pr�s deux cents �difices actifs ou subactifs et plusieurs centaines d�autres � peine ant�historiques qui jalonnent cette suture majeure ou les zones de d�tente de ses abords, entre le bloc eurasiatique au nord et des �l�ments de l�ancien Gondw&#x101;n&#x101; (Afrique, Arabie, Inde, Australie) au sud.</p><p>y � la � ceinture de feu � du Pacifique correspondent les volcans des cha�nes pliss�es en arcs insulaires de l�ouest et des cha�nes continentales de l�est de cet oc�an : arc des Al�outiennes (78 volcans), arc Kamtchatka-Kouriles (67), arc du Japon et des Ry&#x16B;ky&#x16B; (55), arc de Formose et des Philippines (58), arc des Mariannes (21), Tonga-Kermadec et Nouvelle-Z�lande (20), montagnes Rocheuses (15), cordill�res de l�Am�rique centrale (60) et leur annexe atlantique des Antilles (17), cordill�re des Andes (70), puis les Antilles australes (12) et les quelques volcans de l�Antarctique qui bouclent le cercle dans l�ex-tr�me Sud. Cet ensemble, proche de cinq cents centres �ruptifs actuels ou tr�s r�cents, est le plus important du</p><p>monde. Il s�explique par la mobilit� constante et la fragilit� de la suture entre le Pacifique et tous les continents qui le bordent.</p><p>y Le grand rift africain est, pour sa part, le site mod�le des volcans de cratons continentaux, m�me si la mer le p�n�tre localement. Depuis le nord-ouest de la Syrie, par la mer Rouge, il se poursuit en �thiopie et dans la r�gion des grands lacs de l�Afrique orientale avec une soixantaine de volcans actifs, soit dans son fond, soit le plus souvent sur ses bordures. Le grand volcanisme r�cemment �teint de Madagascar pourrait �tre consid�r� comme �tant relativement dans son prolongement. Il existe d�ailleurs dans le socle africain d�autres cassures analogues, quoique moins importantes, tant�t permettant un volcanisme encore actif (ligne du Came-roun), tant�t un volcanisme subactif (Tibesti) ou maintenant �teint (Hoggar, Fezzan). Cependant, il est int�-</p><p>ressant de constater qu�il n�y a rien de semblable dans les autres vieux socles continentaux : aucun volcan r�cent n�a �t� d�couvert dans les boucliers canadien et br�silien ; quant � tout l�ensemble du bloc eurasiatique proprement dit, il ne renfermerait que trois ou quatre petits c�nes subactifs, d�ailleurs mal connus (Xinjiang [Sin-kiang] et Mandchourie).</p><p>y Les fractures oc�aniques sont au contraire le lieu d�une activit� privil�gi�e. Sur la ride, ou dorsale, m�dio-atlantique se trouvent l��le Jan Mayen (1 volcan actif), surtout l�Islande (une trentaine de centres), les A�ores (12), Tristan da Cunha (1), Bouvet (1) et une dizaine de volcans sous-marins.</p><p>Les �les du Cap-Vert (1) et les Canaries (3), situ�es lat�ralement, jalon-neraient des fractures ind�pendantes.</p><p>Pour l�oc�an Indien*, la dorsale est complexe et, semble-t-il, peu volcanis�e aujourd�hui. Les volcans actifs de la Grande Comore, de la R�union et de l��le Heard, comme les fumerolles de Saint-Paul et des Kerguelen, ne lui paraissent gu�re associ�s.</p><p>Pour le Pacifique, il en est � peu pr�s de m�me : la dorsale dite � du Pacifique-Est � n�est jalonn�e, lat�-</p><p>ralement d�ailleurs, que par le groupe</p><p>�teint de l��le de P�ques et, un peu lat�ralement, par celui des Gal�pagos (11 centres plus ou moins actifs). Ce sont au contraire des fractures O.-E.</p><p>� N.-O.-S.-E. qui permettent la mont�e actuelle des magmas au groupe de Juan Fern�ndez (4), devant le Chili, ainsi que dans ceux des Hawaii (5) et des Samoa (4), dans le Pacifique central, o� le volcanisme, �teint mais r�cent, explique aussi tous les grands alignements insulaires de la Polyn�-</p><p>sie. Par cons�quent, la liaison entre les rides m�dio-oc�aniques accompagn�es de leurs rifts et le volcanisme actif suba�rien n�est pas toujours �vidente. M�me sur l�axe atlantique, approximativement nord-sud, la moiti� des volcans d�Islande sont group�s suivant une ligne ouest-est. Quant � ceux des A�ores, situ�s un peu � l�est de l�axe, ils s�alignent suivant des directions O.-N.-O.-E.-S.-E. Rappelons, cependant, que les donn�es oc�anographiques nouvelles semblent indiquer que de grands �panchements laviques sous-marins se sont produits en permanence suivant les dorsales en injectant leur axe et en refoulant leurs bords, depuis 200 millions d�ann�es environ : la gen�se des oc�ans et l��cartement des blocs continentaux leur seraient dus. Peut-�tre y aurait-il donc � distinguer deux types de volcanisme oc�anique, l�un essentiellement sous-marin et encore insuffisamment connu, li� aux dorsales, l�autre parfois sous-marin, mais arrivant souvent � �tre suba�rien, li� � de grandes fractures crustales transverses, les rap-downloadModeText.vue.download 436 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11647</p><p>ports entre ces deux types apparaissant comme purement accidentels.</p><p>Les th�ories explicatives</p><p>Nombreuses sont les th�ories qui ont tent� de r�soudre ces probl�mes d�origine, d��volution et de localisation des volcans en fonction de la structure g�-</p><p>n�rale du globe terrestre. Nous ne men-tionnerons que celles dont on admet qu�elles renferment une part de v�rit�.</p><p>y Il s�agit d�abord de la th�orie de la d�rive des continents (A. Wegener).</p><p>Pour elle, les continents sont des radeaux de sial (silicates d�alumine</p><p>= s�diments et cro�te granitique) qui flottent sur le sima (silicates de ma-gn�sie = magma basaltique). � leur avant, par � effet de proue �, naissent des cha�nes monoliminaires du type des cordill�res am�ricaines ; � leur arri�re, par � effet de poupe �, sont largu�es des guirlandes insulaires, comme celles de l�est de l�Asie ou des Antilles ; par rencontre entre deux radeaux naissent des cha�nes bilimi-naires (�difice alpin) ; enfin, par �tirement et rupture au sein d�un radeau apparaissent des foss�s, comme le rift africain. Le volcanisme r�sulterait de l�injection de sima dans le sial fissur� dans ces divers lieux pr�destin�s (d�o� les possibilit�s d�hybridations).</p><p>Quant au domaine oc�anique, � peu pr�s priv� de sial, il permettrait partout la venue de laves de nature essentiellement � simique �.</p><p>y D�apr�s la th�orie de l�expansion des arcs oc�aniques (F. B. Taylor, J. H. F. Umbgrove, etc.), les continents s�avanceraient au-dessus des oc�ans, particuli�rement du Pacifique, aussi bien dans l�ouest (arcs insulaires) que dans l�est (cordill�res). Ce mouvement se r�aliserait � la faveur d�une zone de cisaillement oblique passant par les foyers s�ismiques profonds en arri�re de chaque arc, par les foyers moyens sous l�arc lui-m�me, puis par les foyers superficiels situ�s dans l�avant-fosse oc�anique qui le pr�c�de. Les volcans na�traient dans la zone de torsion de l��corce correspondant au bombement de l�arc au-</p><p>dessus des foyers s�ismiques de profondeur moyenne (de 100 � 150 km).</p><p>y La th�orie des courants de convection (A. Holmes) suppose l�existence de lents courants tourbillonnaires dans le sima infracrustal, entre les profondeurs moyennes pr�c�dentes</p><p>et la base du sial. L� o� le courant descend, il y aurait gen�se de fosses et d�arcs non volcaniques, tandis que, dans les zones de mont�e, il y aurait bombement et mobilisation de magma pouvant sortir dans les arcs volcaniques. Cette th�orie peut aussi</p><p>s�appliquer au volcanisme des cratons (H. Cloos), les zones de bombement de la cro�te � sialique � �tant partiellement fondues, fissur�es et inject�es par le magma montant, avec possibilit�s d�hybridation. Elle s�appliquerait aussi aux zones des dorsales oc�aniques, o� le sima n�aurait qu�� soulever et percer une cro�te de basalte solide, de composition presque identique, donc sans possibilit�s d�hybridation.</p><p>y Enfin, la r�cente th�orie des plaques part du principe que la vie de la Terre serait command�e par le jeu des dorsales oc�aniques, dont l�expansion, gr�ce � des venues magmatiques</p><p>axiales toujours nouvelles, provoque-rait en m�me temps celle des fonds oc�aniques de part et d�autre. Un tel fonctionnement serait possible soit avec l�expansion de la Terre en-ti�re (les plaques continentales gardant seules leurs dimensions, tandis qu�elles seraient �cart�es par l�accroissement des plaques oc�aniques), soit avec un ph�nom�ne de r�sorption des plaques oc�aniques sous les plaques continentales bordi�res. Il faut reconna�tre que le simple �cartement des continents para�t le plus vraisemblable de part et d�autre de l�Atlantique et de l�oc�an Indien, tandis que la disparition du Pacifique sous ses bords am�ricains et asiatiques est parfaitement admissible.</p><p>Dans ce cas, la zone de cisaillement (� plan de Benioff �), mentionn�e pour la th�orie de l�expansion des arcs oc�aniques, fonctionnerait en r�alit� en sens inverse : ce ne seraient pas les continents qui progresseraient au-dessus du Pacifique, mais ce serait le fond du Pacifique qui s�englouti-rait sous eux. Suivant cette th�orie, le volcanisme essentiel serait donc celui des dorsales oc�aniques, secondairement celui des zones de r�sorption des plaques oc�aniques sous les plaques continentales, puis, tout � fait accessoirement, celui des ruptures de plaques (fractures oc�aniques ou continentales) et des rencontres entre plaques continentales (type alpin).</p><p>Les volcans et l�homme</p><p>Dans ses relations avec les volcans, l�homme voit d�abord le point de</p><p>vue � mal�fique � du fonctionnement de ces appareils auxquels sont dues quelques-unes des plus grandes catastrophes naturelles de son histoire. Il y a pourtant aussi un point de vue � b�n�-</p><p>fique � dont l�importance appara�t capitale dans bien des cas.</p><p>Les dangers du volcanisme</p><p>Le danger majeur, devant lequel la seule parade consiste en une fuite rapide, est celui des grandes explosions de caract�re ultravulcanien. Mais les �missions de nu�es ignimbritiques (heureusement rares), de nu�es � blocaux (nu�es ardentes p�l�ennes) ou les chutes de ponces sont tout aussi inqui�tantes, car elles peuvent couvrir en quelques minutes des espaces immenses. Le d�bouchage des chemin�es au d�but d�un cycle �ruptif ainsi que le volcanisme acide � tout moment sont donc les ph�nom�nes devant lesquels l�homme demeure le plus d�sarm�.</p><p>Les �missions de cendres ou celles des laves fluides du volcanisme basique sont habituellement moins instantan�es. Elles laissent la possibilit� d�une �vacuation m�thodique. Mais le recouvrement des terrains agricoles, l�incendie des for�ts, l�effondrement des b�timents sous le poids des cendres ou la pouss�e des laves n�en sont pas moins f�cheux. Parfois ce sont les gaz qui sont toxiques pour la v�g�tation et les animaux (exemple des gaz fluor�s de l�Hekla, en Islande, en 1947-48).</p><p>Les fragments vitreux peuvent perforer les intestins des herbivores (exemple de � cheveux de P�l� � du Nyamlagira, au Za�re, en 1938). Les lacs retenus dans les crat�res ou derri�re des barrages de lave peuvent se d�verser d�un coup, et leur eau ravager tout le pays situ� en aval, ce ph�nom�ne �tant d�ailleurs encore plus grave s�il s�agit d�une coul�e boueuse (lahars d�Indon�sie).</p><p>Afin d�essayer de limiter tous ces dangers, des r�gles de protection ont �t� �dict�es depuis quelques ann�es par les services volcanologiques et les autorit�s administratives des pays concern�s. Elles supposent d�abord une �tude des � habitudes � de chaque volcan et l�emploi de toutes les m�thodes de pr�vision qui ont fait leurs preuves</p><p>(interpr�tation des s�ismes, des variations de l�inclinaison du sol, de la variation de composition des fumerolles, de l��l�vation de temp�rature, etc.).</p><p>Dans les cas favorables, la probabilit� d�une �ruption peut ainsi �tre annonc�e � quelques jours pr�s et plusieurs mois � l�avance. Ensuite, ces r�gles comprennent des moyens de d�fense passive (�vacuation bien organis�e) et de d�fense active (par exemple, bombardement des coul�es pour les d�tourner ou provoquer leur cristallisation, cr�ation rapide d�ouvrages de terre d�-</p><p>viant les coul�es de lave tr�s fluide ou de boue, etc.). Elles envisagent enfin la pr�vision et l�annonce de la fin de danger, avec le retour des populations et leur protection contre les dangers d��pid�mie.</p><p>L�utilit� du volcanisme</p><p>Sans insister sur l�int�r�t de la plupart des laves et m�me des tufs suffisamment compacts comme excellentes</p><p>pierres � b�tir, on peut rappeler que de nombreuses meules de moulin et, autrefois, de pierres � moudre ont �t� faites en basalte, que les verres volcaniques (obsidiennes) ont �t� utilis�s pour donner des pointes de fl�ches en tous pays, parfois de magnifiques poignards (notamment au Mexique), que beaucoup de pierres ornementales de valeur sont aussi des produits �ruptifs (porphyres rouges et porphyres verts antiques, certains jaspes, etc.), que les ponces ont de multiples emplois comme abrasifs industriels ou comme accessoires de toilette, que des laves poreuses, telles celles de Volvic, sur lesquelles l��mail adh�re bien, fournissent de parfaites tables de laboratoire, des panneaux indicateurs, des rev�tements de fours. En outre, des laves vitreuses caract�ris�es par des fentes de retrait les faisant ressembler � de petites perles (perlites) et que l�on fait �clater ainsi que des lapilli de petite taille (pouzzolanes), m�lang�s � un peu de pl�tre ou de ciment, permettent la fabrication d�un mat�riau l�ger, incombustible, isolant pour les bruits et les variations de temp�rature, qui est de plus en plus employ� dans les constructions modernes.</p><p>Les laves, dans une certaine mesure, mais surtout les �l�ments dits � min�-</p><p>ralisateurs �, que sont les gaz fumerol-liens et les solutions hydrothermales li�es au volcanisme, entra�nent la ge-n�se de g�tes min�raux d�un int�r�t �conomique �vident. Ce sera par exemple le cas de l�argent, de l�or, du cuivre, de l��tain des cordill�res am�ricaines, du nickel, du chrome, du cobalt issus des p�ridotites de Nouvelle-Cal�donie, du soufre, de l�arsenic, du fer natif ou en compos�s, parfois d�autres �l�ments plombif�res, zincif�res, etc., en bien des r�gions. Souvent, l�alt�ration des laves conduit en outre � la concentration superficielle en grands gisements exploitables du fer ou du mangan�se.</p><p>Des chemin�es remplies d�une br�che volcanique tr�s particuli�re (kimber-lite) se montrent diamantif�res en Afrique du Sud, au Za�re, en Sib�rie, etc. Enfin, certains min�raux courants donnent par endroits des gemmes</p><p>downloadModeText.vue.download 437 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11648</p><p>recherch�es (p�ridot-olivine, zircon, silice sous la forme d�opale ou de calc�doine) ou utiles pour la fabrication d�engrais (leucite, riche en potasse, du V�suve ; apatite, riche en acide phosphorique, pr�s de Murcie, en Espagne), ou encore int�ressants parce que manquant sous des formes courantes dans les r�gions consid�r�es (gypse venant de l��volution du soufre et de sulfures, pour faire du pl�tre ; argiles kaoli-niques ou montmorillonitiques venant de l�alt�ration p�dologique de laves, pour faire des c�ramiques ou des produits absorbants).</p><p>Le r�le des volcans dans l�alimentation en eau n�est pas moins important.</p><p>Il faut d�abord noter que l��mission de poussi�res volcaniques et de gaz ionis�s ou m�me de simples fumerolles provoque toujours la condensation de l�humidit� atmosph�rique, donc des pluies, jusque dans les r�gions d�sertiques. En outre, l�altitude relative des c�nes par rapport � leur environnement explique qu�ils accrochent souvent les nuages, ce qui motive aussi les pr�cipitations. Comme l�ensemble des �difices est g�n�ralement assez poreux, les volcans jouent donc le r�le de v�ritables</p><p>capteurs d�eau, celle-ci �tant habituellement restitu�e vers leur base, pour peu que leur substratum soit imperm�able. Le fait est particuli�rement net aux extr�mit�s des coul�es de � basalte des vall�es �, o� se trouvent souvent de grosses sources tr�s pures (exemple de l�eau de Volvic). Par ailleurs, lorsque le volcanisme n�est pas trop ancien, les eaux thermales ou thermomin�rales s�av�rent fr�quentes. En Auvergne, elles sont innombrables et d�un grand int�r�t �conomique (exemple Vichy) ; cependant, elles jouent parfois un r�le non seulement m�dical, mais presque vital, comme au Japon, o� elles assurent une partie du chauffage du pays, et en Islande, o� elles permettent en outre la culture en serre des plantes vivri�res m�diterran�ennes et tropicales pr�s du cercle polaire.</p><p>De plus, l�existence de hautes tem-p�ratures � faible profondeur dans le sol des r�gions volcaniques, m�me bien apr�s la fin des p�riodes d�activit� �vidente, repr�sente une consid�rable source d��nergie potentielle.</p><p>Cette �nergie, dite � g�othermique �</p><p>ou, d�une fa�on pittoresque, � houille rouge �, a d�j� �t� capt�e par forage en plusieurs r�gions (Larderello en Italie, Wairakei en Nouvelle-Z�lande, Californie aux �tats-Unis, etc.), et des recherches se poursuivent un peu partout dans le monde. Jusqu�� maintenant, on n�a pas su utiliser directement l��nergie volcanique (qui est trop forte et discontinue), mais celle de la vapeur d�eau surchauff�e entre 100 et 250 �C et naturellement � pi�g�e � dans des terrains poreux au-dessous de formations g�ologiques imperm�ables, un peu � la fa�on des hydrocarbures liquides ou gazeux.</p><p>Du point de vue agricole, si les</p><p>paroxysmes �ruptifs sont �videmment catastrophiques, leurs cons�quences lointaines sont, au contraire, particuli�rement b�n�fiques. Les cendres fines fournissent en quelques ann�es un excellent sol, aux qualit�s physiques et chimiques incomparables (porosit�, richesse en potasse et en acide phosphorique). Tufs volcaniques et anciennes coul�es boueuses sont aussi tr�s favorables dans les r�gions suffisamment humides. Les laves compactes mettent</p><p>plus de temps � s�alt�rer et � donner un sol cultivable ; n�anmoins, pour celles qui sont de nature basique, on arrive aussi � une richesse agricole certaine.</p><p>Ainsi s�expliquent les populations tr�s denses qui r�ussissent � vivre dans des pays essentiellement volcaniques comme le Japon, les Philippines, l�Indon�sie, Hawaii, l�Am�rique centrale ou les Petites Antilles. Plus pr�s de nous, la fertilit� des pentes de l�Etna ou du V�suve sont classiques, mais on sait aussi que les plan�zes sont connues dans tout le Massif central fran�ais pour la qualit� de leurs p�turages en hauteur et de leurs terres � bl� dans les zones plus basses.</p><p>Le pittoresque des r�gions volca-</p><p>niques pr�sente �galement une valeur �conomique et humaine. Le tourisme se d�veloppe de fa�on notable dans le</p><p>� Parc des volcans � de l�Auvergne, dans chaque � Volcanic National Park � des �tats-Unis (Katmai, Crater Lake, Lassen, Yellowstone), autour des volcans et des geysers de Nouvelle-Z�lande et d�Islande, etc. Les paroxysmes �ruptifs attirent eux-m�mes une client�le avide de spectacles grandioses : ainsi, une compagnie a�rienne d�Hawaii, pr�te � faire faillite, a retrouv� toute sa prosp�rit� gr�ce � une opportune �mission de laves au Kilauea ; Naples re�oit d�sormais moins de visiteurs depuis que le V�suve s�est endormi (1944), tandis que les flots de touristes vont � l�Etna, presque constamment actif ; les bouches �ruptives du Japon sont entour�es chaque jour de centaines ou de milliers d�admirateurs. Enfin, les lettres et les arts ont fait une part assez large aux volcans. Ceux-ci sont �voqu�s dans maintes po�sies, dans maints �pisodes romanesques et ils constituent le � personnage � principal d�innombrables gravures ou peintures, sans oublier les d�licates estampes japonaises o� figure si souvent l�illustre Fuji-Yama.</p><p>B. C.</p><p>F Roche / Sismologie.</p><p>&amp; K. Sapper, Vulkankunde (Stuttgart, 1927).</p><p>/ A. Rittmann, Vulkane und ihre T�tigkeit (Stuttgart, 1936, nouv. �d., 1960 ; trad. fr. les Volcans et leur activit�, Masson, 1963). / J. Orcel</p><p>et E. Blanquet, les Volcans, regards vers les profondeurs terrestres (Bourrelier, 1953). /</p><p>E. Aubert de la R�e, l�Homme et les volcans (Gallimard, 1958). / V. Binggeli, Vulkane (Berne, 1965). / C. Ollier, Volcanoes (Cambridge, Mass., 1969). / List of the World Active Volcanoes (T&#x14D;ky&#x14D;, 1971). / H. Tazieff, les Volcans et la D�rive des continents (P. U. F., 1972). / B. G�ze,</p><p>� Les roches volcaniques et la volcanologie �, dans G�ologie, t. I, sous la dir. de J. Goguel (Gallimard, � Encycl. de la Pl�iade �, 1973).</p><p>volcanique</p><p>(relief )</p><p>Les reliefs volcaniques pr�sentent une r�elle originalit� : leurs formes sp�cifiques les singularisent dans les paysages g�omorphologiques, o� ils apparaissent souvent comme des �l�-</p><p>ments surajout�s sans rapport avec les structures qu�ils recouvrent, ce qui a fait dire qu�ils �taient des � reliefs pos-tiches � (E. de Martonne).</p><p>Leur diversit� est grande, qu�il</p><p>s�agisse des formes construites par les �ruptions ou des formes de d�mant�-</p><p>lement par l��rosion des �difices volcaniques, ou encore des formes de d�-</p><p>chaussement de structures volcaniques enfouies.</p><p>Les formes construites</p><p>Les produits des �ruptions s�accumulent � la surface du sol en des formes vari�es. Les plus connues sont les c�nes, qui s��difient aux abords des bouches d��mission. Suivant leur aspect, on peut les classer en quelques grands types.</p><p>Les c�nes</p><p>y Les c�nes de d�bris et de cendres sont construits par la retomb�e de projections li�es � des �ruptions de type vulcanien ou strombolien. Il s�agit g�n�ralement d�appareils modestes, dont l�altitude relative est faible, de l�ordre de quelques centaines de m�tres au maximum. Mais leurs flancs sont fort raides : correspondant � la pente d��quilibre d�un talus d��bou-lis, ils atteignent couramment 35�, voire 40� dans le cas de d�bris grossiers (type strombolien). Les c�nes cendreux (type vulcanien) ont sou-</p><p>vent des flancs moins inclin�s, pr�-</p><p>sentant un aspect cannel� : l��mission de vapeurs d�eau lors des �ruptions favorise en effet les coul�es boueuses et les ravinements, qui att�nuent la raideur des pentes tout en les ciselant.</p><p>Au sommet de ces c�nes s�ouvre un crat�re dont les parois verticales, qui tendent � s��bouler, r�sultent de l�arrachement provoqu� par le souffle de l��ruption. Souvent, enfin, des fissures de d�collement se disposent concentriquement au crat�re.</p><p>Les c�nes simples sont relativement rares. Le plus connu est celui du Pari-cut�n, qui s�est �difi� en 1943 � l�ouest de Mexico ; en France, on peut citer le puy des Goules, dans les monts D�me de l�Auvergne. Plus souvent, les c�nes de scories ont �t� construits par plusieurs �ruptions, et les mat�riaux qui les constituent sont h�t�rog�nes. Les apports successifs se ravinent les uns les autres parfois ; mais, plus g�n�ralement, les �ruptions �chelonn�es dans le temps donnent naissance � des c�nes embo�t�s : dans un vaste crat�re ouvert au sommet du c�ne principal soit par une violente explosion (crat�re d�explosion), soit par un affaissement du coeur du volcan (crat�re d�effondrement ou caldeira), une nouvelle �ruption construit un c�ne de scories qu�entoure une d�pression annulaire appel�e atrio, du nom de celle qui ceinture le c�ne embo�t� du V�suve. D�autres fois, le nouveau c�ne se forme au pied d�un autre plus ancien : on dit que ce sont des c�nes s�cants. Assez fr�quemment, enfin, le c�ne est �ventr� sur un c�t� et laisse place � une coul�e de lave : c�est le c�ne �gueul�, qui correspond � une �ruption de type strombolien s�accompagnant de l��mission de lave � la base du c�ne ; tel est le puy de Louchadi�re en Auvergne.</p><p>y Les strato-volcans sont des volcans �galement complexes, o� projections et coul�es de lave alternent. Ce sont g�n�ralement des reliefs beaucoup plus imposants, qui peuvent atteindre de grandes dimensions : le Cantal, par exemple, a un diam�tre de 50 � 70 km, couvre une superficie de 2 700 km 2</p><p>et a une �nergie de relief de plus de 1 000 m. Les coul�es qui s��panchent ici du sommet du c�ne en m�me</p><p>temps que de fissures p�riph�riques</p><p>constituent en effet une charpente qui soutient l��difice et lui permet de s��lever en hauteur tout en s��largissant par la base. Les flancs peuvent �tre encore plus raides que dans les c�nes de scories. Le Stromboli en est un parfait exemple, d�autant plus downloadModeText.vue.download 438 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11649</p><p>impressionnant qu�il se dresse directement au-dessus de la mer.</p><p>y Dans le volcan-bouclier, au</p><p>contraire, les laves tr�s fluides s��talent en formant un c�ne tr�s surbaiss�. L�empilement de laves</p><p>r�sultant d��ruptions r�p�t�es peut, cependant, �difier un relief imposant, tel le c�l�bre Mauna Loa (Hawaii), qui culmine � 4 205 m au-dessus du niveau de la mer et dont le diam�tre atteint pr�s de 100 km. Mais, quelle que soit l��paisseur de laves accumul�es, les flancs du volcan demeurent tr�s faiblement inclin�s (de 4 � 6�).</p><p>De grands crat�res, dont certains sont occup�s par des lacs ou des �tangs de lave en fusion, comme celui qui bouillonna jusqu�en 1924 au fond du Halemaumau (� Puits du Feu �ternel �), dans le volcan hawa�en du Kilauea, d�versent de temps � autre des flots de laves qui se figent lentement en donnant des surfaces parfois unies, plus souvent chaotiques (� aa �</p><p>ou cheires) ou rid�es (� pahoehoe �).</p><p>y � l�oppos�, le cumulo-volcan, ou d�me, est un c�ne �nergique � sommet convexe et � flancs tr�s raides jusqu�� la base, construit par des �missions de laves visqueuses solidifiant tr�s vite (�ruptions de type extrusif). Un exemple bien connu est celui du puy de D�me, en Auvergne, qui pr�sente d�ailleurs des irr�gularit�s li�es � la pr�sence de creux et de bosses � son sommet, et d�excroissances lat�rales en forme d�ailerons. La vigueur du relief est encore plus grande si l��ruption a mis en place une aiguille : le volcan prend alors l�aspect d�un piton �lanc� � parois subverticales.</p><p>y Un dernier type de volcan, d�couvert r�cemment dans l�Afar en bordure de la mer Rouge, est caract�ris� par une forme en tronc de c�ne dont l�Asmara peut servir de mod�le. Rare � la surface des continents, il est, en revanche, fr�quent sur les fonds oc�aniques, o� on le conna�t sous le nom de guyot. Selon les �tudes les plus r�centes, ces volcans, constitu�s d�accumulations de menus fragments basaltiques plus ou moins ciment�s (hyaloclastites) et li�s � une activit� explosive, se seraient �difi�s sous une tranche d�eau suffisamment �paisse pour que les fragments de roche pulv�ris�s, frein�s par la r�sistance de l�eau, retombent presque � l�aplomb de la bouche d��mission.</p><p>Les autres formes</p><p>Les c�nes sont certainement les formes les plus originales construites par les �ruptions volcaniques ; mais ils n�en constituent qu�un aspect. Les mat�-</p><p>riaux volcaniques se r�pandent en effet bien au-del� des bouches d��mission.</p><p>Les projections, dont les plus fines peuvent rester longtemps en suspension dans l�air et �tre entra�n�es par les vents � assez grande distance, fossilisent les reliefs pr�existants et tendent � en att�nuer les in�galit�s. Ainsi se forment les champs de scories. � la limite, l�accumulation peut engendrer de v�ritables plaines parfaitement plates, comme la plaine de Campanie au pied du V�suve. Les laves peuvent s��pancher d�autant plus loin qu�elles sont plus fluides : elles couvrent parfois d�immenses surfaces, comme dans les plateaux de l�Oregon, aux �tats-Unis, ou dans le nord-ouest du Deccan, en Inde, o� des coul�es issues de fissures difficiles � localiser se sont empil�es en couches d�une parfaite horizontalit� (trapps). On d�signe ces �panchements, essentiellement basaltiques, du nom de coul�es de plateau. D�autres fois, les coul�es sont canalis�es par des reliefs en creux : elles s��tirent alors en des sortes de langues au long des vall�es ou s��talent en largeur dans les d�pressions.</p><p>Les formes de</p><p>d�mant�lement</p><p>Les formes construites par les �ruptions volcaniques sont plus ou moins durables : leur conservation d�pend autant de la r�sistance des mat�riaux qui les constituent que de la vigueur des pentes qu�elles ont cr��es et de la nature des roches auxquelles elles se sont superpos�es.</p><p>Les c�nes de scories s�effacent</p><p>relativement vite. Leurs mat�riaux meubles sont ais�ment mobilis�s sur les fortes pentes de leurs flancs. Les eaux de pluie tendent � se concentrer en ravins qui s�incisent d�autant plus vite que les d�bris pyroclastiques sont plus fins : ces ravins, appel�s barran-cos, ne sont s�par�s que par des cr�tes fragiles qui s�abaissent rapidement. Finalement, les scories �tant d�blay�es, il ne subsiste que les mat�riaux indu-r�s de la chemin�e sous la forme d�un piton �troit et vertigineux, le neck. On comprend, de ce fait, que les c�nes de scories actuellement bien conserv�s soient d��dification tr�s r�cente : la cha�ne des Puys, en Auvergne, par exemple, s�est constitu�e au cours d��ruptions �chelonn�es entre 20 000</p><p>et 3 400 ans avant notre �re, avec un paroxysme entre 9000 et 6000.</p><p>La conservation des c�nes est d�j� mieux assur�e lorsque les d�bris ont �t� ciment�s en tuf. A fortiori, les volcans � coul�es de laves solidifi�es offrent une beaucoup plus grande r�-</p><p>sistance � l��rosion. Dans le cas des strato-volcans, les eaux se concentrent en quelques art�res hydrographiques divergentes qui d�coupent les dalles de laves en plateaux triangulaires, dont les � plan�zes � du Cantal sont le type m�me. Ces plan�zes dominent le coeur du volcan, g�n�ralement effondr� (fosses volcano-tectonique), en des sortes de fers de lance monoclinaux qui constituent les points culminants de l��difice. Le Cantal et le Mont-Dore illustrent parfaitement ces formes de relief. L��rosion, exploitant les niveaux de scories meubles intercal�s entre les dalles de laves, tend � d�manteler ces plateaux et � en faire reculer le rebord tout en d�gageant des plates-formes de downloadModeText.vue.download 439 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11650</p><p>laves sous-jacentes. Les tr�s vieux �difices, enfin, �rod�s jusqu�� la racine, montrent un dispositif original, dont un bon exemple se trouve, en �cosse, dans l��le de Mull : affect�es par la subsidence du centre de l��difice, les coul�es les plus anciennes mises � jour par l��rosion se rel�vent vers la p�riph�rie en donnant naissance � une succession de reliefs monoclinaux.</p><p>La conservation des coul�es de plateau d�pend du substratum sur lequel elles reposent. Si elles sont superpos�es � des roches dures (socle cristallin le plus souvent), elles r�sistent bien aux attaques de l��rosion : leur perm�abilit�, li�e aux nombreuses fissures engendr�es par le refroidissement de la lave, y favorise la concentration du r�seau hydrographique en art�res espac�es, dont les vall�es, travaillant enti�rement en roche r�sistante, ne s��largissent gu�re. Au contraire, lorsque les coul�es se sont �panch�es sur des mat�riaux de faible r�sistance, l��rosion sape les roches tendres sous la lave, qui s��boule par pans entiers ; les versants des vall�es reculent donc assez vite et ne laissent subsister que des buttes � sommet tabulaire appel�es mesas (tables, en espagnol). Quand les laves s��taient, � l�origine, �panch�es dans les parties basses de la topographie pr�volcanique, leur mise en saillie par ces processus constitue un ph�no-m�ne d�inversion de relief.</p><p>Les coul�es de vall�es tendent, de la m�me fa�on, � �tre mises en relief par l��rosion des terrains encaissants lorsque ceux-ci sont de m�diocre r�sistance. Au contraire, les coul�es log�es au fond de gorges en roche dure sont tr�s vite d�mantel�es par les cours d�eau qui r�utilisent leur ancienne vall�e, partiellement fossilis�e par la lave.</p><p>Les formes de</p><p>d�chaussement</p><p>Ce sont des reliefs qui r�sultent du d�gagement par l��rosion diff�rentielle de structures volcaniques qui s��taient mises en place avant d�atteindre la surface du sol. Les laves, s��levant le long de chemin�es ou de fissures,</p><p>s�insinuent parfois dans les plans de stratification des roches s�dimentaires.</p><p>Une fois consolid�es, elles sont g�n�-</p><p>ralement bien plus r�sistantes que les roches encaissantes. L��rosion, en d�blayant ces derni�res, tend donc � d�gager les moulages de laves.</p><p>Les � culots � sont d�anciennes chemin�es dont la forme de piton escarp� est semblable � celle des necks d�finis plus haut. Les � dykes � sont des murailles de lave solidifi�e dans des fissures verticales : l�irr�gularit� de la mont�e de la lave aussi bien que l��rosion ult�rieure donnent � ces murailles un profil �br�ch� pittoresque. Parfois, la lave a moul� des fissures circulaires : leur d�gagement donne naissance � des</p><p>� ring-dykes �. Les laves insinu�es dans les plans de stratification (sills) sont moins spectaculaires : elles sont seulement responsables de ressauts sur les versants. Elles peuvent, cependant, engendrer des reliefs particuliers, les laccolites. Il s�agit d�amas de lave qui ont boursoufl� les couches s�dimentaires susjacentes ; une fois celles-ci d�blay�es, le d�me surbaiss� de l�amas lavique pr�sente un profil convexe l�-</p><p>g�rement ondul�.</p><p>Le volcanisme est enfin responsable de perturbations dans l�organisation des r�seaux hydrographiques. Des lacs occupent les crat�res ou les caldeiras des volcans �teints ou au repos ; telle est l�origine des � Maare � circulaires de l�Eifel en Allemagne par exemple.</p><p>Des vall�es sont obstru�es par l��panchement de laves, et leurs vall�es affluentes sont barr�es. Il en r�sulte l�apparition de lacs de forme triangulaire et, apr�s une certaine �volution, des ph�nom�nes de capture au profit des vall�es non obstru�es. D�autre part, de nouveaux r�seaux s��tablissent en fonction des syst�mes de pentes cr��s par les �difices volcaniques. Les grands c�nes, notamment, donnent naissance � des r�seaux divergents tr�s caract�-</p><p>ristiques. Les rivi�res ainsi engendr�es creusent leur vall�e dans les mat�riaux volcaniques et se surimposent dans les structures qu�ils masquaient : il en r�-</p><p>sulte des cas fr�quents d��pig�nie.</p><p>R. L.</p><p>&amp; C. A. Cotton, Volcanoes as Landscape Forms (Londres et Wellington, 1944 ; 3e �d., 1969). / C. Ollier, Volcanoes (Cambridge, Mass., 1969). / J. G. Green et N. M. Short, Volcanic Landforms and Surface Features, a Photogra-phic Atlas and Glossary (Berlin, Heidelberg et New York, 1971).</p><p>Volga</p><p>Fleuve de l�U. R. S. S., le plus long d�Europe ; 3 700 km.</p><p>C�est le plus long fleuve de</p><p>l�U. R. S. S., � l�ouest de l�Ou-</p><p>ral. La Volga couvre un bassin de 1 380 000 km 2. Elle prend sa source dans les mar�cages du plateau du Valda�, � l�altitude faible de 223 m, si bien que sa pente moyenne est seulement de 6 cm par kilom�tre.</p><p>Le r�seau</p><p>Il s�est form� � la suite de l�attraction exerc�e par le bassin de subsidence de la Caspienne*. Mais il comprend deux parties bien distinctes.</p><p>Au nord de Kou�bychev, le fleuve</p><p>coule dans la zone de la for�t, o� il est bien aliment� en raison des pr�cipitations abondantes (de 800 � 1 500 mm).</p><p>Les cinq sixi�mes du bassin de r�ception s��tendent en amont de cette ville.</p><p>Tous les cours d�eau pr�sentent un trac� h�rit� de la derni�re p�riode glaciaire : la direction sud-nord marque l�allongement des rivi�res en direction de l�inlandsis, au fur et � mesure du retrait de celui-ci ; les directions ouest-est marquent le trac� de cours parall�les au front glaciaire, donc approximativement perpendiculaires au premier ; ces vall�es pr�sentent tant�t un drainage organis�, tant�t des sillons mar�cageux, au drainage ind�cis.</p><p>Entre Kou�bychev et le delta, la</p><p>Volga ne re�oit plus d�affluents sur la rive orientale (gauche), o� les rares cours d�eau se perdent dans une steppe d�j� s�che avant de l�atteindre.</p><p>Quelques lacs saum�tres (ainsi le lac Elton, � l�est de Volgograd) t�moignent de l�aridit� du climat. Sur la rive droite, le bassin du Don, dont la partie inf�rieure s��coule en direction du sud-ouest vers la mer d�Azov, a captur� � son profit quelques cours d�eau prenant</p><p>leurs sources dans la steppe bois�e. La Volga n�est plus alors qu�une goutti�re en direction de la Caspienne. Sa vall�e devient mar�cageuse, et le fleuve est suivi parall�lement depuis Volgograd par l�Akhtouba, qui rejoint son delta.</p><p>C�est au cours de ce trajet qu�il perd une partie de ses eaux par infiltration et �vaporation. Il s�ach�ve dans la Caspienne par le plus vaste delta d�Europe, o� l�accumulation l�emporte de beaucoup sur l��rosion et qui avance donc dans la Caspienne ; un seul bras, celui de l�ouest � partir d�Astrakhan, est navigable.</p><p>Le r�gime et le d�bit</p><p>Le r�gime, semblable � celui des</p><p>grands fleuves russes et ukrainiens, est tr�s simple. Il pr�sente un �tiage en �t�, d� � l��vaporation, et un maximum prononc� en avril-mai, au moment</p><p>des pluies de printemps, mais surtout de la raspoutitsa (d�gel) et de la fonte des neiges et des glaces. Le d�bit peut passer de 8 000 (valeur moyenne) � 70 000 m3/s. L��tiage d��t� n�est pas assez marqu� pour que s�arr�te la navigation, l�alimentation des affluents de la partie septentrionale restant encore importante. Mais, en hiver, le gel paralyse les activit�s sur le fleuve : il dure en moyenne du d�but du mois de d�cembre � la mi-mars � Astrakhan, davantage en amont, du d�but de novembre � la mi-avril � Kou�bychev.</p><p>Les bateaux doivent alors se r�fugier dans les � ports d�hiver �, les zatony, effluents, bras morts ou bassins creus�s sur les rives. Cet obstacle physique explique que le volume global du trafic n�est pas en rapport avec l�importance du r�seau fluvial.</p><p>L�importance</p><p>�conomique</p><p>La Volga, que les Russes appellent, matouchka, la � petite m�re �, a toujours jou� un r�le de premier plan dans la vie du pays : elle a favoris� l�assimilation des peuples du Nord, habitant la for�t et d�origine finno-ougrienne, et des peuples du Midi, venus des steppes et des d�serts d�Asie, islamis�s pour la plupart, tous regroup�s en r�publiques autonomes, mais solidement rattach�es � la r�publique f�d�r�e de Russie ;</p><p>par son alimentation, elle fournit aux peuples vivant sur ses rives les produits de la p�che, fort importants, et ceux des prairies et des jardins mara�chers de sa plaine alluviale ; le temps est r�volu des � bateliers de la Volga �, mais les formes modernes de circulation fluviale sont en plein essor, et les innombrables bacs et les ponts ferroviaires jet�s sur le fleuve prouvent que celui-ci n�est pas un obstacle � la circulation ouest-est.</p><p>La Volga est devenue une pi�ce ma�-</p><p>tresse de ce que les Russes appellent le</p><p>� syst�me des Cinq Mers �. Au nord, elle est reli�e de Rybinsk et de Tche-repovets, au lac Onega par le canal L�nine. De l�, le canal du Svir atteint la Neva canalis�e et Leningrad, au fond du golfe de Finlande. Au nord du Ladoga, le canal Baltique-mer Blanche, empruntant des cours d�eau et des lacs, joint le port de Belomorsk (Bie-lomorsk). Au sud, le canal Volga-Don et la retenue de Tsimlianski relient le fleuve � la mer d�Azov. Enfin, un canal joint la Volga sup�rieure � la � mer de Moscou �, immense plan d�eau qui fait de la capitale de l�U. R. S. S. un port maritime. En effet, la Volga, la partie inf�rieure du cours de ses affluents et les canaux de liaison portent des bateaux de 5 000 t, dont certains circulent �galement sur la Caspienne et la mer Noire.</p><p>D�autres projets sont en cours</p><p>d��tude. On sait que la Caspienne downloadModeText.vue.download 440 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11651</p><p>s�ass�che par suite de la r�tention des eaux qui sont utilis�es pour les besoins des villes, des mines, des gisements de p�trole et des industries du bassin de la Volga. C�est ainsi qu�on envisage de relier la Kama sup�rieure aux fleuves qui se jettent dans la mer de Barents, la Petchora et la Dvina, dont les eaux abondantes s��couleraient ainsi vers le sud, en direction de la Volga, dont elles soutiendraient le d�bit.</p><p>Enfin, la Volga, dans son cours inf�-</p><p>rieur, apporte ses eaux au syst�me d�ir-</p><p>rigation des steppes de sa rive gauche (c�est une autre raison de l�ass�chement de la Caspienne) ; 300 000 ha sont ainsi irrigu�s, et l�on envisage de porter cette superficie � un million d�hectares. D�autre part, l�irrigation de la plaine du tron�on Volgograd-Astrakhan a permis le d�veloppement des cultures mara�ch�res et fourrag�res ainsi que de l��levage bovin.</p><p>Le trafic annuel de la Volga repr�-</p><p>sente environ la moiti� de tout le trafic fluvial de l�U. R. S. S., soit plus de 150 Mt (18 Mt en 1913), plus de 75 milliards de tonnes-kilom�tres et plus de 70 millions de passagers. La majeure partie des produits transport�s se compose de bois (le tiers des bois de l�U. R. S. S.), autrefois flott�s, aujourd�hui � pouss�s � en raison des barrages-r�servoirs ; puis viennent les minerais, le p�trole, les mat�riaux de construction et, encore de nos jours, les c�r�ales. Le secteur le plus actif se situe entre Kazan* et Volgograd*.</p><p>Le trafic des ports les plus importants n�atteint pas les 10 Mt. Kou�bychev*, suivi de Gorki*, de Volgograd, d�Astrakhan, de Kazan, enregistre plus de 5 Mt par an. Une flottille tr�s vari�e sillonne le fleuve : bacs, embarcations de p�cheurs, brise-glace, bateaux de ramassage de la main-d�oeuvre, petits cargos maritimes, remorqueurs et</p><p>convois pouss�s, de plus en plus nombreux, tankers venant de la Caspienne, hydroglisseurs, bateaux de passagers et de croisi�re.</p><p>L�escalier</p><p>de centrales</p><p>Le r�seau de la Volga est de loin le plus grand fournisseur d��nergie hydro�lectrique de la partie europ�enne de l�U. R. S. S. D�s l��poque tsariste, on avait envisag� la construction de barrages et de lacs artificiels sur les affluents et les canaux de liaison de la Volga. Le plan d�am�nagement g�n�ral date du premier plan quinquennal, mais les grands travaux ne commenc�rent qu�en 1950. � l�exception de trois centrales, le plan est achev�. Il a consist� en la construction de barrages larges parfois de plus de 1 km, retenant un r�servoir, plus ou moins long, plus ou moins large selon la vall�e, ce qui fait</p><p>du cours de la Volga un gigantesque escalier de barrages avec centrales hydrauliques. La chute verticale totale d�amont en aval est de 140 m sur la Volga, de 72 m sur la Kama. La puissance install�e des centrales d�passe 14 000 MW. La production annuelle approchera 50 TWh.</p><p>La construction de ces plans d�eau a interdit le flottage traditionnel des bois, d�sormais remorqu�s ou pouss�s. Elle a modifi�, mais moins qu�il n�avait �t� pr�vu, les climats locaux : on enregistre � environ 10 km � la ronde un accroissement des temp�ratures moyennes et de la n�bulosit�. Ces nouveaux lacs artificiels deviennent des centres de loisirs et de vacances : des chalets et de v�ritables villes touristiques s��difient sur les rives. Les barrages ont favoris� l�am�lioration des communications : ainsi, le pont le plus long sur la Volga utilise la pr�sence du barrage de Volgograd entre Saratov et Engels. Enfin, l�eau des r�servoirs assure l�irrigation des steppes arides de la basse Volga : le potentiel irrigable serait de plusieurs millions d�hectares, dont plusieurs centaines de milliers seraient d�j� irrigu�s en permanence.</p><p>D�amont en aval, les centrales sont les suivantes (production annuelle en TWh) : Ivankovo (0,1), Ouglitch (0,23), Rybinsk (1), Gorki (1,4), Tche-boksary (3,4), Kou�bychev (10,5), Saratov (5,5), Volgograd (11), auxquelles il faut ajouter la centrale situ�e sur le canal Volga-Don, en aval du lac, et celles de la Kama, Votkinsk (plus de 2), Perm (1,75). Restent � construire la � Basse-Volga � (7,5 TWh) ; la</p><p>� Basse-Kama � (2,5), Solikamsk, sur la haute Kama.</p><p>A. B.</p><p>Volgograd</p><p>V. de l�U. R. S. S.</p><p>C�est une des plus grandes villes de la Volga et m�me de l�U. R. S. S., venant au vingti�me rang dans l�Union, avec 818 000 habitants en 1970 (contre 591 000 en 1959). Connue � l��poque tsariste sous le nom de Tsaritsyne, elle ne comptait que 56 000 habitants au premier recensement officiel de 1897,</p><p>mais elle s�accrut rapidement sous le r�gime bolchevik : 152 000 habitants en 1926, 445 000 en 1939. Elle s�est appel�e Stalingrad de 1925 � 1961 et est devenue c�l�bre par la bataille qui porte ce nom (v. Stalingrad [bataille de]).</p><p>La strat�gie comme l��conomie</p><p>s�expliquent par la position et le site.</p><p>Volgograd est d�abord la derni�re grande ville, le dernier grand port en aval sur la Volga, se situant sur une large boucle du fleuve, qui semble poursuivre dans la direction du sud-ouest et se dirige brusquement vers le sud-est, attir� par le bassin de subsidence de la Caspienne*. La ville se dispose sur la rive droite, � l�ouest, un peu avant le changement de direction de la Volga. Elle se trouve pr�cis�-</p><p>ment non loin du Don, qui, lui, semble se rapprocher de la Volga, avant de prendre la direction sud-ouest, vers la mer d�Azov. Cette disposition a �t� exploit�e dans les ann�es qui ont suivi la guerre par la construction du canal Volga-Don, inaugur� en 1952, pi�ce ma�tresse du � syst�me des Cinq Mers �, partant du sud de Volgograd pour rejoindre le Don et le barrager�servoir de Tsimlianski. De plus, la Volga est barr�e � une vingtaine de kilom�tres en amont de Volgograd : l��tendue d�eau du barrage-r�servoir remonte jusqu�� Saratov et d�passe 3 000 km 2. La centrale �lectrique qui barre le r�servoir a une puissance install�e de 1 500 MW et assure une production annuelle d�environ 11 TWh.</p><p>Ainsi, Volgograd se trouve situ�e au point o� les ouvrages hydrauliques de la Russie d�Europe sont de loin les plus importants. Ses industries utilisent l��nergie produite, et l�agriculture de la rive gauche de la Volga est en partie irrigu�e. Les eaux urbaines et industrielles sont abondantes, pr�cis�ment dans une r�gion o� le d�ficit pluviom�trique se fait sentir : imm�diatement au sud de Volgograd commencent les steppes arides. La ville se situe donc sur une ligne de contact climatique et biog�ographique : au nord la steppe bois�e, au sud la steppe aride.</p><p>Le site est impos� par le fleuve et rappelle, en plus grandiose, celui des villes du Don et du Dniepr. Les rives sont dissym�triques : la gauche est</p><p>plate et mar�cageuse ; la droite forme un bel escarpement continu sur des dizaines de kilom�tres, qui atteint plus de 100 m au-dessus de la Volga, et par endroits 200 m. La ville s�est d�velopp�e sur les pentes, dans les petites vall�es qui les entaillent et au sommet m�me de ce que les Russes appellent une petite montagne (gora). Ce site explique l�extension de la ville sur la seule rive droite. La Volga pr�sente en temps normal une largeur de 1 km ; elle inonde la rive gauche, o� aucun quartier ne s�est �difi�. En revanche, depuis plusieurs ann�es, une ville moyenne, Voljski, s�est d�velopp�e juste � l�est de la centrale �lectrique, ses industries utilisant l��nergie proche.</p><p>Les Allemands ne purent jamais</p><p>conqu�rir Stalingrad. Mais, apr�s les combats, 85 p. 100 des maisons �taient d�truites et les usines avaient beaucoup souffert. Or, tout �tait reconstruit au d�but des ann�es 60, � tel point que Volgograd compte parmi les villes que les �trangers peuvent visiter, en raison de l�importance et de la signification des monuments comm�moratifs de la bataille.</p><p>Les quartiers s�ordonnent en fonction du caract�re lin�aire de la ville : au centre, les �quipements collectifs et les services, une immense terrasse et des escaliers monumentaux qui descendent vers le port (place des H�ros, plan�tarium, mus�e de la D�fense) ; au nord de ce centre, l�usine sid�rurgique, l�usine de tracteurs et des ensembles r�sidentiels ; au sud, autour du chantier des constructions navales, des industries l�g�res.</p><p>Volgograd est un gros centre com-</p><p>mercial en raison de sa position de carrefour ; elle poss�de aussi des instituts de recherche. Mais le secteur secondaire l�emporte nettement. Cinq activit�s dominent : la m�tallurgie lourde (usine Octobre rouge) � partir de ferrailles ; le combinat de tracteurs, qui alimente les r�gions de steppe et l�Asie centrale ; le raffinage du p�trole et la p�trochimie, aliment�s par un ol�oduc venant du bassin situ� au sud de Saratov et par un gazoduc drainant plusieurs gisements ; la production d�aluminium utilisant l��nergie hydro�lectrique ; le</p><p>combinat de bois et de cellulose enfin.</p><p>Chacune de ces entreprises emploie une dizaine de milliers de salari�s ou davantage. Volgograd s�affirme ainsi comme l�un des principaux centres industriels de l�U. R. S. S.</p><p>A. B.</p><p>volley-ball</p><p>Sport opposant deux �quipes de six joueurs chacune, s�par�es par un filet, chaque formation ayant pour but de placer ou de frapper le ballon (� l�aide des mains ou des avant-bras) de fa�on downloadModeText.vue.download 441 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11652</p><p>qu�il touche le sol dans les limites du camp oppos�.</p><p>Les origines</p><p>Le volley-ball, comme le basket, est d�origine am�ricaine. Il fut imagin� en 1895 par William G. Morgan, professeur d��ducation physique au coll�ge de Holyoke, dans le Massachusetts.</p><p>Il s�agissait, � l�origine, de cr�er un jeu facile et r�cr�atif, � la port�e de tous. Celui-ci se pratiquait � neuf joueurs par �quipe (plac�s sur trois lignes de trois) avec des limites de terrain impr�cises, une hauteur de filet variable, un nombre de passes illimit�es entre les joueurs de chaque camp.</p><p>Ce ne fut que quelques ann�es plus tard, au d�but du si�cle, que le nouveau jeu, adopt� au coll�ge de Sprin-gfield (o� James A. Naismith avait</p><p>� invent� � le basket*-ball), organis� et codifi�, prit valeur de sport, enseign� comme tel aux futurs animateurs des YMCA, �tablissements qui, avec la Premi�re Guerre mondiale, se multipli�rent dans le monde entier, et plus particuli�rement en Europe.</p><p>Les �tats baltes, la Russie, la Tch�-</p><p>coslovaquie et la Pologne furent les premiers conquis en Europe par le volley-ball, devenu depuis lors dans ces pays un sport traditionnel. Les d�buts</p><p>du volley-ball furent beaucoup plus difficiles en France, o� ce sport fut longtemps consid�r� comme un simple jeu de plein air, et plus particuli�rement de plage. L�arriv�e des Russes blancs, r�fugi�s de l�Union sovi�tique, � partir de 1920, en fit mieux conna�tre les possibilit�s. Mais ce ne fut qu�en 1936, avec la cr�ation de la F�d�ration fran�aise de volley-ball, que le volley-ball connut en France sa cons�cration officielle.</p><p>Sur le plan international, quatorze nations �taient repr�sent�es au premier congr�s de Paris d�avril 1947 : Belgique, Br�sil, �gypte, �tats-Unis, France, Hollande, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, Roumanie, Tch�-</p><p>coslovaquie, Uruguay et Yougoslavie.</p><p>La F�d�ration internationale de volley-ball (F. I. V. B.) comptait 30 pays affili�s en 1951, 92 en 1964 et 119 en 1974. Le volley-ball est devenu un sport universel, qui organise r�guli�rement, tant chez les f�minines que chez les masculins, championnats continentaux et championnats du monde. Il figure aux jeux Olympiques depuis 1964</p><p>(� T&#x14D;ky&#x14D;).</p><p>Les r�gles</p><p>y L��quipe. Form�e obligatoirement de six joueurs sur le terrain, elle ne peut �tre compos�e de plus de douze joueurs, entrant ou non en jeu selon les consignes du manager.</p><p>y Placement. Les six joueurs entr�s en jeu se placent au d�part comme ils l�entendent, mais ils doivent obligatoirement, chaque fois que leur camp prend le service adverse et pr�-</p><p>alablement � toute action, effectuer un tour de rotation (d�un sixi�me de tour), dans le sens des aiguilles d�une montre, de fa�on � occuper successivement chacun des six postes.</p><p>y Zone d�attaque. C�est une surface avanc�e de 27 m 2, d�termin�e dans chaque camp par la largeur du terrain et 3 m en profondeur en partant de la ligne centrale, c�est-�-dire du filet.</p><p>Dans cet espace, seuls les trois avants ont le droit de frapper la balle.</p><p>y Contre (ou block). Il s�agit d�un moyen efficace avec les mains rap-</p><p>proch�es et dispos�es dans l�angle le plus favorable de contrer (ou bloquer) le smash adverse au moment o� le</p><p>ballon franchit le filet. Le contre s�effectue � un, � deux ou � trois joueurs, appel�s � conjuguer leur saut en une action simultan�e. Les trois arri�res n�ont pas le droit de participer au contre. M�me si le ballon touche plusieurs joueurs du � block �, il ne sera compt� qu�une seule touche de balle.</p><p>D�autre part, l�avant qui vient de participer au contre a le droit d�effectuer aussit�t une seconde touche de balle.</p><p>Depuis 1964, les contreurs sont autoris�s � passer les mains dans le camp adverse, mais � deux conditions : ne pas toucher le filet ; que le ballon ne soit pas touch� chez l�adversaire lors de la phase pr�paratoire, c�est-�-dire avant que celui-ci n�ait d�clench� son attaque.</p><p>y Service. La zone de service, d�limit�e par deux traits, se situe derri�re la ligne de fond, sur une largeur de 3 m, � la droite de chaque camp. Le service peut �tre effectu� d�aussi loin et aussi haut que le permet la longueur et la hauteur du terrain ou de la salle.</p><p>Pour marquer un point, il faut, pr�alablement, avoir obtenu ou gagn� le service.</p><p>Une �quipe perd le service ou son adversaire marque un point dans les cas suivants : ballon qui touche le sol dans son propre camp ; ballon plac� ou frapp� hors des limites adverses ; ballon jou� plus de trois fois cons�cutives par la m�me �quipe ; ballon tenu ou pouss� ou port� ; ballon touch� par un joueur au-dessous de la ceinture ; joueur qui touche le filet ; joueur qui touche la balle deux fois cons�cutives (� la seule exception du contre) ; joueur qui d�passe la ligne centrale ; joueur qui, � au-dessous � du filet, touche le ballon ou l�adversaire dans le camp oppos� ; sur une faute de position au moment du service ; sur un changement de joueur irr�gulier (par exemple le rempla�ant occupant un autre poste que le remplac�) ; arri�re qui, ayant p�-</p><p>n�tr� en � zone d�attaque �, adresse le ballon dans le camp adverse en l�ayant pris, chez lui, au-dessus du filet ; contre ou block effectu� irr�guli�rement.</p><p>y Dur�e du jeu. Comme au tennis, le volley-ball se joue en sets gagnants (deux ou trois selon les comp�titions). Chaque set se dispute en principe en quinze points, mais il faut qu�il soit gagn� avec un minimum de deux points d��cart, ce qui conduit � d��ventuels prolongements.</p><p>On distingue deux formes de ser-</p><p>vice : le service bas (le ballon frapp� au niveau de la ceinture) et le service haut (le ballon frapp� au-dessus de la t�te).</p><p>Dans tous les cas, le service peut �tre rendu � flottant �, c�est-�-dire que le ballon est frapp� avec effet de fa�on � rendre sa trajectoire incertaine et, partant, sa r�ception plus difficile.</p><p>y Attaque. L�attaque se fait le plus souvent apr�s la passe de r�ception et celle de l�attaque. Mais elle peut �tre �galement effectu�e directement sur la passe de r�ception.</p><p>On distingue deux sortes de</p><p>smashes : le smash tennis (la balle frapp�e de face) et le smash balancier (la balle frapp�e lat�ralement, dans un large et puissant geste de circumduc-tion du bras).</p><p>L��volution</p><p>� l�origine simple jeu r�cr�atif, le volley-ball, depuis 1947, c�est-�-dire avec la cr�ation de la F�d�ration internationale, est devenu un grand sport collectif qui a obtenu (depuis 1964 � T&#x14D;ky&#x14D;) la reconnaissance olympique.</p><p>Les Sovi�tiques, qui adh�r�rent � la F. I. V. B. en 1948, d�montr�rent, les premiers, que le nouveau jeu pouvait �tre un passionnant sport de haute comp�tition.</p><p>Ils d�velopp�rent la technique et la tactique de jeu, invent�rent la � roulade arri�re �, qui permettait � la d�fense de relever les smashes les plus percutants, et leur influence fut d�cisive dans le sens d�un jeu plus vivant et moderne.</p><p>Parall�lement, en opposition au jeu sovi�tique, figurait le classicisme tch�-</p><p>coslovaque, qui devait avoir sa cons�-</p><p>downloadModeText.vue.download 442 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11653</p><p>cration aux championnats du monde de Paris en 1956 (lors des deux premiers championnats mondiaux � Prague</p><p>[1949] et Moscou [1952], la Tch�-</p><p>coslovaquie s��tait class�e seulement seconde derri�re l�U. R. S. S.). Les Tch�ques misaient sur la s�ret�, au service d�une technique parfaite. Les passeurs levaient haut la balle pour leurs attaquants g�ants, qui la frappaient avec le maximum de force dans la zone la plus rapproch�e du filet.</p><p>La m�thode �tait efficace (elle caract�rise toujours le jeu tch�que et celui de la plupart des pays europ�ens), mais passablement monotone.</p><p>Une mutation provint d�Asie, et plus particuli�rement du Japon, en 1960</p><p>(championnats mondiaux de Rio de</p><p>Janeiro). Pour compenser leur handicap de taille, les Japonais imagin�rent une mani�re nouvelle, ax�e sur la vitesse d�ex�cution et des combinaisons propres � d�jouer les grands contreurs adverses, lesquels stoppaient r�guli�rement les � petits � attaquants japonais.</p><p>Le probl�me �tait donc de camoufler l�attaque jusqu�au dernier moment de fa�on � promener l�adversaire tout au long du filet pour frapper le ballon � l�endroit (ou � l�instant) o� le contre adverse ne pouvait plus agir avec efficacit�.</p><p>R. M.</p><p>volt</p><p>Unit� de force �lectromotrice et de diff�rence de potentiel (symb. V).</p><p>Le volt est la diff�rence de potentiel �lectrique qui existe entre deux points d�un fil conducteur transportant un courant de 1 amp�re, lorsque la puissance dissip�e entre ces points est �gale � 1 watt. Pour r�aliser le volt en mesure absolue, c�est-�-dire pour contr�ler l�exactitude d�un �talon de force �lectromotrice sans se r�f�rer � un �talon d�j� connu, le proc�d� le plus exact passe par la d�termination pr�alable des �talons de l�ohm, unit�</p><p>de r�sistance �lectrique ; cette d�termination se fait par l�interm�diaire d�une capacit� �lectrique calculable ou d�une inductance calculable et peut b�n�ficier ainsi d�une pr�cision exp�rimentale bien meilleure qu�il ne serait possible par la mesure directe d�une puissance que semblerait exiger la d�finition du volt. Il faut aussi avoir r�alis� l�amp�re � la balance de courant. Lorsqu�un courant de 1 amp�re est transport� par une r�sistance de 1 ohm, la diff�rence de potentiel produite est de 1 volt. Cette diff�rence de potentiel ainsi connue sert � �talonner la force �lectromotrice de piles �lectriques, ou �l�ments volta�ques, qui sont conserv�es pour �tre utilis�es ensuite comme �talons.</p><p>Les �l�ments les meilleurs pour cet usage sont du type Weston. Ce sont des piles �lectriques enferm�es dans une enceinte de verre scell�e ; l�anode est en mercure ; la cathode est en amalgame � 10 p. 100 de cadmium ; l��lectrolyte est une solution satur�e de sulfate de cadmium, et le d�polarisant plac� sur l�anode est une p�te � base de sulfate mercureux ; les contacts sur les �lectrodes sont des fils de platine qui traversent le verre. La force �lectromotrice est d�environ 1,018 volt ; sa valeur exacte pour chaque pile est mesur�e soit par la mesure absolue d�crite pr�c�demment, soit par comparaison � une pile pr�alablement �talonn�e, toujours au moyen d�un potentiom�tre, qui permet de mesurer le rapport de deux diff�rences de potentiel.</p><p>Les �l�ments Weston �talonn�s,</p><p>avec les r�sistances �talons de 1 ohm, sont les �talons de d�part de toutes les mesures de grandeurs �lectriques.</p><p>Aussi, tous les trois ans, le Bureau international des poids et mesures rassemble les �talons des principaux laboratoires d��talonnage du monde, les compare et v�rifie qu�ils sont bien en accord afin d�assurer l�uniformit� internationale des mesures �lectriques.</p><p>Tous les �l�ments Weston, m�me s�-</p><p>lectionn�s en vue de servir d��talons de force �lectromotrice, subissent une d�rive, c�est-�-dire que leur valeur ne reste pas constante ; on les groupes par une ou quelques dizaines, on les compare p�riodiquement les uns aux autres et l�on admet que leur moyenne est assez bien constante, � quelques mil-</p><p>lioni�mes pr�s par an, � la condition d��liminer ceux qui d�rivent en s��cartant trop vite de la moyenne.</p><p>La d�couverte, datant de quelques ann�es, de l�effet Josephson offre la pr�cieuse possibilit�, mise en oeuvre d�j� par certains laboratoires et par le Bureau international des poids et mesures, de reproduire une m�me force �lectromotrice � tout moment en se r�f�rant � des constantes atomiques invariables par nature, et de corriger ainsi les d�rives �ventuelles des �talons de force �lectromotrice. Le ph�nom�ne utilis� est le suivant. Deux couches m�-</p><p>talliques supraconductrices s�par�es par une couche isolante mince (�paisseur inf�rieure � 1 nm) et maintenues � basse temp�rature (moins de 4 K par exemple) constituent ce qu�on appelle une jonction Josephson ; un courant �lectrique entretenu � travers cette jonction produit entre les deux couches m�talliques une diff�rence de potentiel V qui est une fonction inhabituelle de l�intensit� du courant : lorsque la jonction est irradi�e par des ondes �lectromagn�tiques de fr�quence v, cette diff�rence de potentiel ne peut prendre que des valeurs multiples de &#x394;V = h v/2e, h �tant la constante de Planck et e la charge �lectrique de l��lectron ; le volt peut �tre ainsi reproduit � mieux qu�un millioni�me avec la valeur</p><p>2e/h = 483 594,0 GHz/V.</p><p>Ce ph�nom�ne est l�un de ceux qui ont valu � Brian D. Josephson (n� en 1940) le prix Nobel de physique 1973, partag� avec Leo Esaki (n� en 1925) et Ivar Giaever (n� en 1929).</p><p>J. T.</p><p>F Amp�re / Ohm.</p><p>Volta (Alessandro,</p><p>comte)</p><p>Physicien italien (C�me 1745 - id.</p><p>1827).</p><p>Sa vie</p><p>Fils de Philippo Volta et de Maria Maddalena, descendante des comtes</p><p>Inzaghi, Alessandro fait ses premi�res �tudes � l��cole publique de sa ville natale. � dix-huit ans, il entretient d�j� une correspondance avec l�abb� Jean Antoine Nollet (1700-1770). L�ann�e suivante, il compose un po�me latin sur les questions et les d�couvertes les plus importantes de la physique. Ses deux premiers m�moires, dont l�un est adress� � Beccaria (De vi attractiva ignis electrici, 1769) et l�autre � Spallanzani (De modo construendi novam machinam electricam, 1771), lui valent en 1774 la chaire de physique � l��cole royale de C�me, car, d�s ce moment, l��lectricit� devient son �tude favorite.</p><p>En 1777, Volta entreprend un</p><p>voyage en Suisse, o� il rencontre Haller � Berne, Voltaire � Ferney et Benedict de Saussure � Gen�ve. De ce voyage, il rapporte la pomme de terre � ses compatriotes.</p><p>En 1779, il est nomm� professeur � l�universit� de Pavie, qu�il ne va plus quitter et o� son renom attire nombre de disciples. Puis, de 1780 � 1782, il va, en compagnie du chirurgien Antonio Scarpa (1752-1832), visiter les capitales de l�Allemagne, de la Hollande, de la Grande-Bretagne et de la France, pour se mettre en rapport avec des savants tels que Georg Christoph Lichtenberg, Martinus Van Marum,</p><p>Priestley, Laplace et Lavoisier.</p><p>Il collabore avec ces deux der-</p><p>niers dans une �tude de l��lectricit� atmosph�rique.</p><p>Devenu c�l�bre, il revient � Paris en 1801, sur l�invitation du Premier consul, pour r�p�ter ses exp�riences sur la pile et le courant �lectrique, devant une commission de l�Institut.</p><p>Bonaparte le pensionne et le comble de faveurs et, en 1802, il devient l�un des huit associ�s �trangers de l�Acad�mie des sciences. En 1810, Napo-l�on l��l�ve � la dignit� de s�nateur du royaume de Lombardie et lui octroie le titre de comte.</p><p>Mais, en 1819, Volta, fatigu�, quitte Pavie pour se retirer dans sa ville natale et vivre � l��cart du monde savant.</p><p>Il s�y �teint � l��ge de quatre-vingt-deux ans.</p><p>Premi�res recherches � l��poque o� Volta commence ses travaux personnels, on ne conna�t l��lectricit� que sous forme statique. C�est dans ce domaine qu�il imagine en 1775</p><p>l��lectrophore, appareil permettant de produire par influence et d�accumuler des charges �lectriques, puis l��lectros-cope condensateur.</p><p>L�ann�e suivante, ses recherches sur la nature et la composition du gaz des marais (m�thane), qu�il recueille lors d�une promenade en barque le long des rives du lac Majeur, lui sugg�rent l�id�e de l�eudiom�tre et du pistolet �lectrique.</p><p>Aux environs de 1780, Volta d�-</p><p>couvre la relation quantitative qui relie la charge, la capacit� et le potentiel dans un conducteur isol�. Simultan�ment, il entreprend une �tude de la m�trologie �lectrique et propose la standardisation des �lectrom�tres. Il indique que l�on peut mesurer � l�aide de la balance la force d�attraction qui s�exerce entre deux plateaux m�talliques �lectris�s.</p><p>La pile �lectrique</p><p>C�est vers 1792 que Volta commence son �tude de la singuli�re observation, faite par Luigi Galvani (1737-1798), des mouvements engendr�s dans les membres d�une grenouille d�pouill�e par l�interposition d�un arc m�tallique entre deux parties diff�rentes du tronc.</p><p>L��cole de Bologne, dont Galvani est le chef, soutient que ce ph�nom�ne est d� � un fluide d�origine animale. L��cole downloadModeText.vue.download 443 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11654</p><p>de Pavie, � la t�te de laquelle est Volta, ne lui voit pas d�autre cause que l��lectricit� statique, dont rel�vent tous les autres ph�nom�nes connus. Entre les deux �coles italiennes s�engage une longue et m�morable controverse, � laquelle s�int�ressent les savants de tous les pays.</p><p>Volta remarque que les mouvements convulsifs de la grenouille ne s�obtiennent que gr�ce � un arc compos� de m�taux h�t�rog�nes, et il �tablit en 1793 sa � s�rie des tensions � pour les diff�rents m�taux. Il empile des disques de cuivre et de zinc altern�s, dont les paires sont s�par�es par des rondelles de drap imbib�es d�eau sal�e.</p><p>L�appareil ainsi constitu�, semblable � un condensateur qui se rechargerait perp�tuellement de lui-m�me, lui permet d�obtenir, pour la premi�re fois, un courant �lectrique continu. C�est ainsi qu�au d�but de 1800 Volta invente la</p><p>� pile � �lectrique, ouvrant � la science et � l�industrie, d�s les premi�res an-n�es du XIXe s., le vaste domaine de l��lectrocin�tique.</p><p>� Cette masse en apparence inerte, cet assemblage bizarre est, quant � la singularit� de ses effets, le plus merveilleux instrument que les hommes aient jamais invent�. � Ainsi s�exprimait Arago* en parlant de la pile de Volta.</p><p>R. T.</p><p>&amp; C. Volpati, Alessandro Volta (Milan, 1927).</p><p>Voltaire</p><p>(Fran�ois Marie</p><p>Arouet, dit)</p><p>�crivain fran�ais (Paris 1694 - id.</p><p>1778).</p><p>Une vie de volont�</p><p>et de passion</p><p>La vie et l�oeuvre de Voltaire sont in-s�parables. Chacun de ses ouvrages a �t� pour lui un combat o� il s�est tellement engag� que m�me les luttes les plus d�sint�ress�es � son intervention en faveur de l�amiral Byng, sa d�fense de Calas � ont paru � ses contemporains des moyens qu�il utilisait pour se mettre personnellement en valeur.</p><p>Sans m�conna�tre sa complexit� et ses contradictions, on peut le consid�rer comme l�un des meilleurs repr�sentants de la bourgeoisie riche, entreprenante, qui avait besoin de libert�s politiques pour assurer son pouvoir �conomique en s�appuyant sur les grands. Ainsi</p><p>s�explique le double aspect qu�il pr�-</p><p>sente : d�une part luttant pour les libert�s de pens�e, d�expression, de commerce, champion de la tol�rance et des lumi�res, hardi contre les pr�jug�s ; d�autre part possessif, �go�ste, ent�t� dans ses partis pris jusqu�� la mauvaise foi, dur pour ses ennemis, impitoyable pour ses cr�anciers, d�fiant envers � la canaille �. Voltaire fut non seulement grand �crivain et philosophe, mais manufacturier, propri�taire foncier, sp�culateur qui amassa une grosse fortune et put pr�ter � int�r�t � plusieurs princes de l�Europe ; il voulut, il crut �tre aussi homme politique, et les puissants se servirent et se jou�rent de lui. De tous les �crivains du XVIIIe s., il est de nos jours � la fois l�un des plus connus et celui que nous avons le plus de peine � comprendre : son esprit libre refusait de s�enfermer dans aucun syst�me et se r�servait le droit � toutes les feintes et � toutes les volte-face. Le voltairianisme du XIXe s. a donn� de lui une image infid�le, au service d�une politique hypocrite qui unissait le scepticisme, le d�sir d�ordre et la recherche du profit ; cette image n�est pas compl�tement effac�e. Voltaire, pr�curseur du capitalisme lib�ral, passe encore parfois pour celui du capitalisme oppressif et de l�antis�mitisme. M�me �cart�e cette caricature, un effort de compr�hension objective fait voir en lui quelqu�un qui �tait dans le vrai sens de l�histoire par son cosmopolitisme, son appel au progr�s technique et � l�enrichissement, son sens des affaires, son action sur l�opinion publique, mais l�avenir qu�il pr�parait est maintenant du pass� et les valeurs qu�il d�fendait, productivit�, expansion �conomique, libre entreprise, luxe, sont li�es � un ordre politique et social condamn�, dont les tenants m�me n�iraient plus demander de le�ons � Voltaire. Si on le d�finit par l�esprit critique, la libert� presque absolue du jugement, on lui reprochera de ne croire en rien et de ne pas avoir compris la gravit� des luttes sociales.</p><p>M�me l��crivain est moins admir�</p><p>qu�autrefois : la nouvelle critique, qui s�est beaucoup int�ress�e � Diderot et � Rousseau, n�a encore presque rien dit de Voltaire, bien que les �tudes d�histoire litt�raire, d�histoire des id�es, les �ditions de ses textes, les recherches biographiques le concernant n�aient jamais �t� aussi nombreuses. Ce n�est</p><p>pas sa faute s�il nous para�t inactuel ; c�est nous qui ne pouvons �galer sa prodigieuse puissance de refus et de d�rision en face de tout ce qui ali�ne ou mystifie les hommes.</p><p>Malgr� bien des hasards et des accidents, son existence a �t� constamment dirig�e par sa volont� : il a voulu �tre, successivement ou tout � la fois, le premier ou le seul po�te �pique de son temps, le premier auteur dramatique, le premier historien, le premier philosophe, par vanit� sans doute, comme on le lui a reproch�, mais surtout par besoin de dominer et de poss�der, par passion de conna�tre et d�agir, et dans le dessein, de plus en plus conscient, qui unit ses diverses ambitions, de faire triompher une cause � laquelle il s�identifiait, la cause de la libert� et de l�intelligence. Il a voulu un r�le politique pour mieux servir cette cause ; il a collectionn� les titres d�acad�micien pour s�acqu�rir une cons�cration officielle sous le couvert de laquelle il p�t �crire librement ; pour la m�me raison, il a cherch� d��minents protecteurs et a finalement su conqu�rir son ind�pendance ; quelque dur qu�ait �t� l�exil pour lui, apr�s la fin de ses illusions, il l�a voulu parce qu�� un historiographe de France ne vaudra jamais rien en France � et qu�il esp�rait se mettre � l�abri des � pers�cutions �. On a tort de trop s�arr�ter sur l�image du vieillard capricieux et tyrannique, du Polichinelle de g�nie ou du com�dien perp�tuel : il a construit son oeuvre de toute son �nergie � travers mille p�rils, l�exil, la prison, le d�sespoir, la calom-nie, la haine, risquant tout, r�putation et s�curit�, pour lancer au moment opportun un �crit dangereux, au grand effarement de ses proches, qui l�accusaient d�imprudence et de folie.</p><p>L�apprentissage</p><p>d�une vocation</p><p>Voltaire est n� le 21 novembre 1694 ; il est le troisi�me enfant vivant de Fran-</p><p>�ois Arouet et de Marguerite Daumart.</p><p>Son p�re, notaire royal, puis payeur des �pices � la Chambre des comptes, �tait en relations professionnelles et personnelles avec l�aristocratie ; il fit donner � ses fils la meilleure �du-</p><p>cation possible ; pour l�a�n� Armand, vers 1695, c��tait celle des Oratoriens ; pour Fran�ois Marie, en 1704, ce fut celle des j�suites du coll�ge Louis-le-Grand. La m�sentente entre les deux fr�res vient sans doute en partie de l� ; elle fut doubl�e de difficult�s entre le p�re et le fils, lorsque le libertinage et la vocation litt�raire apparurent simultan�ment. Voltaire affecta parfois de ne pas �tre le fils de son p�re, mais du chansonnier Rochebrune : affirmation agressive d�ind�pendance, la plaisanterie sur sa b�tardise a �t� consid�r�e de nos jours comme le signe d�une phobie et d�une hantise qui se retrouveraient dans l�attitude de Voltaire devant Dieu, p�re au terrible pouvoir. Son adolescence subit l�influence de l�humanisme j�suite et celle du libertinage mondain : toute sa vie, Voltaire restera l��l�ve du P. Por�e, du P. Tournemine et le l�gataire de Ninon de Lenclos. Aux J�suites, il doit sa culture classique, son go�t assez puriste, le souci de l��l�-</p><p>gance et de la pr�cision dans l��criture, son amour du th��tre et m�me, en d�pit d�eux, les bases de son d�isme. Aux libertins du Temple, son �picurisme, son esprit plaisant et irr�v�rencieux, son talent dans la po�sie l�g�re. Mais il ne se contente pas d��tre un homme de plaisir : il y avait dans son art de jouir une insolence qui lui valut d��tre envoy� par son p�re � Caen, puis � La Haye en 1713, d��tre confin� � Sully-sur-Loire en 1716 sur ordre du R�gent et embastill� en 1717. D�s ce moment, il pr�parait deux grandes oeuvres, d�une tout autre port�e que ses vers �picuriens, la trag�die d�OEdipe, triomphalement repr�sent�e en novembre 1718, et le po�me de la Ligue, paru en 1723, qui sera en 1728 la Henriade. L��mule de Chaulieu veut maintenant imiter Sophocle et Virgile ; le libertin commence � se faire philosophe en lisant Malebranche, Bayle, Locke et Newton. C�est en 1718 qu�il prit le pseudonyme de Voltaire (d�abord Arouet de Voltaire), peut-�tre anagramme d�Airvault, nom d�un bourg poitevin o� ses anc�tres avaient r�sid�. Le chevalier de Rohan (1683-1760), qui le fit b�tonner et, humiliation pire, de nouveau embastiller en 1726, semble avoir interrompu une carri�re admirablement commenc�e d��crivain d�j� illustre et de courtisan : en fait, il rendait Voltaire</p><p>� sa vraie vocation, qui e�t certainement �clat� d�une fa�on ou d�une autre, car on ne peut gu�re imaginer qu�il se f�t content� d��tre po�te-laur�at.</p><p>C�est lui-m�me qui demanda la permission de passer en Angleterre. Y a-t-il d�couvert ce dont il n�avait aucune id�e et subi une profonde m�tamorphose ? N�y a-t-il, au contraire, trouv� que ce qu�il y �tait venu chercher, appris que ce qu�il savait d�j� ? Les deux th�ses ont �t� soutenues ; on admet maintenant que s�il avait, avant son voyage, connu des Anglais comme Bolingbroke et lu des ouvrages traduits, s�il avait aussi adopt� par ses voies personnelles des vues d�j� � philosophiques � sur Dieu, sur la Providence, sur la soci�t�, sur la tol�rance, sur la downloadModeText.vue.download 444 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11655</p><p>libert�, il n��tait pourtant pas en �tat, dans les ann�es 1726-1728, d�assimiler compl�tement la science et la philosophie anglaises : mais il fit l�exp�rience d�une civilisation, dont il sentit et voulut d�finir ce qu�il appellera l�esprit ou le g�nie ; il comprit l�importance pour la pens�e et la litt�rature fran�aises de conna�tre ces Anglais, avec qui le R�gent avait nou� alliance ; et il r�unit une masse de notations, d�id�es, de questions, de probl�mes, d�anecdotes, de mod�les formels dont il ne cessera de tirer parti pendant tout le reste de son existence. Les Lettres philosophiques, ou Lettres �crites de Londres sur les Anglais et autres sujets, con�ues bien avant la fin de son s�jour en Angleterre, parurent en anglais d�s 1733, en fran�ais en 1734. Elles sont, malgr� leurs erreurs et leurs lacunes, l�un des plus heureux essais qu�ait faits un esprit fran�ais pour comprendre et donner � comprendre le fonctionnement d�une soci�t� �trang�re et le lien entre des institutions, des moeurs et une culture sous le signe de la libert�.</p><p>De son retour en France (1728) � son installation � Cirey chez Mme du Ch�-</p><p>telet (1734), Voltaire v�cut quelques ann�es tiraill� entre le monde et la retraite, le succ�s et les pers�cutions, la</p><p>publication des oeuvres achev�es et la mise en chantier d�oeuvres nouvelles ; il fit applaudir Brutus (d�c. 1730) et Za�re (ao�t 1732), mais son Histoire, de Charles XII fut saisie (janv. 1731), son Temple du go�t souleva des protestations violentes (janv. 1733), ses Lettres philosophiques, longuement revues et auxquelles il avait ajout� les remarques � Sur les Pens�es de M. Pascal �, furent br�l�es, et l�auteur dut se r�fugier en Lorraine pour �chapper � une lettre de cachet (juin 1734). En mai 1732, il fit pour la premi�re fois mention de son projet d��crire l�histoire de Louis XIV. C�est pendant cette p�riode qu�il mit au point deux moyens d�assurer sa libert� d��crire, et dont il ne cessa d�sormais d�user : la sp�culation, qui lui procura l�aisance mat�rielle, puis la richesse, et la clandestinit�, dans laquelle il pr�parait l�impression et la diffusion de ses oeuvres.</p><p>Recueillement et</p><p>r��ducation</p><p>Voltaire s��tait install� � Cirey, chez Mme du Ch�telet (�milie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Ch�telet, 1706-1749) ; ce fut le lieu de sa retraite et le centre de ses activit�s jusqu�� la mort de sa ma�tresse en septembre 1749. Plusieurs raisons lui avaient fait souhaiter de se retirer pendant quelques ann�es : les poursuites entam�es contre lui ; le besoin de se recueillir pour l�oeuvre de longue haleine qu�allait �tre le Si�cle de Louis XIV ; le sentiment qu�il devait acqu�rir en science et en philosophie les connaissances qui lui manquaient, et au seuil desquelles l�ach�vement des Lettres philosophiques l�avait conduit. De 1734 � 1738 s�accomplit ce que l�on a appel� la r��ducation de Voltaire. Il �tait d�j� philosophe par son esprit critique, par ses id�es sur la religion, sur la soci�t�, sur le bonheur ; il le devint au sens encyclop�dique o� son si�cle devait entendre le mot, en se faisant m�taphysicien, physicien, chimiste, math�maticien, �conomiste, historien, sans jamais cesser d��tre po�te et d��crire des com�dies, des trag�dies, des �p�tres ou des vers galants. Avec Mme du Ch�telet, il commente Newton, Leibniz, Christian von Wolff, Samuel Clarke, Bernard de Mandeville et fait</p><p>des exp�riences de laboratoire ; sa correspondance avec Fr�d�ric II* de Prusse et le r�le qu�il esp�re jouer au-pr�s du prince l�am�nent � s�instruire sur la diplomatie et sur les probl�mes �conomiques. Toutes ces activit�s et ces recherches, au coeur desquelles, comme l�a dit I. O. Wade, est le concept de civilisation, aboutissent au Trait� de m�taphysique (Voltaire y travailla du d�but de 1734 � la fin de 1736 ; il ne fut pas publi� de son vivant), aux �l�ments de la philosophie de Newton (publi�s en 1738), au Si�cle de Louis XIV (une premi�re version est pr�te en 1738 ; le d�but en fut publi� en 1739 et aussit�t saisi), aux sept Discours sur l�homme (compos�s et diffus�s plus ou moins clandestinement en 1738) et au projet de l�Essai sur les moeurs.</p><p>Mais la retraite � Cirey n�est ni constante, ni solitaire, ni m�me toujours tranquille ; les visiteurs se succ�dent ; on fait du th��tre, on lit les oeuvres toutes fra�ches, on veille sur les manuscrits, qui sont comme des explosifs pr�ts � �clater : Voltaire entre en fureur quand des pages de la Pucelle disparaissent de leur tiroir ; il doit fuir en Hollande quand le texte du Mondain circule (nov. 1736). La seconde partie de la p�riode de Cirey est encore plus agit�e : voyages � Lille aupr�s de sa ni�ce Mme Denis (qui devint sa ma�tresse � partir de 1744) ; voyages � Paris pour la repr�sentation, vite interdite, de Mahomet (ao�t 1741) et pour celle de M�rope, triomphale (f�vr.</p><p>1743) ; rencontre avec Fr�d�ric II � Wesel, pr�s de Cl�ves (sept. 1740) ; mission diplomatique � Berlin et en Hollande (1743-44) ; s�jours � la cour de Stanislas Leszczy&#x144;ski en Lorraine (1748) ; s�jours � Versailles pour la repr�sentation de la Princesse de Navarre et celle du Temple de la gloire (1745). Voltaire cherchait, en effet, � obtenir la faveur du roi ; son Po�me de Fontenoy fut imprim� par l�imprimerie royale (1745) ; l�auteur fut nomm� historiographe de France (avr.</p><p>1745), �lu � l�Acad�mie fran�aise (avr.</p><p>1746), re�ut le brevet de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (d�c.</p><p>1746) ; les acad�mies de province et de l��tranger rivalisaient pour le compter parmi leurs membres ; il �tait re�u � Sceaux chez la duchesse du Maine,</p><p>pour laquelle il �crivit ses premiers Contes. Comme en 1726, l��difice de son succ�s s�effondra quand il pouvait se croire au sommet ; mais l��pisode du jeu de la reine (o� Voltaire � Mme du Ch�telet qui perdait tout ce qu�elle mi-sait dit qu�elle jouait avec des coquins) fut moins une des causes de sa disgr�ce que la cons�quence et le symbole de la conduite qu�il avait adopt�e : il n�aurait jamais sacrifi� son oeuvre et sa pens�e � la qu�te des faveurs royales, dont il voulait se faire un bouclier, et le roi savait fort bien qu�il n��tait pas un courtisan sinc�re. La mort de Mme du Ch�telet priva Voltaire de son refuge, mais le d�lia de la promesse qu�il avait faite de ne pas r�pondre � l�invitation de Fr�d�ric.</p><p>L�aventure prussienne</p><p>� son arriv�e � Potsdam, en juillet 1750, Voltaire n�avait plus d�illusions sur le roi-philosophe ; il comprenait bien que la guerre et l�intrigue passeraient toujours avant la philosophie aux yeux de celui qui lui avait soumis en 1740 une r�futation de Machiavel, mais avait envahi la Sil�sie d�s 1741. Le souverain et l��crivain �prouvaient l�un pour l�autre un sentiment �trange et violent, m�lange d�admiration, d�attachement, de d�fiance et de m�pris. Ce qu�ils se sont �crit l�un � l�autre, et ce qu�ils ont �crit l�un de l�autre, est � interpr�ter en fonction de toutes leurs arri�re-pens�es. Voltaire devait se justifier devant l�opinion fran�aise, et peut-�tre � ses propres yeux, d��tre all� servir le roi de Prusse : celui-ci accablait Voltaire de flatteries tout en le calomniant aupr�s du gouvernement fran�ais, pour lui interdire le retour. Finalement, comme l�a �crit Voltaire, � Maupertuis g�ta tout �, mais non pas Maupertuis seul.</p><p>Le 15 mars 1753, Voltaire recevait le droit de quitter la Prusse. En peu de temps, il avait beaucoup appris sur le pouvoir politique, sur la parole des rois, sur le r�le des intellectuels, et son exp�rience humaine, d�j� vari�e, avait encore plus accus� son caract�re cosmopolite. Il avait aussi beaucoup travaill�, malgr� les divertissements, les corv�es et les pol�miques : en v�rit�, il avait d�abord song� � son travail en acceptant l�invitation de Fr�d�ric II. Le Si�cle de Louis XIV avait paru (1752),</p><p>suscitant des contrefa�ons et une pol�-</p><p>mique avec Laurent Angliviel de La Beaumelle (1726-1773) ; Voltaire avait r�dig� de grands morceaux de l�Histoire universelle (le futur Essai sur les moeurs), que d�j� les �diteurs pirates s�appr�taient � publier d�apr�s des manuscrits vol�s ; il pensait � �crire son Dictionnaire philosophique ; il avait donn�, sous le titre de Microm�gas, sa forme d�finitive � un conte dont le premier �tat datait peut-�tre de 1739 et compos� le Po�me sur la loi naturelle, qui devait para�tre en 1755.</p><p>Pendant un an et demi, de mars 1753</p><p>� novembre 1754, Voltaire chercha un abri. Malgr� le bon accueil qu�il re�ut de plusieurs princes d�Allemagne, � Kassel, � Gotha, � Strasbourg, � Schwetzingen, les motifs de tristesse s�accumulaient : deux repr�sentants de Fr�d�ric l�avaient cruellement humili� et retenu ill�galement prisonnier � Francfort (29 mai-7 juill. 1753) ; les �ditions pirates de ses oeuvres historiques se multipliaient, les manuscrits de la Pucelle couraient, Mme Denis semblait dispos�e � l�abandonner, sa sant� chancelait. � Colmar, pendant l�hiver de 1753, il songea au suicide.</p><p>Mais il ne cessait de travailler : cela le sauva.</p><p>Le patriarche</p><p>En novembre 1754, il s�installa � Pran-gins, en mars 1755 aux D�lices, chez lui enfin, mais sur territoire genevois : d�o� des querelles et m�me des menaces d�expulsion, � cause des repr�-</p><p>sentations th��trales auxquelles il dut renoncer, d�un mot sur l�� �me atroce �</p><p>de Calvin, ou du scandale de l�article</p><p>� Gen�ve �, �crit par d�Alembert et o� l�on reconnaissait son influence. En octobre 1758, il acheta Ferney ; il y resta jusqu�� l�ann�e de sa mort et y devint le � grand Voltaire �, le � patriarche �</p><p>qui recevait des visiteurs de tous pays, correspondait avec le monde entier, dictait ou �crivait parfois jusqu�� quinze ou vingt lettres � la suite, travaillait de dix � quinze heures par jour, faisait des plantations, construisait des maisons, fondait des manufactures de montres, de bas de soie, donnait des repr�sentations th��trales, des repas, downloadModeText.vue.download 445 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11656</p><p>des bals et lan�ait dans le public en une vingtaine d�ann�es plus de quatre cents �crits, depuis la fac�tie en deux pages jusqu�� l�encyclop�die philosophique en plusieurs volumes. Candide, paru en 1759, marque la fin d�une p�riode d�inqui�tude, au cours de laquelle il avait pourtant publi� les Annales de l�Empire (1753) et l�Essai sur les moeurs (1756), �crit le Po�me sur le d�sastre de Lisbonne (1756) et la premi�re partie de l�Histoire de la Russie sous Pierre le Grand (1759), achev� et fait para�tre l�Orphelin de la Chine (1755), et travaill� � l��dition g�n�rale de ses oeuvres entreprise par les fr�res Cramer ; il �tait intervenu sans succ�s en faveur de l�amiral Byng et avait, sans plus de succ�s, tent� d�arr�ter la guerre en servant d�interm�diaire entre Choiseul et Fr�d�ric II.</p><p>Dans l�immense production de</p><p>Ferney figurent des trag�dies comme Tancr�de (1759), Olympie (1764), les Scythes (1768), les Gu�bres (1769), les Lois de Minos (1772), Ir�ne (1778), quelques com�dies, le commentaire du th��tre de Corneille, des �tudes historiques (l�Histoire du parlement de Paris, le Pyrrhonisme de l�Histoire, le Fragment sur l�histoire g�n�rale), des �tudes juridiques (le Commentaire du livre des d�lits et des peines [de Beccaria], le Commentaire sur l�Esprit des lois, le Prix de la justice et de l�humanit�), des �p�tres au roi de Chine, au roi du Danemark, � l�imp�ratrice de Russie, � Boileau, � Horace, etc., mais m�me les oeuvres de pure litt�rature ou d��rudition sont li�es aux pol�miques dans lesquelles Voltaire est engag�, et chacune ne trouve son sens que replac�e dans les circonstances qui l�ont fait na�tre. Il arrive � Voltaire d�exp�dier en quelques jours une trag�die, � la fois pour attirer l�attention du roi et obtenir la permission de revenir � Paris, qui lui fut refus�e aussi obstin�ment par Louis XVI que par Louis XV, pour prouver qu�il ne saurait avoir travaill� en m�me temps, faible vieillard, aux �crits subversifs qu�on lui impute (et dont il est bien l�auteur...) et pour employer la voix des acteurs � sa pro-</p><p>pagande philosophique. Incoh�rence ?</p><p>Bien plut�t refus de c�der sur les id�es, de perdre une occasion de les r�pandre, m�me lorsqu�il flatte par politique les puissants et pousse le conformisme jusqu�� faire ses p�ques ; et ironie d�une mauvaise foi qui d�fie la mauvaise foi de ses adversaires.</p><p>Tout sert le combat philosophique.</p><p>� �crasons l�inf�me �, r�p�te-t-il � ses � fr�res � dans sa correspondance, l�� inf�me � �tant la superstition, la religion constitu�e en g�n�ral et la religion catholique en particulier ; le combat vise aussi l�injustice, l�arbitraire, l�obscurantisme, la sottise, tout ce que Voltaire juge contraire � l�humanit� et � la raison. Sa premi�re arme �tant le ridicule, satires, �pigrammes et fac�ties bafouent les croyances et les usages qu�il condamne, et pleuvent sur Fr�ron, Orner de Fleury, les fr�res Le Franc de Pompignan, Jean-Jacques Rousseau, Chaumeix, Needham, Non-notte, Patouillet, et bien d�autres ennemis r�cents ou de vieille date. Plusieurs de ces plaisanteries sont rest�es c�l�bres : la Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l�apparition du j�suite Berthier, le Pot-Pourri, les Anecdotes sur B�lisaires ou la Canonisation de saint Cucufin. Selon un dessein con�u depuis longtemps, Voltaire r�unit des articles d�un ton plus s�rieux, souvent tout aussi satirique, sur des sujets th�ologiques ou religieux (le Dictionnaire philosophique portatif, 1764, plusieurs fois r��dit�, augment� � chaque r��dition, devenu en 1769 la Raison par alphabet, puis simplement le Dictionnaire philosophique) ou sur tous les sujets de philosophie, l�gislation, politique, histoire, litt�rature, o� le philosophe avait � dire son mot (Questions sur l�Encyclop�die, � partir de 1770). Il met en forme les recherches de critique religieuse et de critique biblique qu�il avait commenc�es � Cirey avec Mme du Ch�telet, et une vingtaine d�essais ou de trait�s sortent de Ferney de 1760 � 1778 : Sermon des Cinquante (1762), Questions sur les miracles (1765), Examen important de Milord Bolingbroke (1766), le D�ner du comte de Boulainvilliers (1768), Collection d�anciens �vangiles (1769), Dieu et les hommes (1769), la Bible enfin expliqu�e (1776), Histoire</p><p>de l��tablissement du christianisme (1777), etc. Il a des alli�s dans ce combat, les encyclop�distes, d�Alembert, Marmontel, et il prend leur d�fense quand ils sont pers�cut�s, mais, � mesure que se d�veloppe en France une philosophie ath�e, dont les porte-parole sont, entre autres, Diderot et d�Holbach, il ressent le besoin de raf-fermir les bases de sa propre philosophie, qui est loin d��tre toute n�gative : il le fait dans des dialogues comme le Douleur et l�Adorateur (1766?), l�A. B. C. (1768), les Adorateurs (1769), Sophronime et Adelos (1776), Dialogues d�Evh�m�re (1777) et dans des opuscules comme le Philosophe ignorant (1766), Tout en Dieu (1769), Lettres de Memmius � Cic�ron (1771), Il faut prendre un parti ou le principe d�action (1772), etc. Enfin, la satire et la discussion ne lui suffisent pas : il fait appel � l�opinion publique et intervient dans des affaires judiciaires qui l�occupent et l�angoissent pendant plusieurs ann�es : affaires Calas, Sirven, Montbailli, La Barre, Lally-Tollendal, etc. Les Contes (l�Ing�nu, la Princesse de Babylone, l�Histoire de Jenni, le Taureau blanc) sont la synth�se fantaisiste de toutes ces pol�miques et de toutes ces r�flexions, pour la joie de l�imagination et de l�intelligence... Le 5 f�vrier 1778, apr�s avoir envoy� devant lui en reconnaissance Mme Denis, Voltaire partit sans autorisation pour Paris et y arriva le 19 ; sa pr�sence souleva la foule, les visiteurs se pressaient � son domicile, la loge des Neuf-Soeurs lui donna l�initiation, l�Acad�mie lui fit pr�sider une de ses s�ances, la Com�-</p><p>die-Fran�aise, o� l�on jouait Ir�ne, fit couronner son buste sur la sc�ne en sa pr�sence. Voltaire mourut le 30 mai, en pleine gloire ; son cadavre, auquel le cur� de Saint-Sulpice et l�archev�que de Paris refus�rent la s�pulture, fut transport� clandestinement et inhum� dans l�abbaye de Seilli�res par son neveu, l�abb� Vincent Mignot.</p><p>Une oeuvre multiple</p><p>et in�gale</p><p>Ranger en cat�gories s�par�es les oeuvres de Voltaire, chacune d�sign�e par son titre, c�est les d�naturer : sauf les ouvrages historiques et certains trait�s philosophiques, o� une suite</p><p>dans les propos �tait n�cessaire, elles sont faites d�articles assez courts, r�unis en un ensemble coh�rent (� dialogues �, � lettres �, � questions �), ou composite (� dictionnaires �, � m�-</p><p>langes �) ; un grand nombre d�entre elles n�ont pas paru isol�ment, mais dans des recueils. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart ont �t� clandestines, interdites, saisies, br�-</p><p>l�es d�s leur publication, que Voltaire dissimulait son identit� sous des pseudonymes, dont on a compt� une centaine. Il ne trompait personne ; il ajoutait m�me � ses �crits le piquant de la connivence entre l�auteur et les lecteurs. Sans doute, mais le jeu des sous-entendus et des transpositions ne doit pas dissimuler que la pens�e �tait risqu�e ; dans tous les sens du terme, mettant en danger la s�curit� mat�rielle de l�auteur et des diffuseurs, et expos�e � tous les �-peu-pr�s et � toutes les d�formations que r�clame la bataille intellectuelle. Le g�nie de Voltaire est d�avoir alli� la justesse de l�expression, la rapidit� de l�intervention, l�efficacit� du trait et la multiplicit� des registres.</p><p>Homme de lettres, c�est-�-dire homme d�action, philosophe, c�est-�-dire muni d�une comp�tence presque universelle et assurant la solidarit� des diverses parties de son oeuvre, Voltaire ne se distingue des autres �crivains philosophes de son temps que par l�ampleur et la vigueur de ses activit�s. Mais il a agi plus qu�eux sur l�opinion ; bien que sa pens�e soit moins radicale que celle de Diderot et que celle de Rousseau, et qu�il n�ait pas voulu d�autre r�volution que celle des esprits, il a pr�par� et quelquefois fait vivre par avance � la France des journ�es r�volutionnaires.</p><p>Toute son oeuvre n�a pas �galement r�sist� au temps : ni le po�me �pique ni les trag�dies ne sont plus lus. Trop fid�le aux proc�d�s appris au coll�ge et � ses admirations, Voltaire a peut-�tre manqu� de hardiesse dans l�imagination et dans le style po�tique. Son bon go�t lui �tait une entrave, m�me, par extraordinaire, devant certaines pens�es, puisqu�il jugeait � impertinent �</p><p>ce qu�il pr�tendait lire sur Dieu dans Spinoza. Il manquait aussi d�imagination psychologique, ou, plus exactement, du pouvoir de se mettre � la place d�autrui sans le juger. Aussi est-</p><p>il meilleur dans l��pop�e burlesque et surtout dans la satire, o� fait merveille son vers de dix syllabes, nerveux, narquois, un peu m�lancolique, mais coupant court � tout �lan (le Mondain, le Pauvre Diable, le Songe-Creux). Les po�mes philosophiques ont du mouvement, quelques formules pleines, trop d�artifices rh�toriques ; deux ou trois �pitres supportent la comparaison avec celles de Boileau, et, dans la masse des odes, des stances, des vers libres, que Voltaire �crivait avec trop de facilit� et dont il parsemait sa correspondance, une dizaine de po�mes sont peut-�tre ce que le XVIIIe s. a produit de plus authentiquement lyrique avant Ch�-</p><p>nier, par la v�rit� discr�te de l��motion p�n�tr�e d�intelligence, la justesse du ton, la simplicit� �l�gante du rythme.</p><p>Au th��tre, l��chec est presque complet, si l�on met � part l�utilisation de la sc�ne comme d�une tribune. Voltaire aimait trop le th��tre : l�histrion a tu� le dramaturge, qui, pourtant, avait quelques id�es nouvelles et n�avait pas en vain essay� de comprendre Shakespeare. Il y a de beaux passages, du path�tique, du chant dans les trag�-</p><p>dies d�avant 1750, dans Za�re, dans M�rope, mais peut-�tre faudrait-il mettre toutes les autres en prose pour faire appara�tre leurs qualit�s dramatiques ; on peut trouver un r�el int�r�t � quelques pi�ces en prose, �trang�res downloadModeText.vue.download 446 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11657</p><p>� toute norme, Socrate ou l��cossaise : pour Voltaire, c��tait d�abord des satires, mais elles ont un accent moderne qui manque trop souvent aux drames de Diderot, Sedaine et Mercier.</p><p>L�historien</p><p>L�historien est d�une autre grandeur.</p><p>Voltaire a voulu que l�histoire f�t philosophique et n�a cess� de faire avancer parall�lement ses travaux historiques et ses r�flexions sur les m�thodes et les objectifs de l�historien. Parti d�une conception �pique et dramatique, qui a pu faire dire que la Henriade �tait une histoire en vers et l�Histoire de Charles XII une trag�die</p><p>en prose, il a voulu ensuite faire le tableau d�un moment de haute civilisation dans un pays (le Si�cle de Louis XIV), puis retracer l�histoire de la civilisation dans l�univers entier, en commen�ant au point o� Bossuet avait arr�t� son Discours sur l�histoire universelle (Essai sur les moeurs et l�esprit des nations et sur les principaux faits de l�histoire depuis Charlemagne jusqu�� Louis XIII, qui devait d�abord �tre une Histoire g�n�rale ou une Histoire de l�esprit humain). Voltaire entend respecter plusieurs principes, qu�il a de mieux en mieux pr�-</p><p>cis�s avec le temps : les faits doivent �tre exactement �tablis, contr�l�s par la consultation des t�moins oculaires et des documents �crits ; tout ce qui est contraire � la raison, � la vraisemblance et � la nature doit �tre �cart� ; les r�cits l�gendaires et les miracles n�ont pas leur place dans une oeuvre historique, sauf comme exemples de la cr�dulit� et de l�ignorance des si�cles pass�s ; Voltaire reproche � ses pr�d�cesseurs et � ses contradicteurs moins leur manque de connaissances que leur manque de jugement ; il s�acharne � d�noncer leurs � b�vues � et leurs � sottises �.</p><p>Tous les faits, m�me av�r�s, ne sont pas � retenir : l��rudition historique avait r�uni depuis le d�but du XVIIe s.</p><p>une immense documentation ; � il fallait d�abord faire le tri � (R. Pomeau) ; le crit�re de ce tri est la signification humaine des faits ; Voltaire s�int�-</p><p>resse moins aux �v�nements, batailles, mariages, naissances de princes, qu�� la vie des hommes � dans l�int�rieur des familles � et � aux grandes actions des souverains qui ont rendu leurs peuples meilleurs et plus heureux �. Il ne renonce pas � raconter : l�Histoire de Charles XII est une narration ; les chapitres narratifs dans le Si�cle de Louis XIV sont les plus nombreux ; mais le r�cit est rapide et clair ; il vaut une explication et il comporte une signification critique, parfois soulign�e d�un trait d�ironie. Les id�es, la religion, les arts, les lettres, les sciences, la technique, le commerce, et ce que Voltaire appelle les � moeurs � et les</p><p>� usages � occupent une place croissante : ils constituent la civilisation, dont Voltaire �crit l�histoire, sans la nommer, puisque le mot n�existait pas encore. C�est son objet principal ;</p><p>il juge peu utile d��tudier les �poques barbares ou antiques ; il pr�f�re les Temps modernes, sur lesquels il poss�de de plus s�rs renseignements et dont l�apport dans la vie de ses contemporains est plus important : mais il �tend sa curiosit� � tous les peuples de l�univers, avec lesquels il sait que la France et l�Europe sont li�es par les �changes commerciaux et culturels.</p><p>Apr�s coup, et selon la v�rit� profonde de sa pens�e, Voltaire a consid�r� ses oeuvres historiques comme formant un tout o� chacune �tait solidaire des autres.</p><p>Il voit agir dans l�histoire trois sortes de causes : les grands hommes, le hasard et un d�terminisme assez complexe, o� se combinent des facteurs mat�riels, comme le climat et le temp�-</p><p>rament naturel des hommes, et des facteurs institutionnels, comme le gouvernement et la religion. De ces derni�res causes, il ne cherche pas � d�m�ler le</p><p>� myst�re �, de peur de tomber dans un syst�matisme � la Montesquieu : il lui suffit d�affirmer que tout s�encha�ne.</p><p>Le hasard est ce qui vient d�router les calculs humains, les petites causes produisant les grands effets : ici encore, Voltaire est en garde contre une explication trop ambitieuse de l�histoire.</p><p>Quant aux grands hommes, ils peuvent le mal comme le bien, selon leur caract�re et selon le moment o� ils apparaissent ; ceux qui comptent aux yeux de l�historien sont ceux qui ont conduit leur pays � un sommet de civilisation : P�ricl�s, Philippe et Alexandre dans la Gr�ce antique, C�sar et Auguste � Rome, les M�dicis au temps de la Re-downloadModeText.vue.download 447 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11658</p><p>naissance italienne, Louis XIV dans la France du XVIIe s. Voltaire n�ignore pas que ces grands hommes ont rencontr� des circonstances favorables et ont �t� puissamment second�s, qu�ils n�ont pas tout fait par eux-m�mes, que, dans l�intervalle des si�cles de � g�nie �, l�humanit� a continu� � progresser, mais son scepticisme et son pessi-</p><p>misme sont plus satisfaits de reporter sur quelques individus exceptionnels l�initiative et la responsabilit� de ce qui fait le prix de la vie humaine.</p><p>Se fiant trop � la valeur universelle de sa raison et de son exp�rience, Voltaire est trop prompt � condamner comme impossible ce qui leur est �tranger ; il �crit l�histoire en pol�miste et, malgr� son d�sir de tout comprendre, en civilis� de l�Europe occidentale ; ses jugements sont orient�s par les combats philosophiques, par les probl�mes propres � son �poque et par les int�r�ts d�un homme de sa culture et de son milieu ; il est assez mal inform� des m�-</p><p>canismes �conomiques ; il consid�re comme plus agissantes les volont�s humaines ; il a d�lib�r�ment renonc� � rendre compte du mouvement de l�histoire par un principe philosophique, m�taphysique, sociologique ou physique : il pense que l�histoire, � son �poque, doit devenir une science, non pas parce qu�elle formulera des lois g�n�rales, mais parce qu�elle �tablira exactement les faits et d�terminera leurs causes et leurs cons�quences.</p><p>Plusieurs de ces d�fauts qu�on reproche � Voltaire sont sans doute des qualit�s ; en tout cas, les discussions actuelles sur l�ethnocentrisme ou sur la possibilit� d�une histoire scientifique prouvent qu�on ne peut opposer � la conception voltairienne de l�histoire que des conceptions aussi arbitraires. Il reste que Voltaire a d�barrass� l�histoire de la th�ologie et de toute explication par la transcendance, et qu�il l�a, en sens inverse, arrach�e � l��v�nementiel, � la collection minutieuse de faits particuliers. Historien humaniste, il a �tabli un ordre de valeurs dans les objets dont s�occupe l�histoire, mettant au premier rang le bonheur sous ses formes les plus �volu�es ; il a ainsi fait appara�tre un progr�s que l�historien ne doit pas seulement constater, mais auquel il doit contribuer en inspirant l�horreur pour les crimes contre l�homme ; au r�cit des actions commises par les � sacca-geurs de province � qui � ne sont que des h�ros �, il a tent� de substituer le r�cit d�une action unique : la marche de l�esprit humain.</p><p>Le philosophe</p><p>Si le philosophe est celui dont toutes</p><p>les pens�es, logiquement li�es, pr�-</p><p>tendent �lucider les premiers principes de toutes choses, Voltaire n�est pas un philosophe ; ce qu�il appelle philosophie est pr�cis�ment le refus de la philosophie entendue comme</p><p>m�taphysique. Qu�est-ce que Dieu, pourquoi et quand le monde a-t-il �t� cr��, qu�est-ce que l�infini du temps et de l�espace, qu�est-ce que la mati�re et qu�est-ce que l�esprit, l�homme a-t-il une �me et est-elle immortelle, qu�est-ce que l�homme lui-m�me ?</p><p>Toutes ces questions pos�es par la m�taphysique, l�homme ne peut ni les r�soudre ni les concevoir clairement.</p><p>D�s qu�il raisonne sur autre chose que sur des faits, il d�raisonne ; la science physique, fond�e sur l�observation et l�exp�rience, est le mod�le de toutes les connaissances qu�il peut atteindre ; encore n�est-il pas s�r qu�elle soit utile � son bonheur. L�utilit� est en effet le crit�re de ce qu�il faut conna�tre, et le scepticisme, pour Voltaire comme pour la plupart des penseurs rationalistes de son temps, le commencement et la condition de la philosophie. Mais le doute n�est pas total ; il �pargne quelques fortes certitudes : que l�existence du monde implique celle d�un cr�ateur, car il n�y a pas d�effet sans cause, et que ce cr�ateur d�un monde en ordre est souverainement intelligent ; que la nature a ses lois, dont l�homme participe par sa constitution physique, et que des lois morales de justice et de solidarit�, d�pendant de cette constitution, sont universellement reconnues, m�me quand elles imposent des comportements contradictoires selon les pays ; que la vie sur cette terre, malgr� d��pouvantables malheurs, m�rite d��tre v�cue ; qu�il faut mettre l�homme en �tat de la vivre de mieux en mieux et d�truire les erreurs et les pr�jug�s qui l�en s�parent. Toute la philosophie se ram�ne ainsi � la morale, non pas � la morale sp�culative, mais � la morale engag�e, qui peut se faire entendre sous n�importe quelle forme, trag�die, satire, conte, po�me, dialogue, article de circonstance, aussi bien que sous l�aspect consacr� du trait�. Voltaire a pourtant �t� obs�d� par les questions qu�il d�clarait inutiles et insolubles : elles �taient au coeur de ses pol�miques. Son esprit critique se dressait contre un optimisme aveugle fond� sur un acte de foi ou sur des</p><p>raisonnements � la Pangloss ; d�s le d�but, il n��tait optimiste que par un acte de volont� ; le Mondain, si on le lit bien, faisait la satire d�un jouisseur que n�effleure aucune inqui�tude ; ses malheurs personnels confirm�rent � Voltaire l�existence du mal, ils ne la lui apprirent pas ; dire qu�il ait �t� boulevers� et d�sempar� par le tremblement de terre de Lisbonne, c�est gravement exag�rer ; mais il s�en prit aux avocats de la Providence avec irritation et tristesse parce qu�il refusait de crier � tout est bien � et de justifier le malheur comme une ombre � un beau tableau ; il condamnait tout aussi �nergiquement ceux qui calomniaient l�homme, les misanthropes comme Pascal, et, croyant en un Dieu de bont�, il d�testait l�asc�tisme et la mortification. Il lui fallait se battre sur deux fronts, puis sur trois quand entra en lice l�ath�isme mat�rialiste. Parce que son argumentation devait changer selon ses adversaires, il n�h�sita pas � se contredire en apparence, unissant en r�alit� dans des associations toujours plus riches les arguments qu�il employait successivement : le tremblement de terre de Lisbonne lui sert, en 1759, � r�futer Leibniz et Pope, mais la s�curit� des voyages � sur la terre affermie � lui sert, en 1768, dans l�A. B. C., � rassurer ceux qui ne voient dans la cr�ation que le mal ; la m�taphysique de Malebranche est sacrifi�e vers 1730</p><p>� la saine philosophie de Locke et de Newton, mais l�id�e malebranchiste du</p><p>� Tout en Dieu � est d�velopp�e dans un opuscule de 1769 et mise au service d�un d�terminisme universel d�iste, oppos� et parall�le au d�terminisme ath�e. Voltaire ignore la pens�e dialectique, que Diderot �tait tout pr�s de d�couvrir ; il ne sait pas faire sortir la synth�se du heurt entre la th�se et l�antith�se ; il ne peut qu�appuyer, selon le cas, sur le pour ou sur le contre, non pour s�installer dans un juste milieu, mais pour les affirmer comme solidaires, chacun �tant la condition et le garant de l�autre : ce faisant, il ne se livre pas � un vain jeu de l�esprit ; il est persuad� qu�une vue unilat�rale mutile le r�el et que, dans l�ignorance o� est l�homme des premiers principes et des fins derni�res, le sentiment des contradictions assure sa libert�. Une prodi-</p><p>gieuse prestesse d�intelligence, une aptitude sans �gale, au moment o� il affirme une id�e, � saisir et � pr�server l�id�e contraire, une adresse g�niale � l�ironie, qui est le moyen d�expression de cette aptitude, telles sont les qualit�s de Voltaire philosophe. Sa pens�e est inscrite dans l�histoire de l�humanit�.</p><p>Il a passionn� plusieurs g�n�rations pour la justice, la libert�, la raison, l�esprit critique, la tol�rance ; on peut redemander encore � son oeuvre toute downloadModeText.vue.download 448 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11659</p><p>la saveur de ces id�aux, si l�on a peur qu�ils ne s�affadissent.</p><p>L�ironie du � conteur �</p><p>Elle est intacte dans les romans et les contes � philosophiques �, parce qu�ils n�ont pas �t� �crits pour le progr�s de la r�flexion ou de la discussion, mais pour le plaisir, en marge des autres oeuvres. Voltaire y a mis sa pens�e telle qu�il la vivait au plus intime de son �tre ; elle s�y exprime dans le jaillissement, apparemment libre, de la fantaisie. Ce qui est ailleurs argument pol�mique est ici humeur et bouf-fonne invention. La technique du r�cit, le sujet des Contes, leur intention ont chang� selon les circonstances de la r�daction : Microm�gas est plus optimiste, Candide plus grin�ant, l�Ing�nu plus dramatique, l�Histoire de Jenni plus �mue ; ils sont l��cho des pr�occupations intellectuelles de Voltaire et de sa vie � divers moments, mais dans tous il s�est mis lui-m�me, totalement, assumant ses contradictions (car il est � la fois Candide et Pangloss) et les d�passant (car il n�est ni Pangloss ni Candide), r�pondant aux questions du monde qui l��crase par une interrogation socratique sur ses exp�riences les plus profondes : car l�ironie y est ellem�me objet d�ironie ; elle enveloppe le na�f, dont les �tonnements font ressortir l�absurdit� des hommes et la ridiculisent. Elle vise non plus seulement les pr�jug�s et la sottise, mais l�homme en g�n�ral, �tre mis�rable et fragile, born� dans ses connaissances et dans son existence, sujet aux passions et �</p><p>l�erreur, qui ne peut pas consid�rer sa condition sans �clater de rire. Ce rire n�an�antit pas ses esp�rances ni la grandeur de ses r�ussites, mais signale leur relativit� (voyez Microm�gas). La finitude et la mort frappent d�ironie toute existence humaine : en �pousant l�ironie du destin, en ironisant avec les dieux, l�homme �chappe au ridicule, s�accorde � lui-m�me et � sa condition, et se donne le droit d��tre grand selon sa propre norme.</p><p>L�ironie de Voltaire est lib�ration de l�esprit et du coeur. Ce que sa pens�e peut avoir de rh�torique, de tendan-cieux, de court quand elle s�exprime dans des trag�dies, des discours en vers ou m�me dans des dialogues, est br�l� au feu de l�ironie. Il n�est dupe d�aucune imposture, d�aucune gravit� ; il s��vade par le rire et r�tablit le s�rieux et le sentimental sans s�y engluer. Il ne court pas le risque de tourner � vide, de tomber dans le nihilisme intellectuel et moral du � hideux sourire � : nullement d�robade d�un esprit �go�ste qui ricanerait de tout et ne voudrait jamais s�engager, l�ironie voltairienne est appel au courage et � la libert� ; elle est g�n�reuse.</p><p>H. C.</p><p>&amp; G. Desnoiresterres, Voltaire et la soci�t� fran�aise au XVIIIe si�cle (Didier, 1867-1877 ; 8 vol.). / G. Lanson, Voltaire (Hachette, 1906 ; nouv. �d. revue par R. Pomeau, 1960). /</p><p>J. R. Carr�, Consistance de Voltaire. Le philosophe (Boivin, 1938). / R. Naves, le Go�t de Voltaire (Garnier, 1938) ; Voltaire, l�homme et l�oeuvre (Boivin, 1942). / N. L. Torrey, The Spirit of Voltaire (New York, 1938 ; nouv. �d., 1968).</p><p>/ I. O. Wade, Voltaire and Mme du Ch�telet. An Essay of the Intellectual Activity at Cirey (Princeton, 1941) ; Studies on Voltaire (Princeton, 1947 ; nouv. �d., New York, 1967) ; The Search for a New Voltaire (Philadelphie, 1958) ; Voltaire and Candide (Princeton, 1959 ; nouv.</p><p>�d., 1972) ; The Intellectual Development of Voltaire (Princeton, 1969). / R. Pomeau, Voltaire par lui-m�me (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1955) ; la Religion de Voltaire (Nizet, 1956) ; Politique de Voltaire (A. Colin, coll. � U �, 1963). / F. Diaz, Voltaire storico (Turin, 1958).</p><p>/ P. M. Conlon, Voltaire�s Literary Career from 1728 to 1750 (Droz, Gen�ve, 1961). / R. Mauzi, l�Id�e du bonheur dans la litt�rature et la pens�e fran�aises au XVIIIe s. (A. Colin, 1961). /</p><p>R. S. Ridgway, la Propagande philosophique dans les trag�dies de Voltaire (Droz, Gen�ve, 1961). / R. A. Brooks, Voltaire and Leibniz (Droz, Gen�ve, 1964). / J. Ehrard, l�Id�e de nature en France dans la premi�re moiti� du XVIIIe s.</p><p>(S. E. V. P. E. N., 1964 ; 2 vol.). / J. Orieux, Voltaire ou la Royaut� de l�esprit (Flammarion, 1966).</p><p>/ J. Van den Heuvel, Voltaire dans ses contes.</p><p>De � Microm�gas � � � l�Ing�nu � (A. Colin, 1967). / T. Besterman, Voltaire (Londres, 1969).</p><p>On peut �galement consulter les Studies on Voltaire and the Eighteenth Century (Gen�ve, puis Banbury, 1955 et suiv.), collection qui comporte actuellement plus de cent volumes et � laquelle appartiennent plusieurs des ouvrages cit�s ci-dessus.</p><p>Volterra (Vito)</p><p>Math�maticien italien (Anc�ne 1860 -</p><p>Rome 1940).</p><p>Regard� comme une des gloires</p><p>math�matiques de l�Italie, titulaire de 1900 � 1931 de la chaire de physique math�matique � l�Universit� de Rome, o� il succ�da � E. Beltrami (1835-1900), s�nateur du royaume d�s 1905, Volterra se posa d�s le d�but en adversaire d�cid� du r�gime fasciste, votant syst�matiquement, � chaque occasion, contre les lois propos�es par le Duce.</p><p>Lors de l�introduction des lois raciales en Italie, il fut chass� de l�Universit� et de l�Acad�mie nationale dei Lincei.</p><p>Le pape Pie XI l�inscrivit alors aussit�t parmi les membres de l�Acad�mie pontificale des sciences.</p><p>L�oeuvre scientifique de ce math�-</p><p>maticien a englob� les domaines les plus divers. Volterra s�est notamment consacr� � l�optique des milieux bir�-</p><p>fringents, � l��tude du mouvement des corps solides contenant des liquides libres � �tude qui a trouv� une application dans le probl�me du d�placement des p�les terrestres �, � l�int�-</p><p>gration des �quations aux d�riv�es partielles qui int�ressent la m�canique des milieux continus � deux et � trois dimensions. On lui doit, en particulier, la d�couverte des c�nes caract�-</p><p>ristiques pour les �quations de type hyperbolique, repr�sentant des ph�no-m�nes ondulatoires, et l�introduction de la m�thode des images, permettant de sch�matiser les effets de r�flexion sur des parois rigides de ces ph�no-</p><p>m�nes ondulatoires. Mais les travaux auxquels son nom restera attach� sont ceux sur l�analyse fonctionnelle, dont il fut l�un des cr�ateurs et qui trouva de f�condes applications dans de nombreux domaines de la biologie et de la physique. Dans cette discipline, Volterra appliqua pour la premi�re fois les ressources de l�analyse � certains probl�mes, comme la lutte pour la vie et l��volution des populations. Imaginant en pr�sence deux esp�ces biologiques qui se disputent une m�me nourriture, il a d�termin� leur accroissement ou leur diminution � l�aide du calcul des probabilit�s, parvenant pour la fluctuation du nombre des individus � des lois quantitatives en plein accord avec les donn�es statistiques fournies par des recherches de laboratoires sur les insectes et les protozoaires. C�est alors qu�il posa les principes d�une dynamique d�mographique qui pr�sente</p><p>des analogies avec celle des syst�mes mat�riels. Dans le m�me ordre d�id�es, il �tudia la croissance des organismes et l�h�r�dit� mend�lienne, pour lesquelles on ne pensait pas alors utiliser les math�matiques. De m�me, il tenta une analyse des facteurs de la mortalit�. Mais il s�est surtout int�ress� � de nombreux probl�mes d�analyse et de physique math�matique, o� il ouvrit des voies f�condes, notamment dans le domaine des �quations int�grales et des �quations int�gro-diff�rentielles, analogues aux �quations int�grales, mais contenant en outre la d�riv�e de la fonction inconnue. Il entreprit l��tude syst�matique des fonctions, dont l�argument est soit une courbe, soit une fonction ordinaire. Il donna aux premi�res le nom de fonctions de lignes. Jacques Hadamard d�signa les secondes comme fonctionnelles.</p><p>C�est l��tude g�n�rale de ces nouvelles fonctions qui fut le premier objet de l�analyse fonctionnelle. Enfin, Volterra a publi� des notices biographiques sur les principaux math�maticiens italiens : Eugenio Beltrami, Enrico Betti (1823-1892), Francesco Brioschi (1824-1897), Felice Casorati (1835-1890). Il dirigea aussi le Nuovo Cimento. (Acad. des sc., 1917.)</p><p>J. D. et J. I.</p><p>Volvocales</p><p>Ordre d�Algues vertes chlorophyc�es unicellulaires et flagell�es.</p><p>Les Chlorophyc�es* unicellulaires (ou au moins fondamentalement unicellulaires) sont divis�es classiquement en deux groupes, les Chlorococcales, essentiellement non flagell�es (v. Chlorelles), et les Volvocales, fondamentalement flagell�es. Les formes typiques de ce dernier groupe portent leurs flagelles sur une sorte de papille, et l�on discute si les formes o� les flagelles naissent au contraire dans une d�pression ou m�me une sorte de puits appartiennent au m�me phylum.</p><p>Les Chlamydomonas comptent</p><p>parmi les formes les plus simples. Ce sont des cellules isol�es, avec un plaste unique vert, en forme de coupe, un noyau et deux flagelles identiques entre eux. La division cellulaire se fait longitudinalement. La f�condation s�effectue entre deux gam�tes semblables aux cellules banales et donne un oeuf muni, au moins momentan�ment, de quatre flagelles. Les gam�tes peuvent �tre identiques entre eux ou plus ou moins diff�rents, mais on pense que, dans tous les cas, un seul plaste subsiste dans la cellule-oeuf, ce qui pose tout le probl�me de l�h�r�dit� cytoplasmique et des structures autoreproductibles du cytoplasme, c�est-�-dire de l�h�r�dit� non mend�lienne. Ces Algues sont tr�s communes dans les eaux douces.</p><p>Chez d�autres Volvocales, les cellules v�g�tatives ne sont plus isol�es, mais group�es en petites colonies de formes g�n�ralement tr�s g�om�-</p><p>triques. Ce sont des files de quelques cellules, des sph�res pleines ou creuses, des plaques unistratifi�es carr�es ou rondes. Chaque cellule reste flagell�e, ce qui distingue ces colonies, que l�on appelle des c�nobes, de celles que l�on conna�t �galement chez les Chlorococcales, comparables de formes, mais o� les cellules ont perdu toute trace d�organe locomoteur.</p><p>C�est chez les Volvox que les c�-</p><p>nobes sont le plus remarquables ; ceux-ci peuvent atteindre plus d�un demi-millim�tre de diam�tre et comporter alors des centaines de cellules.</p><p>Le c�nobe est une boule creuse o�</p><p>downloadModeText.vue.download 449 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11660</p><p>toutes les cellules sont situ�es sur une strate unique, externe, avec leurs flagelles tourn�es vers l�ext�rieur. La reproduction est tr�s curieuse. Il existe en effet une reproduction v�g�tative o� une des cellules grossit et fait hernie vers l�int�rieur de la colonie. Cette cellule se divise un grand nombre de fois, et toutes les cellules filles se disposent comme dans le c�nobe p�re, sur une surface sph�rique, mais, chose remarquable, les p�les ant�rieurs de ces cellules sont tourn�s vers l�int�rieur, donc � l�inverse du c�nobe libre ; ensuite seulement, l�ensemble de cette sph�re va se retourner compl�tement, comme un doigt de gant ; quand il aura repris la forme sph�rique, mais maintenant avec les cellules � dans le bon sens �, il sortira du c�nobe d�origine pour mener une vie libre, et c�est alors que les flagelles appara�tront vers l�ext�rieur. Ce retournement sur soi-m�me a �t� compar� par les zoologistes aux ph�no-m�nes de gastrulation si communs dans l�embryologie animale, mais il para�t difficile de dire s�il s�agit r�ellement de</p><p>la m�me chose.</p><p>Pour la reproduction sexu�e, tou-</p><p>jours chez les Volvox, les tout premiers stades sont comparables. Une cellule grossit vers l�int�rieur. S�il s�agit d�une cellule m�le, elle se cloisonne et engendre une sph�re de petites cellules flagell�es, les gam�tes m�les.</p><p>S�il s�agit, au contraire, d�une cellule femelle, elle ne se cloisonne pas, est f�cond�e par un gam�te m�le et donne alors un oeuf qui s�enkyste dans une coque munie de protub�rances vari�es.</p><p>Il existe d�autres Volvocales, qui s��cartent des pr�c�dentes par le fait que les cellules v�g�tatives perdent leurs flagelles, mais conservent</p><p>d�autres attributs, comme le stigma, tache rouge sensible � la lumi�re, et la vacuole contractile, habituelle chez les formes mobiles. Les colonies, chez ces esp�ces, sont plus souvent informes, car les cellules ne sont pas dispos�es aussi r�guli�rement que chez les c�nobes typiques. Elles donnent des cellules flagell�es au moment de la reproduction, mais on sait que ce ph�nom�ne se produit �galement chez certaines Chlorococcales.</p><p>M. D.</p><p>vomissement</p><p>Expulsion du contenu de l�estomac par la bouche.</p><p>Le m�canisme du vomissement</p><p>est diff�rent de celui de la r�gurgita-tion, ph�nom�ne passif consistant au reflux du contenu gastrique, non pas, comme dans le vomissement proprement dit, sous l�action du diaphragme, qui se contracte en m�me temps que les muscles abdominaux pour comprimer l�estomac et les autres visc�res, mais simplement sous la pression excessive r�gnant dans la poche gastrique. Il faut noter que celle-ci ne se contracte pas elle-m�me de fa�on significative. En dehors des p�riodes de digestion alimentaire, les contractions gastriques sont faibles, rares et lentes. Elles sont toujours p�ristaltiques, c�est-�-dire dirig�es de fa�on � pousser le contenu de l�estomac vers le pylore, son d�bouch� normal.</p><p>Causes</p><p>Les causes des vomissements sont multiples, mais un facteur d�clenchant pa-ra�t unique : ce serait l�acidose (exc�s d�acidit� du sang et des humeurs), de toutes origines.</p><p>La plus banale des causes est l�intol�rance digestive vis-�-vis d�une substance chimique qui peut �tre alimentaire ou accidentellement introduite dans le tube digestif. On peut ici consid�rer le vomissement comme une r�action de d�fense. Dans ce cas, on parle volontiers d�� indigestion �.</p><p>L�agression peut �tre un simple exc�s gastronomique, un exc�s de liquides alcoolis�s, � irritants �, enfin la pr�-</p><p>sence de sang (ulc�re du tube digestif) ou de liquide intestinal refoul� dans les cas les plus graves.</p><p>Un m�canisme d�origine purement</p><p>nerveuse aboutit au vomissement par irritation r�flexe du centre de vomissement, situ� dans le bulbe rachidien.</p><p>La sollicitation est habituellement l�attouchement du fond de la gorge par un objet quelconque : doigts, plume, abaisse-langue, ar�te de poisson, sang provenant des fosses nasales, etc. Le m�me m�canisme bulbaire peut �tre d�clench� par des drogues, dont la</p><p>plus efficace est l�apomorphine et la plus connue l�ip�ca, la premi�re �tant introduite par injection sous-cutan�e, la seconde par voie orale. Exp�rimentalement, le m�me r�sultat est acquis en excitant par piq�re d�aiguille directement le centre bulbaire. Ce centre et les r�gions voisines sont responsables des vomissements observ�s lors d�atteintes infectieuses du syst�me nerveux central (m�ningites), de tumeurs, d�accidents vasculaires, de traumatisme, etc., et m�me en cas de simple anoxie (manque d�oxyg�ne).</p><p>Le centre de vomissement se trouve tr�s pr�s dans le bulbe rachidien du centre respiratoire (qui commande la respiration). Cette proximit� va de pair avec diverses r�alit�s physiologiques : d�une part, la respiration est suspendue pendant le vomissement ; d�autre part, le vomissement ne peut pas avoir lieu pendant un mouvement respiratoire. Il en r�sulte une protection assez efficace du carrefour pharyng�, o� les voies digestive et respiratoire se croisent.</p><p>Signification</p><p>Le vomissement peut prendre une signification importante dans les maladies digestives et dans divers �tats physiologiques ou pathologiques.</p><p>Maladies digestives</p><p>Le vomissement traduit souvent l�existence ou l�aggravation d�un ulc�re gastrique ou duod�nal et, dans un contexte diff�rent, l�interruption du transit digestif normal, dont il faut chercher la v�ritable cause : obstruction ou occlusion intestinale, organique ou fonctionnelle. Il s�agit parfois, dans le premier diagnostic, de vomissements de sang rouge ou dig�r� et, dans le second, surtout si l��volution a �t� assez longtemps laiss�e � elle-m�me, de vomissements porrac�s (ayant l�aspect du poireau), puis de plus en plus f�calo�des.</p><p>Mal de mer</p><p>Accompagn�s de vertiges, de c�pha-l�e, de sensations difficilement des-criptibles dans la r�gion �pigastrique, les vomissements sont le sympt�me le plus insupportable du mal de mer, du</p><p>mal de l�air, et m�me du mal des montagnes. En partie d�origine psychique, ils s�expliquent aussi par l�hypoxie et l�acidose, notamment par hypercapnie.</p><p>Ils sont plus ou moins efficacement supprim�s par certains m�dicaments (antinaus�eux d�riv�s des ph�nothia-zines), qu�il faut se garder d�absorber sans contr�le m�dical.</p><p>Vomissements de la grossesse</p><p>Ils ont longtemps �t� consid�r�s comme un �v�nement banal au d�but de la gestation, m�me normale. L�hygi�ne actuelle semble avoir rendu rare cette sorte d�incident. Les vomissements graves (vomissements incoercibles) de la grossesse sont une v�ritable maladie, et, avant l�av�nement de la r�animation m�dicale moderne, ils avaient souvent un d�nouement fatal pour l�embryon.</p><p>Le facteur psychique ayant autant d�influence que les troubles hormonaux qui se rencontrent dans ces circonstances, la th�rapeutique moderne conjugue la psychoth�rapie (et parfois l�isolement), l�emploi de neuropl�giques et d�hormones, de sorte que l��volution de la maladie se trouve rompue aussi rapidement que possible. Jadis, la mort du foetus in utero �tait � la fois une complication fr�quente et un facteur de r�gression tr�s rapide de tous les ph�nom�nes morbides pour la femme.</p><p>Cette s�quence ne se voit plus de nos jours.</p><p>Dangers des</p><p>vomissements</p><p>L�expulsion du contenu gastrique, toujours tr�s riche en acide chlorhydrique, d�termine une alcalose dite � m�tabolique �, inapparente, par manque de chlore, �l�ment essentiel du milieu int�rieur (v. acido-basique [�quilibre]).</p><p>C�est un probl�me de r��quilibration hydro�lectrolytique qui se pose alors, et la r�animation m�dicale le r�sout dans la plupart des cas.</p><p>Le rejet des aliments � peine ou pas du tout dig�r�s finit, � la longue, par conduire les malades � l�inanition, avec toutes ses cons�quences, jusqu�aux plus f�cheuses. Il est particuli�rement redoutable chez l�enfant et surtout le tout petit, chez qui le passage du lait</p><p>dig�r� de l�estomac dans l�intestin est parfois emp�ch� par un r�tr�cissement (st�nose) du pylore. Seule la chirurgie peut lever l�obstacle (op�ration de Fr�det).</p><p>Deux des complications les plus</p><p>graves du vomissement sont l�inhalation des mati�res vomies, liquides acides ou particules infectantes, dans les voies a�riennes et la rupture de l�oesophage surdistendu par un vomissement volontairement contrari�.</p><p>La premi�re cr�e une v�ritable maladie pulmonaire par r�action contre un mat�riel particuli�rement agressif vis-</p><p>�-vis des cellules d�licates, capables, en temps normal, de refouler les petits corps �trangers gr�ce � l�activit� des downloadModeText.vue.download 450 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11661</p><p>cils vibratiles qu�elles portent, qui tapissent la trach�e et les bronches.</p><p>Le jeu des �changes osmotiques aboutissant ici au passage d�une grande quantit� d�eau dans la lumi�re des voies a�riennes pour tenter de diluer la substance irritante compl�te le tableau d�encombrement pulmonaire, dont une r�sultante relativement fr�quente est l��puisement du myocarde, l�insuffisance, voire l�arr�t cardiaque (syndrome dit � de Mendelson �).</p><p>La seconde peut �tre dramatique : au cours d�une crise de vomissements que le patient, instinctivement ou par d�faut d�information, veut arr�ter ou dissimuler, l�oesophage, soumis � une</p><p>forte pression, � cardia dilat�, se fissure et se d�chire, livrant passage au contenu gastrique dans le m�diastin ou la pl�vre. Si la r�paration chirurgicale n�est pas r�alis�e dans les plus brefs d�lais, cette l�sion peut d�terminer une s�rie d�accidents de la plus haute gravit�. Lorsque la fissure est relativement petite et la pression dans l�oesophage relativement mod�r�e, l�irruption dans le m�diastin ne donne que des signes discrets, et le diagnostic s�en trouve consid�rablement retard�. La gravit� de l��volution est peut-�tre moindre dans une premi�re phase, mais elle rejoint la forme pr�c�dente dans la difficult� et la longueur des soins n�cessaires.</p><p>Il faut opposer, malgr� la similitude de termes, la vomique au vomissement. La vomique est le rejet par la bouche de mati�res, le plus souvent purulentes, collect�es au cours de la formation d�un abc�s pulmonaire ou d�une pleur�sie purulente. L�arriv�e du pus au pharynx, d�o� il est expuls� par des efforts de toux, peut d�clencher des mouvements r�flexes comparables au vomissement et m�me provoquer un</p><p>vomissement secondaire, mais la distinction doit �tre faite.</p><p>La pituite matinale est une vieille appellation d�signant ce que l�on d�-</p><p>crit plut�t maintenant comme la � toilette des bronches �. C�est une s�rie d�efforts de toux expulsive tendant � expectorer les s�cr�tions bronchiques accumul�es pendant le sommeil et</p><p>qui sont l�apanage des fumeurs de tabac ; on a longtemps pens� que ces s�cr�tions �taient aussi en rapport avec l�alcoolisme.</p><p>J. V.</p><p>V� Nguy�n Giap</p><p>G�n�ral et homme politique vietnamien (An Xa, province de Quang Binh, 1911).</p><p>Apr�s avoir entam� en 1924 des</p><p>�tudes secondaires au coll�ge national de Hu�, il s�inscrit d�s 1926 au T�n Vi�t Cach Menh Dang (parti r�volutionnaire du nouveau Vi�t-nam). En 1930, m�l� aux troubles qui suivirent les rebellions de Y�n Bay et de l�Annam central, il est arr�t� et condamn� � trois ans de prison, mais il aurait �t� re-l�ch� avant la fin de sa peine. De toute fa�on, en 1933, il poursuit ses �tudes secondaires � Hanoi, au lyc�e Albert-Sarraut, o� il obtient son baccalaur�at.</p><p>Il entre ensuite � l�universit� pour �tudier le droit ; il gagne sa vie en donnant des le�ons d�histoire dans une �cole priv�e et milite au Front d�mocratique indochinois avant de s�inscrire, en 1937, au parti communiste indochinois (P. C. I.) cr�� en 1930, mais autoris� seulement en 1936. Il loge pendant ce temps chez le professeur Dang Thai Mai. Il collabore alors � plusieurs journaux, dont le Nhan Dan (le Peuple) et aurait connu Pham Van D�ng � cette occasion.</p><p>En 1939, le parti communiste indochinois est interdit. V� Nguy�n Giap quitte Hanoi, laisse sa femme � Vinh</p><p>et se rend en Chine, � Yan�an (Yen-ngan), o� il aurait re�u un entra�nement militaire. En novembre 1940, il serait retourn� au Tonkin et aurait pris part aux troubles de la r�gion de Thai Nguy�n. Cependant, certaines sources placent � ce moment un voyage de</p><p>quelques mois � Moscou. Quoi qu�il en soit, V� Nguy�n Giap participe en mai 1941, en Chine, dans le Guangxi (Kouang-si), � la r�union du Comit� central du P. C. I., o� est cr�� le Front de l�ind�pendance du Vi�t-nam (Vi�t-minh). Il y rencontre H� Chi Minh, qui le charge d�organiser des gu�rillas dans le nord du Tonkin, et entre alors au Comit� central. � peu pr�s � la m�me �poque, sa femme, Nguy�n Thi Minh Khai, qui assurait des liaisons entre les mouvements r�volutionnaires, est arr�-</p><p>t�e � Vinh et condamn�e � quinze ans de travaux forc�s par la cour martiale de Hanoi. Elle mourra en d�tention en 1942 ou en 1943.</p><p>Pour accomplir la mission qui lui avait �t� confi�e, V� Nguy�n Giap entreprend une campagne de persua-sion parmi les minorit�s ethniques de la haute r�gion, obtenant en particulier l�appui de Chu Van Tan, un chef th�, devenu par la suite dirigeant important du r�gime de Hanoi. Ce n�est, cependant, qu�en octobre 1944 qu�appara�t, dans le cadre d�une brigade de propagande arm�e pour la lib�ration du Vi�t-nam, la premi�re unit� r�guli�re vi�t-minh, prototype de la future arm�e populaire vietnamienne. Le 22 d�-</p><p>cembre marque la naissance officielle de cette brigade, qui entre en action durant l�hiver de 1944-45, attaquant deux postes fronti�res fran�ais dont les garnisons sont massacr�es.</p><p>Le g�n�ral Giap, qui a tir� parti du coup de force japonais du 9 mars 1945</p><p>pour �tendre la zone contr�l�e par ses gu�rillas, profite de la capitulation japonaise pour entrer le 25 ao�t � Hanoi.</p><p>Le 2 septembre 1945, il est un des signataires de la d�claration d�ind�pendance de la r�publique d�mocratique du Vi�t-nam et entre au Gouvernement provisoire comme ministre de l�Int�-</p><p>rieur. Il ne se d�sint�resse cependant pas des questions militaires et devient en mars 1946 pr�sident du Conseil supr�me de la D�fense nationale. Il �pouse la fille du professeur Dang Thai</p><p>Mai. Durant l��t�, il remplace H� Chi Minh, parti n�gocier � Fontainebleau, et en profite pour �liminer les nationalistes anticommunistes. Oppos� � l�accord conclu en septembre avec la France, il parvient � persuader H� Chi Minh qu�un coup de force est indispensable pour venir � bout des objections fran�aises. Le 3 novembre, un nouveau gouvernement est form�, dans lequel Giap prend la D�fense nationale. Le 19 d�cembre, celui-ci passe � l�action, mais ses troupes sont durement �prouv�es � Hanoi par les chars du g�n�ral Leclerc*. C�est sans doute pourquoi il doit abandonner peu apr�s le minist�re de la D�fense nationale, tout en conservant le commandement en chef de l�arm�e populaire vietnamienne, mais, en 1947, il redevient ministre de la D�fense. Pendant quatre ans, il se maintient sur la d�fensive, forgeant des unit�s r�guli�res, qui b�n�ficieront d�une aide accrue d�s qu�en 1949 les arm�es communistes de Mao Zedong</p><p>(Mao Ts�-tong) auront achev� de</p><p>contr�ler la Chine. En octobre 1950, ses forces r�guli�res sont lanc�es sur les positions fran�aises le long de la fronti�re chinoise, notamment � Cao Bang, qu�elles enl�vent ; mais elles subissent en 1951 � Vinh Y�n, au Dong Trieu et � Ninh Binh des pertes qu�il faudra deux ans pour combler. Cependant, la pers�v�rance du g�n�ral Giap et de ses troupes, l�aide chinoise et la lassitude fran�aise aboutiront en mai 1954 � la bataille d�cisive de Di�n Bi�n Phu.</p><p>Le 20 septembre 1955, une r�organisation du gouvernement de Hanoi permet � V� Nguy�n Giap, qui conserve le minist�re de la D�fense nationale, de devenir vice-pr�sident du Conseil.</p><p>En 1958, Giap est membre du Bureau politique. En 1959, il publie son livre Guerre du peuple, arm�e du peuple, dans lequel il expose sa doctrine militaire, sa tactique et ses m�thodes de propagande. Sans renier l�autorit� de Mao Zedong, il professe que les guerres populaires peuvent �tre raccourcies par des batailles d�cisives men�es parall�-</p><p>lement � des insurrections g�n�rales.</p><p>On lui attribue d�ailleurs g�n�ralement la responsabilit� des offensives du T�t (fin janvier 1968), de P�ques 1972 et du printemps 1975 au Vi�t-nam du</p><p>Sud.</p><p>Le g�n�ral Giap, apr�s une �clipse de plus de six mois due sans doute � des ennuis de sant�, r�appara�t en mai 1974 � Hanoi � la c�l�bration du vingti�me anniversaire de Di�n Bi�n Phu.</p><p>En mai 1975, il se rend � Saigon apr�s la chute de la ville. Conjointement avec le g�n�ral Van Tien Dong, chef d��tat-major g�n�ral de l�arm�e populaire vietnamienne, il signe un long article paru du 5 au 16 juillet 1975 dans le Saigon Giai Phong et intitul� : la Grande victoire de l�offensive g�n�rale et du soul�vement populaire du printemps 1975.</p><p>Le g�n�ral Giap est membre du</p><p>bureau politique du parti Lao D�ng, secr�taire du comit� des affaires militaires du parti, vice-Premier ministre, ministre de la D�fense nationale, membre du conseil de la D�fense nationale et commandant en chef de l�arm�e populaire vietnamienne.</p><p>P. B.</p><p>F Indochine / Vi�t-nam.</p><p>&amp; G. Le Quanq, Giap ou la Guerre du peuple (Deno�l, 1973).</p><p>vorticisme</p><p>Mouvement artistique anglais.</p><p>La peinture anglaise conserve au</p><p>d�but du XXe s. sa position insulaire : elle ne prend connaissance qu�avec retard des mouvements d�avant-garde qui se d�veloppent sur le continent, qu�il downloadModeText.vue.download 451 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11662</p><p>s�agisse de l�impressionnisme, accept� vers 1905 seulement, ou des mouvements post�rieurs, introduits gr�ce � l�exposition des Grafton Galleries � Londres, en 1910, et � l�action de critiques comme Roger Fry (1866-1934).</p><p>En 1911, le Camden Town Group,</p><p>r�uni autour de l�atelier de Walter Sic-kert (1860-1942), refl�te l�assimilation</p><p>de ces courants avec une pr�dilection pour les sujets de Degas et le synth�-</p><p>tisme de Gauguin, mais une m�con-</p><p>naissance de C�zanne et du cubisme*.</p><p>Dans ce contexte, le futurisme* italien va jouer le r�le de catalyseur et engendrer un v�ritable groupe d�avant-garde.</p><p>Le po�te Marinetti (1876-1944) fait une conf�rence en 1910 dans son style provocateur habituel, puis de nouveau en 1911 et en 1913. Severini expose en 1911 � la galerie Marlborough, et, en 1912, l�ensemble des peintres futuristes sont montr�s � la galerie Sackville.</p><p>Une r�action imm�diate se manifeste chez certains artistes : Percy Wyndham Lewis (1884-1957), qui a fait partie du Camden Group, Christopher N. Nevinson (1889-1946), converti au cubisme � Paris en 1911-12, William Roberts (n� en 1895), David Bomberg (1890-1957), Edward Wadsworth (1889-</p><p>1949), le Fran�ais �migr� Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915), le sculpteur Jacob Epstein (1880-1959).</p><p>Le Rebel Art Center regroupe la plupart de ces noms ainsi que les po�tes Thomas Ernest Hulme (1883-1917)</p><p>et Ezra Pound*. En juin 1914 para�t dans l�Observer, � l�instigation de Marinetti, le manifeste du futurisme anglais, intitul� Vital English Art. Il est repris le mois suivant, � Florence, dans la revue Lacerba. Mais la direction de Marinetti est imm�diatement r�cus�e, et peu de temps apr�s para�t le premier fascicule de la revue Blast, dirig�e par P. W. Lewis. Il s�agit, cette fois, de se d�marquer du futurisme italien, stigmatis� comme dernier avatar de l�impressionnisme, comme trop</p><p>soumis aux aspects du monde visible, comme � sentimentalisant � la machine et y cherchant des pr�textes d��vasion.</p><p>L�esprit anglais et nordique est exalt�.</p><p>Mais surtout l�accent est mis sur la volont� de modernisme et l�expression du dynamisme vital, concr�tis� dans l�image du vortex. Ezra Pound est � l�origine du choix po�tique de ce terme, �voquant un mouvement rapide et tourbillonnaire.</p><p>Le vorticisme n�a eu qu�une seule exposition de groupe, � la Dor� Gallery en 1915. Il n�a pas suscit� d�oeuvres de premi�re importance, car aucun des artistes n�avait la personnalit� d�un</p><p>Duchamp, d�un L�ger ou d�un Boc-cioni. Mais, gr�ce � quelques-unes de leurs compositions, la peinture anglaise abordait les domaines de la non-figuration. Ces d�buts prometteurs ne devaient pas avoir de suite, et les protagonistes du mouvement allaient suivre des voies divergentes et contradictoires.</p><p>Les activit�s de Lewis se dispersent : il est non seulement peintre et dessinateur, mais aussi romancier (Tarr, 1918) et critique tr�s actif. Sa production change radicalement au d�but des ann�es 20 : aux toiles abstraites (R�-</p><p>volution, 1917) succ�dent des oeuvres figuratives qui ne se souviennent du cubisme que par une certaine stylisation des formes (Portrait d�Edith Si-twell). Nevinson a �t� avec Marinetti le cor�dacteur du manifeste Vital English Art. Dans ses sujets de guerre du d�but, il est tr�s proche des futuristes, mais revient ensuite � une figuration traditionnelle. Bomberg �volue vers l�expressionnisme. L�influence de L�ger* se m�le � celle des futuristes, surtout chez Roberts et Wadsworth. En sculpture, celle des arts africains et oc�aniens ainsi que celle du cubisme dominent dans le Rock Drill (1913) d�Epstein et chez Gaudier-Brzeska, artiste dou�, mort au front � vingt-quatre ans.</p><p>Le vorticisme ne devait pas sur-</p><p>vivre � la guerre malgr� une tentative de Lewis en 1920 pour le relancer.</p><p>Il a repr�sent�, malgr� son existence �ph�m�re, un moment d�intense assimilation des courants contemporains ainsi qu�une occasion de contacts fructueux entre les peintres et les po�tes.</p><p>T. S. Eliot* publie des po�mes dans le second (et dernier) num�ro de Blast.</p><p>En 1921, � Paris, Ezra Pound fait conna�tre James Joyce* � Lewis et � Eliot.</p><p>M. E.</p><p>&amp; E. Pound, Gaudier-Brzeska : a Memoir (Londres et New York, 1916 ; nouv. �d., 1939).</p><p>/ H. Brodzky (sous la dir. de), Henri Gaudier-Brzeska (Londres, 1933). / C. H. Read, The Art of Wyndham Lewis (Londres, 1951). / W. H. Prit-chard, Wyndham Lewis (New York, 1968). /</p><p>E. Crispolti, Correnti contemporanei della pittura inglese (Milan, 1970).</p><p>Vos (de)</p><p>Nom port� aux XVIe et XVIIe s. par plusieurs peintres flamands, dont les principaux sont Marten, les fr�res Cornelis et Paul ainsi que Simon, �l�ve de Cornelis, mais dont on ignore s�il lui est apparent�.</p><p>Marten de Vos</p><p>(Anvers 1532 - id. 1603.) Fils d�un peintre d�origine n�erlandaise, il est l��l�ve de Frans Floris* de Vriendt.</p><p>En 1558, il rentre � Anvers*, apr�s un long s�jour en Italie, o� il a travaill� dans l�atelier du Tintoret*. Son oeuvre est abondante : il a pratiqu� tous les genres et fourni quantit� de dessins aux graveurs, tant pour des estampes ind�pendantes que pour l�illustration de livres, souvent imprim�s par Christophe Plantin.</p><p>Marten est de ces Flamands qui,</p><p>�blouis par les grands peintres de la Renaissance italienne, perdront � peu pr�s toute leur originalit� dans l�aventure. Recherchant un style h�ro�que, il aboutit � l�emphase. Il abandonne peu � peu les harmonies de couleurs v�nitiennes ; sa palette devient plus froide et soutient bien faiblement l�esprit souvent tourment� de ses compositions.</p><p>Malgr� une certaine raideur, ses portraits, par contre, r�v�lent de solides qualit�s. Artiste de transition, Marten fait partie de cette g�n�ration de ma-ni�ristes* � romanistes � qui pr�pare le triomphe du baroque.</p><p>Cornelis de Vos</p><p>(Hulst 1584 - Anvers 1651.) N� en Z�lande de parents anversois, il s��tablit � Anvers en 1596. Il est re�u en 1608 franc-ma�tre de la gilde de Saint-Luc d�Anvers, dont il devient doyen en 1618. Peintre de sc�nes religieuses et d�histoire, parfois collaborateur de Rubens* (d�coration de la ville lors de la Joyeuse Entr�e du cardinal-infant en 1635), il est surtout connu comme portraitiste. Il peint avec une sobre ma�trise l�effigie de calmes bourgeois, seuls ou en groupe. Dans une page empreinte d�un bonheur paisible (mus�es de Bruxelles), il s�est repr�sent� avec sa femme et ses deux enfants, qu�il</p><p>prendra souvent pour mod�les et dont il rend admirablement l�espi�glerie et la fra�cheur de carnation. Un portrait comme celui de Grapheus l�Ancien</p><p>(1620, mus�e royal des Beaux-Arts d�Anvers) ajoute le sens psychologique au brillant des atours, toujours rendus avec soin. Si la palette de Cornelis n�a pas beaucoup de panache, elle ne manque pas de chaleur, et c�est un peu injustement que l�artiste se trouve repouss� dans l�ombre de ses brillants contemporains : son a�n� Rubens et son cadet Van Dyck*.</p><p>Paul de Vos</p><p>(Hulst 1596 - Anvers 1678.) Fr�re du pr�c�dent, il est re�u ma�tre de la gilde de Saint-Luc d�Anvers en 1620. Il participe � certaines cr�ations de Rubens, mais aussi � celles de son ma�tre, Frans Snijders*, dont il a �pous� la soeur.</p><p>Essentiellement peintre animalier, il r�alise de fougueuses sc�nes de chasse dans ce style baroque dont Rubens et Snijders sont les meilleurs repr�sentants. Sans avoir leur talent, il peint la nature avec une fantaisie d�brid�e et un grand sens d�coratif.</p><p>Simon de Vos</p><p>(Anvers 1603 - id. 1676.) �l�ve de Cornelis de Vos, il est re�u franc-ma�tre de la gilde de Saint-Luc d�Anvers en 1620. Lorsqu�il peint des sujets religieux ou historiques, il est profond�-</p><p>ment influenc� par Rubens. Sa mani�re rel�ve du baroque flamand inaugur� par celui-ci, mais il n�en poss�de ni le dynamisme ni la richesse de coloris.</p><p>Dans les sc�nes de genre, il se rapproche de l�art des Teniers*.</p><p>R. A.</p><p>&amp; J. Muls, C. de Vos, Schilder van Hulst (Anvers, 1933). / E. Greindl, Corneille de Vos, portraitiste flamand (Libr. encyclop�dique, Bruxelles, 1944).</p><p>Vosges</p><p>Massif de l�est de la France.</p><p>Les Vosges, consid�r�es comme</p><p>r�gion naturelle, s��tendent sur six d�partements : Vosges*, Bas-Rhin*,</p><p>Haut-Rhin*, Territoire de Belfort*, Meurthe*-et-Moselle, Moselle*. Cet ensemble a la forme d�une amande</p><p>dont la longueur est de 125 km, la largeur variant entre 40 et 70 km.</p><p>Le massif, par bien des aspects,</p><p>rappelle le Mittelgebirge (montagne moyenne) germanique. De direction sud-nord, les Vosges ont �t� un obstacle, beaucoup plus par l�ampleur des for�ts que par la vigueur des reliefs. Sur le plan g�ologique et morphologique, il existe de profondes diff�rences entre le nord et le sud. Le plissement hercynien a donn� naissance � un premier massif qui fut rabot� par l��rosion. La p�n�plaine pr�triasique qui en r�sulta fut recouverte par des s�diments secondaires (surtout des gr�s). Mais ce sont les mouvements tertiaires, d�s l�Oligoc�ne, qui donn�rent au massif son downloadModeText.vue.download 452 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11663</p><p>aspect d�finitif. En effet, la surrection des Vosges-For�t-Noire eut comme</p><p>compensation l�effondrement de la plaine Alsace-Bade.</p><p>Le soul�vement fut plus important au sud, entra�nant une �rosion plus vigoureuse. Le nord garda ainsi sa couverture gr�seuse (jusqu�� 300 m d��paisseur). Vers la plaine d�Alsace, l�effondrement des couches amena</p><p>la formation des collines sous-vosgiennes, qui forment fr�quemment des horsts suivis de grabens. Vers l�ouest, les couches plongent doucement en direction du Bassin parisien. Il existe ainsi une dissym�trie entre les deux versants : le c�t� alsacien est plus abrupt que le c�t� lorrain, surtout au sud. La ligne des cr�tes n�est pas toujours la ligne de partage des eaux. Les glaciations quaternaires ont laiss� des traces (lacs de G�rardmer, de Longemer). Cependant, le versant lorrain est plus arros� que le versant alsacien : plus de 1 m de pluies sur le versant lorrain, moins de 0,6 m dans les environs de Colmar. Les crues des cours d�eau sur le versant alsacien sont plus rapides que sur le versant lorrain. La neige peut tomber de novembre � avril. Le ski sur</p><p>une longue dur�e reste cependant al�atoire dans les Vosges.</p><p>On peut distinguer nettement deux Vosges. Au sud, dans les Vosges</p><p>cristallines, la surface d��rosion pr�-</p><p>triasique reste visible. Les sommets arrondis (ballons) sont les formes de relief les plus fr�quentes. Les vall�es sont encaiss�es en forme de V. � partir de 1 000 m apparaissent les � hautes chaumes �, qu�on a compar�es aux</p><p>prairies alpines. Il s�agit de surfaces herbac�es provenant de la destruction de la for�t par les p�tres, qui, au cours des remont�es estivales, cherch�rent � �tendre les surfaces pastorales. Le vent est un obstacle au reboisement � cette altitude. Au nord, dans les Vosges gr�-</p><p>seuses, les altitudes sont plus basses et le massif est plus ais�ment franchissable. � 330 m d�altitude, le col de Saverne est emprunt� par la voie ferr�e Paris-Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin. La R. N. 4 passe un peu au nord, � 400 m, entre Phalsbourg et Saverne.</p><p>La for�t a jou� un grand r�le dans la civilisation traditionnelle. La fronti�re linguistique n��pouse pas la ligne des cr�tes. Le parler roman a d�bord� sur le versant alsacien, o� le parler al�manique se maintient.</p><p>Le massif a �t� colonis� surtout � partir du Moyen �ge. Les couvents alsaciens (Murbach) et lorrains (Saint-Di�, Remiremont) ont jou� un r�le important. � la colonisation agricole s�est souvent ajout�e une colonisation mini�re (Sainte-Marie-aux-Mines : argent, etc.). L�exploitation de la for�t (bois, mais aussi fruits sauvages [myr-tilles]) a cr�� tr�s t�t un genre de vie mixte (paysan et b�cheron), surtout aux hautes altitudes. Certains villages vivaient surtout du b�cheronnage.</p><p>L��levage domine aujourd�hui. Orient� vers la production laiti�re, il a donn� naissance � la fabrication de fromages (camembert et munster ou g�rom�), qui, de plus en plus, sont, aujourd�hui, fabriqu�s dans la plaine (Alsace). Toutefois, l�agriculture dans les hautes vall�es a recul�. La taille moyenne des exploitations d�passe 25 ha. Les fermes isol�es sur les hautes chaumes se sont transform�es en � fermes-au-</p><p>berges � tirant des revenus importants du tourisme d��t� et de celui d�hiver.</p><p>La ferme traditionnelle abrite hommes, b�tes et r�coltes sous le m�me toit ; la limite altitudinale des cultures est plus basse qu�en For�t-Noire. Elle se situe vers 800 m.</p><p>L�industrie est n�e des richesses locales : bois et force hydraulique. La main-d�oeuvre abondante et bon march� a contribu� � l�essor de nombreuses activit�s : papeteries, forges, verreries (dans les r�gions de gr�s). Toutefois, certaines branches ont connu un recul tr�s net devant la concurrence ext�-</p><p>rieure. La fin du XIXe s. a enregistr� une v�ritable r�volution avec l�introduction de l�industrie textile. En effet, le trait� de Francfort (1871), en entra�nant la perte de l�Alsace, incita les industriels cotonniers alsaciens � �tablir une partie de leurs usines sur le versant vosgien, de mani�re � conserver le march� fran-</p><p>�ais. C�est ainsi qu�� partir de 1875-1880 les hautes vall�es vosgiennes</p><p>� Moselle, Moselotte, Meurthe,</p><p>Rabodeau, etc. � ont vu l�implantation de nombreuses usines de filature, de tissage et d�appr�t. L�immigration d�ouvriers alsaciens n�a pas �t� n�gligeable. Cette industrie a fait la prosp�-</p><p>rit� des hautes vall�es jusqu�� la fin de la Premi�re Guerre mondiale. La crise se fera sentir, toutefois, surtout apr�s 1945. Les fermetures sont particuli�-</p><p>rement nombreuses entre 1950 et 1965</p><p>des deux c�t�s du massif. Les industries nouvelles suivent difficilement et lentement, entra�nant la r�gression d�mographique des parties sup�rieures des vall�es. La reconversion a fait des progr�s plus rapides dans le sud que dans le nord. Mais, en r�gle g�n�rale, l�avant-pays en profite plus que le massif proprement dit.</p><p>Le tourisme est un appoint de taille.</p><p>Malheureusement, l�irr�gularit� des chutes de neige ralentit l�essor des sports d�hiver. N�anmoins, l�int�rieur du massif peut compter sur une saison d�hiver et une saison d��t�. Parmi les stations touristiques, G�rardmer et Saint-Di� occupent une place privil�-</p><p>gi�e. Mais on pourrait �num�rer plusieurs centaines de localit�s aux attraits touristiques. Il s�y ajoute les �tablissements thermaux de l�avant-pays</p><p>(Plombi�res-les-Bains, Vittel, Contrex�ville), qui, malheureusement, ne sont ouverts qu�une partie de l�ann�e.</p><p>Associ� � l�agriculture et � l�industrie, le tourisme peut �tre une ressource essentielle du massif. Les villes ne d�-</p><p>passent pas une taille moyenne (�pinal, chef-lieu du d�partement des Vosges, a 42 810 habitants).</p><p>F. R.</p><p>Vosges. 88</p><p>D�part. de la R�gion Lorraine* ;</p><p>5 871 km 2 ; 397 957 hab. Ch.-l. �pinal.</p><p>S.-pr�f. Neufch�teau et Saint-Di�.</p><p>Le d�partement des Vosges ne cor-</p><p>respond nullement au massif du m�me nom. Il couvre deux grandes entit�s naturelles : les hautes Vosges cristallines � l�est et le plateau s�dimentaire � l�ouest. La partie montagneuse correspond au massif hercynien qui a �t� profond�ment �rod� avant le d�p�t des gr�s du Trias. L�avant-pays actuel a connu le d�p�t de gr�s, de calcaires coquilliers et de marnes. Les mouvements tectoniques ont pris une grande ampleur d�s le d�but de l��re tertiaire (Oligoc�ne). Le bombement du massif a provoqu� une dissym�trie consid�-</p><p>rable : affaissement des couches, par paquets, sur le versant alsacien avec accompagnement de failles d�une</p><p>d�nivellation de plusieurs milliers de m�tres, et inclinaison, relativement douce, des couches sur le versant lorrain, en direction du Bassin parisien.</p><p>L��rosion a jou� d�une mani�re diff�-</p><p>rentielle dans les couches de r�sistance in�gale. Ainsi naquit la cuesta des gr�s vosgiens, qui s�pare, � la hauteur du bassin de Saint-Di�, les Vosges gr�-</p><p>seuses, au nord, des Vosges cristallines, au sud. Au Quaternaire, le glacier de la Moselle s��tendait sur plus de 40 km, d�bordant sur le plateau de Haute-Sa�ne. Les traces glaciaires sont encore nettement visibles dans les vall�es en berceau. Les lacs de Longemer et de G�rardmer sont dus � des moraines qui retiennent l�eau. Le plateau, � l�ouest, est recouvert de formations d�alt�ration. Les limons ne sont pas absents, mais les sols sableux sont plus �tendus.</p><p>La dissym�trie du relief a des cons�-</p><p>quences importantes sur la climatologie. Expos�es aux vents d�ouest, les Vosges sont un v�ritable ch�teau d�eau.</p><p>�pinal re�oit 921 mm de pr�cipitations, La Bresse 1 726 mm, Retournemer</p><p>1 936 mm et les sommets � plus de 1 200 m d�altitude plus de 2 000 mm.</p><p>La montagne vosgienne conna�t un climat oc�anique montagnard. Les pr�-</p><p>cipitations neigeuses sont abondantes.</p><p>Le manteau forestier est �tendu ; il couvre 43 p. 100 du territoire.</p><p>La vie agricole est fond�e sur l��levage. Seulement 16,5 p. 100 de la surface sont en labours, contre 30 p. 100</p><p>en herbe. Les labours dominent sur le plateau. C�r�ales, plantes fourrag�res et sarcl�es sont souvent destin�es � l��levage. L�exploitation � temps complet s��tend sur 20 � 50 ha. Sur le plateau, la forme villageoise domine.</p><p>Dans la montagne, les �carts et les fermes isol�es sont plus nombreux.</p><p>L��levage laitier est pr�dominant. Il alimente une intense fabrication de fromages du type camembert et g�rom� ou munster. La fabrication du fromage est le fait de coop�ratives ou d�industriels priv�s. Mais cette derni�re forme pr�domine, puisque 80 p. 100 du lait est collect� par des industriels. Pr�s des deux tiers du lait sont transform�s en fromage. La production de beurre ne concerne m�me pas le dixi�me de la production laiti�re. Les vaches laiti�res repr�sentent pr�s de 60 p. 100 du troupeau bovin. La mont�e vers les hautes chaumes en �t� est en r�gression.</p><p>La colonisation du massif forestier a �t� tardive, se pla�ant surtout au Moyen �ge. Elle a d�bouch� sur l�utilisation des mati�res locales : force hydraulique, bois, sable. Des forges furent �tablies par les ducs de Lorraine.</p><p>La lutherie se d�veloppa � Mirecourt.</p><p>Les fa�ences d��pinal et de Rambervil-lers eurent leurs heures de gloire. Des papeteries prosp�r�rent � Docelles et � Arches. Des verreries virent le jour � Hennezel-Clairey et � Portieux. C�est dans la zone des gr�s que le maximum d�atouts fut r�uni pour la verrerie et la cristallerie : sables quartzif�res, eau pure, bois. Aussi ne faut-il pas s��tonner que la densit� de peuplement dans la montagne f�t �lev�e. Souvent les habitants menaient un genre de vie</p><p>mixte, paysans et ouvriers-artisans.</p><p>L�annexion de l�Alsace � l�Allemagne en 1871 eut des cons�quences d�ci-downloadModeText.vue.download 453 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11664</p><p>sives sur l��conomie vosgienne. Pour ne pas perdre le march� fran�ais, les industriels protestants de Mulhouse et de la vall�e de la Bruche �tablirent dans les vall�es vosgiennes, au fil de l�eau, des usines de filature, de tissage et d�appr�t. Le canal de l�Est fut am�-</p><p>nag� en fonction de ce d�veloppement industriel. Pendant plus de trente ans, les Vosges devinrent une terre d�immigration. L�usine � La Blanchisserie et Teinturerie de Thaon � comptait 5 000 salari�s en 1913. Gr�ce au coton, qui s�est ajout� au travail traditionnel du lin de la r�gion de G�rardmer, les Vosges devinrent une r�gion industrielle, l�agriculture passant au second plan. La crise ne devait pas �pargner toutefois l�industrie textile. Le nombre de broches � filer et de m�tiers � tisser a diminu� de pr�s de moiti� en quinze ans. Ce sont les petites entreprises et les hautes vall�es qui sont les plus touch�es. La reconversion a commenc� dans le sud, mais profite plus � l�avant-pays qu�� la montagne. L�industrie textile reste cependant l�activit� industrielle la plus importante. L�industrie m�canique prend une place croissante.</p><p>Le tourisme est une ressource</p><p>importante. G�rardmer peut s�enor-gueillir de poss�der le plus ancien syndicat d�initiative de France, fond� en 1874. Le d�partement compte pr�s de 6 000 chambres d�h�tels avec plus d�un million de nuit�es, dont 12 p. 100</p><p>� mettre au compte des �trangers. Les stations touristiques sont nombreuses : G�rardmer, Saint-Di�, La Bresse, Bussang, Longemer, Corcieux, Bruy�res, etc. La route des cr�tes permet au touriste d�avoir une vue panoramique sur le massif vosgien et la plaine d�Alsace.</p><p>Les cols sont relativement �lev�s, accentuant l�aspect montagneux des hautes surfaces (col de Bussang 731 m, mais col de la Schlucht 1 139 m). Les villes d�eaux s�ajoutent aux points d�attraction touristiques. Contrex�-</p><p>ville, Vittel, Plombi�res-les-Bains et Bains-les-Bains sont des stations thermales fr�quent�es sans doute depuis l��poque romaine. D�une mani�re</p><p>g�n�rale, cependant, le potentiel touristique est encore insuffisamment exploit�. La plus grande ville touristique, administrative et industrielle est �pinal (42 810 hab.). Sur 516 communes, environ 400 comptent moins de 500 habitants et une quinzaine seulement plus de 5 000 habitants : c�est montrer le caract�re dispers� des principales activit�s. De 389 000 habitants en 1836, la population s�est �lev�e � 433 000 en 1911, mais est encore au-dessous de 400 000 en 1975. Ces chiffres expriment en raccourci l��volution industrielle du d�partement.</p><p>F. R.</p><p>F Lorraine.</p><p>vote</p><p>F �LECTION.</p><p>Vouet (Simon)</p><p>Peintre fran�ais (Paris 1590 - id. 1649).</p><p>Vouet a exerc� une influence consi-d�rable sur la peinture fran�aise de son temps, qu�il orienta sur les traces du Caravage* en lui faisant d�passer la tradition mani�riste. Tr�s c�l�bre en Italie, o� il v�cut longtemps, il en rapporta un style nouveau, qu�il trans-mit aux artistes de la g�n�ration de Le Brun*, dont il fut le ma�tre. On a fait autrefois de lui le seul responsable de l�introduction de l�italianisme en France ; l��tude r�cente des �coles r�-</p><p>gionales du XVIIe s. montre qu�on avait exag�r� son r�le ; cependant, son retour de Rome eut une importance plus que symbolique.</p><p>Fils de Laurent Vouet, � ma�tre-</p><p>peintre �, Simon eut un talent pr�coce.</p><p>� quinze ans, il serait all� en Angleterre faire le portrait d�une dame � fort consid�rable par la naissance �. Vrai ou faux, cet �pisode lui attribue d�j� des aptitudes au portrait. Son propre visage nous est connu par de remarquables autoportraits, dont ceux des mus�es d�Arles (v. 1620) et de Lyon (1627 ou</p><p>1628). La carri�re officielle de Vouet commen�a par un voyage � Constantinople, dans la suite de l�ambassadeur de France, en 1611 et en 1612. Vouet y r�ussit l�exploit de portraiturer le Sultan de m�moire apr�s une audience, malgr� l�interdiction formelle. Il passa ensuite un an � Venise, o� il travailla beaucoup, �tudiant surtout le V�ro-n�se*. Il s�installa enfin � Rome, o� les registres de sa paroisse font �tat de sa pr�sence en 1615. Pensionn� par le roi de France, il �tait en relations avec plusieurs m�c�nes romains, parmi lesquels le c�l�bre Cassiano Dal Pozzo (1589 ou 1590-1657), protecteur du Valentin*, puis de Poussin*. Il passa les ann�es 1620 et 1621 � G�nes, o� le r�clamaient les Doria. Il y fut tr�s impressionn� par la Circoncision de Rubens*. Son David, que conserve le Palazzo Bianco, se situe, lui, tr�s nettement dans la suite du Caravage �</p><p>comme toute une partie de la peinture g�noise de l��poque.</p><p>Au d�but des ann�es romaines se</p><p>pose le probl�me controvers� des</p><p>influences r�ciproques du Valentin et de Vouet. Des tableaux comme l�Autoportrait de Vouet (Arles) et le Tricheur du Valentin montrent en tout cas la parent� de leurs mani�res � ce moment.</p><p>D�autres influences sont reconnaissables sur les oeuvres de la p�riode romaine : celle de Bartolomeo Manfredi (la Diseuse de bonne aventure de la Galerie nationale d�Ottawa), celle de Giovanni Lanfranco (la Psych� du mus�e des Beaux-Arts de Lyon) et celle des peintres bolonais (v. acad�misme), que soutenait � Rome leur concitoyen le pape Gr�goire XV. La position de Vouet � Rome �tait brillante ; il y fut appel� � la fonction de � prince �, c�est-�-dire directeur, de l�acad�mie de Saint-Luc, qu�il assuma avec diligence.</p><p>La commande la plus importante qu�il y ait re�ue fut sans conteste celle de l�Adoration de la Croix, retable pour la chapelle des chanoines de la basilique Saint-Pierre, aujourd�hui d�truit.</p><p>En 1626, ordre fut donn� � Vouet</p><p>de regagner Paris. Il s�arr�ta en chemin � Venise, o� il peignit une Apoth�ose de saint Th�odore. � Paris, Louis XIII, s�essayant au pastel, le prit comme professeur, et lui demanda</p><p>de nombreux portraits de courtisans.</p><p>L�artiste d�ploya une grande activit� dans le domaine de la d�coration : Richelieu l�employa au Palais-Cardinal (Palais-Royal) et � Rueil, et le surintendant Bullion � son h�tel parisien ; Vouet d�cora aussi la voli�re du ch�teau de Wideville, deux galeries et une chapelle � l�h�tel S�guier. De tout cela, il ne reste presque rien. On peut juger du style de la maturit� de l�artiste par des tableaux des ann�es 1637-1641, comme le Martyre de saint Eustache (pour l��glise du m�me nom), la Pr�sensation au Temple (Louvre) ou l�All�gorie de la Richesse (ibid.) qui faisait sans doute partie d�une suite perdue. On per�oit dans ces oeuvres un amour de la couleur qui doit sans doute beaucoup � Venise, une mani�re assez th��trale, des proc�d�s de composition artificiels. De son temps, on reprochait � Vouet de donner � ses t�tes � un certain agr�ment g�n�ral qui ne veut rien dire �. Pourtant, cette peinture assez facile s�duit par la souplesse des lignes et le charme de la lumi�re.</p><p>Une quarantaine d��l�ves � parmi</p><p>lesquels Le Brun*, Le Sueur*, Le</p><p>N�tre* � fr�quent�rent l�atelier de Vouet, dont le rayonnement fut consid�rable, m�me si la gloire de Poussin*</p><p>lui porta quelque ombrage.</p><p>E. P.</p><p>&amp; W. Crelly, The Painting of Simon Vouet (New Haven-Londres, 1962).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION : Valentin et les Caravagesques fran�ais (�d. des Mus�es nationaux, 1974).</p><p>Voznessenski</p><p>(Andre�</p><p>Andre�evitch)</p><p>Po�te sovi�tique (Moscou 1933).</p><p>Fils d�un ing�nieur qui a particip� � la construction des grands barrages sib�riens, Andre� Voznessenski a obtenu en 1957 le dipl�me de l�institut d�architecture de Moscou. Tout en poursuivant ses �tudes d�architecture, il a fr�quent� les ateliers des peintres V. G. Bekhte�ev et A. A. De�neka.</p><p>C�est de ses ann�es d��tudes que datent</p><p>aussi ses premiers essais po�tiques, qu�il soumet � Pasternak, le seul ma�tre qu�il se reconnaisse parmi les po�tes (Roublev, Le Corbusier et Joan Mir� sont par ailleurs les artistes dont il se sent le plus proche). Il a vingt-cinq ans lorsque la Literatourna�a Gazeta publie ses premiers vers. Ses deux premiers recueils, Parabola (Parabole) et Mozaika (Mosa�que), paraissent en 1960, suivis par 40 liritcheskikh otstou-pleni iz poemy Treougolna�a groucha (Quarante Digressions lyriques au po�me � la Poire triangulaire �, 1962), Antimiry (Antimondes, 1964), Akhilles-sovo serdtse (le Coeur d�Achille, 1966), Ten zvouka (Ombre d�un son, 1970), et Vzgliad (Regard, 1972).</p><p>Voznessenski est, avec Evtou-</p><p>chenko, le po�te le plus c�l�bre de la</p><p>� g�n�ration du d�gel �, dont les audaces de forme et de pens�e renouent avec la grande �poque de la po�sie russe moderne et r�tablissent le contact avec un public lass� du conformisme des ann�es staliniennes. � la diff�rence d�Evtouchenko, il doit moins son succ�s � l�actualit� de ses th�mes qu�� la fougue et � l�audace d�une affirmation lyrique, dont il trouve le mod�le chez Pasternak. Cette affirmation s�exprime notamment dans le th�me, primordial chez lui, de l�art comme expression d�une vocation de l�homme au g�nie et � l�immortalit� (Parabolitcheska�a ballada [la Ballade parabolique] ; Ballada totchki [la Ballade du point], 1959). Un autre th�me majeur est celui de l�amour, glorifi� comme une adh�-</p><p>sion sans r�serve au mouvement imp�-</p><p>downloadModeText.vue.download 454 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11665</p><p>tueux de la vie, donc comme une acceptation reconnaissante de la rupture et de la s�paration (Ossen v Sigoulde</p><p>[Automne � Sigoulda], 1960). Cependant, comme chez Pasternak, ce th�me a pour pendant celui, path�tique, de la destin�e f�minine, que le po�te ressent comme une blessure toujours ouverte (Sidich beremenna�a bledna�a... [Tu es l�, enceinte, toute p�le...], 1959 ; Biout jenchtchinou [On bat une femme],</p><p>1962).</p><p>Le culte de l�audace cr�atrice fait de Voznessenski un admirateur enthousiaste de l�art moderne, dans son alliance avec les techniques d�avant-garde. De l�A�rodrome nocturne de New York (Notchno� aeroport v Niou-</p><p>�orke, 1962), le po�te fait le symbole d�un monde contemporain qui le</p><p>fascine, et dont il trouve l�image en Am�rique. Cette fascination � occidentaliste � et � moderniste �, que la critique lui a reproch�e, a cependant pour contrepartie une sorte de go�t sensuel de la nature primitive, qui se rattache express�ment � l�image d�une Russie rude et g�n�reuse comme une d�esse pa�enne de la F�condit� (Sibirskie bani</p><p>[Bains sib�riens], 1959). D�autre part, le sentiment de ce qu�il y a d�aveugle et d�inhumain dans la civilisation des chiffres et des machines, et de la menace que celle-ci fait peser sur ce qu�il y a de plus fragile et de plus pr�cieux en l�homme (sentiment qui se fait jour notamment dans les po�mes inspir�s par l�Occident) donne un relief dramatique nouveau aux th�mes de l�amour et de la destin�e f�minine dans le po�me Oza (1964), vaste composition lyrique.</p><p>Le go�t de l�audace se manifeste</p><p>aussi chez Voznessenski par l��mancipation de la forme po�tique. Marchant ici aussi sur les traces de Pasternak, dont s�inspirent la structure hardiment associative de sa po�sie, sa syntaxe familiale et elliptique, son organisation sonore fortement marqu�e, Voznessenski innove surtout par l�importance qu�il donne au principe rythmique, en s�inspirant notamment de la po�sie populaire. Des changements de rythme � l�int�rieur d�un m�me po�me il fait un puissant moyen d�expression, qui rend sa po�sie particuli�rement propice � une interpr�tation orale et lui assure des succ�s consid�rables aupr�s des auditoires russes et �trangers.</p><p>Moins li�s � l�actualit� politique que ceux d�Evtouchenko, ses premiers po�mes s�inscrivent aussi cependant dans le mouvement de � d�stalinisation � : ainsi, son premier po�me de longue haleine, Mastera (les Artisans, 1959), fond� sur la l�gende selon laquelle Ivan le Terrible aurait fait cre-</p><p>ver les yeux des b�tisseurs de Basile-le-Bienheureux, illustre l��ternelle opposition entre l�art et le despotisme.</p><p>Cependant, Voznessenski manifeste sa fid�lit� � l�id�al communiste, en particulier dans le long po�me Longjumeau (1962), d�di� au souvenir de L�nine.</p><p>M. A.</p><p>&amp; A. A. Mikha�lov, Andre� Voznessenski (en russe, Moscou, 1970).</p><p>Vuillard</p><p>(�douard)</p><p>F NABIS.</p><p>Wagner (Richard)</p><p>Compositeur et dramaturge allemand (Leipzig 1813 - Venise 1883).</p><p>La vie</p><p>Orphelin de p�re � l��ge de six mois, il est �lev� par sa m�re, par son beaup�re � l�acteur Ludwig Geyer, peintre et po�te � ses heures � ainsi que par son oncle Adolf ; l�int�r�t port� par ce dernier � la philosophie, � la philologie et aux arts exercera une influence certaine sur la formation et l�orientation ult�rieure de l�enfant. Celui-ci commence ses �tudes � la Kreuzschule de Dresde, o� la famille Wagner s�est install�e en 1814 ; s�enthousiasmant pour Hom�re et pour Shakespeare, il d�clare, vers sa onzi�me ann�e, qu�il sera po�te. De retour � Leipzig (1827), il �bauche un drame, Leubald, qu�il envisage de mettre en musique, mais il lui faut reconna�tre rapidement que les principes et les r�gles fondamentales lui font d�faut ; la M�thode de basse chiffr�e de Logier, qu�il loue avec ses �conomies personnelles, ne peut combler ce vide. Une sonate, un quatuor, une ouverture, un op�ra et une pastorale tir�s de Goethe ach�vent de le convaincre de la n�cessit� d��tudes s�rieuses. Tout en poursuivant son �ducation philosophique, Wagner</p><p>travaille l�harmonie et le contrepoint avec Christian Theodor Weinlig (1780-1842), le cantor de Leipzig.</p><p>Poss�dant d�sormais la technique requise, il compose ses premi�res oeuvres v�ritables : une fantaisie, deux sonates,</p><p>une polonaise pour le piano, sept compositions pour le Faust de Goethe, l�esquisse des Noces (oeuvre de th��tre inachev�e) ainsi que son premier op�ra, les F�es (1833). Chef de chant � W�rzburg (1833), puis chef d�orchestre � Magdebourg (1834-1836), il s��prend d�une jeune cantatrice, Minna Planer (1809-1866), qu�il �pouse malgr� l�opposition de sa famille (1836). L��chec de son deuxi�me op�ra, D�fense d�aimer (con�u d�apr�s Mesure pour mesure de Shakespeare), et la fermeture du th��tre le conduisent � Leipzig, puis � K�nigsberg, d�o� le chasse une nouvelle faillite (1837). Riga l�accueille alors pour deux ans (1837-1839) ; c�est l� qu�il esquisse Rienzi (1838).</p><p>Le directeur du th��tre ayant abandonn� son poste, Wagner se trouve de nouveau sans emploi et quitte Riga en janvier 1839 pour tenter sa chance � Paris. Apr�s une travers�e mouvement�e, suivie d�une br�ve halte � Londres, il atteint Boulogne-sur-Mer, o� il rencontre Meyerbeer ; malgr� l�appui qu�on lui promet, ses d�marches �chouent l�une apr�s l�autre dans la capitale. Les d�ceptions qu�il �prouve et la mis�re qui l�accable l�obligent � se livrer � des travaux lucratifs �</p><p>transcriptions diverses d�ouvrages c�l�bres et articles de revues �, ce qui ne l�emp�che pas d�achever Rienzi (1840) et d�entreprendre le Vaisseau fant�me, dont il �crit la partition en moins de sept semaines dans son logis de Meudon.</p><p>Wagner rentre � Dresde en 1842</p><p>pour y monter Rienzi, dont le succ�s entra�ne sa nomination comme ma�tre de chapelle de la cour royale de Saxe le 2 f�vrier 1843. Un mois plus t�t, cependant, le Vaisseau fant�me n�a obtenu qu�un succ�s d�estime, et, en 1845, Tannh�user se soldera par un �chec.</p><p>Les affronts que Wagner essuie et les d�boires qui se multiplient l�incitent � participer d�s 1848 au mouvement r�volutionnaire naissant ; ami d�August R�ckel et de Bakounine, il prend part au soul�vement de Dresde (1849) ; l��chec de l�insurrection, le triomphe de la r�action et le mandat d�amener d�cern� contre lui le contraignent � fuir et � se r�fugier � Zurich.</p><p>Moralement abandonn� par sa femme, qui lui reproche d�avoir sacrifi� sa situation � son id�ologie, d�nu� de ressources, Wagner ne vit que gr�ce aux subsides d�amis fid�les, tel Liszt*, qu�il a connu � Paris en 1841 et qui ne l�abandonnera jamais. Au sein de cet exil, il r�dige quelques essais o� s�expriment ses th�ories sur l�art et la vie sociale : l�Art et la R�volution, l�OEuvre d�art de l�avenir (1849), Op�ra et drame (1851). Apr�s avoir �bauch�, puis abandonn� Wieland le Forgeron, qu�il avait esp�r� vainement faire accepter � Paris, il entreprend, sur les conseils de Liszt, qui vient de monter Lohengrin � Weimar (1850), la r�alisation de l�Anneau du Nibelung, dont la premi�re esquisse remonte � l�automne de 1848 et qu�il n�ach�vera qu�une vingtaine d�ann�es plus tard. La version originale du po�me entier est termin�e le 15 d�cembre 1852, mais la passion amoureuse qu�il �prouve pour Mathilde Wesendonk, (1828-1902),</p><p>femme d�un riche industriel de Zurich, et l��laboration de Tristan et Isolde (con�u en 1854), qui en est le fruit, vont interrompre et retarder la mise en oeuvre de la partition musicale.</p><p>Le 17 ao�t 1858, � la suite d�une lettre intercept�e par Minna, Richard Wagner quitte l�� Asyl auf dem gr�nen H�gel �, que ses amis lui avaient offert l�ann�e pr�c�dente ; il se rend � Venise, o� il passe l�hiver, et revient en mars � Lucerne, o� il ach�ve Tristan le 6 ao�t 1859. En 1861, il confiera dans une lettre � Mathilde Wesendonk : � D�avoir �crit Tristan, je vous demeure reconnaissant, en toute �ternit�, du fond de l��me. � Du s�jour sur la colline verte date non seulement Tristan, mais encore quelques polkas et valses �crites � l�intention de Mathilde et de sa soeur Marie, le dessein d�une</p><p>� sonate pour Mathilde Wesendonk �</p><p>(1853), la premi�re esquisse en prose de Parsifal (� Vendredi saint �, 1857) et les cinq lieder sur les po�mes de Mathilde Wesendonk.</p><p>Durant quelques ann�es, Wagner</p><p>lutte et s�efforce d�imposer son oeuvre.</p><p>Arriv� en septembre 1859 � Paris, il dirige au Th��tre-Italien trois concerts de ses oeuvres (25 janv., 1er et 8 f�vr.</p><p>1860), auxquels assistent de nom-</p><p>breuses personnalit�s parisiennes appartenant au monde des arts. On reconna�t, entre autres, parmi les auditeurs : le docteur A. de Gasp�rini, Fr�-</p><p>d�ric Villot, conservateur du Louvre, le po�te Charles Baudelaire, le romancier Jules Champfleury, le peintre Gustave Dor�, �mile Perrin, futur administrateur de l�Op�ra et de la Com�die-Fran�aise, L�on Kreutzer, critique � la Revue et gazette musicale, Stephen Heller, pianiste et compositeur, ainsi que Louis Lacombe, Charles Gounod et Camille Saint-Sa�ns. Au d�but de mai 1860, Pauline Viardot fait entendre chez elle le deuxi�me acte de Tristan en l�honneur de Marie de Kalergis, qui a subventionn� les pr�c�dents concerts ; Karl Klindworth tient le downloadModeText.vue.download 455 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11666</p><p>piano, et Berlioz est l�unique auditeur.</p><p>Deux concerts � Bruxelles et une esca-pade � Anvers dans l�espoir (d�ailleurs d��u) d�y confirmer sa conception d�corative du premier acte de Lohengrin ont rempli les derni�res semaines de mars ; un voyage d�une semaine en Rh�nanie au mois d�ao�t 1860 � l�occasion d�une amnistie partielle pr�-</p><p>c�de de peu la mise en r�p�titions de Tannh�user � l�Op�ra de Paris ; malgr� les remaniements op�r�s en vue de ces repr�sentations, la cabale des membres du Jockey Club fait tomber l�oeuvre (13 mars 1861), qui est retir�e de l�affiche apr�s trois repr�sentations particuli�rement tumultueuses. C�est pendant les r�p�titions que la Librairie nouvelle fait para�tre les Quatre Po�mes d�op�ra, traduits en prose fran�aise, pr�c�d�s d�une lettre sur la musique, o� se trouvent r�sum�es les id�es essentielles de Wagner sur l�art.</p><p>En 1862, une nouvelle amnistie</p><p>autorise Wagner � rentrer dans sa patrie ; profond�ment affect� par l��chec de Tannh�user, il parcourt les villes d�Europe qui lui sont accessibles et va jusqu�en Russie faire entendre, du moins au concert, d�importants fragments de ses oeuvres dans l�espoir que, mieux connues, elles seront peut-�tre jou�es. Entretemps, cependant, il a</p><p>repris, apr�s seize ans d�interruption, la composition des Ma�tres chanteurs de Nuremberg (nov. 1861). Cribl� de dettes et poursuivi par ses cr�anciers, il est contraint, en mars 1864, de quitter Vienne, o� il s�est fix� � plusieurs reprises. Par Munich et Mariafeld, pr�s de Zurich, il se rend � Stuttgart. C�est l� qu�au soir du 3 mai 1864 l�envoy� du roi Louis II de Bavi�re* se pr�sente � lui et le prie de se rendre sans retard aupr�s de son ma�tre : c�est pour Wagner le premier espoir s�rieux de voir enfin se r�aliser ses projets ; l�action, pour lui, va peut-�tre devenir la soeur du r�ve. Gr�ce � la faveur de ce prince ami des arts, Tannh�user, le Vaisseau fant�me, Tristan et Isolde sont brillamment repr�sent�s (1864-65) � Munich.</p><p>Mais la cabale parvient � triompher une fois de plus, et Wagner, de nouveau, doit reprendre le chemin de l�exil.</p><p>� Tribschen, pr�s de Lucerne, o�</p><p>l�amiti� du roi lui reste fid�le, la fille de Franz Liszt, Cosima (1837-1930), qui a abandonn� son �poux, le chef d�orchestre Hans von B�low, vient le rejoindre (1868) ; elle l��pouse en 1870 apr�s avoir obtenu le divorce et donn� � Richard Wagner trois enfants, dont un fils, Siegfried. Quatre ann�es de bonheur s��coulent dans ce calme s�jour, o� s�ach�vent les deux ultimes journ�es de la T�tralogie et les Ma�tres chanteurs de Nuremberg (1868). C�est l� que Wagner compose �galement, � l�intention de Cosima, Siegfried-Idyll, image d�une f�licit� que sa femme �voquera en ces termes dans une lettre � Nietzsche* : � Le bonheur supr�me sur terre est une vision et cette vision, nous l�avons eue, nous, pauvres cr�atures. � Au sein de cette paix f�conde s��laborent les plans de Bayreuth, petite ville de Bavi�re o� Wagner s�installe d�finitivement en avril 1872. � la Pentec�te de la m�me ann�e, jour de son 59e anniversaire, Wagner pose la premi�re pierre du th��tre du Festival (Festspielhaus) et dirige � cette occasion dans l�Op�ra des Margraves la 9e symphonie de Beethoven. De nombreux voyages et tourn�es de concerts, l�installation dans la villa Wahnfried, que le roi Louis II a fait b�tir � son intention, la prospection d�artistes dignes de collaborer aux r�alisations th��trales projet�es, l�orchestration</p><p>du Cr�puscule des dieux, l�organisation du � Patronat � et de la � Soci�t� Wagner � de Bayreuth, les repr�sentations de Tannh�user et de Lohengrin � Vienne (1875), de Tristan et Isolde (1876) � Berlin accaparent l�activit� de Richard Wagner, tandis que s�ach�ve la construction du th��tre du Festival.</p><p>Les r�p�titions de l�Anneau du Nibelung (pr�c�d�es par les �tudes pr�liminaires de 1875) commencent le 3 juin 1876 sous la direction de Hans Richter (1843-1916). L�inauguration a lieu le 13 ao�t 1876 en pr�sence de l�empereur Guillaume Ier et de l��lite artistique du monde entier. Le roi Louis II n�a assist� qu�aux r�p�titions g�n�rales et s�est retir� � Hohenschwangau trois jours avant la premi�re repr�sentation.</p><p>Trois cycles du Ring se succ�dent ; c�est � l�issue du premier d�entre eux qu�� la fin d�un banquet de sept cents personnes Wagner salue la pr�sence de Liszt en ces termes : � Sans lui, vous n�auriez probablement entendu aucune note de moi aujourd�hui. � Toutefois, malgr� l�excellente gestion administrative, le premier festival laisse un lourd d�ficit, qui va entraver pendant six an-n�es la poursuite d�une telle entreprise.</p><p>Apr�s un voyage de trois mois en</p><p>Italie, Wagner rentre � Bayreuth et, d�s f�vrier 1877, met au point l�esquisse d�finitive de Parsifal, qu�il a �bauch� en 1857, mais dont l�id�e lui est venue � deux reprises d�j�, en 1845 et en 1855. Il ach�ve cette oeuvre, � laquelle il a pens� presque toute sa vie, le 13 janvier 1882 � Palerme ; quelques mois plus tard, le 26 juillet 1882, Parsifal est repr�sent� � Bayreuth, et Wagner exprime le voeu d�en r�server l�exclusivit� � son th��tre. Seize soir�es cons�cutives n�en �puisent pas le succ�s et contribuent � relancer l�id�e du festival.</p><p>Le 13 f�vrier 1883, alors que Wa-</p><p>gner travaille � la r�daction d�un essai philosophique, la mort vient le prendre � Venise, o� il passait chaque hiver depuis 1879. Sur l�un des feuillets �pars se d�tachent, comme un ultime message, les derniers mots qu�il a �crit :</p><p>� Amour... Tragique. � Ramen�es</p><p>� Bayreuth, les cendres de Wagner reposent (avec celles de Cosima, qui l�a rejoint en 1930) dans le jardin de</p><p>la villa Wahnfried sous une dalle de marbre o�, tous les ans, viennent se recueillir les p�lerins de Bayreuth en attendant l�appel qui, chaque soir, r�-</p><p>sonne depuis bient�t cent ans au sommet de la colline, elle aussi, comme celle de Sion que c�l�bra Barr�s, v�ritablement inspir�e.</p><p>L�esth�tique wagn�rienne</p><p>R�solument oppos� aux directives</p><p>th��trales de son �poque, Wagner</p><p>s�est efforc� de r�aliser une synth�se des diff�rents arts sous l��gide de la musique ; sa conception nouvelle du drame lyrique l�a d�termin� � modifier la syntaxe et les structures classiques du genre afin de rendre mieux perceptibles les mouvements de l��me humaine que masquent les contingences du r�cit l�gendaire. Dans cette transformation v�ritablement r�volutionnaire, le dramaturge et le musicien ont eu chacun leur part.</p><p>Les principales oeuvres</p><p>de Richard Wagner</p><p>Drames musicaux</p><p>Les Noces (die Hochzeit), fragments (1832-33) ; les F�es (die Feen, 1833-34) ; D�fense d�aimer (das Liebesverbot, 1835-36) ; Rienzi (1838-1840) ; le Vaisseau fant�me (der fliegende Holl�nder, 1841) ; Tannh�user (1843-1845) ; Lohengrin (1846-1848) ; T�tralogie ou l�Anneau du Nibelung (der Ring des Nibelungen, 1853-1874) ; l�Or du Rhin (das Rheingold, 1853-54) ; la Walkyrie (die Walk�re, 1854-1856) ; Siegfried (1856-1871), le Cr�puscule des dieux (G�tterd�mmerung, 1869-1874) ; Tristan et Isolde (1857-1859) ; les Ma�tres chanteurs de Nuremberg (die Meistersinger von N�rnberg, 1861-1868) ; Parsifal (1877-1882).</p><p>Orchestre</p><p>8 ouvertures (1830-1836) ; Symphonie en do majeur (1832) ; Une ouverture pour Faust (1840-1855) ; Siegfried-Idyll (1870).</p><p>Musique vocale</p><p>Sept Compositions pour le Faust de Goethe (1831) ; Six m�lodies sur des po�mes fran-</p><p>�ais (1839-40) ; La C�ne des Ap�tres pour choeur d�hommes (1843) ; Cinq Po�mes de</p><p>Mathilde Wesendonk (1857-58).</p><p>Divers</p><p>2 sonates, 1 polonaise, 1 fantaisie, 1 romance sans paroles pour piano (1829-1840), 1 quatuor en do majeur (1829), non publi�.</p><p>�crits litt�raires, philosophiques et th�oriques</p><p>L�Art et la R�volution (1849), l�OEuvre d�art de l�avenir (1849), Art et climat (1850), Op�ra et drame (1851), l�Art de diriger l�orchestre (1869), Beethoven (1870), Art et religion (1880-81), etc.</p><p>La premi�re �dition des �crits de Richard Wagner a �t� publi�e � Leipzig de 1871 � 1911 (trad. fr. OEuvres en prose de Richard Wagner, trad. de J. G. Prod�homme, Paris, 1907-1924).</p><p>Wagner dramaturge</p><p>R�vant d�une � forme id�ale purement humaine �, que Goethe et Schiller avaient, certes, entrevue sans pouvoir la r�aliser sur le plan strictement po�tique, Wagner rejette d�embl�e les sch�mas traditionnels de l�op�ra (notamment les sujets historiques) au profit d�une action dramatique continue, s�appuyant sur le mythe d�inspiration populaire, o� transpara�t de mani�re constante, bien au-del� des apparences du r�cit, l�essence fonci�rement humaine de la l�gende. Le drame, dit-il, doit appara�tre � dans chacun de ses moments comme absolument contemporain de la vie � ; il lui faudra, d�s lors, faire appel � non pas � l�intelligence qui r�fl�chit, mais � la sensibilit� qui comprend sans interm�diaire �.</p><p>Mais, pour capter la sensibilit� de l�auditeur, l�artiste dispose d�une discipline imp�rative : la musique.</p><p>Ces consid�rations, que Wagner</p><p>a longuement d�velopp�es dans ses �crits th�oriques, sont � la base du drame musical tel qu�il l�a con�u sous l�aspect d�une action sc�nique situ�e au premier plan, � l�expression de laquelle doivent collaborer, pour rendre sa repr�sentation plus sensible, tous les arts auparavant isol�s, et particuli�rement la musique. Pour renforcer l�unit� du drame en �vitant toute dis-</p><p>parate entre le texte et son expression musicale, Wagner �labore le po�me dans le cadre formel de structures analogues ou identiques � celles de la musique, usant volontiers de vers brefs et non rim�s, pratiquant d�une mani�re courante l�allit�ration et faisant �mer-downloadModeText.vue.download 456 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11667</p><p>ger �� et l� du rythme de la prosodie certains mots essentiels, qui prennent alors figure de motifs conducteurs. Il s�efforce en outre d�affranchir le mot de sa signification conventionnelle et abstraite pour lui restituer sa valeur originelle : tentative qui l�oblige parfois � remonter aux racines du langage pour retrouver le chemin perdu de l�intuition sensible. Les Ma�tres chanteurs de Nuremberg montrent d�ailleurs � quel point l��tymologiste et le philologue rejoignaient, chez Wagner, le dramaturge et le compositeur.</p><p>Wagner musicien</p><p>Gr�ce � l�identit� de la trame po�tique et de la trame musicale, la m�lodie peut na�tre enti�rement du texte et fusionner �troitement avec lui ; � ce titre, elle oscille fr�quemment entre le r�citatif et l�air, tant�t plus lyrique et tant�t plus d�clamatoire selon les exigences de la situation dramatique, engendrant par sa continuit� ce que Wagner a lui-m�me d�nomm� la � m�lodie infinie �. Celle-ci est li�e � la forme du vers, mais il lui arrive parfois de s�en �vader dans les moments intenses, o� l�expression doit dominer, par sa puissance, le contenu du discours ; elle est alors renforc�e par l�intervention pr�gnante de l��l�-</p><p>ment symphonique.</p><p>L�orchestre, en effet, ne commente plus directement le po�me, mais l�ensemble du drame ; c�est pourquoi la composition repose sur l�emploi de th�mes conducteurs appel�s leitmotive, dont l�aspect �pouse les fluctuations du drame et varie en fonction de son �volution. Wagner assigne � l�orchestre un r�le analogue � celui du choeur antique dans la trag�die grecque ; c�est la raison pour laquelle il lui accorde une</p><p>ampleur qu�il n�avait jamais eue auparavant : l�Anneau du Nibelung exige 134 instruments. L�originalit� caract�ristique de l�orchestration d�coule d�un certain nombre de facteurs, dont les principaux sont l�usage des cordes divis�es, l�individualisation croissante des timbres, l�exposition des diff�-</p><p>rentes parties d�un m�me th�me � divers instruments, la qualit� m�lodique des basses, l�emploi fr�quent du cor expressif, du cor anglais (et m�me du cor des Alpes au troisi�me acte de Tristan), de la clarinette basse, du contre-basson et des trombones. Wagner a, en outre, cr�� pour son usage des instruments nouveaux, tel le hautbois alto, et il a introduit � l�orchestre la trompette basse et la famille des tubas. Contrairement � la r�partition � juxtapos�e �</p><p>des instruments dans tous les th��tres lyriques, la disposition � superpos�e �</p><p>de l�orchestre invisible dans la fosse sp�ciale de Bayreuth engendre une homog�n�it� sonore qui permet au chant de s��panouir librement sur la sc�ne sans jamais �tre couvert.</p><p>La nature particuli�re du nouveau drame musical a d�termin� Wagner � concevoir un th��tre sp�cial, tr�s diff�rent des salles habituelles, ax� sur le spectacle et non sur les rencontres mondaines, dont il est trop souvent l�unique pr�texte en d�autres lieux.</p><p>L��loignement des festivals dans le temps (ils sont g�n�ralement annuels) et dans l�espace (il faut d�abord aller � Bayreuth et sortir de la ville pour se rendre au Festspielhaus) permet de bannir l�habitude, propre aux citadins, d��veiller le d�sir et de contribuer au renouvellement des joies maintes fois �prouv�es sans qu�elles s�en trouvent amoindries.</p><p>Wagner penseur et philosophe</p><p>On aurait tort de croire qu�une simple analyse des moyens techniques puisse suffire � cerner les arcanes du g�nie wagn�rien. C�est, au contraire, � partir des bases mat�rielles de son art ; qu�il faut examiner les id�es philosophiques et les symboles dont elles n�ont �t� que le support n�cessaire, mais non la fin en soi. Au-del� des apparences du mythe ou de la l�gende se profilent les probl�mes �ternels de l�humanit� : la</p><p>r�demption par l�amour ou par le renoncement, l�id�e de salut, la notion de libert� d�finie par le choix qu�implique l�ambivalence ind�termin�e de ses personnages, l�exaltation du peuple au sens le plus �lev� de ce terme. D�-</p><p>passant les fronti�res dogmatiques des syst�mes philosophiques, s��levant au-dessus des conventions �troites qui faisaient du th��tre et de l�op�ra un simple divertissement, Wagner s�est efforc� de cr�er une forme de spectacle dont la port�e culturelle et sociale appara�t aujourd�hui plus immense et plus proph�tique que jamais. La hauteur de telles vues et la spiritualit� dont elles s�aur�olent s�av�rent d�sormais les plus s�rs garants de la p�rennit� de l�art wagn�rien et de son actualit� toujours immanente.</p><p>Le wagn�risme</p><p>Wagner n�eut, � l�origine, qu�un petit groupe d�amis et de d�fenseurs, mais les repr�sentations de Bayreuth firent cro�tre rapidement sa notori�t�. Ses th�ories se r�pandirent assez vite, et, bien qu�il e�t donn� aux jeunes compositeurs fran�ais de 1879 ce conseil :</p><p>� Ne soyez d�aucune �cole, surtout pas de la mienne �, les artistes de toute discipline s�en empar�rent. On vit alors, � des degr�s divers, le wagn�risme envahir la peinture, la litt�rature, la po�sie, le th��tre et la musique : toutes les nations pay�rent leur tribut � l�esth�-</p><p>tique wagn�rienne. En Europe centrale, Engelbert Humperdinck (1854-1921), Hugo Wolf*, Anton Bruckner* et</p><p>Gustav Mahler* sont les fid�les disciples de Wagner ; seuls Hans Pfitzner (1869-1949) et Richard Strauss* parviennent � s�affranchir partiellement de son emprise, bien que la structure symphonique de leurs drames rappelle parfois le souvenir du ma�tre qu�ils v�n�rent. En Italie, la forte personnalit� de Verdi* parvient difficilement � se d�gager de l�influence wagn�rienne, malgr� la noblesse d�accents et le lyrisme �pur� des derni�res oeuvres : A�da, Otello, Falstaff. En d�pit des sources folkloriques auxquelles ils s�abreuvent, les compositeurs slaves et scandinaves ne peuvent se lib�rer totalement des moyens d�expression que leur avait r�v�l�s l�art wagn�rien.</p><p>Mais c�est en France, sans doute, que le wagn�risme s�est implant� de la mani�re la plus durable. D�Ernest Reyer (1823-1909) � nos jours, en passant par le th��tre naturaliste* d�Alfred Bruneau et de Gustave Charpentier, les oeuvres romantiques de Xavier Leroux et Gwendoline de Chabrier*, le drame musical, usant du leitmotiv comme �l�ment fondamental de composition, a �t� la forme la plus fr�quemment adopt�e par les compositeurs fran�ais.</p><p>Vincent d�Indy* et ses disciples de la Schola cantorum y sont enti�rement soumis ; l�un de ces derniers, Alb�ric Magnard (1865-1914), d�clare m�me dans la pr�face de B�r�nice avoir d�-</p><p>lib�r�ment choisi le style wagn�rien parce qu�il est � celui qui convenait le mieux � ses go�ts tout classiques et � sa culture musicale toute traditionnelle �.</p><p>Debussy* lui-m�me, par l�usage de certains th�mes conducteurs dans Pell�as et M�lisande, n��chappe pas totalement � l�envo�tement de celui dont il consid�rait l�oeuvre ultime, Parsifal, comme � un des plus beaux monuments sonores que l�on ait jamais �lev�s � la gloire imperturbable de la musique �.</p><p>Dans le domaine de la musique symphonique et du lied, le langage wagn�-</p><p>rien exer�a de m�me une influence notoire sur les oeuvres de C�sar Franck*, d�Henri Duparc*, d�Ernest Chausson (1855-1899), de Paul Dukas* et de nombre de ses �l�ves.</p><p>Quant aux autres disciplines artistiques, elles n�ont pu se d�rober efficacement � l�impulsion donn�e par ces id�es nouvelles. Les peintres y participent plus particuli�rement avec les lithographies wagn�riennes de Fantin-Latour, d�Odilon Redon et de Jacques-</p><p>�mile Blanche. Po�tes et litt�rateurs entrent aussi en lice ; un courant se cr�e dans le sillage de l�id�al wagn�rien ; aux premiers d�fenseurs se joignent de nouveaux ap�tres, et les noms de Baudelaire, de Th�ophile Gautier, de G�rard de Nerval, de Champfleury, de Villiers de L�Isle-Adam, de Catulle Mend�s, de Mallarm�, de Verlaine, de Th�odore de Banville, de Huysmans, de Zola, de Jos�phin Peladan, d��mile Baumann, d��l�mir Bourges, de Marcel Proust, parmi tant d�autres, �voquent le rayonnement litt�raire de la nouvelle religion. La Revue wagn�rienne (1885-</p><p>1888), fond�e par �douard Dujardin (1861-1949), marque l�apog�e de cette ru�e vers le wagn�risme ; la collection compl�te (r��dit�e en 1968) donne une id�e tr�s exacte de l�atmosph�re exalt�e o� se complaisaient les wagn�riens de toute ob�dience. Se limitant � des objectifs plus pr�cis, les esth�ticiens s�efforceront ult�rieurement d��tablir objectivement les rapports qui existent entre le symbolisme des mythes wa-gn�riens et la pens�e philosophique de l��poque. Le pessimisme de Schopen-hauer*, sa m�taphysique de l�amour, sa th�orie de vouloir-vivre et l�apologie du renoncement, tout comme la volte-face de Nietzsche entre l�Origine de la trag�die et le Cr�puscule des faux dieux �claireront alors d�un jour singulier l�oeuvre de Wagner, en la situant tr�s exactement dans l�histoire de la pens�e humaine, et contribueront � mettre en valeur son originalit� fonci�re.</p><p>Siegfried Wagner</p><p>Compositeur allemand (Tribschen, Suisse, 1869 - Bayreuth 1930).</p><p>Fils de Richard Wagner et de Cosima, il commen�a par �tudier l�architecture avant de s�orienter vers la musique. Il se fit alors conna�tre comme chef d�orchestre et compositeur. De 1896 � sa mort, il consacra son activit� aux repr�sentations du festival de Bayreuth, dont il fut le fervent animateur.</p><p>principales oeuvres : Sehnsucht, po�me symphonique d�apr�s Schiller (1895) ; Concertst�ck pour fl�te et petit orchestre (1913) ; 1 concerto de violon (1915) ; des op�ras : Der B�renh�uter (1899), Herzog Wildfang (1901), Der Kobold (1904), Bruder Lustig (1905), Sternengebot (1908), Bana-dietrich (1910), An allem ist H�tchen schuld (1917), Schwarzschwanenreich (1918), Sonnenflammen (1918), Der Schmied von Marienburg (1923), Der Friedensengel (1926), Der Heidenk�nig (1933) ainsi que Rainulf und Adelasia (1922), Die heilige Linde (1927), Wahnopfer (1928), non repr�sent�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 457 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11668</p><p>Wieland Wagner</p><p>R�gisseur allemand (Bayreuth 1917 - Munich 1966).</p><p>Fils de Siegfried Wagner et petit-fils de Richard Wagner, apr�s avoir fait ses �tudes secondaires au lyc�e de Bayreuth et obtenu le baccalaur�at, il s�journa plusieurs ann�es � Munich, o� il travailla la peinture, l�harmonie et le contrepoint tout en compl�tant sa culture g�n�rale. C�est en 1943</p><p>qu�il fit sa premi�re mise en sc�ne, le Ring, au th��tre de cour d�Altenburg. En 1951, pour la r�ouverture du Festspielhaus, il prenait avec son fr�re Wolfgang (n� en 1919) la direction des festivals, dont il allait �tre l�un des plus g�niaux animateurs. Sa r�putation de metteur en sc�ne franchit rapidement les fronti�res, et son activit� s��tendit en peu de temps aux principales villes d�Allemagne et de l��tranger, o� il mit en sc�ne non seulement les oeuvres de R. Wagner, mais aussi Fidelio, Orph�e, Anti-gone, Elektra, Salom�, Lulu. S�inscrivant dans l�optique des recherches ant�rieures d�Adolphe Appia (1862-1928), ses r�alisations sc�niques, extr�mement d�pouill�es, se r�duisent � des sch�mes essentiels, dont l�apparence abstraite exprime directement l�essence du drame, et mettent en relief la vie int�rieure des personnages promus au rang d�arch�types autant que les mobiles qui d�terminent l�action. Ainsi Wieland Wagner parvient-il � nous plonger au coeur m�me de la l�gende au lieu de nous la faire d�couvrir par ses contingences externes.</p><p>L�immat�rialit� de la lumi�re, qui joue, dans cette conception, un r�le de premier plan, lui a permis d�atteindre en 1962, dans Tristan et Isolde, un stade o� le conflit des h�ros l�gendaires s��l�ve au-del� d�eux-m�mes, jusqu�au drame de l�Amour et de la Mort, dans une asc�se qui rejoint celle des Hymnes � la nuit de Novalis. Avec lui disparaissait en 1966 le plus r�volutionnaire et le plus g�nial des metteurs en sc�ne contemporains ; son influence consid�-</p><p>rable se fera longtemps encore sentir sur les sc�nes du monde entier.</p><p>&amp; W. Panofski, Wieland Wagner (Br�me, 1964). / A. Gol�a, Entretiens avec Wieland Wagner (Belfond, 1967). / W. E. Sch�fer, Wieland Wagner (T�bingen, 1970).</p><p>G. F.</p><p>F Op�ra.</p><p>&amp; E. Schur�, le Drame musical (Fischba-cher, 1875 ; 2 vol.). / C. F. Glasenapp, Wagner</p><p>Lexikon (Stuttgart, 1883 ; nouv. �d., Wagner Encyklop�die, Leipzig, 1891, 2 vol.) ; Das Leben Richard Wagner (Leipzig, 1894-1911 ; 6 vol.). /</p><p>L. P. Brinn�Gaubast et E. Barth�lemy, la T�tralogie (Dentu, 1894) ; les Ma�tres chanteurs de N�rnberg (Dentu, 1896). / H. Lichtenberger, Richard Wagner, po�te et penseur (Alcan, 1898 ; nouv. �d., P. U. F., 1948). / J.-G. Prod�homme, Richard Wagner et la France (Senart, 1921). /</p><p>A. Lavignac, le Voyage artistique � Bayreuth (Delagrave, 1928 ; nouv. �d., 1951). / R. Dumes-nil, Richard Wagner (Rieder, 1929 ; nouv. �d., Plon, 1954). / M. Beaufils, Wagner et le wagn�-</p><p>risme (Aubier, 1947). / O. Strobel (sous la dir.</p><p>de), Richard Wagner. Leben und Schaffen, eine Zeittafel (Bayreuth, 1952). / Z. von Kraft, Richard Wagner, ein dramatisches Leben (Munich, 1953 ; trad. fr. Richard Wagner, une vie dramatique, Buchet-Chastel, 1957). / H. Barth, Richard Wagner und Bayreuth in Karikatur und Anekdote (Bayreuth, 1957 ; nouv. �d., 1970) ; Internationale Wagner Bibliographie (Bayreuth, 1961-1968 ; 2 vol.) ; Der Festspielh�gel (Munich, 1973). / M. Schneider, Wagner (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1960). / G. Leprince, Pr�sence de Wagner (La Colombe, 1963). /</p><p>A. Coeuroy, Wagner et l�esprit romantique (Gallimard, 1965). / E. Sans, Richard Wagner et la pens�e schopenbauerienne (Klincksieck, 1969).</p><p>wagon</p><p>V�hicule ferroviaire destin� au transport des marchandises ou des animaux.</p><p>Aspect g�n�ral</p><p>des wagons</p><p>Au d�but du chemin de fer, les wagons sont des chariots dont les roues ont �t� adapt�es pour circuler sur les voies.</p><p>Ils sont constitu�s d�un ch�ssis en bois surmont� de parois �galement en bois et reposant sans organes de suspension sur deux essieux. Les progr�s de la m�tallurgie permettent ensuite de construire des ch�ssis m�talliques, mais les wagons conservent la forme de tombereaux, qui autorise le transport de n�importe quelle marchandise.</p><p>L�introduction de ressorts entre le ch�ssis et les essieux ainsi que l�adoption d�organes de choc et de traction sur chaque v�hicule donnent au wagon sa forme d�finitive. D�une fa�on g�n�-</p><p>rale, un wagon est toujours constitu� d�un ch�ssis supportant un plancher et souvent une caisse, et reposant par l�interm�diaire d�une suspension sur</p><p>deux ou plusieurs essieux, ou sur deux bogies. Les ch�ssis des wagons actuels sont toujours m�talliques et comportent � chaque extr�mit� soit des tampons de choc et un attelage de traction, soit un organe unique assurant � la fois le choc et la traction. Dans le cas des wagons �quip�s d�essieux, la suspension est assur�e par des ressorts � lames dispos�s au-dessus de chaque bo�te d�essieu.</p><p>Sur les wagons � bogies, les ressorts sont interpos�s entre les bo�tes d�essieu et le ch�ssis de bogie ou entre celui-ci et la traverse pivot sur laquelle repose la caisse. Contrairement aux voitures � voyageurs, la suspension est toujours r�alis�e en un seul �tage et poss�de des caract�ristiques tr�s diff�rentes. Pour respecter la tol�rance relative � la hauteur des attelages au-dessus du plan de roulement, les suspensions des wagons sont nettement plus rigides que celles des voitures � voyageurs en raison de la variation de charge importante existant entre le v�hicule vide et charg�. Les diff�rences de charge sont aussi pr�-</p><p>occupantes pour le freinage. L��quipement de frein des wagons a �t� longtemps un obstacle � l�augmentation des vitesses des trains de marchandises, certains v�hicules anciens ne poss�dant m�me aucun �quipement, si ce n�est une conduite d�air simplement destin�e � assurer la continuit� de la conduite g�n�rale. Les wagons modernes sont tous �quip�s d�un dispositif permettant de faire varier l�effort de freinage en fonction de la charge de fa�on � obtenir une certaine homog�n�it� des performances.</p><p>Diff�rents types de</p><p>wagons</p><p>Le transport des marchandises �voluant vers une sp�cialisation accrue, l�importance des wagons-tombereaux, plats et couverts, constituant le mat�riel classique, diminue au profit des wagons sp�cialis�s, r�pondant � un transport d�termin� ou convenant � un produit particulier et s�adaptant mieux aux moyens modernes de manutention. Ces v�hicules sont d�finis par une �troite collaboration de la client�le et des services sp�cialis�s. Pour les pond�reux en vrac, les chemins de fer utilisent des wagons-tr�mies � d�chargement par gravit�, lat�ral ou central, dont la capa-</p><p>cit� varie de 45 � 80 m3 sur les r�seaux europ�ens. Des wagons-citernes sont con�us pour le transport des liquides ou des gaz liqu�fi�s sous pression. Ils sont constitu�s d�une citerne de 40 � 120 m3 fix�e au ch�ssis. Pour faciliter la manutention des marchandises palet-tis�es aux terminaux, certains wagons couverts sont �quip�s de parois lat�-</p><p>rales coulissantes autorisant un acc�s lat�ral � toute la surface du plancher.</p><p>Pour les denr�es p�rissables, les chemins de fer ont longtemps utilis� des wagons calorifug�s, dans lesquels des blocs de glace entretenaient une basse temp�rature. Les wagons frigorifiques modernes sont munis d�un groupe �lectrog�ne et d�un �quipement �lectrom�-</p><p>canique � compresseur pour la production du froid. Le transport industriel des voitures automobiles s�effectue sur des wagons porte-autos � deux �tages. Ces v�hicules sont constitu�s d�un ch�ssis unique reposant sur deux bogies ou de deux ch�ssis articul�s � trois essieux.</p><p>Certains wagons plats sont am�nag�s pour le transport des produits sid�rurgiques (tubes, couronnes de fil, rouleaux de t�le, etc.). D�autres sont �quip�s pour le transport des conteneurs ou des remorques routi�res. Enfin il existe quelques v�hicules tr�s particuliers, destin�s � des transports exceptionnels par leur poids ou leur encombrement.</p><p>La plupart des wagons sp�cialis�s appartiennent � des soci�t�s �trang�res aux administrations ferroviaires. Ils re-pr�sentent en France 25 p. 100 du parc des wagons en service et assurent plus de la moiti� du trafic des marchandises.</p><p>�volution des wagons</p><p>L�exploitation ferroviaire moderne exige pour les wagons une vitesse accrue, une charge plus �lev�e, un entretien r�duit et une aptitude � une exploitation en commun dans les pays europ�ens en particulier.</p><p>� la fin de la Seconde Guerre</p><p>mondiale, l�h�t�rog�n�it� du parc de wagons des compagnies ferroviaires europ�ennes pr�sente un certain handicap dans l�exploitation des r�seaux par l�obligation de maintenir plusieurs r�gimes de vitesse pour les trains de marchandises. Les v�hicules aptes �</p><p>circuler � des vitesses plus �lev�es sont r�serv�s aux transports plus urgents pour constituer des trains de messageries. Avec le renouvellement du parc, qui s�est acc�l�r� depuis 1960, la vitesse de circulation des wagons a pu �tre relev�e de 60 � 80 km/h en attendant d��tre g�n�ralis�e � 100 ou 120 km/h. La capacit� de transport des wagons est en augmentation constante par l�utilisation maximale de la charge par essieu et par l�emploi de wagons � bogies, qui autorisent un chargement de 50 � 60 t. La construction m�tallique soud�e et l�emploi de bo�tes d�essieu � roulements permettent aux wagons actuels de circuler vingt-cinq ans sans intervention importante. C�est dans le domaine de l�exploitation commune que les progr�s les plus importants ont �t� r�alis�s. Sous l��gide de l�Union internationale des chemins de fer (U. I. C.), certaines dispositions ont �t� impos�es aux wagons pour</p><p>faciliter les �changes internationaux, particuli�rement en Europe occidentale. Un des probl�mes les plus importants reste celui de la g�n�ralisation de l�attelage central automatique, qui pr�sente une capacit� de traction nettement sup�rieure � celle de l�attelage � vis (100 tonnes-force au lieu de 30). Il est utilis� depuis 1893 sur le mat�riel am�ricain. Au Japon, il a �t� mis en application en 1925 apr�s une journ�e spectaculaire, durant laquelle la totalit� du parc a �t� �quip�e. En Europe les chemins de fer sovi�tiques ont termin� la mise en service de l�attelage automatique en 1953. Les autres pays europ�ens examinent en commun les pos-downloadModeText.vue.download 458 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11669</p><p>sibilit�s d�adaptation de cet attelage.</p><p>Pour �viter toute coupure technique entre les pays de l�Est et de l�Ouest, le mod�le choisi devra �tre accouplable avec celui qui est en service sur le r�-</p><p>seau sovi�tique. Il sera identique pour tous les v�hicules et pr�sentera une r�sistance � la traction de 150 tonnes-force. Plusieurs mod�les sont actuellement en cours d�essai, mais l�ampleur des d�penses � engager est telle qu�il est difficile d�obtenir un accord des</p><p>administrations ferroviaires. L�attelage automatique est cependant un des perfectionnements les plus importants qui puissent �tre apport�s aux chemins de fer europ�ens. Il permettra une augmentation substantielle de la charge des trains, une meilleure rentabilit� du mat�riel, une automatisation compl�te des op�rations de triage et une importante �conomie des charges de personnel.</p><p>La Compagnie</p><p>internationale des wagons-</p><p>lits et du tourisme</p><p>Soci�t� � vocation internationale exer�ant son activit� dans le domaine touristique et h�telier, et sp�cialement charg�e de l�exploitation des voitures-lits et des voitures-restaurants circulant sur certains r�seaux de chemins de fer.</p><p>Origine des voitures-lits et de la Compagnie</p><p>La premi�re voiture-lit, con�ue aux �tats-Unis par George Mortimer Pullman (1831-1897), est mise en service en 1859, mais est bient�t remplac�e par un nouveau mod�le, nomm� � Pioneer �, construit en 1864-65 par Pullmann en collaboration avec un de ses amis, Ben Field. En 1867, Pullman fonde la Pullman Palace Car Company pour la construction et l�exploitation des voitures-lits et des voitures-restaurants. Apr�s un voyage aux �tats-Unis, le Belge Georges Nagelmackers (1845-1905) fonde le 4 d�cembre 1876 � Bruxelles la Compagnie internationale des wagons-lits et des grands express europ�ens. Celle-ci a pour objet d�assurer par des v�hicules sp�cialis�s la continuit� dans les d�placements internationaux et d�apporter aux voyageurs effectuant un long trajet le maximum de confort. � partir de 1880, elle inaugure le service des voitures-restaurants, et les grandes art�res europ�ennes sont parcourues par les premiers grands express internationaux. Parall�lement � ses services ferroviaires, cette soci�t� d�-</p><p>veloppe sa branche commerciale et met sur pied en 1928, avec l�agence britannique Thos Cook and Son, la plus importante organisation de voyages, connue sous le nom de Wagons-Lits-Cook, dont le r�seau de plus de 400 agences s��tend au monde entier.</p><p>La Compagnie dans les chemins de fer</p><p>Avant la Premi�re Guerre mondiale, les grands express europ�ens constituent l�apanage d�une client�le s�lectionn�e, qui tire parti de ce nouveau mode de locomotion rapide tout en prenant plaisir � se d�-</p><p>placer dans les voitures de la Compagnie, aux am�nagements raffin�s et o� tous les �l�ments de confort sont � leur port�e. En 1914, 1 600 voitures circulent sur tout le continent europ�en (� l�exception de la Su�de et de la Norv�ge) et en �gypte. En d�pit des perturbations apport�es par la Premi�re Guerre mondiale, la Compagnie se d�veloppe apr�s l�armistice avec rapidit�, et de nombreux grands express sont cr��s. L�entretien du mat�riel est assur� par ses propres ateliers, et en 1922 apparaissent les premi�res voitures m�talliques � caisse bleue, suivies en 1929 d�une s�rie de voitures-lits de luxe, comprenant dix spacieux compartiments au confort et � la d�coration tr�s �tudi�s. Les op�rations de la Seconde Guerre mondiale font subir des bouleversements encore plus sensibles que les pr�c�dentes hostilit�s, mais, � partir de 1945, la plupart des grands express peuvent reprendre leur place, et la Compagnie poursuit la modernisation de son mat�riel. Une client�le relativement riche est encore habitu�e � utiliser les voitures-lits pour ses d�placements � longue ou � moyenne distance sur le continent. Mais, � partir de 1950, la concurrence de l�avion se fait durement sentir, le d�veloppement des voitures-lits est frein� et la Compagnie demande une r�vision des conditions financi�res de ses trait�s. Diff�rents am�-</p><p>nagements lui sont accord�s par les principaux r�seaux int�ress�s. Le 2 mai 1967, la Compagnie change de raison sociale et devient la Compagnie internationale des wagons-lits et du tourisme. � la fin de 1969, le d�ficit d�exploitation des voitures-lits la conduit � d�noncer tous ses trait�s, la d�nonciation devant prendre effet au 1er janvier 1972. De nouveaux accords interviennent le 8 juin 1971, selon lesquels le parc des voitures-lits sera renouvel� aux frais des r�seaux ferroviaires et exploit� en pool, en attendant de pouvoir en confier la ma�trise � une soci�t� filiale. Dans la solution actuelle, qui a donc un caract�re transitoire, la Compagnie conserve la propri�t� du mat�riel acquis avant 1971 ainsi que la direction du personnel employ� dans les voitures. Elle perd sa qualit� de soci�t� exploitante pour devenir prestataire de service, mais n�en reste pas moins �troitement li�e aux chemins de fer.</p><p>Activit�s touristiques et h�teli�res de la Compagnie</p><p>Jusqu�� la Seconde Guerre mondiale, la vocation h�teli�re de la Compagnie s�est surtout exerc�e dans les chemins de fer par les voitures-lits et les voitures-restaurants ainsi que par leurs services annexes (voitures-bars, voitures-buffets). Apr�s avoir tent� d�assurer l�exploitation des services des repas sur certaines lignes a�riennes, la Compagnie pr�f�re s�attaquer au probl�me de la restauration des passagers au sol et inaugure de nombreux restaurants dans les a�roports d�Europe et d�Afrique.</p><p>Son extension dans ce domaine s�est surtout manifest�e � partir de 1960, et la Compagnie poss�de d�importantes participations dans de nombreuses soci�t�s h�teli�res europ�ennes sp�cialis�es. Pour son activit� touristique, elle dispose d�un tr�s vaste r�seau d�agences et de correspondants, couvrant pratiquement le monde entier, � l�exception de l�U. R. S. S.</p><p>et de la Chine. Par l�effet de nombreux contrats conclus avec les administrations ferroviaires, les compagnies maritimes et a�riennes, les soci�t�s d�automobiles et les h�tels, les possibilit�s de ces agences sont tr�s �tendues. Elles sont en mesure d�orienter, de conseiller tout ce qui touche � l�organisation des d�placements (voyages touristiques) ou des manifestations combinant les affaires et le tourisme (expositions, foires, festivals, congr�s, etc.).</p><p>Ainsi, apr�s avoir �t� le premier organisme de transports se proposant de favoriser par le rail le rapprochement entre les pays, la Compagnie internationale des wagons-lits et du tourisme reste un �l�ment essentiel du grand tourisme international.</p><p>C. M.</p><p>C. M.</p><p>F Chemin de fer / Frein / Mouvement / Suspension / Voiture.</p><p>wahh&#x101;bisme</p><p>Doctrine politico-religieuse n�e de l��troite collaboration entre le r�formiste puritain Mu&#x1E25;ammad ibn �Abd</p><p>al-Wahh&#x101;b (1703-1792) et la dynastie fond�e par le chef b�douin du Nadjd (Arabie centrale) Mu&#x1E25;ammad ibn Sa</p><p>�&#x16B;d (� 1765).</p><p>Le wahh&#x101;bisme est donc � la fois un projet de r�formisme islamique et un projet politique pr�cis : celui d�unir, sous le sceptre des Sa �&#x16B;d, les Arabes de la p�ninsule arabique avec le ciment de la nouvelle doctrine. Le fondateur de la doctrine � laquelle il a laiss� son nom, �Abd al-Wahh&#x101;b, est n� dans</p><p>le Nadjd, dans l�importante tribu des ban&#x16B;-Tamim. Il �tudie la jurisprudence du rite &#x1E25;anafite et voyage � Damas, � Bagdad, � Bassora, � Ispahan pour �tudier les diff�rentes �coles juridiques musulmanes. Lors d�un p�lerinage</p><p>� La Mecque (&#x1E25;adjdj), il est choqu� par la d�g�n�rescence, � ses yeux, de l�isl&#x101;m* officiel, qui tol�re le culte des saints, la commercialisation extr�me du p�lerinage dans les villes saintes du Hedjaz, la prolif�ration des interpr�tations du Coran, qui d�naturent le message du livre sacr�, dont l�application pure et simple devrait �tre la seule ligne de conduite des croyants. Il est aussi choqu� par l�importance, quasi divine, accord�e � Mahomet au d�triment d�All&#x101;h. Enfin, le luxe des hauts personnages musulmans et le fait que les Arabes soient sous le joug d��trangers, � ses yeux h�r�tiques, les Turcs Ottomans, le persuadent de pr�cher un retour aux sources de l�isl&#x101;m, dans une remise en cause puritaine des d�viations qu�a subies la religion. Pers�cut� par les notables, �Abd al-Wahh&#x101;b se r�fugie aupr�s d�un chef b�douin du Nadjd, Mu&#x1E25;ammad ibn Sa�&#x16B;d, qui</p><p>�pouse sa fille (1744).</p><p>Un ph�nom�ne courant dans l�his-</p><p>toire de l�isl&#x101;m se produit alors : un pr�dicateur r�formiste, galvanisateur de foules, s�allie � un guerrier pour faire triompher ses id�es, qui doivent se mat�rialiser par la cr�ation d�un �tat dont la doctrine officielle sera celle du fondateur ; ainsi les F&#x101;&#x1E6D;imides* au Xe s., les Almohades* au XIIe s., les Ma-hdistes soudanais au XIXe s.</p><p>�Abd al-Wahh&#x101;b et Ibn Sa �&#x16B;d vont avoir pour but de cr�er un �tat libre qui unisse les Arabes de la p�ninsule arabique. Les � principes � de l��tat wahh&#x101;bite sont simples pour �Abd al-Wahh&#x101;b : une th�ocratie b�douine, r�unie autour d�un chef qui aura un r�le � la fois spirituel et temporel ; toute</p><p>l�administration et toute la l�gislation d�couleront des principes coraniques, qui doivent aussi r�gler la vie priv�e et publique de ses sujets. Ceux-ci devront verser un imp�t et devront �tre enr�-</p><p>l�s dans une arm�e de � guerre sainte �</p><p>(djih&#x101;d). �Abd al-Wahh&#x101;b, tant qu�il est en vie, restera la haute autorit� spirituelle du royaume. Pour cr�er celui-ci, il faut d�abord unifier les tribus du Nadjd, o� les Sa �&#x16B;d ont leur � fief �</p><p>et leurs � clients �. Cela est en grande partie accompli avec la prise de Riy&#x101;&#x1E0D;</p><p>en 1764.</p><p>Apr�s la mort d�Ibn Sa �&#x16B;d en 1765, son fils �Abd al-�Az&#x12B;z (qui r�gne de 1765 � 1803) ach�ve la conqu�te du Nadjd (v. 1788), puis occupe le &#x1E24;as&#x101;</p><p>(1789-1790) et va piller les sanctuaires des � h�r�tiques � ch&#x12B;�ites de Karbal&#x101;</p><p>(Iraq) en 1801 tandis que l�Oman</p><p>doit lui payer un tribut. Apr�s son assassinat, son fils Sa �&#x16B;d lui succ�de de 1803 � 1814. Plus tard surnomm�</p><p>� le Grand �, il cumule le titre d��mir (prince) et celui d�im&#x101;m (guide de la pri�re) des Wahh&#x101;bites. En 1804, il s�empare du Hedjaz, acqu�rant le prestige immense que lui vaut l�occupation des villes saintes de l�isl&#x101;m : en entrant � La Mecque* (1804), il fracasse les tombeaux de saints et toutes les traces</p><p>� idol�tres � qu�il trouve dans la ville, puis il � restaure la Ka�ba dans sa simplicit� primitive � (J. Benoist-M�-</p><p>chin). Il occupe le �As&#x12B;r et le Y�men, downloadModeText.vue.download 459 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11670</p><p>dont il enl�ve la capitale, &#x1E62;an�&#x101;�. En 1808, presque toute la p�ninsule est en sa possession : le Nadjd, le Hedjaz, le �As&#x12B;r, une partie du Y�men et de l�Hadramaout, le &#x1E24;as&#x101;, et l�influence de Sa�&#x16B;d se fait sentir jusqu�� Bahre�n et Bassora.</p><p>Inquiet des vis�es Saoudites sur le Croissant fertile, furieux de voir l�influence lui �chapper en Arabie, surtout au Hedjaz, le sultan d�Istanbul demande � son vassal M�h�met-Ali*, vice-roi d��gypte, d�sireux de s��manciper de l�influence de la Porte, d�aller r�duire les Wahh&#x101;bites. Le vice-roi envoie</p><p>son fils T&#x16B;s&#x16B;n, qui d�barque avec une arm�e au Hedjaz, o� il subit une d�faite (1811) ; mais une nouvelle exp�dition r�ussit � r�occuper M�dine (1812) et La Mecque (1813). Sa�&#x16B;d est assassin� en 1814, et son fils �Abd All&#x101;h, trahi par une partie de ses alli�s, est battu par les �gyptiens et leur artillerie, puis envoy� � Istanbul, o� il est d�capit�. L�Empire wahh&#x101;bite s�effondre (1818) ; les Ottomans fomentent de nombreux troubles pour briser l�unit� politique du Nadjd : ils sont en cela aid�s par l�opposition grandissante des populations d�Arabie au terrible rigorisme wahh&#x101;bite.</p><p>Cependant, l��tat Saoudite se rel�ve sous Turk&#x12B; ibn �Abd All&#x101;h ; en 1820, celui-ci fixe sa capitale � Riy&#x101;&#x1E0D; et parvient � r�tablir une certaine unit� politique du Nadjd ; il r�gne jusqu�en 1834, sans, toutefois, tenter de restaurer le wahh&#x101;bisme, devenu trop impopulaire.</p><p>Son fils Fay&#x1E62;al continue le r�gne des Sa �&#x16B;d, apr�s s��tre �chapp� en 1843</p><p>de la citadelle du Caire, o� M�h�met-Ali l�avait enferm� pour lui substituer un rival. Apr�s sa mort en 1865, le pouvoir saoudite s�effrite : les provinces d�pendant de Riy&#x101;&#x1E0D; se rendent ind�pendantes ou sont occup�es par les Turcs. Un alli� des Ottomans s�empare m�me de Riy&#x101;&#x1E0D; en 1891, et les derniers Saoudites se r�fugient chez l��mir du Kowe�t. De l�, �Abd al-�Az&#x12B;z III ibn Sa�&#x16B;d* entreprend � partir de 1901 la reconqu�te de son royaume dans une des plus prodigieuses �pop�es du XXe s.</p><p>En 1932, il donne le nom d�Arabie Saoudite* (al-Mamlaka al-�Arabiyya al-Sa�udiyya) � l��tat immense dont il devient le premier souverain. Quant � la doctrine wahh&#x101;bite, elle est toujours omnipr�sente dans la vie du pays, r�glant encore la vie publique et priv�e des Saoudiens tout en s�adaptant, tr�s lentement, au XXe s.</p><p>Y. T.</p><p>F �Abd al-�Az&#x12B;z III ibn Sa�&#x16B;d / Arabie / Arabie Saoudite / Isl&#x101;m.</p><p>( F. H. C. Armstrong, Lord of Arabia, Ibn Saud (Londres, 1934 ; nouv. �d., Harmondsworth, 1938). / P. K. Hitti, History of the Arabs, from the Earliest Times to the Present (New York, 1937 ; 5e �d., 1952). / H. S. Philby, Saudi Arabia (Londres, 1955). / F. Tomiche, l�Arabie saou-</p><p>dite (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1962 ; 2e �d., 1969).</p><p>Wajda (Andrzej)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma et de</p><p>th��tre polonais (Suwa&#x142;ki 1926).</p><p>N� d�un p�re officier, Wajda tra-</p><p>vaille pendant sa prime jeunesse</p><p>comme apprenti chez divers artisans avant de participer, comme la plupart de ses compatriotes, aux tragiques p�-</p><p>rip�ties d�une guerre qui le marquera tr�s profond�ment. � la Lib�ration, il �tudie la peinture � l��cole des beaux-arts de Cracovie et s�inscrit � l��cole de cin�ma de &#x141;od&#x17A;. Dipl�m� en 1952, il travaille avec Aleksander Ford, dont il est l�assistant pour les Cinq de la rue Barska (1954). Aussit�t apr�s ce film, il entreprend son premier long m�-</p><p>trage, G�n�ration ou Une fille a parl� (Pokolenie, 1954), d�apr�s un roman de Bohdan Czeszko. Si le style du film (d�lib�r�ment n�o-r�aliste avec cependant d�j� un souffle romantique) et son sujet (la jeunesse et la R�sistance) ne semblent pas, � premi�re vue, rompre avec la tradition id�ologique assez manich�enne de l��poque, la personnalit� du jeune cin�aste se manifeste pourtant d�j� dans plusieurs s�quences.</p><p>Kanal (ou Ils aimaient la vie, 1957), r�v�l� gr�ce au festival de Cannes, confirme la ma�trise d�un jeune auteur et fait conna�tre � travers le monde le nouveau cin�ma polonais, qui est le premier, avec le cin�ma hongrois, � s��tre lib�r� du carcan jdanovien dans les r�publiques socialistes de l�Europe centrale.</p><p>Cendres et diamant (Popi�&#x142; i dia-</p><p>ment, 1958), d�apr�s le roman de Jersy Andrzejewski, accentue chez Wajda la tendance baroque et lyrique. Le baro-quisme du metteur en sc�ne se confond parfois avec le fantastique quotidien, et sa noirceur fait largement appel au d�risoire grin�ant. Selon l�heureuse formule du critique Ado Kyrou, Wajda est un � homme conscient qui raconte la r�alit� en essayant de changer le monde et l�homme, en d�gageant de l�atroce la merveille �. Traumatis� par la guerre, il refuse l�exaltation d�un h�ro�sme national flatteur et s�efforce, au contraire, de d�mythifier les multiples contradictions auxquelles se sont</p><p>heurt�s ses compatriotes. Son analyse, d�une lucidit� critique exemplaire, marie le romantisme d�senchant� et le naturalisme le plus cruel. D�o� parfois des envol�es proches du surr�alisme et des sc�nes impr�gn�es d�un esth�tisme flamboyant.</p><p>Poursuivant son oeuvre avec Lotna (1959), les Innocents charmeurs</p><p>(Niewinni czarodzieje, 1960), Samson (1961), Lady Macbeth sib�rienne (Si-birska Lady Macbeth, 1961) et l�un des sketches de l�Amour � vingt ans (1961), Wajda appara�t au d�but des ann�es 60</p><p>comme l�un des auteurs cin�matographiques majeurs de son temps. Mais, de 1963 � 1968, le cin�ma polonais, � la recherche de son second souffle, traverse une crise. Wajda, qui s�est essay� dans l��pop�e avec Cendres (Popio&#x142;y, 1965), d�apr�s le c�l�bre ouvrage classique de Stefan &#x17B;eromski, semble h�siter sur la voie � suivre (en 1967, il tourne une production anglo-yougoslave : les Portes du paradis et un film pour la t�l�vision, M�li-m�lo</p><p>[Przekladaniec]). La mort accidentelle de son acteur favori Zbigniew Cybulski en 1967 lui inspire l�ann�e suivante un film bouleversant, Tout est � vendre (Wszystko na sprzeda&#x17C;,</p><p>1968), sur les rapports ambigus du com�dien et du metteur en sc�ne, sur l�osmose tragique qui existe entre l�art et la vie, sur la cruaut� des sentiments amicaux et des liens professionnels.</p><p>R�flexion am�re sur l�oubli et l�amiti�, sorte de film-exorcisme, Tout est � vendre replace Wajda sur le devant de la sc�ne cin�matographique mondiale.</p><p>Apr�s une oeuvre mineure, Chasse aux mouches (Polowanie na muchy, 1968), le cin�aste entreprend plusieurs films de tout premier plan : Paysage apr�s la bataille (Krajobraz po bitwie, 1969, d�apr�s plusieurs nouvelles de T. Borowski), le Bois de bouleaux (Brze-zina, 1970), Pilate et les autres (1971, pour la t�l�vision allemande, d�apr�s Boulgakov), les Noces (Wesele, 1972, d�apr�s la pi�ce de S. Wyspia&#x144;ski), la Terre de la Grande Promesse (Zie-mia obiecana, 1974, d�apr�s l�oeuvre de W. S. Reymont), la Ligne d�ombre (1976, d�apr�s Joseph Conrad),</p><p>l�Homme de marbre (1976). Parall�lement � son activit� cin�matographique, Wajda, � l�instar du Su�dois Bergman, a sign� plusieurs remarquables mises en sc�ne de th��tre.</p><p>J.-L. P.</p><p>( H. Trinon, Andrzej Wajda (Seghers, 1967).</p><p>/ B. Michalek, Andrzej Wajda (Londres, 1974).</p><p>Waldeck-</p><p>Rousseau (Pierre)</p><p>Homme d��tat fran�ais (Nantes 1846 -</p><p>Corbeil 1904).</p><p>Fils de Ren� Waldeck-Rousseau</p><p>(1809-1882), un des avocats les plus r�put�s de Nantes et qui fut repr�sentant � l�Assembl�e nationale de 1848, Pierre Waldeck-Rousseau est re�u</p><p>docteur en droit en 1869 et d�bute au barreau de Nantes ; de l� il passe � Rennes : son �loquence classique et ses convictions r�publicaines lui assurent en 1879 un si�ge de d�put�, qu�il gardera jusqu�en 1889. Membre de</p><p>l�Union r�publicaine, il se fait remarquer en 1880 dans la discussion d�un projet de loi sur la magistrature : Gam-betta reconna�t en lui les qualit�s de l�homme d��tat et lui confie dans son</p><p>� grand minist�re � (1881-82) l�important portefeuille de l�Int�rieur.</p><p>Waldeck-Rousseau adresse une re-</p><p>tentissante circulaire � propos des in-g�rences abusives de la politique dans l�Administration. Il recouvre le m�me portefeuille dans le second cabinet Ferry (1883-1885). Tout en combattant le collectivisme, il attache son nom � l�une des plus importantes lois sociales de la IIIe R�publique : le 21 mars 1884</p><p>est vot�e la loi sur les syndicats professionnels, fragment d�une loi g�n�rale sur les associations, dont le sch�ma a �t� imagin� par Waldeck-Rousseau.</p><p>Apr�s 1889, celui-ci se d�sint�resse de la politique et devient l�un des avocats d�affaires les plus autoris�s de Paris : sa froide et rigoureuse logique, son �loquence ch�ti�e, servie par une grande prestance physique, triomphent dans maints proc�s c�l�bres (Lebaudy, les scandales de Panam�*). �lu s�nateur de la Loire en 1894, il est candidat � la pr�sidence de la R�publique ; mais, distanc� par F�lix Faure au premier tour, il se d�siste en sa faveur.</p><p>C�est � lui que revient, le 22 juin 1899, apr�s une crise minist�rielle de dix jours, le soin de former un cabinet de d�fense r�publicaine, car les cons�-</p><p>quences de l�Affaire Dreyfus* mena-</p><p>cent la R�publique jusque dans ses fondements. Le minist�re Waldeck-Rousseau groupe six progressistes, deux radicaux, un radical-socialiste et downloadModeText.vue.download 460 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11671</p><p>aussi deux personnages inattendus : le socialiste Millerand* (Commerce, Industrie et Postes), qui est d�savou� par les blanquistes et les guesdistes, et le g�n�ral Gaston Auguste de Galliffet (Guerre), dont l�arriv�e � la Chambre (26 juin) est salu�e de cris hostiles. Ce cabinet, qui ne recueille que vingt-cinq voix de majorit�, va durer trois ans.</p><p>La volont� de Waldeck-Rousseau</p><p>de d�fendre la R�publique contre les nationalistes l�am�ne � gouverner avec les gauches. Les organisateurs de l�agitation (nationalistes comme D�roul�de, antis�mites comme Jules Gu�rin) sont arr�t�s. Le 19 septembre 1899, au lendemain du proc�s de Rennes, le pr�sident Loubet gracie Dreyfus, mis aussit�t en libert�. En m�me temps qu�il poursuit les comit�s royalistes et les sections des ligues nationalistes, Waldeck-Rousseau s�attaque aux � moines ligueurs �, faisant dissoudre l�association des P�res assomptionnistes, ma�tres de la Croix et de la Bonne Presse. Le minist�re, dont l�Exposition de 1900 marque l�apoth�ose, est constamment soutenu, malgr� son caract�re composite, par un � bloc r�publicain � souvent appuy� par les socialistes. L�extraordinaire � pr�sence � de Waldeck-Rousseau, faite d�impassibi-lit�, de d�dain, de s�duction, op�re fr�-</p><p>quemment sur un Parlement pourtant peu maniable.</p><p>Cette stabilit� permet au gouvernement d�accomplir une oeuvre particuli�rement importante sur le plan social.</p><p>Millerand, violemment attaqu� par les guesdistes, a des partisans parmi les socialistes (Jaur�s, Briand) ; ceux-ci sont sensibles aux r�alisations du ministre du Commerce : cr�ation de la direction du Travail, r�organisation du Conseil sup�rieur du travail, r�duction de la journ�e de travail, d�p�t d�un projet de loi sur les retraites ouvri�res.</p><p>Mais les radicaux, constitu�s en parti, ne perdent pas de vue la lutte anticl�ricale. Ils inspirent la loi du 1er juillet 1901 ; dans l�esprit de Waldeck-Rousseau, qui veut doter la</p><p>France d�un statut des associations, cette loi doit pratiquement int�grer les congr�gations dans le syst�me concor-dataire : la commission de la Chambre et surtout celle du S�nat � pr�sid�e par �mile Combes � la modifient dans un sens anticl�rical, les congr�gations ne pouvant exister qu�en vertu d�une loi, les �tablissements nouveaux des congr�gations existantes qu�en vertu d�un d�cret. En fait, le Conseil d��tat et Waldeck-Rousseau lui-m�me s�arrangent pour que l�application de la loi soit adoucie pour les congr�gations charitables et missionnaires. Mais ils n�emp�chent pas que les �lections de mai 1902 soient domin�es par la passion religieuse. Malade, Waldeck-</p><p>Rousseau n�attend pas la r�union des Chambres et d�missionne le 4 juin 1902.</p><p>P. P.</p><p>F Radicalisme / R�publique (IIIe).</p><p>&amp; P. Sorlin, Waldeck-Rousseau (A. Colin, 1967).</p><p>Wallenstein</p><p>(Albrecht von)</p><p>Homme de guerre d�origine tch�que, au service de l�Empire (Hermani&#x10D;, Bo-h�me, 1583 - Eger [auj. Cheb] 1634).</p><p>L�ascension</p><p>�lev� dans le protestantisme, il fut, apr�s la mort de ses parents, envoy� par son oncle, Heinrich von Slavata, au coll�ge des nobles d�Olm�tz (Olomouc), tenu par des j�suites. Il poursuivit ses �tudes en 1599 � l�universit� d�Altdorf, puis il �tudia � Bologne et � Padoue, et fit plusieurs voyages en Europe m�ridionale et occidentale. En 1606, il se convertissait � la foi catholique surtout, croit-on, par ambition.</p><p>Il servit quelque temps en Hongrie dans les troupes de l�empereur Rodolphe II et s�y distingua par sa grande</p><p>bravoure ; aussi re�ut-il le commandement d�une compagnie, sans avoir d� l�acheter. En 1609, il �pousait Lucr�ce von Vi&#x10D;kov, une veuve, qui, � sa mort, cinq ans plus tard, lui laissa une grande fortune et d�immenses seigneuries en Moravie. En 1617, il accompagnait l�archiduc Ferdinand de Styrie dans une campagne contre Venise, o� il commandait une troupe de cavaliers �quip�s � ses frais, ce qui lui valut une grande popularit� aupr�s des autres chefs militaires et la faveur de l�archiduc, qui devint en 1619 l�empereur Ferdinand II. (V. Habsbourg.)</p><p>Apr�s la d�fenestration de Prague en 1618, qui fut � l�origine de la guerre de Trente* Ans, il choisit de soutenir la cause imp�riale. Peut-�tre les astres lui conseill�rent-ils ce parti, car Wallenstein s��tait passionn� � Padoue pour les �tudes d�astrologie. Quoi qu�il en soit, il rendit de grands services � l�empereur, combattit � la t�te de son r�giment et sauva le tr�sor des �tats moraves, qu�il convoya � Vienne.</p><p>Apr�s la bataille de la Montagne</p><p>Blanche (1620), � laquelle il ne participa point, il lutta contre l�arm�e de Gabriel Bethlen en Moravie et en profita pour r�cup�rer ses terres, que les nationalistes avaient saisies. La Bo-h�me* �tait rest�e � l�empereur ; Wallenstein �tant l�un des rares seigneurs du pays � �tre rest� fid�le aux Habsbourg, Ferdinand II le r�compensa en lui octroyant de grands territoires en Boh�me septentrionale, confisqu�s aux nobles r�volt�s contre son autorit�. Ces possessions, rassembl�es en un vaste ensemble, furent �rig�es par l�empereur en principaut� de Frie-dland (1624). En 1623, Wallenstein avait accru sa puissance en �pousant l�opulente Catherine von Harrach. Il d�ploya dans ses domaines les qualit�s d�un grand administrateur ; il r�forma la justice, cr�a des �coles et am�liora les m�thodes agricoles.</p><p>Sa gloire militaire et ses immenses richesses allaient lui permettre, apr�s la reprise des hostilit�s, de lever avec ses deniers une v�ritable arm�e de 30 000 hommes, qu�il mit au service de Ferdinand II, � condition qu�elle p�t vivre sur les pays occup�s. Celui-ci accepta avec d�autant plus d�empresse-</p><p>ment que, pour combattre les rebelles, il ne pouvait compter sur d�autre arm�e que celle de la Sainte Ligue, qui se trouvait sous l�autorit� effective de l��lecteur Maximilien de Bavi�re.</p><p>Un � presque souverain �</p><p>Wallenstein se trouva bient�t � la t�te de 50 000 hommes. Il combattit les arm�es de Mansfeld et de Gabriel Bethlen (1625-1627). En liaison avec l�arm�e de la ligue de Tilly, il reconquit toute l�Allemagne du Nord, battit Mansfeld � Dessau (1626) et obligea le roi de Danemark, Christian IV, qui �tait intervenu aux c�t�s des protestants, � signer la paix de L�beck (1629). Ferdinand II r�compensa de si �minents services en donnant � Wallenstein en 1627 le duch� de Sagan, en Sil�sie, et en 1629 les duch�s de Mecklembourg.</p><p>Toutefois, Wallenstein �choua dans sa tentative de s�emparer de la cit� hans�atique de Stralsund (1628). Il semble qu�il ait caress� le vaste projet de r�-</p><p>duire toutes les villes de la Hanse* en son pouvoir pour permettre � l�empereur de rivaliser avec les puissances maritimes d�Angleterre, de Su�de et des Pays-Bas. La r�sistance de Stralsund ruina ce plan, mais Ferdinand II accorda n�anmoins � Wallenstein le titre d�amiral de la mer oc�ane et de la Baltique.</p><p>Arriv� au comble de sa puissance, Wallenstein se trouva en butte � la jalousie des princes de la Sainte Ligue, qui, � la di�te de Ratisbonne, obtinrent de l�empereur que ce trop puissant rival soit relev� de ses fonctions. Il se retira, sans protester, � Ji&#x10D;�n, la capitale de sa seigneurie (ao�t 1630).</p><p>Apr�s l��dit de Restitution (6 mars 1629), les arm�es catholiques furent attaqu�es avec vigueur par un nouvel ennemi, le roi de Su�de Gustave II Adolphe*, qui vainquit Tilly � Breiten-feld (1631) et marcha sur Munich.</p><p>L�empereur, affol�, dut faire de nouveau appel � Wallenstein. Celui-ci, apr�s avoir refus�, finit par consentir, mais seulement apr�s avoir fait accepter ses conditions, bien qu�elles fussent exorbitantes (autorit� pl�ni�re sur l�arm�e, nomination et r�vocation des officiers, interdiction � l�empereur</p><p>de para�tre � l�arm�e sans son autorisation, pouvoir de signer la paix ou de continuer la guerre, etc.).</p><p>Ces stipulations faisaient de lui plus un prince ind�pendant, traitant d��gal � �gal avec l�empereur, qu�un g�n�ral. Wallenstein reprit son commandement au printemps 1632, recruta une arm�e aussi forte que par le pass� et commen�a par chasser les Saxons (alli�s des Su�dois) de la Boh�me, qu�ils avaient envahie. Ensuite il se retourna contre Gustave II Adolphe, d�logea son arm�e de Nuremberg et, le 16 novembre 1632, lui livra la bataille de L�tzen, dans laquelle p�rit le roi de Su�de.</p><p>Au lieu de mettre � profit la situation pour achever la d�faite des protestants, il atermoya et, au grand m�contentement de l�empereur, il ne conduisit plus les op�rations militaires qu�avec mol-lesse. En r�alit�, il s�appr�tait � promouvoir sa politique personnelle, qui consistait � r�concilier les Allemands entre eux, en donnant aux catholiques et aux protestants des droits religieux �gaux, et � assurer sa compl�te ind�-</p><p>pendance, en se faisant reconna�tre comme roi de Boh�me.</p><p>Pour forcer la main � l�empereur, qui, pouss� par les J�suites, le parti espagnol et le chef de la Sainte Ligue, Maximilien de Bavi�re, ne voulait pas revenir sur son �dit de Restitution, il traita de son propre chef avec les Saxons, les Su�dois, les Brandebour-geois et les Fran�ais.</p><p>En janvier 1634, � Pilsen (Plz&#x11B;n), il assembla autour de lui ses principaux g�n�raux pour leur faire pr�ter un ser-downloadModeText.vue.download 461 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11672</p><p>ment solennel de fid�lit� � sa personne, mais, au m�me moment, Ferdinand II le relevait secr�tement de ses fonctions. Le 18 f�vrier, il �tait accus� de haute trahison ; ses principaux officiers, Piccolomini, Aldringen et Matthias Gallas, l�abandonn�rent. Wallenstein s�enfuit � Eger (Cheb) et l�, le</p><p>25 f�vrier 1634, alors qu�il �tait sur le point de se r�fugier chez les Su�dois, il fut assassin� au cours d�un banquet, avec ses derniers fid�les, par deux officiers, qui, pour leur acte, furent richement r�compens�s par l�empereur.</p><p>P. P. et P. R.</p><p>F Boh�me / Habsbourg / Trente Ans (guerre de).</p><p>&amp; L. von Ranke, Geschichte Wallensteins (Leipzig, 1869). / E. Denis, la Boh�me depuis la Montagne Blanche (Leroux, 1902-03 ; 2 vol.). /</p><p>H. Hallwich, F�nf B�cher Geschichte Wallensteins (Leipzig, 1910 ; 3 vol.). / H. von Srbik, Wallensteins Ende (Vienne, 1920). / P. Wiegler, Wallenstein (Berlin, 1920). / J. Pekar, Wallenstein, 1630-1634 (Berlin, 1937 ; 2 vol.). / F. Watson, Wallenstein : Soldier under Saturn (Londres, 1938).</p><p>Waller (Fats)</p><p>Organiste, pianiste, chanteur, compositeur et chef d�orchestre am�ricain (New York 1904 - Kansas City 1943).</p><p>Sa vie</p><p>C�est surtout comme une sorte de</p><p>clown chanteur, interpr�te ironique et tendre de rengaines � succ�s, que Thomas dit � Fats � Waller fut appr�ci� durant les ann�es 30. Mais amateurs et critiques ne furent pas longs � le reconna�tre comme l�un des plus grands pianistes de jazz, en fait une figure principale de cet art. C�est son p�re, Edward Martin Waller, pasteur de l��glise baptiste abyssine, qui lui apprit l�harmonium d�s l��ge de six ans. Waller joue ensuite dans un orchestre d�amateurs sous la direction d�Edgar Sampson et remporte en 1919, au Roosevelt Theatre, un tournoi en interpr�tant Carolina Shout. � seize ans, il travaille comme organiste dans divers �tablissements de New York, en particulier au Lincoln Theatre. Aid� et conseill� par James P. Johnson, il assure de nombreux engagements dans des clubs et des revues musicales, enregistre � partir de 1922 des rouleaux pour piano m�-</p><p>canique et ses premiers disques, puis accompagne les chanteuses Sara Martin, Anna Jones, Hazel Meyers et Bes-sie Smith. En 1926, il est avec Louis Armstrong* au Th��tre Vendome de</p><p>Chicago. L�ann�e suivante, il travaille</p><p>� New York avec Fletcher Henderson.</p><p>Sa popularit� s�affirme alors � Harlem, o� il est surnomm� � Fats � en raison de sa corpulence. Animateur et auteur de com�dies musicales, il participe aussi � des s�ances d�enregistrement avec Thomas Morris et les McKinney�s Cotton Pickers, et il grave en 1927 une s�rie de solos d�orgue. En 1929, il dirige le groupe � Fats Waller and his Buddies � et signe un contrat d�exclusivit� avec la compagnie des disques Victor. La m�me ann�e, il s�associe avec le parolier Andy Razaf, neveu de Ranavalona III, reine de Madagascar.</p><p>En collaboration avec Razaf et Louis Armstrong, il monte la revue Hot Cho-colate, avec laquelle il part en tourn�e.</p><p>En 1931, il r�v�le ses dons de vocaliste, enregistre avec Ted Lewis et Jack Teagarden, puis se rend � Londres (1932) et passe, en touriste, � Paris.</p><p>De retour aux �tats-Unis, il r�unit, pour animer un programme r�gulier de radio, un sextette avec Herman Autrey (trompette), Ben Whitet (saxophone-clarinette), Al Casey (guitare), Billy Taylor (basse) et Harry Dial (batterie).</p><p>Cette formule consacrera son succ�s aupr�s du grand public, qu�il touche par la radio et le disque. John � Bugs �</p><p>Hamilton et Bill Coleman remplaceront parfois Autrey ; Gene Sedric et Rudy Powell succ�deront � Whitet, tandis que John Smith se substituera de temps en temps � Casey, Charlie Turner et Cedric Wallace � Taylor, Yank Porter, Arnold Bolden et Slick Jones � Dial sans que l�esprit du groupe (Fats Waller and his Rhythm) soit profond�-</p><p>ment modifi�. Fats Waller tourne des courts m�trages (1935), interpr�te de la musique pour dessins anim�s et appara�t dans le film King of Burlesque. En 1938, il retourne � Londres, compose et enregistre la London Suite, grave des solos d�orgue et quelques morceaux en compagnie de solistes locaux, et fait un bref s�jour au Danemark. En 1939 et en 1940, il est la vedette du Famour Door et de l�Apollo de Harlem, et il participe � de nombreuses tourn�es aux �tats-Unis. En 1941, il dirige un grand orchestre et pr�sente un nouveau show : Early to Bed. En 1943, il est com�dien et musicien dans Stormy Weather, film musical enti�rement interpr�t� par des Noirs (avec Lena Horne, Bill Robin-</p><p>son et Cab Calloway) et diffus� afin de stimuler le moral des troupes am�-</p><p>ricaines. Amoindri physiquement par les effets d�une cure de d�sintoxication alcoolique, il succombe � une pneumonie dans une voiture-lit du train � Santa Fe Flyer � � quelques miles de la gare de Kansas City.</p><p>Le jazz au service</p><p>de la chanson</p><p>Avant de perfectionner son style pianistique gr�ce aux conseils de James P. Johnson, Fats Waller utilisait l�orgue. Pionnier dans l�utilisation</p><p>� jazz � de cet instrument (pas encore �lectrifi�), il en tire des effets de masse et r�ussit � le dominer avec clart� et logique. Cette ma�trise n�est pas �trang�re � son autorit� au piano. D�une main, il couvrait douze touches, ce qui autorisait les combinaisons les plus opulentes, comme le fait remarquer Michel Laverdure, son meilleur ex�-</p><p>g�te. La base de son style r�side dans l��quilibre entre le travail de la main gauche, qui entretient le rythme et explore jusqu�en ses tr�fonds l�harmonie, et les broderies percutantes et enrichissantes d�une main droite qui enjolive, invente et vagabonde au fil de m�lodies issues d�une imagination g�n�reuse. Le toucher est expressif, subtil ou � gras �</p><p>selon les besoins d�un improvisa-</p><p>teur capable de traduire digitalement toutes les couleurs sonores dont il veut habiller sa pens�e. Le ragtime tient une grande place dans le r�pertoire des d�buts de Waller avant la d�couverte, � partir de 1931, de son talent de chanteur, ce qui le d�termina, sous l�influence aussi bien de Louis Armstrong que de vocalistes de revues, � interpr�ter nombre de th�mes emprunt�s � la chanson populaire. Les paroles, humoristiques ou sentimentales, sont d�taill�es avec une diction tr�s nette, soulign�e d�un accent personnel, calin ou truculent. Une na�vet� voulue se m�le au burlesque, le tout restant soumis � une implacable volont� de valoriser le rythme, de susciter le � swing �, comme l�exigeait la tradition � hot �</p><p>dans l�art n�gro-am�ricain de l��poque.</p><p>Gr�ce � sa complaisance vocale, Fats Waller �largit son auditoire. Ses dons de com�dien, ses mimiques lui assurent le succ�s aupr�s d�un public qui ignore souvent son g�nie d�instrumentiste.</p><p>Autour de lui, presque toujours, cinq musiciens composent un petit groupe d�improvisation libre, soutenu par une section rythmique o� le guitariste, producteur de solos en accords, impose un tempo qui rebondit sur la s�cheresse du contretemps du batteur. Les deux complices m�lodiques (trompette et saxophone-clarinette) aident � l�expos� des th�mes, prennent de courts solos souvent cocasses, toujours entra�nants, soulignent des riffs simples. Encourag�s, interpell�s par Fats, omnipr�sent par la voix et le piano, ces musiciens, apparemment de second plan, donnent le meilleur d�eux-m�mes dans un climat souvent survolt�. La combinaison de ces �l�ments multiples contribue � la cr�ation d�un � son � original qui assure � la presque totalit� des sept cents morceaux que Fats Waller a grav�s un cachet unique. Parfois, Fats joue ses propres compositions, dont certaines deviendront des � classiques du jazz � : Honeysuckle Rose, Ain�t misbehavin�, Squeeze me, I�m Crazy �bout my Baby, Black and Blue.</p><p>L�influence de Fats Waller sur les pianistes fut importante. Moins comme</p><p>� chef d��cole � ou inventeur de style que comme d�couvreur de trucs pianistiques et ma�tre irrempla�able du clavier. De fait, � l�inverse d�Earl Hines et d�Art Tatum*, autres grands pianistes des ann�es 30, Waller ne fut ni un r�volutionnaire ni un destructeur des formules de son temps. Son m�rite r�side dans sa mani�re d�exploiter les �l�ments dont il disposait, aussi bien ceux qu�il empruntait � la chanson que ceux qu�il tirait du jazz. Sa virtuosit�, sa puissance, sa sensibilit�, masqu�e ou soulign�e d�ironie, l�imposent comme un tribun du swing qui contribua � sortir l�art n�gro-am�ricain de son ghetto en transcendant, sans la moindre p�-</p><p>danterie, un mat�riel th�matique qui, sans lui, n�aurait gu�re exc�d� le temps d�une mode.</p><p>F. T.</p><p>Wallon (Henri)</p><p>M�decin et psychologue fran�ais (Paris 1879 - id. 1962).</p><p>Agr�g� de philosophie (1902),</p><p>docteur en m�decine (1908), docteur �s lettres (1925), Henri Wallon �tait downloadModeText.vue.download 462 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11673</p><p>titulaire au Coll�ge de France de la chaire de psychologie et �ducation de l�enfance, sp�cialement cr��e pour lui en 1937. Le titre de cette chaire r�sume parfaitement son oeuvre. Henri Wallon, en effet, consacra toute sa vie � l��tude de l�enfant et � l�action pour am�liorer son �ducation. Directeur, dans le cadre de l��cole pratique des hautes �tudes, du laboratoire de psychobiologie de l�enfant (1927), il fonda en 1947 la revue Enfance et participa activement � la Soci�t� fran�aise de p�dagogie et au groupe fran�ais d��ducation nouvelle.</p><p>Membre du parti communiste (1942), il fit partie de l�Assembl�e consultative provisoire et fut en 1944 secr�taire g�n�ral � l��ducation nationale. Avec Paul Langevin*, il pr�sida la Commission de r�forme de l�enseignement cr��e � la Lib�ration, dont les travaux</p><p>� auxquels Henri Pi�ron* participa en tant que vice-pr�sident � aboutirent en 1947 � l��tablissement d�un plan de r�forme, appel� depuis plan Langevin-Wallon.</p><p>De ses �tudes de l�enfant, Wallon a laiss� une th�orie de la gen�se de la conscience (1925, 1934), une th�orie du d�veloppement de l�affectivit� (1934), une th�orie du d�veloppement de l�intelligence (1942, 1945) et une m�thode originale d��tude de l�enfant (1959, 1963).</p><p>Pour saisir le psychisme en devenir chez l�enfant, il a �labor� la m�thode d�analyse g�n�tique comparative des fonctions en rapport avec la maturation nerveuse et les conditions du milieu.</p><p>L�analyse maturationnelle s�accompagne de comparaisons pathologiques des ph�nom�nes d�arr�t et de r�gression fonctionnels. Le psychisme enfantin est compar� avec le psychisme animal et avec celui des adultes de diverses cultures et civilisations connues.</p><p>Cette m�thode a permis � Wallon</p><p>d�identifier aux origines du d�veloppe-</p><p>ment psychique de l�enfant une fonction essentielle : la fonction posturale.</p><p>Celle-ci est constitu�e par le tonus des muscles lisses et stri�s, constamment modul� par des bombardements int�ro-, ext�ro- et proprioceptifs, et � tout moment int�gr� par une s�rie de centres nerveux qui s��chelonnent de la moelle jusqu�au cortex. L�effet le plus primitif en est une mise en forme de l�organisme en rapport avec le monde environnant, se traduisant dans les attitudes et les postures diverses : attitudes d��veil, d�attente, d��motion..., qui constituent les premi�res manifestations de conscience chez l�enfant. Avec l�int�gration corticale, les attitudes se d�doublent et donnent lieu � des prises de conscience de soi, des autres et des objets. C�est enfin la maturation pr�frontale, la plus tardive, qui permet les formes les plus �volu�es de la conscience abstraite, introspective, spatio-temporelle, personnelle et mondaine.</p><p>L�orientation des attitudes et des postures vers l�expression de soi et la communication avec l�entourage humain est � l�origine de l�affectivit� chez l�enfant. Elle est la fonction la plus pr�coce et se d�veloppe � travers la vie �motionnelle, dont le m�canisme fondamental est un modelage postural r�ciproque entre l�enfant et l�entourage dans une sorte d�osmose, de contagion, de participation affectives. Les attitudes qui en r�sultent chez l�enfant constituent ainsi un m�lange inextricable d��l�ments d�origines externe et interne, qui deviennent chez l�adulte un double inconscient, biologique et social, qu�il doit chercher � ma�triser et qui constitue l�enjeu de sa libert� d�homme.</p><p>L�intelligence a comme origine</p><p>l�orientation des attitudes vers le monde des objets. Celles-ci se r�solvent d�abord en mouvements d�utilisation des objets, puis en repr�sentations et en symboles visant � exprimer le monde, � le conna�tre avant d�agir sur lui. Le d�veloppement intellectuel chez l�enfant consiste dans la formation des repr�sentations et des symboles de plus en plus analytiques et objectifs, qui s�organisent en structures �l�mentaires de connaissance vers dix ans et</p><p>en structures plus abstraites et plus complexes au cours de l�adolescence.</p><p>L�activit� psychique chez l�enfant comme chez l�adulte pr�sente une</p><p>structure d�attitudes et de comportements. C�est au niveau des attitudes qu�agit l�action �ducative, qui peut choisir entre le dressage, le conditionnement ou, au contraire, l��veil de la conscience. Henri Wallon est r�solument pour l�av�nement d�une conscience de plus en plus discriminative et autonome chez l�enfant comme chez tous les hommes.</p><p>Les principales oeuvres</p><p>d�Henri Wallon</p><p>y L�Enfant turbulent (1925)</p><p>y Psychologie pathologique (1926) y Principes de psychologie appliqu�e (1930)</p><p>y Les origines du caract�re chez l�enfant (1934)</p><p>y La Vie mentale de l�enfance � la vieillesse (Encyclop�die fran�aise, t. VIII, 1938) y L��volution psychologique de l�enfant (1941)</p><p>y De l�acte � la pens�e. Essai de psychologie compar�e (1942)</p><p>y Les Origines de la pens�e chez l�enfant (1945)</p><p>y Les M�canismes de la m�moire en rapport avec ses objets (en coll. avec E. Evart-Chmielniski, 1951)</p><p>y � Psychologie et �ducation de l�enfance �, dans Enfance (1959)</p><p>y � Buts et m�thodes de la psychologie �</p><p>dans Enfance (1963)</p><p>T. T.</p><p>F Enfant / Intelligence.</p><p>&amp; M. Martinet, Th�orie des �motions. Introduction � l�oeuvre d�Henri Wallon (Aubier-Montaigne, 1972).</p><p>Walpole (Robert), 1er comte d�Orford</p><p>Homme d��tat anglais (Houghton,</p><p>Norfolk, 1676 - Londres 1745).</p><p>La famille Walpole �tait fix�e dans le Norfolk depuis le XIIIe s. Si elle avait d�j� compt� de nombreux hommes</p><p>�minents, elle manquait n�anmoins de liens avec les grandes dynasties politiques du moment, si n�cessaires pour l�avancement d�une carri�re au XVIIIe s.</p><p>Bien �duqu� � Eton (1690-1696) et au King�s College de Cambridge (1696-1698), mari� � la fille d�un riche n�gociant londonien, Robert Walpole ne pouvait gu�re compter que sur l�appui de son parent Charles Townshend. Son talent devait faire le reste.</p><p>Les d�buts de la carri�re</p><p>de Walpole</p><p>En 1701, Robert Walpole est �lu</p><p>pour la premi�re fois au Parlement.</p><p>Commen�ant � �tre appr�ci� dans les cercles whigs, il est nomm� membre du conseil du prince Georges de Danemark (le mari de la reine Anne), qui contr�lait les affaires de la Marine durant la guerre de la Succession* d�Espagne. Il devient en 1708 secr�taire � la Guerre, puis en 1710 tr�sorier de la Marine, poste qu�il abandonne apr�s le naufrage du parti whig aux �lections de novembre 1710 et le retour des tories au pouvoir. Il anime l�opposition, ce qui lui vaut d��tre accus� de malver-sations lors de ses offices pr�c�dents et d��tre jet� � la Tour de Londres en 1712. Mais les troubles provoqu�s par la mort de la reine Anne (1714) et l�accession au tr�ne d�Angleterre de la dynastie de Hanovre* ruinent d�finitivement la r�putation des tories, assimil�s aux jacobites (v. Stuarts), et assurent la supr�matie du parti whig.</p><p>Le premier grand</p><p>minist�re et la conqu�te</p><p>du parti whig</p><p>Revenant au pouvoir dans un pays agit� (r�volte de John Erskine, comte de Mar en �cosse), dont la dynastie r�gnante est loin de faire l�unanimit�, les whigs veulent r�tablir la confiance et essayent de pr�senter un front uni : sous la direc-</p><p>tion nominale de l�inexistant Charles Montagu, comte de Halifax, le pouvoir est r�parti entre les deux principales factions qui se partagent le parti, celle de James Stanhope et de Charles Spencer, comte de Sunderland, d�une part, et celle de Charles Townshend et de Walpole, de l�autre.</p><p>Walpole devient ainsi tr�sorier-</p><p>payeur g�n�ral des forces arm�es, poste convoit�, car des plus lucratifs, puis, � la mort de Halifax (1715), chancelier de l��chiquier. En r�alit�, les politiques des deux factions sont antinomiques : Stanhope et Sunderland veulent la remise en question de la paix d�Utrecht et de l��quilibre europ�en ; ils veulent la guerre, quoi qu�il en co�te. Au contraire, Townshend et Walpole, d�sireux de fonder sur une prosp�rit� retrouv�e la stabilit� du nouveau r�gime, entendent limiter les d�-</p><p>penses militaires et s�abstenir de toute politique aventureuse.</p><p>La rupture a lieu en 1717 : tout</p><p>d�abord, plus proches de George Ier et de la camarilla hanovrienne, Stanhope et Sunderland l�emportent, et Townshend, puis Walpole d�missionnent. Mais ce dernier se r�v�le dans l�opposition si habile manoeuvrier qu�une r�conciliation g�n�rale des whigs intervient d�s 1720 : il retrouve la paierie g�n�rale. De surcro�t, un grave scandale financier, celui de la Compagnie de la mer du Sud (South Sea Bubble), discr�dite l�ancienne �quipe dirigeante : Stanhope �tant mort peu apr�s (1721), Sunderland doit abandonner la vie publique avant de mourir en 1722. Plus personne ne peut alors contester � Walpole la direction du parti whig et, par l� m�me, de la Grande-Bretagne.</p><p>Walpole au pouvoir</p><p>(1721-1733)</p><p>Ces ann�es sont, dans l�ensemble, fort calmes en Grande-Bretagne : Walpode contr�le parfaitement la vie politique downloadModeText.vue.download 463 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11674</p><p>du pays. Il �limine en 1724 son principal rival au sein m�me du cabinet, John Carteret comte Granville, en l�envoyant en Irlande comme lord-lieutenant. Les intrigues de Carteret avec les factions whigs hostiles � Walpole, en particulier la camarilla hanovrienne qui entoure George Ier, et avec les tories revigor�s par le retour d�exil de Henry Saint John, vicomte Bolingbroke, en 1723 n�aboutissent � rien, malgr� la violence du Craftsman, un journal cr�� en 1726 et avant tout inspir� par Bolingbroke. Walpole peut ainsi mettre en place sa politique fiscale et douani�re. Seules ombres � ce tableau : quelques �meutes, d�ailleurs favoris�es par la faction Carteret. C�est l�affaire de la Wood�s halfpence (un scandaleux privil�ge d��mission de monnaie accord� � un certain William Wood) qui secoue l�Irlande et est l�occasion des virulentes diatribes de Jonathan Swift*</p><p>dans les Drapier�s Letters (1724) ; ce sont les �meutes de 1725 en �cosse, provoqu�es par les taxes sur la bi�re.</p><p>Toutefois, l�amiti� ancienne qui</p><p>lie Walpole � son beau-fr�re, Charles Townshend, se distend : le trait� de Hanovre (1725), qui unit la France, l�Angleterre et la Prusse pour parer � l�attitude mena�ante de l�Espagne et de l�Autriche, est conclu par Townshend et George Ier sans que Walpole soit tenu au courant ; tr�s attach� � l�alliance fran�aise, Walpole est, n�anmoins, surtout attach� � la paix. Lady Townshend, sa soeur, �tant morte en 1726, le foss� entre les deux hommes ne va cesser de s��largir ; en 1730, Townshend finira par d�missionner : c�est une victoire pour Walpole, certes, mais celui-ci est maintenant de plus en plus isol�.</p><p>Un �v�nement a, d�ailleurs, mani-</p><p>fest� la relative faiblesse de sa position : en 1727, George Ier meurt.</p><p>George II para�t d�embl�e hostile � Walpole. Mais son homme de</p><p>confiance, sir Spencer Campton, se r�v�le rapidement incapable. En outre, George II est attach� � l�alliance fran-</p><p>�aise, et, Walpole, par l�interm�diaire de son fr�re Horace (1678-1757), est fort li� au cardinal de Fleury. Enfin, le ministre sait employer � son profit l�avarice proverbiale du souverain en faisant miroiter � ses yeux une substantielle augmentation de sa liste civile.</p><p>Tr�s vite, Walpole retrouve sa position de Premier lord du Tr�sor et de chancelier de l��chiquier.</p><p>Le temps des difficult�s</p><p>(1733-1742)</p><p>La survivance de la contrebande explique l�introduction en 1733 devant le Parlement de l�Excise Scheme. Le projet ne concerne que le vin et le tabac, mais l�opposition fait croire que ce n�est l� que le signe avant-coureur d�un Excise Scheme g�n�ral qui s�applique-rait � tous les produits. C�est un toll�, et, apr�s une lutte inutile, Walpole doit retirer son projet. Il r�agit avec vigueur, chassant de leurs postes tous les membres de l�opposition qui avaient une charge administrative ou militaire.</p><p>Il reprend rapidement le contr�le du Parlement : mais il est �vident que sa position est min�e. Ses succ�s en politique �trang�re sont contrebalanc�s par les dures �meutes de Londres en 1736 (� la suite du Gin Act) et par les Porteous Riots � �dimbourg (cons�cutives � l�emprisonnement de contrebandiers), qui sont favoris�es en sous-main par les amis de lord Carteret. En 1737, la reine Caroline, son plus ferme soutien, meurt, et le prince de Galles Fr�d�ric-Louis prend la t�te de l�opposition � Walpole. Contr�lant les �lections des � boroughs � de Cornouailles, il s�allie avec les Granville : William Pitt* fait partie de cette faction, et la position parlementaire de Walpole se d�t�riore d�s lors r�guli�rement.</p><p>Mais c�est surtout l��volution de la situation europ�enne qui va amener la chute du ministre : les nuages s�amoncellent, et l�opinion anglaise veut incontestablement la guerre contre l�Espagne, qui interdit aux commer�ants anglais le libre acc�s au vaste march� de l�Am�rique du Sud. Or, Walpole s�est identifi� avec une politique de la paix � tout prix : pourtant, le roi lui-m�me le force � entrer en guerre (1739). Mais les premiers succ�s profitent � l�opposition beaucoup plus qu�� Walpole, dont tout le monde sait qu�il ne m�ne la guerre qu�� contrecoeur. Le Parlement �lu en 1741 lui �chappe. Le 9 f�vrier 1742, Walpole est cr�� comte d�Orford et, deux jours plus tard, il abandonne le pouvoir. Il</p><p>meurt le 18 mars 1745.</p><p>On ne peut appr�cier la stature politique de Walpole qu�en fonction de son �poque. Peu soucieux d�originalit� et d�innovation, sous-estimant l�importance de l�opinion des masses, Walpole �tait au contraire un administrateur extraordinairement comp�tent et assidu.</p><p>Sa principale qualit� �tait sans conteste l�efficacit�, jointe � une sensibilit� et � une intuition qui lui permettaient de r�genter le petit monde de la Cour : la subtilit� dont il fit montre dans ses relations avec George Ier, George II et la reine Caroline illustre bien ce trait de son caract�re. En outre, si l�on a pu critiquer son manque total de scrupules (la corruption est l�un de ses moyens politiques favoris) et le rel�chement de ses mani�res, il ne faut pas oublier la s�ret� de son go�t : Walpole �leva � Houghton l�un des plus beaux palais du XVIIIe s. anglais et y rassembla une magnifique collection de tableaux, qui sera acquise plus tard par la tsarine Catherine II. Quelque chose de son sens artistique se retrouvera d�ailleurs, chez son fils Horace (1717-1797), l�auteur du Ch�teau d�Otrante (The Castle of Otranto, 1764) et le collectionneur de Strawberry Hill.</p><p>J.-P. G.</p><p>F Grande-Bretagne / Hanovre (dynastie de).</p><p>&amp; N. A. Brisco, The Economic Policy of Robert Walpole (New York, 1907). / P. Vaucher, Robert Walpole et la politique de Fleury, 1731-1742</p><p>(Plon, 1924) ; la Crise du minist�re Walpole en 1733-1734 (Plon, 1924). / C. B. Realey, The Early Opposition to Sir Robert Walpole, 1720-1727</p><p>(Lawrence, Kansas, 1931). / J. H. Plumb, Sir Robert Walpole (Londres, 1956-1958 ; 2 vol.).</p><p>Walras (L�on)</p><p>�conomiste fran�ais (�vreux, 1834 -</p><p>Clarens, Suisse, 1910).</p><p>L�on Walras a subi tr�s fortement l�influence des id�es de son p�re ainsi que celle de Cournot*. Alors que la premi�re orienta surtout ses recherches vers la valeur*, la seconde se manifesta principalement dans ses �tudes consacr�es aux prix*. Son p�re, Auguste Walras (1801-1866), attira son atten-</p><p>tion sur la raret�, qu�il choisit comme fondement de la valeur. L�influence de Cournot se manifesta surtout sur le plan m�thodologique, montrant � Walras que la m�thode math�matique pourrait �tre appliqu�e � la science �conomique.</p><p>Pour Walras, l��conomie est une</p><p>partie de la science sociale et elle se divise en trois disciplines : l��conomie pure, l��conomie appliqu�e et l��conomie sociale. L��conomie pure est consacr�e � la th�orie de la valeur et des prix ainsi qu�� la th�orie de l��quilibre �conomique. Elle est, pour l�auteur, � l��tude des lois, en quelque sorte naturelles et n�cessaires, suivant lesquelles l��change, la production*, la capitalisation et la circulation de la richesse sociale tendaient � se faire dans un r�gime hypoth�tique de libre concurrence organis�e �. C�est elle qui a constitu� l�essentiel des pr�occupations de Walras ; elle est la science �conomique par excellence. Alors que c�est surtout au d�but de sa carri�re que Walras, professeur � Lausanne depuis 1870, s�est consacr� � l��conomie pure (�l�ments d��conomie pure, publi�s en 1874-1877), c�est vers la fin de celle-ci qu�il aborde l��conomie appliqu�e et l��conomie sociale, publiant en 1896</p><p>ses �tudes d��conomie sociale et en 1898 ses �tudes d��conomie appliqu�e.</p><p>S�il a tant approfondi les probl�mes d��conomie, c��tait pour que celle-ci puisse servir � l��laboration et � la conduite de la politique �conomique.</p><p>Comme l�a soulign� Firmin Oul�s, successeur de Walras � la chaire de Lausanne, un des apports principaux de Walras est d�avoir montr� comment les enseignements de la science devaient permettre l��laboration d�une politique �conomique scientifique fond�e sur la conception de l�interd�pendance des ph�nom�nes �conomiques. Cette application des enseignements de la science pure � la conduite des soci�t�s d�limite le domaine de l��conomie sociale et de l��conomie appliqu�e.</p><p>L�analyse conduite dans l��cono-</p><p>mie pure permettra la d�couverte de lois qui pr�sident � l�organisation de la richesse sociale et qui gouvernent ses tendances naturelles. Celles-ci</p><p>connues, il sera permis � la politique �conomique d�agir en pleine connaissance. � cet effet, les concepts d��quilibre g�n�ral et d�interd�pendance sont particuli�rement aptes � fournir l��clairage n�cessaire. Ils mettent au jour les liens de d�pendance mutuelle qui existent entre les diff�rents march�s*</p><p>et les diff�rents �l�ments agissant sur ces march�s ; la politique �conomique sera mise en garde contre la tentation d�agir sur un seul secteur ou sur un seul facteur, sans prendre garde aux cons�quences qui peuvent en d�couler pour les autres. Une vue globale et synth�tique de l�action � entreprendre et des cons�quences qu�elle comporte est ainsi obtenue. Dans ces conditions, l��conomie appliqu�e indique les r�gles gouvernant la production de la richesse sociale et la r�gularisation des variations de valeur de la monnaie* ; elle est �labor�e du point de vue de l�utilit�. L��conomie sociale, enfin, indique les principes tendant � la meilleure r�partition de la richesse sociale ; downloadModeText.vue.download 464 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11675</p><p>elle est �labor�e du point de vue de la justice.</p><p>G. R.</p><p>F �conomique (science).</p><p>&amp; F. Oul�s, l��cole de Lausanne (Dalloz, 1950).</p><p>Wang Houei</p><p>En pinyin WANG HUI ; surnom, WANG</p><p>SHIGU (Wang Che-kou). Peintre chinois (1632-1717).</p><p>Vers la fin de la dynastie des Ming*, la soci�t� chinoise �tait divis�e en deux classes oppos�es ; fonctionnaires, propri�taires fonciers et grands commer-</p><p>�ants opprimaient paysans, esclaves et petits commer�ants. Les lettr�s issus des familles des deux premi�res cat�-</p><p>gories de la classe dirigeante d�velopp�rent une peinture subjective, qui n�gligeait les inspirations provenant de la nature et des affaires humaines, et se proclam�rent � �cole du Sud �.</p><p>Ce mouvement artistique fut lanc� par Mo Shilong (Mo Che-long, actif de 1567 � 1582) et Dong Qichang (Tong K�i-tch�ang*), dont le propos �tait de reproduire, en les transformant ou non, les oeuvres des grands ma�tres d�autrefois. Les id�aux de la deuxi�me g�n�-</p><p>ration de cette �cole, dirig�e par Wang Shimin (Wang Chemin, 1592-1680) et Wang Jian (Wang Kien, 1598-1677), se virent r�alis�s sous les Qing (Ts�ing*) par Wang Hui, issu d�une famille</p><p>simple du district Yushan (Yu-chan), actuel Changshu (Tch�ang-chou).</p><p>D�s l��ge de six ou sept ans, Wang Hui montra d�j� des dons pour la peinture et, � partir de seize ans, il apprit l�art du paysage aupr�s d�un peintre local, Zhang Ke (Tchang K�o). En</p><p>1651, il fut d�couvert par Wang Jian, administrateur en chef de Lianzhou (Lien-tcheou), qui l�amena chez lui et le fit progresser dans le domaine de la calligraphie de la po�sie. C�est alors qu�il se livra � l��tude des chefs-d�oeuvre des peintres anciens dans la collection de Wang Jian. Peu apr�s, il fut pr�sent� � Wang Shimin, qui le consid�ra bient�t comme un �l�ve �minent et un ami fi-d�le. Il se plongea ensuite dans l��tude des grands peintres des Song* et des Yuan* en copiant les oeuvres c�l�bres des collections de Wang Shimin et de ses amis.</p><p>Gr�ce aux louanges de ces deux</p><p>ma�tres, sa renomm�e se r�pandit rapidement dans toute la Chine parmi les lettr�s. Plus tard, Wang Hui fut pr�-</p><p>sent� � l�empereur Kangxi (K�ang-hi), qui lui demanda de superviser l�ex�cution d�une s�rie de rouleaux comm�-</p><p>morant ses inspections dans le Sud en 1689. Il s�journa ainsi � P�kin de 1691</p><p>� 1698. Ce fut l�apog�e de sa carri�re : il occupa la place de premier peintre de l�Empire, et les lettr�s le consid�raient comme un � saint de la peinture �. Il mourut �g� apr�s une vie paisible.</p><p>Se consacrant uniquement � l�art du</p><p>paysage, Wang Hui nous a laiss� un nombre consid�rable de peintures sur papier et sur soie (plus de deux cent vingt dans le seul mus�e du Palais � Taibei [T�ai-pei]). On peut distinguer dans sa production deux grandes p�riodes : l��poque o� il fut un disciple inspir� et cr�ateur (avant 1680) ; puis celle o�, ma�tre reconnu, il copiait ses propres oeuvres. Ses peintures les plus r�ussies appartiennent en g�n�ral � la premi�re p�riode, durant laquelle, transposant les chefs-d�oeuvre des peintres anciens (de Dong Yuan [Tong Yuan*] � Wen</p><p>Zhengming [Wen Tcheng-ming*], en</p><p>passant par Fan Kuan [Fan K�ouan*]</p><p>ou Mi Fu [Mi Fou*]), il arrive, gr�ce aux riches nuances de l�encre mani�e par un pinceau disciplin�, � cr�er des compositions nouvelles, d�un style lyrique tout en nuances, mouvement� ou paisible, qui lui est personnel.</p><p>Montagnes, rivi�res et arbres</p><p>d�automne (Taibei) a �t� jug� par les ma�tres et les amis de Wang Hui comme l�oeuvre la plus r�ussie de cette premi�re p�riode. C�est une peinture � l�encre sur papier, mouvement�e, o� les rochers l�g�rement teint�s de bleu contrastent avec la couleur rousse</p><p>des arbres. Un colophon inscrit par le peintre Yun Shouping (Yun Cheou-p�ing, 1633-1690) sur le c�t� gauche de l�oeuvre relate que Wang Hui, apr�s avoir �tudi� trois chefs-d�oeuvre de Wang Meng (Wang Mong*), a attendu des jours paisibles pour ex�cuter, en s�en inspirant, une oeuvre nouvelle, que cette peinture est tellement r�ussie que son auteur n�accepterait pas de s�en d�faire, m�me pour le prix de quinze villes. En haut du rouleau, une autre inscription, de la main du ma�tre Wang Shimin, d�clare que, bien que cette peinture soit inspir�e de Wang Meng, le style en est beaucoup plus �l�gant et transcende les limites de ce dernier de mani�re si admirable que lui, Wang Shimin, en oublie totalement sa p�nible bronchite.</p><p>H. C.-l.</p><p>Wang Mong</p><p>En pinyin WANG MENG ; surnom, SHUMING (Chou-ming). Peintre chinois (1301 ou 1308 - 1385).</p><p>Wang Meng, dont la production fut importante, est consid�r� comme l�un des plus grands peintres de l��poque des Yuan*. Comme ses contemporains, il s�inspire du style de Dong Yuan (Tong Yuan*) et de Juran (Kiu Jan)</p><p>[v. Song], et il ajoute � la tradition orthodoxe des lettr�s des �l�ments assez importants.</p><p>N� dans la province de Jiangsu</p><p>(Kiang-sou), il �tait, par sa m�re, le</p><p>neveu ou le petit-fils de Zhao Mengfu (Tchao Mong-fou*), qu�il prit d�abord pour ma�tre et mod�le. Comme Zhao occupait une place assez importante � la cour des Mongols, il se lia d�amiti� avec les seigneurs et les hauts fonctionnaires de l��poque ; il s�illustra rapidement par sa peinture et sa po�sie. � la veille de la chute de la dynastie mongole, il se retira dans le Mont des grues jaunes, o� il mena une vie paisible comme les ermites du temps. Au d�but de la dynastie Ming*, il fut nomm� pr�-</p><p>fet de la commanderie de Taian (T�ai-ngan), puis, accus� de s��tre m�l� � un complot politique, il fut arr�t� et mourut en prison.</p><p>Sa peinture s�inspire en g�n�ral de la vie des ermites, et les paysages y occupent la plus grande part : chemins et cours d�eau sinueux, montagnes, arbres, effets de brume et de nuages, rendus selon des techniques sp�cifiques tr�s vari�es. Wang Mong peint aussi des fleurs, des bambous ainsi que des sujets tao�stes, tels le Guerrier sombre, la Grande Blanche, les Immortels c�lestes, etc.</p><p>D�apr�s ses oeuvres conserv�es</p><p>dans diverses collections, on peut voir que, bien qu�influenc� par Dong Yuan, Juran ainsi que par Wang Wei (v. T�ang [�poque]) et Zhao Mengfu, il a ses propres caract�ristiques : il traduit un univers de rochers, d�arbres et de torrents, avec quelques chaumi�res o� vivent des ermites, par des � rides �</p><p>d�encre s�che ou d�tremp�e, entrem�-</p><p>l�es et riches en nuances. � la diff�-</p><p>rence des peintres des Song* du Sud, il donne aux rochers une place centrale presque �crasante et ne laisse appara�tre que fort peu de ciel.</p><p>L�Ermitage dans la montagne,</p><p>conserv� au mus�e du Palais de Taibei (T�ai-pei), montre une demeure install�e au pied de montagnes tourment�es et sombres, parmi de grands arbres et au bord d�une rivi�re tranquille. Cette demeure se compose de trois cabanes au toit de paille : chambre � gauche, salle de travail au milieu et sans doute salle de m�ditation � droite. Un ermite, assis aupr�s de sa biblioth�que, joue de la fl�te, et une grue, charm�e, se met � danser sur la terrasse. Par un petit pont sur la gauche arrive un visiteur,</p><p>autre ermite sans doute. Le trac� des rochers consiste en � rides de fibres de chanvre entrem�l�es � (luanma cun</p><p>[louan-ma ts�ouen]) et en � rides de poils de boeuf � (niumao cun [nieou-mao ts�ouen]) ; des points plus fonc�s y figurent la v�g�tation, et des herbes fines croissent sur leurs bords. On peut remarquer le mouvement tournant des</p><p>� rides � des rochers voisins du ciel.</p><p>Les touches, quoique minutieuses, sont �nergiques et s�res, ce que souligne Ni Zan (Ni Tsan*), contemporain de Wang Meng, dans l��loge suivant :</p><p>� Semblable � Wang Xizhi [Wang Hitche] qui pratiquait la calligraphie au bord d�un �tang</p><p>Et � Zong Shaowen [Tsong Chao-wen]</p><p>qui savait quitter ses pens�es pour contempler le Tao,</p><p>Le seigneur Wang manie le pinceau avec une force telle qu�elle pourrait soulever un lourd tripode.</p><p>Il n�a pas eu son pareil depuis cinq si�cles. �</p><p>H. C.-l.</p><p>Washington</p><p>Capitale f�d�rale des �tats-Unis, formant le district de Columbia entre la Virginie et le Maryland ; 830 000 hab.</p><p>(agglom�ration : 2 908 800 hab.).</p><p>Le d�veloppement urbain</p><p>Pendant une quinzaine d�ann�es apr�s la guerre d�Ind�pendance, le Congr�s et le gouvernement des �tats-Unis ont si�g� dans diverses villes, dans le New Jersey et la Pennsylvanie principalement. L�Union ne pouvant se contenter d�une capitale itin�rante, on d�cida d�en construire une dans un site vierge.</p><p>L�emplacement id�al devait � la fois �tre situ� � mi-distance de l��tat le plus au nord (le New Hampshire � la fin du XVIIIe s.) et de l��tat le plus au sud (la G�orgie � cette �poque), disposer d�une rivi�re navigable sur une certaine dis-downloadModeText.vue.download 465 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11676</p><p>tance � partir de la mer et commander vers l�amont de cette vall�e l�acc�s aux r�gions transappalachiennes, alors en cours de peuplement. Malgr� l�opposition des �tats du Nord (qui pr�f�raient Philadelphie et r�pugnaient � voir la capitale f�d�rale aux confins du Sud esclavagiste), Georges Washington*, le premier pr�sident des �tats-Unis, qui avait �t� arpenteur dans sa jeunesse, imposa un site pr�s de l�estuaire du Potomac, � proximit� de la Fall Line, dans une zone mar�cageuse il est vrai, mais que l�on pourrait assainir. Le Maryland et la Virginie accept�rent de c�der � l�Union environ 10 milles carr�s de leur territoire. En 1790, le Congr�s retint la proposition et choisit d�s 1791</p><p>le nom de la future ville.</p><p>Pour r�aliser ses projets, le pr�sident Washington fit appel � un ancien officier de l�arm�e � continentale �, le major Pierre Charles L�Enfant</p><p>(1754-1825), d�origine fran�aise, qui avait fait des �tudes d�architecture en Europe. Les Am�ricains se seraient content�s d�une cit� au plan g�om�-</p><p>trique, comme la plupart des nouvelles cit�s de cette �poque ; leur intention, d�ailleurs, �tait de d�penser le moins possible. L�Enfant r�vait de construire un autre Versailles. Il pr�voyait un axe (the Mall) orient� est-ouest, large de 350 m, long de 2,5 km, joignant la colline, sur laquelle serait b�ti le Capitole, ou palais du Congr�s, au Potomac ; comme � Versailles, un canal bord� de jardins occuperait l�axe de cette vaste esplanade. La r�sidence pr�sidentielle serait plac�e au nord d�un autre ensemble de verdure perpendiculaire au Mall. La ville serait divis�e par de larges rues orient�es nord-sud et est-ouest en blocs rectangulaires de taille in�gale. Le plan comportait aussi des avenues plant�es d�arbres offrant toutes une perspective sur le Capitole ou la demeure du pr�sident ; l�une d�elles (Pennsylvania Avenue) reliait ces deux �difices. Aux intersections de ces avenues et des voies orthogonales seraient am�nag�es des places de formes vari�es. Cette disposition es-th�tique permettrait aussi � l�artillerie am�ricaine de r�sister � toute attaque</p><p>ennemie. Le Congr�s comptait payer l�architecte entre 2 000 et 3 000 dollars ; L�Enfant r�clama 95 000 dollars, se f�cha avec les l�gislateurs et fut renvoy� sans un sou en 1792 ; il mourut dans la mis�re.</p><p>Pourtant, c�est son plan qui fut r�alis�, non sans lenteurs. En juin 1800, lorsque le pr�sident John Adams s�installe dans la nouvelle capitale f�d�rale, rien n�est termin�. � peine 3 000 habitants, dont 625 esclaves, survivent dans cette bourgade malsaine, o� l��t� est terriblement chaud et humide, o� la malaria fait des ravages. En 1814, les soldats britanniques incendient la plus grande partie des b�timents. Qu�� cela ne tienne ! La paix revenue, la reconstruction commence aussit�t. Mais, une fois de plus, les travaux sont lents : c�est que la seule fonction de Washington est politique, et son essor est �troitement li� � celui de l�administration f�d�rale. Jusqu�� la guerre de S�cession, la capitale est une petite cit�, d�figur�e par son march� � esclaves, domin�e par ses caract�res sudistes. Le Mall, qui unit le Washington Monument et le Capitole, est encombr� par des �choppes, des taudis et des voies ferr�es. La guerre de S�cession donne un coup de fouet � la construction, qui se ferait dans le d�sordre le plus total si le pr�sident Ulysses Simpson Grant, en 1871, ne nommait un �nergique</p><p>chef des Travaux publics. Les plans de L�Enfant sont tir�s des cartons : l�accroissement de la population et du r�le national de la ville le commandait.</p><p>On sauve ce qui peut l��tre encore, en d�truisant des baraquements, en am�-</p><p>nageant les terrains vagues en espaces verts (parcs du Potomac, de Rock</p><p>Creek), en interdisant la construction de gratte-ciel. En revanche, pour �viter les diverses formes de corruption, la cit� perd sa gestion autonome : le district de Columbia est plac� en 1878</p><p>sous l�autorit� de trois commissaires que nomme le pr�sident des �tats-Unis ; le budget municipal est vot� par le Congr�s.</p><p>L�expansion de Washington se</p><p>poursuit gr�ce aux efforts du s�nateur James McMillan (1838-1902), qui fait agrandir la biblioth�que du Congr�s et cr�e mus�es et universit�s. Au XXe s.,</p><p>les deux guerres mondiales, le New Deal et l�extension ininterrompue de l�administration f�d�rale transforment la bourgade en une v�ritable m�tropole qui d�borde sur les deux �tats voisins.</p><p>Washington conserve n�anmoins son cachet : une v�g�tation luxuriante et une atmosph�re sudiste et provinciale.</p><p>Paradoxalement, elle est parmi toutes les grandes villes des �tats-Unis l�une des moins cosmopolites. Une commission du Congr�s veille au respect des r�gles d�urbanisme, � l�embellissement de la capitale nationale. Une certaine unit� dans la hauteur et la dimension des �difices publics a �t� pr�serv�e malgr� la diversit� des styles : � c�t� des temples gr�co-romains � frontons et � colonnades de la fin du XIXe s. se dressent les immeubles r�cents fonctionnels des administrations nouvelles, des centrales syndicales et des annexes des minist�res.</p><p>Les fonctions et la</p><p>population</p><p>Washington vit presque exclusive-</p><p>ment de la fonction de capitale. C�est le si�ge des pouvoirs ex�cutifs (Maison-Blanche), l�gislatif (Capitole) et judiciaire (Cour supr�me, Tribunal f�d�ral), des minist�res et des administrations civiles, presque tous situ�s autour du Mall, du Capitole et de la downloadModeText.vue.download 466 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11677</p><p>Maison-Blanche. La marine et l�ar-m�e occupent des espaces importants sur les rives du Potomac et de l�Ana-costia (base a�ronavale, arsenal de la marine, forts) et sur la rive droite du fleuve (Pentagone, cimeti�re militaire d�Arlington, Fort Myer). L�inflation administrative cons�cutive � la centralisation et � l�accroissement du pouvoir f�d�ral depuis le New Deal et surtout depuis la guerre a oblig� de nombreux services � �migrer en banlieue, dans le Maryland et en Virginie. C�est aussi le si�ge des ambassades.</p><p>Des banques et des compagnies</p><p>d�assurances sont repr�sent�es dans la capitale, de m�me que les bureaux</p><p>de recherches de grandes firmes.</p><p>Washington joue un r�le intellectuel pr��minent : on y compte des mus�es (National Gallery of Art, Corco-ran Gallery of Art, Dumbarton Oaks Research Library and Collection,</p><p>Phillips Gallery), des biblioth�ques importantes (dont celle du Congr�s, mod�le de r�f�rence pour toutes les biblioth�ques de l�Am�rique du Nord), des universit�s (Georgetown, George Washington, Howard, the Catholic</p><p>University of America), les Archives nationales, l�Acad�mie des sciences, la Smithsonian Institution. L��dition est li�e aux activit�s administratives (Imprimerie du gouvernement) et scientifiques (r�parties en trois groupes : entre Massachusetts Avenue et la Maison-Blanche ; entre Massachusetts Avenue et le Rock Creek ; dans la section nord de la 16e Rue).</p><p>L�agglom�ration comporte une im-</p><p>portante population de fonctionnaires : le gouvernement procure 40 p. 100 des emplois ; l�industrie, peu importante, travaille pour le gouvernement ; et le commerce, pour l�Administration et ses employ�s. L�inflation des services a entra�n� celle des effectifs de fonctionnaires ; une part croissante de ces derniers s��tablit dans les quartiers r�-</p><p>sidentiels situ�s hors du district, soit en Maryland (Silver Spring, 77 500 hab. ; Bethesda, 71 600 hab. ; Wheaton,</p><p>66 250 hab. ; Rockville, 41 560 hab. ; College Park, 26 150 hab.), soit en Virginie (Arlington, 174 280 hab. ; Alexandria, 110 940 hab.). Les banlieusards en col blanc (white collar commuters) abandonnent ainsi les anciens quartiers de r�sidence du centre aux Noirs, selon un processus classique dans les grandes villes am�ricaines.</p><p>Minoritaires dans l�agglom�ration (737 000 contre 2 125 000), les Noirs sont plus nombreux que les Blancs dans le district de Columbia : 537 000</p><p>contre 209 000 (la capitale f�d�rale a un maire noir) ; tandis que le nombre des Blancs diminuait de 39,4 p. 100</p><p>entre 1960 et 1970 dans la ville, celui des Noirs s�accroissait de 30,7 p. 100</p><p>pendant la m�me d�cennie. Au total, la population de l�agglom�ration continue de s�accro�tre rapidement : le taux d�augmentation (38,6 p. 100 de 1960 � 1970) est plus �lev� que celui de toutes</p><p>les autres grandes agglom�rations nord-am�ricaines.</p><p>La place dans la vie</p><p>am�ricaine</p><p>Elle se manifeste dans le fait que des voies ferr�es, des routes et des lignes a�riennes convergent sur la capitale ou la desservent au passage. Des trains rapides relient Boston � Washington par New York et Philadelphie (Nor-theast Rail Corridor), et il est envisag� d�installer un a�rotrain sur ce trajet.</p><p>La capitale politique dispose, pour ses liaisons avec la capitale �conomique, de plusieurs autoroutes qui contournent ou traversent Baltimore ou empruntent le pont de la Chesapeake. D�autres autoroutes joignent Washington � Harrisburg et � Pittsburgh en Pennsylvanie, et � Richmond en Virginie. Les autoroutes qui convergent sur Washington se greffent sur une rocade (Capital Bel-tway) d�o� partent des antennes vers le coeur de la ville. Enfin, Washington dispose d�un a�roport national sur la rive droite du Potomac et de l�a�roport international Dulles, situ� � 35 km � l�ouest du centre de la cit�.</p><p>Apr�s avoir �t� une ville d�importance secondaire, Washington a vu cro�tre son poids �conomique et d�mographique � mesure que se renfor�ait le pouvoir f�d�ral. Aujourd�hui, comparable par l�effectif de sa population � Boston et � Baltimore, elle marque, comme la premi�re, une des extr�mi-t�s de la M�galopolis atlantique et tend � former � l�int�rieur de celle-ci une conurbation de plus de 6 millions d�habitants avec la seconde.</p><p>P. B. et A. K.</p><p>&amp; C. McLaughlin Green, American Cities in the Growth of the Nation (New York, 1957).</p><p>Washington</p><p>(�tat de)</p><p>�tat de la r�gion nord-ouest pacifique des �tats-Unis ; 176 617 km 2 ; 3 429 000 hab. Capit. Olympia.</p><p>De l�ouest � l�est, le Washington comprend : des cha�nes c�ti�res discontinues, peu �lev�es, sauf dans les</p><p>monts Olympic (2 424 m), et form�es de s�diments pliss�s ; une profonde et large d�pression m�ridienne qui s�ennoie dans le golfe tr�s ramifi� du Puget Sound et communique avec l�oc�an par la trou�e de la Chehalis ; les monts des Cascades (batholites soulev�s et coiff�s de laves), dont les volcans culminent � plus de 4 000 m (mont Rainier, 4 392 m, au c�ne �tincelant de glace et de neige ; mont Baker, 4 285 m) ; un plateau dont le socle et la couverture s�dimentaire disparaissent sous des champs de lave n�og�nes, qui forment une table inclin�e de 1 000 m au nord � 300 m au sud et d�coup�e par des chenaux d��coulement proglaciaire dans le Channeled Scabland ; enfin, � l�est de cette r�gion, la Palouse, form�e de collines douces, dont le riche tchernoziom d�rive d�un manteau de loess. La gigantesque vall�e morte de Grand Coul�e marque un ancien passage du fleuve Columbia, qui draine le plateau oriental avant de traverser les monts des Cascades par une profonde tranch�e.</p><p>Le climat est temp�r� maritime</p><p>dans l�Ouest avec des hivers doux et des �t�s frais (3,5 �C en janvier et 18,2 �C en juillet � Seattle) ; les pr�-</p><p>cipitations, mod�r�es dans la d�pression m�ridienne (800 mm), sont tr�s abondantes dans les monts Olympic et sur le versant ouest des Cascades (plus de 2 500 mm) ; les peuplements de conif�res g�ants (sapin de Douglas, tsuga) de ces montagnes sont une des richesses de l��tat. Le plateau oriental, au climat continental (� 4 �C en janvier et 21,5 �C en juillet � Spokane) et aride (de 250 � 500 mm dans la Palouse), est v�tu d�une prairie courte ou d�une steppe � armoise.</p><p>L�agriculture n�occupe plus que</p><p>4,4 p. 100 de la population active sur 45 000 exploitations (en 1940, downloadModeText.vue.download 467 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11678</p><p>82 000). Le plateau oriental a �t� livr� � l��levage extensif avant de devenir un Wheat Belt. Le bl�, cultiv� en rota-</p><p>tion avec les pois ou la jach�re selon les techniques du dry farming (qui acc�l�rent l��rosion des sols), place le Washington au quatri�me rang</p><p>(2,7 Mt ; 900 000 ha. ; 430 millions de dollars).</p><p>Les terres irrigu�es du plateau int�-</p><p>rieur (460 000 ha) produisent de la betterave � sucre (1,3 Mt, valant 25 millions de dollars), des fourrages, des pommes de terre, des fruits (pommes de la Wenatchee et de la Yakima).</p><p>Dans la d�pression m�ridienne, on pratique une agriculture associ�e � l��levage (la plupart des 200 000 vaches laiti�res de l��tat sont dans cette r�gion).</p><p>Le revenu brut total de l�agriculture se monte � 1 146 millions de dollars.</p><p>La p�che (saumon local et sau-</p><p>mon d�Alaska, fl�tan) place l��tat au onzi�me rang pour la production (60 000 t) et au huiti�me pour la valeur (38 millions de dollars).</p><p>Le Washington se classe au si-</p><p>xi�me rang pour l��tendue des for�ts (9,2 Mha) et au deuxi�me pour la</p><p>production, apr�s l�Oregon (8 � 9 Mt, valant environ 210 millions de dollars).</p><p>L�exploitation des grands conif�res, tr�s m�canis�e, alimente les scieries et les papeteries du Puget Sound.</p><p>� part quelques gisements urani-</p><p>f�res, l�industrie extractive est peu importante. Gr�ce � sa production hydro�-</p><p>lectrique (42 TWh, provenant du bassin du fleuve Columbia et des cours d�eau aliment�s par les neiges des Cascades) et � l�importation par ol�oduc de brut albertain, le Washington dispose de ressources �nerg�tiques qui ont stimul� le d�veloppement industriel, dont les principales branches sont la construction navale et a�ronautique (Boeing emploie 90 000 personnes dans la r�-</p><p>gion de Seattle), les industries du bois (bois d�oeuvre, papier, ameublement sur les rives du Puget Sound), l��lectrom�tallurgie (Spokane). L�industrie fournit ainsi 22 p. 100 des emplois (275 000 personnes) ; sa production s��l�ve � 10 milliards de dollars, dont 5 milliards de valeur ajout�e.</p><p>La population urbaine (72 p. 100) se rassemble sur les rives du Puget Sound : Seattle-Everett (1 422 000 hab.) est</p><p>un centre industriel (21,5 p. 100 des emplois ; 3 milliards de dollars de valeur ajout�e), un port de commerce (7,5 Mt) et de p�che, le port des relations avec l�Alaska, une m�tropole r�gionale ; Tacoma (411 000 hab.) poss�de, outre la fonction portuaire (5,5 Mt), des activit�s commerciales (22 p. 100 des emplois) et administratives (26 p. 100) ; Olympia, la capitale, n�a que 23 000 hab. Au sud de la d�-</p><p>pression, Vancouver (42 500 hab.) fait partie de l�agglom�ration de Portland (Oregon). Spokane (170 000 hab.) est, avec Phoenix (Arizona) et Sait Lake City (Utah), une des grandes villes-oasis des d�serts physiques et humains que sont les plateaux int�rieurs ; noeud ferroviaire tr�s important, c�est aussi un centre industriel (usines d�aluminium, scieries, papeteries, minoteries).</p><p>P. B.</p><p>Washington</p><p>(George)</p><p>G�n�ral et homme d��tat am�ricain (Bridges Creek, Virginie, 1732 -</p><p>Mount Vernon 1799).</p><p>Chez George Washington, l�homme</p><p>se cache derri�re le mythe. En effet, le chef de l�arm�e am�ricaine pendant la guerre d�Ind�pendance, le premier pr�-</p><p>sident des �tats-Unis est entr� dans une sorte de l�gende dor�e. Des anecdotes, tr�s souvent invent�es, ont fait de lui un surhomme : enfant, il ignorait le mensonge ; jeune homme, il �tait d�une force exceptionnelle ; au combat, les coups de l�adversaire ne l�atteignaient pas ; dans l�exercice de ses fonctions, il manifestait un sens du devoir remarquable, la pi�t� la plus profonde. Plus grand mort que vivant, Washington est l�objet d�un v�ritable culte : des universit�s, des cours d�eau, des montagnes, des comt�s, des rues et des avenues, des villes (dont la capitale f�d�-</p><p>rale) et des villages, sans oublier l��tat de la c�te pacifique, portent son nom.</p><p>Pour les Am�ricains � la recherche d�une �pop�e nationale, il est un trait d�union : son anniversaire est la seule f�te qu�avec le 4 juillet tous les �tats de l�Union c�l�brent chaque ann�e.</p><p>Les origines</p><p>George Washington est n� le 22 f�vrier 1732 dans le comt� de Westmoreland, en Virginie. Ses anc�tres avaient quitt� l�Angleterre au milieu du XVIIe s. pour chercher fortune de l�autre c�t� de l�Atlantique, mais, s�ils avaient acquis le rang d�honorables � bourgeois �, leur aisance ne d�passait pas un niveau m�diocre. Son p�re, Augustin Washington, avait eu deux fils de son premier mariage, puis, devenu veuf, il se remaria en 1729 avec Mary Ball (1708-1789) : George fut leur a�n�. Ses parents poss�daient quelques centaines d�hectares : dans l�Am�rique coloniale, c��tait peu. Aussi le jeune homme dut-il se contenter d�apprendre des rudiments de math�matiques et de latin aupr�s de sa m�re : l�universit� co�tait trop cher, et lui-m�me manifestait un go�t relatif pour les �tudes ou les exercices intellectuels. Lorsque son p�re meurt en 1743, le voici contraint de ne compter que sur sa t�nacit� et le hasard pour se faire une situation.</p><p>De fait, George Washington a b�n�-</p><p>fici� de l�aide de son demi-fr�re, Lawrence (� 1752), qui lui a beaucoup appris, lui a donn� le go�t des choses militaires, l�a introduit dans l�entourage des Fairfax, les plus riches propri�taires en Virginie, et lui a laiss� en h�ritage sa plantation de Mount Vernon. Bien conseill�, George se livre � d�habiles sp�culations : en tant qu�arpenteur, il accompagne les Fairfax, en 1748, dans la vall�e de la Shenandoah et trace les limites de la future ville d�Alexandria ; il ne tarde pas � recevoir les fonctions d�arpenteur officiel du comt� de Culpeper, au pied des montagnes (1749). En 1751, il s�associe � la Compagnie de l�Ohio, qui d�tient des droits sur 200 000 acres de l�autre c�t� des Appalaches. � vingt ans, il poss�de pr�s de 2 500 ha de terres et s�int�resse de pr�s � l�expansion vers l�Ouest.</p><p>Mais cette expansion se heurte �</p><p>des obstacles : les Indiens, les autres colonies et surtout les Fran�ais, qui, venus du Canada, revendiquent la propri�t� de toute la vall�e de l�Ohio. En 1753, Washington se rend en mission aupr�s d�eux et rapporte l�impression qu�un grave p�ril menace la Virginie.</p><p>L�ann�e suivante, il commande une petite exp�dition que les Virginiens ont envoy�e jusqu�aux fourches de l�Ohio pour chasser les Fran�ais : c�est un �chec. En 1755, le g�n�ral Edward Braddock arrive d�Angleterre avec 1 400 hommes ; Washington, � la t�te de 450 miliciens, se joint � Braddock, qui, au sud-est de Fort Duquesne, subit une sanglante d�faite (9 juill. 1755).</p><p>Il est vrai que cette victoire reste sans lendemain : les Fran�ais doivent �vacuer la r�gion en 1758. Un an plus tard, Washington renonce � la carri�re militaire et pr�f�re se consacrer � ses plantations, d�autant plus qu�il vient de se marier avec Martha Dandridge Custis.</p><p>L�entr�e dans la vie</p><p>politique et la lutte pour</p><p>l�ind�pendance</p><p>Gentleman-farmer, Washington a</p><p>d�s lors trois centres d�int�r�t : ses domaines, sa vie familiale, ses activit�s politiques. Il continue, en effet, de sp�culer, veille au bon rendement de ses exploitations et proc�de � des exp�-</p><p>riences agronomiques. Pour les deux enfants que Martha a eus de son premier mariage, il �prouve une profonde affection ; ses ni�ces et ses neveux, d�innombrables invit�s contribuent � donner � Mount Vernon une grande</p><p>animation. Depuis 1758, Washington si�ge � la Chambre des bourgeois, l�Assembl�e de la Virginie : parlementaire assidu et r�fl�chi, il ne brille pas par son �loquence ni par l�extr�-</p><p>misme de ses opinions. Toutefois, s�il admire la civilisation britannique, il n�en demeure pas moins attach� � sa colonie et, � mesure que les �v�nements se succ�dent, aux int�r�ts de l�ensemble des colonies de l�Am�rique du Nord. En septembre 1774, il repr�-</p><p>sente la Virginie au premier congr�s continental de Philadelphie. Le 15 juin 1775, il re�oit du deuxi�me Congr�s le commandement en chef de l�arm�e continentale. C�est que la � r�bellion �</p><p>a commenc� dans le Massachusetts : apr�s la fusillade de Lexington (19 avr.</p><p>1775), les Bostoniens sont assi�g�s par les troupes royales. Il faut aider les insurgents du Nord : pour cela, il est n�cessaire de mettre sur pied une arm�e, de confier son commandement � un homme du Sud, donc de la Virginie, riche de pr�f�rence pour qu�il ne</p><p>s�accroche pas � ses fonctions, patriote et exp�riment�. Le choix de Washington est moins surprenant qu�on ne le croirait.</p><p>Mais sa t�che est difficile. Les objectifs de sa mission ne sont pas fix�s, sinon � court terme : l�ind�pendance est proclam�e l�ann�e suivante seulement ; l�aide fran�aise n�est acquise qu�en 1778 ; les Am�ricains eux-m�mes ne sont pas tous d�cid�s � combattre et sont peu dispos�s � consentir les sacrifices indispensables. Comment organiser une v�ritable force militaire ?</p><p>Washington voudrait des effectifs d�au moins 20 000 hommes : au mieux, il commande � 17 000 soldats ; encore les d�sertions sont-elles nombreuses et les effectifs se d�gonflent-ils d�s le retour de l�automne. Le ravitaillement, l��quipement sont distribu�s chichement par un Congr�s assez peu unanime ; l�instruction d�pend des officiers �trangers. Malgr� tout, Washington donne downloadModeText.vue.download 468 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11679</p><p>� son pays une arm�e. La guerre qu�il m�ne est surtout d�fensive : �chapper � l�ennemi, lui montrer sans rel�che que les Am�ricains continuent le combat, lancer des coups de main. Washington d�couvre, sans le comprendre clairement, les effets de la gu�rilla. Il saisit en m�me temps toutes les occasions qui s�offrent � lui, profite des erreurs de ses adversaires et convainc ses alli�s fran�ais, en 1781, qu�il faut attaquer imm�diatement les troupes de Charles Cornwallis, enferm�es � Yorktown</p><p>(19 oct.). Il a �t� l�homme de la situation, et son nom m�rite de figurer parmi ceux des grands chefs militaires.</p><p>En d�cembre 1783, Washington</p><p>prend cong� de ses officiers, remet son commandement au Congr�s et d�cide, maintenant que la guerre est finie, de se retirer � Mount Vernon. Malgr� les suggestions de certains, il ne cherche pas � s�emparer du pouvoir : s�il doit choisir un mod�le parmi les h�ros de l�Antiquit�, ce n�est pas Jules C�sar, mais Cincinnatus qu�il imitera. Pour-</p><p>tant, l�heure du repos n�a pas encore sonn�. La Conf�d�ration n�est pas assez forte pour imposer aux �tats une politique ext�rieure commune ou pour emp�cher les diff�rends. La Virginie et le Maryland se querellent � propos de l�utilisation du Potomac ; des conci-liateurs se r�unissent en 1785 chez Washington et d�cident d�appeler les repr�sentants d�autres �tats � d�battre du probl�me de l�Union. La convention a lieu en 1787 � Philadelphie : tout naturellement, les d�bats sont pr�sid�s par Washington, qui donne aux s�ances l��clat de son prestige personnel. Une fois que la nouvelle Constitution est adopt�e, la premi�re �lection pr�sidentielle ne laisse aucun doute : la place revient � Washington. Celui-ci entre dans ses fonctions le 30 avril 1789.</p><p>Le pr�sident</p><p>C�est alors que les difficult�s commencent pour le h�ros de la guerre d�Ind�pendance : il est plus facile, sans doute, de sauver sa patrie que de la gouverner. Si Washington refuse de c�der � la tentation de cr�er � son profit un r�gime monarchique, il s�emploie � renforcer la fonction pr�sidentielle.</p><p>Dans son cabinet si�gent Thomas</p><p>Jefferson*, le d�fenseur de la d�mocratie agraire et des droits des �tats, et Alexander Hamilton, qui voudrait transformer les �tats-Unis en une puissance industrielle et financi�re tout en accroissant l�influence du pouvoir f�d�ral. Entre les deux hommes le conflit �clate : Washington tranche en faveur de Hamilton et des f�d�ralistes. Les jeffersoniens, ou r�publicains-d�mocrates, ne lui m�nagent pas leurs critiques. D�ailleurs, la politique �trang�re accentue encore la division du pays : les jeffersoniens r�clament l�intervention militaire des �tats-Unis aupr�s de la France r�volutionnaire ; les hamiltoniens pr�nent la neutralit� et le rapprochement avec la Grande-Bretagne : une fois de plus, c�est aux seconds que Washington donne raison.</p><p>En 1794, Washington signe avec</p><p>l�ancienne puissance coloniale un trait� qui r�gle le contentieux anglo-am�ricain : il est accus� de brader les int�r�ts des �tats-Unis. Lui qui, en</p><p>1792 a accept�, non sans r�ticences, de remplir un deuxi�me mandat pr�sidentiel, vit quatre ann�es particuli�rement difficiles. Mais il cr�e des pr�c�dents que les �tats-Unis suivront au XIXe s. et dans la premi�re moiti� du XXe s. : dans son discours d�adieu, qu�il fait para�tre en septembre 1796, il recommande � son pays de ne pas souscrire d�alliances permanentes ; il refuse un troisi�me mandat ; il respecte scrupuleusement les termes de la Constitution ; il donne � la pr�sidence une r�alit� politique.</p><p>En 1798, le temps d�une br�ve crise internationale, il est rappel� au commandement en chef des troupes am�-</p><p>ricaines. Mais la retraite, cette fois-ci, a vraiment commenc�. Elle s�ach�ve brutalement : le 14 d�cembre 1799, George Washington meurt � Mount</p><p>Vernon, o� il sera inhum�.</p><p>Apr�s sa mort, les Am�ricains ou-</p><p>bli�rent les attaques dont il fut l�objet et les critiques qui l�avaient assailli de son vivant. Ils ne retinrent que ses hauts faits, n�gligeant � � n�en pas douter � que Washington fut essentiellement l�homme de son temps et de son milieu.</p><p>A. K.</p><p>F �tats-Unis.</p><p>&amp; M. Cunliffe, George Washington, Man and Monument (Boston, 1958 ; trad. fr. George downloadModeText.vue.download 469 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11680</p><p>Washington, l�homme et la l�gende, Seghers, 1966).</p><p>Watson</p><p>(John Broadus)</p><p>F B�HAVIORISME ET PSYCHOLO-</p><p>GIE.</p><p>Watteau (Antoine)</p><p>Peintre fran�ais (Valenciennes 1684 -</p><p>Nogent-sur-Marne 1721).</p><p>Tr�s choy� de son temps par un petit</p><p>groupe d�admirateurs, aur�ol� d�une l�gende romantique par le XIXe s., Watteau demeure de nos jours presque un inconnu malgr� les prix fabuleux atteints par ses toiles ou le moindre de ses dessins. On se perd dans les d�tails parfois contradictoires de sa biographie, dans l�histoire complexe de ses relations, parfois orageuses, avec ses amis, ses condisciples, ses ma�tres et ses protecteurs, complexit� qui refl�te l�instabilit� de son caract�re et de son humeur. Quant � la chronologie de son oeuvre, elle demeure peu assur�e.</p><p>Une carri�re br�ve</p><p>Recensons les �l�ments de certitude.</p><p>N� � Valenciennes, ville fran�aise depuis peu, Antoine est le fils de Jean-Philippe Watteau, ma�tre couvreur et charpentier jouissant d�une certaine aisance. De son fr�re cadet est issue une dynastie de peintres actifs � la fin du XVIIIe s. � Lille. Ses parents semblent avoir encourag� une vocation artistique d�clar�e de bonne heure chez le jeune Antoine, qui est plac� en apprentissage chez diff�rents peintres aujourd�hui obscurs, d�abord � Valenciennes, ensuite � Paris (probablement d�s 1702). Il fr�quente les marchands d�estampes pour parfaire sa culture ; au premier rang de ceux-ci figure alors Pierre II Mariette (1634-1716) [dont le fils, Pierre Jean (1694-1774), devait plus tard poss�der quelques dessins de Watteau]. C�est probablement chez ce dernier que Watteau rencontre Claude Gillot (1673-1722), qui l�invite � venir travailler chez lui. Il doit sans doute � Gillot son go�t du dessin et une partie de son inspiration th��trale. Il reste dans l�atelier de son ma�tre jusque vers 1707-08, puis le quitte en entra�-</p><p>nant son condisciple Nicolas Lan-</p><p>cret, plus tard son �mule, pour entrer chez Claude III Audran*, graveur en renom, alors � concierge � (on dirait aujourd�hui conservateur) du palais du Luxembourg. L�, il admirera profond�ment la galerie de Marie de M�dicis de Rubens* et en fera de nombreuses copies. Audran l�associe � ses travaux officiels pour Meudon et le ch�teau de la Muette, et le jeune Antoine compl�te sa formation en se faisant recevoir comme �l�ve � l�Acad�mie. Il n�obtint, semble-t-il, que le second prix de</p><p>Rome et ne partit jamais pour l�Italie.</p><p>C�est vers 1709 qu�il retourne pour un court interm�de dans sa ville natale et commence � se cr�er une client�le d�amateurs en peignant des sujets militaires pour le marchand Sirois. Il soumet ses premiers tableaux inspir�s du th��tre � l�Acad�mie, qui l�agr�e pour les Jaloux (tableau disparu, connu par la gravure). D�sirant, sous la pression de C. de La Fosse*, l�accueillir parmi ses membres, l�Acad�mie lui laisse le choix de son morceau de r�ception : ce sera, apr�s de longues h�sitations de la part du peintre, toujours peu s�r de lui, le P�lerinage � Cyth�re (1717), une � f�te galante �, genre cr�� pour lui dans la hi�rarchie artistique reconnue par l�Acad�mie (mus�e du Louvre, r�p�tition originale � Berlin).</p><p>En 1719-20, Watteau part pour</p><p>Londres, dans l�espoir d�y faire soigner le mal qui lui sera fatal (la tuberculose ?). Il y rencontre nombre d�artistes fran�ais, qui ex�cutent d�apr�s son oeuvre des gravures dont l�influence sera durable sur l�art anglais (Gainsbo-rough*). De retour � Paris, il fr�quente un groupe d�amateurs s�duits par</p><p>son g�nie : collectionneurs comme le comte de Caylus, Antoine de La Roque ou Jean de Jullienne � qui fera graver, par Boucher* notamment, un recueil de ses plus beaux dessins �, marchands comme Sirois, Mariette ou Gersaint �</p><p>qui tenait boutique sur le pont Notre-Dame et pour qui il peint la fameuse Enseigne (ch�teau de Charlottenburg, Berlin) �, financiers enfin comme Pierre Crozat � qui le loge quelque temps, ce qui permet � Watteau de conna�tre l�admirable collection de son h�te, d�apr�s laquelle il fera des copies dessin�es.</p><p>Le mal du peintre s�aggravant, son ami l�abb� Haranger le fait installer � Nogent-sur-Marne, o� il mourra bient�t, � l��ge de trente-sept ans, apr�s avoir br�l� pour des motifs religieux les tableaux de � nudit�s � encore en sa possession. Gersaint, charg� par lui d�organiser une vente de ses oeuvres, en obtient 3 000 livres, ce qui montre la faveur dans laquelle �tait tenue sa production.</p><p>L�oeuvre et ses th�mes</p><p>On �value aujourd�hui � deux cents environ le nombre des toiles laiss�es par le peintre, toujours d�un format assez restreint, exception faite de l�Enseigne de Gersaint, qui devait servir de � plafond �. Watteau, que Gersaint nous d�-</p><p>crit comme � inquiet et changeant [...]</p><p>entier dans ses volont�s [...] impatient, timide [...] toujours m�content de lui-m�me �, et Crozat comme � toujours long dans ce qu�il fait �, ne signait pas et n�a pour ainsi dire jamais dat� ses toiles. Plut�t que de risquer une chronologie toujours aventureuse, on abordera l�oeuvre dans son ensemble en analysant les th�mes de son inspiration.</p><p>Et tout d�abord il convient de saluer en Watteau l�un des plus grands dessinateurs de tous les temps, qui nous a laiss� des feuilles le plus souvent � la sanguine ou aux trois crayons, tr�s r�v�latrices de sa m�thode de travail, o� il surprend dans un moment de distraction immobile ou de r�veries les personnages qui deviendront les protagonistes de ses � assembl�es galantes �. Laissons la parole � Pierre Jean Mariette : � Il n�a [gu�re] fait que</p><p>[les dessins] qu�il ex�cutait pour les �tudes de ses tableaux ; il les inventait et les reportait de suite sur ses toiles</p><p>[...] � (lettre � Gaburri, 1732) ; � Ils sont d�un go�t nouveau ; ils ont des gr�ces tellement attach�es � l�esprit de l�auteur que l�on peut avancer qu�ils sont inimitables. Chaque figure sortie de la main de cet excellent homme a un caract�re si vrai et si naturel que toute seule elle peut remplir l�attention et n�avoir pas besoin d��tre soutenue par la composition d�un plus grand sujet �</p><p>(Abecedario, VI, p. 122).</p><p>Watteau ne pratiquera pas le</p><p>� Grand Go�t �, c�est-�-dire la peinture d�histoire, mais on ne doit pas l�enfermer dans les limites d�une inspiration unique, celle des � f�tes galantes �. Son sens aigu de l�observation, qui le sert dans ses dessins, il le met en pratique dans un ensemble de sc�nes populaires comme ses Cris de Paris ou ses Savoyards � la marmotte, dessin�s (Florence, Chicago, Rotterdam, Bayonne ; Petit Palais, Paris) ou peints (Leningrad). Les tableaux militaires, pr�c�-</p><p>d�s de nombreux dessins, datent surtout des d�buts de sa carri�re (le Camp</p><p>volant, Moscou ; les D�lassements de la guerre et les Fatigues de la guerre, Leningrad). � l�int�r�t pour l�actualit� s�ajoute le go�t de l�exotisme lorsque le peintre fait poser les membres de l�ambassade persane re�ue � Versailles le 19 f�vrier 1715 : ces figures orientales sont parmi les premi�res d�un long cort�ge de Chinois, de Persans ou d�Indiens, coqueluche des arts et de la litt�rature fran�aise au XVIIIe s. Pris sur le vif, les dessins de Watteau le sont sans aucun doute, mais, au stade du tableau, m�me dans les th�mes de la vie quotidienne, une transposition po�tique s�op�re. Ainsi, l�Enseigne de Gersaint est une vision tout id�alis�e de la minuscule �choppe du marchand : l�extr�me simplicit� de la mise en page, avec sa perspective � en bo�te � et ce premier plan de chauss�e qui donne au spectateur l�impression de rentrer de plain-pied dans le tableau, contribue � la monumentalit� de la toile. Sur le devant, le portrait de Louis XIV, mort quelques ann�es avant l�ex�cution de l�Enseigne, est emball� dans une caisse pleine de paille, symbole d�un r�gne et d�une conception artistique r�volus, laissant la place � un courant nouveau, dont Watteau constitue la charni�re.</p><p>Plus rares sont les sc�nes mythologiques ou les all�gories, qui retiennent moins l�attention de Watteau que le spectacle de la com�die humaine : on lui conna�t cependant quelques chefs-d�oeuvre, comme Jupiter et Antiope (ou Nymphe et Satyre, Louvre), l�Amour d�sarm� (mus�e Cond�, Chantilly), le Jugement de P�ris (Louvre). Les Saisons, peintes pour Crozat (l��t�, Washington), montrent que le peintre pouvait r�ussir aussi bien dans ce genre all�gorique que dans les sujets religieux, inspir�s de ma�tres italiens (le P�nitent, disparu) ou de Van Dyck*</p><p>(Sainte Famille, Leningrad). Watteau s�essaya m�me � la d�coration murale (pour l�h�tel Chauvelin, connue par la gravure).</p><p>La nature, presque toujours pr�sente chez lui et pour ainsi dire le principal protagoniste de ses f�tes galantes, est cependant rarement �tudi�e pour ellem�me : les paysages purs sont exceptionnels tant dans ses dessins que dans ses tableaux (un Paysage pastoral,</p><p>longtemps d�attribution contest�e, au Louvre ; la Bi�vre � Gentilly, Paris, coll. priv�e).</p><p>Mais le v�ritable champ d��tude</p><p>de Watteau, c�est une certaine humanit� oisive, repr�sent�e parfois sous le masque du th��tre, quelquefois m�me caricatur�e (le Singe sculpteur, mus�e d�Orl�ans, grin�ant hommage � la veine satirique de Teniers*). Quelques portraits montrent que le peintre s�inspira de personnages r�els : ainsi le Gentil-downloadModeText.vue.download 470 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11681</p><p>homme, dit autrefois Portrait de M. de Jullienne, r�cemment entr� au Louvre.</p><p>Des nus ont �chapp� � l�holocauste de la fin : la Toilette (Wallace Collection, Londres), la Toilette intime (Paris, coll.</p><p>priv�e), etc. Les figures isol�es (le Donneur de s�r�nade, mus�e Cond�, Chantilly ; le Mezzetin, New York ; la Finette, l�Indiff�rent et le myst�rieux et path�tique Gilles, Louvre ; l�Enchanteur et l�Aventuri�re, Troyes) semblent reprendre, en cadrant l�attention sur un figurant parmi d�autres, promu soudain vedette, les tableaux d�assembl�es galantes.</p><p>La com�die d�amour, c�est d�abord � la sc�ne qu�on nous la joue. Watteau poursuit dans une veine toute personnelle certaines recherches entreprises par son a�n� Gillot � et reprises par son cadet Charles Antoine Coypel*</p><p>�, en tentant d�exprimer par des voies picturales les passions du th��tre. Les acteurs (les Com�diens fran�ais, New York ; l�Amour au th��tre italien, Berlin, tableau nocturne qui doit beaucoup aux ma�tres hollandais ; Coquettes, Leningrad) tiennent, sur une sc�ne qui a souvent un parc pour toile de fond, les r�les que vont reprendre � leur tour les personnages en costume de ville des f�tes galantes.</p><p>Dans une nature agreste, avec des paysans pour h�ros (le D�nicheur de moineaux, �dimbourg ; les Bergers, ch�teau de Charlottenburg, Berlin), quelques sc�nes champ�tres refl�tent une joie de vivre all�gre, toute em-</p><p>preinte de l�esprit des kermesses de Rubens : elles conna�tront avec les</p><p>� bergeries � du milieu du si�cle une post�rit� durable. Dans un cadre bien diff�rent de jardins, de fontaines et de portiques (ceux-ci inspir�s du V�ro-n�se*) conversent des gens de qualit� (les Charmes de la vie, Wallace Collection ; les Plaisirs du bal, Dulwich College, Londres). Les m�mes se</p><p>retrouvent dans une nature autom-</p><p>nale qui n�est plus la campagne, mais une invention abstraite et raffin�e (les Champs-Elys�es, le Rendez-vous de chasse, Wallace Collection ; Assembl�e dans un parc, Louvre ; les Plaisirs d�amour, Dresde). Des statues surgissent parfois d�un bosquet ou d�une clairi�re ; ces divinit�s endormies (les Champs-Elys�es), souriantes (le P�lerinage � Cyth�re) ou inqui�tantes (faune du Gilles) respectent peu les lois du trompe-l�oeil et n�ont gu�re moins de pr�sence charnelle que les humains arr�t�s un instant sous leur protection.</p><p>Ce n�est pas un des moindres charmes de l�univers de Watteau que cette �quivoque constamment entretenue entre la r�alit�, le th��tre et le monde des dieux, g�nies de l�amour et des for�ts.</p><p>Statues ou divinit�s invisibles et pr�-</p><p>sentes, personnages r�els et acteurs du th��tre se m�lent ou se remplacent dans le m�me r�le d�un tableau � l�autre, �voquant un monde en apparence frivole et non sans quelque �go�sme : pas un regard de tendresse n�est �chang� par ces amants dont les yeux semblent ne rien voir que leur propre r�ve int�-</p><p>rieur, berc� par une musique presque toujours pr�sente et charg�e d�intentions symboliques.</p><p>Un accident dans</p><p>l�histoire de l�art</p><p>Watteau est en son temps un ph�no-m�ne isol� qui ne conna�tra jamais que des imitateurs peu originaux : Nicolas Lancret (v. 1690-1743), Jean-Baptiste Pater (1695-1736), de Valenciennes lui aussi. S�il s��carte des voies de la peinture de son si�cle � encore qu�un La Fosse, dans ses dessins et dans ses tableaux, un C. A. Coypel, voire un Nicolas Vleughels (1668-1737) ou un Paul Ponce Antoine Robert (1686-1733)</p><p>aient des temp�raments voisins �, sa peinture est le produit d�une tr�s grande</p><p>culture, non pas historique et litt�raire comme l��tait celle de Poussin*, mais visuelle, acquise chez Crozat ou chez Mariette au contact de l�oeuvre peint et dessin� des plus grands ma�tres. Au premier plan de ces derniers, Rubens.</p><p>Watteau lui empreinte aussi bien des th�mes (les Bergers) que des motifs isol�s (chien s��pu�ant au premier plan de l�Enseigne, repris du Couronnement de Marie de M�dicis), le go�t des paysages dor�s par l�automne et, bien s�r, la couleur. Lorsqu�il parvient � la ma�trise de son art, la vieille querelle qui opposait � l�Acad�mie poussi-nistes et rub�nistes, tenants du dessin et tenants de la couleur, est d�ailleurs d�finitivement apais�e au triomphe de Rubens, et Watteau, ici, ne s�oppose gu�re � son temps. D�autres ma�tres du Nord ont jou� un r�le dans sa formation, de temp�raments aussi oppos�s que Teniers et Van Dyck. Mais l�artiste doit aussi beaucoup aux ma�tres italiens, en particulier aux V�nitiens, fort bien repr�sent�s dans les collections de Louis XIV : la familiarit� avec l�oeuvre de Titien et du V�ron�se est pour beaucoup dans la qualit� vaporeuse de la lumi�re chez Watteau, dans l�ombre color�e des arbres, les glacis de l�eau et des arri�re-plans.</p><p>Mais ce qui distingue Watteau de</p><p>ses pr�d�cesseurs et de ses imitateurs, outre cette invention si personnelle de la f�te galante, dont l�exemple le plus accompli est le P�lerinage � Cyth�re</p><p>� d�s lors qu�on lui restitue son sens, qui est celui d�un d�part de l��le, o�, dans une atmosph�re triste et d�senchant�e, les couples quittent un � un le havre de l�amour, symbole de la vie humaine �, c�est cette myst�rieuse inqui�tude, cette sourde m�lancolie qui perce sous des apparences frivoles.</p><p>Devant la vanit� du r�el, Watteau choisit de se r�fugier dans l�univers po�-</p><p>tique du r�ve : les protagonistes de son th��tre s��vadent dans l�� illusion comique �, les personnages polic�s de ses parcs choisissent une terre enchant�e.</p><p>� l�inverse d�un Chardin*, et par des voies � l�oppos� de celles de Boucher*</p><p>ou de Fragonard* � pourtant, eux</p><p>aussi, � enchanteurs et magiciens �, mais combien plus terre � terre �, il tourne le dos, pour l�essentiel, � la r�alit� quotidienne.</p><p>En fin de compte, l�apparition de Watteau dans l�histoire de l�art a tous les aspects d�un accident : rien ou presque ne l�annon�ait dans la derni�re g�n�ration des peintres de Louis XIV.</p><p>� sa mort, la peinture fran�aise du XVIIIe s. prend un nouveau tournant, et c�est aux fr�res Goncourt* que reviendra le m�rite d�avoir red�couvert le peintre et si finement saisi la place exceptionnelle qu�il occupe en son temps.</p><p>P. R.</p><p>&amp; E. Dacier et A. Vuaflart, Jean de Jullienne et les gravures de Watteau au XVIIIe s. (Soci�t� pour l��tude de la gravure fran�aise, 1921-1929 ; 4 vol.). / H. Adh�mar et R. Huyghe, Watteau, sa vie, son oeuvre (Tisn�, 1950). / K. T. Parker et J. Mathey, Antoine Watteau, catalogue complet de son oeuvre dessin� (de Nob�le, 1957-58 ; 2 vol.). / M. Gauthier, Watteau (Larousse, 1959). / J. Mathey, Antoine Watteau, peintures r�apparues, inconnues ou n�glig�es par les historiens (de Nob�le, 1959). / E. Camesasca, L�Opera completa di Watteau (Milan, 1968 ; trad. fr. Tout l�oeuvre peint de Watteau, Flammarion, 1970). / J. Ferr� (sous la dir. de), Watteau (Ath�na, Madrid, 1973 ; 4 vol.).</p><p>Waugh (Evelyn)</p><p>�crivain anglais (Londres 1903 - Taunton, Somersetshire, 1966).</p><p>L�entre-deux-guerres voit s��pa-</p><p>nouir avec A. Huxley*, G. Orwell</p><p>(1903-1950), A. Wilson (n� en 1913), G. Greene* ou E. Waugh une g�n�-</p><p>ration d��crivains dont la d�ception s�exprime � travers la satire sociale, l�utopie d�sabus�e, le pessimisme, la recherche de quelque chose de permanent � quoi se raccrocher, qui produit des conversions. Pour ces nouveaux proph�tes, maltraiter l�homme ne vise qu�� mieux le sauver. Ainsi prosp�re l�art impitoyable de la satire, dont Waugh se fait le sp�cialiste, en particulier dans ces oeuvres justement c�-</p><p>l�bres et au titre �vocateur : Decline and Fall (1928), Vile Bodies (1930), Black Mischief (1932) ou A Handful of Dust (1934).</p><p>Ancien �tudiant d�Oxford jusqu�en 1924, t�tant successivement de l�art, de l�enseignement, du journalisme �</p><p>et m�me de la menuiserie �, Waugh roule beaucoup sa bosse, � parmi les sauvages et les gens � la mode, et les politiciens et les g�n�raux fous �, et amasse ainsi � assez d�exp�rience pour �crire des romans pendant plusieurs vies �. � commencer par les � travel books � volontairement d�romantis�s (Labels : A Mediterranean Journal, 1930 ; Remote People, 1931 ; Ninety-two Days, 1934 ; Waugh in Abyssinia, 1936 ; Robbery under Law : The Mexi-can Object Lesson, 1939 ; A Tourist in Africa, 1960). Il donne �galement des nouvelles (Mr. Loveday�s Little Outing and Other Sad Stories, 1936 ; Work Suspended and Other Stories Written before Second World War, 1949), des biographies (Rossetti : His Life and Works, 1928 ; Edmund Campion, 1935 ; The Life of the Right Reverend Ronald Knox, 1959), des essais (The Holy Places, 1952) et jusqu�� son autobiographie directe (premier volume de A Little Learning, 1964) ou romanc�e (The Ordeal of Gilbert Pinfold : a Conversation Piece, 1957). Le meilleur de son oeuvre reste toutefois sa partie romanesque. Son observation impitoyable y d�voile un sombre univers sur lequel s�exerce son humour corrosif.</p><p>Temps de la barbarie, de l�anticivilisation, de la corruption, de l��touffement des valeurs du pass� et de la culture sous le modernisme destructeur, voil� la soci�t� telle que la d�couvre Waugh.</p><p>Celle des adultes, des Margot Beste-Chetwynde et des professeurs Silenus, transformant en b�tisses ultra-modernes les v�n�rables vieilles demeures (un des th�mes favoris de Waugh) ou r�vant de d�shumaniser le monde, o� seul r�gne l�argent (Decline and Fall).</p><p>Celle aussi des jeunes, des � bright young people �, d�Adam et de Nina, perdus dans un tourbillon de plaisir et d�ennui o� se dissolvent les notions du Bien et du Mal (Vile Bodies). Tout semble d�r�gl�. Presse extravagante (Scoop, 1938), politique aberrante, valeurs morales qui s�effondrent dans la guerre (Put out More Flags, 1942 ; la trilogie The Sword of Honour : Men at Arms, 1952 ; Officers and Gentle-men, 1955 ; Unconditional Surrender, 1961). M�me le sens de l�au-del� se downloadModeText.vue.download 471 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11682</p><p>d�voie dans d��coeurantes coutumes fun�raires (The Loved One, 1948), et les traditions affaiblies ne r�sistent plus au flot d�vastateur du modernisme (Brideshead Revisited : The Sacred and Profane Memories of Captain</p><p>Charles Ryder, 1945 ; A Handful of Dust, 1934).</p><p>Le conservatisme de Waugh � et,</p><p>pour tout dire, sa couleur d�extr�me droite � se manifeste avec �clat dans ses satires � africaines �. Black Mischief comme Scoop soulignent le fiasco et le chaos qui accompagnent la tentative des peuples neufs pour �chapper � leur �tat. L��crivain ne croit aucunement � la mont�e des jeunes nations noires, et Rose Macaulay pourra qualifier Waugh in Abyssinia de � tract fasciste �. Waugh n�y cache pas en effet sa sympathie pour l�action de Mussolini. Et pourtant il se d�fie des r�gimes totalitaires comme de la civilisation m�canis�e, � technocratis�e �. Il n�envisage pas sans appr�hension l�avenir qu�il peint dans ses � utopies � (Scott-King�s Modern Europe, 1947 ; Love among the Ruins : A Romance of Near Future, 1953). Converti � l��glise romaine en 1930, m�me s�il ne d�peint pas un catholicisme � tout rose � (Brideshead), m�me s�il rejette le mysticisme (Helena), il puise dans l��l�ment rationaliste de la religion une petite raison d�esp�rer, que portent avec eux Crouchback et surtout Helena, � c�t� de ses anti-h�ros vaincus par la vie (Tony Last) ou de ses astucieux aventuriers (Basil Seal). Pourtant, rien n�efface cet humour noir, cette all�gre f�rocit� qui lui attir�rent l�audience de ses contemporains et l�installent en bonne place parmi les ma�tres de la satire de toujours.</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; M. Bradbury, Evelyn Waugh (�dimbourg, 1964). / J. F. Carens, The Satiric Art of Evelyn Waugh (Seattle, 1966).</p><p>Weber (Carl Maria</p><p>von)</p><p>Compositeur allemand (Eutin Holstein, 1786 - Londres 1826).</p><p>La vie</p><p>Son p�re, Franz Anton von Weber,</p><p>ancien officier, dirigeait depuis 1777</p><p>des entreprises th��trales et menait de ce fait une vie itin�rante. Fridolin von Weber, demi-fr�re de Carl Maria, initie celui-ci tr�s jeune � la musique avant qu�il ne devienne en 1796 l��l�ve de Peter Heuschkel pour le piano ; Weber continue ensuite ses �tudes jusqu�en 1800 � Salzbourg, � Vienne et � Munich sous la direction de Johann Michael Haydn* (contrepoint), de Johann Nepomuk Kalcher (1764-1827) [th�orie musicale] et de Johann Evangelist Valesi (1735-1811) [chant]. Dou� pour la lithographie, d�invention r�cente, il apporte quelques perfectionnements � cet art (gr�ce auquel il peut �diter lui-m�me ses Variations pour piano) et s�installe avec sa famille � Freiberg pour exploiter sa d�couverte. Un an plus tard, l�entreprise ayant p�riclit�, nous le retrouvons � Salzbourg, o� il est de nouveau l��l�ve de J. M. Haydn ; le voici en 1802 � Hambourg, puis en 1803 � Augsbourg et enfin � Vienne, o� l�abb� Georg Joseph Vogler (1749-1814) devient son ma�tre ; c�est gr�ce � ce dernier qu�il sera nomm� en 1804</p><p>chef d�orchestre � Breslau, en 1806</p><p>intendant de la musique du prince Eu-g�ne de Wurtemberg � Carlsruhe (auj.</p><p>Pok�j), en Haute-Sil�sie, et peu apr�s ma�tre de musique des filles du prince Louis � Stuttgart. Une � �tourderie � de son vieux p�re, jointe � certaines imprudences financi�res qui le conduisent m�me en prison, lui fait perdre cette place en 1810 ; Weber commence</p><p>alors une carri�re de compositeur dramatique tout en reprenant ses �tudes � Darmstadt avec Vogler.</p><p>En 1811, il s�journe successivement � Munich (o� il fait repr�senter Abu Hassan), � Leipzig, � Berlin et devient passag�rement l�h�te des cours de Gotha et de Weimar. Chef d�orchestre du Th��tre de Prague en 1813, il est charg� par le roi de Saxe d�organiser et de prendre la direction de l�Op�ra de Dresde, dont la fondation vient d��tre d�cid�e (1816). Entre-temps, il fr�quente le cercle berlinois des po�tes antinapol�oniens, � l�intention des-</p><p>quels il �crit ses Chants de guerre ; il continue aussi la r�daction d�un roman autobiographique qu�il n�ach�vera jamais. Il �pouse en 1817 la cantatrice Caroline Brandt et entre la m�me ann�e dans ses nouvelles fonctions ; il s�efforce de contrebalancer les influences italiennes, et le succ�s du Freisch�tz en 1821, suivi de celui d�Euryanthe en 1823, ne tarde pas � affermir sa position nationale. Cependant, son �tat de sant� l�oblige � faire une cure � Marienbad (Mari�nsk� L�zn&#x11B;) en 1824 ; Weber doit cesser toute activit� en 1825 ; une nouvelle cure � Ems entra�ne une r�-</p><p>mission passag�re dont il profite pour achever Oberon, qu�il part diriger lui-m�me � Londres le 12 avril 1826. Six semaines plus tard, la phtisie qui le rongeait inexorablement provoque sa mort. Weber sera enseveli dans la chapelle de Moorfield aux accents du Requiem de Mozart ; en 1844, ses cendres seront transf�r�es � Dresde. Wagner en c�l�bra le retour par une Musique fun�bre et un �loquent discours.</p><p>L�esth�tique</p><p>Pianiste remarquable, dou� d�une</p><p>extraordinaire extension qui lui permettait d�atteindre l�intervalle de douzi�me, Weber a marqu� ses oeuvres pianistiques du sceau de cette technique et de cette virtuosit�. L�esprit de l�orchestre est n�anmoins pr�sent dans toute sa musique de chambre par le souci de la couleur et du timbre, car le style symphonique pr�domine dans toutes ses oeuvres, qui sont essentiellement celles d�un dramaturge-n�.</p><p>C�est au th��tre que Weber a donn� le meilleur de lui-m�me, et Wagner le consid�rait � juste titre comme le plus germanique de tous les musiciens allemands. Le Freisch�tz est le type m�me de l�op�ra romantique par la nature de sa l�gende et par la qualit� de son tour populaire. L�ouverture est d�j� chez Weber une des formes de l�action dramatique, le langage de l�orchestre downloadModeText.vue.download 472 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11683</p><p>renforce celui du drame et le choix judicieux des timbres engendre une atmosph�re po�tique dont les multiples nuances se plient � l�expression du fantastique, de l�hallucinant, de l��trange et du terrible. Dans son oeuvre, o� le comique c�toie le sublime, Weber utilise avec hardiesse toute la gamme des couleurs orchestrales, et peut-�tre est-ce dans l�emploi des cuivres, des cors notamment, que son apport original annonce directement Wagner ; par la tendance au leitmotiv, ce compositeur a r�nov� les structures anciennes tout en contribuant � la formation d�un vocabulaire harmonique largement utilis� par Wagner et ses successeurs.</p><p>Les principales oeuvres</p><p>de C. M. von Weber</p><p>Musique instrumentale</p><p>1. PIANO : 6 fuguettes (1798), 6 variations (1800), 6 pi�ces � 4 mains, 12 allemandes (1801), 6 �cossaises (1802), 7 variations (1807), Th�me vari�, Grande Polonaise (1808), 6 pi�ces � 4 mains (1809), 3 concertos (1810, 1812, 1821), 4 sonates (1812, 1816, 1816, 1822), l�Invitation � la valse (1819).</p><p>2. INSTRUMENTS DIVERS : 1 quatuor, 1 trio, 6 sonatines pour piano et violon, 6 ouvrages pour clarinette (dont 2 concertos) et diff�rentes oeuvres pour fl�te, basson, cor.</p><p>3. ORCHESTRE : 2 symphonies et plusieurs ouvertures.</p><p>Musique vocale</p><p>7 cantates, 3 messes, 2 offertoires et 78 lieder avec accompagnement de piano ou de guitare.</p><p>Musique dramatique</p><p>1. SINGSPIELE : Die Macht der Liebe und des Weins (1798 ; perdu), Das Waldm�dchen (1800), Peter Schmoll und seine Nachbarn (1801), R�bezahl (1804), Silvana (1810), Abu Hassan (1811), Die drei Pintos (1821), Der Freisch�tz (1821), Preziosa (1821), Oberon (1826).</p><p>2. M�LODRAMES : Turandot (1810), le Roi Yn-gurd (1817), Henri IV K�nig von Frankreich (1818), Lieb� um Liebe (1818), Der Sachsen-sohn verm�hlt heute (1822).</p><p>3. OP�RA : Euryanthe (1823).</p><p>G. F.</p><p>&amp; F. W. J�hns, Carl Maria von Weber in seinen Werken (Berlin, 1871). / G. Servi�res, Weber (Laurens, 1907). / W. Saunders, Weber (Londres et New York, 1940 ; trad. fr. Janin, 1947). /</p><p>A. Coeuroy, Weber (Deno�l, 1953). / J. Chanta-voine et J. Gaudefroy-Demombynes, le Romantisme dans la musique europ�enne (A. Michel, 1955).</p><p>Weber (Max)</p><p>�conomiste, sociologue et philosophe allemand (Erfurt 1864 - Munich 1920).</p><p>Ce sont probablement les deux</p><p>conf�rences c�l�bres de Max Weber sur le savant (� la Science comme vocation �) et le politique (� la Politique comme vocation �) qui symbolisent de la mani�re la plus fid�le l�intuition fondamentale dont est issue l�oeuvre immense que constitue l�oeuvre</p><p>web�rienne.</p><p>Au plus haut niveau d�abstraction, cette intuition est celle d�une s�paration radicale du monde de l�action et du monde de la pens�e ou de la connaissance. Alors que, traditionnellement,</p><p>� il suffit de bien juger pour bien faire �, ou encore que � nul n�est m�-</p><p>chant volontairement �, Max Weber se situe dans la tradition d�un Kant pour qui il n�est plus de science de la libert�.</p><p>La sociologie web�rienne se joue</p><p>donc d�embl�e dans un d�cor presque tragique et, en tout cas, pessimiste.</p><p>Dans des formules c�l�bres, Weber montre qu�il rel�ve de l�essence m�me de l�existence politique de se situer dans un univers de valeurs irr�ductible-ment antagonistes, dont, m�me si certaines peuvent �tre jug�es mauvaises, on ne peut, cependant, jamais prouver ni l�invalidit� ni la validit� ; � ainsi, le monde politique est le th��tre d�une</p><p>� lutte inexpiable des dieux �. Il ne faudra pas s��tonner que, dans cet uni-</p><p>vers, auquel le culte des valeurs donne une tonalit� passablement nietzsch�enne, s��l�ve l�homme charismatique comme ce surhomme capable de mettre momentan�ment un peu d�ordre dans le chaos. C�est aussi � l�occasion de cette �vocation que Max Weber</p><p>accule l�homme politique au choix c�l�bre entre l��thique de conviction et l��thique de responsabilit� ; choix qu�il faut comprendre comme un choix entre la morale et les exigences de l�action ; pour Max Weber, l�action politique est d�chirante parce que celui qui a les mains pures n�a pas de mains, tandis que tout politique a les mains sales.</p><p>Malgr� les apparences, on est ainsi conduit au coeur m�me de la sociologie web�rienne, que l�on peut qualifier de science de l�action, de science de l�homme en tant qu�il est un �tre agissant. De telles formules ont plusieurs significations.</p><p>y L�antinomie de l�action et de la connaissance, l�impossibilit� de discerner le choix fondamental qui pr�-</p><p>side � toute action, tout cela fait que la science ne peut plus aider � d�couvrir une quelconque v�rit� des valeurs fondamentales. Bien plus, l�int�r�t du savant pour tel ou tel objet est, � bien des �gards, comparable au choix de l�homme d�action pour tel ou tel objectif, la relativit� aux valeurs est la m�me qu�il s�agisse d�agir ou de comprendre.</p><p>Et cette relativit� se redouble d�autre part de celle qu�elle h�rite de son objet m�me : les actions humaines ne peuvent plus �tre comprises qu�en fonction des valeurs qui les ont command�es.</p><p>Mais, comme le nautonier de Pla-</p><p>ton, qui ne peut jamais savoir s�il doit conduire ses passagers au port mais qui doit seulement savoir comment les y conduire, le savant, qui ne peut jamais dire si un choix est bon, peut au moins dire deux choses ; il peut en dessiner les cons�quences �ventuelles et il peut, d�autre part, placer l�acteur � f�t-ce lui-m�me � en face de son acte et le contraindre ainsi � prendre conscience � la fois de ce qui l�a fait agir et du degr� de validit� de son mobile ou de ses valeurs. En un mot, la science so-</p><p>ciologique devient science des moyens de l�action, d�une part, et connaissance de soi ou lucidit�, d�autre part.</p><p>y Science de l�action, la sociologie est dite � science compr�hensive �, selon l�expression de Max Weber. �</p><p>certains, partisans d�un positivisme d�ailleurs passablement na�f, qui consid�rent que la science de l�homme doit �tre construite � l�image des sciences de la nature, Weber r�pond que l�homme qui agit ne peut �tre �tudi� comme une pierre qui tombe, pr�cis�ment parce que l�homme agit, c�est-�-dire a une volont�, un but, un mobile. Mais, d�autre part, � ceux qui veulent instaurer une compr�hension de l�individu fond�e sur on ne sait quelle participation affective ou quelle sympathie, il r�pond qu�il faut constituer une v�ritable science qui ob�isse aux crit�res d�objectivit�, de contr�le. C�est dire qu�il n�y a aucune connotation psychologique dans la notion de compr�hension. Si l�action est d�finie comme une relation de moyens � fins, comme effet d�une</p><p>volont� choisissant la fin et d�un entendement calculant les moyens qui y sont les plus ad�quats, la compr�-</p><p>hension sera celle de la fin choisie, ensuite la compr�hension des moyens adopt�s pour y parvenir. En un mot, comprendre un acte, c�est comprendre sa rationalit� par rapport � sa fin, et c�est encore cette rationalit� qui servira � comprendre ce qu�il peut y avoir en lui d�irrationnel : il suffira alors de mesurer l��cart par rapport � une rationalit� id�ale. Rien l� que de parfaitement objectif, rien l� de moins psychologique. La science n��limine certes pas la dimension de l�incompr�hensible, qui tient � l�existence de la libert� humaine � et Weber prendra toujours soin de ne parler qu�en termes de probabilit� � mais elle permet de saisir dans cette libert� tout ce qu�elle peut avoir d�intelligible.</p><p>Il reste cependant � comprendre l�action proprement sociale. C�est peut-</p><p>�tre l�originalit� la plus paradoxale de Weber que d�avoir voulu construire la sociologie sur l�individu, le fait social avec le fait individuel, ce qu�il fait en toute nettet� et conscience. Il n�y a rien de plus �tranger � Weber que l�id�e que</p><p>la soci�t� pourrait constituer une entit� sui generis. Pour lui, l��l�ment caract�ristique de l�activit� sociale � r�side dans la relation significative de l�activit� d�un individu � celle d�autrui. La simple similitude du comportement d�une pluralit� d�individus ne suffit donc pas, ni non plus n�importe quelle esp�ce d�action r�ciproque. Ni en fait l�imitation purement comme telle �.</p><p>La soci�t� appara�t ainsi finalement comme un syst�me d�actions ou encore comme un syst�me de significations.</p><p>y Science de la compr�hension, la sociologie s�int�resse donc explicitement au comportement v�cu des ac-</p><p>teurs sociaux : il s�agit de comprendre les hommes tels qu�ils ont �t�, tels qu�ils ont agi et pens�. Mais ce n�est pas que la sociologie s�en tienne l�.</p><p>Car, au-del� de ce qui, dans un comportement, est susceptible d��tre interpr�t� en termes de rationalit�, il y a tout ce qui est susceptible de provoquer des effets intelligibles, mais pas n�cessairement conscients ; il y a ce que l�acteur croit faire et il y a ce qu�il fait. On ne s��tonnera donc pas de voir Weber se mettre � l��cole de Nietzsche, de Freud ou de Marx. La sociologie est � son plus haut niveau la reconstitution de la logique sous-jacente des ph�nom�nes sociaux ;</p><p>elle trouve son point de d�part dans les actions v�cues des hommes, dont il faut retrouver le sens, mais elle s�attache � retrouver comment ces actions, au-del� de la conscience des acteurs, tissent la trame d�un devenir qu�ils ignorent. L�homme est comme downloadModeText.vue.download 473 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11684</p><p>une taupe dans l�histoire, disait d�j� Hegel. � ce compte, Weber est bien de ceux qui, en derni�re analyse, estiment que l�homme ne sait pas ce qu�il fait � de sorte que c�est la t�che sp�cifique du sociologue que d��tre l�accoucheur des soci�t�s et de pratiquer sur elles cette �trange et toute nouvelle ma�eutique.</p><p>C�est � ce titre qu�il pr�ne la</p><p>construction de ce qu�il appelle des</p><p>types id�aux. C�est le plus rationnel qui contribue � la compr�hension du moins rationnel, le plus intelligible qui autorise, ne serait-ce qu�en permettant de d�terminer l��cart, � comprendre le moins intelligible. Le type id�al n�est autre que cet instrument de recherche, qui est encore comme un lointain �cho du kantisme : l�ordre n�est pas dans les choses ; c�est l�esprit qui l�y met. Il n�y a pas de faits sociaux, il n�y a que des interpr�tations sociologiques. Et il ne peut y avoir d�autres g�n�ralisations, d�autre science du g�n�ral, que l��laboration des types les plus g�n�raux � partir de types particuliers ou plus concrets. C�est ainsi que l�exp�rience du sociologue lui permet de construire ces concepts g�n�raux et abstraits que sont par exemple les types de l�action sociale (action rationnelle par rapport � un but, action rationnelle par rapport � une valeur, action affective, action traditionnelle) ou les types de domination politique (charismatique, traditionnelle, rationnelle-l�gale). Il n�y a pas de loi en sociologie, il n�y a que des types d�action sociale.</p><p>y Enfin, on ne s��tonnera pas que cette science de l�action individuelle soit une science historique ou une science dont le lien � l�histoire est extr�mement �troit. Toute action</p><p>humaine est, d�une certaine mani�re, unique � et ce n�est pas une des</p><p>moindres originalit�s de Weber que d�avoir voulu constituer la science de l�unique. Et qu�est-ce que l�histoire, sinon une collection d��l�ments uniques ? L�histoire fournit ses mat�-</p><p>riaux � la sociologie � et l�histoire est cela m�me que la sociologie doit comprendre.</p><p>C�est ainsi que la sociologie web�-</p><p>rienne va se d�velopper en deux directions essentielles.</p><p>Weber, nostalgique de la politique, a d�abord donn� � la sociologie politique un certain nombre de ses concepts essentiels, sur lesquels elle continue � vivre et � prosp�rer, comme les concepts de bureaucratie, de type de domination, qui comptent parmi les concepts web�riens les plus c�l�bres.</p><p>Sociologue de sa soci�t�, Weber y voit d�autre part surtout une soci�t� o�</p><p>les rapports humains sont de plus en plus rationalis�s, rationalisation qui correspond tant � une domination de l��conomie, activit� rationnelle par excellence, qu�� un d�senchantement du monde, c�est-�-dire � un d�p�rissement de la tradition, incarn� particuli�rement par la religion. Et c�est pourquoi l�essentiel des recherches web�riennes est orient� vers l��tude des rapports entre styles d�activit� �conomique et conceptions religieuses. Ainsi Weber a-t-il montr� que l�esprit d�asc�tisme d�velopp� par le puritanisme calviniste favorisait �trangement la recherche purement asc�tique du rendement et du profit qui caract�rise le d�veloppement �conomique. Proph�te de son temps, il retrouve � sa mani�re la question de tous les sociologues modernes : la soci�t� industrielle peut-elle �riger l�industrie en fin supr�me des actions humaines ?</p><p>C. P.</p><p>&amp; R. Aron, la Sociologie allemande contemporaine (Alcan, 1936 ; nouv. �d., P. U. F., 1950) ; les �tapes de la pens�e sociologique (Gallimard, 1967). / M. Weinreich, Max Weber, l�homme et le savant (Vrin, 1938). / R. Bendix, Max Weber : an Intellectual Portrait (New York, 1960). / J. Grosclaude, la Sociologie juridique de Max Weber (Universit� de Strasbourg, 1961). /</p><p>J. Freund, la Sociologie de Max Weber (P. U. F., 1966) ; Max Weber (P. U. F., 1969). / J. A. Prades, la Sociologie de la religion chez Max Weber (Nauwelaerts, Louvain, 1967). / L. Cavalli, Max Weber : religione e societ� (Bologne, 1968). /</p><p>M. Weyembergh, le Volontarisme rationnel de Max Weber (Palais des Acad�mies, Bruxelles, 1972).</p><p>La vie et l�oeuvre de Max</p><p>Weber</p><p>1864 Naissance � Erfurt.</p><p>1882-1886 �tudes � Berlin, � Heidelberg et � T�bingen.</p><p>1889 Doctorat de droit avec une th�se sur l�Histoire des entreprises commerciales au Moyen �ge.</p><p>1891 Th�se sur l�Histoire agraire romaine et sa signification pour le droit public et priv�.</p><p>1892 Rapport sur la Situation des ouvriers</p><p>agricoles � l�est de l�Elbe. Obtient un poste � la facult� de droit de Berlin.</p><p>1894-1897 Professeur d��conomie politique � Fribourg.</p><p>1897 Nomm� professeur � l�universit� de Heidelberg.</p><p>1904 Dirige, avec Werner Sombart (1863-1941), les Archiv f�r Sozialwissenschaft und Sozialpolitik.Voyage aux �tats-Unis.Publie un essai sur l�Objectivit� de la connaissance dans les sciences et la politique sociales (die</p><p>� Objektivit�t � sozialwissenschaftlicher und sozialpolitischer Erkenntnis).</p><p>1905 Publie dans les Archiv l�essai Die protestantische Ethik und der Geist des Kapi-talismus (l��thique protestante et l�esprit du capitalisme), qui sera repris en 1920 dans les Gesammelte Aufs�tze zur Religionssoziologie.Int�ress� par l��volution politique en Russie, entreprend plusieurs essais sur ce th�me.</p><p>1909 Cofondateur de la Deutsche Gesellschaft f�r Soziologie (association qu�il quittera d�s 1912).Entreprend la r�daction d��conomie et soci�t�.Publie les Rapports de production dans l�agriculture du monde antique (Agrarverh�ltnisse im Altertum).</p><p>1916-17 Remplit diverses missions officieuses en Belgique, en Autriche et en Hongrie.</p><p>1917 Entreprend la r�daction de Das antike Judentum (le Juda�sme antique), qui sera repris en 1920-21 dans les Gesammelte Aufs�tze zur Religionssoziologie.</p><p>1918-19 Donne � Munich, au cours de l�hiver r�volutionnaire 1918-19, les deux conf�rences Politik als Beruf et Wissenschaft als Beruf (trad. fr. le Savant et le politique, Paris, 1959), respectivement reprises dans les Gesammelte politische Schriften (1921) et les Gesammelte Aufs�tze zur Wissens-chaftslehre (1922).</p><p>1919 Nomm� professeur � Munich, fait partie de la commission charg�e de r�diger la Constitution de Weimar.</p><p>1920 Mort � Munich.</p><p>1920-21 Gesammelte Aufs�tze zur Religionssoziologie (3 vol. ; trad. fr. �tudes de</p><p>sociologie de la religion : t. I ; l��thique protestante et l�esprit du capitalisme, 1964 ; t. III, le Juda�sme antique, 1971).</p><p>1921 Gesammelte politische Schriften.</p><p>1921-22 Wirtschaft und Gesellschaft (2 vol. ; trad. fr. �conomie et soci�t�, Paris, t. I, 1971).</p><p>1922 Gesammelte Aufs�tze zur Wissens-chaftslehre (trad. fr. partielle Essais sur la th�orie de la science, Paris, 1965).</p><p>1923 Wirtschaftsgeschichte.</p><p>1924 Gesammelte Aufs�tze zur Soziologie und Sozialpolitik.Gesammelte Aufs�tze zur Sozial- und Wirtschaftsgeschichte.</p><p>Webern (Anton)</p><p>Compositeur autrichien (Vienne 1883 -</p><p>Mittersill 1945).</p><p>Il appartient, avec Arnold Sch�n-</p><p>berg*, son ma�tre, et Alban Berg*, son ami, � la fameuse � trinit� � de l��cole de Vienne*.</p><p>Fils d�un ing�nieur des mines, le jeune Anton von Webern (il renoncera tr�s t�t � la particule) se destine tout d�abord � la musicologie ; il participe � des travaux sur Heinrich Isaak (compositeur de la fin du XVe s. � la cour des M�dicis) qui lui vaudront en 1906 le titre de docteur de l�universit� de Vienne. En 1902, il est l��l�ve, pour l��criture, de Guido Adler (1855-1941). De 1904 � 1908, il �tudie la composition avec Sch�nberg.</p><p>� partir de 1908, il exerce les fonctions de chef d�orchestre de th��tre en Autriche et en Allemagne. Engag� volontaire dans l�arm�e autrichienne pendant la Premi�re Guerre mondiale, il est bient�t r�form�. Apr�s la guerre, il est nomm� directeur des Wiener Arbeiter-Symphonie-konzerte (poste qu�il occupera de 1922 � 1934) et chef d�orchestre � la radio de Vienne (1927). Vers 1933, il commence � enseigner en priv�.</p><p>Sous le r�gime nazi, sa musique,</p><p>jusque-l� fort peu jou�e, est interdite.</p><p>En 1941, on retrouve Webern correcteur d��preuves dans une grande maison d��ditions musicales viennoise.</p><p>Sa disparition, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, passe inaper�ue, en d�pit de circonstances tragiques : le compositeur est abattu dans son jardin, victime d�une erreur, par un soldat am�ricain.</p><p>Anton Webern a peu compos� ; mais chacune de ses oeuvres est le produit d�une concentration maximale. On ne peut gu�re, comme on le fait g�n�ralement pour Berg et Sch�nberg, classer sa production en p�riodes distinctes.</p><p>Les oeuvres ant�rieures aux Lieder, op. 17 (1924), o� il se sert pour la premi�re fois de la technique de la s�rie invent�e par Sch�nberg, sont d�esprit s�riel avant la lettre : elles ressemblent par plus d�un aspect aux oeuvres de la maturit� et par d�autres caract�res les pr�figurent.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, les premi�res oeuvres se signalent par leur grande bri�vet�. Le Choeur, op. 2, dure deux minutes et demie ; les Bagatelles, op. 9, mises bout � bout, durent moins de quatre minutes ; l�une des Cinq Pi�ces pour orchestre, op. 10, n�a que sept mesures. C�est l��poque de la � petite forme �. Plus tard, les oeuvres de Webern deviennent plus longues, sans jamais renier le parti pris de concision qui leur est propre.</p><p>Les pi�ces vocales et chorales</p><p>tiennent une grande place dans le catalogue de Webern. De 1915 � 1925, le musicien n��crit m�me que des Lieder et des oeuvres destin�es � la voix, o� celle-ci est trait�e dans un style disjoint, assez instrumental. Peut-�tre les textes de ces pi�ces l�aident-ils � lutter contre l�abstraction qui envahit sa musique. Mais Webern revient p�riodiquement � la musique de chambre : trio, quatuors, Concerto pour neuf instruments. Ici s�affirment de plus en plus son sens de la g�om�trie sonore, son refus de toute expression sentimentale et son m�pris de la virtuosit�. De downloadModeText.vue.download 474 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11685</p><p>m�me, les Variations, op. 27, unique oeuvre pour le piano, rejettent tout ap-</p><p>parat et ne cherchent que la plus pure int�riorit�.</p><p>Lorsque Webern �crit pour l�or-</p><p>chestre, il �vite tout emp�tement symphonique par l�individualisation extr�me des instruments. Ne craignant pas le sous-emploi instrumental, il obtient une clart�, une t�nuit� du tissu polyphonique qui na�t de l��parpille-ment des sons. Si son oeuvre donne une impression de fragilit�, celle-ci r�sulte moins de la bri�vet� des morceaux que de cette texture pointilliste. Le principe de la � Klangfarbenmelodie � (m�lodie de timbres), h�rit� de Sch�nberg, est ici beaucoup mieux adapt� aux exigences d�une esth�tique, parce qu�� l�organisation des couleurs sonores Webern joint, par l��tude des registres, une organisation de l�espace musical.</p><p>Webern n�est pas un compositeur</p><p>� r�volutionnaire �, � la mani�re d�un Var�se ou d�un Cage. Comme Sch�nberg et comme Berg, il est �pris de tradition ; mais il va plus loin qu�eux dans l�exploration du monde atonal, qui succ�de, dans les oeuvres viennoises du d�but de ce si�cle, au syst�me tonal h�rit� du classicisme. Il est le premier � comprendre que l�atonalisme ne peut co�ncider avec les th�mes lyriques et les longs d�veloppements m�lodiques h�rit�s du romantisme, et que la polyphonie dissonante ne peut s�ins�rer dans le monde des formes classiques.</p><p>Ce qu�il instaure, c�est le r�gne de la discontinuit�. Les intervalles disjoints, les cellules m�lodiques bris�es par le silence ou l�espace, il les int�gre � un contrepoint rigoureux, son unique type d��criture. Certes, on le voit employer les proc�d�s s�culaires du canon, du mouvement contraire et du mouvement r�trograde, du Spiegelbild (miroir), et se r�f�rer aux arch�types de la forme sonate classique ou de la structure binaire baroque, mais c�est pour en donner une interpr�tation nouvelle ; mieux, Webern les reconstruit � un niveau d�abstraction plus �lev�. C�est ce qui a permis de comparer son oeuvre � celle d�un Klee ou d�un Mondrian.</p><p>Dans un commentaire des Varia-</p><p>tions pour orchestre, op. 30, Webern d�crit son syst�me de composition.</p><p>� Le th�me des Variations est con�u de mani�re p�riodique, mais il a un</p><p>caract�re � introductif �. L�oeuvre enti�re correspond � la forme d�une</p><p>� ouverture �. [...] Tout ce qui se passe dans ce morceau repose sur les deux motifs �nonc�s, aux premi�re et deuxi�me mesures, par la contrebasse et le hautbois. Mais on peut r�duire encore davantage, car le second motif est d�j� r�trograde en lui-m�me : les deux derniers sons forment la r�trogradation des deux premiers. � Extr�me condensation de la pens�e et du discours, ath�matisme g�om�trique, r�f�rence lointaine (explicit�e par les guillemets) aux mod�les classiques : l�essentiel de Webern est l�.</p><p>� En Webern, �crit Stravinski, nous saluons non seulement un grand compositeur, mais aussi un v�ritable h�ros.</p><p>Condamn� � une faillite totale, dans un monde sourd, vou� � l�ignorance et � l�indiff�rence, il continua � tailler sans rel�che ses �blouissants diamants</p><p>[...]. �</p><p>L�influence posthume de Webern</p><p>devait �tre aussi soudaine et d�cisive que sa carri�re avait �t� grise et confidentielle. Clairement d�sign� par le jeune Pierre Boulez comme le plus important des Trois Viennois, Webern fut, pendant les quinze ou vingt ann�es qui suivirent sa mort, le ma�tre � penser de la jeune �cole s�rielle.</p><p>Les oeuvres principales de</p><p>Webern</p><p>Pour orchestre</p><p>Passacaille, op. 1 (1908)</p><p>Six Pi�ces, op. 6 (1910)</p><p>Cinq Pi�ces, op. 10 (1911-1913)</p><p>Symphonie de chambre, op. 21 (1928) Variations pour orchestre, op. 30 (1940) Musique instrumentale et de chambre Cinq Pi�ces pour quatuor � cordes, op. 5</p><p>(1909)</p><p>Six Bagatelles pour quatuor � cordes, op. 9 (1913)</p><p>Trio � cordes, op. 20 (1927)</p><p>Quatuor, op. 22 (1930)</p><p>Concerto pour neuf instruments, op. 24</p><p>(1934)</p><p>Variations pour piano, op. 27 (1936) Quatuor � cordes, op. 28 (1938)</p><p>Cantates</p><p>Das Augenlicht, op. 26 (1935)</p><p>Premi�re Cantate, op. 29 (1939)</p><p>Seconde Cantate, op. 31 (1941-1943) Lieder</p><p>Op. 3 (1908), 4, 8, 12, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 23, 25 (1935).</p><p>Transcriptions</p><p>Ricercare de l�Offrande Musicale de J. S. Bach ; Danses allemandes de Schubert ; Symphonie de chambre de Sch�nberg.</p><p>A. H.</p><p>F S�rielle (musique).</p><p>&amp; R. Leibowitz, Sch�nberg et son �cole (Janin, 1946) ; Introduction � la musique de douze sons (l�Arche, 1949). / A. Hodeir, la Musique depuis</p><p>Debussy (P. U. F., 1961). / H. Moldenhauer et D. Irvine (sous la dir. de), Anton von Webern : Perspectives (Seattle, 1966). / C. Rostand, Anton Webern (Seghers, 1969).</p><p>Wedekind (Frank)</p><p>Auteur dramatique allemand (Hanovre 1864 - Munich 1918).</p><p>Fils d�un m�decin qui avait �t� dans sa jeunesse d�put� au Parlement de Francfort en 1848 et d�une actrice hongroise, Wedekind a fait jouer sa premi�re pi�ce en 1889, la m�me ann�e que Vor Sonnenaufgang (Avant le lever du soleil), qui fit conna�tre Gerhardt Hauptmann*, le chef de file des naturalistes. Mais Wedekind a men� une existence capricieuse et vari�e : souvent journaliste, un temps chef de publicit� d�une firme industrielle, puis secr�taire d�un directeur de cirque et r�dacteur, d�une fa�on plus durable, du journal satirique Simplicissimus. La plupart de ses personnages touchent, d�une fa�on ou d�une autre, � la boh�me, dont le centre, en Allemagne, �tait Munich, si�ge de la r�daction de Simplicissimus et o� le quartier de Schwabing r�unissait peintres, journalistes �pisodiques, dilettantes des lettres, acteurs avec ou sans emploi, non loin de l�universit� et en marge d�une capitale royale qui vivait tout autrement.</p><p>Dans le th��tre de Wedekind, une opposition se retrouve partout entre deux familles de personnages : les bourgeois et les gens de la boh�me. Plus lucides que les bourgeois, cyniques ou id�alistes, ceux-ci diff�rent entre eux, mais ils ont en commun de n��tre li�s par rien, de n�avoir ni anc�tres, ni descendants, ni obligations, ni interdits : des � hommes libres �, petits-cousins, peut-�tre d�g�n�r�s, de ceux auxquels avait r�v� Friedrich Nietzsche, dont les ouvrages commen�aient � �tre lus.</p><p>Comme la premi�re pi�ce notable de Frank Wedekind, l��veil du printemps (trag�die enfantine) [Fr�hlings Erwa-chen, 1891] a pour sujet les troubles et les drames de la pubert�, on voit que Wedekind annon�ait le freudisme au th��tre et que, rejoignant Freud et Nietzsche, il puisait aux sources m�me du XXe s.</p><p>L��veil du printemps n�est pas une pi�ce tragique � la mani�re classique, mais une revue, une suite de sc�nes o� sont pr�sent�s des adolescents, presque des enfants, tant�t dans des complications brutalement tragiques, puisqu�une fille de quatorze ans meurt � en sc�ne</p><p>� pour avoir essay� d�avorter, tant�t dans des tableaux lyriques, provocants lorsqu�il s�agit des gar�ons entre eux, romantiques et sensuels pour les amoureux : � Tout est si beau. Les montagnes rougeoient ; les grappes m�res sont � port�e de nos l�vres, et le vent du soir caresse les rochers comme le fr�lement enjou� d�un jeune chat �</p><p>(H�nschen, dans l��veil du printemps).</p><p>� l�autre bord, la � bourgeoisie �, re-pr�sent�e par des parents qui ne voient rien, des ma�tres qui parlent trop pour voir quoi que ce soit : figures fig�es et insistantes, qu�on n�appelait pas encore</p><p>� r�pressive �. La fin de la pi�ce suscite une figure masqu�e, all�gorie de la vie.</p><p>Tout dans cette pi�ce, comme dans le th��tre de Wedekind en g�n�ral, est dans le dialogue, avec des discussions violemment contrast�es, des r�-</p><p>pliques lanc�es sans trop chercher � se convaincre, sorties d�un r�ve ou bien d�une m�thode. Chacun, dans son registre, garde une attitude arr�t�e. Rares sont ceux qui pourraient �voluer. La plupart font l�effet de r�les de composition, comme des abstractions r�alis�es. La premi�re pi�ce de Wedekind, publi�e en 1889, portait un sous-titre r�v�lateur : � Grande Farce avec des caract�res tragi-comiques originaux �.</p><p>La figure la plus connue de ce th��tre est une femme, celle qui domine la pi�ce (trag�die) intitul�e l�Esprit de la terre (Der Erdgeist, 1895). Elle s�appelle Lulu ; elle incarne une f�minit� d�vorante, qui tyrannise les m�les.</p><p>Lulu, en effet, li�e successivement � trois hommes, les � liquide � l�un apr�s l�autre, comme Horace avait fait des Curiaces, dans une autre trag�die : le vieux docteur Goll meurt le premier, d�apoplexie, ce que son �ge pourrait expliquer ; le peintre Schwarz, qui lui succ�de, se tranche la gorge ; le troisi�me meurt d�une balle de revolver, tir�e par Lulu elle-m�me. Le crescendo ne pouvait gu�re aller au-del� et il �te � la pi�ce tout caract�re r�aliste. Lulu,</p><p>tout juste encore humaine, vit comme une Barbe-Bleue femme, dans un univers tragi-comique, peupl� de marionnettes et d�ombres, chacune figurant une vari�t� de la � bourgeoisie �, c�est-�-dire de l�existence convention-downloadModeText.vue.download 475 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11686</p><p>nelle. En 1903, la seconde �dition de la m�me pi�ce s�intitulait Lulu, po�me dramatique en deux parties. Premi�re partie : l�Esprit de la terre. La parodie de Goethe est sensible d�s le titre qui est repris de Faust, et le personnage de Lulu veut �tre une modernisation de l��ternel f�minin, � qui revient, chez Goethe, le dernier mot de la trag�die. Modernisation romantique, car Lulu rappelle les � esprits �l�mentaires �, aim�s par Clemens Brentano, H. Heine* et Richard Wagner* ; modernisation d�j� freudienne, car tout se passe dans un univers de pulsions et de discours compensatoires.</p><p>Dans le registre masculin, le pendant de Lulu est le Marquis de Keith, (Der Marquis von Keith), dont il existe deux versions, l�une de 1901, l�autre de 1907. Lui est fait de calculs froidement rationnels et il prom�ne un sourire m�phistoph�lique dans le monde des affaires o� il op�re. On cite volontiers sa maxime : � Parler de p�ch� est une fa�on grandiloquente de parler d�une mauve affaire. � Mais, dans l�univers de Wedekind, le m�le, plus calcul�, montre moins de d�termination que la femme. Au bout du compte, en effet, Keith, quand il est pris � son propre jeu, est sur le point de tourner vers lui le canon de son revolver, mais il se ravise, fait la pirouette et demeure dans la vie, qui est, dit-il, � comme un toboggan �. Il compte y faire encore quelques glissades. Si Lulu appelait la comparaison avec Freud, Keith est l�immoraliste parodi�, avec une d�sinvolture qui lui donne un air � fin de si�cle �.</p><p>Dans les oeuvres compl�tes de We-</p><p>dekind (9 volumes, 1912-1921), il y a aussi des po�mes et des nouvelles, qui ont eu du succ�s, mais surtout une</p><p>longue s�rie de pi�ces, dont les plus connues sont : la Bo�te de Pandore (Die B�chse der Pandora, 1904, puis 1906), o� Pandore incarne l�amour, avec tout ce qu�il apporte aux humains ; la Danse macabre (Totentanz 1906) ; la Censure (Die Zensur 1908) ; la Mort et le Diable (Tod und Teufel, 1909) ; le Roi Nicolo (K�nig Nicolo) ou Ainsi va la vie (So ist das Leben, 1911).</p><p>D�autres pi�ces �voquent des figures de l�gende : Till Eulenspiegel (1916), Herakles (1917) et m�me, en 1916, un Bismarck, assez peu historique.</p><p>Vivant de spectacles, vivant sa</p><p>propre vie comme un spectacle, Wedekind a tir� de l�oubli des auteurs comme Lenz*, qu�il mit au programme du cabaret des Onze Bourreaux en 1901. Il a fait resurgir dans le th��tre � post-schill�rien �, puis naturaliste une forme de discours, des proc�d�s et des �motions venus de plus loin, qui renouent avec des auteurs comme B�chner*. Il a m�l� dans ses pi�ces le r�citatif, le dialogue cru du cabaret pour faire un th��tre obscur � force d�hyperlucidit�, qui brouille � vouloir d�masquer, qui vit d�abstractions et de contrastes.</p><p>P. G.</p><p>Wedgwood</p><p>(Josiah)</p><p>C�ramiste anglais (Burslem, Staffordshire, 1730 - Etruria, pr�s de Burslem, 1795).</p><p>La fa�ence fine, qui fit, � la fin du XVIIIe s., une remarquable fortune, est la cr�ation du ma�tre c�ramiste Josiah Wedgwood. Celui-ci exer�ait la profession de potier, imprimant au pied le mouvement du tour, quand, � la suite d�un accident, il subit l�amputation d�une jambe. Il se fit �mailleur et fabriqua des manches de couteaux jasp�s que mirent en vogue les couteliers de Sheffield et de Birmingham. Le succ�s lui permit de fonder en 1760 un atelier de c�ramique produisant des pi�ces de go�t rocaille. Mais d�j� le classicisme palladien, introduit dans l��le par l�architecte Christopher Wren* et le critique Horace Walpole, �clipsait le formulaire d�riv� de Juste Aur�le Meissonnier. Wedgwood �tait entre-</p><p>prenant. D�s 1762, il organisait � Brick House une manufacture o� s��labora la poterie cream-coloured, que la reine Charlotte mit en vogue en commandant au ma�tre un service de table.</p><p>Cette poterie* n�est pas une fa�ence*</p><p>(argile rev�tue d�un �mail stannif�re).</p><p>C�est un verniss�, form� d�une argile tr�s blanche que Wedgwood additionna de poudre de silex calcin� et gla�a d�une couverte plombif�re transparente. Le probl�me �tait d�obtenir des pi�ces de vaisselle de m�me calibrage, sans gauchissement. Wedgwood le r�-</p><p>solut en inventant le pyrom�tre, petit ob�lisque de m�me composition que les pi�ces enfourn�es, qui s�affaisse quand se trouve atteinte la temp�rature de fusion de la gla�ure. Par une �troite lunette vitr�e m�nag�e dans la paroi du four, on surveille son comportement, pour arr�ter � temps l�alimentation des feux.</p><p>Le succ�s obligea Wedgwood �</p><p>d�velopper sa production de fa�on industrielle. Celui-ci cr�a en 1768, pr�s de la rivi�re de la Trent, une v�ritable cit� manufacturi�re, qui compta bient�t quelque 20 000 praticiens et qu�il nomma d�un nom significatif, Etruria : on croyait �trusques, � cette �poque, les vases grecs d�couverts en �trurie</p><p>� qui participaient � la transformation du go�t. Il produisit des gr�s rouges analogues � ceux du Staffordshire, qu�il remit en faveur, puis des �maux simulant les m�taux, des gr�s noirs dits � basaltes �, � d�coration peinte, des pi�ces d�cor�es sur le premier �tat de d�gourdi suivant un proc�d� de d�calque qu�il acheta au peintre John Sadler et vulgarisa. Enfin, � partir de 1785, il eut un immense succ�s avec ses d�cors en relief � la mani�re antique �</p><p>� cam�es � d�argile blanche et mate sur fond de couleur �, dont le sculpteur n�o-classique John Flaxman (1755-1826) fournit quelque 2 300 mod�les.</p><p>Le trait� de commerce franco-an-</p><p>glais de 1786 introduisit massivement cette production en France, y entra�-</p><p>nant la d�confiture de nombre de fabriques, mais aussi la cr�ation des vingt-huit ateliers qui produisaient en 1795, quand s��teignit leur inventeur, les fa�ences fines � anglaises �.</p><p>G. J.</p><p>&amp; W. B. Honey, Wedgwood Ware (Londres, 1948). / E. J. D. Warrillow, History of Etruria, Staffordshire, England, 1760-1951 (Hanley, 1952).</p><p>Wehrmacht</p><p>Nom donn� de 1935 � 1945 � l�en-</p><p>semble des forces arm�es du IIIe Reich allemand. (Ce mot allemand signifie</p><p>� force de d�fense �.)</p><p>Employ� par Hitler dans Mein</p><p>Kampf comme par le g�n�ral Wil-</p><p>helm Groener (1867-1939) dans un</p><p>ordre du jour de janvier 1930 mettant l�arm�e en garde contre les nazis, le terme de Wehrmacht correspond au</p><p>vieux concept germanique du peuple en armes (v. arm�e). H�riti�re de la Reichswehr, qui avait d�sign� les forces allemandes constitu�es dans les limites fix�es en 1919 par le trait� de Versailles, la Wehrmacht dispara�t en 1945 avec la capitulation sans condition sign�e au nom de l�Allemagne par ses deux chefs, le mar�chal Keitel et le g�n�ral Jodl.</p><p>De la Reichswehr</p><p>� la Wehrmacht</p><p>(1933-1935)</p><p>� Ce dont je suis peut-�tre le plus fier, d�clare Hitler � Munich le 8 novembre</p><p>1936, [...] c�est non seulement de ne pas avoir d�truit la Reichswehr, mais d�en avoir fait en moins de quatre ans downloadModeText.vue.download 476 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11687</p><p>le cadre d�une nouvelle arm�e populaire allemande [...]. � La Wehrmacht se pr�sente comme une synth�se des deux forces parall�les et souvent oppos�es de l�Allemagne moderne : le courant h�rit� de la Prusse, incarn� par le grand �tat-major de Moltke* et prolong� gr�ce au g�n�ral Hans von Seeckt (1866-1936) par la Reichswehr,</p><p>� rocher sur lequel l��tat repose �, et la composante populaire de la grande Allemagne et du pangermanisme. Cette derni�re id�e avait �t� reprise apr�s la d�faite de 1918 par les corps francs et transmise avec la caution de Ludendorff* aux SA, les fameuses milices brunes du parti nazi, dont le capitaine R�hm �tait devenu en 1933 le tout-puissant chef d��tat-major.</p><p>Cette synth�se, Hitler ne l�a pas r�alis�e sans mal : il sait qu�il doit son entr�e � la chancellerie du Reich � la Reichswehr, qui, d�abord tr�s hostile avec Groener, son ministre de 1928 � 1932, a, au contraire, compos� avec Kurt von Schleicher (1882-1934), le g�n�ral politique par excellence, qui s�est cru capable de diviser, puis de disloquer de l�int�rieur le parti nazi.</p><p>Mais l�arm�e repr�sente une telle force politique en Allemagne qu�apr�s avoir pris le pouvoir le 30 janvier 1933 Hitler doit, � son tour, composer avec celle qui est l�alli�e respect�e et exigeante du nouveau r�gime. Les cadres, qu�animent une conscience professionnelle �prouv�e, un certain m�pris de la politique et une r�pugnance a priori pour l�� agitateur bavarois �, sont tous p�n�-</p><p>tr�s de la volont� d�effacer la d�faite de 1918. Gr�ce � l�habilet� de l��tat-major et notamment � l�aide four-</p><p>nie par l�U. R. S. S., les fondements d�une renaissance militaire sont d�j� pos�s tant en ce qui concerne l��tude et l�exp�rimentation des armements que la pr�paration d�une mobilisation industrielle. Aussi le haut commandement accueille-t-il avec faveur le nou-</p><p>veau chancelier, qui, d�s le 3 f�vrier 1933, lui fait conna�tre sa d�cision de s�affranchir de toutes les entraves du Diktat de Versailles et de r�tablir par le service militaire obligatoire une grande arm�e allemande. Le 21 mars suivant, en pr�sence du nouveau ministre de la Reichswehr, le g�n�ral von Blomberg, et devant le tombeau de Fr�d�ric II � Potsdam, le salut respectueux de Hitler au vieux mar�chal Hindenburg*, pr�-</p><p>sident du Reich, cherche � sceller en une nouvelle l�gitimit� le lien entre la grande tradition prussienne et la r�volution nazie.</p><p>Avant de s�engager plus loin, l��tat-major, qu�incarnent aux c�t�s de Blomberg les g�n�raux von Fritsch et Beck, commandant en chef et chef d��tat-major de l�arm�e, entend obtenir de Hitler l��limination du pouvoir exorbitant de R�hm et de son arm�e de SA, dont l�effectif atteint 3 millions d�hommes au d�but de 1934. C�est contre la promesse formelle de sa liquidation (op�-</p><p>r�e par les SS de Himmler dans la nuit sanglante du 30 juin 1934) que l�arm�e conclura d�finitivement avec le parti une alliance qui se transformera peu � peu en vassalisation. Le 1er mai 1934, les militaires acceptent d�arborer la croix gamm�e sur leur uniforme, et, au lendemain de la mort de Hindenburg (ao�t), le haut commandement cautionne la r�union, entre les mains de Hitler, des fonctions de chancelier et de chef de l��tat : Blomberg, Fritsch et l�amiral Raeder pr�tent serment au F�hrer en tant que chef supr�me et unique des forces arm�es allemandes.</p><p>1935-36, la constitution</p><p>de la nouvelle</p><p>Wehrmacht</p><p>Hitler prenant directement en main les affaires militaires, les �v�nements vont s�acc�l�rer. Le 16 mars 1935, le F�hrer signe le d�cret constitutif de la Wehrmacht, rendant � l�Allemagne sa libert� totale en mati�re d�armement, annon�ant le service obligatoire et la cr�ation d�une arm�e de 36 divisions en 12 corps d�arm�e. Ce d�cret est compl�t� par une loi organique qui �tablit les modalit�s du service dans la Wehrmacht, � force arm�e et �cole d��ducation militaire du peuple alle-</p><p>mand �. Le terme de Reichswehr dispara�t, et son ministre devient le ministre de la Guerre du Reich. Sous les ordres du F�hrer, commandant supr�me de</p><p>la Wehrmacht, ce dernier (Blomberg) en exerce le commandement effectif par les chefs des trois arm�es qui lui sont subordonn�s. � c�t� de l�arm�e de terre (Heer) et de la marine appara�t au m�me rang la Luftwaffe, nouvelle arm�e de l�air, dont G�ring est nomm� commandant en chef avec</p><p>pour adjoint le g�n�ral Erhard Milch.</p><p>Elle rassemble autour des as de 1918</p><p>(Udet, Sperrle) les jeunes (Galland) d�j� group�s dans les organisations de sport a�rien du parti et coiffe non seulement les unit�s a�riennes, mais celles de D. C. A. et les a�roport�es. La personnalit� encombrante de son chef, qui a en permanence l�acc�s direct du F�hrer, lui donne une place de choix dans la nouvelle Wehrmacht. Quant � la marine, elle s�appr�te � rena�tre au grand jour gr�ce � l�accord naval du 18 juin 1935, par lequel Londres a l�imprudence d�autoriser le nouveau Reich � construire une flotte de guerre �gale � 35 p. 100 du tonnage de la flotte britannique (420 000 t). Le 15 octobre 1935, en pr�sence du vieux mar�chal August von Mackensen (1849-1945) et de Seeckt, l�Acad�mie de guerre, sanctuaire de la pens�e militaire allemande, supprim�e par le trait� de Versailles, est rouverte. Au m�me moment et � l�instigation de Guderian* sont cr��es les trois premi�res divisions blind�es, et, en novembre, l�incorporation des premiers conscrits augmente brutalement les effectifs. Les 300 000 hommes de la Reichswehr de 1933 deviennent</p><p>800 000 dans la Wehrmacht au d�but de 1936 et 1 500 000 � la fin de cette ann�e, apr�s que la dur�e du service a �t� port�e � deux ans.</p><p>1936-1939, en marche</p><p>vers la guerre</p><p>Alors qu�il aurait fallu plusieurs ann�es � l��tat-major allemand pour � dig�-</p><p>rer � un tel programme de r�arme-</p><p>ment, Hitler entend passer aussit�t � l�action. Le 7 mars 1936, c�est la r�occupation de la rive gauche du Rhin par la Wehrmacht, dont la fragilit� aurait command� le repli imm�diat face � la moindre r�action militaire de la France</p><p>et de la Grande-Bretagne. � la fin de l�ann�e, c�est la constitution de la � Legion Condor �, destin�e � s�engager en Espagne parmi les troupes de Franco.</p><p>Elle permettra aux Allemands de tester au combat leurs avions et leurs blind�s, et de mettre au point, notamment pour l�aviation d�assaut (Stuka � Ju 87 �), une doctrine d�emploi dans la coop�ration avec les forces terrestres.</p><p>Absorb� par sa t�che proprement</p><p>militaire, le commandement voit diminuer sans cesse son influence politique � l�int�rieur du Reich. Au contraire, la mainmise de Hitler s�accentue sur les arm�es, que le parti, et notamment Himmler, veut cantonner dans un r�le de stricte ex�cution de la politique du F�hrer. Cette �volution se traduit par un changement de personnes et par la nouvelle organisation qui, d�cr�t�e le 4 f�-</p><p>vrier 1938, durera jusqu�en 1945. Pour �carter Blomberg et Fritsch, Hitler n�h�site pas � user de proc�d�s de basse police ; � leur suite, il met � la retraite une douzaine de g�n�raux (dont leur doyen Rundstedt) qui auraient pu �tre des opposants en puissance. Le minist�re de la Guerre est supprim� et remplac� par un commandement sup�rieur de la Wehrmacht (Oberkommando der Wehrmacht ou OKW), dont le chef, le g�n�ral Keitel, a rang de ministre et ne rel�ve que de Hitler ; ses adjoints sont le g�n�ral Jodl, chef de l��tat-major de commandement de la Wehrmacht</p><p>(Wehrmachtf�hrungsstab), et le g�n�-</p><p>ral W. Warlimont, tous deux hommes de seconde main, mais, comme leur chef, totalement d�vou�s au F�hrer, en qui ils voient le restaurateur de la grande Allemagne. � la t�te de l�arm�e de terre, Fritsch est remplac� par Brauchitsch, dont l��tat-major (OKH), plus ind�pendant d�esprit, est install� avec Beck � Zossen, au sud de Berlin, o�, � la Bendlerstrasse, si�ge l�OKW.</p><p>� peine cette r�organisation est-</p><p>elle mise en place que la Wehrmacht entre en Autriche (mars 1938) et re�oit l�ordre de pr�parer l�annexion des Sud�tes. Le 16 juillet 1938, Beck, tr�s lucide, met en garde par �crit son chef Brauchitsch contre l�aventure dans laquelle il laisse s�engager l�Allemagne et d�missionne le 18 ao�t apr�s avoir re�u un ordre d�ob�issance aveugle �</p><p>Hitler. Le g�n�ral Franz Halder (1884-1972), qui le remplace le 27 ao�t, est d�concert�, comme tous ses camarades, par les accords de Munich. Cessant d�s lors toute vell�it� d�opposition, s�duit par le g�nie du F�hrer et en particulier par la conclusion, le 23 ao�t 1939, de l�alliance germano-sovi�tique, qui lui est ch�re, le haut commandement se consacre � la mise au point de la guerre �clair. L�entr�e � Vienne et � Prague n�en constitue encore que des r�p�titions avant la magistrale d�monstration donn�e par la Wehrmacht avec la conqu�te de la Pologne en septembre 1939. Deux mois apr�s, le 23 novembre, sachant les r�ticences de ses g�n�raux � appliquer le m�me sch�ma � la France, Hitler les convoque et, au cours d�une improvisation dont il a le secret, r�ussit � les fanatiser et � leur faire prendre malgr� eux la responsabilit� de la campagne de l�Ouest : � Nous sommes dans la situation d�sir�e depuis soixante ans de ne pas devoir faire la guerre sur deux fronts [...] il faut en profiter [...] je ne reculerai devant rien et j�an�antirai tous ceux qui seront contre moi. �</p><p>Hitler commandant</p><p>supr�me</p><p>La guerre �clair (1940-1942)</p><p>Conscient de personnifier le principe du chef (F�hrerprinzip), r�gle de responsabilit� exclusive autant qu�exigence d�ob�issance absolue, Hitler tiendra sa promesse ; de 1940</p><p>� 1945, son emprise s�accentuera sur le commandement de la Wehrmacht,</p><p>downloadModeText.vue.download 477 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11688</p><p>de plus en plus r�duit � un simple r�le d�ex�cutant.</p><p>Si, en Pologne (1939) et en France (1940), il laisse la direction des op�-</p><p>rations � Brauchitsch, commandant en chef de l�arm�e (OKH), il intervient � plusieurs reprises dans leur pr�paration comme dans leur d�roulement. Ce sont les fameux � ordres de Hitler � (Hit-lersbefehle), qui � tombent � brutale-</p><p>ment sur le haut commandement, que ce soit le 25 mai 1940 en stoppant les Panzer devant Dunkerque ou le 21 ao�t 1941 en donnant priorit� � la conqu�te de l�Ukraine sur celle de Moscou. Au cours de ces deux ann�es de succ�s spectaculaires, dus � la qualit� indiscutable du commandement de l�arm�e, Hitler doit encore m�nager celui-ci.</p><p>Pour s�imposer, il joue toutefois de la dualit� des hautes instances militaires que sont l�OKH et l�OKW, la premi�re, h�riti�re du grand �tat-major prussien qu�il jalouse et m�prise tout � la fois, et l�OKW de Keitel, � sa � cr�ation, qui, en dehors de lui, ne poss�de aucun pouvoir de d�cision.</p><p>Sans doute, apr�s la victoire sur la France, qui est un peu � sa � victoire sur les pr�visions timor�es de ses g�n�-</p><p>raux, comble-t-il ceux-ci d�honneurs en annon�ant au Reichstag le 19 juillet 1940 la cr�ation de douze mar�chaux.</p><p>Sans doute confie-t-il encore en 1941</p><p>� Brauchitsch la responsabilit� du front russe, mais, d�s avril 1940, il a inaugur�, avec la campagne de Norv�ge, la formule d�un th��tre d�op�rations directement subordonn� � Keitel et � Jodl... c�est-�-dire � lui-m�me. Il en sera de m�me d�sormais de tous les fronts ext�rieurs : Balkans, Afrique, France et m�me Finlande.</p><p>Cette dualit� ne pouvait qu�engendrer la confusion quand on pense � l�importance de l�enjeu comme des moyens mis en oeuvre : 3,3 millions d�hommes engag�s par l�OKH sur le front russe en juin 1941 sur un total de 7,2 millions pour l�ensemble de la Wehrmacht. La confusion s�accro�tra encore lors de la premi�re grave crise de commandement n�e en d�cembre</p><p>1941 de l��chec de la Wehrmacht</p><p>devant Moscou. Pour masquer sa responsabilit�, engag�e par son ordre du 21 ao�t (priorit� � l�Ukraine), Hitler cong�die avec Brauchitsch, dont il accepte la d�mission, Rundstedt, Leeb, Fedor von Bock (1880-1945), Guderian, Erich Hoepner et plusieurs autres g�n�raux, auxquels il impute ainsi la d�convenue d�une d�faite qui scelle le sort de la campagne et peut-�tre celui de la guerre. La situation qui en r�sulte est particuli�rement �quivoque. Hitler ne donne pas de successeur � Brau-</p><p>chitsch, mais prend le 20 d�cembre 1941 sous sa coupe directe, en plus de celui de Jodl � l�OKW, l��tat-major op�rationnel de l�OKH, que dirige avec une rare comp�tence le g�n�ral Halder.</p><p>Cette premi�re crise de la Wehr-</p><p>macht survient au moment o� le</p><p>commandement, qui assure pourtant avec rigueur (l�Abwehr militaire et la Gestapo de Himmler emploient des</p><p>m�thodes analogues) la charge des territoires �trangers occup�s, commence � avoir des difficult�s avec leurs populations. C�est une occasion pour le parti d�intervenir en compromettant la Wehrmacht pour la d�poss�der ensuite.</p><p>Le 7 d�cembre 1941, Keitel signe sous le timbre de l�OKW la sinistre ordonnance Nacht und Nebel, prescrivant au commandement militaire de remettre � la Gestapo tous ceux � qui intentent � la s�curit� de la Wehrmacht �, qui dispara�tront dans les camps de concentration*. En France, quelques mois plus tard (1er juin 1942), le commandement est dessaisi, au profit de Himmler, de tous les probl�mes de police et de s�curit�.</p><p>Le tournant de 1943</p><p>Alors que les interventions du F�hrer demeurent �pisodiques sur les th��tres ext�rieurs, elles se font de plus en plus pesantes et tatillonnes sur le front de l�Est, dont il entend diriger en d�tail toutes les op�rations depuis son quartier g�n�ral de Rastenburg, en Prusse orientale. Durant l��t� de 1942, l�aventure, tr�s au-dessus de ses moyens, dans laquelle il engage la Wehrmacht en direction de Stalingrad* provoque le 9 septembre le cong�diement du mar�-</p><p>chal List, chef du groupe d�arm�es du Don, et le 24 la d�mission du g�n�ral Halder, dont l�autorit� et la comp�-</p><p>tence ont conserv� un r�le �minent � l��tat-major g�n�ral de l�arm�e. Le remplacement de Halder par le g�n�ral Kurt Zeitzler (1895-1963), cautionn� par G�ring et par le parti, consacre l�effacement d�finitif du haut commandement dans la conduite d�une guerre dont Hitler porte seul d�sormais la totale responsabilit�. Pour renforcer encore son autorit�, le F�hrer retire � Zeitzler et rattache directement � lui le bureau qui g�re les g�n�raux et le personnel d��tat-major de l�arm�e de</p><p>terre.</p><p>Commenc�e avec la capitulation de Stalingrad, l�ann�e 1943 voit la Wehrmacht chass�e d�Afrique, l�ch�e par l�Italie, contrainte, apr�s la bataille de Koursk, � un repli strat�gique sur le Dniepr, incapable de s�opposer � l�offensive a�rienne alli�e sur le Reich et en passe de perdre la guerre sous-marine dans l�Atlantique. Sur tous les fronts, l�initiative lui �chappe d�finitivement. En d�pit d�un sursaut national r�pondant � l�exigence, publi�e par les Alli�s � Casablanca, d�une capitulation sans condition, cette s�rie de revers se r�percute dans tous les secteurs de la guerre et annonce d�j� la d�faite finale.</p><p>y Les effectifs. Le 13 janvier 1943, Hitler proclame la guerre totale et charge Fritz Sauckel (1894-1946) de r�soudre avec des �trangers (r�quisitionn�s, prisonniers, d�port�s...) le probl�me de la main-d�oeuvre afin de lib�rer le maximum d�Allemands pour la Wehrmacht, dont l�effectif passe de 8,3 millions en 1942 � 9,5 millions en 1943. En effet, alors qu�en mai 1941 celle-ci n�avait pas encore perdu 100 000 hommes, les</p><p>batailles du front de l�Est ont caus� des pertes irr�parables. Pour pallier dans l�arm�e un d�ficit croissant en effectifs (73 divisions, dont 7 Panzer, an�anties de Stalingrad � mai 1944), on a recours � divers exp�-</p><p>dients. Sous le nom de Hilfswillige, 320 000 volontaires russes servent en 1943, � raison de 2 000 par division, dans la Wehrmacht, o� sont, en outre, recrut�s des bataillons lev�s parmi les minorit�s ethniques (Cosaques, Arm�niens, Turkm�nes, G�orgiens,</p><p>Baltes, etc.) de l�U. R. S. S. Command�es par le g�n�ral allemand</p><p>Hans K�string, ces unit�s, appel�es Osttruppen, rassemblent � la fin de 1943 370 000 hommes, employ�s</p><p>comme troupes d��tapes (front russe) ou d�occupation (notamment en</p><p>France). Au m�me moment, l�effec-</p><p>tif des Waffen-SS, unit�s militaires aux ordres de Himmler et mises par le parti � la disposition de la Wehrmacht, a, lui aussi, augment�. Alors qu�en 1940 ils ne sont que 50 000 volontaires, les Waffen-SS se recrutent � partir de 1942 dans les appel�s du</p><p>contingent, et leur nombre passe de 230 000 hommes (7 divisions) en 1942</p><p>� 450 000 hommes (12 divisions) en 1943 pour atteindre 830 000 hommes (21 divisions, dont 6 Panzer) en 1945</p><p>sans que varie pour autant l�effectif des v�ritables SS servant dans leurs rangs (environ 60 000 hommes).</p><p>Enfin, pour compenser le retrait du front russe des divisions italiennes et de la division espagnole, les alli�s du Reich reconstituent les unit�s fournies � l�OKW, qui dispose � la fin de 1943</p><p>de 9 divisions roumaines, de 5 hongroises, de 2 slovaques et de 3 croates, tandis que 14 divisions finlandaises se battent de fa�on ind�pendante contre l�U. R. S. S.</p><p>y La Luftwaffe. � cet effort, l�OKW</p><p>associe la Luftwaffe, qui, en 1942-43, met sur pied 22 divisions de campagne, lesquelles, apr�s des fortunes diverses, sont transf�r�es � l�arm�e de terre le 1er novembre 1943. Mais, dans son domaine propre, l�aviation allemande conna�t aussi bien des d�-</p><p>boires. Apr�s avoir surestim� l�efficacit� de ses bombardiers engag�s contre l�Angleterre en 1940, G�ring ne sait pas tirer la le�on de cet �chec en concentrant ses efforts sur une puissante d�fense a�rienne � base de chasseurs, qui, seuls, auraient pu s�opposer � la sup�riorit� a�rienne croissante des Alli�s. La rupture d��quilibre s�av�re d�finitive en 1943, o� les avions alli�s attaquent impun�-</p><p>ment les centres vitaux du Reich (Ludwigshafen, Hambourg, Berlin, etc.).</p><p>L�aveuglement de Hitler bloque la r�volution technique qu�aurait pu apporter � la chasse le moteur � r�action mis au point par Messerschmitt sur le</p><p>� Me-262 �, qui, d�s juillet 1942, r�alisait des performances (866 km/h � 9 000 m) sup�rieures � celles de tous les avions alli�s. Le F�hrer, qui ne croit qu�aux bombardiers, retarde la construction de cet appareil : il atten-dra la fin de 1943 pour ordonner celle de 3 000 chasseurs, et ce n�est qu�en ao�t 1944, quand il sera trop tard, que les premiers intercepteurs � Me-262 �</p><p>seront engag�s au combat. Peut-�tre Hitler a-t-il enfin reconnu l�incapacit� de G�ring, qui avait conduit au suicide, en novembre 1941, un de ses adjoints, le g�n�ral Ernst Udet (n� en</p><p>1896), chef des services techniques, puis, en ao�t 1943, le g�n�ral Hans Jeschonnek (n� en 1899), chef d��tat-major de la Luftwaffe, rendu responsable de l�incapacit� de l�aviation � ravitailler Stalingrad.</p><p>� partir de 1944, malgr� une pro-</p><p>duction acc�l�r�e, la Luftwaffe a perdu toute ma�trise de l�air dans le ciel d�Allemagne et, le 6 juin 1944, ne peut engager plus de 80 chasseurs en Normandie*. L�illusion des nouvelles armes dites � de repr�sailles � (Vergel-tungswaffen), les V 1, V 2, Schmetter-ling..., anc�tres des missiles*, �labor�es en 1943 et en 1944 par l�ing�nieur Wernher von Braun dans la station de Peenemunde, n�emp�chera pas</p><p>l�an�antissement de la Luftwaffe. On ne peut oublier toutefois la valeur de ses pilotes, dont les as ont surclass� tous leurs adversaires (107 d�entre eux downloadModeText.vue.download 478 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11689</p><p>ont d�pass� 100 victoires) [v. aviation et chasse].</p><p>y La Kriegsmarine. Pour elle, l�an-n�e 1943 est celle du remplacement, le 31 janvier, comme commandant en chef, de l�amiral Raeder par l�amiral D�nitz*, commandant des sous-</p><p>marins. Cette mutation, traduisant l�espoir de Hitler en une d�cision par l�arme sous-marine, interve-nait au moment pr�cis o� le tonnage construit par les alli�s devenait sup�-</p><p>rieur � celui qui �tait coul� par les</p><p>� U-Boot �. Apr�s un dernier gros succ�s en mars, la guerre sous-marine s�effondrait en avril-mai du fait de la ma�trise totale de l�air par les Alli�s dans l�Atlantique. � Les pertes sont trop �lev�es, �crit D�nitz au F�hrer le 31 mai, il s�agit maintenant d��pargner nos forces. � Le bilan de 1943</p><p>sera s�v�re : 237 sous-marins perdus (dont 37 en mai) pour 207 entr�s en service.</p><p>Ce retour � la strat�gie de 1917 soulignait l�incapacit� de Hitler � diriger la guerre sur mer. Apr�s avoir construit � grands frais une puissante flotte de sur-</p><p>face de 1935 � 1940 (avec le Scharn-horst et le Gneisenau, de 26 000 t, le Bismarck et le Tirpitz, de 40 000 t, achev�s en 1941, comptaient parmi les navires les plus modernes de l��poque), l��tat-major allemand n�en tira que peu de profit. Quand cette flotte fut neutralis�e ou disparut sous les coups des Al-li�s, l�OKW fonda sa confiance sur les performances techniques de nouveaux sous-marins (types � XXI � et � Walter �), qui, s�ils furent remarquables, intervinrent trop tard pour influer sur la d�cision. En outre, leur construction hypoth�qua au service de la marine des moyens industriels consid�rables (60 p. 100 de la production �lectrique du Reich), dont on aurait eu grand besoin pour d�autres types d�armement (v. sous-marin).</p><p>Le putsch de 1944 et la fin de la Wehrmacht</p><p>Alors que les �v�nements de 1943 n�ont fait que durcir l�attitude de Hitler, ils ont ouvert les yeux de la majorit� des g�n�raux de haut rang. Mesurant la gravit� de la situation au moment o� se pr�cise la menace d�un second front en France, la plupart d�entre eux sont exc�d�s de l�inquisition pointilleuse de l�OKW, qui, domin� par la seule intuition du F�hrer, ignore la r�alit�.</p><p>� la fin de 1943, plusieurs d�marches sont envisag�es pour obtenir de Hitler (qui, de surcro�t, est malade) une r�-</p><p>forme du haut commandement. � Berlin, le mar�chal von Kluge, revenant du front russe, en a parl� avec Beck et Carl-Friedrich Goerdeler (1884-1945), ancien bourgmestre de Leipzig. Guderian, plus proche du parti et encore subjugu� par Hitler, qui l�a rappel� le 1er mars 1943 comme inspecteur des blind�s, intervient dans le m�me sens aupr�s de Goebbels et tente m�me en janvier 1944 une conversation directe avec le dictateur. L��chec de ces tentatives renforce l�opinion de ceux qui pensent que le seul moyen pour le Reich d��viter la catastrophe est de se d�barrasser de son F�hrer, op�ration de force que seule la Wehrmacht est � m�me de r�ussir.</p><p>Pour Hitler, qui ne croit plus en personne qu�en lui-m�me, seul compte le fanatisme, qu�il s�agit d�insuffler �</p><p>son peuple et d�abord � la Wehrmacht.</p><p>S�duit par l�exemple des commissaires politiques de l�arm�e rouge, le F�hrer cr�e, par sa directive du 22 d�cembre 1943 sur l��ducation nationale socialiste dans la Wehrmacht, un corps d�officiers choisis parmi les cadres du parti (Nationalsozialistische F�hrungsoffi-ziere) charg�s de faire passer l�id�ologie nazie dans l�arm�e, ce � quoi le commandement s�est toujours oppos� jusqu�alors.</p><p>C�est dans ces conditions de malaise interne que survient le d�barquement de Normandie* du 6 juin 1944, qui, aggravant la situation strat�gique, va pousser les conjur�s � agir. Le 20 juillet, c�est l�attentat contre Hitler, perp�tr� au P. C. de la � Wolfsschanze �</p><p>(Repaire du Loup) � Rastenburg par le colonel von Stauffenberg avec l�appui ou la complicit� de nombreux g�n�raux pr�ts � soutenir le gouvernement projet� par Goerdeler avec le mar�chal von Witzleben et le g�n�ral Beck. L��chec du putsch se solde par une r�pression sauvage, o� disparaissent � c�t� des conjur�s plusieurs grands chefs de la Wehrmacht (Canaris, Hoepner, Kluge, Rommel*, H. von St�lpnagel, soit au total 22 g�n�raux pendus et 58 suicid�s). Par un raffinement o� s�expriment le m�pris et la haine de Hitler, les inculp�s militaires, avant d��tre transf�r�s au Tribunal du peuple, sont chass�s de la Wehrmacht par une cour d�honneur o�, sous la pr�sidence du mar�chal von Rundstedt, si�gent Keitel et Guderian.</p><p>y La derni�re Wehrmacht. Le soir</p><p>du 20 juillet, Hitler �carte Zeitzler et appelle Guderian � l�OKH comme chef d��tat-major de l�arm�e. C�est ce dernier qui pr�sidera � la derni�re reconstitution d�une arm�e qui, apr�s avoir perdu 106 divisions au cours de l�ann�e 1944, devra d�fendre les fronti�res du Reich, attaqu�es sur deux fronts, dont seul, celui de l�Est, rel�ve de sa responsabilit�, alors que le front fran�ais, comme l�Italie et les Balkans, d�pend de Jodl et de Keitel � l�OKW.</p><p>Dans ce dernier effort, Guderian doit sans cesse composer avec le parti. Non seulement les militaires adoptent le salut nazi, mais l�Abwehr passe sous</p><p>la coupe directe de son pire ennemi, le Reichsf�hrer SS Himmler, que Hitler met en outre � la t�te de l�arm�e de l�int�rieur (Ersatzheer), puis du groupe d�arm�es de la Vistule (24 janv. -</p><p>20 mars 1945). Pour faire nombre et lib�rer pour le front l�Ersatzheer, le F�hrer d�cr�te le 25 septembre 1944</p><p>la formation du Volkssturm, sorte de lev�e en masse, op�r�e par le parti, de tous les non-mobilis�s : jeunes de 16 � 19 ans, vieux de 50 � 60 ans, condamn�s, r�cup�r�s constituent 45 divisions populaires, tandis que les Hitlerjugend de 14 � 16 ans sont engag�s dans la d�fense du territoire ; 25 divisions de</p><p>� grenadiers du peuple � et 15 brigades blind�es SS renforcent l�arm�e de campagne, qui, au lendemain de l�ultime offensive de Rundstedt dans les Ardennes, o� elle a engag� 800 chars, rassemble 292 grandes unit�s du nom de divisions mais de type, d�effectif et de valeur tr�s disparates. � cette date, la Luftwaffe aligne encore 1 300 chasseurs et commande une d�fense a�-</p><p>rienne au sol de 40 000 canons servis par plus de 700 000 hommes.</p><p>Toutes ces troupes se battront de fa�on coordonn�e jusqu�� la fin mars 1945, date � laquelle, au lendemain de l�arriv�e des divisions sovi�tiques � Bautzen et � K�strin, et des forces am�ricaines � Francfort-sur-le-Main, Hitler renvoie Guderian (le 28) et le remplace nominalement par le g�n�-</p><p>ral Hans Krebs. Ensuite, il ne s�agira plus que de combats fractionn�s, mais, jusqu�au bout, l��norme machine de guerre allemande tournera tant dans le domaine des fabrications d�armement que dans celui de la recherche scientifique, o� beaucoup pensent que les savants allemands �taient proches, en 1945, d�exp�rimenter une explosion nucl�aire sans poss�der toutefois les moyens de l�exploiter militairement.</p><p>Le 29 avril, avant son suicide, Hitler a d�sign� l�amiral D�nitz pour son successeur. C�est ce dernier qui autorisera les ultimes redditions et surtout la capitulation g�n�rale, sign�e sur son ordre le 7 mai � Reims par le g�n�-</p><p>ral Jodl, qu�il venait de nommer chef d��tat-major g�n�ral de la Wehrmacht.</p><p>Ce document pr�figurait l�acte solennel de capitulation des forces allemandes</p><p>sign� le 8 mai � Berlin par le mar�-</p><p>chal Keitel, le g�n�ral Hans-J�rgen Stumpff (1889-1968) [au nom de la Luftwaffe] et l�amiral Hans-Georg von Friedeburg (1895-1945) [au nom de la Kriegsmarine].</p><p>Le 9 mai 1945 �tait publi�, sous le timbre du quartier g�n�ral du grand amiral D�nitz, le dernier communiqu� de l�OKW : � Depuis minuit, les armes se taisent sur tous les fronts. Sur ordre du grand amiral, la Wehrmacht a cess� un combat devenu sans issue. �</p><p>downloadModeText.vue.download 479 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11690</p><p>Quelques donn�es</p><p>sur les forces terrestres</p><p>(Heer)</p><p>La guerre �clair</p><p>1939 - mars (avant mobilisation) : 51 div.</p><p>(1), dont 5 bl. (1) ;</p><p>- septembre : 106 div., dont 7 bl. et 4 mot.</p><p>(1), soit : Pologne 58 (dont 7 bl.), Ouest 43, int�rieur 5.</p><p>1940 - mai : 157 div. (dont 10 bl. et 7 mot.), soit : Ouest 136 (dont 10 bl. avec 2 574 chars), Scandinavie (2) 8, Est 10, int�-</p><p>rieur 3 (v. France [campagne de].</p><p>1941 - juin : 209 div., dont 21 bl., 14 mot.</p><p>(5 de Waffen-SS), soit : Est 149 (dont 19 bl.</p><p>avec 3 682 chars), Scandinavie 13, Ouest 38, Balkans 7, Afrique 2 bl. avec 350 chars.</p><p>Pertes du 1er septembre 1939 au 1er juin 1941 : 93 700 tu�s et 3 400 disparus.</p><p>1942 - juillet : 233 div., dont 25 bl., 15 mot., 1 de cav. (1) [7 de Waffen-SS], soit : Est 178, Finlande 5, Scandinavie 13, Balkans 5, Ouest 29, Afrique 3. (Pour l�arm�e de campagne : 3,9 millions d�hommes, dont 2,8 sur le front russe. � ce total s�ajoutent sur ce front les divisions des pays alli�s du Reich : 26 roumaines, 11 italiennes, 13 hongroises, 2 slovaques, 1 croate, 1 espagnole.) Chars en service le 1er juillet : 3 471</p><p>(plus 2 192 p�rim�s).</p><p>Le tournant</p><p>1943 - juillet : 277 div., dont 23 bl., 21 Pzgren. (3), 1 de cav. (12 de Waffen-SS et 22</p><p>de la Luftwaffe), soit : Est 187 (dont 16 bl.</p><p>et 12 Pzgren., mais non compris les divisions alli�es), Finlande 7, Scandinavie 17, Ouest 44, Italie 7, Balkans 15. Pertes de d�cembre 1942 � f�vrier 1943 (Stalingrad) : 117 000 tu�s et 182 000 disparus.</p><p>La guerre sur deux fronts</p><p>1944 - juin : 285 div., dont 31 bl., 16 Pzgren., 3 de cav. (21 de Waffen-SS et 6 de la Luftwaffe), soit : Est 157 (dont 19 bl.</p><p>et 7 Pzgren.), Finlande 7, Balkans 25</p><p>(soit 55 p. 100 + 2,5 p. 100 + 8,8 p. 100 =</p><p>66,3 p. 100 contre les Sovi�tiques), Ouest 54 (dont 9 bl.), Italie 27, Scandinavie 15.</p><p>Arm�e de campagne le 1er juillet : 4 millions d�hommes, dont 2,16 sur le front russe et 0,9 sur le front ouest. Chars en service le 1er juin : 5 481 (dont 2 544 � Tiger � et</p><p>� Panther �), plus 1 660 p�rim�s.</p><p>1945 - janvier : env. 292 (?) div. incompl�tes et disparates (21 de Waffen-SS), soit : Est et Balkans 156, Ouest 80, Italie 26, divers 30. Chars en service le 1er mars : env.</p><p>5 500.</p><p>Bilan 1939-1945</p><p>Les pertes humaines d�nombr�es par l�OKW se montent du 1er septembre 1939</p><p>au 30 avril 1945 � 2 230 000 tu�s (arm�e et Waffen-SS : 2 millions ; Luftwaffe : 165 000 ; marine : 65 000) et � 2 860 000 disparus (arm�e et Waffen-SS : 2,6 millions ; Luftwaffe : 155 000 ; marine : 105 000).</p><p>La grande majorit� de ces disparus ressortit au front russe ; parmi eux, l�estimation du nombre des morts ne peut �tre faite que par comparaison avec celui des militaires allemands prisonniers lib�r�s par l�U. R. S. S. (env. 1 million). Dans ces conditions, le total des pertes militaires allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale est �valu� � environ 4 millions de morts, soit, pour une population de 85 millions d�habitants, le double des morts militaires allemands de 1914-1918</p><p>(environ 2 millions pour une population de 66 millions d�habitants).</p><p>Les pertes en avions de combat</p><p>(dommages sup�rieurs � 10 p. 100) sont estim�es � 8 421 de septembre 1939 � juin</p><p>1941, � 13 769 de juillet 1941 au 31 d�-</p><p>cembre 1942, � 17 495 en 1943, � 32 280</p><p>en 1944.</p><p>Les pertes en blind�s, de mai 1941</p><p>� janvier 1945, sont estim�es � environ 19 000 chars et � 7 231 canons d�assaut (Sturmgesch�tz).</p><p>y Production de chars et d�avions.</p><p>V. Guerre mondiale (Seconde), l�effort de guerre allemand.</p><p>y L�engagement des sous-marins allemands. V. Guerre mondiale (Seconde), la bataille de l�Atlantique et sous-marin.</p><p>(1) bl. = blind�es ; cav. = cavalerie ; div. = division ; mot. = motoris�es.</p><p>(2) Scandinavie = Danemark et Norv�ge.</p><p>(3) Depuis mai 1943, la division motoris�e a pris le nom de � division de grenadiers blind�s � (Panzergrenadierdivision, abr�v.</p><p>Pzgren.).</p><p>P. D. et H. M.</p><p>Quelques grands noms</p><p>de la Wehrmacht</p><p>Ludwig Beck (Briebrich, pr�s de Wiesbaden, 1880 - Berlin 1944). G�n�ral, chef d��tat-major de l�arm�e de 1935</p><p>� 1938, il joue un r�le essentiel dans la r�sistance � Hitler et dirige avec C.-F. Goerdeler la conjuration de 1944. Arr�t� le 20 juillet � Berlin, il tente de se suicider et est abattu le soir m�me.</p><p>Werner von Blomberg (Stargard</p><p>1878 - Nuremberg 1946). Premier</p><p>ministre hitl�rien de la Reichswehr (1933), devenu en 1935 ministre de la Guerre du Reich, il est l�artisan du ralliement de l�arm�e au nazisme. Promu mar�chal en 1936, il est cong�di� par Hitler en 1938.</p><p>Walther von Brauchitsch (Berlin</p><p>1881 - Hambourg 1948). Commandant en chef de l�arm�e en 1938, mar�chal en 1940, il dirige les campagnes de Pologne, de France, des Balkans et de Russie jusqu�� son cong�diement par Hitler apr�s l��chec de Moscou (d�c.</p><p>1941).</p><p>Wilhelm Canaris (Aplerbeck, pr�s de Dortmund, 1887 - Flossenb�rg 1945).</p><p>Amiral, chef du service militaire de renseignements (Abwehr) de 1935 � 1944, tr�s hostile � Hitler et � Himmler, il entretient de nombreux contacts � l��tranger. Arr�t� apr�s le putsch de 1944, il est ex�cut� le 9 avril 1945.</p><p>Karl D�NITZ. V. l�article.</p><p>Werner von Fritsch (Benrath 1880 -</p><p>Varsovie 1939). G�n�ral, artisan avec Ludwig Beck de la transformation de la Reichswehr en Wehrmacht, commandant en chef de l�arm�e de 1934 � 1938, il est cong�di� par Hitler en f�vrier 1938 et se fera tuer � la t�te d�un r�giment devant Varsovie.</p><p>Adolf Galland (Westerholt 1912). Pilote d�essai de la � Legion Condor �</p><p>en Espagne (1938-39), as de la chasse, titulaire de 140 victoires en 1945, promu g�n�ral � trente ans, il se sp�cialise dans la mise au point du � Me-262 � � r�action, dont il commande un groupe en 1945. Organisateur de l�aviation argentine (1949-1955), il reprend du service dans la Bundeswehr en 1955.</p><p>Hermann G�ring ou Goering (Ro-</p><p>senheim, Bavi�re, 1893 - Nuremberg 1946). As de la chasse en 1918, membre du parti nazi d�s 1922, il est �lu d�put� en 1928, puis pr�sident du Reichstag en 1932. Commissaire du Reich � l�aviation en janvier 1933, il est charg� du minist�re de l�Air, cr�� deux mois plus tard, et se consacre � l�organisation de la Luftwaffe, qu�il commande de 1935</p><p>� 1945. Responsable de l��conomie de guerre � partir de 1936, Hitler le d�signe comme son successeur (sept.</p><p>1939). En 1940, G�ring est nomm� ma-r�chal du Reich. Condamn� � mort par le tribunal de Nuremberg, il se suicide.</p><p>Heinz GUDERIAN. V. l�article.</p><p>Alfred Jodl (W�rzburg 1890 - Nuremberg 1946). G�n�ral, adjoint de Keitel de 1938 � 1945, il est condamn� � mort comme criminel de guerre par le tribunal de Nuremberg et ex�cut�.</p><p>Wilhelm Keitel (Helmscherode, Harz, 1882 - Nuremberg 1946). Chef du com-</p><p>mandement supr�me de la Wehrmacht (1938-1945), mar�chal (1940), collaborateur direct de Hitler, il signe la capitulation de Berlin en 1945. Condamn� � mort comme criminel de guerre par le tribunal de Nuremberg, il est ex�cut�.</p><p>Albert Kesselring (Marktsteft, Bavi�re, 1885 - Bad Nauheim, pr�s de Francfort, 1960). Chef d��tat-major de la Luftwaffe (1936-37), commandant une flotte a�rienne en Pologne et en France (1939-40), mar�chal (1940), il est � la t�te de la Xe arm�e en Sicile (1942), du groupe d�arm�es d�Italie (1943-1945), puis du front ouest allemand (1945) et est prisonnier de 1945 � 1952.</p><p>Hans G�nther von Kluge (Posen [auj.</p><p>Pozn�n] 1882 - pr�s de Metz 1944).</p><p>Commandant la IVe arm�e en Pologne, en France et en Russie (1939-1941), mar�chal (1940), il est mis par Hitler � la t�te d�un groupe d�arm�es du front russe (1942, 1943). Commandant en chef en France en juillet 1944, suspect apr�s le putsch, il est remplac� le 16 ao�t par le mar�chal Walter Model (1891-1945). Convoqu� par Hitler, il se suicide en France le 18 ao�t 1944.</p><p>Erich von Lewinski von Manstein</p><p>(Berlin 1887 - Irschenhausen, Bavi�re, 1973). Inspirateur, en 1940, du plan de campagne contre la France, commandant en juillet 1942 la XIe arm�e � S�bastopol, puis en novembre 1942</p><p>le groupe d�arm�es charg� de d�gager Stalingrad, il reprend Kharkov (1943).</p><p>Promu mar�chal en 1942, il est cong�-</p><p>di� par Hitler en mars 1944. Consid�r� comme le plus capable des g�n�raux allemands, prisonnier de 1945 � 1953, il publie ses souvenirs (Verlorene Siege</p><p>[Victoires perdues, 1955]).</p><p>Friedrich Paulus (Breitenau, Hesse, 1890 - Dresde 1957). Auteur du plan d�attaque contre l�U. R. S. S. (1940), il commande un corps blind�, puis la VIe arm�e (1942) avec laquelle il capitule � Stalingrad (31 janv. - 2 f�vr.</p><p>1943) quelques jours apr�s avoir �t� promu mar�chal par Hitler. Intern� en U. R. S. S., il appelle en 1944 le peuple allemand � d�poser les armes. Lib�r� en 1953, il demeure en Allemagne de l�Est et meurt � Dresde.</p><p>Erich Raeder (Wendsbek, pr�s de Hambourg, 1876 - Kiel 1960). Commandant la Kriegsmarine � partir de 1935, promu grand amiral en 1939, il se refuse � limiter l�action des forces navales � l�arme sous-marine, ce qui am�ne sa d�mission en 1943. Condamn� � la r�clusion par le tribunal de Nuremberg (1946), il est lib�r� en 1955.</p><p>Erwin ROMMEL. V. l�article.</p><p>Gerd von Rundstedt (Aschersleben</p><p>1875 - Hanovre 1953). Apr�s avoir servi dans les hauts �tats-majors, il prend sa retraite en 1938. Rappel� par Hitler en 1939, il commande un groupe d�arm�es en Pologne, en France, puis en Ukraine, mais offrira sa d�mission apr�s la bataille de Moscou (1941).</p><p>Mar�chal depuis 1940, il commande le front ouest en France � partir de 1942, mais il est remplac� par Kluge en pleine bataille de Normandie le 4 juillet 1944. Son prestige lui fait confier par Hitler la pr�sidence du tribunal qui exclut de la Wehrmacht les conjur�s du 20 juillet, puis la direction de l�ultime offensive des Ardennes (sept.-</p><p>d�c. 1944).</p><p>Claus Schenk von Stauffenberg</p><p>(Jettingen, Augsbourg, 1907 - Berlin 1944). Colonel et chef d��tat-major de l�Ersatzheer � Berlin en 1944, il assiste au rapport de Hitler dans son quartier g�n�ral � Rastenburg, o�, le 20 juillet, il d�pose une bombe destin�e � tuer le F�hrer. Croyant Hitler mort, il rentre downloadModeText.vue.download 480 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11691</p><p>aussit�t � Berlin, o� il est arr�t� et fusill�.</p><p>Erwin von Witzleben (Breslau [auj.</p><p>Wroc&#x142;aw] 1881 - Berlin 1944). Commandant la Ire arm�e en France et promu mar�chal en 1940, il prend</p><p>sa retraite en f�vrier 1942 et pr�pare avec Beck un complot contre Hitler.</p><p>D�sign� comme commandant en chef</p><p>de la Wehrmacht en cas de succ�s du putsch de 1944, il est condamn� � mort et ex�cut�.</p><p>F Blind� / France (campagne de) [1940] / Guerre mondiale (Seconde) / Hitler / National-socialisme</p><p>/ Normandie (bataille de 1944) / Stalingrad.</p><p>&amp; J. Benoist-M�chin, Histoire de l�arm�e allemande (A. Michel, 1936-1938, 2 vol. ; nouv. �d., 1964-1966, 6 vol.). / F. Halder, Hitler, als Feldherr (Munich, 1949 ; trad. fr. Hitler, seigneur de la guerre, Payot, 1950) ; Kriegstagebuch (Stuttgart, 1962-1964, 3 vol.). / R. Jouan, la Marine allemande dans la Seconde Guerre mondiale (Payot, 1949). / W. G�rlitz, Der deutsche Gene-ralstab (Francfort, 1950) ; Generalfeldmars-chall Keitel, Verbrecher oder Offizier ? Erinnerungen, Briefe, Dokumente des Chefs OKW</p><p>(G�ttingen, 1961 ; trad. fr. le Mar�chal Keitel, souvenirs, lettres, documents, Fayard, 1963). /</p><p>H. Guderian, Erinnerungen eines Soldaten (Heidelberg, 1951 ; trad. fr. Souvenirs d�un soldat, Plon, 1954). / A. Heusinger, Befehl im Widers-treit (T�bingen, 1951 ; trad. fr. Hitler et l�OKH, Berger-Levrault, 1952). / C. Bekker, Kampf und Untergang der Kriegsmarine (Hanovre, 1953 ; trad. fr. La Kriegsmarine lutte et meurt, Amiot-Dumont, 1953). / A. Galland, Die Ersten und die Letzten. Die Jagdflieger im zweiten Weltkrieg (Darmstadt, 1953 ; trad. fr. Jusqu�au bout sur nos Messerschmitt, Laffont, 1954). / H. U. Rudel, Aus Krieg und Frieden Tagebuchtbl�tter, 1945</p><p>und 1952 (Buenos Aires, 1953 ; trad. fr. Journal d�un pilote, de la guerre � la paix, Buchet-Chastel, 1954). / W. von Schramm, Das 20. Juli in Paris (Bad W�rishofen, 1953 ; trad. fr. les G�n�raux contre Hitler, Hachette, 1956). /</p><p>J. W. Wheeler-Bennett, The Nemesis of Power (Londres, 1953 ; trad. fr. le Drame de l�arm�e allemande, Gallimard, 1955). / B. Mueller-Hille-brand, Das Weer, 1933-1945 (Francfort, 1955-1969 ; 3 vol.). / G. Buchheit, Hitler der Feldherr (Rastatt, 1958 ; trad. fr. Hitler chef de guerre, Arthaud, 1961). / Hitlers Lagebesprechungen.</p><p>Die Protokollfragmente seiner milit�rischen Konferenzen, 1942-1945 (Stuttgart, 1962 ; trad.</p><p>fr. Hitler parle � ses g�n�raux : comptes rendus st�nographiques des rapports journaliers du Q. G. du F�hrer, A. Michel, 1964). / R. Manvell et H. Fraenkel, The July Plot (Londres, 1964 ; trad.</p><p>fr. Ceux qui voulaient tuer Hitler, Stock, 1965).</p><p>/ A. Jacobsen, Der zweite Weltkrieg, Grundz�ge der Politik und Strategie in Dokumenten (Francfort, 1965 ; trad. fr. la Deuxi�me Guerre mondiale. Caract�res fondamentaux de la politique et de la strat�gie, Casterman, 1968, 2 vol.).</p><p>On peut �galement consulter les annuaires 1942 et 1947 des Flottes de combat, la Revue historique de l�arm�e (notamment 1957, III).</p><p>Weierstrass (Karl)</p><p>Math�maticien allemand (Ostenfelde,</p><p>Westphalie, 1815 - Berlin 1897).</p><p>Fils d�un petit fonctionnaire,</p><p>Weierstrass �tudie � M�nster jusqu�� l��ge de dix-neuf ans, puis il s�inscrit � l�universit� de Bonn, mais ne peut jamais obtenir les dipl�mes de droit qu�il convoitait. Revenu � M�nster en 1839, il y pr�pare le professorat de l�enseignement du second degr�. Il a alors pour professeur de math�matiques</p><p>Christoph Gudermann (1798-1852),</p><p>sp�cialiste des fonctions elliptiques.</p><p>Gudermann prenait pour base de ses �tudes les d�veloppements en s�ries en-ti�res. Son �l�ve saura, plus tard, tirer le meilleur parti de ces conceptions.</p><p>Pendant quinze ans, Weierstrass exerce dans l�enseignement secondaire, enseignant les math�matiques, mais aussi l�allemand, la physique, la g�ographie, l��criture et la gymnastique. Il pr�pare cependant ses conceptions math�matiques dans un isolement total. Mais, apr�s l�envoi au Journal de Crelle, en 1853, d�un m�moire sur les fonctions ab�liennes, publi� l�ann�e suivante, sa comp�tence est imm�diatement reconnue. L�universit� de K�nigsberg lui accorde un doctorat honoris causa, et le minist�re lui donne un an de cong� pour la poursuite de ses recherches. En 1856, Weierstrass obtient une chaire � l�Institut professionnel de Berlin et un si�ge � l�Acad�mie des sciences de cette ville. En 1864, il est professeur � l�universit� de Berlin.</p><p>Il publia peu. Son influence se fit surtout sentir par son enseignement, et il est parfois difficile, dans les oeuvres ult�rieures de ses nombreux disciples, de faire le partage entre leurs d�couvertes personnelles et les id�es du ma�tre. Tout au long de son enseignement, notamment en 1865-66, puis en 1874, Weierstrass a d�velopp� une th�orie des nombres irrationnels ind�pendante de toute consid�ration g�om�trique, qui est aujourd�hui, avec celles de Charles M�ray (1835-1911), de Georg Cantor*, de Richard Dedekind*, compl�tement int�gr�e aux conceptions g�n�rales des math�maticiens. En 1861, Bernhard Riemann*</p><p>avait remarqu� dans son enseignement que, pour la variable r�elle, la continuit� d�une fonction n�implique pas sa d�rivabilit�. En 1872, Weierstrass</p><p>donna le premier exemple de fonction continue nulle part d�rivable. Dans le domaine de la variable complexe, il d�-</p><p>finit la fonction, comme le fit Charles M�ray vers la m�me �poque, par un d�veloppement en s�rie enti�re, �tendu de proche en proche par son prolongement analytique. Cette conception pro-venait du traitement par Gudermann des fonctions elliptiques. Si la s�rie de d�part converge dans tout le plan, elle repr�sente une fonction transcendante enti�re. Weierstrass montre qu�on peut alors l�exprimer sous forme d�un produit d�un nombre infini de facteurs, les facteurs primaires de Weierstrass. En 1876, en m�me temps que Felice Casorati (1835-1890), il d�couvrit qu�au voisinage d�un point singulier essentiel une fonction uniforme peut s�approcher, autant qu�on le veut, de toute valeur donn�e. Cette proposition a �t� pr�cis�e par �mile Picard (1856-1941) en 1879. Enfin, Weierstrass a construit une nouvelle th�orie des fonctions elliptiques, qui poss�de sur celle de Carl Gustav Jacob Jacobi (1804-1851) l�avantage de n�avoir qu�une seule fonction fondamentale au lieu de trois.</p><p>La publication, en 1885, du formulaire de Hermann Amandus Schwarz (1843-1921) a fait conna�tre au monde savant cette nouvelle th�orie, universellement adopt�e depuis. C�est alors que l��tude des fonctions elliptiques atteignit son point culminant.</p><p>J. I.</p><p>Weimar</p><p>(r�publique de)</p><p>Nom port� par le r�gime politique de l�Allemagne de 1919 � 1933.</p><p>Les d�buts</p><p>Le 9 novembre 1918, l�Allemagne</p><p>devient un �tat r�publicain, mais c�est une r�publique sans r�publicains. Pour emp�cher les spartakistes (le Spar-takusbund r�unit, autour de R. Luxemburg* et de K. Liebknecht*, l�extr�me gauche de la social-d�mocratie) de s�emparer des leviers de commande, Friedrich Ebert (1871-1925), chef du parti social-d�mocrate, constitue un gouvernement provisoire, le Conseil des commissaires du peuple (Rat</p><p>der Volksbeauftragten), compos� de trois sociaux-d�mocrates et de trois sociaux-d�mocrates ind�pendants</p><p>(v. social-d�mocratie).</p><p>La situation du nouveau gouverne-</p><p>ment est difficile. Tandis que l�Allemagne se couvre de conseils de soldats et d�ouvriers, et semble s�orienter vers un r�gime socialiste, fonctionnaires et soldats sont, au fond d�eux-m�mes, fid�les aux Hohenzollern*, comme une bonne partie de la population. En face d�eux, les partisans de la r�publique sont peu nombreux, d�autant qu��</p><p>l�extr�me gauche on souhaite moins la r�publique que l��tat socialiste. Or, ce sont les forces r�volutionnaires qui ont cr�� la r�publique : sans elles, le parti social-d�mocrate (SPD) et les partis qui sont � la droite auraient accept� la simple transformation de la monarchie en monarchie parlementaire. Depuis 1917, toutes les grandes actions ouvri�res ont �t� d�clench�es par le parti social-d�mocrate ind�pendant (USPD).</p><p>Mais les membres de ce parti sont peu organis�s et divis�s en plusieurs tendances. Certains r�visionnistes, Eduard Bernstein*, Rudolf Hilferding, Karl Kautsky, les ont rejoints pour les abandonner bient�t. Aux �lections de janvier 1919, les sociaux-d�mocrates ind�pendants obtiendront moins de 10 p. 100 des suffrages ; ils joueront dans toute cette p�riode un r�le mod�-</p><p>rateur, mais auront beaucoup de mal � contr�ler la situation.</p><p>La r�volution</p><p>en Allemagne</p><p>Le Conseil des commissaires du peuple d�cide de ne pas toucher � l�appareil d��tat. Tous les fonctionnaires doivent rester � leur poste. Mais la classe ouvri�re � plus pr�cis�ment les conseils d�ouvriers et de soldats � contr�le la vie politique r�elle. Bon nombre de ces conseils tombent vite sous l�ob�dience du parti social-d�mocrate et des syndicats, qui pourront en mod�rer les �lans.</p><p>Le chef du gouvernement, Ebert, est bien d�cid�, au besoin avec l�accord du haut commandement, � maintenir l�ordre. C�est le paradoxe de socialistes prenant un pouvoir r�volutionnaire et cherchant � s�y maintenir avec l�aide des milieux conservateurs. Cet accord</p><p>de fait de novembre 1918 dominera l��volution de la r�publique de Weimar. Le 15 novembre, un protocole important est sign� par les dirigeants syndicaux avec les repr�sentants des industriels. Se r�clamant de la communaut� d�int�r�ts des employeurs et des salari�s (Arbeitsgemeinschaft), il codifie certaines conqu�tes ouvri�res : journ�e de huit heures ; cr�ation de comit�s paritaires pour r�gler les conflits du travail dans l�usine ; reconnaissance des syndicats comme partenaires l�gaux.</p><p>Le texte confirme le droit de gr�ve et de coalition, mais d�clare aussi que les usines sont la propri�t� des patrons. Ainsi, au moment m�me o� se d�veloppe une r�volution socialiste, un texte paritaire reconna�t les droits patronaux et rend plus difficile le processus de socialisation.</p><p>Pourtant, cette tendance acquiert des adeptes. Mais on admet que la socialisation n�est possible que dans les industries � arriv�es � maturit� �, et chacun est d�accord pour trouver</p><p>� qu�aucun secteur �conomique n�est vraiment m�r �. Les commissaires</p><p>downloadModeText.vue.download 481 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11692</p><p>pensent que le probl�me fondamental est de faire repartir l��conomie, et l�on se borne � cr�er une commission de socialisation.</p><p>Le parti social-d�mocrate ind�pendant cherche � renforcer sa position.</p><p>Les partis traditionnels se sont peu � peu reconstitu�s et continuent de disposer d�une grande influence gr�ce � leur presse, qui fait campagne contre les conseils ouvriers, les � rouges �</p><p>et les spartakistes. Les sociaux-d�mocrates majoritaires cherchent � renforcer le pouvoir de l�Administration pour mieux r�sister � la pression des socialistes ind�pendants, d�autant plus que le ravitaillement est toujours difficile, que les prix montent et que le ch�mage augmente.</p><p>Le gouvernement veut obtenir l�envoi de troupes � Berlin, et par endroits</p><p>se constituent des corps francs d�anciens soldats hostiles � la r�volution.</p><p>Au d�but de d�cembre, quelques �l�-</p><p>ments de l�arm�e interviennent dans Berlin. On arr�te des membres du Comit� central des conseils ouvriers. Certains �l�ments de l�arm�e proclament Ebert pr�sident de la r�publique, mais celui-ci h�site � accepter, puis renonce.</p><p>Devant cette tentative de putsch, les ouvriers manifestent, la troupe tire (6 d�c.). Le gouvernement est bien d�cid� � intervenir contre les conseils d�ouvriers et de soldats, qui, dira Ebert, nous � ridiculisent devant l�histoire et le monde entier �. Le grand d�bat est de savoir � qui doit revenir le pouvoir : aux conseils ouvriers ou � l�Assembl�e constituante ?</p><p>Le 14 d�cembre, le Drapeau rouge</p><p>(die Rote Fahne) publie le programme spartakiste �labor� par Rosa Luxemburg. Ce journal propose l��tablissement en Allemagne d�une r�publique socialiste unitaire. Quelques jours plus tard, le congr�s des conseils ouvriers se r�unit, mais, domin� par le SPD, orthodoxe, il d�cide l��lection, pour le 19 janvier, d�une Assembl�e constituante : il veut transformer l��tat populaire en un �tat fond� sur le droit.</p><p>Pourtant, le congr�s maintient les pouvoirs des conseils de soldats et cherche � supprimer l�arm�e permanente, mais la pression de l��tat-major g�n�ral em-p�chera l�application de ces mesures.</p><p>Toutefois, dans Berlin, � l�appel des spartakistes, des manifestations se produisent en faveur d�une r�publique socialiste. Un grave incident survenu � Berlin d�montre la faiblesse du gouvernement provisoire : pour dissoudre une manifestation d�une division populaire de marine, on fait donner l�ex-arm�e imp�riale (24 d�c.). C�est un demi-�chec, et une foule importante a soutenu les marins. Apr�s cet incident, les commissaires sociaux-d�mocrates ind�pendants quittent le gouvernement provisoire (29 d�c.) et sont remplac�s par des socialistes orthodoxes, dont Gustav Noske (1868-1946), charg� des Affaires militaires.</p><p>Au m�me moment se constitue le</p><p>parti communiste allemand (Kommu-</p><p>nistische Partei Deutschlands, KPD), sous l�influence des spartakistes. Ce</p><p>nouveau parti pr�conise � la lutte de masse violente � et se refuse, malgr� les efforts de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, � participer aux �lections � l�Assembl�e. Il veut une r�publique socialiste unitaire et fait, en m�me temps, de la spontan�it� r�volutionnaire le moteur de la r�volution.</p><p>Sur le plan �conomique et social, il propose la journ�e de six heures, la nationalisation des grands domaines, des banques et de la grande industrie. Il proclame sa solidarit� inconditionnelle avec les communistes russes. Mais il �choue dans ses n�gociations avec les d�l�gu�s d�usines.</p><p>Le Conseil des commissaires du</p><p>peuple cherche, d�s lors, � �craser la r�volution. Des troupes sont rassembl�es contre la capitale, et l�on d�cide de destituer le pr�fet de police, favorable aux socialistes de gauche. Aussit�t la nouvelle connue, socialistes ind�pendants et communistes appellent la classe ouvri�re � manifester dans la rue. Le 6 janvier, la gr�ve est g�n�rale � Berlin. La pr�fecture de police, de nombreuses imprimeries et des b�timents publics sont occup�s par les manifestants. Mais, pendant que l�extr�me gauche discute de la politique � suivre, le gouvernement provisoire r�tablit l�ordre brutalement.</p><p>Liebknecht et Rosa Luxemburg sont arr�t�s, puis ex�cut�s (15 janv.). Berlin est occup�e militairement. � Br�me et dans la Ruhr, les manifestations ouvri�res sont bris�es par l�arm�e, ce qui fait de nombreuses victimes.</p><p>Ainsi, la r�volution a �chou� en</p><p>Allemagne. On peut trouver maintes raisons � cela : les principales sont l�absence d�une classe ouvri�re favorable � la r�volution et la puissance de la bourgeoisie.</p><p>Cependant, la Bavi�re* maintient</p><p>pour quelque temps le flambeau r�volutionnaire. Le gouvernement provisoire de Munich est favorable aux socialistes ind�pendants. Mais les �lections au Landtag de Bavi�re (12 janv.) donnent la majorit� aux partis bourgeois, et, apr�s les �meutes de Berlin, de la Ruhr et de Br�me, le gouvernement provisoire doit c�der le pouvoir � la nou-</p><p>velle assembl�e. Kurt Eisner, chef du gouvernement provisoire, est assassin� le 21 f�vrier. La situation est si difficile que le Landtag n�ose pas se r�unir, et les conseils d�ouvriers gardent le pouvoir. Ils d�cident l�interdiction de la presse bourgeoise, l�armement du prol�tariat et l�arrestation de cinquante otages r�actionnaires. Le 17 mars, le Landtag se r�unit et constitue un gouvernement SPD homog�ne.</p><p>La situation s�aggrave pourtant, et le congr�s des conseils ouvriers proclame le 7 avril une r�publique bavaroise des conseils ouvriers, qui annonce qu�elle rompt avec le gouvernement du Reich, tandis que le gouvernement l�gal bavarois s�installe � Bamberg : il peut compter sur l�appui des paysans. Aussi r�unit-il en quelques jours une arm�e contre-r�volutionnaire, qui force tr�s vite au repli l�arm�e populaire de Ba-vi�re. Au d�but de mai, l�ordre est r�tabli, non sans de v�ritables massacres.</p><p>Les �lections</p><p>� la Constituante</p><p>Entre-temps, les �lections ont eu lieu le 19 janvier 1919. La gauche remporte un tr�s net succ�s, mais moins �clatant qu�elle ne l�esp�rait, puisque socialistes orthodoxes et socialistes ind�-</p><p>pendants n�obtiennent qu�un peu plus de 45 p. 100 des voix. Quatre autres partis importants apparaissent : les nationaux-allemands (Deutschnationale Volkspartei), h�ritiers du parti conservateur ; le parti populiste (Deutsche Volkspartei), qui se substitue aux nationaux-lib�raux ; le centre (Zen-trum) ; le parti progressiste, qui prend d�sormais le nom de parti d�mocrate (Deutsche demokratische Partei).</p><p>Les r�sultats des �lections montrent bien l�existence de trois grands courants : le courant socialiste (45 p. 100</p><p>des suffrages), un courant mod�r� avec le Centre et les d�mocrates (38 p. 100), et un courant conservateur relativement faible (15 p. 100). Les id�es r�volutionnaires ou m�me r�publicaines r�unissent en d�finitive moins de la moiti� des suffrages, bien que les d�mocrates se soient prononc�s en apparence pour la r�publique.</p><p>La Constituante se r�unit le 6 f�vrier</p><p>� Weimar, loin du peuple de Berlin. Il se constitue tr�s vite un gouvernement groupant sociaux-d�mocrates, d�mocrates et Centre pour tenir une conduite mod�r�e en mati�re politique et mod�-</p><p>r�ment socialiste en mati�re sociale.</p><p>La nouvelle assembl�e a trois t�ches importantes : donner une Constitution � l�Allemagne, signer la paix, d�finir une politique �conomique et sociale.</p><p>La Constitution est assez vite r�di-g�e, mais un premier projet, d� � Hugo Preuss (1860-1925), qui pr�conise une Allemagne unitaire, est repouss� en raison de l�opposition des �tats (L�nder). Dix-sept L�nder sont maintenus avec leur propre gouvernement, leur parlement et des comp�tences assez importantes pour l��ducation, la vie culturelle et les travaux publics. Mais le pr�sident du Reich peut, d�sormais, imposer une mesure � un �tat et intervenir si cet �tat se refuse � ses obligations, et, de toute mani�re, � droit du Reich brise droit de Pays � (� Reichs-recht bricht Landrecht �). Le pouvoir l�gislatif est confi� au Reichstag, �lu pour quatre ans au suffrage universel et au scrutin proportionnel. Un Conseil du Reich (Reichsrat) groupe les d�l�-</p><p>gu�s des �tats. Il peut faire diff�rer l�application d�une loi vot�e par le Reichstag, sauf si celle-ci a obtenu la majorit� des deux tiers. Un Conseil �conomique (Reichswirtschaftsrat) est pr�vu, mais son r�le reste tr�s limit�.</p><p>Le pouvoir ex�cutif est aux mains du pr�sident du Reich, qui, �lu pour sept ans au suffrage universel direct, nomme le chancelier, responsable devant le Reichstag, et dispose du droit de dissolution. La Constitution comporte en outre un article 48 qui permet au pr�sident de suspendre les droits fondamentaux et autorise le chancelier � gouverner par d�crets-lois.</p><p>Enfin, le r�f�rendum peut �tre utilis� soit par le pr�sident du Reich, soit par 10 p. 100 des �lecteurs. La Constitution maintient ainsi des pouvoirs consid�rables � l�ex�cutif et s�inscrit dans le cadre du � parlementarisme rationalis� �.</p><p>� La Constitution de Weimar ne se contente pas de sauver l�unit� alle-</p><p>mande, elle la consacre, la renforce, l�affermit. [...] Il fallait trouver un compromis entre l��nergie unitariste de l�Assembl�e et la pouss�e f�d�raliste des L�nder et de certains partis. Nous avons r�solu la question de mani�re � mettre fin � la controverse doctrinale entre �tat unitaire et �tat f�d�ral. �</p><p>La Constitution, qui sera promulgu�e le 11 ao�t 1919, est vot�e le 31 juillet par 262 voix contre 75. Ont vot� contre les nationaux-allemands, les populistes et le parti paysan bavarois.</p><p>downloadModeText.vue.download 482 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11693</p><p>Le trait� de Versailles</p><p>L�autre probl�me que conna�t l�Assembl�e est le trait� de paix. Les Alli�s ont discut� entre eux, sans convoquer les Allemands. On veut, d�un c�t�, diminuer la puissance �conomique du Reich, et, de l�autre, �viter son int�gration au syst�me sovi�tique. En outre, chaque pays a ses propres conceptions.</p><p>La France souhaite morceler le Reich, lui faire payer de fortes r�parations et m�me lui enlever une partie de la rive gauche du Rhin. La Grande-Bretagne entend maintenir l��quilibre europ�en, mais r�duire la puissance �conomique de l�Allemagne. Le 7 mai 1919, on remet aux d�l�gu�s allemands les</p><p>conditions de paix �labor�es par les Alli�s. Elles sont fort dures : l�Alsace-Lorraine est rendue � la France, Eupen et Malm�dy sont donn�es � la Belgique, la Sarre est plac�e pour quinze ans sous le contr�le de la Soci�t� des Nations et la rive gauche du Rhin sera occup�e pendant quinze ans ; � l�est, la Pologne restaur�e re�oit la Posnanie et la Prusse-Occidentale, et, par le corridor qu�on lui accorde, s�pare la Prusse-Orientale du reste de l�Allemagne. La Haute-Sil�sie est soumise � r�f�rendum comme le Schleswig</p><p>et les districts de Marienwerder (auj.</p><p>Kwidzy&#x144;) et d�Allenstein (auj. Olsz-tyn) en Prusse-Orientale. La ville de Dantzig (auj. Gda&#x144;sk*), enfin, est dot�e d�un statut international sous mandat de la S. D. N., et le territoire de Memel (auj. Kla�peda) plac� sous l�ad-</p><p>ministration des Alli�s. L�Allemagne perd ses colonies au profit de la France et de la Grande-Bretagne ; ses troupes sont r�duites � 100 000 hommes, et elle n�a plus le droit d�avoir un �tat-major g�n�ral, des troupes blind�es, des sous-marins et des avions, et d�utiliser les armes chimiques. Enfin, consid�r�e comme responsable de la guerre, elle doit payer des r�parations, dont une commission d�cidera du montant.</p><p>Ce trait� est extr�mement dur et exacerbe tr�s vite le sentiment nationaliste, d�autant plus que se r�pand l�id�e du</p><p>� coup de poignard dans le dos � (die Dolchstosslegende) : c�est l�arri�re qui a trahi et qui a conduit l�arm�e � la d�-</p><p>faite, th�orie que d�fendront avec succ�s et non sans une certaine efficacit� les militaires et les partis nationalistes.</p><p>Le trait� de Versailles, ce Diktat comme disent les Allemands, est en d�-</p><p>finitive trop dur et est ressenti comme un scandale par tous les Allemands.</p><p>Aussi, quand il s�agira d��viter une clause du trait�, tous seront complices.</p><p>En fait, le trait� sera pendant vingt ans le facteur essentiel de l�id�ologie nationaliste.</p><p>Il est ratifi� non sans difficult� par l�assembl�e de Weimar, le 22 juin par 237 voix contre 138 et sign� le 28 juin.</p><p>Le Reich sort alors d�une longue crise, �puis� mais intact. Son unit� est m�me renforc�e, et les tentatives autonomistes bavaroises et surtout rh�nanes, inspir�es par Adam Dorten et Konrad Adenauer*, �chouent, car elles se heurtent � l�hostilit� des ouvriers et � celle des partis du centre. La paix sign�e et la Constitution adopt�e, la r�publique de Weimar commence r�ellement son histoire.</p><p>L�instauration des nouvelles institutions ne met pas un terme aux troubles de la jeune r�publique allemande.</p><p>L�agitation politique et sociale va persister longtemps encore, compliqu�e par une grave crise �conomique et financi�re. Il est vrai que la r�publique de Weimar est fortement marqu�e par la double opposition qui la cerne � gauche et � droite. � l�extr�me gauche, les communistes acqui�rent une influence grandissante. D�s 1920, aux</p><p>�lections pour le premier Reichstag (6 juin), les socialistes ind�pendants (qui adh�reront � l�Internationale d�s octobre suivant) et les communistes groupent presque autant de voix que le SPD : 5 600 000 et 88 si�ges contre 6 100 000 et 102 si�ges. � droite, l�opposition au r�gime n�est pas moins vive. Le corps des officiers, issu dans sa grande majorit� de l�ancienne arm�e imp�riale, ne cache pas son hostilit� � la r�publique.</p><p>Les junkers demeurent, bien en-</p><p>tendu, fid�les � la monarchie, dont ils ont �t� longtemps le soutien. De plus, ils craignent une r�forme agraire et sont li�s familialement soit aux officiers, soit aux cadres sup�rieurs de la fonction publique. Celle-ci reste aussi attach�e � l�Empire que les militaires.</p><p>C�est le cas non seulement de la fonction publique traditionnelle, mais aussi de l�universit�.</p><p>Quant � la magistrature, elle montre bien son �tat d�esprit en acquittant ou en condamnant � des peines l�g�res les militants d�extr�me droite, tandis qu�elle se montre s�v�re pour les militants d�extr�me gauche. Des � puts-chistes �, comme Kapp ou Hitler, ne conna�tront pas de grandes rigueurs.</p><p>Les milieux industriels, enfin, demeurent hostiles au r�gime. Aussi ne faut-il pas s��tonner des r�sultats des �lections de 1920. Les trois partis de droite groupent 33 p. 100 des suffrages, et l�extr�me gauche groupe 20 p. 100 ; les partisans de la d�mocratique r�publique de Weimar ne rassemblent que 47 p. 100, et l�on peut douter du r�publicanisme profond de certains �lecteurs du Centre... et peut-�tre m�me du SPD.</p><p>Le temps des crises</p><p>Or, l�Allemagne conna�t une situation �conomique, financi�re et sociale tr�s difficile. La guerre a ruin� le Reich, qui doit encore payer des r�parations.</p><p>L�inflation est g�n�rale en Europe dans les ann�es 20, mais plus grave en Allemagne qu�ailleurs. D�s 1918, la monnaie accuse une baisse de 40 p. 100 de sa valeur-or. La dette globale est pass�e de 32 � 185 milliards de mark. La</p><p>hausse des prix qui avait �t� contenue par la dictature militaire se d�veloppe, l�armistice sign�, dans la mesure o� l�inorganisation de l��tat emp�che tout contr�le. En outre, la mauvaise gestion des premiers mois de la r�publique de Weimar entra�ne la fuite des capitaux et une circulation fiduciaire multipli�e par trois : 27 milliards de billets en circulation en novembre 1918, 80 milliards en janvier 1920. Aussi la monnaie allemande est-elle constamment d�pr�ci�e. � la fin de 1920, le mark ne vaut plus que 10 p. 100 de sa parit�-or.</p><p>Cette crise du mark est d�abord d�origine int�rieure, mais, bien �videmment, le paiement des r�parations au cours de 1920 et de 1921 (5 milliards de francs-or en deux ans) aggrave consid�rablement la situation. Aussi assiste-t-on dans le courant de 1922 � un effondrement du mark. Le dollar vaut 450 mark en juillet 1922, 2 400 mark en ao�t et 8 000 mark en d�cembre. Le mark-or suit la m�me �volution : de 46 mark-papier en janvier 1922, il monte � 4 280 mark en janvier 1923.</p><p>L�Allemagne ne peut plus payer, et cette faillite est d�autant plus dramatique qu�industrie et agriculture sont en plein essor. Aussi la France d�cide-telle d�occuper la Ruhr* pour en contr�-</p><p>ler l�activit� �conomique. Le 11 janvier 1923, les troupes franco-belges occupent l�ensemble de la Ruhr, mais se heurtent � une v�ritable r�sistance passive. Toutes les activit�s s�arr�tent.</p><p>En Allemagne, la situation empire.</p><p>On manque de charbon et de produits industriels, et la monnaie allemande se d�compose litt�ralement. Le mark-or, qui valait 4 280 mark en janvier 1923, atteint 6 milliards de mark en octobre de la m�me ann�e. Les prix changent parfois plusieurs fois par jour. C�est le temps de billets de 1 milliard de mark, de billets de chemin de fer et de timbres-poste plusieurs fois surcharg�s ; et, pour emporter son salaire, il faut une ou plusieurs valises.</p><p>Cette situation a des cons�quences sociales tr�s graves. Le prol�tariat et surtout la classe moyenne sont durement touch�s par l�inflation. On constate en effet, de 1913 � 1923, une diminution consid�rable des revenus de la moyenne bourgeoisie. Certains</p><p>ont pu parler d�une v�ritable expropriation de la petite et de la moyenne bourgeoisie.</p><p>Mais la classe moyenne n�accepte</p><p>pas cette �volution et ne veut pas de r�volution sociale. D�j� profond�ment nationaliste, elle est pr�te � �couter tout mouvement qui appara�t comme son</p><p>d�fenseur et qui appellera � la revanche contre les responsables, les vainqueurs, les Juifs, la r�publique. C�est dans ces milieux que le national-socialisme* va rencontrer ses plus fid�les d�fenseurs ; aux �lections de 1924, ce mouvement groupe pr�s de 2 000 000 de voix.</p><p>Un seul groupe social profite v�ritablement de la crise : la grande bourgeoisie. Pendant la guerre, celle-ci a export� ce qu�elle a pu de ses capitaux. D�autre part, en r�glant comptant une part minime de ce qu�elle d�sire acheter, elle paie le reste en b�n�ficiant d�une d�pr�ciation de la monnaie importante chaque jour. �conomiquement, cela permet � l�Allemagne de renforcer ses grandes entreprises et de reconstituer l�ensemble de son potentiel �conomique, d�autant que les exportations se trouvent facilit�es par la faiblesse de la monnaie et le taux relativement peu �lev� des salaires.</p><p>Le temps des putschs</p><p>Les troubles �conomiques permettent de comprendre l�envergure des troubles politiques. D�s 1919 se sont constitu�s une s�rie de corps francs, qui ont pour but la d�fense des fronti�res de l�Est, menac�es par les Polonais, et de l�ordre int�rieur, menac� par les communistes.</p><p>Ces groupes, dont certains vont guerroyer jusque dans les provinces baltes, sont form�s pour une bonne part d�officiers et de sous-officiers de l�ancienne arm�e, mis en disponibilit� ou d�mobilis�s. Un d�cret du 19 janvier 1919</p><p>a reconstitu� une arm�e allemande, la Reichswehr (plac�e sous la direction du g�n�ral Hans von Seeckt [1866-1936]), � c�t� de laquelle se forme une v�ritable garde nationale, la Einwoh-nerwehr, cr��e avec l�aide du gouvernement pour maintenir l�ordre. � la demande des Alli�s, l�arm�e doit �tre dissoute pour le 1er janvier 1921 ; en downloadModeText.vue.download 483 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11694</p><p>fait, la plus grande partie subsiste. En outre, les corps francs se d�veloppent en Prusse-Orientale et en Haute-Sil�-</p><p>sie : en avril 1920, ils groupent une centaine de milliers d�hommes. Ils sont � la fois une protection et un danger pour la r�publique de Weimar : protection dans la mesure o� leur action permet � l�Allemagne de conserver la Prusse-Orientale et la majeure partie de la Haute-Sil�sie, o� le r�f�rendum du 20 mars 1921 donne 60 p. 100 des voix � l�Allemagne ; menace dans la mesure o� ces groupes veulent faire dispara�tre la r�publique.</p><p>Au d�but de 1920, on rapatrie en</p><p>Allemagne une partie des corps francs des pays baltiques, et le gouvernement envisage de les dissoudre ; mais il agit trop tard, et, en mars 1920, l�un des chefs des corps francs, Walther von L�ttwitz (1859-1942), et un haut fonctionnaire, Wolfgang Kapp (1858-1922), d�cident de renverser le gouvernement pour le remplacer par un gouvernement militaire. S�appuyant sur le groupe de choc command� par le capitaine Hermann Ehrhardt (1881-1971), les corps francs entrent dans Berlin, abandonn�e par le pr�sident Ebert. Le gouvernement s�enfuit � Dresde, puis � Stuttgart. Il semble que le putsch ait r�ussi. La classe ouvri�re, � l�appel des partis communiste et socialiste ainsi que des syndicats, d�clenche la gr�ve g�n�rale. La situation devient telle que Kapp et Ehrhardt doivent �vacuer Berlin, non sans s��tre livr�s � de v�ritables pogroms dans les quartiers juifs de la ville. � Leipzig, en Saxe, en Thuringe et dans la Ruhr, des troubles se produisent. Partout le gouvernement l�gal peut reprendre la situation en main gr�ce � l�aide de la classe ouvri�re. Il n�y a qu�en Bavi�re que la droite l�emporte.</p><p>Le 12 ao�t 1923, le gouvernement</p><p>est confi� au chancelier Gustav Stresemann*, qui engage une politique toute diff�rente. Le 26 septembre, le gouvernement fait cesser la r�sistance dans la Ruhr et entreprend de nouvelles n�gociations avec les Fran�ais. Mais un peu</p><p>partout la situation reste difficile : des incidents �clatent � Aix-la-Chapelle, � Berlin, � Francfort, � Hambourg et � Essen, et l�on craint un coup d��tat.</p><p>Les pleins pouvoirs sont confi�s � la Reichswehr, et l��tat de si�ge est d�-</p><p>cr�t� le 29 septembre. La Reichswehr est envoy�e en Saxe et en Thuringe, o� se forment le 11 octobre d�s gouvernements ouvriers �lus par les Landtage.</p><p>Dans ces deux provinces, l�arm�e intervient, d�pose sans difficult� les gouvernements, tandis qu�� Hambourg le parti communiste d�clenche une gr�ve de solidarit� et pr�pare l�insurrection.</p><p>Mais les militants ne sont soutenus ni par la population � Hambourg m�me ni par le parti dans l�ensemble du Reich.</p><p>La Reichswehr r�prime assez ais�ment ce soul�vement, entra�nant toutefois la d�mission des ministres socialistes.</p><p>Le dernier putsch, le plus important, a pour cadre la Bavi�re, o� le pouvoir appartient au g�n�ral Gustav von Kahr (1862-1934), li� � l�extr�me droite. Le 8 novembre 1923 �clate � Munich un coup d��tat, mont� avec la complicit� de von Kahr par un nouveau parti d�ex-tr�me droite, le parti national-socialiste des travailleurs allemands, dirig� par un certain Adolf Hitler*. Mais tous les pouvoirs sont confi�s � la Reichswehr, et von Kahr se ravise, mobilise la police et la Reichswehr contre les nazis.</p><p>Ceux-ci tentent malgr� tout une manifestation, que dirige Hitler, accompagn� de Ludendorff*. La police disperse la manifestation.</p><p>Mais il faut aussi r�gler le pro-</p><p>bl�me des r�parations, et � G�nes se r�unit une conf�rence �conomique � laquelle assistent les repr�sentants de l�Allemagne (le ministre des Affaires �trang�res Walther von Rathenau) et de l�Union sovi�tique (G. V. Tchit-cherine), qui signent le 16 avril 1922</p><p>l�accord de Rapallo. Les deux pays renoncent � toute r�paration de guerre, et l�Allemagne renonce � toute r�paration pour ses ressortissants l�s�s par le r�-</p><p>gime sovi�tique. Enfin, l�Allemagne et l�Union sovi�tique s�octroient la clause de la nation la plus favoris�e et doivent se consulter chaque fois que des probl�mes �conomiques se poseront sur le plan international. Cet accord est bien accueilli par une partie de l�opinion</p><p>allemande, qui voit un renforcement de la situation internationale de l�Allemagne et des possibilit�s d�action �conomique, politique et m�me militaire.</p><p>Von Seeckt aura des entretiens avec l��tat-major sovi�tique ; la Reichswehr exp�rimentera certaines armes en</p><p>U. R. S. S. et y fera manoeuvrer des troupes. Rapallo inqui�te pourtant une partie des milieux de droite, et, le 24 juin 1922, Rathenau sera assassin�.</p><p>� la fin de 1923, la situation s�am�-</p><p>liore tr�s vite. Le gouvernement ordonne la reprise du travail dans la Ruhr et r�tablit le cr�dit en cr�ant une nouvelle monnaie, le Rentenmark (�mis le 15 novembre). Ainsi va-t-on pouvoir faire dispara�tre la monnaie d�valu�e, que l�on �change � raison de 1 Rentenmark pour 1 milliard de mark. On cherche � r�tablir l��quilibre du budget ; ce sera chose faite en 1925, � la suite d�une politique de restriction de cr�dits, de diminution de l�allocation de ch�mage et du nombre des fonctionnaires. Le gouvernement s�appuie sur la grande industrie, ce qui entra�ne une nette augmentation du ch�mage. Enfin, le 30 ao�t 1924, est cr��e une nouvelle monnaie, le Reichsmark. C�est une v�-</p><p>ritable banqueroute de l��tat, dont sont victimes les rentiers, mais qui permet de repartir sur des bases financi�res nouvelles et qui favorise l�investissement des capitaux �trangers.</p><p>L�extr�me gauche est la grande</p><p>vaincue. Sans doute a-t-elle eu affaire � la conjonction de l�extr�me droite, de la grande industrie et des nationalistes. Mais elle est aussi victime de ses divisions et du d�sir d�ordre et de stabilit� de plus en plus fort dans le peuple allemand. 1924 marque sur le plan politique l��volution vers la droite. Le 4 mai 1924 ont lieu les �lections au Reichstag. Les communistes et les socialistes ind�pendants obtiennent 13,4 p. 100 des voix (20 p. 100 en 1920) et les socialistes 20,5 p. 100</p><p>(21,6 p. 100 en 1920) tandis que la droite rassemble 36,2 p. 100 des suffrages (29,1 p. 100 en 1920) ; quant aux nazis, ils obtiennent 6,6 p. 100</p><p>des suffrages. Mais, apr�s dissolution, de nouvelles �lections ont lieu le 7 d�cembre, car l�Assembl�e pr�c�-</p><p>dente est ingouvernable. Les commu-</p><p>nistes et les socialistes ind�pendants perdent 1 million d��lecteurs au profit des socialistes, tandis que le Centre et les d�mocrates gagnent chacun plus de 200 000 voix. La droite progresse �galement, au d�triment des nationaux-socialistes, qui perdent plus de la moiti� de leurs d�put�s et de leur �lectorat.</p><p>Ainsi appara�t sur le plan parlementaire le retour � la stabilit� politique.</p><p>Une �re de prosp�rit� �conomique, de calme, d�essor culturel va s�ouvrir pour la r�publique de Weimar. Mais cette p�riode ne durera que cinq ans.</p><p>Le temps de la stabilit�</p><p>(1924-1929)</p><p>Le probl�me des r�parations</p><p>La crise de 1923 a montr� combien le probl�me des r�parations �tait crucial.</p><p>L�Allemagne, dite responsable de la guerre, doit payer. De plus l�arm�e allemande a ruin� l��conomie fran�aise, et le Reich doit participer � la reconstruction des pays vainqueurs. Il y a un pr�-</p><p>c�dent, puisque, en 1871, l�Allemagne a impos� � la France une indemnit� de 5 milliards. En juillet 1920, la Commission des r�parations, � la conf�-</p><p>rence de Spa, fixe la dette � 132 milliards de mark-or, dont 52 p. 100 iront � la France, 22 p. 100 � la Grande-Bretagne, 10 p. 100 � l�Italie et 8 p. 100 � la Belgique. Il est impensable que l�Allemagne puisse payer une telle somme.</p><p>N�anmoins, au d�but, sous la pression des Alli�s, l�Allemagne commence ses paiements, conform�ment � la politique de Rathenau. Mais la crise �conomique allemande incite le Reich � freiner ses sorties de capitaux ; celui-ci est inspir� d�ailleurs par la pens�e �conomique de Keynes*, qui estime que cette politique est catastrophique pour l�Europe occidentale. Apr�s la crise de la Ruhr, l�ensemble des gouvernements occidentaux se rend compte que l�Allemagne ne peut payer. M�me Poincar�*</p><p>admet un changement de politique. Il faut dire que la monnaie fran�aise a besoin de l�appui bancaire am�ricain et que cela conduit la France � accepter la r�union d�une nouvelle Commission des r�parations, pr�sid�e par l�Am�ricain Charles G. Dawes (1865-1951).</p><p>Le retour au calme</p><p>La Commission se r�unit le 30 novembre 1923, au moment o� l��conomie allemande red�marre. La production s�accro�t sensiblement, comme le montre le tableau suivant :</p><p>Le commerce ext�rieur se d�veloppe, tandis que les gr�ves se rar�fient. Mais surtout l��conomie allemande re�oit des capitaux �trangers dans des proportions consid�rables. Ainsi, dans le courant de l�ann�e 1924, Britanniques et Am�ricains versent � l�Allemagne pr�s de 1 milliard de mark. Tout cela explique l�essor de l�industrie allemande, renforc�e par la stabilisation de la monnaie.</p><p>La stabilisation politique semble accompagner ce renouveau. Toutefois, il ne faut pas se leurrer : si le calme r�gne dans la rue, une certaine instabilit� demeure. Lorsque Ebert meurt le 28 f�vrier 1925, ce n�est pas le candidat des partis du gouvernement, Wilhelm Marx, pr�sent� par le Centre et soutenu au second tour par le SPD, que d�signe le suffrage universel, mais �</p><p>downloadModeText.vue.download 484 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11695</p><p>� la faveur du maintien d�un candidat communiste (Ernst Th�lmann) �, Hindenburg*, le vieux mar�chal, candidat de la droite.</p><p>D�s ce moment, les communistes</p><p>apparaissent vouloir jouer la politique du pire et sont aussi s�v�res pour les tra�tres du SPD que pour la droite. Plus tard, cette attitude facilitera la prise du pouvoir par les nazis. En m�me temps se d�veloppent autour des divers partis allemands de v�ritables formations paramilitaires : Front rouge (Rote Front) communiste, Banni�re d�Empire Noir-Rouge-Or (Reichsbanner Schwarz-</p><p>Rot-Gold), Casque d�acier (Stahlhelm) de la droite, sans compter les organisations nazies.</p><p>Enfin, le gouvernement m�ne incontestablement une politique nationaliste.</p><p>Sans doute la p�riode 1924-1929 offre-t-elle une d�tente internationale, mais la</p><p>diplomatie allemande, que Stresemann dirige jusqu�� sa mort en 1929, n�en garde pas moins un caract�re entreprenant. Le Reich cherche � d�velopper sa pression �conomique dans les pays de l�Europe centrale et � reconstituer une Mitteleuropa en s�appuyant sur le dynamisme des Konzern reconstitu�s et parfois renforc�s, tel l�I. G. Farben, qui devient pour un temps le plus grand trust du Reich.</p><p>Le plan Dawes, Stresemann et la</p><p>diplomatie allemande</p><p>Le plan Dawes, parachev� � la conf�-</p><p>rence de Londres (16 juill. - 16 ao�t 1924), a rendu � l�Allemagne une</p><p>grande possibilit� d�action. Le Reich ne doit plus verser que de 1 � 2,5 milliards de mark-or chaque ann�e, fournis essentiellement par des imp�ts indirects, des taxes sur les transports et des fonds procur�s par l�industrie.</p><p>Le pr�sident de la Reichsbank, Hjalmar Schacht, favorise un expansionnisme �conomique dans le cadre de ce qu�il appelle, d�s 1924, la � collaboration europ�enne �.</p><p>En m�me temps, Stresemann veut</p><p>rendre � l�Allemagne, par la voie de la n�gociation, la place qu�elle occupait avant 1913. Puisqu�une politique de force est impossible, il pr�conise la diplomatie. Il cherche � obtenir pour son pays l��galit� des droits (Gleichbe-rechtigung). En outre, tout en proclamant son d�sir de respecter les trait�s, il agit indirectement pour faciliter l�agitation dans des territoires anciennement allemands. Profitant des maladresses fran�aises en Alsace, il couvre et aide les autonomistes s�paratistes en Alsace.</p><p>En m�me temps, il engage une</p><p>longue n�gociation de rapprochement avec les Occidentaux � Fran�ais et Anglais � tout en profitant de leurs dissensions. Du 5 au 16 octobre 1925</p><p>se tient � Locarno une conf�rence qui r�unit, avec les repr�sentants de l�Allemagne, ceux de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique, de l�Italie, de la Pologne et de la Tch�coslovaquie.</p><p>C�est en fait la renonciation solennelle de l�Allemagne � l�Alsace-Lorraine, renonciation garantie par l�Ita-</p><p>lie et la Grande-Bretagne. En outre, la France, la Belgique et l�Allemagne s�engagent � ne se livrer de part et d�autre � aucune attaque ou agression et � ne recourir en aucun cas � la guerre. Enfin, quatre trait�s d�arbitrage sont sign�s par l�Allemagne avec la France, la Belgique, la Pologne et la Tch�coslovaquie. L�Allemagne promet de ne pas modifier par la force ses fronti�res orientales. Par ailleurs, elle sera admise � la Soci�t� des Nations.</p><p>Si elle s�engage � l�Ouest, elle ne renonce � aucune de ses revendications � l�Est. Stresemann et le gouvernement allemand se refuseront � conclure un Locarno oriental.</p><p>Cette politique d�expansion paci-</p><p>fique n�est pas aussi scandaleuse qu�on a voulu le dire : l�Autriche-croupion, telle qu�elle r�sulte du trait� de Versailles, a des difficult�s � vivre et souhaite devenir allemande. Quant au corridor polonais, il est peupl� de populations en grande partie allemandes.</p><p>Les Sud�tes*, enfin, connaissent de la part des Tch�ques une discrimination f�cheuse.</p><p>Cette politique est-elle antisovi�-</p><p>tique, comme l�a dit Ernst Th�lmann, chef du KPD ? On ne saurait l�affirmer.</p><p>Le 24 avril 1926 est sign� � Berlin un trait� germano-sovi�tique confirmant Rapallo et qui est aussi un pacte de non-agression et de mutuelle neutralit� en cas de conflit avec une tierce puissance. En m�me temps, l�Allemagne s�engage, quand elle sera � la S. D. N., � s�opposer � toute tendance hostile � l�U. R. S. S. Elle sort peu � peu de son isolement et liquide une bonne part des clauses du trait� de Versailles. C�est ainsi que le d�sarmement allemand, quoique r�el, est loin d��tre total.</p><p>L�essor �conomique et culturel</p><p>En ces ann�es 1927-28, l�Allemagne conna�t un tr�s grand essor, fond� sur la rationalisation, la politique scientifique, la concentration des entreprises et une recherche certaine de l�int�gration sociale. En m�me temps, la vie intellectuelle se d�veloppe intens�ment.</p><p>On cherche � renforcer les liens entre industrie et recherche. Une v�ritable</p><p>fringale de recherche s�empare des Allemands, qui font financer par l�industrie les travaux scientifiques appliqu�s comme les travaux fondamentaux.</p><p>Les laboratoires permettent � l�Allemagne de gagner ce que l�on a appel� la � bataille des brevets �. Industrie de l�azote, essence synth�tique, rayonne, cin�ma parlant, tout cela sort des laboratoires et des usines allemands. Hauts fourneaux � rendement consid�rable, industrie �lectrique font de l�industrie allemande l�une des premi�res du monde par la quantit� et aussi par la qualit�. L�Allemagne re�oit huit prix Nobel scientifiques sur les vingt-sept qui sont attribu�s de 1919 � 1927.</p><p>La concentration des entreprises est un autre moteur de cet essor. Elle atteint aussi bien les banques que la sid�rurgie et l�industrie chimique. 900 entreprises occupent plus de 1 000 ouvriers et groupent ensemble 2 500 000 salari�s.</p><p>Tout cela entra�ne un essor consi-d�rable. En 1929, l�Allemagne produit autant d�acier que la France et la Grande-Bretagne r�unies.</p><p>C�est le temps o� la culture allemande atteint un de ses plus hauts niveaux. Au Bauhaus* se forge l�urbanisme moderne du XXe s., tandis que le cin�ma allemand progresse et prend, au moins qualitativement, la premi�re place avec des auteurs comme Fritz Lang*, Murnau* ou Josef von Stern-berg*, auteur de l�Ange bleu. C�est le temps aussi o� Einstein*, Heisenberg*, Max Born mettent la physique allemande � la pointe de la science mondiale, tandis que Heidegger* et Hus-serl* �laborent leur pens�e.</p><p>On voit aussi se d�velopper l�id�e d�int�gration de la classe ouvri�re dans la soci�t�, id�e qui s�explique dans une large mesure par les modifications de structure de l�industrie allemande.</p><p>Aussi s�affirme-t-il dans certains milieux sociaux-d�mocrates la conception que Rudolf Hilferding (1877-</p><p>1941), un des chefs du SPD, appelle le</p><p>� capitalisme organis� �. Il en est ainsi de la pens�e r�visionniste de Bernstein, qui a r�dig� le nouveau programme du SPD, celui de G�rlitz (1921), et �crit :</p><p>� Les structures sociales modernes</p><p>sont susceptibles d��voluer. On n�a pas besoin de les d�truire. Il suffit de d�velopper leurs virtualit�s. � D�ailleurs, en 1927, l�assurance ch�mage est am�-</p><p>lior�e et les salaires sont nettement augment�s.</p><p>Tout cela se traduit lors des �lections du 20 mai 1928. Le SPD progresse sensiblement, passant de 26 � 30 p. 100</p><p>des suffrages. Au contraire, la droite recule. Aussi le SPD revient-il au pouvoir et constitue-t-il un gouvernement de coalition, groupant sociaux-d�mocrates, d�mocrates, membres du Centre et populistes. Au printemps de 1928, la r�publique de Weimar semble renforc�e, et le recul des nazis laisse penser que le parti hitl�rien ne pr�sente plus aucun danger. Toutefois, ce parti s�organise de mani�re syst�matique.</p><p>La crise qui va �clater aux �tats-Unis conduira rapidement � sa perte la r�publique de Weimar, dont les fondations demeurent chancelantes. La crise sociale de 1928 le montre, avant m�me que ne se produise le krach de New York.</p><p>Le d�but des difficult�s (1928-29) Une gr�ve �clate dans la Ruhr en octobre 1928 pour une question de salaire horaire. Les patrons, consid�rant la d�cision d�arbitrage comme trop favorable aux ouvriers, r�pondent par un lock-out : plus de 200 000 ouvriers sont licenci�s. Cela provoque un grave conflit et une crise � l�int�rieur des syndicats. Un second arbitrage gouvernemental n�accorde qu�une augmentation tr�s faible et est, en fait, favorable au patronat. Cet �v�nement envenime les relations entre sociaux-d�mocrates et communistes. � la suite des manifestations du 1er mai 1929, le Front rouge est dissous et l�organe du parti, le Drapeau rouge, interdit pour trois semaines, mais ces incidents renforcent l�extr�me droite et expliquent les progr�s du parti national-socialiste.</p><p>Pourtant, l�Allemagne remporte un grand avantage diplomatique. Le plan Young, pr�sent� le 7 juin 1929 par une commission interalli�e si�geant � Paris, succ�de au plan Dawes. En �change, les Alli�s admettent la suppression de la Commission des r�parations et la France accepte, � la conf�rence de La</p><p>Haye (ao�t 1929), d��vacuer pour le 30 juin 1930 la zone qu�elle occupait encore en Rh�nanie. Ainsi, juste avant de mourir, Stresemann a-t-il remport� un v�ritable succ�s.</p><p>Mais l�opposition demeure tr�s forte, et le plan Young, d�s qu�il est connu, est battu en br�che. Les milieux �conomiques constituent un Front national, qui groupe les nationaux-allemands, le Casque d�acier, le parti national-socialiste et la Ligue pangermaniste. Le Front permet la conjonction des nationaux-socialistes et du grand capital.</p><p>downloadModeText.vue.download 485 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11696</p><p>La crise de 1929 et la fin</p><p>de la r�publique</p><p>de Weimar</p><p>Au d�but de 1929, alors que l��conomie allemande est en pleine pros-p�rit�, il y a pr�s de 2 millions de ch�meurs en raison de la recherche par les entreprises d�une v�ritable productivit�. Ce ch�mage technologique souligne les difficult�s �conomiques que r�v�le par ailleurs la stagnation de l�indice de la production industrielle.</p><p>R�cession et ch�mage</p><p>La crise de 1929 va �tre tributaire de deux facteurs : les capitaux am�ricains et les exportations. Les Am�-</p><p>ricains, d�s le d�but de la crise, rapatrient leurs fonds, et la chute des exportations est tout de suite tr�s forte. Aussit�t apr�s le krach de Wall Street, en octobre 1929, l��conomie mondiale s�effondre, mais tr�s particuli�rement aux �tats-Unis et en Allemagne.</p><p>La crise aggrave la situation, et le nombre des ch�meurs augmente</p><p>consid�rablement : il y en a 2 300 000</p><p>le 15 mars 1930 et 6 300 000 � la fin de mars 1932. En 1932, plus</p><p>de 40 p. 100 des salari�s sont des ch�meurs.</p><p>L��tat doit intervenir, mais il n�a</p><p>pas de grands moyens, d�autant plus que la baisse de la production entra�ne une baisse de ses revenus. D�autre part, les prix agricoles ne diminuent que faiblement, car le gouvernement, pour prot�ger les paysans, augmente souvent les droits de douane sur certaines denr�es. Plusieurs milliers de petites propri�t�s sont vendues aux ench�res. Le gouvernement envisage des mesures tr�s s�v�res : augmentation des imp�ts, diminution des traitements et des allocations de ch�mage.</p><p>Mais il se heurte � l�opposition des syndicats et du SPD. Le cabinet pr�-</p><p>sid� par Hermann M�ller (1876-1931) d�missionne le 27 mars 1930. C�est le dernier cabinet parlementaire de la r�publique de Weimar.</p><p>Le pr�sident appelle, pour lui suc-c�der, le leader du Centre, Heinrich Br�ning (1885-1970). Ancien officier de r�serve, ce Rh�nan est profond�-</p><p>ment d�vou� au mar�chal-pr�sident et hostile au trait� de Versailles ; il tient � l�ordre. Il se trouve devant une situation d�licate et veut utiliser les possibilit�s offertes par la Constitution de Weimar, en particulier l�article 48</p><p>sur les pleins pouvoirs. En fait, il constitue un � cabinet pr�sidentiel �, peu li� � l�opinion du Reichstag. Le gouvernement qu�il pr�sente montre bien ses intentions : il se compose de membres du Centre, de populistes et de nationaux-allemands. Un budget d�aust�rit� est �tabli par lui, mais le Parlement refuse de r�duire les traitements des fonctionnaires. D�s lors, le Reichstag est dissous (18 juill.) et le budget promulgu� par d�cret en vertu de l�article 48. Sociaux-d�mocrates, communistes et nationaux-socialistes ont vot� contre. Que vont donner les �lections du 14 septembre ?</p><p>Les �lections de 1930</p><p>Elles r�v�lent un �norme succ�s des nazis, qui obtiennent 6 400 000 voix et 107 si�ges au lieu de 810 000 voix et 12 si�ges. Les communistes et le Centre progressent aussi, tandis que les socialistes et la droite traditionnelle reculent.</p><p>Ces �lections montrent bien l��chec de la social-d�mocratie ainsi que</p><p>celui de la r�publique de Weimar. Les grands partis d�mocrates � Centre, d�mocrates, sociaux-d�mocrates et populistes � conservent la majorit� absolue au Reichstag, mais ils sont divis�s sur la politique � suivre. Le programme de Br�ning est tr�s ferme : il veut renforcer l�ex�cutif et le r�le des autres assembl�es (Reichsrat et Conseil �conomique), et il est assur� du soutien de la social-d�mocratie, qui estime que Br�ning est le moindre mal.</p><p>Prolongation de la crise et</p><p>pouss�e nationaliste</p><p>Le ch�mage s�accro�t, et, en janvier 1931, le gouvernement diminue les salaires de 6 p. 100. La crise s�aggrave au printemps, � la suite de la faillite d�une des plus grandes banques autrichiennes, la Credit-Anstalt. Aussit�t plusieurs entreprises allemandes font faillite � leur tour. En quinze jours, la Reichsbank perd plus de 1 milliard de mark de devises. Au d�but de juillet, une des quatre grandes banques allemandes, la Darmst�dter und Nationalbank, est au bord de la faillite. Le gouvernement intervient �nergiquement, fermant les banques, augmentant le taux d�escompte,</p><p>contr�lant d�sormais toute l�activit� bancaire. Il prot�ge aussi les entreprises industrielles. Un moratoire d�un an pour les r�parations lui est accord� en juin (moratoire Hoover), mais ses efforts pour obtenir d�autres avantages de Paris et de Londres se heurtent � une fin de non-recevoir.</p><p>Les Alli�s, comme le dira Br�ning plus tard, ne comprirent pas que, pour �viter Hitler, il fallait � consolider �</p><p>son gouvernement.</p><p>Br�ning riposte en mettant le Parlement en cong� jusqu�en f�vrier</p><p>1932 et remanie son gouvernement, confiant au g�n�ral Wilhelm Groener, d�j� ministre de la Reichswehr, le portefeuille de l�Int�rieur. Il s�appuie aussi sur la Banni�re d�Empire (Das Reichsbanner).</p><p>Cet hiver de 1932 est aussi un hiver �lectoral. Certains ont esp�r� un arrangement avec Hitler pour pouvoir proroger les pouvoirs du pr�sident</p><p>Hindenburg, mais Hitler refuse et annonce qu�il a l�intention de se porter candidat � la pr�sidence du Reich.</p><p>Les partis ont perdu de plus en plus de leur importance. C�est dans la rue et dans les usines que se d�roule la lutte opposant le Front rouge communiste et la Banni�re d�Empire socialiste au Casque d�acier conservateur et � l�arm�e brune nazie.</p><p>Le premier tour des �lections a lieu le 13 mars 1932 : Hindenburg arrive en t�te avec 49,6 p. 100 des suffrages, mais Hitler en a obtenu 30,1 p. 100</p><p>et le communiste Ernst Th�lmann</p><p>13,2. Au second tour, le 10 avril, Hindenburg est r��lu, mais Hitler appara�t comme le v�ritable chef de l�extr�me droite.</p><p>Les �lections au Landtag de Prusse le 24 avril donne une forte avance aux nationaux-socialistes, qui passent de 8 � 162 si�ges. Le 30 mai, Br�ning d�missionne et est remplac� par Franz von Papen (1879-1969).</p><p>La fin de la r�publique de</p><p>Weimar</p><p>Le nouveau gouvernement prononce</p><p>la dissolution du Reichstag le 4 juin.</p><p>Pendant ce temps, � la conf�rence de Lausanne (16 juin - 9 juill.), von Papen obtient la r�duction � 3 milliards de mark de la dette de guerre ; le chiffre est tout � fait th�orique, car von Papen ne cache pas que l�Allemagne ne paiera plus rien. Juste avant les �lections, le gouvernement intervient en Prusse et, conform�ment � l�article 48 de la Constitution, le gouvernement social-d�mocrate est d�mis par le pr�sident du Reich sur la proposition de von Papen, nomm� commissaire du Reich pour la Prusse.</p><p>L��tat de si�ge est proclam� � Berlin, et, le 20 juillet, il n�y a plus de gouvernement prussien. Les syndicats chr�tiens et les socialistes acceptent sans bouger cet �tat de choses.</p><p>Les �lections du 31 juillet 1932</p><p>marquent un progr�s consid�rable</p><p>des nazis, qui doublent leurs voix par rapport � 1930. � gauche, le total des voix des deux partis est inchang�, mais les communistes mordent sur</p><p>le parti socialiste. On trouve d�un c�t� 37 p. 100 de nazis et de l�autre 15 p. 100 de communistes.</p><p>Hitler revendique aussit�t le poste de chancelier, mais Hindenburg le lui refuse. Le parti nazi en profite pour organiser des manifestations de toutes sortes. Cette situation se maintient tout au long de l��t� et de l�automne.</p><p>Au mois d�ao�t 1932, von Papen</p><p>n�gocie et cherche � faire entrer Hitler dans le gouvernement. Le 13 ao�t, Hitler rencontre de nouveau Hindenburg, mais le mar�chal-pr�sident refuse de le nommer chancelier et d�abandonner von Papen. D�s lors, l��preuve de force s�engage entre les nazis et le gouvernement von Papen.</p><p>Les agressions se multiplient, et le gouvernement doit envisager la peine de mort pour maintenir l�ordre. Von Papen, press� par la droite d�en finir avec le Parlement, convoque celui-ci le 12 septembre et, devant une motion de d�fiance d�pos�e par les communistes, obtient du pr�sident la dissolution du Reichstag. Auparavant, G�ring, pr�sident du Reichstag, par un tour de passe-passe, fait voter les d�put�s sur la motion de censure : le gouvernement obtient 42 voix et l�opposition 512.</p><p>Les �lections de novembre sont</p><p>pr�c�d�es d�une grave agitation sociale � Berlin. Les ouvriers se mettent en gr�ve contre la direction socialed�mocrate, et les nationaux-socialistes participent � la gr�ve foment�e par les communistes. La police intervient. Il y a 10 morts, 100 bless�s et 1 000 arrestations.</p><p>Les �lections du 6 novembre 1932</p><p>sont les derni�res �lections r�ellement libres avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les nazis perdent 4,2 p. 100 des voix, soit 2 millions d��lecteurs, et n�ont plus que 196 d�-</p><p>put�s. Le SPD r�gresse fortement, perdant 700 000 voix, et le parti communiste en gagne 600 000. L�Alle-</p><p>magne protestante a vot� national-socialiste, l�Allemagne catholique est demeur�e plus r�fractaire.</p><p>Sur le plan parlementaire, rien n�est chang�, mais les propositions de von</p><p>Papen, sugg�rant une r�vision constitutionnelle, sont rejet�es par le cabi-downloadModeText.vue.download 486 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11697</p><p>net sous la pression de la Reichswehr.</p><p>Le 1er d�cembre, von Papen d�mis-</p><p>sionne, et, malgr� les propositions de Hitler, Hindenburg appelle le g�n�-</p><p>ral Kurt von Schleicher (1882-1934), le chef de la Reichswehr. Schleicher se rapproche des syndicats et prend contact avec le SPD. Le Reichstag accueille favorablement son gouvernement et vote un projet d�amnistie.</p><p>Le gouvernement r�tablit les conventions collectives, annonce l��laboration d�un plan �conomique et tente de d�sagr�ger le parti nazi en s�appuyant sur l�aile gauche, que dirige Gregor Strasser. Hitler reprend son parti en main et s�appuie sur le patronat, qui voit en lui le chef d�un parti populaire pouvant assurer un gouvernement stable, anticommuniste</p><p>et national. En outre, le programme social du chancelier von Schleicher inqui�te la grande industrie. � la fin de l�ann�e, Hitler rencontre les chefs de la haute finance allemande, qui l�assurent de leur appui. D�autre part, l�arm�e se rapproche de Hitler et accepte le d�veloppement de ses forces paramilitaires.</p><p>Le 15 janvier 1933, dans le petit Land de Lippe, les nazis emportent les �lections et commencent aussit�t � faire pression pour que Hindenburg</p><p>appelle Hitler. Schleicher n�obtient pas la dissolution du Reichstag, et l�on propose � Hindenburg un ministre de la Guerre proche des nazis.</p><p>Le 28 janvier, Schleicher d�mis-</p><p>sionne. Le 29, von Papen, qui n�gocie pour Hindenburg, rencontre une derni�re fois Hitler. Le 30, celui-ci devient chancelier d�un gouvernement de concentration nationale dont von Papen est le vice-chancelier. La r�publique de Weimar est morte.</p><p>F.-G. D.</p><p>F Allemagne / Bavi�re / Communisme / Hindenburg / Hitler / National-socialisme / Ruhr /</p><p>Social-d�mocratie / Stresemann.</p><p>&amp; F. Friedensburg, Die Weimarer Republik (Berlin, 1946 ; nouv. �d., Hanovre, 1959). /</p><p>O. K. Flechtheim, Die KPD in der Weimarer Republik (Offenbach, 1948, 2e �d., Francfort, 1971 ; trad. fr. le Parti communiste allemand sous la r�publique de Weimar, Maspero, 1972).</p><p>/ E. Eyck, Geschichte der Weimarer Republik (Zurich, 1954-1956 ; 2 vol.). / K. D. Bracher, Die Aufl�sung der Weimarer Republik (Stuttgart, 1955). / G. Badia, Histoire de l�Allemagne contemporaine, 1917-1962 (�d. sociales, 1962 ; 2 vol.). / F. G. Dreyfus, Histoire des Allemagnes (A. Colin, coll. � U �, 1970). / G. Castellan, l�Allemagne de Weimar, 1918-1933 (A. Colin, 1969).</p><p>Weismann</p><p>(August)</p><p>F G�N�TIQUE.</p><p>Welles (Orson)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma, de th��tre et de radio am�ricain (Kenosha, Wisconsin, 1915).</p><p>Orson Welles na�t dans une famille d�artistes. Sa m�re est pianiste et son p�re un inventeur farfelu, qui aime surtout voyager aux �tats-Unis et en Europe avec son fils. Le tuteur du petit Orson, le docteur Bernstein, offre un jour � l�enfant un th��tre de marionnettes, sur lequel il s�initie, dit-on, � la mise en sc�ne. Gr�ce � lui, le jeune Orson Welles �tudie le dessin et la peinture, en arrive m�me � brosser les d�cors du th��tre de son �cole et � illustrer quelques obscurs ouvrages. � la Todd School, o� il reste jusqu�� l��ge de quinze ans, il monte et interpr�te des pi�ces, notamment un condens� des pi�ces historiques d�un �crivain qui demeure encore aujourd�hui son pr�f�r�, William Shakespeare.</p><p>En 1931, il part pour l�Irlande, o� il parvient � se faire engager dans un th��tre de Dublin. De retour aux �tats-Unis, il �dite un Shakespeare pour tous et publie des nouvelles dans divers magazines. En 1933, il s�int�gre � la troupe de Katharine Cornell, qui lui permettra de conqu�rir New York apr�s avoir connu les louanges du publie et de la critique de Chicago, o� il organise un festival d�art dramatique.</p><p>Parall�lement, il entre � la radio en 1934, o� il collabore aux �missions les plus diverses et apporte son soutien � Roosevelt. Avec le producteur John Houseman, il cr�e le � Mercury Theatre �, qu�il subventionne avec l�aide du gouvernement. Il y monte des pi�ces sociales, classiques et d�avant-garde.</p><p>En octobre 1938, son adaptation radiophonique (tr�s libre) de la Guerre des mondes de H. G. Wells s�me la panique en Am�rique et instantan�ment le fait conna�tre. Sans abandonner le th��tre ni la radio, Orson Welles signe en ao�t 1939 un contrat avec la compagnie cin�matographique RKO, qui lui assure la r�alisation d�au moins un film par an, une libert� totale et des conditions financi�res exceptionnelles.</p><p>Ses deux premiers projets �chouent, puis il tourne Citizen Kane durant l��t� de 1940, et ce malgr� l�opposition de W. R. Hearst, le c�l�bre magnat de la presse, dont il s�est manifestement ins-</p><p>pir� pour son film. Bien accueilli par la presse, Citizen Kane est un d�sastre financier. Les ennuis et la l�gende d�Orson Welles, l�enfant terrible d�Hollywood, commencent. Welles revient � la radio pour quelques mois, en songeant sans cesse � prendre sa revanche sur un public et une industrie qui ne lui pardonnent pas d�avoir �t� le premier � remettre en question le principe selon lequel le style, au cin�ma, doit passer inaper�u et s�effacer devant l�histoire.</p><p>Par sa mise en sc�ne r�volutionnaire, l�audace de son montage et la complexit� de ses mouvements d�appareil, Citizen Kane a, en effet, beaucoup d�-</p><p>rout� les professionnels conservateurs d�Hollywood.</p><p>Bien d�cid� � continuer � faire de la � forme � la mati�re m�me de ses films � venir, Orson Welles d�pense son extraordinaire �nergie � pr�parer la Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons), qu�il tourne en 1942. Nouvel �chec commercial.</p><p>Welles entreprend un film mineur, Voyage au pays de la peur (Journey into Fear, 1942), que termine, en le signant, Norman Foster. En 1946, il produit, interpr�te et dirige � Broadway le Tour du monde en 80 jours, d�apr�s J. Verne, spectacle total et cin�matographique qui remporte un grand succ�s. Pour oublier ses �checs publics comme cin�aste, il para�t dans des films tourn�s par d�autres (Jane Eyre, de R. Stevenson, 1944) et apporte bient�t � chacun de ses personnages une force, une originalit�, une ambigu�t� que les sc�naristes, souvent, ne soup�onnaient pas en �crivant les r�les. Le Criminel (The Stranger), qu�il met en sc�ne en 1946 sur un sc�nario de John Huston, est un film rat�, d�ailleurs reni� par lui.</p><p>Ayant besoin de 50 000 dollars pour monter un spectacle entrepris avec Mike Todd, Welles les emprunte � un producteur de la Columbia et s�engage � faire pour ce prix un film pour cette compagnie. C�est la Dame de Shangai (The Lady from Shanghai, 1947), un</p><p>� thriller � flamboyant dans lequel Rita Hayworth, qu�Orson Welles a �pous�e, trouve le r�le le plus insolite de sa carri�re. Carri�re qui se brise net � cause du film.</p><p>Apr�s un Macbeth tourn� sans</p><p>moyens (1947), Welles vient jouer �</p><p>Paris, r�alise une s�rie d��missions de radio en Angleterre (en 1950 et en 1952) et tourne � la t�l�vision am�ricaine une adaptation du Roi Lear dirig�e par Peter Brook. C�l�bre comme com�dien gr�ce au Troisi�me Homme (de Carol Reed, 1948) et � la Rose noire (d�Henry Hathaway, 1950),</p><p>celui qu�on appelle non sans justesse le � p�re du cin�ma moderne � doit attendre de longs mois avant de tourner en Italie et au Maroc un Othello superbe (1952), qui ne remporte pas plus de succ�s que ses oeuvres pr�c�dentes.</p><p>Toujours d�une activit� d�bordante</p><p>� �missions de t�l�vision aux �tats-Unis et en Angleterre, films en France (pour Sacha Guitry notamment) ou en Am�rique (Moby Dick, de J. Huston, 1956, qu�il a jou� l�ann�e d�avant sur une sc�ne londonienne), romans (une Grosse L�gume, 1953 ; Mr. Arkadin, 1954, dont il tire un film en 1955) �, il ne pense qu�� mettre en sc�ne des films o� la d�mesure, le m�pris des normes et des genres r�tabliraient enfin la seule notion qui lui tienne � coeur : la notion d�auteur total, m�galomane et tout-puissant.</p><p>Quelques mois avant d�entreprendre un film policier de commande, la Soif du mal (The Touch of Evil, 1958), dont il fait un grandiose op�ra de s�rie noire, Welles commence le tournage d�un</p><p>Don Quichotte (1957), qu�il d�clare termin� en 1967, que personne n�a vu, m�me en partie, et qui rel�ve du mythe absolu. Les quatre ann�es suivantes, il les passe dans un certain nombre de films qu�il ne r�alise pas lui-m�me (le G�nie du mal, de R. Fleischer, 1959, pour ne citer que le meilleur), puis re�oit une proposition qui l�enchante : tourner le Proc�s (The Trial) de Kafka en Yougoslavie avec une distribution internationale. L�accueil de la critique � la sortie du film en 1962 est plus ti�de que celui du public, qui reconna�t enfin en Orson Welles un des seuls authentiques g�nies du septi�me art, comme le furent avant lui un Stroheim ou un Murnau.</p><p>D�innombrables figurations dans des films plus ou moins bons suivent, et puis Welles r�alise, sans moyens, en Espagne, Falstaff (Chimes at Midnight, 1965), dont on loue au festival de</p><p>Cannes les tr�s grandes qualit�s. Mais sa supr�matie reconnue ne lui donne pas pour autant les capitaux n�cessaires � la r�alisation de ses multiples projets. C�est pour l�O. R. T. F. qu�il tourne en 1967 un moyen m�trage, une Histoire immortelle, o� il prouve en cinquante minutes admirables qu�il n�a rien perdu de sa science du montage, de son go�t pour le cadrage insolite et de sa force cr�atrice. Pour la premi�re downloadModeText.vue.download 487 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11698</p><p>fois, il s�attaque � la couleur : la r�ussite est totale. On ne saura jamais, par contre, si Run towards Death (1967) en �tait une, car le film s�est perdu en Yougoslavie. Depuis, Welles a r�alis� en collaboration avec F. Reichenbach un documentaire (de fiction) sur les faussaires intitul� V�rit�s et mensonges (Fakes) [1972-1974]), qui est une v�ritable le�on de montage.</p><p>Le film qu�il tourne en 1972-73 � Hollywood et en Espagne, The Other Side of the Wind, ressemble fort � un testament spirituel. Il raconte en effet la mort d�Hollywood vue par un ci-n�aste qui y est revenu une derni�re fois, apr�s en avoir �t� inlassablement rejet�.</p><p>Le drame de la carri�re d�Orson</p><p>Welles, l�inaction forc�e, le contraint � tourner chacun de ses films comme s�il r�alisait son tout premier. Ses meilleures r�ussites, curieusement, appartiennent � un genre litt�raire ou</p><p>� hollywoodien � d�fini, cela quoi qu�il en ait : le � thriller � ou la saga familiale (la Splendeur des Amberson).</p><p>Le cin�ma est pour lui synonyme de</p><p>� respiration �, de raison de vivre et d�esp�rer. Excessif, infatigable, aussi peu conventionnel que possible, Orson Welles poursuit dans sa t�te et dans ses trop rares films une oeuvre de g�ant, � laquelle le cin�ma doit beaucoup et devra toujours.</p><p>M. G.</p><p>&amp; A. Bazin, Orson Welles (�d. du Cerf, 1950 ; nouv. �d., 1972). / J.-C. Allais, Orson Welles</p><p>(Serdoc, Lyon, 1961). / M. Bessy, Orson Welles (Seghers, 1963). / M. Est�ve (sous la dir. de), Orson Welles, l��thique et l�esth�tique (Lettres modernes, 1963). / P. Cowie, The Cinema of Orson Welles (New York, 1965 ; nouv. �d. A Rib-bon of Dreams : the Cinema of Orson Welles, 1973). / C. Higham, The Films of Orson Welles (Berkeley, 1970). / J. McBride, Orson Welles (Londres, 1972).</p><p>Wellington</p><p>Capit. de la Nouvelle-Z�lande ;</p><p>350 000 hab. pour l�agglom�ration.</p><p>Wellington est situ�e pr�s du d�troit de Cook, qui s�pare les deux principales �les de la Nouvelle-Z�lande. Le site fut choisi par Edward G. Wakefield (1796-1862) pour implanter les premiers colons de la New Zealand Company : la ville fut fond�e en 1840 dans la magnifique baie de Port Nicholson, au pied d�un escarpement de faille encore actif, comme le prouve la fr�quence des</p><p>tremblements de terre, d�intensit� mo-d�r�e. Devenue capitale de la colonie en 1865, puis de l��tat n�o-z�landais apr�s 1907, elle a une importante fonction politique et administrative avec les minist�res, les services officiels, les ambassades et consulats. C�est aussi un centre commercial ; son port joue un r�le essentiel pour les liaisons avec l��le du Sud (Wellington-Picton et Wellington-Lyttelton) ; le trafic maritime des passagers est �videmment fortement concurrenc� par les transports a�riens. Le cabotage des marchandises est notable, bien que Wellington ne soit pas un port de redistribution aussi important qu�Auckland*. Les exportations de produits de l��levage (viande d�agneau et de boeuf, fromage, laine) vers l�Europe ou le Japon sont actives, et le trafic total du port d�passe 3 Mt.</p><p>Le r�le de m�tropole r�gionale de Wellington a �t� un peu entrav� par la situation de la ville au bout d�une p�ninsule et par les difficult�s d�acc�s vers l�int�rieur.</p><p>Le centre administratif et commercial est situ� sur une �troite bande de terre au pied de l�escarpement de faille, en partie sur des terres remblay�es aux d�pens de la baie. Les grands immeubles modernes ont remplac� les</p><p>premi�res constructions, plus modestes et souvent en bois, en particulier le long de Lambton Quay ; les rues sont devenues trop �troites pour le trafic actuel, et le � Central Business District �</p><p>est souvent congestionn�.</p><p>Les quartiers de r�sidence sont mont�s � l�assaut des escarpements et des versants qui enserrent la baie, aussi bien vers l�ouest (Northland, Kelburn) que sur les collines au sud, entre le port et la mer (Miramar, Kilbirnie). Le relief, tr�s accident�, donne � la ville un grand pittoresque, avec ses rues en escalier ou en lacet, ses tunnels et ses viaducs. L�originalit� de la ville est accentu�e par son climat oc�anique, tr�s doux (moyenne annuelle 12,2 �C, avec 16,6 �C pour le mois le plus chaud et 8,4 �C pour le mois le plus frais), mais tr�s humide (1 470 mm), avec pluies en toute saison, et surtout tr�s �vent�.</p><p>L�agglom�ration s�est aussi largement �tendue au fond de la baie, dans la petite plaine alluviale construite par la rivi�re Hutt. Les petites maisons individuelles, qui s��tendent sur la rive orientale de la baie jusqu�� Eastbourne, sont parfois remplac�es � Lower Hutt par des grands immeubles r�sidentiels.</p><p>Mais la vall�e de la Hutt constitue �galement la principale zone industrielle de Wellington : c�est l� que l�on a trouv� la place suffisante, en particulier � Petone ou � Gracefield.</p><p>Les usines sont de taille moyenne ou modeste ; les principales travaillent des produits alimentaires et textiles, montent et r�parent du mat�riel ferroviaire et automobile, fabriquent des ustensiles m�nagers. Mais, malgr� ce quartier industriel, Wellington reste surtout, � la diff�rence de la ville d�Auckland, un centre administratif, universitaire (Victoria University College) et commercial.</p><p>A. H. de L.</p><p>Wellington</p><p>(Arthur Wellesley,</p><p>1er duc de)</p><p>G�n�ral et homme politique britannique (Dublin 1769 - Walmer Castle, Kent, 1852).</p><p>Les d�buts</p><p>La famille de Wellington, appel�e originellement Colley (ou Cowley), �tait install�e en Irlande depuis deux si�cles et avait pris le nom de Wesley (orthographi� Wellesley � partir de 1790). Le p�re d�Arthur, Garrett Wesley (1735-1781), �tait propri�-</p><p>taire foncier protestant et portait le titre de comte de Mornington. Issu de l�aristocratie anglo-irlandaise, dont toute sa vie il restera un repr�sentant typique, le jeune Arthur Wellesley re-</p><p>�oit l��ducation habituelle d�un cadet de famille noble : d�abord le coll�ge d�Eton, puis, pour se pr�parer � la carri�re des armes, l�acad�mie militaire d�Angers, o� il acquiert une excellente connaissance du fran�ais. Il entre dans l�arm�e en 1787 comme enseigne au 73e r�giment de Highlanders et monte rapidement en grade, quoique sa principale activit� consiste alors � �tre aide de camp du lord-lieutenant d�Irlande ; en outre, il si�ge depuis 1790 au Parlement irlandais pour le bourg familial de Trim. En 1793, il ach�te le grade de major, puis de lieutenant-colonel au 33e d�infanterie.</p><p>C�est le moment o� il tombe amou-</p><p>reux de Catherine Pakenham, fille de lord Longford, mais, comme celui-ci ne juge pas assez prometteur l�avenir du jeune officier, le mariage n�aura lieu qu�en 1806. La premi�re exp�rience de campagne de Wellesley se place en 1794-95, lorsque les forces britanniques envoy�es aux Pays-Bas sont chass�es de Hollande par Pichegru.</p><p>�pisode peu engageant, mais que,</p><p>plus tard, le strat�ge commentera en ces termes : � J�y ai appris ce qu�il ne faut pas faire, et c�est toujours quelque chose. �</p><p>L�homme de guerre</p><p>Le vrai point de d�part de la carri�re de Wellesley se situe en 1796, date � laquelle il part avec son r�giment pour l�Inde*, o� il restera pr�s de dix ans et o� il va commencer � se faire conna�tre. D�abord il se met � �tudier s�rieusement l�art militaire ainsi que les probl�mes de la soci�t� indienne.</p><p>Sa grande chance, c�est l�arriv�e, en</p><p>1798, de son fr�re a�n�, Richard Colley Wellesley (1760-1842), nomm� gouverneur g�n�ral et dont il devient le conseiller priv�. L�autorit� des Britanniques est alors menac�e par la r�volte de T&#x12B;p&#x16B; S&#x101;hib, le sultan de Mysore, qui a partie li�e avec les Fran�ais install�s en �gypte. Wellesley, � la t�te d�une des colonnes charg�es de la reconqu�te du Mysore, d�ploie pour la premi�re fois son talent militaire. Nomm� gouverneur de cette r�gion (1799), il y acquiert une bonne exp�rience politique et administrative. En 1803, devenu g�n�ral, il remporte une s�rie de brillantes victoires sur les Marathes.</p><p>De retour en Europe (1805), il est �lu d�put� de Rye � la Chambre des communes (1806), puis nomm� secr�taire d��tat � l�Irlande (1807). D�s 1808, il repart pour une nouvelle grande aventure : la guerre contre les troupes napol�oniennes dans la p�ninsule Ib�rique.</p><p>L�, en six ans, il va acqu�rir une stature de h�ros national. Un tel r�sultat ne sera atteint qu�� force de t�nacit� et de patience, car jusqu�en 1812 les campagnes men�es par les Britanniques sont faites d�autant de reculs que d�avances. Sans doute Wellesley peut-il s�appuyer sur les Portugais et les Espagnols, insurg�s contre les Fran�ais, mais le corps exp�ditionnaire dont il re�oit le commandement � partir de 1809 ne comprend qu�une trentaine de milliers d�hommes.</p><p>� ces soldats de m�tier, Wellesley inculque une discipline stricte ; il leur impose sa tactique, peu � peu mise au point face aux mar�chaux de Napol�on, Mass�na, Soult, Ney, Victor, Marmont. Ayant m�rement r�fl�chi sur les m�thodes de guerre de l�adversaire, il a su en tirer les le�ons, tandis que Napol�on*, qui le rencontrera pour la premi�re fois sur le champ de bataille � Waterloo, n�a jamais eu l�occasion d��tudier personnellement la technique de combat de Wellington.</p><p>� l�image de l�Empereur, Welles-</p><p>ley, dou� d�une sant� de fer, peut travailler longtemps et dormir peu. Son downloadModeText.vue.download 488 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11699</p><p>intelligence, claire, pr�cise, est habile � organiser. Quant � sa volont�, froide et pers�v�rante, elle n�exclut pas par moments les audaces calcul�es. En tant que chef, Wellesley est tr�s autoritaire, ne laisse gu�re d�initiative � ses subordonn�s, traite les officiers avec hauteur et la troupe avec raideur (on lui doit sur le soldat britannique de s�v�res appr�-</p><p>ciations o� transparaissent les r�actions de l�aristocrate plein de m�pris pour le peuple : � l��cume de la terre �, � un tas de canailles �, � tous gens enr�l�s pour boire et qu�on ne peut mener qu�� coups de fouet �).</p><p>N�anmoins, sans jamais gagner l�attachement de ses � grognards � comme sut le faire Napol�on, il a r�ussi � imposer son ascendant � tous, officiers et soldats, gr�ce � son �nergie inlassable, � son int�grit� personnelle, � son caract�re d�homme de guerre dou� pour le calcul tactique et le commandement.</p><p>Techniquement, il �tait essentiellement un chef d�infanterie. Il ne s�est jamais beaucoup servi ni de la cavalerie pour poursuivre, ni de l�artillerie � qui, pourtant, �tait excellente. Tout reposait sur l�entra�nement (feux de salve, ordre mince, capacit� pour se d�ployer ou se regrouper), l�habitude de la manoeuvre, la discipline, la t�nacit� du fantassin.</p><p>La premi�re campagne de Wellesley se d�roule au Portugal* : la victoire de Vimeiro (21 ao�t 1808) contraint les troupes fran�aises de Junot � signer la capitulation de Sintra (30 ao�t) et � �vacuer le pays. En 1809, les op�-</p><p>rations se d�placent en Espagne*, o� Wellesley remporte en juillet la victoire de Talavera, qui lui vaut le titre de vicomte de Wellington, mais qu�il n�est pas en mesure d�exploiter.</p><p>En 1810-11, les Fran�ais reprennent l�initiative, et Wellington, r�duit � la d�fensive, se replie sur le Portugal, o� il s�accroche aux fortifications de Torres Vedras. Inexpugnable, le corps exp�ditionnaire britannique ne peut �tre rejet� � la mer. Par contre, en 1812, Wellington n�h�site pas � entamer une campagne d�hiver ; puis, profitant de la campagne de Russie, il repart en avant, gagne la bataille de Los Arapiles, pr�s</p><p>de Salamanque, en juillet � la plus brillante de ses victoires � et entre � Madrid (ao�t). Toutefois, il doit �vacuer peu apr�s la capitale.</p><p>C�est en 1813 qu�il enregistre des succ�s d�cisifs : l�Espagne est perdue pour les Fran�ais. En effet, apr�s la victoire remport�e � Vitoria le 21 juin, l�offensive conduit Wellington jusqu�aux Pyr�n�es ; il franchit l�Adour, bat Soult � Orthez (f�vr.</p><p>1814) et marche en direction de Toulouse, qu�il occupe le 10 avril. Il rentre alors triomphalement en Grande-Bretagne, o� il est fait duc de Wellington et re�oit le grade de mar�chal.</p><p>Nomm� aussit�t ambassadeur �</p><p>Paris, il y observe les fautes politiques qu�accumulent les Bourbons, puis, en janvier 1815, est envoy� comme pl�ni-potentiaire au congr�s de Vienne. C�est l� qu�il apprend le retour de Napol�on de l��le d�Elbe. Il re�oit le commandement des arm�es alli�es du Nord et remporte le 18 juin 1815 la victoire �clatante de Waterloo.</p><p>L�homme d��tat</p><p>La carri�re militaire de Wellington est termin�e. Une nouvelle carri�re, plus longue encore, mais plus composite, commence : d�abord comme diplomate, puis surtout comme politicien.</p><p>Le � grand capitaine � devient le � duc de fer �. Dans les jours qui suivent Waterloo, le g�n�ral victorieux joue un r�le de premier plan dans la restauration des Bourbons, car, en face des h�sitations des Alli�s, c�est lui qui tranche en faveur de Louis XVIII* ; il s�oppose en m�me temps au drapeau tricolore, � symbole de la r�bellion �.</p><p>Cependant, c�est gr�ce � lui autant qu�� Castlereagh* que la France �chappe au d�membrement auquel songeaient les puissances germaniques et certains ministres britanniques. En effet, Wellington se rend compte de l�importance, pour l��quilibre europ�en, d�une France monarchique stable. Devenu commandant en chef des arm�es alli�es occupant la France (1815-1818), il adopte une attitude mod�r�e, cherche l�apaisement, soutient Richelieu*</p><p>contre les ultras et prend position en</p><p>faveur de l��vacuation totale du territoire, ce qui, pourtant, ne l�emp�che pas d��tre d�test� des Fran�ais (qui l�appellent � Villainton �), car ceux-ci le rendent responsable de toutes les humiliations de l�occupation.</p><p>En d�cembre 1818, il est appel� � si�ger dans le cabinet de Robert Banks Jenkinson, comte de Liverpool, avec le titre de ma�tre-g�n�ral de l��tat-major.</p><p>Mais, s�il apporte au parti tory, dont il devient l�un des leaders, le poids de downloadModeText.vue.download 489 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11700</p><p>son prestige, il ne se trouve pas toujours � l�aise au milieu des intrigues politiques : il montre � la fois trop de franchise brutale et pas assez de souplesse. Il souhaiterait volontiers pouvoir imposer aux politiciens la m�me discipline que celle qu�il obtenait de ses officiers. D�autre part, c�est un conservateur-n� : � Commencer des r�formes, c�est commencer une r�volution �, d�clare-t-il � une de ses ad-miratrices. Malgr� tout, il sait aussi faire preuve de r�alisme quand c�est n�cessaire.</p><p>Devenu Premier ministre en jan-</p><p>vier 1828, il le demeure jusqu�en novembre 1830. Malgr� l�opposition de bon nombre de tories, il fait voter la loi d��mancipation des catholiques en 1829. Par contre, il s�oppose farou-</p><p>chement � toute r�forme �lectorale, ce qui am�ne sa chute. Il est alors au comble de l�impopularit� : son effigie est br�l�e dans les rues, et les vitres de sa maison sont bris�es (1830-1832). En 1834, Guillaume IV fait appel � lui au cours d�une tentative avort�e pour faire revenir les conservateurs au pouvoir.</p><p>� partir de 1841, Wellington si�ge de nouveau au gouvernement en tant que ministre sans portefeuille dans le cabinet de Peel*, en reprenant les fonctions de commandant en chef de l�arm�e, qu�il avait d�j� assum�es en 1827. Il soutient loyalement le Premier ministre dans sa d�cision d�abolir les Corn Laws et, apr�s la d�mission de Peel* en �t� 1846, il d�cide de se retirer de la vie politique. Mais il conserve ses fonctions militaires. Il meurt octog�naire, entour� de la v�n�ration g�n�-</p><p>rale, et est enterr� dans la cath�drale Saint-Paul � Londres � c�t� de Nelson.</p><p>F. B.</p><p>&amp; W. H. Maxwell, The Life of Field-Morshal his Grace the Duke of Wellington (Londres, 1839-1841, 3 vol. ; nouv. �d. en 1 vol., The Life of Wellington, 1911). / J. W. Fortescue, Wellington (Londres, 1925 ; nouv. �d., 1960). / P. Guedalla, The Duke (Londres, 1931). / C. R. M. Cruttwell,</p><p>Wellington (Londres, 1936). / R. Aldington, The Duke. Being an Account of the Life and Achie-vements of Arthur Wellesley, first Duke of Wellington (New York, 1943 ; nouv. �d., Londres, 1946). / J. Chastenet, Wellington (Fayard, 1945). / C. A. Petrie, Wellington : a Reassess-ment (Londres, 1956). / M. E. Howard, Wellingtonian Studies (Aldershot, 1959). / E. Longford, Wellington (Londres, 1969-1972 ; 2 vol.).</p><p>Wells (Herbert</p><p>George)</p><p>�crivain anglais (Bromley, Kent,</p><p>1866 - Londres 1946).</p><p>Le bouillonnement des esprits qui emplit la fin de l��re victorienne et pr�pare la mont�e irr�sistible du socialisme conditionne fortement les �crivains jusque tr�s avant dans le XXe s.</p><p>En vain, H. James condamne-t-il cette conception de la litt�rature d�actualit� ou de propagande dans laquelle l�art se subordonne aux id�es. Le triomphe de la litt�rature sociale et de la litt�rature engag�e continue. Les Galsworthy, Bennett, Chesterton brillent au firma-ment des lettres anglaises. Et surtout ces deux grands manieurs d�id�es, G. B. Shaw* et H. G. Wells, qui se d�finit � journaliste � plut�t qu�artiste et satirise dans Boon (1915) son ex-ami James et ses principes litt�raires.</p><p>Le � progress � de Herbert George Wells s�identifie assez � celui du h�ros traditionnel de l��poque pr�c�-</p><p>dente dans une vie riche et bien remplie, dont Experiment in Autobiography : Discoveries and Conclusions of a Very Ordinary Brain (1934) dresse un bilan. Tous ces apprentis, commis, drapiers ou pharmaciens de son oeuvre, Kipps (Kipps : the Story of a Simple Soul, 1905), Hoopdriver (The Wheels of Chance, 1896), George</p><p>Ponderevo (Tono-Bungay, 1909),</p><p>tous ces boutiquiers, les Mr. Polly et autres cherchant � faire fortune, rappellent et l�origine familiale et les d�-</p><p>buts difficiles de Wells. Car, si Kipps s��vade de son milieu gr�ce � un h�-</p><p>ritage, rien de semblable n�arrive au sous-ma�tre de la Midhurst Grammar School. Pourtant ses m�rites reconnus et dot� d�une bourse (1884), Wells peut commencer ses �tudes scientifiques au Royal College of Science de South Kensington. �l�ve en premi�re ann�e de T. H. Huxley, il subit profond�ment la marque d�un ma�tre dont on retrouve � tout instant l�empreinte dans la d�marche de sa pens�e et dans son oeuvre, o� ne manquent ni le savant incarn� par le Trafford de Marriage (1912), ni l��tudiant pauvre et dou�, tel Lewisham dans Love and Mr. Lewisham (1900). Car, �tudiant et professeur, Wells conna�t la g�ne � et la maladie � avant que son premier roman, The Time Machine : an Invention (1895), ne lui ouvre la voie du succ�s et d�une oeuvre immense dans un brassage prodigieux d�id�es.</p><p>� partir de 1900, il exploite une veine sociale et comique dans la tradition romanesque classique h�rit�e du XVIIIe s. � travers le XIXe s. Jeune auteur aux tendances progressistes, il participe aux activit�s de la Fabian Society (1903-1909). Mais, bient�t brouill� avec Shaw, il caricature les Webb, cheville ouvri�re du mouvement, dans son The New Machiavelli (1911). En effet, � partir d�environ 1910, il s�adonne plus sp�cifiquement � la litt�rature de propagande et d�id�es.</p><p>Dans cette production touffue do-</p><p>minent les romans parus pour la plupart sous forme de feuilletons. On y trouve aussi des nouvelles (The Stolen Bacillus and Other Incidents, 1895 ; The Plattner Story, and Others, 1897 ; Thirty Strange Stories, 1897 ; Tales of Space and Times, 1899 ; Twelve Stories and a Dream, 1903 ; The Country of the Blind, and Other Stories, 1911), des �crits politiques, philosophiques ou sociologiques (Socialism and the Family, 1906 ; New Worlds for Old, 1908 ; God : the Invisible King, 1917 ; The Common Sense or World Peace, 1929 ; Mind at the End of its Tether, 1945), des trait�s ambitieux (The Outline of History, being a Plain History of Life and Mankind, 1920 ; A Short History of the World, 1922 ; The Work, Wealth and Happiness of Mankind, 1932), sans compter une abondante oeuvre propre-</p><p>ment journalistique.</p><p>� Le roman doit se faire le m�diateur social, le v�hicule de l�intelligence, l�instrument de l�examen personnel, le promenoir de la morale et la bourse des moeurs, la manufacture des coutumes, la critique des lois et institutions et des id�es et dogmes sociaux [...]. �</p><p>Les grands principes de base, les croyances fondamentales, la lutte pour un monde non individualiste et socialiste, la plupart des id�es et des th�mes auxquels le th��tre de Shaw sert de tremplin, Wells les exprime et les d�fend dans son roman. Des finalit�s de la vie � l�antifascisme aucun sujet ne le rebute. Au centre de Love and Mr. Lewisham se place le probl�me de l�individu face � l�esp�ce, et Lewisham d�chirant symbolique-ment le programme de ses ambitions pour se consacrer � sa famille atteste que les int�r�ts du premier importent moins que la progression du groupe.</p><p>D�ailleurs, l�h�ro�ne d�Ann Veronica (1909) n�atteint � la pl�nitude du bonheur que lorsqu�elle r�alise les fonctions de l�esp�ce. Quant � Marjorie et � Trafford, ils op�rent leur r�g�n�ration spirituelle en reprenant contact, loin des mondanit�s, selon le � mysticisme �volutionnaire � de Wells, avec la vie rude authentique. Tout un groupe de romans, gu�re plus lus, cernent � peu pr�s compl�tement la fiction didactique de Wells : roman politique dans la lign�e de ceux de Disraeli avec The New Machiavelli, qu�alourdissent �tats d��me et r�flexions politiques de ses h�ros et porte-parole ; romans d�veloppant ses points de vue sur la guerre (Mr. Britling sees it through, 1916), sur la religion (The Undying Fire, 1919), sur l��ducation (Joan and Peter, 1918), contre le fascisme (Meanwhile, 1927 ; The Autocracy of Mr. Parham, 1930).</p><p>Enfin, Ann Veronica, influenc�e par la Vivie Warren de Shaw, aborde l�in�-</p><p>vitable question de la femme moderne dans son d�sir de s��panouir par-del� les pr�jug�s. Et, avec l��norme The World of William Clissold (1926) vient le temps des d�sillusions, succ�dant � l�optimisme original et qui �clate dans Mind at the End of its Tether (1945), o� Wells ne cache plus sa d�sesp�rance pour l�esp�ce humaine. Cette esp�ce</p><p>humaine, toujours au centre de ses romans socio-comiques, elle ressemble �trangement � celle qu�affectionnait Dickens. L�exemple de Kipps se r�-</p><p>v�le, � cet �gard, frappant et livre un vaste panorama social � travers l�exp�-</p><p>rience du jeune homme, des d�buts de son apprentissage jusqu�au moment de sa fortune. Appartenant au commun �</p><p>� la petite bourgeoisie surtout �, les personnages de Wells r�agissent selon les crit�res de leur milieu et de leur �ducation. Comme ceux de Dickens, ils t�moignent souvent de ces � vertus �</p><p>dynamiques, imagination, d�brouillar-dise, que cultivent si bien le h�ros de la charmante History of Mr. Polly (1910) ou l�oncle � Teddy � r�sumant son art de faire fortune en une formule lapidaire, � vendre la chose le meilleur march� dans la bouteille la plus ch�re �</p><p>(Tono-Bungay). Ainsi, l�observation sociale de Wells � qui se rapproche par sa mani�re de l�� �cole cockney �</p><p>� s�exerce par un art gai, abondant et capricieux � on songe � Fielding �</p><p>malgr� un certain d�cousu et de nombreuses digressions. Mais, de toute fa�on, Wells ne se survit pas en elle.</p><p>� Personne n�aurait cru dans les</p><p>derni�res ann�es du XIXe s. que les affaires humaines �taient surveill�es attentivement et de tr�s pr�s par des intelligences plus grandes que celles de l�homme et pourtant aussi mortelles que la sienne. �</p><p>downloadModeText.vue.download 490 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11701</p><p>Plus qu�� son oeuvre engag�e, le</p><p>nom de Wells s�attache d�sormais � un genre dont il partage la paternit� avec Jules Verne : la science-fiction*. L�, il excelle. R�alisme du style, sens aigu de la description, puissance imaginative caract�risent l�art de ses fameuses</p><p>� scientific romances � et �l�vent au rang de classiques When the Sleeper wakes (1899), The First Men in the Moon (1901), The Time Machine, The Island of Dr. Moreau (1896) et, bien s�r, The Invisible Man (1897). Elles offrent d�j� les th�mes, et la symbolique d�une veine largement exploit�e aujourd�hui : th�me devenu tradition-</p><p>nel des civilisations r�fugi�es dans les entrailles de la Terre (The Time Machine), cerveaux centraux r�gissant tout un peuple (The First Men in the Moon), guerres ou catastrophes pr�c�-</p><p>dant les r�organisations des soci�t�s dans le futur (In the Days of the Comet, 1906). Elles accueillent la science-fiction de la m�canique (machine � explorer le temps, sph�re des premiers hommes sur la Lune), encore que cette technique des appareils d�avant-garde retienne moins son attention qu�un peu plus tard celle de l�inventeur du</p><p>� robot �, Karel &#x10C;apek (R. U. R., 1920), ou de l�Am�ricain Isaac Asimov.</p><p>Wells se passionne par contre pour la science-fiction politique, sociologique, philosophique, l�utopie, dont il dit dans Modern Utopia (1905) : � L�utopie moderne ne doit pas �tre statique mais cin�tique ; elle doit prendre forme non comme un �tat permanent mais comme une �tape pleine d�espoir conduisant � une longue ascension d��tapes. � De cette fiction d�id�es proc�dent aussi bien Men like Gods (1923), The Food of the Gods (1904) que ce qu�il appelle ses � fantasies of probability �, telles que When the Sleeper wakes, The War in the Air (1908) ou The World set Free (1914), social-fiction, dirait-on.</p><p>L�homme demeure cependant la pr�-</p><p>occupation de Wells. Son avenir, celui de la soci�t� humaine, qu�il tente de distinguer gr�ce � la machine � explorer le temps. Ses limites aussi avec l��le du Dr. Moreau � maillon de science-fiction fantastique s�ajoutant � celui de la veine noire romantique et de Fran-kenstein �, o� la science de l�apprenti sorcier d�clenche un processus de catastrophe. Atavisme, instincts bestiaux, autant de barri�res infranchissables que l�homme porte en lui. Du pouvoir que lui donne sa d�couverte, l�Homme invisible ne sait ni ne peut profiter. Et puis existent des forces ext�rieures, et, dans la Guerre des mondes (1898), les humains fr�lent l�an�antissement dans leur lutte impuissante contre cette race sup�rieure sortie de l�espace. Ainsi, une fois encore, l�optimisme mesur� de Wells invite � la r�flexion.</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; B. Bergonzi, The Early H. G. Wells. A Study</p><p>of the Scientific Romances (Manchester, 1961).</p><p>/ I. Raknem, Wells and his Critics (Londres, 1962). / P. Parrinder, H. G. Wells (�dimbourg, 1970). / J. P. Vernier, H. G. Wells et son temps (Didier, 1971).</p><p>Wen Tcheng-ming</p><p>En pinyin WEN ZHENGMING ; pr�nom, Pi.</p><p>Peintre et lettr� chinois (1470-1559).</p><p>Son style �clectique domine la</p><p>peinture des Ming* dans la premi�re moiti� du XVIe s. Ses oeuvres, tr�s recherch�es par les � bourgeois �</p><p>(commer�ants, propri�taires fonciers et fonctionnaires), seront copi�es � maintes reprises, de son vivant d�j�.</p><p>Jusqu�au XXe s., les ma�tres conseil-leront aux d�butants de s�en inspirer, car elles offrent les exemples les plus �l�gants et les plus orthodoxes de l�art des lettr�s.</p><p>Originaire de Suzhou (Sou-tcheou), centre de l��cole Wu (Wou), Wen</p><p>Zhengming �tait le deuxi�me fils de Wen Lin (1445-1499), qui occupait le poste de pr�fet � Wenzhou (Wen-tcheou). Son p�re, d�esprit confucia-niste et fervent de l�astrologie, le pr�-</p><p>nomma Pi, nom d�une des vingt-huit constellations ; il prit lui-m�me pour surnom Zhengming, l�une des douze divinit�s des Branches terrestres. �</p><p>l��ge de huit ou neuf ans, il ne savait pas encore prononcer clairement une phrase, mais il montra ensuite une m�moire prodigieuse dans l��tude des classiques. � quatorze ans, il r�ussit le concours des bourses dans sa province. Son p�re mourut lorsqu�il avait seize ans et, l�ann�e suivante, il �tudia la litt�rature et la calligraphie aupr�s de deux ma�tres diff�rents. Mais il fut, surtout, le meilleur �l�ve de Shen Zhou (Chen Tcheou*).</p><p>Apr�s maints �checs, semble-t-</p><p>il, aux examens d��tat, il abandonna l�id�e de servir dans les fonctions publiques et se livra � la po�sie, � la peinture et � la calligraphie dans le milieu raffin� de Suzhou. Il refusa l�invitation du prince Ning en 1514, mais, en 1523, fut pr�sent� � la Cour en qualit� de savant de sa province. Il occupa un poste de taizhao (t�ai-tchao) � l�acad�mie de la For�t de plumes (Hanlin [Han-lin])</p><p>et participa � la r�daction des chroniques de l�empereur Wuzong (Wou-</p><p>tsong, 1506-1521). Deux ans plus tard, il retourna chez lui, l�existence � la Cour ne lui convenant pas. Il coula d�s lors une longue vie paisible. En dehors de ses activit�s cr�atrices, il collection-nait et �tudiait peintures, calligraphies et objets anciens.</p><p>On trouve encore dans diverses</p><p>collections bon nombre d�oeuvres de Wen Zhengming. C�est un paysagiste, mais il a peint aussi des bambous et des orchid�es, des pins, des fleurs de prunier et des chrysanth�mes, parfois des personnages. Sa mani�re est en g�n�ral minutieuse et inspir�e des ma�tres anciens � surtout Zhao Mengfu (Tchao Mong-fou*) et Wu Zhen</p><p>(Wou Tchen*) � � travers, souvent, l�interpr�tation qu�en a donn�e Shen Zhou. Mais dans ses derni�res ann�es, il peint � grands traits puissants, ma-ni�re qu�appr�cieront particuli�rement les collectionneurs.</p><p>Son Paysage du mont Tianping</p><p>(T�ien-p�ing), conserv� au mus�e Guimet � Paris, est une d�licate peinture ex�cut�e en souvenir d�une promenade dans cette montagne. Dat� de 1508, c�est un des rares t�moins de sa premi�re mani�re. Le style �voque celui de Huang Gongwang (Houang Kong-wang*), inspir� de la calligraphie : arbres et rochers sont � �crits �, comme disent les Chinois, c�est-�-dire d�un trac� lin�aire et sch�matique, et destin�s � �tre � lus � trait par trait. Quatre po�mes �voquant cette promenade sont calligraphi�s avec �l�gance dans la partie sup�rieure de l�oeuvre.</p><p>H. C.-l.</p><p>Wesley (John)</p><p>Th�ologien anglais (Epworth, Lincoln, 1703 - Londres 1791).</p><p>Son p�re, Samuel, anglican, fils et petit-fils de puritains, �tait pasteur d�Epworth ; sa m�re, fille d�un th�ologien non conformiste, �tait, elle aussi, devenue anglicane. Toutefois, il n�est pas douteux que Wesley, s�il fut �lev� dans l��glise �tablie et dans son respect, re�ut �galement de son �ducation</p><p>le bien le plus pr�cieux : une solide ind�pendance d�esprit. On a dit de la m�re de John, Susanna Wesley, qu�elle �tait celle du m�thodisme ; tant il est vrai que cette femme remarquable, ayant exerc� une influence profonde sur la vie spirituelle de ses enfants, avait aussi forg� leurs caract�res de fa�on exceptionnelle.</p><p>En 1720, John entre au coll�ge de Christ Church � Oxford, pour y poursuivre et achever des �tudes commenc�es � Londres en 1714. � l��poque, Oxford formait plus des litt�raires que des th�ologiens. Wesley y acquiert le dipl�me de ma�tre �s arts et, � vingt-quatre ans, une chaire de litt�rature grecque. Un peu � contrecoeur, il se d�cide pour la carri�re eccl�siastique, devient suffragant de son p�re (1727) et se demande s�il n�a pas fait fausse route. Et, comme le Lincoln College d�Oxford le rappelle, il retourne � l�enseignement (1729). Mais, pendant son absence, son fr�re cadet Charles (1707-1788) a fond�, avec quelques camarades, une sorte de petite chapelle, de caract�re mi-scientifique, mi-spirituel, dans le but d�entretenir et de renouveler � m�thodiquement � leur foi, leur pi�t�, leur morale et leur intelligence chr�tiennes. � cause de leur s�rieux syst�matique, on les d�signe ironiquement du nom de � m�thodistes �. En retournant � Oxford, John se joint � eux et devient rapidement leur conducteur ; � cette �poque, il cherche sa voie dans les impasses de l�asc�tisme et du ritualisme.</p><p>En 1735-1738, il fait un voyage en G�orgie et, � cette occasion, rencontre les membres de communaut�s moraves, � la fois pi�tistes et th�ologiens orthodoxes, qui cultivent une authentique int�riorit� et sont largement ouverts sur l�ext�rieur. Des amiti�s se nouent qui se prolongeront � Londres, o� Wesley se livre � une sorte de � r�vision de vie �, pour examiner si sa foi est bien celle qui justifie. Or, le 24 mai 1738, entendant lire la pr�face de Luther � l��p�tre aux Romains, il sent, pour la premi�re fois, � son coeur se r�chauffer �. C�est la rencontre d�cisive avec le Christ lib�rateur.</p><p>Wesley se met d�s lors � pr�cher</p><p>la justification par la gr�ce, par le</p><p>moyen de la foi, rejoignant totalement, � deux si�cles de distance, l�intuition illuminatrice de Luther*. Contre toute attente, les foules re�oivent avec ferveur le pur �vangile retrouv� ; les pr�tres, par contre, et toutes les autorit�s eccl�siastiques s�y opposent violemment. Afin de ne pas s��puiser en de st�riles conflits, Wesley et son ami George Whitefield (1714-1770) se mettent � pr�cher en plein air : la date du 2 avril 1739 est, � plus d�un titre, celle de la constitution officielle du m�thodisme* ; Wesley pr�che sur une prairie des environs de Bristol : 3 000 personnes l��coutent avec une attention passionn�e et, d�sormais, le mouvement fait tache d�huile...</p><p>downloadModeText.vue.download 491 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11702</p><p>D�s lors, la vie de Wesley est �troitement li�e � sa croissance : incessants voyages missionnaires, � travers l�Angleterre et l�Irlande, pr�dications en dehors des sanctuaires hostiles, lutte contre l�intol�rance du clerg� anglican, contre l�ignorance primitive des masses populaires, conversions nombreuses et spectaculaires, fondation de soci�t�s religieuses. Au milieu de tout cela, des ruptures : avec les moraves trop mystiques pour son esprit pratique ; avec son compagnon Whitefield, en 1741, trop pr�destinatien pour son sens de l�action et de la responsabilit� de l�homme ; avec les illumin�s de tous ordres qui essaient de le d�border.</p><p>Toute cette existence est remplie d�une inlassable activit� et de spectaculaires conflits.</p><p>� pr�s de cinquante ans, Wesley</p><p>�prouve soudain comme intol�rable la solitude personnelle dans laquelle il vit : il �pouse en 1751 une veuve au caract�re difficile et maladivement possessive qui, durant vingt ans, sera son bourreau domestique. Enfin, elle le quitte : � Ce n�est pas moi qui l�ai abandonn�e, je ne l�ai pas renvoy�e, je ne la rappellerai pas �, �crit-il dans son journal personnel. Comme beaucoup de ministres protestants, il fait la douloureuse exp�rience que, si le c�libat impos� est intol�rable et inhumain, le</p><p>mariage est loin de r�soudre tous les probl�mes.</p><p>Libre de nouveau, n�ayant plus</p><p>d�autre famille que les communaut�s m�thodistes, il voyage sans cesse pour en fonder de nouvelles ; il parcourt entre six et huit mille kilom�tres par an, la plupart du temps � cheval ; � plus de quatre-vingts ans, il est encore capable de marcher quatre ou cinq heures, de pr�cher trois ou quatre fois par jour, de sillonner l�Angleterre, � sa paroisse �, l�Irlande et la Hollande, d�entretenir une immense correspondance, de publier une foule d�ouvrages de styles divers et de r�diger un magazine mensuel. Il meurt � Londres, le 2 mars 1791, entour� d�un respect unanime, et prend imm�diatement place parmi les grands hommes de l�Angleterre.</p><p>� cause de la profondeur de sa pi�t�, de l�ardeur de son z�le, de sa puissance oratoire, de son sens du gouvernement des hommes, Thomas Macaulay</p><p>l�a compar� � Richelieu. C�est avant tout son g�nie de l�organisation qui a permis � son oeuvre de durer et de rester, aujourd�hui encore, une des forces vives du protestantisme et de l�oecum�-</p><p>nisme mondiaux. Son oeuvre litt�raire est �norme : deux cents volumes destin�s au public populaire et consacr�s � la th�ologie, � l�histoire, aux biographies, � la philosophie, � la po�sie, � la linguistique, � la m�decine, etc. Il est le signe que la foi cesse d��tre ellem�me si elle � a honte de l��vangile �</p><p>(saint Paul) et que, si elle est vivante, elle rayonne, de fa�on irr�sistiblement contagieuse.</p><p>G. C.</p><p>F M�thodisme.</p><p>western</p><p>Film dont l�action a g�n�ralement pour cadre les plaines et les prairies du Far West, et qui �voque les �tapes les plus caract�ristiques de la conqu�te et de la pacification de l�Ouest am�ricain : la guerre contre les puissances �trang�res, la guerre de S�cession et ses suites, la guerre contre les Indiens, la guerre contre les hors-la-loi.</p><p>Selon le critique Andr� Bazin, � le western est n� de la rencontre d�une mythologie avec un moyen d�expression �. Selon Henri Langlois, � c�est le western qui est l�essence m�me du cin�ma am�ricain, qui l�amena � d�-</p><p>couvrir une conception nouvelle du montage, c�est l�action des westerns qui permit peu � peu au cin�ma am�-</p><p>ricain de bouleverser le jeu des acteurs en lui donnant l�apparence du r�el �.</p><p>Genre typiquement am�ricain parce que relatif � des �v�nements essentiellement nationaux, le western a tent�, en tant que � genre cin�matographique �, plusieurs autres pays, qui ont affadi le mythe au profit de ses apparences les plus spectaculaires (pr�dominance de l�action, savant dosage de chevauch�es, d�idylles et de violences). Mais le plus souvent il s�agit alors d�une parodie plus ou moins r�ussie du western am�ricain. D�j� en 1916 l�acteur William S. Hart disait : � Je ne sais pas ce que le western repr�sente pour l�Europe, mais dans notre pays il repr�sente la quintessence de la vie nationale. �</p><p>Les westerns am�ricains</p><p>Le western muet</p><p>NAISSANCE DU WESTERN</p><p>En 1894, Buffalo Bill et Annie</p><p>Oakley r�p�tent, devant la cam�ra de W. K. Laurie Dickson, l�un des pionniers du cin�ma am�ricain qui travaille pour le compte d�Edison, certains num�ros d�adresse qui ont fait leur renomm�e. Cette nouvelle forme de magie, qui recr�e les spectacles les plus populaires de l��poque (ro-d�os, tourn�es du Wild West Show), conquiert les spectateurs des kin�toscopes. On ne peut � cette date parler de la naissance v�ritable d�un genre cin�matographique d�fini, puisque l�appareil capable de projeter sur un �cran des images � jusqu�alors tributaires de la vision binoculaire �</p><p>n�est pas encore invent�, mais il n�en est pas moins vrai que d�j� le d�cor et les personnages typiques du western semblent constituer un excellent app�t commercial.</p><p>Il faudra attendre 1903 pour voir</p><p>na�tre le premier western de l�histoire du cin�ma, une petite bande intitul�e le Vol du Grand Rapide et tourn�e par un metteur en sc�ne de talent, E. S. Porter. Ce film obtient un succ�s extraordinaire et devient presque imm�diatement, selon le mot de l�historien Lewis Jacobs, � la Bible des r�alisateurs de films �. On retrouve dans le Vol du Grand Rapide les</p><p>th�mes essentiels d�un genre qui ne s�embarrasse pas encore de pr�occupations d�ordre psychologique et dont toute l�action dynamique est centr�e sur la poursuite : attaque d�un train par des bandits, qui s�enfuient � bord de la locomotive jusqu�� l�endroit o� les attendent leurs chevaux, et cavalcade effr�n�e entre policiers et voleurs (qui se termine, naturellement, par la capture de ces derniers). � la suite de ce succ�s, la plupart des producteurs se lancent dans la r�alisation acc�l�-</p><p>r�e de nombreux westerns tourn�s � la va-vite, au rythme de cinq ou six par semaine : le th�me du hold-up envahit l��cran. Toutes les bandes se ressemblent, � quelques d�tails pr�s : downloadModeText.vue.download 492 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11703</p><p>selon un mot de l��poque, � on ne changeait pas de sujet, on changeait seulement de cheval �. Max Anderson, l�un des protagonistes du Vol du Grand Rapide, se consacre exclusivement au film de cow-boy, fonde avec George Spoor la soci�t� Essanay et lance la s�rie des Broncho Billy, qu�il interpr�te avec fougue et conviction.</p><p>NAISSANCE DU ! COW!BOY DE</p><p>L��CRAN !</p><p>Un �v�nement capital survient pendant l�hiver 1908 : le � colonel �</p><p>William N. Selig, producteur avis� et commer�ant de grande envergure, d�cide de faire terminer l�un de ses films en Californie, o� l�hiver est plus cl�ment. La ru�e du cin�ma vers les terres californiennes est commenc�e : en 1911, Hollywood est n� et le premier film que l�on y tourne est un wes-</p><p>tern, The Law of the Range.</p><p>Deux acteurs vont � eux seuls</p><p>b�tir la renomm�e du western : l�un, William S. Hart, doit sa r�putation � Thomas Harper Ince, dont le r�le est primordial dans l�histoire du cin�ma am�ricain ; l�autre, Tom Mix, est une</p><p>� d�couverte � du � colonel � Selig.</p><p>William S. Hart tourne Pour sauver sa race, le Droit d�asile et l�Homme aux yeux clairs avec beaucoup de</p><p>lucidit� et d�intelligence. C�est un acteur r�fl�chi et grave, intransigeant et obstin�, volontiers id�aliste, sourcilleux lorsqu�un sc�nario d�nature les vraies l�gendes de l�Ouest. Tom Mix, cavalier expert, ex-cow-boy de rod�os, lanc� � grand renfort de publicit�, est nettement moins bon acteur que son rival, mais son succ�s est plus grand et sera plus durable : pendant plus de vingt ans, Tom Mix et son cheval Tony galoperont dans des centaines de westerns sans jamais lasser un public qui concilie ais�ment la na�-</p><p>vet� et l�enthousiasme. Qu�importe si l��thique est grossi�re pourvu que r�apparaisse �ternellement le h�ros bondissant, pur et invincible, nouvelle idole d�une Am�rique friande de r�ves et de chevauch�es.</p><p>Entre 1915 et 1930, la production des westerns est quantitativement tr�s importante : les � serials � connaissent des succ�s all�chants au box-office, qui ne s��teindront que bien apr�s l�apparition du parlant. Le � star sys-tem � pousse certains acteurs (comme Douglas Fairbanks) � tenter leur</p><p>chance dans ce genre �minemment</p><p>populaire, et certains autres � devenir des sp�cialistes incontest�s (ainsi les fr�res Farnum, Hoot Gibson, Harry Carey, Buck Jones, etc.).</p><p>NAISSANCE DU R�ALISATEUR DE</p><p>WESTERNS</p><p>Deux hommes ont beaucoup fait pour la renomm�e du western, consid�r� � cette �poque par de nombreux cin�astes comme un genre mineur. James Cruze devait r�ussir, avec la Caravane vers l�Ouest, la premi�re grande �pop�e cin�matographique. John Ford, dont les d�buts de metteur en sc�ne datent de 1917, avait d�j� � son actif 48 films</p><p>lorsqu�il signa en 1924 le Cheval de fer, dont le sc�nario tranchait sur sa production courante par certaines qualit�s psychologiques et dont la facture technique annon�ait ind�niablement un grand cr�ateur.</p><p>Le western franchit une �tape.</p><p>L�heure des obscurs t�cherons qui b�clent en une semaine un sc�nario mi�vre et primaire n�est pas r�volue.</p><p>Mais d�j� s�instaure une hi�rarchie dans les productions. Le John Ford du Cheval de fer et de Trois Sublimes Canailles, comme le Henry King de Barbara fille du d�sert ont un style qui leur est propre, un certain � punch � que l�on retrouvera � l�aube du parlant chez le Raoul Walsh de la Piste des g�ants.</p><p>Le western parlant</p><p>NAISSANCE DU COW!BOY CHANTANT</p><p>ET DU WESTERN DE PRESTIGE</p><p>� la fin de l��poque du film muet, la r�volution des fr�res Warner alarme les pessimistes. Nombreux sont ceux qui pensent que le western a v�cu ; � Tom Mix, Hoot Gibson et Ken Maynard</p><p>doivent troquer leurs chevaux contre des avions ou bien se retirer dans une maison pour vieux com�diens �, �crit un critique. Mais les mauvais augures se trompent...</p><p>Apr�s quelques ann�es d�h�sitation, le western se maintient au box-office.</p><p>Raoul Walsh tourne m�me sa Piste des g�ants sur pellicule large de 70 mm. Le western ne sera plus le parent pauvre artistique du cin�ma hollywoodien : Billy le Kid (1930), de King Vidor, Cimarron (1930) de Wesley Ruggles, Une aventure de Buffalo Bill (1937) de C. B. De Mille, Robin des Bois d�El-dorado (1936) de William Wellman, le Brigand bien-aim� (1939) d�Henry King prouvent que certains metteurs en sc�ne sont tout pr�ts � engager leur prestige sur un film dont le sc�nario a �t� solidement b�ti sur les l�gendes les plus vivaces du si�cle pass�.</p><p>Mais le succ�s de ces westerns</p><p>majeurs est commercialement d�pass� par l�incroyable vogue des westerns de s�rie Z, r�alis�s par des metteurs en sc�ne dont le seul souci est stricte-</p><p>ment d�ordre commercial. L�anecdote la plus futile est pr�texte � galopades.</p><p>Quant aux sc�narios, leur l�g�ret� et leur fadeur n�ont d��gales que la lourdeur et la pauvret� de la mise en sc�ne.</p><p>Un h�ros nouveau appara�t : Hopalong Cassidy, qu�interpr�te William Boyd.</p><p>Mieux encore, les cow-boys ne se</p><p>contentent pas de parler et de faire des prouesses avec leurs colts : ils chantent. Gene Autry, puis Roy Rogers auront ainsi, aux �tats-Unis du moins, une popularit� immense, plus importante m�me que celle des stars les plus c�l�bres du temps. Elle ne s��teindra que vers 1955, � une �poque o� la t�l�-</p><p>vision saura davantage les utiliser que l��cran, qui vient de s�agrandir gr�ce au Cin�mascope.</p><p>LE WESTERN CONTEMPORAIN</p><p>y Les ann�es 1940-1950. � Trouver l�exceptionnel dans le quelconque, l�h�ro�sme dans le quotidien, exalter l�homme en profondeur, voil� le ressort dramatique qui me pla�t. � La phrase est de John Ford, qui tourne en 1939 la Chevauch�e fantastique. Ce film, tr�s bien accueilli � notamment en Europe �, constitue selon Andr� Bazin � un �quilibre parfait entre les mythes sociaux, l��vocation historique, la v�rit� psychologique et la th�matique traditionnelle de la mise en sc�ne western �. Pourtant, le succ�s fordien n��clipse pas totalement certaines r�ussites des ann�es 1940-1950, comme le Cavalier du d�sert (1940) de Wyler, l��trange Incident (1942) et la Ville abandonn�e (1948) de Wellman, Duel au soleil (1946) de Vidor, la Rivi�re rouge (1948) de Hawks. Mais il est ind�niable que John Ford a beaucoup fait pour rendre sa noblesse � un genre trop longtemps m�pris�.</p><p>Le western, durant les ann�es qui suivent la Seconde Guerre mondiale, repr�sente 25 p. 100 de la production annuelle des films am�ricains. On peut, selon l�ambition qui anime ses r�alisateurs attitr�s, le diviser en trois groupes : les westerns de s�rie Z (o� les vieux routiers des � serials � poursuivent la geste populaire des h�ros de l�Ouest : les Billy le Kid, Cisco Kid, Durango Kid, Jesse James, Kit Carson</p><p>sont l�gion) ; les westerns de s�rie B, qui se distinguent par un m�trage plus long, une distribution plus co�teuse, des sc�narios plus �labor�s, une mise en sc�ne plus travaill�e (ainsi les films tourn�s par Lloyd Bacon, Bruce Humberstone, Jacques Tourneur, John Sturges � ses d�buts), et enfin les westerns de s�rie A, o� l�on retrouve les noms de Ford, Lang, Wellman, Hawks.</p><p>y Apr�s 1950. La crise du cin�ma qui touche Hollywood � partir de 1950</p><p>a de profondes r�percussions sur le western. Certains effets seront b�n�-</p><p>fiques : la t�l�vision tue les westerns de s�rie Z et accapare les services des cow-boys chantants. Par contre, la s�rie B et la s�rie A prennent un nouveau d�part : si le cin�ma en</p><p>relief n�est d�aucune utilit� pour le western, il n�en est pas de m�me du Cin�mascope. Combin� � la couleur (qui tend � se g�n�raliser), celui-ci a�re les westerns, leur conf�re certaines qualit�s essentielles (sens de l�espace, beaut� des paysages, possibilit� d�actions multiples) qui attirent un public devenu plus exigeant. Mais les changements ne sont pas tous</p><p>d�ordre technique : certains sc�narios abordent des sujets nouveaux (westerns antiracistes, allusions �videntes au maccarthysme, etc.). Chaque metteur en sc�ne de quelque renom se doit de r�aliser son western ; � c�t� des � anciens � (John Ford, Raoul Walsh, Michael Curtiz, Henry King, Allan Dwan, George Marshall, Henry Hathaway), de nouveaux sp�cialistes se distinguent : Delmer Daves, Edward Dmytryk, Robert Aldrich, John Sturges et surtout Anthony Mann.</p><p>L�Homme des vall�es perdues (1953) de George Stevens et Le train sifflera trois fois (1952) de Fred Zinnemann sont de grands succ�s populaires. Howard Hawks, avec Rio Bravo (1958), signe une oeuvre dont l�influence sera aussi grande que le fut en son temps celle de la Chevauch�e fantastique.</p><p>Le western s�intellectualise : loin d��tre un simple pr�texte � chevauch�es, il contribue � remettre parfois en question la l�gende m�me de l�Ouest.</p><p>Paraboles symboliques et socio-politiques, anti-�pop�es qui s�attachent � d�mythifier les h�ros populaires (du</p><p>g�n�ral Custer � Doc Holliday ou � Billy le Kid), pamphlets antiracistes, fresques humoristiques et sardoniques se succ�dent sur les �crans pendant les ann�es 60. Tandis que les � vieux routiers � s�essouflent, une nouvelle g�n�ration s�impose avec Sam Pec-kinpah (Coups de feu dans la sierra, 1962 ; Major Dundee, 1964 ; la Horde sauvage, 1969) et Monte Hellman (The Shooting, 1966 ; l�Ouragan de la vengeance, 1967).</p><p>Les meilleurs cin�astes (Arthur</p><p>Penn, Sydney Pollack, Robert Altman) des ann�es 70 n�h�sitent pas � consid�-</p><p>rer le western comme un genre majeur downloadModeText.vue.download 493 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11704</p><p>et signent parfois des oeuvres de tout premier plan qui sont loin de s�adresser uniquement aux aficionados du genre.</p><p>Les westerns europ�ens</p><p>Certains cin�astes non am�ricains, fascin�s par l�exotisme du western, se sont appliqu�s � acclimater dans leur pays respectif un genre qui, priv� de son contexte historique, s�est rapidement ab�tardi. Les exploits du cow-boy parisien Joe Hamman, qui galopa avec conviction de 1907 � 1913 dans de nombreuses petites bandes populaires, avaient certes du piquant. Mais les entreprises commerciales italiennes, espagnoles ou allemandes qui, apr�s 1960, connurent un tr�s grand succ�s aupr�s du public europ�en ne sont que de simples parodies de western, parfois assez r�ussies, parfois d�lib�r�ment b�cl�es. Dans la plupart de ces productions, le d�cor n�est bien souvent qu�approximatif et trompeusement</p><p>folklorique, le sc�nario n�a d�autre but que de mettre en valeur certaines sc�nes-chocs o� la violence paroxys-tique se confond dangereusement avec les marques d�un sadisme complaisant.</p><p>Quant aux personnages, ils brillent plus par leur habilet� � manier leur colt ou � se servir de leurs poings que par leur profondeur psychologique. Cependant, certains cin�astes (Duccio Tessari, Sergio Corbucci et surtout Sergio Leone)</p><p>ont donn� quelques titres de noblesse au � western-spaghetti � et ont m�me influenc� certains de leurs homologues am�ricains.</p><p>Si l�authenticit� est presque toujours absente des westerns europ�ens, il n�en est pas moins vrai que de nombreux adolescents des ann�es 60 ont appris � aimer le western � travers les aventures des Winnetou, Django, Sartana, Trinita et autres Ringo.</p><p>J.-L. P.</p><p>Les personnages</p><p>historiques du western</p><p>Les pionniers</p><p>Daniel Boone (pr�s de Reading, Pennsylvanie, 1734 - pr�s de Saint Charles, Missouri, 1820). D�s son plus jeune �ge, il se met au service des colons qui d�sirent explorer les contr�es p�rilleuses de l�Ouest. Apr�s avoir fond� le premier �tablissement permanent du Kentucky, il s�aventure sur les bords du Missouri et ouvre de nombreuses pistes qui serviront pr�cieusement aux exp�ditions ult�rieures. V�tu d�une veste de daim et g�n�ralement flanqu� d�un chien fid�le, ami et d�fenseur des Peaux-Rouges, qu�il cherchait souvent � prot�ger des abus des Blancs, il a �t� immortalis� par Fenimore Cooper sous des noms divers (OEil-de-Faucon, Longue-Carabine, Bas-de-Cuir).</p><p>Davy Crockett (David CROCKETT, dit)</p><p>[Greene County, Tennessee, 1786 - Alamo 1836]. Il est l�une des � figures �</p><p>les plus universellement connues du Vieil Ouest : d�une force hercul�enne, habile chasseur � on raconte qu�en neuf mois il abattit 105 ours �, beau parleur, grand viveur, vantard et h�-</p><p>bleur lorsqu�on lui demande dans les salons de raconter ses exploits, mais courageux jusqu�� la t�m�rit� lorsqu�il doit faire preuve sur le terrain de ses qualit�s militaires. En 1813, il s�engage dans la milice d�Andrew Jackson, puis, en 1827, � l��tonnement de tous, quitte la vie mouvement�e des coureurs de prairie de l��poque pour se faire �lire d�put� au Congr�s de Washington, o� son humour et ses reparties font</p><p>merveille. Tout en affichant un m�pris souverain pour l�orthographe et la grammaire, il publie quelques �crits qui lui assurent une solide popularit�.</p><p>Pourtant, en 1835, son go�t de l�aventure le reprend. La guerre du Texas faisant rage, Davy Crockett rejoint les d�fenseurs de Fort Alamo. Ce sera son dernier coup d��clat : en effet, les 180 soldats de la garnison, apr�s un si�ge m�morable, succombent les uns apr�s les autres devant les assauts furieux des Mexicains. Tout naturellement, la l�gende a voulu que le dernier survivant soit l�� homme au bonnet en peau de raton �.</p><p>Justiciers et sh�rifs</p><p>Kit Carson (Christopher CARSON, dit)</p><p>[Madison County, Kentucky, 1809 -</p><p>Fort Lyon, Colorado, 1868]. Il organise � partir de 1831 plusieurs exp�ditions comme guide et �claireur. Tireur d��lite r�put�, mais aussi, lorsque l�occasion se pr�sente, habile diplomate, il acquiert une grande r�putation de redresseur de torts dont l�action paci-ficatrice s�exerce jusqu�au d�but de la guerre de S�cession. Pendant les premi�res ann�es de la guerre indienne, il prend part � de nombreux combats, notamment contre les Apaches.</p><p>Wild Bill Hickok (James Butler HICKOK, dit) [Troy Grove, Illinois, 1837 -</p><p>Deadwood, Dakota du Sud, 1876].</p><p>Ancien outlaw, chasseur de buffles, tireur de grande classe dont les mains �taient loin d��tre blanches avant qu�il revienne aur�ol� de gloire de la guerre de S�cession, qu�il a accomplie dans les rangs nordistes, il se sent subitement une vocation de gardien de l�ordre et re�oit en 1871 l��toile de marshal � Abilene. C�est un homme curieux, dont la coquetterie vestimen-taire frise le dandysme, mais qui oublie toute civilit� d�s qu�il a l�occasion de se servir de ses pistolets Derringer, de sa carabine � canon sci� et de son colt calibre 44. Son amour du jeu devait lui �tre fatal : il sera en effet abattu tra�-</p><p>treusement dans un saloon alors qu�il disputait une partie de cartes.</p><p>Wyatt Earp (Monmouth, Illinois,</p><p>1848-1929). Il fait ses premi�res armes comme assistant-marshal � Dodge</p><p>City, une ville � chaude � o� se donnent rendez-vous cow-boys turbulents et trafiquants de tous ordres. La gloire qu�il recherche de mani�re plus ou moins douteuse l�attend � Tombstone en 1881 : c�est le fameux r�glement de comptes d�O. K. Corral, qui met aux prises les fr�res Earp assist�s de l�ex-dentiste Doc Holliday (qu�une bonne partie de la ville accusait d�avoir particip� � une sanglante attaque de diligence) et les fr�res Clanton aid�s de trois autres mauvais gar�ons. Wyatt Earp n�a pas le triomphe modeste : il passe le reste de sa vie � parfaire sa l�gende et meurt � quatre-vingt-un ans estim� de tous ses concitoyens.</p><p>Hors-la-loi et bandits</p><p>Jesse James (pr�s de Kearney, Missouri, 1847 - Saint Joseph, Missouri, 1882). Engag� dans les rangs sudistes d�s 1862, celui qui va devenir � le Brigand bien-aim� � d�bute avec son fr�re Frank (1843-1915) dans la carri�re de voleur de banques lorsque les escarmouches militaires tendent � s�apaiser. Le gang des James Boys attaque de 1866 � 1876 de nombreuses banques, des trains et des diligences.</p><p>L�agence Pinkerton, qui a lanc� ses d�tectives aux trousses des bandits, est bien involontairement � l�origine de la renomm�e de ces derniers : un attentat commis contre la ferme natale de Jesse James provoque la r�probation unanime de l�opinion publique, qui d�sormais prend fait et cause pour les fr�res James. S�enhardissant encore, Jesse James tente d�attaquer, en 1876, la banque de Northfied. Mais l�, la chance l�abandonne et il essuie un cuisant �chec. Il cherche, � la suite de cette d�convenue, � se faire oublier, mais, en 1882, deux membres de sa propre bande, Robert et Charles Ford, l�assassinent l�chement pour toucher une all�chante ran�on.</p><p>Sam Bass (Samuel BASS, dit) [pr�s de Mitchell, Indiana, 1851 - Round Rock, Texas, 1878]. Sam Bass est �galement un sp�cialiste des attaques � main ar-m�e contre les banques, les trains (en 1877, il d�valise le train de l�Union Pacific) et les diligences. Trahi par un nomm� Murphy, il est gri�vement bless� en 1878 dans l�attaque de la banque</p><p>de Round Rock (Texas).</p><p>Billy le Kid (William BONNEY, dit) [New York 1859 - Fort Sumner, Nouveau-Mexique, 1881]. En vingt et un ans, il aurait tu� 21 personnes. Son meurtre le plus c�l�bre demeure celui des assassins de son patron, un �leveur de b�tail (il abat 10 hommes � lui tout seul).</p><p>Poursuivi par l�un de ses anciens amis devenu sh�rif, Pat Garrett, il meurt d�une balle dans le dos. Cette fin brutale �tend encore sa renomm�e : d�innombrables ballades, des romans populaires et m�me des pi�ces de th��tre (G. B. Shaw) et des op�ras (Puccini) lui ont �t� consacr�s.</p><p>Big Nose George (George PARROT, dit)</p><p>[� 1880]. Ce voleur de diligences, qui a assassin� deux � deputies sheriffs �, est surtout c�l�bre par la mort cruelle que lui infligent les habitants de la petite ville o� il a �t� incarc�r�. Trouvant que la justice r�guli�re n�est pas assez ex-p�ditive, la populace arrache Big Nose George de son cachot, le lynche et le pend � un arbre.</p><p>Les fr�res Dalton (� 1892) et Bill Doolin (� 1896). Les fr�res Dalton, ex-cow-boys qui s��taient un temps rang�s du c�t� de la loi en portant l��toile de marshal, pr�f�rent tr�s vite s�adonner � des activit�s plus lucratives comme l�attaque des trains et des banques.</p><p>R�vant de surpasser les fr�res James, ils prennent trop de risques et sont mortellement bless�s � Coffeyville. Bill Doolin est un disciple des Dalton. Il tombe sous les balles d�un policier en 1896, apr�s avoir sem� la terreur sur les lignes de chemin de fer et dans les caisses de d�p�t des petites villes de l�Ouest.</p><p>H�ro�nes de l�ouest</p><p>Calamity Jane (Martha Jane CANARY</p><p>ou CONARRAY, dite) [Illinois ? v. 1844 -</p><p>Terry, Dakota du Sud, 1903]. Sa v�ritable existence demeure peu connue, masqu�e derri�re une l�gende qu�elle chercha elle-m�me � propager. Ce qui est certain, c�est qu�elle repr�sente un certain type de � femme de mauvaise vie � menant une existence turbulente, toujours habill�e en homme, hantant les saloons les plus minables, aimant les aventures, mythomane et ivro-</p><p>gnesse, g�n�reuse ou cruelle selon les circonstances.</p><p>Belle Starr (Myra Belle SHIRLEY, dite)</p><p>[pr�s de Carthage, Missouri, 1848 -</p><p>pr�s d�Eufaula, Oklahoma, 1889].</p><p>C�l�bre pour avoir �t� l��g�rie de tr�s nombreux hors-la-loi, elle est li�e aux criminels les plus r�put�s de l�Ouest.</p><p>downloadModeText.vue.download 494 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11705</p><p>Elle meurt d�une balle qu�un inconnu lui tire dans le dos.</p><p>Les militaires</p><p>Les Texas Rangers. Le terme de � rangers � d�signe d�j� en 1835 tout groupe de volontaires sp�cialement entra�n�s, en vue d�actions rapides et violentes contre un ennemi quelconque. Mais en 1874 sont institu�s les Texas Rangers du capitaine McNelly : ce sont des engag�s volontaires, cavaliers de grande classe, excellents tireurs, avides d�aventures et de gloire, que l�on emploie pour faire respecter la loi. Ils sont parfois investis de pouvoirs sp�ciaux et peuvent, s�il le faut, remplacer les hommes de loi officiels (sh�rifs ou marshals) incapables ou trop complaisants.</p><p>G�n�ral George Armstrong Cus-</p><p>ter (New Rumley, Ohio, 1839 - pr�s de Hardin, Montana, 1876). Sorti de West Point, il se distingue pendant la guerre de S�cession, o� il gravit tr�s rapidement tous les �chelons de la hi�rarchie militaire. Apr�s avoir remport� en 1868 la bataille de la Washita contre les Cheyennes de Black Kettle, il dirige une exp�dition militaire et scientifique dans les Black Hills en 1874. Sa popularit� est immense. En 1876, au cours d�une op�ration men�e contre les Sioux, il est cern� et massacr� avec la plupart de ses hommes (bataille du Little Bighorn). Pour les Indiens, Custer reste l�ennemi mortel, le � tueur de squaws � ; pour les Blancs, il est une gloire nationale. Ce qui est certain, c�est que l�ambition et la bravoure ont conduit rapidement ce � military play-boy � � la fois aux actions les plus t�-</p><p>m�raires et aux pires exactions.</p><p>Les indiens</p><p>Mangus Colorado (Apache Mimbreno)</p><p>[v. 1797-1863]. Il est le premier � se soulever contre les Blancs en d�fendant son territoire du Nouveau-Mexique contre les soldats de Washington. Alli� de Cochise, il attaque en 1863 une colonne de volontaires californiens.</p><p>Apr�s un premier assaut qui vit la victoire de ses troupes, Colorado, venu parlementer, est captur� et tra�treusement assassin� dans sa prison.</p><p>Black Kettle (Cheyenne) [� 1868].</p><p>Chef des Cheyennes du Sud, il se heurte aux empi�tements des Blancs qui violent d�lib�r�ment les trait�s de 1851</p><p>(la propri�t� totale des territoires de l�Ouest avait �t� attribu�e aux Indiens).</p><p>Il essuie une attaque meurtri�re en 1864 � Sandy Creek (Colorado). R��ditant la victoire du colonel Chivington, c�est le g�n�ral Custer qui emporte la d�cision quatre ans plus tard : Black Kettle est tu� dans la bataille sauvage de la Washita.</p><p>Cochise (Apache Chiricahua) [v. 1815-1874]. Il succ�de � Mangus Colorado comme chef des tribus Apaches du</p><p>Sud-Ouest. Apr�s une succession de tr�s violentes escarmouches, Cochise accepte, gr�ce au sang-froid et � la droiture d�un conducteur de diligences blanc, Tom Jeffords, de parlementer avec le g�n�ral Howard et de conduire sa tribu dans une r�serve.</p><p>Red Cloud (Sioux) [pr�s de North</p><p>Platte, Nebraska, 1822 - Fine Ridge, Dakota du Sud, 1909]. Cherchant � �viter la construction de forts par les militaires sur la piste Bozeman (du Wyo-ming au Montana), Red Cloud triomphe tout d�abord du colonel Connor (1865), puis massacre l�ann�e suivante un d�tachement de l�exp�dition du g�n�-</p><p>ral Carrington. En 1867, il est vaincu par le major Powell, et surtout par de nouvelles armes : les carabines Sprin-gfield. Il obtient cependant, en 1868, l��vacuation des forts, objets du litige.</p><p>De nouvelles escarmouches ont lieu � partir de 1875, cons�cutives aux ambitions des Blancs provoqu�es par la d�couverte de l�or dans les Black Hills.</p><p>Red Cloud se rend en 1880 et accepte</p><p>de s��tablir sur la r�serve de White Earth River.</p><p>Geronimo (Apache Chiricahua)</p><p>[v. 1829-1909]. En 1883, il se rend aux troupes venues r�tablir l�ordre sur la fronti�re du Rio Grande. Mais deux ans plus tard la guerre se rallume.</p><p>Geronimo se rend � nouveau, s��vade, capitule une troisi�me fois. En 1890, la nation apache est pratiquement d�ci-m�e. Geronimo d�filera en 1901, objet de curiosit�, dans la parade organis�e � Washington � l�occasion de l�entr�e � la Maison-Blanche de Th�odore</p><p>Roosevelt.</p><p>Sitting Bull (Sioux) [v. 1831-1890].</p><p>C�est le grand vainqueur de Custer, en 1876, au Little Bighorn. Harcel� par les troupes qui cherchent � venger la mort de Custer, il se r�fugie au Canada en 1877. En 1885, il appara�t dans le Wild West Show.</p><p>Crazy Horse (Sioux) [v. 1849-1877].</p><p>Apr�s avoir assist� Red Cloud pour l��vacuation des forts de la piste Bozeman, il combat les troupes militaires lanc�es contre lui sur la Yellowstone (1873), puis assiste Sitting Bull et Red Cloud dans la lutte contre Custer. D�-</p><p>fait en 1877, il est arr�t� et assassin� � Fort Robinson.</p><p>Le chasseur de bisons et</p><p>la tireuse d��lite</p><p>Buffalo Bill (William Frederick CODY, dit) [Scott County, Iowa, 1846 - Denver 1917]. Il est remarqu� par Wild Bill Hickok � la suite d�une performance sportive (travaillant pour le compte de la compagnie du Pony Express, il couvre � cheval 600 km en deux jours et deux nuits). Il re�oit son surnom en 1868 � cause de ses prouesses dans la chasse aux bisons (4 280 en dix-huit mois). Le g�n�ral Custer, qui a eu vent de ses exploits de combattant nordiste pendant la guerre de S�cession, l�em-ploiera ensuite comme scout dans les campagnes militaires organis�es contre le chef indien Sitting Bull. En 1876, il rencontre en combat singulier un autre chef indien, Yellow Hand, qu�il vainc et scalpe pour venger la mort de Custer. C�dant aux instances de ceux qui</p><p>d�sirent exploiter commercialement sa renomm�e, il laisse Prentiss Ingra-ham �crire 80 romans populaires sur ses aventures et le commandant Burke monter un show publicitaire monstre avec la propre participation sur la piste du � roi des cavaliers sauvages �. Pendant trente-cinq ans, le Wild West Show fera le tour du monde et �merveillera les populations. Le cin�ma, qui vient � peine d��tre invent�, s�int�resse aussi � lui, et Buffalo Bill est le h�ros de petites bandes tourn�es par W. K. Laurie Dickson pour les kin�toscopes d�Edison. En 1916 a lieu la repr�sentation d�adieu du c�l�bre h�ros national, qui s��teint l�ann�e suivante.</p><p>Annie Oakley (Phoebe Anne Oakley</p><p>Mozee) [Darke County, Ohio, 1860 -</p><p>Greenville, Ohio, 1926]. N�e dans une humble famille de paysans de l�Ohio, Annie Oakley, dite � Annie du Far West �, atteint la c�l�brit� en relevant un jour le d�fi lanc� par un tireur d��lite du Wild West Show. Championne incontestable du tir � la carabine, elle est engag�e par le cirque de Buffalo Bill, o� elle se produit plusieurs ann�es durant, �merveillant les spectateurs par sa virtuosit�.</p><p>F De Mille (Cecil B.) / �tats-Unis [cin�ma] / Ford (John) / Hawks (Howard) / Ince (Thomas H.) / Lang (Fritz) / Wyler (William).</p><p>&amp; A. Chiattone, Il Film Western (Milan, 1949).</p><p>/ T. Kezich, Il Western maggiorenne (Trieste, 1953). / H. Agel (sous la dir. de), le Western (Lettres modernes, 1962 ; nouv. �d., 1969). /</p><p>G. N. Fenin et W. K. Everson, The Western from Silents to Cinerama (New York, 1962). / C. Ford, Histoire du western (P. Horay, 1964). / J.-L. Rieu-peyrout, la Grande Aventure du western (�d.</p><p>du Cerf, 1965 ; nouv. �d., 1974) ; Histoire du Far-West (Tchou, 1967). / A. Eyles, The Western (Londres, 1967 ; nouv. �d., 1975). / W. K. Everson, A Pictorial History of the Western Film (New York, 1969). / D. J. Kitses, Horizons West (Londres, 1969). / P. French, Westerns (Londres, 1973). / J.-L. Leutrat, le Western (A. Colin, 1973).</p><p>/ G. A. Astre et A. P. Hoarau, Univers du western (Seghers, 1973). / C. L�mie et R. Samuel, le Western (Bordas, 1976).</p><p>Westphalie</p><p>(royaume de)</p><p>�tat cr�� par Napol�on Ier le 18 ao�t</p><p>1807 dans le cadre de la Conf�d�ration du Rhin, il fut r�duit � n�ant le 1er octobre 1813 et officiellement supprim� par le congr�s de Vienne (1814-15).</p><p>La cr�ation</p><p>D�s la signature des trait�s de Tilsit (7-9 juill. 1807), Napol�on �crivait � son fr�re J�r�me : � Vous avez �t� reconnu comme roi de Westphalie... �</p><p>Ainsi surgissait, dans ce chantier germanique ouvert apr�s Austerlitz et d�j� meubl� par une Conf�d�ration germanique � premi�re mani�re �, un nouvel �tat napol�onien. Sous un vocable historico-g�ographique, celui-ci rassemblait des �l�ments jusqu�alors s�par�s et dissemblables : la Hesse �lectorale, un morceau de Hanovre (avec G�ttingen), des comt�s m�diatis�s, des �v�ch�s s�cularis�s, et aussi des terres prussiennes. Qu�en attendait l�Empereur ? Sans aucun doute l�existence et la consolidation d�un alli� qui surveillerait la Prusse en tenant la ligne de l�Oder ; mais �galement l�existence et la consolidation d�un mod�le, pour l�Allemagne, de r�novation et de modernisation, d�un instrument appel� � exercer une influence plus consid�-</p><p>rable que le grand-duch� de Berg, �tat proprement rh�nan. Royaume de deux millions d�habitants, avec pour capitale Kassel, un carrefour de routes, la Westphalie jouerait donc un r�le analogue � celui du royaume d�Italie, capitale Milan.</p><p>En d�signant pour former la r�gence (sept. 1807) des administrateurs de la qualit� de Joseph J�r�me Sim�on (1749-1842), de Jacques Beugnot</p><p>(1761-1835), de Jollivet, du g�n�ral Joseph Lagrange (1763-1836), Napol�on montrait bien tout l�int�r�t qu�il prenait � cette cr�ation. Il le montrait aussi en confiant � J.-J. R. de Cambac�-</p><p>r�s (1753-1824) et � Michel Regnault de Saint-Jean d�Ang�ly (1761-1819) le soin d��laborer une constitution (proclam�e le 15 nov.) qui, ne tenant gu�re compte des avis des notables convoqu�s, adoptait � sans att�nuation �</p><p>(Georges Lefebvre) les principes de l��tat moderne : non seulement l�unit� de l�organisation administrative, mais encore l��galit� civile, la libert� reli-downloadModeText.vue.download 495 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11706</p><p>gieuse et le r�gime constitutionnel. En lui envoyant, pour simple promulgation, cet acte fondamental, Napol�on adressait � son jeune fr�re un �tonnant commentaire : � Ce que d�sirent avec impatience les peuples d�Allemagne, c�est que les individus qui ne sont point nobles et qui ont des talents aient un �gal droit � votre consid�ration et aux emplois... Il faut que vos peuples jouissent d�une libert�, d�une �galit�, d�un bien-�tre inconnus aux peuples de la Germanie... Soyez roi constitutionnel... �</p><p>�difi� sur un peuple qui, selon le mot de Napol�on, � divis� entre un si grand nombre de souverains, n�avait pas m�me un nom �, la veille encore, le royaume prit rapidement forme. D�s d�cembre 1807, J�r�me (que Napol�on a mari� en ao�t � la princesse Catherine de Wurtemberg) arrive � Kassel.</p><p>Beugnot va s�en aller, mais Sim�on reste, personnage central, ministre de l�Int�rieur et de la Justice de 1807 � 1809, de la Justice entre 1809 et 1812, et une sorte de Premier ministre en 1812-13. Ce mod�r� de la R�volution, proche des id�ologues mais monarchiste, pr�side � la mise en place de l�administration, au fonctionnement de la nouvelle machine politique et � l�oeuvre de refonte sociale.</p><p>La mise en place</p><p>Mise en place administrative : les huit pr�fectures sont imm�diatement pourvues ; elles vont � des Allemands, les Fran�ais n�apparaissant que dans les conseils de pr�fecture.</p><p>La machine politique : la nomina-</p><p>tion d�un Conseil d��tat ; la d�signation, dans chaque d�partement, des deux cents � �lecteurs � dont le vote d�signera les cent membres des �tats du royaume � soit soixante-dix propri�taires fonciers, quinze � entrepreneurs �, quinze � savants � �, l��quivalent du Corps l�gislatif, tenant une premi�re session en juillet 1808.</p><p>Refonte sociale : le d�cret du 23 jan-</p><p>vier 1808 porte la hache dans le syst�me de la f�odalit�, supprimant toutes les corv�es et ne soumettant � rachat que les redevances r�elles ; une traduction des codes fran�ais est entreprise sans retard, en commen�ant par le Code civil et le Code de proc�dure civile ; le d�cret du 27 janvier 1808</p><p>accorde aux Juifs les m�mes droits qu�aux autres sujets.</p><p>Fran�ais et Allemands travaillent c�te � c�te et, si dans l�ensemble les Hessois restent hostiles au nouveau r�-</p><p>gime, si l�aristocratie ne peut que tenter de freiner les r�formes, nombre de talents, surtout parmi les Hanovriens et les Brunswickois, ne se d�robent pas.</p><p>La responsabilit� de l�arm�e a sans doute �t� r�serv�e � un Fran�ais, le tr�s estimable g�n�ral Jean-Baptiste �bl� (1758-1812) [jusqu�en 1810], mais non les autres commandements. Ancien</p><p>ministre du duc de Brunswick, le baron von Wollfradt a accept� l�Int�rieur en 1809, s�entourant indiff�remment de Fran�ais et d�Allemands, et Hans von B�low (1774-1825) n�a pas fait de difficult� pour passer du service de la Prusse � celui de la Westphalie, aux Finances (1808-1811). Au Conseil d��tat oeuvr�rent Leist, le savant professeur de G�ttingen, traducteur des codes, Johannes von M�ller (1752-1809),</p><p>le � Tacite allemand �, au pass� d�j� riche et contrast�, qui dirigea l�instruction publique, Georg Friedrich von Martens (1756-1821), le sp�cialiste d�histoire diplomatique, Jacob Grimm (1785-1863), etc. On ne peut omettre tout � fait la reine, Catherine de Wurtemberg, d��ducation sans doute plus fran�aise qu�allemande. Nobles allemands et fonctionnaires fran�ais se coudoyaient et se fr�quentaient � Kassel, les conseillers d��tat discutaient en fran�ais, l�allemand �tait la langue des administrations et des tribunaux.</p><p>� Dans les institutions, remarquait Johannes von M�ller d�s 1808, on aper-</p><p>�oit les germes d�une transformation compl�te, d�un d�veloppement nouveau du caract�re allemand... � Si les d�partements de la rive gauche du Rhin repr�sentaient la � France allemande �, la Westphalie ne devenait-elle pas l�� Allemagne fran�aise � ?</p><p>S�il est faux, historiquement, de</p><p>parler de la constitution d�un � parti allemand � et d�un � parti fran�ais �, il n�en reste pas moins que l�introduction de ces pays dans le moule napol�onien ne s�op�ra pas sans quelques grince-ments. Durant la campagne d�Autriche (1809), une insurrection �clata dans plusieurs villages proches de la capitale, sous le baron Wilhelm von D�rnberg (1768-1850) ; puis le major Ferdinand von Schill (1776-1809) tenta, contre Magdeburg, en ralliant quelques centaines de soldats westphaliens, une �quip�e malheureuse. Napol�on exigea une punition exemplaire : vingt-cinq officiers et soldats rebelles furent ex�cut�s. Incidents violents, localis�s, brefs. Il ne convient pas non plus d�exag�rer le sens de la fermeture des universit�s de Rinteln et de Helmstedt : les � grandes �, Marburg, G�ttingen, Halle, ne furent pas touch�es.</p><p>Le probl�me essentiel n��tait pas celui de l�ob�issance des sujets, mais celui de la capacit� du souverain � remplir le beau programme de 1807. Napol�on faisait surveiller son fr�re par Jollivet et par son ambassadeur Karl Friedrich Reinhard (1761-1837), dont les M�moires apportent un �clairage assez cru. Il stimulait directement le roi, le bousculant souvent : � Votre tr�sor et votre administration, lui �crivait-il le 11 f�vrier 1809, vont fort mal. C�est une suite des mesures que vous avez prises et du luxe qui r�gne chez vous. � � L�inexp�rience [...], des passions trop ardentes et un penchant irr�sistible � la prodigalit� � caract�-</p><p>risaient, il est vrai, le comportement de J�r�me, que les ma�tresses, dont la comtesse de L�wenstein, distrayaient trop souvent.</p><p>La � protection �</p><p>de l�Empereur</p><p>Mais Napol�on se montrait un pro-</p><p>tecteur trop exigeant. Il avait retenu ou revendiqu� un lot de cr�ances sur le royaume, h�rit�es du pass�, c�est-</p><p>�-dire de ses pr�d�cesseurs, ou de la conqu�te, et B�low ne r�ussit un moment (1810) � �quilibrer le budget pr�sent� aux deuxi�mes �tats qu�en en �cartant les d�penses extraordinaires.</p><p>Les d�penses militaires pesaient lourdement. L�arm�e westphalienne devait atteindre le niveau de 25 000 hommes.</p><p>En fait, elle oscilla entre 10 000 et 16 000 hommes, conscrits et engag�s volontaires, compte non tenu de la garnison fran�aise de Magdeburg, � la charge du tr�sor royal. Cette arm�e sous commandement allemand, o� na�t un patriotisme westphalien, Napol�on la mit � rude �preuve : il engagea en Espagne toute une division qui, forte de 5 800 hommes au d�part, n�en comptait gu�re plus de 1 400 en 1810. Le contingent de 16 000 soldats reconstitu� et fourni pour la campagne de Russie devait y fondre presque enti�rement, apr�s y avoir fait bonne figure, comme l�attestent les 81 L�gions d�honneur accord�es. Autre exigence : Napol�on reprochait vivement � son fr�re une application molle du Blocus continental ; il �tait question, en octobre 1809,</p><p>� de plus de trois cents voitures de marchandises anglaises escort�es... par des gendarmes westphaliens et des paysans arm�s � et qui franchissaient la ligne des douanes.</p><p>J�r�me, de son c�t�, ressassait ses plaintes. � La Westphalie ne peut exister sans la France, mais aussi la Westphalie peut �tre d�une tr�s grande utilit� au syst�me politique de Votre Majest� � (19 juill. 1809). Par cons�-</p><p>quent l�Empereur devrait temp�rer ses exigences et donner � la Westphalie de nouveaux moyens, en particulier en l�agrandissant. Effectivement, la cession du Hanovre accro�t la population et surtout accorde une zone maritime importante entre l�Elbe et la Weser. Le trait� du 14 janvier 1810 place ainsi le royaume en t�te de tous les �tats de la Conf�d�ration du Rhin. J�r�me, quittant Kassel et la r�sidence de Na-poleonsh�he, inspecte la c�te, c�l�bre la f�te de l�Empereur, ensuite, � Hanovre. Mais, d�s octobre, Napol�on se ravise : ne s�en rapportant qu�� lui-m�me pour faire appliquer le Blocus continental, il annexe pratiquement � l�Empire non seulement la Hollande, mais encore les embouchures des</p><p>fleuves allemands (13 d�c.), et du coup il ram�ne la Westphalie � son �tat de royaume purement continental. La</p><p>d�ception �prouv�e n�encourageait �videmment pas J�r�me � changer de conduite, � faire une politique d�aust�-</p><p>rit�, � moins de se retrancher dans un petit cercle.</p><p>En septembre 1813, il tentera de d�fendre Kassel, qui est occup�e par le g�n�ral Tchernychev le 30, se re-pliera sur Wetzlar, reviendra dans sa capitale, l�abandonnera d�finitivement le 26 octobre. C�est la date de la mort du royaume de Westphalie, apr�s une courte vie de six ann�es. On a trop vite dit qu�il s�agissait d�une cr�ation purement artificielle, plaqu�e et non enracin�e. Si l�historiographie allemande en a longtemps omis l�examen, c�est peut-</p><p>�tre parce que, en r�alit�, l�entreprise avait eu des chances de r�ussite, en d�pit de la tutelle napol�onienne et du despotisme indispensables au premier stade de la � r�g�n�ration �. H. O. Sie-burg estime, en 1970, que la faiblesse principale de la construction westphalienne a �t� l�abus de la conscription...</p><p>F. L.</p><p>F Allemagne / Conf�d�ration du Rhin.</p><p>&amp; A. Kleinschmidt, Geschichte des K�ni-greichs Westfalen (Berlin, 1893).</p><p>Weygand</p><p>(Maxime)</p><p>G�n�ral fran�ais (Bruxelles 1867 -</p><p>Paris 1965).</p><p>On ne peut retracer la vie du g�n�-</p><p>ral Weygand, dont le destin exceptionnel �pousera durant trois quarts de si�cle celui de l�arm�e fran�aise, downloadModeText.vue.download 496 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11707</p><p>sans �voquer le probl�me de sa filiation. Si, comme l��crit son fils, Jacques Weygand, beaucoup des hypoth�ses</p><p>avanc�es � gravitent autour de la cour de Bruxelles �, aucune ne peut �tre retenue avec certitude, et dans une note laiss�e � ses enfants le g�n�ral d�clare :</p><p>� La question de ma naissance, sur laquelle je n�ai jamais fait de confidences � personne, reste un myst�re pour moi. � Cette blessure d�un enfant qui n�a pas connu de m�re demeurera toujours pr�sente aux moments les plus graves de son existence.</p><p>�lev� � Marseille chez une certaine Mme Saget, dont il porte le nom jusqu�� l��ge de six ans, il est ensuite confi� � son tuteur, David Cohen, n�gociant � Marseille, et � sa femme, n�e Th�-</p><p>r�se Denimal. � On m�a dit alors que je me nommais Maxime de Nimal, nom</p><p>que j�ai port� pendant toute la dur�e de mes �tudes. � Celles-ci se d�roulent comme interne � Paris, notamment au lyc�e Louis-le-Grand, mais c�est au lyc�e Henri-IV qu�il pr�pare Saint-Cyr, o� il entre en 1885 � comme �l�ve � titre �tranger (belge de naissance), mais ayant �t� admis � passer l�examen d�entr�e �. Sa vocation fondamentale de saint-cyrien, il la r�sumera en 1962</p><p>sous le triple signe d�une volont� de service, d�un enthousiasme et d�une jeunesse de coeur qui marqueront toute sa vie. Ayant choisi la cavalerie, ce n�est qu�apr�s sa sortie de l��cole de Saumur qu�� l��ge de vingt et un ans il est reconnu par Fran�ois Weygand, employ� dans la maison de son tuteur, ce qui lui donne la nationalit� fran-</p><p>�aise. � C�est sous le nom de Maxime Weygand, devenu l�galement le mien, que j�ai pris rang dans l�arm�e fran-</p><p>�aise le 18 octobre 1888 au 4e [r�giment] de dragons � Chamb�ry. �</p><p>Excellent cavalier passionn� par son m�tier d�instructeur, Weygand, promu capitaine en 1896, chef d�escadrons en 1907 et lieutenant-colonel en 1912, passera dans la troupe vingt des vingt-six ann�es qui s�parent son arriv�e � Chamb�ry de la d�claration de guerre de 1914. Tour � tour dragon, notamment au 9e � Lun�ville (sous les ordres du colonel de Forsanz, dont il �pousera la fille en 1900), puis hussard (au 7e � Niort en 1907), il refusera toujours de pr�parer l��cole de guerre, mais sera instructeur (1902-1907), puis instructeur en chef (1910) � l��cole de Saumur. C�est l� qu�en 1911 il rencontre P�tain*, son a�n� de dix ans, alors c�l�bre professeur d�infanterie, et est distingu� par Joffre*, qui le d�signe pour le stage de 1913 du Centre des hautes �tudes militaires de Paris. �</p><p>son issue, il effectue une mission au-pr�s du grand-duc Nicolas* de Russie, puis rejoint � Nancy le 5e r�giment de hussards, avec lequel il part en campagne en 1914. Apr�s avoir particip�</p><p>dans le cadre du 20e corps � la bataille de Morhange, il est d�sign� le 28 ao�t par Joffre comme chef d��tat-major du g�n�ral Foch* (qu�il conna�t � peine), mis � la t�te d�un d�tachement d�arm�e (la future IXe arm�e) dans la r�gion de Ch�lons-sur-Marne.</p><p>Pour Weygand, alors �g� de qua-</p><p>rante-sept ans, ce choix marque le d�but d�une tout autre carri�re, qui va le projeter aux premiers plans de l�histoire. Collaborateur incomparable de Foch, qu�il ne quittera pratiquement plus jusqu�en 1923, il sera pour lui le mod�le du chef d��tat-major.</p><p>� la IXe arm�e, au groupe d�arm�es du nord, dans le succ�s comme dans la disgr�ce qui frappe Foch � la fin de 1916, Weygand seconde son chef, auquel l�unit une totale communaut� d�id�al et de foi en lui apportant avec une pens�e limpide l�expression exacte d�ordres souvent compris � demi-mot.</p><p>� la fin de 1917, apr�s la conf�rence de Rapallo, Weygand, qui a re�u ses �toiles le 8 ao�t 1916, est nomm� par Clemenceau repr�sentant militaire permanent de la France au Comit�</p><p>des repr�sentants militaires de Versailles. Il y entretient d�amicales relations avec son homologue anglais, le g�n�ral Henry Wilson (bient�t chef de l��tat-major imp�rial de Londres), mais y conna�t toutes les difficult�s d�une guerre de coalition. Ainsi est-il directement associ� � la cr�ation du commandement unique � Doullens. D�s</p><p>la nomination de son chef, il reconstitue les 26-27 mars 1918 l�� �quipe �</p><p>r�duite � six officiers qui, aux ordres directs de Foch, conduira les arm�es alli�es � la victoire. Nomm� le 3 avril 1918 major g�n�ral des arm�es alli�es, Weygand jouera un r�le essentiel dans la direction des op�rations. Le 8 novembre suivant, c�est lui qui, dans le fameux wagon de Rethondes, lira aux Allemands les clauses de l�armistice.</p><p>En 1919, au cours de la lutte qu�il m�ne aux c�t�s de Foch pour d�fendre une victoire compromise � leurs yeux par le trait� de Versailles, Weygand se heurte si souvent � Clemenceau que ce dernier demande en vain � Foch de se s�parer de son adjoint : � Gardez-le, conclura le � Tigre �, mais dites-lui de ne plus m�engueuler ! �</p><p>Pour la premi�re fois, en juillet 1920,</p><p>Weygand quitte son chef : inquiets du sort de la Pologne mis en cause par l�ar-m�e rouge, Millerand et Lloyd George envoient � Varsovie une mission</p><p>franco-anglaise avec Weygand comme conseiller militaire. Dans une situation dramatique, compliqu�e encore par le caract�re de Pi&#x142;sudski, Weygand saura agir avec autant d�efficacit� que de discr�tion aupr�s de l��tat-major polonais en lui inspirant les mesures qui permettront la victoire de ses forces (v. polono-sovi�tique [guerre]). � son retour, le g�n�ral reprend, durant trois ans, sa place aux c�t�s de Foch alors charg� de nombreuses missions d�ordre militaire et diplomatique. En 1923, toutefois, Weygand est appel� par Poincar� � remplacer Gouraud* � Beyrouth</p><p>comme haut-commissaire de France et commandant de l�arm�e du Levant. Il y accomplit en dix-huit mois un �norme travail politique, administratif et militaire, r�tablissant la paix et la position de la France en Syrie et au Liban.</p><p>Rappel� par Herriot et remplac� par Sarrail, il est nomm� en 1925 membre du Conseil sup�rieur de la guerre et directeur du Centre des hautes �tudes militaires, o� il reprend contact avec les probl�mes sp�cifiques de l�arm�e, notamment ceux de la motorisation et des chars.</p><p>Pour la premi�re fois depuis 1914, le g�n�ral retrouve sa famille, tant � Paris que dans sa propri�t� bretonne de Coa-tamour (pr�s de Morlaix), acquise en 1920. C�est au cours de cette p�riode qu�il inaugure sa carri�re litt�raire en �crivant une vie de Turenne. Elle pa-ra�t en 1929, ann�e de la mort de Foch, qui, vivement ressentie par le g�n�ral, contribue � le pousser au premier plan.</p><p>L�ann�e suivante, en d�pit de tout ce qui oppose l�� �quipe Foch � � celle du mar�chal P�tain, ce dernier obtient du gouvernement qu�il confie � Weygand sa succession, d�abord comme chef d��tat-major de l�arm�e (1930), puis en 1931 comme vice-pr�sident du Conseil sup�rieur de la guerre et g�n�ralissime d�sign�. La m�me ann�e, il est �lu � l�unanimit� au fauteuil de Joffre � l�Acad�mie fran�aise, o� il est re�u le 19 mai 1932 par l�ambassadeur Jules Cambon.</p><p>Maintenu en activit� sans limite</p><p>d��ge, Weygand s�engage � fond au-pr�s de ses ministres successifs pour porter le potentiel de l�arm�e au niveau exig� par la s�curit� de la France, de nouveau menac�e par le r�armement acc�l�r� de l�Allemagne de Hitler.</p><p>Quand, le 21 janvier 1935, jour de ses soixante-huit ans, il quitte le service, la pacification du Maroc est termin�e et, si la ligne Maginot s�ach�ve, Weygand se refuse � fonder sur elle seule la d�-</p><p>fense du pays. C�est lui qui inaugure la m�canisation de la cavalerie par la cr�ation en 1933 des divisions l�g�res m�caniques, mais le gros souci qu�il laisse au g�n�ral Gamelin*, son successeur, est le probl�me des effectifs d� au d�ficit des naissances de 1914-1918, qui ne sera r�solu qu�en portant � deux ans la dur�e du service militaire.</p><p>Install� � Paris, Weygand consacre le meilleur de son temps � �crire. Apr�s une histoire militaire de M�h�met-Ali, que lui avait demand�e le roi Fu�&#x101;d Ier d��gypte en 1929 et qui ne sera pas diffus�e, il publie en 1938 son Histoire de l�arm�e fran�aise. Entre-temps, il prononce plusieurs conf�rences en France et � l��tranger, notamment sur les probl�mes militaires et sur la menace allemande, dont il mesure la gravit�.</p><p>Rappel� au service � la fin d�ao�t 1939, il prend � Beyrouth le 2 septembre le commandement du th��tre d�op�rations de M�diterran�e orientale avec mission de coordonner l�action des alli�s dans cette r�gion en liaison avec ses homologues britanniques d�Alexandrie, le g�n�ral Archibald Percival Wavell (1883-1950) et l�amiral Andrew Browne Cunningham (1883-1963).</p><p>Les missions qu�il accomplit � Paris aupr�s de Gamelin, de Daladier et de Paul Reynaud lui r�v�lent l�ind�cision du gouvernement comme la carence du haut commandement. Le 12 avril 1940, il regagne, tr�s inquiet, son poste � Beyrouth. Le 16 mai, devant la gravit� de la situation militaire, Reynaud �</p><p>qui, le 18, nommera P�tain vice-pr�sident du Conseil � rappelle Weygand � Paris ; � son arriv�e le 19, il remplace Gamelin comme commandant en chef</p><p>de tous les th��tres d�op�rations.</p><p>� Si la France est en danger, avait dit Foch, appelez Weygand. � On</p><p>l�appelait malheureusement trop tard.</p><p>En d�pit de l�extraordinaire �nergie de cet homme de soixante-treize ans qui poss�de la totale confiance de l�arm�e, la situation est trop compromise pour �tre r�tablie. Apr�s avoir en vain tent� de sauver les arm�es de Belgique et de reconstituer un front sur la Somme et l�Aisne, Weygand, d�pourvu de toute r�serve, se r�sout le 11 juin � recommander au gouvernement de conclure un armistice. Pour lui, c�est la seule solution qui, permettant de sauver les territoires fran�ais d�Afrique, sauvegarde la possibilit� de reconstituer les forces indispensables � la reprise de la guerre contre l�Allemagne.</p><p>Pour d�fendre cette position fondamentale, l�armistice, condition de la revanche, Weygand accepte le 17 juin dans le gouvernement du mar�chal P�-</p><p>downloadModeText.vue.download 497 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11708</p><p>tain le poste de ministre de la D�fense nationale, qu�il cumule avec celui de commandant en chef. D�s la fin de juin, il prescrit le transfert d�armes et de munitions en Afrique et, par une note secr�te du 2 juillet 1940, ordonne le camouflage de mat�riels de combat en zone non occup�e. Second� par le g�n�ral Colson, il oriente d�j� l�action clandestine et, pour pallier la suppression du service de recrutement, fait cr�er un service civil de la statistique (anc�tre de l�actuel I. N. S. E. E.) qui pr�parera la remobilisation de l�arm�e et oeuvrera pour la R�sistance*. D�s le 6 septembre, toutefois, Weygand, qui se heurte de plus en plus violemment � Laval, est, sur les instances de ce dernier, brutalement cong�di� par P�tain, qui le nomme, le 7, d�l�gu� g�n�ral du gouvernement en Afrique du Nord.</p><p>Arriv� � Alger le 9 octobre 1940, il poursuit dans ce dernier poste officiel de sa longue carri�re la politique qu�il s�est fix�e trois mois plus t�t. Son premier souci est le maintien de l�unit� des territoires fran�ais d�Afrique dont certains ont ralli� de Gaulle. Aussi entreprend-il d�aller lui-m�me expliquer aux autorit�s locales la position de la France et sa conception de l�ar-</p><p>mistice. De Tunis � Rabat, de Dakar � Niamey, il effectue en avion quarante-deux voyages dans les trois derniers mois de 1940 ! Tous ses soins vont � l�arm�e d�Afrique, dont il portera les effectifs � 143 000 hommes, auxquels s�ajoutent 60 000 � clandestins �. Second� par les g�n�raux Juin* (Maroc), de Lattre de Tassigny* (Tunisie), Louis Koeltz (1884-1970) [Alg�rie]</p><p>et Jean Barrau (1882-1970) [Dakar], il oriente r�solument ses cadres � sur l�esprit de sacrifice et le d�sir de revanche � (directive du 10 f�vr. 1941).</p><p>Pour mener � bien son action, il n�h�-</p><p>site pas � �carter par tous les moyens les contr�leurs italiens et allemands des commissions d�armistice. Vis-�-</p><p>vis des Anglais, sa position se r�sume dans les deux aphorismes : � D�fendre l�Afrique contre quiconque � et � S�ils viennent avec quatre divisions je les force � rembarquer, avec vingt je leur ouvre les portes �, mais le 2 f�vrier 1941 il �crit � Wavell pour le f�liciter de ses succ�s sur les Italiens. Le 21 d�cembre 1940 � Dakar, Weygand rencontre Robert Daniel Murphy, envoy� sp�cial de Roosevelt, avec qui il signe le 26 f�vrier 1941 la convention autorisant le ravitaillement de l�Afrique par les �tats-Unis. Trois mois plus tard, Weygand d�couvre la teneur des protocoles sign�s � Paris le 27 mai 1941 par Darlan*, qui livrent Bizerte et Dakar � la Wehrmacht. �</p><p>Vichy, o� P�tain l�a convoqu�, le g�n�ral prend si fermement position le 3 juin qu�il emp�che leur ratification par le Conseil des ministres. Darlan, de plus en plus li� au clan allemand de Vichy, allait bient�t prendre sa revanche. En juillet, il obtient de P�tain que Weygand soit plac� sous ses ordres et cesse de relever directement du mar�chal. C�dant ensuite � la pression des Allemands, il fait d�cider le 18 novembre 1941 le rappel d�Afrique du g�n�ral. La seule mesure d�apaisement sera la nomination au commandement en Afrique du Nord du g�n�ral Juin, qui y poursuivra remarquablement l�oeuvre de son chef. Quant � Weygand, � qui Darlan interdit tout retour � Alger, il s�installe � Grasse, puis � Cannes, sous surveillance de la police. Dans ce premier exil, le g�n�ral ne se d�partit pas de son attitude : d�f�rent attachement �</p><p>P�tain malgr� son d�saccord fondamental avec sa politique vis-�-vis de l�Allemagne, refus de toute adh�sion � de Gaulle, en qui il voit un dissident, ferment de division entre les Fran�ais, accueil � tous ceux qui luttent contre l�Allemagne (il re�oit une lettre de Roosevelt � No�l de 1941) en refusant toutefois, en raison de ses soixante-quinze ans, de prendre toute nouvelle initiative.</p><p>Apr�s avoir employ� l�ann�e 1942</p><p>� �crire ce qui sera le tome III de ses M�moires, Weygand est une derni�re fois confront� avec l�histoire. Appel� en consultation � Vichy par P�tain d�s la nouvelle du d�barquement alli� en Afrique, il insiste aupr�s de lui pour qu�il rompe avec l�Allemagne, se</p><p>range aux c�t�s des Alli�s et approuve cette fois l�action de Darlan � Alger.</p><p>Mais, le 12 novembre, en sortant de chez le mar�chal, il est arr�t� par la Gestapo et intern� en Allemagne,</p><p>d�abord � Radolfzell, puis � Garlitz (Mecklembourg), o� sa femme le rejoint au d�but de 1943. Au mois de d�-</p><p>cembre suivant, le m�nage Weygand est conduit au ch�teau d�Itter (dans le Tyrol), o� il retrouve �douard Daladier, Paul Reynaud, L�on Jou-haux, le g�n�ral Gamelin, Jean Boro-tra... ; alors que tous ces prisonniers sont lib�r�s le 5 mai 1945, le g�n�ral Weygand apprend � Lindau du g�n�-</p><p>ral de Lattre que ce dernier a re�u de De Gaulle l�ordre de le transf�rer � Paris, o�, le 9 mai, Weygand est incarc�r� � la Conciergerie et inculp� de</p><p>� complot contre la s�ret� int�rieure de l��tat �. Conduit en raison de son �tat de sant� au Val-de-Gr�ce, il y sera bien trait� et soign�. Le 31 juillet 1945, il t�moigne avec �clat au proc�s de P�tain, tandis que se d�roule l�instruction de son propre proc�s devant la Haute Cour de justice. Le 6 mai 1946, celle-ci le met en libert� provisoire, mais attend deux ans encore pour conclure le dossier Weygand par un non-lieu sur tous les chefs d�accusation port�s contre lui. Recouvrant ses droits et pr�rogatives, le g�n�-</p><p>ral devra encore r�pondre en 1949 � 133 questions �crites pos�es dans une ambiance tumultueuse par la commission d�enqu�te parlementaire sur les �v�nements de 1933 � 1945.</p><p>Dans sa retraite, Weygand continuera � faire preuve d�une �tonnante activit� d�esprit. Apr�s Foch (1947) et le G�n�ral Fr�re (1950), il publie ses trois volumes de M�moires sous les titres Rappel� au service (1939-1942) en 1950, Id�al v�cu (1914-1918) en 1953, Mirages et r�alit�s (1919-1939) en 1957, et une r�ponse aux th�ses du g�n�ral de Gaulle (En lisant les M�moires de guerre du g�n�ral de Gaulle) en 1955. Depuis la fin de son proc�s, il a repris de fa�on assidue le chemin de l�Acad�mie fran�aise, o� il re�oit Pierre Gaxotte en 1954. Mais l�arm�e demeure sa grande pr�occupation et jusqu�� la fin de sa vie il garde un contact attentif avec tous ses probl�mes, ouvrant largement sa porte � de hauts personnages comme � de jeunes officiers, qu�il �tonne par sa facult� d��couter comme par la curiosit� et la vivacit� de son intelligence.</p><p>En 1952, ne voulant pas � �tre un pro-fiteur de la d�faite �, il refuse le b�ton de mar�chal qu�on voulait lui accorder en m�me temps qu�� de Lattre et � Juin. Au cours des ann�es suivantes, il demeure proche des drames que</p><p>conna�t l�arm�e en Indochine, puis en Alg�rie. Aussi sort-il une fois encore de sa r�serve le 5 octobre 1959</p><p>en s��levant dans un communiqu� de presse � contre toute atteinte � l�int�-</p><p>grit� du territoire national � et en affirmant son unit� et son indivisibilit�</p><p>� de Dunkerque � Tamanrasset �.</p><p>Apr�s la mort de sa femme en 1961, Weygand continue � travailler avec une indomptable �nergie. �g� de</p><p>quatre-vingt-quinze ans, il donne en 1962 un remarquable condens� de sa pens�e d�homme et de chr�tien dans la r�ponse qu�il adresse au discours de r�ception � l�Acad�mie fran�aise du philosophe Jean Guitton, auquel l�unit une amiti� vieille de trente ans. La m�me ann�e para�t son dernier livre, sur les militaires ayant si�g� sous la Coupole (l�Arm�e � l�Acad�mie), et en d�cembre 1963 Weygand improvise encore une allocution aux saints-cyriens de Paris r�unis pour leur f�te annuelle. Lui qui fut un violent et un passionn� s��teindra dans une s�r�nit� que les malentendus, les pol�miques et les injustices n�atteignaient plus.</p><p>P. D.</p><p>F Darlan / Foch / France (campagne de [1940])</p><p>/ P�tain.</p><p>&amp; G. Raissac, Un soldat dans la tourmente (A. Michel, 1963). / J. Weygand, Weygand mon p�re (Flammarion, 1970).</p><p>Whistler (James</p><p>Abbott McNeill)</p><p>Peintre et graveur am�ricain (Lowell, Massachuselts, 1834 - Londres 1903).</p><p>Avec son visage allong�, ses longs sourcils, sa m�che blanche, son mo-nocle, son air � m�phistoph�lique �, son talent de causeur aux mots c�l�bres termin�s par un rire sarcastique, son go�t de la r�clame, Whistler, n� en Am�rique, vivant en Angleterre et se plaisant surtout � Paris, fut un des plus remarquables esth�tes � fin de si�cle �. Il fut aussi un des p�res de l�impressionnisme*, un des meilleurs peintres-graveurs, un peintre original, annonciateur de l�art abstrait d�s 1884, en m�me temps qu�un d�corateur ing�-</p><p>nieux, � japonisant � et pr�curseur de l�Art* nouveau.</p><p>Arriv� � Paris en 1855, il travaille dans l�atelier de Charles Gleyre. En 1859, son tableau Au piano (Taft</p><p>Museum, Cincinatti) est refus� par le jury du Salon. Il commence � graver dans le style des aquafortistes d�alors, se lie avec Henri Fantin-Latour,</p><p>Alphonse Legros, Th�odule Ribot et Courbet* (dont il rejettera l�influence) et d�couvre l�art du Japon. Sa Jeune Fille en blanc (National Gallery of Art, Washington) est refus�e au Salon de 1863 et, expos�e au Salon des refus�s, en constitue l�attraction. Elle est tr�s discut�e, mais Baudelaire l�admire et Zola la remarque. Louis Edmond Duranty fait l��loge de tous ses envois :</p><p>� De surprenants portraits et des variations d�une infinie d�licatesse. � Whistler est alors consid�r� comme pouvant devenir le ma�tre de la nouvelle �cole ; il s�y refuse, et retourne en Angleterre pour pr�s de trente ans.</p><p>� Londres, il collectionne des porcelaines bleues et blanches, r�unit des kimonos et des gravures. D�s 1863, il</p><p>d�core sa maison de Chelsea � il re-commencera pour une autre en 1866 ; downloadModeText.vue.download 498 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11709</p><p>la Chambre des paons de F. R. Leyland (Freer Gallery of Art, Washington) date de 1876-77 � et peint par touches (strokes) d�une mani�re qui surprend ses amis. En 1871, il commence la s�rie fameuse de ses Nocturnes. Ces vues de Londres dans la brume (souvenirs de certaines toiles de Turner*) ont certainement frapp� les Fran�ais venus � Londres en 1871-72, dont Monet* et Camille Pissarro.</p><p>Les Nocturnes, par lesquels Whistler a voulu non repr�senter des paysages, mais seulement apporter � une certaine variation de couleurs �, ont d�cha�n� l�opinion contre lui lors d�une premi�re exposition particuli�re en 1874 (dont il avait, de fa�on in�dite, combin� tout le d�cor). Il les expose encore � Londres en 1877 et engage une lutte contre les critiques, faisant un proc�s en diffamation � Ruskin*, qui l�a accus� de jeter � un pot de peinture � la t�te du public �.</p><p>Le proc�s cr�e une grosse �motion, les critiques se d�fendent mal, l�un a le malheur de dire : � Il faut vivre �, et Whistler lui r�pond : � Je n�en vois pas la n�cessit�. � Un autre, Tom Taylor, du Times, refuse de penser qu�il s�agisse d�une � oeuvre d�art s�rieuse � : ce n�est pas complet, fini, ce n�est qu�une esquisse (sketch), � un peu plus pr�s de la peinture qu�un papier peint d�licatement teint� �.</p><p>Mais Whistler gagne son proc�s sur le th�me � alors r�volutionnaire �</p><p>que l�artiste a le droit de faire ce qu�il veut, m�me s�il n�est pas compris de la foule et des critiques. Enfin, dans The World, il revendique le droit d�appeler ses oeuvres symphonies, arrangements, harmonies, nocturnes.</p><p>En 1879, Whistler, ruin� faute de pouvoir vendre ses Nocturnes, doit abandonner sa maison de Londres � ses cr�anciers. Il part en Italie, car la Fine Arts Society lui commande douze vues de Venise � l�eau-forte.</p><p>Il reste plus d�un an, et rapporte quarante eaux-fortes qu�il expose en 1880. Ce sont de prodigieuses gravures impressionnistes, toutes en notations sommaires et expressives, qu�il a imprim�es lui-m�me afin d�en moduler l�encrage. Aucun succ�s : on lui reproche encore de montrer</p><p>� des esquisses, des �bauches, rien de fini � ; mais il a des admirateurs, notamment parmi les graveurs : son beau-fr�re l�Anglais Francis Seymour Haden (1818-1910), son futur biographe l�Am�ricain Joseph Pennell (1857-1926) et, en France, Degas*.</p><p>Nouvelle exposition de cinquante</p><p>et une de ses eaux-fortes en 1883. La salle est d�cor�e en blanc et jaune ; le catalogue de l�exposition donne pour chaque pi�ce les opinions d�favorables et favorables de la presse. La critique est encore contre lui, mais le public est pour, ainsi que les artistes : Lucien Pissarro admire ces � choses ravissantes avec quelques traits � �</p><p>tandis que son p�re le met en garde contre l�affectation d�esth�te qu�il croit voir dans l��conomie m�me et la moelleuse finesse de ces oeuvres.</p><p>De 1884 � 1887, Wistler travaille dans son atelier de Fulham Road, qui devient un centre d�attraction.</p><p>Apr�s avoir r�uni ses r�flexions es-th�tiques et ses controverses dans son c�l�bre The Gentle Art of Making Enemies (1890), il fait � partir de 1892</p><p>un nouveau s�jour � Paris et y conna�t le succ�s. Robert de Montesquiou le lance. Il proclame d�tester la gravure en couleurs, qui � g�te le dessin �, et s�int�resse, comme Toulouse-Lautrec* et les nabis*, � la lithographie en couleurs vives � la mani�re japonaise. Mallarm�* le re�oit souvent rue de Rome et fait para�tre Vers et prose (1893) avec une lithographie de lui. Le vieil Edmond de Goncourt s��tonne :</p><p>� Les moindres croquetons lithographiques de Whistler se vendent 40 ou 50 francs � (1895). George Du Maurier, qui l�attaque depuis longtemps dans le Punch, est contraint, apr�s un proc�s, de modifier certains passages de son roman Trilby (1894) comme</p><p>� insultant Whistler �, tandis que Henri de R�gnier s�appr�te � faire du grand artiste, sous le nom de Cyrille Buttelet, un des h�ros de son roman la</p><p>Peur de l�amour. Il quitte Paris apr�s la mort de sa femme, se fixe encore � Londres et y termine sa vie.</p><p>J. A.</p><p>&amp; E. R. et J. Pennell, The Life of James McNeill Whistler (Londres, 1908, 2 vol. ; trad. fr. Whistler et son oeuvre, Hachette, 1913) ; The Whistler Journal (Philadelphie, 1921). / D. Sutton, Nocturne, the Art of James McNeil Whistler (Londres, 1963). / R. Spencer, The Aesthetic Movement (Londres, 1972). / R. McMullen, Victorian Outsider, a Biography of J. A. M. Whistler (Londres, 1973). / S. Weintraub, Whistler (New York, 1974).</p><p>White (Patrick)</p><p>�crivain australien (Londres 1912).</p><p>L�attribution, en 1973, du prix</p><p>Nobel de litt�rature � Patrick White consacrait l�ind�pendance culturelle de l�Australie. Pendant longtemps, en litt�rature comme en politique, le sous-continent australien �tait rest� une annexe de la Grande-Bretagne.</p><p>P�nitencier, puis royaume du mou-</p><p>ton et des mines, ce pays gigantesque garda longtemps lui-m�me le m�pris des pionniers virils pour la litt�rature.</p><p>De plus, une censure pointilleuse bri-dait l�expression litt�raire. Les cr�ateurs australiens sont peu nombreux, et la plupart d�entre eux ont traditionnellement recherch� une cons�cration en Angleterre. La stature de Patrick White les �clipse, en m�me temps que paradoxalement il les r�v�le en faisant d�couvrir au monde la litt�rature australienne.</p><p>Patrick White est n� � Londres au cours d�un voyage de ses parents � au vieux pays �. Sa famille s��tait install�e en Australie d�s le d�but du XIXe s., en Nouvelle-Galles du Sud. Il fait ses �tudes secondaires en Angleterre, puis des �tudes de lettres modernes (fran�ais, allemand) � l�universit� de Cambridge selon une tradition de la bourgeoisie australienne. Il publie des po�mes, des pi�ces de th��tre � Londres, et son premier roman �</p><p>Happy Valley (Eden-Ville) � en</p><p>1939. Il fait la guerre dans les services de renseignements de la RAF. En</p><p>1941, il situe encore The Living and</p><p>the Dead (les Vivants et les morts) � Londres. Ce n�est qu�apr�s la guerre, en 1948, que White choisit l�Australie et revient � la terre familiale. Fuyant le � st�rile cimeti�re intellectuel � de Londres, il trouve en Australie les paysages immenses que cherche incon-</p><p>sciemment son sens �pique. D�oeuvre en oeuvre, on retrouvera chez White le m�me paysage, Sarsaparilla, le faubourg de Sydney, qui constitue un peu de son Yoknapatawpha faulkn�-</p><p>rien, et les m�mes th�mes, les m�mes symboles emprunt�s � l�affrontement d�une civilisation h�tive jet�e sur une pr�histoire encore vivante. Comme chez Faulkner*, la connivence d�un temp�rament et d�un pays va faire de la chronique romanesque une �pop�e.</p><p>En quelques romans, White va d�-</p><p>velopper les th�mes et symboles d�une m�me immense crucifixion. D�s</p><p>Eden-Ville, le th�me de la souffrance s�imposait. Avec The Tree of Man</p><p>(1955, l�Arbre d�homme), ses h�ros prennent une stature biblique. Ce sont des pionniers dans la brousse, harcel�s par les plaies du feu, de l�inondation et de la s�cheresse, et qui trouvent peu � peu dans l�affrontement du danger et la p�nurie la force du d�passement de soi. Avec Voss (1957), White fait de l�exploration du continent australien le symbole d�une qu�te mystique.</p><p>Voss, explorateur allemand, fascine ses compagnons, qu�il entra�ne � vers les splendeurs gothiques de la mort �.</p><p>De cette superbe catastrophe, il reste pourtant la l�gende exemplaire des conqu�rants de l�inutile : � Voss demeure dans ce pays. Sa l�gende sera �crite un jour par ceux qu�il a troubl�s. � En 1961, Riders in the Chariot (le Char des �lus), probablement son oeuvre la plus forte, pousse encore plus loin l�alliance si caract�ristique de la fatalit� biblique, de la com�die de moeurs et de l�all�gorie spirituelle. Les quatre personnages du roman n�ont en commun qu�une vision du � char de feu d��z�chiel � qui les emporte, �lus du Dieu terrible et ironique qui les brise pour les grandir. Tous les illumin�s succombent au mirage spirituel.</p><p>Seule la grosse Mrs. Godbold, par sa simplicit�, r�siste dans son faubourg de Sarsaparilla, qui sert aussi de cadre aux nouvelles de The Burnt Ones (les</p><p>�chaud�s, 1964), o� se retrouve le th�me du feu.</p><p>La m�me qu�te du Royaume revient</p><p>dans The Solid Mandala (le Myst�-</p><p>rieux Mandala, 1966), qui porte en �pigraphe la phrase d�Eluard : � Il y a un autre monde, mais il se trouve dans celui-ci. � Le roman raconte la longue vie commune de deux jumeaux, dont l�un est intelligent mais st�rile, l�autre demeur� mais capable de la perception de l�essentiel. The Vivisector (le Vivisecteur, 1970) reprend les m�mes th�mes autour d�une vieille fille illumin�e : l�artiste est le vivisecteur qui, tel Dieu, perce le secret des choses en son acte de cr�ation.</p><p>L�ampleur �pique de White peuple</p><p>la brousse australienne de mystiques quotidiens, d�illumin�s et de visionnaires. Mais, chez White, l��pop�e s�inspire d�un amour exigeant de la vie qu��coeure le mode de vie moderne. Proph�te du r�armement spirituel, satiriste indign� des m�diocres et des pharisiens, White est un romancier � l��tat brut, touffu et puissant, outrancier et na�f, paradoxal comme son pays, o� les gratte-ciel c�toient l��ge de pierre. Son symbolisme</p><p>chr�tien, tir� de l�Ancien Testament, manque de charit� : il exige que ses cr�atures se d�passent jusque dans la mort. Mais ce romancier du bout du monde a chang� l�image de l�Australie en faisant de l�ancien p�nitencier la nouvelle J�rusalem d�une exi-downloadModeText.vue.download 499 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11710</p><p>gence spirituelle oubli�e sous d�autres tropiques.</p><p>J. C.</p><p>&amp; B. Argyle, Patrick White (�dimbourg, 1967).</p><p>/ G. A. Wilkes (sous la dir. de), Ten Essays on Patrick White (Londres, 1970).</p><p>Whitman (Walt)</p><p>�crivain am�ricain (West Hills, Long Island, 1819 - Camden, New Jersey, 1892).</p><p>Walt Whitman est maintenant reconnu comme le plus grand po�te am�ricain, pour un seul recueil de vers, Feuilles d�herbe (Leaves of Grass), sans cesse repris, grossi et enrichi dans les neuf �ditions qui se succ�dent, du mince volume � compte d�auteur de 1855 � l�imposant recueil de 1892. La po�sie brute de Whitman est celle d�un po�te � l��tat sauvage, indiff�rent � la rh�torique traditionnelle, et qui se chante lui-m�me et le monde en un hymne spontan�, libre, hardi. Trop hardi m�me : Whitman fut accus� d�obsc�nit�, censur�, interdit, renvoy�. Il ne plut, de son vivant, ni aux puritains, dont il �tait si proche, ni au peuple, pour lequel ce grand d�mocrate pr�tendait �crire, ni aux clercs. Au XXe s., la nouvelle critique</p><p>� et en particulier T. S. Eliot � garde une attitude tr�s prudente devant cette oeuvre non rh�torique. Et si les tabous sexuels sont tomb�s, les intellectuels sont g�n�s par ce grand pr�freudien qui chante � pleine voix son �trange vie sexuelle plut�t qu�il ne l�explique.</p><p>� Je me c�l�bre et me</p><p>chante moi-m�me. �</p><p>Ce premier vers du � Chant de moi-m�me � (� Song of Myself �), le plus long po�me des Feuilles d�herbe, d�finit parfaitement l�inspiration lyrique et autobiographique de l�oeuvre. L�auteur y parle uniquement et cr�ment de lui-m�me, de sa vie et de sa mort, de son corps et de son �me troubl�e. Mais, parlant de lui, il parle de nous : Et ce que je prends � mon compte, tu le prendras � ton compte,</p><p>de nous, et de la terre, de la mer, du monde, o� chaque �tre est � la fois seul et partie, comme feuille d�herbe parmi les feuilles d�herbe.</p><p>Il est n�, pr�s de la mer, le 13 mai 1819, dans une petite ferme de Long Island o� son p�re �tait � la fois fermier et charpentier. Il a quatre ans quand son p�re s�installe comme charpentier � Brooklyn, bourg d�alors 7 000 habitants, reli� � New York par un bac. Le cadre rural de cette enfance en bord de</p><p>mer le marque � jamais, ainsi que le quakerisme du c�t� maternel, et la dure t�nacit� du p�re. � onze ans, il quitte l��cole pour devenir saute-ruisseau chez un homme de loi. Autodidacte, il lit �norm�ment, surtout Scott, mais aussi la Bible, Hom�re, Eschyle, Byron et Shakespeare, � malgr� son f�odalisme �. Car Whitman, comme son p�re, est d�embl�e un radical, admirateur de Thomas Paine, ha�ssant rois et pr�tres, sympathisant avec les r�volutions, un d�mocrate qui croit que la soci�t� est faite pour le bonheur des hommes, un de ces esprits � la fois tr�s religieux et tr�s radicaux si caract�ristiques de l�Am�rique : � Je sens tr�s bien, �crit Gide, que Whitman ne pouvait na�tre qu�am�ricain. � � douze ans, il entre en apprentissage comme typographe dans un journal, o� on lui laisse �crire de menus articles. En 1836, pendant deux ans, il devient � instituteur itin�-</p><p>rant �, log� chez les fermiers de Long Island, dont il instruit les enfants. En 1838, il essaie de lancer un hebdomadaire, The Long Islander, qu�il �crit, imprime et livre lui-m�me. Ce grand gaillard manifeste d�j� ce curieux m�lange d�activit� et de nonchalante paresse si caract�ristique de son c�t� anarchiste. En 1840, il entre en politique et fait campagne pour le candidat d�mocrate � la pr�sidence, puis reprend son m�tier de typographe � New York.</p><p>Il publie des nouvelles dans la Democratic Review, dont certaines inspir�es par la noirceur m�lodramatique de Poe, comme � Death in the school-room �.</p><p>R�dacteur � l�Aurora puis au Tattler, il se distingue par un �ditorial o� il accuse la police d�avoir � kidnapp� �</p><p>des prostitu�es de New York. En 1842, il publie un tr�s mauvais roman antialcoolique, Franklin Evans, qui fut ironiquement son seul best-seller. De 1843 � 1848, il est r�dacteur de plusieurs journaux de New York et, pendant deux ans (1846-1848), r�dacteur en chef du Brooklyn Eagle, quotidien d�mocrate, o� il prend des positions politiques avanc�es, d�nonce le vieux syst�me europ�en, interviewe des c�-</p><p>l�brit�s, sort souvent au th��tre, tout en se m�nageant de longues marches solitaires et des bains de mer quotidiens. Un diff�rend politique lui fait quitter l�Eagle. Il prend la direction du Crescent de La Nouvelle-Orl�ans pendant trois mois en 1848. Le voyage</p><p>est pour lui l�occasion de d�couvrir la grandeur de l�Am�rique, dont il est de plus en plus convaincu qu�elle est la terre de l�avenir et du bonheur de l�homme : radicalisme et patriotisme vont chez lui de pair. Il reprend son m�tier de journaliste au Freeman. En septembre 1849, quand les locaux</p><p>br�lent, il se retire chez ses parents, o� il travaille � l�entreprise de charpenterie et de construction.</p><p>Ces ann�es 1849-1855, o� il �crit les premiers po�mes, qui seront r�unis dans la premi�re �dition de Feuilles d�herbe en 1855, sont assez myst�-</p><p>rieuses. En fait, Whitman lui-m�me est myst�rieux, et s�en flatte :</p><p>Tu ne comprendras ni ces feuilles ni moi,</p><p>Au moment m�me o� tu croiras</p><p>m�avoir saisi, je t��chapperai</p><p>Attention : Tu vois, je t�ai d�j� �chapp�.</p><p>Ce myst�re, que Whitman cache der-ri�re tant de masques, on l�attribue le plus souvent � son homosexualit� latente, qui ne s�est peut-�tre jamais traduite dans les actes, mais s�exprime nettement dans certains po�mes de Calamus, qui lui ont valu l�accusation d�� obsc�nit� �, tant il y parle de son corps, de son amour des hommes et �voque m�me les joies de la mas-turbation. Elle s�exprime surtout dans le panth�isme sexuel de l�oeuvre, ce fr�missement physique qui parcourt l�oeuvre et attire le po�te vers les gens, les hommes et les choses. Mais le myst�re, c�est aussi celui d�un autodidacte qui m�le en ces ann�es de formation bien des influences : la phr�-</p><p>nologie � la mode, le romantisme, le radicalisme, la philosophie allemande, l�id�alisme carlylien, la litt�rature orientale, en particulier les Mille et Une Nuits. C�est surtout l�influence du transcendantalisme d�Emerson* qui le marque. L�oeuvre po�tique en gen�se rassemble des �l�ments innombrables, parfois contradictoires, qui sont autant de masques. En marge d�une note de Keats � un po�te n�a pas d�identit� �, Whitman remarque : � Le grand po�te absorbe l�exp�rience et l�identit� des autres, et les per�oit � travers la grande presse de lui-m�me. � De ces ann�es de</p><p>gen�se de l�oeuvre, il note encore : � Je fermentais, fermentais, fermentais ; Emerson me fit faire la perc�e. �</p><p>� C�est l�homme</p><p>moderne</p><p>que je chante. �</p><p>Le 4 juillet 1855 paraissait � compte d�auteur la premi�re �dition de Feuilles d�herbe, un petit volume de 95 pages, pr�c�d�es d�une pr�face de 9 pages, sans nom d�auteur, avec le portrait de l�auteur en chemise rouge sous un grand feutre. Tr�s peu de gens l�achet�rent, peu de critiques en parl�rent, sinon Dana, et Whitman lui-m�me sans vergogne. Mais le grand encouragement fut Emerson, qui distingua imm�-</p><p>diatement le g�nie de Whitman et lui �crivit : � C�est le plus extraordinaire morceau d�intelligence et de sagesse que l�Am�rique ait encore produit.</p><p>J�ai pris la plus grande joie � le lire. Je vous salue au d�but d�une grande carri�re... � La pr�face contient le meilleur expos� du credo whitmanien : � Voici ce que tu feras : aime la terre, le soleil et les animaux, m�prise les richesses, fais l�aum�ne � qui la demande,</p><p>consacre ton argent et ton travail aux autres, hais les tyrans, ne discute pas de Dieu, aie patience et indulgence pour les autres [...], r�examine tout ce que tu as appris � l��cole ou � l��glise ou dans les livres et rejette tout ce qui insulte ton �me. Alors ta chair deviendra un grand po�me et aura la plus belle �loquence, pas seulement dans ses mots, mais dans les plis de tes l�vres et de ton visage et jusque dans les mouvements de ton corps. �</p><p>On retrouve ici les principales forces de la pens�e de Whitman : la charit�, l�humanisme, l�esprit critique, l�anarchisme, le refus de distinguer l��me et le corps chez celui qui se d�clare : Je suis le po�te du Corps et je suis le po�te de l��me</p><p>Je suis le po�te de la femme tout autant que de l�homme,</p><p>Je chante le chant de l�expansion ou de l�orgueil,</p><p>Nous en avons assez des courbettes et des supplications.</p><p>L�anarchisme religieux est ici perceptible, ainsi que la conviction que le po�te parle au nom des simples et des illettr�s. Le grand th�me romantique des Leaves of Grass, c�est cette volont� keatsienne d�� absorber l�identit� et l�exp�rience des autres en soi � et de parler de soi au nom des autres : le je s�affirme dans tous les po�mes et, singuli�rement, d�s la premi�re �dition, dans le � Chant de moi-m�me �.</p><p>Cela implique des contradictions, dont Whitman est conscient :</p><p>Est-ce que je me contredis ?</p><p>Tr�s bien donc, je me contredis.</p><p>Je suis vaste, je contiens des multitudes.</p><p>De l� vient l�immensit�, la puissante vitalit� de celui qui chante tout � travers lui-m�me comme il dit dans la</p><p>� D�dicace � :</p><p>Je chante le soi-m�me, une simple personne,</p><p>Pourtant je prononce le mot d�mocratique, le mot en-masse.</p><p>Je chante la physiologie de la t�te au pied,</p><p>downloadModeText.vue.download 500 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11711</p><p>La physionomie seule ou le cerveau seul ne sont pas dignes de la Muse ; Je maintiens que le corps entier en est plus digne.</p><p>Je chante la femme � l��gal de l�homme.</p><p>C�est la vie dans l�immensit� de sa passion, de sa force et de sa puissance Joyeuse, form�e pour la libre action par les lois divines</p><p>C�est l�homme moderne que je chante.</p><p>� Ceci n�est pas un livre, ajoute-t-il.</p><p>Qui touche ceci touche un homme � : Walt Whitman, un Am�ricain, un dur, un cosmos,</p><p>Turbulent, bien en chair et sensuel, mangeant, buvant, procr�ant</p><p>Pas un sentimental, pas plant� au-dessus des hommes et des femmes</p><p>Ni � l��cart d�eux.</p><p>Ni intellectuel, ni gentleman, il fait de sa vigueur physique le signe de sa puret� prol�tarienne. Mais il ne faut pas s�y tromper : cette exhibition de simplicit� et de sant� n�est pas tout Whitman. L�extraverti dynamique et exub�rant cache un trouble secret qui lui fait �crire :</p><p>Sceptiques, d�courag�s, mornes,</p><p>isol�s,</p><p>Frivoles, moroses, m�lancoliques, irrit�s, tourment�s, ath�es,</p><p>Je connais chacun de vous, je connais cette mer de tourments, de doute, de d�sespoir et d�incroyance.</p><p>La puissance, l�optimisme agressif, la sensualit� m�me des po�mes cachent les d�pressions caus�es par le Mal et les tentations ambigu�s de la chair. Les neuf �ditions successives des Feuilles, chaque fois enrichies, semblent marquer, � chaque fois, l�issue triomphante d�une crise d�pressive. Ni proph�te ni paillard, Whitman est un lutteur d�abord qui se bat contre soi, une sorte de � Whitman Agonistes � miltonien.</p><p>D�s la deuxi�me �dition (1856), il se sent le po�te de l�Am�rique, le proph�te d�un nouvel �vangile �mancipant les hommes des clercs, des politiciens, de la morale refoulante, un porte-parole du peuple. Mais pourtant le peuple ne le reconna�t pas et, pauvre et solitaire, il doit admettre qu�il y a en lui � quelque chose de furtif �. Et il ajoute � la troisi�me �dition (1860) les tr�s troubles et sensuels po�mes de � Enfants d�Adam � (� Children of Adam �) qu�Emerson lui a demand� de ne pas publier. Mais cette exaltation de l��treinte dissimule en fait une grande difficult� � entrer en contact. Whitman est un solitaire.</p><p>La guerre civile qui �clate en 1861</p><p>va lui donner l�occasion de prendre</p><p>contact avec la masse. Il ne s�engage pas, mais, quand son fr�re est bless�, il se consacre aux h�pitaux, y apportant ce don de soi qu�il a toujours cherch�. Dans ses essais, Specimen Days and Collect (1882-83), il �voque avec r�alisme les souffrances de la guerre, les amputations, les morts. Mais on soup�onne quelque chose de morbide dans ce go�t des h�pitaux militaires, comme il trouve aupr�s des soldats bless�s de quoi satisfaire cet instinct de p�re, d�amant et de camarade. Et l��motion homosexuelle jaillit de lui avec cette innocente spontan�it� de l��re pr�freudienne.</p><p>En 1865, il publie Drum Taps (Roulements de tambour) et Sequence to Drum Taps, deux recueils de po�mes nationalistes, sans allusions sexuelles, dont il esp�re sa reconnaissance</p><p>comme po�te national. On lui confie un emploi de secr�taire de minist�re � Washington. Mais le ministre de l�Int�-</p><p>rieur, d�couvrant qu�il est l�auteur d�un livre � obsc�ne � (Leaves of Grass), le renvoie. Les critiques de Drum Taps sont s�v�res, en particulier celle du jeune Henry James*. Il trouve un autre emploi � Washington, qu�il garde</p><p>jusqu�en 1873, quand une h�mipl�-</p><p>gie le frappe. Il publie deux nouvelles �ditions de Leaves of Grass (1867 et 1871) et, en 1871, Democratic Vistas, son principal essai, consacr� � exposer son id�alisme politique, mais aussi touchant � des probl�mes essentiels pour lui : la nature, le langage, le sexe et le probl�me de l�identit�. Sa maladie, la mort de sa m�re, celle de son fr�re intern� assombrissent sa vieillesse, malgr� le succ�s qu�il conna�t en Angleterre, dans des �ditions expurg�es.</p><p>Install� � Camden, dans le New Jersey, avec son visage de patriarche, sa barbe blanche, sa canne, il pose au � sage de Camden �, r�unissant des disciples autour de lui : Edward Carpenter, Richard Maurice Bucke, directeur d�un asile d�ali�n�s, qui le consid�re comme un grand mystique. En 1879, il entreprend un grand voyage dans l�Ouest, puis au Canada, prononce des conf�rences. La septi�me �dition de Leaves of Grass, en 1882, est interdite pour obsc�nit�, les po�mes � Une femme m�attend �</p><p>et � Ode � une prostitu�e ordinaire �</p><p>�tant surtout vis�s. Whitman assure</p><p>lui-m�me cette septi�me �dition, dite</p><p>� Author�s Edition �, qui est l��dition standard. Le scandale lui assure une vente importante, qui lui permet de s�acheter une maison. Deux �ditions (1888-89 et 1891-92) paraissent avant sa mort, le 26 mars 1892. Peu avant, il s�est fait construire une tombe dans le cimeti�re de Camden et ajoute ses derniers vers : � Adieu mon imagination � (� Good-Bye, My Fancy �), qui ferment la derni�re �dition de Leaves of Grass (1891) :</p><p>Altier ce chant, ses paroles, sa port�e, Il enjambe de vastes �tendues d�espace et de temps,</p><p>L��volution, l�accumulation, les croissances et les g�n�rations</p><p>Commenc� en ma jeune maturit� et</p><p>poursuivi sans rel�che</p><p>En vaguant, en observant et fol�trant avec tout, en absorbant la guerre, la paix, le jour, la nuit</p><p>Jamais, m�me un instant, n�abandonnant ma t�che,</p><p>Je ne termine ici, malade, pauvre et vieux</p><p>Je chante la vie et pourtant songe sans cesse � la mort ;</p><p>Aujourd�hui la Mort me suit pas � pas, me guette derri�re mon fauteuil comme depuis des ann�es</p><p>S�approche quelque fois tout pr�s de moi et me regarde en face.</p><p>� Un hi�roglyphe</p><p>universel �</p><p>OEuvre d�une vie, le livre est ici l�homme tout entier, corps et �me.</p><p>Mais pas lui seul. Le titre de Feuilles d�herbe � pr�f�r� d�lib�r�ment au vulgaire � brins d�herbe � � indique que le sujet est aussi le Tout, l�herbe symbolisant dans sa multiple unit� l�universalit� de la Vie :</p><p>Je suppose que c�est un hi�roglyphe universel,</p><p>Et qu�il signifie, je pousse �galement dans les zones larges et les zones �troites</p><p>[...] Et maintenant l�herbe me semble la belle chevelure non coup�e des tombes La plus petite montre que la mort n�existe pas vraiment.</p><p>Un dynamisme parcourt le cosmos, dont les feuilles d�herbe sont l�humble symbole : � travers elles, le cycle organique se perp�tue, de la naissance � la nourriture, � la procr�ation et � la mort, qui rapporte � l�herbe ce qu�on lui a pris. Les � feuilles � du livre d�c�lent dans les � feuilles d�herbe � l�omnipr�sence de ce dynamisme. Derri�re le jeu de mot, il y a une sorte de vita-lisme instinctif qui relie le romantisme � Darwin :</p><p>Je me rends compte qu�� moi sont incorpor�s du gneiss, du charbon, de la mousse, des fruits, des graines</p><p>Et que je suis stuqu� de la t�te aux pieds de quadrup�des et d�oiseaux.</p><p>Panth�iste plus que chr�tien, Whitman con�oit Dieu comme une force immanente qui anime la nature. Peu orthodoxe, il accepte les th�ories kantiennes, revues par Carlyle et les romantiques allemands, sur la relativit� du temps et de l�espace, sur le symbolisme des apparences et m�me sur la valeur relative des religions et des soci�t�s. Dans sa recherche d�une nouvelle religion, il pratique un large et original syncr�-</p><p>tisme oecum�nique. Il refuse l�opposition de l��me et du corps, du visible et de l�invisible. � Po�te du corps au contact des choses : voir, entendre, sentir sont des miracles. � Dans son exaltation du corps, de la nudit�, qu�il �voque souvent, dans son go�t des mots physiologiques, il pr�figure David Herbert Lawrence*. Walt Whitman se d�crit comme le � caresseur de la vie � :</p><p>Je vais aller sur le talus pr�s du bois, je retirerai mon d�guisement et me mettrai nu</p><p>J�ai un d�sir fou d��tre en contact avec la nature.</p><p>Le naturisme ici rejoint la transe mystique et le d�sir romantique de se fondre dans le grand tout, de � participer au flux et au reflux �. �gocentrisme et aspiration mystique au tout se rejoignent ici, et trouvent dans l��treinte sexuelle leur symbole, qui prend et donne � la fois. Dans son traitement</p><p>du sexe, Whitman est r�volutionnaire.</p><p>Parce qu�il consid�re que la fonction du po�te est de servir de m�diateur entre l�homme et la nature, il se doit d��tre, dans la description de ce lien, aussi franc sur le sexe que la nature l�est.</p><p>Quant � l�homosexualit� m�me, elle alimente une th�orie de la � camarade-rie � et de la � p�dagogie � qui est le fondement de son inspiration d�mocratique. Mais, malgr� les efforts de certains critiques engag�s, on ne trouve pas de programme politique chez Whitman. En revanche, d�embl�e il associe, d�s le deuxi�me vers, au moi, � le mot d�mocratique, le mot en-masse �. Avec une na�vet� hugolienne, il se veut po�te des masses, proph�te d�une nouvelle fraternit�. Il chante la d�mocratie, la libert� et l��galit�. Il est s�r de leur victoire finale. Mais il n�en ignore pas les crises :</p><p>Grands sont les effondrements, les affres, les triomphes, les chutes de la d�mocratie.</p><p>Il est conscient des risques de nivellement par la d�mocratie. Il les pr�vient par une sorte de � personnalisme �, par un culte des grands hommes comme</p><p>Lincoln, qui sont les � h�ros � carlyliens. Il les pr�vient surtout par un anarchisme libertaire qui pr�che la r�-</p><p>sistance � la mani�re de H. Thoreau* :</p><p>� R�sistez beaucoup, ob�issez peu. �</p><p>downloadModeText.vue.download 501 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11712</p><p>Sa confiance dans l�avenir de la r�publique d�mocratique s�accompagne</p><p>d�une foi assez na�ve dans le progr�s, la science et l�industrie. Il y a du positivisme chez ce romantique qui s��crie : Hourra pour la science positive ! Vive la d�monstration exacte !</p><p>et qui �crit un po�me � � une locomotive en hiver �.</p><p>Cette conception du po�te comme</p><p>m�diateur entre le peuple et le grand tout d�bouche sur une esth�tique.</p><p>Exclusivement lyrique, Whitman,</p><p>en se chantant, chante le tout. Son �merveillement devant le cosmos est d�voilement et d�chiffrement de l�esprit cosmique, par cet � esemplastic power � d�imagination po�tique que d�crit S. T. Coleridge. Cet � esprit cosmique � alimente toute l�oeuvre, qui est une sorte d�inventaire du monde per�u par une sensibilit� m�diatrice qui a la facult� d�unifier :</p><p>Je ne ferai pas de po�mes ayant trait aux parties,</p><p>Mais je ferai des po�mes, des chants, des pens�es ayant trait � l�ensemble.</p><p>Chez Whitman, la partie est ins�-</p><p>parable du tout, et chaque chose est miraculeuse et m�diatrice. L�objet le plus simple, scarab�e ou brin d�herbe, est une �piphanie. En romantique, il d�mocratise par l� m�me les sujets, les plus humbles, les plus quotidiens ayant cette m�me vertu mystique de r�v�lation.</p><p>Cette esth�tique implique une po�-</p><p>tique et une stylistique nouvelles, selon la formule romantique � plus de mots nobles, plus de mots roturiers �.</p><p>Pour frapper le lecteur et r�habiliter le quotidien, Whitman adopte un style nouveau, o� les banalit�s c�toient les envol�es lyriques, o� le prosa�que et le mystique se m�lent. Emerson l�a bien d�crit quand il dit que Leaves of Grass est � un �tonnant m�lange du Bhagavad-G&#x12B;t&#x101; et du New York</p><p>Herald �. L�habitude du journalisme l�a pr�par� aux �vocations concr�tes rapides, mais aussi au rel�chement, � l�enflure, au go�t des n�ologismes � la mode, voire de l�argot. La connotation chez lui est un peu trop forte, tout �tant qualifi� par une sensibilit� parfois en-vahissante, que sa formation d�autodidacte aggrave souvent. Dans son effort pour d�chiffrer les � hi�roglyphes � et les �piphanies, il pr�c�de assez pesam-ment les symbolistes. Quand l��quilibre du visible et de l�invisible est sauvegard�, il peut �tre excellent, surtout dans l��vocation des choses simples.</p><p>Mais il �choue quand le didactisme p�dant l�emporte.</p><p>Son autodidactisme, on le retrouve dans son go�t des archa�smes, qui lui</p><p>semblent po�tiques et qu�il associe fr�-</p><p>quemment avec des n�ologismes, dans un effet frappant de contraste. Dans son souci de modernisme, il emploie des mots techniques : le � forceps obst�-</p><p>trical �, le vocabulaire du magn�tisme, de l��lectricit� et de la phr�nologie. Il a le m�rite d�arracher la po�sie am�-</p><p>ricaine � la dictature anglaise en utilisant beaucoup d�� am�ricanismes �.</p><p>L�oecum�nisme de son inspiration lui fait emprunter des mots �trangers, italiens et li�s � la tradition de l�op�ra, ou am�ricains et fran�ais et li�s � la tradition r�volutionnaire : � en-masse �,</p><p>� allons �, � libertad �. Il y a une griserie des mots chez Whitman, car, selon une th�orie linguistique d�riv�e d�Emerson et d�origine magique, nommer c�est citer � para�tre et donc faire surgir. Les mots constituent ainsi une sorte d�inventaire magique de la cr�ation, qu�il convie � se r�v�ler.</p><p>Le plus surprenant chez Whitman,</p><p>pour les contemporains, ce fut la prosodie : vers tr�s libres, longs versets sans enjambements, o� les rythmes traditionnels et la musique sont sacrifi�s au sens dans ce qui ressemble souvent � des po�mes en prose. En prosodie</p><p>aussi, Whitman est un original qui refuse les conventions. Pionnier en tout, il a b�ti dans la solitude une oeuvre unique, � son image, pleine de contradictions et de na�vet�s, mais profond�-</p><p>ment authentique et dans la confession et dans sa qu�te d�un Dieu plus proche, d�une soci�t� plus fraternelle, d�un homme plus libre et plus heureux. Et il choisit, pour �tre compris, une langue et une prosodie nouvelles. Ezra Pound, si diff�rent, voit en Whitman le � premier grand homme qui �crivit dans la langue de son peuple �. En ce sens, Walt Whitman est � la fois paradoxalement le plus original et le plus caract�-</p><p>ristique des �crivains am�ricains.</p><p>J. C.</p><p>&amp; N. Arvin, Whitman (New York, 1938 ; nouv.</p><p>�d., 1969). / G. W. Allen, Walt Whitman Handbook (Chicago, 1946) ; A Reader�s Guide to Walt Whitman (New York, 1970). / R. Asselineau, l��volution de Walt Whitman (Didier, 1954). /</p><p>G. Dutton, Walt Whitman (�dimbourg, 1961). /</p><p>H. W. Waskow, Whitman : Explorations in Form (Chicago, 1966). / E. H. Miller, Walt Whitman�s Poetry : a Psychological Journey (New York, 1968).</p><p>Wicksell (Knut)</p><p>F �CONOMIQUE (science).</p><p>Widor (Charles</p><p>Marie)</p><p>Organiste et compositeur fran�ais (Lyon 1844 - Paris 1937).</p><p>Il appartient � une famille de musiciens pour laquelle l�orgue occupe une place de choix. Son grand-p�re, Jean Widor, facteur d�orgues, travaille au service des meilleurs organiers fran-</p><p>�ais des quarante premi�res ann�es du XIXe s., ces Callinet d�Alsace qui avaient �lu domicile � Rouffach. Son p�re, Fran�ois Charles Widor, fait chanter pendant quarante-deux ans l�instrument de l��glise Saint-Fran�ois de Lyon : il est l�initiateur de celui qui, d�s l��ge de onze ans, le remplace r�guli�rement � la tribune de l��glise lyonnaise.</p><p>Si l�on ignore dans quelles circonstances le c�l�bre organier fran�ais Aristide Cavaill�-Coll (1811-1899) rencontra le jeune prodige, on peut au contraire affirmer que c�est le cr�ateur des vastes instruments symphoniques de Saint-Sulpice et de la basilique Saint-Denis qui pr�senta Charles Marie � Jaak Nikolaas Lemmens (1823-1881), le grand professeur d�orgue belge, d�tenteur de la tradition de Jean-S�bastien Bach par l�interm�-</p><p>diaire d�Adolf Hesse (1809-1863), de Carl Philipp Emanuel Bach et de Johann Nikolaus Forkel (1749-1818), et auteur de l��cole d�orgue (1862), v�ritable m�thode moderne du jeu de l�instrument. � Bruxelles, l�organiste ne se contente pas des le�ons de Lemmens, mais profite aussi de l�enseignement de Fran�ois Joseph F�tis (1784-1871), cours qui ne tardent gu�re � porter leurs fruits puisqu�en 1868, appuy� par une recommandation du pr�fet du Rh�ne, Charles Marie Widor participe � en la compagnie relev�e d�Alexis Chauvet (1837-1871), Auguste Durand (1830-1909), C�sar Franck*, Alexandre</p><p>Guilmant (1837-1911), Cl�ment Loret (1833-1909) et Saint-Sa�ns* � �</p><p>l�inauguration de l�orgue Cavaill�-Coll de Notre-Dame de Paris. L�ann�e suivante (d�c. 1869), il est nomm� titulaire du plus grand instrument fran�ais, que le m�me facteur avait �rig� � Saint-Sulpice, poste qu�il occupera jusqu�en 1933. En 1890, il succ�de � Franck � la classe d�orgue du Conservatoire</p><p>national, puis en 1896 se voit confier la classe de composition jusque-l� attribu�e � Th�odore Dubois (1837-1924).</p><p>Membre de l�Acad�mie des beaux-arts en 1910, il en devient le secr�taire perp�tuel � partir de 1914 ; il meurt � Paris le 12 mars 1937.</p><p>Organiste mondain, virtuose incontest�, le premier m�rite de Widor est d�avoir form� des techniciens de l�instrument. Son enseignement, insistant sur l�articulation, le legato, le staccato et le jeu de p�dale moderne que Lemmens lui avait inculqu�, compl�t� par les le�ons d�improvisation � v�ritables cours de composition � de</p><p>Franck, a contribu� � former la grande �cole d�orgue fran�aise dont les noms de Marcel Dupr� (1886-1971), Charles Tournemire* et Louis Vierne* attestent l�importance.</p><p>Mais le rayonnement du p�dagogue</p><p>n�a pas �clips� les talents du virtuose et du compositeur. Le virtuose ? Louis Vierne nous le d�crit � la console de son orgue : � Immobile au centre de son banc, le corps l�g�rement pench� en avant, il faisait, pour registrer, des gestes math�matiquement r�gl�s lui occasionnant le minimum de perte de temps ; et c��tait � la fois merveilleux et d�courageant � voir. Mains sculpturales, admirablement soign�es, souplesse extr�me de tout l�appareil moteur : aucune contorsion disgracieuse, aucune gesticulation st�rile ne venait troubler l�harmonie visuelle constamment en concordance avec l�harmonie sonore qui naissait de son contact avec son orgue. �</p><p>Le compositeur ? Il s�essaye dans tous les domaines, s�engage dans ces directions aussi oppos�es que constituent l�art lyrique et la musique religieuse. Auteur de deux concertos et d�une fantaisie pour piano et orchestre, de symphonies (symphonies en fa et en la, symphonie en fa mineur op. 69 et Sinfonia sacra op. 81 � toutes deux avec orgue � et Symphonie antique op. 80 avec choeurs), de concertos pour violon et violoncelle et de musique de chambre, l�homme s�int�resse aux probl�mes pos�s par l�orchestration et compl�te le Trait� d�instrumentation de Berlioz sous le titre la Technique de l�orchestre moderne (1904).</p><p>Dans le domaine de l�art lyrique, ses tentatives, si elles nous apparaissent aujourd�hui surann�es, n�en r�v�lent pas moins un dramaturge habile (les downloadModeText.vue.download 502 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11713</p><p>P�cheurs de Saint-Jean, Ma�tre Ambros, Nerto [drames lyriques], Conte d�avril et les Jacobites [musiques de sc�ne], la Korrigane [ballet], Jeanne d�Arc [ballet-pantomime]), qui sait aussi exploiter avec un certain panache les ressources de la m�lodie ou du duo. Cette facilit� � �crire pour les voix est aussi l�apanage de la musique religieuse de Widor. Grandiloquentes par la rythmique de leurs choeurs homophones, par la pr�sence souvent exig�e de deux orgues qui alternent ou s�unissent (messe � double choeur, psaume LXXXIII : Quam dilecta ta-bernacula tua), ces oeuvres bien �quilibr�es mais fastueuses s�opposent � des pages de conception plus intimiste qui en appellent � l�esth�tique de la romance, de l�op�ra (Ave Maria avec accompagnement d�orgue et de harpe).</p><p>Un instrument pourtant domine la</p><p>production du secr�taire perp�tuel de l�Acad�mie des beaux-arts : l�orgue, ce vaste instrument de conception symphonique qui semble s�identifier � la musique de Widor. � c�t� d�oeuvres diverses comme le Choral et variations pour harpe et orchestre, le Domine salvum fac populum pour cuivres et orgue, la Suite latine (1927) et Trois Nouvelles Pi�ces (1934), on soulignera surtout la pr�sence de dix symphonies : no 1 en ut mineur, no 2 en r� majeur, no 3 en mi mineur, no 4 en fa mineur op. 13 (1876), no 5 en fa majeur, no 6 en sol mineur (1881), no 7 en la mineur, no 8 en si majeur op. 42 (1890), no 9</p><p>en ut majeur op. 70 dite � gothique �</p><p>(1895) et no 10 en r� majeur op. 73</p><p>dite � romane � (1900). H�riti�res de la Grande Pi�ce symphonique de C�sar Franck, ces oeuvres empruntent � la symphonie d�orchestre non seulement son cadre, mais aussi son esth�tique, voire ses couleurs. Pr�ludes tourment�s, all�grettos champ�tres, adagios m�ditatifs, scherzo, menuet ou inter-</p><p>mezzo v�loces, mouvements de sonate � deux th�mes, marches triomphales, toccatas se succ�dent, exploitant tour � tour les formules les plus d�monstratives du staccato ou du legato. Si le choral, la fugue ou le principe de la variation ne sont pas exclus, les th�mes gr�goriens utilis�s d�une mani�re tr�s neuve qui annonce Tournemire dans les deux derni�res symphonies apparaissent d�s l�oeuvre en r� majeur de l�opus 13. Si les six premi�res symphonies peuvent constituer le symbole d�une certaine �poque et d�un certain style � triomphaliste �, les derni�res oeuvres, en particulier la � romane �</p><p>et la � gothique �, t�moignent d�une �volution de la pens�e de Widor vers un monde plus subtil, tant sur le plan du rythme que de l�harmonie, et qui engage l�orgue sur une voie nouvelle en r�habilitant des th�mes de plain-chant que peu de ses devanciers avaient song� � ins�rer dans leurs oeuvres depuis la mort de Bo�ly (1858).</p><p>La position de premier plan qu�il occupe dans l�histoire de l�orgue fran�ais, en d�pit du caract�re souvent d�mod� de ses oeuvres, fait de ce grand virtuose et excellent p�dagogue un artiste digne de figurer parmi les musiciens les plus marquants de sa g�n�ration.</p><p>F. S.</p><p>F Orgue.</p><p>Wilde (Oscar</p><p>Fingall</p><p>O�Flahertie Wills)</p><p>�crivain anglais (Dublin 1854 - Paris 1900).</p><p>� J�ai mis tout mon g�nie</p><p>dans ma vie... �</p><p>�trange Angleterre qui, d�s que le si�cle commence � se confire en aust�rit�, se pla�t � susciter des �crivains p�trifiant d�horreur � en m�me temps qu�ils les hypnotisent � les foules bien-pensantes. Ainsi Byron. Ainsi Swinburne. Et puis Wilde. �clat, luxe, remous, scandales les aur�olent. �l�-</p><p>ment naturel et climat soigneusement compos�, leur comportement atteint</p><p>� l�authentique art de vivre. Qu�on lise The Picture of Dorian Gray (le Portrait de Dorian Gray, 1890-91) :</p><p>� Assur�ment, la vie se pr�sentait pour lui comme le premier et le plus grand de tous les arts ; � celui-l� tous les autres ne servaient gu�re que d�introduction. � Gide, pour sa part, estime que, � habile � piper ceux qui font la mondaine gloire, Wilde avait su cr�er, par-devant son vrai personnage, un amusant fant�me dont il jouait avec esprit �. Quant � Wilde, il �crit que le public anglais, hypocrite, prude et philistin, � confond toujours l�homme avec ses productions � (lettre � E. de Goncourt, 17 d�c. 1891). Il ajoute aussi, en 1884, � propos des personnages de Dorian Gray, le � bon � et</p><p>� moral � et les � mauvais � et � d�pra-v�s � : � Basil Hallward est ce que je pense que je suis ; lord Henry ce que le monde me croit �tre ; Dorian ce que j�aimerais �tre... � Alors, comme le portrait stigmatis� de tous ses � p�-</p><p>ch�s � s�attache irr�m�diablement au destin de Dorian, � son � personnage aux multiples facettes fait partie int�grante de Wilde. L�une de ses meilleures cr�ations. Un p�re brillant m�decin et une m�re po�tesse, dans les ann�es 40, du mouvement Young Ireland, sous le nom de � Speranza �, lui assurent une enfance et une adolescence sans histoire et donc heureuse.</p><p>Dans le salon maternel, il d�couvre la soci�t� et, dans les meilleures �coles, la culture : Portera Royal School, Ennis-killon (jusqu�en 1871) ; Trinity College, � Dublin (jusqu�en 1874). Enfin Magdalen College, � Oxford (jusqu�en 1879) � paradis des �tudiants �, auquel il offre le tribut de � Magdalen �</p><p>(Poems, 1881). Populaire, nonchalant mais brillant, fervent des antiquit�s classiques et de la po�sie, admirateur de Ruskin*, de M. Arnold et surtout de Walter Horatio Pater, dont la doctrine sert de fondement � ses propres id�es, il go�te la vie agr�able d��tudiant ais�, visitant l�Italie ou la Gr�ce pendant ses vacances. Donnant aussi ses premiers po�mes. Un cri d�indignation, � On the Recent Massacres of the Christians in Bulgaria �. Un sonnet sur la tombe de Keats, � � toi le plus doux chanteur de notre terre anglaise ! � (� Keats�</p><p>Grave �, 1877). Et en 1878, � Ra-</p><p>venna �, qui lui vaut le prix sir Roger</p><p>Newdigate pour la po�sie anglaise.</p><p>Puis il se lance � la conqu�te de Londres. S�inspirant du principe de l�un de ses h�ros qui consid�re que</p><p>� pour tout homme cultiv�, accepter l�id�al de son �poque, c�est faire acte d�immoralit� r�voltante �, il affermit le personnage d�j� esquiss� � Oxford.</p><p>Charmant, captivant et scandalisant � la fois, enfourchant son dada de l�es-th�tisme et du retour � la beaut�, ne n�gligeant rien pour se singulariser, il s�impose tr�s vite comme t�te de file du Tout-Londres, qu�il invite � � ressusciter cet art ancien du mensonge �, convaincu que � les amateurs, dans le cercle domestique, aux lunchs litt�-</p><p>raires, aux th�s d�apr�s-midi, pourront faire beaucoup pour l��ducation du public � (Intentions : � The Decay of Lying � [� le D�clin du mensonge �], 1891). Ma�tre de la conversation</p><p>brillante, tel son lord Henry, � �blouissant, prestigieux, irr�sistible. Les auditeurs hors d�eux-m�mes suivaient en riant la fl�te de l�enchanteur. � Il d�pense sans compter : � les beaux p�ch�s, comme les beaux objets, sont le privil�ge du riche �.</p><p>L�ann�e 1882 le trouve en Am�rique pour une tourn�e de conf�rences. Deux ans apr�s, il �pouse Constance Lloyd.</p><p>Et en 1891 The Picture of Dorian Gray para�t en volume. Avec l��trange et pr�monitoire sensation de Basil sentant peser sur lui les yeux de Dorian :</p><p>� Lorsque nos regards se crois�rent, je me sentis p�lir. Une �trange terreur s�empara de moi. De toute �vidence, je me trouvais en pr�sence d�un �tre d�un tel charme personnel que, si je c�dais � la fascination, mes sens, mon coeur, mon art lui-m�me, tout s�y consume-rait. � Vers cette m�me �poque, en effet, Wilde rencontre le beau lord Alfred Bruce Douglas, fils du huiti�me marquis de Queensberry, de seize ans son cadet, dit � Bosie � et que Shaw appelait � Childe Alfred �. D�s lors, son personnage prend sa forme d�finitive de scandale � car � de telles adora-tions sont pleines de danger : danger de les perdre, danger non moindre de les garder �. � peine parvenu au fa�te de sa gloire sociale, il est l�objet de l�horreur nationale ; le proc�s que lui intente en 1895 le p�re de lord Douglas le pr�ci-</p><p>pite dans la plus sombre solitude d�une condamnation infamante. Deux ans de</p><p>� hard labour � � la prison de Reading dont il reste la c�l�bre Ballad of Reading Gaol (Ballade de la ge�le de Reading, 1898) � � C.3.3 �, son num�ro de cellule � avec dans ces cent neuf strophes cet �mouvant miroitement d�une nouvelle facette du personnage :</p><p>[...] minuit toujours au fond du coeur, et le cr�puscule dans le cachot,</p><p>[...] Chacun dans son Enfer s�par�</p><p>[...] Et jamais une voix humaine</p><p>n�approche</p><p>Pour dire un mot gentil...</p><p>Et par tous oubli�s, nous pourrissons et pourrissons,</p><p>L��me et le corps en ruine.</p><p>� c�t� de ce po�me, d�une veine</p><p>unique dans l�oeuvre de Wilde, t�-</p><p>moigne �galement la non moins fa-</p><p>meuse lettre � lord Douglas du 1er avril 1897. En 1905, Robert Ross, sous le titre de De profundis, publie des extraits de cette longue missive (20 feuilles in-folio chacune de quatre pages) tendant � promouvoir l�image d�un p�nitent.</p><p>Mais quoique Wilde y prof�re de tr�s dures paroles � l��gard de lord Douglas et regrette leur � n�faste et lamentable amiti� �, cause � de la ruine et de l�infa-mie publique � pour lui, rien ne saurait emp�cher que s�accomplisse la pr�monition de Dorian Gray. Oubli�, divorc�, seul, exil� dans la France des heures dor�es de sa jeunesse, se cachant sous le nom symbolique de Sebastian Melmoth � souvenir du h�ros de Melmoth the Wanderer, roman gothique �crit en 1820 par un oncle de sa m�re �, il renoue avec � Childe Alfred �. Car, �crit-il, � je ne peux vivre sans l�atmosph�re downloadModeText.vue.download 503 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11714</p><p>de l�amour ; je dois aimer et �tre aim�, quel que soit le prix que je paye [...]</p><p>Quand les gens me critiquent de revenir � Bosie, dites-leur qu�il m�a offert l�amour � et que dans ma solitude et</p><p>ma disgr�ce je me suis, apr�s trois mois de lutte contre un hideux monde philistin, tourn� vers lui � (lettre � R. Ross, 21 sept. 1897). Au personnage tour � tour brillant, cynique, adul�, scandaleux, ce cri path�tique conf�re une nouvelle dimension. Celle d�un homme qui se d�chire dans la recherche d�un amour vrai dont la d�couverte e�t peut-</p><p>�tre chang� le cours de son destin.</p><p>� La joie de vivre... voil�</p><p>la base de l�art. �</p><p>Art de vivre et art d��crire se confondent chez Wilde dans l�insolence et le raffinement. Il sacre roi l��gotisme � si n�-</p><p>cessaire au sens exact de la dignit� humaine � et ne reconna�t pour doctrine qu�un h�donisme aussi loin de l�� as-c�tisme qui mortifie les sens � que du</p><p>� vulgaire libertinage qui les h�b�te �.</p><p>Comme son h�ros, lord Henry, il ne boit qu�� une seule source, celle de la vie. � Vivez ! vivez la vie merveilleuse que vous portez en vous ! Que rien de votre �tre ne se perde. � D�j� le Th. Gautier de Mademoiselle de Mau-pin proclame : � Mon corps rebelle ne veut point reconna�tre la supr�matie de l��me et ma chair n�entend point qu�on la mortifie. � Huysmans lui aussi (� rebours) souligne l�importance du corps, de ses d�sirs et de ses plaisirs, ce que lord Henry exprime par : � Tout d�sir que nous cherchons � �touffer couve en notre esprit et nous empoisonne. Que le corps p�che une bonne fois et c�en est fait de son p�ch�. � Ce cyr�na�sme abat tous les interdits, ouvre � la curiosit� c�r�brale des horizons infinis, justifie tous les raffinements et toutes les exp�riences. Il n�emp�che qu�� propos des Confessions of a Youg Man (1888), o� l�auteur affirme : � Tout ce qui est pervers me fascine � (pervers un terme bien wildien), Wilde prononce un ver-dict sans indulgence contre George Moore, accus� � de conduire le lecteur aux latrines et de fermer la porte �.</p><p>S�il appr�cie le Jardin des supplices (1898) d�Octave Mirbeau, il constate pourtant : � [...] C�est tout � fait hor-rifiant : une joie � sadique � dans les spasmes de la douleur, cela me r�volte � l�extr�me. � Et de l�illustrateur de la premi�re �dition anglaise de sa Salom� (1894), Aubrey Vincent Beardsley, prince de la � d�cadence �, dessinateur � l�inqui�tant et pervers univers,</p><p>il juge que les dessins � ressemblent aux gribouillis polissons qu�un �colier pr�coce trace dans les marges de son cahier �. Ceux-l�, sans doute, appartiennent � cette cat�gorie d�hommes incapables d�arracher les sens � � leur animalit� sauvage � pour en faire, selon les paroles de Dorian Gray, � les �l�ments d�une spiritualit� nouvelle, ayant pour trait dominant une s�re divination de la beaut� �.</p><p>� La beaut� est une</p><p>des formes du g�nie.</p><p>Que dis-je ? Elle surpasse</p><p>m�me le g�nie, n�ayant</p><p>pas comme lui � se</p><p>d�montrer. Elle est une</p><p>des r�alit�s supr�mes de</p><p>ce monde... La beaut� ne</p><p>se discute pas. Elle r�gne</p><p>de droit divin. �</p><p>La beaut� depuis Keats voit grossir les rangs de ses chevaliers. Gautier, Baudelaire, Swinburne, les pr�rapha�lites et Rossetti, Ruskin, Pater... lui pr�tent all�geance. Mais chacun la pare du visage de ses propres r�ves. Certains avec Ruskin la voudraient morale, humanitaire. Donc utile. Par contre, Swinburne la refuse sous ces traits. Il suit en cela Th. Gautier, qui dit dans la pr�face de Mademoiselle de Mau-pin : � Il n�y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir � rien ; tout ce qui est utile est laid. � Et Pater compl�te : il suffit de � se borner � conna�tre de pr�s les belles choses et de s�en nourrir en exquis amateurs, en humanistes accomplis � (The Renaissance, 1873).</p><p>Ainsi na�t le � mouvement esth�-</p><p>tique �. Pour Wilde, il faut chercher partout. Chaque parcelle compte. Et d�abord celle qui charme le regard : un int�rieur, des meubles, la mise... M�me la pompe color�e de la religion. Et bien s�r la beaut� du corps. Avec, en corollaire, l�horreur de la vieillesse. Donc de la laideur. De la laideur en g�n�ral.</p><p>Il en partage le d�go�t avec Ruskin, ou Huysmans. Lord Henry remarque</p><p>avec nostalgie que � le p�ch� est [...] la seule note de couleur vive qui subsiste dans la vie moderne �, opinion corrobor�e par Pierre Lou�s, ami de Wilde, correcteur de la version fran�aise de Salom�, qui lui est d�di�e, et qui �crit</p><p>dans la pr�face d�Aphrodite (1896) :</p><p>� H�las ! le monde moderne succombe sous un envahissement de la laideur. �</p><p>Lui aussi milite pour le retour � la</p><p>� beaut� originelle �. Mais l�attitude de Wilde se r�v�le autrement c�r�bralis�e et abstraite, plus sophistiqu�e, dirait-on, puisque, selon Dorian Gray, � [...]</p><p>le Mal n��tait plus � ses yeux qu�un moyen de r�aliser sa conception de la beaut� �. Au-dessus des sph�res vulgaires ou mis�rables, dans les sph�res v�n�neuses, morbides, luxueuses et �tranges des fantasmes de son cerveau, l�, il b�tit le temple inqui�tant de sa d�esse. Celle-l� qu�honoreront jusqu�� s�en d�truire les � d�cadents �, les William Rolfe, A. V. Beardsley, Arthur Symons, Max Beerbohm, les �crivains et artistes du � Rhymers� Club �, du Yellow Book ou de The Savoy.</p><p>� Tout art est</p><p>compl�tement inutile. �</p><p>� une beaut� puisant sa fin en soi convient parfaitement la doctrine de l�art pour l�art. Wilde y souscrit sans r�serve. Les cinq essais de Intentions (1891) [The Decay of Lying ; Pen, Pen-cil and Poison ; The Critic Artist, en deux parties, et The Truth of Masks, sur la mise en sc�ne shakespearienne], et en particulier le premier � sous forme de dialogue, comme le troisi�me et le quatri�me �, fournissent d�int�ressantes �chapp�es sur les horizons de l�art selon Wilde. Dans ce style brillant qui caract�rise sa mani�re, il bl�me la course au r�alisme, aussi bien chez R. L. Stevenson, H. James que chez Maupassant et Zola, au � r�alisme sans imagination � qu�il oppose � la � r�alit� imaginative � de l�oeuvre d�un Balzac.</p><p>On entrevoit ici ce qui le s�pare �galement d�un Dickens. D�ailleurs, il d�nie au public le droit de peser sur l�orientation de l�art. � Le public s�imagine</p><p>� �crit-il �, parce qu�il s�int�resse aux choses qui le touchent de pr�s, que l�art doit y trouver un int�r�t �gal et les prendre pour sujet. � D�o� son peu d�inclination pour les �crits � caract�re</p><p>� social � : quelques articles, un conte et une pi�ce rat�e (� The Soul of Man under Socialism �, 1891 ; � The Young King � ; lettres sur les abus et la r�forme des prisons et Vera, or The Nihilists</p><p>[1883], o� le d�cor russe n�emp�che</p><p>pas les � nihilistes � bavards et leurs th�ories de s�cr�ter l�ennui). En v�rit�, la v�ritable �cole d�art ne se situe pas dans la copie de la vie, mais dans l�art lui-m�me, ce que les � doctrines de l�esth�tique nouvelle � explicitent en trois points. Ils �tablissent d�une part la r�alit� intrins�que de l�art ; d�autre part, son ind�pendance � l��gard du contingent et enfin sa pr��minence sur la vie. Pour Wilde, le processus artistique � d�bute par un embellissement abstrait, un travail purement imaginatif et agr�able appliqu� � ce qui est r�el et non existant [l�Art], se montre pour les faits d�une indiff�rence absolue, invente, imagine, r�ve et garde entre lui et la r�alit� l�imp�n�trable barri�re du beau style, de la m�thode d�corative ou id�ale �.</p><p>� J�aimerais �crire un</p><p>roman, un roman beau</p><p>comme un tapis de Perse</p><p>et non moins irr�el. �</p><p>Tout naturellement, le regard de</p><p>Wilde se fixe sur des oeuvres comme Salammb�, qu�il tient pour un chef-d�oeuvre (The Decay of Lying) ; comme � rebours, envelopp� de ce � lourd parfum d�encens qui troublait le cerveau � et hante l�imagination de Dorian Gray ; ou bien encore Poems and Ballads, l�une des oeuvres marquant le plus profond�ment selon lui le d�but d�une �re nouvelle dans la litt�rature anglaise. L�art de Wilde doit beaucoup aussi � Rossetti, Keats ou Shelley et, dans les soixante pi�ces de son premier recueil de Poems (1881), � la sensualit� morbide du plus long po�me,</p><p>� Charmides � � hommage sans doute � Swinburne, chez qui � on rencontre pour la premi�re fois le cri de la chair tourment�e par le d�sir et le souvenir, la jouissance et le remords, la f�condit� et la st�rilit� � (lettre en fran�ais � E. de Goncourt, 17 d�c. 1891) �, se m�lent des po�mes sur la libert� (� Eleuthe-ria �), sur l�humanit� avec un grand H</p><p>(� Humanitad �) ou sur des visions de Gr�ce et d�Italie (� Garden of Eros �,</p><p>� Rosa Mystica �, � The Burden of Itys �, etc.). Et d�j� dans cette oeuvre de n�ophyte maladroit �clatent la beaut� et la musique du vers. Avec les quatre-vingt-cinq quatrains de The Sphinx (publi� seulement en 1894), Wilde pousse</p><p>la � m�thode d�corative � � l�extr�me, s�enivrant de mots �tranges et rares, de noms de monstres, de dieux, de pierres et de couleurs. Mais la volupt� color�e et luxueuse de ce po�me tout oriental se termine de fa�on inattendue par un retour vers le christianisme. Un peu comme Dorian Gray � source de scandale pour ses contemporains � porte en lui la punition du p�ch�, du crime, dans ce portrait fantastique du h�ros que la qu�te du plaisir, de la beaut� et des sensations emm�ne � sa perte.</p><p>Car le livre se cl�t non par le triomphe de l�esth�te, mais par son foudroie-ment. Si les � philistins � de l��poque se montr�rent incapables de � trouver l�art dans l�oeuvre d�art �, Dorian Gray n�en constitue pas moins l�oeuvre par excellence de Wilde. Celle que parcourent des raffinements de toutes sortes et o� l�auteur acc�de � la parfaite ma�trise de son style, de ses images et downloadModeText.vue.download 504 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11715</p><p>de sa vision d�esth�te. Mallarm�, � qui Wilde envoya un exemplaire d�dicad� du livre, � [...] comme t�moignage de mon admiration pour votre noble et s�v�re art �, r�pondit : � Redevenir poignant � travers l�inou� raffinement d�intellect, et humain, et une pareille perverse atmosph�re de beaut� est un miracle que vous accomplissez et selon quel emploi de tous les arts de l��crivain ! � Fid�le � sa doctrine transport�e sur la sc�ne, Wilde cr�e The Duchess of Padua (ou Guido Ferranti, 1891) une h�ro�ne dont � le premier effet qu�elle doit produire est celui de la pure Beaut� simplement �, et une pi�ce</p><p>� plus m�lodrame que trag�die � au centre de laquelle il place � les relations du P�ch� et de l�Amour �. Quant � sa Salom�, �crite d�s 1891 (publi�e en France en 1893 ; en Angleterre en 1894, repr�sent�e � Paris en 1896), elle reste frapp�e d�interdit par la censure anglaise jusqu�en 1905 sous pr�texte qu�elle met en sc�ne des personnages de la Bible. Wilde s�y souvient sans doute de la Tentation de saint Antoine, d�H�rodias ; de la � Salom� � peinte en 1876 par G. Moreau � � Mon H�rode est comme celui de Gustave Moreau,</p><p>envelopp� de joyaux et d�affliction �</p><p>� et aussi de Maeterlinck pour le style.</p><p>Fleur monstrueuse de l�� Art nou-</p><p>veau �, alliant somptuosit�, morbidit�, beaut�, couleur d�un th�me d�orientalisme et de femme fatale, elle exhale le parfum vertigineux dont semble se griser cette fin de si�cle. Richesse des images, po�sie, �l�gance du style et beaut� se retrouvent �galement dans The Happy Prince and Other Tales (le Prince heureux et autres contes, 1888), recueil de contes que Wilde d�finit comme � un essai de refl�ter la vie moderne dans une forme �loign�e de la r�alit� � d�aborder les probl�mes modernes d�une fa�on id�ale et non imitative �, et que Pater admire en particulier pour � la beaut� et la tendresse de � The Selfish Giant � [...] � coup s�r parfait dans son genre � (lettre du 12 juin 1888). Pourtant, plus caract�-</p><p>ristiques encore de l�esth�tique wildienne apparaissent les quatre contes de The House of Pomegranates (1891)</p><p>� � The Young King �, � The Bir-</p><p>thday of the Infanta �, � The Fisherman and his soul � et � The Star-Child � �, o� plane l�atmosph�re ch�re � Wilde et o� apparaissent ses somptueuses descriptions, telle par exemple celle de la chambre du � Jeune Roi � aux murs tendus de � riches tapisseries repr�sentant le triomphe de la Beaut� �.</p><p>� Il jouait avec l�id�e,</p><p>s��chauffait peu � peu.</p><p>Il l�agitait au vent,</p><p>d�ployait ses aspects</p><p>divers ; la laissait</p><p>s��chapper, mais pour</p><p>la reprendre ; la colorait</p><p>de tous les feux de la</p><p>fantaisie, lui pr�tait les</p><p>ailes du paradoxe. �</p><p>L�amoureux de la beaut� sous toutes ses formes, le disciple de Pater, le ma�tre de l�esth�tisme fin de si�cle perp�tue �galement la tradition des</p><p>ma�tres du � wit � du XVIIIe s. Inimitable comme eux dans les dialogues vertigineux, dans l�humour � base de</p><p>� nonsense �, il partage avec eux le go�t de l��pigramme, d�un brin de cynisme affich�, du style l�ger et parfait, de ce qu�on nomme � oscarismes �, qu�on taxe souvent d�artificialit�, mais qui demeure un mod�le d�esprit anglais et m�me universel. Ses dons de brillant causeur en soci�t� ressortent un peu partout dans son oeuvre d�s qu�il s�agit de jouer avec des id�es. Comme par exemple dans � The Critic as Artist �, o� il soutient que la critique est plus cr�ative que la cr�ation, mais dont W. B. Yeats dans son article � Oscar Wilde�s Last Book � (1891) dit : � Intentions cache dans son immense paradoxe la critique litt�raire la plus subtile que nous verrons d�ici longtemps. �</p><p>Car le paradoxe, cette exquise plante</p><p>� wit �, � chaque instant fleurit. Parfois � purs divertissements verbaux �, les paradoxes wildiens voisinent aussi avec ceux � d�une plus noble famille</p><p>[...] Ils introduisent dans le paysage mental ce d�rangement subit de perspective qui contraint l�esprit � monter ou descendre et lui fait ainsi d�couvrir d�autres horizons � (Ch. Grolleau, pr�face d�Intentions en fran�ais).</p><p>Humour, ironie ainsi que fantaisie se donnent libre cours. Ils parcourent le recueil Lord Arthur Savile�s Crime and Other Stories (le Crime de lord Savile et autres histoire) : � A Modern Millionaire �, � The Sphinx without a Secret �, � The Canterville Ghost �</p><p>(1891) et en particulier la charmante histoire qui sert de titre � l�ouvrage. Et l�esprit, d�j� brillant dans les dialogues de Dorian Gray � l�esprit d�un auteur estim� et d�fendu par Shaw s�exclamant : � autant que je puisse l�affirmer, je suis la seule personne � Londres incapable de s�asseoir et d��crire une pi�ce d�Oscar Wilde � volont� � �, Wilde le r�pand � profusion dans ses com�dies mondaines. Il y flotte comme un �cho de Dumas, Lema�tre ou Sardou. Mais on ne peut mieux d�finir que par le terme � oscarien � Lady Windermere�s Fan (l��ventail de lady Windermere, 1892), A Woman of No</p><p>Importance (Une femme sans impor-</p><p>tance, 1893), An Id�al Husband (Un mari id�al, 1895) ou The Importance of beeing Earnest (De l�importance d��tre</p><p>constant, 1895) avec leur chass�-crois� des hommes et des femmes d�un milieu privil�gi� et d�un univers clos dans cette atmosph�re �tincelante singuli�rement wildienne. En g�n�ral bien accueillies par leur temps, surtout la derni�re, a�rienne, irr�elle, fantaisiste et charmante, ces pi�ces conservent encore un puissant attrait. Leur reprise � la t�l�vision et au th��tre signifie bien que la ronde de tous ces personnages �tourdit aujourd�hui comme hier, essence rare d�une soci�t� intemporelle o� l�esprit r�gne sans partage. De la m�me mani�re, les th�ories artistiques de Wilde se survivent � travers le succ�s prolong� de Salom� en harmonie avec l��tat d�esprit d�une certaine jeunesse contemporaine r�volt�e contre son si�cle, dont elle signifie sa s�paration par la provocation d�un dandysme �clatant de mise, de pens�e et de conduite, un orientalisme pouss� � des extr�mes bien propres � faire r�ver Wilde. Peut-�tre pas toujours avec approbation.</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; H. M. Hyde (sous la dir. de), The Trials of Oscar Wilde (Londres, 1948 ; trad. fr. les Proc�s d�Oscar Wilde, Cercle du bibliophile, �vreux, 1971). / R. Merle, Oscar Wilde (Hachette, 1948).</p><p>/ F. A. K. Douglas, Oscar Wilde and the Black Douglas (Londres, 1949). / The LeHers of Oscar Wilde (Londres, 1962). / P. Jullian, Oscar Wilde (Perrin, 1967). / K. E. Beckson (sous la dir. de), Oscar Wilde. The Critical Heritage (Londres, 1970).</p><p>Willaert (Adriaan)</p><p>Compositeur flamand (Bruges ou Roulers v. 1490 - Venise 1562).</p><p>On ignore tout de sa jeunesse. Il fut, selon Zarlino, envoy� � Paris par son p�re Dionys pour �tudier le droit � l�universit�, mais se tourna bient�t vers la musique, apr�s sa rencontre avec Jean Mouton, membre de la chapelle de Fran�ois Ier, dont il devint l��l�ve.</p><p>De retour en Flandre, o� il ne s�attarda gu�re, il partit pour l�Italie, sans doute avant 1518, date � laquelle son nom figure sur un registre bolonais. Apr�s avoir s�journ� � Rome sous le pontificat de L�on X (� 1521), il entra au service d�Alphonse Ier d�Este � Ferrare</p><p>(1522-1525), puis de son fils Hippolyte II, archev�que de Milan (1525-1527). Il �tait alors qualifi� de � cantor regis Hungariae �. On n�a toutefois aucune preuve de sa pr�sence en Europe centrale. Il eut peut-�tre au d�but de sa carri�re des relations avec Ferdinand Ier de Habsbourg, qui portait, entre autres titres, celui de roi de Bo-h�me et de Hongrie et fut gouverneur des Pays-Bas.</p><p>Willaert jouissait d�j� d�un grand renom en 1527 lorsqu�il fut nomm� �</p><p>succ�dant � son compatriote Pierre de Fossis � au poste �minent de ma�tre de chapelle � la basilique Saint-Marc de Venise, qu�il conserva jusqu�� sa mort. Des documents d�archives r�-</p><p>v�lent qu�il y re�ut de bons appointements, de substantielles augmentations de salaire, et qu�il se rendit en Flandre en 1542 et 1556. Il r�digea huit testa-ments entre 1549 et 1562, d�montrant ainsi qu�il n�avait pas oubli� sa formation de juriste, mais aussi qu�il poss�-</p><p>dait des biens importants. Cependant, il s�imposa dans son pays d�adoption par son intelligence, sa culture et sa forte personnalit�. Il eut notamment sur ses jeunes et nouveaux coll�gues une influence si active qu�on le consid�re avec raison comme le v�ritable fondateur de l��cole v�nitienne*, qui devait atteindre son apog�e au si�cle suivant avec Monteverdi*. Il suffit de nommer ses �l�ves, le Flamand Cyprien de Rore (v. 1516-1565), son successeur � Saint-Marc, et les Italiens Nicola Vi-centino (1511-1576), Gioseffo Zarlino (v. 1517-1590), Costanzo Porta (1529-1601), Claudio Merulo (1533-1604) et Andrea Gabrieli*, pour mesurer son pouvoir de rayonnement.</p><p>Compositeur f�cond, il aborda tous les genres pratiqu�s de son temps : messes, motets, chansons fran�aises, madrigaux italiens et villanelles napolitaines, ricercari pour orgue, etc., et eut la joie de voir imprimer ses oeuvres dans toutes les grandes villes europ�ennes : Anvers, Li�ge, Louvain, Paris, Lyon, Venise, Rome, Ferrare, Nuremberg et Augsbourg. Son art est d�autant plus original qu�il y op�ra la fusion entre l�esprit du Nord et celui du Midi, c�est-�-dire entre la technique flamande du savant contrepoint et celle, plus spontan�e et plus popu-</p><p>laire, des nouvelles formes italiennes d�j� proches de la monodie accompagn�e, frottola, canzone, canzonetta, madrigal, en temp�rant toutefois cette synth�se au moyen d��l�ments fran�ais h�rit�s de Josquin Des* Pr�s. Son innovation la plus importante fut de per-downloadModeText.vue.download 505 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11716</p><p>fectionner l�ancien type de psalmodie, le chant antiphonique, en composant a coro spezzato : il divisa les parties musicales d�un choeur en deux sections (� quatre voix ou plus), qui chantaient en alternance ou simultan�ment, chacune d�elles �tant plac�e respectivement dans une des tribunes qui se font face dans la basilique. On retrouve ce proc�d� du double choeur, que Willaert n�a pas invent� comme on l�a souvent �crit, dans son recueil de psaumes : Salmi spezzati, 1550. La m�me technique, appliqu�e plus tard par Giovanni Gabrieli*, neveu de son �l�ve, � la musique instrumentale, marquera l�av�nement du style � concertant �.</p><p>Willaert r�alisa aussi progressivement cette union des styles dans sa musique profane. Apr�s avoir us�, dans ses chansons de type n�erlandais, du double canon strict, alors que le t�nor �tait trait� comme un cantus firmus, il</p><p>observa ensuite, comme d�ailleurs dans ses madrigaux, une facture plus libre, adopta souvent un style d�accords et une rythmique plus pr�cise et plus rapide, tout en s�effor�ant d�ext�rioriser le contenu du texte. Vers la fin de sa vie, son int�r�t pour les exp�riences harmoniques et les raffinements sonores du chromatisme italien se concr�tisa dans Musica nova (1559), qui groupait des motets et aussi des madrigaux, compos�s sur des po�sies de P�trarque.</p><p>Son style �l�gant, parfois un peu sec, s��tait enrichi au contact d�un art plus sensuellement expressif, auquel, en contrepartie, il avait r�v�l� les subtilit�s de son �criture s�v�re. Willaert, en ce sens, est bien � l�origine de l��cole v�nitienne, de ses constructions d�coratives, grandioses et color�es comme les peintures de Titien et du Tintoret.</p><p>A. V.</p><p>F V�nitienne (�cole).</p><p>&amp; E. Van der Straeten, la Musique aux Pays-Bas ayant le XIXe si�cle (Bruxelles, 1867-1888 ; 8 vol.). / E. G. I. Gr�goir, Adriaan Willaert (Bruxelles, 1869). / H. Zenck, Studien zu Adriaan Willaert (Leipzig, 1929). / A. Pirro, Histoire de la musique de la fin du XIVe � la fin du XVIe si�cle (Laurens, 1940). / A. Carapetyan, The</p><p>Musica Nova of Adriano Willaert (Cambridge, Mass., 1945). / A. Einstein, The Italian Madrigal (Princeton, 1949 ; 3 vol.). / G. Reese, Music in the Renaissance (New York, 1954 ; 2e �d., 1959).</p><p>[L�oeuvre (Opera omnia) de Willaert, �dit� par H. Zenck et W. Gerstenberg, est en cours de publication � l�American Institute of Musico-logy de Dallas (Texas). Elle comprendra 15 volumes ; 8 sont parus.]</p><p>Williams</p><p>(Tennessee)</p><p>�crivain am�ricain (Columbus, Mississippi, 1911).</p><p>Dramaturge, Thomas Lanier, dit</p><p>Tennessee Williams, occupe le premier plan du th��tre am�ricain apr�s la Seconde Guerre mondiale, de 1945</p><p>� 1960. Traduites et surtout largement diffus�es par le cin�ma, ses pi�ces lui valent un triomphe international qui s�explique aussi par la violence des situations, le dynamisme de l�action et la hardiesse pour l��poque de ses sujets. Po�te de la sexualit� refoul�e, Williams emprunte ses personnages, ses d�cors � la vie du Sud. Mais il teinte son r�alisme d�une mythologie violente et d�une diction rh�torique qui fait de son oeuvre un th��tre po�tique.</p><p>Les situations qu�il met en sc�ne sont souvent m�lodramatiques, voire extravagantes (hyst�rie, homosexualit�, castration, voyeurisme, jalousie morbide), mais il sait les faire � passer �, leur donner une vraisemblance artistique avec un sens inn� du th��tre qui, malgr� l�influence de O�Neill et d�Ibsen, fait surtout penser aux exc�s de la trag�die �lisab�thaine.</p><p>Sudiste, Williams est n� dans le Mississippi et a pass� � Saint Louis une enfance malheureuse et pauvre, dans une atmosph�re d�crite dans la M�nagerie de verre et Un tramway nomm� D�sir.</p><p>Fils d�un voyageur de commerce, il commence des �tudes � l�universit� du Missouri, quand la crise de 1930</p><p>l�oblige � travailler trois ans dans une fabrique de souliers � p�riode qu�il qualifie de � mort vivante �. Apr�s une</p><p>grave maladie, il reprend ses �tudes � l�universit� d�Iowa. Il �crit, tr�s jeune, des po�mes, puis des pi�ces de circonstance pour l�universit�. Tr�s t�t, il a un d�sir de professionnel : � atteindre un public de masse �. Il a d�j� �crit cinq pi�ces en un acte � qui seront r�unies sous le titre American Blues (1948) �</p><p>et Battle of Angels (1940), sa premi�re grande pi�ce, quand un agent litt�-</p><p>raire de Broadway, Audrey Wood, le remarque et le prend en main avec un contrat pour Hollywood.</p><p>The Glass Menagerie (la M�nagerie de verre, 1945) �tablit sa r�putation.</p><p>Dans cette pi�ce tendre et �mouvante, Williams se pr�sente lui-m�me sous le nom de Tom et �voque ses souvenirs d�enfance : une famille ruin�e de Saint Louis. La m�re, d�laiss�e, vit parmi ses souvenirs et r�ve d�un riche mariage pour son fils Tom et sa fille Laura, boiteuse et timide. La fille s��vade path�tiquement dans un monde imaginaire peupl�e de ses petits animaux de verre ; le fils s�engage dans la marine.</p><p>Avec A Streetcar named Desire (Un tramway nomm� D�sir, 1947), il reprend ce th�me de la frustration f�minine, mais avec une violence m�lodramatique : une vieille belle se jette dans les bras de son beau-fr�re et finit par perdre la raison ; habilement, le personnage de Blanche demeure ambigu : ni victime ni coupable. Summer and Smoke (�t� et fum�e, 1948), pi�ce sans brio, est l�un des rares �checs avec Ca-mino Real (1953), all�gorie fumeuse.</p><p>The Rose Tattoo (la Ros� tatou�e, 1951) est une farce pleine de verve, de sensualit� et d�humour : une veuve sicilienne reprend go�t � la vie dans les bras d�un solide camionneur. L�obsession de la chair sort ici superbement de son confinement. Cat on a Hot Tin Roof (la Chatte sur un toit br�lant, 1955) est un drame d�argent sudiste : chatte habile, pour garder son mari homosexuel et alcoolique et capter l�h�ritage, l�h�ro�ne sait marcher parmi les emb�ches. Dans Orpheus descending (la Descente d�Orph�e, 1957), Williams adapte librement le mythe d�Orph�e : un guitariste trop s�duisant est victime de la jalousie des hommes.</p><p>En 1958, Suddenly Last Summer (Soudain l��t� dernier) a un grand succ�s</p><p>de scandale : une jeune fille drogu�e y raconte le lynchage par des enfants d�un esth�te oisif. Sweet Bird of Youth (Doux Oiseau de jeunesse, 1959) cl�t le cycle des drames de la passion effr�-</p><p>n�e en �voquant les rapports troubles d�une vieille vedette et de son gigolo.</p><p>Period of Adjustment (P�riode</p><p>d�adaptation, 1960) marque un tournant dans l�oeuvre, un apaisement pragmatique qui est confirm� par les pi�ces suivantes : The Night of the Iguana (1961), The Milk Train doesn�t stop here anymore (1964), The Eccentricities of a Nightingale (1965), Slapstick Tragedy (1965), Outcry (1971), Small Craft Warnings (1972), qui ont d��u le public, habitu� aux grandes orgues de Williams et blas� par l��volution des moeurs. Psychanalys�, converti au catholicisme, Williams semble avoir perdu sa facilit� d��criture splendide.</p><p>La qualit� des grandes pi�ces de</p><p>Williams repose sur un �quilibre rare du r�alisme et de la po�sie, �quilibre tendu jusqu�� l�extr�me du m�lodrame et de la rh�torique. Elle repose aussi sur l�art d�associer le monologue lyrique et la tension dramatique, la diction po�-</p><p>tique et le sordide. Le succ�s de ce th��tre doit quelque chose au scandale (Baby Doll, 1956). N�anmoins, son avenir est assur� parce que, par-del� la simple audace, Williams a mis en sc�ne des � outsiders �, qui ne sont, curieusement pour un Am�ricain, ni des n�gres ni des juifs, mais des � marginaux �</p><p>de la passion et de l�imagination qui refusent le monde tel qu�il est : artistes, obs�d�s sexuels, fous, infirmes, �trangers, pour lesquels il d�clenche notre sympathie en nous associant � la menace qui p�se sur eux. Cette critique du monde, qui est en partie sociale et politique, s��tend � la conception d�un univers sans Dieu, o� il n�y a de salut que dans la fuite ou la r�signation � la mort. Par-del� le bizarre et le baroque de ses exc�s, Williams parvient, � travers des �tres anormaux dans des situations extraordinaires, � nous pr�senter quelque chose d�essentiel, de juste et de poignant sur le drame essentiel de la vie quotidienne : la frustration de la vie en soci�t�. En nous invitant � l�indulgence, voire � la complicit� pour ses obs�d�s ou ses d�lirants, Tennessee</p><p>Williams d�nonce l�inhumanit� d�une civilisation o� tout ce qui n�est pas conforme est condamn�. En ce sens, par-del� son succ�s de scandale, il peut rester populaire dans une soci�t� qui cherche de plus en plus consciemment � se lib�rer de ses tabous.</p><p>J. C.</p><p>&amp; S. L. Falk, Tennessee Williams (New Haven, Connect., 1961). / B. Nelson, Tennessee Williams (New York, 1961). / N. M. Tischer, Tennessee Williams, Rebellious Puritan (New York, 1961). / E. M. Jackson, The Broken World of Tennessee Williams (Madison, Wisc., 1965).</p><p>/ G. Weales, Tennessee Williams (Minneapolis, 1965). / J. Fayard, Tennessee Williams (Seghers, 1972).</p><p>Wilson (Thomas</p><p>Woodrow)</p><p>Homme d��tat am�ricain (Staunton, Virginie, 1856 - Washington 1924).</p><p>La mont�e au pouvoir</p><p>Parmi ses anc�tres figurent des Anglais, des �cossais et des Irlandais.</p><p>Son p�re, un pasteur presbyt�rien, et sa m�re, elle-m�me fille de pasteur, ont impr�gn� son enfance d�une atmosph�re religieuse : l�homme est un agent de Dieu ; il doit r�aliser la mission divine pour laquelle il a �t� d�sign�, n�accepter aucun compromis avec le downloadModeText.vue.download 506 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11717</p><p>mal et se soumettre sans r�ticences aux lois morales. � La politique, �crira Wilson, est une guerre o� s�affrontent les causes ; c�est une joute de principes. �</p><p>Le jeune Woodrow fait ses �tudes</p><p>sup�rieures � l�universit� de Princeton, puis se sp�cialise dans le droit � l�universit� de Virginie. Inscrit au barreau, il ouvre, en 1882, un cabinet � Atlanta, en G�orgie. Les clients sont peu nombreux, et le travail juridique ne passionne pas Wilson. Il d�cide de reprendre ses �tudes, cette fois-ci � Johns Hopkins (Baltimore), une universit� dans laquelle enseignent alors des</p><p>ma�tres de grande r�putation et o� il est le condisciple de Frederick Jackson Turner. En 1885, il soutient sa th�se de science politique sur � le gouvernement par le Congr�s � (Congressional Government. A Study in American Politics). Sa carri�re d�enseignant commence � Bryn Mawr College en Pennsylvanie (1885-1888) et se poursuit � la Wesleyan University de Middletown dans le Connecticut (1888-1890), o� il enseigne l�histoire ; il entre ensuite � Princeton pour devenir professeur de jurisprudence et d��conomie politique. Ses cours sont largement suivis ; sa r�putation universitaire s��tend � toute la c�te est. Il publie des articles et des livres sur le syst�me politique et l�histoire des �tats-Unis. En 1902, il acc�de � la pr�sidence de l�universit� de Princeton.</p><p>Wilson s�emploie imm�diatement �</p><p>r�former certains aspects de la vie universitaire. Il collecte des fonds importants aupr�s des anciens �l�ves et les utilise pour am�liorer l�encadrement p�dagogique ou r�organiser les cycles d��tudes. Lorsqu�il cherche � bouleverser le fonctionnement des clubs traditionnels des �tudiants, il se heurte � de farouches r�sistances. Il passe d�sormais pour le champion de la d�mocratie dans l�universit�. � une �poque o� le mouvement progressiste renouvelle la vie politique et s�efforce de r�duire les in�galit�s �conomiques et de pallier les injustices sociales, Wilson ne tarde pas � acqu�rir la c�l�brit�. Les d�mocrates du New Jersey songent � en tirer parti : un jeune professeur, lib�ral mais point extr�miste, d�pourvu d�exp�-</p><p>rience politique, ne devrait pas rester sourd aux conseils des professionnels de la � machine � et serait un remarquable porte-drapeau.</p><p>Apr�s avoir fr�quent� pendant plus de trois ans des hommes d�affaires, des banquiers et des journalistes, las de combattre sans succ�s les conservateurs de Princeton, Wilson franchit le pas en 1910. Il se pr�sente � l��lection du gouverneur du New Jersey et la remporte. D�s lors, son objectif prioritaire est de se d�barrasser des puissants int�r�ts qui l�ont pouss� et soutenu.</p><p>Il se consid�re �lu � sans engagements d�aucune sorte �. Il d�nonce les</p><p>� boss � et leur influence n�faste, fait passer les principes avant les hommes, d�fend l�int�r�t g�n�ral contre les int�-</p><p>r�ts sp�ciaux.</p><p>Dans le New Jersey, il promulgue</p><p>des r�formes importantes : une loi �lectorale, la r�pression de la corruption, l�assurance contre les accidents du travail, la r�glementation des services publics.</p><p>Au sein du parti d�mocrate, priv� du pouvoir depuis 1897, il est l�homme providentiel. R�concili� avec William Jennings Bryan (1860-1925), l�ancien candidat des d�mocrates et des populistes, Wilson se porte candidat � la Maison-Blanche en 1912. Son programme, r�dig� par un jeune avocat, Louis Brandeis (1856-1941), se r�sume en une formule : la nouvelle libert�. Il exprime les revendications de la classe moyenne : les trusts pratiquent une concurrence d�loyale et ruinent ceux qui tentent leur chance dans le commerce ou l�industrie ; il faut supprimer les abus, et non la libre entreprise. Or, soutiennent Brandeis et Wilson, les trusts sont si puissants que les d�truire, c�est rendre le pouvoir au peuple. Le retour � l�Am�rique d�hier sauvera l�Am�rique d�aujourd�hui.</p><p>Face au pr�sident W. H. Taft, qui est un partisan d�termin� de l�immobilisme, au socialiste Eugene Victor Debs (1855-1926), qui fait peur, au progressiste Theodore Roosevelt*, qui a rompu avec le parti r�publicain et songe � renforcer le gouvernement f�d�ral pour contr�ler � et non pour an�antir � les trusts, Wilson se situe dans le juste milieu. Profitant de la division de ses adversaires, il acc�de, avec environ 40 p. 100 des suffrages, � la magistrature supr�me. Pour la premi�re fois depuis la guerre de S�cession, un sudiste entre � la Maison-Blanche.</p><p>Le pr�sident</p><p>des �tats-Unis</p><p>Wilson commence par appliquer son programme r�formiste. Il fait abaisser le tarif douanier (Underwood Tariff Act, 1913), met en vigueur l�amendement sur l�imp�t sur le revenu, cr�e un syst�me f�d�ral de r�serve qui assainit quelque peu les pratiques bancaires.</p><p>Une nouvelle l�gislation antitrust donne des satisfactions au monde du travail et r�glemente la concurrence illicite (Clayton Antitrust Act, 1914).</p><p>En 1914, les r�formes sont, semble-t-il, termin�es. Il faut la perspective de l��lection pr�sidentielle de 1916 pour qu�elles reprennent : le syst�me bancaire est modifi� en faveur des fermiers ; les employ�s f�d�raux b�n�ficient d�assurances contre les accidents, et leur journ�e de travail est limit�e � huit heures ; le travail des enfants est tr�s s�v�rement contr�l�. Si audacieux que soient les changements, tous les maux de la soci�t� am�ricaine n�ont pas �t� supprim�s. Les femmes, encore priv�es du droit de vote, les Noirs, soumis � la plus rigoureuse des s�gr�gations, les ouvriers sp�cialis�s, dont le gouvernement f�d�ral se d�sint�resse, voil� les oublis les plus criants que les progressistes radicaux ne manquent pas de rappeler. La croisade, pour employer le vocabulaire wilsonien, a pourtant r�ussi en partie, et, face aux r�publicains, qui ont refait leur unit�, Wilson parvient � obtenir sa r��lection.</p><p>Sur la conduite de la politique �trang�re, Wilson a en 1913 des id�es beaucoup moins pr�cises : il lui arrive m�me de penser qu�elle n�entrera gu�re dans ses pr�occupations. Rapidement, pourtant, il constate que son pays ne saurait vivre repli� sur lui-m�me, maintenant qu�il occupe le premier rang des grandes puissances �conomiques. De l�Extr�me-Orient � l�Europe en passant par l�Am�rique latine, n�y a-t-il pas des principes � d�finir, un int�r�t g�n�ral � d�fendre et une croisade � entreprendre ? Wilson s�en persuade ais�ment. Les �tats-Unis, juge-t-il, offrent au monde un exemple : leur d�mocratie est presque id�ale ; leur organisation �conomique et sociale peut �tre am�lior�e, mais dans l�ensemble constitue une splendide r�ussite et assure la paix. Wilson n�est pas un doux r�veur, qui inlassablement poursuivrait des chim�res. Il n�est pas davantage un Machiavel d�outre-Atlantique, pr�occup� de dissimuler ses v�ritables intentions dans des discours hypocrites. Il croit ce qu�il dit et fait ce qu�il croit.</p><p>Pour lui, l�Am�rique remplit une</p><p>mission : transformer le monde � son image. L�am�ricanisation de la pla-</p><p>n�te, voil� ce qu�il cherche � r�aliser, d�une mani�re plus ou moins confuse jusqu�� 1917, beaucoup plus nettement au cours de son deuxi�me mandat.</p><p>C�est ce qui explique les contradictions apparentes et les difficult�s de sa politique ext�rieure.</p><p>Aid� par son secr�taire d��tat,</p><p>William Jennings Bryan � qui d�-</p><p>missionne en juin 1915 �, le pr�sident Wilson propose � trente nations un trait� bilat�ral de conciliation ; il annule les tarifs pr�f�rentiels que son pays s��tait fait accorder dans l�administration du canal de Panam� ; il conseille, enfin, aux banquiers am�ricains de quitter le consortium international en Chine et reconna�t le r�gime r�publicain de Sun Yat-Sen. Les �tats-Unis doivent �tre une puissance juste et honn�te ; il faut aussi qu�ils d�fendent leurs int�r�ts.</p><p>Dans le m�me temps, en effet, Wilson intervient en Am�rique latine pour prot�ger la route du canal transoc�anique : en 1915, les marines d�barquent � Ha�ti ; l�ann�e suivante, ils sont envoy�s � Saint-Domingue. Tout compte fait, Wilson a ordonn� plus d�interventions militaires que Theodore Roosevelt. Les ing�rences am�ricaines dans les affaires du Mexique, une v�ritable diplomatie � missionnaire � a-t-on �crit, aboutissent � l�exp�dition punitive de 1916 et � des r�sultats limit�s pour Washington.</p><p>La m�me ambigu�t� se manifeste �</p><p>l��gard de l�Europe. De 1914 � 1917, les �tats-Unis restent neutres � en actes et en pens�es �, si l�on en croit leur pr�sident. Mais les sympathies des dirigeants am�ricains vont � l�Entente ; le courant commercial tout autant que les pr�ts financiers favorisent l�Angleterre et la France. Wilson n�en poursuit pas moins son but : r�concilier les adversaires, imposer une m�diation qui grandira l�influence internationale de son pays. Les bellig�rants font la sourde oreille. Lorsque les sous-marins allemands obligent Wilson � entrer dans le conflit, il n�a rien fait pour pr�parer les �tats-Unis � la guerre.</p><p>D�Am�rique arrivent des dollars, des mati�res premi�res et des vivres dans la mesure o� le tonnage est disponible ;</p><p>il faudra plus d�un an, et c�est un miracle de rapidit�, pour que les soldats am�ricains commencent � jouer un r�le dans les tranch�es.</p><p>R��lu sur un programme de paix,</p><p>Wilson a �t� contraint de mener son pays dans une guerre totale. Il ne manque pas de distinguer soigneusement les buts de guerre am�ricains des objectifs europ�ens : il est un associ�, et non l�alli� des Alli�s, et le fait savoir par son discours des � Quatorze Points � (8 janv. 1918).</p><p>Quand il vient en Europe pour</p><p>n�gocier en personne les termes du trait� de paix, il est pour les foules un h�ros, un sauveur, l�homme d��tat qui emp�chera le bouleversement que promettent les Bolcheviks et le retour downloadModeText.vue.download 507 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11718</p><p>� l�ancien ordre des choses ; la Soci�t� des Nations, dont il ne cesse de parler depuis 1916, assurera la s�curit� collective. Pourtant, au terme d�une n�gociation longue et difficile, le trait� de Versailles ne satisfait pleinement ni les Alli�s ni les Am�ricains : ceux-l� se r�signent, ceux-ci n�en veulent pas. Pour convaincre ses compatriotes, Wilson entreprend en septembre 1919</p><p>une vaste campagne d�opinion : frapp� d�h�mipl�gie, il doit cesser le combat.</p><p>Sa maladie, son obstination croissante, un entourage trop pr�venant l�em-p�chent de faire les concessions n�cessaires, et le S�nat lui inflige un terrible d�saveu. C�est un homme physiquement et moralement �puis� qui c�de le pouvoir en 1921 aux r�publicains, et plus particuli�rement au pr�sident Warren Harding.</p><p>Partisan d�un conservatisme lib�ral, d�fenseur de principes nouveaux qui devraient assurer le d�veloppement des int�r�ts am�ricains, qu�il confond trop avec les int�r�ts du monde, Woodrow Wilson a manqu� de souplesse. Est-il encore pour nous le grand pr�sident qu�il parut �tre � ses contemporains ?</p><p>A. K.</p><p>F D�mocrate (parti) / �tats-Unis / Guerre mondiale (Premi�re).</p><p>&amp; A. Hatch, Woodrow Wilson (New York, 1947). / A. S. Linck, W. Wilson and the Progressive Era (New York, 1954). / A. Steinberg, Woodrow Wilson (New York, 1961). / C. O. Peare, The Woodrow Wilson Story, an Idealist in Politics (New York, 1963 ; trad. fr. Pour une paix juste, la vie du pr�sident Wilson, Seghers, 1964). /</p><p>S. Freud et W. C. Bullitt, Thomas Woodrow Wilson, a Psychological Portrait (Boston, 1967 ; trad. fr. le Pr�sident Thomas Woodrow Wilson, portrait psychologique, A. Michel, 1967, nouv.</p><p>�d., U. G. E., 1974).</p><p>Wilson (Harold)</p><p>Homme politique britannique (Hud-</p><p>dersfield, Yorkshire, 1916).</p><p>Issu d�un milieu modeste � son p�re �tait employ� dans une entreprise de produits chimiques � Manchester � o� est demeur�e vivace la vieille tradition radicale et non conformiste, H. Wilson est un homme du Nord industriel, qui ne s�est gu�re habitu� � la vie sophistiqu�e de Londres et qui garde une aversion profonde pour la upper class, � laquelle il reproche sa suffisance et son style amateur. S�il a r�ussi quant � lui � s��lever, c�est par son seul m�rite.</p><p>Apr�s �tre pass� par l��cole communale et le lyc�e, il obtient une bourse pour Oxford, o� il �tudie la science politique et l��conomie. Il d�croche les meilleures notes et se fait remarquer par W. H. Beveridge (1879-1963), qui l�engage dans son �quipe de recherches sur les probl�mes du ch�mage. En</p><p>m�me temps, il est charg� de cours � l�universit� d�Oxford. Car ce � m�ri-tocrate � ambitieux � son but est d�j� clairement d�fini : le pouvoir � est un b�cheur. Tout naturellement, ses sympathies le poussent vers le travaillisme, mais sous la forme d�un socialisme graduel et lib�ral : il n�a rien d�un rouge, se m�fie des r�volutionnaires et m�me se vante de n�avoir pas lu le Capital � au-del� de la page deux �. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est appel� � servir comme expert dans la haute administration � Londres et, � la fin des hostilit�s, il occupe le poste de directeur du bureau des statistiques au</p><p>minist�re de l��nergie.</p><p>C�est alors que commence sa car-</p><p>ri�re politique : �lu d�put� de Orms-kirk en 1945, il repr�sente � partir de 1950 une autre circonscription du Lan-cashire, Huyton, qui l�a constamment r��lu. Tout de suite attach� au cabinet du ministre des Travaux publics, il conna�t une promotion spectaculaire puisqu�il est nomm� � trente et un ans, � l�automne de 1947, ministre du Commerce et de l�Industrie (pr�sident du Board of Trade), poste qu�il conserve pendant quatre ans et o� il fait son apprentissage gouvernemental, mais dont il d�missionne par un coup d��clat en avril 1951 en se solidarisant avec la r�-</p><p>bellion d�Aneurin Bevan (1897-1960).</p><p>Ce geste lui vaut les faveurs de l�aile gauche du parti, mais au bout de peu de temps il se s�pare des bevanistes et regagne une position plus centriste.</p><p>N�anmoins, au cours des ann�es 1950, il continue de se m�nager de nombreuses sympathies � gauche en prenant position en faveur du d�sarmement nucl�aire et contre l�abandon du programme de nationalisations : appui qui, malgr� l��chec de 1960, se r�v�le un atout d�cisif pour succ�der en 1963</p><p>� la t�te du parti � Hugh Gaitskell (1906-1963), emport� par la maladie.</p><p>Alors qu�il n�est que le leader de l�opposition, son talent de tacticien est d�j� manifeste (on a dit de lui qu�il</p><p>� pratique une politique de droite avec un langage de gauche �). Il y ajoute des dons remarquables de debater, l�art des formules qui font mouche et une ma�trise �tonnante � la t�l�vision, arme qu�il sait habilement utiliser � son profit. De plus, il r�ussit � insuffler confiance � son parti, jusque-l� d�courag� par treize ann�es dans l�opposition et ravag� par des querelles intestines.</p><p>Il propose en effet un nouvel objectif qui refait l�unit� du � labour � : � la r�volution scientifique �, c�est-�-dire la modernisation et la d�mocratisation du pays, en faisant appel aux ressources du savoir et de la technique et en se lan�ant dans une politique de croissance �conomique et de justice sociale.</p><p>Gr�ce � l��lan ainsi cr��, gr�ce �galement � l�affaiblissement des conservateurs, les travaillistes obtiennent la</p><p>majorit� aux �lections d�octobre 1964, et Wilson est nomm� Premier ministre.</p><p>Sans doute ne dispose-t-il que d�une majorit� tr�s mince, mais il sort victorieux des nouvelles �lections qu�il provoque en mars 1966, avec cette fois une marge confortable de si�ges � la Chambre des communes.</p><p>� vrai dire, l�exp�rience du pouvoir d�octobre 1964 � juin 1970 appara�t singuli�rement d�cevante par rapport aux ambitions travaillistes et aux objectifs de Wilson. Sur le plan �conomique, la priorit� a beau �tre donn�e � la croissance, les obstacles s�amoncellent : l��quilibre de la balance des paiements n�est pas r�tablie avant 1969, et, apr�s avoir d�cid� de d�fendre la livre sterling co�te que co�te, il faut se r�signer � la d�valuer en novembre 1967 : coup sensible port� au prestige du gouvernement, qui par ailleurs ne parvient point � faire faire des progr�s notables au taux de croissance de l��conomie nationale.</p><p>Sur le plan ext�rieur, la politique de d�colonisation est poursuivie, par exemple en Guyane et � l��le Maurice, mais elle rencontre de graves difficult�s � Aden et surtout en Rhod�sie, o� les colons blancs font s�cession en 1965 et proclament leur ind�pendance contre les autorit�s de Londres ; la Grande-Bretagne doit renoncer d�autre part � la plupart de ses positions strat�giques lointaines et s�appuie de plus en plus sur l�alliance am�ricaine, tandis que la demande d�adh�sion � la Communaut� �conomique europ�enne, reprise par H. Wilson � son propre compte, se heurte en 1967 au veto fran�ais.</p><p>Sur le plan int�rieur, quelques points du programme travailliste font l�objet de mesures effectives (nationalisation de l�acier, l�gislation sur le logement, lutte contre la discrimination raciale), mais l��cart avec les promesses prodigu�es est si grand et les replis tactiques du Premier ministre sont si nombreux qu�ils provoquent une opposition de plus en plus vive de la gauche travailliste (qui taxe H. Wilson d�opportunisme), en m�me temps qu�une d�-</p><p>saffection profonde dans l�opinion.</p><p>� partir de 1969 s�ajoutent de nouveaux d�boires : d�abord les �v�ne-</p><p>ments sanglants d�Irlande du Nord, puis l��chec de la tentative de Harold Wilson et de Barbara Castle pour r�-</p><p>glementer les relations industrielles en limitant les gr�ves � non officielles � ; devant la lev�e de boucliers qui se manifeste dans le monde syndical, le gouvernement doit reculer piteusement en retirant le projet.</p><p>Aux �lections de juin 1970, contrairement aux espoirs du Premier mi-</p><p>nistre, qui se montre tr�s s�r de lui tout au long de la campagne, les travaillistes sont battus, et Wilson redevient leader de l�opposition. En d�pit des critiques dont il est l�objet au sein du parti, il parvient � maintenir une position d��quilibre entre la gauche et la droite, et, � la suite des �lections de f�vrier 1974, il est de nouveau nomm� Premier ministre. Mais il ne peut former qu�un fragile gouvernement de minorit�. Harold Wilson s�attache tout d�abord, non sans succ�s, � apaiser les conflits sociaux ; parall�lement, il s�engage dans une ren�gociation des conditions d�adh�sion de la Grande-Bretagne au March� commun. Cependant il doit proc�der � de nouvelles �lections � l�automne de 1974. Celles-ci ne donnent au parti travailliste qu�une faible majorit�, mais permettent � Wilson de rester � la t�te du gouvernement jusqu�en mars 1976, date de sa d�mission brutale et inattendue.</p><p>F. B.</p><p>F Grande-Bretagne / Travailliste (parti).</p><p>Windsor</p><p>(dynastie de)</p><p>Nom adopt� depuis 1917 par la dynastie r�gnante d�Angleterre.</p><p>� cette date, la guerre contre l�Allemagne am�ne George V � se d�faire de tout ce qui rappelle les origines allemandes de sa famille. La maison de Saxe-Cobourg, issue de l�union entre la reine Victoria (descendante des Hanovre*) et le prince Albert de Saxe-Cobourg-et-Gotha, prend donc le nom purement anglais de Windsor, par r�f�-</p><p>rence au ch�teau historique r�sidence des souverains d�Angleterre depuis le XIe s. (Berkshire).</p><p>George V</p><p>N� � Londres le 3 juillet 1865, le prince George Frederick Ernest Albert ne semblait nullement destin� � une position downloadModeText.vue.download 508 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11719</p><p>de premier plan dans l��tat, puisqu�il n��tait que le second fils du prince de Galles, le futur �douard VII*. Aussi re�oit-il une �ducation moyenne, et il entre tr�s jeune dans la � Royal Navy �.</p><p>Mais en 1892 la mort de son fr�re a�n�, le duc de Clarence (14 janv.), fait du prince, nomm� duc d�York, l�h�ritier � venir de la couronne. Il compl�te alors sa formation politique, rest�e jusque-l� rudimentaire, et le 6 juillet 1893 �pouse la princesse Mary of Teck (1867-1953) : celle-ci, dot�e d�autant de tact que de dignit�, saura remarquablement jouer son r�le de souveraine aux c�t�s de son mari, et le couple royal donnera toujours l�image d�un m�nage uni et heureux. Du mariage naissent six enfants, dont deux r�gneront.</p><p>Apr�s l�av�nement d��douard VII</p><p>en 1901, le duc d�York re�oit le titre de prince de Galles (9 nov.) et commence � remplir diverses fonctions de repr�-</p><p>sentation et de c�r�monie, en particulier � l��tranger et � travers l�empire.</p><p>Devenu roi en 1910, George V marque son r�gne d�une double s�rie de succ�s : par son comportement politique et son style personnel.</p><p>Sur le plan des affaires de l��tat, le roi, loin d�avoir � se cantonner dans des fonctions de pure routine, doit faire face � une suite de situations difficiles, en particulier lors de quatre crises qui mettent en jeu le r�le constitutionnel du souverain et qui toutes impliquent des choix d�licats. � chaque fois il r�ussit � gagner par son attitude l�approbation du monde politique. Cela commence le jour de son accession au tr�ne (6 mai 1910), car on est alors en pleine bataille � propos des pouvoirs de la Chambre des lords. Sagement, le roi soutient la position prise par son gouvernement et, en utilisant la menace de cr�er, si besoin est, une �norme four-</p><p>n�e de pairs, il contribue � faire passer la r�forme constitutionnelle du Parlia-ment Act en 1911.</p><p>Dans l��pineuse question d�Irlande, � deux reprises en 1914 (Home Rule, vot� par les Communes en mai) et</p><p>surtout en 1921 (naissance de l��tat libre d�Irlande), George V exerce une influence mod�ratrice qui pr�pare les voies d�un r�glement pacifique.</p><p>Le troisi�me �pisode se situe apr�s les �lections l�gislatives de 1923 : aucun des partis ne disposant d�une majorit� aux Communes, la situation politique est sans pr�c�dent. Malgr� son peu de go�t pour les � rouges �</p><p>et pour le socialisme, jug� r�volutionnaire et subversif, du Labour, le roi fait appel en janvier 1924 � James Ramsay MacDonald (1866-1937), qui forme ainsi le premier gouvernement travailliste*.</p><p>Enfin, lors de la crise �conomique et financi�re de 1931, le roi pousse � la formation d�un gouvernement � national � de coalition associant les trois partis, et si � cette occasion son action est critiqu�e par les travaillistes, on ne saurait dire qu�elle a exc�d� ses pouvoirs constitutionnels.</p><p>Sur le plan personnel, George V</p><p>introduit un style fort diff�rent de celui de ses pr�d�cesseurs, qu�il s�agisse de la reine Victoria ou d��douard VII. La royaut� prend une allure plus simple, plus familiale. � bien des �gards, le roi fait figure de gentilhomme campagnard, tout droit sorti de la vieille Angleterre aristocratique, avec ses pr�jug�s, ses inclinations fortement conservatrices, sa crainte de la nouveaut�, sa m�fiance de l��tranger, son f�tichisme pour tout ce qui est anglais.</p><p>Mais en m�me temps il partage avec ses sujets bien d�autres traits qui font que ceux-ci se reconnaissent pleinement dans leur souverain : le r�alisme, un solide bon sens fr�lant parfois le terre � terre, l�esprit pratique, l�amour de la r�gle, l�horreur de tout ce qui est pr�tentieux ou hors de l�ordinaire, la d�votion pour le sport. Si l�on ajoute � ce temp�rament conformiste un sens prononc� de la vie de famille et un moralisme strict, on peut en conclure que</p><p>le personnage priv� et le personnage public se rejoignent pour proposer aux Britanniques, en une �poque troubl�e, un mod�le royal paternel et rassurant, parfaitement adapt� � une p�riode o� la petite bourgeoisie prend une importance croissante dans la vie du pays.</p><p>D�ailleurs, en 1935, le � jubil� d�argent � qui c�l�bre vingt-cinq ans de r�gne atteste de l�immense popularit� de la monarchie et de la famille royale, quelques mois seulement avant la mort de George V (Sandringham, Norfolk, 20 janv. 1936).</p><p>�douard VIII</p><p>Fils a�n� de George V, Edward Albert Christian George Andrew Patrick</p><p>David (n� � Richmond en 1894) re-</p><p>�oit le titre de prince de Galles en 1911. Pendant la Premi�re Guerre mondiale, il sert comme officier dans les grenadiers de la Garde, et par la suite il joue volontiers le r�le de repr�sentant de la g�n�ration des anciens combattants. Jusqu�� la mort de George V, toutes les chances semblent r�unies en sa faveur. C�est un prince agr�able, s�duisant, dynamique, moderne, qui a beaucoup voyag� et s�int�resse aux questions les plus vari�es, depuis les probl�mes sociaux jusqu�aux sports et � la mode. Il jouit d�une grande popularit� dans l�opinion, et la presse, constamment louangeuse � son �gard, suit le moindre de ses gestes. On escompte que le jour o� il montera sur le tr�ne il donnera une nouvelle image � la royaut� : celle d�un monarque jeune, d�contract�, ouvert, mais aussi comp�-</p><p>tent que souriant.</p><p>Pourtant, aucune de ces pr�visions ne se r�alise, et le r�gne inaugur� le 20 janvier 1936 tourne en quelques mois � la catastrophe. C�est que le roi, encore c�libataire � quarante et un ans, fait conna�tre son intention de se marier avec Mrs. Wallis Simpson, une femme intelligente et spirituelle, mais qui a le triple inconv�nient d��tre am�-</p><p>ricaine, roturi�re et surtout divorc�e.</p><p>Envisager un tel mariage relevait de la part d��douard VIII d�une grave erreur d�appr�ciation politique, car c��tait en-freindre l�une des r�gles cardinales de la monarchie anglaise, celle qui consistait � faire du souverain le mod�le et le</p><p>garant � au moins dans les apparences</p><p>� des principes moraux et religieux reconnus par l�opinion. On aurait pu fermer les yeux sur une liaison ; un mariage avec une divorc�e appara�t impensable.</p><p>C�est pourquoi le Premier ministre, Stanley Baldwin (1867-1947), bient�t appuy� par les porte-parole de l�Esta-blishment, notamment par l�archev�que de Canterbury, Cosmo Gordon Lang</p><p>(1864-1945), met en demeure le roi de choisir entre le mariage et l�abdication.</p><p>Comprenant qu�il ne peut �chapper � ce dilemme, contrairement � ce qu�il avait esp�r� � l�origine, �douard VIII choisit d��pouser Mrs. Simpson. Le soir m�me de l�abdication, il explique � ses sujets dans une derni�re d�claration � la radio qu�il lui est impossible d�accomplir sa mission royale � sans l�aide et le soutien de la femme que j�aime � (11 d�c.</p><p>1936). Il quitte alors l�Angleterre et, portant d�sormais le titre de duc de Windsor (Mrs. Simpson, qu�il �pouse en juin 1937, devient la duchesse de Windsor), il va s�installer en France, o� il passe le reste de son existence, sauf durant la p�riode 1940-1945, o� il est gouverneur des �les Bahamas. Il meurt � Paris en 1972.</p><p>George VI</p><p>Par bien des c�t�s, on peut tracer un parall�le entre la destin�e de George VI et celle de George V : tous deux ont �t� appel�s au tr�ne alors qu�au d�part leur position de cadet semblait les en exclure ; tous deux ont re�u une �ducation de marin et ont commenc� leur carri�re sur mer ; tous deux ont eu, � peine couronn�s, � affronter de grandes crises et � conduire leur pays dans une guerre mondiale ; tous deux enfin avaient le m�me temp�rament, partageaient les m�mes go�ts et �taient pareillement attach�s � la vie de famille.</p><p>Le prince Albert Frederick Arthur George, second fils de George V, est n� le 14 d�cembre 1895 � Sandringham.</p><p>Apr�s une enfance heureuse, il est envoy� � l��cole navale de Dartmouth, devient officier de marine, assiste en 1916 � la bataille du Jutland, puis sert dans l�a�ronavale. Nomm� duc d�York en 1920, il �pouse le 26 avril 1923</p><p>Lady Elizabeth Bowes-Lyon, fille du 14e comte de Strathmore : celle-ci jouera un r�le tr�s important � ses c�t�s, notamment en contribuant � lui donner confiance en soi.</p><p>En effet, George VI, tr�s conscient de ses limites, est d�un naturel anxieux ; � force de volont�, il parvient � surmonter le b�gaiement dont il est affect�, mais la tension que lui imposent les devoirs de sa charge contribuera � miner sa sant� et explique pour une part sa mort pr�matur�e. Acc�dant au tr�ne en d�cembre 1936 dans des circonstances dramatiques et inattendues, il remplit ses fonctions avec autant de diligence que de minutie, sans pour autant renoncer � sa simplicit� de mani�res. En 1937, il effectue avec la reine une visite en France pour renforcer l�� Entente cordiale � ; en 1939, il se rend aux �tats-Unis en vue de gagner les sympathies am�ricaines. De 1939 � 1945, le roi multiplie les inspections d�unit�s combattantes et d�usines de munitions ; � de nombreuses reprises, il visite les quartiers d�truits par les bombardements � Londres et dans d�autres villes. Dans son r�le politique, il fait preuve d�une grande discr�tion.</p><p>En 1947, il est le premier Windsor � cesser de porter le titre d�empereur des Indes. Vers 1950, sa sant� commence � d�cliner et il meurt subitement � Sandringham le 6 f�vrier 1952.</p><p>�lisabeth II</p><p>Fille a�n�e de George VI, la princesse Elizabeth Alexandra Mary, n�e �</p><p>Londres le 21 avril 1926, est devenue l�h�riti�re de la couronne en 1936. Son �ducation a �t� enti�rement priv�e, mais en 1945 elle a servi quelque temps dans l�arm�e auxiliaire.</p><p>Tr�s t�t, avec sa soeur Margaret, elle capte la sympathie populaire (les mass downloadModeText.vue.download 509 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11720</p><p>media rapportent avec attendrissement les faits et gestes de celles qu�on appelle alors � les petites princesses �).</p><p>Le 20 novembre 1947, elle �pouse Phi-</p><p>lip Mountbatten (le prince Philippe de Gr�ce), un officier de marine � l�esprit ouvert et au temp�rament dynamique, qui est cr�� duc d��dimbourg. Du mariage sont n�s quatre enfants : Charles (1948), prince de Galles depuis juillet 1969 ; Anne (1950), mari�e en 1973 � un roturier, le capitaine Mark Philips ; Andrex (1960) et Edward (1964).</p><p>Devenue reine le 6 f�vrier 1952,</p><p>couronn�e le 2 juin 1953, �lisabeth II, tout en se distinguant des deux grandes figures f�minines qui l�ont pr�c�d�e sur le tr�ne � �lisabeth Ire* et Victoria* � et en se cantonnant dans le r�le purement repr�sentatif, a su par sa jeunesse, sa dignit� et la conscience de ses fonctions non seulement maintenir, mais accro�tre le prestige de la royaut� et l�attachement � la famille royale en Angleterre et dans tout le Commonwealth.</p><p>F. B.</p><p>F Grande-Bretagne / Hanovre (dynastie de).</p><p>&amp; J. F. Gore, King George V : a Personal Memoir (Londres, 1941 ; nouv. �d., 1949). / Duc de Windsor, A King�s Story (Londres, 1951 ; trad. fr. Histoire d�un roi, les m�moires du duc de Windsor, Amiot-Dumont, 1952) ; The Crown and the People, 1902-1953 (Londres, 1953). /</p><p>H. G. Nicolson, King George the Fith, his Life and Reign (Londres, 1952). / J. W. Bennett, King George VI, his Life and Reign (Londres, 1958). /</p><p>J. P. Hennessy, Queen Mary (Londres, 1959). /</p><p>R. T. B. Fulford, Hanover to Windsor (Londres, 1960). / F. Hardie, The Political Influence of the British Monarchy, 1868-1952 (Londres, 1970). /</p><p>D. Judd, The House of Windsor (Londres, 1973) ; The Life and Times of George V (Londres, 1973).</p><p>/ K. Middlemas, The Life and Times of George VI (Londres, 1974). / F. Donaldson, Edward VIII (Londres, 1974). / E. Longford, The Royal House of Windsor (Londres, 1974).</p><p>Winnipeg</p><p>Quatri�me agglom�ration du Canada, capitale du Manitoba*.</p><p>Winnipeg est situ�e � l�extr�mit� orientale des Prairies, � l�or�e de la for�t bor�ale qui, occupant le Bouclier canadien au nord des Grands Lacs, s�pare les plaines de l�Ouest de l�Ontario m�ridional et de la vall�e du Saint-Laurent. Elle est �galement situ�e � la</p><p>confluence de la rivi�re Rouge (Red River) et de ses tributaires, la Seine et surtout l�Assiniboine, c�est-�-dire � un carrefour de voies navigables qui, associ�es � des portages, m�nent vers la baie d�Hudson (par le lac Winnipeg et la rivi�re Haynes), vers le Mississippi (par la rivi�re Minnesota) et vers les Grands Lacs (par le lac et la rivi�re Winnipeg, le lac des Bois et le lac � la Pluie).</p><p>La V�rendrye reconnut l�importance de ce carrefour, pr�s duquel il �tablit le Fort Rouge (1738). Cet emplacement fut ensuite fr�quent� par les � voyageurs � et � hommes de canot � (d�origine fran�aise ou d�origine m�tisse) qui acheminaient les fourrures vers la baie d�Hudson et le lac Sup�rieur.</p><p>Un peuplement s�dentaire s��tait</p><p>aussi fix� dans la vall�e de la rivi�re Rouge, celui de la Nation m�tisse (franco-indienne), � l�amont de la ville actuelle, et la colonie �cossaise de lord Selkirk � l�aval : c�est l� l�origine de la province du Manitoba, dont Winnipeg devint la capitale.</p><p>Ce ne fut qu�un village jusqu�� l�arriv�e de la ligne du Canadian Pacific Railway (CPR) en 1881. Le transit des immigrants originaires du Qu�bec et d�Ontario, des �tats-Unis et d�Europe, le r�le de Gateway to the West (� porte de l�Ouest �), de place de commerce et de services pour les Prairies, enfin la sp�culation firent passer l�effectif de la population de moins de 2 000 en 1870</p><p>et environ 8 000 en 1880 � 24 000 en 1882.</p><p>� partir de cette date, la croissance de la ville se fit par �-coups. C�est au cours de la p�riode 1900-1913 que Winnipeg progressa le plus rapidement et acquit ses principales fonctions. Elle devint le centre de collecte et d�exp�-</p><p>dition du bl� vers les ports de l�Est, en m�me temps que le point de passage oblig� non seulement des immigrants � destination des Prairies, mais aussi du commerce des biens d��quipement agricole (outillage, machines, chevaux de trait) demand�s par les colons. Les chemins de fer lanc�s au cours du peuplement des Prairies et du d�veloppement de la c�r�aliculture convergeaient</p><p>sur Winnipeg, dont les premi�res industries furent l�entretien du mat�riel ferroviaire et la minoterie. C�est l� aussi que se fix�rent les �tablissements de cr�dit n�cessaires � la colonisation et au commerce.</p><p>Malgr� une phase d�expansion entre 1950 et 1960, le rythme de croissance a diminu� depuis la guerre, car Winnipeg a perdu le monopole des fonctions industrielles, commerciales, financi�res et administratives, pour une part au profit de Regina et de Saskatoon, si-tu�es au centre de la zone agricole des Prairies, mais surtout au profit de Cal-gary et d�Edmonton, qui connaissent une expansion d�mographique et �conomique extraordinaire.</p><p>La cit� proprement dite ne compte que 250 000 habitants ; mais, incorporant une couronne de satellites qui comprend notamment Saint James-As-siniboia (71 500 hab.), Saint Boniface (47 000 hab.), Saint Vital (33 000 hab.) et East Kildonan (30 000 hab.), l�aire m�tropolitaine rassemble 534 700 habitants, soit 54 p. 100 de la population de la province.</p><p>Les activit�s li�es aux transports tiennent une place pr��minente. Les ateliers et gares de triage des chemins de fer occupent des secteurs �tendus : le triage du CPR a 5 km de longueur ; la ville de Transcona (20 000 hab.) a �t� construite pour loger le personnel des ateliers du CNR (Canadian National Railway).</p><p>Les industries (28 000 emplois ;</p><p>370 M de dollars canadiens de valeur ajout�e dans une production valant un milliard) comprennent, outre la construction et la r�paration du mat�-</p><p>riel ferroviaire, l�alimentation (abattoirs, minoteries), la construction a�ronautique, le raffinage du p�trole (Shell et Esso), la confection (introduite par les immigrants juifs), l�impression-�dition. Les entreprises tendent � se grouper dans des parcs industriels (Inkster au nord, Fort Garry au sud).</p><p>La ville est divis�e en damiers h�-</p><p>rit�s de l�ancien cadastre de � lots de rivi�re �, recoup�s par Portage Avenue et Main Street, qui suivent de vieilles pistes. Le centre des affaires</p><p>est situ� pr�s de leur rencontre et de la confluence. Le North End abrite les immigrants r�cents et les minorit�s ethniques (elles constituaient le tiers de la population vers 1955). Les classes ais�es et moyennes r�sident au sud de l�Assiniboine et dans les quartiers de l�ouest. Saint Boniface est � la fois le quartier francophone et celui des industries lourdes et incommodantes.</p><p>P. B.</p><p>F Manitoba.</p><p>Wisconsin</p><p>�tat am�ricain situ� � l�ouest du lac Michigan; 145 438 km 2 ; 4 569 000 hab.</p><p>Capit. Madison.</p><p>Le nord du Wisconsin, qui appartient au Bouclier canadien (roches m�tamor-phiques pr�cambriennes), poss�de un relief de bosses et de cuvettes accus� par l��rosion glaciaire, tandis que le sud, qui fait partie des plaines centrales s�dimentaires, est couvert de moraines, sauf au centre (Driftless Area).</p><p>Le climat se caract�rise par des hivers rigoureux (� 6,5 �C de moyenne et � 10,5 �C de minimum moyen en</p><p>janvier � Milwaukee), des �t�s temp�-</p><p>r�s (20,5 �C en juillet � Milwaukee) et des pr�cipitations mod�r�es (750 mm) � maximum d��t�. Les hivers sont</p><p>beaucoup plus froids, et les �t�s plus courts dans le nord. Aussi, le nord, originellement couvert par la for�t de conif�res, est-il encore garni par une for�t secondaire mixte (r�sultant de l�exploitation), tandis que la for�t de feuillus du sud a �t� d�frich�e. Dans le sud, les sols sont moins podzolis�s que dans le nord et, souvent, � condition d��tre drain�s, plus propices aux labours et aux prairies.</p><p>De 1630 � 1760, le territoire actuel de l��tat constitua une des pi�ces ma�-</p><p>tresses de l�empire fran�ais d�Am�-</p><p>rique pour les liaisons entre les Grands Lacs et le Mississippi (d�o� la toponymie fran�aise de nombreux lacs, cours d�eau, baies et portages). Le peuplement v�ritable ne commen�a qu�apr�s la guerre de 1812 et plus encore apr�s l�accession au rang d��tat en 1848. La seconde moiti� du XIXe s. fut marqu�e</p><p>par une immigration massive d�Am�-</p><p>ricains de l�Est, d�Allemands (surtout), de Polonais et de Scandinaves.</p><p>Le Wisconsin fait partie du Dairy Belt, ou zone laiti�re du nord et du nord-est des �tats-Unis. Les r�coltes de foin, d�avoine, de ma�s et de soja (qui couvrent pr�s de la moiti� des 8 M</p><p>d�hectares exploit�s) sont destin�es � l�alimentation d�un troupeau de vaches laiti�res (premier rang aux �tats-Unis avec 1 800 000 t�tes) et de porcs, la vente des produits de l��levage (bovins, porcs, lait) l�emportant largement sur celle des produits v�g�taux (1 420 M de dollars contre 245 M). On compte 112 000 exploitations (187 000</p><p>en 1940), dont la taille moyenne est de 72 ha.</p><p>L�industrie extractive (88 M de dollars) se limite � des mines de zinc, de fer (dans la zone ferrif�re Minnesota-Michigan) et � des carri�res. La for�t</p><p>� dont l�exploitation, excessive, fut la principale ressource de l��tat vers 1890-1900 � s�est progressivement reconstitu�e et alimente des scieries, des papeteries et des fabriques de meubles.</p><p>L�industrie, qui fournit 31 p. 100 des emplois (528 000 sur 1 700 000), produit des biens valant 21 milliards de dollars (dont 9 de valeur ajout�e). La construction m�canique (110 000 emplois ; septi�me rang pour la valeur ajout�e : 1,6 milliard de dollars) tient downloadModeText.vue.download 510 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11721</p><p>la premi�re place dans l��tat ; il s�agit de la fabrication de machines-outils, de machines agricoles, de moteurs et de pi�ces d�auto ; la construction automobile conna�t, depuis la crise de l��nergie, une expansion remarquable avec l�assemblage des petites voitures (� Kenosha, l�American Motors Corporation emploie 12 000 personnes).</p><p>Jadis en t�te, les industries alimentaires 58 000 emplois ; 880 M de dollars de valeur ajout�e) comprennent surtout celles qui d�rivent de l��levage (laiteries, beurreries, fromageries, le Wisconsin �tant le principal producteur de fromage), les brasseries et les conserveries de fruits et l�gumes. Le Wisconsin est au premier rang pour la fabrication du papier et de ses d�riv�s (38 000 emplois ; 607 M de valeur ajout�e), quoique la production de bois soit d�pass�e par celle d�autres �tats.</p><p>Le d�veloppement de l�industrie</p><p>et, par cons�quent, celui du secteur tertiaire ont stimul� l�expansion des villes : 66 p. 100 de la population sont class�s comme urbains. La principale agglom�ration est celle de Milwaukee (1 425 000 hab., dont 900 000 pour la ville m�me, qui rassemble toute la population noire, soit 140 000 personnes). C�est un centre industriel qui occupe le douzi�me rang aux</p><p>�tats-Unis pour le nombre d�emplois (220 000, 34,5 p. 100 de la population active) et la valeur ajout�e (3,5 milliards). Capitale de la brasserie am�ricaine, Milwaukee est aussi le principal centre de la construction m�canique de l��tat. Le port (5 Mt aux entr�es et 2 Mt aux sorties) exp�die des c�r�ales, du soja, des produits du bois et des machines ; il sert souvent de port de d�gagement pour celui de Chicago.</p><p>Madison, la capitale, est un petit centre urbain (173 000 hab., 290 000 avec la banlieue) ; sans industrie, ne poss�-</p><p>dant que des fonctions administratives (37 p. 100 des emplois) et universitaires, c�est une des � villes blanches �</p><p>de la r�gion des Grands Lacs. Racine (95 000 hab.) et Kenosha (79 000) font partie de la grande banlieue de Chicago et du Lake Michigan Corridor. Supe-rior, qui ne compte que 32 000 hab., est un port annexe de Duluth ; il exp�-</p><p>die du minerai de fer et des c�r�ales et poss�de des industries importantes (raffinage du p�trole, constructions navales).</p><p>P. B.</p><p>Wisigoths</p><p>Ancien peuple germanique appartenant au groupe des Goths. (On �crit aussi VISIGOTHS ou VISIGOTS.)</p><p>Les origines</p><p>� Goths sages � ou plut�t � Goths de l�Ouest �, les Wisigoths, �tablis entre le bas Dniepr et le Danube, constituent au IIIe s. l�un des deux �tats issus de la partition du peuple goth.</p><p>Ils atteignent la Thrace lors d�un raid en 238, occupent la Dacie en 271 et �tendent leur domination jusqu�en Pannonie. En 332, ils sont vaincus par les Romains, avec lesquels ils concluent un foedus qui favorise l�arianisme pr�-</p><p>ch� par Ulfilas au milieu du IVe s.</p><p>Ulfilas, Ulfila ou Wulfila,</p><p>ap�tre des Goths</p><p>Wisigoth d�ascendance anatolienne (n� v. 311) converti � l�arianisme (v. Arius), consacr� �v�que en 341 par Eus�be de Nicom�die, il devient l�ap�tre des Goths au nord du Danube. D�une intelligence exceptionnelle, il invente un alphabet inspir� du grec et traduit la Bible en gotique, qui, devenu une langue litt�raire, ne dispara�tra qu�� la fin du VIe s. Il convertit ainsi des petites gens, mais non les chefs de son peuple, qui d�clenchent des pers�cutions</p><p>en 348 puis en 369. Il se r�fugie alors � Constantinople, o� il meurt en exil, sans doute en 383.</p><p>L��tablissement des</p><p>Wisigoths dans l�Empire</p><p>Le s�jour dans les Balkans</p><p>Les Huns contraignent une partie des Wisigoths et leur chef, le � juge �</p><p>Athalaric, � s��tablir dans les Carpates et en Moldavie sous leur protectorat.</p><p>Mais la majorit� des Wisigoths, sous l�autorit� de Fritigern, demande asile en 376 aux Romains. Cantonn�s en</p><p>Thrace, exploit�s par leurs n�gociants, ils se r�voltent en 377 et tuent l�empereur Valens � Andrinople le 9 ao�t 378. Th�odose Ier les repousse sous les murs de Constantinople ; � la fin de 382, ils sont �tablis comme f�d�r�s en M�sie, o� ils se reconvertissent en masse � l�arianisme.</p><p>Le foedus, renouvel� en 392 par</p><p>Stilicon et Alaric Ier*, est rompu � la mort de Th�odose Ier. Pillant la Gr�ce (395-397), Alaric Ier, roi des Wisigoths (396-410), se fait c�der l��pire et est nomm� ma�tre de la milice de l�Illyricum. Cependant, il d�cide en 401 de transporter son peuple en Italie.</p><p>� travers l�Italie</p><p>Rejetant Honorius dans Ravenne, mais vaincu � Pollentia (Pollenza) le 6 avril 402, Alaric Ier est expuls� d�Italie en 403 par Stilicon. La mort de ce dernier entra�ne le retour du Wisigoth.</p><p>Apr�s un premier retrait monnay� en d�cembre 408, Alaric impose � Rome pour empereur Attale (Priscus Attalus) en 409 avant de s�emparer de cette ville le 24 ao�t 410 et de la mettre � sac pendant trois jours.</p><p>Ne pouvant s��tablir en Afrique</p><p>faute de navires, priv�s de leur souverain mort brutalement � Cosenza � la fin de 410, les Wisigoths, regroup�s sous l�autorit� de son beau-fr�re Athaulf (410-415), franchissent le col du Montgen�vre au printemps de 412.</p><p>L��tablissement en Gaule</p><p>Athaulf, qui �limine en 413 l�usurpa-</p><p>teur Jovin contre un cantonnement et du bl�, conquiert en fait l�Aquitaine pour son propre compte ; en janvier 414, il �pouse Galla Placidia, la fille de Th�odose Ier captur�e � Rome en 410.</p><p>Il �tablit � Bordeaux un embryon de gouvernement compos� d�aristocrates aquitains, dont Paulin de Pella. Victime du blocus de la c�te m�diterran�enne par la flotte imp�riale, il recherche en Espagne du ravitaillement, mais il est assassin� � Barcelone en ao�t 415, sans doute par des Wisigoths qui refusent de renoncer � leur errance traditionnelle et confient leurs destin�es � des usurpateurs, Sig�ric (415), puis Wallia (415-418).</p><p>Ce dernier, n�ayant pu passer en</p><p>Afrique, se met au service d�Honorius.</p><p>En son nom, il nettoie l�Espagne des Alains, des Vandales et des Su�ves qui la d�vastent ; enfin, par le foedus de 418, le patrice Constantius lui accorde le r�gime de l�hospitalit� dans le sud-ouest de la Gaule : ainsi se trouve fond� le premier royaume germanique en terre romaine.</p><p>Le royaume wisigoth</p><p>au Ve s.</p><p>D�pourvu de toute fa�ade m�diterra-n�enne (la Narbonnaise Ire redevenant romaine) et traditionnellement appel�</p><p>� royaume de Toulouse � quoique</p><p>sa capitale oscille entre cette ville et Bordeaux, l��tat wisigoth est de nouveau gouvern� � partir de 418 par un descendant d�Alaric Ier, Th�odoric Ier (418-451). Le nouveau souverain cantonne son peuple chez les grands propri�taires gallo-romains et maintient en place l�administration imp�riale. Avec son fils Thorismond, il combat Attila*</p><p>aux c�t�s d�Aetius lors de la bataille dite � des champs Catalauniques �</p><p>(451). Apr�s le bref r�gne de son fils a�n� Thorismond (451-453), les deux fils cadets de Th�odoric Ier acc�dent au tr�ne, chacun au prix d�un fratricide.</p><p>Devenu le prince le plus puissant d�Occident, le premier d�entre eux, Th�odoric II (453-466), veut imposer � Rome son candidat : Avitus (455-56), beaup�re de Sidoine Apollinaire. Il �choue du fait de l�intervention de Majorien, mais obtient en compensation de Ri-cimer la cession de Narbonne (462).</p><p>Ayant repris d�s 456 la lutte contre les Su�ves et contre les bagaudes en Espagne, il laisse � son assassin, c�est-</p><p>�-dire � son fr�re Euric (466-484), la charge de conqu�rir � partir de 468-69 la Lusitanie et les Asturies, rejetant les Su�ves dans le nord-ouest de l�Espagne. Vainqueur de l�empereur Anth�mios � D�ols, en Berry, il occupe vers 470-71 Arles, la Narbonnaise, le Rouergue, le G�vaudan, le Quercy, le Limousin ; en 474-75 l�Auvergne et en 476 la Provence au sud de la Durance. Ainsi s�accro�t la coh�sion du royaume, qui s��tend d�s lors de la Loire � Gibraltar et de l�Atlantique aux Alpes du Sud.</p><p>Euric, qui impose peut-�tre un tribut aux Burgondes, �carte les Saxons des c�tes de l�Atlantique, n�gocie avec les Ostrogoths et m�me avec le roi de Perse et fait reconna�tre ses conqu�tes par Flavius Julius N�pos en 475 pour l�Auvergne et par Odoacre et Z�non en 476 pour la Tarraconaise. Il nomme comtes et ducs indiff�remment parmi les Romains et les Goths, dont il fait mettre les coutumes par �crit vers 470-480 (Code d�Euric), et se rallie les cadres gallo-romains et m�me Sidoine Apollinaire malgr� la pers�cution entam�e au nom de l�arianisme, recrutant m�me en leur sein le ministre L�on, le gouverneur d�Auvergne Victorius. Par contre, Euric n�obtient pas l�appui de ses sujets catholiques, qui renoncent � soutenir son fils Alaric II (484-507).</p><p>Celui-ci tente de se les concilier en autorisant la tenue du concile d�Agde en 506 et en promulgant � leur intention le Br�viaire d�Alaric. En vain.</p><p>Abandonn� par ses sujets romains, il est vaincu et tu� � Vouill� en 507 par Clovis. Les Wisigoths se replient d�s lors en Espagne et ne conservent en downloadModeText.vue.download 511 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11722</p><p>Gaule que la Septimanie, qui assure leur liaison territoriale avec l�Italie os-trogothique de Th�odoric Ier* l�Amale.</p><p>Celui-ci en chasse d�ailleurs les Francs avant d��carter du tr�ne Gesaleic (507-510), le fils b�tard d�Alaric II, auquel il substitue le petit-fils du d�funt et le</p><p>sien propre : Amalaric (510-531), qui r�gne d�sormais � Narbonne sous la r�gence du patrice Liberius et de l�Ostrogoth Theudis. Vaincu par le roi des Francs, Childebert Ier, qui s�empare de Narbonne, le dernier des Balthes est assassin� en 531.</p><p>La fin du royaume arien</p><p>(531-589)</p><p>L�hispanisation du royaume</p><p>Le royaume, devenu purement espa-</p><p>gnol � la suite de l��migration des Wisigoths en Vieille-Castille � partir de 511, renonce, d�s la mort de Th�odoric Ier en 526, au r�gime dualiste que celui-ci a voulu lui imposer. Un Ostrogoth succ�de pourtant � Amalaric : l�ancien r�gent Theudis (531-548). Ce dernier transf�re la capitale � Barcelone et s�efforce surtout de se concilier les Romains en autorisant la tenue de conciles catholiques. Il repousse une invasion franque devant Saragosse en 541, emp�che les Byzantins de franchir le d�troit de Gibraltar et occupe m�me Septem Fratres (Ceuta) sur la c�te africaine. Mais il meurt assassin� comme il arrivera � ses deux premiers successeurs : Th�odis�le ou Theu-dig�sile (548-49) � S�ville et Agila (549-554) � M�rida, o� il a transf�r� sa capitale pour imposer le respect de l�autorit� royale aux Hispano-Romains catholiques de B�tique. Exploitant � partir de 550 le m�contentement de ses compatriotes, c�dant le sud-est de la p�ninsule aux Byzantins pour prix de leur appui, un noble Athanagild bat et tue Agila en 554. Devenu roi (554-567), il fixe d�finitivement sa capitale � Tol�de � la limite m�ridionale de la zone de colonisation wisigothique (auj.</p><p>Vieille-Castille) et il la met � l�abri des incursions franques en mariant ses filles Brunehaut et Galswinthe au roi d�Austrasie, Sigebert Ier, et au roi de Neustrie, Chilp�ric Ier.</p><p>Les probl�mes de l�Espagne</p><p>wisigothique au VIe s.</p><p>La faiblesse num�rique des Wisigoths, la longue survivance de la culture romaine dans les milieux hispano-romains, le renforcement de l��glise catholique, qui, gr�ce � l�action de saint Martin de Braga (entre 510 et 520 -</p><p>v. 580), convertit � sa foi, au milieu du VIe s., le peuple arien des Su�ves, la persistance dans le nord-ouest de la P�ninsule du priscillianisme malgr� les conciles de Braga de 563 et de 572, tous ces facteurs s�opposent � la fusion compl�te des diff�rents peuples habitant l�Espagne.</p><p>Apog�e et d�clin du</p><p>royaume wisigoth</p><p>Le renforcement de la monarchie</p><p>Le royaume est partag� � la mort</p><p>d�Athanagild entre ses deux fr�res Liuva Ier (567 ou 568-573) et L�ovigild (567 ou 568-586), qui re�oivent respectivement la Septimanie et l�Espagne. En 573, il est r�unifi�.</p><p>Reconnaissant sans doute l�autorit� th�orique de l�empereur d�Orient, soumettant en partie en 578 le pays des Vascons, o� il fonde Vitoria, annexant en 585 le royaume des Su�ves, auquel il s�est attaqu� d�s 569, L�ovigild se heurte � la r�volte de son fils, le duc de Tol�de, H�rm�n�gild, converti au catholicisme par sa femme Ingonthe et par l��v�que de S�ville, L�andre. Il ne parvient pas � rallier les �v�ques catholiques � l�arianisme lors du concile de Tol�de de 580, fait ex�cuter son fils en 585 et exile son �pouse, qui est la fille du roi Sigebert Ier, provoquant jusqu�en 589 une s�rie d�interventions franques.</p><p>La crise est inutile puisque l�autre fils de L�ovigild, Reccared Ier (586-601), se convertit en 589 au catholicisme au concile de Tol�de, qui introduit le filioque dans le Credo. Brisant les r�voltes des grands en 587, 588 et 589 ainsi que la courte r�action arienne de Witteric (603-609/610), l��glise triomphe. Avec Isidore de S�ville (v. 560-636), elle doit m�me mod�rer en 616 le z�le de Sisebut (612-621), premier pers�cuteur des juifs d�Espagne, inqui�t�s �galement par ses successeurs en 633, en 654 et en 681.</p><p>Surtout, l��glise domine d�s lors les souverains. Reccared Ier, puis son fils Liuva II (601-603) ne peuvent pas imposer le principe h�r�ditaire, pas plus que leurs successeurs, qui, en 633, 636, 639 et 653, sont �lus suivant le</p><p>syst�me de la monarchie �lective, que les grands et les �v�ques ont impos� au IVe concile de Tol�de. En 653, le VIIIe concile de Tol�de contraint Receswinthe (649-672) � laisser � l�Assembl�e des grands, clercs ou la�ques, le libre choix de son successeur : Wamba (672-680), le dernier grand souverain wisigoth.</p><p>Fusion et civilisation</p><p>Pr�par�e par la pratique du service militaire en commun et par celle des mariages mixtes d�s la fin du VIe s., acc�l�r�e par la conversion de Reccared Ier en 589, plus lente � r�aliser en mati�re fiscale, la fusion juridique avec les Hispano-Romains est consacr�e par l�interdiction du Br�viaire d�Alaric, auquel Receswinthe substitue le Forum judicum, ou Liber judiciorum (654).</p><p>D�s lors, les contacts multipli�s entre aristocrates hispano-romains et wisigoths, �galement impr�gn�s de culture antique, parach�vent la fusion, notamment sur le plan intellectuel, dont Tol�de et S�ville sont les principaux centres et les �v�ques de cette derni�re ville, les plus illustres repr�-</p><p>sentants : saint L�andre (� v. 601) et son fr�re Isidore (601-636). Ce dernier est l�auteur d�une Historia Gothorum et surtout des Etymologiae, encyclop�-</p><p>die des connaissances du temps qui fut l�ouvrage le plus lu au Moyen �ge ; il t�moigne de l�int�r�t port� par les chr�-</p><p>tiens du VIIe s. tant aux lettres profanes qu�aux lettres sacr�es ainsi que de leur esprit d�ouverture aux probl�mes de l�Orient, avec lequel ils semblent avoir maintenu des liens �conomiques et spirituels �troits. L��cole �piscopale de Tol�de, les monast�res du nord-ouest de la P�ninsule rattach�s aux traditions asc�tiques de l�Angleterre et de l�Irlande, sous l�influence de l�archev�que de Braga, Fructueux (� v. 665), les �glises de San Juan Bautista de Ba�os de Cerrato (661), de San Pedro de la Nave (pr�s de Zamora), de Quintanilla de las Vi�as au d�cor � motifs antiques et � personnages stylis�s illustrent cette culture tr�s vivante dans une r�gion qui �chappe au d�but du VIIIe s. � la mortelle invasion musulmane.</p><p>La fin du royaume wisigoth</p><p>Svinthila (621-631) chasse d�finitivement les Byzantins de l�Algarve en 629</p><p>et contraint les Vascons au tribut. Pourtant, il ne peut emp�cher ces peuples de continuer � s�agiter, de m�me que la Septimanie, qui se soul�ve une premi�re fois seule en 631 sous le r�gne de Sisenand (631-636), une seconde fois en 672 avec l�appui de la Tarraconaise contre le roi Wamba, qui reconquiert ces provinces ville par ville en 673.</p><p>Pour rem�dier � la fuite des hommes libres devant le service militaire, Wamba �tend au clerg� leurs obligations en 673. En fait, malgr� le succ�s de la fusion, il ne dispose que des seules forces gothiques, cavaliers et gardingos, li�s par un serment � sa personne et qu�il nourrit sans doute d�un b�n�fice viager dans le cadre d�un syst�me de subordination vassalique.</p><p>Cet ultime effort ne sauve pas la monarchie. Apr�s l�occupation de Tanger (683) et un premier raid musulman contre les c�tes d�Espagne, la volont� de Wittiza (702-710) d�assurer le tr�ne � son fils, Akhila, d�clenche, � sa mort en 710, une guerre civile qui oppose ce dernier, ma�tre de l�Espagne du Nord, � l��lu des Grands, le gouverneur de la B�tique : Rodrigue ou Rod�ric.</p><p>Peut-�tre appel�es par le premier de ces comp�titeurs, les forces berb�res de T&#x101;riq ibn Ziy&#x101;d d�barquent en 711, sur l�ordre du gouverneur du Maghreb, M&#x16B;s&#x101; ibn Nu&#x1E62;ayr. Victorieuses sur les rives du r�o Barbate (bataille dite</p><p>� du Guadalete �, 19-26 juill. 711), o� Rodrigue (710-11) trouve la mort, elles occupent peu apr�s Cordoue et toute la P�ninsule (sauf le Nord-Ouest) entre 712 et 714. La principaut� wisigothique de Murcie n�est assujettie que vers 713.</p><p>En fait, d�s 712, le peuple wisi-</p><p>goth dispara�t de l�histoire, an�anti par les musulmans ou absorb� par les Hispano-Romains.</p><p>P. T.</p><p>F Aquitaine / Attila / Clovis / Espagne / Francs /</p><p>Gaule / Huns / Italie / Ostrogoths / Rome / Th�odoric Ier / Vandales.</p><p>( M. Torres et coll., Espa�a visigoda, t. III de</p><p>Historia de Espa�a, sous la dir. de R. Men�ndez Pidal (Madrid, 1940). / F. Moss�, Manuel de la langue gotique (Aubier, 1942 ; 2e �d., 1956).</p><p>/ G. G. Miles, The Coinage of the Visigoths of Spain (New York, 1952). / R. M. de Abadal y Vinyals, Del reino de Tolosa al reino de Toledo (Madrid, 1960). / J. Puig i Cadafalch, l�Art wisigothique et ses survivances (De Nob�le, 1961).</p><p>/ M. Hirmer et P. de Palol, Spanien : Kunst des fr�hen Mittelalters vom Westgotenreich bis zum Ende der Romanik (Munich, 1965 ; trad.</p><p>fr. l�Art en Espagne, du royaume wisigoth � la fin de l��poque romane, Flammarion, 1967). /</p><p>L. Musset, les Invasions, t. I : les Vagues germaniques (P. U. F., coll. � Nouv. Clio �, 1965).</p><p>/ E. A. Thompson, The Visigoth in the Time of Ulfila (Oxford, 1966). / P. de Palol, Arte hisp�-</p><p>nico de la epoca visigoda (Barcelone, 1968). /</p><p>G. Fournier, l�Occident de la fin du Ve si�cle � la fin du IXe si�cle (A. Colin, coll. � U �, 1970). /</p><p>J. Fontaine, l�Art pr�roman hispanique, t. I : l�art pal�ochr�tien, l�art wisigothique, l�art asturien (Zodiaque, La Pierre-qui-vire, 1973).</p><p>L�art wisigothique</p><p>On r�serve l��pith�te de � wisigothique � � l�art d�velopp� dans le royaume de Tol�de � partir des r�gnes de L�ovigild (573-586) et de Reccared Ier (586-601), c�est-�-dire lorsque la p�ninsule Ib�rique eut r�alis� son unit� politique, juridique et religieuse.</p><p>Ses manifestations, d�une saisissante originalit�, appartiennent � tous les domaines de la cr�ation esth�tique.</p><p>L�architecture se caract�rise par l�usage du grand appareil avec des joints souvent tr�s fins, un dessin outrepass� (d�passant downloadModeText.vue.download 512 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11723</p><p>rarement le tiers du rayon) pour les arcs et des techniques assez constantes pour les supports et le vo�tement.</p><p>On observe dans le plan des �glises une faveur marqu�e pour le parti de la croix grecque. Trait� d�une mani�re rustique et massive � Santa Comba de Bande (pr�s</p><p>d�Orense), il sert de pr�texte � de d�licates recherches architecturales � S�o Frutuoso de Montelios (pr�s de Braga, au Portugal).</p><p>Le plan basilical, qui n�est pas abandonn� pour autant, appara�t renouvel� par les singularit�s qui caract�risent San Juan Bautista de Ba�os de Cerrato (non loin de Palencia), un ex-voto du roi Receswinthe (661). � la fin de la p�riode, les deux �glises de San Pedro de la Nave (pr�s de Zamora) et de Quintanilla de las Vi�as (aux environs de Burgos) combinent tr�s habilement les deux partis pr�c�dents, qui pourraient cependant sembler contradictoires.</p><p>La nouveaut� n�est pas moins grande dans le domaine de la sculpture. Celle-ci s�incorpore d�sormais � l�architecture, soit qu�elle en orne les �l�ments sensibles : colonnes, chapiteaux, tailloirs et impostes, soit qu�elle se d�ploie librement en frises � l�ext�rieur comme � l�int�rieur des �difices.</p><p>Elle conserve en outre son r�le traditionnel dans le d�cor du mobilier liturgique : supports d�autel et plaques de chancels. Un profond changement de style s�op�re avec le triomphe de la technique du m�plat et de la taille en biseau. Il va de pair avec un graphisme de plus en plus aigu, qui retire toute s�ve aux motifs floraux et impose une stylisation pouss�e aux rares repr�sen-</p><p>tations figur�es et histori�es (San Pedro de la Nave et Quintanilla de las Vi�as). Les pr�-</p><p>f�rences vont surtout � un d�cor abstrait et m�me g�om�trique (pilastres r�employ�s dans une citerne musulmane de M�rida, ou conserv�s au Mus�e arch�ologique provincial de Badajoz).</p><p>Les caract�res propres � l�architecture et � la sculpture monumentale wisigothiques r�sultent de l�interf�rence de courants d�origine diverse. On ne saurait nier l�ampleur des influences orientales transmises � travers Byzance et Ravenne, ou venues d�Afrique. Mais il faut aussi tenir compte des traditions locales indig�nes et hispano-romaines. Les apports germaniques demeurent faibles, m�me dans le domaine de l�orf�vrerie, o� ils sont cependant les plus perceptibles. Les somptueuses couronnes votives du tr�sor de Guarrazar (Mus�e arch�ologique national, Madrid) se r�clament autant de proc�d�s byzantins contemporains que de techniques wisigothiques anciennes.</p><p>M. D.</p><p>F Moyen �ge (art du haut).</p><p>Wittgenstein</p><p>(Ludwig)</p><p>Philosophe autrichien naturalis� britannique (Vienne 1889 - Cambridge 1951).</p><p>Sa vie</p><p>Issu d�une famille viennoise riche et cultiv�e, Ludwig Josef Johann Wittgenstein, apr�s des �tudes de math�-</p><p>matiques et de science appliqu�e</p><p>(m�canique) � Linz et � Berlin, quitte l�Autriche pour la Grande-Bretagne en 1908. � partir de 1912, il entreprend, sous la direction de B. Russell*, des recherches de math�matiques pures, de logique et de philosophie des math�-</p><p>matiques. Durant la Premi�re Guerre mondiale, il sert comme volontaire dans l�arm�e autrichienne. Ses r�-</p><p>flexions philosophiques se poursuivent n�anmoins activement pendant cette p�riode apparemment peu favorable et aboutissent � la r�daction d�un ouvrage, le Tractatus logico-philosophicus, qui sera achev� en ao�t 1918 et publi� en 1921. Entre-temps, Wittgenstein, qui d�cide d�abandonner la philosophie, pratique diff�rents m�tiers (instituteur, architecte, etc.) ; il revient � Cambridge en 1929 pour s�adonner de nouveau � la recherche philosophique. En 1939, il succ�de � George Edward Moore</p><p>(1873-1958) � la chaire de philosophie de Trinity College. Apr�s une nouvelle interruption due � la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il travaille comme portier puis comme gar�on de laboratoire dans un h�pital, il reprend ses cours � Cambridge en 1944. Mais il abandonne d�finitivement sa chaire en 1947. Comme il l�a d�j� fait fr�quemment auparavant, il se retire dans une solitude presque compl�te et vit ainsi en Irlande jusqu�en 1949. Les deux derni�res ann�es de sa vie sont mar-</p><p>qu�es par une activit� philosophique intense. L�ouvrage majeur de sa deuxi�me p�riode, dont la r�daction a �t� entreprise en 1936 (les Recherches philosophiques), sera publi� en 1953.</p><p>La philosophie du</p><p>� Tractatus �</p><p>Dans le Tractatus, Wittgenstein part de l�id�e que le langage reproduit ou reconstruit la r�alit� pour ainsi dire � la mani�re d�un tableau : la proposition est une sorte de repr�sentation picturale de ce qu�elle d�crit. La mani�re dont une image (Bild) en g�n�ral repr�-</p><p>sente son objet peut �tre caract�ris�e de la fa�on suivante : les �l�ments de l�image et ceux de l��tat de choses qu�elle repr�sente se correspondent deux � deux et � le fait que les �l�-</p><p>ments de l�image se rapportent les uns aux autres d�une mani�re d�termin�e repr�sente le fait que les choses se rapportent les unes aux autres de la m�me mani�re �. � premi�re vue, les propositions de la langue usuelle ne sont pas des � images � en ce sens-l�. Mais le langage doit pouvoir se d�composer en derni�re analyse en signes simples, que le Tractatus appelle des noms. La r�alit�, quant � elle, se d�compose en constituants �l�mentaires, qui portent dans le Tractatus le nom d�objets.</p><p>Dans la proposition �l�mentaire, les noms sont en correspondance biuni-voque avec des objets d�termin�s, et le fait que les noms soient dispos�s les uns par rapport aux autres comme ils le sont dans le signe linguistique indique que les objets concern�s sont dispos�s les uns par rapport aux autres d�une mani�re correspondante dans l��tat de choses �l�mentaire (Sachve-rhalt). Le langage et la r�alit� sont l�un par rapport � l�autre dans une sorte de relation projective. Celle-ci est �tablie directement dans le cas des propositions �l�mentaires par le fait que des noms sont coordonn�s aux objets. Elle s��tablit, dans le cas des propositions complexes, � travers les propositions �l�mentaires, auxquelles les premi�res doivent toujours pouvoir �tre r�duites compl�tement en derni�re analyse.</p><p>Bien entendu, nous ne savons pas � quoi peuvent ressembler dans les faits un nom et une proposition �l�mentaire.</p><p>Nous savons seulement qu�il doit en exister pour qu�un langage soit possible en g�n�ral. Wittgenstein consid�re que tout ce qui peut �tre dit en termes de propositions vraies ou fausses pourrait en principe �tre dit uniquement � l�aide de propositions �l�mentaires.</p><p>Entre l�image et ce qu�elle repr�-</p><p>sente, de quelque mani�re qu�elle le fasse, il doit exister un �l�ment commun essentiel, une certaine forme que Wittgenstein appelle la � forme de la reproduction �. Cette forme ne peut �tre repr�sent�e par une image, puisqu�elle est ce qui permet � une image en g�n�ral de repr�senter. En particulier, le langage ne peut repr�-</p><p>senter ce qu�il a en commun avec la r�alit� et qui lui permet de la reproduire comme il le fait. On ne peut exprimer dans une proposition ce qui permet � des propositions en g�n�ral de d�crire � correctement ou faussement � le monde ; car il faudrait pour cela pouvoir se situer en dehors des limites du langage et de la r�alit�. C�est l� l�origine de la distinction tranch�e que Wittgenstein �tablit, dans le Tractatus, entre ce que le langage peut dire ou exprimer et ce qu�il peut seulement montrer ou refl�ter : � La proposition ne peut repr�senter la forme logique, celle-ci se refl�te en elle. Ce qui se refl�te dans le langage, celui-ci ne peut le repr�senter. Ce qui s�exprime dans le langage, nous ne pouvons l�exprimer par lui. La proposition montre la forme logique de la r�alit�. Elle l�exhibe. �</p><p>Les probl�mes les plus fondamen-</p><p>taux de la philosophie exigeraient, pour pouvoir �tre r�solus, que l�on puisse dire quelque chose sur le monde pris comme totalit�, c�est-�-dire exprimer quelque chose qui, d�apr�s la th�orie du Tractatus, peut seulement �tre montr�. Ils ne peuvent donc pas �tre r�solus, mais seulement dispara�tre.</p><p>C�est le cas de tous les probl�mes qui ont trait au sens de la vie, � la mort, etc. Toute question ou bien peut �tre pos�e clairement et en principe r�solue, ou bien ne constitue pas r�ellement une question. La d�limitation correcte de l�univers du dicible est, selon Wittgenstein, le probl�me cardinal de la philosophie : la philosophie, �crit-il,</p><p>� signifiera l�indicible en repr�sentant</p><p>clairement le dicible �. Il s�ensuit que le r�sultat de l�activit� philosophique ne peut consister, comme on l�a cru souvent, en des propositions philosophiques qui viendraient s�ajouter aux propositions de la science. La philosophie n�est pas une doctrine, mais une activit�. Son but est la clarification des propositions, l��limination des �nonc�s d�nu�s de sens qui r�sultent du fait que nous ne comprenons pas la � logique de notre langage �. Cette conception de la philosophie sera reprise quelques an-n�es plus tard par le cercle de Vienne*.</p><p>La p�riode interm�diaire</p><p>(1929-1936)</p><p>La th�orie du langage et de la r�alit� expos�e dans le Tractatus appartient downloadModeText.vue.download 513 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11724</p><p>� une cat�gorie que l�on a d�sign�e sous le nom d�� atomisme logique �.</p><p>Au cours des ann�es qui ont suivi son retour � Cambridge, Wittgenstein a soumis � une critique s�v�re, puis finalement abandonn� � peu pr�s compl�-</p><p>tement, les postulats fondamentaux de l�atomisme logique. Il a �t� conduit � cette r�vision importante par la consid�ration des �nonc�s qui comportent une indication de degr�, par exemple ceux qui attribuent une certaine longueur ou une certaine nuance de couleur � un objet. Si l�on veut r�soudre le probl�me de l�incompatibilit� des couleurs ou des longueurs, il faut admettre que ce n�est pas une proposition prise individuellement, mais un syst�me tout entier de propositions qui est compar� avec la r�alit�. L�impossibilit� d�attribuer simultan�ment � un m�me objet deux d�terminations de couleur, de hauteur, de temp�rature, de longueur, etc., r�sulte tout simplement du fait que c�est le syst�me tout entier des d�terminations de couleur, de hauteur, de temp�rature, de longueur, etc., qui est appliqu� d�un coup sur la r�alit�, et qu�� une coordonn�e de la r�alit� ne peut �tre d�termin�e qu�une fois �.</p><p>Wittgenstein insiste particuli�rement � cette �poque sur le fait qu�un</p><p>mot ou une expression n�ont de sens que comme parties d�un syst�me ou d�un calcul. Un signe n�a de sens qu�en relation et en opposition avec d�autres signes dans un langage : la signification d�un mot est, dit Wittgenstein, son lieu ou sa place dans un syst�me gram-matical. C�est en ce sens que l�on peut dire que comprendre une phrase, c�est comprendre un langage. Et la ma�trise d�un langage est quelque chose qui ressemble d�assez pr�s � la ma�trise d�un calcul ou d�une technique.</p><p>Cependant, cette analogie elle-m�me n�est pas sans danger. Nous avons trop tendance � comparer le langage � un jeu qui ob�it � des r�gles formelles strictes, comme, par exemple, le jeu d��checs. Il s�en faut de beaucoup, en r�alit�, que ce mod�le s�duisant et tr�s utilis� permette de rendre compte du fonctionnement de notre langage dans son ensemble et de la notion de signification linguistique dans tous ses aspects. Si nous voulons comparer le langage � un jeu, nous ne devons pas oublier qu�il existe des esp�ces tr�s diff�rentes de jeux et que beaucoup d�entre eux n�ob�issent pas � des r�gles aussi explicites et aussi pr�cises que celles des �checs. C�est en partie pour cette raison que la notion de jeu de langage, qui commence � �tre utilis�e d�s le d�but des ann�es 30, supplantera progressivement, dans la philosophie de Wittgenstein, celles de syst�me ou de calcul, qui repr�sentent une conception encore trop unilat�rale.</p><p>Les � Recherches</p><p>philosophiques �</p><p>Les Recherches philosophiques ont �t� r�dig�es, la premi�re partie pendant la p�riode 1936-1945, la seconde entre 1947 et 1949. Wittgenstein estimait qu�elles ne pouvaient �tre comprises correctement que si l�on avait en vue � l�arri�re-plan le Tractatus. Elles constituent en fait, sur de nombreux points, une critique implicite ou explicite des th�ses qu�il avait d�velopp�es dans son ouvrage de jeunesse.</p><p>Ce qui est au centre des Recherches n�est plus, comme dans le Tractatus, la notion de langage en g�n�ral, mais celle, beaucoup plus restreinte et plus</p><p>concr�te, de jeu de langage. Le concept de jeu de langage sert notamment � mettre en �vidence deux points essentiels, qui avaient �t� presque compl�-</p><p>tement n�glig�s par le Tractatus : 1o le concept de langage est aussi diversifi� et aussi flou que le concept de jeu : il n�est pas possible d�indiquer une caract�ristique ou un ensemble de caract�ristiques qui appartiennent � toutes les choses que nous appelons des</p><p>� jeux � ou des � langages �, ni m�me � toutes celles que nous appelons des</p><p>� r�gles �, des � propositions �, etc. ; 2o le langage n�est pas seulement un moyen d�expression ou de description, mais une activit�, et l�activit� linguistique n�est pas s�parable des autres activit�s humaines. Par � jeu de langage �, Wittgenstein entend un complexe d�actions linguistiques et extralinguistiques qui ont lieu dans une situation et un contexte concrets relativement d�termin�s. Il n�est �videmment pas question de donner une d�finition pr�cise de cette notion ; car il existe une infinit� de jeux de langage r�els ou possibles.</p><p>Comme dans le Tractatus, les per-</p><p>plexit�s, les confusions et les erreurs des philosophes sont attribu�es essentiellement � une incompr�hension de la logique de notre langage. La philosophie demeure une technique de clarification, consacr�e � la th�rapeutique de ce que Wittgenstein appelle les � maladies philosophiques �. Mais le rem�de propos� n�est plus, comme au temps du Tractatus, l�utilisation de techniques d�analyse emprunt�es � la logique formelle pour d�couvrir la structure logique r�elle des expressions, dissimul�e le plus souvent, dans le langage usuel, sous leur forme gram-maticale superficielle. Les philosophes sont invit�s � se d�sint�resser de la forme des expressions en elles-m�mes pour se concentrer sur leur usage effectif et, plus pr�cis�ment, la diversit� des usages concrets qui peuvent en �tre faits dans des jeux de langage diff�rents. Car c�est l� qu�ils peuvent trouver la seule r�ponse possible � la question de savoir ce que signifie telle ou telle expression.</p><p>Toute la philosophie de Wittgenstein a �t� hant�e par la question : qu�est-ce</p><p>qui donne vie au signe inerte (le son ou la trace sur le papier) ? Qu�est-ce qui lui permet de � dire � quelque chose ? Apr�s avoir r�pondu � un certain moment que c�est le syst�me dont il fait partie, il s�arr�tera finalement � la r�ponse suivante : � Si nous avions � nommer une chose quelconque qui est la vie du signe, il nous faudrait dire que c�est son usage. � S�il a refus� d�adopter la r�ponse classique selon laquelle un signe a un sens avant tout parce que nous le pensons, le comprenons ou l�interpr�tons, c�est parce que cette fa�on de pr�senter les choses est, selon lui, extr�mement trompeuse dans la plupart des cas. Nous nous repr�sen-tons d�une mani�re g�n�rale la pens�e, la compr�hension et l�interpr�tation comme des processus qui ont lieu en m�me temps que � et parall�lement � � l�activit� qui consiste � prononcer, entendre, �crire ou lire les signes mat�riels. Ces processus sont naturellement invisibles, inaudibles, largement inaccessibles � l�introspection, et au total plus ou moins insaisissables et occultes. Ils ont lieu dans un milieu plus ou moins �th�r�, qui est celui de l�esprit. Contre cette fa�on de voir tr�s r�pandue, Wittgenstein soutient que les op�rations que nous appelons penser, comprendre, interpr�ter, etc., n�ont pas du tout la forme de processus, mentaux ou autres, et que les crit�res par lesquels nous d�cidons si quelqu�un a compris ou non une phrase ou ce qu�il a voulu dire par elle sont tout � fait diff�rents de ceux que nous utilisons pour savoir ce qui s�est pass� exactement dans son esprit pendant qu�il parlait, �crivait ou �coutait.</p><p>M�me s�il est incontestable que</p><p>plusieurs processus mentaux caract�-</p><p>ristiques accompagnent la plupart du temps la prononciation ou la compr�-</p><p>hension d�une expression, ce n�est pas � cela que nous devons songer lorsque nous voulons savoir ce que sont au juste la signification, le vouloir-dire, etc.</p><p>Wittgenstein souligne que la com-</p><p>pr�hension n�est pas un processus mental priv�, et que nous avons des crit�res publics pour dire que quelqu�un a compris, a mal compris ou n�a pas compris du tout. C�est dans cette perspective qu�il faut situer ses attaques</p><p>contre la notion de � langage priv� �, c�est-�-dire d�un langage qu�il serait par essence (et non pas simplement par accident, comme dans le cas d�un code secret) impossible � tout autre que son utilisateur unique de comprendre.</p><p>En critiquant cette notion, Wittgenstein s�en prend � une conception classique de l�apprentissage et de l�usage de certains termes du vocabulaire psychologique, selon laquelle ceux-ci constituent des noms qui ont �t� mis en relation, par une sorte de d�finition ostensive priv�e, avec des objets du sens interne. S�il en est ainsi, je ne peux jamais savoir si quelqu�un qui d�clare qu�il a mal ou qu�il a une impression de rouge donne � ces expressions la m�me signification que moi, puisqu�il est le seul � savoir en toute rigueur ce qu�il a lorsqu�il les utilise. Il serait donc possible en principe que ce que quelqu�un appelle une sensation de rouge soit ce que j�appellerais, quant � moi, une sensation de bleu ou m�me une impression sensorielle d�une tout autre esp�ce.</p><p>Les Recherches philosophiques</p><p>constituent une contribution de tout premier ordre � la clarification de la</p><p>� logique � ou de la � grammaire � des concepts psychologiques. Wittgenstein consacre notamment une bonne partie de ses remarques � essayer de distinguer entre ceux qui renvoient � des �tats ou des processus mentaux au sens usuel du terme, et ceux qui, contrairement � ce que sugg�re leur grammaire superficielle, ne le font pas (par exemple, ceux de � pens�e � ou de � compr�hension �). Ses attaques portent avant tout contre le traitement uniforme que nous appliquons � tous les termes d�signant des choses qui</p><p>� se passent dans notre esprit �. Sa m�fiance caract�ristique � l��gard de la notion de processus interne occulte l�a souvent fait soup�onner d�une certaine inclination pour le b�haviorisme, voire d�une adh�sion franche � une th�orie de ce genre. En fait, Wittgenstein est aussi �loign� du b�haviorisme que de toute esp�ce de dualisme de type cart�sien. Il s�est toujours d�fendu vigoureusement d�avoir voulu dire, par exemple, que le mot douleur ne d�signait pas une sensation interne, mais le comportement observable qui exprime la douleur. Il ne se propose pas du tout comme but, dans sa philosophie, d�imposer une r�-</p><p>downloadModeText.vue.download 514 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11725</p><p>forme quelconque de nos convictions, de nos croyances ou de nos fa�ons de parler usuelles. La philosophie est uniquement une recherche sur la nature de nos concepts, elle ne s�occupe pas de questions de fait empiriques, et n�a rien � voir avec la science ; elle ne produit pas d�hypoth�ses ni de th�ories et, contrairement � l�id�e que l�on se fait habituellement du travail philosophique, ne se pr�occupe pas d��tablir ni de nier quoi que ce soit. Dans la mesure o� elle affirme quelque chose, il s�agit, selon Wittgenstein, de choses que personne ne peut manquer de lui accorder.</p><p>Les principaux ouvrages</p><p>de Wittgenstein</p><p>Tractatus logico-philosophicus, �dit� pour la premi�re fois dans la revue Annalen der Naturphilosophie (Leipzig, 1921) sous le titre Logischphilosophische Abhandlung, l�ouvrage est publi� sous son titre d�finitif par Routledge et Kegan Paul (Londres, 1922 [texte allemand avec une traduction anglaise d�Odgen] et 1961 [texte allemand avec une traduction anglaise de Pears et McGuinness]) ; trad. fran�aise (Gallimard, 1961).</p><p>Philosophische Untersuchungen (Philosophical Investigations), texte original allemand ; publication bilingue de l��diteur B. Blackwell (Oxford, 1953) ; trad. fran�aise (Investigations philosophiques) � la suite du Tractatus (Gallimard, 1961).</p><p>Bemerkungen �ber die Grundlagen der Mathematik (Remarks on the Foundations of Mathematics), texte original allemand, compos� entre 1937 et 1944 ; publication bilingue de B. Blackwell (Oxford, 1956).</p><p>The Blue and Brown Books, texte original anglais, compos� entre 1933 et 1935, publi� par B. Blackwell (Oxford, 1958) ; trad.</p><p>fran�aise (le Cahier bleu et le Cahier brun)</p><p>[Gallimard, 1965].</p><p>Tageb�cher 1914-1916 (Notebooks</p><p>1914-1916), texte original allemand ; pu-</p><p>blication bilingue de B. Blackwell (Oxford, 1961) ; trad. fran�aise (Carnets 1914-1916)</p><p>[Gallimard, 1971].</p><p>Philosophische Bemerkungen, texte original allemand compos� en 1930, publi� par B. Blackwell (Oxford, 1964) ; trad. fran-</p><p>�aise (Remarques philosophiques) [Gallimard, 1975].</p><p>Lectures and Conversations on Aesthetics, Psychology and Religious Belief, notes de cours prises par des �l�ves, en anglais, pr�sent�es par C. Barrett et publi�es par B. Blackwell (Oxford, 1966) ; trad. fran-</p><p>�aise (Le�ons et conversations) [Gallimard, 1971].</p><p>Zettel, texte allemand compos� entre 1929 et 1948 ; publication bilingue de B. Blackwell (Oxford, 1967) ; trad. fran�aise (Fiches) [Gallimard, 1971].</p><p>Philosophische Grammatik, texte original allemand compos� entre 1932 et 1934, publi� par B. Blackwell (Oxford, 1969).</p><p>�ber Gewissheit (On Certainty), texte original allemand compos� entre 1949 et 1951 ; publication bilingue de B. Blackwell (Oxford, 1969) ; trad. fran�aise (De la certitude)</p><p>[Paris, 1976].</p><p>J. B.</p><p>F Logique / Vienne (cercle de).</p><p>&amp; E. Stenius, Wittgenstein�s Tractatus (Oxford, 1960). / M. Black, A Companion to Wittgenstein�s Tractatus (Ithaca, N. Y. 1964). /</p><p>D. Favrholdt, An Interpretation and Critique of Wittgenstein�s Tractatus (Copenhague, 1964 ; 2e �d., New York, 1967). / G. Pitcher (sous la dir.</p><p>de), Wittgenstein : Philosophical Investigations (Notre Dame, Indiana, 1968). / K. T. Fann, Wittgenstein�s Conception of Philosophy (Oxford, 1969). / G.-G. Granger, Ludwig Wittgenstein (Seghers, 1969). / Wittgenstein et le probl�me d�une philosophie de la science (C. N. R. S., 1970). / J. Bouveresse, la Parole malheureuse.</p><p>De l�alchimie linguistique � la grammaire philosophique (�d. de Minuit, 1971). / J. Poulain, Logique et religion, L�atomisme logique de Wittgenstein et la possibilit� des propositions religieuses (Mouton, 1974).</p><p>Witz (Konrad)</p><p>Peintre allemand (Rottweil ?</p><p>v. 1400/1410 - B�le ou Gen�ve v. 1445).</p><p>On ne sait rien de lui jusqu�au</p><p>moment o� il s�installe � B�le, attir�, semble-t-il, par le grand concile de l��glise qui y a commenc� ses travaux en 1431 et r�unit un grand nombre de dignitaires. Dans cette ville, Konrad Witz est admis en 1434 dans la gilde des peintres, obtient la citoyennet� en 1435 et cr�e, durant les dix ann�es suivantes, les oeuvres aujourd�hui reconnues comme les siennes parmi ce qui a surv�cu aux destructions iconoclastes du XVIe s. Le nom m�me du peintre fut ensuite oubli� et n�a �t� remis en lumi�re qu�en 1901 (par Daniel Burc-khardt). Une seule de ses oeuvres �</p><p>le retable de Gen�ve, partiellement conserv� � est sign�e et dat�e (de 1444) ; toutes les autres lui ont �t� attribu�es en consid�ration de leurs traits stylistiques.</p><p>La plus importante est le retable de B�le, repr�sentant le Miroir du salut (Speculum humanae salvationis) et peint peu apr�s l�admission du peintre dans la gilde. L�oeuvre fut d�membr�e et sa partie centrale perdue, tandis que les douze panneaux des ailes entraient au XIXe s. dans diff�rents mus�es (neuf � B�le, deux � Dijon, un � Berlin). Ces panneaux figurent l�Ange de l�Annonciation, l��glise, la Synagogue, Saint downloadModeText.vue.download 515 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11726</p><p>Barth�lemy (B�le), Saint Augustin, l�Empereur Auguste et la sibylle tibur-tine (Dijon), ainsi que des personnages bibliques (B�le et Berlin). Du retable peint en 1444 pour la cath�drale Saint-Pierre de Gen�ve, il ne reste, au mus�e d�Art et d�Histoire de la ville, que deux grands volets peints recto verso : ils repr�sentent, sur ce qui �tait leur face externe, la P�che miraculeuse de saint Pierre (volet de gauche) et la Lib�ration de saint Pierre (volet de droite), sur leur face interne l�Adoration des Rois et Saint Pierre pr�sentant � la Vierge le cardinal Fran�ois de Mies (donateur de l�oeuvre). Les grands</p><p>panneaux que sont l�Annonciation (Nuremberg), la Rencontre de Joachim et de sainte Anne (B�le) et Sainte Catherine et Marie Madeleine (Strasbourg) pourraient provenir d�un autre retable, tandis que la petite Crucifixion de Berlin et le Saint Christophe de B�le semblent isol�s. � l�artiste est encore attribu�e la grande peinture murale de la Danse macabre ex�cut�e vers 1437-1441 dans le clo�tre des Dominicains de B�le, dont seuls de pauvres restes laissent deviner la monumentalit�.</p><p>Witz sort � grands pas du Moyen</p><p>�ge. � l�id�alisation du gothique tardif, il superpose une forte empreinte du r�alisme, ce qui le rapproche de Robert Campin* et de Van Eyck*. Apr�s avoir d�pass� le � style doux � de la peinture germanique dans le retable de B�le, il se montre essentiellement pr�-</p><p>occup� par l�aspect mat�riel du monde visible. C�est la pierre, le bois, le m�tal ou l�eau qui l�int�ressent d�abord, dans leur volume et leur consistance.</p><p>Son espace, tangible et empirique, est celui de l�architecture de tous les jours (Annonciation), avec des perspectives en raccourci, aux obliques accentu�es, voire celui d�un paysage r�el comme le lac de Gen�ve, fait rare � cette �poque (P�che miraculeuse).</p><p>Witz s�exprime par des formes</p><p>amples, simples et solides. Les figures, en g�n�ral peu nombreuses, conf�rent � chaque panneau une valeur monumentale et une grande lisibilit� p�dagogique. Sans �tude anatomique pouss�e ni individualisation, elles font sentir leur pr�sence sculpturale, d�une force sommaire, au sein de compositions dont la clart� ach�ve d��lever la narration � un niveau de tension spirituelle et dramatique (C�sar et Antipater, Esther et Assu�rus, B�le). Le coloris de Witz est satur�, souvent fond� sur de forts contrastes (�glise et Synagogue) ; dans les ext�rieurs, les d�tails sont rendus par des tons plus nuanc�s, ainsi pour la surface de l�eau ou les jeux de l�ombre et de la lumi�re dans la P�che miraculeuse, tableau consid�r� comme le prototype du paysage dans la peinture germanique.</p><p>A. Z.</p><p>&amp; J. Gantner, Konrad Witz (Vienne, 1942). /</p><p>G. Schmidt, Konrad Witz (K�nigstein im Tau-nus, 1962).</p><p>Wolf (Hugo)</p><p>Compositeur autrichien (Win-</p><p>dischgr�tz [auj. Slovenjgradec, Slov�-</p><p>nie] 1860 - Vienne 1903).</p><p>Un �tat pathologique qui se d�t�riore progressivement et conduit Wolf � la folie et � la paralysie g�n�rale, une instabilit� et une indiscipline qui provo-queront son renvoi du conservatoire de Vienne (1877) et conditionneront toute sa vie, des p�riodes d�exaltation succ�-</p><p>dant � des p�riodes de d�pression in-fluenceront ce cr�ateur qui composera peu en quantit� et tr�s irr�guli�rement.</p><p>Il a laiss� notamment un quatuor � cordes (1878-1884), le po�me symphonique Penthesilea (1883-1885), la S�r�nade italienne (1892), l�op�ra Der Corregidor (1895) et deux cents lieder environ, �crits, pour la plupart, en quatre ann�es, et qui repr�sentent l�essentiel de son message : cinquante-trois M�rike-Lieder (1888), vingt Ei-chendorff-Lieder (dont treize en 1888), cinquante et un Goethe-Lieder (1888-89), quarante-quatre Spanische Lieder (1889-90), quarante-six Italienische Lieder, en deux livres (Livre I, 1890-91 ; Livre II, 1896), trois Michelan-gelo-Lieder (1897).</p><p>Wolf consid�re la po�sie comme la source m�me de la musique. Il accorde la primaut� au texte, dont il sait rendre toutes les subtilit�s. Tr�s rarement, il emploie la forme de la chanson � couplets ; l�immense majorit� de ses lieder �pouse un d�veloppement libre.</p><p>Leur longueur, d�termin�e par celle du po�me, comporte quelques mesures ou s��tend sur plusieurs pages.</p><p>Si Wolf a subi l�influence des id�es wagn�riennes, il a su conserver son originalit� et il n�a jamais imit� son a�n�.</p><p>Il transpose dans le lied le principe de la d�clamation continue. Sa m�lodie se situe entre le r�citatif arioso de Wagner et le futur Sprechgesang de Sch�nberg.</p><p>Comme l�orchestre chez Wagner, le piano tient chez Wolf un r�le essentiel et se voit confier toute l�expression ; de vastes pr�ludes ou postludes encadrent</p><p>souvent le texte chant�. � sa mani�re, le lied wolfien se r�clame de la notion wagn�rienne d�art total. Les hardiesses rythmiques et harmoniques donnent une saveur personnelle � son style.</p><p>Parti du chromatisme de Tristan, Wolf aboutit � une libert� et � une mobilit� tonales annonciatrices de l�atonalisme.</p><p>D�une vari�t� infinie, les lieder de Wolf excellent dans l�expression de sentiments contradictoires et font de son auteur, apr�s Schubert et Schumann, le plus grand repr�sentant de ce genre � la fin du XIXe s.</p><p>Y. de B.</p><p>F Lied.</p><p>&amp; C. Rostand, Hugo Wolf (Seghers, 1967).</p><p>Wolfe (Thomas</p><p>Clayton)</p><p>�crivain am�ricain (Asheville, Caroline du Nord, 1900 - Baltimore, Maryland, 1938).</p><p>Avec sa volont� prom�th�enne de</p><p>� tout dire � et son lyrisme immature, Thomas Wolfe appara�t comme un</p><p>�crivain am�ricain un peu isol�, caract�ristique du romantisme attard� du Sud. Il eut l�ambition de tout d�crire de l�Am�rique. Il a seulement �crit l�une des plus vastes autobiographies de la litt�rature. Car, sous le pseudonyme de son h�ros Eug�ne Gant, on reconna�t Wolfe lui-m�me, comme sa ville natale d�Asheville sous Altamont. Ses quatre grands romans n�ont qu�un h�ros : lui-m�me ; une seule mani�re : le monologue lyrique ; et un seul th�me : le conflit du h�ros et de la soci�t�. Ses outrances, ses r�p�titions, son lyrisme na�f et rh�torique peuvent lasser. Mais le romantisme tumultueux des an-n�es 60 croit reconna�tre en Wolfe un pr�curseur.</p><p>Thomas Wolfe est n� dans le Sud,</p><p>� Asheville. Chez un �crivain aussi autobiographique, plus encore que Proust, il faut conna�tre la vie pour comprendre l�oeuvre � cl�s : on indiquera ici, entre parenth�ses, les noms attribu�s dans l�oeuvre aux personnes r�elles. Son p�re, William Oliver (Old</p><p>Gant), �tait tailleur de pierre, id�aliste agit� et excentrique. Sa m�re, Julia Elizabeth (Eliza), dominait, intelligente mais dure et �pre au gain. Pour subvenir aux besoins, elle fit de sa maison une pension de famille (Dixieland), qui fut le calvaire de l�enfance de Thomas. Il d�testait la pension faux foyer, se sentant le domestique des clients. Il souffre t�t d�un complexe d�inf�riorit�, mais se renferme dans une sorte d�incompr�hension g�niale de romantique d�class�. Il est le benjamin de sa famille, n� apr�s ceux qui seront les personnages principaux de l�oeuvre : Eiffie (Daisie Gant), Frank (Steve), Mabel (Helen), Fred (Luke) et les deux jumeaux Grover et Benjamin, dont il garde les noms dans l�oeuvre. Le nom de la famille Gant est celui d�une station de chemin de fer de Caroline du Sud. � l��cole, ses ma�tres, les Roberts (Leonard), pr�voient son g�nie litt�-</p><p>raire pr�coce, mais le mettent en garde contre sa prolixit�. En 1916, il entre � l�universit� de Caroline du Nord, o� il apprend le latin, le grec, l�anglais et les math�matiques. Il commence � �crire, publie des vers dans le journal de l�universit�, s��prend de Clara Paul (Laura James) et, sous l�influence des professeurs Edwin Greenlaw (Randolph Ware) et Horace Williams (Vergil</p><p>Weldon), �crit plusieurs courtes pi�ces de th��tre, jou�es � l�universit�.</p><p>Malgr� ses succ�s universitaires, il se sent aussi seul que son h�ros, Eugene Gant. Son physique m�me l�isole. Ce g�ant de pr�s de deux m�tres, maigre, exalt�, travaille d�j� quinze heures par jour, surtout la nuit. Il boit des litres de caf�, �crit inlassablement sur de gros registres pos�s sur un r�frig�rateur faute de bureau � sa taille. � Je mange, parle, �cris et fais tout � l�exc�s �, dit-il de lui-m�me. Ce grand lyrique solitaire, qui ne trouve jamais un lit, une table ou un v�tement � sa taille se sent rejet�, se construit une l�gende et va s�enfermer dans son personnage.</p><p>En 1920, apr�s avoir r�ussi sa licence en Caroline, il s�inscrit � Harvard, suit les cours de litt�rature de George P. Baker (Hatcher), compose sa premi�re vraie pi�ce (The Mountains), jou�e en 1921, puis Welcome to Our City (1923), pi�ce satirique</p><p>sur Asheville, d�j� baptis�e Altamont, ville du Sud o� un aristocrate blanc veut reprendre son domaine � un Noir.</p><p>La m�me ann�e 1923, il �crit Manne-rhouse, pi�ce inspir�e par O�Neill et Rostand, moins remarquable par son th�me, le d�clin d�une famille sudiste, que parce qu�elle pr�figure le personnage d�Eugene Gant. Ce s�jour � Harvard est minutieusement d�crit dans le second volume de l�autobiographie, Of Time and the River, qui relate aussi son s�jour en Europe et ses d�buts d�assistant de litt�rature � l�universit� de New York. Enseignant le jour, il �crit la nuit dans son studio d�sordonn� de Brooklyn, ou erre dans la ville nocturne qui est l�un des leitmotive de son oeuvre.</p><p>Wolfe a particuli�rement bien saisi l�espace am�ricain et sa solitude.</p><p>downloadModeText.vue.download 516 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11727</p><p>En 1925, il s��prend d�Aline Bernstein (Esther Jack), mari�e et de dix-huit ans son a�n�e, d�coratrice de th��tre qui le pousse � �crire et sera pendant cinq ans son maternel manager. Pendant trois ans, il �crit nuit et jour, dans une sorte de transe, comme il le raconte dans The Story of a Novel (l�Histoire d�un roman, 1936). Des � millions de mots jaillissent de lui comme un torrent ou volcan � et s�accumulent dans les gros registres qu�il empile dans une malle. Thomas Wolfe n�a pas comme Hemingway le souci flaubertien du mot juste. Lyrique instinctif, il ne conna�t que l�abondance indisciplin�e d�une inspiration sauvage. Dans son effort pour embrasser la totalit� de son exp�rience, il ne craint ni l�exc�s de mots, ni les r�p�titions passionn�es, ni la connotation et le pullulement d�adjectifs, ni m�me les emprunts et les pastiches.</p><p>Un �diteur, Maxwell E. Perkins, lit ce brouillon sauvage en 1929, croit en son g�nie (� En le voyant, je pensais � Shelley �, �crit-il) et d�cide de tirer un roman de ce monument � l��tat brut. La collaboration de Perkins et de Wolfe tire du manuscrit-fleuve un roman, Look Homeward, Angel (1929) [Aux</p><p>sources du fleuve ; Que l�ange regarde</p><p>de ce c�t�]. La critique est favorable, mais les habitants de Asheville et la famille Wolfe, mis au pilori, r�agissent violemment contre cette peinture de leur ville.</p><p>Le livre est autobiographique dans les moindres d�tails : le m�tier du p�re, la famille, la mort du fr�re, l��cole, la pension de famille, les amours de jeunesse. Mais il d�passe la simple dimension autobiographique. � Le sujet du livre, �crit-il � sa m�re en excuse, c�est que nous naissons seuls, vivons seuls, mourons seuls, et que nous sommes �trangers les uns aux autres, et ne nous connaissons jamais. � En fait, selon un th�me romantique et platonicien, c�est un � roman de la vie secr�te � (� A Story of the Buried Life �, comme le pr�cise le sous-titre) : l�effort central, c�est la volont� d�Eugene Gant de pr�server sa vie secr�te, cette solitude cr�atrice, contre sa famille, l��cole et la soci�t�. Le titre, emprunt� � un vers du Lycidas de Milton, invite l�ange, symbole de la cr�ation artistique, � ne pas se laisser d�tourner de sa vocation.</p><p>Autour de l�ange et des symboles de la feuille (la mort), de la porte et de la montagne (l��vasion), du train, s�ordonnent les �l�ments d�une symbolique qui donne � cette prose ample non seulement un rythme, mais une dimension po�tique. De plus, ce premier roman, le mieux r�ussi, autant qu�une qu�te de soi, est d�j� une qu�te de l�Am�-</p><p>rique, que les suivants poursuivront :</p><p>� La terre am�ricaine, rude, infinie, innombrable, puissante. � Si le th�me central, la r�volte d�un jeune homme contre sa province, rappelle les oeuvres de Sherwood Anderson ou de Sinclair Lewis � qui salue ce premier roman dans son discours de prix Nobel �, le livre a une qualit� lyrique et po�tique rare, presque unique dans la litt�rature am�ricaine si l�on excepte Melville et Whitman.</p><p>En mai 1930, Wolfe re�oit une</p><p>bourse Guggenheim, voyage en Eu-</p><p>rope, rencontre Fitzgerald. Conscient que l��criture est son seul rem�de contre la folie, il s�installe � Brooklyn et reprend son �criture torrentielle, accumulant des milliers de pages sans chronologie suivie, qu�il livre � son �diteur. En 1933, Perkins, � qui le livre</p><p>est d�di�, d�cide que ce second roman est achev�. Of Time and the River (Au fil du temps, 1935) est la suite autobiographique de Look Homeward, Angel, couvrant les ann�es 1920-1925</p><p>de Wolfe, son s�jour � Harvard, son voyage en Europe, sa rencontre avec Aline. Con�u comme un Bildungs-roman, le livre est d�crit par Wolfe comme la � qu�te d�un p�re �, th�me joycien qui recoupe celui de la qu�te de la r�alit�. � la mani�re de l�Ulysses de Joyce, les huit sections du livre utilisent successivement des personnages mythiques auxquels s�identifie Eugene : Oreste, Faust, T�l�maque, Prot�e, Jason, Ant�e, Kronos et Faust enfin en qu�te de son H�l�ne. Ainsi chaque �pisode autobiographique trouve sa signification mythique, et l�ensemble donne � l�oeuvre une dimension �pique.</p><p>Irrit� par les critiques qui l�accusent de n��tre capable que d�autobiographie lyrique, frapp� par les reproches de sa famille, Wolfe, dans son troisi�me roman, liquide Eugene Gant et le remplace par Monk Webber. Retard� par des voyages en Europe et la publication de nouvelles (From Death to Morning, 1935), le livre n�est termin� qu�en mai 1938. Malgr� l�affirmation de Wolfe qu�il s�agit d�un � tournant radical, artistique et spirituel �, Monk Webber, �lev� par la famille Joyner, n�est qu�un nouvel avatar d�Eugene Wolfe. C�est une fois de plus un roman d�apprentissage, le � conflit d�un jeune homme sensible contre sa famille, sa ville et le monde qui l�entoure �. Dans ce troisi�me volet, The Web and the Rock (la Toile et le roc, 1939), la toile, c�est le r�seau qui encha�ne le jeune homme au pass�, et le roc, c�est New York, la ville lumi�re de son ambition.</p><p>Une fois de plus, tout est autobiographique dans ce livre d�chir� entre deux p�les. Mais le livre est moins r�ussi.</p><p>Probablement parce qu�il ne fut jamais relu. �puis� par le surmenage, le travail nocturne, les exc�s d�alcool et de tabac, Wolfe est hospitalis� et op�r� en juillet 1938. La tuberculose s��tend au cerveau. Il meurt le 15 septembre 1938. Perkins, nomm� ex�cuteur testamentaire, fait publier The Web and the Rock en 1939.</p><p>Les derniers mots de The Web and</p><p>the Rock : � You Can�t Go Home Again ! �, servent de titre au quatri�me et dernier roman de Wolfe, publi� par Perkins en 1940. C�est la suite de la biographie de Webber, devenu �crivain � New York, en 1929. Mais, cette fois, le lyrisme semble avoir m�ri : la qu�te juv�nile d�un sens � la vie, la recherche du moi authentique se doublent d�une �vocation r�aliste de l�Am�rique pendant la crise. Alfred Kasin a pu �crire que Wolfe y �tait le � romancier le plus vivant de l�Am�rique en crise, car son imagination y pr�sente en parall�le sa situation et celle de l�Am�rique �. Ce livre posthume montre les promesses d�une possible maturation d�un romancier mort � trente-huit ans.</p><p>Telle quelle, cette formidable t�tralogie peut sembler plus un ph�no-</p><p>m�ne qu�une oeuvre d�art. L�oeuvre manque de coh�rence, de r�sistance.</p><p>Wolfe est long, fatigant, lassant par ses outrances, ses r�p�titions, sa na�vet�, sa v�h�mence philosophique. Sans le travail de son �diteur Perkins, qui supprima des centaines de pages, l�oeuvre serait peut-�tre illisible. Pourtant, au hasard de cette masse, on trouve des passages d�un lyrisme inspir�, �mouvant, o� gronde la querelle de l�homme avec l�univers, avec son pass�, avec son destin, o� s�exprime la solitude de l�homme dans l�immensit� de la ville et de la nature am�ricaines, o� s�affirme la peur de la maladie, de la mort, et surtout de n�avoir jamais le temps de tout dire. Mal compris d�une g�n�ration qui lui pr�f�ra la litote de Hemingway, le lyrisme de Wolfe, qui influen�a Henry Miller, a trouv� sa revanche avec Ke-rouac et la � beat generation � sans qu�on puisse affirmer la p�rennit� de ce n�o-romantisme.</p><p>J. C.</p><p>&amp; H. J. Muller, Thomas Wolfe (Norfolk, Connect., 1947). / L. D. Rubin, Thomas Wolfe.</p><p>The Weather of the Youth (Baton Rouge, Louisiane, 1955). / E. Nowell, Thomas Wolfe (Garden City, N. Y., 1960 ; nouv. �d., Westport, Connect., 1973). / R. G. Walser, Thomas Wolfe (New York, 1961).</p><p>Wols (Alfred</p><p>Otto Wolfgang</p><p>Schulze, dit)</p><p>Artiste allemand (Berlin 1913 - Paris 1951).</p><p>La peinture ne constitua pour Wols qu�une exp�rience parmi d�autres au cours d�une vie qui fut une errance de trente-sept ans ; comme traces, il a laiss� avant tout ses � petits bouts de papier � : po�mes, aquarelles, gouaches, dessins qui �voquent les �les, les bateaux fr�t�s pour des d�parts impossibles, les villes, ou bien des blessures, des agressions sexuelles...</p><p>Dans l�ambiance cultiv�e de sa famille de hauts fonctionnaires saxons, il fait vite preuve de dons exceptionnels et touche avec autant de bonheur � la m�canique et � la photographie qu�� la musique et � l�anthropologie.</p><p>En 1932, il effectue un bref s�jour au Bauhaus, o� il fait la connaissance de Moholy-Nagy*, mais il commence</p><p>r�ellement son � voyage � quelques mois plus tard, lorsque, fuyant le nazisme, il arrive � Paris. Il y rencontre les peintres surr�alistes et peint ses premi�res aquarelles tout en faisant de la photographie et en donnant des le�ons d�allemand. En 1933, il va vivre en Espagne avec sa compagne Gr�ty, mais, expuls� apr�s trois mois de prison pour avoir refus� de rentrer en Allemagne accomplir son service militaire, il doit revenir en France en 1935, sans un seul des dessins de cette p�riode. En 1939, la guerre l�envoie dans les camps de concentration, o� il partage l�angoisse de la � foule encha�n�e � (la Foule, collection Ernst Fischer, Krefeld).</p><p>� sa lib�ration, en 1940, il s�installe avec Gr�ty � Cassis, puis deux ans plus tard � Dieulefit, o� il se lie avec Henri-Pierre Roche, qui fait d�couvrir son oeuvre � Ren� Drouin (celui-ci ex-posera ses aquarelles et gouaches en 1945, ses toiles en 1947).</p><p>Wols s�absorbe dans une intense</p><p>activit� et recourt de plus en plus � l�alcool. Tout entier tourn� vers la</p><p>� r�gion primordiale de l�improvisation psychique �, il poursuit une d�-</p><p>marche destructive, l� m�me o� Klee*</p><p>construisait un monde. Suspendus dans l�espace, des g�om�tries fragiles, des lin�aments organiques d�licats couvrent le papier (Pullulation, v. 1940-downloadModeText.vue.download 517 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11728</p><p>1942, coll. E. Fischer, Krefeld). Mais, � c�t� de cette po�sie, il y a aussi l�horreur, la monstruosit� apprises dans la foule des camps et dans la solitude (Th�me de la t�te, v. 1942-1945, mus�e national d�Art moderne, Paris).</p><p>Les d�tails deviennent obsession et en m�me temps, pour transcrire le jaillissement des visions, � une �trange h�te s�exprime dans l��criture [...]. La h�te d�enregistrer les �vocations int�rieures transforme l�automatisme des images en un automatisme d��criture directe �</p><p>(Werner Haftmann). Plus que de production picturale, il faut parler d�activit� psychique.</p><p>Refusant tout professionnalisme</p><p>et tout mercantilisme, Wols h�site jusqu�en 1946 � aborder l�huile sur toile, qu�il trouve trop ambitieuse.</p><p>Mais, en 1947, au Salon des r�alit�s nouvelles, une de ses peintures cr�e la surprise, � l��poque m�me o� Jackson Pollock* d�couvre le � dripping � aux �tats-Unis ; dans leur convergence, ces oeuvres sont � la source de la peinture informelle, gestuelle, calligraphique (v. abstraction). Au cours des f�condes</p><p>ann�es 1946-1949, Wols, bien que malade, travaille abondamment : en m�me temps que ses peintures � l�eau et � l�huile, il r�alise de nombreuses gravures pour illustrer des livres d�Artaud, Kafka, Paulhan, Sartre, Bryen. Il expose � Milan en 1949, � New York en 1950. En mars 1951, il se pr�te avec succ�s � une cure de d�sintoxication puis s�installe � la campagne.</p><p>Mais il est emport� brusquement, le 1er septembre, par un empoisonnement alimentaire.</p><p>Avec la peinture sur toile, l�oeuvre de Wols a op�r� une rupture. Sur les formats plus grands s�installe un nouveau chaos, qui d�passe les notations anecdotiques des feuillets intimes (Peinture, 1946 ou 1947, Nationalga-lerie, Berlin). Tout concept dispara�t, mais d�infinis r�seaux surgissent de l�int�rieur d�une sensibilit� nouvelle, celle-l� m�me qui s�empare bient�t de tant d�artistes contemporains (les Voyelles, 1949, Wallraf-Richartz Museum, Cologne). Sans doute, Wols parlait-il aussi de lui-m�me lorsqu�il affirmait : � Van Gogh fut le commencement de la fin de la peinture. Parce qu�il expulsait la peinture de tout cadre</p><p>[...] Van Gogh explosait. �</p><p>F. D.</p><p>&amp; G. Dorfles, Wols (Milan, 1958). / J.-P. Sartre, H.-P. Roch� et W. Haftmann, Wols en personne (Delpire, 1964).</p><p>Woolf (Virginia)</p><p>Romanci�re, critique et essayiste anglaise (Londres 1882 - Lewes, Sussex, 1941).</p><p>Avec le si�cle qui se l�ve �clate le corset victorien. Une atmosph�re nouvelle baigne les moeurs, les arts et la pens�e. Les � suffragettes � commencent � faire parler d�elles. Londres organise en 1910 une exposition pos-timpressionniste. Jung appara�t. Et Freud, dont on traduit The Interpretation of Dreams en 1913. Les jeunes auteurs refusent les voies suivies par leurs a�n�s, les Bennett, Galsworthy ou Wells. Descendants lointains d�un Sterne dont la vision et l�anticonfor-misme annoncent les leurs, Dorothy Richardson, T. S. Eliot ou Joyce et son exacte contemporaine Virginia Woolf s�installent dans un roman loin des crit�res du pass�.</p><p>L��closion d�une phal�ne</p><p>Milieu, �ducation, go�ts, tout se conjugue pour fixer Virginia Woolf dans son destin de femme �crivain.</p><p>Celle qui donnera un The Death of the Moth na�t et grandit dans un milieu distingu�, raffin�, intellectuel. Son p�re, sir Leslie Stephen, figure parmi les plus grands noms d�un certain courant de pens�e lib�rale, agnostique, rationaliste et radicale de la fin du XIXe s., s�occupant de nombreuses revues dont le Cornhill Magazine, �ditant un Dictionary of National Biography (1882) et auteur de English Thought in the Eighteenth Century (1876-1881), A Agnostic�s Apology (1893) ou The English Utilitarians (1900). Cet homme �pris des choses de l�esprit ne laisse � aucun autre le soin de l��ducation de ses enfants, Vanessa, Thoby, Virginia, Adrian. � Virginia surtout, or-pheline de m�re � treize ans, sujette � des d�pressions, plus tard � l�origine de son suicide, � l�enfant fragile, il se consacre. En elle il �veille le go�t de la lecture nourri aux richesses d�une</p><p>biblioth�que familiale ouverte sans restriction � la fillette, et qu�atteste The Captain�s Death Bed and Other Essays (1950). � elle encore, il communique sa passion de l�intelligence. Et tandis que ses fr�res fr�quentent Cambridge, Virginia, griffonnant d�j� avec ardeur, entreprend cette exploration int�rieure poursuivie toute sa vie durant jusque dans son journal, dont A Writer�s Diary, publi� en 1953 par son mari, offre des extraits.</p><p>� Les choses les plus</p><p>importantes, et de loin,</p><p>que nous connaissions</p><p>ou puissions conna�tre</p><p>sont certains �tats de</p><p>conscience qui peuvent</p><p>�tre d�crits en gros</p><p>comme le plaisir des</p><p>relations humaines et la</p><p>satisfaction des objets</p><p>de beaut�. �</p><p>� l��thique de G. E. Moore, Virginia Woolf souscrit profond�ment. L�auteur de Principia Ethica (1903), � fellow � � Cambridge, en effet, par sa philosophie</p><p>� honn�te, pr�occup�e de valeurs es-th�tiques et morales, en dehors de toute consid�ration religieuse �, influence profond�ment le groupe qui, apr�s la mort de sir Leslie Stephen (1904), va se former et se r�unir r�guli�rement � Londres, jusqu�au-del� m�me de la Premi�re Guerre mondiale, autour de Virginia, ses fr�res et sa soeur. Vanessa y trouvera son mari, Clive Bell, critique de peinture moderne, auteur de Proust et de Civilization (1928), et Virginia, Leonard Woolf, sociologue et journaliste, en 1912. Familiers �galement, Roger Fry, passionn� de peinture fran�aise contemporaine, l��conomiste J. M. Keynes, le math�maticien H. T. J. Northon, le musicien S. S. Turner et des �crivains comme T. S. Eliot, C. Isherwood ou Lytton Strachey, avec</p><p>qui Virginia entretient une longue correspondance jusqu�� la mort de ce dernier (V. Woolf and G. L. Strachey : Letters, 1956). On pratique l� une �thique raffin�e. On y recherche la v�rit�, la beaut�, les bonnes mani�res, l�humour.</p><p>On y cultive la tol�rance, l�honn�tet� intellectuelle. On y honnit la pruderie � l��gal de la vulgarit�, la brutalit� comme la pompe, la superstition. On aspire � go�ter au mieux la vie. En somme, un id�al fort ancien. Celui de l�� honn�te homme �. Certains, comme D. H. Lawrence, s�agacent prodigieusement d�ailleurs au rituel de ce qu�ils consid�rent comme l�esprit de caste et le narcissisme d�une assembl�e d�esth�tes coup�s du monde. Il n�en demeure pas moins que le groupe de Bloomsbury issu des amiti�s de Cambridge, o� se consolident d�anciens liens et o� s�en nouent de nouveaux, continue d�assurer � Virginia Woolf la p�rennit� de cette ambiance intellectuelle n�cessaire � l��closion et � l��panouissement de son g�nie.</p><p>The Common Reader</p><p>D�s 1905, V. Woolf s�adonne � la critique litt�raire, ce qui n�exclura ni la r�daction de romans (le premier, The Voyage out, date de 1915), de nouvelles (The Haunted House and Other Stories, 1943), ou le lancement de la Hogarth Press (1917), plus int�ress�e par la qualit� de l�oeuvre que par le profit �ventuel. Elle collabore � de nombreuses revues (Cornhill Magazine, Athenaeum, Fortnightly Re-</p><p>view...). Mais la plus grande partie de sa production (219 articles sur quelque 291) para�t au long de plus de trente ans dans Times Literary Supplement.</p><p>Elle-m�me en groupe l�essentiel dans The Common Reader (le Lecteur ordinaire, t. I, 1925 ; t. II, 1932) � d�apr�s Samuel Johnson, dont elle adopte</p><p>la philosophie : lire pour son plaisir, non pour �tre dogmatique �, auquel il convient d�ajouter A Room of One�s Own (1929), recueil d�essais �dit� �galement de son vivant. Le reste de cette oeuvre s�inscrit dans les recueils d�essais posthumes (The Death of the Moth and Other Essays, 1942 ; Granite and Rainbow, 1948 ; The Moment and Other Essays, 1947 ; The Captain�s Death Bed and Other Essays,</p><p>1950). Virginia Woolf y couvre un large �ventail de sujets et d�auteurs.</p><p>Avec cependant une constante dominante : la d�licatesse de sa critique.</p><p>� Il existe beaucoup de raisons qui devraient nous emp�cher de critiquer l�oeuvre de contemporains, �crit-elle.</p><p>� la difficult� �vidente � la crainte de blesser � se joint aussi la difficult� de porter un jugement juste. � Elle ne s�en tient pas pour autant uniquement aux questions g�n�rales soulev�es par la litt�rature (� How should One Read a Book ? �) ou au seul exercice d�appr�cier l�universalit� des Grecs et sait retrouver chez un Chaucer, Defoe ou Conrad les qualit�s de la vie et le chatoiement de l�oeuvre d�un Hom�re.</p><p>Son effort d�objectivit� et sa mesure ne lui interdisent aucunement de ne pas se sentir en communion de pens�e avec J. Joyce, dont l�Ulysses lui fait � la fois �prouver de l��merveillement et de l�ennui. Surtout de l�ennui. Et pourtant de profondes affinit�s la lient � ceux qui s�efforcent de capter les mouvements fugitifs de l��me, les �tranges, les individualistes, les �lisab�thains, Donne, Swift, Montaigne, Sterne, H. James, E. Bronte, De Quincey, Proust. Ceux downloadModeText.vue.download 518 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11729</p><p>qui traquent la v�rit� dans son essence la plus ondoyante, complexe, int�-</p><p>rieure, individuelle. Admiratrice fid�le des romanciers russes (� Modern Fiction �, � The Russian Point of View �</p><p>dans The Common Reader I), elle re-</p><p>�oit � la Hogarth Press Tolsto�, Dosto�evski ou Gorki dans la traduction de S. Kotelinas, dont elle soutient l�effort avec son mari et K. Mansfield. Elle revient encore � la litt�rature � travers les probl�mes de la femme. Probl�mes de promotion �ducationnelle qui la conduisent � lutter contre le mythe de la � f�e du foyer � h�rit� du si�cle pr�-</p><p>c�dent et obstacle � toute promotion f�minine. Probl�mes qu�elle agite dans Night and Day (1919) avec le personnage de Mary Datchet, type accompli du Women�s Suffrage Office, ou dans Three Guineas (1938), o� elle d�fend pour ses soeurs le droit � l��galit� des salaires avec les hommes. F�ministe de</p><p>fait � sinon de terme, qu�elle d�teste</p><p>�, convaincue de la sup�riorit� du sexe faible, elle s�int�resse tout particuli�rement aux femmes �crivains (The Common Reader, The Death of</p><p>the Moth, A Room of One�s Own). Elle exalte les pionni�res, Fanny Burney, Harriet Martineau aussi bien que Mme de S�vign� ; Jane Austen, morte avant sa totale r�alisation, mais � la plus parfaite artiste parmi les femmes � ; G. Eliot, dans le Middlemarch, de qui elle voit l�� un des quelques romans anglais �crits pour des adultes �. Les formes de l�art litt�raire lui apparaissant comme des cr�ations masculines pour des hommes, il s�impose aux</p><p>femmes, estime-t-elle, de d�couvrir un mode d�expression adapt� � leur nature et � leurs besoins. Elle r�ve d�un esprit</p><p>� androgyne � poss�dant les qualit�s masculines de rationalisme et d�action et f�minines d�intuition et de r�flexion.</p><p>Ainsi, selon elle, s�accomplirait l�art de la cr�ation.</p><p>� Si un �crivain �tait</p><p>un homme libre et non</p><p>un esclave, s�il pouvait</p><p>�crire ce qu�il veut et non</p><p>ce qu�il doit, s�il pouvait</p><p>baser son oeuvre sur ce</p><p>qu�il sent et non sur la</p><p>convention, il n�y aurait</p><p>ni intrigue, ni com�die,</p><p>ni trag�die, ni histoire</p><p>d�amour ou catastrophe</p><p>dans le sens accept�</p><p>du terme... �</p><p>Son id�al de l��crivain, sa conception de la fiction romanesque, ses innovations et ses exp�riences dans ce domaine, tout s�pare V. Woolf des auteurs �douardiens, � mat�rialistes �</p><p>et naturalistes (� Modern Fiction �).</p><p>Une nouvelle voie s�ouvre mainte-</p><p>nant aux lettres anglaises. Celle du fameux � courant de conscience �</p><p>analys� par William James dans Prin-ciples of Psychology, en 1890. Chez certains �crivains tels, par exemple, Dorothy Richardson dans Pilgrimage (12 romans de 1916 � 1935) ou encore May Sinclair dans Mary Oliver : A Life (1919), il devient une m�thode pour atteindre au personnage par ses �tats de conscience tels qu�ils se pr�sentent et rendus accessibles en particulier par</p><p>le dialogue int�rieur. Le monde se per-</p><p>�oit d�sormais dans la conscience du personnage. Sans constituer une totale nouveaut� dans la fiction anglaise, le proc�d� s�utilise de fa�on de plus en plus volontaire et consciente, et Jung, en inventant les tests d�associations libres pour la psychoth�rapie, apporte une aide s�rieuse au mouvement. Encore que V. Woolf se plaigne qu�il reste toujours � l�int�rieur des recoins interdits aux regards d�une femme. Mais</p><p>� et elle l�expose clairement dans son essai � Modern Novels � (1919), devenu � Modern Fiction � dans The Common Reader � il ne saurait pour autant subsister aucun doute quant � la complexit� de la r�alit�, ce qui conduit obligatoirement � l��clatement des anciennes structures litt�raires et � une conception r�volutionnaire du r�le du romancier : � L�esprit enregistre une multitude d�impressions, communes, fantastiques, fugitives ou grav�es � la pointe de l�acier. De tous c�t�s elles arrivent, incessante pluie d�atomes innombrables [...]. La vie ne se d�finit pas par une s�rie de lanternes sym�-</p><p>triquement dispos�es ; la vie se r�v�le comme un halo lumineux, une enveloppe � demi-transparente nous entourant du d�but de la conscience � la fin.</p><p>N�appartient-il pas au romancier de restituer cet esprit changeant, inconnu et non circonscrit [...] avec aussi peu d�intrusion de l��tranger et de l�ext�-</p><p>rieur que possible ? �</p><p>� Je veux �crire un roman</p><p>sur le silence. Les choses</p><p>que les gens ne disent</p><p>pas. Mais la difficult�</p><p>est immense. �</p><p>L�oeuvre de V. Woolf illustre parfaitement ses th�ories. Sur la lib�ration comme sur le renouveau de la fiction.</p><p>Et souvent d�s le titre. Caract�ristique d�j� d�un nouveau mode d�expression pour un nouveau mode d�exp�rience, il rejette les proclamations d�mesur�es, mani�re XVIIIe s., annon�ant les aventures de tel ou tel ou, comme chez les romanciers du XIXe s., le � progress �</p><p>de tel autre, de sa naissance � sa mort : Night and Day ; The Waves (1931) ; The Years. L�auteur ne vise plus � chanter la saga des grandes familles, � la propagande sociale ou au divertissement.</p><p>Roman de calme. Roman de silence.</p><p>Nuit et Jour, les Vagues, les Ann�es.</p><p>Sur le fond du cycle des heures, des pulsations de la nature, de la fuite du temps se d�roulent les exp�riences des �tres. L��criture nouvelle ne manque pas de difficult�s. Des d�pressions jalonnent les naissances. Mais la volont� demeure. Volont� d�imposer le r�gne des impressions, des analyses personnelles, de la r�ceptivit� au monde ext�-</p><p>rieur. Volont� d�une technique du point de vue, des sensations � y compris celles d�un chien, dans Flush : A Biography (1933) � et du souvenir. Par exemple, et avant qu�on les rencontre, Sally Seton, Peter Walsh, Richard Dalloway �mergent d�j� du souvenir de Mrs. Dalloway (1925), comme nous</p><p>voyons d�abord celle-ci � travers le regard de Peter Walsh ; et Mrs. Ramsay par les yeux de son mari, de son fils, de son entourage (To the Lighthouse, 1927). M�me les premiers romans t�-</p><p>moignent de l�effort de novation. The Voyage out (la Travers�e des apparences) ou Night and Day contiennent sans doute des �l�ments de la fiction traditionnelle, jeunes gens amoureux, d�roulement apparent, �v�nements et incidents divers. Mais, qu�il s�agisse de Terence et Rachel dans le premier, ou de Ralph ou Katharine dans l�autre, d�j� autour d�eux rien ne rel�ve des contours nets et rassurants du roman dans sa forme et sa psychologie classiques. Tr�s vite d�ailleurs, V. Woolf s�engage dans le parti pris des bouleversements profonds de la pens�e et des structures. Un recueil d�essais �</p><p>pas tout � fait nouvelles, pas tout � fait essais � lui sert, dirait-on, de table d�exp�riences : o� r�gne la perception pure (Monday and Tuesday, 1921) ; o�</p><p>� la marque sur le mur � (The Mark on the Wall) d�clenche le flux des id�es et des images ; o� la sensation s�articule autour d�un concert dans The String Quartet ; o� formes et couleurs jettent une note impressionniste dans Kew Gardens ; et o� l�auteur repousse ostensiblement l�intrigue conventionnelle dans An Unwritten Novel. Cette intrigue, d�ailleurs, apr�s les deux premiers romans, se r�duit toujours presque � n�ant. Une suite d�instantan�s de la vie d�un homme : Jacob�s Room (1922) ; une femme du monde</p><p>pr�pare une partie : Mrs. Dalloway ; ou</p><p>une journ�e de vacances aux H�brides centr�e sur une hypoth�tique Promenade au phare (1927). La vie int�-</p><p>rieure de six personnes de l�enfance � la maturit� emplit The Waves, tandis que Between the Acts (1941) tourne autour d�une repr�sentation th��trale. De temps � autre, une br�ve lueur permet de red�couvrir le fil de l�action. Juste quelques parenth�ses explicatives (To the Lighthouse) ou fa�ons de prologues repla�ant au contact du monde (The Years). Un monde o� la marche du</p><p>lecteur s�av�re difficile sans les jalons</p><p>� divisions, chapitres � auxquels il se r�f�re d�habitude (Mrs. Dalloway) et dans lequel le temps lui-m�me se r�tr�cit, s�allonge et se disloque : une journ�e � peine pour Mrs. Dalloway et trois si�cles dans Orlando (1928).</p><p>Et, dans To the Lighthouse, la journ�e commenc�e se termine... dix ans apr�s. � Le temps passe �, tandis qu�au long de The Years l�automne de 1891</p><p>succ�de � l��t� de 1880, et, en fin de compte, l��t� de 1947 � l�hiver de 1917. Dans un tel contexte, on ne peut s�attendre � c�toyer jeunes premiers et h�ros conventionnels. Le personnage de V. Woolf �volue lui aussi hors des sentiers fray�s par ses pr�d�cesseurs.</p><p>Venu le plus souvent d�un milieu bourgeois, distingu� � comme Katharine Hilbery et naturellement les Dalloway</p><p>�, ses int�r�ts se situent essentiellement au niveau des choses de l�esprit.</p><p>On fr�quente le British Museum, Cambridge (Jacob), ou Oxford (Edward dans The Years). On se passionne</p><p>pour les math�matiques (Katharine).</p><p>L�un �crit des vers (Mr. Carmichael), l�autre un pr�cis de litt�rature anglaise (miss Allen). Le futur �crivain (Terence Hewlet) voisine avec le � Don �</p><p>d�Oxford ; l�universitaire et philosophe distingu� (Mr. Ramsay), avec des �rudits, Ambrose Pepper ou Hirst. Et tous abreuvent leur esprit aux meilleures sources : Spinoza, Spenser, Marlowe et Shakespeare. Hirst lit Gibbon et Mary Datchet, Webster et Ben Jonson. Nul doute que de tels int�r�ts ne conditionnent fortement beaucoup d�entre eux et ne d�terminent de mani�re frappante le caract�re d�originalit� de leur vie et de leur personnalit�. Tourn�s vers l�int�rieur, � l�inverse des h�ros de miss Compton-Burnett, prenant</p><p>uniquement corps par leurs dialogues, ils se taisent, � chaque p�tale � d�eux-</p><p>m�mes � se fermant pour prendre sa place au milieu des autres �, comme Rachel Vinrace (The Voyage out), qui downloadModeText.vue.download 519 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11730</p><p>se recueille pour mieux op�rer sa � travers�e des apparences � dans sa qu�te de la V�rit�. Ce besoin de s�abstraire du monde pour se trouver en t�te-�-t�te avec soi-m�me les pousse fr�quemment � se retirer dans leur tour d�ivoire : lieu symbolique, � une forteresse aussi bien qu�un sanctuaire �, et souvent une simple mansarde, telle celle de Jacob, celle de Ralph ou la chambre refuge de Clarissa Dalloway au milieu de ses obligations mondaines. Mais qu�on ne s�y m�prenne pas, les personnages woolfiens n�acceptent qu�on les enferme ni en vase clos ni dans une cat�gorie d�finitive. Silencieux, amoureux de la solitude, ils ressentent aussi le besoin d��vasion, de se rapprocher de la nature � comme Jacob</p><p>� pour acc�der � leur v�rit�. Concentr�s apparemment sur eux-m�mes, ils observent. Ils observent les hommes, et certains, Mrs. Dalloway ou Mrs. Ramsay par exemple, connaissent � les gens presque d�instinct �. Ces individualistes forcen�s, ces �gocentriques proclamant avec Katharine : � Ne pen-sez-vous pas que l�absence de relations avec les gens facilite notre honn�tet� � leur �gard �, peuvent devenir l��me de leur entourage, telle Mrs. Ramsay, dont la personnalit� rayonne encore longtemps apr�s sa mort. Mais Mr. et Mrs. Ramsay constituent des � figures symboliques du mariage, du mari</p><p>et de la femme id�aux � avec autour d�eux une famille unie par le charme de la m�re ; par contre, le couple et la famille Pargiter s�effritent � cause de cette m�me m�re. Et si Suzanne (The Waves) � tr�s proche du cycle de la nature � se voue enti�rement � sa vocation de femme, Isa (Between the Acts) la refuse r�solument. Ainsi se r�alise la fluctuation ch�re � V. Woolf, cristallis�e en l��trange personnage d�Orlando, dont la personnalit� et le sexe varient au cours des si�cles.</p><p>� Elle jouissait</p><p>intens�ment de la vie.</p><p>Le go�t de la jouissance</p><p>faisait partie de sa</p><p>nature [...] En elle rien</p><p>du sens de la vertu</p><p>morale si r�voltant chez</p><p>les femmes de bien. Elle</p><p>jouissait pratiquement</p><p>de tout. �</p><p>Un chant intense d�amour de la vie monte de l�oeuvre de Virginia Woolf.</p><p>La vie, sa vraie religion. Car en l�autre elle ne croit pas. Une Mrs. Swithin (Between the Acts), pratiquante sympathique � l�unique �, n�efface pas une Doris Kilman, vieille fille aigrie et complex�e, p�trie en d�votion. �</p><p>travers la voix de Mrs. Dalloway, de Mrs. Ramsay ou d�Eleanor Pargiter, V. Woolf condamne sans appel ce qui, selon elle, engendre seulement hypocrisie, tristesse et morbidit�. Certes, le mal existe. Il plane m�me de fa�on sinistre sur The Years et Three Guineas. Et la mort fauche les jeunes aussi bien que les autres. Rachel, au moment de parvenir au bonheur. Jacob ou</p><p>Prue, pleins de promesses, et Neville ou Mrs. Ramsay, alors qu�ils r�alisaient l�unit� autour d�eux. Bien s�r, V. Woolf ne peint pas d�amour qu�en rose et tendre. La vie conjugale de ses couples passe par des hauts et des bas. On devine que le duo amoureux et heureux au coin du feu (Monday and Tuesday) ne repr�sente pas forc�ment pour elle le but supr�me de l�existence.</p><p>Au-del� de la mondanit�, de la superficialit�, du bruit des passions sexuelles, du monde des adultes, elle aspire � la r�alit� d�une vie authentique. Celle-l� m�me que poss�de l�enfance. Charmants au physique (Elizabet Dalloway, Prue Ramsay), les enfants de V. Woolf, lucides, critiques, intelligents, attestent de leur sup�riorit�, tels � Jasper, Rose, Prue, Andrew [...], semblables � des guetteurs, � des experts, s�par�s des grandes personnes et install�s au-dessus d�elles �. Sauvages et attirants (la petite Pame ou James), ils fr�missent de sensibilit�, et leur pouvoir imaginatif � comme pour la petite Rose Pargiter � leur conf�re une �coute directe sur la nature, � la mani�re de Jacob enfant ou des jeunes Ramsay.</p><p>En eux se mat�rialisent l�effort et la</p><p>r�ussite de V. Woolf dans une oeuvre qui, en d�pit d�une technique savante toujours pr�sente et aux yeux de certains l�entachant d�artificialit�, exalte la beaut� et la vie, le bon, le po�tique et le symphonique. Par petites touches impressionnistes. Avec une �tonnante �conomie descriptive. Trouvant sa perfection et son ach�vement dans To the Lighthouse, le plus chaleureux, le plus attachant et partant le plus populaire de ses romans. L�oc�an et la nuit confondus et le temps qui coule sur la maison de vacances, avec une �me. L�eau cristalline de la mer dont la rumeur et les mar�es rythment la vie quotidienne, la texture de ses rocs, le monde qui peuple la moindre de ses flaques, le sable envahissant et les vents. Les fleurs violettes sur la blancheur �clatante du mur, la conque rose d�un coquillage, les � an�mones de mer douces comme du caoutchouc, coll�es comme de petits morceaux de gel�e �. Le fameux repas autour du boeuf en daube.</p><p>Et par-dessus tout, � cette d�licieuse f�condit�, cette fontaine, cette vaporisation de la vie �, Mrs. Ramsay, qui cr�e l�atmosph�re de bont�, de finesse et de sensibilit� o� l�homme plonge,</p><p>� avide de sympathie �. Et puis l�impression de pl�niture r�duisant la mort � un accident naturel dans le grand flux de la vie. Elle r�ussit � donner sur terre le miracle d�un go�t d��ternit�.</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; F. Delattre, le Roman psychologique de Virginia Woolf (Vrin, 1932 ; 2e �d., 1967). /</p><p>B. Blackstone, Virginia Woolf. A Commentary (Londres, 1949 ; nouv. �d., 1972). / M. Chas-taing, la Philosophie de Virginia Woolf (P. U. F., 1952). / J. K. Johnstone, The Bloomsbury Group (Londres, 1954). / M. Nathan, Virginia Woolf (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1956). /</p><p>B. J. Kirkpatrick, A Bibliography of Virginia Woolf (Londres, 1957 ; 2e �d., 1967). / J. Gui-guet, Virginia Woolf et la qu�te du r�el (Didier, 1962). / L. S. Woolf, Begining again : an Auto-biography of the Years 1911 to 1918 (Londres, 1964). / Q. Bell, Virginia Woolf (Londres, 1972, 2 vol. ; trad. fr., Stock, 1973-74, 2 vol.). / C. Jardin, Virginia Woolf (Hachette, 1973).</p><p>Wordsworth</p><p>(William)</p><p>Po�te anglais (Cockermouth, Cumber-</p><p>land, 1770 - Rydal Mount, Westmor-land. 1850).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>En m�me temps que Chateaubriand en France, mais d�une fa�on toute diff�-</p><p>rente, William Wordsworth marque</p><p>un changement d�cisif dans la po�sie anglaise du XIXe s. Contre l�art po�tique de l��ge pr�c�dent, o� l��l�gance, la convention et la dignit� priment l��motion, o� la � poetic diction � rogne les ailes du lyrisme, il imprime un �lan d�cisif � une r�action d�j� amorc�e par Blake. Wordsworth, dont la fin de la vie anticipe le victorianisme, se rattache encore au XVIIIe s. par ses jeunes ann�es. Orphelin de bonne heure, il fait ses �tudes � Cambridge gr�ce � ses oncles (1787-1791). �tudes sans �clat. Comme les po�mes, conventionnels, Evening Walk (publi� en 1793) et Descriptive Sketches (1792), sur son premier voyage � pied sur le continent (1790). Mais dans l�Europe de 1790</p><p>et de 1791, il rencontre la R�volution fran�aise et l�amour de Marie Anne Vallon. Deux exp�riences exaltantes et douloureuses. La d�ception suit l�enthousiasme r�volutionnaire. La guerre le s�pare de celle qu�il aime et de la fille qu�elle lui donne (Vaudracour and Julia, 1820). Plus tard, apr�s un s�jour en Allemagne (1798-99) en compagnie de Dorothy, sa soeur tendrement affectionn�e, et d�un ami tr�s cher, Coleridge, il s�installe d�finitivement au-pr�s de l�un et de l�autre dans le � Lake District � de son enfance ; en 1804, il y �pousera Mary Hutchinson, une amie de toujours. L�, � Dove Cottage (Gras-mere) en 1799, ainsi qu�� Rydal Mount � partir de 1813, au rythme d�une vie toute de paix, d�amiti�, de contemplation de la nature, sans �clat tapa-geur, mais radicalement, il bouleverse la vision po�tique de l�Angleterre. Il l�ouvre au romantisme.</p><p>� � temps, o� les chemins</p><p>banals, arides, rebutants,</p><p>des lois, des statuts civils</p><p>ou politiques prirent</p><p>soudain l�attrait d�une</p><p>contr�e f�erique... �</p><p>Malgr� Poems in Two Volumes (1807), annon�ant l�inclination aust�re, ser-</p><p>monnaire et conformiste de The Excursion (1814), The White Doe of Tylstone (1815), Laodamia (1815), The River Duddon (1820), Ecclesiastical Sonnets (1822), Memorials of a Tour on the Continent (1820)... et quoique, c�l�-</p><p>brit� et cons�cration atteintes, promu po�te laur�at en 1843 (� la mort de Southey), Wordsworth s�inscrive fermement dans un contexte d�id�es philosophiques, politiques et religieuses de la plus parfaite orthodoxie nationale, il reste devant l�histoire litt�raire l�un des p�res du romantisme anglais.</p><p>Et ce romantisme � � une exception pr�s, celle de Keats � rev�t un puissant id�alisme humanitaire, �galitaire et r�volutionnaire. De m�me � en tout cas pour les po�tes de la premi�re g�-</p><p>n�ration � qu�il ne se dissocie pas de cette r�gion des lacs du nord de l�Angleterre qui le virent na�tre et se d�velopper. Il faut entendre Wordsworth proclamer : � Devenu patriote, je donnai mon coeur/Entier au peuple, et mon amour lui appartint. � Aussi, quelle d�ception lorsque la R�volution d�g�n�re en Terreur et que l�Empire d�vore la R�publique : Composed near Calais..., England !... (1807), French Revolution... (1809), Letter to the Bishop of Llandaff, �crite en 1793, The Convention of Cintra (1809), etc. Un d�senchantement tel � quand on y</p><p>ajoute la d�tresse de son amour impossible � qu�il s�abandonne un instant � un rationalisme excessif, inspir� de William Godwin, philosophe anarchiste (Guilt and Sorrow, 1794 ; The Borderers, 1795-96 [�d. en 1842], son unique pi�ce). Mais de plus en plus il downloadModeText.vue.download 520 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11731</p><p>laisse les illusions r�volutionnaires � la nouvelle g�n�ration, celle de Byron, de Shelley. Un autre id�al l�occupe d�s 1796. Une autre r�volution aussi.</p><p>� Le ciel int�rieur</p><p>r�pandra la ros�e, De</p><p>l�inspiration sur les plus</p><p>humbles vers... �</p><p>� cette r�volution s�attache avec le nom de Wordsworth celui de Coleridge</p><p>et de Southey, ce dernier connu surtout par l�amiti� qui le lie aux deux autres</p><p>� lakistes �. De Samuel Coleridge (1772-1834), que son ami C. Lamb</p><p>appelle l�� Archange quelque peu</p><p>d�chu �, Wordsworth �crit :</p><p>Nous �tions faits</p><p>Pour nous plier aux m�mes disciplines, Pr�destin�s [...] � rechercher les m�mes plaisirs.</p><p>(The Pr�lude, VI.)</p><p>Et pourtant, tout son caract�re devrait l��loigner de celui qui caresse, avec le futur po�te laur�at Robert Southey (1774-1833), le projet de fonder une</p><p>� pantisocratie � libertaire en Am�-</p><p>rique. Mais ce radical admire comme Wordsworth la R�volution fran�aise (Poems on Various Occasions, 1796) et, comme lui, il cherche � sortir la po�sie de l�orni�re traditionnelle. Ode to the Departing Year (1796) pr�figure l�effort des Lyrical Ballads. Cette charte du romantisme, publi�e anonymement en deux �ditions (1798 et 1800), renferme The Rime of the Ancient Mariner, le plus fameux po�me de Coleridge avec Christabel et Kubla Khan, publi�s en 1816, tous trois d�un rare pouvoir imaginatif et visionnaire d�cupl� par la drogue (comme chez De Quincey, par ailleurs auteur des fameuses Reminiscences of the English Lake Poets [1834], peu go�t�es des int�ress�s). L�essentiel des po�mes appartient pourtant � Wordsworth, comme les Lines composed a Few</p><p>Miles above Tintern Abbey. Dans ces pi�ces et aussi dans des po�mes tels que The Leech-Gatherer (ou Resolution and Independance), Ode on Intimations of Immortality, The Solitary Reaper (1807), etc., et, bien entendu, dans le monument que constitue The Prelude (1850), on peut voir s�affirmer les th�ories ch�res aux deux �crivains.</p><p>Coleridge en pr�cise les � deux points cardinaux � dans sa Biographia Litera-ria (1817) : � Pouvoir d�exciter la sympathie du lecteur par un attachement fid�le � la v�rit� de la nature, et pouvoir de cr�er l�int�r�t de la nouveaut� en modifiant les couleurs de l�imagination. � Tandis que lui porte ses efforts vers les �tres � surnaturels ou du moins</p><p>romantiques �, Wordsworth se r�serve de lib�rer � l�attention de l�esprit de la l�thargie de l�habitude [...] en le dirigeant vers le charme et les merveilles du monde �. D�autre part, � ses yeux, il n�existe pas de sujets que le po�te ne puisse traiter. Il ne conna�t qu�un seul langage, celui de tous les jours, et de tout le monde. Sa mati�re, il la puise aux sources de la vie rustique.</p><p>Comme ses personnages. Il s�attache au permanent plus qu�au grandiose, et il d�finit le po�te non comme un homme de caste, mais comme celui qui r�alise l��quilibre entre le penseur, le philosophe et l��tre de sensibilit� pure (pr�faces aux Lyrical Ballads).</p><p>� The Prelude, or Growth</p><p>of a Poet�s Mind �</p><p>Le couronnement des efforts de</p><p>Wordsworth se trouve dans l�oeuvre de toute une vie, entreprise en 1798. �</p><p>l�origine, en effet, Wordsworth r�ve d�un po�me ambitieux et philosophique qu�il intitulait The Recluse, or Views on Man, Nature and Society. Pour</p><p>finir, son projet initial se r�duit � The Excursion et surtout � The Prelude, or Growth of a Poet�s Mind (le Pr�lude ou la Croissance de l�esprit d�un po�te), autobiographie en quatorze livres, � laquelle il travaille d�j� pendant son s�jour en Allemagne (1798-99) et qu�il ne reprend qu�en 1804. Tout au long de ce grand oeuvre termin� en 1805, mais sans cesse retouch� par la suite, coule le flot des id�es et des grands th�mes wordsworthiens, � commencer par</p><p>celui de l�enfance. L�enfant, qu�il peint dans Ode on Intimations of Immortality, est celui qui,</p><p>[...] Voyant parmi les aveugles,</p><p>[...] sourd et silencieux, d�chiffre la profondeur infinie,</p><p>Hant� pour toujours par la M�moire �ternelle...</p><p>Peu tourn� vers l�amour (po�mes � Lucy) ou l�effusion �gotiste com-plaisante � la mani�re d�un Rousseau ou d�un Ren�, n�ayant pas l�attitude provoquante d�un esprit sup�rieur et d�daigneux du commun comme celle</p><p>d�un Byron, son romantisme se fond dans la contemplation de la nature.</p><p>Vers elle, m�re nourrici�re et v�ritable initiatrice, Wordsworth se jette en un grand �lan panth�iste. Plus qu�� une recherche de la beaut�, il demeure attentif aux voix de la terre, du ciel, des vents et des eaux :</p><p>� pr�sence de la Nature dans le ciel Et sur la terre ! Vous visions des collines !</p><p>Et vous �mes des lieux solitaires !...</p><p>En elle � et ici on sent l�influence de la philosophie de D. Hartley � il capte :</p><p>Des associations d�objets et</p><p>d�apparences,</p><p>[...] r�duites � dormir</p><p>Jusqu�� ce que des temps plus m�rs les rappellent</p><p>Pour impr�gner l�esprit.</p><p>� travers elle encore, il tente d�acc�-</p><p>der � l��me humaine. Car, pour lui, la mission du po�te rel�ve du mystique.</p><p>Pour lui, [...] la mesure po�tique vint</p><p>/ D�elle-m�me pour v�tir d�une robe de pr�tre / Une �me r�nov�e et par le sort choisie, [...] pour une t�che sainte.</p><p>(Livre I.)</p><p>D. S.-F.</p><p>&amp; H. Bloom, The Visionary Company : a Reading of English Romantic Poetry (New York, 1961). / M. Drabble, Wordsworth (Londres, 1966). / N. Clutterbuck (sous la dir. de), William Wordsworth, 1770-1970. Essays on General Interest of Wordsworth and his Time (Londres, 1970). / J. R. Curtis, Wordsworth�s Experiments with Tradition. The Lyric Poems of 1802 (Ithaca, N. Y., 1971). / N. Fruman, Coleridge. The Da-maged Archangel (Londres, 1972).</p><p>Wou-han</p><p>En pinyin WUHAN, v. de Chine, capit.</p><p>du Hubei (Hou-pei*) ; 2 500 000 hab.</p><p>en 1960.</p><p>Wuhan, au confluent du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) et de son principal affluent, le Hanshui (Han-chouei), est une conurbation qui regroupe</p><p>administrativement depuis 1945 trois villes jusque-l� distinctes : Hankou (Han-k�eou), Hanyang (Han-yang) et Wuchang (Wou-tch�ang). Hankou, au nord et en aval du confluent, �tait une ville commer�ante, qui a englob� de 1861 � 1945 une � concession � britannique. Hanyang, entre le Han et le Yangzijiang, est une cr�ation r�cente, mais un des plus anciens centres industriels chinois. Wuchang, sur la rive sud du Yangzijiang, est une ville ancienne, centre administratif, qui resta enferm�e dans ses murs jusqu�en 1928.</p><p>Le site est majestueux, mais il pr�-</p><p>sente de graves inconv�nients, � cause du danger d�inondation : le Yangzijiang a des crues �normes, le Han est une rivi�re dangereuse et ce centre du Hubei est une zone semi-amphibie.</p><p>Jusqu�� une �poque tr�s r�cente (1956) et � l�ach�vement de travaux consid�-</p><p>rables, les crues mena�aient les trois villes. Par contre, la position, au coeur de la Chine orientale, est remarquable.</p><p>Wuhan est d�abord un grand port sur le Yangzijiang. Aujourd�hui, c�est le terminus de la navigation maritime, pour des navires de 10 000 � 15 000 t ; la navigation est ensuite possible pour des navires plus petits jusqu�� Yichang (Yi-tch�ang) et pour des navires sp�ciaux jusqu�� Yipin, mais il y a ici un point de rupture de charge.</p><p>La navigation est possible au nord sur le Han : elle atteint aujourd�hui Xian-gfan (Siang-fan) pour des navires de 500 � 1 000 t ; vers le sud, la navigation atteint Changsha (Tch�ang-cha)</p><p>[capit. du Hunan (Hou-nan*)] et, par jonques, remonte traditionnellement la Xiang (Siang) jusqu�au pied du col de Cheling. Ainsi, Wuhan, situ�e sur une admirable voie fluviale est-ouest, commande aussi les relations nord-sud : vers Xi�an (Si-ngan), antique capitale, par le Han ; vers Luoyang (Lo-yang), antique capitale elle aussi, et maintenant Kaifeng (K�ai-fong) et P�kin � travers la basse �chine des Huaiyangshan (Houai-yang-chan) ; vers Changsha, le col de Cheling, qui permet de franchir ais�ment les Nanling (Nan-ling), et Canton. Des canaux et des routes, � l��poque imp�riale, la grande voie ferr�e nord-sud, � l��poque moderne, ont achev� de faire de Wuhan un noeud de communications de toute premi�re im-</p><p>portance : en 1956, l�ach�vement d�un grand pont routier et ferroviaire entre la � colline de la Tortue � � Hanyang et la � colline du Serpent � � Wuchang, long de pr�s de 2 km, a donn� toute sa valeur � la position g�ographique : il porte une double voie ferr�e, une route � six voies et laisse passer sous son tablier des navires de 10 000 t.</p><p>Wuhan a jou� aussi un r�le de premier plan dans le domaine industriel � l��poque moderne. En 1900, une usine textile �tait cr��e � Wuchang, hors des murs de la cit�. En 1908, surtout, le vice-roi de l�Hubei et du Hunan faisait installer � Hanyang un ensemble m�tallurgique qu�il avait command� en Grande-Bretagne pour Canton, o� il �tait pr�c�demment en poste ; cet ensemble a fourni en particulier les rails pour la construction de la voie ferr�e Hankou-P�kin ; si les hauts fourneaux et l�aci�rie furent facilement ravitaill�s en minerai de fer par les mines de Daye (Ta-ye) [� 110 km], par contre le probl�me du charbon � coke fut difficile � r�soudre (au d�but, le charbon venait de Grande-Bretagne). En 1920, l�ensemble passa sous contr�le japonais et cessa son activit� en 1937. Les b�timents abritent aujourd�hui une usine textile. L�industrie cotonni�re est une des activit�s majeures de l�agglom�-</p><p>ration. Mais la sid�rurgie est de nouveau pr�sente gr�ce � l�implantation downloadModeText.vue.download 521 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11732</p><p>d�un combinat (haut fourneau, aci�rie, laminoir) enti�rement automatis� � Wukang (Wou-k�ang), � 8 km en aval de Wuhan, sur la rive nord du Yangzijiang, aliment� ais�ment par le fer de Daye et, cette fois, par le charbon de Pingxiang (P�ing-hiang). Il produit 3 Mt d�acier.</p><p>Si Wuhan, dont le site est pourtant occup� depuis 1 700 ans, n�a pas de monuments c�l�bres, cette ville commer�ante et industrielle est l�une des plus dynamiques des villes chinoises (elle est la sixi�me en importance).</p><p>J. D.</p><p>F Hou-pei.</p><p>Wou Tchen</p><p>En pinyin WU ZHEN ; surnom, ZHONGGUI (Tchong-kouei). Po�te, calligraphe et peintre chinois (1280-1354).</p><p>Sous les Yuan*, avec la politique raciste des Mongols envers les Chinois du Sud, les lettr�s trouv�rent difficilement place dans les fonctions publiques. Ils men�rent une vie retir�e et d�velopp�rent notamment une peinture dite � des lettr�s �, dont le style se distingue de celui des Song* du Sud.</p><p>Wu Zhen, l�un des plus importants d�entre eux, �tait originaire de Weitang (Wei-t�ang), dans la province de Zhe-jiang (Tch�-kiang). Les rares documents concernant sa biographie datent du XVIe s., �poque o� son style devint � la mode ; sa tombe, oubli�e depuis des si�cles, fut restaur�e et on en fit un lieu de p�lerinage. On raconte que Wu Zhen avait �tudi� les sciences occultes.</p><p>Il v�cut dans une maison modeste pr�s d�un �tang, planta de ses propres mains des pruniers autour de sa demeure et se nomma le � Bouddhiste des fleurs de prunier � (Meihua daoren [Mei-houa tao-jen]). Pour nourrir sa femme et ses enfants, il pratiqua la divination dans un march� proche de sa demeure et donna des cours aux enfants dans une �cole priv�e. Sa vie fut pauvre, mais paisible, vou�e aux plaisirs de la p�che, de la po�sie, du chant, de la calligraphie et de la peinture. Il avait pr�vu sa mort, construit lui-m�me sa tombe et dress� une st�le en forme de st&#x16B;pa sur laquelle il inscrivit : � pagode du moine des fleurs de prunier � (Meihua heshang zhi ta [Mei-houa ho-chang tche t�a]).</p><p>Les oeuvres de Wu Zhen ont �t� peu appr�ci�es par ses contemporains. Sa femme et ses enfants, se moquant de son peu de r�ussite, le pressaient d�aller acheter des couleurs au march� pour peindre des pivoines. Wu Zhen r�pondait : � Il n�en sera plus de m�me dans vingt ans � ; mais, vingt ans pass�s, ses peintures ne se vendaient toujours pas, et il mourut dans la pauvret�.</p><p>Son contemporain Xia Wenyan (Hia Wen-yen) le critiqua ainsi : � Ses oeuvres conserv�es dans le monde</p><p>sont faites de fa�on n�gligente et ont demand� peu de travail. � Ce n�est que vers le milieu des Ming*, quand la peinture de l��cole Wu (Wou) prit son essor (v. Chen Tcheou), qu�on commen�a � reconna�tre son importance.</p><p>Aujourd�hui, parmi les quelques dizaines de ses oeuvres conserv�es dans les collections publiques et priv�es, on peut distinguer deux styles : un style grandiose dans les copies et imitations des peintres des Xe et XIe s. et un style familier dans les petites compositions de paysages, bambous, fleurs, etc., qui refl�tent le d�cor quotidien de la vie.</p><p>Citons parmi ces derni�res le rouleau horizontal conserv� au mus�e du Palais � Taibei (T�ai-pei) et repr�sentant une branche de bambou : en quelques touches, il illustre bien la conception d�un art simple et aimable et peut expliquer la critique de Xia Wenyan. Cependant, l�harmonie entre la peinture, le po�me et la calligraphie qui l�accompagnent atteint � une rare perfection ; d�o� l�influence de Wu Zhen sur les peintres lettr�s jusqu�� nos jours.</p><p>H. C.-l.</p><p>Wou Tch�eng-ngen</p><p>En pinyin WU CHENG� EN, lettr� chinois de la dynastie Ming (1500-1582).</p><p>Il na�t dans une famille de petits fonctionnaires locaux. Recal� plusieurs fois aux examens provinciaux, il n�obtient que des postes subalternes. Arrogant, plein d�esprit critique et conscient de sa valeur, il a du mal � supporter l�ambiance mesquine et servile des bureaux de province et finit par d�missionner. Il se retire � la campagne, o� il m�ne une vie sur laquelle nous n�avons aucun d�tail. Il arrange et remanie plusieurs histoires populaires des Song et, vers la fin de sa vie, il entreprend sa grande oeuvre, la compilation du Xiyouji (Si-yeou-ki), ou Voyage en Occident. C�est l�un des quatre grands romans populaires en langue vulgaire de la litt�-</p><p>rature chinoise. La gen�se de ce r�cit est assez complexe, car les sources en sont diverses. � l�origine, il s�agit du voyage aux Indes, � la recherche des</p><p>livres bouddhiques, du saint moine Xuanzang (Hiuan-tsang) au VIIe s. Mais sur ce voyage r�el se greffe un certain nombre de personnages de fiction populaire qui �voluent avec aisance dans l�immense panth�on bouddhique. Certains voient dans Sun Wukong (Souen Wou-k�ong), le Singe aux merveilleux pouvoirs, qui est en fait le h�ros du roman, un avatar de Hanumant, ce dieu-singe qui joue un r�le essentiel dans le R&#x101;may&#x101;&#x1E47;a. Sous les Song, les aventures du Singe p�lerin faisaient d�j� les d�lices des conteurs publics, mais c�est gr�ce � Wu Cheng� en que l�ensemble prit forme et unit�.</p><p>Les v�ritables h�ros du Xiyouji sont les compagnons que le moine s�adjoint en route gr�ce � Guanyin (Kouan-yin), qui favorise son projet. Il s�agit du Singe Sun Wukong (Sun, qui a saisi le Vide), du Sanglier Zhu Bajie (Tchou Pa-tsie) [Sanglier aux huit voeux] et de Sha Wujing (Cha Wou-tsing), le Cheval. Ces trois animaux aident le moine, surnomm� Tripitaka, � traverser les cent contr�es plus bizarres et dangereuses les unes que les autres qui les s�-</p><p>parent de la loi de Bouddha. Selon une all�gorie simple du salut, ils sont charg�s de mener � bien cette t�che pour racheter leurs m�faits pass�s. Le livre d�bute par l�histoire de Sun Wukong lorsqu�il �tait jeune, ind�pendant et roi des Singes. La critique actuelle chinoise voit en lui le type accompli du grand r�volutionnaire, de l�anarchiste qui lutte sans merci contre l�ordre �tabli. Car le roi des Singes n�h�site pas � se r�volter contre le Seigneur d�En-Haut. Avec un petit c�t� gavroche qui ne manque ni d�audace ni d�humour, il va voler les p�ches d�immortalit� et ravager le verger des dieux. Puis ses troupes bien exerc�es portent le combat jusqu�aux portes du Ciel. Il faut l�intervention d�urgence des plus grandes divinit�s de Bouddha et de Guanyin pour mettre fin � la r�volte et faire prisonnier le Singe. Huit cents ans plus tard, Guanyin la mis�ricordieuse lui propose de se racheter en accompagnant le moine dans les contr�es d�Occident. L�intelligence de Sun, sa force, ses pouvoirs occultes, ses capacit�s de d�cision, de ruse et de pers�v�rance en font un h�ros populaire parfait. Sans compter une certaine vulgarit� et un</p><p>certain m�pris des conventions �tablies qui ne sauraient d�plaire. D�ailleurs, sous ses abords rudes, Sun a bon coeur et n�h�site pas � perdre de pr�cieuses journ�es pour sauver une jeune fille aux mains de monstres ou lib�rer un peuple esclave de d�mons malfaisants.</p><p>Quant � Zhu Bajie, son apparence</p><p>est aussi terrifiante que la r�alit� de sa force. Pourtant, il est moins obtus que sa face ne laisserait croire et il est souvent de bon conseil, m�me contre le Singe, victime de son emportement.</p><p>Mais il aime volontiers jouer la mauvaise t�te et c�est au fond bien malgr� lui qu�il poursuit ce p�lerinage.</p><p>Le symbolisme est surtout apparent dans les ennemis des voyageurs et les pays travers�s. Il rappelle un peu les utopies de notre XVIe s., surtout les voyages de Pantagruel � la recherche de la Dive Bouteille. Superstition, b�-</p><p>tise, convoitise, luxure, gourmandise, tous les p�ch�s sont pour ainsi dire incarn�s dans un monstre ou un pays.</p><p>Dragons des fleuves, g�nies des montagnes, anges d�chus, animaux f�roces, jeunes filles fatales, faux moines an-thropophages, les plus vilains d�fauts se cachent souvent sous les apparences les plus innocentes. Il faut le flair du Singe pour �chapper � ces d�mons</p><p>aussi audacieux qu�astucieux et r�ussir finalement � trouver les livres de la Loi, qui, � surprise, ne sont que des pages blanches.</p><p>D. B.-W.</p><p>Wren (sir</p><p>Christopher)</p><p>Architecte anglais (East Knoyle, Wilt-shire, 1632 - Hampton Court 1723).</p><p>Rien ne pr�disposait Wren � deve-</p><p>nir architecte. Il aurait pu �tre �v�que comme son oncle ou simplement recteur comme son p�re ; mais la science, au temps de Cromwell, prenait le pas sur la religion et l�adolescent �tudia les math�matiques, l�astronomie et la physique. Aussi est-ce comme professeur d�astronomie qu�il entre en 1657</p><p>au Gresham College de Londres ;</p><p>quelques ann�es plus tard, professeur � Oxford, il compte d�j�, au dire de Newton, parmi les meilleurs g�om�tres</p><p>de son temps. Sa curiosit� �tendue, son sens pratique jusque dans la fabrication d�appareils de m�t�orologie lui valent d��tre consult� pour la restauration de la cath�drale Saint Paul de Londres et charg� d��difier un th��tre � Oxford, une chapelle � Cambridge (1663). Mais il n�a pas encore choisi sa voie.</p><p>1666 :</p><p>la City d�truite</p><p>C�est apr�s un voyage d��tude en</p><p>France, en 1665, et devant la t�che immense offerte l�ann�e suivante par le downloadModeText.vue.download 522 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11733</p><p>grand incendie de Londres* que Wren abandonne toute autre pr�occupation pour se consacrer � l�architecture.</p><p>L�heure est d�ailleurs aux techniciens : avec Robert Hooke (1635-1703), son coll�gue de g�om�trie au Gresham College, Wren fait partie de la commission de reconstruction. Faute de voir adopter son trac� directeur, il va proposer des r�gles d�urbanisme et aura la haute main sur leur application. Mais l� ne se borne pas son r�le. Charg� de reconstruire les cinquante �glises de la City, Wren les traite comme autant de motifs �mergeant de cette masse de brique aux fa�ades larges et plates ; et, d�un ensemble utilitaire assez morne, il fait une composition �quilibr�e et vivante.</p><p>Le clocher de Saint Vedast (1697) offre des �paulements diagonaux selon un th�me baroque qu�utilisera Nicholas Hawksmoor (1661-1736) ; d�autres, plus nombreux, montrent les soucis de leur auteur pour le chantier de Saint Paul : en 1670, la fl�che de Saint Mary-le-Bow est d�j� support�e par une colonnade p�ript�re, et, en 1702, celle de Saint Bride�s (l��difice lui-m�me, de plan basilical vitruvien, date de 1670-1684) reprend l��tagement en pagode du projet � Warrant �. Dans un tel contexte, la reconstruction de la cath�-</p><p>drale prend sa dimension v�ritable.</p><p>1675-1709 :</p><p>la cath�drale de Londres</p><p>� l�exemple de Bramante, Wren a</p><p>d�abord song� au Panth�on romain et � la basilique de Constantin. Cependant, son premier projet, en 1670, manque d�ampleur. Trois ans plus tard, avec le � Great Model �, il parvient � une vaste coupole sur un corps massif, un octogone all�g� de quatre faces concaves. Projet magnifique, mais tout le contraire d�un plan en croix latine, en d�pit de la saillie du portail. Pour se conformer � la tradition, Wren propose alors (� Royal Warrant �, 1675) un massif horizontal d�o� �merge � peine une coupole soutenant une �norme lanterne et une fl�che de sept �tages. C�est sans plus de succ�s, car l�acuit� du profil obtenu, par trop nordique (les int�-</p><p>rieurs des �glises de Wren rappellent souvent la Hollande, eux aussi), ne r�pond pas mieux � la majest� requise.</p><p>Finalement, l�architecte r�alisera, sous un large d�me charpent�, une double coque destin�e � supporter une lanterne et � obtenir un �clairage indirect.</p><p>L�id�e, qui sera reprise par Soufflot*, venait de Fran�ois Mansart* ; mais, traduite � l��chelle de Saint-Pierre de Rome, elle pla�ait son interpr�te parmi les plus hardis concepteurs de coupoles de tous les temps.</p><p>Wren, qui continuait � oeuvrer pour ses anciens confr�res (� l�observatoire de Greenwich en 1675, � la biblioth�que de Trinity College de Cam-</p><p>bridge en 1676-1684, notamment), fut charg�, au titre de surveyor general, des grands chantiers royaux. Celui du palais de Winchester, ouvert en 1683, fut abandonn� deux ans plus tard, � la mort de Charles II ; et la transformation de Hampton Court, en 1690-1696, ne fut que partielle. La r�alisation des h�-</p><p>pitaux royaux de Chelsea (1682-1691) et de Greenwich (1698-1707) est plus significative. Le premier est tr�s sobre ; quant au second, Wren, bien qu�ayant propos� un plan ferm� tr�s int�ressant, dut le traiter sous forme de blocs s�pa-r�s de part et d�autre de l�axe fourni par la maison de la Reine d�Inigo Jones*.</p><p>Le classicisme fran�ais, dans toutes ces oeuvres, fait �quilibre � la tradition de Palladio* ; et cette pr�f�rence n�est pas seulement formelle : elle devait apporter au b�tisseur des solutions satisfaisantes du point de vue structural.</p><p>H. P.</p><p>&amp; J. Summerson, Sir Christopher Wren (Londres, 1953). / V. Fuerst, The Architecture of Sir Christopher Wren (Londres, 1956).</p><p>Wright</p><p>(les fr�res)</p><p>Aviateurs et constructeurs am�ricains, Wilbur (Milville, Indiana, 1867 - Dayton, Ohio, 1912) et Orville (Dayton 1871 - id. 1948).</p><p>Ils comptent parmi les plus c�l�bres pionniers de l�aviation. Alors qu�ils sont �tablis marchands de bicyclettes � Dayton, ils sont amen�s � s�int�resser � l�aviation par l�ing�nieur fran-</p><p>�ais Octave Chanute (1832-1910), qui travaille aux �tats-Unis. D�s 1900, ils s�installent � Kitty Hawk, en Caroline du Nord, o� un d�sert de dunes leur permet de se livrer � des vols exp�rimentaux. Ils commencent par adopter le planeur de Chanute, sur lequel ils montent un gouvernail de profondeur � l�avant ; avec cet appareil, ils r�ussissent des plan�s d�une cinquantaine de m�tres. Puis ils r�alisent un nouvel appareil de dimensions plus importantes avec gouvernail de direction � l�arri�re, sur lequel ils installent � la fin de l�ann�e 1903 un moteur de 12 ch entra�nant deux h�lices contrarotatives.</p><p>Le 17 d�cembre 1903, l�appareil d�-</p><p>colle du sol par ses propres moyens et parcourt 284 m en volant � quelques m�tres d�altitude. L�aviation vient de na�tre.</p><p>La r�ussite des fr�res Wright ne soul�ve cependant pas un grand int�r�t aux �tats-Unis, et, en 1908, Wilbur vient en France, o�, pr�s du Mans, il effectue des d�monstrations magistrales, dont un vol de 2 h 20 mn sur un circuit ferm� de faible longueur.</p><p>Puis, les fr�res Wright cr�ent une entreprise de fabrication d�avions, et c�est sur un de leurs appareils qu�est effectu�e du 17 septembre au 3 novembre 1911 la premi�re travers�e du continent am�ricain de New York � Los Angeles. Le 30 mai 1912, Wilbur d�c�de des suites d�une longue maladie. Orville continue alors � assumer pendant quelques ann�es la pr�sidence de sa soci�t� et des filiales europ�ennes</p><p>qui se sont d�velopp�es parall�lement ; mais, en 1915, il vend la totalit� de ses actions et se retire des affaires, se contentant de travailler � des recherches personnelles au sujet desquelles il est amen� � prendre quelques brevets.</p><p>J. L.</p><p>Wright (Frank</p><p>Lloyd)</p><p>Architecte am�ricain (Richland Center, Wisconsin, 1867 ou 1869 - Phoenix, Arizona, 1959).</p><p>Les d�buts</p><p>Wright a �t� l�un des grands pr�curseurs de l�architecture moderne, d�s la fin du XIXe s. : sa carri�re s��tend en effet sur plus de soixante-dix ans.</p><p>Durant cette longue p�riode, sa notori�t� a �t� extr�mement changeante, excessive dans un sens ou dans l�autre comme �tait excessif (et exceptionnel) l�homme lui-m�me.</p><p>N� � � une date qu�il ne savait</p><p>pas lui-m�me � dans une famille de pasteurs dont le p�re �tait d�origine anglaise et la m�re galloise, Wright a pass� toute sa jeunesse dans le Wisconsin et il a surtout v�cu, � l��ge de l�adolescence, chez son oncle, qui �tait fermier � Spring Green : il conservera de cette �ducation campagnarde un vif attachement � la nature, augment� encore par les m�thodes �ducatives dont il a b�n�fici� (m�thode F. Fr�bel).</p><p>En 1885, il entreprend d�assez br�ves �tudes d�ing�nieur � l�universit� de Wisconsin. Deux ans plus tard, il arrive � Chicago, o� il se fait engager dans l�agence d�un architecte fort conventionnel, qu�il quitte tr�s vite pour entrer chez Louis Henri Sullivan (v. Chicago</p><p>[l��cole de]). Il deviendra bient�t le bras droit de ce dernier, son chef d�atelier pendant six ans. Sp�cialiste en ornements, il dessine la plupart de ceux de l�Auditorium Building. La collaboration des deux hommes s�arr�tera en 1893, Wright ayant accept� des commissions personnelles dans le cadre de l�agence ; n�anmoins, Wright conservera � Sullivan son admiration.</p><p>1892-1924</p><p>La premi�re oeuvre personnelle de Wright est la Charnley House �</p><p>Chicago (1892), objet de ses conflits avec Sullivan ; la construction, aust�re, est un cube de brique, perc� de trous rectangulaires et dont seule la partie centrale d�fonc�e s�enrichit d�un �l�-</p><p>gant balcon couvert � colonnade dorique � le jeune architecte avoue ici sa dette � l�esth�tique n�o-classique, dans une vive r�action contre l��clectisme de son �poque. On s�est peu int�ress� aux autres oeuvres contemporaines de Wright : Winslow House, River Forest, Illinois (1893) ; Wright House, Oak Park (1894) ; Francis</p><p>Apartments, Chicago (1895). Elles ont pourtant toutes en commun ce caract�re de masse, cette aust�rit� du d�cor d�encadrement et l�utilisation libre, en opposition, de bandes ornementales qui peuvent couvrir tout un �tage avec une exub�rance tout � fait sullivanienne.</p><p>La personnalit� de Wright se d�gage tr�s rapidement � travers quelques oeuvres cl�s comme le moulin � vent de Spring Green, construit en 1895 pour ses tantes, ou le club de golf de River Forest (1898) : l�enveloppe murale �clate, les plans horizontaux se d�veloppent sans rupture du dedans vers le dehors. Les toitures se compliquent pour correspondre � cette ouverture ; elles se croisent et s�accrochent � un m�t de ma�onnerie vertical : la chemin�e, dont le foyer deviendra le centre de la composition. Ce sera le type des</p><p>� maisons de la prairie �, avec leur plan �clat� � en ailes de moulin � vent � et la pr�dominance du foyer central �</p><p>toutes choses que Wright reprenait de la tradition de l�architecture rurale des pionniers de la Nouvelle-Angleterre, qui avaient import� d�Europe le principe, m�di�val dans ses origines, du bloc-foyer en ma�onnerie et de l�enveloppe l�g�re en pans de bois, autorisant des transitions souples vers l�ext�rieur.</p><p>downloadModeText.vue.download 523 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11734</p><p>L�originalit� architecturale des solutions invent�es par Wright est indis-</p><p>cutable : elle d�finit un nouveau rapport interne-externe en d�veloppant les espaces de transition et en jouant sur l�int�gration dans le paysage. Si la tradition rurale a pu l�aider � la formulation de ce nouveau vocabulaire, Wright n�en est pas moins d�biteur envers l�architecture domestique anglaise (Philip Webb, 1831-1915 ; Richard Norman Shaw, 1831-1912) et aussi envers l�art japonais, qu�il devait r�v�rer sa vie durant : la m�ditation sur la maison japonaise lui a seule permis d�imaginer cette destruction de la</p><p>� bo�te de ma�onnerie � qui �tait si traditionnelle � l�architecture classique.</p><p>� l��poque d�un Art* nouveau pr�occup� de renouvellement ornemental, l�oeuvre de Wright est beaucoup plus avanc�e que celle de ses contemporains ; elle ne conna�t ni les rigidit�s douloureuses, les conflits de sensibilit� et de raison qui p�sent sur Victor Horta, ni les nostalgies piran�siennes d�Otto Wagner : Wright a �chapp� � la tradition acad�mique ; il exprime librement une personnalit� qui s�est faite � travers l�exp�rience de sa sensibilit� dans le monde alors vraiment neuf des �tats-Unis.</p><p>Des � maisons de la prairie �, on retiendra les plus importantes : Willits House (Highland Park, Illinois), Heurt-ley House (Oak Park), Hillside Home School (Spring Green, Wisconsin) en 1902 ; Martin House (Buffalo, New York) en 1904 ; Coonley House (Riverside, Illinois), Isabel Roberts House (River Forest, Illinois) en 1908 ; Robie House (Chicago) et Thomas Gale</p><p>House (Oak Park) en 1909 ; enfin les Midway Gardens, restaurant en plein air de Chicago, en 1913-14.</p><p>Dans la m�me p�riode, Wright est</p><p>l�auteur de trois b�timents urbains importants : le Larkin Office Building de Buffalo (1904, d�truit en 1950), l��glise unitarienne d�Oak Park (1906) ainsi que la City National Bank and Hotel de Mason City, Iowa (1909-1913). Le Larkin Building est une bo�te de brique cantonn�e comme une forteresse par quatre tours carr�es : � l�int�rieur, les bureaux sont dispos�s en galerie sur cinq niveaux autour d�un grand vide central �clair� par le haut ; l�espace monumental de ce grand volume interne avait �t� enrichi d�un</p><p>orgue, qui en formait le seul ornement avec les curieux chapiteaux cubistes des piliers. L��glise unitarienne d�Oak Park reprend, en b�ton arm�, cette r�flexion sur les volumes clos, sans contact visuel avec l�ext�rieur, mais anim�s par le jeu des sources d��clairage naturel.</p><p>Une importante publication, r�a-</p><p>lis�e par l��diteur allemand Was-</p><p>muth (Darmstadt) en 1910-11, devait d�couvrir Wright au public europ�en et orienter de fa�on d�finitive la naissance du mouvement moderne. C�est � ce moment-l� qu�aux �tats-Unis la r�-</p><p>putation de Wright conna�t sa premi�re �clipse, � la suite d�abord d�un divorce mal accept�, puis de la mort tragique de sa seconde femme et de ses enfants en 1914 ; deux ans plus tard, Wright s�exile au Japon, o� l�appelle la commande de l�Imperial Hotel de T&#x14D;ky&#x14D;</p><p>(1916-1922) � l�une de ses plus belles oeuvres. Quand il revient aux �tats-Unis en 1922, c�est un homme oubli�, d�mod� : il ne construira dans cette p�riode que la Millard House de Pa-sadena, Californie (1923), et la Ennis House de Los Angeles (1922-1924) ; il y utilise une int�ressante structure en blocs pr�fabriqu�s de b�ton, dont le moulage en relief d�veloppe les qualit�s d��piderme du mat�riau, cr�ant entre la nature luxuriante des jardins et le monde min�ral de l�architecture une �trange continuit� de texture. L�exp�-</p><p>rience tourne le dos � l�esth�tique puriste, mais elle r�sume bien l��volution de Wright vers une plus profonde int�gration de l�architecture � la nature.</p><p>Puis, peu � peu, Wright, devenu surtout p�dagogue, s�enfonce dans l�oubli des vieux ma�tres d�pass�s par l��volution de leur temps...</p><p>1936 :</p><p>le second souffle</p><p>Le renouveau n�en sera que plus spectaculaire : Wright donne coup sur coup, en 1936, deux oeuvres fondamentales de l�architecture moderne � la � Maison sur la cascade � (Kaufmann House, Bear Run, Pennsylvanie) et les laboratoires Johnson (b�timent administratif, Racine, Wisconsin). C�est autour de l�am�nagement spatial de la � Maison sur la cascade � que Bruno Zevi a d�fini</p><p>par la suite le concept d�� architecture organique � (illustr� en Allemagne par Scharoun*) : les niveaux de terrasses en porte � faux se superposent, en se croisant, au-dessus de la chute d�une cascade. Quant aux laboratoires Johnson, c�est une bo�te aveugle, remplie de colonnes-champignons en b�ton : au sommet, la lumi�re se diffuse entre les corolles des piliers, � travers un �cran de tubes translucides en verre Pyrex (ne d�naturant pas la lumi�re naturelle). On n�a pas assez dit combien ces deux oeuvres, �crites dans un vocabulaire moderne, restaient, apr�s quarante ans, fid�les aux premi�res � maisons de la prairie � et � l�exceptionnel Larkin Building : leur succ�s imm�diat tint plut�t � un changement d�optique au sein de l�architecture moderne �</p><p>qui d�couvrait les insuffisances d�une esth�tique puriste et machiniste �</p><p>qu�� un quelconque retournement chez Wright.</p><p>Redevenu illustre, Wright construira encore en 1938 le s�jour d�hiver de la colonie artistique qu�il avait fond�e � Taliesin West, dans la Paradise Valley, pr�s de Phoenix (Arizona), puis apr�s 1945 toute une s�rie de maisons qu�il appelait � usoniennes � (authentiquement am�ricaines), fond�es sur le th�me de l�ellipse et de la spirale en plan. Beaucoup de ces oeuvres, comme certaines constructions tardives � la synagogue Beth Sholem (Elkins Park, Pennsylvanie, 1959), la Price Tower (Bartlesville, Oklahoma, 1955) �, ne m�ritaient peut-�tre pas l�admiration excessive, frisant l�adulation, qu�on leur a port�e. On retiendra pourtant dans cette derni�re p�riode la tr�s belle chapelle unitarienne de Madison, Wisconsin (1951) � longue construction basse dans l�esprit des maisons de la prairie, mais dynamis�e par le grand accent de la toiture qui se rel�ve en �peron � et le c�l�bre Solomon R. Guggenheim Museum de New York</p><p>(1943-1959) : ici, le th�me de la spirale prend tout son sens, d�veloppant cet �norme escargot au centre duquel se creuse une d�pression en entonnoir par o� plonge la lumi�re d�une haute verri�re � derni�re variation, semble-t-il, sur le th�me du Larkin Building de 1904. Par ces deux oeuvres, Wright re-fermait puissamment la r�flexion d�une</p><p>vie sur deux th�mes fondamentaux : la continuit� interne-externe dans le rapport nature-architecture, la cr�ation d�un espace expressif � l�int�rieur d�un volume totalement abstrait.</p><p>F. L.</p><p>&amp; �CRITS DE WRIGHT. An Autobiogrophy (New York, 1932, nouv. �d., 1943 ; trad.</p><p>fr. Mon autobiographie, Plon, 1955). / The Future of Architecture (New York, 1953 ; trad. fr. l�Avenir de l�architecture. Vers l��clatement des villes, Gonthier, 1966).</p><p>Ausgef�hrte Bauten und Entw�rfe von Frank Lloyd Wright (Darmsladt, 1910-11 ; 2 vol.). /</p><p>Frank Lloyd Wright on Architecture (New York, 1941 ; 2e �d., 1959). / H. R. Hitchcock, In the Nature of Materials. The Buildings of Frank Lloyd Wright, 1887-1941 (New York, 1942). / B. Zevi, F. L. Wright (Milan, 1947). / W. M. Moser, Frank Lloyd Wright, sechzig Jahre lebendiger Architektur (Winterthur, 1952). / G. C. Manson, F. L. Wright to 1910. The First Golden Age (New York, 1958). / V. Scully, F. L. Wright (New York, 1960). / The Drawings of Frank Lloyd Wright (New York, 1962). / M. Dezzi Bardeschi, Frank Lloyd Wright (Florence, 1970).</p><p>Wright (Richard)</p><p>�crivain am�ricain (Natchez, Mississippi, 1908 - Paris 1960).</p><p>�crivain noir am�ricain, Richard</p><p>Wright est d�abord un t�moin r�volt� de la condition des Noirs aux �tats-Unis. Mais c�est aussi un romancier, soucieux de n��tre pas seulement un</p><p>� �crivain noir �, conscient que la qualit� de l�oeuvre est plus importante que la couleur de la peau et la condition sociale. Pourtant, c�est probablement plus comme t�moin que comme �crivain qu�il restera dans l�histoire : entre la Case de l�oncle Tom et les Panth�res noires du Black Power, qu�il contribua � baptiser, il marque une �tape importante de l�histoire des Noirs aux �tats-Unis, le moment o� le mouvement noir se rapproche du socialisme international. Wright lui-m�me adh�ra au parti communiste am�ricain, ce qui, dans le climat de l�apr�s-guerre, lui assura une notori�t� internationale.</p><p>T�moignage d�abord, son oeuvre est pour une bonne part autobiographique.</p><p>N� dans la mis�re, pr�s de Natchez,</p><p>dans le Sud, Wright a �t� ballott�, comme son contemporain Langston</p><p>Hughes (1902-1967), de famille en famille. Mais il s�est r�volt� plus t�t et plus violemment. Il suffit de comparer son autobiographie, son meilleur livre, Black Boy, avec celle de Hughes pour sentir que Wright est d�embl�e un militant attach� � une cause, r�volt� contre les humiliations de la condition noire, qui lui appara�tra plus tard comme le symbole de la condition prol�tarienne.</p><p>Il quitte le Sud t�t pour chercher du travail � Chicago, o� il habite le South Side, quartier de violence raciale, de mis�re et de vice. Cet univers, il l��voque avec r�alisme dans un premier recueil de nouvelles, Uncle Tom�s Children (les Enfants de l�oncle Tom, 1938), o� se retrouvent encore les maladresses d�un autodidacte, mais aussi la passion d�j� engag�e d�un homme qui a su, par l�effort, s��lever de l�ignorance � la culture. En 1940, il publie un roman brutal, Native Son (Enfant du pays), qui consacre sa notori�t�.</p><p>L��volution �tait sensible. Dans son premier livre, il d�crivait la condition des m�tayers du Sud, de fa�on encore traditionnellement mis�rabiliste. Dans le deuxi�me, il analysait l�ali�nation du prol�tariat noir de Chicago. L�ex-p�rience personnelle �tait pass�e par downloadModeText.vue.download 524 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11735</p><p>le truchement de l�analyse politique : Wright avait adh�r� au parti communiste. Bigger Thomas, le h�ros</p><p>de Native Son, ressemble � Studs, le h�ros de James Thomas Farrell : c�est une victime de son milieu. Ce Noir de Chicago, apr�s une enfance pass�e dans la rue, devient chauffeur dans une famille blanche bourgeoise de gauche.</p><p>Il tue accidentellement la fille, se r�-</p><p>fugie chez une amie, qui lui conseille de se rendre � la police et qu�il tue, convaincu qu�un Noir ne peut obtenir justice aux �tats-Unis. Apr�s une poursuite effr�n�e, Bigger est tu� dans la jungle des toits de Chicago, victime d�une soci�t� qui a fait de lui le domestique d�une �vapor�e. Les derni�res sc�nes du livre sont d�une tension</p><p>p�nible qui contribua � rendre Wright c�l�bre.</p><p>En 1945, Wright publie son autobiographie, Black Boy (Jeunesse noire), qui attire l�attention de Sartre et est publi�e dans les Temps modernes. Sa carri�re prend alors une nouvelle dimension internationale. Il se lie avec Sartre et Simone de Beauvoir, et publie The Outsider (le Transfuge, 1953), qui t�moigne de cette �volution du marxisme engag� � l�existentialisme.</p><p>Le h�ros, Cross Damon, se fait passer pour mort dans un accident pour �chapper � sa femme, � ses trois enfants et � une ma�tresse enceinte. Emp�t� de philosophie, le livre n�a pas la force du pr�c�dent.</p><p>Wright s�installe alors � Paris, accueilli et f�t� par la gauche. Mais son inspiration expatri�e se scl�rose. Il devient un litt�rateur, d�chir� entre les ghettos noirs de son enfance et l�intelligentsia de la gauche europ�enne. La nouvelle g�n�ration des �crivains noirs lui reproche d��tre un � expatri� �. Il publie encore des romans : The Long Dream (1958), r�cit de la jeunesse d�un Noir au Mississippi, Lawd today (Bon sang de bonsoir, 1963), oeuvre posthume sur la journ�e d�un employ� noir de Chicago, et un recueil de nouvelles, Eight Men (Huit Hommes, 1961). Il se consacre surtout � des reportages : Black Power (Puissance noire, 1954), sur la C�te-d�Ivoire, qui lance la formule � Pouvoir noir � ; The Color Curtain (Rideau de couleur, 1955), sur la conf�rence de Bandung ; White Man, Listen ! (�coute, homme blanc !, 1957). Il meurt � Paris, en 1960, d�une maladie amibienne, apr�s avoir quitt� le parti communiste.</p><p>�crivain in�gal, d�chir�, Wright a fait une oeuvre de pionnier. Il a eu la malchance, ayant pos� le probl�me noir dans sa dimension socialiste, de vivre entre la g�n�ration soumise et la nouvelle g�n�ration, exasp�r�e par les lenteurs de l��mancipation. Son oeuvre t�moigne avec talent, mais para�t d�-</p><p>pass�e par les nouveaux �crivains noirs am�ricains.</p><p>J. C.</p><p>&amp; R. A. Bone, The Negro Novel in America (New Haven, Connect., 1958 ; nouv. �d., 1965). / W. Allen, The American Negro Writer and his Roots (New York, 1960). / C. Webb, Richard Wright. A Biography (New York, 1968).</p><p>/ R. C. Brignano, Richard Wright. An Introduction to the Man and his Works (Pittsburgh, 1969). / K. Kinnamon, The Emergence of Richard Wright. A Study in Literature and Society (Chicago, 1972).</p><p>Wroc&#x142;aw</p><p>V. de Pologne, capit. de la vo��vodie qui porte son nom.</p><p>La situation</p><p>L�une des plus grandes villes polonaises, capitale historique de la Basse-Sil�sie, �v�ch� slave au XIe s., elle tomba sous la domination germanique au XIVe s. et fut connue d�s lors sous le nom de Breslau. Propri�t� des Habsbourg en 1526, elle fut annex�e par la Prusse en 1742 avec la plus grande partie de la Sil�sie* ; elle redevint polonaise apr�s la Seconde Guerre mondiale. Comptant 500 000 habitants en 1910, 621 000 en 1939, 170 000</p><p>en 1945 (� la Lib�ration), 512 000 en 1968, 531 000 en 1971, c�est une des rares villes polonaises � n�avoir pas encore retrouv� le nombre d�habitants de l��poque allemande. Enti�rement d�truite en raison des combats qui se poursuivirent apr�s l�armistice du 8 mai 1945, Wroc&#x142;aw n�est pas encore enti�rement reconstruite, mais sa population polonaise a compl�tement chang� la physionomie de la cit�.</p><p>La position et le site sont originaux.</p><p>Wroc&#x142;aw est situ�e au bord de l�Odra (Oder), sur laquelle s�effectue un trafic non n�gligeable. L�ensemble est dissym�trique. La ville s��tale dans une plaine de la rive gauche, tandis que quelques quartiers forment une t�te de pont sur la rive droite. L�Odra se divise en bras multiples. La vieille ville est limit�e par le fleuve et un canal de d�rivation. Plusieurs �les de l�Odra (Ostr�w Tumski, Ostr�w Piaskowy) ont �t�</p><p>occup�es d�s le Moyen �ge ; sur elles ont �t� �lev�es l��glise Notre-Dame-des-Sables et la cath�drale, � l�emplacement d�une ancienne cit� fond�e par les Slaves. Mais c�est en majeure partie</p><p>sur la rive gauche de l�Odra que s��tend la vieille ville. Elle comprend la place du March� (Rynek), l�h�tel de ville, le Mus�e historique, l��glise Sainte-�lisabeth et, au bord de l�Odra, le quartier de l�universit�, avec la biblioth�que Ossoli&#x144;ski (Ossolineum).</p><p>Tous ces �difices, partiellement ou enti�rement d�truits pendant la Seconde Guerre mondiale, ont �t� reconstruits, comme � Varsovie, dans le style de l��poque. La nouvelle universit� a �t� inaugur�e en 1946 ; elle compte actuellement cinq facult�s et accueille 7 000 �tudiants, ce qui la place, pour ses effectifs, au deuxi�me ou au troisi�me rang en Pologne.</p><p>La reconstruction de la ville s�est accompagn�e de son repeuplement.</p><p>Quelques milliers d�Allemands,</p><p>vieillards, malades et infirmes ou partisans de la cause polonaise, sont rest�s, sans qu�on en connaisse le nombre exact. Le peuplement nouveau est venu de l�� int�rieur � de la Pologne et des r�gions orientales faisant maintenant partie de la Bi�lorussie et de l�Ukraine : Polonais en majorit�, Ruth�nes au nombre de plusieurs milliers. Cette population reste au d�but des ann�es 70</p><p>fort jeune ; le pourcentage d�actifs est plus �lev� que dans les villes de l�int�-</p><p>rieur et la population scolaris�e atteint un taux proche de 50 p. 100. La ville-creuset symbolise ainsi l�effort de reconstruction dans ce qu�on appelle en Pologne les � territoires r�cup�r�s �. Si Wroc&#x142;aw n�a pas atteint et d�pass� son chiffre de 1939, c�est qu�elle a souffert du repeuplement des campagnes et aussi du sentiment d�ins�curit� qui a anim� la population des nouveaux colons jusqu�� ces derni�res ann�es. Elle b�n�ficiera du trait� germano-polonais de 1970.</p><p>Ainsi d�finie, la ville appara�t surtout comme un gros centre, de services, culturel et intellectuel. Mais le secteur industriel, d�j� repr�sent� avant la guerre, commence � se d�velopper, gr�ce � des plans �tablis sp�cialement en faveur de l�industrie d�aval de la Haute-Sil�sie. C�est ainsi qu�on d�nombre : une entreprise de fabrication de mat�riel ferroviaire ; une grosse usine de m�canique ; l�entreprise de machines et moteurs �lectriques de</p><p>Basse-Sil�sie ; des industries agricoles, alimentaires et textiles. En outre, l�activit� du port fluvial, d�o� les p�niches gagnent Szczecin, s�accro�t chaque ann�e. Mais pas plus qu�� Opole, situ�e en amont sur le fleuve, on ne trouve d�industrie lourde.</p><p>Le symbole de la nouvelle ville est fourni par l�extension remarquable des grands ensembles autour de la vieille ville (si bien que la superficie de Wroc&#x142;aw d�passe 200 km 2) : des quartiers nouveaux se greffent sur toutes les routes aboutissant au coeur de la ville.</p><p>On a gard� la for�t et les plans d�eau : de nombreuses cit�s portent des noms �voquant la nature ou reprenant celui du lieu-dit.</p><p>A. B.</p><p>L�art � Wroc&#x142;aw</p><p>La ville ancienne n�est pas tr�s �tendue, mais elle offre cette particularit� pittoresque de former un ensemble insulaire, cern� de toutes parts par le cours d�un beau fleuve. � d�faut de restes importants de la brillante civilisation polonaise du XIIe s., et n�gligeant les constructions utilitaires du XIXe s., on remarquera la f�condit� de la fin du Moyen �ge et la richesse de l��poque autrichienne.</p><p>De la premi�re p�riode, on retiendra un certain nombre d��glises qui ont �t�</p><p>remarquablement restaur�es, mais auxquelles leurs malheurs ont donn� une sobri�t� qui n�est peut-�tre pas d�origine : ainsi Notre-Dame-des-Sables, tr�s belle �glise-halle des XIVe et XVe s., Sainte-Croix, un peu plus ancienne, � deux �tages et � la couverture originale, et surtout la cath�drale, termin�e vers 1430 et qui a conserv� un riche mobilier. Ajoutons un tr�s bel �difice profane, l�h�tel de ville, qui n�a pas trop souffert de la guerre et qui, avec sa d�coration tr�s abondante et ses vo�tes nervur�es, est un bon t�moignage de la prosp�rit� urbaine au XVe s.</p><p>� l��poque autrichienne, apr�s les trait�s de Westphalie, la ville rena�t.</p><p>L�universit�, ancien coll�ge des J�-</p><p>suites, �pargn�e par les hostilit�s, l�atteste ; et surtout son aula Leopoldina, salle d�honneur construite en 1731 sur les plans de Christoph Tausch (1673-1731), dont la d�coration peinte et sculpt�e offre un remarquable �chantillon de l�iconographie de l�humanisme baroque. Dans le m�me style, on admire, � c�t�, les belles fresques de downloadModeText.vue.download 525 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11736</p><p>Johann Michael Rottmayr (1654-1730) dans l��glise du Saint-Nom-de-J�sus.</p><p>P. M.</p><p>F Sil�sie.</p><p>Wundt (Wilhelm)</p><p>F PSYCHOLOGIE ET SENSATION.</p><p>Wurtemberg</p><p>En allem. W�RTTEMBERG, ancien �tat du sud-ouest de l�Allemagne, aujourd�hui r�uni au Bade pour former le Bade-Wurtemberg*.</p><p>Le Moyen �ge</p><p>Le Wurtemberg appara�t au XIe s., constitu� par les seuls biens patrimoniaux d�un certain Conrad de Wirti-nisberc, issu de l�ancienne noblesse souabe* (v. 1080). Ayant d�abord fait partie de l�opposition � l�empereur Henri IV dans la querelle des Investitures*, la famille s�attache assez vite � la dynastie des Hohenstaufen*, ducs de Souabe, ce qui lui permet d�obtenir le titre comtal en 1135. Pendant un si�cle, dans l�orbite des puissants voisins, les comtes �largissent leurs possessions dans la vall�e de la Rems et obtiennent en fief des droits d�octroi sur de nombreuses routes, surtout celle qui va de Spire � Ulm par Esslingen, qui joue un r�le d�cisif dans la consolidation de la puissance politique de la dynastie.</p><p>Apr�s 1250, celle-ci profite du Grand Interr�gne et de la dislocation du duch� de Souabe en une multitude de petites principaut�s urbaines ou f�odales pour �tendre ses domaines dans la vall�e du Neckar sous l�impulsion d�Ulrich Ier (comte de 1240 � 1265), qui a fond� de nombreuses bourgades fortifi�es, dont Stuttgart, et acquis le comt� d�Urach (1265).</p><p>Cette extension est un instant menac�e par l�empereur Rodolphe Ier de Habsbourg, qui a tent� de reconstituer � son profit le duch� de Souabe par une guerre co�teuse et d�vastatrice.</p><p>Eberhard Ier l�Illustre (comte de 1279</p><p>� 1325) contraint l�empereur � lui c�der le bailliage de la Basse-Souabe et transf�re sa r�sidence � Stuttgart*.</p><p>Les querelles de succession imp�-</p><p>riale et la disparition de maisons f�odales ont favoris� de nombreuses acquisitions, mais cette politique se trouve bloqu�e � l�est et au sud par les villes libres, alors qu�elle �limine les Habsbourg* de nombreuses seigneuries � l�ouest et au nord, comme Calw et T�bingen. Eberhard II le Querelleur (1344-1392) poursuit avec succ�s et t�-</p><p>nacit� cette politique d�extension territoriale qui a en partie ruin� l��conomie.</p><p>Il a vaincu les ligues de chevaliers, em-p�ch� la noblesse locale de constituer des seigneuries et acquis le duch� de Teck, de sorte qu�il n�a plus en face de lui que des principaut�s eccl�siastiques et des villes libres. Celles-ci, craignant d��tre absorb�es �galement, s�unissent en une Ligue des cit�s souabes, �cras�e en 1388 � D�ffingen.</p><p>Mais, rest�es imm�diates de l�Em-</p><p>pire et donc ind�pendantes, les cit�s vaincues aident Eberhard III (comte de 1392 � 1417), neveu d�Eberhard II, � briser la Ligue de la petite noblesse, dite � du maillet �. Par son mariage avec Henriette de Montfaucon, Eberhard III acquiert en 1397 la principaut� de Montb�liard (M�mpelgard), qui s�ajoute aux territoires alsaciens de Riquewihr et d�Horbourg, obtenus d�s 1324.</p><p>Au d�but du XVe s., le Wurtemberg a en gros la structure territoriale de l��ge moderne et constitue un des principaux territoires du Sud-Ouest. Mais il demeure un agglom�rat de territoires comtaux, de villes et de chevaliers d�Empire, de droits patrimoniaux et de suzerainet�. Son unit� n�est maintenue que par l�habilet� des comtes et un appareil administratif remarquable et pr�coce. Mais en 1442 le partage entre les deux fils d�Eberhard IV (1417-1419), cr�ant les lign�es d�Urach et de Neuffen, provoque un affaiblissement politique jusqu�en 1482. Cette ann�e-l�, le pacte de M�nsingen consacre l�indivisibilit� territoriale du comt� en faveur d�Eberhard V le Barbu (comte</p><p>[puis duc sous le nom d�Eberhard Ier]</p><p>de 1459 � 1496), fondateur de l�universit� de T�bingen (1477) et d�une administration moderne et efficace qui assure pour la premi�re fois l�unit� juridique du territoire, �rig� en 1495</p><p>en duch� indivisible par l�empereur Maximilien Ier*. Eberhard dote son territoire d�un Landtag pourvu de larges pr�rogatives. Il bloque la progression bavaroise en Souabe par son adh�sion � la Ligue souabe (1488).</p><p>Ulrich Ier, neveu du duc Eberhard II (duc de 1498 � 1550), obtient d�importants avantages territoriaux � la fin de la guerre de succession palatine (1504) au nord-est. Ses exigences fiscales, imp�ts directs et de consommation, qui visaient � annuler le r�le financier du Landtag, provoquent la r�volte paysanne du � pauvre Conrad � (1514).</p><p>La bourgeoisie accepte d�apurer la situation financi�re du duch�, � condition que celui-ci soit dot� de libert�s constitutionnelles, en particulier du contr�le de toutes les d�cisions politiques du prince (pacte de T�bingen).</p><p>Mais l�annexion de la cit� libre de Reutlingen entra�ne la mise au ban de l�Empire d�Ulrich : la Ligue souabe le chasse (1519) et vend le duch� � Charles Quint*, qui, en 1522, le c�de � son fr�re Ferdinand.</p><p>Les Temps modernes</p><p>Le mauvais gouvernement des Habs-</p><p>bourg, la guerre des Paysans et la p�n�-</p><p>tration de la R�forme, r�prim�e par la Ligue, favorisent le retour d�Ulrich Ier, qui, avec l�aide du landgrave Philippe de Hesse (1518-1567), bat les troupes de Ferdinand � Lauffen (1534) et</p><p>retrouve son duch�, mais en tant que vassal des Habsbourg. Ayant introduit officiellement la R�forme dans ses �tats et adh�r� � la ligue de Smalkalde, Ulrich Ier entre de nouveau en conflit avec Charles Quint, mais est finalement r�tabli dans ses droits (1547).</p><p>Son fils Christophe (duc de 1550 � 1568) est un l�gislateur de talent. Une Landesordnung (Ordnung signifie � r�-</p><p>glement �) de 1552 r�gle les probl�mes judiciaires et administratifs. Le code de 1555 s�inspire beaucoup du droit romain. Une Schulordnung (1556) pr�-</p><p>voit la cr�ation d��coles paroissiales dans toutes les communes, d��coles latines urbaines et d��coles monastiques pour les futurs th�ologiens. Les biens s�cularis�s, rassembl�s dans une administration sp�ciale, financent le clerg�,</p><p>les �coles et l�assistance. La grande Kirchenordnung de 1559 centralise l��glise, dirig�e par un Kirchenrat, organe administratif et de surveillance.</p><p>Elle a connu une telle r�ussite qu�elle a supplant� l�ordonnance saxonne dans la plupart des territoires luth�riens allemands et qu�elle a m�me �t� introduite dans ses grandes lignes en Saxe.</p><p>Le duc Louis (de 1568 � 1593),</p><p>avec qui s��teint la lign�e principale, est un des promoteurs de la Formule de concorde. Un comit� de deux pr�-</p><p>lats protestants et de six d�l�gu�s des bailliages contr�le la lev�e et l�utilisation des subsides, tutelle qui para�t bien lourde � Fr�d�ric Ier de Montb�liard (duc de 1593 � 1608), qui supprime le pacte de T�bingen et limite le r�le financier des �tats, qu�il contraint de prendre � leur charge les trois quarts des d�penses militaires. Fr�d�ric parvient � lib�rer son duch� de la suzerainet� autrichienne pour en faire un fief direct de l�Empire (1599). Il cr�e un coll�ge pour les fils de princes et de nobles et fonde la ville de Freuden-stadt, qui devient vite une colonie de r�fugi�s protestants autrichiens. Apr�s sa mort, la di�te obtient de son successeur Jean-Fr�d�ric (duc de 1608 � 1628) l�abandon de sa politique absolutiste. Jean-Fr�d�ric, qui a particip� � la cr�ation de l�Union �vang�lique (1608) contre les Habsbourg, la quitte en 1621 pour maintenir le duch� hors du conflit de la guerre de Trente* Ans, qui ne l�atteindra qu�en 1629, lorsque l��dit de Restitution r�clame la cession de pr�s du tiers du territoire aux ordres religieux d�poss�d�s lors de la R�forme.</p><p>Jusqu�en 1648, le Wurtemberg sera ravag� par les diverses arm�es de passage, provoquant la perte des deux tiers de la population et un effondrement �conomique. Les trait�s de Westphalie permettent au duch� de retrouver � la fois son int�grit� territoriale et l�exclu-sivisme luth�rien, apr�s des tentatives de Contre-R�forme lors de l�occupation militaire par les Imp�riaux. La mi-s�re a favoris� un renouveau religieux sous l�impulsion de Johann Valentin Andre� (1586-1654) par l�introduction de convents et l�obligation scolaire.</p><p>Le duc Eberhard III (de 1628 � 1674) s�efforce de reconstruire et de repeupler son duch�. Alli� de la France par son adh�sion (en 1660) � la ligue du Rhin, constitu�e en 1658, il se voit mal r�compens� : � r�union � en 1684</p><p>de Montb�liard, occup�e d�s 1676, et d�vastation du duch� par des troupes fran�aises entre 1689 et 1706, ce qui contraint les princes � se tourner vers les Habsbourg, leur adversaire territorial et religieux, qui les ont tant fait souffrir entre 1629 et 1648. Durant cette nouvelle p�riode de guerres des-tructrices, les ducs cr�ent une arm�e permanente et imposent aux �tats un absolutisme illustr� par la splendide r�sidence de Ludwigsburg, une copie de Versailles. Si l�orthodoxie luth�-</p><p>rienne a emp�ch� l�installation de huguenots apr�s la r�vocation de l��dit de Nantes (1685), elle a autoris� celle de 6 000 vaudois.</p><p>Le duc Eberhard-Louis (de 1693 �</p><p>1733) favorise le pi�tisme* et la tol�-</p><p>rance de multiples sectes au d�triment de l�orthodoxie. Sous son successeur Charles Alexandre (duc de 1733 �</p><p>1737), un glorieux g�n�ral converti au catholicisme, le Wurtemberg traverse une crise redoutable. Ayant d� downloadModeText.vue.download 526 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11737</p><p>abandonner ses droits �piscopaux sur l��glise luth�rienne au Conseil secret, le prince entreprend de restaurer le catholicisme et de supprimer les �tats provinciaux. Sa mort et la pendaison de son conseiller, un aventurier de la finance, Joseph S�ss-Oppenheimer</p><p>(v. 1698-1738), mettent fin � cette politique, mais non au conflit entre le nouveau prince Charles-Eug�ne (duc de 1737 � 1793) et le Landtag, illustr� par des hommes talentueux comme Johann Jakob Moser (1701-1785). Cette p�riode est une des plus brillantes sur le plan de la civilisation par l��laboration d�une synth�se originale entre le luth�ranisme, l�Aufkl�rung et le mo-d�le de la Gr�ce antique, qui impr�gne les �tudes secondaires et universitaires.</p><p>L�histoire contemporaine</p><p>� travers toute l��re moderne, T�bingen n�a jamais cess� d��tre le principal p�le de rayonnement universitaire en Allemagne du Sud et qui a envoy� ses �tudiants comme pasteurs, enseignants et juristes dans l�ensemble de l�espace souabe compris entre le Rhin, la Bavi�re et l�Autriche. Cette culture suscite un esprit r�publicain, philanthrope et national qui a fortement influenc� la renaissance du patriotisme allemand, et dont les figures de proue sont C. F. D. Schubart (1739-1791), Schiller*, Schelling*, Hegel* et H�lderlin*. Le despotisme �clair� a provoqu� des d�penses somptuaires jug�es excessives par la di�te, dont de nombreux membres sont sensibilis�s par les nouvelles th�ories politiques.</p><p>En 1793, apr�s de nouveaux agran-</p><p>dissements, le duch� s��tend sur</p><p>9 400 km 2, peupl�s de 620 000 habitants, et dirige le cercle de Souabe.</p><p>Depuis 1780, il est tr�s li� � l�empereur Joseph II*. Fr�d�ric-Eug�ne (duc de 1795 � 1797), en faisant �lever ses enfants dans la foi protestante, rend une dynastie luth�rienne au Wurtemberg ; il a particip� aux guerres contre la R�volution fran�aise. Fr�d�ric Ier (duc</p><p>[puis roi] de 1797 � 1816) doit c�der � la France ses possessions alsaciennes et la principaut� de Montb�liard (trait� de Lun�ville, 1801). Mais, en �change, il est un des principaux b�n�ficiaires du recez d�Empire (1803) et des modifications territoriales de 1806 et de 1809</p><p>(paix de Vienne), qui incorporent toute la Haute-Souabe jusqu�aux confins des Alpes et au lac de Constance, soit neuf villes imp�riales (Heilbronn et Reutlingen d�s 1802, Ulm en 1810), de multiples seigneuries eccl�siastiques, des possessions autrichiennes et des fiefs de chevaliers. Le territoire est �galement agrandi au nord vers la Franconie et � l�est. Le duc, devenu �lecteur (1803) � cette occasion, se voit r�compens� en 1805-06 pour son alliance avec l�Empire fran�ais en obtenant la dignit� royale.</p><p>Jusqu�en 1813, le nouveau roi pratique une politique brutale d�absolutisme : abolition du Landtag, des privil�ges des territoires annex�s, incorporation des biens eccl�siastiques</p><p>aux biens patrimoniaux, mais aussi �galit� juridique entre les diverses cat�gories sociales et les deux confessions. L��glise catholique, d�sormais solidement install�e dans le royaume, obtient sa propre universit� � Ellwan-gen. Le roi entreprend d�adopter les institutions napol�oniennes et soumet le pays � des mesures de plus en plus unificatrices et centralisatrices, en particulier gr�ce � la division en circonscriptions administratives qui ne tiennent aucun compte de la situation g�opolitique ant�rieure. Reconnaissant, le roi se montre un alli� fid�le de Napol�on jusqu�au lendemain de la bataille de Leipzig (1813), o� il se rallie � la sixi�me coalition, apr�s s��tre fait garantir par l�Autriche et ses alli�s (trait� de Fulda, 2 nov. 1813) sa couronne royale et l�int�grit� de son �tat, dont il a doubl� l��tendue et qui couvre d�sormais 19 510 km 2 peupl�s de 1,1 million d�habitants.</p><p>En 1815, le Wurtemberg devient</p><p>membre de la Conf�d�ration* germanique, mais la fin du r�gne de Fr�d�-</p><p>ric Ier est assombrie par une agitation politique. Sous la pression des �tats membres de la Conf�d�ration et des patriotes, il promulgue en 1815-16 une constitution rejet�e par les d�put�s, qui la jugent insuffisante.</p><p>Guillaume Ier (roi de 1816 � 1864) promulgue en 1819 une constitution lib�rale qui r�serve le pouvoir politique au roi et qui reste en vigueur jusqu�en 1906. Elle pr�voit une chambre haute r�serv�e � la noblesse et une chambre de repr�sentants �lus par les villes et les bailliages. L��tat est r�organis� selon les principes de la s�paration des pouvoirs. Les communes obtiennent une large autonomie. Cette p�riode de restauration, qui a connu l�essor d�une �cole litt�raire souabe anim�e par Ludwig Uhland (1787-1862), auteur de po�sies patriotiques, est rest�e calme sur le plan politique, gr�ce � la prudence et � l�esprit d��conomie du roi.</p><p>En 1828, ce dernier conclut une union douani�re avec la Bavi�re, qui devient en 1833 le Zollverein, incluant la majorit� des �tats allemands.</p><p>L�opposition lib�rale � la di�te est anim�e par le po�te Uhland et par</p><p>Gustav Pfizer (1807-1890). Lors de la r�volution de 1848, particuli�rement active ici, le roi confie le pouvoir aux chefs lib�raux Friedrich R�mer (1794-1864) et Pfizer. La nouvelle chambre est domin�e par les d�mocrates, qui votent de nombreuses r�formes et une nouvelle constitution. Mais le Wurtemberg est �pargn� par les troubles badois et palatins malgr� l�installation � Stuttgart en 1849 des derniers membres du Parlement de Francfort. Le roi profite de l��chec de la r�volution pour dissoudre la di�te, annuler toutes ses d�cisions et revenir � la Constitution de 1819. La nouvelle chambre se compose surtout de fonctionnaires dociles qui ratifient toutes les propositions du nouveau gouvernement conservateur de Schleyer, d�j� un des ministres en vue avant la r�volution. Par contre, la di�te rejette en 1861 le concordat sign� en 1857 avec Rome, car elle tient � voir fix�es les relations entre l��tat et l��glise par une l�gislation �tatique.</p><p>Oppos� � toute centralisation politique de l�Allemagne, le Wurtemberg constitue avec l�Autriche et la Bavi�re la Triade, hostile � la Prusse. Depuis 1850, il aligne d�ailleurs sa politique sur celle de l�Autriche, tout en acceptant en 1862 le renouvellement du Zollverein, qui exclut l�Autriche. � partir de 1864, la politique int�rieure est plus lib�rale, et une impulsion nouvelle est donn�e � la construction d�un r�seau ferr�. La participation du nouveau roi Charles Ier (de 1864 � 1891) � la guerre contre la Prusse (1866) aboutit � la d�-</p><p>faite de Tauberbischofsheim (24 juill.), trois semaines apr�s Sadowa, et � l�occupation prussienne de la moiti� du royaume. Le trait� de paix, moyennant l�int�grit� territoriale, impose une contribution militaire de 8 millions de florins, la conclusion d�une alliance secr�te offensive et d�fensive avec la Prusse et l�adh�sion au Parlement douanier de Berlin en 1867. Si les �lections de 1868 donnent la majorit� parlementaire aux d�mocrates et aux partisans de la grande Allemagne, la di�te vote pourtant � la quasi-unanimit� les cr�dits de la guerre de 1870, dans laquelle le Wurtemberg joue un r�le appr�ciable.</p><p>Le royaume entre le 1er janvier</p><p>1871 dans l�Empire allemand, tout en</p><p>conservant le contr�le de ses postes, t�l�graphes et voies ferr�es ainsi que des taxes particuli�res sur les boissons alcoolis�es. De 1870 � 1900, le gouvernement est dirig� par Hermann von Mittnacht (1825-1909), qui pr�serve le royaume du Kulturkampf* malgr� une majorit� de nationaux-lib�raux. L��tat participe activement � l�essor �conomique de l�Empire malgr� un l�ger fl�-</p><p>chissement d�mographique.</p><p>L�av�nement de Guillaume II (roi de 1891 � 1918) s�accompagne de la progression du parti populaire allemand ; celui-ci, form� de bourgeois lib�raux et alli� au parti du centre, ne parvient qu�en 1906 � r�viser la Constitution ; d�sormais, tous les membres de la seconde chambre sont �lus. La r�volution de novembre 1918 entraine l�abdication du roi. Malgr� quelques troubles spartakistes, le Wurtemberg peut se donner rapidement une constitution r�publicaine (sept. 1919). Mais les sociaux-d�mocrates perdent le pouvoir d�s 1923 au profit du centre et des d�mocrates. Le parti nazi devient le plus important en 1932 ; en 1933, il supprime la Constitution et, en janvier 1934, il fond le Wurtemberg dans le Reich.</p><p>Partag� en 1945 en une zone d�occupation fran�aise qui formera le Land de Wurtemberg-Hohenzollern et une zone am�ricaine qui formera le Land de Wurtemberg-Bade, le Wurtemberg retrouve finalement son unit� dans le cadre plus vaste de l��tat f�d�ral de Bade-Wurtemberg, constitu� en d�-</p><p>cembre 1951. Il continue d�y jouer un r�le pr�pond�rant par sa densit� d�mographique, urbaine et son poids �conomique, qui en font le second Land de l�Allemagne f�d�rale.</p><p>B. V.</p><p>F Allemagne / Bade-Wurtemberg / Saint Empire romain germanique / Souabe / Stuttgart.</p><p>&amp; J. Dollfus, R. J. Cheval, J. Vanuxem et J. Noutary, le Wurtemberg (Impr. Ensslin et Lai-blin, Reutlingen, 1950).</p><p>Wycliffe (John)</p><p>Th�ologien anglais (Hipswell, York-</p><p>shire, v. 1320 - Lutterworth, comt� de Leicester, 1384), pr�curseur de la R�forme du XVIe s.</p><p>John Wycliffe (ou Wyclif) na�t dans une famille noble, les Wycliffe to Wycliffe, qui sont rest�s catholiques jusqu�en 1830, date de l�extinction de la lign�e. On le destine � l��tat eccl�-</p><p>siastique et, comme ceux de sa classe, il d�bute par l�universit�. � Oxford, o� il est successivement �tudiant, puis professeur et administrateur, il prend tous ses grades, de ma�tre �s arts � doc-downloadModeText.vue.download 527 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol.20</p><p>11738</p><p>teur en th�ologie, tout en manifestant un vif int�r�t pour les sciences naturelles, les math�matiques et l�optique.</p><p>Ainsi ne tarde-t-il pas � se faire un nom parmi les �rudits de son temps. En 1365, il est au point culminant de sa gloire acad�mique et a d�j� publi� un nombre respectable d�ouvrages : ainsi la Logique, le De universalibus, le De materia et forma, le De anima et des Commentaires sur tous les livres du Nouveau Testament, � l�exception de l�Apocalypse.</p><p>Curieusement, c�est � comme ce</p><p>le sera pour Luther � l�intervention romaine dans les affaires nationales et la cupidit� de la papaut� qui vont �tre la borne de son destin : en 1365, le pape Urbain V r�clame subitement le tribut de Jean sans Terre et des arri�-</p><p>r�s depuis trente-trois ans. L�indignation patriotique des Anglais explose ; Wycliffe s�arrache � ses ch�res �tudes et devient d�un coup le d�fenseur des droits et de l�honneur de la couronne d�Angleterre.</p><p>De nouveaux ouvrages voient bien-</p><p>t�t le jour : Determinatio quaedam de dominio, De civile dominio, De dominio divine, une Somme th�ologique, De veritatae sacrae scripturae, Ad parlia-mentum regis, o� il d�fend la th�se que, dans certaines conditions, le pouvoir civil peut rappeler l��glise � l�ordre, notamment dans le domaine de l�administration de ses biens et la gestion de son patrimoine.</p><p>D�sign� pour plaider la cause anglaise aux conf�rences de Bruges entre les d�l�gu�s d��douard III et les l�gats de Gr�goire IX (1374), Wycliffe s�est acquis l�estime et l�amiti� des dirigeants anglais, mais il s�est attir� une haine tenace de la curie romaine.</p><p>En 1377 et en 1378, il est cit� devant les instances eccl�siastiques pour r�-</p><p>pondre de � dix-neuf th�ses contraires au droit et au dogme catholiques �.</p><p>Chaque fois, c�est le pouvoir politique qui le fait acquitter, cependant que lui continue � d�fendre l��conomie du royaume contre les empi�tements et les ing�rences du Vatican. L�hostilit� de l��glise aussi bien que ses ing�rences int�ress�es dans la vie nationale ont conduit Wycliffe � une remise en cause fondamentale de l�autorit� et de la l�gitimit� du pape. Sans le savoir, Wycliffe rejoint en son si�cle la spiritualit� des vaudois* : seule une �glise institutionnellement et financi�rement pauvre est conforme au style du Christ.</p><p>Or, en 1378, c�est pr�cis�ment le</p><p>� grand schisme d�Occident � : deux papes, Urbain VI et Cl�ment VII,</p><p>sont en conflit ouvert ; intrigues et ultimatums se succ�dent. D�o� la</p><p>cons�quence logique dans la pens�e de Wycliffe, largement ouverte d�j� � ces r�flexions radicales (De officio regis) : un chef visible n�est nullement indispensable � l��glise si celle-ci accepte de ne se fonder que sur l��criture sainte. Le n�cessaire passage � l�acte, c�est une nouvelle traduction de la Bible ; Wycliffe l�entreprend avec quelques amis (1378-1382), en m�me temps que l��vang�lisation publique et itin�rante. Douze th�ses sur l�eucharistie (De eucharistia), dont dix seront condamn�es par un synode londonien, une riposte, Confessio magistri Johan-nis Wiclif, et un trait� populaire, The Wicket (� le Guichet �), jalonnent cette p�riode.</p><p>En 1382, Wycliffe pr�sente au roi et au Parlement ses quatre articles : 1o abolition des voeux monastiques ; 2o abolition de l�exemption des taxes fiscales pour le clerg� et ses biens ; 3o suppression des d�mes et offrandes impos�es ; 4o pr�dication de la doctrine �vang�lique sur l�eucharistie dans</p><p>toutes les �glises du royaume. Comme on d�sire le laisser terminer en paix sa vie, l�institution ferme les yeux...</p><p>Wycliffe en profite pour �crire son oeuvre ma�tresse, le Trialogus, somme de sa doctrine, o� il se montre profond�ment catholique, sauf sur deux points majeurs : l�autorit� exclusive de la Bible, qui est la � magna charta � du Royaume de justice et de libert� ; la doctrine de l�eucharistie, qui lui fait refuser la transsubstantiation (� comme Christ en sa personne est vraiment Dieu et vraiment homme, ainsi le sacrement est-il vraiment corps de Christ et vraiment pain... �). Son �tonnante culture et son ouverture au monde lui permettent d��tre en permanence � l��coute des philosophes et litt�rateurs profanes et de les int�grer � sa r�flexion th�ologique.</p><p>� c�t� de plusieurs ouvrages mi-</p><p>neurs, Wycliffe publie plus de cinquante � trait�s populaires � ; il pr�che nombre de sermons, prend �nergiquement parti en 1383 contre la croisade d�cr�t�e par Urbain VI et contre les Flamands qui se sont rang�s du c�t� de l�� autre pape �, et ce bien que frapp� d�une attaque de paralysie, dont une r�cidive l�emporte. Il termine donc sa vie dans la petite ville de Lutterworth, savant pauvre et g�n�reux, indulgent vis-�-vis des p�cheurs repentants, impitoyable pour les orgueilleux et les puissants, surtout s�ils se pr�tendent d��glise, br�lant d�amour pour le Christ et son �vangile, v�n�r� par tout un peuple de petites gens. N�ayant pu l�abattre de son vivant, l��glise s�y essaie apr�s sa mort. Quarante-cinq pr�-</p><p>tendues th�ses de Wycliffe sont d�clar�es � h�r�tiques et t�m�raires � par le concile de Rome (1412) et par celui de Constance (1415), et, � titre posthume, Wycliffe fait partie de la m�me char-rette que Jan Hus et J�r�me de Prague ; en cons�quence, on exhume ses ossements et on les br�le avec plusieurs de ses oeuvres ; les cendres sont jet�es dans la Swift.</p><p>On retiendra surtout l�extraordi-</p><p>naire sens et l�exceptionnelle comp�-</p><p>tence politique de ce th�ologien qui, confront� � une papaut� particuli�rement scandaleuse, peut bien �tre consi-</p><p>d�r� comme l�initiateur de la critique sociologique et, singuli�rement, id�ologique de la religion.</p><p>G. C.</p><p>&amp; H. B. Workman, John Wyclif (Oxford, 1926 ; nouv. �d., Hamden, Connect., 1966, 2 vol.). /</p><p>J. A. Robson, Wyclif and the Oxford Schools (Cambridge, 1961). / L. J. Daly, The Political Theory of John Wyclif (Chicago, 1962). /</p><p>G. A. Benrath, Wyclifs Bibelkommentar (Berlin, 1966).</p><p>Wyler (William)</p><p>Metteur en sc�ne de cin�ma am�ricain (Mulhouse 1902).</p><p>Apr�s quelques �tudes suivies � Lausanne et au Conservatoire de musique de Paris, William Wyler devient en 1919 agent de publicit� � Paris pour la compagnie Universal. C�est en 1920</p><p>qu�il gagne Hollywood, o� il est successivement troisi�me, deuxi�me, puis premier assistant-metteur en sc�ne. De 1925 � 1928, il r�alise de nombreux westerns, de court m�trage pour la plupart, dont on ne trouve plus trace aujourd�hui. Mobilis� dans l�aviation durant la Seconde Guerre mondiale, il signe des films d�instruction militaire pour l�US Air Force, notamment The Memphis Belle (1944) et Thunderbolt (1945), ce dernier en collaboration avec John Sturges. En 1945, il fonde avec Samuel Briskin, Frank Capra et George Stevens la Liberty Films, qui fusionne en 1947 avec la c�l�bre Para-mount. Entre-temps, William Wyler a oubli� ses oeuvres de circonstance pour devenir un metteur en sc�ne non seulement reconnu, mais recherch�. Dans le cadre d�une production cin�matographique que les hommes d�affaires et les administrateurs de Hollywood tiennent avant tout � codifier, � aseptiser et � standardiser, en une d�cade d�aust�rit� �conomique et morale, Wyler appara�t tr�s rapidement comme le cin�aste id�al. Son nom s�attache vite � une notion de � qualit� �, � des garanties de � s�rieux � qui lui interdisent toute vell�it� trop ostensiblement novatrice.</p><p>Apr�s des louanges d�mesur�es, il a fait l�objet d�une s�v�rit� somme toute excessive. Le cin�ma qu�il d�fend et</p><p>pratique repose en grande partie sur un appareil dramatique aussi conventionnel qu�admirablement efficace : Rue sans issue (Dead End, 1937), l�Insoumise (Jezebel, 1938, o� il dirige pour la premi�re fois Bette Davis), les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights,</p><p>1939, adaptation soign�e du livre de E. Bront�) en portent la marque. Wyler aime les � best-sellers � et les grandes �vocations sudistes ; son style est plus qu�honn�te, et sa direction d�acteurs, traditionnelle d�inspiration, n�en est pas moins estimable. Gary Cooper</p><p>dans le Cavalier du d�sert (The Westerner, 1940) et la Loi du Seigneur (Friendly Persuasion, 1956), Bette Davis dans la Lettre (The Letter, 1940) ou la Vip�re (Little Foxes, 1941), Mon-tgomery Clift dans l�H�riti�re (The Heiress, 1949, d�apr�s H. James) lui doivent beaucoup.</p><p>La plupart de ses films, drames</p><p>sentimentaux le plus souvent desti-n�s � un public f�minin (Mrs Miniver, 1942 ; Carrie, 1952) ou films de prestige (les Plus Belles Ann�es de notre vie [The Best Years of our Lives, 1946], son meilleur film sans doute), sont davantage marqu�s par le label traditionnel de leurs compagnies de production que des oeuvres d�auteur.</p><p>Moins � l�aise dans le policier (Detective Story, 1951 ; la Maison des otages</p><p>[The Desperate Hours, 1956]) ou dans les grandes � machineries � (Ben-Hur, 1959), Wyler a eu la chance de voir la majorit� de ses films accueillis avec un grand succ�s, dont Funny Girl (1968) est le dernier exemple. C�est pourtant au d�tour d�un m�lodrame m�connu</p><p>comme la Rumeur (The Children�s</p><p>Hour, 1961) ou dans une s�quence</p><p>d�une anodine com�die telle que Vacances romaines (Roman Holiday,</p><p>1953) qu�on d�couvre un peu de la v�rit� am�ricaine ou plus simplement une acuit� du regard, un �clair d��motion qu�on ne soup�onnait plus chez ce psychologue pour presse du coeur.</p><p>Couvert d�honneurs et d�oscars, ce ma�tre de l�artifice nous a donn�, au moment de sa carri�re o� on s�y attendait le moins, une oeuvre surprenante, �trangement moderne de facture et de ton, l�Obs�d� (The Collector, 1964), downloadModeText.vue.download 528 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11739</p><p>qui d�tonne agr�ablement dans sa fil-mographie. L�image y est moins l�ch�e qu�� l�ordinaire, le style vigoureux et les sentiments d�une ambigu�t� � laquelle trente ans de feuilletons d�mo-d�s au moment m�me de leur sortie ne nous avaient gu�re pr�par�s. Il est loin le temps o� Andr� Bazin lan�ait : � �</p><p>bas Ford, vive Wyler �, et lointaine est l��poque o� Ils �taient trois (These Three, 1936) provoquait les sanglots des foules.</p><p>Aujourd�hui, William Wyler ne</p><p>sort plus de sa retraite dor�e que le temps d�une insignifiante pochade (Comment voler un million de dollars</p><p>[How to steal a Million, 1966], o� Audrey Hepburn fait merveille), d�un �difiant pensum sur le racisme (On n�ach�te pas le silence [The Liberation of L. B. Jones, 1970]) ou d�un � v�hicule � pour chanteuse � succ�s (Barbra Streisand dans Funny Girl). Il est difficile d�aimer tous les films de Wyler, mais il serait mals�ant de les n�gliger.</p><p>Les respecter, c�est (aussi) aimer Hollywood, ses d�fauts, ses insuffisances, mais �galement son ind�finissable charme : toute une �poque.</p><p>M. G.</p><p>Wyspia&#x144;ski</p><p>(Stanis&#x142;aw)</p><p>Po�te et dramaturge polonais (Cracovie 1869 - id. 1907).</p><p>Po�te, dramaturge, peintre de talent, r�formateur du th��tre, pionnier des arts appliqu�s, Wyspia&#x144;ski est un artiste universel. Esprit ind�pendant, il est une des plus originales individualit�s de l�histoire de la culture polonaise.</p><p>Il est le pr�curseur du � th��tre total �, o� tous les arts se fondent, o� le dialogue est subordonn� au mouvement, � l�espace ; ses r�formes en tant que metteur en sc�ne devancent le grand renouvellement du th��tre, entrepris vers 1905 par Max Reinhardt et Gordon Craig. Le th��tre de Wyspia&#x144;ski est aussi un th��tre national : la sc�ne</p><p>devient tribunal id�ologique. Monumental et symbolique, il embrasse des influences diverses : trag�die antique, drame shakespearien, musique de Wagner, litt�rature europ�enne moderne.</p><p>Le p�re de Stanis&#x142;aw, un sculp-</p><p>teur alcoolique, ne peut subvenir aux besoins de sa famille. Sa m�re meurt alors qu�il n�a que sept ans. Jeune encore, il s�int�resse � l�art, au th��tre et � l�histoire ; son amour pour sa ville natale, Cracovie, est n� � cette �poque. Il entreprend des �tudes de peinture sous la direction de Jan Ma-tejko (1838-1893) � l��cole des beaux-arts, puis de litt�rature et d�histoire de l�art � l�universit�. En 1890, gr�ce � une bourse, il part pour un voyage d�un mois � travers l�Europe. L�ann�e suivante, il s�journe � Paris, o� il se rendra encore en 1893 et en 1894. Il y fr�quente l�acad�mie de peinture de Filippo Colarossi, les th��tres et le Louvre. Il peint des vitraux pour des �glises polonaises, compose des livrets d�op�ra (Daniel, publi� en 1907) et des fragments dramatiques. Son s�jour � Paris est l��poque la plus heureuse de sa vie, le moment o� m�rit l�artiste et o� se forme l�homme de th��tre ; car Wyspia&#x144;ski peintre se transforme peu � peu en Wyspia&#x144;ski dramaturge. C�est avec regret qu�il quitte la France en 1894 ; il n�y reviendra plus.</p><p>De retour � Cracovie, il souffre de l�incompr�hension du public et de la critique. Il sait bien que la Pologne, domin�e par des puissances �trang�res, ne peut lui offrir la possibilit� d�un pays libre ; il r�ve de France et d�Italie, mais, faute d�argent, il renonce aux voyages. Il reste dans son pays, d�cid� � consacrer tout son talent � sa patrie.</p><p>Les dix derni�res ann�es de sa courte vie sont marqu�es par une abondante production litt�raire : dix-sept drames, des po�mes historiques et une �tude sur Hamlet (1905), le tout compos� avec une h�te et une passion cr�atrice extraordinaires. Wyspia&#x144;ski �crit des livrets d�op�ra (L�gende I, 1898) et des drames sur des motifs antiques (Mel�agre, 1899 ; Prot�silas et Lao-damie, 1899). En 1898 est repr�sent� le premier de ses grands drames, la Varsovienne, sur l�insurrection polo-</p><p>naise de 1830-31, o� le chant national polonais de 1831 (avec les paroles de Casimir Delavigne) sert de leitmotiv ; sa mise en sc�ne est un �v�nement artistique. Suivront : Lelewel (1899), encore un drame sur l�insurrection ; la Nuit de novembre (1904), o� l�histoire se confond avec la mythologie ; des drames contemporains (l�Anath�me, 1899 ; les Juges, 1907).</p><p>L�ann�e 1901 apporte � Wyspia&#x144;ski la gloire ; le th��tre joue son chef-d�oeuvre, les Noces, compos� � l�occasion du mariage d�un ami �crivain avec une paysanne ; c�est un myst�re national, un r�ve collectif sur l�ind�-</p><p>pendance, un drame social et politique.</p><p>Le � complexe de Mickiewicz � est � l�origine de ses deux drames, la L�gion (1900) et l�Affranchissement (1903) ; cette derni�re pi�ce est une satire des �lans romantiques et de la philosophie mystique, des abus de la soci�t� polonaise et de leurs cons�quences politiques ; sa forme, toute moderne, est celle d�un spectacle improvis�, d�un</p><p>� th��tre dans le th��tre �.</p><p>Wyspia&#x144;ski compose plusieurs</p><p>po�mes, � commentaires � histo-</p><p>riques des vitraux peints pour le ch�-</p><p>teau Wawel de Cracovie, et deux</p><p>drames, Boleslas le Hardi (1903) et Ska&#x142;ka (1907). En 1904 para�t Akro-polis, r�sum� dramatique de toute sa philosophie. Fascin� par Hom�re, il donne encore des pi�ces sur des sujets antiques (Achilleis, 1903 ; le Retour d�Ulysse, 1907) et forme le projet de construire un amphith��tre pour repr�-</p><p>senter ce genre d�ouvrages, tandis que dans son �tude sur Hamlet il analyse le r�le social et esth�tique du th��tre.</p><p>D��u par des intrigues de ses ennemis, malade de plus en plus gravement, isol�, il continue son oeuvre (la Mort d�Oph�lie, Jules II) et, en 1906, se fixe � la campagne, pr�s de Cracovie. Il ne quitte bient�t plus son lit et c�est en le dictant qu�il compose son dernier drame, Sigismond-Auguste, qui restera inachev�.</p><p>K. S.</p><p>&amp; J. Z. Jakubowski (sous la dir. de), Stanis&#x142;aw Wyspia&#x144;ski (en polonais, Varsovie, 1967). /</p><p>A. Oka&#x144;ska, Stanis&#x142;aw Wyspia&#x144;ski (en polonais,</p><p>Varsovie, 1971).</p><p>downloadModeText.vue.download 529 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 530 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11741</p><p>X (rayons)</p><p>F RADIATIONS.</p><p>Xanthophyc�es</p><p>V�g�taux aquatiques, qui �taient autrefois appel�s � Algues vertes h�t�rocont�es � ou H�t�rocontes.</p><p>Ce sont en effet des Algues* surprenantes, car, bien que de couleur verte, comme les Chlorophyc�es*, elles</p><p>portent, lorsqu�elles en sont pourvues, des flagelles par paires mais in�gaux entre eux, alors que ceux des Chlorophyc�es sont identiques. D�autres crit�res diff�rentiels ont �t� d�couverts, par exemple l�absence d�amidon, et nous devons aujourd�hui consid�rer les Xanthophyc�es comme un phylum sp�cial, plus proche des Algues brunes que des Algues vertes. D�ailleurs, si la couleur habituelle est verte, on conna�t des esp�ces jaunes ou brunes : les Tribonema d�eaux douces sont vert clair, mais le Tribonema marin est jaune dor�. L�ensemble des caract�res relev�s permet donc de placer les Xanthophyc�es dans le vaste ensemble des Algues brunes, entre les Diatom�es et les Chrysophyc�es.</p><p>Puisqu�il s�agit d�un phylum sp�cial, il n�est pas �tonnant que les Xanthophyc�es se pr�sentent sous des formes diff�rentes. Certaines sont unicellulaires. D�autres sont filamenteuses, et nous reviendrons sur la curieuse division de leurs cellules. Les plus connues sont c�nocytiques, c�est-�-dire qu�elles sont constitu�es d�un ensemble �</p><p>nombreux noyaux, mais sans cloisons d�limitant les cellules. L�enveloppe g�n�rale peut �tre globuleuse, comme dans le genre Botrydium, ou encore en filament ramifi�, comme dans le genre Vaucheria.</p><p>Les Vaucheria, que l�on trouve encore parfois class�es par erreur dans</p><p>les Chlorophyc�es, sont des plantes tr�s communes et qui constituent des gazons plus ou moins denses et �tendus dans les eaux douces et sur les vases sal�es du littoral. Elles sont constitu�es par des tubes, que l�on appelle siphons, assez gros pour �tre tr�s bien reconnaissables � l�oeil nu. La membrane est tr�s r�sistante ; le cytoplasme, p�riph�-</p><p>rique, renferme de nombreux noyaux et de nombreux plastes petits et verts ainsi que des gouttelettes d�huile qui repr�sentent la principale r�serve alimentaire de la plante. Le centre est occup� par une vaste vacuole. La reproduction est facile � observer et tr�s int�ressante. On peut voir des extr�-</p><p>mit�s de filaments se cloisonner et, � l�int�rieur de la logette ainsi form�e, se constituer une grosse boule verte � cytoplasme dense ; cette boule sortira du tube par un orifice de la cloison, et l�on pourra voir alors que toute sa surface est couverte de flagelles courts, mais nombreux. Ces flagelles sont dispos�s par paires, mais in�gaux entre eux dans chaque paire ; de plus, chaque paire de flagelles correspond � un noyau sous-jacent, ce qui rappelle l�organisation des formes cellulaires banales ; les Vaucheria sont donc presque s�rement des formes cellulaires devenues secondairement c�nocytiques, m�me si, dans leur �volution, il n�a pas exist� de stade pluricellulaire.</p><p>Pour la reproduction sexu�e, la</p><p>plante �met un appendice lat�ral droit ou courb� en boucle, dont l�extr�mit� se cloisonne ; dans la logette ainsi form�e se constituent les gam�tes m�les, tr�s petits et flagell�s. D�autres appendices cloisonnent encore une logette terminale dans laquelle un oeuf unique, gros et immobile, se diff�rencie ; celui-ci est f�cond� sur place par les gam�tes m�les, qui ont nag� dans l�eau ; il s�enkyste ensuite, puis germera en donnant de nouveau des filaments c�nocytiques.</p><p>Les algues du genre Tribonema, tr�s connues dans les eaux douces, sont des filaments form�s de cellules dispos�es bout � bout, mais, si on les examine soigneusement, on voit que la membrane de chaque cellule, au milieu, pr�sente une sorte de scissure ; lors de la division de la cellule, il se forme un diaphragme int�rieur avec deux expan-</p><p>sions cylindriques de chaque c�t�, ce qui fait que, vu en coupe, l�ensemble ressemble � la lettre H. Ce type de division ressemble � celui des Diatom�es, o� les cellules filles conservent chacune une valve de la cellule m�re et reconstituent une nouvelle valve toujours interne. Une telle division est tr�s rare dans le monde vivant.</p><p>Dans certains cas, les Xanthophy-</p><p>c�es peuvent engendrer des kystes � parois siliceuses, constitu�es de deux parties presque �gales, tandis que, chez les Chrysophyc�es, une des parties est beaucoup plus petite que l�autre. On retrouve des kystes comparables chez les Diatom�es, et il y a l� encore un point commun remarquable entre les trois groupes.</p><p>M. D.</p><p>Xenakis (Yannis)</p><p>Compositeur fran�ais d�origine</p><p>grecque (Br&#x103;ila, Roumanie, 1922), naturalis� en 1965.</p><p>Marqu� dans son enfance par la</p><p>musique populaire et la liturgie byzantine, Yannis (ou Iannis) Xenakis vit en Gr�ce d�s 1932. Il poursuit parall�lement sa formation de musicien et de polytechnicien, assimilant la pens�e des musiciens classiques au conservatoire d�Ath�nes et s�orientant en m�me temps vers les math�matiques et l�architecture. Durant toute la guerre, il prend le maquis, se battant contre l�occupant nazi, jusqu�au 1er janvier 1945, jour o� il est gri�vement bless� et perd un oeil. Captur�, puis condamn� � mort, il r�ussit � s�enfuir, mais, apr�s avoir obtenu son dipl�me d�ing�nieur, il se trouve de nouveau en butte � l�hostilit� du r�gime grec r�actionnaire au pouvoir et ne sauve sa vie qu�en s�exi-lant clandestinement � la fin de 1947 ; il ne reverra son pays que vingt-sept ans plus tard, apr�s l�effondrement du r�gime des colonels.</p><p>Il se fixe d�finitivement � Paris, poursuivant ses �tudes musicales avec Honegger, Milhaud et surtout Messiaen*. Celui-ci encourage d�embl�e ses recherches, approuvant sa rupture d�avec le folklorisme et le n�o-clas-</p><p>sicisme. � partir de 1950 et pour dix ans, Xenakis devient l�assistant de Le Corbusier*, collaborant � la r�alisation des c�l�bres Cit�s radieuses de Marseille et de Nantes-Rez�, du couvent de la Tourette et concevant seul le fameux pavillon Philips de l�Exposition universelle de Bruxelles de 1958, dont la musique est de Var�se et le spectacle int�rieur de Le Corbusier. Jusqu�� ce jour, il n�a jamais cess� de travailler � de tr�s importants plans d�architecte.</p><p>Mais, � partir de 1953, date de son mariage avec Fran�oise Gargou�l (la romanci�re Fran�oise Xenakis), le compositeur, au terme de longues an-n�es de pr�paration et apr�s maintes �bauches de jeunesse reni�es et d�-</p><p>truites, va s�affirmer puissamment.</p><p>Son opus I, Metastasis (1954), pour orchestre, cr�� � Donaueschingen en 1955, marque une �tape capitale de la musique d�aujourd�hui. D�embl�e, seul de sa g�n�ration � cette �poque, Xenakis prend ses distances vis-�-vis de la musique s�rielle*, qu�il consid�re comme caduque et vou�e � l�acad�misme. Cette m�me ann�e 1955, il explique sa position dans un retentissant article publi� dans les Gravesaner Bl�tter, revue publi�e en Suisse par Hermann Scherchen (1891-1966). Ce dernier, chef d�orchestre illustre, a �t� le premier et le plus fid�le d�fenseur de Xenakis, mettant � sa disposition son studio �lectro-acoustique de Gravesano (Tessin) et dirigeant r�guli�rement ses oeuvres. C�est gr�ce � lui que l�art de Xenakis s�est impos� d�abord en Allemagne, alors que la France se montrait plus r�ticente. En revanche, lorsque, au terme d�une bonne dizaine d�ann�es de � travers�e du d�sert �, due � sa position d�isol� et d�ind�pendant face � la vague toute-puissante du s�rialisme boul�zien, telle qu�elle se manifestait au Domaine musical, Xenakis triompha enfin en France, l�Allemagne l�avait presque oubli� : elle commence seulement � le red�couvrir !</p><p>On peut consid�rer les ann�es 1954-55 comme le tournant d�cisif de la musique fran�aise d�aujourd�hui, celles qui virent na�tre Metastasis de Xenakis et le Marteau sans ma�tre de Boulez*.</p><p>Toute la jeune g�n�ration des compositeurs fran�ais a d� se d�finir par rapport</p><p>� l�une et � l�autre de ces oeuvres. Le rayonnement de Xenakis s�est affirm� � partir du d�but des ann�es 60, lorsque l�h�g�monie du s�rialisme strict s�effondra, ainsi qu�il l�avait lui-m�me pr�vu. D�s lors, sa vie se confond avec son oeuvre, forte � l�heure actuelle d�une cinquantaine de partitions de tous genres.</p><p>La pens�e th�orique de Xenakis, magistralement expos�e dans son ouvrage Musiques formelles (1963), consiste � organiser selon des lois math�matiques les nuages ou les galaxies de sons qu�il substitue d�s le d�part au mat�riau s�riel. Xenakis distingue ainsi dans son oeuvre une musique stochastique (fond�e sur les th�ories math�matiques des probabilit�s et des �v�nements en cha�ne), une musique strat�gique (fond�e sur la th�orie des jeux), enfin une musique symbolique (fond�e sur la th�orie des ensembles et la logique math�matique). Il a �t� tr�s t�t amen� � �largir consid�rablement le domaine du son musical, utilisant les ressources inusit�es des instruments (notamment le glissando) et faisant largement appel � l��lectro-acoustique. Ses recherches, loin de celles des Viennois, se situent donc plut�t dans la descendance de Var�se*, dont il est peut-�tre l�h�ritier le plus authentique � l�heure actuelle.</p><p>Lorsqu�il utilise l�orchestre, c�est downloadModeText.vue.download 531 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11742</p><p>pour d�montrer qu�il est � capable de surclasser en sonorit�s nouvelles et en finesse les moyens �lectroniques qui pr�tendaient tout balayer �. Cet architecte a �galement poursuivi des recherches f�condes sur la spatialisa-tion du ph�nom�ne musical, recherches qu�il partage avec d�autres ma�tres de sa g�n�ration, comme Stockhausen*, mais o� il les pr�c�da fr�quemment.</p><p>Ses grandes oeuvres orchestrales Ter-retektorh (1966) et Nomos Gamma</p><p>(1967-68) diss�minent les membres de l�orchestre symphonique parmi les auditeurs, cr�ant ainsi un � cyclotron sonore �, cependant que les six percussionnistes de Persephassa (1969) entourent le public d�un cercle de</p><p>puissantes et mouvantes vagues sonores. Pers�polis (1971) et les deux Polytopes (� lieux multiples �), celui de Montr�al (1967) et surtout celui de Cluny (1972), sonorisent int�gralement un lieu, faisant appel aux ressources combin�es de l��lectro-acoustique et des rayons lumineux (rayons lasers). Parall�lement, Xenakis continue � �crire pour l�orchestre, les voix, le piano, l�orgue et les autres moyens sonores traditionnels une musique qui, en d�pit de ses bases structurelles philosophiques et math�matiques, en d�pit de sa formalisation rigoureuse, se veut avant tout moyen de communication et parvient presque toujours � �tablir cette communication gr�ce � une inspiration d�une richesse, d�une grandeur et d�une puissance qui lui ont valu l�adh�sion des plus vastes publics, particuli�rement de la jeunesse. Sa musique tire sa force de ce qu�elle est fond�e sur une pens�e d�une absolue coh�rence, et le paradoxe est que cette pens�e ne soit pas, fondamentalement, une pens�e musicale, mais donne</p><p>cependant naissance � de la musique, indiscutablement. M�me dans celles de ses oeuvres qui font appel � l�assistance d�ordinateurs IBM (simples auxiliaires permettant au compositeur de gagner un temps pr�cieux en d�finissant toutes les possibilit�s d�un mat�riau donn� � partir du � programme � que le cr�ateur lui confie et en lui permettant ensuite de choisir les mieux adapt�es � son projet esth�tique), m�me dans ses pages les plus � scientifiques �, donc,</p><p>� les calculs pr�alables s�oublient compl�tement � l�audition. Aucune c�r�-</p><p>bralit�, aucune fr�n�sie intellectuelle.</p><p>Le r�sultat sonore est une agitation d�licatement po�tique ou violemment brutale, selon les cas � (O. Messiaen).</p><p>Dans ses plus grandes pages, Xenakis retrouve m�me un souffle romantique qui fait de lui un digne h�ritier de Berlioz, comme lui � chevalier de l�aventure � musicale. Dans les bouleversantes Nuits pour 12 voix mixtes (1967), d�di�es aux prisonniers politiques oubli�s de tous les pays, dans Nomos Gamma, dont la formidable</p><p>et mena�ante progression conclusive est une v�ritable � marche contre les colonels �, il se montre fid�le � l�engagement politique et progressiste de ses jeunes ann�es, tandis que ses mu-</p><p>siques de sc�ne pour les Suppliantes ou l�Orestie d�Eschyle, d�une simplicit� monumentale, le situent dans le grand h�ritage de l�humanisme grec mill�-</p><p>naire. Parmi ses chefs-d�oeuvre les plus indiscutables, on citera encore Eonta pour piano et cinq cuivres (1964), Synaphai pour piano et orchestre (1969) et le tout r�cent Gmeeoorh pour orgue (1974).</p><p>� c�t� de son activit� doublement cr�atrice de compositeur et d�architecte, Xenakis poursuit un important travail p�dagogique, plusieurs mois par an, � l�universit� de Bloomington (�tats-Unis), tout en dirigeant � Paris les travaux des �quipes de ma-th�matique et automatique musicale (E. M. A. M. U.), dont il est le fondateur, travaux qui se poursuivront d�sormais en �troite collaboration avec l�Institut de recherche et de coordination acoustique-musique (I. R. C. A. M.) du Centre Beaubourg.</p><p>Son oeuvre rayonne maintenant</p><p>dans le monde entier, du Japon � la Grande-Bretagne, des �tats-Unis � l�Allemagne, et la Gr�ce lui consacre � pr�sent, elle aussi, des festivals. En marge de tous les groupes et de toutes les esth�tiques h�rit�es, cette oeuvre repr�sente un apport capital � la pens�e musicale de cette seconde moiti� de si�cle.</p><p>Les oeuvres principales</p><p>y orchestre : Metastasis (1954) ; Pitho-prakta (1956) ; Achorripsis (1957) ; Duel pour 2 orch. (1959) ; ST/48 (1959-1962) ; Strat�gie pour 2 orch. (1962) ; Terretek-torh (1966) ; Polytope de Montr�al (1967) ; Nomos Gamma (1967-68), Kraanerg, ballet (1969) ; Synaphai, piano et orch. (1969) ; Antikhton, ballet (1971) ; Erikhton, piano et orch. (1973) ; Noomena (1974).</p><p>y petites formations : Syrmos, 18 cordes (1959) ; Analogiques A et B, 9 cordes et bande (1959) ; S7/4, quatuor � cordes (1956-1962) ; ST/10 (1962) ; Amorsima-Morsima (1962) ; Atr�es, 10 instr. (1958-1962) ; Eonta, piano et 5 cuivres (1964) ; Akrata, 16 vents (1964-65) ; Anaktoria, octuor (1969) ; Persephassa, 6 percussions (1969) ; Aroura, 12 cordes (1971) ; Linaia-Agon, 3 cuivres (1972) ; Eridanos, cordes et cuivres (1973).</p><p>y solistes : Herma, piano (1961) ; Nomos Alpha, violoncelle (1966) ; Mikka, violon (1973) ; Evryali, piano (1973) ; Gmeeoorh, orgue (1974).</p><p>y choeurs : Polla Ta Dhina, 20 voix d�enfants et orch. (1962) ; Nuits, 12 voix mixtes (1967) ; Cendr�es, choeur et orch. (1973).</p><p>y musiques de sc�ne : Hiketides (pour les Suppliantes d�Eschyle, 1964) ; Oresteia (1966) ; Medea (1967).</p><p>y �lectro-acoustique : Diamorphoses (1957) ; Concret PH (1958) ; Orient-Occident (1960) ; Bohor (1962) ; Hibiki-Hana-Ma (1969-70) ; Pers�polis (1971) ; Polytope de Cluny, � Paris (1972).</p><p>H. H.</p><p>&amp; Y. Xenakis, Musiques formelles (Richard-Masse, 1963 ; nouv. �d., Formalized Music, Bloomington, Ind., 1971) ; Entretien avec Jacques Bourgeois (Boosey et Hawkes, 1970) ; Musique, architecture (Casterman, 1971). /</p><p>M. Bois, Yannis Xenakis, the Man and his Music (Londres, 1967). / D. Charles, la Pens�e de Xenakis (Boosey et Hawkes, 1968). / C. Rostand, Xenakis (Salabert, 1970).</p><p>x�non</p><p>F GAZ INERTES.</p><p>X�nophane</p><p>F �L�ATES (les).</p><p>X�nophon</p><p>Philosophe et �crivain grec (d�me d�Erkhia, pr�s d�Ath�nes, v. 430 -</p><p>� v. 355 av. J.-C.).</p><p>Sa vie</p><p>Issu d�une famille ais�e, il suit les le�ons des sophistes, probablement celles de Prodicos, mais il s�attache surtout � Socrate* ; la rencontre des deux hommes, vers 404, a donn� lieu � une anecdote connue, cont�e par Diog�ne La�rce : � On dit qu�un jour X�nophon ayant rencontr� Socrate</p><p>dans la rue, celui-ci lui barra le chemin avec son b�ton et lui demanda o� l�on achetait les choses n�cessaires � la vie.</p><p>X�nophon le lui dit. � Et pour deve-</p><p>nir honn�te homme, reprit Socrate, o� faut-il aller ? � X�nophon ne sut que r�pondre. � Suis-moi donc, dit Socrate, et je te le dirai. � � partir de ce jour, X�nophon devint son auditeur. � Au printemps de 401, il s�enr�le dans l�ar-m�e de mercenaires que Cyrus le Jeune l�ve en Asie Mineure contre son fr�re Artaxerx�s II : d�abord il n�est � ni g�n�ral, ni officier, ni soldat � (l�Anabase), puis l�amateur devient l�un des chefs de la retraite des Dix Mille.</p><p>Apr�s un s�jour � Ath�nes, qu�il quitte rapidement, rendu suspect en tant qu�ami de Socrate (le philosophe venait de mourir) et de Cyrus, il reprend du service, en 396, dans l�arm�e du roi de Sparte, Ag�silas, combat � Coron�e contre ses compatriotes et est, pour ce fait, exil� par les Ath�niens. Il se retire d�s lors � Scillonte, en �lide, dans un domaine rural donn� par les Lac�d�-</p><p>moniens : c�est l� qu�il compose la majeure partie de ses ouvrages. En 371, il doit quitter Scillonte, ravag�e par les �l�ens en guerre contre Sparte, et se r�fugie � Corinthe. On ignore s�il revient � Ath�nes quand les Ath�niens rapportent le d�cret d�exil qui l�avait frapp� (365), mais on sait que, trois ans plus tard, Ath�nes s��tant rapproch�e de Sparte pour lutter contre Th�bes, ses deux fils combattent dans les rangs de la cavalerie ath�nienne. Le dernier de ses ouvrages, le trait� les Revenus, est de 355 : apr�s cette date, on perd sa trace.</p><p>Un honn�te homme,</p><p>une oeuvre honn�te</p><p>Soldat, �conomiste, chef de famille, cavalier, historien, romancier, philosophe, X�nophon offre de multiples visages. Cet homme cultiv�, � l�entretien facile, qui sait aussi bien manier la plume que l��p�e, est l�image du citoyen � beau et bon � (kalos kai aga-thos) de l�Ath�nes du Ve s. � d�faut de g�nie, il poss�de le talent, celui de savoir mettre � la port�e de tous le fruit de ses exp�riences et de ses m�ditations. Son intelligence et sa sensibilit� ne sont pas exceptionnelles en son temps, ses �crits ne brillent pas par leur �clat, et sa prose pr�sente une harmonie aimable o� l�on ne retrouve ni la gr�ce d�H�rodote ni la force de Thucydide.</p><p>Mais ce grand seigneur lettr�, qui passa</p><p>quelque vingt ans dans son domaine de Scillonte, m�rite la sympathie : c�est le propre d�un sage que de savoir cultiver ses terres et c�est le fait d�un homme d�esprit que d�aimer la litt�rature et la philosophie. N�est-il pas aussi homme d�action, amoureux de l�aventure et des horizons nouveaux, soucieux, par app�tit de vivre, de se d�penser physiquement et de courir le monde ?</p><p>Sans doute, son �me, bien �quilibr�e, � l�optimisme in�branlable, ne se pose pas d�interrogations inqui�tes sur ellem�me : elle ne conna�t ni le doute, ni l�angoisse. Mens sana in corpore sano, downloadModeText.vue.download 532 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11743</p><p>le vers de Juv�nal s�applique parfaitement � X�nophon, et le personnage est s�duisant, � condition qu�on ne cherche pas chez lui une hauteur de vues qu�il ne saurait avoir. Au total, l�esprit est bon et vigoureux : X�nophon est d�agr�able compagnie.</p><p>Sa nature active l�a amen� � com-</p><p>poser toutes sortes d�ouvrages. S�int�-</p><p>ressant � tout, X�nophon touche aux sujets les plus divers. Si nous ignorons la chronologie de ses �crits, ceux-ci nous sont parvenus int�gralement. Les uns sont directement inspir�s du souvenir de Socrate et de son enseignement (l�Apologie de Socrate, les M�morables, le Banquet) ; d�autres ont trait � l��conomie et � la politique (l��conomique, la Constitution de Sparte, Hi�-</p><p>ron, les Revenus), � la vie militaire et � l�histoire (l�Anabase, les Hell�niques, Ag�silas) ; d�autres encore concernent la pratique des sports (De l��quitation, l�Hipparque) ; quant � la Cyrop�die, il s�agit d�un roman philosophique dont la mati�re est fournie par l�histoire. On a souvent dit que X�nophon �tait un polygraphe : il reste que son oeuvre, quelle que soit sa vari�t�, montre une sensible unit� d�inspiration. Elle t�moigne partout des m�mes qualit�s raisonnables et mod�r�es, tout en laissant transpara�tre un certain go�t pour le romanesque. L�impression g�n�rale est celle d�un ensemble un peu terne : mais quelques livres, en particulier l�Anabase et l��conomique, sont de la</p><p>meilleure venue.</p><p>Des �crits socratiques</p><p>aux ouvrages</p><p>didactiques</p><p>Le tr�s bref trait� l�Apologie, o� X�nophon avance que la fiert� dont Socrate fit preuve devant ses juges s�explique par la conviction du philosophe que la mort est pr�f�rable � la vie, para�t un peu p�le en regard de l�Apologie de Platon. Il en va diff�remment des M�-</p><p>morables : bien que la composition en soit trop l�che et que les dialogues se r�duisent � une conversation fine et in-sinuante � par ailleurs non d�pourvue de charme � qui n�a pas l�intensit� de la dialectique platonicienne, l�ouvrage constitue un pr�cieux document sur la personne et la doctrine de Socrate autant qu�un noble trait� de morale.</p><p>X�nophon y rassemble les souvenirs qu�il a gard�s de son ma�tre et met en �vidence son influence exemplaire sur ses disciples : pi�t�, temp�rance (ainsi, au livre II, la fameuse all�gorie d�H�racl�s entre le Vice et la Vertu), respect de soi-m�me et des devoirs sociaux, obligation de s�instruire, voil� les grands th�mes que X�nophon d�veloppe par la voix de Socrate. L�image qu�il donne de celui-ci, avec beaucoup de simplicit� et de naturel, est compl�mentaire de celle de Platon. Le troisi�me �crit socratique, le Banquet, o� l�on voit Socrate convive du riche Callias, contient une belle dissertation sur l�amour et ne manque ni de vie ni d�esprit.</p><p>L�enseignement de Socrate a mar-</p><p>qu� tout X�nophon de son empreinte, soit qu�il compose cette sorte de roman moral qu�est la Cyrop�die, soit qu�il s�int�resse � la politique. � ses yeux, la vie de Cyrus est un mod�le � suivre.</p><p>Dans cette biographie du plus grand conqu�rant connu jusqu�alors, biographie o� il prend bien des libert�s avec la v�rit� historique, X�nophon s�applique � sugg�rer que son h�ros est le chef d��tat id�al, le parfait manieur d�hommes. Trait� d�art militaire, de politique, de p�dagogie, la Cyrop�die est finalement une oeuvre assez froide, les personnages �tant des abstractions, en d�pit d�une veine d�imagination sentimentale et romanesque. F�nelon</p><p>fera-t-il beaucoup mieux avec son T�l�maque ?</p><p>Du roman philosophique, X�nophon</p><p>passe � la politique : son petit essai d��conomie, les Revenus, est consacr� aux affaires d�Ath�nes, de m�me que la Constitution de Sparte, apologie sans r�serve de l��tat lac�d�monien, donne l�exemple de la cit� qu�il juge accomplie. Par ailleurs, l�entretien entre le po�te Simonide et le c�l�bre tyran de Syracuse (Hi�ron) montre que toute autorit� peut �tre bienfaisante : les consid�rations sur le pouvoir absolu ont de la finesse.</p><p>Deux autres trait�s, De l��quitation et l�Hipparque, r�v�lent encore ce go�t d�enseigner, s�il est vrai que, pour X�-</p><p>nophon, le sport est un devoir envers soi-m�me : le premier est l�oeuvre d�un excellent cavalier ; le second est l�expos� des charges morales et mat�rielles d�un commandant de cavalerie.</p><p>Tous ces ouvrages sont particuli�-</p><p>rement caract�ristiques de l�esprit de X�nophon, pour autant qu�� partir de la discipline socratique ils exposent les id�es qui lui tiennent le plus � coeur sur l��ducation et le r�le du chef. Mais c�est surtout dans l��conomique et dans l�Anabase que X�nophon met en valeur par d��videntes qualit�s dramatiques et litt�raires l�unit� de sa pens�e.</p><p>X�nophon</p><p>chef de famille et</p><p>historien</p><p>Le livre de l��conomique, �crit � Scillonte, est un des chefs-d�oeuvre de X�nophon. Socrate y est mis en sc�ne, mais c�est par un pur artifice litt�raire : les id�es exprim�es par la bouche du ma�tre sont bien de X�nophon, qui se peint lui-m�me sous les traits d�Ischo-maque. La plus grande partie de l�ouvrage porte sur l�agriculture et a un accent de passion qui indique combien l�auteur est sensible � la terre et � la vie des champs. C�est, quelques si�cles � l�avance, le fortunatos nimium de Virgile. Homme essentiellement pratique, X�nophon entend gouverner sa maison, am�liorer son domaine, �duquer ceux qui y vivent, � commencer par sa femme. De l� un certain nombre de pr�ceptes, n�s autant de la sagesse</p><p>populaire que de l�exp�rience personnelle, le tout �crit dans une langue limpide : plusieurs pages sont charmantes par leur �panchement, qu�elles s�arr�tent sur les joies de la vie familiale ou sur les plaisirs de la campagne.</p><p>Nulle affectation, nulle p�danterie : un ton de simplicit� famili�re et de gravit� souriante, une atmosph�re de bonheur, tels sont les charmes du livre.</p><p>X�nophon historien n�est pas inf�-</p><p>rieur. Sans doute les sept livres des Hell�niques, qui continuent l�histoire de Thucydide en embrassant la p�riode qui va de l�an 411 � l�ann�e 362, ont-ils une valeur in�gale et n�ont pas la hauteur d�inspiration de leur mod�le. Du moins, la clart� de la narration est ap-pr�ciable, quand il s�agit d�une �poque aussi confuse. Ag�silas se pr�sente plus comme un pan�gyrique de l�illustre roi de Sparte que comme une v�ritable biographie. Le vrai m�rite de X�nophon est, en fin de compte, ailleurs : il est dans l�Anabase, ces m�moires militaires d�un homme qui a exerc� le m�tier des armes, qui a v�cu une prodigieuse aventure et qui a su la conter.</p><p>Ce r�cit de l�exp�dition des Dix Mille comporte sept livres : les deux premiers narrent le d�part des Grecs, la marche avec Cyrus, la bataille de Counaxa, la mort du roi, l�assassinat de Cl�arque et des autres g�n�raux grecs ; � partir du troisi�me livre, X�nophon joue le premier r�le (l�intention apolog�tique est manifeste) : c�est lui qui va ramener l�arm�e grecque, cette � r�publique voyageuse, sorte d�Ath�nes errante au milieu de l�Asie �, suivant le mot de Taine, au prix d��preuves sans nombre.</p><p>Ce journal de marche, ce reportage d�un correspondant de guerre qui finit par prendre la t�te des op�rations, a une saveur extraordinaire. X�nophon n�annonce rien � l�avance, n�intervient pas dans la narration, ne s�indigne pas, ne cherche pas � �mouvoir son lecteur.</p><p>Celui-ci doit garder son jugement libre.</p><p>L�auteur s�efface constamment dans ces petits tableaux vrais et courts, o� le dessin est plus marqu� que la couleur, un dessin si pr�cis et si juste qu�on voit les faits et les objets comme s�ils �taient pr�sents. On pense � M�rim�e ou, plus encore, � Stendhal (le r�cit de la bataille de Counaxa, par sa net-</p><p>tet� et sa sobri�t� du trait, par sa discontinuit�, n�a-t-il pas des caract�res communs avec le r�cit de la bataille de Waterloo vue par les yeux de Fabrice del Dongo ?). La fra�cheur des impressions, la vie qui anime chaque page, les croquis rapides de ces mercenaires grecs, qui ont chacun leur personnalit� propre, font de l�Anabase une oeuvre originale, presque unique.</p><p>� X�nophon, �crit Diog�ne La�rce, est un homme remarquable � beaucoup d��gards, notamment pour son go�t pour les chevaux, la chasse et l�art militaire, comme on le voit par ses �crits ; un homme pieux, qui aimait � offrir des sacrifices, se connaissait aux choses religieuses, et fut un disciple fid�le de Socrate. � Si ce n�est pas son moindre m�rite d�avoir introduit, peut-�tre plus que Platon, la doctrine de Socrate dans la conscience ath�nienne, il reste qu�il n�est pas n�gligeable aujourd�hui de pouvoir lire une oeuvre qui aborde des sujets graves avec un parfait naturel et sans que son auteur �l�ve jamais la voix.</p><p>A. M.-B.</p><p>&amp; A. Croiset, X�nophon, son caract�re et son talent (Thorin, 1873). / A. N. Roquette, De Xeno-phontis vita (Koenigsberg, 1884). / K. Muens-cher, Xenophon in der griechisch-r�mischen Literatur (Leipzig, 1920). / G. Colin, X�nophon historien (Les Belles Lettres, 1933). / J. Luc-cioni, les Id�es politiques et sociales de X�nophon (Les Belles Lettres, 1947) ; X�nophon et le socratisme (P. U. F., 1953). / L. Strauss, On Tyranny, an Interpretation of Xenophon�s �Hie-ron� (New York, 1948 ; trad. fr. De la tyrannie, pr�c�d� du Hi�ron de X�nophon, Gallimard, 1954). / E. Delebecque, Essai sur la vie de X�nophon (Klincksieck, 1957). / C. Moss�, X�nophon.</p><p>L��conomique. Commentaire historique (Th�se, Paris, 1960).</p><p>x�rographie</p><p>Proc�d� d�impression sans contact, utilisant la photoconductivit� et l�effet tribo-�lectrique.</p><p>Les Grecs connaissaient d�j� l��lectricit� statique 500 ans avant l��re chr�-</p><p>tienne : frottant un morceau d�ambre, downloadModeText.vue.download 533 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11744</p><p>ils constataient qu�il attirait des poussi�res. Ce ph�nom�ne est devenu le principe d�un proc�d� d�impression.</p><p>Chester F. Carlson (� 1967) �tudia la question d�s 1935, d�abord seul, puis �paul� par l�organisme de recherche Battelle Institute. Les applications du proc�d� sont nombreuses : impression, obtention de r�serves pour la gravure, de stencils, de plaques offset, x�rocopie.</p><p>Principe</p><p>L�impression x�rographique se fait par transfert de colorants qui, charg�s �lectriquement, se d�placent dans un champ �lectrostatique et sont attir�s par une surface charg�e d��lectricit� de signe contraire.</p><p>La plaque de la x�rographie correspond au film ou au papier de la photographie ordinaire. Elle est constitu�e par une feuille conductrice, m�tal ou papier m�tallis�, dont la surface est couch�e avec un mat�riau photocon-ducteur, s�l�nium ou oxyde de zinc.</p><p>Ce mat�riau n�est pas conducteur dans l�obscurit�, mais le devient lorsqu�il est expos� � la lumi�re. On rend la plaque sensible en donnant � sa surface une charge �lectrique au moyen d�un dispositif de charge, un bobinage en couronne par exemple. Puis on l�expose sous l�original dans un appareil photographique ou dans un ch�ssis.</p><p>Partout o� la lumi�re frappe la plaque, la couche devient conductrice, et sa charge s��coule dans le support. Aux endroits non atteints par la lumi�re et qui correspondent aux noirs de l�original, la charge de surface subsiste et constitue une image latente �lectrique que le d�veloppement va r�v�ler. On d�veloppe en versant sur la plaque une poudre fine dont les particules sont charg�es d��lectricit� de signe contraire. Pour imprimer, on place � une tr�s faible distance au-dessus de la plaque une feuille de papier et on la charge fortement avec un dispositif analogue � celui qui a charg� la plaque.</p><p>Les particules de poudre se trouvent attir�es et, quittant la plaque, se d�posent sur le papier. L�image ainsi imprim�e</p><p>est ensuite fix�e, par exemple par un chauffage qui fait adh�rer d�finitivement la poudre. Comme dans tous les proc�d�s photographiques, la qualit� de l�image finale d�pend de celle de l�image latente et des caract�ristiques du syst�me de d�veloppement. Des</p><p>instruments permettent la mesure</p><p>du potentiel �lectrique des surfaces charg�es. Les particules de colorant, appel�es toners, dont le diam�tre est tr�s petit, de l�ordre de 10 &#x3BC;, peuvent �tre charg�es de diverses fa�ons : en cascade, par brosse magn�tique, etc.</p><p>On utilise aussi des particules en suspension dans un liquide isolant ou en suspension dans l�air sous forme d�a�rosol.</p><p>La x�rographie, proc�d� d�impres-</p><p>sion �lectrostatique, n�a pas besoin de formes d�impression lourdes ou encombrantes, et les presses � imprimer sont faciles � r�gler. Mais leur vitesse est encore relativement faible et le prix des encres est �lev�.</p><p>Proc�d�s utilis�s</p><p>Jusqu�ici, quatre m�thodes d�impression ont �t� mises au point.</p><p>y M�thode photoconductrice �lec-</p><p>trostatique de Sun Chemical. Un</p><p>ruban-grillage re�oit une charge</p><p>�lectrique au moyen d�un rouleau en peluche en contact l�ger avec lui. Il est expos� � la lumi�re, et son image latente re�oit la poudre color�e. Puis il passe devant une �lectrode de</p><p>signe contraire ; attir�e par celle-ci, la poudre se d�pose sur le support � imprimer. On peut ainsi imprimer des papiers peints, des textiles. On peut imprimer recto-verso en utilisant comme seconde �lectrode un second ruban-grillage.</p><p>y M�thode d�impression avec sten-</p><p>cil d�Electrostatic Printing Corp. of America. Le mat�riau � imprimer</p><p>est plac� entre un stencil en gaze m�tallique portant l�image � d�poser et une plaque d�appui charg�e de signe contraire. Comme la m�thode pr�c�dente, elle est apparent�e � la s�rigraphie.</p><p>y M�thode h�lio �lectrostatique</p><p>d�Interchemical Corp. Un cylindre h�lio, grav� normalement, re�oit dans ses alv�oles les particules d�encre ; sa surface est essuy�e par une racle. Il passe devant un dispositif de charge, o� les particules re�oivent une charge positive. Un rouleau m�tallique</p><p>charg� n�gativement les attire sur la bande de papier lorsque celle-ci d�file entre les deux.</p><p>y M�thode Harris-Intertype d�im-</p><p>pression de cartes g�ographiques.</p><p>L�impression est faite sur une bande de papier recouverte d�une couche photoconductrice d�oxyde de zinc.</p><p>Ce papier re�oit sur son image latente une poudre color�e qui est fix�e � sa surface par cuisson ou par action de vapeur de solvant. L�op�ration est r�-</p><p>p�t�e pour chaque couleur. La bande de papier passe dans tous les groupes d�impression � la vitesse de 0,5 m/s chier de cartes. La x�rocopie, qui est et, � la sortie de la rotative, est coup�e en feuilles.</p><p>Parmi les autres possibilit�s du proc�d� figure l�impression automatique d��tiquettes-adresses � partir d�un fi- le proc�d� de reprographie le plus r�-</p><p>downloadModeText.vue.download 534 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11745</p><p>pandu, est en fait un proc�d� d�impression x�rographique pour petits tirages.</p><p>G. B.</p><p>F H�liogravure / Reprographie / S�rigraphie.</p><p>&amp; G. Baudry et R. Marange, Comment on imprime (Dunod, 1956 ; 4e �d., 1971).</p><p>Xerx�s Ier</p><p>En perse xsh&#x101;yarshan (v. 519 - Suse 465 av. J.-C.), roi des Perses de 486 � 465 av. J.-C.</p><p>Fils et successeur de Darios Ier*, il est connu essentiellement par l�oeuvre du Grec H�rodote*, qui le pr�sente pouss� par les dieux � s�engager, par</p><p>une erreur fatale, dans la seconde guerre m�dique* (480-479 av. J.-C.).</p><p>D�autre part, les courtes inscriptions de cet Ach�m�nide ne mentionnent que des conqu�tes insignifiantes en Asie centrale et des constructions � Pers�polis et � Suse. Mais l�historien moderne est port� � r�habiliter le roi, qui a si bien organis� la formidable exp�dition destin�e � r�parer l��chec des soldats de Darios � Marathon et � obtenir la soumission des cit�s grecques d�Europe.</p><p>Xerx�s ne se laisse pas arr�ter dans ses pr�paratifs par les soul�vements qu�il r�prime en �gypte (487/6-485/4) et en Babylonie (482).</p><p>Ayant rassembl� une arm�e impo-</p><p>sante (mais qui n�atteint s�rement pas les 1 800 000 hommes qu�H�rodote lui attribue) et une flotte de 1 207 tri�res, il compte sur l�effet de dissuasion de pareils effectifs pour obtenir, sans coup f�rir, la soumission de la plupart des �tats hell�niques : de fait, trente et une cit�s seulement se groupent pour d�-</p><p>fendre leur libert� dans la ligue dirig�e par les Spartiates.</p><p>Au printemps de 480, l�arm�e ach�-</p><p>m�nide, ayant pass� l�Hellespont par deux ponts de bateaux et travers� la Thrace et la Mac�doine, entre en Gr�ce par le pays des Thessaliens et ne rencontre de r�sistance qu�au-del� de cette r�gion. La petite arm�e du roi Spartiate L�onidas, qui garde le d�fil� des Thermopyles, est d�truite apr�s trois jours de combat, et la flotte ach�m�-</p><p>nide, d�abord �prouv�e par la temp�te, oblige les navires grecs � �vacuer leur position de l�Art�mision, sur la c�te septentrionale de l�Eub�e.</p><p>Ne rencontrant plus de r�sistance, les troupes de Xerx�s vont ravager l�Attique et incendient les sanctuaires de l�Acropole d�Ath�nes. Mais la flotte grecque s�est regroup�e, apr�s l��vacuation de la population ath�nienne, dans le d�troit qui s�pare l�Attique de l��le de Salamine. Press� d�en finir avant les temp�tes de l�automne, Xe-rx�s lance ses navires dans ces eaux resserr�es, o� ils subissent une grave d�faite (29 sept. 480). Ayant perdu la sup�riorit� navale, il d�cide alors de rentrer en Asie avec le gros de ses</p><p>troupes, mais il laisse en Gr�ce deux corps d�arm�e, dont il escompte qu�ils ach�veront la soumission des cit�s.</p><p>Au printemps de 479, le Perse Mardonios, qui commande une de ces deux unit�s, tente vainement d�obtenir le ralliement des Ath�niens. � peine a-t-il, devant leur refus, occup� une seconde fois l�Attique qu�il est contraint � se retirer en B�otie par l�arm�e de la ligue grecque que commande le r�gent spartiate Pausanias. Ce dernier remporte pr�s de Plat�es (ao�t 479) une victoire d�cisive : Mardonios est tu�, et les Perses �vacuent en h�te le pays grec. La flotte ach�m�nide est rest�e devant Samos pour surveiller les cit�s d�Ionie ; prenant l�offensive � l�appel de Samiens oppos�s � la domination �trang�re, la flotte grecque vient d�-</p><p>truire les bateaux ennemis qui se sont r�fugi�s au cap Mycale (en face de l��le de Samos) et le camp de l�arm�e de terre qui l�accompagnait (fin de l��t� de 479).</p><p>Les ann�es suivantes, les cit�s</p><p>grecques de la ligue de D�los, dirig�e par les Ath�niens, vont chasser les garnisons ach�m�nides rest�es sur le littoral de la Thrace et des D�troits, et lib�rer les �tats hell�niques du littoral de l�Asie Mineure. Les Perses ne leur opposent qu�une faible r�sistance, et l�histoire grecque ne mentionne plus Xerx�s que pour signaler son assassinat dans un complot o� trempent le chef de la garde et au moins un des fils du roi (465). Comme son arm�e et son peuple, le vaincu de la seconde guerre m�dique semble ne s��tre jamais bien remis des d�faites de Salamine, de Plat�es et de Mycale.</p><p>G. L.</p><p>F Ach�m�nides / M�diques (guerres) / Perse.</p><p>&amp; A. R. Burn, Persia and the Greeks (Londres, 1962).</p><p>yachting</p><p>Pratique de la navigation de plaisance sous toutes ses formes.</p><p>Celui qui s�y adonne est appel�</p><p>yachtman, du n�erlandais jakman ; il</p><p>utilise un bateau qui peut �tre � voile ou � moteur et que l�on nomme yacht (des mots n�erlandais jak, jakt) ou encore jot.</p><p>La navigation de plaisance est la forme de navigation que l�on pratique pour le seul plaisir de naviguer ; � ce point de vue, la promenade et la croisi�re rel�vent tout sp�cialement de cette activit� de loisirs. La p�che, le ski nautique, la comp�tition apportent un attrait suppl�mentaire qui peut se substituer aux joies de la navigation elle-m�me. Les yachts varient par la taille, et leurs champs d�activit� s��chelonnent du simple plan d�eau int�rieur aux mers et aux oc�ans.</p><p>Autrefois r�serv� � une �lite fortun�e, le yachting s�est consid�rablement d�velopp� depuis la Seconde Guerre mondiale. Les raisons principales en sont sans doute la possibilit� qu�ont acquise toutes les couches de la soci�t� de b�n�ficier des loisirs de week-end et des cong�s annuels ainsi que l�attrait qu�exercent de plus en plus les sports de plein air. Cependant, l�expansion du yachting n�aurait pas �t� aussi grande si les architectes navals n��taient pas parvenus � concevoir des bateaux qui, pour un tonnage et un encombrement tr�s r�duits, pr�sentent des qualit�s nautiques excellentes et si les ing�-</p><p>nieurs et les constructeurs n�avaient pas mis au point des mat�riaux et des proc�d�s de construction bien adapt�s � la construction de s�rie.</p><p>Les diff�rents</p><p>types de yachts</p><p>Yachts � voile</p><p>Les yachts � voile diff�rent par la taille et par le gr�ement. L�Optimist, prame de 2,40 m de longueur, est sans doute le plus petit et le plus r�pandu. Il est gr�� en � cat-boat �, c�est-�-dire ne comporte qu�une seule voile, gr�ement qui est �galement utilis� pour certains d�riveurs sportifs en solitaire. D�s que deux �quipiers doivent prendre place sur une embarcation � voile, le gr�ement de � sloop �, compos� d�un foc et d�une grand-voile, s�impose. Il est utilis� dans presque toutes les s�ries de petits bateaux de plaisance en raison de sa simplicit� et de son efficacit�. La</p><p>tendance moderne consiste � diminuer la surface de la grand-voile, au b�n�-</p><p>fice du triangle avant, � l�int�rieur duquel on �tablit le ou les focs. � la diff�-</p><p>rence du sloop, le � cotre � porte deux focs, dont le second � partir de l�avant s�appelle trinquette. Pour les yachts de grande taille (� partir de 12 � 14 m de longueur), on pr�f�re adopter des gr�ements qui comportent une surface de voilure plus divis�e, d�une facilit� de manoeuvre plus grande. Ces gr�ements supposent l�adoption de deux m�ts. Il s�agit tr�s g�n�ralement des gr�ements de � yawl � ou de � ketch �, qui diff�rent selon la taille de l�artimon et sa place par rapport � l�axe du gouvernail.</p><p>Les coques modernes sont rela-</p><p>tivement larges pour leur longueur.</p><p>Les �lancements r�duits permettent un volume habitable aussi grand que possible. Dans les petits yachts, la hauteur int�rieure est obtenue gr�ce � un fort fardage et � des superstructures importantes.</p><p>Yachts � moteur</p><p>Comme en mati�re de voile, l��ventail est largement ouvert, et fort nombreux sont les types de bateaux � moteur.</p><p>Les petites embarcations � moteur sont g�n�ralement actionn�es par un moteur hors-bord, plus facile d�entretien qu�un moteur in-bord. La coque ne comporte, le plus souvent, qu�un pon-tage avant. Il existe m�me une vaste cat�gorie d�embarcations non pont�es, de forme sensiblement rectangulaire, qu�illustre la marque am�ricaine Boston-Whaler. Sortes de jeeps de la mer, ces embarcations sont tr�s logeables, rapides et marines, gr�ce � la perfec-downloadModeText.vue.download 535 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11746</p><p>tion de leurs oeuvres vives. Les canots pneumatiques, dont la coque se compose essentiellement de boudins de caoutchouc gonfl�s � l�air, entrent dans une certaine mesure dans cette cat�gorie. Les yachts � moteur � partir de 6 � 7 m de long sont aptes au tourisme nautique d�s lors qu�ils sont pourvus d�une cabine munie de couchettes, d�un coin</p><p>cuisine et de volumes de rangement. La force motrice est fournie par un ou plusieurs moteurs in-bord ou hors-bord.</p><p>Une �tude tr�s pouss�e des coques permet une grande vitesse, m�me par mer agit�e. Les grands yachts � moteur, � partir de 12 m de long environ, offrent � un degr� encore sup�rieur des garanties de confort et de rapidit�. �</p><p>longueur �gale, un yacht � moteur est g�n�ralement plus logeable qu�un voilier, eu �gard � la forme plus compacte de sa coque.</p><p>Yachts mixtes voile et moteur</p><p>� l�exception des monotypes l�gers de comp�tition, les yachts � voile destin�s � la croisi�re et � la course-croisi�re sont le plus souvent munis d�un moteur auxiliaire, destin� notamment � faciliter l�entr�e et la sortie des ports.</p><p>Lorsque la puissance du moteur est tr�s largement calcul�e par rapport � la surface de voilure, on se place dans la cat�gorie � fifty-fifty � ou � motor-sailer �. Il s�agit de yachts con�us pour naviguer en utilisant en m�me temps leur voilure et leur moteur. Ils se caract�risent notamment par un tirant d�eau faible, des superstructures importantes et surtout par un �quipement m�canique puissant capable, en fait, de les propulser aussi bien que le ferait une voilure par bonne brise.</p><p>Les mat�riaux</p><p>de construction</p><p>Le choix des mat�riaux de construction est guid� par un certain nombre de crit�res : possibilit�s p�cuniaires de l�acheteur, usage auquel il destine son bateau, plans d�eau sur lesquels il compte naviguer, etc. Jusqu�� une �poque r�cente, les yachts de plaisance �taient construits en fer ou en bois. Les tr�s grands yachts de la fin du XIXe s. ou du d�but du XXe �taient g�n�ralement en fer. Le bois permettait la construction de tous les types de yachts, des plus petits aux plus grands. Ces deux mat�riaux sont encore utilis�s. La construction m�tallique fait appel aux alliages l�gers, qui permettent la r�alisation de petites embarcations, et aussi � l�acier, mieux adapt� � l�ex�cution de grandes unit�s en raison de son poids �lev�.</p><p>La construction classique en bois utilise une technique fort ancienne : la quille s��tend de l��trave � l��tambot et porte les membrures, sur lesquelles se fixent les bord�es. Elle comporte des variantes, telle la construction en contre-plaqu�, en bois moul�, en bois lamell�, en latt� coll�. Le bois rencontre encore nombre de partisans, �pris de tradition et de belle mati�re.</p><p>Il a fait ses preuves au point de vue solidit� et long�vit�. Mais il est cher et n�cessite une main-d�oeuvre sp�-</p><p>cialis�e, fort co�teuse. Les coques en bois exigent �galement un entretien fr�quent.</p><p>Aussi, depuis quelque temps d�j�, on a de plus en plus recours, en yachting comme dans nombre d�industries,</p><p>au plastique. Moins belle sur le plan esth�tique qu�une coque en bois, une coque en plastique pr�sente les avantages d��tre parfaitement �tanche et de ne n�cessiter aucun entretien particulier. Utilis� tout d�abord pour la construction des petites embarcations de plaisance, notamment pour celle des monotypes de comp�tition et des canots � moteur, le plastique entre � pr�sent dans la fabrication de plus grandes unit�s. Le principe de base de la construction en plastique est simple.</p><p>L�int�rieur d�un moule soigneusement ponc� est enduit au pistolet d�un agent d�moulant, puis d�une couche de r�sine appel�e gel-coat, destin�e � remplacer la peinture de la coque. D�s que cette premi�re couche commence � geler</p><p>sous l�influence d�un catalyseur incorpor�, on applique un tissu de verre en exer�ant une pression afin de chasser les bulles d�air. Ces diverses op�rations doivent �tre effectu�es dans un local chauff� � une temp�rature �lev�e et constante. Les proc�d�s industriels d�ex�cution font intervenir des contre-moules qui m�nagent un espace permettant de contr�ler l��paisseur de la pi�ce moul�e ; ce proc�d� est n�cessaire pour la fabrication des ensembles que composent le pont, le roof, le cock-pit, ex�cut�s d�un seul morceau. Pour donner plus de r�sistance aux pi�ces d�finitives, on utilise des tissus en fils de verre obtenus en faisant fondre �lectriquement des billes de verre et en passant ce verre en fusion dans des fili�res de platine. Se pr�tant particuli�rement</p><p>� la fabrication en s�rie, la construction en plastique constitue un facteur d�terminant de l�expansion du yachting � voile et � moteur.</p><p>La pratique du yachting</p><p>Les responsables d�un sport ont pour mission de se pr�occuper de l�apprentissage de ceux qui d�sirent le pratiquer.</p><p>y La conduite d�un canot � moteur ne pr�sente pas les m�mes difficult�s que celle d�un voilier. Le volant de direction, la commande d�embrayage en avant et en arri�re, l�acc�l�rateur sont autant de pi�ces que l�automobile a rendu famili�res au grand public.</p><p>En revanche, un canot � moteur peut constituer, par son poids, sa vitesse, son h�lice immerg�e, des dangers</p><p>pour les baigneurs ou les passagers d�embarcations l�g�res. Il est donc apparu n�cessaire d�exiger un permis de conduire pour les embarca-</p><p>tions mues par un moteur de plus de 10 CV, trois cat�gories �tant pr�vues selon la possibilit� de s��loigner de la c�te et selon le tonnage du bateau. Un apprentissage aupr�s des �coles sp�-</p><p>cialis�es est n�cessaire pour r�ussir l�examen du permis.</p><p>y S�il n�existe pas encore de permis de conduire pour voilier, des �coles de voile se sont cr��es un peu partout en France, sur les plans d�eau marins et int�rieurs. Outre le � matelotage �, portant sur la fa�on de gr�er un bateau, de pr�parer et d�entretenir son accastillage, les �l�ves des �coles de voile apprennent � manoeuvrer aux diff�rentes allures. Les premi�res le�ons sont donn�es en groupe, sur des embarcations solides et stables ; au fur et � mesure des progr�s r�alis�s, les �l�ves sont embarqu�s sur des embarcations plus rapides et plus sportives. Les bases-�coles du Touring Club de France et le Centre nautique des Gl�nans sont, en France, des exemples de ce genre d�organisations.</p><p>Lorsque les rudiments de navigation sont assimil�s, le yachtman d�butant acquiert son premier bateau. D�instinct, il sait s�il doit se tourner vers la plaisance � voile ou vers celle � moteur. La taille du bateau est fonction</p><p>de ses possibilit�s financi�res et des objectifs qu�il poursuit. En r�gle g�n�-</p><p>rale, le yachtman commence par une petite unit� et, au fur et � mesure qu�il avance en �ge et en science, il acquiert un bateau plus grand. Les petites embarcations � moteur sont utilis�es pour la promenade, le ski nautique, la p�che et les d�placements d�un point de la c�te � un autre. En mati�re de voile, les amateurs d�butent le plus souvent sur des monotypes de s�rie, qui leur permettent de mettre en pratique les principes qu�ils ont acquis dans les �coles de voile : Optimist lorsqu�on a moins de quatorze ans, puis Vaurien (420, 470 ou m�me 505) pour deux</p><p>�quipiers et Moth, Yole O. K. ou Finn en solitaire.</p><p>La comp�tition attire un tr�s grand nombre de pratiquants du sport de la voile ; elle constitue la meilleure �cole de perfectionnement dans l�art de la barre et la meilleure fa�on d�acqu�rir le sens de l�eau.</p><p>Lorsque l�on avance en �ge, on est g�n�ralement attir� par les bateaux habitables, comportant une cabine munie de couchettes et d�un certain confort.</p><p>En France, le premier bateau moderne de ce type a �t� le Belouga. Sa coque, de dimensions r�duites (longueur</p><p>6,50 m), pr�sente les qualit�s marines suffisantes pour le cabotage c�tier ; le bateau est rapide � la voile et suffisamment logeable pour que deux ou trois personnes puissent y vivre. Son poids permet le transport par terre, sur une remorque tract�e par une voiture de tourisme ; il est, en effet, important de pouvoir changer d�horizon sans avoir � effectuer des travers�es trop longues.</p><p>Les bateaux de tourisme c�tier, qui peuvent �galement participer entre eux � des r�gates et � des championnats nationaux, sont des d�riveurs ou des bateaux � quille de faible tirant d�eau, ou des bateaux dont la quille se prolonge par une d�rive. S�ils composent la grande masse du parc de plaisance en France, ils ne sont pas les seuls.</p><p>Des voiliers de toutes dimensions sont propos�s au choix des amateurs. Les yachts de classe I et II sont consid�r�s aujourd�hui comme de grands yachts.</p><p>La cat�gorie des tr�s grands yachts (au-</p><p>dessus de 20 m de longueur) compte un nombre r�duit d�unit�s.</p><p>L�organisation</p><p>administrative du</p><p>yachting</p><p>La premi�re f�d�ration de yachting � voile a �t� cr��e en 1919 sous la d�nomination d�Union des soci�t�s nautiques fran�aises ; elle rassemblait huit groupements r�gionaux pr�alablement constitu�s. Elle a pris en 1945 le nom de F�d�ration fran�aise de yachting � voile (F. F. Y. V.) et en 1974 celui de F�d�ration fran�aise de voile (F. F. V.). Apr�s avoir �t� longtemps compos�e de soci�t�s nautiques et d�associations de propri�taires de yachts group�s par s�ries, elle est devenue tripartite en 1961, les voix � l�Assembl�e g�n�rale �tant �galement r�parties entre les soci�t�s nautiques, les associations de propri�taires et les downloadModeText.vue.download 536 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11747</p><p>associations de plein air. Ces derni�res ne s�int�ressent pas particuli�rement � la r�gate, mais plut�t � la navigation de plaisance en g�n�ral et � l��ducation nautique. La F�d�ration fran�aise de voile fait d�livrer par les soci�t�s affili�es des licences sportives qui donnent le droit de participer aux r�gates et qui comportent une assurance au tiers.</p><p>Elle est affili�e au Comit� national des sports et au Comit� olympique fran�ais ainsi qu�� l�Union internationale de yachting de course. Elle est notamment charg�e de la s�lection et de la pr�paration aux jeux Olympiques ; elle seule peut disposer du titre de � championnat de France �.</p><p>L�autorit� internationale est l�International Yacht Racing Union (IYRU), comprenant un comit� permanent de vingt-trois membres, qui se r�unit chaque ann�e � Londres, en novembre et qui d�tient le pouvoir de d�cision sur des questions pr�par�es par des sous-comit�s. Elle �labore et contr�le les r�gles de jauge, et le r�glement international de course d�signe les classes internationales et choisit les</p><p>classes olympiques. Les d�cisions de cet organisme s�imposent aux autorit�s nationales ; paradoxalement, les courses en haute mer ne sont pas r�gies par lui. Jusqu�� ces derni�res ann�es, il y avait deux jauges internationales : l�une d�origine europ�enne, la jauge du Royal Ocean Racing Club, ou RORC</p><p>Rule ; l�autre am�ricaine, la jauge du Cruising Club of America, ou CCA</p><p>Rule, r�gie par la North American Yacht Racing Union. Une nouvelle</p><p>jauge, l�International Offshore Rule (IOR), remplace � pr�sent ces deux jauges : elle est r�gie par un organisme sp�cial, l�Offshore Rating Council.</p><p>La F�d�ration fran�aise de navi-</p><p>gation automobile a �t� cr��e le</p><p>17 f�vrier 1922 lors d�une assembl�e tenue � l�Automobile Club de France.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, elle a pris le nom de F�d�ration fran-</p><p>�aise motonautique et continue � si�-</p><p>ger dans les locaux de l�Automobile Club de France. Elle est la seule autorit� nationale accr�dit�e pour d�livrer des licences de pilote ; elle organise les comp�titions et fait respecter les r�glements. Sur le plan international, avant la Premi�re Guerre mondiale, le sport motonautique international �tait r�gi par l�Assembl�e internationale du yachting automobile. � la fin des hostilit�s fut cr��e l�Union internationale du yachting automobile (U. I. Y. A.), dont le si�ge �tait fix� � Bruxelles et qui a �tabli une nouvelle r�glementation, pr�voyant cinq types de bateaux. En 1945, elle a repris son activit� sous le nom d�Union internationale motonautique : elle groupe trente-sept nations, et son si�ge est � Bruxelles. Son r�le consiste � codifier les r�glements et � organiser certaines grandes �preuves.</p><p>L�U. I. Y. A. tranche en outre les diff�-</p><p>rends qui peuvent, au sein des autorit�s nationales, opposer des pilotes ou des clubs.</p><p>L. D.</p><p>F Course-croisi�re / Croisi�re / Monotype / Mo-tonautisme / R�gate / Voilier.</p><p>&amp; J. Randier, Introduction � l�art de naviguer (�d. maritimes et d�outre-mer, 1968). /</p><p>J.-M. Barrault, Navigation de plaisance (Flammarion, 1971) ; Vade-mecum du petit yacht-</p><p>man (Arthaud, 1971). / G. Bergen, Navigation maritime du plaisancier (Amphora, 1971).</p><p>/ P. Heaton, A History of Yachting in Pictures (Londres, 1972 ; trad. fr. Histoire du yachting, Deno�l, 1973). / C. Cazzaroli, Dictionnaire de la mer et de la navigation (Deno�l, 1973). /</p><p>A. Z. Labarr�re, les Grands Yachts (Hachette, 1974). / J. Moore et A. Turvey, Starting Sailing (Newton Abbot, 1974 ; trad. fr. Initiation � la voile, Flammarion, 1974).</p><p>Yalta (conf�rence</p><p>de)</p><p>F GUERRE MONDIALE (Seconde).</p><p>Yamamoto</p><p>Isoroku</p><p>Amiral japonais (Nagaoka 1884 - pr�s de Bougainville 1943).</p><p>Fils de Takano Teikichi, il est adopt� tout jeune, � la mort de son p�re, par la famille Yamamoto, dont il prend le nom, et entre � dix-sept ans � l�Acad�-</p><p>mie navale d�Etajima, dont il sort en 1904 pour entamer une carri�re exceptionnelle. Embarqu� comme enseigne sur le Mikasa, navire-amiral de la flotte de l�amiral T&#x14D;g&#x14D; (1847-1934), il participe � la guerre russo-japonaise* et � la bataille de Tsushima (27-28 mai 1905), o� il est bless� et perd deux doigts de la main gauche. Dans les postes qu�il occupe avant et pendant la Premi�re Guerre mondiale, sa grande intelligence, sa m�moire prodigieuse, la pr�cision des ordres qu�il donne sont remarqu�es autant que la s�v�re discipline qu�il exige des autres et de lui-m�me. En 1921, on le trouve instructeur en chef du corps a�ronaval, dont il est le premier � saisir l�importance.</p><p>Attach� naval aux �tats-Unis, puis d�l�gu� � la conf�rence de Londres en 1929 sur la limitation des armements, Yamamoto prend ensuite le commandement du 1er corps a�ronaval avant d��tre de nouveau envoy� en 1934</p><p>� Londres, o� il s�efforce vainement d�obtenir pour la marine japonaise la parit� avec celle des �tats-Unis. Ces postes � l��tranger sont pour lui l�occasion d��largir ses vues et notamment de prendre conscience de l�ampleur du potentiel industriel am�ricain. Vice-ministre de la Marine en 1936, il re�oit en 1939 le commandement en chef de</p><p>la flotte de combat japonaise, appel�e flotte combin�e. � cinquante-cinq ans, il est ainsi investi d�une tr�s lourde responsabilit� : 400 navires de guerre (1,27 million de tonnes), dont 2 cuirass�s g�ants (le Yamato et le Musashi) et 11 porte-avions, qui concr�tisent l�importance accord�e par le Japon � l�a�ronavale. Sa prescience ne se limite pas � ce domaine : il a une claire vision des r�serves limit�es de son pays, d�j� tr�s engag� en Chine, et des possibilit�s �normes des �tats-Unis. Son opposition au g�n�ral T&#x14D;j&#x14D; (1884-1948), ministre de la Guerre, puis chef du gouvernement, n�emp�chera ni la conclusion du pacte tripartite avec l�Allemagne et l�Italie en septembre 1940, ni la d�cision d�attaquer les �tats-Unis en 1941. � Si j�ai l�ordre de combattre sans �gard pour les cons�quences, �crit Yamamoto en 1940, je foncerai pendant les six premiers mois, mais, quant � la seconde et � la troisi�me ann�e de guerre, je n�ai aucune confiance [...].</p><p>J�esp�re que vous �viterez un conflit arm� avec les �tats-Unis. �</p><p>N�ayant pu �viter la guerre, il mettra le maximum de chances de son c�t�.</p><p>D�une part, il soumet la flotte combin�e � un entra�nement intensif, notamment pour l�emploi des porte-avions ; d�autre part, il pr�conise la destruction par surprise de la flotte am�ricaine du Pacifique avant qu�elle ne puisse se renforcer. C�est la pr�paration de l�attaque de Pearl Harbor (Hawaii), dont la r�alisation semble � beaucoup pleine de risques. La r�ussite, le 7 d�cembre 1941, est �clatante, et, pendant dix-huit mois, Yamamoto conduira avec succ�s les op�rations de la flotte combin�e. La s�rie impressionnante de ses victoires, notamment la destruction des cuirass�s britanniques Repulse et Prince of Wales, ainsi que la prodigieuse extension de la domination japonaise dans le Pacifique lui valent un immense prestige. � bord de son navire-amiral, le cuirass� Yamato, le plus puissant navire de bataille de l��poque (72 000 t pleine charge, 9 canons de 460 mm envoyant � 40 km des obus de 1 350 kg, vitesse de 28 noeuds, �quipage de 3 300 hommes), Yamamoto devient</p><p>une sorte d�idole nationale. Ses avis ne sont pourtant pas suivis : le Japon disperse ses forces dans l�est et le sud du</p><p>Pacifique, et les Am�ricains, tirant la le�on de leur d�faite, portent leur effort sur les porte-avions et r�alisent m�me un bombardement surprise sur T&#x14D;ky&#x14D;</p><p>le 18 avril 1942. Apr�s ce raid des bombardiers du g�n�ral J. H. Doolittle (n� en 1896), Yamamoto est persuad� que, s�il n�an�antit pas la flotte am�-</p><p>ricaine en 1942, la guerre est perdue.</p><p>Il obtient donc le 5 mai l�autorisation du quartier g�n�ral imp�rial d�attaquer les Midway pour y attirer la flotte adverse et l�y d�truire, comme autrefois la flotte russe � Tsushima. Il est d�j� trop tard : au cours de la bataille des Midway du 3 au 5 juin 1942, le Japon perd tous les porte-avions qu�il a engag�s, et Yamamoto doit donner l�ordre de retraite. C�est le tournant de la guerre dans le Pacifique, dont les Am�ricains entament la reconqu�te.</p><p>Comme le carburant n�cessaire � une nouvelle action navale lui est ensuite refus�, Yamamoto pr�pare une contre-offensive de l�a�ronavale pour repousser les attaques am�ricaines. C�est au cours d�une liaison qu�il effectue le 18 avril 1943 entre Rabaul et Bougainville que son avion est abattu par les Am�ricains. Ces derniers ont, en effet, intercept� le message donnant le plan de vol du d�placement de l�amiral, dont l�exactitude est l�gendaire.</p><p>Ils peuvent donc r�ussir l�op�ration avec des � Lightning � partis de Gua-dalcanal et munis de r�servoirs suppl�mentaires. Le corps de Yamamoto, retrouv� en pleine for�t, est br�l� solennellement ; ses cendres, ramen�es � T&#x14D;ky&#x14D;, sont inhum�es le 5 juin 1943</p><p>en grande pompe au parc de Hibiya.</p><p>Comme le proclame son successeur, l�amiral Koga Mineichi, � il n�y avait qu�un Yamamoto, personne ne peut le remplacer et sa perte est pour nous un coup insupportable �. Bien qu�il l�e�t pr�vu, Yamamoto ne connut pas la d�-</p><p>faite de son pays, mais celui-ci, malgr� le d�sastre final, conserve un souvenir imp�rissable de son � dieu de la mer �</p><p>et des victoires qu�il a remport�es.</p><p>F. de B.</p><p>F Guerre mondiale (Seconde).</p><p>Yang-tseu-kiang</p><p>En pinyin yangzijiang, fleuve de Chine.</p><p>Le Yangzijiang, ou Chan-gjiang (Tch�ang-kiang), a une lon-downloadModeText.vue.download 537 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11748</p><p>gueur de 5 980 km et un bassin de 1 830 000 km 2 : c�est un des plus grands fleuves du monde. Son d�bit moyen, de 30 000 m3/s en aval de</p><p>Datong (Ta-t�ong), en fait un des plus puissants fleuves du monde. Navigable sur plus de 3 000 km et accessible aux bateaux de mer jusqu�au Wuhan (Wou-han), le Yangzijiang est la plus belle voie fluviale du globe et aussi l�une des plus utilis�es : Shanghai (Changhai*) lui doit sa fortune.</p><p>Le Yangzijiang na�t dans les mon-</p><p>tagnes du Sichuan (Sseu-tch�ouan) ; il traverse le Bassin rouge, o� il re�oit de tr�s gros affluents (Min, Jialing [Kia-ling]). Il se fraye ensuite un chemin difficile et c�l�bre � travers la masse calcaire des Wushan (Wou-chan) :</p><p>sur pr�s de 650 km entre Chongqing (Tch�ong-k�ing) et Yichang (Yi-tch�ang), son cours compte vingt-cinq rapides et trois gorges, dont celle de Yichang, o� il n�a parfois pas plus de 200 m de large ; en aval de Yichang, le fleuve d�bouche dans la cuvette du Hubei (Hou-pei), lieu d�une confluence hydrologique : par l�interm�diaire du lac Dongting (Tong-t�ing), il re�oit les eaux du Yuanjiang (Yuan-kiang) et du Xiang (Siang), et il est lui-m�me rejoint � Wuhan par son plus grand affluent, le Han, long de plus de 1 000 km ; apr�s Jiukiang (Kieou-kiang) et apr�s avoir re�u, par l�interm�diaire du lac Poyang (P�o-yang), les eaux du Gan (Kan), il affronte, de nouveau, des difficult�s qui dureront jusqu�� Nankin : il lui faut traverser une s�rie de d�fil�s. �</p><p>Nankin, o� il n�a que 600 m de large (alors qu�il en avait 1 800 � Wuhan), il p�n�tre dans le delta qu�il a construit, o� il se termine par un estuaire fortement remont� et d�blay� par la mar�e : le marnage atteint 4,80 m � Wusong (Wou-song) en p�riode de grande</p><p>mar�e.</p><p>Le Yangzijiang a un r�gime assez</p><p>simple, parce qu�essentiellement plu-</p><p>vial. Il a des hautes eaux d��t�, en p�-</p><p>riode de mousson, et des basses eaux d�hiver. La fonte des neiges sur les montagnes du Sichuan ne produit, en aval de Yichang, qu�une mont�e limit�e des eaux en avril. Par contre, les grandes pluies de mousson provoquent une mont�e tr�s forte des eaux, encore que r�guli�re et pr�visible avec un premier maximum en juillet et un second maximum, le plus important, en septembre. � Yichang, l�amplitude moyenne est de 9 m ; elle est de 6 m � Wuhan. Le lac Dongting joue un r�le de r�gulateur en emmagasinant pendant plusieurs mois une part des hautes eaux du fleuve. En aval de Nankin, dans le delta, l�amplitude diminue beaucoup : 3,70 m � Zhenjiang (Tchen-kiang), 0,90 m � Wusong. Le Yangzijiang est moins charg� que les fleuves de la Chine septentrionale, et notamment que le Huanghe (Houang-ho), mais il ne m�rite tout de m�me pas le nom de fleuve Bleu qui lui fut donn� par les navigateurs europ�ens.</p><p>Sa force de transport est suffisante pour qu�il entra�ne une grande partie de ses alluvions jusqu�� son embouchure et qu�il garde un lit fortement incis�. En d�pit de la mar�e, les alluvions d�po-s�es dans l�estuaire ont construit l��le de Chongming (Tch�ong-ming), �merg�e en 620 et qui couvre 715 km 2.</p><p>Le Yangzijiang, malgr� l�allure</p><p>assez r�guli�re de son r�gime, est dangereux par ses crues, qui peuvent �tre �normes. L�amplitude maximale observ�e � Yichang a �t� de 13,10 m (de 0,10 � 13,20 m). Le d�bit aurait atteint 75 000 m3/s � Wuhan entre juillet et septembre 1931, 93 000 m3/s � Datong en 1954. Ces d�bits de crue sont tr�s sup�rieurs � la capacit� du lit ; de l� le risque des inondations particuli�rement redoutables au Hubei. En amont, o� le fleuve, comme ses affluents, est torrentiel, l�ampleur de la crue peut �tre �norme : elle atteint 20 m � Chongqing, o� les eaux montent de 8 m en vingt-quatre heures ; mais elle s��coule rapidement en d�pit des gorges et des rapides d�aval. Dans la cuvette lacustre du Hubei, par contre, sem�e d��tangs, de m�andres abandonn�s, de faux bras, la pente du fleuve devient tr�s faible (14 mm par kilom�tre � Wuhan), et l��coulement est lent ; il l�est d�autant</p><p>plus que le fleuve se resserre � l�aval pour traverser les d�fil�s du Anhui (Ngan-houei) et d�autant plus encore que le lac Poyang, � l�entr�e de ces d�fil�s, est gonfl� par la crue du Gan et joue le r�le de bouchon. Or, il peut arriver, en outre, qu�il y ait co�ncidence d�une crue du Yangzijiang, qui apporte du Sichuan des � eaux rouges �, d�une crue du Han, qui apporte des � eaux jaunes, et d�une crue des rivi�res affluentes du lac Dongting, Yuanjiang et Xiang (� eaux claires �), de sorte que ce lac ne joue plus son r�le r�gulateur : l�inondation de 1931 aurait fait 135 000 morts. En 1935, les digues du Han furent rompues en 114 endroits, et il y eut 80 000 morts. Ces digues et celles qui ferment le Yangzijiang sur sa rive sud �taient insuffisantes. De grands travaux ont �t� r�alis�s de 1952 � 1956 : un barrage a �t� construit � Taipin-gkou (T�ai-p�ing-k�eou), un r�servoir de 920 km 2 a �t� am�nag� en 75 jours par 300 000 hommes � Shashi (Cha-che) [le r�servoir, emmagasinant une partie des eaux de crue (8 000 m3/s), � sec en hiver et livr� � l�agriculture, sauva Wuhan lors de la grande crue de 1956] ; un barrage de d�rivation a �t� �difi� sur le Han � Dujiatai (Tou-kia-t�ai), cependant que les cours du Fujiang (Fou-kiang) et du Huanshui (Houan-Chouei) �taient corrig�s et rejoignaient directement le Yangzijiang en aval de Wuhan ; 300 000 bassins ont �t� creus�s dans les r�gions montagneuses ; enfin, un �norme barrage r�servoir est en construction (ou achev� ?) sur le Han � 1 km en aval du confluent de la Tang (T�ang). D�ores et d�j�, le Han est dompt�. Les risques</p><p>sont bien moindres en aval, dans le delta : l�ampleur des crues diminue et, en d�pit d�une pente tr�s faible (1 mm par kilom�tre), le lit est profond�ment incis� (plus de 40 m).</p><p>Le Yangzijiang est une magnifique voie navigable. La navigation est possible de Yibin (Yi-pin) au confluent du Min en amont du Bassin rouge,</p><p>jusqu�� la mer. Toutefois, la travers�e des � Gorges � entre Chongqing et Yichang est tr�s difficile : autrefois, la descente �tait tr�s dangereuse et la mont�e n��tait possible que par halage � bras d�hommes et �tait donc tr�s longue ; aujourd�hui, des bateaux � faible tirant d�eau (2 m) mais puissants franchissent les gorges. En aval de Yichang, � 1 600 km de la mer, il n�y a plus de difficult�s. La navigation maritime, avec des navires de 10 000</p><p>� 15 000 t, atteint Wuhan* et donne une tr�s grande activit� portuaire � cette ville ainsi qu�aux ports situ�s en aval. Mais le d�bouch� de cette navigation est finalement Changhai, sur le dernier affluent du fleuve, le Huangpu (Houang-p�ou).</p><p>Le Yangzijiang est aussi, surtout en aval du lac Poyang, le lieu d�une p�che</p><p>tr�s active et tr�s vari�e, pratiqu�e par des p�cheurs professionnels et portant surtout sur des poissons migrateurs, qui, n�s notamment dans le lac Poyang, descendent le fleuve au d�but du mois de mai.</p><p>J. D.</p><p>F Changhai / Kiang-sou / Wou-han.</p><p>Yeats (William</p><p>Butler)</p><p>�crivain irlandais (Sandymount, pr�s de Dublin, 1865 - Roquebrune-Cap-Martin 1939).</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>Le d�but du XXe s. voit se lever en Irlande une v�ritable renaissance litt�raire. Elle r�alise l�ambition du mouvement � Jeune-Irlande � : ranimer la fiert� nationale pour son pass� litt�raire et historique. D�j�, d�s la fin du XIXe s., sir Samuel Ferguson et Standish James O�Grady exaltent les grandes heures de l��pop�e l�gendaire (Lays of the Western Gael, 1865 ; Congal, 1872 ; Deirdre, 1880) et de l�histoire ancienne du pays (History of Ireland : the Heroic Period, 1878-1880 ; Early Bardic Literature, 1879). Avec le XXe s. naissant �clate vraiment le � Celtic Revival �.</p><p>Temps merveilleux de � tous les Olym-piens � acharn�s � briser les entraves du mat�rialisme victorien. Plong�e avide dans la mythologie celte et le folklore du terroir. Recherche inlassable du support d�une langue sp�cifiquement irlandaise. Au coeur de cette fi�vre, un homme : William Butler Yeats, qui pousse George Moore � s�int�resser au parler paysan, le � brogue �, qui envoie J. M. Synge* aux �les d�Aran pour y trouver sa voie ; Yeats, marquant de sa forte personnalit� Douglas Hyde, Frank O�Connor, George William Russell (AE)... Amoureux sans espoir de la belle et ardente nationaliste Maud Gonne, inspiratrice de � A Woman</p><p>Homer Sung �, de � Words �, de � No Second Troy �... et dont il fait le symbole de la patrie dans Cathleen ni Hou-lihan (1902) ; for�ant pour lui plaire</p><p>son c�t� patriote et qui, s�il accepte une pension du gouvernement (1910), se r�serve le droit aux activit�s politiques.</p><p>Membre du S�nat irlandais (1922), prix Nobel de litt�rature en 1923 (� l�origine de The Bounty of Sweden, 1925), Yeats prend vite une stature nationale.</p><p>Il multiplie ses activit�s. � c�t� de son oeuvre po�tique et th��trale, il �crit des essais (Ideas of Good and Evil, 1903 ; The Cutting of an Agate, 1912 ; Per Amica Silentia Lunae, 1918), des ouvrages autobiographiques (R�veries over Childhood and Youth, 1915 ; Au-downloadModeText.vue.download 538 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11749</p><p>tobiographies, 1926 ; The Trembling of the Veil, 1922 ; Dramatis Personae, 1936). Ressuscitant le vieux fonds du terroir (Fairy and Folk Tales of the Irish Peasantry, 1888 ; The Celtic Twilight [le Cr�puscule celtique], 1893...), r�unissant de la po�sie (A Book of Irish Verse, 1895 ; The Oxford Book of Modern Verse, 1936), publiant les Poetics Works of William Blake (1893) ou les Poems and Translations de</p><p>Synge (1909), entreprenant une sorte de magazine litt�raire, On the Boiler (1939), il ne conna�t aucun repos.</p><p>Tourn�es de conf�rences (notamment en Am�rique en 1903), travaux de traductions (m�me de l�indien), �missions litt�raires (BBC, 1936-37). Et surtout il d�veloppe la vie culturelle irlandaise.</p><p>Participant � la fondation de l�Irish National Literary Society (1892), il rencontre en 1896 lady Isabella Augusta Gregory et, avec elle, constamment associ�e � son oeuvre de promotion culturelle, il fonde l�Irish National Theatre Society, install�e dans l�Abbey Theatre (1904), tandis qu�en 1932 il organise l�Irish Academy of Letters.</p><p>� la vie mystique centre</p><p>de tout ce que je fais et</p><p>tout ce que je pense et</p><p>tout ce que j��cris �</p><p>� une oeuvre puisant sa substance aux sources de ses exp�riences publiques, Yeats � ainsi qu�il le dit � John O�Leary pour justifier son go�t de la magie � offre �galement toutes les res-</p><p>sources d�une vie int�rieure que l�autre face de son temp�rament actif incline vers les profondeurs myst�rieuses de l�esprit. L�influence des discussions esth�tiques avec un p�re artiste mais enracin� dans la r�alit� se compl�te de la marque laiss�e par la fr�quentation d�un oncle f�ru d�astrologie. M�me pendant ses �tudes � la Metropolitan School of Art de Dublin (1884-1886), et avant de se consacrer d�finitivement au m�tier d��crivain, il s�affilie � des soci�t�s secr�tes, � des loges (Hermetic Society ; Blavatsky Lodge of Theoso-phical Society, 1887 ; Hermetic Order of the Golden Dawn, 1890). Cet int�-</p><p>r�t pour les choses de la magie et des sciences occultes se manifeste en particulier dans The Secret Rose (1897), et nombre de ses id�es et de ses symboles d�rivent de ses recherches th�osophiques, de ses �tudes des sciences cabalistiques ou des religions et des philosophies orientales. Bien d�autres exp�riences, bien d�autres int�r�ts se retrouvent � la base de son g�nie. Cela va de l��criture automatique, � laquelle s�adonne sa femme, �pous�e en 1917</p><p>et qui ouvre � Yeats une nouvelle porte sur le monde supra-sensuel (A Vision, 1925), � la rencontre de William Morris, de O. Wilde* ou � la fr�quentation des �crivains � d�cadents � (Lionel Johnson et Arthur Symons en particulier) et � sa participation � la naissance du Rhymers� Club � Londres en 1891. Il faut compter �galement avec le symbolisme fran�ais (The Wind among the Reeds [le Vent parmi les roseaux], 1899, ou l�essai � The Autumn of the Body �, 1898) au travers de Mallarm� ou de Maeterlinck. Et m�me avec le th��tre n&#x14D;, auquel l�initie E. Pound*</p><p>vers 1915 et dont la beaut� allusive et d�pouill�e l�attire (Essays and Introductions, 1961). Ainsi se forme � partir d�une foule d��l�ments divers la ma-ti�re sp�cifiquement irlandaise d�une oeuvre tout enti�re d�di�e � la beaut� et � la gloire de son pays. Mais une oeuvre inlassablement remise en question, corrig�e, r�organis�e. Car Yeats, aussi bien dans sa po�sie que dans son th��tre, ne choisit pas la voie de la facilit�. Il veut une po�sie � la fois personnelle et irlandaise, un th��tre � vocation populaire dans son raffinement.</p><p>� et je ferai savoir � tous</p><p>que, quand tout tombe en ruine, la po�sie fait</p><p>jaillir la joie [...] �</p><p>S�il exploite le th�me faustien (The Countess Cathleen [la Comtesse Cathleen], 1892) ou celui de la rivalit� amoureuse (Diarmuid and Grania,</p><p>1901, avec G. Moore), que couronne Deirdre (1907), s�il exprime le conflit du po�te et de la soci�t� (The King�s Threshold, 1904), s�il �crit des fa�ons de � moralities � (The Hour Glass, 1903), des pi�ces sombres (Purgatory, 1938) ou des pi�ces interdites (The Herne�s Egg, 1938), Yeats, pour son th��tre � po�tique et l�gendaire �, ne tol�re que difficilement l�intrusion du temporel. Il affirme clairement � qu�il ne devrait y exister ni un cadre r�aliste ou �labor�, mais seulement symbolique et d�coratif �. En dehors de A Dreaming of the Bones, sur fond d�actualit� stylis�e, ou de The Words upon the Window Pane (1934), tournant autour de gens de tout venant, il tend vers ces � mystery-plays � modernes o� � le jeu des acteurs s�essaye � prendre une distance des r�alit�s communes �quivalente � celle de la pi�ce �. Ainsi dans les fameuses Four Plays for Dancers (1921), adaptant le th��tre n&#x14D; � la ma-ti�re irlandaise et o� l�action se r�fugie dans les pas des danses, les � lyrics �</p><p>des musiciens et o� le masque symbolise l�impersonnalit� du personnage repr�sentant un sentiment universel (At the Hawk�s Well, 1915 ; A Dreaming of the Bones, 1921 ; The Only Jealousy of Emer [la Seule Jalousie d�Emer], 1922 ; Calvary, 1930). � Po�tique et l�gendaire �, ce th��tre le reste avec Cuchulain, le h�ros mythologique</p><p>�mergeant des brumes du pass� (On Baile�s Strand [Sur le rivage de Baile], 1905 ; The Green Helmet [le Heaume vert], 1910). Avec Deirdre, toute de beaut�, qui tra�ne le malheur apr�s elle ; ou encore le � pirate m�taphysique �, Forgael, poursuivant la qu�te de l�Amour (The Shadowy Waters,</p><p>1900), guid� par des oiseaux � t�te humaine, les �mes des morts, tandis que la licorne traverse la sc�ne de The Unicorn from the Stars (1907) ou de The Player Queen (1921). Mais le peuple de f�es (The Land of Heart�s Desire</p><p>[le Pays du d�sir du coeur], 1894), de dieux, de h�ros et h�ro�nes aux noms</p><p>�tranges, il faut les chercher surtout dans la po�sie. Et d�s The Wanderings of Oisin (les P�r�grinations d�Oisin, 1889), le premier recueil de po�mes de Yeats de la plus pure essence romantique ga�lique. Aengus, Oisin ou Niamh y incarnent un pays plein de sortil�ges, comme dans cette �le aux g�ants endormis o� erre Oisin. � travers eux, le po�te chante le folklore (� The Madness of King Goll �), l�attachement � la terre (� The Lake Isle of Innisfree �, l�un de ses po�mes les plus populaires, 1924) dans une atmosph�re sp�cifiquement irlandaise, mais plut�t, paradoxalement, assez peu chr�tienne en d�pit de l�apparition de quelques saints. L�Immortalit� (� The Wild Swans at Coole �, 1919), la Vie, la Mort imposent leur puissance, parfois dualit� entre l��me et les sens. Comme dans le magnifique po�me Sailing to Byzantium (1927). Et s�il na�t quelque ambigu�t� dans l�attitude du po�te abrit� derri�re le � masque �, il s�en explique dans Per Amica Silentia Lunae.</p><p>Le quotidien ne s�oublie pas non</p><p>plus. Aussi bien l�actualit� politique</p><p>� Michael Robartes and the Dancer (1920), sur l�insurrection de 1916, ou encore Meditations in Civil War (1923) et Parnell�s Funeral (1934) � que la mati�re autobiographique inervant un grand nombre de ses po�mes (� Under Ben Bulben �, � The Circus Animals�s Desertion �...). Autobiographie, occul-tisme se fondent harmonieusement</p><p>dans le lyrisme de The Wind among the Reeds. Avec le symbolisme cher � Yeats. Dans son univers po�tique abondent en effet images et symboles : fleurs, oiseaux et arbres (l�Arbre de Vie), les tours (The Tower, 1928), les cercles, spirales et r�volutions, th�mes de l��ternel recommencement (The</p><p>Winding Stair [l�Escalier tournant], 1929 ; The Gyres, 1939). Pourtant, au fur et � mesure qu�il avance dans la vie, Yeats se d�tache d�un certain romantisme ossianique. The Green Helmet and Other Poems comme Responsabilities (1914), au titre �vocateur, ou le pessimisme The Tower r�sonnent d�un son nouveau, qu�annon�ait d�j� In the Seven Woods (1903). Les Last Poems (1939), somme de tous ses efforts et de ses recherches po�tiques, confirment une dimension classique qui, par-del�</p><p>la renaissance du vieil id�al bardique, projette la litt�rature irlandaise dans le grand concert international.</p><p>D. S.-F.</p><p>( J. Unterecker, A Reader�s Guide to William Butler Yeats (Londres, 1959). / Letters on Poetry from William Butler Yeats to Dorothy Wellesley (Londres, 1964). / H. Orel, The Development of William Butler Yeats (Kansas City, 1968). /</p><p>J. R. Moore, Masks of Love and Death : Yeats as Dramatist (Ithaca, N. Y., 1971).</p><p>Y�men</p><p>En ar. AL-YAMAN, r�gion de la p�ninsule arabique, aujourd�hui divis�e en deux �tats : la R�publique arabe du Y�men au nord (capit. &#x1E62;an�&#x101;�) et la R�publique d�mocratique et populaire du Y�men au sud (capit. al-Cha�ab ; v. princ.</p><p>Aden) [v. art. suiv.].</p><p>Al-Yaman signifie � la droite �, car cette r�gion se trouve � la main droite de la Ka�ba sacr�e, � La Mecque. Le proph�te Mahomet l�aurait lui-m�me d�sign� ainsi.</p><p>Les origines</p><p>Dans l�Antiquit�, du Xe ou du VIIIe s., on ne peut encore le savoir avec pr�cision, jusqu�� l�isl&#x101;m, cinq �tats principaux ont exist� au Y�men, guerroyant entre eux, se conqu�rant parfois mutuellement : les royaumes min�en, � Ma�&#x12B;n, au nord, de Saba au centre (capit.</p><p>M&#x101;�rib), de Qataban au sud-ouest</p><p>(capit. Timna), du Hadramaout au sud (capit. Chabwa), puis, plus r�cents, les royaumes &#x1E25;imyarites, qui supplant�rent Saba.</p><p>Le plus c�l�bre de tous a �t� celui de Saba, qui a �tendu son influence jusqu�� l�Oman et � semble avoir largement colonis� l�Afrique et fond� le royaume d�Abyssinie, dont le nom vient d�&#x1E24;abachat, un peuple arabe du Sud-Ouest � (Bernard Lewis). Indisso-downloadModeText.vue.download 539 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11750</p><p>ciables de la civilisation sud-arabique,</p><p>les deux Y�mens ont jou� un r�le �conomique important dans l�Antiquit� comme producteurs de parfums (aromates, myrrhe, laudanum) et aussi comme plaques tournantes de premi�re importance entre l�Inde et l�Afrique orientale, d�une part, et la M�diterran�e, d�autre part, r�gions que le pays mettait en communication � la fois par ses flottes sur la mer Rouge et par les caravanes qu�il lan�ait � travers l�Arabie, vers le littoral m�diterran�en. Riche au point de vue agricole, le Y�men a �t� d�sign� par les Arabes comme � al-Kha&#x1E0D;r&#x101;� � (� la Verte �) car il a �t� cultiv� par un ing�nieux syst�me d�irrigation ax� sur le grand barrage de M&#x101;�rib, construit par un roi sab�en au VIIIe s. av. J.-C. (les sp�cialistes ne sont pas s�rs de la date).</p><p>La destruction de ce barrage, sans doute sous l�effet d�un s�isme, a ruin� en grande partie l��conomie du pays.</p><p>Pour la plupart s�dentaires � cela est notable dans le contexte de la p�ninsule arabique �, divis�es jusqu�� nos jours en castes � ce qui est tr�s original en Arabie �, les populations se sont organis�es en �tats qui ont pu �tre des monarchies parlementaires dirig�es par des rois pr�tres ou la�cs (la recherche et l�arch�ologie n�ont pas encore d�finitivement tranch�).</p><p>L�arch�ologie sud-arabique a livr� des t�moignages d�une civilisation qui a d�, � certaines �poques, �tre brillante, comme en t�moignent les vestiges</p><p>d�couverts � M&#x101;�rib et � Timna :</p><p>importants restes urbains, st�les, statues et surtout une �criture qualifi�e d�himyarite (ou de sud-arabique), nom d�riv� de celui du pays &#x1E25;imyar et de la dynastie du m�me nom, qui s�empara de Saba en 115 ou en 118 av. J.-C. et qui dura jusqu�au IVe s. de notre �re. En 328, cet �tat &#x1E25;imyarite-sab�en englo-bera Saba, Rhayd&#x101;n (pays &#x1E25;imyar), le Hadramaout et le Yamanat (corne sud-ouest de l�Arabie). Trait commun avec les autres S�mites, la religion sud-arabique est fond�e sur des cultes astraux.</p><p>Une premi�re d�cadence de ces</p><p>royaumes survient avec la rupture du barrage de M&#x101;�rib (120) et avec la d�-</p><p>couverte, par les Romains, du syst�me des moussons, qui permet � ces derniers d�accaparer la plus grande partie du commerce sud-arabique.</p><p>Au IVe s., le christianisme et le ju-da�sme font leur apparition en force dans la r�gion, et l�un des derniers rois &#x1E25;imyarites, Dh&#x16B; Nuw&#x101;s, impose le juda�sme � ses sujets, en grande partie chr�tiens, qui se r�voltent. Les Abyssins chr�tiens traversent la mer Rouge et envahissent le pays, imposant de 521 � 575 une domination cruelle aux Y�m�nites rest�s juifs et animistes, et pr�cipitant le pays dans la ruine, alors qu�au m�me moment le grand barrage de M&#x101;�rib se rompt d�finitivement. �</p><p>la demande, semble-t-il, des derniers &#x1E24;imyarites, les Perses Sassanides*</p><p>envoient alors une exp�dition qui d�-</p><p>barque � Aden, conqui�rent le pays et lui imposent le zoroastrisme (575).</p><p>En 628, le gouverneur sassanide du Y�men se convertit � une nouvelle religion venue du nord : l�isl&#x101;m*. Le Y�men devient une province musulmane d�pendant de La Mecque et</p><p>prend le parti d��Al&#x12B; contre Mu�&#x101;wiya, s�orientant ainsi vers le ch&#x12B;�isme, qui deviendra un ch&#x12B;�isme particulier et</p><p>� national �, le zaydime, du nom de la dynastie qui se constitue � &#x1E62;a�da, dans le nord du pays, en 893, alors que Ta�izz et la plaine c�ti�re restent sunnites.</p><p>� partir du Xe s., alors que le cali-fat se d�sagr�ge � Bagdad, au Y�men comme dans le reste de l�� Empire musulman �, des principaut�s rivales naissent, se livrant � des guerres religieuses et �conomiques, par exemple pour la possession de ports importants, comme celui de Moka (al-Mukh&#x101;),</p><p>centre de culture et d�exportation de caf�, ou celui d�Aden, point de d�part vers l�Inde, l�Insulinde et l�Afrique orientale.</p><p>En 1276, Marco Polo aurait d�nom-</p><p>br� 80 000 habitants � Aden.</p><p>En 1517, les Turcs Ottomans s�em-</p><p>parent des plaines c�ti�res du Y�men, d�Aden (1538), mais mettront de longues ann�es � r�duire la r�sistance farouche des montagnes zaydites.</p><p>L�occupation �trang�re,</p><p>l�ind�pendance</p><p>Vers 1635, les Y�m�nites reprendront Aden, mais, en 1728, un gouverneur de La&#x1E25;idj (Lahdj), dans l�arri�re-pays d�Aden, se rend ind�pendant du pouvoir de &#x1E62;an�&#x101;� et s�empare d�Aden en 1735. D�s 1799, face au p�ril que repr�sente l�exp�dition de Bonaparte en �gypte pour la route des Indes, les Britanniques occupent l��lot de Perim, � l�entr�e de la mer Rouge ; en 1839, ils s�emparent de l��le de Socotora (&#x1E62;uqu&#x1E6D;ra) et d�Aden, dont ils envahissent aussi l�arri�re-pays. L�ouverture du canal de Suez en 1869 donne une importance capitale � la mer</p><p>Rouge, et les Turcs lancent une op�-</p><p>ration de grande envergure contre le pays (en dehors des possessions britanniques). En 1871, apr�s une longue r�sistance autour des im&#x101;ms zaydites, &#x1E62;an�&#x101;� est prise d�assaut et int�gr�e au vil�yet (pr�fecture) ottoman du Y�men.</p><p>C�est donc au milieu du XIXe s. que le</p><p>� Grand Y�men �, comme l�ont tou-</p><p>jours appel� les nationalistes du pays, est d�mantel�, le Nord �tant sous la coupe des Turcs, le Sud sous celle des Britanniques.</p><p>D�s 1904, les zaydites parviennent � recr�er le noyau d�un royaume coh�-</p><p>rent au nord du pays, mais ils doivent attendre le d�mant�lement de l�Empire ottoman au trait� de S�vres, apr�s la Premi�re Guerre mondiale, pour voir l�ind�pendance du royaume reconnue sous le sceptre de l�im&#x101;m (guide) zaydite Ya&#x1E25;ya al-Badr, en 1920. Celui-ci louvoie entre les puissances et maintient son pays hors de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi dans un isolement total, plus grand peut-�tre que celui du Tibet � la m�me �poque.</p><p>&#x1E62;an�&#x101;� adh�re cependant � la Ligue arabe en 1945 et entre � l�O. N. U. en 1947.</p><p>Apr�s l�assassinat de Ya&#x1E25;y&#x101; en</p><p>1948, son fils A&#x1E25;mad lui succ�de</p><p>comme chef spirituel et temporel absolu, mais les temps ont chang�, et la force de renouveau et de modernisme, incarn�e surtout par le Baath* et le nass�risme, pr�cipite sa chute : il est assassin� en 1962 lors du coup d��tat nationaliste et pronass�rien du colonel</p><p>�Abdallah al-Sall&#x101;l.</p><p>Une longue guerre civile s�ensuit</p><p>jusqu�en 1970 : l��gypte (R. A. U.) envoie un corps exp�ditionnaire au secours de la jeune r�publique, et l�Arabie Saoudite, la Grande-Bretagne (depuis Aden) et les �tats-Unis arment les tribus royalistes et fournissent des mercenaires. La guerre entra�ne une situation catastrophique pour le pays, et Le Caire commet nombre d�erreurs psychologiques, qui lui ali�nent ses alli�s. Apr�s une tentative de conciliation � Erkowit, au Soudan, en octobre 1964 et une rencontre entre Nasser* et Fay&#x1E62;&#x101;l* d�Arabie � Djedda le 24 ao�t 1965, c�est � la conf�rence de Khar-toum, en 1967, que l��gypte accepte de retirer ses troupes du Y�men et que la r�publique peut se doter d�un gouvernement dont est �cart� Sall&#x101;l (nov.</p><p>1967) et sur lequel l�Arabie Saoudite continue d�exercer des pressions aussi vives que par le pass�. La guerre end�-</p><p>mique ne cesse de s�vir au Y�men du Nord entre royalistes et r�publicains, et c�est la cr�ation d�un gouvernement � mod�r� �, pour ne pas dire tr�s � droite, qui permet au pays, depuis 1970, de conna�tre une paix relative, ponctu�e par les ex�cutions de tous les opposants au r�gime.</p><p>Au sud du Y�men, l��volution est</p><p>tr�s diff�rente. D�s les ann�es 50, une opposition s�organise face � la colonisation britannique, suscit�e avant tout par les puissants syndicats de gauche d�Aden. En 1958, une r�pression f�-</p><p>roce, exerc�e par l�arm�e britannique, s�abat sur les contestataires. L�ann�e suivante, Londres d�cide la cr�ation d�une f�d�ration, qui deviendra en 1962 la F�d�ration de l�Arabie du Sud ; les nationalistes consid�rent celle-ci comme constituant un pacte avec les cheikhs f�odaux locaux et destin� � perp�trer la domination britannique sur le pays, et ils la refusent. En octobre 1963, une insurrection arm�e �clate dans le Ra&#x1E0D;f&#x101;n (proche du Y�men du Nord), prenant un caract�re de lutte de lib�ration nationale de plus en plus �vident sous l��gide du Front national de lib�ration (F. N. L.), qui re�oit un soutien moral du Caire. En 1965, le Front proclame : � Le peuple arabe du Y�men (Sud et Nord) est une fraction de la nation arabe et tout le Y�men une partie int�grante de la patrie arabe. �</p><p>Cependant, une organisation arm�e rivale, le FLOSY (Front for the Liberation of Occupied South Yemen), est mise sur pied (janv. 1966) sous l�impulsion de bassistes inquiets devant le radicalisme marxiste des dirigeants du F. N. L. La Ligue arabe reconna�t dans le FLOSY le � seul repr�sentant arabe du Y�men �, et des heurts sanglants �clatent entre les deux fractions rivales. Affaibli par le d�part des �gyptiens au nord, le FLOSY laisse la place au F. N. L., qui re�oit l�ind�pendance � Gen�ve en novembre 1967. En 1968, un mouvement r�volutionnaire � dur �</p><p>�carte du pouvoir certains membres du F. N. L.</p><p>Cependant, d�s 1969, l�Arabie Saoudite bombarde et harc�le le Y�men du Sud, devenu R�publique d�mocratique et populaire du Y�men et qui soutient tous les r�volutionnaires de la p�ninsule arabique, en particulier ceux du &#x1E92;uf&#x101;r (Dhofar), au sud du sultanat d�Oman*, et ceux du � Front de lib�ration � du golfe Arabique occup�.</p><p>En ce qui concerne les relations entre les deux Y�mens, l�unit� est � l�ordre du jour ; profond�ment ancr�e dans la mentalit� collective des Y�m�nites, elle figure dans tous les programmes politiques des dirigeants comme un premier pas vers une unit� arabe plus large. Malgr� des r�sultats sociaux et downloadModeText.vue.download 540 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11751</p><p>�conomiques remarquables, dans un contexte g�o-politique particuli�rement d�favorable, la R�publique d�-</p><p>mocratique du Y�men (Sud) se trouve quasiment boycott�e par les pays de la Ligue arabe, inquiets de son radicalisme. Par ailleurs, la R�publique arabe du Y�men (Nord) accorde un soutien actif aux opposants sud-y�m�nites (du FLOSY) et a mis longtemps � cesser de d�clarer que l��limination du � communisme � � Aden �tait l�un de ses objectifs. Le contexte est donc assez peu propice � une union pourtant d�sir�e par tous, quoique les relations entre les deux r�gimes aillent en s�am�liorant.</p><p>Y. T.</p><p>( G. W. Bury, The Turks in Yemen (Londres, 1915). / H. Scott, In the High Yemen (Londres, 1942). / J. H. Heyworth Dunne, Al-Yemen, a General Social, Political and Economical Survey (Le Caire, 1952). / M. S. El Attar, le Sous-d�-</p><p>veloppement �conomique et social du Y�men (Alger, 1965). / M. Elhabachi, l��volution politique, �conomique et sociale de l�Arabie du Sud (Aden et son protectorat) depuis 1937 (Th�se, Paris, 1966). / C. Fayein, Y�men (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1975).</p><p>Y�men</p><p>(R�publique</p><p>arabe du)</p><p>En ar. al-djumh&#x16B;riyya al-�arabiyya al-yamaniyya. �tat de l�Arabie.</p><p>L��tat y�m�nite</p><p>L�unit� du pays a �t� r�alis�e � l��poque islamique autour d�une branche mod�-</p><p>r�e du ch&#x12B;�isme*, les zaydites, dont les im&#x101;ms dirig�rent le pays depuis 893</p><p>jusqu�� la conqu�te turque au XVIe s., avant de fournir la dynastie qui s��tablit au XXe s. sur les ruines de l�Empire ottoman. L�influence zaydite, centr�e sur les hautes terres, a �t� le ciment d�un �tat rest� de structure religieuse complexe. La secte ne compte gu�re en effet que 50 � 55 p. 100 de la population. Les sunnites, qui pr�dominent dans la plaine c�ti�re, sont presque aussi nombreux. Une importante minorit� isma�lienne existe dans le haut pays, o� elle semble s��tre d�velopp�e essentiellement � partir du XVIIe s., en provenance de l�Inde. Dans une atmosph�re de tol�rance spirituelle relative, une importante minorit� juive (60 000 personnes) a pu se maintenir jusqu�� la naissance de l��tat d�Isra�l, qui entra�na son �migration en masse.</p><p>R�gions et aspects</p><p>Ce sont les hautes terres qui constituent le foyer essentiel du peuplement et le pivot du pays. L�unit� en est faite par un extraordinaire paysage de champs en terrasses qui mod�lent toutes les pentes, t�moignage d�une vie paysanne solidement enracin�e, dans le cadre de gros villages domin�s par de spectaculaires forteresses, expression de la f�o-</p><p>dalit� politique traditionnelle, que les Turcs d�truisirent en grand nombre lors de leur conqu�te du pays. Les cultures c�r�ali�res sont partout pr�sentes, bl�, orge, millet, en culture irrigu�e ou pluviale, cette derni�re rendue possible par des pr�cipitations abondantes, qui peuvent atteindre jusqu�� 1 m par an sur les sommets du plateau. Mais un contraste r�gional ais�ment perceptible oppose d�autre part le versant int�rieur et le versant ext�rieur de ce haut pays. Le versant occidental, plus arros�, voit dominer les cultures tropicales : caf�ier entre 1 300 et 2 000 m d�altitude, q&#x101;t (ou khat) entre 1 400 et 2 600 m, notamment autour de Ta�izz (65 000 hab. ; 600 mm de pr�cipitations annuelles � 1 500 m d�altitude), principal march� du sud du pays. Sur le versant int�rieur, plus sec, dominent les arbustes m�diterran�ens (figuiers, vignobles, caroubiers, grenadiers) ou, en altitude, les arbres temp�r�s.</p><p>Les r�gions p�riph�riques tiennent dans la vie du pays une place beaucoup moins importante. La plaine</p><p>c�ti�re de la mer Rouge, la Tih&#x101;ma, est quasi d�sertique, parcourue par des pasteurs nomades, et c�est seulement au d�bouch� des premi�res pentes du rebord montagneux que s��tendent</p><p>des cultures de millet ou de coton, en fonction des possibilit�s d�irrigation.</p><p>Des trois ports, Loheiya, Hodeida (al-</p><p>&#x1E24;udayda) et Moka, le dernier, jadis principal centre du commerce du caf�, est aujourd�hui en d�clin et n�exporte plus que les produits de son voisinage imm�diat. Le commerce ext�rieur du pays est aujourd�hui concentr� � Hodeida, choisi comme d�bouch� de la route transversale par les Turcs lors de leur seconde occupation du pays au XIXe s. et o� un port moderne a �t� construit par les Sovi�tiques entre 1958</p><p>et 1961. La population de la ville est estim�e � 50 000 habitants. Les confins d�sertiques de l�int�rieur, enfin, apr�s avoir connu dans l�Antiquit� une</p><p>prosp�rit� notable, li�e � l�irrigation (barrage de M&#x101;�rib), sont essentiellement parcourus aujourd�hui par des nomades.</p><p>&#x1E62;an�&#x101;�</p><p>La capitale est sur le versant int�rieur (300 mm de pr�cipitations annuelles dans une plaine � 2 350 m d�altitude). Au pied de plateaux basaltiques d�passant 3 000 m, qui nourrissent d�abondantes r�surgences expliquant la richesse de son oasis, la ville est situ�e dans un alignement de plaines et de vall�es longitudinales qui, vers Ta�izz et Aden, constitue la principale voie de circulation de l�Arabie occidentale. Les relations avec la mer Rouge, par la route tr�s difficile vers Hodeida construite par les Turcs pour d�tourner vers l�ouest un trafic qui se dirigeait normalement vers la fa�ade m�ridionale sous contr�le britannique, sont beaucoup plus malais�es. La ville n�en a pas moins �t� la capitale politique du pays depuis le IVe s. Elle comporte deux parties nettement s�par�es : la vieille ville � l�est ; la ville-jardin � l�ouest, en bordure de laquelle se trouvait � l�extr�me ouest le quartier juif. � leur jonction, le palais de l�im&#x101;m commande les deux parties de l�agglom�ration, r�unies dans une muraille unique depuis le d�but du XIXe s. La ville-jardin, sans doute � l�origine quartier d�habitations temporaires d��t�, est depuis longtemps un quartier d�habitations permanentes, largement a�r�es et contrastant avec le congestionnement de la vieille ville, o� les jardins, sans �tre absents, sont beaucoup moins �tendus. La population est sans doute de l�ordre de 150 000 � 200 000 habitants.</p><p>downloadModeText.vue.download 541 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11752</p><p>La population et</p><p>l��conomie</p><p>Le Y�men repr�sente un cas extr�me de sous-d�veloppement. Les quelques exportations sont limit�es � des produits de l�agriculture et de l��levage : caf� (pour 60 p. 100 environ), coton brut (20 p. 100), peaux (10 p. 100), q&#x101;t en contrebande vers l�autre Y�men ou les c�tes de la mer Rouge (il doit �tre utilis� dans les huit jours suivant la cueillette), auxquels s�ajoute un peu de sel gemme.</p><p>En face de ces ressources tr�s m�-</p><p>diocres, la forte densit� rurale de ces hautes terres se traduit par un �tat �vident de surpeuplement. L��migration</p><p>affecte depuis longtemps une fraction notable de la population y�m�nite. On estime � plus de 1 million le nombre des Y�m�nites �tablis � l��tranger. La diaspora y�m�nite s�est �tendue largement sur le pourtour de l�oc�an Indien, de l�Indon�sie � l�Afrique orientale (�thiopie), et la population des hautes terres fournissait traditionnellement une partie importante de la main-d�oeuvre du port d�Aden. Elle s�oriente de plus en plus aujourd�hui vers les centres de d�veloppement de l�Arabie Saoudite, qui doit actuellement en accueillir la plus grande part, et des �mirats p�troliers du golfe Persique.</p><p>X. P.</p><p>F Arabie / Y�men.</p><p>( C. Rathjens et H. W. von Wissmann, S�da-rabien-Reise 3. Landeskundliche Ergebnisse (Hambourg, 1934). / M. S. El Attar, le Sous-d�-</p><p>veloppement �conomique et social du Y�men (Alger, 1965). / C. Deffarge et G. Troeller, le Y�men (Delroisse, 1973).</p><p>Y�men</p><p>(R�publique</p><p>d�mocratique et</p><p>populaire du)</p><p>En ar. djumh&#x16B;riyya al-yaman al-</p><p>dim&#x16B;qr&#x101;tiyya al-cha�biyya. Anc.</p><p>y�men du sud, �tat de l�Arabie</p><p>m�ridionale.</p><p>L��tat sud-y�m�nite est un h�ri-</p><p>tage de la colonisation britannique, dont l�influence, apr�s l�installation � Aden* en 1839, s��tendit peu � peu � toute la partie occidentale du rebord m�ridional de la plate-forme arabique, jusqu�au sultanat de Mahra (en 1886) � l�est, qui groupait avec l��le de Socotora (&#x1E62;uqu&#x1E6D;ra), r�sidence du sultan, un vaste domaine continental centr� autour de Qichn et limitrophe des possessions du sultan de Mascate.</p><p>� l�exception des environs imm�diats d�Aden, colonie de la Couronne, l�ensemble du pays �tait rest� divis� en une poussi�re de petits sultanats, soumis seulement � un r�gime de protectorat et de gouvernement indirect, dont l�unit� a �t� r�alis�e de fa�on assez factice par l�ind�pendance.</p><p>De l�ouest vers l�est, les paysages et les genres de vie se transforment notablement, en liaison avec l�abaissement progressif de l�altitude du rebord montagneux et la diminution des pluies qui lui sont li�es. � l�extr�me ouest, encore tr�s �lev� (2 500 m), le fonds de la civilisation est identique � celui de l�autre Y�men. C�est la m�me vie paysanne de hautes terres, avec des champs en terrasses en culture pluviale et des vergers de q&#x101;t, cependant sans la pr�sence des fertiles �panchements de laves basaltiques caract�ristiques du haut plateau y�m�nite. Dans les basses vall�es, la culture est li�e � l�irrigation.</p><p>Au caf� et aux agrumes se m�lent les dattiers, le cocotier, le manguier et le bananier ; la c�r�ale dominante est le millet. Les cultures commerciales du coton et de l�indigo sont d�velopp�es dans des p�rim�tres d�am�nagement hydraulique, comme celui d�Abyan.</p><p>La&#x1E25;idj (30 000 hab.) est le centre de ce bas pays.</p><p>Vers l�est, le milieu, plus sec, devient comparable � celui du versant int�rieur de l�autre Y�men, et l�impr�-</p><p>gnation nomade a �t� �galement beaucoup plus forte dans une atmosph�re belliqueuse incessante, que venaient compliquer les luttes de clans int�rieurs. La vie rurale s�dentaire se r�duit � un semis d�oasis, dont les plus importantes sont celles qui s��gr�nent le long de la vall�e du W&#x101;d&#x12B; Hadramaout, qui entaille largement, avec son r�seau d�affluents, la table de calcaire �oc�ne qui recouvre ici le socle ancien sur le revers int�rieur de l�escarpe m�ridionale. La nappe peu profonde des eaux d�inf�roflux alimente un ruban presque continu de cultures dans la partie moyenne de la vall�e, autour des importantes cit�s de Chib&#x101;m, de Say�&#x16B;n et de Tar&#x12B;m, o� une caste religieuse a maintenu son pouvoir au-dessus de marchands, de cultivateurs-tenanciers et de nombreux esclaves pendant la p�-</p><p>riode britannique. Mais l�aire cultiv�e et habit�e s�est sensiblement r�duite depuis les temps pr�islamiques. La partie aval de la vall�e, qui prend le nom de W&#x101;d&#x12B; Mas&#x12B;la, est couverte de ruines.</p><p>Du Y�men � l�Hadramaout inclus,</p><p>l�unit� de cette fa�ade montagneuse est faite par la physionomie urbaine,</p><p>avec ses �tonnantes villes fortifi�es o� se pressent des � gratte-ciel � atteignant et d�passant parfois, comme � Chib&#x101;m, la vingtaine d��tages. Au-del� vers l�est, la vie s�dentaire dispara�t peu � peu au profil du nomadisme. La r�colte de la s�ve des arbustes � parfum, fournissant l�encens et la myrrhe, attire encore vers les bosquets, de plus en plus clairsem�s, une main-d�oeuvre essentiellement temporaire, partiellement d�origine Somalie.</p><p>� mesure que la vie s�dentaire du haut pays perd de son importance vers l�est, le relais est pris par les villes c�ti�res, qui deviennent d�sormais les principaux foyers de vie. L�activit� est fond�e sur le commerce lointain, tout autour de l�oc�an Indien, par les barques traditionnelles (dhows) et sur la p�che (thons, sardines, requins ; ces derniers nagu�re pour les ailerons alimentant le march� chinois). Le centre principal est Mukall&#x101;, qui compte d�importantes colonies indiennes et africaines (25 000 hab.).</p><p>Au large de la c�te et plus rappro-ch�e de la corne nord-orientale de l�Afrique, la grande �le de Socotora (2 800 km 2) reste rattach�e � l�ancien Y�men du Sud. Elle est encore relativement arros�e (150 mm de pr�cipitations annuelles dans la plaine c�ti�re, certainement beaucoup plus dans le centre de l��le, qui atteint 1 500 m d�altitude). La population (de 10 000</p><p>� 12 000 hab.), rest�e chr�tienne jusqu�au XVIe s., se partage entre des villages c�tiers de p�cheurs, poss�-</p><p>dant quelques jardins et palmeraies, et dont le principal est Hadibu (Tamrida), et des groupes de pasteurs nomades, parlant encore une langue apparent�e aux langues s�mitiques non arabes du sud de la p�ninsule arabique et qui parcourent l�int�rieur avec leurs troupeaux de chameaux, de bovins et de petit b�tail.</p><p>La colonisation britannique a mo-</p><p>del� sur cette fa�ade m�ridionale un type humain assez diff�rent de celui des hautes terres farouchement closes du Y�men propre. L��migration, d�j� importante avant la colonisation, a �t� consid�rablement facilit�e par celle-ci, et la proportion de la population</p><p>concern�e est encore plus consid�rable que dans l�autre Y�men. Les colonies hadramaouies sont notamment tr�s importantes en Indon�sie et en Malaisie.</p><p>Surtout le retour de nombreux �migr�s, apr�s une carri�re ext�rieure et fortune faite, au pays d�origine a apport� au Y�men des ferments multiples de modernisation.</p><p>Les �l�ments �trangers ont, d�autre part, �t� nombreux dans les villes de la c�te, et particuli�rement, �videmment, � Aden.</p><p>Ce type d��conomie ouverte tra-</p><p>verse depuis quelques ann�es une crise grave. L��migration et les relations avec les �l�ments install�s outre-mer se sont affaiblies depuis l�ind�pendance en raison d�une situation politique confuse.</p><p>L�activit� d�Aden, d�autre part, a �t� gravement atteinte dans sa fonction d�escale par la fermeture du canal de Suez de 1967 � 1975, bien que le fonctionnement de la raffinerie ait continu� dans l�intervalle. En dehors des produits de celle-ci, les seules ressources commerciales sont constitu�es par la vente d�un peu de coton et de quelques produits de l��levage.</p><p>X. P.</p><p>F Aden / Y�men.</p><p>( L. W. C. Van den Berg, le Hadramaut et les colonies arabes dans l�archipel Indien (La Haye, 1887). / D. Van der Meulen et H. von Wissmann, Hadramaut, Some of its Mysteries Unveiled (Leyde, 1932). / A. Leidlmair, Hadramaut : Bev�lkerung und Wirtschaft im Wandel der Gegenwart (Bonn, 1961).</p><p>yiddish</p><p>(litt�rature)</p><p>Cr��e sur les bords du Rhin, la litt�rature d�expression yiddish (ou yidich) s�est r�pandue non seulement dans l�Europe enti�re, mais aussi dans les cinq continents.</p><p>S�il est vrai que son histoire s�est limit�e � l�Europe pendant neuf si�cles, et notamment celui o� elle a atteint son apog�e, elle a su �tre pr�sente partout.</p><p>Il s�agit donc de voir dans son histoire</p><p>une double progression, celle de la dignit� de la langue yiddish et celle, proprement litt�raire, des oeuvres.</p><p>La dignit� du yiddish</p><p>� l�origine, il s�agit de d�montrer l�utilit� du yiddish. Au lieu de d�plorer l�enfermement du ghetto, son style de vie p�rim�, de m�priser sa langue comme un � jargon �, des esprits �clai-downloadModeText.vue.download 542 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11753</p><p>r�s surent avoir une attitude positive � l��gard de l�homme juif et comprirent les besoins de ce peuple. C�est ainsi que le docteur Marcuse, �tabli en Pologne d�s 1774, r�digea en yiddish son livre de m�decine populaire Sefer Hareques (le Livre des rem�des, 1790) ou que Mendel Levin (ou Lefin, 1749-1826) se mit � traduire la Bible en une langue accessible au plus grand nombre. Un pas d�cisif est fait avec Kol Hamnaser (la Voix qui annonce), le premier journal juif qui commence � para�tre en Russie en 1862. Yehos-hua Mordekhai Lifshitz (1829-1878) et Aleksander Zederbaum (1816-1896) y affirment la valeur et l�utilit� du yiddish, le premier notamment dans son essai Quatre Classes et dans un dialogue rim�, Yual et Judith (les Juifs et leur langue), o� Judith montre � son mari que les autres langues ont �t� un jour plus laides qu�elle :</p><p>Elles avaient de bonnes situations, on les a soign�es jour et nuit</p><p>C�est pourquoi elles jouent de grands r�les, on danse avec elles et on rit, Essaie de bien m�attiffer, me peigner, me poudrer,</p><p>Tu en auras quelque sueur, mais tu auras le plaisir apr�s.</p><p>En 1908, au congr�s de Tchernovtsy (Czernowitz), le yiddish est reconnu comme langue nationale juive. I. L. Peretz* montre que le yiddish est un moyen de garder unie la nation � travers les g�n�rations et les continents.</p><p>Expression de la conscience juive, le yiddish devient un instrument de cr�ation de formes de vie modernes. Peretz voulait que le yiddish se p�n�tr�t du martyrologue juif, du hassidisme* et de la cabale* (ou kabbale) : il voyait dans cette langue la conscience du temps et le lieu de regroupement des forces cr�atrices d�Ashkenaz pendant mille ans.</p><p>Pour Haim Zhitlovski (1865-1943), le yiddish est le v�hicule de la modernit� juive : � l��poque des pogroms, il appelle les �tudiants juifs qui portent l�uniforme � parler yiddish. Quant � Nathan Birnbaum (1864-1937), il voit dans cette langue populaire un moyen de faire du Juif un homme qui b�tit et qui vit.</p><p>La p�riode de l�entre-deux-guerres voit se d�velopper une nouvelle phase : l�int�r�t pour le yiddish correspond � un changement d�attitude � l��gard du peuple. Consid�r� jusqu�alors comme une masse inculte, m�me par les r�volutionnaires, le peuple n��tait qu�objet de philanthropie ou de piti�. Mais, dans le premier quart du XXe s., c�est du peuple que surgissent les �crivains, les militants, les savants. C�est aupr�s du peuple qu�on apprend la sagesse malicieuse des proverbes, la beaut� des chants ancestraux.</p><p>Le peuple est le gardien des tr�sors culturels de la nation. Ce n�est pas par hasard que Peretz s�adresse au hassidisme, qui r�unit deux aspects capitaux : les luttes de l�individu solitaire, mais aussi sa proximit� de la masse.</p><p>La langue est la plus belle cr�ation du peuple, qui trouve son expression dans le folklore yiddish, dans le th��tre, dans l�art populaire.</p><p>Ce renouveau culturel a sa r�plique sociale avec le mouvement du � yidi-chisme �, dont les leaders sont Zal-man Reisen (1897-1941) � Vilna (Vilnious) et No� Prilutski (Zui Prilucki) � Varsovie.</p><p>La derni�re �tape dans l��volution du yiddish est celle des ann�es de guerre et de l�holocauste. Le Juif du ghetto � le survivant et le disparu � a fait du yiddish une langue sacr�e.</p><p>Le yiddish est non seulement un</p><p>objet d��tude livr� � l�analyse des linguistes, mais le bien du peuple qui l�a fait cro�tre et le fera vivre, comme le c�l�bre dans la Joie du mot juif (1961) Jacob Glatstein (n� en 1896) :</p><p>�, laissez-moi acc�der � la joie du mot juif (yidich)</p><p>Donnez-moi des jours entiers, pleins Liez-moi, tissez-moi</p><p>D�v�tez-moi de toutes mes vanit�s Nourrissez-moi par des corbeaux, of-frez-moi des miettes</p><p>Un toit trou� et un lit dur.</p><p>Mais donnez-moi des jours entiers, pleins</p><p>Ne me laissez pas oublier m�me un instant le mot yidich (juif).</p><p>En fait, l�histoire litt�raire du yiddish se divise en deux moments majeurs : une � pr�histoire � qui se prolonge jusqu�au Si�cle des lumi�res et la p�riode de conscience litt�raire et culturelle qui se manifeste alors et se prolonge jusqu�� nos jours.</p><p>La litt�rature</p><p>en vieux yiddish</p><p>Trois courants caract�risent la litt�rature en vieux yiddish : le genre �pique, le roman courtois (le mot maasse, qui, en h�breu, veut dire � action �, signifie � r�cit � en yiddish), les oeuvres religieuses (traduction du Pentateuque, rituels de pri�res).</p><p>On voudrait voir volontiers dans</p><p>l�apparition des genres une succession qui irait du profane (l��poque du trouv�re) au sacr� (l��poque �difiante).</p><p>Il est vrai que des po�tes errants, jon-gleurs ou trouv�res, d�clamaient en public des po�mes en vers psalmodi�s selon une m�lodie emprunt�e au folklore germanique. La collection la plus importante de chansons � celle de Menahem Oldendorf � date de 1450</p><p>(la m�trique et la m�lodie du chant</p><p>� Hoch rief der W�chter � se retrouvent dans le chant bilingue h�breu-yiddish</p><p>� De l�amour, de l�argent �). Ce genre</p><p>influen�a m�me les talmudistes, qui compos�rent sur l�air du � Herzog Ernst � un expos� des r�gles de l�ex�-</p><p>g�se, sous le titre de Hilchosse kemon.</p><p>Jusqu�au XVe s., la litt�rature �pique (chansons de geste, romans courtois) trouve un �cho en yiddish. Le plus ancien texte en yiddish, apr�s le Rituel de Worms de 1272 et le manuscrit</p><p>de Cambridge de 1382, n�est qu�une transposition de l��pop�e de Gudrun, sous le titre de Dukus Horant. Il existe �galement une adaptation du cycle downloadModeText.vue.download 543 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11754</p><p>de la Table ronde qui se r�duit � une simple aventure amoureuse.</p><p>En fait, la po�sie �pique conna�t une �volution : dans un premier temps, on imite ; dans un deuxi�me, les th�mes bibliques sont restructur�s selon l�esprit du temps ; dans un troisi�me, enfin, �mergent des oeuvres originales.</p><p>Le ma�tre de cette �poque ultime</p><p>est Elia Levita (1468 ou 1469-1549), plus connu comme grammairien de</p><p>l�h�breu que comme po�te : son chef-d�oeuvre est une reprise d�un roman courtois, Bevis of Hampton, italianis� en Buovo d�Antona, ce qui donnera le Bovo-Buch (1541), reflet d�une �poque et expression du temp�rament exceptionnel d�un homme qui alliait la pi�t� traditionnelle, les scrupules du savant et le scepticisme esth�tique de la Renaissance.</p><p>Mais bient�t le roman courtois puisera son inspiration dans la Bible et transposera en chevalier le roi David : ses exploits amoureux, il est vrai, se pr�tent � ravir � cette adaptation, farcie d�extraits du Midrash.</p><p>Cependant, la prose va se d�velopper rapidement � travers des ouvrages religieux et didactiques. On �dite le Pentateuque d�s 1544 � Augsbourg</p><p>et � Constance. La Bible, elle-m�me, sera traduite gr�ce � Jekuthiel Blitz et � Joseph Witzenhausen � la fin du XVIIe s.</p><p>Puis appara�tront des traductions du</p><p>rituel, commandes de femmes de la soci�t� ais�e. On voit m�me na�tre des ouvrages compos�s par des femmes</p><p>pour les femmes : la plus c�l�bre de ces po�tesses est Sara Bas-Tovim, dont l�oeuvre se pr�sente comme un</p><p>� rem�de pour l��me en ce monde et dans l�autre �.</p><p>Trois genres s��tablissent ainsi et s�organisent : le manuel satisfait les besoins de l��tude ; le livre de pri�res ceux de l��me ; le livre populaire assure le divertissement.</p><p>Deux ph�nom�nes marquent cette</p><p>�poque : 1o l��pop�e se familiarise et se condense en une collection, le Maasse-Buch (1602), source de la litt�rature narrative en yiddish ; 2o la paraphrase biblique atteint sa perfection dans la Tseene u Reene (Sortez et voyez), amalgame de commentaires et d��vocations all�goriques ; une foi populaire et na�ve baigne ce � livre d�heures de la femme juive �. Son influence s�est exerc�e sur la litt�rature yiddish tout enti�re, m�me la plus moderniste.</p><p>Le r�le de la femme se verra, d�ailleurs, consacr� par les m�moires de Gl�ckel von Hameln (1645-1724) : la modeste chronique d�une famille devient ici oeuvre d�art.</p><p>Rationalisme</p><p>et pi�tisme</p><p>Deux mouvements amorcent la tran-</p><p>sition vers les temps modernes. L�un croit en la toute-puissance de la Raison : ce sont les Lumi�res du Haska-lah ; l�autre croit en celle du sentiment : c�est le hassidisme (ou pi�tisme).</p><p>En Europe occidentale, le yid-</p><p>dish jette ses derniers feux � la fin du XVIIIe s. avec une traduction de Robinson Cruso� (1750) et les com�dies des ann�es 90 Reb Henech ou Qu�en fait-on ? d�Isaac Euchel (1756-1806) et L�g�ret� et bigoterie d�Aron Wolfson (1754-1835), qui font tout � la fois la satire du formalisme de la vieillesse et de l�insouciance des jeunes �mancip�s.</p><p>Mais, parall�lement, s�esquisse un renouvellement de l�esprit religieux, appuy� sur l�imagination populaire, qui marque le hassidisme. Le yiddish n�est</p><p>plus seulement une langue d�usage : il est promu � la pri�re. � Le monde, �crit le petit-fils du fondateur du hassidisme, Rabbi Nahman de Braslav (1722-1811), croit que les contes sont bons � endormir et je dis que les r�cits, les contes sortent les gens du sommeil. �</p><p>Le monde hassidique est d�sormais une source in�puisable d�inspiration.</p><p>Au conte populaire se superpose la vision mystique. Les r�cits s�interpr�tent comme l��criture sainte, se lisent � plusieurs niveaux, avec leur sens all�-</p><p>gorique, moral, anagogique, l�homme de la rue se contentant du sens litt�ral.</p><p>La litt�rature moderne</p><p>La litt�rature moderne s�annonce dans le Livre des rem�des de Mo�se Marcuse (Mojzesz Markuze), qui est plus qu�un ouvrage de m�decine, car il traite de questions culturelles, �conomiques et sociales. Mais aussi dans le livre des Proverbes, traduit par Mendel Levin, et dans le th��tre (le Monde � vau-l�eau</p><p>[Di Hefkervelt]) d�Isaac Ber Levinson (1788-1860).</p><p>Israel Aksenfeld (1787-1866) est</p><p>le p�re du roman juif, Salomon Ettinger (1803-1856) le cr�ateur du th��tre juif (Serkele), mais le v�ritable initiateur de la litt�rature yiddish fut Eisik Meir Dick (1814-1893), qui sut � la fois diffuser ses livres � pr�s de 100 000 exemplaires et faire passer sous une apparence traditionnelle les id�es des lumi�res. Son air de moraliste bonasse rassurait. Il pr�para la voie � ses successeurs en �difiant trois principes majeurs : 1o utiliser plut�t l�humour que la satire ; 2o choisir ses sujets dans l�histoire juive ; 3o utiliser toutes les ressources du folklore. Ses personnages annoncent en effet les types d�Abramovitz*, de Cholem* Aleichem et de I. L. Peretz.</p><p>L�industrialisation acc�l�r�e de la Russie apr�s l��mancipation des serfs, le d�veloppement des chemins de fer permirent aux Juifs de devenir comptables ou employ�s des fournisseurs des magasins gouvernementaux. La</p><p>culture devenait moyen de vivre. Or, ces groupes subirent l�influence de l�intelligentsia russe et furent marqu�s par le populisme, qui toucha, entre autres,</p><p>Abramovitz et J. M. Lifshitz. L�attention accord�e au peuple entra�nait le respect de sa langue, qu�on cherchait non seulement � la�ciser, mais encore � ennoblir et � enrichir. Tandis que se d�veloppe un journalisme en yiddish (A. Zederbaum, Lifshitz, J. J. Gerner, Moshe Leib Lilienblum [1843-</p><p>1910]), qu�appara�t une po�sie nouvelle (Eliakum Zunser [1836-1913], Yehudah Leib Gordon* [1830-1892], Abraham Goldfaden [1840-1908]),</p><p>trois grands classiques vont �merger : Chalom Yaacov Abramovitz, dit Mendele-Mocher-Sefarim (1836-1917) ; Cholom Rabinovitch, dit Cholem Aleichem (1859-1916) ; Isaac Leib Peretz (1852-1915).</p><p>La litt�rature yiddish, avec eux, passe du stade d�une litt�rature de colporteurs � la dignit� de la cr�ation esth�tique. Isaak Joel Linetzki (1839-1915) [le Petit Gars de Pologne,</p><p>1868], Mordekhai Spektor (1858-</p><p>1925) [le Moujik juif, 1884] et Jacob Dineson (1856-1919) [Yossele, 1899]</p><p>avaient cherch� � informer la masse, � d�crire la vie populaire et � apporter la joie dans le foyer juif. Ils ne s��levaient gu�re au-dessus du monde spirituel du lecteur moyen. Avec Mendele (Abramovitz) ou Peretz, la litt�rature a d�sormais d�autres ambitions. Ce sont des �crivains du peuple, qui vont cr�er une litt�rature nationale. Mais ils s�adressent aussi � l�homme cultiv�, au docte. Ils cherchent � atteindre les nouveaux intellectuels qui ont d�j� b�n�-</p><p>fici� de la culture europ�enne, qui ont go�t� � la litt�rature russe, polonaise ou occidentale. Avec Peretz, la jeune litt�rature yiddish part sur la grand-route. Elle cherche le � si ce n�est plus haut � de la vie juive et int�gre les influences cr�atrices de la litt�rature mondiale.</p><p>La femme juive, dont le monde �tait auparavant la Tseene u Reene, est devenue la � lectrice �. Le juda�sme traditionnel a lou� la femme juive comme une femme forte, sa soumission et sa fid�lit�. Les mouvements ouvriers et r�volutionnaires modernes ont fait de la femme une militante, qui, de concert avec l�homme, accomplit les temps nouveaux. La litt�rature yiddish, avec Peretz, Schalom Asch (1880-1957),</p><p>Abraham Reisen (1876-1953), David Bergelson (1884-1952), Joseph Opatoshu (1886-1954), Halpern Leivik*</p><p>(1888-1962), d�crit la femme juive comme un �tre humain et assure son �mancipation pleine et enti�re.</p><p>Cette litt�rature moderne recrute ses lecteurs dans toutes les couches sociales. C�est le r�le de toute litt�-</p><p>rature nationale. Mais le lecteur qui s�est senti le plus proche de l��crivain yiddish a �t� l�ouvrier et l�homme du peuple : il s�est reconnu dans la litt�rature ; il y a retrouv� sa vie, ses luttes.</p><p>Ainsi, Peretz et M. Spektor furent arr�t�s lors d�une r�union politique d�guis�e en mariage traditionnel : on interna les deux �crivains � la citadelle de Varsovie. Spektor d�crivit de fa�on fort pr�cise l�incident. Mais ce qu�il y a de profond�ment symbolique, c�est que deux des oeuvres les plus connues de Peretz ont �t� �crites pendant cet emprisonnement : Si ce n�est plus haut et Entre deux montagnes.</p><p>Toute la litt�rature yiddish se partage en deux tendances : celle de Mendele (Abramovitz) et celle de Peretz.</p><p>L�une, critique, a vu la r�alit� juive de fa�on satirique, a per�u le quotidien dans sa grisaille ; la seconde a saisi les forces profondes qui agissent dans la vie de tous les jours et le miracle de l�existence juive. Peretz a le sens de la f�te et du sacr�, de l�� �me suppl�mentaire � du Juif de la rue. Le r�alisme n�est qu�un aspect secondaire de son oeuvre.</p><p>Ces deux tendances fondamentales</p><p>se rejoignent dans l�oeuvre de J. Opatoshu. Opatoshu exige la r�alit� quotidienne � le lundi et le mercredi �, l�homme avec toutes ses passions, sa noblesse et sa banalit�. Mais ses derni�res oeuvres le font passer de la r�alit� � la l�gende. Chaque jour de la vie d�un Juif est un double miracle.</p><p>La litt�rature yiddish, de la n�gation, qui a caract�ris� ses d�buts, en arrive � l�acquiescement, qui caract�rise les p�riodes les plus cr�atrices de la production litt�raire.</p><p>La litt�rature yiddish a �t�, et est encore, plus qu�une vision esth�tique, une religion nouvelle. Elle a aid� au renouveau de la conscience nationale ;</p><p>downloadModeText.vue.download 544 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11755</p><p>elle a �t� un exceptionnel instrument d��ducation de la jeunesse. Elle a guid� l�action et la spiritualit� du Juif d�Europe orientale qui planta sa tente partout dans le monde et m�me dans l��tat d�Isra�l, qui est, � l�heure actuelle, le centre vital de la litt�rature yiddish.</p><p>A. D.</p><p>Yokohama</p><p>Premier port (avec K&#x14D;be) et quatri�me ville du Japon (1 200 000 hab.), � 40 km au sud de T&#x14D;ky&#x14D;.</p><p>L�histoire</p><p>En 1859, lorsque le port de Kanagawa fut ouvert aux Europ�ens par le trait� sign� avec les �tats-Unis, le site de Yokohama n��tait qu�un insignifiant village de p�cheurs situ� au sud de la ville et s�par� de celle-ci par une petite rivi�re se jetant dans la baie d�Edo. Le port de Kanagawa ne pouvant accueillir les �trangers en raison de son exigu�t�, le gouvernement japonais d�cida d�installer � Yokohama les concessions �trang�res jouissant du droit (jusqu�en 1899) d�exterritorialit�. Le port d�accueil ne faisait, en fait, qu�agrandir celui de Kanagawa. Bien que le climat ne f�t gu�re favorable (vents glaciaux en hiver, chaleur humide l��t�), l�emplacement se r�v�la excellent pour le mouillage des bateaux de gros tonnage.</p><p>Le quartier europ�en se doubla</p><p>rapidement d�un quartier japonais de commer�ants et s�agrandit m�me d�un quartier chinois. Avec l�extension du commerce ext�rieur japonais, la ville prit rapidement une grande ampleur, et son port supplanta tr�s vite celui de T&#x14D;ky&#x14D;, servant de principal point d��changes entre le Japon et l��tranger.</p><p>Un t�l�graphe, puis le chemin de fer (1871) reli�rent le port � T&#x14D;ky&#x14D;, faisant bient�t de Yokohama le v�ritable port de la capitale.</p><p>Deux grandes jet�es-brise-lames</p><p>furent construites, englobant les ports de Kanagawa et de Yokohama, et les prot�geant des lames de la rade. Yokohama dut son essor non seulement au trafic avec l��tranger, mais �galement au commerce de la soie. Lors du grand tremblement de terre de 1923 qui secoua le Kant&#x14D;, la ville fut presque enti�rement d�truite. Elle fut reconstruite sur un plan moderne, et son port fut agrandi et am�nag� : sa population atteignit 400 000 habitants en 1925 et 850 000 en 1938. Cependant, la prosp�rit� de la ville semblait sur le point de d�cro�tre vers 1940 avec la rar�-</p><p>faction des exportations de soie et la concurrence des centres industriels d�&#x14C;saka et de K&#x14D;be.</p><p>Le 29 mai 1945, le centre et la moiti� du port furent ras�s par les bombardements am�ricains. La reconstruction fut rapide, et l�agglom�ration comptait 626 000 habitants en 1946 et 1 million en 1951. Yokohama vit et fonctionne toutefois comme un �l�ment de la conurbation de T&#x14D;ky&#x14D;, et son port a �t� longtemps et demeure encore largement celui de la capitale pour les navires de gros tonnage.</p><p>L. F.</p><p>La ville actuelle</p><p>Le site est une plaine courte ouverte � l�est sur la baie, cern�e de buttes alluviales sous lesquelles appara�t un niveau rocheux d� � l�abrasion marine.</p><p>Les conditions g�ologiques, climatiques et historiques sont les m�mes qu�� T&#x14D;ky&#x14D;, dont la croissance depuis 1868 a entra�n� celle de Yokohama.</p><p>Bien que soud�e � la capitale, cette ville en demeure distincte administrativement et est elle-m�me divis�e en arrondissements. Le paysage urbain s�ordonne en trois ensembles. Le centre est form� de l�ancienne concession occidentale, qui abrite banques et maisons de commerce, et, plus en arri�re, d�une alternance de secteurs commerciaux (gare, Isezakich&#x14D;, Moto-machi) et d�amusement (ville chinoise). Tout autour, des collines portent des quartiers de maisons individuelles serr�es vers le centre, a�r�es de jardins � la p�riph�-</p><p>rie vers l�arri�re-pays et au sud. Des grands ensembles prolongent loin du</p><p>littoral cette zone r�sidentielle, confondue au nord et au nord-ouest avec la grande banlieue de T&#x14D;ky&#x14D;. Sur le rivage, enfin, les installations portuaires accompagnent de vastes secteurs usi-niers gagn�s sur la baie depuis le d�but du si�cle.</p><p>Cet ensemble se rattache � la zone industrielle du Grand T&#x14D;ky&#x14D;, dont il forme la section m�ridionale. Ses diff�rents secteurs (Yokohama, Kana-</p><p>gawa, Kawasaki, Tsurumi) donnaient � la pr�fecture de Kanagawa (dont Yokohama est le chef-lieu) le cinqui�me rang dans le pays pour la valeur de la production (6,1 p. 100 du total) en 1960.</p><p>Ils la classent aujourd�hui au deuxi�me (derri�re &#x14C;saka) [10,5 p. 100]. La part de l�industrie lourde est plus consid�-</p><p>rable que dans les autres ensembles du Grand T&#x14D;ky&#x14D; en raison de la situation portuaire. En 1950, 25,3 p. 100 de la production revenaient � la m�tallurgie lourde, 15,5 p. 100 � l�appareillage de pr�cision et 14,3 p. 100 aux fabrications chimiques. Actuellement, la premi�re ne repr�sente que 13,4 p. 100, mais l�appareillage �lectrique est pass� de 4,3 � 18,6 p. 100, et l�outillage, n�-</p><p>gligeable auparavant, atteint 8 p. 100, tandis que l�industrie chimique d�cro�t de moiti� (7,6 p. 100), bien que la p�trochimie atteigne la moiti� de ce total et que son essor se poursuive.</p><p>Le pourcentage des petites entreprises (3 employ�s au maximum) s��l�ve � 34,2 ; 56,2 p. 100 ont de 4 � 29 employ�s, tandis que 2,5 p. 100 ont plus de 300 ouvriers, dernier pourcentage triple de celui de T&#x14D;ky&#x14D;. Au total, la pr�fecture dont Yokohama est le chef-lieu poss�de 2,8 p. 100 du total des entreprises japonaises (huiti�me rang), et celles-ci font travailler 6,4 p. 100</p><p>de la main-d�oeuvre industrielle du pays (quatri�me rang), produisant 10,5 p. 100 des fabrications nationales (troisi�me rang). Pr�s de 70 p. 100 des productions de Yokohama et de sa voisine Kawasaki sont en relation avec le mat�riel de transport (notamment les v�hicules routiers) ou les appareils de radio et de t�l�vision ainsi qu�avec le gros mat�riel �lectrique. Il s�agit de grosses entreprises (T&#x14D;shiba, Sony, Fuji, Mitsubishi, etc.) travaillant avec d�innombrables petits �tablissements sous-contractants.</p><p>Le port est � l�origine de la ville et demeure le signe majeur de sa fonction. Au sein du vaste ensemble portuaire de la baie de T&#x14D;ky&#x14D; (Chiba, T&#x14D;ky&#x14D;, Kawasaki, Yokohama), il garde le caract�re original d�organisme international. De 1966 � 1972, son trafic est pass� de 75 � 103 Mt, celui des deux organismes voisins, Kawasaki et Yokosuka, s��levant respectivement de 66</p><p>et 8 � 94 et 14 Mt. Alors, toutefois, que Kawasaki importe surtout des mati�res premi�res (p�trole, charbon, ciment, ferrailles, minerais), Yokohama joue depuis un si�cle le r�le d�importateur de marchandises g�n�rales pour toute la moiti� septentrionale du pays.</p><p>Statistiquement, le troisi�me port du monde (apr�s Rotterdam et New York) et le premier du Japon, � �galit� avec K&#x14D;be*, il effectue avec ce dernier 60 p. 100 des importations et 40 p. 100</p><p>des exportations japonaises.</p><p>Cette double fonction assure � Yokohama un environnement pollu�. L�accroissement de sa r�gion urbaine pose notamment avec acuit� le probl�me de l�eau douce et, en 1969, Yokohama a form� avec Kawasaki et Yokosuka une soci�t� pour la mise en valeur des ressources de la pr�fecture, notamment du bassin de la Sakawa : am�nag�, celui-ci assurera � la ville un suppl�ment de 406 000 m3/j. Une usine � Chigasaki d�salinise 3 000 t d�eau de mer par jour, et une unit� traitant 100 000 m3</p><p>par jour �tait pr�vue avant 1980, une de 1 Mt pour 1985. Les probl�mes de Yokohama � cet �gard, comme la fonction m�me et l��volution future de la ville, ne sauraient �tre consid�r�s que dans le cadre du Grand T&#x14D;ky&#x14D;, dont, g�ographiquement, Yokohama ne constitue qu�un secteur.</p><p>J. P. M.</p><p>F T&#x14D;ky&#x14D;.</p><p>Yonne. 89</p><p>D�part. de la R�gion Bourgogne ;</p><p>7 425 km 2 ; 300 071 hab. Ch.-l.</p><p>Auxerre*. S.-pr. Avallon et Sens*.</p><p>Le d�partement de l�Yonne a �t�</p><p>constitu�, � la R�volution, du baillage</p><p>d�Auxerre, qui d�pendait de Dijon et �tait bourguignon, et du S�nonais, qui d�pendait de Paris, mais qui avait g�-</p><p>n�ralement �t� champenois, sauf pour sa partie occidentale, le G�tinais, li� � l�Orl�anais. Dans l�Antiquit� et le haut Moyen �ge, Sens fut une cit� importante, sa fonction archi�piscopale le rappelant encore, mais Auxerre a vu progressivement son r�le s�accro�tre et est devenue une ville active au Moyen �ge. L�essor urbain pr�coce a �t� par la suite interrompu � cause de la proximit� de Paris, si bien que la r�gion demeure essentiellement rurale malgr� une pouss�e vigoureuse des villes depuis vingt ans.</p><p>Le d�partement se pr�sente comme</p><p>un ensemble de plateaux inclin�s</p><p>depuis le massif ancien du Morvan jusqu�au voisinage de la confluence de la Seine et de l�Yonne au nord-ouest.</p><p>Le relief est ordonn� en bandes grossi�rement orient�es du sud-ouest au nord-est et s�par�es par des talus de c�tes dont l�abrupt est tourn� vers le sud-est : la retomb�e septentrionale du Morvan plonge sous la d�pression de la Terre-Plaine, tr�s verte, bocag�re et que dominent les entablements du Jurassique moyen. Ceux-ci offrent les sites de V�zelay et d�Avallon, et arment de grands plateaux calcaires aux sols souvent m�diocres, aux petits villages entour�s de for�ts tristes ; des collines plus basses, plus tourment�es signalent les calcaires marneux, qui ont port� de tout temps le plus riche vignoble, de Tonnerre � Chablis et aux portes d�Auxerre. Les calcaires du downloadModeText.vue.download 545 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11756</p><p>Jurassique sup�rieur dessinent au-dessus un rebord festonn� et souvent irr�-</p><p>gulier. Les argiles tendres du Cr�tac� inf�rieur ont favoris� l�affouillement de la zone de confluence de l�Yonne et de l�Arman�on, de Saint-Florentin � Joigny, mais la pr�sence de faci�s sableux, gr�seux et argileux sur la craie explique la pr�sence de la for�t d�Othe et, plus � l�ouest, l�aspect bocager de la Puisaye. La craie conf�re � la r�gion de Sens son air de Champagne s�che,</p><p>mais, vers l�ouest, les sables ont donn� en G�tinais un paysage plus humide, plus ouvert.</p><p>Le climat est marqu� par les vents d�ouest, qui d�terminent l�humidit� g�n�rale du d�partement, mais il existe des tendances continentales ou m�ridionales que la nature des sols et l�exposition rendent plus sensibles : dans un d�partement o� les tr�s bons sols sont rares (� l�exception de la Terre-Plaine et des alluvions des vall�es, celle de l�Yonne en particulier), les secteurs abrit�s par les c�tes, qui se pr�tent aux cultures d�licates, � la vigne surtout, font figure de bons pays.</p><p>Les rivi�res convergent toutes vers l�Yonne, qui traverse le d�partement perpendiculairement au relief. C�est le long de son cours que se groupent les centres les plus importants. Depuis l�Antiquit�, la r�gion s�est construite autour des itin�raires qui mettent en relation le centre du Bassin parisien et les pays de la Sa�ne. L�Yonne a fourni longtemps l�art�re la plus ais�e.</p><p>Am�nag�e, doubl�e et compl�t�e par un r�seau de canaux, elle a permis une ouverture �conomique pr�coce, cependant que la grande ligne de Paris � Lyon par Dijon et aujourd�hui l�autoroute facilitent les relations. Mais les effets de cette vie de relation ais�e ont �t� tr�s divers : ils ont fait la puissance de Sens dans l�Antiquit�, et l�activit� d�Auxerre au Moyen �ge. Avec la</p><p>croissance de Paris, tout l�actuel d�-</p><p>partement s�est trouv� englob� dans l�aire d��conomie m�tropolitaine, qui permettait � l��norme agglom�ration de s�alimenter : les for�ts offraient les bois de taillis, les plateaux calcaires les grains, et les pays de c�tes, autour de Chablis, d�Auxerre et de Tonnerre en particulier, les vins. Le long des rivi�res, les grandes carri�res de Ravi�res, d�Ancy-le-Franc ou de Massengis fournissaient � la capitale une bonne partie de sa pierre � b�tir.</p><p>Et, de tout cet ensemble, les hommes convergeaient sur Paris, tel Restif de La Bretonne qui atteste cette attraction pr�coce. Le paysage, les villages bien construits, les ch�teaux comme Ancy-le-Franc, Tanlay t�moignent de cette activit�, et les cath�drales de Sens et d�Auxerre, la basilique de V�zelay, les</p><p>vieux quartiers l�, mais aussi � Avallon, � Tonnerre ou dans des centres endormis aujourd�hui comme Noyers rappellent aussi tout ce que cette prosp�re �conomie d��changes a apport� aux villes.</p><p>La p�riode de grande activit� continue au d�but du XIXe s., puis viennent les crises : le vignoble, avili par la plantation de c�pages grossiers, ne r�siste pas � la concurrence des vins du Midi, cependant que l��conomie c�r�ali�re est ruin�e par l�arriv�e des bl�s am�ricains. La population, qui avait atteint 380 000 habitants en 1851, tombe � moins de 250 000. Les vignes stagnent. Auxerre, � l��cart de la grande ligne ferroviaire Paris-Lyon, souffre particuli�rement.</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, l�exode rural, acc�l�r�, et la ruine d�activit�s industrielles traditionnelles semblent conduire � un d�clin irr�-</p><p>m�diable. La population est vieillie, aux deux tiers rurales. Tout change avec la politique de d�centralisation et avec l�autoroute, comme aussi avec la m�canisation agricole. Celle-ci trouve de bonnes conditions en Champagne crayeuse, o� dominent les grandes exploitations, et dans les autres zones du d�partement, o� la moyenne se situe � pr�s de 50 ha. Les grains, bl� et ma�s, occupent de 60 � 75 p. 100 des sols en Champagne, en G�tinais et dans la vall�e de l�Yonne. Leur place est plus modeste, voisine de 50 p. 100, sur les plateaux calcaires ou en Puisaye. Dans la Terre-Plaine et en Morvan dominent les herbages. Le vignoble de qualit� se reconstitue lentement.</p><p>Cependant, la campagne tire de plus en plus l�essentiel de ses revenus des industries qui se sont implant�es dans les petits bourgs et des r�sidences secondaires. Dans le S�nonais et dans l�Avallonais, celles-ci sont presque aussi nombreuses que les r�sidences principales.</p><p>L�essentiel de la d�centralisation industrielle a b�n�fici� � l�axe de la vall�e de l�Yonne et de l�Arman�on.</p><p>Sens compte aujourd�hui 27 930 habitants et Auxerre 39 955, cependant qu�il s�est form� une zone de peuplement industriel dense et dynamique de</p><p>Saint-Florentin � Joigny en passant par Laroche-Migennes : elle groupe plus de 30 000 personnes. L�, l�expansion est rapide, g�n�ralement voisine de 5</p><p>ou 6 p. 100 par an. Ainsi se dessine un couloir urbanis� et florissant au milieu de r�gions dont l�agriculture prosp�re ne doit pas faire oublier le vide. Tonnerre continue � v�g�ter. Avallon, depuis l�arriv�e de l�autoroute, fait un bond en avant.</p><p>Jusqu�� pr�sent, la r�animation</p><p>du d�partement par le tourisme et la d�centralisation n�ont pas r�ussi � faire dispara�tre les faiblesses d�mographiques : si le bilan migratoire est positif (exc�dent de 1 000 personnes par an environ), les jeunes continuent � s�exiler. D�un autre point de vue, une �volution plus rapide, une industrialisation plus massive risqueraient de g�ter l�environnement rural, qui est le grand atout de l�Yonne.</p><p>P. C.</p><p>F Auxerre / Bourgogne / Sens.</p><p>York</p><p>Branche de la famille des Plantagen�ts*</p><p>issue du quatri�me fils d��douard III*, Edmond de Langley (1341-1402).</p><p>Naissance d�une maison</p><p>Edmond de Langley, cr�� comte de</p><p>Cambridge par �douard III en 1362, puis premier duc d�York en ao�t 1385</p><p>par Richard II (roi de 1377 � 1399), exerce � trois reprises la r�gence, notamment en 1399 lors du d�barquement en Angleterre de son neveu Henri de Lancastre (futur Henri IV), � qui il se rallie rapidement (v. Lancastre). N� de son union avec Isabelle de Castille (� 1393), fille de Pierre le Cruel, son fils a�n�, �douard Plantagen�t (v. 1373-1415), contribue en 1397 � l�arrestation de Thomas de Woodstock, duc de Gloucester, l�un des � lords appelants �</p><p>de 1387. En 1399, il se rallie pourtant aux Lancastres. Devenu duc d�York � la mort de son p�re (1402), il sert sous Henri IV en Aquitaine et dans le pays de Galles comme lieutenant royal, puis sous Henri V en France, o� il est tu� � Azincourt (1415).</p><p>De la soumission � la r�volte</p><p>Apr�s l�ex�cution, le 5 ao�t 1415, du fr�re d��douard, Richard (v. 1375-1415), comte de Cambridge, qui avait complot� contre Henri V (roi de 1413</p><p>� 1422), le titre ducal est assur� par le fils du supplici�, Richard (1411-1460).</p><p>Celui-ci descend d��douard III par sa m�re, Anne Mortimer (v. 1375?-</p><p>1415), l�arri�re-petite-fille de Lionel d�Anvers, duc de Clarence, second fils d��douard III, dont la descendance a �t� ill�galement �cart�e en 1399 en faveur de celle de Jean de Gand, qui n��tait que le troisi�me fils d��douard III. Poss�dant de ce fait des droits � la couronne sup�rieurs � ceux du roi Henri VI, Richard appara�t comme un comp�titeur potentiel d�autant plus redoutable qu�il h�rite en 1425 des biens des Mortimer et qu�il �pouse en 1438 la soeur du comte de Salisbury, C�cile Neville (1415-1495), dont la famille est l�une des plus riches et des plus puissantes du royaume.</p><p>Arm� chevalier en 1426 par</p><p>Henri VI, qui le nomme lieutenant g�n�ral en France et en Normandie (1436-37 et de 1440 � 1445), il devient premier prince du sang � la suite de la mort suspecte, le 23 f�vrier 1447, de Humphrey, duc de Gloucester, � qui s�opposaient les Beaufort, fils l�gitim�s de Jean de Gand et ma�tres r�els du pouvoir depuis la majorit� d�Henri VI (1442). Il est rejet� dans les rangs de l�opposition par un de leurs parents, Guillaume de la Pole, duc de Suffolk, qui le nomme en 1447 lieutenant du roi en Irlande pour dix ans. Refusant cet exil d�guis�, il revient � deux reprises � Londres les armes � la main, en septembre 1450 et en mars 1452, et il se fait reconna�tre � protecteur du royaume � et � chef du Conseil � le 27 mars 1454, � la suite de la premi�re crise de folie du souverain en ao�t 1453. Les Beaufort et la reine Marguerite d�Anjou sont alors �cart�s du pouvoir. Mais le r�tablissement d�Henri VI � la fin de 1454 et surtout la naissance, en octobre 1453, d�un prince de Galles, �douard, �loignent Richard du tr�ne.</p><p>D��u dans ses esp�rances politiques,</p><p>n�ayant pas pardonn�, au fond de lui-m�me, l�ex�cution de son p�re, Richard de Cambridge, Richard d�York prend les armes avec l�appui des</p><p>Neville et d�clenche la guerre civile, guerre dite � des Deux*-Roses �. Vainqueur � Saint Albans le 22 mai 1455, il redevient � protecteur du royaume �</p><p>en octobre 1455 � la faveur d�une nouvelle crise de folie du roi. De nouveau �loign� du pouvoir par Marguerite d�Anjou en octobre 1456, il se r�concilie th�oriquement avec les Lancastres lors d�une c�r�monie � Saint Paul le 25 mars 1458. Reprenant les armes en septembre 1459, d�fait � Ludlow le 12 octobre, il se r�fugie en Irlande, d�o� il revient le 8 septembre 1460</p><p>apr�s le d�barquement, en juin, et la victoire, le 10 juillet, � Northampton, de Richard Neville, comte de Warwick et gouverneur de Calais. S�installant au palais de Westminster, il accepte, downloadModeText.vue.download 546 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11757</p><p>pourtant, de laisser � Henri VI la couronne � condition que celle-ci lui revienne � sa mort. Mais, le 30 d�cembre 1460, � Wakefield, il est vaincu et tu� par les lancastriens, qui d�capitent son corps. Trois fils (�douard [le futur �douard IV], George [1449-1478, duc de Clarence] et Richard [le futur Richard III]) et deux filles (Marguerite</p><p>[1446-1503] et �lisabeth [� v. 1503]) assurent sa succession.</p><p>Une royaut� �ph�m�re</p><p>Reconstitu� sous l�autorit� du fils a�n� du d�funt, �douard, le parti � la � rose blanche � remporte le 29 mars 1461 la victoire de Towton, qui permet � son chef de se faire couronner roi sous le nom d��douard IV (28 juin). Mais son mariage en 1464 avec une lancas-trienne, �lisabeth Woodville, et celui de sa soeur Marguerite d�York en 1468</p><p>avec Charles* le T�m�raire rejettent Warwick dans le parti de Marguerite d�Anjou, avec qui ce dernier se r�concilie en 1470 gr�ce � l�intervention de Louis XI*. Bon nombre de ses partisans l�abandonnent pour rejoindre les lancastriens lors du d�barquement en</p><p>Angleterre de Warwick, qui restaure Henri VI (oct. 1470) et le contraint � se r�fugier aupr�s du T�m�raire. Mais, avec l�aide de ce dernier, �douard IV</p><p>d�barque en mars 1471 en Angleterre, � Ravenspur (sur la Humber), et remporte les victoires d�cisives de Barnet (14 avr. 1471), o� Warwick est tu�, et de Tewkesbury (4 mai 1471), o� le prince de Galles, �douard, fils d�Henri VI, subit le m�me sort. Laissant ou faisant assassiner Henri VI le 21 mai, il r�tablit sans difficult� son autorit� sur l�Angleterre, n�h�sitant pas � faire ex�cuter en 1478 son fr�re George, duc de Clarence, qui avait conspir� contre lui.</p><p>Ouverte par la mort d��douard IV</p><p>(1483), qui laisse deux fils mineurs, �douard et Richard, quatri�me duc d�York, la succession royale oppose les Woodville au fr�re du roi d�funt, Richard, duc de Gloucester, qui se fait couronner roi sous le nom de Richard III le 6 juillet 1483. Celui-ci rejette ainsi les Woodville et de nombreux yorkistes dans le parti des Lancastres, dont la cause est d�sormais d�fendue par les Tudors*, Jasper Tudor et surtout son neveu Henri Tudor (1457-1509). Le projet de</p><p>mariage d�Henri Tudor, petit-fils de l��pouse du roi Henri V, avec la fille a�n�e d��douard IV, �lisabeth d�York (1465-1503), peut r�concilier, en les fusionnant, les deux branches de la maison royale, en conflit depuis trente ans. Aussi le pr�tendant d�barque-t-il � Milford Haven le 7 ao�t 1485 ; il remporte la victoire de Bosworth (22 ao�t), qui met fin � la guerre des Deux-Roses par la mort de Richard III. Couronn� le 30 octobre � Westminster, Henri VII Tudor (1485-1509) �pouse �lisabeth d�York, r�conciliant ainsi les � roses blanche et rouge �. Avec l�av�nement des Tudors, l�gitimes h�ritiers de la famille des Lancastres, s�ach�ve l�histoire dynastique des Yorks, dont le prestige, d� � leur volont� d�ordre et de justice, restait consid�rable aupr�s du peuple anglais.</p><p>P. T.</p><p>Les rois de la maison</p><p>d�York</p><p>�douard IV (Rouen 1442 - Westminster 1483), roi d�Angleterre de 1461 � 1470</p><p>et de 1471 � 1483. Fils de Richard, troisi�me duc d�York, h�ritier des droits � la couronne des Clarence et des Yorks, couronn� � Londres le 28 juin 1461, il commet l�erreur d��pouser secr�tement le 1er mai 1464 la fille et jeune veuve de deux lancastriens, �lisabeth Woodville (1437-1492), alors que Richard Neville, comte de Warwick, n�gocie son union avec une belle-soeur de Louis XI.</p><p>Warwick, humili�, se r�volte avec l�appui du duc George, de Clarence, fr�re cadet du souverain. �douard IV est fait prisonnier en juillet 1469 par George Neville, fr�re de Warwick ; lib�r� par ses amis en octobre, il contraint Warwick � s�exiler en avril 1470, avant d��tre oblig� lui-m�me de se r�fugier en Hollande en octobre, d�o� il regagne l�Angleterre en mars 1471. Restaur� apr�s avoir �limin� tous ses adversaires, il envahit la France en 1475, mais doit conclure avec Louis XI une s�rie de conventions (trait� de Picqui-gny, 29 ao�t) qui met fin � la GUERRE</p><p>DE CENT* ANS. Ayant eu les moyens financiers d��chapper au contr�le parlementaire, il d�veloppe les activit�s commerciales et navales de son pays dans le cadre des trait�s de commerce sign�s avec la Bourgogne (1468), la Hanse (1474) et la France (1475).</p><p>M�c�ne, enfin, il entreprend la reconstruction de la chapelle Saint George � Windsor, se constitue une collection de manuscrits et fonde, avec sa biblioth�que personnelle, la � Old Royal Library �, dont h�ritera le British Museum. � sa mort, il laisse deux fils (les enfants d��douard) et cinq filles.</p><p>�douard V (Westminster 1470 - Tour de Londres 1483), roi d�Angleterre d�avril � juin 1483. Fils a�n� d��douard IV et d��lisabeth Woodville, cr�� prince de Galles le 26 juin 1471, il r�side avec sa m�re � Ludlow, d�o� il est cens� administrer sa principaut� avec l�aide d�un conseil cr�� le 20 f�vrier 1473 et sous le contr�le d�un gouverneur, son oncle maternel Anthony Woodville, 2e comte Rivers, et d�un conseiller, sir Richard Grey. Apr�s la mort de son p�re, il est transf�r� � la Tour de Londres par son oncle et tuteur Richard, duc de Gloucester (futur Richard III). D�cla-</p><p>rant ill�gitime la naissance de ses neveux, Richard fait d�poser le jeune roi par le Parlement (25 juin). En ao�t 1483, �douard V dispara�t avec son jeune fr�re Richard (1473-1483), sans doute assassin� par son oncle, bien que le meurtre ait �t� attribu� � Henri Stafford, duc de Buckingham. En 1674, la d�couverte d�un cercueil de bois contenant les ossements de deux enfants accr�dite la th�se de l�assassinat, th�se confirm�e par l��tude anatomique effectu�e en 1933.</p><p>Richard III (Fotheringhay 1452 -</p><p>Bosworth 1485), duc de Gloucester de 1461 � 1483 et roi d�Angleterre de 1483 � 1485. Fils cadet de Richard, troisi�me duc d�York, tr�s d�vou� � son fr�re �douard IV, qu�il accompagne en exil en 1470 et pour qui il combat � Barnet et � Tewkesbury en 1471, il est impliqu� dans le meurtre d�Henri VI le 21 mai 1471. Lieutenant g�n�ral du roi dans le Nord en 1480, il reconquiert en 1482 Berwick-upon-Tweed et devient en 1483 gardien h�r�ditaire des marches de l�Ouest. � sa mort, �douard IV le d�signe comme tuteur de ses enfants. Afin d��carter les Woodville du gouvernement, Richard fait arr�ter lord Rivers et sir Richard Grey, membres du clan Woodville et gouverneurs d��douard V, puis s�questre le jeune roi. Apr�s avoir fait invalider par une assembl�e des trois �tats du royaume le mariage d��douard IV avec �lisabeth Woodville, pour b�tardise, il se fait couronner � Westminster le 6 juillet sous le nom de Richard III, tandis que les enfants d��douard IV sont myst�rieusement assassin�s (ao�t). Cet assassinat provoque en octobre une r�volte en Angleterre du Sud, dirig�e par Henri Stafford, duc de Buckingham, que Richard fait ex�cuter. Affaibli par la mort de son fils �douard en avril 1484 et par celle de son �pouse en mars 1485, Richard III s�efforce de gagner l�appui de ses sujets en r�tablissant l�ordre, en am�liorant la justice et la fiscalit�, en accordant son appui � l��glise, etc. Mais, scandalis�e par ses forfaits, convaincue qu�il a assassin� sa femme pour �pouser sa ni�ce, Elisabeth d�York, l�opinion publique soutient l�opposition, qui regroupe sous l�autorit� d�Henri Tudor (futur Henri VII) les partisans des enfants d��douard, le clan des Wood-</p><p>ville et celui des Lancastres. Inf�rieurs en nombre, ces forces l�emportent pourtant le 22 ao�t 1485 � Bosworth sur celles de Richard III. Refusant de s�enfuir, le souverain meurt sur le champ de bataille, et son corps d�capit� est expos� � Leicester avant d��tre inhum� discr�tement dans l��glise des Franciscains.</p><p>F Angleterre / Cent Ans (guerre de) / Deux-Roses (guerre des) / �douard III / Lancastre / Plantagen�t</p><p>/ Tudors (les).</p><p>&amp; J. Ramsay, Lancaster and York, 1399-1485 (Oxford, 1892 ; 2 vol.). / R. B. Mowat, The Wars of the Roses (Londres, 1914). / C. Oman, The History of England from the Accession of Richard II to the Death of Richard III (Londres, 1918). / J. H. Flemming, England under the Lancastrians (Londres, 1921). / S. B. Chrimes, English Constitutional Ideas in the Fifteenth Century (Cambridge, 1936). / J. Calmette et E. Deprez, l�Europe occidentale de la fin du XIVe si�cle aux guerres d�Italie (P. U. F., 1938-39 ; 2 vol.). / E. Perroy, la Guerre de Cent Ans (Gallimard, 1946). / E. F. Jacob, The Fifteenth Century, 1399-1485 (Londres, 1961).</p><p>Yoroubas</p><p>Ethnie du Nigeria*.</p><p>Le peuple yorouba</p><p>Le terme de yorouba (ou yoruba) est employ� par les Peuls et les Haoussas.</p><p>Les Yoroubas se d�signent eux-m�mes par Ife, Oyo, Egba, Ijebu, Ilesha, Ekiti selon les r�gions. La langue yorouba appartient au groupe kwa des langues de l�Afrique de l�Ouest ; les diff�rents dialectes refl�tent la division tribale, et il n�y a pas toujours intercompr�hension ; le yorouba �crit est fond� sur le dialecte oyo.</p><p>Les populations yoroubas occupent principalement le sud-ouest du Nigeria, depuis la c�te de Guin�e, � l�ouest, jusqu�au delta du Niger, � l�est.</p><p>Quelques groupes sont localis�s au Togo et au Dahomey*. La zone habit�e par l�ethnie se divise en trois bandes parall�les � la c�te : la c�te elle-m�me, jalonn�e de p�ninsules, d��les, de bancs de sable, de lagunes et de mar�cages, est recouverte de v�g�tation aquatique et de pal�tuviers ; vers l�int�rieur, la</p><p>for�t s��tend sur une plaine d�argile rouge et de sable ; enfin, le plateau ondul� de collines granitiques est le domaine des hautes herbes.</p><p>La saison des pluies dure d�avril � ao�t.</p><p>Les Yoroubas sont des agricul-</p><p>teurs ; ils cultivent principalement l�igname, le ma�s, les bananes, le manioc et secondairement les haricots, les citrouilles et le poivre. Dans le Nord, le climat permet la culture de l�arachide, tandis que, dans les r�gions herbeuses, on pratique celle du petit mil. La noix de cola est export�e vers downloadModeText.vue.download 547 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11758</p><p>le nord. L�instrument agricole le plus employ� reste la houe � manche court et � large lame. Tout le travail agricole est assur� par les hommes ; les femmes interviennent dans la vente des produits au march�, la pr�paration de l�huile de palme et la cuisine. L�huile de palme et les noix produites pour la consommation �taient jadis r�colt�es sur des plantations sauvages. Celles-ci sont aujourd�hui remplac�es par des plantations d�arbres s�lectionn�s qui permettent la m�canisation.</p><p>L��levage est peu important. Les</p><p>Yoroubas ne consomment pas de b�tail et de volailles, sauf apr�s les sacrifices.</p><p>En revanche, ils sont connus pour leur pratique du commerce. L�artisanat des poteries, le travail des m�taux, celui des tissus teints � l�indigo subsistent, mais ce sont surtout les sculptures sur bois qui ont une grande r�putation.</p><p>Dans la soci�t� yorouba, la plus</p><p>petite unit� est constitu�e par la famille : un homme avec une ou plu-</p><p>sieurs femmes, ses enfants non mari�s et quelques personnes (sa m�re, un jeune fr�re par exemple). Il peut s�y ajouter une ou plusieurs familles ayant en commun un parent m�le, et ainsi le groupe peut varier de deux � quarante personnes. Plusieurs familles apparent�es de fa�on patrilin�aire forment une famille �tendue, dans laquelle le</p><p>membre le plus ancien repr�sente l�autorit� ; en se regroupant, les familles �tendues constituent l�agbole. Le plus �g�, aid� des anciens et parfois des chefs de familles �tendues et de leurs plus vieilles femmes, prend les d�cisions importantes. Le pouvoir politique n�est pas centralis�. La terre appartient au patrilignage, et le chef de celui-ci en contr�le la r�partition. Aucun adulte appartenant � la communaut� ne peut �tre laiss� sans terre. Il faut l�accord du groupe pour ali�ner une part de sa terre. Cependant, le propri�taire, qui a le droit exclusif d�utilisation, peut temporairement ou d�finitivement mettre en gage une partie de sa terre ou la transmettre � des personnes n�appartenant pas au lignage.</p><p>Les Yoroubas pratiquent la circoncision dans l�ann�e qui suit la naissance. Dans certains groupes, les filles sont excis�es. Le mariage yorouba est conclu apr�s une s�rie de dons du jeune homme au p�re de la jeune fille (igname, ma�s, aide dans certains travaux). Apr�s un pr�sent final (idana), la date du mariage est fix�e.</p><p>Les Yoroubas croient en un dieu</p><p>supr�me, Olorun ou Olodumare, seigneur du ciel et cr�ateur. Quelque quatre cents dieux et esprits compl�tent le panth�on ; la plupart d�entre eux ont leurs propres adeptes et des pri�res sp�ciales ; ils repr�sentent les esprits des collines, des rochers, des rivi�res et des anc�tres.</p><p>Les Yoroubas consultent l�oracle</p><p>Ifa pour prendre toutes les d�cisions s�rieuses. Il faut mentionner les noms de Shopona, dieu de la Variole, de Shango, dieu du Tonnerre et de la Lu-mi�re, d�Orisha Oko, d�esse de l�Agriculture, d�Ogun, dieu de la Guerre et du Fer. La magie est pratiqu�e par des devins (balawo), sous forme de charmes magiques attribu�s pour le meilleur et pour le pire.</p><p>J. C.</p><p>L�histoire</p><p>Le pays yorouba est demeur� long-</p><p>temps isol�. Ses traditions sont riches, mais il est difficile, faute de recou-</p><p>pements, de replacer les �v�nements de son histoire dans une chronologie g�n�rale. En 1826, Hugh Clapperton (1788-1827) et Richard Lander (1804-1834) furent les premiers Europ�ens � visiter le pays.</p><p>Les Yoroubas semblent n�avoir ja-</p><p>mais constitu� une entit� politique. Ils formaient une vingtaine de royaumes, ou plut�t de cit�s-�tats, d�importance in�gale (Ife*, Oyo, Egba, Ijebu, Ilesha, Ekiti, Ondo, K�tou, etc.). La cit�, entour�e de remparts de terre, �tait le si�ge de march�s actifs et la r�sidence d�un oba (roi), dont l�insigne distinctif �tait une couronne de perles. L�oba �tait un roi divin, mais non un despote, ses pouvoirs �tant contrebalanc�s par diverses institutions. Le caract�re urbain de la civilisation yorouba est original dans une Afrique tropicale essentiellement paysanne.</p><p>On retrouve, avec des variantes,</p><p>chez les diff�rents peuples yoroubas ainsi que chez les �dos du B�nin, leurs voisins, un cycle commun de mythes.</p><p>Chaque royaume fut fond� par un fils d�Oduduwa (Odoudoua), le h�ros envoy� par le dieu du Ciel sur l�oc�an primitif pour cr�er la Terre. Une primaut� spirituelle �tait reconnue � Ife, dont Oduduwa fut, selon la l�gende, le premier oni (roi). On a abandonn� la th�se de vastes migrations et la recherche d�origines � hamitiques �, �gyptiennes ou autres. La glottochronologie fait remonter � plusieurs milliers d�ann�es l�installation des Yoroubas dans leur habitat actuel.</p><p>La fondation des dynasties royales des � enfants d�Oduduwa � pourrait �tre le fait d�un lignage autochtone vers 1300 apr. J.-C.</p><p>C�est donc aux Yoroubas qu�il</p><p>convient d�attribuer les vestiges dont leur pays abonde : terres cuites, bronzes, monolithes.</p><p>La datation et l�interpr�tation de ces objets sont d�autant plus difficiles qu�ils sont rarement d�couverts sur leur site primitif. On attribue provisoirement aux XIVe et XVe s. les t�tes extraordinaires, d�un naturalisme id�alis�, de la p�riode dite � classique � d�Ife.</p><p>Au XVIIIe s., le plus septentrional des royaumes, Oyo, imposa son h�g�monie. Mais, d�s la fin du si�cle, il fut d�fait par ses voisins, abandonn� par ses vassaux et livr� aux r�voltes intestines. � Ilorin, le chef de guerre d�Oyo proclama son ind�pendance, pr�parant la voie � la conqu�te peule. Vers 1830, Oyo (Old Oyo, la Katunga visit�e par Clapperton) fut abandonn� au profit d�une capitale plus m�ridionale, New Oyo. Le djih&#x101;d peul s�arr�ta � la lisi�re de la for�t dense vers 1840. Mais les Yoroubas de l�Est �taient menac�s par l�expansion du B�nin, et ceux de l�Ouest par les razzias du Dahomey, jadis tributaire. Trois cit�s nouvelles, Ibadan*, Abeokuta et Ijaye, fond�es par des r�fugi�s et gouvern�es par des condottieri, se disputaient, dans des guerres incessantes, l�h�ritage politique d�Old Oyo.</p><p>Install�s depuis 1851 � Lagos, les Britanniques intervinrent de plus en plus dans l�int�rieur pour la d�fense de leurs commer�ants et de leurs</p><p>missionnaires. Parmi ces derniers se distingu�rent d�s 1840 des Yoroubas repris aux navires n�griers, lib�r�s et convertis � Freetown. En 1892-93, les Britanniques impos�rent leur protectorat aux �tats yoroubas qui leur furent reconnus par le trait� de d�limitation franco-britannique de 1898. L�Indirect Rule devait favoriser la survie des anciennes traditions. Mais, en m�me temps, les Yoroubas, tr�s r�ceptifs � l��ducation occidentale dispens�e par de nombreuses soci�t�s missionnaires, allaient jouer un grand r�le dans la formation de la nation nig�riane.</p><p>D. B.</p><p>F Afrique noire / Dahomey / Ibadan / Ife / Nigeria.</p><p>&amp; S. Johnson, The History of the Yorubas (Londres, 1921 ; nouv. �d., 1956). / D. Forde, The Yoruba-Speaking Peoples of South-Western Nigeria (Londres, 1951). / M. Crowder, The Story of Nigeria (Londres, 1962 ; 2e �d., 1966).</p><p>/ F. Willett, Ife and the History of West African Sculpture (New York, 1967 ; trad. fr. Ife, une civilisation africaine, Jardin des arts et Tal-landier, 1971). / R. S. Smith, Kingdoms of the Yoruba (Londres, 1969).</p><p>Yougoslavie</p><p>En serbo-croate jugoslavija, �tat de l�Europe m�ridionale ; 255 804 km 2 ; 21 330 000 hab. Capit. Belgrade.</p><p>G�OGRAPHIE</p><p>Les cadres naturels</p><p>Des montagnes, relativement �lev�es et massives, entour�es de r�gions de seuils et de passages, tel appara�t le b�ti architectural de la partie yougoslave des Balkans.</p><p>L�ossature de la p�ninsule est for-m�e par des montagnes appartenant � des syst�mes orog�niques diff�rents, soulev�s entre quatre d�pressions dont l�affaissement a �t� continu : le Bassin pannonien, le Bassin �g�en, la mer Noire et la mer Adriatique.</p><p>Le contraste entre montagnes et</p><p>pourtour se manifeste dans de nombreux domaines : densit�, taux d�urbanisation, facilit� des communications, rendements de l�agriculture, intensit� de l�implantation industrielle et urbaine. Mais les rapports de symbiose ont �t� constants entre montagnes et plaines du pourtour. Le bastion montagneux a �t� le refuge de populations, de l��poque romaine aux invasions ottomanes. Il a �t� le foyer des end�mismes, le mus�e pastoral des Slaves. Certains �tats montagnards ont pu se constituer, comme le Mont�n�gro. Enfin, la montagne a d�vers� la majeure partie de sa population vers les plaines, lors des paix revenues, au XIXe s. (vieille opposition entre pays-refuges et pays de colonisation). Jusqu�� une �poque r�cente, elle est rest�e vou�e au pas-torat extensif ; avec le tourisme, une nouvelle exploitation foresti�re, l�extraction mini�re moderne, les centrales hydro�lectriques, elle s�est, au moins localement, transform�e.</p><p>Les r�gions</p><p>Le karst</p><p>Au nord-ouest, il forme la partie externe des mouvements appel�s dinariques. Toutes les formes y sont re-pr�sent�es, favoris�es par l��paisseur</p><p>des calcaires (v. calcaire [relief]) et leur duret� : dolines, lapi�s, ouvalas, vastes polj�s perc�s de gouffres (ponors), r�-</p><p>seau souterrain de grottes (jama), circulation souterraine jusqu�au-dessous downloadModeText.vue.download 548 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11759</p><p>du niveau de l�Adriatique, o� les eaux du karst r�apparaissent sous forme de vrulje (sources sous-marines). Un pal�-</p><p>oclimat, sans doute plioc�ne, a model� d�immenses surfaces d�aplanissement laissant en saillie les hums ; la glaciation et les ph�nom�nes p�riglaciaires ont contribu� � l�oblit�ration des formes karstiques et aussi au d�gagement de lapi�s g�ants.</p><p>Les for�ts recouvrent les pentes ; les polj�s sont cultiv�s ; les moutons transhumants broutent durant l��t� les p�turages des hautes pentes. Dans l��conomie actuelle, le karst pr�sente un int�r�t touristique (grottes de Postojna, lacs de Plitvice et chutes de Jajce). Les eaux rassembl�es par des canalisations souterraines sont concentr�es dans des lacs d�altitude, puis projet�es dans les turbines � 1 200 m plus bas, sur le littoral adriatique. L��levage (pour la laine, les fromages) a �t� enfin intensifi�, surtout en Herz�govine.</p><p>La partie pannonienne, ou</p><p>interne, des cha�nes et massifs</p><p>dinariques</p><p>Elle pr�sente un autre aspect. La complexit� g�ologique des massifs orient�s du N.-O. au S.-E., la pr�sence de roches anciennes, volcaniques et primaires, en font un pays de sources et de rivi�res nombreuses : c�est la � Bosnie humide �. Les art�res de drainage appel�es en direction du nord-est par les bassins de subsidence de la plaine pannonienne d�coupent de vastes flancs de montagnes bois�es. Une vie de symbiose s�est �galement �tablie entre sommets et vall�es : descente du foin, du bois, du lait de brebis en direction des bourgades de confluence. Mais, de nos jours, la montagne est en voie de d�sertion, la friche sociale s��tend et la population se concentre dans les bas-</p><p>sins et vall�es : bassin de Sarajevo (la capitale r�gionale), vall�e de la Bosna, autour des mines de fer de Vare� et de l�aci�rie de Zenica, des industries chimiques de Tuzla, des combinats de bois et de cellulose. Une bonne route dessert maintenant Sarajevo, qu�elle unit � la Pannonie ; c�est l� le symbole du d�senclavement de pays trop longtemps isol�s.</p><p>La Serbie occidentale fournit du fer et du bois ; la vall�e de la Drina, fronti�re de la Serbie, produit de l��lectricit�. Les montagnes de Serbie occidentale (Stari Vlab, Ra�ka) sont de vastes centres de vie pastorale et d�exportation des produits laitiers, o� l��migration s�vit en direction des vall�es de la Morava, vers lesquelles gravitent de gros march�s, Po�ega, Titovo U�ice, et, plus en aval, des centres industriels.</p><p>On passe progressivement aux bassins et vall�es du seuil Morava-Vardar.</p><p>La d�pression de la Morava et du</p><p>Vardar</p><p>Cette longue d�pression entre des montagnes pastorales relie le Danube � la mer �g�e. Le seuil entre les sources du Vardar et de la Morava du Sud n�est qu�� quelques centaines de m�tres d�altitude ; les vall�es s��largissent en des bassins s�par�s par des gorges ou dans de vastes plaines de confluence ; le chemin de fer et la nouvelle autoroute unissent les villes moyennes de la Serbie � �troite � et de la Mac�doine.</p><p>L��chec �conomique relatif enre-</p><p>gistr� jusqu�� pr�sent dans le d�veloppement de ce couloir r�side dans la pr�sence de hauts massifs appartenant au syst�me rhodopo-�g�en (qui oppose � l�ouest comme � l�est des limites � l��largissement des bassins agricoles), demeurant le domaine d�une activit� pastorale. Il faut noter la pr�sence de la population la plus attard�e de toute la Yougoslavie, les Albanais, dans la r�gion retir�e dans des bassins ferm�s de l�Ouest, le Kosovo et la Metohija. Enfin, l�enclavement des bassins lacustres mac�doniens � l�ouest et de plaines arides � l�est ne favorise pas une intense vie de circulation.</p><p>Des activit�s nouvelles se sont</p><p>cependant d�velopp�es : les bassins houillers et les villes textiles de Serbie ; Kragujevac, grand centre d�armement et d�industrie automobile ; Ni�, foyer d�industries modernes. Au sud, Skopje rena�t du s�isme qui l�a ruin�e en 1963 et construit une ville nouvelle, b�tit un combinat sid�rurgique et �galement une raffinerie de p�trole.</p><p>La Mac�doine occidentale et ses lacs s�ouvrent au tourisme. La Mac�doine centrale deviendra sans doute un ar-ri�re-pays actif de Thessalonique.</p><p>Les passages de l�Ouest</p><p>Entre la Save et le littoral adriatique se sont d�velopp�es des fonctions de passage. Au sud se localise celui du Gorski Kotar ou de Croatie occidentale, lieu de tourisme, suivi par une excellente route et une voie ferr�e �lectrifi�e desservant Rijeka. Au nord, les passages de Slov�nie traversent des r�gions d�velopp�es, plus proches de l�Autriche et de l�Italie, plus anciennes par leur d�veloppement �conomique (aci�ries, papeteries, textiles) ; ces r�gions sont favoris�es par un relief alpin a�r�, de type glaciaire, o� l��rosion a creus� les trois sillons de la So&#x10D;a (ou, en ital., Isonzo) [ressources hydro�lectriques et activit� encore pastorale), de la Save (le plus profond et le plus dynamique, avec les villes de Kranj, Jesenice, la station baln�aire de Bled) et enfin de Maribor, si�ge d�une industrie automobile et �lectrique. Ces conditions ont facilit� le passage entre Ljubljana et Trieste, entre les derniers massifs alpins et le d�but des plateaux du karst : une voie ferr�e �lectrifi�e, une autoroute franchissent la fronti�re, point d�arriv�e des touristes �trangers.</p><p>Ljubljana, vieille ville-mus�e, d�allure bourgeoise, s�est modernis�e avec les entreprises Telekom et Litostroj, qui produisent du mat�riel �lectrique.</p><p>Les plaines du Nord</p><p>Elles sont constitu�es par la partie m�ridionale du Bassin pannonien.</p><p>Quelques massifs, jusqu�� la Fru�ka Gora, � l�est, entour�s de collines, attestent la pr�sence du substratum plus ou moins soulev�. La Slavonie se compose de vastes plaines d�inondation, de marais, de larges terrasses suivant</p><p>les rubans alluviaux de la Drave, de la Save et de leurs affluents. � l�est du Danube, en Vojvodine, le climat prend des caract�res steppiques : massifs anciens et collines disparaissent. Plaines et plateaux sont occup�s soit par des champs de dunes, soit par des marais, soit, surtout, par des placages de loess.</p><p>Par leur climat comme par leurs sols, ces r�gions sont les greniers � bl� de la Yougoslavie ; elles fournissent, en des proportions variant entre la moiti� et les trois quarts, les c�r�ales (surtout le ma�s), les plantes industrielles (betterave � sucre, tournesol) et fourrag�res.</p><p>Les grosses exploitations d��tat couvrent parfois des dizaines de milliers d�hectares. L�irrigation, apr�s le dess�chement des mar�cages, s��tend en rapport avec le creusement du canal Danube-Tisza-Danube.</p><p>Ces r�gions sont �galement les plus r�cemment colonis�es de Yougoslavie.</p><p>D�sertes � la suite de plusieurs si�cles d�occupation turque, reconquises apr�s le trait� de Karlovci (Karlowitz, 1699), elles pr�sentent encore les m�mes plans de villages, allong�s le long d�une route, comme en Slavonie, dispos�s en �chiquiers, comme en Vojvodine.</p><p>De nombreux villages sont deve-</p><p>nus des villes, et d�anciennes bourgades ou de vieilles forteresses se sont consid�rablement accrues : villes d�origine agricole (Bjelovar, Daruvar, Osijek, Subotica) ; villes de fleuves et centres administratifs, comme Novi Sad, Zagreb, devenu grand centre d�industries modernes, si�ge d�une foire internationale, et Belgrade, ville de d�fense, ancien grand village de type turc, actuellement la double capitale de la Serbie et de la F�d�ration, la grande ville industrielle du Nord, d�passant le million d�habitants.</p><p>La fa�ade adriatique</p><p>La Yougoslavie s�ouvre sur la M�diterran�e par une fa�ade de plus de 700 km en ligne droite. C�est le pays des fruits, du vin, des primeurs, de la p�che. Le dessin du littoral (l�archipel dalmate aux milliers d��lots et d��cueils) favorise l�implantation de nombreux petits ports. La p�che, le cabotage, le tou-</p><p>risme, l�agriculture se partagent les activit�s.</p><p>Du nord au sud se disposent : la p�-</p><p>ninsule d�Istrie, presque enti�rement reconquise sur l�Italie apr�s la guerre ; le golfe du Kvarner, avec, au fond, le port le plus actif, Rijeka ; la Dalmatie moyenne, avec les ports de �ibenik, Zadar, Split et des �les �tendues non loin du littoral ; la Dalmatie du Sud et le littoral de Dubrovnik ; enfin la c�te du Mont�n�gro, autour des Bouches de Kotor.</p><p>La p�che est relativement active</p><p>(poissons frais et thons) ; la construction navale anime cinq ports d�importance moyenne ; l�agriculture irrigu�e s��tend au fond des vall�es et des bassins (Neretva inf�rieure par exemple).</p><p>Mais l�activit� maritime se concentre dans le port de Rijeka, dont le trafic downloadModeText.vue.download 549 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11760</p><p>avoisine les 10 Mt, qui est aussi un centre de construction navale lourde et un port franc pour la Hongrie. De grandes r�alisations industrielles doivent transformer le littoral dans les prochaines ann�es : implantation d�un port p�trolier (apr�s un port min�ralier, dans la baie de Bakar, point de d�part de l�ol�oduc Adria, qui gagnera la Croatie et la Hongrie) ; dans le Sud, l�ach�vement de la voie ferr�e Belgrade-Bar vivifiera le littoral m�ridional ainsi que les r�gions travers�es de Serbie. Enfin, le tourisme doit se d�velopper avec la construction de nouveaux ensembles le long du littoral, qui accueille d�j� plus de 6 millions d��trangers.</p><p>La voie de</p><p>l�industrialisation</p><p>La cr�ation de gros centres d�industrie lourde sur les trajets de mati�res premi�res et de sources d��nergie, l��quipement de r�gions attard�es renfermant des mati�res premi�res mais d�pourvues d�activit�s de transformation ont �t� les r�gles majeures de l�industrialisation du pays. L�autogestion et la</p><p>d�centralisation ont en g�n�ral permis, sans exc�s, une distribution plus large et plus fine de l�industrie � travers le territoire, privil�giant en particulier les activit�s l�g�res : de nombreuses communes et de nombreuses entreprises ont pu, en accord avec la r�publique et la F�d�ration, d�cider des implantations. Les investissements �trangers sont autoris�s depuis plusieurs ann�es, apr�s promesse de divers d�gr�vements et de possibilit�s de rapatriement des b�n�fices. Leur implantation a m�me �t� favoris�e dans les r�gions moins d�velopp�es, �loign�es des sources d��nergie ou des moyens de communication. Cette politique donne des r�sultats. Des firmes ouest-allemandes, belges, suisses, fran�aises investissent actuellement dans l��conomie yougoslave ; c�est ainsi que Pechiney a �quip� pr�s de Titograd, au Mont�n�gro, un combinat d�aluminium utilisant la bauxite et le courant �lectrique produits sur place ou � proximit�.</p><p>Importance et insuffisance des</p><p>sources d��nergie</p><p>Les sources d��nergie sont intens�ment exploit�es, mais n�ont pas donn� tous les r�sultats esp�r�s.</p><p>La production de charbon passe de 10 Mt en 1950 � 33 Mt en 1974, mais 1 Mt seulement (en Istrie) de houille � fort pouvoir calorifique ; le reste est un lignite tr�s dispers� depuis les vieilles mines de Bosnie et de Serbie jusqu�aux</p><p>veines r�cemment mises en service comme � Novo Velenje en Slov�nie.</p><p>Les r�serves de houille seraient d�une quarantaine de millions de tonnes seulement, celles de lignite de quelques centaines de millions de tonnes. Une faible partie du lignite donne du coke (Lukavac, dans le nord de la Bosnie), dont d�importantes quantit�s n�cessaires � la sid�rurgie doivent �tre import�es d�Allemagne f�d�rale et d�Autriche. Enfin, la plupart des gisements servent � fabriquer des briquettes sur place ou � alimenter des centrales thermiques de forte puissance, situ�es sur le carreau des mines ou � proximit� des villes.</p><p>La Yougoslavie a longtemps esp�r� dans la rel�ve des hydrocarbures. Des prospections ont eu lieu en Slavonie occidentale (Lendava, puis au nord de Sisak) et en Vojvodine (aux environs d�Elemir). Or, la production de p�trole brut n�est pass�e que de 1,8 Mt en 1964</p><p>� 3,5 Mt en 1974 et semble stagner.</p><p>Celle de gaz naturel, qui lui est associ�e, ne d�passe gu�re le milliard de m�tres cubes et sert au chauffage de Zagreb et de quelques autres villes de la r�gion.</p><p>Le probl�me de l�approvisionne-</p><p>ment se trouve pos�. La Yougoslavie a �t� la premi�re de toutes les puissances d�Europe centrale et orientale � conclure des accords avec les pays downloadModeText.vue.download 550 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11761</p><p>du Moyen-Orient. Plusieurs r�seaux d�ol�oducs doivent �tre mis en service au cours des prochaines ann�es, partant des ports de la M�diterran�e o� arrive le brut du Moyen-Orient et �ventuellement du Maghreb et se dirigeant vers les raffineries et les centres de consommation de l�int�rieur des terres. Ainsi, Adria partira de la baie de Bakar pour se diriger vers Sisak, dans les plaines de la Save, avant de traverser la fronti�re hungaro-yougoslave. Le d�bit pr�vu passerait rapidement de 5 � 30 Mt. L�Iraq fournira une grande partie du brut, en �change de la livraison</p><p>de mat�riel p�trolier. Le probl�me des hydrocarbures a conduit � accro�tre la capacit� de raffineries existantes ou envisag�es : la consommation int�rieure est estim�e � 12 Mt par an.</p><p>L��lectricit� est de plus en plus d�origine thermique (environ 60 p. 100</p><p>de la production totale). Les grosses unit�s thermiques sont situ�es en g�n�-</p><p>ral sur le carreau des mines (� Trbo-vlje, � Novo Velenje, en Bosnie, dans le Zagorje, en Serbie orientale, etc.).</p><p>Les centrales hydrauliques sont �di-fi�es sur quatre sites principaux : sur les rivi�res rapides descendant des montagnes dinariques en direction de la Save, comme les usines de Jajce (sur le Vrbas), Zvornik (sur la Drina) ; pr�s des lacs de rassemblement des eaux souterraines du karst dalmate, les r�-</p><p>servoirs �tant situ�s � plus de 1 000 m au-dessus du niveau de la mer, o� sont plac�es les usines (Vinodol, Senj, Split) ; dans les Alpes de la Drave (en amont de Maribor) ; sur les Portes de Fer (ou Djerdap), o� une gigantesque centrale fournit 10 TWh, partag�s entre la Yougoslavie et la Roumanie.</p><p>Relative importance de l�industrie lourde</p><p>Envisag�e dans sa plus large acception, l�industrie lourde a fait des progr�s consid�rables dans un pays o� elle n�existait pas imm�diatement apr�s la guerre.</p><p>La production d�acier est pass�e de 1,6 Mt en 1964 � 2,8 Mt en 1975. Elle doit cette croissance � la pr�sence de minerai de fer en Bosnie, dans la r�-</p><p>gion de Vare� (un peu plus de 4,6 Mt de minerai, mais la production est stagnante) ainsi qu�en Mac�doine occidentale. Vare� alimente le � Creusot �</p><p>yougoslave. Zenica, dont les installations ont �t� modernis�es. Skopje est devenu le centre d�une unit� de production fournissant plus de 1 Mt d�acier. � la fronti�re austro-yougoslave, Jesenice s�est sp�cialis� depuis longtemps dans les aciers �lectriques.</p><p>De nouveaux centres progressent, tels Sisak sur la Save (m�tallurgie traditionnelle), Nik�i&#x107; au Mont�n�gro (avec</p><p>des ferrailles comme mati�re premi�re). Au terminus de la voie ferr�e venant de Belgrade, Bar devrait devenir un centre sid�rurgique, semi-continental (le chemin de fer lui apportant des minerais ferreux et non ferreux), semi-littoral (des importations pouvant �tre pr�vues).</p><p>Comme tous les pays balkaniques,</p><p>la Yougoslavie est riche en minerais non ferreux. Il s�agit d�abord du cuivre dans l�est de la Serbie (� Bor et Ma-jdanpek) ; 14 Mt de minerai extraites, 155 000 tonnes de m�tal produites. La bauxite est pr�sente dans toutes les formations calcaires du littoral dinarique, de l�Istrie et du Mont�n�gro ; autrefois exp�di�e � l��tranger ou � l�usine slov�ne de Kidri&#x10D;evo, elle est aujourd�hui transform�e pr�s de �ibenik, et le sera bient�t dans le gros combinat de Titograd. C�est ainsi qu�� partir d�une production de bauxite moyenne en Europe, sup�rieure � 2 Mt, la Yougoslavie est parvenue � accro�tre sa production d�aluminium de 34 000 � pr�s de 150 000 t, ce qui ne constitue d�ailleurs qu�une �tape.</p><p>La Yougoslavie est encore relativement riche en plomb et en zinc, extraits dans la Metohija (vieilles mines de Trep&#x10D;a et de Zve&#x10D;an, qui livrent �galement du cadmium ; mine nouvelle de Ki�nica) ainsi qu�en Slov�nie, o� une ancienne mine exploit�e autrefois par les Britanniques (Me�ica) n�est pas encore �puis�e.</p><p>Le sous-sol rec�le encore, mais en faibles quantit�s, des m�taux non ferreux ou d�alliages, rares en Europe : chrome en Mac�doine et en Metohija, antimoine pr�s de Zaja&#x10D;a, en Serbie, mangan�se et m�me argent. La Yougoslavie a cr�� sur place des fonderies, r�duit son exportation de minerais et vend aujourd�hui des fontes et des produits de transformation.</p><p>� partir de ces ressources, la Yougoslavie a d�velopp� une s�rie d�activit�s de transformation.</p><p>La fusion et la modernisation des entreprises ont permis de r�duire le nombre de chantiers de construction navale : le � Trois-Mai � � Rijeka (le</p><p>plus actif), les chantiers de Pula, Kral-jevica, Trogir, Split. Les cargos lanc�s sont de taille moyenne : Split et Rijeka ont lanc� des unit�s de 150 000 t ; Pula, des min�raliers de 250 000 t. La majeure partie est export�e. La construction automobile a �t� d�velopp�e gr�ce � l�aide occidentale. Ainsi, des centaines de milliers de Crvena Zastava (� Drapeau rouge �) ont �t� produites par l�usine de Kragujevac sous licence Fiat. � Koper, en Istrie, une usine de montage de petites voitures Citro�n s�est install�e. La firme Kosmos, � Ljubljana, travaille en liaison avec Alfa-Rom�o, et Vozila, � Novo Mesto, avec British Leyland Motor Corporation ; Litostroj � Ljubljana monte des mod�les Renault. Il faut ajouter, pour les camions, la participation de Mercedes � Priboj et � Pan&#x10D;evo (FAP) et de Deutz � Maribor (TAM). On recensait d�j� en Yougoslavie en 1975 plus de 1,3 million de voitures de tourisme et plus de 180 000 camions.</p><p>Enfin, le pays est devenu un gros fournisseur d��quipement, d�usines cl�s en main, qu�il exporte vers les pays en voie de d�veloppement, surtout du Maghreb, du Moyen-Orient</p><p>et de l�Asie dans les domaines vari�s de l��lectrotechnique, de la fabrication d�engrais min�raux, de ponts et de routes, dans la r�alisation des p�ri-m�tres d�irrigation et de grands chantiers agricoles, dans l�outillage minier.</p><p>Ces �quipements sortent des grandes downloadModeText.vue.download 551 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11762</p><p>usines et entreprises �tablies surtout dans les capitales : Litostroj � Ljubljana, Rade Kon&#x10D;ar � Zagreb, TAM et Hidromonta�a � Maribor, Premier-Mai � Zagreb, Jugostroj � Rakovica, pr�s de Belgrade, Ivo Lola Ribar � Belgrade, etc.</p><p>La croissance de l�industrie</p><p>l�g�re</p><p>L�industrie l�g�re occupe, comme dans les autres pays socialistes, une place modeste. Les investissements qu�elle re�oit sont tr�s inf�rieurs � ceux de</p><p>l�industrie lourde. On remarque toutefois en Yougoslavie un effort pour sortir de sa m�diocrit� cette activit� de transformation. L�industrie textile, si faible dans les ann�es 50, a rattrap� le retard. Les textiles synth�tiques de bonne qualit�, fabriqu�s sur place, sont tr�s r�pandus. Le tabac mac�donien a gard� toute sa r�putation. La cueillette ou la culture des plantes m�dicinales apportent leur contribution � l�industrie pharmaceutique. Le houblon de Slavonie et l�orge des plaines pannoniennes sont � la base de bi�res de qualit�. Enfin, l�artisanat sur bois, sur argent, sur cuivre, celui du textile connaissent, avec le tourisme, une renaissance extraordinaire. Leur production repr�sente une part appr�ciable des achats des visiteurs �trangers.</p><p>L�agriculture, ses</p><p>structures et sa</p><p>production</p><p>La collectivisation des terres en Yougoslavie, comme en Pologne, ne</p><p>concerne qu�une faible partie de la surface agricole. En 1972, le pourcentage revenant � l��tat �tait d�environ 8 p. 100 ; celui des coop�ratives, de 6 p. 100 ; le secteur priv� occupait par cons�quent la majeure partie des terres cultiv�es. La superficie moyenne d�une exploitation d��tat �tait de 4 800 ha ; celle d�une coop�rative, de 470 ha. On constate donc l�opposition fondamentale entre deux types de secteurs : celui qui est form� par les exploitations � sociales � (anciens domaines confisqu�s par l��tat, anciennes coop�ratives dites</p><p>� de travail �, qui s�apparentaient � des kolkhozes et qui ont �t� dissoutes, regroup�es ou agrandies) ; celui qui est form� par les petites exploitations individuelles, dont le plafond a �t� fix�, par une loi de 1953, � 10 ha. Les premi�res sont concentr�es dans les plaines fertiles du Nord, Slavonie et Vojvodine ; elles sont dot�es en investissements et en mat�riel et se sp�cialisent dans les cultures industrielles et fourrag�res, les c�r�ales, dont elles fournissent de grandes quantit�s � l��tat. Beaucoup constituent de v�ritables � combinats agro-industriels �, comme celui, le plus c�l�bre, de Belje dans la Ba&#x10D;ka, qui couvre plusieurs dizaines de milliers d�hectares et transforme lui-m�me</p><p>la majeure partie de sa production, dont une forte proportion est commercialis�e ou export�e � l��tranger. La petite exploitation coop�rative r�sulte d�institutions fond�es apr�s la guerre et qui avaient pour but d�aider � l�installation de colons sans terre, de partisans, de populations descendues des montagnes. Des 4 000 associations s��tendant sur 1,66 Mha qui existaient encore en 1960, il n�en reste en 1970</p><p>que quelques dizaines, qui ont �t� fondues dans le groupe pr�c�dent, celui de l�agriculture sociale.</p><p>Les propri�t�s priv�es proviennent des lopins familiaux non concern�s par la r�forme agraire. Le secteur priv� rassemble donc une partie de la production de subsistance. Ces propri�t�s sont pour la plupart r�unies en coop�ratives g�n�rales (les OZZ), qui en assurent le ravitaillement, en semences par exemple, et les d�bouch�s, concluent des accords avec les firmes d��tat et le premier secteur social de la production agricole. Mais rien n�indique une volont� de passage vers les formes sociales. En effet, les petites exploitations familiales ne cultivent en g�n�ral que de 1 � 5 ha. Il s�agit d�une culture autoconsommatrice familiale d�appoint. La soci�t� rurale s�est transform�e. On consid�re qu�un membre sur quatre de ces familles travaille � la ville et � l�usine. On assiste � une recrudescence de la friche sociale, � un abandon des pentes montagneuses et des villages d�altitude ou d�sh�rit�s, � la prolif�ration de maisons de type urbain � la campagne, � l�amorce de la construction de r�sidences secondaires.</p><p>C�est donc � une �volution interm�-</p><p>diaire entre celle des pays occidentaux et celle des pays socialistes qu�on assiste en Yougoslavie, le trait distinctif �tant la pr�sence d�une masse sous-employ�e � la campagne qui contraint � l��migration � l��tranger (plus de 1 million d��migr�s au total, qui ne peuvent trouver d�activit� ni dans l�agriculture ni dans l�industrie).</p><p>Les grandes productions restent</p><p>c�r�ali�res. Elles sont accompagn�es de � plantes techniques � : betterave, chicor�e, houblon, pavot en Mac�-</p><p>doine, ol�agineux, comme le tournesol.</p><p>Il s�y ajoute quelques plantes subtropicales, le riz et le coton en Mac�doine, des productions mara�ch�res et surtout arboricoles (dont une bonne partie de la production est export�e). Enfin, le vignoble donne des crus de qualit�, notamment sur la c�te dalmate, en Slov�nie, en Serbie du Nord.</p><p>La Yougoslavie importe des c�r�ales les ann�es de s�cheresse. Elle exporte du jeune b�tail sur pied, notamment en direction de l�Italie, des volailles (les dindes de No�l vers l�Angleterre), des eaux-de-vie, comme la fameuse �ljivovica, fabriqu�e avec des prunes.</p><p>Presque le cinqui�me de ses exportations se compose de produits agricoles, en particulier � destination de l�Europe centrale et occidentale.</p><p>L�agriculture est encore favoris�e par la mise en oeuvre de vastes bonifications : am�lioration des sols de podzols, assainissement des plaines du Nord (plaines de la Save et de la Drave) et des polj�s karstiques inondables et mar�cageux. Enfin, l�irrigation, encore insuffisante, ne couvre que 500 000 ha, mais doit s��tendre en Vojvodine � la faveur du canal Danube-Tisza-Danube et dans les bassins de la Mac�doine et de la Metohija.</p><p>downloadModeText.vue.download 552 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11763</p><p>Les r�gions arri�r�es et</p><p>le probl�me du sous-</p><p>d�veloppement</p><p>Des r�gions attard�es pour des raisons politiques et historiques, enclav�es et mal dot�es en ressources naturelles, ne parviennent pas � remonter la pente en utilisant les investissements suppl�mentaires qui leur sont confi�s, en formant sur place ou � l�ext�rieur des cadres et une main-d�oeuvre qualifi�e, en organisant un nouveau r�seau d�infrastructures.</p><p>Le probl�me a �t� laiss� longtemps en suspens. Mais la F�d�ration a enfin os� s�attaquer � cette question, la plus angoissante, la plus � balkanique �,</p><p>celle qui risquait de faire rena�tre de vieilles querelles ethniques. La Yougoslavie est ainsi le seul pays socialiste o� soient reconnues officiellement des zones dites � arri�r�es � ou � sous-d�-</p><p>velopp�es �. Elles couvrent 42 p. 100</p><p>du territoire et comprennent le tiers de la population, mais n�englobent que 8 p. 100 des actifs employ�s hors de l�agriculture : c�est dire leur caract�re agricole et artisanal. La d�finition s�applique � des r�publiques enti�res, comme le Mont�n�gro et la Mac�-</p><p>doine, � une r�gion autonome, comme celle du Kosovo, et � des groupes de communes montagneuses et du karst dans les r�publiques de Serbie et de Croatie. La Bosnie-Herz�govine re�oit en outre un � traitement privil�gi� �.</p><p>Le d�veloppement de ces r�gions est assur� par les ressources locales, celles des r�publiques et surtout celles d�un fonds f�d�ral, aliment� notamment par les r�publiques les plus riches. Ainsi le taux d�investissement industriel dans les r�gions les moins d�velopp�es est-il pass� de 19,3 p. 100 du total des investissements f�d�raux en 1948 � 29 p. 100 en 1965. Les lois r�centes ont favoris� l�investissement de capitaux �trangers dans les r�gions les moins d�velopp�es.</p><p>Ces aides ont port� sur le d�veloppement des ressources mini�res encore inconnues et sur l�industrie lourde : c�est, en Bosnie, la r�novation de Zenica, de la cokerie de Lukavac et de l�aci�rie �lectrique d�Ilija� ; ce sont, au Mont�n�gro, les centrales �lectriques et l�aluminium ; c�est, en Mac�doine, le d�veloppement de Skopje (combinat textile moderne, aci�rie nouvelle, bient�t une raffinerie). Le projet du chemin de fer de Belgrade � Bar a b�n�fici� �galement de ces efforts. Au Kosovo, on a mis en oeuvre un am�nagement combin� : gains de terres, croissance des rendements, ouverture de mines et construction de fonderies sur place...</p><p>Cette politique n�est pas appliqu�e sans difficult�. Les progr�s r�alis�s dans la croissance de la valeur du produit national sont estomp�s par des ex-c�dents naturels de population encore �lev�s (plus de 20 p. 1 000 par an en Bosnie-Herz�govine ; 14,8 en Mac�-</p><p>doine ; 27,8 au Kosovo). Les �carts</p><p>se sont creus�s entre les revenus des communes les plus favoris�es et ceux des plus attard�es, entre toutes celles du Kosovo et celles des grandes villes yougoslaves, entre campagnes et villes dans les r�gions sous-d�velopp�es elles-m�mes. En prenant comme base l�indice de consommation de Bosnie-Herz�govine (base 100), on obtient 126</p><p>en Mac�doine, 129 au Mont�n�gro,</p><p>165 en Serbie, 194 en Croatie, 301 en Slov�nie.</p><p>En 1972, le produit int�rieur brut par habitant �tait estim� aux environs de 800 dollars (il doit avoisiner 1 000 dollars aujourd�hui). Il existait 1 voiture de tourisme pour 25 habitants, 1 t�l�-</p><p>phone pour 9 habitants et 1 t�l�viseur pour 20 habitants, rapports �loign�s de ceux de l�Europe occidentale, mais en voie de r�duction continue et assez rapide.</p><p>Il arrive aussi que les r�publiques plus nanties h�sitent � aider les r�gions les plus d�munies. L�affaire prend alors des implications politiques. Ainsi la Slov�nie r�pugne � envoyer, malgr� les avantages qui leur sont accord�s, des cadres et des techniciens dans le Midi.</p><p>La Croatie fait valoir qu�avec moins de 23 p. 100 de la population active de la F�d�ration elle participe � la formation du P. N. B. pour 27 p. 100, aux rentr�es de devises pour 40 p. 100, � l�activit� touristique pour 90 p. 100.</p><p>Ce d�s�quilibre rappelle par bien des traits celui du Mezzogiorno italien : exc�dents naturels dus � de fortes natalit�s ; exode des paysans et des travailleurs vers le nord et vers l��tranger ; extraction primaire des ressources mi-n�rales pour le profit des r�publiques du Nord ; �tablissements � soustraitance qui travaillent pour les firmes des r�gions les plus d�velopp�es.</p><p>Il faudra de nouvelles mesures d�implantation, la transformation sur place des mati�res premi�res �nerg�tiques et autres, l�intensification du tourisme pour rem�dier � une situation d�licate qui s�am�liore trop lentement depuis vingt ans.</p><p>La politique de</p><p>ressources invisibles</p><p>Comme sa voisine la Gr�ce, la Yougoslavie s�est lanc�e, timidement d�abord, dans une politique de ressources invisibles lui permettant de r�tablir une balance commerciale constamment</p><p>d�ficitaire.</p><p>y Les remises ou b�n�fices de la</p><p>marine marchande. Des cargos you-</p><p>goslaves sont pr�t�s � des puissances �trang�res, surtout occidentales. La flotte a une capacit� de 2,5 Mtjb. Sur un trafic global de 20 Mt, pr�s d�un tiers est destin� � d�autres �tats : Rijeka en particulier accorde une zone franche � la Hongrie (qui repr�sente le tiers du trafic de Rijeka), qui paie les droits aff�rents au service rendu.</p><p>y Les remises des travailleurs �mi-gr�s en Occident. Ces travailleurs (plus de 1 million en tout, dont</p><p>800 000 en Allemagne occidentale) envoient au pays une bonne partie de leurs salaires.</p><p>y Les visiteurs �trangers. Leur</p><p>nombre a d�pass� le chiffre de 6 millions en 1973. On estime que 70 p. 100</p><p>rapportent des devises fortes en provenance de l�Occident. On �value ces rentr�es � 300 ou 400 millions de dollars par an.</p><p>Il ne semble pas que les ressources invisibles parviennent encore � combler le d�ficit de la balance du commerce ext�rieur net avec les pays industrialis�s de l�Europe occidentale (le taux de couverture des exportations</p><p>n�a gu�re d�pass� 60 p. 100 en 1973), mais elles y contribuent chaque ann�e davantage.</p><p>downloadModeText.vue.download 553 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11764</p><p>A. B.</p><p>F Autogestion / Balkans / Belgrade / Bosnie-He-rz�govine / Croatie / Mac�doine / Mont�n�gro /</p><p>Serbie / Slov�nie / Zagreb.</p><p>&amp; G. Caire, L��conomie yougoslave (�d.</p><p>ouvri�res, 1962). / A. Meister, Socialisme et autogestion. L�exp�rience yougoslave (�d. du Seuil, 1964). / A. Blanc, la Yougoslavie (A. Colin, 1967) ; l�Europe socialiste (A. Colin, 1974). /</p><p>F. E. I. Hamilton, Yougoslavia, Patterns of Economic Activity (Londres, 1968). / P. Y. P�choux et M. Sivignon, les Balkans (P. U. F., coll. � Magellan �, 1971). / La Yougoslavie (Larousse, 1975).</p><p>L�HISTOIRE</p><p>La formation d�un �tat</p><p>yougoslave</p><p>L��tat yougoslave unifi� et ind�pendant ne date que de 1918. Il exista des �tats ind�pendants des divers peuples du Sud au Moyen �ge ; mais, � partir du XVe s. et pour une longue p�riode de leur histoire, toutes les r�gions yougoslaves se sont trouv�es r�parties entre divers occupants : l�Autriche (et la Hongrie) et l�Empire ottoman notamment.</p><p>Au XIXe s. se d�veloppe une lutte pour l��mancipation ; Serbes et Mont�n�grins se lib�rent du joug turc ; dans les r�gions soumises � l�Autriche-Hongrie, une renaissance nationale a lieu, d�abord de contenu culturel (illyrisme croate) et revendiquant l�autonomie dans le cadre de l�Empire.</p><p>Mais parall�lement se fait jour le yougoslavisme, tendance � l�unification des divers peuples de Slaves du Sud. Au XIXe s., un des grands artisans de l�id�e yougoslave en Croatie</p><p>est l��v�que Josip �trosmajer (Strossmayer, 1815-1915). Cependant, les diff�rences de langue, de religion, de culture, de structures sociales qui s�parent les divers peuples yougoslaves rendent difficile la r�alisation de l�unification. C�est ce qui appara�t au cours de la Premi�re Guerre mondiale, qui donne un caract�re aigu au probl�me des nationalit�s dans l�Empire austro-hongrois, lui-m�me pr�texte direct du conflit avec l�attentat de Sarajevo (28 juin 1914) contre Fran�ois-Ferdinand.</p><p>Les Serbes ont une vision panserbe du futur �tat, le concevant comme une extension du royaume de Serbie. Les Croates et les Slov�nes d�Autriche-Hongrie s�estiment, eux, d�une culture occidentale plus d�velopp�e. En ao�t 1914, la Serbie annonce que le but de la guerre est la lib�ration de tous les Yougoslaves. D�un autre c�t�, des politiciens �migr�s des r�gions soumises � l�Autriche-Hongrie forment � Londres un Comit� national yougoslave (avec Ante Trumbi&#x107; [1864-1938] et Frano Supilo [1870-1917]) ; appuy�s par les colonies yougoslaves � l��tranger et par des sympathisants (l�historien Robert William Seton-Watson � Londres, les slavisants Louis L�ger et �mile Haumant � Paris), ils militent pour la lib�ration et l�unification de tous les</p><p>� Yougoslaves � (m�morandum de mai 1915).</p><p>Dans un premier temps, il s��tablit peu de contacts entre les deux groupes ; mais, le 20 juillet 1917, les repr�sentants du Comit� yougoslave et de la Serbie se rencontrent � Corfou et pr�-</p><p>voient la formation d�un royaume avec la dynastie serbe (les Karadjordjevi&#x107; � sa t�te, royaume dans lequel confessions et langues seront � �galit� ; la r�union d�une Constituante est pr�vue.</p><p>Cependant, des divergences subsistent � propos du syst�me politique et sur le plan ext�rieur ; de plus, un Conseil national des Serbes, Croates et Slov�nes se forme � Zagreb en octobre 1918 (avec � sa t�te Mgr Anton Koro�ec</p><p>[1872-1940], chef du parti du peuple slov�ne) et prend position pour l�internationalisation du probl�me des nationalit�s dans l�Empire austro-hongrois.</p><p>En novembre 1918, une conf�rence</p><p>r�unie � Gen�ve et regroupant Serbes, Comit� yougoslave et Conseil national de Zagreb pr�conise encore l�union des deux �tats (serbe et croate), la nouvelle unit� devant �tre dirig�e d�abord par un gouvernement commun comprenant le Conseil national et le gouvernement serbe ; mais cet accord n�est pas appliqu�. Entre-temps, des conseils nationaux en Vojvodine et au Mont�n�gro se sont d�clar�s en faveur du rattachement � la Serbie.</p><p>Finalement, face aux menaces repr�-</p><p>sent�es par les pr�tentions italiennes en Dalmatie et aussi par les troubles sociaux, le Conseil national des Serbes, Croates et Slov�nes accepte l�union avec la Serbie et envoie une d�l�gation � Belgrade pour l�organiser. Le 1er d�cembre 1918, le r�gent Alexandre proclame la cr�ation du royaume des Serbes, Croates et Slov�nes (SHS), qu�une session commune de l�Assembl�e serbe et du Conseil national de Zagreb ratifie bient�t.</p><p>Le premier gouvernement est consti-tu� en janvier 1919 avec un Serbe (Stojan Proti&#x107; [1857-1923]) � sa t�te, le Slov�ne Anton Koro�ec comme vice-pr�sident, le Croate Ante Trumbi&#x107; aux Affaires �trang�res. Sur le plan ext�-</p><p>rieur, le nouveau gouvernement doit r�gler le probl�me des trait�s de paix ; sur le plan int�rieur, il s�attelle � l�unification du pays (syst�me mon�taire, etc.), � sa reconstruction et � la pr�-</p><p>paration de l��lection de l�Assembl�e constituante. Les puissances alli�es, qui ont fini par appuyer le d�membrement de l�Autriche-Hongrie, ont eu un r�le important dans la formation du nouvel �tat comme de tous ceux de l�Europe centrale.</p><p>L��tablissement des fronti�res lors de la conf�rence de la Paix de 1919</p><p>s�av�re d�licat. Cependant, le plus souvent, le trac� est favorable � la Yougoslavie : partage du Banat avec la Roumanie et la Hongrie, de la Ba&#x10D;ka et de la Baranja avec la Hongrie, de la Mac�doine avec la Gr�ce. Avec</p><p>l�Italie, un accord direct intervient le 12 novembre 1920 (trait� de Rapallo) : il attribue � l�Italie � qui renonce � la Dalmatie � certaines �les de la c�te (Lastovo [Lagosta], Cres [Cherso]), la</p><p>ville de Zadar (Zara), la vall�e de la So&#x10D;a (Isonzo) � l�ouest de la Slov�nie, et l�Istrie. Du c�t� autrichien, un pl�-</p><p>biscite en 1920 fait passer la Carinthie � l�Autriche.</p><p>Le nouvel �tat comprend une pro-</p><p>portion notable de minorit�s non yougoslaves (20 p. 100) : 500 000 Allemands, un peu moins de Hongrois,</p><p>d�Albanais, et aussi des Bulgares, des Roumains, etc., tandis que des Croates et des Slov�nes se trouvent en Autriche, des Serbes, des Croates, des Slov�nes en Hongrie, des Serbes en Roumanie, des Mac�doniens en Bulgarie, des Slov�nes en Italie. Les trait�s pr�voient pour les minorit�s nouvellement incluses dans l��tat yougoslave une garantie de leurs droits.</p><p>downloadModeText.vue.download 554 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11765</p><p>Alexandre Ier et</p><p>le probl�me des</p><p>nationalit�s</p><p>Le probl�me majeur de la Yougoslavie entre les deux guerres est la question des nationalit�s, en particulier celle de l�opposition entre Serbes et Croates, mais aussi celle du statut de la Mac�-</p><p>doine, des musulmans, des Albanais, etc.</p><p>La premi�re p�riode (1919-1929)</p><p>est caract�ris�e par l�implantation du parlementarisme. � l�Assembl�e constituante �lue en d�cembre 1920, les trois plus forts partis sont le parti radical serbe, le parti paysan croate et le parti communiste (n� de l�unification des partis sociaux-d�mocrates en avril 1919 et qui prend ce nom au congr�s de Vukovar en juin 1920).</p><p>Les partis croate, slov�ne et communiste s��tant abstenus, c�est une constitution centraliste (Constitution de Vidovan), selon les voeux serbes, qui est adopt�e et proclam�e le 28 juin 1921. De nombreux minist�res se succ�dent, le plus souvent radicaux (avec en particulier Nikola Pa�i&#x107; [1845-1926], le plus c�l�bre repr�sentant du</p><p>parti). La proclamation (obznana) de d�cembre 1920 et la loi d�ao�t 1921</p><p>sur la protection de l��tat entravent l�activit� des groupes � subversifs � ; le parti communiste est ainsi interdit � partir de 1921 ; en d�cembre 1924, c�est le tour du parti paysan croate, que son chef, Stjepan Radi&#x107; (1871-1928), lors d�un s�jour � Moscou, a rattach� � l�� Internationale verte � ; Radi&#x107; sera arr�t� d�ailleurs � son retour. Cependant, une tentative de conciliation entre Croates et Serbes a lieu en 1925 : Radi&#x107; est lib�r� et participe au gouvernement, mais pour une br�ve dur�e. L�opposition se d�veloppe de nouveau autour d�une coalition des paysans croates et des d�mocrates serbes, auxquels se joignent les d�mocrates ind�pendants du Serbe de Croatie Adam Pribi&#x107;evi&#x107;.</p><p>Le 20 juin 1928, des d�put�s</p><p>croates, dont Stjepan Radi&#x107;, sont assassin�s en pleine s�ance de l�Assembl�e nationale ; devant l��chec d�un gouvernement de coalition dirig� par Mgr Koro�ec et face � l�hostilit� des Serbes � tout f�d�ralisme, Alexandre Ier Karadjordjevi&#x107; (roi depuis 1921) suspend la Constitution le 6 janvier 1929 : c�est le d�but de la dictature royale (1929-1934).</p><p>L�Assembl�e est dissoute, les partis sont interdits, les communistes et de nombreux politiciens sont arr�t�s : c�est ainsi que se d�roulent le proc�s de Josip Broz Tito* � Zagreb en 1928, le jugement, puis l�acquittement de Vladimir Ma&#x10D;ek (1879-1964), nouveau pr�sident du parti paysan croate, en 1930. Alexandre recherche l�union par une voie nouvelle, mais qui demeure centraliste et autoritaire et ne satisfait pas les nationalit�s non serbes, tandis que la r�pression politique m�conten-tera les Serbes eux-m�mes.</p><p>En 1929, le nom du royaume est</p><p>chang� en Yougoslavie, tandis que le pays est divis� en neuf banovines, qui ne respectent pas vraiment les fronti�res historiques. En raison des difficult�s �conomiques, le roi octroie une constitution en 1931 et essaie de donner vie � des partis yougoslaves, en particulier au parti national yougoslave, n� en 1933.</p><p>Mais ces mesures sont insuffisantes, et l�opposition se d�veloppe : des Croates tels qu�Ante Paveli&#x107; (1889-1959), organisateur de la soci�t� se-cr�te Usta�a (ou Oustacha), s�orientent vers une activit� terroriste qui cherche des appuis � l��tranger (Italie, Hongrie, Bulgarie) ; d�autres interviennent aupr�s de la Soci�t� des Nations : un manifeste de l�opposition � Zagreb en 1932 r�clame la d�mocratisation et la fin de l�h�g�monie serbe. Vladimir Ma&#x10D;ek, Anton Koro�ec, Mehmed</p><p>Spaho, le chef de l�Organisation musulmane, sont emprisonn�s. Peut-�tre le roi envisage-t-il une r�orientation de sa politique quand, lors de sa visite en France, il est assassine � Marseille le 9 octobre 1934, en m�me temps que le ministre fran�ais des Affaires �trang�res, Louis Barthou.</p><p>Le fils d�Alexandre, Pierre II, �tant �g� de onze ans, un conseil de r�gence est institu�e, pr�sid� par le prince Paul, cousin de l�ancien roi, avec l�assistance de deux cor�gents serbes. L�agitation continue (manifeste de l�opposition serbe, manifestations estudiantines).</p><p>Ma&#x10D;ek est rel�ch� ; les �lections de 1935, cependant truqu�es, montrent la force de l�opposition ; un gouvernement de conciliation est essay� avec � sa t�te Milan Stojadinovi&#x107; (1888-1961) et la participation de Mehmed Spaho et d�Anton Koro�ec. Un rassemblement politique regroupant les radicaux, le parti slov�ne et l�Organisation musulmane � la communaut� radicale yougoslave � est m�me constitu� en ao�t 1935, mais pour une courte dur�e.</p><p>L�opposition se renforce contre la dictature et contre la politique ext�-</p><p>rieure favorable � l�Axe. En f�vrier 1939, une nouvelle crise � propos du probl�me du nationalisme entra�ne la d�mission de Stojadinovi&#x107;. Le nouveau cabinet, pr�sid� par Dragi�a Cvetkovi&#x107; (1893-1969), aboutit � un compromis avec les Croates en ao�t 1939 : il cr�e une grande banovine de Croatie englobant une partie de la Bosnie et jouissant d�une certaine autonomie.</p><p>Vladimir Ma&#x10D;ek entre alors dans le gouvernement. Malgr� des am�liorations (libert�s plus grandes en Croatie), l�accord � dont l�application sera br�ve, car il intervient � la veille de la</p><p>guerre � demeure limit�, d�autant plus qu�il a �t� conclu sans l�avis des partis serbes.</p><p>Les probl�mes</p><p>de l�entre-deux-guerres</p><p>Un des probl�mes sociaux majeurs</p><p>a �t�, tout au long de cette p�riode, la question agraire ; si en Serbie, par exemple, pr�valent de petites et moyennes propri�t�s, en Croatie et en Bosnie dominent les grandes propri�t�s avec des rapports de type f�odal. Des mouvements spontan�s de prise de possession de terres ont eu lieu en Croatie ; des prisonniers de guerre de retour de Russie ont gagn� le maquis � la fin de 1918 (� cadres verts �) et r�pandu les id�es de la r�volution d�Octobre.</p><p>Une r�forme agraire s�impose : en 1921, une loi supprime tous les rapports f�odaux et envisage une certaine distribution des terres aux paysans pauvres ; la r�alisation de ce dernier point sera tr�s entrav�e, et la r�forme am�liorera peu la situation sociale des paysans, toujours en proie aux usu-riers ; la situation est encore aggrav�e par la crise �conomique des ann�es 30.</p><p>La cr�ation de coop�ratives agricoles de cr�dit, la protection d�un minimum de propri�t� de terres pour le paysan, des moratoires de dettes ne sont que des palliatifs.</p><p>Sur le plan ext�rieur, le royaume conclut d�abord une alliance avec les pays s�opposant comme lui au r�visionnisme hongrois ; c�est la Petite-Entente (1920), qui groupe la Yougoslavie, la Roumanie et la Tch�coslovaquie, et dont l�organisation est renforc�e par le pacte de 1934 et par l�appui de la France : d�s 1927, un trait� d�amiti� et d�arbitrage a �t� sign� entre la France et la Yougoslavie.</p><p>Les relations avec l�Italie sont</p><p>plus tendues : l��tat ind�pendant de Fiume, pr�vu en 1920, est occup� par les fascistes, et la Yougoslavie doit reconna�tre l�incorporation de la ville � l�Italie lors de la signature du pacte de Rome de janvier 1924, pacte d�amiti� et de consultation sur les probl�mes ex-t�rieurs, les contractants s�engageant � ne pas intervenir dans la vie int�rieure albanaise. Ce pacte est peu respect�, et</p><p>la tension entre les deux pays persiste (v. Rijeka).</p><p>D�autre part, la Yougoslavie signe avec la Roumanie, la Gr�ce et la Turquie un pacte de garantie mutuelle des fronti�res (Entente balkanique de f�-</p><p>downloadModeText.vue.download 555 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11766</p><p>vrier 1934) ; la Bulgarie en est absente � cause du diff�rend sur la Mac�doine, qu�elle consid�re comme bulgare, laissant les terroristes de l�Organisation r�volutionnaire int�rieure mac�donienne (d�nomm�s comitadjis par les Serbes), qui ont des liens �troits avec le gouvernement bulgare, organiser des incursions en territoire yougoslave.</p><p>Mais Petite-Entente et Entente balkanique se d�sagr�gent au fur et � mesure du d�veloppement de l�influence de l�hitl�risme en Europe. En 1934, la France et la Yougoslavie envisagent de renforcer leur alliance � ce qui explique la venue du roi en France �, mais, apr�s la mort d�Alexandre Ier et de Barthou, la France comme les autres puissances occidentales m�nagent</p><p>l�hitl�risme pour l�� endiguer � ; priv� de l�appui des pays occidentaux pour r�soudre sa crise �conomique, la Yougoslavie se tourne vers l�Allemagne, pr�te � acqu�rir ses surplus agricoles.</p><p>Elle signe alors des trait�s d�amiti� avec ses anciens ennemis, eux-m�mes proches de l�Allemagne : trait� de statu quo du 24 janvier 1937 avec la Bulgarie ; trait� du 25 mars 1937 avec l�Italie ; trait� de 1940 avec la Hongrie.</p><p>Finalement, apr�s la visite du r�gent Paul � Berchtesgaden, elle adh�re au pacte tripartite le 25 mars 1941. Cela entra�ne un coup d��tat men� par des officiers appuy�s sur les partis serbes, les �tudiants, les communistes et l��glise orthodoxe ; le roi est proclam� majeur et un gouvernement est form� sous la pr�sidence du g�n�ral Du�an Simovi&#x107; (1882-1962). La Yougoslavie conclut m�me, le 5 avril 1941, un accord d�amiti� avec l�U. R. S. S. Mais, d�s le 6 avril, l�attaque allemande se d�veloppe contre la Yougoslavie.</p><p>La guerre, la R�sistance Rapidement, l�arm�e yougoslave est vaincue ; le pays capitule le 17 avril 1941 et est partag� entre cinq occupants : l�Allemagne annexe une partie de la Slov�nie et s�installe dans le Banat ; l�Italie occupe l�autre partie de la Slov�nie, la c�te et le Mont�n�gro ; la Hongrie s�empare de la Ba&#x10D;ka, au nord-est de la Slov�nie ; l�Albanie, devenue italienne, occupe le Kosovo et l�ouest de la Mac�doine ; la Bulgarie s�installe en Mac�doine orientale et en Serbie du Sud-Est. Un �tat croate ind�pendant est form� en Croatie (Ante Paveli&#x107;) ; il englobe une grande partie de la Bosnie et est partag� en zones d�influence allemande et italienne ; en Serbie, un gouvernement collaborateur, celui du g�n�ral Milan Nedi&#x107; (1877-1947), est institu� sous contr�le allemand. Partout, les occupants jouent de l�opposition entre nationalit�s et m�nent une politique antijuive et an-titzigane, d�intensit� diverse selon les r�gions.</p><p>Le gouvernement l�gal, avec le roi Pierre II, est parti en exil � Londres : l�opposition entre Croates et Serbes se poursuivra � l��tranger. En Yougoslavie, deux mouvements de r�sistance se d�veloppent. Celui des Tchetniks (&#x10C;etnici), du g�n�ral serbe Dra�a Mihajlovi&#x107; (1893-1946), royaliste, qui sera le ministre de la Guerre du gouvernement en exil, est peu favorable � la gu�rilla et r�serve ses forces dans l�attente d�un d�barquement. D�autre part, le parti communiste, anim� par son secr�taire, Josip Broz Tito*, organise le mouvement des partisans, qui fait appel � tous sans distinction de nationalit�s ni de religions et prend rapidement des positions politiques.</p><p>Au d�but, les deux mouvements</p><p>cherchent � collaborer (rencontres entre Tito et Mihajlovi&#x107; � l�automne de 1941), mais bient�t ils entrent en opposition ouverte. Apr�s un succ�s �ph�m�re en Serbie (lib�ration d�U�ice</p><p>[auj. Titovo U�ice] � l�automne de 1941), les partisans de Tito se replient en Bosnie, o� ils vont remporter de grands succ�s, repoussant les offensives allemandes, souvent aid�es par</p><p>les Tchetniks (batailles de la Kozara en 1942, de la Neretva et de la Sutjeska en 1943).</p><p>En m�me temps, le mouvement</p><p>des partisans organise les territoires lib�r�s : les 26-27 novembre 1942, � Biha&#x107;, est cr�� le Conseil antifasciste de lib�ration nationale (AVNOJ) avec un comit� ex�cutif, qui adopte un programme. � Jajce, le 29 novembre 1943, l�AVNOJ prend position contre le gouvernement en exil, se d�cla-rant l�organe du pouvoir supr�me en Yougoslavie ; il d�cide que le sort de la royaut� devra �tre d�cid� apr�s la guerre ; en attendant, le roi doit rester � l��tranger ; une f�d�ration est pr�vue pour l�apr�s-guerre. Dans l�imm�diat, un Comit� national de lib�ration est constitu� (d�c. 1943) qui fait fonction de gouvernement provisoire ; Tito est �lu mar�chal. Les Alli�s � qui, au d�but, ont appuy� le mouvement de Mihajlovi&#x107; � d�cident, � la conf�rence de T�h�ran (nov.-d�c. 1943), d�apporter leur aide � Tito.</p><p>Sous leur pression, des contacts sont �tablis entre l�AVNOJ et le gouvernement en exil : un accord est sign� en juin 1944, � Vis, entre Ivan �uba�i&#x107; (1892-1955), ministre croate du gouvernement en exil, et Josip Broz Tito.</p><p>Il pr�voit l�appui du gouvernement en exil au mouvement des partisans et � ses r�alisations : c�est ce qui est annonc� en effet dans une d�claration d�ao�t 1944. Il est mis fin en m�me temps au commandement de Mihajlovi&#x107;.</p><p>D�autres accords, en novembre 1944, pr�cisent l�organisation du futur �tat : cr�ation d�une d�mocratie f�d�rale de Yougoslavie (DFJ), �lection d�une Constituante qui d�cidera du r�gime ; une r�gence serait nomm�e par le roi, l�AVNOJ devenant le pouvoir l�gislatif. � Yalta (f�vr. 1945), il est demand� que la composition de l�AVNOJ soit �largie par l�entr�e de politiciens non collaborateurs. D�abord r�ticent, le roi Pierre II nomme des r�gents (mars 1945) ; dans le pays m�me, un gouvernement est form� qui groupe diverses nationalit�s, avec, � sa t�te, Tito et six ministres du gouvernement en exil (�uba�i&#x107; aux Affaires ext�rieures et le Serbe d�mocrate Milan Grol comme</p><p>vice-pr�sident).</p><p>La lib�ration,</p><p>la socialisation</p><p>Pendant ces pourparlers, le pays a �t� largement lib�r�, l�arm�e rouge participant aux op�rations dans le Nord-Est. Belgrade est libre le 20 octobre 1944, mais les r�gions du Nord-Ouest devront attendre la capitulation allemande de mai 1945.</p><p>La guerre a fortement touch� la Yougoslavie : 10 p. 100 de sa population a disparu et les pertes mat�rielles sont �normes.</p><p>Le premier probl�me � r�gler est</p><p>celui du r�gime. En ao�t 1945, lors de sa troisi�me session, l�AVNOJ, qui prend le titre d�Assembl�e populaire provisoire, confirme les d�cisions des deux premi�res r�unions. Aux �lections du 11 novembre 1945 pour la Constituante, auxquelles participent pour la premi�re fois les femmes, la liste unique du Front populaire, qui regroupe le parti communiste et des politiciens de divers partis, remporte 90 p. 100 des votes, 11 p. 100 du corps �lectoral s�abstenant. L�opposition avait incit� au boycottage, et des ministres du gouvernement en exil avaient d�missionn� d�s octobre 1945, estimant que les garanties de libert�s pr�vues dans les accords de 1944</p><p>n��taient pas appliqu�es.</p><p>L�Assembl�e constituante, r�unie le 29 novembre 1945, proclame la r�publique et la formation d�une f�d�ration comprenant six unit�s (Slov�nie, Croatie, Bosnie-Herz�govine, Mac�-</p><p>doine, Mont�n�gro, Serbie, avec deux r�gions autonomes, Kosovo, � majorit� albanaise, et Vojvodine, mosa�que de peuples). Une constitution est adopt�e le 31 janvier 1946 qui s�inspire largement du mod�le sovi�tique.</p><p>Des r�formes de structure sont entreprises : r�forme agraire d�ao�t 1945, nationalisations dans l��conomie de 1946 � 1948, planification. Mais le nouveau pouvoir doit lutter contre une opposition : proc�s et ex�cution (juill.</p><p>1946) du g�n�ral Mihajlovi&#x107;, captur� en Bosnie et accus� de collaboration avec les Allemands ; condamnations</p><p>� des peines de prison de politiciens (Milo� Trifunovi&#x107;, Slobodan Jova-novic) ; en octobre 1946, proc�s et condamnation � 16 ans de prison de Mgr Aloysius Stepinac, archev�que de Zagreb, accus� de collaboration, de conversions forc�es d�orthodoxes et d�activit� anti�tatique apr�s 1945.</p><p>Au cours de cette p�riode, la Yougoslavie garde des rapports tendus avec les pays occidentaux, car, si la fronti�re du nord-ouest en Slov�nie a �t� rectifi�e � son avantage, le probl�me de Trieste*</p><p>demeure : selon l�accord de juin 1945, la ville est administr�e par les Alli�s, tandis que les Yougoslaves restent dans l�arri�re-pays (zone B). En revanche, la Yougoslavie aide activement les communistes grecs et d�veloppe des liens �troits avec l�U. R. S. S. (trait� d�amiti� d�avr. 1945), dont elle re�oit une aide �conomique, et aussi avec les d�mocraties populaires (trait�s de 1946</p><p>et de 1947) ; des relations particuli�rement �troites sont �tablies avec l�Albanie et la Bulgarie ; un projet d�union douani�re est m�me envisag� lors de la rencontre de Bled en juillet 1947.</p><p>La Yougoslavie participe aussi � la r�union du Bureau d�information des partis communistes europ�ens (Kominform) en septembre 1947 ; le si�ge de cette organisation est fix� � Belgrade.</p><p>Mais, en 1948, une crise �clate</p><p>entre la Yougoslavie et l�U. R. S. S., apparemment � propos de la f�d�ration Bulgarie-Yougoslavie, � laquelle l�U. R. S. S. est alors hostile : les techniciens sovi�tiques quittent le pays. Le 28 juin 1948, une r�solution du Kominform condamne la politique des dirigeants yougoslaves, accus�s de se d�-</p><p>tacher du communisme et d�avoir une attitude hostile envers l�U. R. S. S. Le Ve Congr�s du parti communiste yougoslave (21-28 juill. 1948) confirme la confiance du parti dans la politique suivie jusqu�alors. Mais le blocus �conomique perturbe la r�alisation downloadModeText.vue.download 556 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11767</p><p>du premier plan quinquennal (1947-</p><p>1951), d�j� trop ambitieux ; de nombreux incidents de fronti�re ont lieu.</p><p>La Yougoslavie se lance alors dans une critique acerbe du syst�me sovi�tique et de l�attitude de l�U. R. S. S. envers les pays socialistes (exploitation �conomique, etc.).</p><p>Sur le plan int�rieur, cette rupture est accompagn�e d�une r�orientation vers un syst�me socialiste d�autogestion* : pr�vue au d�part par la loi du 27 juin 1950 sur la gestion des entreprises et des associations �conomiques pour les collectivit�s de travail, l�autogestion va s��tendre progressivement � toutes les branches d�activit�s �conomiques et autres, tandis que les comp�tences des organismes d�autogestion augmenteront. Parall�lement, on tend � d�centraliser l��conomie et � assouplir la planification : en 1953, on abandonne la collectivisation entreprise en 1949 ; une nouvelle r�forme agraire impose un maximum de 10 ha aux paysans. On d�veloppe aussi l�autogestion communale : une loi de janvier 1953, qui modifie la Constitution de 1946, consacre ces changements, mettant fin � l�organisation du pouvoir de type sovi�tique. On assiste aussi � une transformation des organisations socio-politiques ; selon le VIe Congr�s du parti (nov. 1952 � Zagreb), le parti doit avoir surtout un r�le d�orientation id�ologico-politique et ne pas avoir un monopole sur les d�cisions : il prend alors le nom de Ligue des communistes (Savez komunista Jugoslavije, SKJ).</p><p>Cependant, la d�mocratisation pose des probl�mes, et ses limites apparaissent avec l�expulsion en 1954 de Milovan Djilas du Comit� central pour ses articles concernant la � nouvelle classe dirigeante �. Au VIIe Congr�s de la Ligue (avr. 1958, � Ljubljana), la bureaucratie et le d�mocratisme petit-bourgeois sont attaqu�s, et un nouveau programme est adopt�.</p><p>Le titisme apr�s 1960</p><p>Une p�riode marqu�e par un d�veloppement de la d�mocratisation s�ouvre apr�s 1960. Une nouvelle constitution (1963) institue une r�publique</p><p>� socialiste �, mettant l�accent sur la d�mocratie directe et l�autonomie des r�publiques. Le VIIIe Congr�s de la</p><p>Ligue (d�c. 1964, � Belgrade) confirme l�orientation vers une d�mocratisation accrue ; en 1965, une r�forme �conomique et sociale est entreprise sur la base de l�autogestion et du d�veloppement de l��conomie de march�.</p><p>En 1966, les activit�s des services de s�curit� d��tat sont critiqu�es, ce qui entra�ne la d�mission du Serbe Aleksandar Rankovi&#x107;, l�une des principales personnalit�s du r�gime.</p><p>Mais le probl�me du nationalisme</p><p>demeure et entra�ne au cours des an-n�es 70 une crise marqu�e notamment par le limogeage des dirigeants croates (1971). Se d�veloppe aussi la lutte contre le lib�ralisme (limogeage des dirigeants serbes), le technocratisme, les tendances kominformistes. La</p><p>Constitution de 1974, qui met en place une Assembl�e f�d�rale comprenant une Chambre f�d�rale et une Chambre des r�publiques et des provinces, renforce les droits des r�publiques, mais garantit en m�me temps l�autogestion et l�unit� du syst�me, le r�le directeur du parti et la pr�sence du marxisme dans la soci�t� restant intangibles. Une nouvelle �re s�ouvre ainsi pour la Yougoslavie socialiste, d�autant plus que se pose d�j� le probl�me de la succession du pr�sident Tito.</p><p>Une organisation originale</p><p>de la d�fense</p><p>En raison de sa situation g�opolitique entre les pays du pacte de Varsovie* et ceux de l�O. T. A. N., la Yougoslavie, qui a maintenu depuis la crise de 1948 sa position de non-alignement vis-�-vis des deux blocs, poursuit une politique de d�fense r�solument ind�pendante. La derni�re organisation de son appareil militaire, datant de 1965, pr�voyait en cas d�invasion l�engagement d�un corps de bataille d�une dizaine de divisions en action retardatrice pour permettre la mise sur pied d�unit�s territoriales qui m�neraient ensuite une gu�rilla g�n�ralis�e. Cette conception de la d�fense a �t� remise en cause par l�intervention militaire conduite en 1968 par l�U. R. S. S. et ses alli�s du pacte de Varsovie en Tch�coslovaquie. Mesurant la gravit� de cette action, qui s��tait d�roul�e sans rencontrer de r�sistance, le gouvernement du mar�chal Tito d�cidait de remanier pro-</p><p>fond�ment son organisation de la d�fense.</p><p>La loi du 11 f�vrier 1969 sur la d�fense du peuple traduit l�opinion qu�une agression ne peut �tre bris�e ni par les seules forces arm�es ni par la seule r�sistance passive des populations. La d�fense du pays exige l�engagement coordonn� de l�ensemble des communaut�s socio-politiques : � La guerre d�fensive est celle du peuple tout entier [...]. Nul n�a le droit de signer ou de reconna�tre la capitulation ou l�occupation du pays. � Le principe d�une r�sistance imm�diate et g�n�rale �tant accept� par toutes les forces vives de la nation, celles-ci doivent pouvoir � tout moment assurer la d�fense du territoire. Le syst�me nouveau est fond� sur la mise sur pied permanente de deux forces compl�mentaires, mais ind�pendantes : l�arm�e populaire, force militaire du gouvernement f�d�ral, et l�arm�e territoriale, force civile largement d�centralis�e.</p><p>y L�arm�e populaire est aliment�e par un service militaire de 15 mois dans l�arm�e et de 18 mois dans la marine. En 1977, les forces terrestres (env. 200 000 hommes) comprenaient 9 divisions d�infanterie et 21 brigades ind�pendantes (dont 11</p><p>d�infanterie, 7 blind�es et 3 de montagne).</p><p>L�arm�e de l�air (env. 30 000 hommes) disposait de 350 appareils ; la marine (env.</p><p>20 000 hommes) armait un destroyer de 2 400 t, le Split, 5 sous-marins de 700 � 1 000 t, une cinquantaine de b�timents l�gers et 80 vedettes lance-torpilles ou lance-missiles... L�armement est d�origine am�ricaine ou sovi�tique, mais de nombreux mat�riels sont d�sormais fabriqu�s en Yougoslavie.</p><p>y L�arm�e territoriale, aux ordres des r�-</p><p>publiques ou provinces autonomes, est � la charge exclusive des communaut�s politiques de base et des organisations du travail (entreprises, �coles...), qui en assurent le financement, la mise sur pied et l�instruction (avec un concours tr�s limit� de l�arm�e populaire). Couvrant l�ensemble du territoire, diff�rentes suivant les r�gions (montagne ou plaine, zones urbaines ou rurales), ses formations sont destin�es � mener dans leur ressort d�origine la lutte contre l�envahisseur. Parmi elles, seules les unit�s de partisans peuvent �tre engag�es sur l�ensemble du territoire en coop�ration avec l�arm�e populaire. Un �tat-major de d�fense nationale a �t� cr�� � Zagreb en 1970 pour coordonner l�action de l�arm�e territoriale avec celle des organisations de</p><p>jeunesse et de protection civile ainsi que pour centraliser tous les renseignements d�ordre logistique (stocks alimentaires, mat�riels, etc.). Le service est d� par les hommes de 16 � 65 ans et par les femmes de 19 � 40 ans ; une instruction militaire �l�mentaire est dispens�e aux jeunes gens et aux jeunes filles � partir de 16 ans. L�effectif de l�arm�e territoriale �tait estim� en 1977 � environ 1 million de personnes. Son importance est primordiale et, dans l�esprit des dirigeants yougoslaves, cette arm�e territoriale constitue, en compl�ment de l�arm�e populaire, une v�ritable force de dissuasion non nucl�aire.</p><p>F. de B. et P. D.</p><p>La politique ext�rieure</p><p>Apr�s la rupture avec l�U. R. S. S., le pays a am�lior� ses relations avec les puissances occidentales, dont il a re�u une importante aide �conomique et militaire (aide tripartite des �tats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, 1951). La Yougoslavie signe un trait� d�amiti� (f�vr. 1953), puis un pacte d�fensif (ao�t 1954) avec la Gr�ce et la Turquie. Apr�s une p�riode de tension lorsque les Alli�s annoncent leur retrait de la zone A de Trieste (�meutes de Trieste de novembre 1953), un accord est conclu � Londres le 5 octobre 1954 qui attribue la ville � l�Italie et l�arri�re-pays � la Yougoslavie.</p><p>Apr�s la mort de Staline (1953), les relations reprennent progressivement avec l�U. R. S. S. et les pays d�Europe orientale : en mai 1955, Khrouchtchev et Boulganine viennent � Belgrade et reconnaissent l�erreur de la condamnation de 1948. Cependant, si les �changes �conomiques ont repris, les divergences demeurent sur les probl�mes politiques : la Yougoslavie insiste sur la disparition de l��tat d�s la premi�re �tape du socialisme ; sur le plan international, elle refuse de reconna�tre un centre unique dans le mouvement communiste international et rejette le partage du monde en deux blocs. Aussi sera-t-elle parfois accus�e de r�visionnisme, notamment lors de l�affaire tch�coslovaque, en 1968. Avec l�Occident, elle maintient ses relations apr�s 1955 ; on peut noter la conclusion d�un protocole avec le</p><p>Vatican en 1966.</p><p>La Yougoslavie s�efforce d�ailleurs de maintenir de bons rapports avec tous les pays ; elle participe activement aux travaux des Nations unies et est � la fois observateur � l�O. C. D. E. depuis 1954</p><p>et membre associ� du Comecon depuis 1964. Dans le cadre de cette politique, depuis 1955, elle met l�accent sur la politique de coexistence pacifique active, attribuant un grand r�le aux pays non engag�s dans la lutte pour la paix dans le monde. C�est dans cette vue qu�elle a d�velopp� ses relations avec les pays du tiers monde (en particulier avec l�Inde de Nehru et l��gypte) et particip� activement aux conf�rences des pays non engag�s.</p><p>Toute l�histoire de la Yougoslavie socialiste est domin�e par celui qui a �t� le chef du gouvernement, puis le pr�sident de la R�publique, Josip Broz Tito, secr�taire du parti communiste depuis 1937. Apr�s avoir jou� un r�le pr�dominant dans le mouvement des partisans durant la guerre, Tito a su affirmer l�ind�pendance de la Yougoslavie face � l�U. R. S. S., orientant le pays vers un syst�me socialiste sp�-</p><p>cifique, oeuvrant pour le maintien de l�ind�pendance de la Yougoslavie et faisant d�elle un rouage important de la politique de non-alignement.</p><p>M. P. C.</p><p>F Autogestion / Bosnie-Herz�govine / Croatie / Karadjordjevi&#x107; / Mac�doine / Mont�n�gro</p><p>/ Obrenovi&#x107; / Rijeka / Serbie / Slov�nie / Tito /</p><p>Trieste.</p><p>&amp; R. W. S. Watson, The Southern Slav Question and the Habsburg Monarchy (Londres, 1911). / A. Mousset, le Royaume serbe, croate, slov�ne (Bossard, 1927). / G. in der Maur, Die Yugoslawen einst und jetzt (Leipzig et Vienne, downloadModeText.vue.download 557 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11768</p><p>1936-1938 ; 3 vol.). / R. J. Kerner (sous la dir.</p><p>de), Yugoslavia (Berkeley, 1949). / J. Korbel, Tito�s Communism (Denver, 1951). / M. de Vos, Histoire de la Yougoslavie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1955 ; 2e �d., 1965). / C. Bobrowski,</p><p>la Yougoslavie socialiste du plan quinquennal de 1947 � 1955 (A. Colin, 1956). / B. Lazitch, Tito et la r�volution yougoslave, 1937-1956</p><p>(Fasquelle, 1957). / J. Djordjevi&#x107;, la Yougoslavie (L. G. D. J., 1967). / R. Supek (sous la dir.</p><p>de), �tatisme et autogestion. Bilan critique du socialisme yougoslave (Anthropos, 1973). /</p><p>A. Ciliga, Crise d��tat dans la Yougoslavie de Tito (Deno�l, 1974).</p><p>LES LITT�RATURES</p><p>YOUGOSLAVES</p><p>Nous entendons par ce terme les litt�-</p><p>ratures �crites dans les langues slaves parl�es en Yougoslavie � slov�ne, croate, serbe, mac�donien �, � l�exclusion des litt�ratures des minorit�s non slaves, quelle que puisse �tre du reste la valeur, souvent grande, de ces litt�ratures, mais qui se rattachent � celles de pays voisins.</p><p>La litt�rature slov�ne</p><p>Rien que les premiers textes en slov�ne remontent aux environs de l�an mille (Feuillets de Bri�in ou de Freising), la litt�rature proprement dite (et encore est-elle religieuse) n�appara�t qu�� l��poque de la R�forme avec les traductions de la Bible. Celle du Nouveau Testament par Primo� Trubar (1508-1586) fit �poque. Un groupe important de lettr�s oeuvre utilement dans son orbite. L��poque de la Contre-R�forme, peu riche en oeuvres litt�raires, renforce toutefois la position du slov�ne, adopt� comme langue de la propagande religieuse. C�est dans le dernier quart du XVIIIe s. que, sous l�effet des id�es nouvelles, apparaissent des ouvrages profanes (l�almanach Pisamce publie les premi�res po�sies en slov�ne). Sous la protection �clair�e du m�c�ne �iga Zois (1747-1819), il se d�veloppe une activit� litt�raire importante. Valentin Vodnik (1758-1819) sera directeur du premier journal et aussi le premier po�te slov�ne. Anton Toma� Linhart (1756-1795) contribuera au d�veloppement de la culture slov�ne en adaptant des com�dies �trang�res et en diffu-sant les id�es philosophiques. Un peu plus tard, le philologue Jernej Kopitar (1780-1844) publie la premi�re grammaire scientifique du slov�ne (1808).</p><p>Apr�s le mouvement dit � de l�il-</p><p>lyrisme �, accueilli avec m�fiance en Slov�nie, et une p�riode de fermentation int�rieure appara�t France Pre�eren (1800-1849), qui doit � une oeuvre qui tient dans un mince recueil de Po�sies (1847) d��tre le plus grand po�te slov�ne.</p><p>Le romantisme voit l��closion de</p><p>nombreux talents : Simon Jenko (1835-1869), Josip Stritar (1836-1923), Simon Gregor&#x10D;i&#x10D; (1844-1906), dont les po�sies sont empreintes de la nostalgie et du pessimisme caus�s par la duret� des temps, et surtout Fran Levstik (1831-1887), dont les premi�res po�-</p><p>sies (1858), condamn�es par l��glise pour ath�isme, enthousiasment les jeunes. Levstik a �crit aussi des satires en vers, des r�cits de voyages et surtout la nouvelle Martin Krpan (1858), � la gloire du peuple, r�dig�e dans une langue exemplaire. � ce propos, on ne saurait passer sous silence Janez Trdina (1830-1905), aussi folkloriste, Fran Erjavec (1834-1887), Josip Jur&#x10D;i&#x10D; (1844-1881), qui, par leurs m�rites divers, ont jet� les bases du slov�ne litt�raire moderne.</p><p>Le r�alisme est repr�sent� en po�sie par Anton A�kerc (1856-1912), ancien pr�tre devenu champion de l�anticl�ricalisme. En prose, Ivan Tav&#x10D;ar (1851-1923), qui fut maire de Ljubljana, �crivit de nombreuses nouvelles et quatre romans, le plus c�l�bre �tant la Chronique de Visoko (1919), o� il �voque avec sympathie les paysans. Quant � Janko Kersnik (1852-1897), il garde dans la peinture de la soci�t� de son �poque le go�t romantique des intrigues amoureuses compliqu�es.</p><p>Au XXe s., on observe une diversification plus grande des tendances, avec en toile de fond la lutte entre Anciens et Modernes. � la fin du XIXe s., en po�sie, on rel�ve les noms de Dragotin Kette (1876-1899), auteur de sonnets panth�istes, de Josip Murn (1879-1901), dit Aleksandrov, hant� par le pressentiment de sa mort prochaine. Plus durable et plus profonde a �t� l�influence d�Oton �upan&#x10D;i&#x10D; (1878-1949), intellectuel raffin� qui n�en a pas pour autant perdu sa sympathie pour le monde des humbles et des campagnes. La</p><p>prose conna�t de grands talents, au pre-</p><p>mier rang desquels se place Ivan Can-kar (1876-1918), dont le style lyrique anime les essais et les nouvelles o� il d�crit la mont�e d�un prol�tariat d�origine paysanne. Franc Sale�ki Fin�gar (1871-1962), eccl�siastique g�n�reux cherchant aux probl�mes sociaux des solutions dans la religion, �crivit des romans historiques o� les questions du pr�sent sont projet�es dans le pass�.</p><p>La p�riode d�apr�s 1925 est mar-</p><p>qu�e par la forte personnalit� de Lovro Kuhar (1893-1950), �crivant sous le pseudonyme de Pre�ihov Voranc et</p><p>dont l�oeuvre, multiple, compos�e de nouvelles, de romans et de r�cits de voyages, est ax�e sur les probl�mes sociaux.</p><p>La litt�rature n�e de la lutte de lib�-</p><p>ration nationale aura longtemps la R�-</p><p>sistance comme th�me principal, � c�t� de la peinture de la nouvelle Yougoslavie socialiste. On citera les noms du nouvelliste Ciril Kosma&#x10D; (n� en 1910) et du po�te lyrique Matej Bor (n� en 1913). Depuis quelques ann�es, on assiste cependant � un �largissement des th�mes et � une interrogation sur la place de l�homme, de l�individu face � la soci�t�.</p><p>La litt�rature croate</p><p>La litt�rature m�di�vale est �crite dans une langue d�riv�e du slavon d��glise et ne comprend gu�re que des oeuvres historiques. Toutefois, dans le cadre de l��tat croate, il se d�veloppe des litt�-</p><p>ratures techniques (textes juridiques, chartes, trait�s) et des traductions de romans occidentaux dans une langue d�gag�e de l�emprise religieuse.</p><p>Sur la c�te dalmate, la Renais-</p><p>sance voit l��closion d�une litt�rature de haute qualit�, dite � ragusaine �, dont les derniers feux ne s��teindront qu�au d�but du XXe s. et qui a laiss� des oeuvres de grande valeur dans diff�-</p><p>rents domaines, notamment en po�sie.</p><p>Le lyrisme avec �i�ko Men&#x10D;eti&#x107; (1457-1527) et D�ore Dr�i&#x107; (1461-1501) ne fit d�abord qu�imiter P�trarque pour trouver sa voie propre avec Dinko Ranjina (1536-1607), plus classique et maniant un vers plus vari�. Le genre particulier de l�� idylle de p�cheurs �</p><p>est illustr� par la P�che (1556) de Petar Hektorovi&#x107; (v. 1487-1572), de l��le de Hvar.</p><p>Andrija &#x10C;ubranovi&#x107; (fin du XVIe s.), avec sa Gitane, donna un curieux po�me d�amour sur le mode satirique. Tandis que la po�sie �pique est cultiv�e � Split avec Marko Maruli&#x107; (1450-1524), auteur de Judita (1501, publi� en 1521), et � Zadar par Petar Zorani&#x107; (� 1543</p><p>ou 1569) et Brne Karnaruti&#x107; (v. 1520 -</p><p>v. 1573), la po�sie dramatique, issue des myst�res, s�appuie d�abord sur des th�mes religieux (Mavro Vetranovi&#x107;</p><p>[1482-1576]), puis la�ques (Hanibal Luci&#x107; [v. 1485-1553]). La trag�die doit ses oeuvres majeures � Savko Guceti&#x107; (1531-1603), puis � Dominko Zlatari&#x107; (1558-1613), et la com�die est illustr�e par Marin Dr�i&#x107; (1508-1567), dont l�Oncle Maroje (1550) reste l�un des chefs-d�oeuvre du th��tre yougoslave.</p><p>Il faut noter aussi que la R�forme a donn� un certain essor � la litt�rature</p><p>� technique � en parler kajkavien.</p><p>Par la suite, dans une p�riode interm�diaire, la litt�rature ragusaine continue sur sa lanc�e dans des genres vari�s : la lyrique amoureuse s�affine et devient moins mani�r�e avec Ivan Buni&#x107; (1591-1658), Horacije</p><p>Ma�ibradi&#x107; (v. 1570-1639), Vladislav Men&#x10D;eti&#x107; (1600-1666). La po�sie satirique, avec le Derviche de Stijepo Djurdjevi&#x107; (1579-1632) et Marunka d�Ignjat Djurdjevi&#x107; (1675-1737),</p><p>donne deux mod�les du genre. La po�-</p><p>sie �pique a permis � Ivan Gunduli&#x107; (v. 1589-1638) de donner sa mesure avec l��pop�e malheureusement inachev�e d�Osman, o� la forme classique s�allie � un fond romantique. Il est aussi l�auteur d�un monologue lyrique, les Larmes du fils prodigue, et du jeu pastoral de Dubravka. Junije Palmoti&#x107; (1606-1657) est l�auteur de tragi-co-m�dies aux intrigues compliqu�es.</p><p>La prose continue d�occuper une</p><p>place inf�rieure. On notera toutefois la traduction de l�Ancien et du Nouveau Testament par Bartol Ka&#x10D;i&#x107; (1575-1650), auteur d�une grammaire de la langue populaire. Pendant la ContreR�forme, on ne peut gu�re citer que le po�te lyrique Franjo Krsto Frankopan, mort d�capit� pour avoir complot� en</p><p>1671 contre les Habsbourg.</p><p>Apr�s 1750, les premi�res manifestations d�un sentiment national apparaissent. Le joug turc se rel�che, de nombreux �trangers visitent le pays et laissent des relations de leurs voyages.</p><p>Le moine franciscain Andrija Ka&#x10D;i&#x107; Mio�i&#x107; (1704-1760) �crit en prose et en vers dans le m�tre de la chanson populaire ses Entretiens familiers sur la nation slave (1756), qui ont jusqu�en Allemagne un succ�s consid�rable.</p><p>Rappelons, � titre anecdotique, que le dernier repr�sentant de la litt�rature ragusaine, auteur de po�sies dans le style populaire, �tait fran�ais d�origine : Marc Bru�re-Desrivaux (1774-1823), dit Marko Bruerovi&#x107;.</p><p>Allant de pair avec l��veil du sentiment national, le besoin se fit sentir d�une langue unifi�e. Ljudevit Gaj (1809-1872) a eu le m�rite de comprendre que la meilleure solution �tait le �tokavien (commun au serbe et au croate). Renon�ant au dialecte kajkavien, plus sp�cifiquement croate, il a eu une grande influence avec sa revue Danica (l��toile du matin), porte-parole de l�illyrisme. � ce mouvement se rattache Ivan Ma�urani&#x107; (1814-1890), auteur du po�me la Mort de Smail-aga &#x10C;engi&#x107; (1846). Sous l�influence de downloadModeText.vue.download 558 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11769</p><p>l�illyrisme se cr�e un th��tre � sujets croates, la critique litt�raire appara�t et l�exemple des �coles occidentales donne toute sa vigueur au sentiment national retrouv�.</p><p>On ne peut gu�re mettre � l�actif de la po�sie pr�romantique que les Iskrice (�tincelles) de Niccolo Tommaseo</p><p>(1802-1874), compos�es en italien et traduites par l�auteur. Par contre, le th��tre se d�veloppe avec Dimitrije Demeter (1811-1872), auteur notamment du drame national Teuta (1844).</p><p>La prose, par un travail lent et obscur, pr�pare l�avenir.</p><p>La po�sie romantique ne peut s��panouir en raison du r�gime politique</p><p>�touffant. En revanche, la prose r�v�le quelques auteurs de talent, qui �crivent aussi pour le th��tre, comme Mirko Bogovi&#x107; (1816-1893). Janko Jurkovi&#x107; (1827-1889) est surtout connu par ses nouvelles humoristiques. Mais le grande nom de cette p�riode est August �enoa (1838-1881), fondateur du roman croate moderne : l�Or de l�orf�vre (1871), la R�volte des paysans (1877). Il fit preuve d�une activit� litt�raire intense : nouvelles, � feuilletons � litt�raires, anthologies, po�mes, articles, etc.</p><p>� l��poque du r�alisme, la litt�rature doit lutter contre l�oppression hongroise et se maintenir co�te que co�te.</p><p>En po�sie, on retiendra les noms d�August Haramba�i&#x107; (1861-1911), qui traduisit l�atmosph�re lourde de l��poque et se fit conna�tre par ses po�sies amoureuses, et de Silvije Kranj&#x10D;evi&#x107; (1865-1908), chantre inspir� de la libert�.</p><p>En prose, on trouve des romanciers comme Ante Kova&#x10D;i&#x107; (1854-1889),</p><p>aussi po�te satirique, dont la nouvelle Au greffe ou l�Archiviste (1888) est rest�e c�l�bre, Evgenij Kumi&#x10D;i&#x107; (1850-1904), auteur f�cond qui s�efforce, dans ses romans, ses nouvelles et ses drames, de d�noncer au peuple ses v�ritables ennemis, Ksaver Gjalski (ou Djalski, 1854-1935), noble lib�ral, qui tente de prouver que la noblesse, � cot� de ses tares, a aussi ses vertus.</p><p>Josip Kozarac (1858-1906) a d�crit les transformations de sa Slavonie natale.</p><p>Vjenceslav Novak (1859-1905) s��tend sur les mis�res de la Dalmatie et celles des provinciaux venus chercher fortune dans la grande ville.</p><p>Le XXe s. est marqu� par la progression de l�id�e yougoslave et le d�sir de mieux conna�tre ce qui se fait en Occident. En po�sie, on remarque</p><p>surtout des pr�occupations formelles � travers l��rotisme de Milan Begovi&#x107; (1876-1948) ou l�inqui�tude de Dra-gutin Domjani&#x107; (1875-1933). Vladimir Vidri&#x107; (1875-1909), qui mourra fou, exprime le pressentiment de sa d�-</p><p>ch�ance prochaine.</p><p>Cette p�riode voit surtout l��pa-</p><p>nouissement de la prose : Ivo Vojnovi&#x107; (1857-1929) s�inspire de sa ville natale</p><p>dans ses drames Equinoxe (1895) et la Trilogie de Dubrovnik (1902), qui comptent parmi les meilleurs de la litt�rature yougoslave. Antun Gustav Mato� (1873-1914), nouvelliste de talent, est surtout un critique litt�raire.</p><p>Vladimir Nazor (1876-1949), auteur de po�sies lyriques et �piques, de romans et de nouvelles, laisse �clater dans son oeuvre la joie de vivre, l�amour de la nature et sa foi en la Yougoslavie ; il prend du reste une part active � la R�sistance. Si les romans naturalistes de Viktor Car Emin (1870-1963) se d�roulent en Istrie, les nouvelles de Dinko �imunovi&#x107; (1873-1933)</p><p>d�crivent avec sensibilit� les r�gions pauvres de Dalmatie en train de passer du stade patriarcal au capitalisme.</p><p>Franjo Horvat-Ki� (1876-1924) d�-</p><p>peint les classes pauvres du Zagorje, tandis qu�Ivan Kozarac (1885-1910) met l�accent sur les aspirations mat�-</p><p>rialistes de la Slavonie. La R�sistance a permis l��closion du talent d�Ivan Goran Kova&#x10D;i&#x10D;, assassin� en 1943 � l��ge de trente ans. La p�riode actuelle est domin�e par la personnalit� de Miroslav Krle�a* (n� en 1893), auteur au talent multiple de po�sies lyriques, de drames, de nouvelles, de romans et d�essais, dont l�oeuvre vise � proposer une v�ritable hygi�ne intellectuelle.</p><p>Tin Ujevi&#x107; (1891-1955) a marqu� lui aussi profond�ment sa g�n�ration par la p�n�tration de sa psychologie.</p><p>Parmi les �crivains actuels, citons les po�tes Vesna Parun (n� en 1922), Jure Ka�telan (n� en 1919) et les prosateurs Vjekoslav Kaleb (n� en 1905), Vladan Desnica (n� en 1905), Petar �egedin (n� en 1909), Ranko Marinkovi&#x107; (n� en 1913), Mirko Bo�i&#x107; (n� en 1919).</p><p>La litt�rature serbe</p><p>Au Moyen �ge, on ne trouve gu�re</p><p>que des textes historiques et juridiques, comme le Code du tsar Du�an (1349).</p><p>La d�faite de Kosovo (1389), qui eut pour cons�quence l�occupation du pays par les Turcs pendant plus de quatre si�cles, porta un rude coup � l�activit� litt�raire. Il faut attendre 1494</p><p>pour qu�une imprimerie en caract�res cyrilliques soit fond�e � Cetinje, au Mont�n�gro. Apr�s le r�tablissement du patriarcat (1557-1766), seule l�his-</p><p>toriographie brille de quelque �clat au XVIIe s. avec le p�re Paisij (ou Pajsije,</p><p>� 1647), qui �crit la Vie du tsar Uro�, et le comte Djordje Brankovi&#x107; (1645-1711), auteur de Chroniques slavo-serbes. En Slavonie, Matija Antun Reljkovi&#x107; (ou Relkovi&#x107;, 1732-1798) publie en 1762 des satires d�inspiration rationaliste dont le succ�s est grand.</p><p>En Vojvodine, Zaharija Orfelin (1726-1785) fonde en 1768 la premi�re revue litt�raire serbe, le Magazine serbo-slave, et �crit une Histoire de Pierre le Grand (1772) sur des bases un peu plus scientifiques. Jovan Raji&#x107; (1726-1801) est l�auteur d�une Histoire de plusieurs peuples slaves (1794-95) qui n�est pas sans m�rites. Dositej Obradovi&#x107; (v. 1742-1811), auteur de M�moires intitul�s Vie et aventures (1783), �crit dans une langue simple qui tente de se d�barrasser du fatras slavon ; il marque le passage vers l��poque moderne par son sentiment de la communaut� de langue yougoslave. Vuk Stefanovi&#x107; Karad�i&#x107; (1787-1864), autodidacte g�nial, auteur d�une �tude sur la langue populaire qui le fit remarquer par le linguiste slov�ne Jernej Kopitar (1780-1844), se consacre pendant un demi-si�cle � l�inventaire de la langue, recueillant inlassablement les textes populaires, s�int�ressant aux coutumes, dressant son monumental Dictionnaire serbe-allemand-latin (1818, r��dit� et compl�t� en 1852) et mettant sur pied un alphabet phon�tique appropri� au serbe.</p><p>Une place � part est occup�e par le prince-�v�que du Mont�n�gro Pierre II Petrovi&#x107; Njego� (1813-1851), homme d�une grande culture, dont le po�me �pique � sujet national la Couronne de la montagne (1847) eut un tr�s grand retentissement.</p><p>Au pr�romantisme se rattache un</p><p>grand po�te, Branko Radi&#x10D;evi&#x107; (1824-1853) : po�te de la jeunesse et de la fra�cheur, il mourut malheureusement � la fleur de l��ge. Joksim Novi&#x107;-</p><p>Oto&#x10D;anin (1806-1868) obtint un grand succ�s avec son po�me �pique Lazari&#x107; (1847). Quant � Milica Stojadinovi&#x107; (v. 1830-1878), son nom n�a �chapp� � l�oubli que parce qu�elle fut la premi�re femme de lettres serbe.</p><p>La prose commence � acqu�rir ses lettres de noblesse. Milovan Vidakovi&#x107; (1780-1841) compose de nombreux</p><p>romans historiques � sujet national.</p><p>Jovan Sterija Popovi&#x107; (1806-1856), auteur de romans, de Chansons guerri�res, de farces sans pr�tention, �crit aussi des drames et des com�dies de moeurs et de caract�re qui assurent son succ�s.</p><p>Avec le romantisme, de grands</p><p>po�tes apparaissent : Jovan Jovanovi&#x107; Zmaj (1833-1904), Djura Jak�i&#x107; (1832-1878), le � Byron serbe �, qui, avant de passer au r�alisme, chante la passion, l�individu. Jovan Ili&#x107; (1824-1901), de temp�rament �pique, compose des po�mes dans le style populaire bos-niaque. Laza Kosti&#x107; (1841-1910), aux go�ts boh�mes, �crit deux drames et des po�mes qui valent par leur puret� et leur simplicit�. En prose, Bogoboj Atanackovi&#x107; (1826-1858) donne des nouvelles o� �voluent des personnages pris sur le vif. D�autres �crivains sont attir�s par la couleur locale, comme Milorad Popovi&#x107; �ap&#x10D;anin (1842-1895) ou Paja Markovi&#x107; Adamov</p><p>(1855-1907), qui d�crit la vie des villages de Sirmie. Quant � Stjepan Mitrov Ljubi�a (1824-1878), s�il est rest� romantique par ses id�es, il est d�j� r�aliste par la pr�cision des descriptions qu�il donne dans ses nouvelles de la r�gion des Bouches de Kotor.</p><p>Le r�alisme serbe est domin� par les id�es de r�forme sociale et politique de Svetozar Markovi&#x107; (1846-1875), qui combat pour le triomphe de la science et de la libert�. Si la po�sie se r�v�le moins propice � la diffusion de ces id�es � le seul grand po�te est Vojis-lav Ili&#x107; (1860-1894), dont l�inspiration sociale est cependant marqu�e d�un profond pessimisme �, on trouve,</p><p>en prose, des auteurs vari�s : Ljubo-mir Nenadovi&#x107; (1826-1895), auteur de r�cits de voyages pleins de bonhomie ; Jakov Ignjatovi&#x107; (1824-1888), Serbe de Hongrie, magyarophile convaincu, qui peint dans ses romans et ses nouvelles l��pret� au gain d�une soci�t� agit�e par des remous sociaux et moraux. Milovan Gli�i&#x107; (1847-1908), au contraire, d�crit avec bonne humeur les petits c�t�s de la vie ; Milan Mili&#x107;evi&#x107; (1831-1908) et Laza Lazarevi&#x107; (1851-1890) fixent avec la pr�cision d�eth-</p><p>nographes la soci�t� patriarcale qui se meurt sous leurs yeux. Simo Matavulj (1852-1908), Serbe de Dalmatie, s�attache au petit peuple de sa province : dans son roman Fr�re Bernard dit</p><p>Bakonja (1892), il fait revivre un monast�re catholique. Enfin, Stevan Sre-mac (1855-1906), �vocateur du pass� et contempteur de la soci�t� moderne, a �t� aussi le peintre de sa ville d�adoption, Ni�. R�aliste, mais oppos� aux id�es de Svetozar Markovi&#x107;, il a �crit dans un style humoristique qui lui a assur� le succ�s.</p><p>Au d�but du XXe s., on assiste � une transformation rapide de la soci�t�, qui de patriarcale devient capitaliste.</p><p>Les intellectuels se rendent � Paris et � downloadModeText.vue.download 559 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11770</p><p>Londres, et � leur retour se font les pro-pagateurs des id�es occidentales. En po�sie, Jovan Du&#x10D;i&#x107; (1871-1943) traduit ses �tats d��me avec magnificence.</p><p>Aleksa �anti&#x107; (1868-1924) chante</p><p>le caract�re fugitif de la jeunesse et l�amour passionn� et langoureux. Les vers pessimistes de Milan Raki&#x107; (1876-1938) sont remplis de l�id�e que tout est illusion et mensonge. L�oeuvre de Vladislav Petkovi&#x107;-Dis (1880-1917) est travers�e par une profonde d�tresse qui atteint la mis�re. La nouvelle et le roman gardent leur caract�re r�giona-liste. Radoje Domanovi&#x107; (1873-1908) �crit des nouvelles qui sont de v�ritables satires politiques. Petar Ko&#x10D;i&#x107; (1877-1916) d�nonce les m�faits de l�occupation autrichienne en Bosnie.</p><p>Ivo &#x106;ipiko (1869-1923), Serbe de</p><p>Dalmatie, s�oppose � toute contrainte sociale, tandis que Borisav Stankovi&#x107; (1875-1927) peint le monde bigarr� de la Serbie du Sud. Le th��tre est brillamment repr�sent� par Branislav Nu�i&#x107; (1864-1938), dont les com�-</p><p>dies, de plus en plus am�res, ont toujours grand succ�s aupr�s du public.</p><p>Le nationalisme serbe freine pendant un temps l�id�e yougoslave, qui, cependant, poursuivra son chemin avec Ivo Andri&#x107;* (1892-1975, prix Nobel 1961) : dans ses notes lyriques, ses romans et ses nouvelles, il recherche</p><p>l�Homme, saisi � travers le prisme de sa Bosnie exub�rante et complexe.</p><p>Parmi les �crivains des nouvelles g�n�-</p><p>rations, nous retiendrons entre autres Oskar Davi&#x10D;o (n� en 1909), Mihailo Lali&#x107; (n� en 1914), Dobrica &#x106;osi&#x107; (n� en 1921), Miodrag Bulatovi&#x107; (n� en 1930), Radomir Konstantinovi&#x107; (n� en 1935).</p><p>La litt�rature</p><p>mac�donienne</p><p>Elle remonte jusqu�au Moyen �ge</p><p>avec les �crits de saint Cl�ment</p><p>d�Ohrid et de ses disciples, mais elle tomba en sommeil jusqu�au si�cle dernier, o� l�on rencontre Grigor Prli&#x10D;ev (1830-1893) et plus r�cemment Ko&#x10D;o Racin (1908-1943), auteur du recueil Blanches Aurores, o�, dans des vers inspir�s de la chanson populaire, il chante avec simplicit� la triste condition des paysans et des ouvriers. Depuis la reconnaissance du mac�donien comme langue litt�raire, de nombreux auteurs de talent se sont manifest�s dans tous les domaines : po�tes comme Srbo Ivanovski (n� en 1928), Bla�e Koneski (n� en 1921), Aco �opov</p><p>(n� en 1923) et Slavko Janevski (n� en 1920) ; romanciers et nouvellistes comme �ivko &#x10C;ingo, Blagoja Ivanov, Meto Jovanoski (n� en 1920), Jordan Leov (n� en 1920), Vlado Maleski (n� en 1919), Ivan To&#x10D;ko (n� en 1914) ; dramaturges comme Tome Arsovski.</p><p>La litt�rature populaire</p><p>On ne saurait passer sous silence la riche litt�rature orale de tous les peuples de Yougoslavie, que l�on a commenc� � recueillir au si�cle dernier et qui consiste essentiellement en contes, merveilleux ou humoristiques, et en po�mes lyriques et �piques, ces derniers particuli�rement bien repr�-</p><p>sent�s en Serbie.</p><p>H. B.</p><p>&amp; A. Barac, la Litt�rature croate de la Renaissance � la formation de la Yougoslavie (en serbo-croate, Zagreb, 1954-1960 ; 2 vol.) ; A History of Yugoslav Literature (Belgrade, 1955). / M. Savkovi&#x107;, la Litt�rature yougoslave (en serbo-croate, Belgrade, 1956). / Z. Michitch, Anthologie de la po�sie yougoslave contem-</p><p>poraine (Seghers, 1960). / C. Vipotnik, D. Sega et J. Kastelic, Anthologie de la po�sie slov�ne (Seghers, 1963). B. Meriggi, Le letterature della Jugoslavia (Milan, 1970). / Dictionnaire des �crivains yougoslaves (en serbo-croate, Novi Sad, 1971). / V. Nedi&#x107;, la Litt�rature populaire (en serbo-croate, Belgrade, 1974).</p><p>LE CIN�MA</p><p>Le d�veloppement du cin�ma en Serbie et en Croatie est tr�s lent au cours des vingt premi�res ann�es du XXe s. L��tablissement du royaume de Yougoslavie ne fut gu�re plus favorable � un art qui ne re�ut jamais beaucoup d�encouragement ni d�aide financi�re des autorit�s officielles. Ce n�est v�ritablement qu�en 1945-46, apr�s la fondation de la R�publique populaire socialiste de Yougoslavie, qu�on pourra assister � la naissance d�une authentique cin�matographie nationale.</p><p>Sans doute d�s la fin de 1896, les habitants de Belgrade avaient-ils pu applaudir au caf� � la Croix d�or � les premiers films de Lumi�re, sans doute la soci�t� fran�aise Path� avait-elle envoy� plusieurs correspondants tourner quelques petites bandes documentaires et utilis� �galement les services de certains amateurs locaux. N�anmoins, les noms des pionniers sont assez peu nombreux. On a gard� en m�moire</p><p>le nom d�un op�rateur serbe, Stanislav Novorita, qui �tait parti en 1900</p><p>� chasser � l�image en Chine, et surtout celui d�un photographe de Bitola (Monastir) nomm� Milton Monaki,</p><p>qui, vers 1905, s��tait acquis une flat-teuse r�putation dans son propre pays.</p><p>En 1910, un groupe d�acteurs (parmi lesquels &#x10C;i&#x10D;a-Ilija Stanojevi&#x107; [1859-1930]) qui appartenaient � des compagnies th��trales de Belgrade r�alise, en collaboration avec Path�, Karadjordje, un long m�trage consacr� � la m�moire de la premi�re insurrection contre les Turcs. En 1912, Josip Halla et Slavko Jovanovi&#x107; rapportent des prises de vues de la guerre des Balkans. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, on note diverses tentatives pour �tablir un embryon de production organis�e. La So-ci�t� Croatia-film entreprend en 1919</p><p>un autre long m�trage (Matija Gubec), mais tombe en faillite rapidement.</p><p>Elle est remplac�e par la Jugoslavija</p><p>D. D. L��quipement des salles (elles sont seulement dix-sept en 1925) reste longtemps rudimentaire. Toutes les productions des ann�es 20 et 30 sont le fait d�isol�s, amateurs enthousiastes ou groupements de cin�astes sans grands moyens financiers. Les longs m�trages sont rares (le Ch�teau solitaire [Dvo-rovi u samo&#x107;i] de Tito Strozzi en 1925, le Roi du charleston [Kralj &#x10C;arlstona]</p><p>en 1926 et la P�cheresse sans p�ch�s</p><p>[Gre�nicu bez greha] en 1927 de Kosta Novakovi&#x107;, les Pentes du Triglav [Tri-glavske strmine] en 1930 de Metod Badjura, Avec la foi en Dieu [S verom u boga] en 1934 de Mihailo Popovi&#x107;).</p><p>Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, Oktavijan Mileti&#x107; rend hommage au compositeur croate Lisinski dans un film du m�me nom. En juillet 1945, l�industrie cin�matographique est nationalis�e. Un an plus tard para�t sur les �crans le premier film (Slavica de Vjekoslav Afri&#x107;) de la nouvelle r�-</p><p>publique socialiste yougoslave. La production s�organise progressivement : fondation de diverses soci�t�s de production (Avala [� Belgrade], Jadran</p><p>[� Zagreb], Triglav [� Ljubljana] d�s 1946, puis Bosna [� Sarajevo] et Vardar</p><p>[� Skopje] en 1947, Lov&#x107;en [� Budva]</p><p>en 1950 et enfin Ufus et le Studio artistique [� Belgrade] en 1953), cr�ation d�un complexe cin�matographique</p><p>dans le parc Ko�utnjak pr�s de la capitale, essais de coproductions (avec la R. F. A. notamment : le Dernier Pont</p><p>[1953] d�Helmut K�utner). D�abord dirig� par un Comit� central, le cin�ma fut, au d�but des ann�es 50, d�centralis� pour la distribution comme pour la production, et chaque organisme de production, restant contr�l� au niveau national par une Association des producteurs, acquit une totale autonomie �conomique et artistique. Le nombre des films augmenta avec r�gularit� (trois en 1947, six en 1951, onze en 1955) pour se stabiliser autour de la trentaine au cours des ann�es 60. Les cin�astes b�tirent longtemps leurs sc�-</p><p>narios autour des nombreux r�cits inspir�s directement par la guerre contre les Allemands : les hauts faits des partisans, les diverses �tapes de la r�sistance antinazie furent �voqu�s pendant de tr�s nombreuses ann�es (de Slavica � Soixante-Sept Jours [U�i&#x10D;ka repu-blika] de �ika Mitrovi&#x107;, qui remportera</p><p>le grand prix du Festival national de Pula en 1974).</p><p>Rares m�me furent de 1946 � 1960</p><p>les films qui �chapp�rent � ce th�me obsessionnel et abord�rent d�autres sujets (l�adaptation en 1949 du roman de Borisav Stankovi&#x107; Sofka par Rado� Novakovi&#x107; fut la premi�re exception).</p><p>Les films traitant de sujets contemporains sans arri�re-plan militaire ou historique n�apparurent que vers 1957, et encore furent-ils plut�t timides et maladroits.</p><p>L�un des faits les plus importants de la cin�matographie yougoslave au cours des ann�es 50 est sans conteste la fondation � Zagreb en 1956 d�un studio de dessins anim�s qui allait peu � peu, gr�ce � l�impulsion de ses deux chefs de file, Du�an Vukoti&#x107; et Vatroslav Mimica, devenir c�l�bre et r�volutionner le monde de l�animation postdisneyenne.</p><p>Une premi�re vague de r�alisateurs s�impose : France �tiglic (Sur notre terre [Na svojoj zemlji, 1948], la Vall�e de la paix [Dolina mira, 1956], le Neuvi�me Cercle [Deveti Krug, 1960], Ballade d�une trompette et d�un nuage</p><p>[Balada o trubi i oblaku, 1961], Ne pleure pas Pierrot [Ne pla&#x10D;i Petre, 1964]), Vladimir Poga&#x10D;i&#x107; (Grands et petits [Veliki i mali, 1956], Samedi soir [Subotom uve&#x10D;e, 1957]), Veljko Bulaji&#x107; (le Train sans horaire [Vlak bez voznog reda, 1959], les Diables rouges face aux S. S. [Kozara, 1962], Un regard dans la prunelle du soleil</p><p>[Pogled u zjenicu sunca, 1966], la Bataille de la Neretva [Bitka na Neretvi, 1970]), Branko Bauer (Nous sommes des hommes [Samo ljudi, 1957], Face � face [Licem u lice, 1963]), �ika Mitrovi&#x107; (Miss Stone [1958], l�Attentat de Sarajevo [Solunski atentatori, 1961], la Marche sur la Drina [Mar� na Drinu, 1964]), Rado� Novakovi&#x107; (Le vent s�est arr�t� � l�aube [Vetar je stao, 1959]). Avec les premi�res r�alisations du Slov�ne Bo�tjan Hladnik (la Danse sous la pluie [Ples na ki�i, 1961], le Ch�teau de sable [Pe�&#x10D;ani grad, 1962]) et d�Aleksandar Petrovi&#x107; (Deux [Dvoje, 1961], les Jours [Dani, 1963], Trois [Tri, 1965]), une �volution th�matique importante appara�t clairement dans la cin�matographie</p><p>yougoslave. En m�me temps que downloadModeText.vue.download 560 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11771</p><p>l�approfondissement des analyses psychologiques appara�t un go�t prononc� pour le naturalisme � cru � et le r�alisme politique (parfois d�senchant�), voire un penchant pour le surr�alisme.</p><p>Le cin�ma yougoslave des ann�es 60, sans abandonner pour autant l��vocation des faits de guerre, s�engage vers des chemins plus divers et permet � de jeunes talents de s�exprimer. Ainsi Du�an Makavejev (L�homme n�est pas un oiseau [&#x10C;ovek nije trica, 1965], Une affaire de coeur [Skuplja&#x10D;i perja, 1967], Innocence sans protection [Nevinost bez za�tite, 1968]), dont l�humour caustique appara�tra davantage encore dans ses mises en sc�ne ult�rieures r�alis�es � l��tranger (W. R. les myst�res de l�organisme [1971] et Sweet Movie</p><p>[1974]), �ivojin Pavlovi&#x107; (le R�veil des rats [Budjenje pacova, 1967], Quand je serai mort et livide [Kad budem mrtav i beo, 1968], les �pis rouges</p><p>[Crveno Klasje, 1971], le Vol de l�oiseau mort [Let mrtve ptice, 1974]) ou Puri�a Djordjevi&#x107; (le R�ve [San, 1966], le Matin [Jutro, 1967], Midi [Podne, 1968], les Cyclistes [Biciklisti, 1970], Pavle Pavlovi&#x107; [1975]).</p><p>Lorsque A. Petrovi&#x107; remporte un succ�s international avec J�ai m�me rencontr� des Tziganes heureux (Skuplja&#x10D;i perja, 1967), le cin�ma yougoslave est en pleine ascension et plusieurs cin�astes s�imposent dans les festivals internationaux. Aux noms pr�c�demment cit�s, il conviendrait d�ajouter ceux de Fadil Had�i&#x107; (Protest, 1967), Vatroslav Mimica, qui s�aventure</p><p>avec succ�s dans le long m�trage de fiction (Prom�th�e de l��le de Vi�evica</p><p>[Prometej sa otoka Vi�evice, 1965], Lundi ou mardi [Ponedeljak ili utorak, 1966], l��v�nement [Dogadjaj, 1969]), Anno Domini 1573 (1975), Matja�</p><p>Klop&#x10D;i&#x107; (Sur les ailes en papier [Na papirnatim avionima, 1967], la F�te fun�raire [Pozdravi mariju, 1969]), la Peur [Strah, 1974], Bato &#x10C;engi&#x107; (les Enfants d�apr�s [Mali vojnici, 1968], le R�le de ma famille dans la r�volu-</p><p>tion mondiale [Uloga moje porodice u Svetskoj revoluciji, 1971], Sc�nes de la vie d�un travailleur de choc [Slike iz �ivota udarnika, 1972]), Krsto Papi&#x107; (les Menottes [Lisice, 1971], Repr�sentation d�� Hamlet � au village [Preds-tava � Hamleta � u selu mrdu�a donja, 1973]), Vladan Slijep&#x10D;evi&#x107;, Ljubi�a Kozomara, Gordan Mihi&#x107;, �elimir</p><p>�ilnik, Zvonimir Berkovi&#x107;, Zdravko Velimirovi&#x107;, Bogdan Zizvi&#x107;, Miroslav Joki&#x107;.</p><p>� partir des ann�es 1972-73, la Yougoslavie joue n�anmoins un r�le plus effac� sur le plan mondial. Aleksandar Petrovi&#x107; et Du�an Makavejev, apr�s avoir eu certaines difficult�s pour faire accepter leurs sc�narios par les autorit�s de leur pays, ont amorc� une carri�re internationale, mais de nombreux autres r�alisateurs talentueux ne sont pas parvenus � rencontrer la large audience extranationale qu�ils m�ritent.</p><p>J.-L. P.</p><p>L�art</p><p>L�ANTIQUIT�</p><p>Apr�s la p�riode illyrienne, qui d�bute au IIe mill�naire av. J.-C. (oppidums et tumu-lus), l�actuelle Yougoslavie subit, � partir du IVe s. av. J.-C., les influences grecque puis romaine. � l�in�galit� de cette influence (faible dans la partie orientale du pays, forte dans la partie occidentale) correspondra la division de l�Empire effectu�e en 395 : les pays situ�s � lest de la Drina appartiendront � l�empire d�Orient, ceux qui sont situ�s � l�ouest � l�empire d�Occident, ce qui conditionnera leur d�veloppement ult�rieur. Les premi�res formes de la vie urbaine apparaissent � l�ouest, dans l�actuelle Croatie, aux IVe-IIIe s. av. J.-</p><p>C., avec les colonies grecques de Salone (v. Split), d�Epidaure (Dubrovnik*), de Tra-gourion (Trogir). Apr�s la conqu�te de l�Illyricum par Auguste apparaissent les cit�s de Jadera (Zadar), d�Aenona (Nin), de Polai (Pula) et de Parentium (Pore&#x10D;) en Croatie, de Sirmium (Sremska Mitrovica) en Pannonie, de Poetovio (Ptuj) en Slov�nie.</p><p>Les restes les plus importants de l�art classique sont le palais de Diocl�tien � Split, le th��tre de Salone, l�amphith��tre, l�arc de triomphe et le temple d�Auguste de Pula.</p><p>L��poque pal�ochr�tienne a notamment</p><p>laiss� � � c�t� de l�ensemble de Salone</p><p>� la basilique euphrasienne de Pore&#x10D; en Istrie, construite au VIe s. et dont les mo-sa�ques absidiales repr�sentent le dernier grand �clat de la peinture antique. � l�est de la ligne de Th�odose, les cit�s principales sont Stobi et Lychnidos (Ohrid) en Mac�doine, Doclea, pr�s de Titograd, au Mont�n�gro et Naissus (Ni�) en Serbie.</p><p>Apr�s l��poque des grandes invasions apparaissent les deux aspects de la nouvelle civilisation europ�enne : occidental en Croatie et en Slov�nie, byzantin en Ma-c�doine et en Serbie.</p><p>L�ART CROATE</p><p>Apparu � Nin vers l�an 800 (vasque bap-tismale, reliquaires en argent), il se pr�-</p><p>sente comme la cons�quence directe de la conqu�te de la Dalmatie par Charlemagne et, partant, il se d�veloppe comme une pousse nouvelle qui se d�tache du monde byzantin environnant. Ce processus majeur de � d�byzantinisation � s�ach�ve en architecture d�s le XIe s., en peinture murale et en sculpture aux XIIe-XIIIe s., en peinture sur bois au XIVe s.</p><p>y Architecture</p><p>L�architecture des IXe-XIe s. constitue un tout stylistique et �volutif original, auquel on a donn� le nom de � vieux-croate �.</p><p>Ses monuments sont des petites �glises de formes vari�es, construites en pierres brutes, aux murs renforc�s de contreforts et d�arcatures. Toutes vo�t�es, elles sont souvent surmont�es d�une petite coupole sur trompes. Si le plan est basilical, la nef unique se termine, au-del� d�un transept non d�bordant, par une abside semi-circulaire, polygonale ou carr�e. Si le plan est centr�, l�espace est divis� en trois, quatre, six ou huit lobes. Ces deux formes, centrale et basilicale, se combinent de fa�on vari�e jusqu�� produire, au XIe s., l��glise � trois nefs de type b�n�dictin (Sainte-C�cile de Knin). � c�t� de la monumentale rotonde de Saint-Donat (ancienne Sainte-Trinit�) de Zadar (806-812), les principaux monuments se trouvent � Nin, � Knin, � Split* et dans la campagne salonitaine. En Croatie du Nord, l�architecture de pierre appara�t aux XIIe-XIIIe s. avec la construction des ch�teaux forts de Kalnik, de Bobovac, de Medvedgrad.</p><p>Ainsi, les deux parties du pays, dalmate et pannonienne, l�une ouverte aux influences m�diterran�ennes, l�autre � celles du Nord, acqui�rent leurs propres particularit�s ; les styles du Nord seront le gothique et le baroque, ceux du Sud le roman et le renaissant, s�encha�nant entre eux sans solution de continuit�.</p><p>Dans les cit�s du Sud s��l�vent, � partir du XIIe s., les cath�drales romanes de Zadar, de Trogir, de Dubrovnik, de Kotor, etc.</p><p>Parmi les monast�res b�n�dictins se distinguent Saint-Pierre-au-Bois (Sveti Petar u �umi) ainsi que Saint-Michel de Lim en Istrie, Sainte-Marie de l��le de Mljet en Dalmatie. Dans le Nord, le gothique appara�t au XIIIe s. et persiste jusqu�au XVIIe s. Les plus importants monuments sont la cath�drale de Zagreb (consacr�e en 1217), l�abbatiale cistercienne de Topusko (vers 1300, en ruines) et l��glise des Templiers de Glogo-vnica (1303).</p><p>Les XIVe et XVe s. sont pour le Midi la grande �poque. Notons le couvent franciscain de Dubrovnik, roman et gothique (XIVe s.), la cath�drale de Kor&#x10D;ula, romane, gothique et renaissante (XVe et XVIe s.), et la cath�drale de �ibenik, gothique et renaissante (1431-1555), dont le ma�tre principal est l�architecte et sculpteur Juraj Dalma-tinac (Georges le Dalmate, � 1473). N� � Zadar, form� � Venise, celui-ci est �galement actif, entre 1441 et 1473, � Zadar, � Split, � Dubrovnik et � Anc�ne. Les cit�s �l�vent des fortifications (Trogir, Dubrovnik), tandis que les patriciens font b�tir leurs palais en gothique v�nitien et au milieu de jardins � la mani�re toscane (Trogir, Rab, Split). Parmi les b�tisseurs se distinguent Paskoje Mili&#x10D;evi&#x107; (v. 1440-1516), � Dubrovnik, et Nicolas le Florentin (Niccolo di Giovanni), disciple de Donatello, qui travaille en Dalmatie de 1468 � 1505 et y implante le style de la Renaissance (cath�-</p><p>drale de �ibenik). � l�inverse, le Dalmate Luciano Laurana (v. 1420-1479) fait sa carri�re en Italie (Urbino*).</p><p>En Croatie du Nord s��l�vent au XIVe s. les ch�teaux de Cetin, de Ru�ica, de Ribnik ; � partir du milieu du XVe s., les attaques turques n�cessitent leur reconversion en forteresses. D�sormais, et durant deux si�cles, l�architecture devient principalement militaire dans tout le pays.</p><p>En 1620, avec l��glise Sainte-Catherine</p><p>de Zagreb, commence le baroque, qui conna�t aux XVIIe-XVIIIe s. (� la suite du retrait des Turcs) un grand d�veloppement gr�ce � la reconstruction des villes de Zagreb, de Vara�din, de Bjelovar, de Karlovac. Parmi les monuments baroques du XVIIIe s. se distinguent l��glise paulinienne de Lepoglava, les ch�teaux de Bistra et de Lobor pr�s de Zagreb et, dans le Midi, la cath�-</p><p>drale renaissante et baroque de l��le de Hvar. Au d�but du XIXe s., Bartolomej Fel-binger (1785-1871) introduit le classicisme avec le ch�teau de Janu�evac. Puis vient le r�gne de l�acad�misme. Le premier qui s�en lib�re est l�urbaniste Viktor Kova&#x10D;i&#x107; (1874-1924) ; Drago Ibler (n� en 1894) suit, avec son � �cole de Zagreb �, le fonc-tionnalisme de Le Corbusier. Apr�s 1945, Vjenceslav Richter (n� en 1917) s�efforce de r�aliser l�int�gration de l�architecture et des autres arts, tandis qu�Igor Emili (n� en 1921) tend � restaurer les valeurs originelles propres au pays.</p><p>y Sculpture</p><p>� l��poque pr�romane, l�entrelacs � triple ruban est l�ornement essentiel des �glises.</p><p>Cet abondant d�cor, d�abord g�om�trique, se mute en d�cor v�g�tal (IXe s.), puis aborde la figure humaine isol�e (la Vierge de Knin, Xe s.) pour former enfin des compositions histori�es (la Nativit� et la Fuite en �gypte de Zadar, Xe-XIe s.). Au XIIe s., l�entrelacs dispara�t et la figure saille de la surface (Saint-Blaise de Dubrovnik). Au d�but du XIIIe s., Andrija Buvina cr�e les vingt-huit sc�nes des �vangiles sur la porte de la cath�drale de Split, et, en 1240, le ma�tre Radovan sculpte le portail de la cath�drale de Trogir. Au XIVe s., l�expression romane se lie avec celle du gothique, comme le montrent les chapiteaux du couvent franciscain de Dubrovnik, le sarcophage d�argent de Saint-Sim�on de Zadar, le retable d�or de Kotor et surtout les ste&#x107;aks (pierres tombales des campagnes), d�co-r�s de sc�nes de danse et de chasse. Au XVe s., Georges le Dalmate sculpte le d�cor de la cath�drale de �ibenik et l�autel de saint Anastase � la cath�drale de Split, o� des anges renaissants �voluent dans un cadre gothique flamboyant ; � la cath�-</p><p>drale de Trogir, la chapelle Ursini, con�ue par Nicolas le Florentin, donne le plus bel exemple de la collaboration institu�e entre artistes italiens et croates avec ses statues de saints par Ivan Duknovi&#x107; (Giovanni Dal-mata, v. 1440 - v. 1510).</p><p>En Croatie du Nord, la sculpture de la Renaissance se r�duit aux gisants des dalles fun�raires (Ilok, Lepoglava, Zagreb).</p><p>Au XVIIIe s. fleurit la production d�autels baroques. S�y distingue Francesco Robba (1698-1757), d�origine v�nitienne, qui, apr�s avoir travaill� � Ljubljana, s��tablit � Zagreb. � l��poque moderne s�affirment le romantique Ivan Rendi&#x107; (1849-1932), Robert Frange�-Mihanovi&#x107; (1872-1940), animalier disciple de Rodin, et le plus grand artiste croate, Ivan Me�trovi&#x107; (1883-1962).</p><p>Ce dernier exprimera parall�lement, � travers l�expressionnisme de la forme, deux faces de sa vision du monde : le drame downloadModeText.vue.download 561 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11772</p><p>comme aspect de la r�alit� (chapelle des Anges � Cavtat, 1922), le lyrisme comme id�al (Harmonies lointaines, 1918, Split) ; en 1927, sa Psych� en marbre (Split) r�-</p><p>concilie les contraires � travers la beaut� f�minine, avant que surgisse de nouveau le drame avec la monumentale Piet� cr��e aux �tats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Frano Kr�ini&#x107; (n� en 1897) et Vanja Radau� (n� en 1906) sont des disciples de Me�trovi&#x107;. Plus r�cemment sont � remarquer les constructions en mat�riaux divers de Du�an D�amonja (n� en 1928) et de �ime Vulas (n� en 1932).</p><p>y Peinture</p><p>La peinture romane (depuis le XIe s.) s�est conserv�e surtout dans les villages de l�Istrie, la peinture gothique en Istrie et dans la r�gion de Zagreb, tandis que l�enluminure et la peinture sur bois sont une richesse des cit�s dalmates. La peinture monumentale atteint un haut degr� de qualit� au XIIIe s. dans la cath�drale de Zagreb ainsi que dans les �glises de Hum, de Dragu&#x107; et de Lovre&#x107; en Istrie. La peinture sur bois est repr�sent�e par la Vierge � l�Enfant de l�abbaye b�n�dictine de Zadar et par le Crucifix du couvent franciscain de Split. Parmi les codex enlumin�s, le plus ancien est l��vang�liaire de Split, de la fin du VIIIe s.</p><p>La peinture murale du XIVe s., dont les exemples subsistent dans une vingtaine d��glises, est marqu�e par l�influence du gothique continental dans la r�gion de</p><p>Zagreb et par le trecento italien dans le Sud. Dans la miniature, la premi�re place revient au missel glagolitique du prince Novak (1368, Biblioth�que nationale, Vienne). La peinture murale du � gothique international � s�est conserv�e dans plus de soixante localit�s, dont, en Croatie du Nord, Kalnik et Lepoglava.</p><p>En Istrie se cr�e une �cole locale qui unit des th�mes venus du Nord (danse macabre, Rois mages, saint Georges), des apports originaux (sc�nes de genre, paysages et costumes du pays) et la technique italienne de la fresque : on remarque sp�-</p><p>cialement l�ensemble de Beram, peint par Vincent de Kastav (Vincencius de Kastua) et son atelier en 1474. Le fr�re de Vincent, Ivan (Johannes de Kastua), a ex�cut� en 1490 dans l��glise de Hrastovlje, pr�s de Koper, en Slov�nie, d�autres fresques remarquables. En Dalmatie, c�est la peinture des � primitifs croates � qui s��panouit, influenc�e � la fois par le gothique italien et par la peinture byzantine. Ses principaux repr�sentants sont Bla� Jurjev (� v. 1448) � Trogir, Dujam Marinov Vu�kovi&#x107; (� v. 1460) � Split et Ivan Ugrinovi&#x107; (� v. 1460) � Dubrovnik, auteurs de nombreux retables souvent sign�s. L�enluminure atteint son sommet avec le missel glagolitique du prince Hrvoje Vuk&#x10D;i&#x107;, ex�cut� � Split en 1403 (Istanbul), et le missel de Juraj de Topusko, enlumin� vers 1525 par Julije Klovi&#x107; (cath�drale de Zagreb).</p><p>� l��poque de la Renaissance, seuls Nikola Bo�idarevi&#x107; (v. 1460-1517) et Mihajlo Hamzi&#x107; (� v. 1518) travaillent � Dubrovnik, tandis que Juraj &#x106;ulinovi&#x107; (Giorgio Schiavone, entre 1433 et 1436-1505), proche de Mantegna, Andrija Meduli&#x107; (Andrea Meldola, dit lo Schiavone, v. 1500-1563), interpr�te de Giorgione et du Par-mesan � Venise, ainsi que Julije Klovi&#x107; (devenu Giulio Clovio, 1498-1578), le dernier grand de l�enluminure en Occident, travaillent en Italie.</p><p>� l��poque du baroque, Federiko</p><p>Benkovi&#x107; (Bencovich Schiavon, 1677-1753), apparent� � Tiepolo, peint � Bologne, Venise et Vienne. En Croatie du Nord, une place � part revient � l�ordre paulinien, qui cr�e au couvent de Lepoglava d�abord la premi�re universit� croate (fin du XVIIe s), ensuite un important centre artistique.</p><p>Ivan Ranger (1700-1753), d�origine tyrolienne, y organise un atelier de peinture</p><p>qui ex�cute dans les environs de Zagreb de nombreux retables et des fresques en trompe l�oeil (Lepoglava, Belec, Remete).</p><p>En m�me temps, les demeures seigneuriales sont d�cor�es de sc�nes galantes et mythologiques (Bistra, Lobor).</p><p>Au XIXe s. appara�t le bref �clat ingresque de Vjekoslav Karas (1821-1858), auquel succ�de un courant acad�mique. Le paysagiste Nikola Ma�i&#x107; (1852-1902) s�journe � Paris, d�o� il rapporte le go�t du travail en plein air. � sa suite s�y rendent Josip Ra&#x10D;i&#x107; (1885-1908), Miroslav Kraljevi&#x107; (1885-1913) et Vladimir Beci&#x107; (1886-1945), artistes de tendance impressionniste qui sont � la source de la peinture moderne croate. �</p><p>Split, Emanuel Vidovi&#x107; (1870-1953) pratique par lui-m�me la nouvelle peinture.</p><p>Apr�s la fondation en 1907 de l��cole sup�-</p><p>rieure des arts, devenue en 1921 Acad�-</p><p>mie des beaux-arts (dirig�e par Me�trovi&#x107;), Zagreb devient le centre d�un courant de</p><p>� r�alisme po�tique � dans lequel se distinguent Ljubo Babi&#x107; (1890-1974), Ignjat Job (1895-1936), Marin Tartaglia (n� en 1894), Oton Gliha (n� en 1914). � c�t� de cette tendance � dominante plastique, Krsto Hegedu�i&#x107; (n� en 1901) fonde en 1929 le groupe � Zemlja � (terre), consacr� � la critique politique et sociale et dont sont issus les peintres-paysans du village de Hlebina (Ivan Generali&#x107;, n� en 1914).</p><p>Apr�s une br�ve p�riode de � r�alisme socialiste � cons�cutif � la Seconde Guerre mondiale, deux courants essentiels se manifestent : l�un abstrait lyrique, l�autre constructiviste. Le premier est notamment illustr� par le tachisme d�Edo Murti&#x107; (n� en 1921) et l�expressionnisme de Ferdinand Kulmer (n� en 1925). Le second a pour promoteurs Vjenceslav Richter (n� en 1917), Aleksandar Srnec (n� en 1924) et Ivan Pi-celj (n� en 1924), qui animent les groupes</p><p>� Exat 51 �, puis � Tendances Nouvelles �, ce dernier constitu� en 1961 et orient� vers le cin�tisme. Miroslav �utej (n� en 1936) se rattache au constructivisme �galement, Goran Trbuljak (n� en 1948) � l�art conceptuel, tandis que Jagoda Buic (n�e en 1930) se consacre � la r�novation de la tapisserie.</p><p>L�ART SLOV�NE</p><p>y Architecture</p><p>D�termin�e � la fois par les courants v�nitiens et autrichiens, elle ne se manifeste</p><p>gu�re qu�� partir de l��poque gothique : les premiers monuments importants sont les �glises de Kostanjevica et de Ptuj, du XIIIe s. L��glise de Ptujska Gora (XVe s), avec ses trois nefs d��gale hauteur (selon le type d��glise-halle cr�� par l��cole de Peter Parler � Prague), a fourni le mod�le de la plupart des �glises paroissiales. Durant le XVIIe s. s�implante le baroque. Le monument principal en est la cath�drale de Ljubljana, �lev�e au d�but du XVIIIe s. sur les plans du j�suite italien Andrea Pozzo (1642-1709).</p><p>Les ch�teaux de Bre�ice, de Dornava et de Slovenska Bistrica rel�vent du somptueux baroque viennois. Apr�s l��poque</p><p>� Biedermeier �, au XIXe s., l�architecture se rapproche de la � S�cession � viennoise � travers les activit�s de Jo�e Ple&#x10D;nik (1872-1957) et prend une direction fonctionnaliste avec Ivan Vurnik (n� en 1884).</p><p>y Sculpture</p><p>La sculpture m�di�vale ne s�enracine qu�au XVe s. Au XVIIe apparaissent les autels baroques en bois sculpt� et dor� (� autels d�or �), dont l��glise de Muljava offre le meilleur exemple. Au d�but du XVIIIe s. s�organise � Ljubljana un atelier de sculpture o� Francesco Robba (1698-1757) ex�cute les autels de la cath�drale. Apr�s l�oeuvre romantique d�Ivan Zajec (1869-1952) appara�t la sculpture moderne avec Boris Kalin (n� en 1905) et son fr�re Zdenko (n� en 1911), disciples de Me�trovi&#x107;. De nos jours se distingue l�expressionniste figuratif Drago Tr�ar (n� en 1927).</p><p>y Peinture</p><p>La peinture gothique, d�abord de style anguleux (Crngrob), ensuite de style courtois (Sti&#x10D;na), est introduite par les ma�tres du Frioul et de l�Autriche au XVe s. et reste � la mode jusqu�� l�apparition des � autels d�or �. Le baroque appara�t au XVIIIe s. avec Franc Jelov�ek (1700-1764), Fortunat Ber-gant (1721-1769) et Anton Cebej (1722-1774), peintres des retables et du d�cor en trompe l�oeil. Cet art se perp�tue jusqu�au XIXe s., pour �tre relay� par les vues romantiques de Marko Pernhart (1824-1871) et les paysages de Janez �ubic (1850-1889).</p><p>L�impressionnisme est apport� par Rihard Jakopi&#x10D; (1869-1943), Matija Jama (1872-1947) et Ivan Grohar (1867-1911), �tudiants � Munich. Dans les ann�es 30</p><p>pr�dominent le � r�alisme po�tique � et</p><p>les tendances de � Zemlja �, apport�s par Stane Kregar (n� en 1905), Maksim Sedej (n� en 1909) et Marij Pregelj (1913-1967) : ces derniers ont �t� form�s � Zagreb, de m�me que les graveurs Bo�idar Jakac (n� en 1899) et Miha Male� (n� en 1903). Apr�s 1945 se distinguent Gabrijel Stupica (n� en 1913) dans une sorte d�art � brut �, Riko Debenjak (n� en 1908) et Janez Bernik (n� en 1933) dans la gravure, Boris Jesih (n� en 1943) dans la peinture � hyperr�aliste �.</p><p>L�ART MAC�DONIEN ET SERBE</p><p>y Architecture</p><p>Deux types d��glises orthodoxes se sont constitu�s dans les pays slaves des Balkans : l�un mac�donien, de provenance byzantine ; l�autre serbe, issu de la rencontre des courants byzantins et romans. Sainte-Sophie d�Ohrid (fin du XIe s.), � plan en croix grecque inscrite et � assises altern�es de brique et de pierre, repr�sente le mod�le mac�donien. De telles �glises, � trois nefs et trois absides et surmont�es d�une ou de cinq coupoles, s��l�vent du XIIe au XIVe s. � Lesnovo, � Nerezi, � Staro Nagori&#x10D;ino, etc.</p><p>Par contre, l��glise de la Vierge � Stude-nica, en Serbie (fin du XIIe s), dessine une croix aux bras libres et est construite en pierre de taille ; la nef unique porte une coupole byzantine, tandis que l��difice est d�cor� ext�rieurement � la mani�re romane. Dans ce style byzantino-roman seront construites les �glises de Mile�eva, de Mora&#x10D;a, de Sopo&#x107;ani (XIIIe s), de De&#x10D;ani (d�but du XIVe s.). Par la suite, ce style est abandonn�, et les nouvelles �glises de Pe&#x107;, de Gra&#x10D;anica (XIVe s.), de Ravanica, de Kaleni&#x107;, de Manasija (XVe s.) sont du type mac�donien. Celui-ci, devenu canonique, reste en vigueur jusqu�� l��poque moderne (Saint-Marc de Belgrade, 1931 ; cath�-</p><p>drale orthodoxe de Skopje, 1975). Dans le domaine militaire est construite la place forte de Smederevo (XVe s.), mais la pierre n�appara�t qu�au XIXe s. dans l�architecture civile. Celle-ci est marqu�e d�abord par le style ottoman, puis, sous l�influence de Vienne, s�imposent les formes acad�-</p><p>miques occidentales, teint�es d��l�ments byzantinisants. Dans les ann�es 30, Milan Zlokovi&#x107; (1898-1965) introduit quelques nouveaut�s, mais un v�ritable changement n�intervient en Serbie qu�en 1956, avec la construction de Novi Beograd, et en Mac�doine apr�s 1963, lors de la reconstruction de Skopje.</p><p>y Peinture</p><p>Trois mani�res se succ�dent dans l�histoire de la peinture byzantine yougoslave : symbolique sous les Comn�nes, didactique sous les Pal�ologues et lyrique avec l�� �cole de Morava �. Les figures de l�Ascension de Sainte-Sophie d�Ohrid, du XIe s., sont graves et immobiles, comme audel� de la vie r�elle. En 1164, � Nerezi, pr�s de Skopje, la s�v�rit� s�adoucit � travers des personnages en mouvement, dont les attitudes distingu�es cr�ent une ambiance � la fois solennelle et intime. Cet art d�essence aristocratique conna�t son �volution ult�rieure dans les �glises serbes de Stu-denica, de Mile�eva et de Mora&#x10D;a, avant d�arriver vers 1260 � son plein �panouissement dans l��glise de Sopo&#x107;ani. Ici, les tableaux de la Nativit� et de la Dormition de la Vierge, par leur harmonie plastique et leur noblesse d�expression, repr�sentent un sommet de la fresque byzantine.</p><p>C�est vers 1307, dans l��glise du monast�re Sveti Nikita (Saint-Nicolas) pr�s de Skopje, que le style encyclop�dique des Pal�ologues fait son apparition. Des d�tails r�alistes, jusque-l� inconnus, envahissent les longues frises consacr�es aux sc�nes des deux Testaments, des Vies des saints, de la liturgie, des Hymnes, du calendrier, des conciles. Dans les d�cennies suivantes, les � pictores graeci � itin�rants r�pandent cette peinture partout en Mac�doine et en Serbie (Staro Nagori&#x10D;ino, Lesnovo, De&#x10D;ani, Gra&#x10D;anica). � Ohrid se d�veloppe l�art de l�ic�ne et de l�iconostase.</p><p>Apr�s la bataille de Kosovo polje (1389), la vie intellectuelle se confine dans les monast�res de la vall�e de Morava (Rava-downloadModeText.vue.download 562 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11773</p><p>nica, Kaleni&#x107; et Manasija), o� des moines artistes venus du mont Athos* r�novent la peinture narrative : les cycles y sont plus restreints, les d�tails moins nombreux, et les personnages sont ceux d�un univers lyrique et chevaleresque. La chute de Constantinople sonne le glas de cette peinture : d�pourvue de sa source vitale, elle prend un caract�re de compilation, r�p�tant sans cesse les mod�les anciens.</p><p>C�est au cours du XIXe s., en Vojvodine, que la peinture serbe moderne voit le jour. Apr�s le romantisme de Djura Jak�i&#x107; (1832-1878) et le r�alisme de Djordje Krsti&#x107; (1851-1907) apparaissent deux acad�mistes, Uro� Predi&#x107; (1857-1953) et Paja Jovanovi&#x107; (1859-1957), dont la mani�re, issue � la fois de l�h�ritage byzantin et de leur formation viennoise, va marquer fortement la peinture serbe. Seule Nade�da Petrovi&#x107; (1873-1915), expressionniste de l��cole de Munich, r�ussit � s�en lib�rer et � s�exprimer par la couleur pure. L�entre-deux-guerres est sous le signe de C�zanne et d�Andr� Lhote avec Petar Dobrovi&#x107; (1890-1942), Milo Milunovi&#x107; (1897-1967), Zora Petrovi&#x107; (1894-1962), Sava �umanovi&#x107; (1896-1942) et Milan Konjovi&#x107; (n� en 1898).</p><p>� la critique sociale promarxiste de Djordje Andrejevi&#x107;-Kun (n� en 1904) r�pond le courant intimiste d�un Pedja Milosavljevi&#x107; (n� en 1908).</p><p>Apr�s la Seconde Guerre mondiale, Lazar Vujaklija (n� en 1914) explore le monde archa�que des pierres tombales, Branislav Proti&#x107; (n� en 1931) se livre � des recherches informelles, �ivojin Turinski (n� en 1935) passe de l�abstraction � un symbolisme m�taphysique ; Vladimir Veli&#x10D;kovi&#x107; (n� en 1935) est l�un de ceux qui d�veloppent des th�mes n�o-surr�alistes, auxquels s�oppose l�expression g�om�-</p><p>trique d�un Radomir Damnjanovi&#x107; (n� en 1936).</p><p>En Mac�doine, l�art de l�ic�ne et de l�iconostase est rest� la seule activit� picturale jusqu�� la Premi�re Guerre mondiale. Les initiateurs de la peinture moderne y sont Dimitar Pandilov (n� en 1898), impressionniste, et Lazar Li&#x10D;enoski (1901-1964), qui subit l�influence du cubisme d�Andr� Lhote. Aujourd�hui s�affirment notamment le n�o-surr�aliste Spase Kunovski (n� en 1929), l�expressionniste abstrait Ordan Petlevski (n� en 1930) et Bora Iljkovski (n� en 1942), qui fait des recherches de graphisme g�om�trique.</p><p>y Sculpture</p><p>Elle s�est acclimat�e en Serbie avec l�enseignement de Toma Rosandi&#x107; (1878-1958), originaire de Split et proche de Me�trovi&#x107;, ainsi qu�avec le portraitiste Sreten Stojanovi&#x107; (1898-1960), disciple de Bourdelle. Dans la nouvelle g�n�ration se distinguent Olga Jevri&#x107; (n�e en 1922),</p><p>constructiviste, et Olga Jan&#x10D;i&#x107; (n�e en 1929), qui s�inspire des formes organiques.</p><p>A. Z.</p><p>&amp; G. Millet, l�Ancien Art serbe : les �glises (de Boccard, 1920). / F. Stel�, Monumenta artis slo-venicae (Ljubljana, 1935-1938 ; 2 vol.). / A. Niko-lovski, The Cultural Monuments of the People�s Republic of Macedonia (Skopje, 1961). / Z. Crnja, Cultural History of Croatia (Zagreb, 1962). /</p><p>G. Linke, Yougoslavie (Atlantis, Zurich, 1975).</p><p>/ Tr�sors d�art de Yougoslavie (Arthaud, 1976).</p><p>CATALOGUE D�EXPOSITION. L�Art en Yougoslavie de la pr�histoire � nos jours, Grand-Palais, Paris (les Presses artistiques, 1971).</p><p>Young (Edward)</p><p>F ROMANTISME.</p><p>Young (Lester)</p><p>Saxophoniste et clarinettiste am�ricain (Woodville, Mississippi, 1909 - New York 1959).</p><p>Comme Eric Dolphy, Lester Willis</p><p>Young, surnomm� � Prez � (le Pr�sident), aura �t� une sorte de � passeur �.</p><p>C�est par lui que s�est fait � au moins en ce qui concerne les saxophonistes</p><p>� le passage du jazz � classique � au</p><p>� moderne �. De fait, Lester Young fut non seulement, avec Coleman</p><p>Hawkins*, l�un des plus grands saxophonistes t�nors, mais aussi l�un des principaux responsables de l��volution du jazz apr�s 1945, par son influence sur Charlie Parker* et l�ensemble des musiciens dans les ann�es 40 et 50.</p><p>� La Nouvelle-Orl�ans, tr�s jeune, il joue de la batterie, puis du saxophone alto dans l�orchestre de son p�re. Il s�essaie ensuite au baryton et au t�nor, travaille avec King Oliver, avec les Blue Devils de Walter Page et rencontre Count Basie � Kansas City.</p><p>En 1934, il fait partie de l�orchestre d�Andy Kirk, puis il est engag� par Fletcher Henderson pour remplacer Coleman Hawkins. Deux ans plus</p><p>tard, il rejoint Count Basie, avec qui il reste jusqu�en 1940. C�est pendant ces ann�es qu�il a l�occasion de travailler et d�enregistrer avec la chanteuse Billie Holiday. Apr�s 1940, il dirige un orchestre, retourne chez Basie (1943),</p><p>puis est mobilis� (1944). La guerre termin�e, il forme un quintette, participe aux tourn�es de Jazz at the Philharmo-nic (JATP), travaille comme soliste dans des clubs et enregistre en petite formation. Il meurt des suites d�une crise cardiaque.</p><p>Jug�e � trop moderne � ou � pro-</p><p>gressiste �, c�est-�-dire non conforme aux crit�res de � jazzit� � d�finis non par les musiciens, mais par quelques critiques europ�ens, la musique de Lester Young se distinguait de celle de ses pr�d�cesseurs (mais aussi de ses contemporains) par : 1o une sonorit� peu volumineuse et presque sans vibrato, une attaque tr�s nette, un timbre feutr� ; 2o un d�coupage rythmique qui tend � donner une valeur �gale aux quatre temps � par cette fa�on d��quilibrer les phrases en dehors des temps, en enjambant les barres de mesure, Lester Young annon�ait les bouleversements rythmiques du be-bop* ; 3o l�utilisation d�accords de passage qui �largissent le champ harmonique des improvisations ; 4o l�abandon de la simple paraphrase (embellishment) du th�me ; 5o les contrastes de registres, de rythmes, dans une m�me s�quence m�lodique.</p><p>Sonorit� � laide � (selon les crit�res officiels), indiff�rence au jeu et � l�agitation presque m�canique des autres musiciens, d�marche rythmique solitaire, comme si le saxophoniste racon-tait ou improvisait une sorte de r�ve ou de m�ditation : tout se passe avec Lester Young comme si, � la surface de sa musique, l�on assistait � la remont�e de tout ce qui avait �t� jusqu�alors refoul� par le jazz brillant et � la mode.</p><p>P. C.</p><p>&amp; ENREGISTREMENTS : Lady be Good (avec Count Basie, 1936), The Man I Love (avec Billie Holiday, 1939), Louise (1956).</p><p>Ypres</p><p>En n�erl. ieper, v. de Belgique en Flandre-Occidentale, � une vingtaine de kilom�tres au nord-ouest de Lille ; 21 000 hab. (Yprois).</p><p>Les origines</p><p>Fond�e au Xe s. autour d�un ch�teau �rig� sur un �lot de l�Yperlee par des marchands et par des artisans, Ypres est administr�e, depuis 1168/1177, par un �chevinage recrut� (sans doute � vie) par les comtes de Flandre* au sein du patriciat naissant. La formation de ce dernier est assur�e d�s la fin du XIIe s.</p><p>par de nombreuses �coles la�ques ; en 1209, un ing�nieux syst�me de coopta-tion, d�fini par une charte de type arra-geois, le perp�tue au pouvoir.</p><p>La ville drapante</p><p>Ypres, devenue l�un des � trois</p><p>membres de Flandre � avec Gand* et Bruges*, est anim�e au d�but du XIIe s.</p><p>par d�importantes foires* de redistribution de la laine et des draps. Appartenant au cycle flamand, fr�quent�es par des marchands lombards qui s�enfuient en 1127 � la nouvelle de l�assassinat du comte Charles Ier le Bon, ces foires contribuent au rayonnement international de la ville, dont les marchands poss�dent au XIIIe s. leur maison � Troyes.</p><p>En fait, d�s 1262, les draps d�Ypres sont achet�s sur place par un facteur des Tolomei qui les r�exp�die via les foires de Champagne et G�nes jusqu�au Levant. Au d�but du XIVe s., Paris commercialise ces draps, achet�s par des marchands florentins (Bardi, Del Bene) qui ne se procurent plus en Champagne que les seules esp�ces n�cessaires � leur n�goce. Appr�ci�e aussi bien � Novgorod depuis le d�but du XIIe s. qu�en Asie Mineure ou en Cr�te avant m�me le d�but du XIIIe s., la draperie yproise n�cessite la construction de tr�s vastes halles (achev�es vers 1304) et exporte en 1313 92 500 pi�ces de qualit�. Cette r�ussite provoque une forte concentration urbaine (28 000 hab. vers 1300), mais appauvrit les ma�tres artisans et leurs valets, de plus en plus d�pendants des grands marchands, qui leur fournissent la laine anglaise, �coulent leurs draps et essaient de leur imposer une r�glementation tenant compte de la conjoncture �conomique. Aussi drapiers, tisserands et foulons se r�-</p><p>voltent-ils en octobre 1280 contre les marchands et les �chevins. Un mois plus tard, le pouvoir comtal est restaur� au d�triment des �chevins. En fait, cette crise sociale traduit l�existence,</p><p>comme en Italie, d�un parti populaire anim� par des patriciens hostiles � la politique d�expansion �conomique de leurs pairs, politique n�cessitant un blocage des salaires.</p><p>Combattue par le � commun �, qui</p><p>obtient l�appui du comte de Flandre � la fin du XIIIe s., mais soutenue par Philippe IV le Bel, qui occupe Ypres en mai 1300, cette politique �chevinale est bris�e par l�arm�e des � communiers �</p><p>� Courtrai le 11 juillet 1302. Vaincus � leur tour par le roi de France � Mons-en-P�v�le le 18 ao�t 1304, m�contents, en outre, de subir toujours les cons�-</p><p>quences de la crise �conomique malgr� la r�volution d�mocratique qui leur a permis de participer au pouvoir municipal, les gens de m�tier tournent leur col�re contre l�aristocratie urbaine des leliaerts (� gens de fleur de lys �), qui supplie le roi de France, entre 1320 et 1332, de surseoir � la destruction des remparts d�Ypres ordonn�e par la paix d�Athis-sur-Orge du 23 juin 1305. Ralli�s par contre � la politique anglophile de Jacob Van Artevelde (v. 1290-1365), qui cherche � maintenir � bas prix l�importation des laines anglaises en Flandre, les artisans se soul�vent fr�quemment entre 1323/1328 et</p><p>1382. Mais le d�clin de la draperie se poursuit malgr� l�interdiction de fabri-downloadModeText.vue.download 563 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11774</p><p>quer des draps faite, au d�but du XIVe s., aux ruraux, dont l�outillage est d�truit par la milice urbaine en 1322.</p><p>Victime, en fait, du retournement de la conjoncture en 1315, de la chute de la production qui en r�sulte � partir de 1320, affaiblie d�mographiquement par les disettes et les �pid�mies de 1316 (2 794 d�c�s entre le 1er mai et le 1er novembre) et de 1348, qui abaissent sa population d�un maximum hypoth�tique de 30 000 habitants � environ 18 000 vers 1450, Ypres entre d�finitivement en d�cadence.</p><p>L�organisation politique et</p><p>sociale au milieu du XIVe s.</p><p>Elle comprend quatre cat�gories (leden) : 1o la poorterie (bourgeoisie vivant de ses rentes ou du grand commerce), � laquelle sont adjoints les bouchers, les poisson-niers, les teinturiers et les tondeurs ; 2o la weifambacht (tisserands) ;</p><p>3o la vullerie (foulons) ;</p><p>4o les gemeene neeringen (communs m�tiers).</p><p>Le d�clin (XVe-XXe s.)</p><p>Acc�l�r�e par les Gantois, qui d�-</p><p>truisent ses faubourgs lors du si�ge de 1383, la ruine d�Ypres est momentan�ment enray�e, au d�but du XVe s., par celle de Poperinge, � laquelle des Yprois intentent devant le tribunal comtal un proc�s en vertu du � droit urbain � : celui-ci aurait, en effet, accord� le monopole local de la fabrication du drap � ses travailleurs du textile. Mais la mont�e de la draperie des centres ruraux ou secondaires fabri-quant des �toffes plus l�g�res (sayet-terie) condamne d�finitivement la draperie yproise (100 m�tiers seulement en 1545).</p><p>Ceinte de nouveaux remparts, dot�e d�un �v�ch� en 1559, la cit� n�est plus au XVIe s. qu�un centre strat�-</p><p>gique dont s�emparent les r�form�s en 1578, Alexandre Farn�se en 1584, les Fran�ais en 1648, 1658, 1678, 1744 et 1792. Annex�e � la France de 1678 � 1713 et de 1794 � 1814, elle est entre 1715 et 1794 une des places de la Barri�re, occup�e par les N�erlandais.</p><p>Lors du premier conflit mondial,</p><p>Ypres est d�truite par les Allemands, puis reprise par les troupes de French le 14 octobre 1914.</p><p>P. T.</p><p>F Bruges / Champagne / Flandre / Foire / Gand</p><p>/ Pays-Bas.</p><p>&amp; L. A. Warnkoenig, Histoire de la Flandre, t. V : Histoire d�Ypres (Bruxelles, 1864). / H. Hy-mans, Bruges et Ypres (Laurens, 1901). / G. des Marez, la Lettre de foire � Ypres au XIIIe si�cle (Lamertin, Bruxelles, 1901). / H. Pirenne, Histoire de la Belgique (Lamertin, Bruxelles, 1902-1932 ; 7 vol.) ; les Villes et les Institutions urbaines (Alcan, 1939 ; 2 vol.). / M. Laurent,</p><p>la Draperie des Pays-Bas en France et dans les pays m�diterran�ens, XI-XVe si�cle (Droz, 1936). / J. Lestocquoy, les Villes de Flandre et d�Italie sous le gouvernement des patriciens, XI-XVe si�cle (P. U. F., 1952).</p><p>ytterbium</p><p>F TERRES RARES.</p><p>yttrium</p><p>Corps simple m�tallique.</p><p><strong>Introduction</strong></p><p>En 1794, une � terre � jusque-l� inconnue fut d�couverte par le Finlandais Johan Gadolin (1760-1852) [v. terres rares] dans un minerai trouv� pr�s d�Ytterby en Su�de, un silicate appel� depuis gadolinite, FeBe2Y2Si2O10.</p><p>Ce corps fut plus tard d�nomm� terre yttrique. L�yttrium, l��l�ment nouveau de cette terre, fut obtenu en 1828 par Friedrich W�hler (1800-1882).</p><p>Les terres rares sont g�n�ralement divis�es en deux groupes :</p><p>� d�une part, les terres c�riques, qui sont des oxydes de lanthane, de c�rium, de pras�odyme, de n�odyme, de prom�thium, de samarium et d�europium ;</p><p>� d�autre part, les terres yttriques, ou gadoliniques, qui contiennent les oxydes de scandium, d�yttrium, de ga-dolinium, de terbium, de dysprosium, de holmium, d�erbium, de thulium, d�ytterbium et de lut�tium.</p><p>Cette distinction est fond�e sur la solubilit� des sulfates de terres yttriques dans une solution aqueuse froide satur�e de sulfate de sodium, alors que les sulfates de terres c�riques y sont insolubles.</p><p>En fait, le scandium et l�yttrium ne sont pas des �l�ments de la s�rie des terres rares. Le scandium est le premier �l�ment de la premi�re s�rie de m�taux de transition, l�yttrium est le premier �l�ment de la deuxi�me s�rie, et c�est le lanthane qui est le premier �l�ment de la troisi�me s�rie ainsi que le premier des lanthanides.</p><p>La meilleure source de l�yttrium est</p><p>un phosphate d�nomm� x�notime, de formule YPO4.</p><p>Atome</p><p>La structure �lectronique de l��tat fondamental de l�atome est 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 6, 4d 1, 5s 2 ; d�o� la trivalence de cet �l�ment. Le rayon de l�ion Y+ 3 est de 0,90 &#x1FA;, soit assez nettement sup�rieur au rayon de l�ion Sc+ 3 et assez nettement inf�rieur � celui de l�ion La+ 3. Le rayon de Y+ 3 se situe entre les rayons des ions Dy+ 3 et Ho+ 3</p><p>(respectivement 0,91 et 0,89 &#x1FA;), ce qui entra�na un premier mauvais placement de l�yttrium dans la classification des �l�ments. (Celui-ci est actuellement associ� au num�ro atomique Z = 39.) Corps simple et d�riv�s</p><p>L�yttrium a des propri�t�s interm�-</p><p>diaires entre celles du scandium et celles du lanthane, d�j� voisines. La valeur du rayon du cation Y+ 3 est � la base d�une ressemblance des propri�t�s des d�riv�s de l�yttrium avec celles des d�riv�s du dysprosium et du holmium.</p><p>Enfin, il faut signaler que le point de fusion du m�tal est voisin de 1 530 �C, donc nettement sup�rieur � celui du lanthane (Tf = 920 �C), mais voisin de ceux du dysprosium (env. 1 400 �C) et du holmium (env. 1 500 �C), et que l�oxyde Y2O3 n�est pas aussi basique que l�oxyde La2O3, mais qu�il absorbe le gaz carbonique de l�atmosph�re.</p><p>H. B.</p><p>Yuan (�poque)</p><p>�poque de l�histoire chinoise s��tendant de 1279 � 1368, entre les dynasties Song* et Ming*.</p><p>Tandis que, sous le nom de Yuan, les Mongols de K&#x16B;b&#x12B;l&#x101;y, petit-fils de Gen-gis kh&#x101;n, occupent la Chine, des tribus parentes dominent l�Asie occidentale.</p><p>Ainsi est assur�e une paix qui favorise le commerce et met la Chine en contact avec le Proche-Orient. Le go�t un peu barbare des souverains pour le faste et la couleur n�appara�t que dans l�art officiel du Nord : reconstruction de P�kin* selon un plan grandiose, pagodes lama�ques, statues bouddhiques</p><p>surcharg�es de joyaux, fresques aux tons criards.</p><p>La vraie tradition se trouve chez les peintres retir�s en Chine du Sud : Huang Gongwang (Houang Kong-wang*), solitaire tao�ste, auteur de paysages concis et aust�res ; Wu Zhen (Wou Tchen*), peintre de bambous renomm� ; Ni Zan (Ni Tsan*), type id�al de l�artiste ind�pendant, aux paysages silencieux et d�pouill�s, o� la lumi�re, �l�ment essentiel, joue dans un espace vide ; Wang Meng (Wang Mong*),</p><p>dont les compositions monumentales et touffues sont anim�es de pointillismes.</p><p>Calligraphes autant que peintres, ils proc�dent par suggestions, �pris d��vocations intellectuelles plus que de recherches d�effets. Ils inaugurent la peinture des � lettr�s �, wenren hua (wen-jen houa), qui se d�veloppera sous les Ming et les Qing (Ts�ing).</p><p>Seul Zhao Mengfu (Tchao Mong-fou*) accepta de servir � la Cour. �rudit, calligraphe consomm�, c�l�bre surtout comme peintre de chevaux, animaux chers aux Mongols nomades, il fut aussi un grand paysagiste dont le style pr�cis est quelque peu archa�sant.</p><p>D�importantes innovations carac-</p><p>t�risent les arts d�coratifs. La c�ramique, audacieusement exp�rimentale, contraste, par ses recherches de couleur et de relief, par ses dimensions, par l�emploi du d�cor peint, avec la subtilit� aust�re des monochromes Song. Parmi les gr�s, les jun (kiun) sont fid�les � la tradition, mais les ci (ts�eu) s�ornent de d�cors noirs plus vigoureux, parfois de gla�ures turquoise d�origine persane, les c�ladons de taches ferrugineuses ou de reliefs en biscuit rougi au feu. Jingdezhen (King-t� tchen), au Jiangxi (Kiang-si), concentre la production croissante de la porcelaine : qingbai (ts�ing-pai) avec motifs en ronde bosse, panneaux ajour�s, cordons perl�s et filets en relief ; shufu (chou-fou), � couverte laiteuse sur un d�cor moul�. Les uns et les autres conduisent aux premiers d�cors peints en bleu de cobalt sous une couverte transparente (les � bleu et blanc �), apport capital du d�but du XIVe s. que l�art c�ramique exploitera durant des si�cles. Timide d�abord, le d�cor devient bient�t luxuriant : arbres</p><p>et fleurs, motifs emprunt�s aux textiles, animaux r�els ou fabuleux, etc. Les formes imposantes (jarres, vases � balustres �, grands plats) sont aussi celles des c�ladons. La production des deux techniques est consid�rable, en grande partie export�e vers l�Occident : les collections encore conserv�es � T�h�-</p><p>ran et � Istanbul en t�moignent.</p><p>Les soieries, somptueux damas et</p><p>brocarts d�or, sont des chefs-d�oeuvre de tissage. Elles ont servi de pr�-</p><p>sents offerts aux souverains d�Iran ou d��gypte, de v�tements sacerdotaux en Europe, de mod�les aux ateliers de Venise et de Lucques.</p><p>Une renaissance du laque* est attest�e par des bo�tes et des plats sculpt�s, downloadModeText.vue.download 564 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11775</p><p>noirs ou rouges, o� fleurs, oiseaux, dragons se d�tachent en relief adouci sur des fonds de tons oppos�s. Des th�mes analogues, finement incis�s, ornent des argenteries raffin�es dont les formes sont souvent lob�es.</p><p>D. L.-G.</p><p>F Chine.</p><p>&amp; D. Lion-Goldschmidt, les Poteries et porcelaines chinoises (P. U. F., 1957). / J. Cahill, la Peinture chinoise (Skira, Gen�ve, 1960).</p><p>/ E. L. Sherman et Wai-Kam Ho, Chinese Art under the Mongols. The Yuan Dynasty (Cleveland, 1968).</p><p>Yuan Che-k�ai</p><p>En pinyin yuan shikai, homme politique chinois (Xiangcheng [Siang-</p><p>tch�eng], prov. du Henan [Ho-nan], 1859 - P�kin 1916).</p><p>Issu d�une famille de lettr�s-</p><p>fonctionnaires de l�Empire mand-</p><p>chou, Yuan Shikai na�t au Henan en</p><p>1859. Apr�s avoir effectu� des �tudes classiques, il se tourne vers le m�tier des armes et participe, apr�s la d�faite chinoise contre le Japon en 1895, � la diffusion des id�es r�formistes avant de tourner casaque. Au moment du</p><p>mouvement des � cent jours � (juin-sept. 1898), il prend parti contre le jeune empereur r�formateur Guangxu (Kouang-siu) et pour l�imp�ratrice douairi�re Ci Xi (Ts�eu-hi) et le clan des conservateurs. Charg� depuis peu de diriger l�arm�e nouvelle, il devait, en effet, entrer � P�kin et garder � vue Ci Xi. Mais il trahit le plan.</p><p>En 1900, il est charg� de r�primer le mouvement des � Boxeurs �, qui s�oppose � l�expansion imp�rialiste cons�cutive � la guerre sino-japonaise et menace la dynastie. Il ex�cute sa mission avec une efficacit� f�roce. En 1901, il est nomm� gouverneur g�n�ral du Zhili (Tcheli), la grande province de la Chine du Nord. L�, il cr�e, gr�ce � l�appui et aux subsides du gouvernement central, l�arm�e du Nord, ou Beiyang (Pei-yang), qui, en 1905, compte six divisions dot�es d��quipement moderne, d�instructeurs japonais et occidentaux et d�officiers form�s � l��tranger. Les cadres de son arm�e lui sont personnellement tr�s d�vou�s.</p><p>Ils formeront l�essentiel de la clique Beiyang dans les premi�res ann�es de la R�publique. Yuan Shikai met en pratique les r�formes que le gouvernement imp�rial finit par adopter non seulement pour l�arm�e, mais aussi pour l��ducation, l�administration et les institutions. Apr�s la mort de la vieille imp�ratrice Ci Xi en 1908, il conna�t un moment de disgr�ce, car le prince r�gent, Chun (Tch�ouen), le soup�onne d��tre responsable de la mort de Guangxu, le jeune souverain. Il reste n�anmoins dans son fief et garde la haute main sur son arm�e.</p><p>Deux jours apr�s le d�but de la</p><p>r�bellion r�publicaine du 10 octobre 1911, le prince Chun ordonne aux unit�s de l�arm�e Beiyang de faire route vers le sud pour mater le soul�vement.</p><p>Mais il lui faut n�gocier avec Yuan, et celui-ci impose ses conditions : pour se rallier les r�volutionnaires, il demande leur amnistie, l�autorisation des partis, la formation d�un parlement et celle</p><p>d�un cabinet responsable. Enfin, il obtient le contr�le de toutes les arm�es imp�riales. Au d�but de novembre, il est nomm� Premier ministre. En fait, il refuse de soutenir l�Empire, que les puissances ne soutiennent m�me plus, et pr�f�re se placer en m�diateur entre les deux parties.</p><p>� Nankin, les r�publicains forment un gouvernement provisoire et, le 29 d�cembre 1911, portent � la pr�sidence de la R�publique Sun* Yat-sen, qui se d�clare pr�t, le jour m�me de son investiture, � c�der la place � Yuan Shikai si celui-ci se rallie � la cause r�publicaine pour �viter l��clatement du nouvel �tat. Yuan obtient l�abdication du dernier empereur mandchou (14 f�vr. 1912) et les pleins pouvoirs pour organiser un gouvernement r�publicain provisoire.</p><p>Sun Yat-sen offre alors sa d�mis-</p><p>sion, et Yuan est finalement autoris� � prendre la pr�sidence de la R�publique sans quitter P�kin. Le Parlement provisoire le rejoindra dans la nouvelle capitale r�publicaine. Yuan inaugure ses fonctions le 12 mars 1912.</p><p>Il doit essentiellement ses succ�s rapides � son art de l�intrigue et surtout � son arm�e.</p><p>Pendant la premi�re ann�e de la</p><p>R�publique, la Chine va d�couvrir le parlementarisme. Mais l�utilisation par le nouveau pr�sident de la provocation polici�re, de l�intervention militaire et de l�assassinat politique va rapidement mettre un terme � cette nouvelle �re.</p><p>Apr�s la d�mission forc�e du Premier ministre Tang Shaoyi (T�ang Chao-yi), pourtant choisi par Yuan lui-m�me, et l�assassinat en mars 1913 de Song Jiaoren (Song Kiao-jen), le leader du Guomindang (Kouo-min-tang) � l�Assembl�e, Yuan s�engage d�lib�r�ment sur la voie de la dictature. Il poss�de un atout majeur : le soutien des puissances �trang�res, qui lui permettent de consolider son r�gime. Cette � aide �</p><p>ne va pas sans compromis en mati�re d�ind�pendance nationale et de politique �trang�re. Yuan tente par ailleurs de d�sagr�ger l�opposition parlementaire en soudoyant les d�put�s. Cependant, certaines provinces refusent de se soumettre au nouveau pouvoir. La</p><p>� seconde r�volution � dure l�espace d�un �t� avant d��tre �cras�e, faute d�avoir �t� soutenue par les dirigeants du Guomindang et la bourgeoisie mar-downloadModeText.vue.download 565 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11776</p><p>chande des villes c�ti�res. Yuan Shikai resserre son contr�le sur les provinces qui lui �chappaient encore et, le 6 octobre 1913, fait confirmer son �lection � la pr�sidence et rassemble bient�t entre ses mains la plupart des pouvoirs. Le Guomindang est d�clar� ill�gal, et le Parlement ajourn� ind�finiment. Enfin, Yuan devient pr�sident � vie et s�arroge le droit de nommer son successeur.</p><p>Yuan, qui a alors cinquante-quatre ans, a atteint le fa�te de sa puissance.</p><p>Son aspect massif, encore renforc� par une �paisse moustache, tranche avec sa vivacit� d�expression. Son �nergie et son intelligence n�ont d��gal que sa fourberie et son m�pris pour les hommes. Son ambition d�vorante l�incitera � sous-estimer l�impact id�ologique de la r�volution de 1911 : il tente, � partir de la fin de 1914, d�instaurer une nouvelle dynastie imp�riale.</p><p>Mais son projet suscite une opposition qui touche bient�t plusieurs provinces.</p><p>Une fois de plus, l�unit� chinoise est menac�e. Le contr�le m�me de l�arm�e Beiyang �chappe � son ancien chef, qui doit faire des concessions et finit par abolir l�empire.</p><p>Outre l�opposition int�rieure, Yuan conna�t des difficult�s diplomatiques.</p><p>Le Japon, entr� en guerre symboliquement aux c�t�s des Alli�s, s�empare des possessions allemandes en Chine et, en 1915, formule aupr�s de P�kin</p><p>� vingt et une demandes � visant � faire de la Chine une colonie nippone. Yuan accepte en mai 1915 les exigences des Japonais. Cela n�emp�che pas le gouvernement de T&#x14D;ky&#x14D; de lui retirer son soutien au moment de la restauration monarchique. Isol� sur le plan diplomatique comme sur le plan politique, Yuan propose aux r�publicains d�entrer au gouvernement. Mais certains continuent de demander son d�part.</p><p>Sa mort soudaine, le 6 juin 1916, d�noue la situation. Pendant un court moment, la Chine va conna�tre un retour tr�s provisoire � la l�galit� r�publicaine et � l�unit� nationale.</p><p>Difficile � cerner, le personnage de Yuan Shikai refl�te une ambition d�vorante doubl�e d�un sens politique aigu o� domine l�art du compromis. Audel�, l��pisode Yuan Shikai marque la fin d�une �poque et d�une conception suivant laquelle le � modernisme �</p><p>se limite � l�imitation des m�thodes employ�es en Occident. Yuan Shikai, repr�sentant de l�aristocratie traditionnelle, ne s�est �cart� du r�gime imp�-</p><p>rial que pour tenter d�y revenir. Son �chec final annonce d�j� la r�ussite de la r�volution � venir.</p><p>C. H.</p><p>F Chine.</p><p>Yun-nan</p><p>En pinyin yunnan, province de</p><p>la Chine ; 436 200 km 2 ; 23 mil-</p><p>lions d�habitants. Capit. Kunming (K�ouen-ming).</p><p>Le nom de la province signifie</p><p>� au sud des nuages �, c�est-�-dire au sud des nuages du Sichuan (Sseu-tch�ouan) en hiver, le Yunnan �tant alors ensoleill�.</p><p>La densit� moyenne est relativement faible, gu�re sup�rieure � 50 habitants au kilom�tre carr�. La population n�est d�ailleurs que pour moins de la moiti�</p><p>� han � (de langue chinoise) ; le Yunnan est la province qui comporte la plus grande proportion de minorit�s non han. Ces minorit�s sont extraordinairement vari�es, sur les plans ethnique, linguistique, religieux et du point de vue des stades de civilisation. La sinisation est tr�s tardive ; elle s�amorce au XIIIe s. sous K&#x16B;b&#x12B;l&#x101;y kh&#x101;n et se poursuit sous la dynastie des Ming.</p><p>Le Yunnan est la plus montagneuse des provinces chinoises (6 � 7 p. 100</p><p>seulement des terres sont cultiv�es). Le</p><p>� plateau � du Yunnan, � l�est, domine nettement le Guizhou (Kouei-tcheou)</p><p>et le Guangxi (Kouang-si), la d�nivellation pouvant atteindre 1 000 m. �</p><p>l�ouest, le Yunnan est une tr�s haute montagne dont les points culminants d�passent 6 000 m � la fronti�re birmane et qui est caract�ris�e surtout par de tr�s profondes vall�es m�ridiennes et parall�les, celles de la Salouen et du M�kong. Le Yunnan occidental est une cha�ne de montagnes jeunes mises en place, pour l�essentiel, par l�oroge-n�se himalayenne et qui prolongent les Alpes du Sichuan et les cha�nes orientales du Tibet. Elles sont d�orientation nord-sud : Nushan (Nou-chan), Yun-ling (Yun-ling). Wuliangshan (Wou-leang-chan). Elles sont s�par�es par des vall�es tr�s profondes ; il y a souvent plus de 2 000 m entre les fonds de vall�es et les sommets : la vall�e du M�kong est � 300-500 m, � la fronti�re de la Birmanie et du Laos, entre des pics qui ici se tiennent au-dessus de 2 500 m. La Salouen, le M�kong et, au nord, le haut Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) coulent grossi�rement parall�les ; tous ces fleuves sont tr�s charg�s en alluvions. Ces vall�es tr�s encaiss�es ont, du moins en aval, le climat le plus typiquement tropical de toute la Chine (avec l��le de Hainan</p><p>[Hai-nan]), un climat chaud et humide, � abondantes pluies d��t� apport�es par la mousson ; de ce fait, elles sont fortement impalud�es. La vall�e de la Salouen est particuli�rement sauvage et tr�s faiblement peupl�e par des populations tib�to-birmanes ; la vall�e du M�kong a �t� davantage une voie de passage. Les communications sont difficiles et se sont longtemps r�duites � des pistes franchissant les rivi�res par des ponts suspendus. C�est � travers ces cha�nes que fut construite, durant la Seconde Guerre mondiale, la c�l�bre</p><p>� route de Birmanie �, prodigieuse r�alisation qui permit de ravitailler � partir de la Birmanie le gouvernement nationaliste chinois r�fugi� � Chongqing (Tch�ong-k�ing). Elle ne semble gu�re avoir d�importance actuellement.</p><p>� son d�bouch� � l�extr�mit� du � plateau � du Yunnan central et oriental, toutefois, la ville de Dali (Ta-li), au bord du lac Erhai (Eul-hai), est un centre assez important.</p><p>Les altitudes sont beaucoup plus</p><p>basses dans le Yunnan central et orien-</p><p>tal. Le Yunnan central, ou plus exactement sud-central, est une r�gion diss�qu�e et mouvement�e : les vall�es de la rivi�re Noire (Heijiang [Hei-kiang] et du fleuve Rouge (Yuanjiang</p><p>[Yuan-kiang]), qui coulent vers le sud-est (vers le Vi�t-nam du Nord) l�accidentent.</p><p>Le Yunnan oriental m�rite davan-</p><p>tage la qualification de plateau : le paysage de plateau est, par exemple, bien r�alis� entre Dali (Ta-li) et Kunming.</p><p>Les deux aspects les plus carac-</p><p>t�ristiques sont, d�une part, de tr�s nombreux bassins o� jaillissent des sources et occup�s souvent par des lacs (lac Dianchi [Tien-tch�e], sur lequel est situ� Kunming ; lac Fuxian [Fou-sien], d�o� est issue la rivi�re Nanpan</p><p>[Nan-p�an], une des t�tes du Xijiang</p><p>[Si-kiang]), et, d�autre part, tout � fait au sud-est, un karst de 55 000 km 2 ; ce karst (dans des calcaires surtout d�voniens) pr�sente parfois le c�l�bre paysage de � shi lin � (che-lin), de � for�t de pierres �, de karst � pitons ; mais, plus souvent, le karst, plus �lev�, est plus massif, moins �volu� : d�mes arrondis, dolines et bassins de � dissolution � sur le pourtour desquels r�apparaissent les pitons. La plupart des bassins sont des foss�s d�effondrement, et le vigoureux abrupt qui limite le Yunnan au-dessus du Guizhou (Kouei-tcheou) est, sans doute, un escarpement de failles.</p><p>Le Yunnan central et oriental a un climat tropical d�altitude. Kunming, � 1 900 m d�altitude, a une temp�rature moyenne de 15,9 �C : le mois de juillet a une temp�rature moyenne de 20,3 �C ; le mois de janvier n�est pas froid, compte tenu de l�altitude (9,6 �C), et le gel ne provoque que rarement la formation de minces pellicules de glace sur les lacs ; il tombe 1 162 mm de pluies en 121 jours, � peu pr�s exclusivement en �t� ; l�hiver est sec et tr�s ensoleill�. Les vall�es du Heijiang (Hei-kiang) et du Yuanjiang sont fortement impalud�es. Les contrastes d�altitude entra�nent une grande vari�t� des esp�ces v�g�tales, et le Yunnan dans son ensemble est un vrai � jardin botanique � (10 000 vari�t�s de plantes). Ils entra�nent aussi une grande vari�t� de cultures : cultures tropicales (canne � sucre, coton) jusqu�� 800 m ; orangers</p><p>jusqu�� 1 800 m ; th�iers, riz jusqu�� 2 600 m ; bl�, orge, colza, ma�s et le meilleur tabac de Chine plus haut encore.</p><p>Deux agricultures sont en pr�sence : l�agriculture han et l�agriculture des minorit�s. Les Hans sont install�s dans les bassins, o� ils ont am�nag� des ri-zi�res soigneusement irrigu�es (sur un million d�hectares) : les rizi�res portent souvent du bl� et de l�orge en hiver.</p><p>Les minorit�s, tr�s vari�es (Yi, Li, Hani [Ha-ni], Lisu [Li-sou], Jingpo</p><p>[King-p�o], Miao, Tha�s), pratiquent, pour la plupart, des cultures sur champs : bl� et colza en hiver ; ma�s, soja, sarrasin, patates, pommes de terre en �t�. Contrairement � ce qui se passe dans l�ensemble de la Chine m�ridionale, le b�tail est important : bovins, buffles utilis�s par les non-Hans pour le labour, chevaux de b�t utilis�s par tous pour les transports, porcs...</p><p>Le Yunnan central et oriental a</p><p>quelques ressources mini�res (surtout l��tain). Kunming (880 000 hab.), la capitale provinciale, au creux d�un bassin tr�s peupl� (1 000 hab. au km2), a �t� dot� d�industries l�g�res de haute technicit� (machines-outils, optique).</p><p>Tr�s isol�, le Yunnan n�a eu longtemps comme liaison avec l�ext�rieur que le � chemin de fer � du Yunnan, v�ritable merveille technique construite par les Fran�ais, reliant Kunming � Hanoi et � Haiphong. Kunming est, aujourd�hui, reli�e par voie ferr�e � Guiyang (Kouei-yang), capitale du Guizhou (Kouei-tcheou), et, de l�, d�une part � Chongqing (Tch�ongk�ing) vers le nord et d�autre part � Liuzhou (Lieou-tcheou) au Guangxi (Kouang-si), sur la voie ferr�e de Hen-downloadModeText.vue.download 566 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11777</p><p>gyang (Heng-yang), au Hunan (Hou-</p><p>nan), � Langson (Vi�t-nam du Nord).</p><p>J. D.</p><p>Yvelines. 78</p><p>D�part. de la R�gion �le-de-France ; 2 271 km 2 ; 1 082 255 hab. Ch.-l. Versailles*. S.-pr�f. Mantes-la-Jolie, Rambouillet et Saint-Germain-en-Laye*.</p><p>Le d�partement a �t� cr�� � la suite du nouveau d�coupage de la R�gion parisienne en huit d�partements (au lieu de trois) d�cid� par la loi du 10 ao�t 1964 et le d�cret du 25 f�vrier 1965. Il est, avec le Val-d�Oise et l�Essonne, l�un des trois d�partements issus de la Seine-et-Oise et non limitrophes de Paris, appel�s pour cela de la � grande couronne �.</p><p>Il englobe au nord la quasi-totalit� de la vall�e de la Seine en aval de Paris � partir de Bezons (Val-d�Oise) ; � l�ouest, il a conserv� les limites de l�ancienne Seine-et-Oise avec l�Eure et l�Eure-et-Loir ; au sud-est, sa limite avec l�Essonne recoupe toutes les vall�es est-ouest du Hurepoix en zigza-guant le long d�une ligne N.-E. - S.-O.</p><p>qui joindrait V�lizy-Villacoublay � Authon-la-Plaine ; enfin, au nord-est, les Yvelines jouxtent les Hauts-de-Seine, de Carri�res-sur-Seine � V�lizy-Villacoublay.</p><p>Les dimensions du d�partement ne</p><p>d�passent pas 70 km du nord au sud et 50 km d�est en ouest. Ses 1 082 255 habitants appartiennent � 261 communes, dont 163 rurales et 98 urbaines. Les agglom�rations les plus importantes sont, outre Versailles (env. 150 000 hab.), celles de Mantes (60 000 hab.), de Saint-Germain-en-Laye (50 000 hab.), de Poissy (40 000 hab.) et de Meulan-Les Mureaux (35 000 hab.).</p><p>La partie la plus industrielle, la plus active, la plus peupl�e est indiscutablement la vall�e de la Seine. Le reste du d�partement, en dehors de l�agglom�ration versaillaise, du secteur de Trappes et de Rambouillet, reste tr�s rural et d�abord tr�s bois� avec les for�ts de Saint-Germain, de Marly et surtout de Rambouillet et de Dourdan, mais aussi de nombreux bois dispers�s, comme dans la r�gion de Thoiry.</p><p>N�anmoins, la banlieue parisienne se d�veloppe dans quatre directions : la pouss�e principale s�effectue le long de la vall�e de la Seine ; une autre</p><p>suit l�axe Versailles-Rambouillet : elle est acc�l�r�e par la r�alisation de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines ; deux avanc�es moindres se produisent, l�une le long de l�axe Versailles-Houdan jusqu�� Neauphle-le-Ch�teau, l�autre autour de Saint-R�my-l�s-Chevreuse, terminus de la ligne de Sceaux.</p><p>En particulier dans ce d�partement, en raison de l�attrait du cadre naturel (relief relativement vari� et for�ts), le d�veloppement des r�sidences secondaires pr�c�de celui de la banlieue.</p><p>Elles sont particuli�rement nom-</p><p>breuses dans tout le Hurepoix et la r�gion de Rambouillet et de Montfort-l�Amaury, mais aussi de part et d�autre de la Seine.</p><p>Du point de vue agricole, par rapport � la superficie, c�est certainement le d�partement le moins bien pourvu de la R�gion parisienne, en raison de son taux de boisement. Au nord, la vall�e de la Seine et le Versaillais voient se multiplier de plus en plus les cultures mara�ch�res, florales et fruiti�res aux d�pens des cultures traditionnelles.</p><p>� l�ouest, dans le Drouais (pays de Dreux), les cultures fourrag�res et l��levage deviennent tr�s importants, comme dans l�ouest du Vexin, qui lui</p><p>fait face de l�autre c�t� de la Seine.</p><p>Dans les Yvelines et la partie occidentale du Hurepoix, les espaces non bois�s sont consacr�s, dans des exploitations de taille moyenne, � des productions vari�es : c�r�ales (orge en particulier), pommes de terre et l�gumes secs, mais aussi prairies, cultures fourrag�res et �levage des bovins. Enfin, � l�extr�me sud, dans la r�gion d�Ablis, les Yvelines comprennent un morceau de Beauce.</p><p>La vall�e de la Seine poss�de d�importantes usines : Renault � Flins, Chrysler-Simca � Poissy, la centrale thermique de Porcheville, la raffinerie de p�trole (Elf-Erap) de Gargenville et de nombreuses usines m�tallurgiques et chimiques entre Poissy et Bonni�res, principalement � Meulan-Les Mureaux et � Mantes.</p><p>L�autoroute de Normandie acc�l�re encore cette croissance, mais la r�alisation de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines, pr�s de Trappes, et la mise en service de l�autoroute de Chartres (A 10) peuvent att�nuer ce d�s�quilibre g�ographique dans le d�veloppement des Yvelines.</p><p>J. B.</p><p>F Saint-Germain-en-Laye / Versailles.</p><p>Z</p><p>Anneau ordonn� des entiers relatifs.</p><p>Un entier relatif est un nombre entier positif, n�gatif ou nul. On dit entier rationnel.</p><p>On peut d�finir dans l�anneau Z</p><p>d�une part une addition et une multiplication qui font de cet anneau un anneau commutatif, unitaire et int�gre, d�autre part une relation d�ordre qui rend cet anneau totalement ordonn�.</p><p>Ces op�rations sont l�addition et la multiplication ordinaires des nombres, et la relation d�ordre est la relation</p><p>� inf�rieur ou �gal � �. On peut d�finir ces structures de fa�on pr�cise.</p><p>D�finition des entiers</p><p>relatifs par une relation</p><p>d��quivalence dans N � N</p><p>N d�signe l�ensemble des entiers naturels 0, 1, 2, ... ; N � N est l�ensemble produit de N par N, c�est-�-dire l�ensemble des couples (x, y) o� x et y appartiennent � N. Dans N � N, on d�finit la relation R par</p><p>(a, b) R (a&#x2032;, b&#x2032;)   a + b&#x2032; = b + a&#x2032;.</p><p>Cette relation est :</p><p>� r�flexive, car a + b = a + b entra�ne (a, b) R (a, b) ;</p><p>� sym�trique, car</p><p>a + b&#x2032; = b + a&#x2032;   a&#x2032; + b = b&#x2032; + a   (a&#x2032;</p><p>, b&#x2032;) R (a, b) ;</p><p>� transitive, car (a, b) R (a&#x2032;, b&#x2032;) et (a&#x2032;, b&#x2032;) R (a&#x2033;, b&#x2033;) est �quivalent � a + b&#x2032; = b + a&#x2032; et a&#x2032; + b&#x2033; = b&#x2032; + a&#x2033;, ce qui donne, par addition membre � membre,</p><p>a + b&#x2033; = b + a&#x2033;   (a, b) R (a&#x2033;, b&#x2033;).</p><p>La relation ainsi d�finie dans N � N est une relation d��quivalence.</p><p>L�ensemble des classes d��quivalence, c�est-�-dire l�ensemble-quotient de N � N par R, est appel� l�ensemble des entiers relatifs.</p><p>exemples de couples �quivalents</p><p>Les couples (2, 7), (13, 18), (732, 737) sont �quivalents : ils repr�sentent le m�me entier relatif. Il en est de m�me pour les couples (9, 6), (20, 17), (3, 0).</p><p>Dans chaque classe d��quivalence, il existe un couple dont l�un des �l�-</p><p>ments, au moins, est �gal � z�ro.</p><p>Dans ces deux exemples, il s�agit des couples (0, 5) et (3, 0). Le couple (0, 0) est repr�sentant de la classe (a, a), dans laquelle a d�crit N. Ainsi, tout entier relatif admet un repr�sentant canonique ayant l�une des trois formes (m, 0) ou (0, n) ou (0, 0), m et n &#x2208; N*.</p><p>Ces trois formes diff�rentes de repr�-</p><p>sentants canoniques correspondent aux entiers positifs, n�gatifs ou nuls tels qu�on a l�habitude de les utiliser dans les calculs �l�mentaires. On pose classe de (m, 0) = m ; classe de</p><p>(0, n) = � n et classe de (0, 0) = 0.</p><p>On d�signe par Z+ (resp. Z�) l�ensemble des entiers relatifs positifs ou nuls (resp. n�gatifs ou nuls). Ainsi, Z+ &#x2229; Z� = {0} et Z+ &#x222A; Z� = Z.</p><p>Addition dans Z</p><p>�tant donn� deux couples (a1, b1) et (a2, b2) �l�ments de N � N, on appelle somme de ces couples, dans l�ordre donn�, le couple (a1 + a2, b1 + b2). A priori, on doit noter autrement que par le signe + cette nouvelle addition dans Z. Mais on peut confondre les deux signes et consid�rer qu�il n�y a qu�une seule et m�me addition dans Z et dans N. La d�finition de l�addition dans Z</p><p>doit �tre justifi�e : on doit obtenir le m�me r�sultat quel que soit le repr�-</p><p>sentant utilis�. De fa�on pr�cise, si (a, b) R (a&#x2032;, b&#x2032;) et (c, d) R (c&#x2032;, d&#x2032;), on doit avoir</p><p>(a + c, b + d) R (a&#x2032; + c&#x2032;, b&#x2032; + d&#x2032;).</p><p>Or,</p><p>(a, b) R (a&#x2032;, b&#x2032;)   a + b&#x2032; = a&#x2032; + b, (c, d) R (c&#x2032;, d&#x2032;)   c + d&#x2032; = c&#x2032; + d, ce qui entra�ne</p><p>a + c + b&#x2032; + d&#x2032; = a&#x2032; + c&#x2032; + b + d ou (a</p><p>+ b, b + d) R (a&#x2032; + c&#x2032;, b&#x2032; + d&#x2032;).</p><p>On peut donc prendre n�importe quel repr�sentant pour effectuer la somme de deux �l�ments de Z.</p><p>Dans Z, l�addition est :</p><p>� associative, &#x2200; x, y et z &#x2208; Z,</p><p>x + (y + z) = (x + y) + z ;</p><p>� commutative, &#x2200; x et y &#x2208; Z,</p><p>x + y = y + x ;</p><p>� � �l�ment neutre, &#x2200; x &#x2208; Z, x + 0 = x.</p><p>[On devrait �crire x + (0, 0) = x.]</p><p>Enfin, tout �l�ment x de Z poss�de un sym�trique appel� oppos�, x&#x2032;, tel que x + x&#x2032; = (0, 0). En fait, x&#x2032; peut �tre not� � x.</p><p>L�ensemble Z, muni de l�addition</p><p>des entiers relatifs, est un groupe commutatif.</p><p>Multiplication dans Z</p><p>Comme dans le cas de l�addition, on d�finit une op�ration dans l�ensemble N � N ; le r�sultat obtenu ne d�pend pas des repr�sentants choisis dans deux classes donn�es, ce qui d�finit une op�-</p><p>downloadModeText.vue.download 567 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11778</p><p>ration sur les classes d��quivalence, donc dans Z. �tant donn� deux couples (a1, b1) et (a2, b2) d�entiers naturels, on appelle produit de ces couples, pris dans l�ordre donn�, le couple (a1 a2 + b1 b2, a1 b2 + a2 b1).</p><p>Le produit (a, b) � (c, d) est �quivalent au produit (a&#x2032;, b&#x2032;) � (c&#x2032;, d&#x2032;) si (a, b) et (c, d) sont respectivement �quivalents � (a&#x2032;, b&#x2032;) et (c&#x2032;, d&#x2032;). Pour cela, on v�rifie successivement que</p><p>(a, b) � (c, d) R (a&#x2032;, b&#x2032;) � (c, d) et (a&#x2032;, b&#x2032;) � (c, d) R (a&#x2032;, b&#x2032;) � (c&#x2032;, d&#x2032;).</p><p>Dans Z, la multiplication, not�e</p><p>comme dans N, est :</p><p>� associative, &#x2200; x, y et z &#x2208; Z,</p><p>(xy) z = x (yz) ;</p><p>� commutative, &#x2200; x et y &#x2208; Z, xy = yx ;</p><p>� distributive par rapport � l�addition,</p><p>&#x2200; x, y et z &#x2208; Z, x (y + z) = xy + xz.</p><p>L��l�ment (1, 0), not� 1, est neutre pour la multiplication</p><p>1 &#x2219; x = x, &#x2200; x &#x2208; Z.</p><p>L�ensemble Z muni de l�addition et de la multiplication des entiers relatifs est un anneau commutatif, unitaire et int�gre.</p><p>La derni�re propri�t� �nonc�e,</p><p>l�int�grit�, r�sulte du fait que, dans Z, xy = 0 entra�ne x = 0 ou y = 0. Sous une autre forme, (x &#x2260; 0 et y &#x2260; 0) entra�ne xy &#x2260; 0. Comme cons�quence, tout �l�-</p><p>ment de Z* = Z � {0} est r�gulier pour la multiplication. En effet,</p><p>xa = xb   xa � xb = 0   x (a � b) = 0</p><p>a � b = 0,</p><p>ou a = b, si x &#x2208; Z*. Ainsi, l��galit� xa = xb entra�ne a = b, c�est-�-dire permet la simplification par x.</p><p>Relation d�ordre dans Z</p><p>On d�finit dans Z la relation telle que (inf�rieur</p><p>ou �gal �). Cette relation est :</p><p>� r�flexive, car &#x2200; x &#x2208; Z, x � x = 0 &#x2208; Z+ ;</p><p>� antisym�trique, car</p><p>est �quiva-</p><p>lent � y � x &#x2208; Z+ et x � y &#x2208; Z+ ; d�o� x � y &#x2208; Z+ &#x2229; Z� = {0}, c�est-�-dire x � y = 0 ou x = y ;</p><p>� transitive, car</p><p>ou z � x &#x2208; Z+, donc</p><p>C�est donc une relation d�ordre au sens large (ordre r�flexif). De plus, cet ordre est total. En effet, &#x2200; x et y &#x2208; Z, on a ou bien (x � y) &#x2208; Z+ et ou</p><p>bien x � y &#x2208; Z� et . Il se peut que x � y &#x2208; Z+ &#x2229; Z� = {0} et x = y, ce que n�excluent pas les deux cas envisag�s d�abord.</p><p>Z muni de est une cha�ne.</p><p>Tout entier positif x est tel que x &#x2208; Z+ ; d�o� x � 0 &#x2208; Z+ et</p><p>Tout entier n�gatif y v�rifie y &#x2208; Z� ; d�o�</p><p>Tout entier n�gatif est inf�rieur � tout entier positif : il suffit d�utiliser la transitivit� et l��l�ment 0.</p><p>Enfin, &#x2200; x &#x2208; Z,</p><p>car, si</p><p>z � y &#x2208; Z+,</p><p>z � y + x � x = z + x � (y + x) &#x2208; Z+.</p><p>Cette propri�t� indique la compa-</p><p>tibilit� de la relation avec la loi +</p><p>dans Z.</p><p>On r�sume tous ces r�sultats en</p><p>disant que Z, muni de + et , est un groupe ordonn�.</p><p>�TUDE DE LA RELATION D�ORDRE VIS!</p><p>�!VIS DE LA MULTIPLICATION.</p><p>Si , y � x &#x2208; Z+ et si z &#x2208; Z+,</p><p>(y � x) z &#x2208; Z+ ou yz � xz &#x2208; Z+. D�o� En revanche, si z &#x2208; Z�,</p><p>Ainsi, dans Z, une in�galit� est conserv�e quand on multiplie ses deux</p><p>membres par un nombre positif et renvers�e quand on les multiplie par un nombre n�gatif. Z, muni de +, � et est un anneau ordonn�.</p><p>Pour tout �l�ment x de Z, la va-</p><p>leur absolue de x est le plus grand des deux nombres x et � x ; on note</p><p>| x | = sup (x, � x).</p><p>Si x &#x2208; Z+, | x | = x ; si x &#x2208; Z�, | x | = � x.</p><p>Pour tous x et y de Z :</p><p>Divisibilit� dans Z</p><p>�tant donn� un nombre a de Z et un nombre b appartenant � l�ensemble N* des entiers naturels non nuls, on peut classer le nombre a par rapport aux nombres de l�ensemble</p><p>b Z = {x, x = bn, n &#x2208; Z}. Il se peut qu�il existe q &#x2208; Z tel que a = bq. Dans ce cas, on dit que b divise a. Si b ne divise pas a, on peut placer a entre deux nombres multiples cons�cutifs de b : bq &lt; a &lt; b (q + 1). Les deux cas peuvent �tre r�sum�s :</p><p>� par la double in�galit�</p><p>� par les relations</p><p>Les nombres q et r sont uniques. Les relations (2) caract�risent la division euclidienne, dans Z, de a par b. L�entier relatif q est le quotient � une unit� pr�s par d�faut de a par b. L�entier naturel r est le reste de cette division.</p><p>Congruences arithm�tiques</p><p>�tant donn� un entier n &#x2208; Z, deux entiers x et x&#x2032; de Z ont m�me reste dans la division par n si, et seulement si, leur diff�rence est un multiple de n. Dans ce cas, on dit que x et x&#x2032; sont congrus modulo n.</p><p>Dans Z, la relation</p><p>x R x&#x2032;   x � x&#x2032; = kn est une relation d��quivalence. On note x &#x2261; x&#x2032; (n).</p><p>L�addition et la multiplication de Z</p><p>sont compatibles avec la congruence modulo n</p><p>(x &#x2261; x&#x2032; et y &#x2261; y&#x2032;)   x + x&#x2032; &#x2261; y + y&#x2032; et xx&#x2032; = yy&#x2032; (n).</p><p>Ainsi, on peut additionner ou</p><p>multiplier membre � membre deux</p><p>congruences modulo n.</p><p>L�ensemble-quotient de l�en-</p><p>semble Z par la congruence modulo n, muni des op�rations induites de celles de Z, l�addition et la multiplication, est un anneau commutatif et unitaire. Si n n�est pas un nombre premier,</p><p>n�est pas int�gre. En effet,</p><p>la barre d�signant la classe d��qui-</p><p>valence, mais D�o� Mais si n est premier, p et q n�existent pas et est un corps.</p><p>Les congruences arithm�tiques sont utilis�es de fa�on courante en arithm�-</p><p>tique et dans la th�orie des nombres.</p><p>Elles permettent de simplifier des calculs sur la divisibilit�, puisque tout nombre est remplac� syst�matiquement par son reste, qui lui est inf�rieur ou �gal. Elles sont un pr�cieux instrument de d�monstration.</p><p>Exemple. On veut savoir si le nombre 999 999 est divisible par 7.</p><p>999 999 = 106 � 1 ; 10 &#x2261; 3 (7), d�o� 106 = 36 (7).</p><p>Mais 36 = (32) 3 = 93 &#x2261; 23 (7),</p><p>puisque 9 &#x2261; 2 (7).</p><p>D�o� 36 &#x2261; 1 (7) et 106 � 1 &#x2261; 36 � 1 &#x2261; 1</p><p>� 1 &#x2261; 0 (7).</p><p>Le nombre 999 999 est divisible par 7.</p><p>E. S.</p><p>F Anneau / N / Q / Relation binaire.</p><p>&amp; A. Chatelet, Arithm�tique et alg�bre modernes (P. U. F., 1954-1956, 2 vol. ; nouv. �d., 1966, 3 vol.). / J. Itard, Arithm�tique et Th�orie des nombres (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1963 ; 3e �d., 1973) ; les Nombres premiers (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1969). / C. S. Ogilvy et J. T. Anderson, Excursions in Number Theory (Fair Lawn, N. J., 1966 ; trad. fr. Excursions dans la th�orie des nombres, Dunod, 1970). / O. Ore, Invitation to the Number Theory (Westminster, Maryland, 1969 ; trad. fr. Initiation � la th�orie des nombres, Dunod, 1970).</p><p>Zadkine (Ossip)</p><p>F EXPRESSIONNISME ET SCULP-</p><p>TURE.</p><p>Zagreb</p><p>Deuxi�me ville de Yougoslavie, capit.</p><p>de la r�publique de Croatie*.</p><p>La population de la ville est pas-</p><p>s�e de 100 000 habitants au d�but de ce si�cle � 266 000 apr�s la Seconde Guerre mondiale, � 566 000 au dernier recensement de 1971, en aug-</p><p>mentation d�environ un tiers depuis 1961. L�agglom�ration compte plus de 600 000 habitants.</p><p>Position g�ographique et site sont les deux facteurs de l�extension de la ville.</p><p>Celle-ci est connue d�s le XIe s. sur le m�me emplacement, non loin d�une</p><p>ville romaine, Andautonia, plus proche de la Save. Les premiers quartiers se situent au croisement de deux routes : la voie nord-sud, qui joint le littoral � la Slavonie ; la route ouest-est, suivant la Save, de Ljubljana � Belgrade.</p><p>Au d�bouch� des Pr�alpes Slov�nes, � l�entr�e d�une voie navigable tra�ant une large vall�e, la Save, au point o� la route maritime atteint les pays riches de l�int�rieur, Zagreb est au Moyen �ge un march�, un centre d�artisanat et de commerce, de transformation des produits agricoles. Elle sera au XIXe s.</p><p>l�une des premi�res villes de manufactures dans la p�ninsule balkanique.</p><p>Elle a �t�, en outre, favoris�e par l�histoire. Elle a �t� � l�abri des incursions turques, m�me apr�s la prise de Sisak (la premi�re ville en aval sur la Save) par les Ottomans � la fin du XVIe s. Elle accrut ainsi son avantage sur Belgrade, devint ville fronti�re et poste militaire, et aussi, lorsque les Turcs se retir�rent apr�s le trait� de Karlowitz (auj. Sremski Karlovci)</p><p>[1699], un des centres administrant et ravitaillant l�organisation de la Milit�r-grenze (les � Confins militaires �) ainsi qu�un lieu d��changes des produits de l�Occident et de l�Orient.</p><p>Cette position s�est renforc�e : par le percement, dans la seconde moiti� du XVIIIe s., des trois routes marchandes qui menaient � Fiume (auj. Rijeka), alors d�bouch� maritime de l�Autriche-Hongrie, plus sp�cialement de Budapest ; par l��tablissement d�une voie ferr�e avec la Slov�nie et l�Autriche, avec Fiume et Budapest en 1873, date apr�s laquelle, � partir des ateliers de r�paration du chemin de fer, se d�veloppa une industrie m�tallurgique. De nos jours, Zagreb est reli�e � Rijeka par une voie ferr�e �lectrifi�e et par downloadModeText.vue.download 568 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11779</p><p>une route touristique. On envisage la construction d�une seconde route menant directement � Split ainsi que celle de l�ol�oduc Adria, qui, passant � proximit� de Zagreb, doit atteindre � partir du port de Bakar la ville de Budapest.</p><p>Le site est tout aussi remarquable.</p><p>Au pied d�une montagne de 1 000 m d�altitude, qui domine la plaine de la Save, longtemps mar�cageuse et inondable, la ville s�allonge sur les premi�res terrasses et les buttes d�coup�es par des rivi�res descendant de la Med-vednica. Ainsi, elle s�est d�velopp�e en plusieurs �tapes, incluant chaque fois de nouveaux �l�ments du site. Deux petites collines, Gradec, ou Gri&#x10D; (site de la � ville du b�n �), et Kaptol (portant la cath�drale, la � ville de l��v�que �), forment les deux premiers noyaux de la cit� m�di�vale. Puis la ville marchande s��tend au pied des collines dans la direction ouest-est, le long de la voie appel�e Ilica (la � rue �). La troisi�me ville, celle du XIXe s., occupe tout l�espace situ� entre Ilica et une place centrale (de nos jours, place de la R�publique), d�une part, et la gare et le chemin de fer, d�autre part : avenues se coupant � angles droits, style autrichien des immeubles, c�est la ville bourgeoise. Depuis la Lib�ration, de nouveaux quartiers ont �t� cr��s. Au-del� de la voie ferr�e, jusqu�� l�autoroute Ljubljana-Belgrade, entre l�autoroute et la Save, les quelques lotissements isol�s d�avant guerre ont �t� submerg�s par de nouvelles constructions, r�sidentielles ou administratives. Au-del� de la Save se situent les b�timents de la Foire, l�Institut maritime et un quartier r�sidentiel. Sur les pentes du Sljeme, les villas, d�j� apparues avant guerre, se sont multipli�es : l� s��tend l�un des plus beaux quartiers r�sidentiels de toutes les villes yougoslaves. Enfin, l�extension s�est faite en longueur vers l�ouest (o� se situent la majeure partie des usines) et vers l�est.</p><p>Les fonctions de la ville d�rivent de son histoire et du r�le qu�elle joue dans</p><p>la F�d�ration yougoslave. Zagreb est avant tout la capitale de la deuxi�me r�-</p><p>publique de la F�d�ration et, � ce titre, concentre les minist�res, les organes de planification. La vie culturelle y est intense. La ville est rest�e le si�ge de l�Acad�mie yougoslave des sciences et des arts, fond�e par Mgr J. J. Strossmayer (1815-1905), d�une universit� fr�quent�e par des milliers d��tudiants, de nombreuses maisons d��dition, de studios de cin�ma. Elle est un centre d�expositions vari�es, et ses �coles de peinture et surtout d�architecture sont connues � l��tranger.</p><p>Le commerce de d�tail et de gros</p><p>s�est aliment�, au cours des deux derniers si�cles, des apports autrichiens et isra�lites, des capitaux de la Double Monarchie. Zagreb est rest�e la ville � la fois des grands magasins et des boutiques. Le commerce international est symbolis� par la Foire d�automne, qui r�unit des centaines d�exposants et qui appara�t l�une des plus actives de l�Europe du Sud-Est.</p><p>Enfin, l�industrie compte 140 entreprises importantes, employant plus de 70 000 salari�s. La ville a h�rit� de l�artisanat m�di�val et des manufactures des XVIIIe et XIXe s. L�industrie traditionnelle transforme les produits de la campagne : bois, cuir, brasseries, conserveries, industries alimentaires et textiles. Elle s�est d�velopp�e avec les chemins de fer, point de d�part de la branche m�tallurgique : fabrication de chaudi�res � vapeur, �quipement m�canique, puis mat�riel �lectrique avec l�usine Rade Kon&#x10D;ar, une des plus c�l�bres de Yougoslavie, occupant plusieurs milliers de salari�s. Enfin, les industries modernes, mati�res plastiques et fibres synth�tiques, doivent s�accro�tre avec l�extension de la p�trochimie de Sisak, atteinte par le nouvel ol�oduc. Ces industries sont ravitaill�es en �lectricit�, mais aussi en gaz</p><p>naturel de Slavonie.</p><p>Zagreb attire plus de 20 000 salari�s � 50 km � la ronde ; un nombre �gal originaire de la ville est employ� en banlieue. Elle fournit le dixi�me de la valeur de la production industrielle de la Yougoslavie.</p><p>A. B.</p><p>F Croatie.</p><p>Za�re</p><p>Anc. congo belge, puis congo-kinshasa, le plus �tendu des �tats d�Afrique noire (2 345 000 km 2) et l�un des plus peupl�s (25 millions d�habitants [Za�-</p><p>rois]). Capit. Kinshasa*.</p><p>Ses fronti�res englobent environ les deux tiers du bassin du fleuve Congo (auj. Za�re), mais l��tat ne poss�de qu�une fa�ade oc�anique �troite.</p><p>G�OGRAPHIE</p><p>Les grands traits</p><p>de la g�ographie</p><p>physique et humaine</p><p>Le relief donne au Za�re l�aspect d�un vaste amphith��tre ouvert en direction du nord-ouest. La partie la plus basse est constitu�e par une plaine de 750 000 km 2, o� se sont accumul�es d��paisses couches d�alluvions. Mais celles-ci, en provenance des hauteurs p�riph�riques, ont elles-m�mes subi une certaine �rosion. Sur le pourtour, les cours d�eau se sont encaiss�s, d�coupant de hautes terrasses allong�es dans les interfluves ; vers l�aval, les diff�rences de relief s�att�nuent et les crues s��talent dans des zones mar�cageuses. Les lacs Tumba et Ma� Ndomb� semblent le r�sultat d�un ennoiement r�cent.</p><p>D��paisses s�ries de gr�s d��ge secondaire, en partie masqu�es par des d�p�ts tertiaires (syst�me du Kalahari), forment une premi�re aur�ole dont l�altitude cro�t vers l�ext�rieur, passant de 500 � 900 ou 1 000 m selon les</p><p>endroits. C�est la morphologie de plateaux qui est la plus r�pandue, mais les rivi�res ont creus� de profondes vall�es, au fond desquelles se succ�dent chutes, biefs �largis et rapides. Les terrains pr�cambriens du socle, dont le gauchissement a form� la cuvette congolaise, apparaissent sur la p�ri-ph�rie, o� granites et roches m�tamor-phiques donnent de hautes surfaces au relief tr�s mou, qui ont �t� port�es � 1 500 m d�altitude au Katanga (auj.</p><p>Shaba*). � l�ouest, le style pliss� des vieilles cha�nes pr�cambriennes se traduit aujourd�hui par un relief appalachien vigoureux, quoique peu �lev�, que le Za�re franchit non sans peine.</p><p>� l�est enfin, des mouvements tectoniques violents sont � l�origine des foss�s profonds o� se logent les grands lacs (Mobutu, Idi Amin Dada, Kivu, Tanganyika), des horsts comme le</p><p>Ruwenzori (5 119 m) et des appareils volcaniques tels que les monts Birunga (Karisimbi : 4 507 m).</p><p>Travers�e par l��quateur, la r�publique du Za�re est abondamment</p><p>arros�e ; elle re�oit presque partout plus de 1 200 mm d�eau par an. Seul le littoral, plac� sous l�influence du courant de Benguela, est assez peu humide (800 mm). La zone �quatoriale (boucle du Za�re) se trouve envelopp�e par l�isohy�te de 1 800 mm, les pluies �tant plus fortes encore sur le versant occidental des montagnes de l�Est. Les pr�cipitations se produisent toute l�ann�e, avec une nette recrudescence apr�s les �quinoxes (avr.-mai, sept.-oct.). La temp�rature moyenne ne s��loigne gu�re de 26 �C, et les amplitudes thermiques sont faibles. Avec l�augmentation de la latitude, le r�gime des pluies se modifie pour devenir nettement tropical. Les totaux pluviom�triques d�croissent (1 390 mm � Kinshasa, 1 240 mm � Lubumbashi), et une saison s�che de plus en plus longue se dessine : elle dure deux mois dans le Nord, cinq mois � Kolwezi, sept mois � Lubumbashi (avr.-oct.).</p><p>En m�me temps, les amplitudes thermiques deviennent tr�s marqu�es, et l�altitude contribue � un net abaissement des moyennes : 17 �C en juillet � Lubumbashi.</p><p>Les caract�res climatiques se re-</p><p>fl�tent directement dans le r�gime des cours d�eau. Les grands types de formations v�g�tales correspondent dans une large mesure avec les aires climatiques, mais l�homme intervient pour modifier la nature et les limites de ces formations. La grande for�t humide co�ncide avec la partie la plus basse de la cuvette. Couvrant un million d�hectares, elle offre des aspects moins monotones qu�on ne l�imagine : l�abondance de certaines essences lui donne localement un visage original.</p><p>Elle est fr�quemment perc�e de larges clairi�res herbeuses, sans doute issues de d�frichements. Elle se prolonge downloadModeText.vue.download 569 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11780</p><p>en galeries �troites le long des cours d�eau, dans le domaine de la savane, l� o� la saison s�che devient s�v�re.</p><p>La savane rev�t aussi des aspects multiples : pauvre et basse sur les sols trop perm�ables ou engorg�s, elle s�enrichit ailleurs, se pars�me de buissons et d�arbres, et passe m�me souvent � la for�t claire, qui perd ses feuilles pendant une partie de l�ann�e et conna�t des incendies p�riodiques.</p><p>La plus grande partie du Za�re est peupl�e par des hommes appartenant au groupe bantou. Ils s�y sont install�s � la suite de migrations dont l�origine est tr�s incertaine (moyen Niger ? lac Tchad ? hauts-plateaux de l�Afrique orientale ?). Ceux qui se sont fix�s dans la for�t en imposant leur tutelle aux Pygm�es (qui sont encore pr�s de 200 000) ont d�velopp� la � civilisation des clairi�res � (J. Maquet) et adopt� une s�rie de plantes nouvelles import�es. Dans un milieu peu propice � la formation de soci�t�s bien structur�es, ils sont rest�s fragment�s en unit�s peu nombreuses et instables. Au contraire, les r�gions de savanes plus ou moins bois�es qui s��tendent au sud ont permis la naissance de royaumes puissants, bien organis�s et stables, dont les souverains se sont succ�d� pendant plusieurs si�cles, avant de conna�tre disparition ou d�cadence (royaume du Congo, Empire lounda, royaume louba, royaume kouba, etc.). Ils sont caract�-</p><p>ristiques de la � civilisation des greniers �. Les non-Bantous, bien moins nombreux, comprennent des groupes soudanais, d�ailleurs chevauchant les fronti�res, comme les Ngbakas et les Zand�s au nord, les Nilotiques au nord-est.</p><p>On manque totalement de donn�es</p><p>d�mographiques suivies depuis le</p><p>recensement g�n�ral de 1960, et l�on ignore tout des incidences qu�ont pu avoir en ce domaine les luttes sanglantes de la p�riode d�anarchie.</p><p>D�apr�s des estimations r�alis�es par les autorit�s za�roises, le pays aurait en 1974 environ 25 millions d�habitants.</p><p>En raison de son �tendue, le Za�re appara�t cependant comme sous-peupl�, avec une moyenne gu�re sup�rieure � 10 habitants au kilom�tre carr�. Mais l�urbanisation a absorb� une partie de la population des villages, et la densit� rurale est inf�rieure � 7 habitants au kilom�tre carr�. La r�partition des hommes est tr�s in�gale : � des zones presque vides (basse cuvette, plateaux du Shaba, Bandundu m�ridional)</p><p>s�opposent des r�gions assez occup�es (Bas-Za�re, basses vall�es du Kwilu et du Kasa�, montagnes de l�Est), o� quelques secteurs sont m�me � la limite du surpeuplement relatif.</p><p>Le ph�nom�ne marquant du dernier</p><p>quart de si�cle est le mouvement d�urbanisation qui, frein� par les autorit�s coloniales avant 1960, s�est d�velopp� sans entraves au cours des ann�es ult�-</p><p>rieures. Aux causes traditionnelles toujours puissantes (attrait des salaires et de l�anonymat urbain, m�sententes et rivalit�s au sein de la communaut� villageoise) s�est ajout�e la recherche de la s�curit� des personnes. Les villes ont jou� un r�le de refuge qui a provoqu� un gonflement �norme de leurs effectifs. Le cas le plus typique est celui de la capitale, pass�e de 400 000 habitants en 1960 � 900 000 habitants en 1967</p><p>et � 1 500 000 habitants en 1974. Au rythme actuel de sa croissance, elle comptera 2 millions d�habitants en 1980. On est moins renseign� sur les autres agglom�rations urbaines. On admet que le quart de la population congolaise est d�sormais urbanis�.</p><p>La situation agricole et ses grands probl�mes</p><p>Le monde rural consacre encore une tr�s large partie de ses activit�s � l�agriculture de type traditionnel (et localement � l��levage). L��conomie de subsistance cohabite cependant aujourd�hui avec une �conomie commerciale qui s�est d�velopp�e pendant la p�riode coloniale et touche la plus grande partie du pays.</p><p>Les cultures vivri�res, qui sont surtout aux mains des femmes, sont pratiqu�es selon les techniques classiques de l�Afrique tropicale : d�frichage et br�lis, travail l�ger du sol � l�aide d�outils simples, abandon des parcelles apr�s quelques cycles culturaux et ja-ch�re plus ou moins longue. Quelques m�thodes d�enrichissement de la terre sont � signaler : incendie de d�bris v�g�taux rapport�s (syst�me chiti-m�n�), formation de buttes, billons, plates-bandes avec ou sans �cobuage, apport de d�chets domestiques ou de fumier animal (Kivu). L�organisation du terroir n�est pas le fait du hasard : la disposition concentrique des diff�-</p><p>rentes sortes de parcelles r�pond � une n�cessit�, et l�utilisation des zones foresti�res � une recherche des meilleurs sols. Mais la d�gradation progressive de la v�g�tation arbor�e et l�extension des savanes prouvent qu�il y a un d�s�-</p><p>quilibre certain entre les besoins et les ressources. Sur chacun des champs, l�association de plusieurs plantes est fr�quente ; mais il n�existe pas de sch�ma immuable, et les esp�ces varient selon les lieux, les moments et les personnes. Il en est de m�me pour les types de rotations, qui d�pendent beaucoup des r�gions consid�r�es. Les cultures commerciales impos�es sont venues d�ailleurs s�introduire dans la succession traditionnelle des plantes, en la modifiant quelque peu.</p><p>Le manioc est la culture de base dans l�ouest et le sud-ouest du pays, mais il est pr�sent presque partout. Introduit au XVIe s. par les Portugais, il a beaucoup progress� en �liminant partiellement les c�r�ales ; il offre en effet sur elles l�avantage d��tre plus rustique et de ne pas poser de probl�mes de conservation, puisqu�on ne le retire du sol qu�au</p><p>fur et � mesure des besoins. Sous forme de farine ou de � pains �, il constitue la nourriture de base de millions d�individus. Dans l�est et le nord-est du Za�re, la population est cependant rest�e fid�le � la banane l�gume, ou banane plantain, � la peau �paisse et c�tel�e, qui est mang�e cuite et sert �galement � fabriquer une bi�re tr�s appr�ci�e. Ailleurs, la banane est toujours pr�sente, mais demeure seulement un appoint.</p><p>Le ma�s est tr�s r�pandu, sauf dans les zones � saison s�che assez longue et s�v�re, o� il est relay� par les sorghos et les millets, moins exigeants en eau, mais qui imposent la construction de greniers. On fait �galement de la bi�re de sorgho. Le riz se pla�t au contraire dans les r�gions les plus arros�es (� cuvette za�roise �) puisqu�il est cultiv� uniquement sous pluie et sur d�friche foresti�re ; on le trouve donc le plus souvent dans le lit majeur des cours d�eau. Mais � ces esp�ces fondamentales, qui fournissent l�essentiel de la ration alimentaire, s�en ajoutent de nombreuses autres qui leur sont souvent associ�es dans les parcelles cultiv�es ou qui font l�objet d�une culture pure. C�est le cas de la patate douce, plant�e seule ou avec le manioc, des ignames et des taros aux larges feuilles, de l�arachide, qui est souvent t�te d�assolement, des pois d�Angole et des haricots, ceux-ci jouant un r�le de premier plan au Kivu. Huile et boisson (vin de palme) sont tir�es du palmier � huile, rarement plant� par les paysans, mais exploit� partout ; la canne � sucre dresse ses hautes tiges dans les fonds humides. Les arbres fruitiers abondent, surtout autour des villages : manguiers, goyaviers, papayers, sagoutiers, cor-rossoliers, arbres � pain et naturellement bananiers � fruits.</p><p>La gamme assez large des produits vivriers obtenus, auxquels viennent se joindre ceux de la cueillette, du ramassage, de la chasse et de la p�che, assure un ravitaillement quotidien qui para�t suffisant en quantit�. Si la ration alimentaire est plut�t d�s�quilibr�e dans ses composants, elle n�est pas inf�-</p><p>rieure aux besoins, et l�on rel�ve plus de signes de malnutrition (comme le kwashiorkor chez les enfants) que de signes de sous-alimentation. Il n�en</p><p>reste pas moins qu�il suffit de peu de chose pour rendre critique la situation, et certaines r�gions du Za�re ont connu, dans un pass� r�cent, des disettes caract�ris�es (Kwango, r�gions orientales). Cependant, l�approvisionnement d�une masse croissante de citadins rest�s fid�les au manioc ou au millet ne laisse pas de causer des difficult�s (production insuffisante, transports mal organis�s), et c�est en milieu urbain que la sous-alimentation risque le plus de s��tendre.</p><p>La colonisation a �t� � l�origine du d�veloppement des cultures commerciales. La traite, pratiqu�e dans les �tablissements c�tiers puis � l�int�rieur du pays sous le contr�le �troit de grandes soci�t�s concessionnaires d�immenses domaines, a port� d�abord sur les produits du ramassage, tels le caoutchouc, les palmistes, le copal, la cire, l�ivoire.</p><p>Mais il apparut bient�t n�cessaire de passer au stade de la production, qui s�organisa essentiellement sous deux formes : par les colons et par les Za�-</p><p>rois eux-m�mes. Des superficies tr�s importantes furent conc�d�es soit � des particuliers, soit � des soci�t�s pour l��tablissement de plantations modernes, celles-ci s�installant sur des terres r�put�es � vacantes et sans ma�tres �. � la veille de l�ind�pendance, il y avait ainsi pr�s de 2 000 colons agriculteurs, nombreux surtout dans l�est et le sud-est du pays, produisant th�, caf�, cacao, caoutchouc, etc.</p><p>Le palmier � huile �tait exploit� dans des palmeraies industrielles ou bien dans les palmeraies naturelles gr�ce � des cueilleurs recrut�s par contrat, qui coupaient les r�gimes pour les livrer aux huileries (superficie en production : 230 000 ha).</p><p>Cependant, il �tait indispensable que le paysan particip�t plus directement au d�veloppement des cultures commerciales ; d�o� les pressions en vue des � cultures �ducatives �, imposant � chaque producteur en puissance la mise en place d�une parcelle de coton, de tabac, de caf�, etc., susceptible de lui fournir un revenu mon�taire. Cette politique s�appuya fortement sur la cr�ation de paysannats o� les ruraux �taient encadr�s, mais elle se heurta � downloadModeText.vue.download 570 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11781</p><p>de gros obstacles mat�riels et psychologiques et ne surv�cut pas � l�ind�-</p><p>pendance. N�anmoins, elle r�ussit � modifier profond�ment la situation ancienne, transformant � la fois certaines m�thodes et la mentalit� du paysan.</p><p>Au cours des ann�es 1960 � 1970, la situation politique a provoqu� d�abord un recul consid�rable de la production agricole (destructions sur les plantations, insuffisance de la main-d�oeuvre, abandon des contraintes officielles...).</p><p>Une s�rieuse reprise s�est manifest�e depuis 1966, et les chiffres les plus r�cents sont presque tous comparables � ceux de 1958 ou de 1959. Les productions d�huile de palme (200 000 t) et d�huile de palmiste (45 000 t) proviennent surtout de la � cuvette �.</p><p>Dispers�es dans la zone foresti�re, les plantations d�h�v�as ont fourni 40 000 t de caoutchouc. La culture du caf�ier s��tait d�velopp�e surtout dans les r�gions orientales (du lac Kivu � la fronti�re soudanaise), la vari�t� Ara-bica (12 000 t), plus recherch�e, prenant de l�importance par rapport � la vari�t� Robusta (65 000 t). En raison de l�altitude plus �lev�e, c�est l� �galement qu�est cultiv� le th�ier, tandis que le cacaoyer est beaucoup plus dispers�, de la boucle du Za�re au Mayombe. La canne � sucre a tr�s bien r�ussi dans les deux zones o� de grandes plantations ont �t� �tablies : � Moerbeke, pr�s de Thysville, dans le Bas-Za�re, et dans la plaine de la Ruzizi, pr�s de la fronti�re du Ruanda. Les besoins des villes ont fortement stimul� les cultures vivri�res : le Bas-Za�re participe tout entier au ravitaillement de Kinshasa, et le d�veloppement de cette activit� est aussi particuli�rement net le long des voies ferr�es : Lubumbashi-Dilolo et Lubumbashi Ilebo (anc.</p><p>Port-Francqui).</p><p>Par contre, la production de coton a du mal � se relever d�une chute brutale : alors qu�en 1959 le Za�re r�coltait plus de 60 000 t de coton-fibre et en exportait une bonne partie, il ne dispose plus maintenant que de 20 000 � 25 000 t.</p><p>La r�gression est plus ancienne pour</p><p>d�autres textiles, comme l�urena et le pounga, dont on a pu croire un moment qu�ils se substitueraient au jute, mais que maladies et difficult�s de commercialisation ont fait pratiquement abandonner.</p><p>L��levage n�est une activit� importante que dans l�est du Za�re, o� il correspond � une tradition ancienne.</p><p>Plusieurs centaines de milliers de bovins sont aux mains de paysans, pour qui les animaux sont un signe de prestige, mais non un placement rentable.</p><p>On conna�t les inconv�nients de cette</p><p>� boomanie � : surcharge des p�turages, tr�s mauvais rendement en viande et en lait d�animaux non s�lectionn�s et mal nourris. Il s�est av�r� n�cessaire de cr�er des ranches pour l�approvisionnement des grandes agglom�-</p><p>rations ; les b�tes, trypanotol�rantes, disposent d�une superficie consid�-</p><p>rable et re�oivent une ration d�appoint.</p><p>Les plus importants se trouvent dans le Bas-Za�re, au Shaba m�ridional et pr�s de Kananga. Quant aux volailles et au petit b�tail, on les trouve partout ; mais les techniques d��levage sont m�diocres, sinon inexistantes, les animaux vivant dans une libert� presque totale et se nourrissant par eux-m�mes.</p><p>La p�che a subi �galement une nette �volution. Elle continue d��tre active sous ses formes artisanales dans les lacs et les cours d�eau du territoire ; mais aux claies de branchages, aux poisons v�g�taux, aux harpons, utilis�s depuis toujours, aux nasses immerg�es en plein courant, comme celles des c�l�bres Ouag�nias de Kisangani, sont venus s�ajouter les filets de Nylon, les lignes, les hame�ons d�acier, qui h�tent la disparition des formes collectives de p�che. Par contre, les campagnes annuelles de basses eaux mobilisent des milliers d�individus, qui migrent vers les lieux de p�che et fument le poisson, lequel part ensuite vers les villes. Sur certains lacs, comme le Tanganyika, la p�che industrielle s�est d�velopp�e quelque peu ; elle a pris davantage d�ampleur sur la c�te atlantique, o� Pemarza utilise d�sormais de grands bateaux, qui d�barquent annuellement 15 000 t.</p><p>Ressources naturelles</p><p>et industrialisation Le Za�re est particuli�rement bien dot� en ressources naturelles, qui ont �t� mises en valeur avec rapidit� en d�pit des obstacles rencontr�s.</p><p>Ceux-ci restent importants dans le domaine forestier : proche du littoral, le Mayombe a �t� intens�ment exploit�, mais sa superficie �tait r�duite ; si la for�t dense de la cuvette est riche en essences utiles, elle est malheureusement �loign�e de la c�te, et de ce fait � peine entam�e encore. Sur les 200 000 m3 de bois sortis des coupes, la moiti� alimente le march� int�rieur.</p><p>Par contre, les gisements min�raux sont d�une exceptionnelle abondance ; li�s aux terrains les plus anciens, ils se dispersent du nord-est au sud-ouest du pays, et quelques-uns se situent aussi dans le Mayombe.</p><p>Le cuivre est partout au Shaba</p><p>m�ridional, o� il est associ� � divers m�taux, comme le zinc, le cobalt, le germanium, le cadmium, l�or. Les prospections se poursuivent, qui am�nent de nouvelles d�couvertes. �conomiquement, l�extraction et le raffinage �taient l�apanage de l�Union mini�re du Haut-Katanga (U. M. H. K.), qui, depuis sa nationalisation, est devenue la G�n�rale des carri�res et des mines (GECA-MINES). Les activit�s mi-ni�res n�ont jamais �t� interrompues, et la production ne cesse de cro�tre : 500 000 t de cuivre en 1973, 100 000 t de zinc, 15 000 t de cobalt, 320 t de cadmium. Plus au nord, notamment</p><p>� Kiseng�, se trouvent plusieurs gisements de minerai de mangan�se</p><p>(370 000 t), tandis que la cassit�rite est � Manono et dans le Maniema (7 000 t d��tain). L�or, sous-produit de l�industrie lourde, est aussi exploit� dans le Kivu et surtout dans le nord, notamment par l�Office des mines d�or de Kili-Moto (5 500 kg). Il faudrait citer encore de nombreux minerais rares, comme le wolfram (350 t), la colombo-tantalite (132 t), le germanium (15 t).</p><p>Les diamants, en majorit� destin�s � l�industrie, proviennent pour la plupart du Kasa� ; mais les 14 millions de carats officiellement contr�l�s ne re-pr�sentent pas toute la production, une contrebande active s�alimentant � des exploitations artisanales clandestines.</p><p>Mbuji-Mayi est le centre de la r�gion diamantif�re.</p><p>Les besoins en �nergie ne peuvent �tre couverts ni par le charbon, dont il n�existe que deux petits gisements au Shaba, ni par les hydrocarbures (schistes bitumineux dans la r�gion c�ti�re). Mais le potentiel hydro�lectrique est estim� � 100 000 MW. Une trentaine de centrales, dont certaines sont de grande taille, utilisent les chutes naturelles et les rapides ; la plus grande partie de la production (environ 3,5 TWh) est absorb�e par l�industrie ; mais la consommation urbaine exige de nouveaux �quipements. L�am�nagement du site d�Inga, sur le Za�re inf�-</p><p>rieur, se fera par �tapes et permettra l�installation progressive d�un complexe industriel ; la premi�re tranche, de 300 MW, fonctionne depuis 1972.</p><p>Usines et ateliers se sont multipli�s au Za�re depuis 1920, mais le mouvement s�est acc�l�r� surtout apr�s 1945 ; il ne semble pas avoir beaucoup souffert des �v�nements de 1960</p><p>� 1966. L�industrialisation b�n�ficiait � la fois d�une grande abondance de certaines mati�res premi�res et d�un march� int�rieur plus vaste que celui de bien des pays africains. Le d�veloppement s�est donc orient� dans deux directions. L�extraction et l�enrichissement des divers minerais constituent une sorte d�enclave �conomique. Localis�s dans le Sud-Est, les �tablissements produisent pour exporter vers l�Europe, et les m�taux en lingots ne font gu�re que transiter par les voies ferr�es et les voies d�eau vers les ports nationaux et �trangers. Seule une tr�s faible partie est travaill�e sur place, surtout � Lubumbashi et � Likasi (Ja-dotville). La fourniture des produits de grande consommation est concentr�e pour l�essentiel � Kinshasa, le reste se trouvant dans les autres grandes villes (Lubumbashi, Kisangani). �chappent � ce regroupement les industries agricoles telles que les huileries, les sucreries (45 000 t), les minoteries (de ma�s, de manioc), qui se dispersent sur les plantations et dans les r�gions productrices, et aussi une partie des scieries (celles qui se trouvent pr�s des chantiers forestiers).</p><p>Les difficult�s de la derni�re d�cennie en mati�re d�importations, certaines mesures protectionnistes ont eu pour effet de stimuler une production qui devait r�pondre � une demande int�rieure croissante (inflation mon�-</p><p>taire). Les branches les plus d�velopp�es sont celles de l�alimentation (mati�res grasses, sucre, farines, biscuiterie, boissons [4 Mhl de bi�re]), des textiles, qui ont vu se constituer de v�ritables complexes � int�gration verticale (filature, tissage, confection, bonneterie, etc.) et de la chaussure (7 200 000 paires en 1972). L�industrie chimique est en partie li�e au traitement des minerais (acide sulfurique, explosifs), mais comprend aussi le raffinage du p�trole (capacit� de 1 300 000 t, production de 750 000 t), des fabriques de gaz liquide, de peinture, de savon, d�objets en mati�re plastique. La petite m�tallurgie fournit une gamme tr�s large de produits, des chalands et des r�servoirs aux clous et aux petits outils. Des cha�nes install�es r�cemment montent des postes de radio, des cycles, des camions. Enfin, les cimenteries ont une capacit� de production (600 000 t) qui d�passe les besoins actuels. Le dynamisme �conomique est remarquable ; encourag�s par un retour � la stabilit� politique et par une conjoncture internationale favorable, les investissements �trangers se multiplient, favorisant un r�tablissement rapide de la situation.</p><p>downloadModeText.vue.download 571 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11782</p><p>Un secteur de l��conomie reste cependant d�ficient : celui des transports.</p><p>Le r�seau routier (140 000 km) est tr�s d�grad�, � l�exception de quelques axes bitum�s (Kinshasa-Matadi,</p><p>Lubumbashi-Kolwezi). Chemins de fer (5 200 km) et voies d�eau (16 000 km) avaient �t� con�us avant tout en fonction des exportations de mati�res premi�res. Les premiers conduisent donc directement aux ports �trangers les plus proches (Lobito et Beira) ou compl�tent le r�seau navigable : bretelles aboutissant aux points d�embarquement ou tron�ons �vitant les rapides.</p><p>L��quipement est in�gal : si une par-</p><p>tie est �lectrifi�e, une autre partie est � voie �troite (0,60 m pour la soci�t� des chemins de fer vicinaux du Za�re</p><p>� Viciza�re �). Les deux lignes les plus actives sont celles �vacuant le minerai du Shaba (avec un trafic de l�ordre de 5 Mt), et du C. F. M. K. (Matadi-Kinshasa), 1,8 Mt. Quant � la grande voie d�eau du Za�re et de ses affluents, elle n�a pas encore retrouv� son activit� ant�rieure � 1960 : le port de Kinshasa a un trafic proche du million de tonnes contre 1 600 000 t en 1959. Un probl�me assez s�rieux est pos� par la prolif�ration de la jacinthe d�eau, contre laquelle la lutte est difficile. Un projet de voie ferr�e prolongeant le K. D. L.</p><p>jusqu�� Kinshasa ou Inkisi r�duirait, s�il �tait r�alis�, la d�pendance du Za�re vis-�-vis de ses voisins. Les transports a�riens ont connu un essor consid�rable, mais ils ne jouent encore qu�un r�le �conomique restreint.</p><p>Il est indiscutable que le Za�re dispose d�excellents atouts dans ses efforts de d�veloppement : sa production agricole est tr�s diversifi�e, et il peut encore l�accro�tre. Les ressources naturelles sont abondantes, et l��tat contr�le aujourd�hui leur mise en exploitation. Le Za�re suffit aujourd�hui � une partie non n�gligeable de ses besoins int�rieurs gr�ce � une industrialisation assez pouss�e. Son commerce ext�rieur, �tant nettement exc�dentaire (40 millions de za�res en 1972), assure une bonne r�serve de devises. Il demeure encore quelques contraintes : celle de la distance, qui p�se sur le co�t des transports ; celles du sous-peuplement et surtout d�une in�gale r�partition des hommes ; celle, enfin, d�une urbanisation trop rapide, g�n�-</p><p>ratrice de d�s�quilibre �conomique et de ch�mage.</p><p>P. V.</p><p>F Afrique / Afrique noire / Kinshasa / Shaba.</p><p>HISTOIRE</p><p>Le Congo l�opoldien</p><p>C�est au cours de la conf�rence de Berlin, r�unie de novembre 1884 � f�vrier 1885, que L�opold II*, roi des Belges,</p><p>obtint des puissances la reconnaissance d�une immense possession personnelle dans le bassin du Congo. Ce succ�s sanctionnait des projets africains qui remontaient � 1875. Afin de s��tablir en Afrique tropicale, L�opold II, apr�s avoir organis� la Conf�rence internationale de g�ographie en 1876, avait obtenu la constitution d�une Association internationale africaine (A. I. A.) charg�e d�installer des stations � scientifiques et hospitali�res �, puis, en 1878, celle d�un Comit� d��tudes du Haut-Congo, �galement int�ress� � la prospection commerciale et plac� sous la direction de Stanley*, de retour de sa grande travers�e d�Afrique. En janvier 1879, celui-ci repartit pour le compte du Comit�, que L�opold II transforma en une Association internationale du Congo, dont il avait le contr�le total ; plus de quatre cents trait�s, qu�il fallait faire reconna�tre, furent pass�s par Stanley et ses successeurs, Edmond Hanssens (1843-1884), Alphonse Van Gele (1848-1939).</p><p>Utilisant avec habilet� les rivalit�s entre les Portugais, les Fran�ais et les Anglais, L�opold II r�ussit � faire admettre l�existence d�un �tat ind�pendant du Congo � Berlin ; il dut seulement accepter un statut particulier qui �tablissait la libert� de commerce et de navigation dans le bassin � conventionnel � du Congo et affirmait le devoir du souverain de lutter contre la traite et l�esclavage. Le nouvel �tat proclama sa neutralit�, comme l�Acte de Berlin l�y autorisait.</p><p>Reconnu, le Congo ind�pendant</p><p>n��tait pourtant pas enti�rement d�limit�. En 1884-85, L�opold II, qui avait accord� � la France un droit de pr�emption au cas o� il renoncerait � son ex-p�rience, avait accept� la souverainet� fran�aise sur le Kwilu-Niari au nord, downloadModeText.vue.download 572 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11783</p><p>celle du Portugal sur la rive gauche de l�embouchure du Za�re et le Cabinda.</p><p>Au cours des ann�es suivantes, il s�effor�a d��largir ses fronti�res vers</p><p>l�int�rieur. Tandis qu�il �liminait du Katanga Msiri, roi du Garengaze (Katanga), en 1891, il dut composer au sud-ouest (Angola) avec le Portugal en 1891 et au nord-est avec la France en 1894 ; celle-ci obtint l��vacuation des postes belges install�s au nord de l�Oubangui-M�Bomou. Vers le Nil,</p><p>L�opold II chercha l�appui des principaut�s arabo-swahili (Tippoo-Tip) et zand�, et re�ut un bail de la Grande-Bretagne sur le territoire de Lado.</p><p>Aux alentours de 1900, les fronti�res de l�actuel Za�re �taient atteintes, mais l�accord d�finitif avec la Grande-Bretagne ne se fit qu�en 1906 du c�t� du Ruanda. L�occupation du Congo avait n�cessit� de puissantes exp�ditions, dont deux tourn�rent mal : en 1895, avec la r�volte des Tetelas de Lulua-bourg ; en 1897, avec la mutinerie des auxiliaires de la mission Fran�ois Dha-nis, en marche vers le Nil. Cependant, en 1900, des postes �taient install�s sur tout le territoire et confi�s � des garnisons de troupes indig�nes de la force publique cr��e en 1885.</p><p>L�administration du Congo l�opol-</p><p>dien fut assur�e par un organisme central install� � Bruxelles, o� domin�rent d�abord Edmond Van Eetvelde (Affaires �trang�res et Justice) et Strauch (Int�rieur), et sur place par un gouverneur g�n�ral ; le premier, Camille Jans-sen, en d�saccord avec la politique �conomique du roi, d�missionna en 1890.</p><p>� cette date, l�exploitation du pays s�accentuait. Le chemin de fer de Matadi au Stanley Pool, envisag� d�s 1884</p><p>par le Comit� d��tudes, fut construit entre 1890 et 1898 par une soci�t� domin�e par Albert Thys (1849-1915) ; il permit d�atteindre le bassin navigable du Congo. Apr�s avoir tent� de r�aliser un monopole personnel de l�exploitation de l�ivoire et du caoutchouc, L�opold II dut accepter de partager avec les soci�t�s en octobre 1892. Tandis qu�il s�attribuait un � domaine priv� �, pr�lev� sur les terres dites � vacantes �</p><p>dans le Centre et le Nord, il laissait � des compagnies concessionnaires d�immenses espaces, o� elles assur�rent en m�me temps l�administration et l�exploitation : la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo, la Compagnie du Kasa�, l�Abir, la Soci�t� anversoise, la</p><p>Formini�re et surtout le Comit� sp�cial du Katanga, o� entr�rent des repr�sentants de l��tat.</p><p>De graves difficult�s financi�res marqu�rent pourtant les d�buts du Congo ind�pendant, o� L�opold II</p><p>engloutit sa fortune personnelle. Le roi, par des proc�d�s tortueux, r�ussit � obtenir du Parlement belge r�ticent l��mission de deux emprunts, en 1890</p><p>et en 1895 ; en 1890, il proposa la reprise du Congo par la Belgique dans un d�lai de dix ans. Mais, � partir de 1895, le Congo rapporta et L�opold II �carta l�id�e d�une reprise.</p><p>Celle-ci fut impos�e de l�ext�rieur � la suite de la r�v�lation des scandales de l�exploitation des indig�nes par les agents de l��tat astreints � percevoir un imp�t en caoutchouc et par ceux des compagnies concessionnaires.</p><p>� partir de 1895, les t�moignages se multipli�rent, en particulier ceux de missionnaires comme George Grenfell (1849-1906) et, en 1900, l�Aborigene Right Society provoqua une interpellation aux Communes. Mais le mou-</p><p>vement ne prit vraiment une ampleur internationale qu�avec la Congo Reform Association, cr��e par le publiciste Edmund D. Morel (1873-1924), et les r�v�lations du consul anglais Roger Casement (1864-1907), apr�s un voyage au Congo en 1903. L�opold II se r�solut � envoyer une commission d�enqu�te, mais r�sista jusqu�en 1907 ; sous la menace d�une d�possession, l�opinion belge, persuad�e d�une manoeuvre britannique et am�ricaine, finit par admettre une reprise du Congo, qui fut vot�e par la Chambre le 20 ao�t 1908.</p><p>Le Congo belge</p><p>De la reprise � la d�colonisation, le Congo connut le plus � immobile � des r�gimes coloniaux sous le contr�le de la trinit� form�e par l�administration, l��glise et les soci�t�s.</p><p>D�s 1920, le Congo belge poss�-</p><p>dait le corps de fonctionnaires le plus important de l�Afrique tropicale ; � la veille de l�ind�pendance, plus de 10 000 Belges servaient dans l�Administration, la magistrature et l�arm�e.</p><p>La charte coloniale de 1908 couronnait la bureaucratie administrative par un Conseil colonial (six membres �lus par le Parlement, huit nomm�s par le roi), qui donnait obligatoirement son avis sur les projets qui lui �taient soumis par le ministre des Colonies ; mais en r�alit� ce Conseil n�avait qu�un r�le consultatif, et la d�cision appartenait aux services du minist�re et du gouvernement g�n�ral selon une proc�dure extr�mement longue et compliqu�e.</p><p>L�administration indirecte devait en th�orie r�gir les rapports avec les populations ; elle se traduisit souvent par la cr�ation de chefferies artificielles et elle n�emp�cha pas une intervention directe des administrateurs dans les affaires locales.</p><p>Les missions catholiques consti-</p><p>tuaient la seconde puissance du Congo belge ; elles furent favoris�es par le concordat de 1906, qui leur permit de recevoir des subventions pour leurs �coles, des traitements et une aide indirecte par des concessions de terres.</p><p>Certains ordres comme les Trappistes ou les Franciscains n�en abus�rent pas ; par contre, les p�res de Scheut transform�rent leurs stations en v�ritables exploitations agricoles. En 1958, il y avait plus de 6 000 missionnaires europ�ens au Congo et 500 pr�tres africains.</p><p>Les soci�t�s, troisi�me puissance du Congo, �taient pour une part des soci�t�s de plantations, h�riti�res des grandes compagnies concessionnaires liquid�es apr�s 1908. Nouvelle venue en 1911, la Soci�t� des huileries du Congo, filiale de la puissante Lever, re�ut 750 000 ha (ramen�s � 350 000 en 1938). Des colons planteurs s�install�rent aussi, surtout sur les hautes terres du Kivu. Mais les plus importantes so-ci�t�s furent les soci�t�s mini�res qui s�organis�rent pour l�exploitation du cuivre du Katanga (auj. Shaba), dont la richesse avait �t� r�v�l�e d�s 1891 par le g�ologue Jules Cornet (1865-1929).</p><p>Les lignes de chemin de fer qui at-teignirent le Katanga � partir de 1910</p><p>(Beira-�lisabethville ; Dar es-Salaam-Kigoma ; Port-Francqui-�lisabeth-</p><p>ville) et l�exploitation du charbon local permirent le d�marrage d�une �cono-</p><p>mie industrielle au Katanga, laquelle fut domin�e par trois grandes soci�-</p><p>t�s : l�Union mini�re du Haut-Katanga (U. M. H. K.), cr��e en octobre 1906</p><p>par la Soci�t� g�n�rale de Belgique et le Comit� sp�cial du Katanga ; G�omines et Sermikat, constitu�es en 1910-11 ; dans le Centre-Ouest, la Formini�re, qui, r�organis�e en 1906, associa la Couronne, la Soci�t� g�n�-</p><p>rale, �douard Empain et Ti�ge pour l�exploitation des diamants du Kasa�.</p><p>La politique coloniale belge fut</p><p>caract�ris�e par le paternalisme et l�alliance des trois pouvoirs. Des d�-</p><p>saccords surgirent � propos du recrutement forc� de travailleurs entre 1920</p><p>et 1925, d�nonc� par les missions, mais ils n�entam�rent gu�re l�armature. Un paternalisme autoritaire r�git par ailleurs les relations entre Noirs et Blancs. Les avantages sociaux importants (logements, allocations familiales, foyers, s�curit� sociale apr�s 1945), un contr�le sanitaire efficace (le Congo belge poss�dait la meilleure infrastructure sanitaire de l�Afrique tropicale en 1958) furent accompagn�s de contraintes (contrats de travail particuliers impos�s aux Noirs ; cultures forc�es) et de discriminations (s�gr�-</p><p>gation scolaire, s�gr�gation judiciaire, s�gr�gation de l�habitat).</p><p>Le d�veloppement �conomique fut,</p><p>en fait, la pr�occupation dominante des autorit�s. Favoris� par le plan du ministre des Colonies Louis Franck (1918-1924), il fut spectaculaire dans les ann�es qui suivirent la Premi�re Guerre mondiale, puis se ralentit consid�rablement avec la crise de 1930 ; l�emploi se r�duisit de 70 p. 100 au Katanga de 1929 � 1933. Les cultures forc�es, surtout celle du coton, et la remont�e des cours mondiaux permirent la reprise d�s avant la Seconde Guerre mondiale. Le conflit, le nouveau plan de d�veloppement �labor� en 1949 par le ministre Pierre Wigny, puis la guerre de Cor�e d�termin�rent un boom �conomique. Le principal r�sultat pour les Noirs fut l�essor d�une cat�gorie sociale d�ouvriers et d�employ�s des so-ci�t�s, la plus nombreuse de l�Afrique noire (plus d�un million de salari�s en 1952), et une rapide croissance des villes (�lisabethville : 185 000 hab.</p><p>en 1957 ; L�opoldville : 370 000 hab.</p><p>en 1957). Toutefois le r�le de cette main-d�oeuvre, soigneusement encadr�e, para�t avoir �t� beaucoup moins important dans l�apparition du nationalisme que celui de la petite bourgeoisie form�e par les employ�s subalternes de l�Administration (commis de bureau, agents des postes ou de l�agriculture, aides-m�decins, instituteurs) ou du commerce (comptables, g�rants) et celui du clerg� local.</p><p>Les crises de l�accession</p><p>� l�ind�pendance</p><p>� vrai dire, un nationalisme moderne ne se manifesta pas avant 1956 au Congo belge. Apr�s 1919, l�hostilit� � la tutelle blanche s��tait bien exprim�e � travers le mouvement du � proph�te �</p><p>Simon Kimbangou (le kimbanguisme), mais cette hostilit�, dont les r�surgences antiblanches se retrouv�rent encore plus nettement apr�s 1930 dans l��glise de Simon Mpadi (le kakisme), resta essentiellement religieuse, syncr�tique et messianique.</p><p>Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, certains responsables belges, inquiets devant les proclamations de downloadModeText.vue.download 573 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11784</p><p>la conf�rence de San Francisco, sentirent la n�cessit� d�une modification de leur politique au Congo : ainsi Pierre Ryckmans (1891-1959), gouverneur</p><p>g�n�ral de 1934 � 1946. Mais ils ne la con�urent que progressive et paterna-liste, et se heurt�rent au double refus d�un colonat blanc irr�ductible et d�une</p><p>� �lite � noire peu form�e et d��ue.</p><p>Deux timides tentatives illustr�rent leur �chec. L�une, qui reprenait en 1948 une ancienne initiative, cr�ait un statut des � �volu�s � (immatriculation et carte de m�rite civique) ; mais elle n�offrait aucun avantage r�el et ne fit que renforcer la discrimination et la rancoeur raciales. L�autre, en 1957, destin�e � d�velopper les � centres extra-coutumiers � urbains d�administration indig�ne, jusque-l� en tr�s</p><p>petit nombre, se heurta � l�opposition de la bureaucratie administrative et de la population blanche sans int�resser les Noirs. Le blocage des carri�res des auxiliaires africains aux grades inf�rieurs de l�Administration est li� � l�absence de tout enseignement sup�-</p><p>rieur jusqu�en 1954 (l�universit� catholique de Lovanium fut cr��e en 1954 ; l�universit� d��tat d��lisabethville, en 1956). En 1960, le Congo ne poss�dait qu�une vingtaine de dipl�m�s d�enseignement sup�rieur, et l�acc�s difficile des Noirs � la propri�t� individuelle renfor�a l�amertume des � �volu�s �.</p><p>Enfin, l�hostilit� effr�n�e des Blancs au plan Van Bilsen, qui, en 1955, pr�-</p><p>conisa une �mancipation du Congo</p><p>en trente ans, exasp�ra le m�contentement des masses noires, qui explosa en �meutes � L�opoldville en janvier 1959.</p><p>C�est au cours de ces ann�es 1956-1959 que se constitu�rent les forces politiques congolaises. Les deux</p><p>principales furent d�abord l�Abako (Association des Bakongos, fond�e en 1950), dirig�e par Joseph Kasavubu (1917-1969), un ancien s�minariste, qui exprimait le nationalisme tribal des populations entre L�opoldville et Matadi et jouissait de sympathies du c�t� de l��glise, et le Mouvement national congolais (M. N. C.) de Patrice Lumumba (1925-1961), un ancien</p><p>comptable qui s��tait form� gr�ce � des amicales urbaines.</p><p>En 1959, ces forces se divis�rent lorsque se pr�cisa la perspective de l�ind�pendance, promise solennellement par le message du roi Baudoin du 13 janvier 1959. L�Abako, en perte de vitesse depuis les �meutes de L�opoldville, laissa provisoirement la place au M. N. C., qui se scinda lui-m�me en une tendance mod�r�e (Cyrille</p><p>Adoula, Joseph Ileo, Albert Kalonji) et une tendance extr�miste (Lumumba).</p><p>Surtout, des � partis � � base ethnique ou r�gionale apparurent au Katanga (Conakat et Balubakat), au Kasa�, au Kivu (C�r�a), au Kwilu (parti de la solidarit� africaine d�Antoine Gizenga)...</p><p>Or, les Congolais avaient obtenu, � la conf�rence de la Table ronde r�unie � Bruxelles en janvier-f�vrier 1960, la promesse de l�ind�pendance du Congo</p><p>pour le 30 juin, puis avaient accept� des institutions provisoires pr�voyant les �lections au suffrage universel d�un Parlement � deux chambres.</p><p>En mai, ces �lections firent triompher � la fois le particularisme local et le M. N. C. de Lumumba. Celui-ci fut donc charg� de former le gouvernement ; Kasavubu devint chef de l��tat.</p><p>En fait, l�ind�pendance fut aus-</p><p>sit�t suivie d�un d�cha�nement des forces centrifuges. Tandis que les soldats de la force publique se muti-naient � Matadi, entra�nant, par leurs exactions, un exode et une intervention arm�e belges, le Katanga faisait s�cession (11 juill.) sous la direction de Mo�se Tschomb� (1919-1969),</p><p>aid� par l�Union mini�re ; le d�sordre s�installait dans les provinces, qui �clat�rent en une quinzaine de � gouvernements � ind�pendants. Face � cette d�sagr�gation, le Parlement, compos� de d�put�s inexp�riment�s, et le gouvernement, paralys� par la rivalit� entre Kasavubu et Lumumba, furent impuissants. Le nouveau commandant de la force publique, le colonel Joseph Mobutu (n� en 1930), intervint alors en suspendant le chef de l��tat. Quant au gouvernement Lumumba, r�organis�</p><p>en un coll�ge de commissaires comprenant de jeunes dipl�m�s d�universit�, il resta toujours aussi impuissant. Les interventions ext�rieures, les appuis offerts par l�Est � Lumumba vinrent compliquer la situation. Les adversaires de Lumumba r�pliqu�rent par un coup</p><p>de force et le livr�rent aux Katangais, qui l�ex�cut�rent (janv. 1961). Les lumumbistes, avec Gizenga, soulev�rent une partie de la Province-Orientale ; le chaos s�installa. La situation devint si dangereuse qu�elle provoqua une intervention de grande envergure de l�O. N. U.</p><p>D�avril 1961 � juin 1964, la pr�sence des troupes de l�O. N. U. permit un relatif retour au calme, une r�duction de la s�cession du Katanga et une tentative de reconstruction sous le gouvernement de Cyrille Adoula. Mais l�incapacit� de l�arm�e nationale congolaise � s�imposer aux rebelles lumumbistes, le d�part des troupes de l�O. N. U., la d�signation, en juillet 1964, de Ts-</p><p>chomb� par Kasavubu, revenu � la t�te de l��tat, provoqu�rent une nouvelle crise. Celle-ci fut marqu�e par la recrudescence de la r�bellion dirig�e par des chefs (Pierre Mulele, Christophe Gbenye, Gaston Soumialot, Nicholas Olenga) recevant des armes par le Soudan, l�Ouganda, la Tanzanie, ainsi que par l�intervention des parachutistes � Stanleyville pour en d�livrer les otages blancs des � Simbas �. Ceux-ci ne r�ussirent d�ailleurs pas � vaincre les r�sistances de certains groupes ethniques de l�Est. En 1965, l�arm�e nationale congolaise (l�A. N. C.) finit par reprendre les villes et venir � bout du soul�vement.</p><p>Du d�sastre �mergeait un seul pouvoir fort : celui de l�arm�e. Le g�n�ral Mobutu en tira la le�on apr�s les �lections d�avril 1965, suivies d�un conflit entre l�Assembl�e et le pr�sident Kasavubu, qui avait renvoy� Tschomb� ; le 25 novembre 1965, Mobutu intervint de nouveau, se fit �lire pr�sident de la R�publique par acclamation de l�Assembl�e et d�signa L�onard Mulamba (n� en 1928) comme Premier ministre.</p><p>C. C.-V.</p><p>Le Za�re de Mobutu</p><p>L��tablissement du nouveau r�gime ne ram�ne pas le calme ; diverses �meutes et mutineries d�cident Mobutu � se s�parer de Mulamba et � cumuler les fonctions de pr�sident de la R�publique et de Premier ministre (26 oct. 1966).</p><p>En juin 1967, un r�f�rendum approuve une Constitution qui �tablit un r�gime pr�sidentiel. � l�ext�rieur, une orientation nationaliste est donn�e � la politique congolaise ; elle est marqu�e par la r�habilitation de Lumumba et aussi par un conflit avec la Belgique � propos des int�r�ts miniers et par la lutte contre des �l�ments katangais arm�s.</p><p>En juillet 1967, Mo�se Tschomb� est enlev� et incarc�r� en Alg�rie ; dans les mois qui suivent, diverses personnalit�s katangaises sont ex�cut�es. La mort de l�ancien pr�sident Kasavubu (24 mars 1969) et de Mo�se Tschomb� (29 juin) d�barrasse Mobutu de ses adversaires les plus notables.</p><p>Le 31 octobre 1970, r��lu pr�sident de la R�publique, Mobutu remanie le</p><p>gouvernement ; peu apr�s (7 d�c.), une r�forme constitutionnelle renforce ses pouvoirs et interdit la cr�ation d�organisations politiques d�opposition, le Mouvement populaire de la r�volution (M. P. R.) restant parti unique.</p><p>Ces mesures amplifient le mouvement contestataire �tudiant (universit�s de Kisangani, de Lovanium).</p><p>Cependant, la stabilit� int�rieure favorise le d�veloppement �conomique et la politique nationaliste de Mobutu, qui, tout en d�cidant d��tendre l�usage de la langue nationale, d�cr�te que le Congo-Kinshasa sera d�sormais</p><p>le Za�re (27 oct. 1971). Des mesures diverses de � za�risation � sont alors prises, tandis que se poursuit l��limination des adversaires du r�gime et que s�allume un conflit avec l��glise catholique, adversaire du retour � la langue nationale.</p><p>En 1972, le gouvernement et le comit� ex�cutif du Mouvement populaire de la r�volution sont remplac�s par une structure unique : le Conseil ex�cutif national. Deux ans plus tard, le chef de l��tat voit ses pouvoirs renforc�s gr�ce � une modification de la Constitution : d�sormais, il est de droit pr�sident du Conseil l�gislatif national, du Conseil ex�cutif national et du Conseil judiciaire (juill. 1974).</p><p>Si les relations du Za�re avec la Belgique et avec le Congo-Brazzaville sont souvent orageuses, Mobutu multiplie les contacts ext�rieurs qui lui permettent d�obtenir une aide �conomique (Japon, �tats-Unis, France, U. R. S. S., R. D. A.). En Afrique, il renforce ses liens avec le Togo et le Gabon, mais se d�gage de l�emprise de l�O. C. A. M. en cr�ant l�Union des �tats de l�Afrique centrale (U. E. A. C). En 1977, un grave probl�me se pose au gouvernement de Kinshasa avec l�invasion du Shaba m�ridional par des troupes constitu�es par les anciens gendarmes du Katanga qui s��taient r�fugi�s en Angola apr�s la tentative de s�cession de leur r�gion (1961-1963). Ces derniers sont contenus avec l�aide d�un corps exp�ditionnaire marocain.</p><p>P. P.</p><p>F Afrique / Afrique noire / L�opold II.</p><p>&amp; M. Robert, le Congo physique (P. U. F., 1947). / J. Stengers, Combien le Congo a-t-il co�t� � la Belgique ? (Office de publicit�, Bruxelles, 1957) ; Belgique et Congo : l��laboration de la charte coloniale (Renaissance du livre, Bruxelles, 1963). / A. Roeykens, L�opold II et l�Afrique, 1855-1880 (Acad. royale des sciences coloniales, Bruxelles, 1958). /</p><p>R. M. Slade, English-Speaking Missions in the Congo Independent State, 1878-1908</p><p>(Bruxelles, 1959) ; The Belgian Congo (Londres, 1961) ; King Leopold�s Congo (Londres, 1962). /</p><p>H. B�guin, la Mise en valeur agricole du Sud-Est du Kasa� (Acad. royale des sciences coloniales, Bruxelles, 1960). / N. Ascherson, The King Incorporated, Leopold II in the Age of Trusts (New York, 1963). / R. Cornevin, Histoire du Congo-Leopoldville (Berger-Levrault, 1963 ; nouv. �d., 1967) ; le Za�re (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1972). / J. Hecq, A. Lefebvre, E. Vercruysse et A. Van Wambeke, Agriculture et structures downloadModeText.vue.download 574 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11785</p><p>�conomiques d�une soci�t� traditionnelle au Kivu (I. N. E. A. C., Bruxelles, 1964). / H. Nicola�, le Kwilu (Cemubac, Bruxelles, 1964). /</p><p>J. Willequet, le Congo belge et la Weltpolitik, 1894-1914 (Universit� libre, Bruxelles, 1964). /</p><p>J. Wilmet, Syst�mes agraires et techniques agricoles au Katanga (Acad. royale des sciences coloniales, Bruxelles, 1964). / C. Young, Politics in Congo : Decolonization and Independence (Princeton, 1965). / J.-L. Lacroix, l�Industrialisation du Congo Kinshasa (Mouton, 1967). /</p><p>J. Vansina, Introduction � l�ethnographie du Congo (C. R. I. S. P., Bruxelles, 1968). / Ind�pendance, inflation, d�veloppement. L��conomie congolaise de 1960 � 1965 (C. N. R. S., 1968).</p><p>/ E. D. Morel, History of the Congo Reform Movement (Londres, 1969). / C. Comeliau, Conditions de la planification du d�veloppement. L�exemple du Congo (Mouton, 1970). /</p><p>A. Huybrechts, Transports et structures de d�veloppement au Congo. �tude du progr�s �conomique de 1900 � 1970 (Mouton, 1970).</p><p>/ S. G. Sa�d, De L�opoldville � Kinshasa (Institut de sociologie, Bruxelles, 1970). / J. Denis, P. Vennetier et J. Wilmet, l�Afrique centrale et orientale (P. U. F., coll. � Magellan �, 1971). /</p><p>M. Sinda, le Messianisme congolais et ses incidences politiques (Payot, 1972). / C. Coquery-Vidrovitch, les Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires (Mouton, 1973).</p><p>/ S. Vieux, l�Administration za�roise (Berger-Levrault, 1974). / J. Vanderlinden, la R�publique du Za�re (Berger-Levrault, 1976).</p><p>Zambie</p><p>�tat d�Afrique.</p><p>Ancienne Rhod�sie du Nord, la Zambie, sans ouverture sur la mer, couvre 746 000 km 2.</p><p>La g�ographie</p><p>L�ensemble du pays est form� d�une importante masse de hautes terres, comprise dans la zone de partage des eaux du Congo (Za�re) et du Zamb�ze, et limit�e � l�est par le grand syst�me de foss�s tectoniques des lacs Malawi (ancienn. Nyassa) et Tanganyika. Le drainage se fait (en majeure partie) vers le sud par la Kafue et la Luangwa, affluents du Zamb�ze, fleuve qui constitue la fronti�re avec la Rhod�sie, au nord vers les d�pressions ferm�es des lacs Bangweulu et Moero (Mweru) et le lac Tanganyika, dont l�extr�mit� m�ridionale appartient � la Zambie.</p><p>C�est un paysage de petites collines ou de plateaux parfois domin�s par des inselbergs, appartenant au socle pr�-</p><p>cambrien, qui affleure dans la majeure partie du pays (le cuivre, principale richesse, se trouve dans le Pr�cambrien terminal). Le s�dimentaire d��ge karroo est conserve dans le foss� tectonique de la Luangwa (qui appartient au syst�me des rift valleys) et dans la vall�e du Zamb�ze.</p><p>Les parties les plus �lev�es du pays (haut Veld, au-dessus de 1 400 m) sont situ�es le long des fronti�res septentrionales (y compris le Copper Belt), dans les monts Muchinga et dans la r�gion de Mbala (Abercorn), au sud du lac Tanganyika. Mais la plus grande partie de la Zambie fait partie du domaine du Veld moyen (entre 700 m</p><p>et 1 400 m), qui inclut la vaste r�gion du Barotseland, comprenant la haute vall�e du Zamb�ze et les plateaux de moyenne altitude entre le Zamb�ze et la Kafue, les plateaux entre la Kafue et la Luangwa (r�gion de Lusaka) ainsi que la r�gion du lac Bangweulu. Seules la basse vall�e de la Luangwa et la vall�e du Zamb�ze, en aval de Maramba</p><p>(Livingstone) appartiennent au bas Veld (au-dessous de 700 m).</p><p>La pluviosit� augmente du sud vers le nord. La vall�e du Zamb�ze re�oit entre 500 et 750 mm de pluies en</p><p>moyenne dans l�ann�e ; le Barotseland et la r�gion de Lusaka re�oivent entre 750 mm et 1 m de pluies, tandis que, dans le Nord, la pluviosit� d�passe g�n�ralement 1 m. Le r�gime est tropical, avec une saison s�che durant l�hiver austral et une saison des pluies qui correspond � la saison chaude. La plus grande partie de la Zambie appartient au domaine de la for�t � feuilles caduques, mais cette for�t a disparu � peu pr�s enti�rement, laissant la place � des savanes de d�gradation. Dans les parties les moins arros�es (vall�e du Zamb�ze et basse Luangwa), on</p><p>trouve une savane s�che � baobabs, le mopaniveld.</p><p>Peu dens�ment peupl�e (7 hab. au</p><p>km2), la Zambie compte environ 5 millions d�habitants. Le taux d�accroissement annuel de la population avoisine 2,5 p. 100. La population des principales villes (ou agglom�rations) est la suivante : Lusaka, la capitale, compte environ 350 000 habitants ; Kitwe-Nkana, 290 000 ; Ndola, 201 000 ; Mufulira, 124 000 ; Luanshya, 110 000 ; Kabwe (ancienn. Broken Hill), 83 000 ; Maramba, 50 000.</p><p>La population bantoue pratique une agriculture traditionnelle, fond�e sur le millet, le sorgho, le ma�s et, l� o� la mouche ts�-ts� le permet, sur un �levage de bovins peu �volu�, particuli�rement dans la vaste r�gion du Barotseland (plus de 300 000 km2), dans l�Ouest.</p><p>L�agriculture commerciale corres-</p><p>pond essentiellement aux trois secteurs suivants de colonisation agricole europ�enne, o� il existe environ un millier d�exploitations : le long de la voie ferr�e entre le Copper Belt et Maramba, r�gion de beaucoup la plus importante (tabac, coton, ma�s, �levage industriel) ; autour de Chipata, pr�s de la fronti�re du Malawi (tabac, ma�s) ; dans la r�gion de Mbala, dans l�ex-tr�me Nord, au sud du lac Tanganyika (caf�). Le tabac constitue la premi�re exportation agricole. Il existe un plan</p><p>de d�veloppement agricole par irrigation de 4 000 ha dans la vall�e de la Kafue.</p><p>Le Copper Belt, prolongement m�ridional de la zone cuprif�re du Katanga (auj. Shaba), est � la fois la premi�re r�gion urbaine et la premi�re r�gion �conomique de la Zambie, puisque</p><p>le cuivre repr�sente ; 50 p. 100 du produit national brut, 60 p. 100 des recettes budg�taires et 90 p. 100 des exportations. Les r�serves sont estim�es � 1 milliard de tonnes de m�tal � teneur comprise entre 3 et 5 p. 100.</p><p>Les principales mines sont � Luanshya, � Kitwe, � Chingola, � Mufulira, � Kalulushi et � Chilibabombwe. La production d� m�tal, de 5 400 t en 1926, de 315 000 t en 1951, s�est �lev�e � 718 000 t en 1972. Le cobalt, associ� au cuivre � Nkana et Chibuluma, est raffin� � Ndola.</p><p>En plus du cuivre et du cobalt, la Zambie exploite le plomb et le zinc � Kabwe ; elle produit aussi du mangan�se (� Mansa et � Mkushi), du zinc, downloadModeText.vue.download 575 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11786</p><p>du nickel, du s�l�nium, de l�or et de l�argent.</p><p>L�un des points faibles de l��conomie �tait sa d�pendance du charbon rhod�sien de Wankie, mais, depuis 1966, le gisement de Maamba a �t� mis en exploitation (production voisine de 1 Mt par an). Une centrale thermique a �t� construite � Maamba.</p><p>L�ind�pendance vis-�-vis de la Rho-d�sie sur le plan de l��nergie �lectrique est aussi en voie d�acquisition avec la mise en route de la deuxi�me tranche du barrage de la Kafue (150 MW) et l�ach�vement de la centrale de Kariba-Nord, sym�trique (sur la rive zambienne) de celle de Kariba-Sud (sur la rive rhod�sienne).</p><p>Un autre point faible demeure l�insuffisance des voies de communication, qui maintient de vastes r�gions � l��cart de toute �volution �conomique.</p><p>Longtemps a exist� une seule voie ferr�e, reliant le Copper Belt � la Rhod�-</p><p>sie et par laquelle transitait le cuivre.</p><p>Mais, depuis 1975, le Copper Belt est reli� � la Tanzanie et � Dar es-Salaam par le nouveau chemin de fer � Tan-zam � (1 900 km), construit avec l�aide de la R�publique populaire de Chine.</p><p>Toujours pour �viter le transit � travers la Rhod�sie, deux axes routiers nouveaux ont �t� goudronn�s, l�un de Kapiri Mposhi � la fronti�re de la Tanzanie (900 km), l�autre de Lusaka, � la fronti�re du Malawi (750 km).</p><p>R. B.</p><p>L�histoire</p><p>Les restes pr�historiques de Broken Hill (auj. Kabwe) attestent la pr�sence d�un hominien du type de l�homme de Neandertal d�s le Pal�olithique moyen.</p><p>Depuis une �poque lointaine, le peuplement de cette r�gion s�est constitu� en vagues successives. Les chasseurs bochimans furent refoul�s � partir du d�but de notre �re par des groupes pratiquant l�agriculture, l��levage et la m�tallurgie.</p><p>Les premi�res dates de l��ge du fer y sont beaucoup plus pr�coces (environ le Ier s.) qu�on ne le pensait autrefois.</p><p>Plusieurs hypoth�ses sont en pr�sence : foyer d�invention en Afrique zamb�-</p><p>zienne, influences venues du bassin du Congo, �changes anciens avec la c�te de l�oc�an Indien. La mise en place des langues bantoues a souvent �t� associ�e avec la diffusion de la m�tallurgie du fer. En l�occurrence, cette association n�est pas assur�e. En tout cas, les anc�tres des ethnies actuelles se sont implant�s entre la fin du Ier mill�naire de notre �re et le XIXe s.</p><p>Vers 1800, cette r�gion est une mo-sa�que de peuples, dont la plupart sont matrilin�aires (notamment vers le sud et l�ouest) et certains patrilin�aires. Les mouvements et les �changes continuent � se faire selon des axes ouest-est. Les trois ensembles les plus structur�s sont alors le groupement des chefferies bembas (qui tend � s�unifier dans la premi�re moiti� du si�cle), le royaume du Kazemb�, un satellite de l�Empire lounda � cheval sur le Shaba (Katanga)</p><p>et la Zambie actuels, enfin le royaume des Lozis, dont les populations vari�es sont int�gr�es dans le cadre d�une compl�mentarit� �cologique entre zones foresti�res et plaines alluviales.</p><p>Mais des pressions nouvelles vont s�exercer, venues, cette fois, du sud et du nord. Depuis la fin du XVIIIe s., des Portugais ou des m�tis venus de l�Angola ou du Mozambique atteignent le pays. Le mouvement zoulou entra�ne des contrecoups au nord du Zamb�ze : en 1835, le chef ngoni Zwangendaba franchit le fleuve et une partie de ses guerriers vont s�installer au nord-est du pays ; cinq ans plus tard, un groupe d�origine sotho, les Kololos, impose son autorit� et m�me sa langue aux Lozis, mais ceux-ci prendront leur revanche en 1864. D�s les ann�es 40, des Arabes et des Swahilis venus de la c�te orientale introduisent la traite.</p><p>Ils sont concurrenc�s par des Nyamwe-zis venus du nord. Vers 1860, l�un de ceux-ci, Msiri, entame la dislocation de l��tat du Kazemb�. En revanche, les chefs bembas savent tirer profit de ces �changes, sources de produits nouveaux (cotonnades et armes � feu).</p><p>La p�n�tration europ�enne se pr�cise.</p><p>Entre 1851 et 1873, Livingstone* poursuit ses explorations dans les r�gions du Zamb�ze et du haut Congo. D�s</p><p>1878, le protestant fran�ais Fran�ois Coillard (1834-1904) s�installe chez les Lozis.</p><p>Toutefois, les missions �vang�liques rayonnent surtout � partir du Nyassaland. L��l�ment d�cisif est le projet de Cecil Rhodes* d�un axe britannique du Cap au Nil. La Compagnie britannique d�Afrique du Sud (British South Africa Company [BSA]) qu�il a fond�e, signe en 1890 un trait� avec le roi des Lozis, Lewanika, lui conc�dant l�exclusivit� des droits commerciaux et miniers dans la r�gion du Barotseland.</p><p>Mais la progression belge vers le sud et la victoire de l��tat du Congo sur Msiri en 1891 bloqu�rent les ambitions de Cecil Rhodes. Entre 1895 et 1898, la Compagnie �limina les marchands islamis�s et contr�la les r�gions comprises entre le lac Nyassa et le lac Tanganyika. L�ensemble situ� au nord du Zamb�ze fut unifi� administrative-</p><p>ment en 1911 sous le nom de Rhod�-</p><p>sie du Nord. Pourtant la Compagnie n�gligea la mise en valeur de ce pays, qui lui semblait pauvre. Celui-ci �tait une zone de transit entre le Katanga et l�oc�an Indien (chemin de fer achev� en 1909). L�introduction de la capitation d�clencha les premi�res migrations de travailleurs africains. Les quelque 3 000 Europ�ens, m�contents de la tutelle de la BSA, dont le mandat arrivait � expiration, obtinrent en 1924 le statut de protectorat de la Couronne. La Compagnie garda ses droits miniers.</p><p>De 1924 � 1953, on assista � des progr�s �conomiques remarquables et � un �veil politique progressif. Des prospections am�ricaines mirent au jour en 1925-1928 le cuivre du Copper Belt.</p><p>L�exploitation des nouvelles mines, downloadModeText.vue.download 576 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11787</p><p>une fois pass� le cap de la crise de 1929, connut un essor tel qu�elle devint pratiquement la ressource unique du pays. Une population de mineurs africains migrants se constitua, que rejoi-gnirent des Blancs d�Afrique du Sud.</p><p>Mais pr�s de 90 p. 100 des revenus allaient en Grande-Bretagne, notamment au profit de la BSA. En 1949, un nouvel accord fut conclu avec celle-ci : la Rhod�sie du Nord recevrait 20 p. 100</p><p>des profits miniers et le privil�ge de la BSA prendrait fin en 1986.</p><p>Cependant, les campagnes restaient sous-d�velopp�es et la scolarisation insuffisante. La premi�re �cole secondaire date de 1939. M�me le sort des mineurs africains restait pr�caire.</p><p>Une gr�ve eut lieu en 1935, puis des mutuelles et des syndicats se constitu�rent, malgr� les efforts des autorit�s pour favoriser les oppositions tribales.</p><p>� partir de 1946, des f�d�rations professionnelles se constitu�rent.</p><p>En 1948, un mouvement nationa-</p><p>liste, le Congr�s, se constitua, anim� notamment par des leaders des mouvements sociaux et des anciens �l�ves des missions protestantes �cossaises,</p><p>tel l�instituteur Kenneth Kaunda (n� en 1924). La minorit� europ�enne (environ 40 000, face � 2 millions d�Africains), inqui�te de cette �volution, m�-</p><p>fiante � l��gard de Londres, d��ue par la victoire des Afrikanders en Afrique du Sud, crut trouver une solution dans une Afrique-Centrale, f�d�ration regroupant la Rhod�sie du Nord, la Rhod�sie du Sud et le protectorat du Nyassaland. Le leader de ce courant fut ici l�ancien cheminot sir Roy Welensky (n� en 1907).</p><p>La f�d�ration</p><p>Malgr� l�obstruction et les manifestations publiques des nationalistes africains entre 1951 et 1953, la f�d�ration fut mise sur pied � la fin de 1953. Le syst�me �lectoral, censitaire et organis� en coll�ges, excluait pratiquement les Africains de la vie politique. Mais le nouvel ensemble fut d�abord favoris� par la hausse des prix du cuivre et par la division du mouvement politique africain. Les syndicats n�avaient, en effet, pas suivi le mouvement de r�sistance du Congr�s, malgr� leur grande gr�ve de 1952.</p><p>La d�ception populaire s�exprima en partie dans la relance des mouvements religieux syncr�tiques et messianiques, comme la secte d�riv�e du Watchtower ou comme l��glise lumpa, fond�e par Alice Lenshina. Le r�gime �voluait en fait vers l�apartheid, et les campagnes restaient dans leur situation arri�-</p><p>r�e. Cependant, m�me les Europ�ens furent d��us : les compagnies mini�res �taient, pour des raisons techniques, hostiles � la s�gr�gation professionnelle ; en 1955, un grand projet hydro-</p><p>�lectrique sur la Kafue fut abandonn�, contrairement � l�avis des experts, au profit du site de Kariba, en Rhod�sie du Sud. La pr�dominance de celle-ci, qui d�tenait la capitale de la f�d�ration, Salisbury, �tait �vidente.</p><p>� partir de 1958, les mouvements</p><p>politiques africains, encourag�s par l��volution g�n�rale du continent, se r�organis�rent. L�aile gauche de l�African National Congress, anim�e par Kaunda et Simon Kapwepwe, rompit</p><p>avec le parti pr�sid� alors par Harry Nkumbula pour cr�er un Congr�s</p><p>national africain zambien (Zambia African National Congress [ZANC]).</p><p>Les �meutes de f�vrier-mars 1959 au Nyassaland entra�n�rent la dissolution de ces partis et l�arrestation de Kaunda. Mais Londres estima, sur la base du rapport Monckton de 1960, que des changements s�imposaient et tenta une r�forme constitutionnelle.</p><p>Kaunda, lib�r� entre-temps, avait cr�� un parti unifi� national pour l�ind�pendance (United National Independence Party [UNIP]). Il s�opposa par une campagne de d�sob�issance civile � l��quipe de Roy Welensky, s�duite par l�exp�rience katangaise. Des �meutes �clat�rent en 1961. Sur intervention de Londres, l�UNIP accepta de participer aux �lections de 1962 et entra dans le premier gouvernement autonome. La f�d�ration fut dissoute en 1963.</p><p>La Zambie</p><p>ind�pendante</p><p>L�UNIP accentua sa pr�dominance aux �lections de 1964, et l�ind�pendance de la Zambie fut proclam�e le 24 octobre de la m�me ann�e. Le Nyassaland �tait devenu ind�pendant en juillet (v. Malawi). Le r�gime, de style pr�sidentiel, est incarn� depuis lors par Kenneth Kaunda. Sur le plan int�rieur, il s�est heurt� � des particularismes r�gionaux (notamment � ceux des Lozis et des Bembas) et � la persistance de mouvements messianiques.</p><p>L�UNIP elle-m�me est d�chir�e de-</p><p>puis 1972 par la scission du vice-pr�sident Kapwepwe. En 1973, le pr�sident Kaunda a d�fini un r�gime de � d�mocratie participante �, fond� sur le parti unique. Cette concentration des pouvoirs a �t� facilit�e par les difficult�s des relations ext�rieures. Le commerce avec la Rhod�sie du Sud, tr�s compromis depuis 1966, a �t� frapp� en 1973</p><p>d�une mesure d�interdiction de la part des autorit�s de Salisbury. Le grand souci du gouvernement de Lusaka est en effet d�assurer l�ind�pendance �conomique du pays.</p><p>Un effort scolaire et universitaire important est fourni depuis 1965 afin de cr�er les cadres n�cessaires. Mais le retard des campagnes reste �norme.</p><p>Le r�gime s�efforce de promouvoir un</p><p>� socialisme humaniste � et une politique de neutralisme positif, illustr�e par la tenue, � Lusaka, en 1970, de la IIIe Conf�rence des pays non align�s.</p><p>Le pr�sident Kaunda se fait le champion de la cause africaine face � la s�cession des colons rhod�siens.</p><p>J. P. C.</p><p>&amp; O. Guitard, les Rhod�sies et le Nyassaland (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1964 ; 2e �d., 1973). / A. J. Wills, An Introduction to the History of Central Africa (Londres, 1964 ; 2e �d., 1967). / J. Vansina, Kingdoms of the Savanna (Madison, Wisc., 1966 ; trad. fr. les Anciens Royaumes de la savane, L�opoldville, 1966). /</p><p>T. O. Ranger (sous la dir. de), Aspects of Central African History (Londres, 1968).</p><p>Zamiatine</p><p>(Ievgueni</p><p>Ivanovitch)</p><p>Romancier russe (Lebedian, gouvernement de Tambov, 1884 - Paris 1937).</p><p>Apr�s des �tudes secondaires aux</p><p>gymnases de Lebedian, puis de Voronej, Ievgueni Zamiatine entre en 1902</p><p>� l�Institut polytechnique de Saint-P�-</p><p>tersbourg, o� il obtient en 1908 son dipl�me d�ing�nieur des constructions navales. Sa jeunesse est marqu�e par des voyages � travers la Russie et au Moyen-Orient en qualit� d�ing�nieur-stagiaire, et par une activit� de militant r�volutionnaire (dans les rangs du parti bolchevik), qui lui vaut en 1905-1906</p><p>un emprisonnement de plusieurs mois et, apr�s cinq ans de s�jour ill�gal � Saint-P�tersbourg, un exil de deux ans dans sa province natale. Amnisti� en 1913, il quitte de nouveau Saint-P�-</p><p>tersbourg pour s�installer � Nikola�ev, sur la mer Noire. En mars 1916, il part pour l�Angleterre, o� il dirige la construction des brise-glace destin�s � la Russie.</p><p>Apr�s un premier r�cit, publi� en 1908 (et qu�il tiendra pour une oeuvre de jeunesse), il se consacre pendant plusieurs ann�es � son m�tier d�ing�-</p><p>nieur. Son exil en province le ram�ne � la litt�rature, en lui inspirant le long r�cit Ou�ezdno�e (Choses de province, 1913), qui pr�sente � travers des personnages hauts en couleur, outr�s</p><p>jusqu�� la caricature, une satire corrosive des moeurs de la province russe. La f�rocit� de la satire entra�ne la saisie de son deuxi�me grand r�cit, Na koulitch-kakh (Au diable vauvert, 1914, publi� en 1923), qui peint la vie d�une garnison d�Extr�me-Orient. C�est encore l�absurde m�diocrit� de la vie provinciale qui est le sujet d�Alatyr (1916), tandis que l�Angleterre bourgeoise et puritaine lui inspire le long r�cit Ostrovitiane (les Insulaires, 1918) et la nouvelle Lovets tchelovekov (le Chasseur d�hommes, 1921). Cependant,</p><p>l�originalit� de Zamiatine r�side moins dans son don d�observation satirique que dans la nouveaut� d�une forme qui s��carte des proc�d�s traditionnels du roman objectif et psychologique, et cherche dans l�ellipse narrative, dans la structure intonatoire de la phrase et dans un recours syst�matique � la m�-</p><p>taphore le moyen d�imposer en m�me temps la vision concr�te de la r�alit� et sa charge de signification. Ce style</p><p>� expressionniste �, qui donne au r�cit une forte coloration subjective, n�a pas toujours une fonction satirique : le r�cit Sever (le Nord, 1918, publi� en 1926), qui a pour cadre la Russie bo-r�ale et pour personnages des hommes aux moeurs encore primitives, r�v�le en Zamiatine un po�te qui cherche la v�rit� de l�homme dans une certaine communion avec la force �l�mentaire et irrationnelle de la vie.</p><p>Revenu en Russie apr�s f�vrier</p><p>1917, Zamiatine joue un r�le important dans le mouvement litt�raire des ann�es de la r�volution. Il enseigne l�histoire de la litt�rature moderne et la technique de la prose, appartient au comit� directeur de nombreuses institutions culturelles du Petrograd r�volutionnaire ainsi que de plusieurs maisons d��dition (notamment des</p><p>�ditions Litt�rature mondiale, fond�es � l�initiative de Gorki), fait partie du comit� de r�daction de la plupart des revues ind�pendantes qui se cr�ent en 1920-1922. Il fait figure de ma�tre aux yeux de la jeune g�n�ration de prosateurs, pour qui la r�volution consomme une rupture avec les traditions r�alistes du XIXe s. et qui cherche dans le skaz et la � prose ornementale � la voie d�un renouvellement. Dans son article O</p><p>sintetizme (Du synth�tisme, 1922), il expose sous ce nom (ou celui de n�o-</p><p>r�alisme) une doctrine qui voit dans l�art moderne une synth�se du mat�rialisme des r�alistes et du spiritualisme des symbolistes. �crits en 1920, les r�cits Pechtchera (la Caverne, 1921) downloadModeText.vue.download 577 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11788</p><p>et Mama� (1924), qui restituent par une m�taphore grandiose l�atmosph�re de fin du monde du Petrograd glac� et af-fam� de la guerre civile, peuvent servir d�illustration � cette doctrine.</p><p>�crite la m�me ann�e (1920) et</p><p>�galement inspir�e par la r�volution, l�oeuvre majeure de Zamiatine est le roman d�anticipation My (Nous autres), dont l�action a pour cadre l��tat unifi� de l�avenir, d�o� la machine triomphante a expuls� la nature et o� la raison a organis� la soci�t� en asservis-sant l�individu, sacrifi� au bonheur de la collectivit�. Le roman a pour sujet la r�volte, provisoirement vaincue, mais appel�e � rena�tre sans cesse, des forces irrationnelles de la vie (notamment de l�amour, enracin� dans l�instinct sexuel), alli�es � la nature. D�veloppant dans un sens vitaliste le th�me dosto�evskien d�une libert� essentiellement irrationnelle, donc appel�e � remettre en cause toute organisation d�finitive de la soci�t�, le roman My traduit les craintes de Zamiatine devant l�institutionnalisation de la r�volution.</p><p>Ces craintes sont formul�es dans l�article O literatoure, revolioutsii, entro-pii i o protchem (De la litt�rature, la r�volution, l�entropie et le reste, 1923), o� la r�volution est pr�sent�e comme une loi universelle du d�veloppement, qu�il s�agisse de celui des soci�t�s humaines, du cosmos ou du monde</p><p>animal : ce parall�lisme est illustr� par la nouvelle Rasskaz o samom glavnom (Ce qu�il y a de plus important, 1927), dont l�action se d�roule � la fois sur ces trois plans. Zamiatine en arrive ainsi � l�id�e qu�� il n�y a pas de derni�re r�-</p><p>volution � et que � les h�r�tiques sont le seul (et amer) rem�de contre l�entropie de la pens�e humaine �. D�s 1921, il a d�nonc� dans l�article Ia bo�ous (J�ai peur) les progr�s d�un conformisme qui r�duit au silence � les fous,</p><p>les ermites, les h�r�tiques, les r�veurs, les r�volt�s, les sceptiques � et proph�-</p><p>tis� que � la litt�rature russe n�a pour tout avenir que son pass� �.</p><p>Apr�s 1920, il se tourne vers le</p><p>th��tre. Sa premi�re pi�ce, Ogni Svia-togo Dominika (les Feux de saint</p><p>Dominique, 1923), transpose dans un cadre exotique le th�me de la r�volution. Sous le titre de Blokha (la Puce), il r�alise une adaptation th��trale du conte de Leskov Levcha (le Gaucher), qui est jou�e avec succ�s en 1925. En 1926, il adapte Ostrovitiane (les Insulaires), sous le titre d�Obchtchestvo potchetnykh zvonare� (la Soci�t� des carillonneurs honoraires). Le sentiment d�une parent� entre le XXe s. et l��poque des grandes invasions lui inspire en 1928 une pi�ce en vers, Attila, dont il tirera un roman, publi� en 1938</p><p>sous le titre de Bitch boji (le Fl�au de Dieu).</p><p>L�ind�pendance d�esprit de Zamia-</p><p>tine fait de lui la cible favorite de la critique orthodoxe. La publication, en 1927, par la revue social-r�volutionnaire Volia Rossii (la Libert� de la Russie), paraissant � Prague, du texte russe d�marqu� de My, pr�sent� comme une retraduction du tch�que (interdit en U. R. S. S., le roman a paru en anglais, puis dans d�autres langues europ�ennes � partir de 1924), fournit le pr�texte d�une violente campagne qui m�ne la plupart des � compagnons de route �</p><p>� se d�solidariser des brebis galeuses Zamiatine et Pilniak (accus�, lui aussi, d�avoir transmis � l��tranger une oeuvre interdite en U. R. S. S.). Protestant, dans une lettre adress�e � Staline en juin 1931, contre la situation qui lui est faite en U. R. S. S., Zamiatine obtient l�autorisation de quitter la Russie. En 1932, il se fixe � Paris.</p><p>M. A.</p><p>Zanzibar</p><p>�le de l�oc�an Indien, partie (avec Pemba) de la r�publique de Tanzanie*.</p><p>La g�ographie</p><p>L��le de Zanzibar, longue d�environ 90 km, couvre 1 658 km 2, et, au nord,</p><p>l��le de Pemba, longue de 70 km, s��tend sur 984 km 2. Elles sont toutes deux situ�es sur le plateau continental, � une trentaine de kilom�tres du continent. Elles ont une structure g�ologique comparable, avec une moiti� environ de chaque �le constitu�e par un r�cif corallien quaternaire soulev� de quelques m�tres, portant un karst impropre � toute mise en valeur (Wan-daland), et avec une autre moiti� plus ancienne et plus �lev�e, d�coup�e en collines ne d�passant pas une centaine de m�tres d�altitude (Shamba land). Le Shamba land porte les plantations de girofliers, principale ressource des �les, et les cocoteraies, qui couvrent aussi certains cordons littoraux sableux.</p><p>Le climat est le m�me que celui du littoral tanzanien, avec une moyenne pluviom�trique annuelle d�environ 1 500 mm.</p><p>Concentr�e dans le Shamba land et sur les cordons littoraux, la population �tait de 354 000 habitants en 1967</p><p>(dont 190 000 � Zanzibar et 164 000</p><p>� Pemba), comprenant 340 000 Africains, Arabes et Comoriens,</p><p>14 000 Asiatiques et 200 Europ�ens.</p><p>Le Shamba land, pays de collines</p><p>aux sols profonds et fertiles, porte, outre les plantations de girofliers (4,5 millions d�arbres) et des cocotiers, autour des villages, des manguiers, des papayers et diverses cultures de subsistance (manioc, sorgho, tomates et autres l�gumes). On cultive aussi le riz. Il y a 15 000 bovins � Zanzibar et 28 000 � Pemba.</p><p>Ancien port arabe, jadis prosp�re au temps des sultans (commerce de l�ivoire et des esclaves), la ville de Zanzibar, avec une population de</p><p>60 000 habitants, est la seule agglom�-</p><p>ration notable. Le port, trop peu profond, n�est qu�une rade foraine, et seuls les boutres peuvent venir � quai.</p><p>Les exportations consistent surtout en huile de girofle (le principal client �tant l�Inde, qui absorbe pr�s de la moiti� de la production et est suivie par l�U. R. S. S., le P&#x101;kistan et l�Indon�sie) et en coprah.</p><p>R. B.</p><p>L�histoire</p><p>L��le et la ville de Zanzibar furent un comptoir marchand de la c�te orientale d�Afrique d�s l��poque hell�nistique.</p><p>Apr�s la fondation, au Xe s., du sultanat de Kilwa par �Ali ibn &#x1E24;asan, originaire de Chir&#x101;z, l��le fut habit�e par une population m�tis�e de Persans et de Bantous. Zanzibar d�pendit un temps de Kilwa, mais cette cit� �tait d�j� en d�clin quand les Portugais se rendirent ma�tres de la c�te orientale : Zanzibar tomba entre leurs mains en 1509. L�occupation portugaise a laiss� peu de traces dans l��le. Dans la seconde moiti� du XVIIe s., les sultans kh&#x101;ridjites de l�Oman* remplac�rent les Portugais.</p><p>Avec l�av�nement des &#x100;l B&#x16B; Sa�&#x12B;d</p><p>(v. 1750), Zanzibar connut un certain d�veloppement : son r�le de port et de march� d�esclaves se pr�cisa. Mais les v�ritables d�buts de la prosp�rit� et de la puissance de Zanzibar datent du r�gne du sultan Sa�&#x12B;d ibn Sul&#x1E6D;&#x101;n (1804-1856), qui, en 1832, transf�ra sa capitale de Mascate � Zanzibar et signa plusieurs trait�s de commerce avec les puissances europ�ennes. L��le devint le point de d�part de plusieurs routes commerciales p�n�trant jusqu�au coeur de l�Afrique en m�me temps qu�un</p><p>grand centre de traite des esclaves et de commerce de l�ivoire.</p><p>Apr�s la rupture avec le sultanat d�Oman (1861), l�influence britannique devint pr�pond�rante et la traite n�gri�re d�clina. Le march� d�esclaves de Zanzibar fut supprim� en 1873. Les d�pendances continentales du sultanat furent l�enjeu d�une rivalit� anglo-allemande, � laquelle un trait� entre les deux puissances mit fin en 1887.</p><p>En 1890, les deux �les de Zanzibar et de Pemba furent plac�es sous protectorat britannique, qui fut caract�ris� par l�abolition de l�esclavage (1897), l�essor de la culture du clou de girofle</p><p>(qui devint une v�ritable monoculture coloniale) et une immigration massive d�Indiens. En novembre 1960, la Grande-Bretagne accorda au sultanat un gouvernement responsable. Le parti d�opposition, le Parti Afro-Shirazi d�Abeid Amani Karume (1906-1972), repr�sentant des Africains et oppos� aux Indiens et aux Arabes, devint la principale force politique.</p><p>Le 10 d�cembre 1963, Zanzibar</p><p>acc�da � l�ind�pendance dans le cadre du Commonwealth. Des troubles �clat�rent le 12 janvier 1964, troubles au cours desquels une partie de l�aristocratie arabe fut massacr�e ; le sultan dut se r�fugier en Grande-Bretagne, et la r�publique fut proclam�e.</p><p>Apr�s le bref int�rim du Conseil r�-</p><p>volutionnaire, domin� par l�aventurier John Okello, Karume prit le pouvoir et, le 27 avril 1964, proclama l�union de son pays avec le Tanganyika au sein de la R�publique unie de Tanzanie*. Le pr�sident du Tanganyika, Julius Nye-rere, devint pr�sident de la nouvelle R�publique, et Karume vice-pr�sident.</p><p>Bien que la Constitution de 1965 pr�-</p><p>voie une Assembl�e nationale unique pour l�ensemble de la Tanzanie, Zan-</p><p>zibar conserve sa propre Assembl�e l�gislative et son ex�cutif, le Conseil r�volutionnaire. Depuis l�ind�pendance, celui-ci est pr�sid� par Karume, dont le comportement tyrannique provoque complots et luttes raciales. Le 7 avril 1972, Karume est assassin� et remplac� dans ses fonctions par Aboud Jumbe.</p><p>J. M.</p><p>( F. B. Pearce, Zanzibar, the Island Hetropolis of Eastern Africa (Londres, 1920). / R. Cou-pland, East Africa and its Invaders (New York, 1938 ; nouv. �d., 1965). / L. W. Hollingsworth, Zanzibar under the Foreign Office, 1890-1913</p><p>(Londres, 1953). / J. M. Gray, A History of Zanzibar from the Middle Ages to 1856 (Londres, downloadModeText.vue.download 578 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11789</p><p>1962). / R. A. Oliver et G. Matthew (sous la dir.</p><p>de), History of East Africa (Oxford, 1963 ; 2 vol.).</p><p>Zao Wou-ki</p><p>Peintre fran�ais (1964) d�origine chinoise (P�kin 1921).</p><p>Alors m�me que, dans les ann�es 50, l�abstraction* lyrique et l�action pain-ting red�couvrent l�art oriental, plus particuli�rement la peinture et la calligraphie chinoises, un peintre venant de Chine appara�t aux cimaises parisiennes (galerie Creuze, 1949). De 1934 � 1940, Zao Wou-ki a �tudi� � l��cole des Beaux-Arts de Hangzhou (Hang-tcheou) les oeuvres et les techniques de vingt si�cles de peinture chinoise. Mais c�est la d�couverte de</p><p>la peinture europ�enne moderne, � travers des reproductions, qui a provoqu� chez lui le choc capital. Peu int�ress� par les bouleversements r�volutionnaires et attir� par l�Occident, l�artiste quitte la Chine apr�s avoir, de 1941</p><p>� 1947, enseign� le dessin dans cette m�me �cole de Hangzhou.</p><p>Install� � Paris en 1948, il se rue dans les mus�es et les galeries. C�est C�zanne* qui, par ses le�ons de pl�-</p><p>nitude formelle, l�aide d�abord � trouver sa propre voie. Mais, entre la tradition extr�me-orientale et l�art occidental, l�influence de Klee*, dans les ann�es 1949-1951, s�av�re primordiale (Piazza, 1951, collection priv�e, Paris). Zao Wou-ki, cependant, se ressouvient tr�s vite de la peinture chinoise, tout en �purant certaines r�-</p><p>miniscences formelles, telles que les id�ogrammes. La ligne sert � �laborer des �l�ments figuratifs, mais d�j� les paysages � �crivent � le mouvement des nuages, des eaux, des arbres. D�s 1953, l�objet s�estompe au profit de</p><p>� noyaux d��nergie � ; la figuration et l�exemple de Klee laissent la place � une po�tique personnelle, qui �voque aussi bien l�art des Song* que celui de Turner*, des paysagistes hollandais et des impressionnistes.</p><p>Lorsque, vers 1954, Zao Wou-ki atteint sa pleine ma�trise, il a d�finitivement opt� pour l�abstraction (Incendie, 1954, mus�e national d�Art moderne, Paris). Depuis plusieurs ann�es, il s�est en outre affirm� comme lithographe et graveur (d�s 1950 para�t l�album Lecture de Zao Wou-ki, huit lithographies accompagn�es de po�mes d�Henri</p><p>Michaux). Fid�le � la parole de l�antique philosophe Zhuangzi (Tchouang-tseu), � la lumi�re diffuse demande au n�ant sa forme �, il tend � faire na�tre un espace et une lumi�re par l��nergie m�me que lib�rent les mouvements du tableau, ce qui le conduit, � partir de 1956 (Voie lact�e, coll. priv., Paris), � approfondir l��tude des rapports entre les vides et les zones d�activit� des signes. Le signe lui-m�me se transforme, abandonne sa valeur graphique. � partir de 1960, d�amples traces viennent s�int�grer au jeu des rapports d�intensit� et de luminosit�, aux variations de la touche. Cette pein-</p><p>ture n�est ni illusion, ni interpr�tation, ni m�me expression (les titres disparaissent d�ailleurs au profit de la seule date). Si, avec leurs larges plages vides horizontales, ou enserrant un motif central, ou, au contraire, rejetant le motif � l�extr�me limite de la toile, les tableaux de Zao Wou-ki �voquent des paysages (v. paysagisme abstrait), si ses lavis (depuis 1971) sugg�rent des forces et des mouvements naturels, il s�agit d�une :</p><p>� Nature saisie dans la masse.</p><p>Naturelle toujours, plus chaleureuse, plus emport�e. Tellurique. [...]</p><p>Vide d�arbres, de rivi�res, sans for�ts, ni collines, mais pleine de trombes, de tressaillements, de jaillissements, d��lans, de coul�es, de vaporeux magmas color�s qui se dilatent, s�enl�vent, fusent. � (H. Michaux.)</p><p>Ainsi, par l�interm�diaire du po�te, on rejoint une parole ch�re � Zao Wou-ki, celle de Shi Tao (Che T�ao*) : � Les gens croient que la peinture et l��criture consistent � reproduire les formes et la ressemblance. Non, le pinceau sert � faire sortir les choses du chaos. �</p><p>F. D.</p><p>&amp; C. Roy, Zao Wou-ki (�d. Falaize et Fall, 1957). / J. Laude, Zao Wou-ki (La Connaissance, Bruxelles, 1975).</p><p>Zapot�ques</p><p>et Mixt�ques</p><p>Peuples anciens du Mexique.</p><p>Longtemps confondues, les cultures de ces deux peuples ont souvent �t� r�unies sous le nom de mixt�que-zapot�que. Cependant, les fouilles des sites de la fertile vall�e d�Oaxaca, centre g�ographique et spirituel du peuple zapot�que, plus tard envahi par les Mixt�ques, permettent maintenant de mieux conna�tre les caract�res propres de ces deux civilisations. Ainsi, au cours des cinq phases du c�l�bre site de Monte Alb�n (qui correspondent � des p�riodes de la M�so-Am�rique allant du pr�classique moyen [1000-300 av.</p><p>J.-C.] au postclassique r�cent [1200-</p><p>1520 apr. J.-C.]), voit-on se d�rouler l�histoire des Zapot�ques, puis celle des Mixt�ques.</p><p>Monte Alb�n</p><p>Peut-�tre d�j� due � une tribu de langue zapot�que, la premi�re phase de Monte Alb�n, qui va jusqu�au d�but de notre �re, est marqu�e par des influences olm�ques* et voit les d�buts d�un art monumental, d�un syst�me de glyphes et de chiffres ainsi que d�un calendrier.</p><p>Les Zapot�ques occupent en tout cas le site d�s la seconde moiti� du pr�-</p><p>classique r�cent (0-300 apr. J.-C.).</p><p>Certains �l�ments culturels de Monte Alb�n II, dont les fameuses urnes zapot�ques d�cor�es de grands dieux assis model�s, vont persister et se d�velopper pendant la p�riode classique (300-900). Au cours de cette p�riode, qui marque leur apog�e, les Zapot�ques �difient plus de deux cents centres urbains. � l�influence maya*, sensible dans le culte fun�raire et la d�coration de stuc peint des poteries de Monte Alb�n II, se substituent au d�but du classique des �l�ments culturels venant de Teotihuac�n*, la grande m�tropole classique de la vall�e de Mexico ; la culture locale, cependant, s��panouit ind�pendamment.</p><p>Le centre c�r�moniel de Monte</p><p>Alb�n s��l�ve sur une colline dominant de 400 m la vall�e d�Oaxaca ; le sommet en a �t� nivel� pour cr�er une place de 300 sur 200 m, entour�e de plates-formes supportant des � palais �</p><p>et un jeu de balle. L�apparence g�n�-</p><p>rale de ces monticules et b�timents �voque Teotihuac�n. L�architecture en est s�v�re ; le d�cor sculpt�, rare, se concentre sur les linteaux et les montants des portes ; nombreuses sont par contre les constructions stuqu�es et peintes. Quelques st�les sculpt�es repr�sentent des personnages et des glyphes, parmi lesquels on a pu d�chiffrer des dates. Les plus belles des nombreuses tombes d�couvertes dans le site sont de plan cruciforme, couvertes de vo�tes � encorbellement et orn�es de fines fresques dont le style d�rive de Teotihuac�n ; ces fresques repr�sentent des glyphes ainsi que des hommes et des dieux, dont on retrouve les effigies model�es sur d�innombrables urnes fun�raires. Chaque dieu porte</p><p>une coiffure tr�s �labor�e, o� figure le symbole qui le caract�rise ; on identifie ainsi le dieu de la Pluie, Cocijo, le dieu du Ma�s, Pitao Cozobi, le Serpent � plumes, le vieux dieu du Feu et la d�esse de l�Eau...</p><p>D�abord uniquement centre c�r�mo-</p><p>niel ou civique, Monte Alb�n devint sans doute un centre urbain ; les nombreuses plates-formes d�habitation construites sur les pentes de la principale colline et des collines avoisinantes en t�moignent. Mais l��loignement des points d�eau ne permettait sans doute pas de supporter cette population croissante ; certains auteurs attribuent � ce facteur l�abandon, vers 900 (sauf comme lieu de s�pulture), de Monte Alb�n, qui, ainsi que les autres centres de la vall�e d�Oaxaca, tomba graduellement en ruine.</p><p>Mitla</p><p>Quelle que soit la raison de cet abandon, la civilisation zapot�que semble avoir mieux r�sist� aux causes encore obscures qui ont provoqu� au nord (Teotihuac�n) et au sud (cit�s mayas) une chute brutale. Car un nouveau centre zapot�que, Mitla, s��leva au sud-ouest d�Oaxaca pendant le postclassique ancien (900-1200). Selon la l�gende qui a donn� son nom � ce site</p><p>� mictlan signifie � lieu de la mort �</p><p>en nahuatl �, il existerait l� une grande chambre souterraine, tombeau des rois et des nobles zapot�ques ainsi que des h�ros morts au combat. Probablement construit pendant la pauvre p�riode Monte Alb�n IV (correspondant �</p><p>l��re tolt�que* sur le haut plateau), Mitla comprend cinq groupes de b�timents d�une admirable architecture.</p><p>Le plus remarquable, le � groupe des colonnes �, doit son nom � une grande salle rectangulaire de 37 m de longueur, dont le toit plat �tait soutenu par une rang�e de six colonnes. R�sidence du grand pr�tre de la nation zapot�que, si puissant que le souverain lui-m�me lui devait ob�issance, Mitla, avec son organisation th�ocratique, constitue le meilleur exemple du conservatisme zapot�que. Plus tard soumis � l�influence mixt�que, ce centre c�r�moniel reste cependant, de nos jours encore, v�n�r� par les Indiens de langue zapot�que, �valu�s � plus de 200 000 en 1950 ;</p><p>dans l��glise coloniale �difi�e � l�in-t�rieur de l�un des anciens palais se m�lent, parmi les fum�es du copal, les c�l�brations de vieux rites zapot�ques et de c�r�monies chr�tiennes.</p><p>Les Mixt�ques</p><p>Ainsi la civilisation zapot�que s��panouit-elle longtemps sans troubles dans sa belle vall�e. Mais, � partir du XIIIe s., les Mixt�ques, � Ceux du pays des nuages �, descendirent de leur r�gion montagneuse originelle, la Mixteca, et downloadModeText.vue.download 579 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11790</p><p>repouss�rent graduellement les Zapot�ques vers l�est. La g�n�alogie des rois mixt�ques et l�histoire de leurs conqu�tes depuis l�an 692 de notre �re sont connues gr�ce � des codex de la r�gion mixteca-puebla miraculeusement parvenus jusqu�� nous. Ces manuscrits sur peau de cerf, �crits pour la noblesse mixt�que dans les derniers jours avant la conqu�te, combinent pic-tographies et � r�bus � avec les dates du calendrier azt�que de cinquante-deux ans. Les Mixt�ques r�utilis�rent le vieux site zapot�que de Monte Alb�n pour inhumer leurs morts de haut rang, peut-�tre dans l�intention d��tablir leur continuit� avec les dynasties qui y avaient r�gn� pendant plus de mille ans. Le fantastique tr�sor de la tombe 7</p><p>de Monte Alb�n V est le plus �loquent t�moignage de leur richesse et de leurs qualit�s artistiques : magnifiques objets d�or et d�argent, mosa�ques de turquoise, colliers de cristal de roche, d�ambre, de jais et de corail, milliers de perles et d�os de jaguar grav�s de sc�nes historiques et mythologiques.</p><p>L�influence artistique des Mixt�ques s��tendit au nord jusqu�� Cholula, o� elle se manifesta dans le style hybride mixteca-puebla, qui produisit certains des manuscrits, des sculptures, des poteries et des mosa�ques de turquoise les plus beaux des derniers jours du Mexique ancien. On retrouve ce style dans les mosa�ques de pierre � motifs g�om�triques et les peintures polychromes, �galement superbes, qui ornent les murs des diff�rents b�ti-</p><p>ments de Mitla.</p><p>� la fin du XVe s., les Azt�ques* commenc�rent leurs campagnes militaires dans l�Oaxaca et d�firent les Mixt�ques dans le nord-ouest de cette r�gion. Mais ni les Zapot�ques, ni les Mixt�ques ne furent jamais compl�tement vaincus par l��tat azt�que. Orgueilleux de leurs langues et de leur richesse culturelle, ils s�unirent avec succ�s contre l�envahisseur et r�sist�rent jusqu�� l�arriv�e des Espagnols, �chappant ainsi au sort malheureux de tant d�autres nations du Mexique asservies par les sanglants</p><p>� aigles � azt�ques.</p><p>M. S.-A.</p><p>F Am�rique pr�colombienne / Indiens.</p><p>&amp; I. Marquina, Arquitectura prehisp�nica (Mexico, 1951 ; 2e �d., 1964). / J. Soustelle, l�Art du Mexique ancien (Arthaud, 1966). /</p><p>E. K. Easby et J. F. Scott, Before Cortes, Sculpture of Middle America (Greenwich, Connect., 1970).</p><p>Zarathushtra</p><p>Nom du r�formateur de l�ancienne</p><p>religion de l�Iran, n� vers 700 av. J.-</p><p>C., longtemps appel� Zoroastre en Occident.</p><p>Le personnage</p><p>Jusqu�� la fin du XVIIIe s., o� Abraham Anquetil-Duperron traduisit l�Avesta (1771), le personnage de Zarathushtra �tait celui d�un mage myst�rieux : pour les uns, un alchimiste ; pour les autres, un astrologue ; pour tous, un ma�tre de gnose. Les orientalistes du XIXe s., tels Eug�ne Burnouf et James Darmesteter, par l�analyse des textes avestiques, ont restitu� une image plus pr�cise du r�formateur. Depuis, les d�couvertes arch�ologiques, la grammaire compar�e, le d�pouillement de documents de tous genres � indiens et iraniens</p><p>� permettent de mieux comprendre le caract�re original du mouvement religieux qui aboutit au mazd�isme* orthodoxe (du nom d�Ahura-Mazd� [Or-muzd]), ou zoroastrisme (du nom du fondateur), ou magisme (du nom des ministres du culte et gardiens de la foi</p><p>mazd�enne), ou parsisme (du nom des p&#x101;rs&#x12B;s professant encore cette religion).</p><p>Si l�on devait conclure � partir</p><p>des sources grecques et latines, la vie de Zarathushtra serait � reporter dans la nuit des temps. Plutarque lui-m�me, mort en 120 apr. J.-C., range le r�formateur parmi les personnages quasi-l�gendaires.</p><p>Les Grecs n�auraient pas assign� � Zarathushtra des milliers d�ann�es si la r�forme avait eu lieu au temps o� eux-m�mes entretenaient des relations avec les Perses. D�autre part, � l��poque de ces relations, les rois de Perse sont ado-rateurs d�Ahura-Mazd�, mais aucune inscription ach�m�nide n�atteste le nom de Zarathushtra. On peut conclure qu�� l��poque ach�m�nide la r�forme n��tait pas exig�e par un int�r�t national ou dynastique.</p><p>Pourtant, une r�forme profonde a eu lieu, et le nom du r�formateur para�t dans ce qui semble �tre le manifeste de la r�forme : les G�th�s. De plus, la tradition iranienne place le commencement de la religion 272 ou 300 ans avant Alexandre. Donc, Zarathushtra aurait v�cu de 625 � 548 ou de 660 � 583 avant notre �re. Selon la tradition p&#x101;rs&#x12B;, s�appuyant sur l�Avesta (Yasna, 9, 17), Zarathushtra est de famille sacerdotale ; son p�re, Pourush�spa, habite dans le pays sacr� des dieux.</p><p>Selon le Bundahishn (tr�s tardif) [29, 12], il s�agit d�une localit� situ�e sur la rivi�re Araxe. � vingt ans, Zarathushtra se retire dans la solitude pour m�diter les � �critures �. Conduit par Yahu-Manah (� la Bonne Pens�e �)</p><p>jusqu�� Ahura-Mazd�, il devient proph�te du mazd�isme r�form�. Pendant dix ans, il pr�che ; il est pers�cut� par le clerg� ; il passe alors par de terribles �preuves. � quarante-deux ans, Ahura-Mazd� lui ordonne d�aller porter le message � Visht�spa, souverain obscur d�un royaume � l�est de l�Iran.</p><p>Dans les morceaux r�cents de l�Avesta, Visht�spa est le dernier des h�ros de la l�gende iranienne de l�Est. Dans le Yasna (53, 2), il est le protecteur actif de la r�v�lation nouvelle. Soutenu par deux ministres de Visht�spa, Zarathushtra entreprend des guerres</p><p>� saintes � ; les mages se convertissent.</p><p>Mais, lors d�une invasion de Toura-niens, un soldat p�n�tre dans le temple o� le proph�te est occup� � c�l�brer la liturgie et tue celui-ci, qui dispara�t � soixante-dix-sept ans. De la descendance de l�une des trois �pouses de Zarathushtra, la tradition p&#x101;rs&#x12B; attend le saoshyant, le sauveur, qui, apr�s trois mill�naires, se l�vera pour la victoire finale.</p><p>Les sources canoniques</p><p>Le canon iranien (textes fondant le zoroastrisme, ou mazd�isme orthodoxe) est clos sous le r�gne de Ch�hpuhr Ier (241-272 apr. J.-C.). � partir de Ch�hpuhr II (310-379), il est officiellement la � Bible � de la religion des Perses.</p><p>Le corpus des doctrines zoroas-</p><p>triennes ne dit rien de pr�cis sur le personnage, ni sur la vie de leur auteur pr�sum�. Il est vrai que l�Avesta complet est perdu. Ce que nous appelons de ce nom (1 000 pages dans la traduction J. Darmesteter) est le quart de l�ancien Avesta.</p><p>Que nous apprend de Zarathushtra le canon iranien ?</p><p>Les travaux d�Antoine Meillet et</p><p>des iranistes danois et su�dois ont �tabli des strates de plusieurs �poques dans ce corpus. Certains �l�ments sont ant�rieurs � la dispersion des groupes &#x101;ryas. D�autres sont contemporains des Ach�m�nides. Qu�un tel recueil ait pu se constituer nul n�en doutera, la m�-</p><p>moire jouant en Orient un r�le capital dans la transmission des doctrines et des textes.</p><p>Tel qu�il est, l�Avesta se pr�sente lui-m�me comme la r�v�lation communiqu�e � Zarathushtra et comprend diff�rentes parties.</p><p>1. Le Vid�vd�t, ou Vendid�d � vingt chapitres �, offre parfois la forme d�un discours d�Ahura-Mazd� � Zarathushtra, parfois celle d�un dialogue entre le Seigneur-Sagesse et son disciple. Le fond de ce recueil est compos� de pr�cis et de lois contre les da�va, ou d�mons.</p><p>2. Le Yasna, � culte sacrificiel �, est un recueil d�hymnes divis� en deux</p><p>parties. Dans le neuvi�me hymne, on trouve les noms des hommes qui ont re�u la r�v�lation divine : Vivaghao, Athoya, Tritha, Pourush�spa, � qui fut jug� digne d��tre le p�re de Zarathushtra, de celui qui devait apprendre aux hommes l�Ahuna-Vairya, pri�re contre les d�mons et auquel �tait r�serv� de faire rentrer sous terre les da�va qui, avant lui, parcouraient le monde sous des formes humaines �.</p><p>La seconde partie comprend dix-sept G�th�s, ce qu�il y a de plus ancien dans l�Avesta. Ces hymnes sont attribu�s � Zarathushtra.</p><p>3. Le Visprat, ou Vispered, comprend vingt-deux discours d�Ahura-Mazd� en dialecte bactrien, dialogues entre le Seigneur et son �lu.</p><p>4. Le Sir�zat est un recueil de pri�res o� sont �num�r�es trente divinit�s pr�-</p><p>sidant aux trente jours du mois.</p><p>5. Les Yasht sont des hymnes d�di�s � Ahura-Mazd�, aux Amesha-Spenta, � de vieilles divinit�s indo-europ�ennes, d�sormais au service du Seigneur : Y�yu, Mithra, M�h, An�hita, le Haoma. Ces cultes, ant�rieurs � Zarathushtra, trouvent place dans l�Avesta canonique. Ils ont �t� conserv�s probablement dans un dessein d�unit� nationale, au moment o� le zoroastrisme a �t� proclam� religion d��tat.</p><p>6. Le Khorda Avesta (ou � Petit</p><p>Avesta �) r�unit des pri�res pour les morts.</p><p>En quoi consiste</p><p>la r�forme de</p><p>Zarathushtra ?</p><p>1. Elle renforce le th�isme sous la forme la plus int�grale.</p><p>2. Elle d�nonce les da�va en voyant en eux les puissances mal�fiques.</p><p>3. Elle exalte l�orientation fonci�re de la vieille religion iranienne : la vie comme la justice doivent triompher dans les actes quotidiens ; les responsabilit�s humaines sont command�es par les volont�s divines.</p><p>downloadModeText.vue.download 580 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11791</p><p>Le th�isme</p><p>Zarathushtra pr�che sa doctrine � une population de cultivateurs. D�un fond traditionnel, il d�gage une th�ologie dont l�inspiration est d�exalter jusqu�� la transcendance Ahura-Mazd�, le plus grand des dieux chez les Ach�m�-</p><p>nides*. Les termes m�mes de ce nom d�finiront d�sormais l�ontologie mazd�enne orthodoxe : Ahura est Cr�ateur, toute Sagesse, toute Puret� ; il est la loi m�me du Monde, et la Sagesse qui le d�finit aura le Feu comme symbole �minent. De m�me que le Feu repousse la T�n�bre, la V�rit� en acte triomphe du Mensonge. Zarathushtra prie devant Atar, le Feu, image d�Ahura-Mazd�.</p><p>Zarathushtra a aussi trouv� dans</p><p>la tradition Angra-Mainyu, l�Esprit malin. Selon celle-ci, Ahura-Mazd� et Angra-Mainyu sont jumeaux. Mais, le mal intrins�que �tant un Mainyu, Esprit, il ne peut pas surmonter la divinit� souveraine Ahura-Mazd�. Aucun anti-Dieu ne peut abolir la perfection, qui int�gre tout ce qui est vie. Tout doit se penser en fonction de la perfection premi�re : c�est la religion du croyant qui combattra, d�votement, par ses actions quotidiennes, � l�imitation du Seigneur.</p><p>On a souvent parl� du dualisme de l�id�ologie mazd�enne. Oui, pourvu, toutefois, qu�on per�oive ce que Zarathushtra apporte de nouveau : son</p><p>� dualisme � est provisoire. En effet, si dualisme signifiait �galit� des forces contraires, la th�ologie du r�formateur serait d�moralisante d�s le point de d�part.</p><p>Les da�va</p><p>En indo-iranien, le terme d�asura (ma�tre) d�signait une classe d��tres juxtapos�s aux deva, g�nies c�lestes.</p><p>Dans le Veda, les asura sont vertueux.</p><p>Dans la suite, ils finiront par se fixer dans le r�le d�ennemis des dieux. Les brahmanes mettent la masse des asura sous la domination des deva. En Iran, c�est l�inverse. Ahura-Mazd� devient</p><p>le dieu supr�me. Les da�va (deva) deviennent synonymes de d�mons, � commencer par l�Indra indien.</p><p>Les G&#x101;th&#x101;s constituent en quelque sorte la d�claration de guerre contre les da�va (m�les = da�va ; femelles = druj).</p><p>L�officiant demande : � Quand d�trui-sons-nous la druj ? � Ils r�pondent eux-m�mes : � Nous la d�truirons quand nous la frapperons, nous les sauveurs futurs, nous, puissants ; elle, impuissante, sur les sept continents. �</p><p>Une morale d�action, non</p><p>asc�tique</p><p>La r�forme de Zarathushtra est un appel v�h�ment au combat quotidien : la morale pratique fait corps avec la m�taphysique, le devoir des hommes, c�est de d�sirer que s�accomplisse la loi du Bien, qui est la saintet� et le bonheur des fid�les : travailler la terre, am�liorer la condition des cultivateurs, semer le bl�, c�est faire oeuvre de vie, c�est semer la justice. Le bon souverain est ministre de vie ; le mauvais roi est instrument de mort.</p><p>De l�ancien mazd�isme, Zarathush-</p><p>tra conserve les grandes intuitions plus ou moins bien traduites par la vieille mythologie ; il exalte l�essentiel, condamne le superf�tatoire. Interpr�te de l�Ahura, Sagesse unique, il promet l�ordre selon Dieu (Asha), abolissant les cultes divers que les rois tol�raient pour des motifs politiques. Ainsi, les croyances deviendront monoth�istes ; les sacrifices sanglants perdront leur importance devant la proclamation d�un culte en esprit ; et les hommes apprendront qu�ils gagneront le ciel par la v�rit� de la conduite personnelle, � l�imitation d�Ahura-Mazd� lui-m�me.</p><p>Ce message, adress� d�abord au</p><p>clerg�, aux chefs, rencontra des incompr�hensions, mais aussi des disciples enthousiastes. Il resurgit au moment de la renaissance nationale au IIe s. avant notre �re, quand une partie de l�ancien Iran se d�tacha du royaume des S�leu-cides*. C�est l�heure d�une r�action nationale anim�e par une r�novation religieuse. Quand Ardach�r, le premier des Sassanides*, d�tr�na le dernier Parthe (224 apr. J.-C.), les vieux G�th�s eurent la force d�un manifeste.</p><p>Alors, la religion de l�Avesta, depuis longtemps � l�oeuvre � mais localement �, devint universelle dans tout l�Iran. Alors, mais alors seulement, s�acheva l�oeuvre commenc�e par</p><p>Darios l�Ach�m�nide qui avait r�v� d�unifier l�Iran et l�Orient tout entier.</p><p>Le g�nie de Zarathushtra avait pr�par� la vision religieuse qui devait donner un id�al moral � une partie du monde jusqu�au VIIe s., date fatale pour l�Iran, o� les Perses, battus par les Arabes d��Umar, passeront � l�isl&#x101;m, mais en lui faisant subir d�ailleurs des modifications profondes.</p><p>La gloire de Zarathushtra est d�avoir mis hors conteste la v�rit� qui tient en �veil tous les hommes : la Justice triomphera. Sa gloire c�est d�avoir �t�</p><p>� selon le mot de Renan � le pro-</p><p>ph�te � de la religion la moins pa�enne du paganisme �.</p><p>Il y a encore aujourd�hui en Iran des disciples de Zarathushtra : les Gu�bres. En Inde, pr�s de Bombay, 150 000 p&#x101;rs&#x12B;s pratiquent les rites mazd�ens et nourrissent leur foi par une tradition ininterrompue.</p><p>R. F.</p><p>F Iran / Mazd�isme.</p><p>&amp; H. Humbach, Die G�th�s des Zarathustra (Heidelberg, 1959). / R. C. Zaehner, The Dawn and Twilight of Zoroastrianism (Londres, 1961). / J. Varenne, Zarathushtra et la tradition mazd�enne (�d. du Seuil, coll. � Microcosme �, 1966).</p><p>Zeami</p><p>Dramaturge japonais, th�oricien du n&#x14D;</p><p>(1363-1443).</p><p>En 1374, le sh&#x14D;gun Ashikaga Yoshi-mitsu assistait � un spectacle de saru-gaku au temple d�Imagumano. � cette occasion, la danse rituelle Okina, � le Vieillard �, qui pr�c�de les s�ances solennelles, fut interpr�t�e par Y&#x16B;saki Sabur&#x14D; Kiyotsugu. Le prince, enthousiasm� par le jeu de cet acteur, le fit venir � sa cour avec son fils Fujiwaka, alors �g� de onze ans. Ce Fujiwaka devait s�illustrer plus tard sous les noms de Motokiyo, puis de Zeami : son p�re, qui prendra le nom de Kanami, est le</p><p>fondateur de la lign�e des Kanze, qui dirigent aujourd�hui encore la principale �cole d�acteurs de n&#x14D;. Kanami mourut en 1384, vers la cinquantaine, au cours d�une tourn�e en province, et Motokiyo, �g� de vingt ans � peine, lui succ�da.</p><p>Du p�re, nous ne savons gu�re que ce que le fils nous rapporte de lui. La tradition attribuait � ce dernier pr�s de la moiti� du r�pertoire actuel du n&#x14D;, et les meilleures pi�ces de ce r�pertoire, ce qui suffisait � faire de lui l�un des plus grands po�tes japonais et l�un des tout premiers dramaturges de tous les temps. Cependant, la d�couverte, en 1909, d�un ensemble de trait�s confidentiels, dans lesquels il l�guait � ses successeurs les secrets de son art, devait pr�ciser le r�le de l�auteur et de son p�re dans la formation du n&#x14D;. Nous savons ainsi que Zeami, parachevant l�oeuvre de Kanami, fut le v�ritable cr�ateur de cet art, dont aucun aspect ne lui �tait �tranger, car il �tait � la fois auteur, compositeur, chor�graphe, metteur en sc�ne et acteur.</p><p>Les trait�s retrouv�s � l�heure actuelle sont au nombre de vingt-trois, que l�on peut r�partir en trois groupes.</p><p>Le premier, qui repr�sente un peu plus de la moiti� de l�ensemble, comprend des textes essentiellement didactiques, sous la forme de conseils raisonn�s.</p><p>L�auteur y donne les recettes du succ�s en fonction du comportement et de la psychologie de l�acteur et du spectateur.</p><p>Le deuxi�me groupe de trait�s est consacr� � la technique pure. Le ma�tre y �nonce les principes du chant, de la musique et de la danse. L�importance de ces principes est consid�rable, mais le d�chiffrement en est parfois probl�-</p><p>matique, Zeami utilisant des termes techniques dont certains sont tomb�s en d�su�tude.</p><p>Le troisi�me groupe se distingue des deux pr�c�dents par son obscurit� volontaire, l�abus des aphorismes et des paradoxes, chers � la secte zen, le mysticisme fumeux, qui contrastent �trangement avec la rigueur logique, la pens�e claire et vigoureuse, le scepticisme ironique des autres �crits de Zeami. Il</p><p>se pourrait qu�il soit l�oeuvre de l�un de ses successeurs, peut-�tre de Zenchiku (1405-1468), son gendre, qui a laiss� des textes de m�me nature.</p><p>Quoi qu�il en soit, le premier groupe est, de notre point de vue, le plus int�-</p><p>ressant. Il s�agit de notes r�dig�es apparemment au hasard ; le m�me sujet est repris et approfondi apr�s plusieurs ann�es parfois, ce qui permet de suivre l��volution d�une r�flexion logique qui, � aucun moment, ne s��carte de l�exp�-</p><p>rience pratique. Les � proc�d�s �prouv�s �, en d�autres termes les recettes et les trucs de m�tier, sont �nonc�s dans un premier temps comme autant d�enseignements des anciens. Mais bient�t Zeami s�efforcera de d�terminer les raisons d��tre de ces recettes ; certaines se r�v�lant � l��preuve inefficaces, voire nuisibles, il recherchera les causes de l��chec. C�est ainsi qu�il sera amen� � distinguer l�exp�rience</p><p>� utile � de l�exp�rience � fig�e �. La premi�re, exp�rience vivante et sans cesse attentive aux r�actions de la critique, se renouvelle � chaque �ge de la vie et � jusque dans la vieillesse �.</p><p>L�exp�rience fig�e, par contre, est celle de l�acteur qui, parce qu�� tel moment de sa vie tel proc�d� lui a valu des ap-plaudissements, s�obstine � user ind�finiment des m�mes effets, sans s�aper-cevoir que le public les a perc�s � jour et que son jeu s�est scl�ros�.</p><p>Le succ�s, en effet, repose sur une double connaissance : connaissance du public et connaissance de soi-m�me.</p><p>Observer le parterre, infl�chir son jeu en cons�quence afin d��tablir le contact, puis amener insensiblement le spectateur � accepter la conception downloadModeText.vue.download 581 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11792</p><p>du n&#x14D; qu�on lui propose, voil� le secret de l�� habile �. Mais, pour cela, il faut savoir tr�s exactement les � limites de ses moyens � et le � degr� de ses facult�s �.</p><p>Et c�est ainsi que Zeami en arrive � d�finir le principe fondamental de la</p><p>� concordance � : l�acteur qui conna�t</p><p>ses propres limites et qui conna�t son public saura, � tout moment, interpr�ter une pi�ce � concordante � � ses facult�s, � concordante � au public du jour, d�une mani�re � concordante � au pouvoir de discernement de ce public.</p><p>Cette th�orie est r�sum�e sous une forme syst�matique dans l��chelle des neuf degr�s : les acteurs, les pi�ces et les publics possibles sont r�partis sur neuf degr�s, regroup�s trois par trois en degr�s � sup�rieurs, moyens et inf�-</p><p>rieurs �. Degr� de l�acteur, degr� de la pi�ce interpr�t�e et degr� du public doivent �tre � concordants � � chaque repr�sentation. Que, par exemple, un acteur � moyen � offre une pi�ce</p><p>� moyenne � � un public � moyen �, le succ�s lui sera acquis ; tandis qu�un acteur � sup�rieur � donnant une pi�ce</p><p>� sup�rieure � � un public � moyen �</p><p>ou � inf�rieur � y perdra son temps et sa r�putation, par manque de discernement. Mais un artiste � v�ritablement sup�rieur � saura, devant un tel public, redescendre en se jouant jusqu�aux degr�s � inf�rieurs �, c�est-�-dire interpr�ter sans pr�tention une pi�ce m�diocre en grossissant ses effets,</p><p>� f�t-ce au prix d�un effort ext�nuant �.</p><p>Il r�pondra, ce faisant, � l�attente des spectateurs, et ce comportement � insolite � surprendra et remplira d�admiration m�me un � oeil exerc� �, qui reconna�tra dans ce pastiche sa parfaite ma�trise.</p><p>Un artiste capable d�un pareil exploit sera du reste toujours et partout</p><p>� insolite �, car personne ne pourra jamais pr�voir ce qu�il fera tel jour et dans tel lieu. � �tre insolite �, voil� en effet l�ultime et l�unique secret du grand acteur, la condition de l��closion de la � fleur de l�interpr�tation �.</p><p>Ce bref aper�u de quelques-uns des th�mes essentiels des trait�s ne peut donner qu�une faible id�e de la richesse exceptionnelle de ces textes, dont l�in-t�r�t d�passe de loin les limites du n&#x14D;</p><p>et m�me de l�art dramatique, japonais ou occidental. Car, sans jamais perdre de vue les n�cessit�s techniques du n&#x14D;, Zeami en arrive tr�s souvent � analyser les �l�ments psychologiques et m�me physiologiques de l��motion esth�-</p><p>tique, � en tout art et en toute voie �.</p><p>Un tel effort de r�flexion logique, appliqu� � la cr�ation esth�tique non par un philosophe raisonnant dans l�abstrait, mais par un homme de l�art prodigieusement dou�, est peut-�tre unique en son genre et nous incite � tenir l�oeuvre didactique de Zeami pour l�une des contributions majeures de la culture japonaise au tr�sor de l�humanisme universel.</p><p>R. S.</p><p>F Japon [le th��tre japonais].</p><p>&amp; R. Sieffert, Bibliographie du th��tre japonais (P. U. F., 1955). / Zeami, la Tradition secr�te du n&#x14D; (trad. du japonais, Gallimard, 1960).</p><p>Z�lande</p><p>F DELTA (plan) ET PAYS-BAS.</p><p>zen</p><p>F BOUDDHISME ET TCH�AN ET ZEN</p><p>DANS L�ART.</p><p>Z�non d��l�e</p><p>F �L�ATES (les).</p><p>&#x17B;eromski (Stefan)</p><p>�crivain polonais (Strawczyn, pr�s de Kielce, 1864 - Varsovie 1925).</p><p>L�enfance de &#x17B;eromski se d�roule</p><p>dans la belle r�gion montagneuse et foresti�re du massif de la Sainte-Croix (&#x15A;wi&#x119;tokrzyskie G�ry) ; l�atmosph�re de patriotisme qui r�gne dans la maison et la beaut� de la nature qui entoure l�enfant le marqueront pour toute sa vie.</p><p>� l��poque de la nouvelle entreprise de russification de la vie polonaise apr�s l��chec de l�insurrection de 1863, &#x17B;eromski fr�quente le lyc�e de Kielce.</p><p>Dans son Journal, tenu de 1882 � 1891, il note tous les �v�nements de cette p�riode : �l�ve m�diocre, refus� aux examens, il parviendra � une �rudition �tendue gr�ce � son effort personnel. Il gagne d�abord sa vie comme pr�cepteur dans de riches familles �tablies � la campagne, puis se rend � Varsovie, o� il entre � l��cole v�t�rinaire, l�unique �tablissement scolaire admettant des</p><p>�l�ves sans baccalaur�at ; mais il doit interrompre ses �tudes en raison de difficult�s mat�rielles et des premi�res atteintes de la tuberculose. Il retrouve la campagne, o� il observe avec passion la vie quotidienne.</p><p>En 1889, il donne ses premiers</p><p>textes de prose. C�est � Na&#x142;&#x119;cz�w, pr�s de Lublin, qu�il compose ses premiers r�cits importants, contes et nouvelles, notamment l�Inflexible H�ro�ne, mais, afin de r�tablir sa sant�, il part pour la Suisse, o� il s�journe de 1892 � 1896 ; il travaille comme biblioth�caire au Mus�e national polonais de Rapper-swil et, dans cette atmosph�re de pays libre, entour� d��migr�s polonais, il voit m�rir � la fois son talent d��crivain et ses id�es politiques et sociales.</p><p>Toujours sensible � l�injustice et � la mis�re, il deviendra le porte-parole du progr�s social, et ses h�ros porteront en eux une force invincible dirig�e contre la violence et l�oppression. Il �crit cependant des nouvelles et des contes lyriques ou naturalistes sur la campagne polonaise (Nous serons la proie des corbeaux, 1896), qui attirent l�attention par la richesse et la beaut� m�lodique de sa langue.</p><p>Revenu en Pologne, il s�installe</p><p>� Varsovie (1897-1904), o� il poursuit son activit� de biblioth�caire � la biblioth�que des Zamoyski et o� il compose ses premiers romans : les Travaux de Sisyphe (1898), �tude psychologique sur le jeune �colier dans une �cole russifi�e ; les Sans-logis (1900), analyse des conflits entre le besoin de justice et les int�r�ts personnels ; les Cendres (1904), histoire des guerres napol�oniennes et de la l�gion polonaise qui y participa, �vocation lyrique de la naissance d�une vie nouvelle sur les d�combres du pays occup�.</p><p>Apr�s un voyage en Italie, &#x17B;eromski s��tablit � Zakopane, dans les Tatras, o� l��lite artistique et politique polonaise cherche alors un refuge. Sous l�influence des nouvelles tendances litt�raires et d�inqui�tudes mystiques, il compose un po�me historique symbolique sur la naissance de l��tat polonais, le Roman de Walgierz Uda&#x142;y (1906).</p><p>Mais, d��u par l��chec des id�es r�volutionnaires en 1905, il s�abandonne</p><p>au pessimisme : ce drame de l�homme se refl�te dans l�oeuvre de l��crivain, le po�me historique la Chanson de l�hetman (1908), le drame la Rose (1909) et surtout le roman naturaliste Histoire d�un p�ch� (1908).</p><p>De 1909 � 1912, &#x17B;eromski s�journe � Paris, o� d�j� d�autres �crivains poursuivis par l�occupant � dont</p><p>W&#x142;adys&#x142;aw Reymont, Wac&#x142;aw Sie-</p><p>roszewski et Andrzej Strug � se sont �tablis. Il subit l�influence de la litt�-</p><p>rature fran�aise. Il �crit alors une trag�die, Su&#x142;kowski (1910), et les romans l�Ombre (1912) et le Fleuve fid�le (1912), consacr� au souvenir de l�insurrection de 1863.</p><p>� la veille de la Premi�re Guerre mondiale, il revient en Pologne, o� il travaille � sa trilogie, la Lutte contre Satan (1916-1919). En 1918, une trag�die le frappe : son fils, �g� de dix-neuf ans, meurt d�une maladie de coeur.</p><p>&#x17B;eromski joue d�sormais un r�le tr�s actif dans la vie sociale ; il r�dige des articles et des appels. Mais, impressionn� par la beaut� de la c�te baltique, il renouvelle son inspiration avec des r�cits comme Vent de mer (1922), le Sous-Marin (1924) et plusieurs pi�ces de th��tre, dont La caille s�est enfuie (1924). Son roman l�Avant-printemps (1925) est un �v�nement litt�raire et politique qui suscite discussions et pol�miques devant la s�v�rit� de l�accusation qu�il porte contre la soci�t�.</p><p>&#x17B;eromski compose cependant son dernier ouvrage, le beau po�me la For�t de sapins (1925), qui �voque le pays de son enfance et o� il dit adieu � son sol natal. Sa mort fut pour la Pologne un deuil national.</p><p>K. S.</p><p>&amp; I. Kwiatkowska-Siemienska, Stefan &#x17B;eromski. La nature dans son exp�rience et sa pens�e (Nizet, 1964). / A. Hutnikiewicz, Stefan &#x17B;eromski (en polonais, Varsovie, 1970).</p><p>Zimbabwe</p><p>Nom bantou appliqu� par les Portugais aux capitales de plusieurs souverains de l�Afrique du Sud-Est.</p><p>Le terme est plut�t r�serv� � un site arch�ologique du sud-est de la Rhod�-</p><p>sie actuelle, quelquefois appel� Grand Zimbabwe. Ce site est un ensemble de ruines uniques en Afrique noire par leur ampleur et leur qualit�. Celles-ci forment trois groupes. Dans une vall�e, le � temple elliptique � est un enclos renfermant deux tours coniques, ceint d�un mur de 2,5 km de d�veloppement, pouvant atteindre 9 m de hauteur et 4,5 m d��paisseur. Mur et tours sont faits de moellons de granit soigneusement appareill�s. Au-dessus de la vall�e s��l�ve une acropole fortifi�e. Entre le � temple � et l�acropole s��tendent une quantit� de ruines qui peuvent avoir �t� des maisons d�habitation.</p><p>Connue des Portugais au XVIe s. par le r�cit de marchands arabes, Zimbabwe fut visit�e pour la premi�re fois downloadModeText.vue.download 582 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11793</p><p>par un Europ�en en 1871. Ces ruines donn�rent lieu � d�extravagantes supputations : palais de la reine de Saba, centre d�esclavage portugais, etc. La datation pr�cise des diff�rents �l�ments et l�ethnie exacte des constructeurs demeurent des sujets de controverse.</p><p>Mais les fouilles de G. Caton-Thompson en 1929, celles de R. Summers, de K. R. Robinson et de A. Whitty en 1958 ainsi que la prospection d�autres sites sur le plateau rhod�sien permettent de restituer Zimbabwe � une civilisation indubitablement africaine.</p><p>Actuellement, 330 ruines ont �t� recens�es, les plus connues �tant celles de Dhlo-Dhlo, de Khami, de Nanetali et d�Inyanga. Plus de 1 000 mines d�or et plus de 150 mines de cuivre pr�historiques ont �t� rep�r�es.</p><p>L�occupation humaine sur le site de Zimbabwe remonte au moins au IVe s.</p><p>de notre �re. D�s le Xe s., l�or du plateau �tait l�objet d�un commerce actif avec les Arabes des ports de Kilwa, puis de Sofala, sur l�oc�an Indien. La prosp�rit� ainsi engendr�e permit la constitution de puissants �tats. On date du XIe s. les premi�res constructions de pierre sur l�acropole. Zimbabwe aurait</p><p>�t� la capitale d�un vaste empire dont le souverain portait le titre de Monomotapa. � l�arriv�e des Portugais en 1509, la capitale se trouvait � 300 km plus au nord, au bord du Zamb�ze. Le Monomotapa tomba sous l�influence des Portugais, dont la protection ne put emp�cher l�effritement de son empire.</p><p>Les constructions de l�enclos elliptique dateraient des XVIIe-XVIIIe s. Elles seraient l�oeuvre d�une dynastie �mancip�e de l�autorit� du Monomotapa. Zimbabwe fut mise � sac vers 1830 par les Ngonis, fuyant devant le conqu�rant zoulou Chaka, puis fut d�finitivement abandonn�e.</p><p>D. B.</p><p>&amp; G. Caton-Thompson, The Zimbabwe Culture : Ruins and Reactions (Oxford, 1931 ; nouv. �d., Londres, 1971).</p><p>Zimmermann</p><p>(Bernd Alois)</p><p>Compositeur allemand (Bliesheim,</p><p>pr�s de Cologne, 1918 - Cologne</p><p>1970).</p><p>Comme tous ses contemporains et</p><p>cadets, il ne put se d�velopper qu�apr�s la chute du nazisme, � partir de 1945,</p><p>� ann�e z�ro � de la nouvelle musique allemande. Ses premi�res oeuvres, demeur�es in�dites, datent des ann�es de guerre, mais rien ne fut jou� avant 1948, et, � cette �poque, gr�ce � ses �tudes aupr�s de Wolfgang Fortner et de Ren� Leibowitz aux Cours d��t� de Darmstadt, il avait d�j� adopt� le langage dod�caphonique. La cr�ation, en 1953, de sa Symphonie en un mouvement, synth�se et aboutissement de cette premi�re �poque, lui apporta la notori�t� nationale, mais, jusqu�� sa mort, son art ne devait gu�re s�imposer au-del� des fronti�res de son pays, ce dont il souffrit beaucoup. Zimmermann enseigna la th�orie musicale � l�universit� de Cologne de 1950 � 1952, puis la composition au conservatoire de cette ville de 1957 � sa mort, tout en dirigeant un s�minaire pour la musique de film, de sc�ne et de radio. � deux reprises (1957 et 1963), il fut boursier � la villa Massimo de l�Acad�mie allemande � Rome. � partir de 1955</p><p>(Perspectives pour 2 pianos), il aborda</p><p>la phase s�rielle de son �volution.</p><p>Cette �tape culmine dans l�oeuvre centrale de sa trop br�ve carri�re, clef de vo�te de son activit� cr�atrice, l�op�ra les Soldats (1958-1960), rejet� comme inex�cutable par l�Op�ra de Cologne, qui en avait �t� le commanditaire, mais pourtant cr�� sur cette m�me sc�ne apr�s cinq ans d�atermoiements, en 1965. Depuis lors, les Soldats se sont affirm�s comme le plus important</p><p>op�ra depuis Mo�se et Aaron de Sch�nberg* et Lulu de A. Berg*, et comme l�une des rares partitions lyriques du XXe s. destin�es � durer. Inspir�s par la pi�ce de J. M. R. Lenz* (1751-1792), l�un des auteurs les moins connus, mais les plus r�volutionnaires du Sturm und Drang, pr�curseur direct de B�chner, voire de Brecht, qui aborde le probl�me dramatique des filles de famille des villes de garnison de province, s�duites et abandonn�es par des officiers aristocratiques et oisifs, ils illustrent la conception r�volutionnaire de la sph�ricit� du temps et du pluralisme musical, d�j� approch�e dans certaines oeuvres pr�c�dentes. Cette conception entra�ne la simultan�it� de plusieurs actions, qui peuvent �tre successives dans la r�alit� des faits. Sur le plan musical, elle rend possible et �vident le proc�d� du collage de musiques appartenant � diverses �poques du pass� : Bach, Josquin Des Pr�s et le chant gr�gorien dans les Soldats. La musique de Zimmermann, d�un raffinement et d�une complexit� extraordinaires, poursuit, en la renouvelant, la grande tradition expressionniste de l��cole viennoise. Les oeuvres �crites apr�s les Soldats, jusqu�au Concerto pour violoncelle en forme de pas de trois (1965-66) inclusivement, approfondissent les recherches de � pluralisme � et de sph�ricit� temporelle, tout en d�passant peu � peu le s�rialisme.</p><p>Le titre de ce concerto illustre une autre pr�occupation de Zimmermann : nombreuses sont ses oeuvres de concert destin�es � des � ballets imaginaires �, selon ses propres termes, et effectivement chor�graphi�es dans la plupart des cas. � partir d�Intercomunicazione (1967) pour violoncelle et piano, nous abordons la derni�re phase, celle de l�extension temporelle, fond�e sur de longues plages statiques. Toujours sombre, l�inspiration de Zimmermann,</p><p>� l�approche de la mort (ce fut une mort volontaire, provoqu�e par une grave maladie, un �tat d�pressif et une hyper-sensibilit� au drame de l��poque, que cet humaniste chr�tien vivait avec une intensit� terrible), se fait angoiss�e, fun�bre. La derni�re grande oeuvre, pendant tardif des Soldats, le Requiem pour un jeune po�te (1967-1969), d�di� � la m�moire de trois jeunes po�tes suicid�s, est un gigantesque montage de parl�, de chant�, d�instrumental et d��lectronique, m�lant bandes d�actualit� et musique �crite pour aboutir � ce que le compositeur nomme un Lingual : Zimmermann semble y porter le poids de cinquante ans de tragique histoire de notre temps, poids sous lequel il finit par succomber, apr�s l�oeuvre testamentaire, achev�e cinq jours avant son suicide, l�Action eccl�siastique, inspir�e � la fois par la � L�gende du Grand Inquisiteur � des Fr�res Kara-mazov de Dosto�evski et par les am�res paroles de l�Eccl�siaste, qui parcourent toute son oeuvre d�s 1957 (Omnia tempus habent) � la mani�re de quelque sombre fil conducteur. Il fut un pur expressionniste, qui se d�finissait lui-m�me comme � un m�lange tr�s rh�nan de moine et de Dionysos �, alors qu�un de ses proches le qualifiait d�� asc�te explosif �. Quoi qu�il en soit, il v�cut son oeuvre avec une si terrifiante intensit� qu�elle finit par le d�truire. Encore presque inconnue en France, elle s�impose graduellement ailleurs comme l�une des plus fortes et des plus originales de son temps.</p><p>Les oeuvres principales de</p><p>Zimmermann</p><p>y op�ra : Die Soldaten (les Soldats, 1958-1960).</p><p>y orchestre : Concerto pour cordes (1948) ; Alagoana (ballet, 1940-1950) ; Kontraste (ballet imaginaire, 1953) ; Symphonie en un mouvement (1947-1953) ; Im-promptu (1958) ; Musique pour les soupers du roi Ubu, Ballet noir (1966) ; Photoptosis (1968) ; Stille und Umkehr (1970).</p><p>y concertos : pour violon (1950) ; pour hautbois (1952) ; pour trompette (Nobody knows the Trouble I see, 1954) ; Canto di speranza, cantate pour violoncelle et</p><p>orchestre (1952-1957) ; Dialogues pour 2 pianos et orchestre (1960-1965) ; Anti-phonen pour alto et petit orchestre (1962) ; Concerto pour violoncelle en forme de pas de trois (1965-66).</p><p>y musique de chambre : Sonates pour violon et piano (1950) ; pour violon seul (1951) ; pour alto seul (1955) ; pour violoncelle seul (1960) ; Pr�sence, trio pour violon, violoncelle et piano (ballet imaginaire, 1961) ; Tempus loquendi pour fl�te seule (1963) ; Intercomunicazione pour violoncelle et piano (1967) ; Vier Rurze Studien pour violoncelle seul (1970).</p><p>y piano : Capriccio (1947) ; Enchiridion I et II (1949 et 1952) ; Konfigurationen (1954) ; Perspektiven pour 2 pianos (ballet imaginaire, 1955) ; Monologues pour 2 pianos (1960-1964 ; autre version des Dialogues pour 2 pianos et orchestre).</p><p>y cantates et oratorios : Lob der Torheit (�loge de la folie, 1948) ; Omnia tempus habent (1957) ; Requiem f�r einen jungen Dichter (Requiem pour un jeune po�te, 1967-1969) ; Action eccl�siastique (1970).</p><p>y musique �lectronique : Tratto I et II (1966 et 1969).</p><p>H. H.</p><p>&amp; H. Halbreich, Bernd Alois Zimmermann (Mayence, 1973).</p><p>zinc</p><p>M�tal blanc d�usage courant.</p><p>Le zinc et ses d�riv�s</p><p>�tat naturel</p><p>On a trouv� des traces de zinc natif en Australie, mais le minerai principal est actuellement la blende ZnS. On conna�t aussi � l��tat naturel la calamine ZnCO3, des silicates, l�oxyde (rare) et une ferrite (franklinite) Zn(FeO2)2.</p><p>Le zinc constitue 0,02 p. 100 de la lithosph�re.</p><p>Atome</p><p>Le num�ro atomique est 30, et la structure �lectronique de l��tat fondamental de l�atome est 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2. Il en r�sulte les �nergies sui-</p><p>vantes d�ionisation : 9,4 eV pour le premier �lectron et 17,9 eV pour le second. Le rayon atomique est de 1,25 �, et le rayon du cation Zn+ 2 de 0,74 �.</p><p>Corps simple</p><p>Le zinc est un solide qui fond � 419 �C</p><p>et dont la temp�rature normale d��bullition est voisine de 907 �C, c�est-�-</p><p>downloadModeText.vue.download 583 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11794</p><p>dire que c�est un corps assez volatil.</p><p>C�est un m�tal usuel assez mou, dont les propri�t�s m�caniques sont fortement influenc�es par les impuret�s. On en fait ainsi des feuilles qui servent � la couverture d�immeubles. Mais, � chaud, le zinc r�agit vivement avec l�oxyg�ne, les halog�nes et le soufre. Il est attaqu� par l�acide chlorhydrique et l�acide sulfurique usuels. Il r�agit sur les bases alcalines en donnant un zincate et un d�gagement d�hydrog�ne : Zn + 2 NaOH Q Zn(ONa)2 + H2.</p><p>Il forme des organozinciques sy-</p><p>m�triques R�Zn�R ou mixtes R�</p><p>Zn�X (R repr�sente un radical hydro-carbon�, et X un halog�ne).</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>L�oxyde ZnO est assez volatil. Il peut prendre une teinte l�g�rement jaune sous l�effet d�une l�g�re dissociation avec perte d�oxyg�ne, ce qui lui donne une composition l�g�rement non stoechiom�trique du type ZnO1�x (x �tant petit). L�hydroxyde Zn (OH)2 est am-phot�re, c�est-�-dire qu�il se dissout dans les acides en donnant un sel de zinc et qu�il se dissout dans les bases alcalines en donnant un zincate tel que Zn (ONa)2 ou Zn (OK)2.</p><p>Souvent, les sels de zinc cristallisent � l��tat hydrat� de leurs solutions aqueuses, et l�on a souvent des hydrates contenant l�ion solvat� On</p><p>conna�t diff�rents sels complexes, tels que des halog�nures contenant l�ion ou des cyanures contenant l�ion</p><p>H. B.</p><p>La m�tallurgie</p><p>Dans l�Antiquit�, le zinc �tait utilis� sous forme alli�e et entrait dans la composition de nombreux bronzes et laitons. L�airain, de composition tr�s variable, contenait essentiellement du cuivre, de l��tain et du zinc ; il �tait �labor� directement par r�duction du m�lange des minerais m�talliques. Le laiton �tait travaill� dans le nord de la Gaule, mais c�est � la fin du Moyen �ge que naquit son fa�onnage dans la r�gion de Dinant pour les travaux de chaudronnerie, ou dinanderie. Bien que connu au Moyen �ge en Chine et en Inde, d�o� on l�importait, le zinc �tait alors consid�r� en Europe comme une pr�cieuse vari�t� d��tain ; d�o� son nom d�riv� du mot germanique zinn (�tain).</p><p>L�alchimiste Paracelse (v. 1493-1541) le mentionna le premier au d�but du XVIe s. sous le nom de zincum. En 1743, la premi�re usine d�extraction du zinc par distillation � partir de la calamine fut mise en exploitation � Bristol. Mais c�est le chimiste belge l�abb� Jean-Jacques Daniel Dony (1759-1819) qui industrialisa en 1808 dans l�usine de Li�ge (Vieille-Montagne) le proc�d� de r�duction et de distillation, dit proc�d� li�geois.</p><p>Principaux minerais</p><p>Le principal minerai de zinc est la blende, sulfure de zinc ZnS titrant de 30 � 50 p. 100 de zinc, mondialement r�parti, mais dont les gisements les plus importants sont au Canada ; la blende est fr�quemment m�lang�e de silice, de chaux, de sulfure de plomb (gal�ne PbS), de sulfure de fer (pyrite FeS) et de sulfure de cadmium (CdS).</p><p>Un autre minerai, aujourd�hui moins r�pandu, la calamine, est un m�lange � base de carbonate de zinc (smithsonite ZnCO3) contenant du silicate de zinc (willemite Zn2SiO4).</p><p>�laboration du m�tal</p><p>L��laboration du m�tal se pratique suivant deux groupes de proc�d�s : le proc�d� �lectrolytique et les proc�d�s thermiques de r�duction-distillation.</p><p>Le traitement pr�liminaire consiste � transformer le sulfure ou le carbonate en oxyde de zinc ZnO par grillage soit aux fours verticaux � soles rotatives, soit sur des cha�nes Dwight Lloyd suivant la r�action exothermique</p><p>L�anhydride sulfureux d�gag� dans le grillage de la blende est r�cup�r� pour la fabrication de l�acide sulfurique.</p><p>PROC�D� �LECTROLYTIQUE</p><p>Il permet l�obtention de plus de</p><p>50 p. 100 du zinc d�une haute puret� (99,99 p. 100). Par des traitements successifs de lixiviation en pr�sence d�acide sulfurique, l�oxyde provenant de l�op�ration de grillage est transform� en sulfate de zinc. Apr�s plusieurs traitements de purification pour �liminer la majeure partie des impuret�s (fer, plomb, antimoine, arsenic) et filtration, la solution acide de sulfate de zinc est �lectrolys�e en bain � anodes insolubles de plomb, le zinc �tant d�pos� sur des cathodes d�aluminium, d�o� il est extrait m�caniquement et refondu en lingots. L�acide sulfurique form� au cours de l��lectrolyse est r�cup�r� pour les traitements pr�liminaires de lixiviation, et les boues d��lectrolyte, contenant des m�taux secondaires et pr�cieux, sont trait�es ult�rieurement.</p><p>PROC�D�S THERMIQUES OU PAR VOIE</p><p>S�CHE</p><p>Ils effectuent la r�duction de l�oxyde de zinc par le carbone ou par le mo-noxyde de carbone � une temp�rature de 950 � 1 000 �C, sup�rieure � la temp�rature d��bullition du m�tal, ce qui permet sa r�cup�ration sous forme de vapeur et de liquide � la sortie des condenseurs. Trois proc�d�s sont actuellement pratiqu�s.</p><p>y Le proc�d� discontinu des fours � creusets horizontaux, d�riv� du proc�d� li�geois et qui �tait jusqu�en 1915 le seul proc�d� industriel,</p><p>n�assure plus aujourd�hui qu�une</p><p>minime partie de la production. La charge d�oxyde de zinc et de charbon est chauff�e dans des cornues r�fractaires, le zinc �tant recueilli dans des condenseurs ext�rieurs � la zone de chauffe et prolong�s par des allonges,</p><p>ou �touffoirs, o� se rassemble le gris de zinc, m�lange de m�tal pulv�rulent et d�oxyde de zinc entra�n� par les gaz. Les r�actions endothermiques principales sont les suivantes :</p><p>ZnO + CO   Zn + CO2 ;</p><p>ZnO + C Q Zn + CO.</p><p>y Le proc�d� continu � creusets verticaux (proc�d� New Jersey) exige que la charge soit pr�alablement agglom�-</p><p>r�e et cok�fi�e ; les vapeurs de zinc sont entra�n�es � la partie sup�rieure de l�appareil, et le m�tal est r�cup�r� par pulv�risation de zinc liquide par une turbine � graphite, alors que les r�sidus de la charge sont �vacu�s � la base de l�appareil.</p><p>y Le proc�d� continu du four � cuve, semblable � un haut fourneau (proc�d� Imperial Smelting), permet le traitement de minerais mixtes de zinc et de plomb ; la charge d�oxyde de zinc et fondant agglom�r�s et de coke suit une marche descendante, alors que l�air chaud inject� par des tuy�res � la partie inf�rieure de l�appareil s��l�ve � travers la charge entra�nant les vapeurs de zinc. La majeure partie du plomb d�oeuvre s��coule � la base du haut fourneau, alors que les vapeurs de zinc sont refroidies dans un condenseur � brouillard de plomb.</p><p>Le zinc est s�par� du plomb par fusion et liquation.</p><p>Le m�tal obtenu thermiquement titre de 98 � 99,5 p. 100 suivant le proc�d� : on doit le raffiner par distillation fractionn�e (proc�d� New Jersey) dans des colonnes chauff�es successivement � 1 100 �C pour s�parer le plomb liquide d�autres impuret�s (fer, �tain), puis � 800 �C pour �liminer le cadmium sous forme de vapeur. Le zinc coul� en lingots titre 99,99 p. 100.</p><p>Utilisations</p><p>y � l��tat pur, le zinc est utilis� soit sous forme massive, soit sous forme de rev�tement pour la protection</p><p>contre la corrosion atmosph�rique.</p><p>Sa bonne tenue en atmosph�re cou-</p><p>rante et m�me � l�air salin, provenant de la formation d�une couche protectrice de carbonate basique, le fait uti-</p><p>liser couramment pour la couverture des toitures, sous forme de feuilles, de plaques, de bandes ou de pi�ces fa�onn�es. Le zinc prot�ge efficacement l�acier, d�une part en l�isolant de l�atmosph�re, d�autre part, gr�ce � sa position anodique par rapport au fer, en se d�truisant et en prot�geant ainsi l�acier (effet de protection sacrifielle).</p><p>Plusieurs proc�d�s de rev�tement de zinc sur l�acier sont pratiqu�s.</p><p>1. La galvanisation au tremp�, par immersion des pi�ces ferreuses dans un bain de zinc fondu, pratiqu�e depuis le XVIIIe s., � l�origine de fa�on artisanale, est maintenant industrialis�e sur des lignes de traitement en continu (proc�d� Sendzimir de galvanisation de produits ferreux dont la surface est pr�-</p><p>par�e par un flux gazeux r�ducteur) ; les t�les, les feuillards, les tubes, les fils, les profil�s galvanis�s servent � la confection d��l�ments de charpentes, de pyl�nes, d�ossatures, de c�bles et de tuyauteries diverses.</p><p>2. Le zingage, ou zincage, �lectrolytique, mince et r�gulier, de l�ordre de 0,005 mm, s�applique sur des pi�ces finies de petites dimensions aussi bien que sur des semi-produits (installations de d�p�t en continu sur fils et feuillards d�acier).</p><p>3. La m�tallisation s�op�re par projection, au pistolet, du zinc en fil ou en poudre sur des pi�ces ou des appareils assembl�s.</p><p>4. La c�mentation de l�acier par le zinc, ou sh�rardisation, est r�alis�e en pla�ant les pi�ces � prot�ger dans un tambour rotatif en contact avec de la poudre de zinc (gris de zinc) et des produits r�ducteurs, vers 350 �C.</p><p>5. Le rev�tement par des peintures riches en poudre de zinc ne conf�re une protection efficace qu�� la condition d�une bonne adh�rence prove-</p><p>nant d�une pr�paration de surface appropri�e.</p><p>Sous forme de barres, de plaques, de fils anodiques, le zinc est utilis�, en raison de son potentiel �lectron�-</p><p>gatif, pour la protection cathodique de pi�ces ferreuses telles qu��l�ments de construction, r�servoirs, chaudi�res,</p><p>downloadModeText.vue.download 584 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11795</p><p>car�nes de navire, pontons, conduites, etc.</p><p>y Sous la forme alli�e, le zinc est surtout utilis� pour la confection des alliages de fonderie, type � Zamak �, � 4 p. 100 d�aluminium avec une</p><p>addition de 0,5 � 3 p. 100 de cuivre.</p><p>En raison de leur bas point de fusion (380 �C), de leur passivit� vis-�-vis des moules et de leur bonne coula-bilit�, ces alliages sont particuli�rement appr�ci�s pour le moulage sous pression de pi�ces m�caniques ou</p><p>d�ornementation de forme complexe.</p><p>Leur tenue � certaines corrosions courantes, sauf l�eau chaude, la vapeur d�eau et les milieux acides, les fait utiliser dans l�industrie automobile (carburateurs d�essence, pompes,</p><p>poign�es), en quincaillerie, pour les jouets, les objets d�coratifs ou publicitaires, le mat�riel �lectrom�nager et les machines �lectrocomptables.</p><p>Pour am�liorer la tenue � la corrosion des pi�ces en acier galvanis� et faciliter l�adh�rence du d�p�t, on ajoute de 0,2 � 1 p. 100 d�aluminium au bain de galvanisation. De m�me, pour les applications du b�timent, on utilise depuis plusieurs ann�es une qualit� de zinc lamin� additionn� de 0,8 p. 100 de cuivre et de 0,2 p. 100 de titane.</p><p>Le zinc est �galement employ� � la confection d��l�ments de piles s�ches et, sous forme faiblement alli�e, il sert en photogravure pour la fabrication de plaques de clich�s. Des alliages � base de zinc, type � Kayem �, sont sp�cialement �labor�s pour la fabrication d��l�ments d�outils de presse (travail unitaire, prototypes) et de moules d�injection de certaines mati�res plastiques. Enfin, plus du dixi�me du tonnage de zinc entre dans la composition des laitons, qui peuvent titrer jusqu�� 40 p. 100 en zinc.</p><p>R. Le R.</p><p>L��conomie</p><p>La demande de zinc a mis longtemps � se d�velopper : au si�cle pass�, en dehors de la fabrication des laitons, on n�utilisait gu�re le m�tal que pour la couverture et la zinguerie, o� il s��tait substitu� au plomb, trop lourd et m�caniquement moins r�sistant. Depuis un si�cle, les usages se sont multipli�s : les peintures modernes, la galvanisation de produits m�tallurgiques expos�s � l�air, la fonderie sous pression d�alliages d�aluminium et de cuivre (en petite quantit�) donnant des produits tr�s recherch�s par l�industrie automobile expliquent que les tonnages utilis�s aient plus que tripl� depuis la p�-</p><p>riode d�avant guerre : 1,8 Mt en 1938, 6,1 Mt en 1974. Il y a eu doublement au cours des vingt derni�res ann�es : la demande a �t� stimul�e par l�essor de la sid�rurgie, des utilisations de l�acier dans le b�timent, de l�industrie des peintures et de l�industrie automobile.</p><p>Les minerais se pr�sentent g�n�ralement avec des teneurs assez fortes (de 40 � 50 p. 100) : on ignore les gisements � tr�s faible teneur, qui constituent au contraire de plus en plus la source de toute la production mondiale de cuivre. Le m�tal s�est mis en place sur les marges des zones m�tamor-phiques, souvent � la suite de pr�cipitations hydrothermales. Une bonne partie des r�serves nord-am�ricaines, dans les gisements du type vall�e du Mississippi, se trouve contenue dans des calcaires primaires attaqu�s par ces eaux : le calcaire a �t� remplac� par le zinc. Une part importante des gisements est d�origine s�dimentaire ancienne.</p><p>Comme tr�s souvent pour les mine-</p><p>rais qui n�existent qu�� haute teneur, les r�serves connues sont faibles : on ne peut appr�cier la valeur d�un gisement qu�apr�s y avoir multipli� les forages. Cela explique que les r�serves n�ont jamais repr�sent� qu�un petit nombre d�ann�es de production. �</p><p>l�heure actuelle, ce nombre a tendance � baisser, ce qui semble indiquer que l�on va se heurter rapidement � une p�nurie de m�tal.</p><p>Dans une bonne partie des gise-</p><p>ments, le zinc est associ� au plomb,</p><p>ce qui explique que le secteur est souvent contr�l� par les m�mes soci�t�s.</p><p>Les producteurs de minerai les plus importants se trouvent en Am�rique du Nord ; le Canada fournit le quart du total mondial, et les �tats-Unis, dont la part commence � diminuer, encore pr�s d�un dixi�me : au total, en y comprenant le Mexique, c�est environ 40 p. 100 du minerai qui proviennent de ce continent. La production est, ailleurs, assez r�guli�rement r�partie.</p><p>L�Afrique ne compte gu�re que des producteurs moyens (Zambie et Za�re).</p><p>Les producteurs d�Extr�me-Orient, le Japon en particulier, sont assez importants ; il en est de m�me de l�Italie, de la Yougoslavie, de la Pologne et de l�Allemagne f�d�rale. L�U. R. S. S. et l�Australie constituent, hormis l�Am�-</p><p>rique du Nord, les deux seuls producteurs de premier plan (avec un dixi�me de la production chacun).</p><p>La m�tallurgie est surtout impor-</p><p>tante dans les nations dot�es de puissantes industries sid�rurgiques et m�-</p><p>caniques : le Japon a pris le premier plan, suivi par les �tats-Unis et par l�U. R. S. S. ; ensemble, ces producteurs fournissent pr�s de la moiti� du total mondial. L�Europe du March� commun fournit pour sa part un cinqui�me, cependant que les d�mocraties populaires, l�Espagne et la Norv�ge sont encore des producteurs notables.</p><p>Jusqu�au d�but de ce si�cle, la m�-</p><p>tallurgie du zinc a �t� extr�mement polluante : le paysage d�sol� qui entoure Viviez, le centre des usines de la Vieille-Montagne, en France, en t�moigne ; la v�g�tation n�a gu�re repris un demi-si�cle apr�s la fin de l�utilisation des m�thodes primitives de grillage.</p><p>Le zinc donne lieu � des �changes internationaux actifs : les transforma-teurs ne sont pas les grands producteurs de minerai, U. R. S. S. et �tats-Unis except�s ; les utilisateurs ne sont pas n�cessairement de gros m�tallurgistes, comme c�est le cas pour le Royaume-Uni. Cependant, comme les d�tenteurs des r�serves les plus importantes sont des nations d�velopp�es, Australie et Canada en particulier, le march� mondial �chappe en partie aux tensions qui</p><p>se manifestent de plus en plus au niveau des mati�res premi�res. � moyen terme, la situation est moins satisfaisante : les ressources connues du m�tal seront vite insuffisantes � satisfaire une demande aiguillonn�e par la multiplication des utilisations.</p><p>P. C.</p><p>F Alliage / Cuivre / M�tallurgie / Rev�tement de surface.</p><p>&amp; R. Grunberg, M. Mar�chal, H. Patin et E. Wagner, le Zinc et ses alliages (Dunod, 1946). / M�-</p><p>tallurgie, t. I (Techniques de l�ing�nieur, 1956).</p><p>/ R. Gadeau, M�taux non ferreux (A. Colin, 1959). / C. H. Matheson (sous la dir. de), Zinc.</p><p>The Science and Technology of the Metal, its Alloys and Compounds (Riverside, N. J., 1959 ; nouv. �d., 1970). / E. W. Horvick, Zinc and Zinc Alloys, Metals Handbook, t. I (Cleveland, Ohio, 1961). / J. Duchaussoy, le Zinc (P. U. F., coll.</p><p>� Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1971).</p><p>zirconium</p><p>Corps simple m�tallique.</p><p>En 1789, l�Allemand Martin Hein-</p><p>rich Klaproth (1743-1817) obtint la zircone, dioxyde de zirconium, d�un min�ral, le zircon (silicate de zirconium). C�est en 1824 que Berzelius*</p><p>parvint � isoler le m�tal.</p><p>�tat naturel</p><p>On trouve dans la nature l�oxyde et le silicate. Le zirconium constitue 0,025 p. 100 de la lithosph�re.</p><p>Atome</p><p>Le num�ro atomique du zirconium est 40. C�est un �l�ment de la deuxi�me s�rie de m�taux de transition. La structure �lectronique de l��tat fondamental de l�atome est 1s 2, 2s 2, 2p 6, 3s 2, 3p 6, 3d 10, 4s 2, 4p 6, 4d 2, 5s 2. Les �nergies successives des quatre premi�res ionisations ont les valeurs suivantes : 6,95 eV, 13,97 eV, 24,00 eV, 33,8 eV ; le rayon du cation Zr+ 4 est de 0,68 �.</p><p>Corps simple</p><p>Le zirconium a une densit� de 6,5. Il fond � 1 860 �C. Il poss�de de bonnes propri�t�s m�caniques, et sa faible</p><p>section de capture des neutrons l�a fait employer dans l�industrie nucl�aire pour le gainage des cartouches d�uranium. Ce m�tal r�agit avec de nombreux corps simples. Il ne br�le qu�� haute temp�rature quand il est massif et d�gage alors une forte chaleur de r�action. Pulv�rulent, il br�le spontan�ment en pr�sence de l�air.</p><p>Il est attaqu� par l�acide sulfurique, l�eau r�gale et l�acide fluorhydrique.</p><p>Il forme comme le titane des solutions solides interstitielles non stoechiom�-</p><p>triques avec l�hydrog�ne. Les principaux minerais de zirconium �tant un silicate et un oxyde, on les traite par le carbone et le chlore au rouge, et l�on obtient le t�trachlorure ZrCl4, qui est r�duit ult�rieurement par le magn�sium.</p><p>Principaux d�riv�s</p><p>On conna�t les chlorures de formules respectives ZrCl2, ZrCl3 et ZrCl4. Ce dernier est hydrolys� selon la r�action ZrCl4 + H2O Q ZrOCl2 + 2HCl.</p><p>On conna�t des complexes d�rivant des halog�nures de zirconium, tels que (ZrCl4)3(POCl3)2, ou encore</p><p>K2ZrF6. Il existe aussi des complexes contenant l�anion Les complexes brom�s sont beaucoup moins stables que les complexes fluor�s.</p><p>Les t�trachlorures et les t�trabromures de zirconium (comme ceux</p><p>de titane) se comportent comme des acides de Lewis et, � ce titre, donnent des compos�s d�addition en particulier avec des compos�s oxyg�n�s comme</p><p>les alcools, les �thers et les compos�s carbonyl�s.</p><p>downloadModeText.vue.download 585 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11796</p><p>Le dioxyde de ZrO2 (zircone) est utilis� comme pigment. La zircone a un point de fusion �lev� (2 700 �C) et est utilis�e comme r�fractaire. Cet oxyde, comme TiO2, peut s�unir � des oxydes basiques en donnant des zirconates, qui, dans certains cas, sont des oxydes</p><p>multiples plut�t que des sels ; ainsi, CaZrO3 a la structure de la p�rovskite CaTiO3.</p><p>H. B.</p><p>( W. Espe, Zirconium (en tch�que, Prague, 1952 ; trad. all., Fussen, Bavi�re, 1953). /</p><p>G. L. Miller, Zirconium (Londres, 1954 ; 2e �d., 1957).</p><p>Z&#x12B;rides</p><p>Nom de deux dynasties de l�Occident musulman au Moyen �ge.</p><p>Les Z&#x12B;rides du Maghreb</p><p>Vers 940, Z&#x12B;r&#x12B; ibn Man&#x101;d fonde dans les monts du Titteri la ville d�Ach&#x12B;r, centre d�un domaine d�o� il tient t�te aux Z�natas, alli�s des Omeyyades*</p><p>d�Espagne. Ainsi est constitu�e la dynastie des Z&#x12B;rides, qui se rattache � la conf�d�ration berb�re des &#x1E62;anh&#x101;djas.</p><p>Ayant aid� les F&#x101;&#x1E6D;imides contre les agitateurs kh&#x101;ridjites, Bulugg&#x12B;n ibn Z&#x12B;r&#x12B; (� 984) est d�sign� par eux, en 972, comme gouverneur de l�Ifr&#x12B;qiya et s�empare, pour leur compte, de la plupart des villes importantes du Maghreb.</p><p>� la fin du Xe s., le domaine des Z&#x12B;rides se scinde en deux royaumes : celui de l�Ouest est attribu� aux &#x1E24;amm&#x101;dides ; celui de l�Est, avec Kairouan comme capitale, restant aux Z&#x12B;rides. Ceux-ci, qui rejettent tr�s vite la suzerainet� des F&#x101;&#x1E6D;imides, donnent au pays une grande prosp�rit� : le r�gne du Z&#x12B;ride al�-Mu�izz (1016-1062)</p><p>marque l�apog�e de la dynastie.</p><p>Furieux de cet affranchissement et aussi du fait que les Z&#x12B;rides ont d�finitivement r�pudi� les doctrines ch&#x12B;�ites, les F&#x101;&#x1E6D;imides lancent sur l�Ifr&#x12B;qiya les nomades Ban&#x16B; Hil&#x101;l et Ban&#x16B; Sulaym, qui ruinent fondamentalement le pays.</p><p>Al-Mu�izz se r�fugie dans Mahdia (al-Mahdiyya). Son fils, Tarn&#x12B;m (1062-1108), ne peut reconqu�rir ses terres et s�opposer aux ambitieux &#x1E24;amm&#x101;dides, si bien que les derniers Z&#x12B;rides, s�dentaires d�origine, se tournent vers les activit�s maritimes, la piraterie notamment. Mais ils ne peuvent emp�cher les Normands de piller leurs c�tes. En 1148, le Z&#x12B;ride al-&#x1E24;asan se r�fugie �</p><p>Alger. R�install� � Mahdia par les Almohades, il doit de nouveau s�exiler en 1156. Il mourra obscur�ment en 1167.</p><p>Les Z&#x12B;rides d�Espagne</p><p>Au moment du d�membrement du cali-fat omeyyade de Cordoue, des Z&#x12B;rides d�Ifr&#x12B;qiya fondent � Grenade* une principaut� berb�re (d�but du XIe s.).</p><p>Leur installation en Espagne a comme origine une scission dans la famille des princes z&#x12B;rides africains : l�un des fils de Z&#x12B;r&#x12B;, Zaw&#x12B;, rassemblant de nombreux m�contents, a d�barqu� en Europe et s�est rendu indispensable au calife de Cordoue, qui a donn� aux Ban&#x16B; Z&#x12B;r&#x12B; le district d�Elvira, dont la capitale est en passe d��tre supplant�e par Grenade.</p><p>� Grenade, Zaw&#x12B; ibn Z&#x12B;r&#x12B; (1012-</p><p>1019) agit en prince ind�pendant ; mais, en 1025, il retourne en Ifr&#x12B;qiya, laissant le pouvoir � son neveu &#x1E24;ab&#x16B;s ibn M&#x101;ksan, qui adopte le titre souverain de &#x1E25;&#x101;djib et laisse en 1038 � son fils B&#x101;d&#x12B;s ibn &#x1E24;ab&#x16B;s une principaut� rendue prosp�re par la gestion du vizir juif Samuel Ha-Nagid (ou ibn Nagrella, v. 993-1056).</p><p>Vainqueur du prince d�Almer�a</p><p>en 1038, B&#x101;d&#x12B;s s�empare de M�laga (1057). Mais bient�t les Z&#x12B;rides</p><p>doivent compter avec la politique anti-berb�re du roi �abb&#x101;dide de S�ville al-Mu�ta&#x1E0D;id bill&#x101;h. Si bien qu�apr�s l�annexion de plusieurs royaumes berb�res la puissance arabo-andalouse n�a plus devant elle que le bastion de Grenade, ville que les Z&#x12B;rides ont fortifi�e puissamment. Le long r�gne de B&#x101;d&#x12B;s ibn &#x1E24;ab&#x16B;s (1038-1073) est marqu� par le massacre de trois mille Juifs grenadins (1066) � la suite d�une conspiration ourdie par l�ambitieux vizir juif Joseph Ha-Nadig (ou ibn Nagrella, 1035-1066), successeur de son p�re, Samuel.</p><p>� la mort de B&#x101;d&#x12B;s ibn &#x1E24;ab&#x16B;s</p><p>(1077), son royaume se scinde : l�un de ses petits-fils, Tam&#x12B;m, s�installe � M�laga, et l�autre, �Abd All&#x101;h, � Grenade. Ces deux princes contribuent en 1086 � la victoire remport�e � Sagrajas (al-Zall&#x101;qa) par le sultan almoravide Y&#x16B;suf ibn T&#x101;chf&#x12B;n sur Alphonse VI.</p><p>Mais, en 1090, Y&#x16B;suf s�empare de Grenade, puis de M�laga ; Tam&#x12B;m et</p><p>�Abd All&#x101;h mourront en exil. Des gouverneurs almoravides remplacent dans les deux villes les souverains z&#x12B;rides.</p><p>P. P.</p><p>F Berb�res / Espagne / F&#x101;&#x1E6D;imides / Grenade /</p><p>Maroc / Taifas (les royaumes de) / Tunisie.</p><p>( H. R. Idris, la Berb�rie orientale sous les Z&#x12B;rides, Xe-XIIe si�cle (Maisonneuve, 1963 ; 2 vol.).</p><p>Zochtchenko</p><p>(Mikha�l</p><p>Mikha�lovitch)</p><p>�crivain russe (Poltava 1895 - Leningrad 1958).</p><p>Fils d�un peintre d�origine ukrainienne, qui a appartenu � l��cole des</p><p>� ambulants � (peredvijniki), Mikha�l Zochtchenko abandonne en 1915 ses �tudes de droit � l�universit� de Saint-P�tersbourg pour s�engager dans l�ar-m�e. Bless�, gaz�, quatre fois d�cor�, il atteint le grade de capitaine au moment de la r�volution. Il est d�mobilis� pour raison de sant� en avril 1919, apr�s s��tre rengag� en septembre 1918 dans les rangs de l�arm�e rouge. Il tente de se r�adapter � la vie civile en faisant successivement les m�tiers d�inspecteur de la police criminelle, d�instructeur rural pour l��levage de la volaille et des lapins, de milicien (agent de police), de cordonnier et d�aide-comptable au port de Petrograd.</p><p>En 1921, il se lie au groupe des fr�res S�rapion, dont il partage l�hostilit� aux formes traditionnelles de la prose r�aliste, objective et psychologique. Son premier livre, Rasskazy Nazara Ilit-cha, gospodina Sinebrioukhova (R�cits de monsieur Sini �brioukhov, Nazar Iliitch, 1922), r�v�le un ma�tre du skaz, narration plac�e dans la bouche d�un homme simple, dont le langage et la mani�re de penser situent les �v�nements dans un �clairage inhabituel, g�n�ralement ironique. Outre la saveur propre, la v�rit� et l�actualit� d�un langage populaire contemporain, bigarr� d��l�ments livresques mal assimil�s, ces r�cits ont l�int�r�t d�offrir</p><p>sur la guerre et la r�volution le point de vue � na�f � d�un paysan d�pourvu de conscience politique et sensible � l�aspect concret des �v�nements. Au cours des ann�es 20, Zochtchenko</p><p>aiguise jusqu�� la perfection cet art du court r�cit stylis�, dont l�anecdote, g�n�ralement inspir�e par les embarras et les difficult�s qui jalonnent la vie quotidienne de la p�riode de la NEP, tire tout son sel d�un langage qui trahit l�inculture du narrateur ou la mes-quinerie de ses pr�occupations (Aris-tokratka [l�Aristocrate], 1923 ; Bania</p><p>[les Bains], Nervny�elioudi [les Gens nerveux] et Kino-drama [Cin�-drame], 1924 ; Limonad [la Limonade], 1925 ; Prelesti koultoury [les Charmes de la culture], 1926 ; etc.). Entre 1923 et 1930, Zochtchenko publie une quinzaine de recueils de ces miniatures satiriques, qui pr�sentent le revers grotesque et d�risoire du bouleversement r�volutionnaire, tel qu�il est r�percut� au niveau du langage quotidien, de l�� homme de la rue �. Leur immense succ�s, attest� par des tirages massifs, r�v�le leur actualit�.</p><p>En m�me temps, Zochtchenko met</p><p>en sc�ne le narrateur implicite de ces br�ves anecdotes dans des r�cits plus d�velopp�s, dont le h�ros est tant�t un petit fonctionnaire born� et na�vement cynique (Koza [la Ch�vre], 1922 ; O</p><p>tchem pel solove� [Ce que chantait le rossignol], 1925 ; Vessiolo�e prikliout-chenie [Une joyeuse aventure], 1926), tant�t un artiste ou un intellectuel rat� et inadapt� � la vie nouvelle (Apollon i Tamara [Apollon et Tamara], 1923 ; Strachna�a notch [Une terrible nuit], 1924 ; Siren tsvetet [Le lilas fleurit], 1929). Tous ces r�cits illustrent le triomphe de la r�alit� quotidienne, dans ce qu�elle a de plus terre � terre et de plus mesquin, sur les ambitions et les sentiments �lev�s. Le style et le ton du skaz, auxquels Zochtchenko reste fid�le, lui servent ici � camper le personnage d�un � auteur � � moiti� fictif (qui re�oit m�me, dans un recueil de ces r�cits publi� en 1928 sous le titre de Sentimentalny�e povesti [Nouvelles sentimentales], le nom de I. V. Kolen-korov), � type moyen de l�intellectuel qui s�est trouv� plac� � la charni�re de deux �poques �, que caract�risent � la neurasth�nie, les oscillations id�olo-</p><p>giques, les contradictions et la m�lancolie �, et dont Zochtchenko se dit � le fils et le fr�re �. Par cette sorte d�autos-tylisation critique, Zochtchenko tente ainsi de prendre cong� de son propre personnage d�intellectuel inadapt�, dont il �crit la biographie satirique dans le r�cit Michel Siniaguine (1930).</p><p>La volont� de surmonter le pessi-</p><p>misme de ses premiers r�cits en adh�-</p><p>rant plus �troitement aux id�aux de la soci�t� nouvelle est sensible dans toute l�oeuvre des ann�es 30. Les courts r�cits tournent au feuilleton satirique, d�non�ant dans un esprit � positif � les imperfections qui entravent le fonctionnement des institutions sovi�tiques.</p><p>C�est dans ce m�me esprit de critique positive et utilitaire que Zochtchenko reprend dans Golouba�a kniga (le Livre bleu ciel, 1934), d�di� � Gorki, certains de ses courts r�cits des ann�es 20</p><p>pour les int�grer � une sorte de panorama syst�matique des imperfections downloadModeText.vue.download 586 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11797</p><p>humaines. En m�me temps, il renonce en partie � l�ambigu�t� du skaz et tente de se rapprocher de l�id�al d�une prose narrative strictement objective et documentaire, qui ne laisserait aucune place � l�imagination et � l�analyse psychologique. C�est dans cet esprit qu�il �crit ses r�cits � historiques � (Istoria odno� jizni [Histoire d�une vie], 1935 ; Voz-mezdie [la Revanche], 1936 ; Tcherny prints [le Prince noir], 1936 ; Kerenski, 1937 ; Tarass Chevtchenko, 1939) ainsi que des r�cits pour enfants (notamment Rasskazy o Lenine [R�cits sur L�nine], 1940), et des r�cits de guerre (Rasskazy</p><p>partizan [R�cits de partisans], 1947).</p><p>Cependant, � ses yeux, les racines du pessimisme qu�il combat en lui-m�me sont surtout d�ordre psychophysiolo-gique. Il cherche � en faire la d�monstration dans le r�cit Vozvrachtchen-na�a molodost (la Jeunesse retrouv�e, 1933), o� l�anecdote tient moins de place que le commentaire m�dical et psychologique. C�est au m�me dessein que r�pond Pered voskhodom solntsa (Avant le lever du soleil, 1943), autobiographie � rebours, o�, selon une m�thode inspir�e de la psychanalyse et des th�ories de Pavlov, Zochtchenko essaie de se gu�rir de sa m�lancolie en remontant aux souvenirs de sa premi�re enfance pour y d�celer un traumatisme primitif.</p><p>L�extraordinaire popularit� de</p><p>Zochtchenko pendant les ann�es 20</p><p>lui a permis de tourner en d�rision la critique � id�ologique � qui l�identifiait avec le narrateur � petit-bourgeois � qu�il met en sc�ne. L�orientation � autocritique � de l�oeuvre des ann�es 30 lui a valu un certain r�pit.</p><p>Mais la publication, en pleine guerre, de la premi�re partie de Pered voskhodom solntsa fait scandale, et la seconde</p><p>partie ne verra jamais le jour. En 1946, Zochtchenko est, avec Anna Akhmatova, le bouc �missaire de la campagne de redressement id�ologique dirig�e par A. A. Jdanov : d�nonc� comme</p><p>un repr�sentant de l�individualisme petit-bourgeois et comme un ennemi de l�id�ologie marxiste, il est exclu de l�Union des �crivains et ne subsiste que gr�ce � des traductions jusqu�� sa r�int�gration, apr�s la mort de Staline.</p><p>Depuis 1956, une partie de ses oeuvres est de nouveau publi�e en U. R. S. S.</p><p>M. A.</p><p>&amp; Mikha�l Zochtchenko. Articles et documents (en russe, Leningrad, 1928).</p><p>zodiaque</p><p>� l�origine, ensemble des constellations �cliptiques, devenu ensuite zone du ciel o� circulent les principales plan�tes et la Lune.</p><p>Historique</p><p>La marche du temps a toujours �t� rapport�e au mouvement du Soleil parmi les constellations, et l�homme para�t avoir identifi� depuis longtemps celles qui sont dites �cliptiques, parce que le Soleil les traverse dans sa course annuelle. La suite de ces constellations constitue certainement la premi�re d�finition du zodiaque ; aussi la plupart d�entre elles sont-elles baptis�es d�apr�s des animaux r�els ou des �tres mythiques. Cependant, comme ce zodiaque solaire a servi essentiellement � �tablir des calendriers qui, d�ailleurs, furent tr�s divers, il n�a pas �t� divis� uniform�ment en douze parties ; les Assyriens (dix si�cles avant notre �re) comptaient quinze mois par an ; les Babyloniens divisaient le zodiaque en dix-huit signes, puis en onze seulement vers 400 av. J.-C. Un peu plus tard, les</p><p>�gyptiens reprenaient des Grecs ce zodiaque � douze signes et le morcelaient en trente-six � quarante d�cans. On voit appara�tre ici les signes, distincts des constellations et introduits parce que les limites de celles-ci ne d�coupent pas sur l��cliptique des arcs d��gale longueur, alors que les besoins des calendriers exigeaient que le d�but de leurs propres subdivisions (les mois) corresponde � des positions du Soleil � peu pr�s r�guli�rement �chelonn�es. Cependant, au moment o� l�on commen�a � dresser des horoscopes, c�est-�-dire au d�but de notre �re et pour les empereurs romains, les signes re�urent chacun le nom de la constellation �cliptique qui marquait le mieux la position du Soleil correspondante.</p><p>D�s le d�part, on n�ignorait nullement que celui-ci traversait en r�alit� non pas douze, mais treize constellations, au cours de l�ann�e : outre la s�rie bien connue des constellations que l�on rencontre dans le m�me ordre le long de l��cliptique (B�lier, Taureau, G�-</p><p>meaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Ver-seau, Poissons), le zodiaque comprend un arc assez important dans le Serpentaire (Ophiuchus), entre la Balance et le Scorpion. Il se voit attribuer la majeure partie du temps que le Soleil passe dans cette treizi�me constellation, car celui-ci ne se trouve r�ellement dans le Scorpion que pendant moins de dix jours.</p><p>L�usage du zodiaque pour les be-</p><p>soins de l�astrologie devait conduire � le d�finir non par l��cliptique seul, mais par une zone d�une certaine largeur de part et d�autre, de fa�on � contenir aussi la course des � plan�tes � au sens astrologique du terme, c�est-�-dire y compris la Lune. Pour les plan�tes qui �taient connues des Anciens, il fallait pr�voir � cet effet une bande de 7 � 8�</p><p>de chaque c�t� de l��cliptique. Telle est donc la d�finition du zodiaque parfois repr�sent� sur les cartes c�lestes, avec de petites variations sur la valeur exacte de sa demi-largeur, prise le plus couramment �gale � 7,5�. La d�couverte des deux premi�res plan�tes suppl�mentaires dans les temps modernes (Uranus et Neptune) ne l�a pas remise en cause ; Pluton, au contraire, dont l�orbite est inclin�e sur l��cliptique de 17�, reste le plus souvent ext�rieur �</p><p>ce zodiaque traditionnel, � moins d�en doubler la largeur, ce qui retendrait � un tiers du ciel.</p><p>Usages</p><p>y Les astronomes font appel au</p><p>zodiaque des signes pour situer le Soleil au long du calendrier et pour les seuls besoins de celui-ci ; il ne s�agit donc que d�arcs successifs de 30� sur l��cliptique, sans la moindre r�f�rence au ciel �toile, et chaque tranche de 30� en longitude porte le nom d�un signe. Le z�ro du B�lier (premier signe) est le point &#x3B3;, o� l��cliptique traverse l��quateur dans le sens sud-nord en suivant le mouvement annuel du Soleil, c�est-�-dire le point �quinoxial du printemps. �</p><p>partir de l�, les signes servent � peu pr�s uniquement � d�signer de fa�on imag�e le d�but des saisons : l�entr�e du Soleil dans le quatri�me (Cancer), le septi�me (Balance) et le dixi�me (Capricorne) marquent de m�me dans l�ordre le d�but de l��t�, de l�automne et de l�hiver. En revanche, jamais on ne se sert des signes pour situer une plan�te ou la Lune, qui, en g�n�ral, sortent de l��cliptique ; le zodiaque des astronomes se limite � l��cliptique lui-m�me.</p><p>y Les astrologues pr�tendent inter-pr�ter la position des � plan�tes �</p><p>ainsi que de certains points symboliques (ascendant, noeuds de l�orbite lunaire, etc.) dans le th�me de naissance d�un individu par des influences sur sa personnalit� ou le d�roulement de sa vie. La r�f�rence est ici encore le zodiaque des signes, avec l�emploi de l�ensemble de la zone de 15� de large.</p><p>Mais l�essence m�me de l�astrologie implique, cette fois, que l�on tienne compte du fond des �toiles. On se heurte alors � deux objections graves.</p><p>La premi�re est le ph�nom�ne de la pr�cession des �quinoxes, d�couvert par Hipparque vers l�ann�e 130 av.</p><p>downloadModeText.vue.download 587 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11798</p><p>J.-C. Ce ph�nom�ne consiste en une r�trogradation du point &#x3B3;, origine du zodiaque, sur l��cliptique � raison de 50&#x2033; par an. Or, le passage du Soleil en ce point marque toujours l��quinoxe de printemps et le z�ro du B�lier dans les signes. L�effet de la pr�cession, depuis Hipparque, est d�j� de 28�, soit pr�s d�un signe entier, de sorte que le signe du B�lier correspond, � l�heure actuelle, tr�s sensiblement � la constellation des Poissons. Le m�me d�calage affecte naturellement la suite enti�re des signes. La seconde difficult� est que le zodiaque, �largi � 15�, couvre tout ou partie de bien plus de douze constellations ; au Serpentaire, d�j� travers� par l��cliptique lui-m�me, il faut ajouter maintenant dans l�ordre : la Baleine, Orion, le Cocher, l�Hydre, le Sextant, le Crat�re, le Corbeau, la Queue du Serpent et l��cu. C�est dans toutes ces constellations, en plus des douze traditionnelles, que l�on risque de trouver � certaines dates l�une ou l�autre des � plan�tes �.</p><p>Les astrologues se d�fendent maintenant d�avoir jamais attribu� le moindre r�le aux �toiles dans le jeu des � influences �, puisque les astres fixes se d�robent progressivement au canevas des � signes � tel qu�ils le d�finissent, ce qui met en question logiquement l�appellation m�me de leur art. Ils invoquent � l�appui le peu ou l�absence de ressemblance de beaucoup de constellations avec l�objet ou l��tre dont elles portent le nom, ce qui est g�n�ralement exact ; mais le Lion, le Scorpion, les G�meaux, au moins, ne sont pas si mal dessin�s dans le ciel par leurs �toiles principales. De plus, on ne peut oublier qu�au temps d�Hipparque il y avait bien co�ncidence entre les signes et les constellations ; ce serait un bien �trange hasard que la succession f�t si exactement la m�me dans les deux s�ries et que le z�ro du zodiaque se trouv�t pr�cis�ment l� o� le Soleil entrait, � l��poque, dans la constellation dont le premier signe porte toujours le nom, bien qu�il l�ait quitt�e.</p><p>downloadModeText.vue.download 588 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11799</p><p>En outre, les interpr�tations astrologiques ne manquent pas de s�inspirer des noms des constellations (ressemblantes ou non) qui, dans le pass�, correspondaient aux signes, en attachant au Scorpion la causticit� et la fourberie, au Lion un caract�re aux penchants dominateurs, � la Vierge la douceur, etc. Pourtant, quand les horoscopes �noncent gravement que l�humanit�, en 1973, est sous l�effet de la pr�sence de Saturne dans les G�meaux, l�astronome, quant � lui, admire la plan�te tout � c�t� d�Ald�baran, la principale du Taureau. Si, par cons�quent, l�on veut attribuer une signification quelconque au zodiaque des astrologues, il faut au pr�alable le vider de toute �toile. Il reste, para�t-il, une suite de</p><p>� directions � saisonni�res de l�espace dont les � influences actives � continuent de s�inspirer dans leur nature des noms des constellations.</p><p>Pour l�observateur du ciel, le zodiaque sera toujours la suite famili�re des figures �toil�es, dont le retour marque celui des saisons, avec un d�-</p><p>calage imperceptible � l��chelle d�une vie, et cela d�autant plus que l�astronome observe la nuit enti�re. S�il examine les G�meaux le soir au sortir de l�hiver, il saura les retrouver d�s l��t� dans le ciel du matin ; de m�me l�Aigle, constellation estivale typique en fin de nuit dans les premiers mois de l�ann�e et le soir jusqu�� la fin de l�automne. Les astronomes, d�ailleurs, n�ont pas voulu que, par l�effet de la pr�cession, les �toiles changent de constellation en franchissant les unes apr�s les autres les limites de celle o� elles se trouvent actuellement. � cette fin, ils ont d�fini de fa�on exacte, vers 1925, les limites de toutes les constellations adopt�es par les lignes trac�es selon des coordonn�es qui suivent la pr�cession avec l�ensemble du ciel.</p><p>Seuls les mouvements propres, pour les plus importants, peuvent donc ajouter ou retrancher ici ou l�, de loin en loin, quelques �toiles transfuges.</p><p>P. M.</p><p>&amp; G. Camille-Flammarion et A. Donjon, Astronomie populaire Camille Flammarion (Flammarion, 1955). / G. Messadi�, le Zodiaque �</p><p>24 signes (Stock, 1973).</p><p>Zohar (le)</p><p>Important ouvrage de la litt�rature cabaliste.</p><p>Le Livre de la Splendeur (Zohar), investi d�une autorit� quasi canonique, a �t�, d�s son apparition, le livre cl� de la cabale*. Sa premi�re �dition imprim�e, parue � Mantoue de 1558 � 1560, fut suivie de celle de Cr�mone (1560). Des passages qui manquaient dans le manuscrit reproduit par l��dition princeps ont �t� publi�s s�par�ment � Mantoue en 1558 (Tikkuney haz-Zohar). Il y a eu ensuite pr�s de quatre-vingts �ditions.</p><p>Une traduction h�bra�que du texte aram�en parut au XIVe s. Christian Knorr von Rosenroth le traduisit en latin dans sa Caballa denudata (1684). Le Zohar a �t� traduit, au moins en partie, dans beaucoup de langues occidentales.</p><p>Les premiers manuscrits ont circul� en Castille avant 1275. Ceux que l�on conna�t aujourd�hui sont, entre autres, ceux de la Vaticane (copi� vers 1350) et de Cambridge (fait apr�s 1450).</p><p>Le terme de Zohar est emprunt� au livre de Daniel (XII, 3), connu aussi sous le nom de Midrash de Rabbi Si-m�on bar Yohay ou de Midrash haz-</p><p>Zohar. R�dig� en aram�en, le Zohar a la forme d�un commentaire homil�-</p><p>tique sur le Pentateuque, Ruth, le Cantique des cantiques et le premier chapitre d��z�chiel. Par une interpr�tation mystique (Sod), on veut fournir des enseignements sur la Nature divine, la R�v�lation, les myst�res du Nom divin, l�Ame, le Bien et le Mal, le Messie, la R�demption finale.</p><p>� ce commentaire sont m�l�s, d�une fa�on anarchique, vingt et un opuscules aux titres prometteurs de r�v�-</p><p>lations �sot�riques (Livre du secret, Midrash cach� [Ne�elam], etc.). Ces r�v�lations sont communiqu�es � ses sept disciples par un ma�tre appel� la</p><p>� lampe sainte � ; il les y initie, au cours de promenades champ�tres, dans un paysage dont la description voudrait sugg�rer que l�on est en Terre sainte.</p><p>Ce ma�tre est pr�sent� comme �tant Rabbi Sim�on bar Yohay, rabbin de l�Antiquit� qui fut le disciple de Rabbi</p><p>Akiba, mort en martyr en 132 de l��re chr�tienne. Inqui�t� par les Romains, contre lesquels il pr�chait une lutte incessante, Rabbi Sim�on dut se cacher, avec son fils, dans une grotte. C�est l� qu�il aurait, selon la l�gende, r�dig� le Zohar, d�apr�s un �crit contenant les secrets communiqu�s � Adam par l�ange Raziel.</p><p>Selon le Zohar, Dieu est l�infini absolu, le Ein Sof, le � cach� de tous les cach�s �. Hors d�atteinte de l�esprit humain, il est comme l�Ayin (non-existant). Il manifesta son existence en faisant �maner de son � Moi � dix rayons, les Sefirot (le terme vient du mot saphir de l�Exode). Cristallisant chacune un aspect de la personne divine, dont elles sont aussi peu distinctes que la chaleur l�est du charbon incandescent ou la flamme de la bougie, les Sefirot sont en m�me temps les agents de Dieu.</p><p>Continuant le processus d��manation de la premi�re d�entre elles (Keter, la Couronne), elles s�unissent par couples masculin-f�minin pour engendrer les Sefirot suivantes et communiquent entre elles par des � conduits � (Sino-rot). Leur agencement rend compte � la fois des rapports du Dieu unique avec le monde multiple, de la gen�se du Mal � partir d�une cr�ation bonne, de l�influence r�ciproque du monde sup�rieur sur le monde inf�rieur et vice versa ainsi que de la possibilit� d�une restauration du Bien primitif. La derni�re de ces Sefirot s�appelle Malkout (l�Empire). Repr�sentant l�harmonie de toutes les autres, elle traduit la pr�sence de Dieu dans l�univers.</p><p>C�est pourquoi on l�appelle �galement Shekhina (l�Immanence).</p><p>Le Zohar exprime le r�le r�parateur de la communaut� d�Isra�l qui doit r�tablir l��quilibre entre la Rigueur et la Cl�mence. Dans le dispositif des Sefirot, la derni�re Sefira, Malkout, re-pr�sente la communaut� d�Isra�l, mais aussi la pr�sence divine.</p><p>Sur le plan social, le Zohar ne s��l�ve pas, � la diff�rence du Raya Mehemna, contre l�exploitation du peuple par des oppresseurs issus de lui. On aurait plut�t tendance � faire l��loge de la pauvret�, pr�sent�e comme une voie d�acc�s � la pi�t�. Elle est compar�e �</p><p>la Shekhina, qui, tel le pauvre vivant d�aum�nes, est aliment�e par l�influx des Sefirot. La Shekhina, en exil, est pauvre ; le pauvre est donc tr�s proche d�elle. On ne pr�ne pas, en revanche, l�asc�tisme ni, surtout, l�abstinence sexuelle : le mariage est une r�alisation symbolique de l�union de Dieu avec la Shekhina.</p><p>La psychologie du Zohar distingue trois niveaux d��me : Nefesh (le souffle vital), Ruah� (l�esprit) et Neshamah (l��me). Ces niveaux ne sont pas s�pa-r�s, mais sont contenus les uns dans les autres, les plus bas �tant l�enveloppe de ceux qui sont � un degr� plus haut.</p><p>L�homme quelconque n�a qu�une Neshamah atrophi�e, comme l�est parfois son Ruah�, que l��tude de la Torah contribuera � d�velopper ; seule l��tude de la cabale entra�nera le d�veloppement de la Neshamah. Le p�ch� n�est le fait que du Nefesh ; la Neshamah est au-del� de la faute. Chacun des �l�-</p><p>ments de l��me d�pend d�une Sefira, qui agit sur lui et sur laquelle il agit.</p><p>Le sort de l��me se joue pendant la vie terrestre, et le p�ch� peut la perdre, tandis qu�une existence pure peut la sauver. Toutes les �mes pr�existent depuis la Cr�ation. Elles sont � grav�es dans le ciel � sous la forme des corps qu�elles devront animer ; elles savent d�j� ce qu�elles apprendront plus tard.</p><p>Toutes les �mes masculines sont d�j� unies � des �mes f�minines ; le mariage terrestre ne fera que confirmer ce mariage c�leste. Avant de descendre sur la terre, les �mes convoqu�es par Dieu s�engagent � accomplir des actes pieux. Pendant leur s�jour terrestre, elles tissent le � v�tement � qu�elles porteront apr�s la mort. Les �mes des p�cheurs seront � nues �, ou, du moins, leur � v�tement � aura des trous. Les �mes des justes remonteront vers</p><p>Dieu ; celles des p�cheurs inv�t�r�s seront amen�es au tribunal et soumises au feu purificateur de la g�henne, voire, dans les cas les plus graves, d�finitivement br�l�es. La moindre intention de repentir garantit que l��me ne sera pas d�finitivement rejet�e. La plupart des �mes obtiennent ainsi leur gr�ce, c�est-�-dire une nouvelle chance, en revenant sur la terre : c�est l� la th�orie de la transmigration (Gilgul) des �mes.</p><p>Cette transmigration pourra se repro-</p><p>duire plusieurs fois dans des corps diff�rents jusqu�� ce que s�ach�ve la purification.</p><p>La doctrine du Zohar conquit tr�s vite les esprits et les coeurs. Elle fut, pour les Juifs chass�s d�Espagne en 1492, un motif de consolation et une source d�inspiration qui les sauv�rent du d�sespoir : ils virent dans leur trag�die un reflet du drame cosmique qui devait se d�nouer dans la R�demption finale. Les enseignements du Zohar furent m�dit�s et d�velopp�s par les cabalistes de l��cole de Safed. Ils int�-</p><p>ress�rent aussi les r�formateurs et les mouvements mystiques chr�tiens.</p><p>E. G.</p><p>F Cabale / Juda�sme.</p><p>Zola (�mile)</p><p>Romancier fran�ais (Paris 1840 - id.</p><p>1902).</p><p>La vie et l�apparition</p><p>de l�oeuvre</p><p>1840-1858</p><p>�mile �douard Charles Antoine Zola na�t le 2 avril 1840 � Paris, 10, rue Saint-Joseph. Il est le fils de Fran�ois downloadModeText.vue.download 589 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11800</p><p>Zola (1795-1847), qui, n� � Venise, a fait ses �tudes � Padoue, a �t� officier d�artillerie, est venu en France pour �chapper � la domination autrichienne et, apr�s avoir �t� officier de la L�gion �trang�re en Alg�rie (1831-32), s�est install� � Marseille comme ing�nieur civil. Au cours d�un voyage � Paris, Fran�ois Zola a remarqu� et �pous� (en 1839) �milie Aubert, fille d�un artisan peintre-vitrier et d�une couturi�re, Louis et Henriette Aubert, d�origine beauceronne.</p><p>En 1843, les Zola s�installent � Aix-en-Provence ; Fran�ois Zola, apr�s de multiples d�marches, va r�aliser le pro-</p><p>jet d�j� ancien d�un barrage de retenue des eaux dans la gorge des Infernets et d�un canal destin� � alimenter en eau la ville d�Aix. Louis et Henriette Aubert rejoignent leurs enfants en mars 1845. La m�me ann�e, le jeune �mile Zola voyage � Paris avec sa m�re ; ils feront un nouveau s�jour � Paris en juillet-ao�t 1846. Le 27 mars 1847, Fran�ois Zola meurt � Marseille des complications d�une pneumonie qui l�a saisi sur le chantier du canal. Sa veuve, spoli�e par d�habiles hommes d�affaires, se d�battra sans succ�s, pendant plus de dix ans, dans le r�glement des affaires de la Soci�t� du canal Zola.</p><p>La famille conna�tra d�sormais la g�ne mat�rielle.</p><p>Tandis qu�� Paris la monarchie de Juillet s�effondre et qu�apr�s quatre ans la IIe R�publique dispara�t � son tour � la suite du coup d��tat du 2 d�cembre 1851, le jeune �mile Zola, � Aix, est d�abord �l�ve de la pension Notre-Dame, o� il a pour camarades Marius Roux et Philippe Solari, puis, � partir d�octobre 1852, du coll�ge Bourbon, o� il est entr� en huiti�me comme pensionnaire. En 1853, il entre en sixi�me comme demi-pensionnaire. L�ann�e</p><p>suivante, il va voir d�filer sur le cours Mirabeau les troupes qui partent pour la Crim�e. Au coll�ge Bourbon, il a pour amis Paul C�zanne, fils du banquier Louis C�zanne, et Jean-Baptistin Baille, fils d�un aubergiste, tous deux plus avanc�s que lui d�une classe.</p><p>En quatri�me et en troisi�me, dans la section latin-sciences, il remporte des succ�s scolaires en toutes mati�res. Il lit Hugo et Musset, �crit des vers, un roman sur les croisades, une com�die en trois actes et en vers, Enfonc� le pion ! Ces textes ont disparu. Ensuite il joue de la clarinette dans la fanfare du coll�ge, participe aux processions de la F�te-Dieu, va voir les drames et les op�ras romantiques, fait de m�morables parties de nage et de chasse dans la campagne aixoise avec ses deux amis : les souvenirs de cette p�riode abondent dans les Nouveaux Contes � Ninon et dans l�OEuvre.</p><p>Mais, en novembre 1857, Henriette Aubert, sa grand-m�re, meurt. Aix est de plus en plus inhospitali�re pour les Zola. �milie Zola part pour Paris</p><p>� la recherche de protections dans son interminable proc�s. En f�vrier 1858, elle appelle � ses c�t�s son p�re et son fils. La p�riode aixoise est termin�e, non sans d�chirement pour l�adolescent, qui abandonne ses amis et un paysage aim�.</p><p>1858-1861</p><p>� Paris, �mile Zola entre en seconde au lyc�e Saint-Louis gr�ce � la recommandation d�un ami de son p�re, Me Labot.</p><p>Le d�paysement est peu favorable � ses travaux scolaires. �mile �change de longues lettres avec C�zanne et Baille, et �crit des vers. L��t� venu, il part pour Aix, o� il passe plusieurs semaines. Au retour, en octobre, il est atteint d�une fi�vre typho�de. En 1859, il est �l�ve de rh�torique au lyc�e Saint-Louis.</p><p>La Provence, journal d�Aix, publie le po�me qu�il a �crit � la m�moire de son p�re, le Canal Zola. En ao�t, �mile �choue au baccalaur�at. Apr�s de nouvelles vacances � Aix, il abandonne ses �tudes. Son grand-p�re Louis Aubert meurt en 1860. Le jeune homme m�ne une vie pauvre, oisive et insouciante.</p><p>D�avril � juin 1860, il travaille comme employ� � l�Administration des docks, puis retourne � la boh�me. Il compose un long po�me, Paolo, et continue une correspondance suivie avec C�zanne et Baille. L�hiver de 1860-61 est difficile.</p><p>Zola conna�t des moments de mis�re, physique et morale, qu�aggrave une malheureuse aventure avec une prostitu�e dont on ne conna�t que le pr�-</p><p>nom, Berthe, et qui a servi de mod�le pour le personnage de Laurence dans la Confession de Claude. Il lit Moli�re et Montaigne, �crit un po�me, l�A�rienne, inspir�, semble-t-il, par le souvenir d�une idylle v�cue � Aix pendant l��t� de 1860. Il visite le Salon avec C�-</p><p>zanne. Il cherche en vain un emploi.</p><p>Des centaines de vers �crits depuis 1858, il ne nous reste aujourd�hui que quelques po�mes.</p><p>1862-1868</p><p>Les anciennes relations de son p�re le tirent d�affaires une fois de plus.</p><p>M. Boudet, membre de l�Acad�mie de m�decine, le fait entrer le 1er f�vrier 1862 chez l��diteur Louis Hachette comme commis, d�abord au bureau des exp�ditions, puis au bureau de la publi-</p><p>cit�, dont il deviendra l�ann�e suivante le responsable. Cet emploi lui permettra de concilier les n�cessit�s de la vie quotidienne et les exigences de sa vocation litt�raire. Pendant l��t�, Zola �crit trois des futurs Contes � Ninon.</p><p>Le 31 octobre 1862, il est naturalis� fran�ais. Ayant tir� au sort un bon nu-m�ro et, au surplus, �tant fils de veuve, il ne fera pas de service militaire.</p><p>En 1863, il se d�tourne des vers sur le conseil, dit-on, de Louis Hachette.</p><p>Il publie deux Contes � Ninette dans la Revue du mois (avr. et oct.) et des articles de critique dans le Journal populaire de Lille (d�c. 1863-64). Il lit Stendhal et Flaubert, et affirme sa sympathie litt�raire pour le r�alisme. Il pr�-</p><p>pare pour un r�dacteur de la Revue de l�Instruction publique le compte rendu des � Conf�rences de la rue de la Paix �</p><p>sur Lesage, Shakespeare, Aristophane, La Bruy�re, Michelet, Moli�re, etc.</p><p>En d�cembre 1864 para�t son premier livre, les Contes � Ninon (chez Hetzel), o� se c�toient des l�gendes candides, des visions fantastiques, une nouvelle sur le th�me de la partie de campagne et un conte satirique de plus longue haleine.</p><p>En 1865, Zola rencontre Gabrielle Alexandrine Meley, qui devient sa ma�tresse et qu�il �pousera le 31 mai 1870. Il d�couvre les Goncourt avec Germinie Lacerteux, lit Taine et Balzac, re�oit le jeudi soir, dans son logement du 142, boulevard Montparnasse, ses amis aixois, C�zanne, Baille, Marius Roux, le sculpteur Philippe Solari.</p><p>Son emploi chez Hachette, ses Contes � Ninon l�ont fait conna�tre dans les milieux de la presse et des lettres. Il collabore au Petit Journal, au Salut public de Lyon, au Figaro. Sa doctrine litt�raire m�rit. Il d�finit l�oeuvre d�art, dans ses articles, comme � un coin de la nature vu � travers un temp�rament �.</p><p>Il r�clame � qu�on applique � la sc�ne cet amour d�analyse et de psychologie que nous donne en ce moment une g�n�ration nouvelle de romanciers �</p><p>(le Salut public, 25 juin 1865). Il �crit la Laide, com�die en un acte en prose, puis Madeleine, drame en trois actes en prose : ces deux pi�ces, refus�es par les directeurs de th��tre malgr� l�appui d�Adolphe Belot, resteront longtemps</p><p>in�dites. Mais en novembre para�t son premier roman, la Confession de Claude, roman d�un amour bafou� o� passe le souvenir de Berthe et qu�il pr�-</p><p>parait depuis 1862.</p><p>Le 31 janvier de l�ann�e suivante, Zola quitte la Librairie Hachette. Il ne vivra plus d�sormais que de sa plume.</p><p>Il entre, comme courri�riste litt�raire (les Livres d�aujourd�hui et de demain), � l��v�nement, journal fond� le 1er novembre 1865 par le directeur du Figaro, Hippolyte de Villemessant ; il y reste jusqu�au 15 novembre, date de la suppression du journal. Dans l��v�-</p><p>nement, il publie �galement en avril-mai 1866 un Salon, qui fait scandale par son �loge vibrant de Manet. Il s�journe � Bennecourt, au bord de la Seine, pr�s de Mantes, avec C�zanne, qui y peint plusieurs toiles. Il continue � s�enthousiasmer pour Balzac.</p><p>Il collabore au Salut public de Lyon, au Grand Journal et au Figaro, o� il publie notamment des chroniques en forme de nouvelles. En juin paraissent Mes haines et Mon salon ; en novembre, c�est un roman feuilleton �crit pour l��v�nement, dans le genre touchant, le Voeu d�une morte, et, en d�cembre, une �tude sur l�esth�tique du roman, Deux D�finitions du roman (Annales du Congr�s scientifique de France).</p><p>Le 1er janvier 1867 para�t une �tude sur �douard Manet dans la Revue du XIXe si�cle, dirig�e par Ars�ne Houssaye ; Zola la publiera en brochure en juin. Il collabore irr�guli�rement au Figaro. Sans emploi fixe dans la presse, il vit de nouveau dans la g�ne.</p><p>Mais son r�seau d�amis s�est accru : les peintres Antoine Guillemet, Manet, Pissarro, l��crivain Duranty. Il �crit, � deux sous la ligne, pour r�pondre aux besoins quotidiens, un roman qui para�t dans le Messager de Provence, journal d�Aix, puis en librairie, les Myst�res de Marseille (1867-68), inspir�s d�un fait divers authentique dont le directeur du Messager lui a fourni les �l�ments.</p><p>� Il me fallait gagner ma vie, puisque je n��tais pas n� � la litt�rature avec des rentes. � Des Myst�res de Marseille, Zola et Marius Roux tirent un drame qui est jou� � Marseille en octobre et dont le texte s�est perdu. En d�cembre</p><p>para�t Th�r�se Raquin : � �tant donn� un homme puissant et une femme inas-souvie, chercher en eux la b�te, ne voir m�me que la b�te, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces �tres. � Louis Ulbach, dans le Figaro, qualifie ce roman de � litt�rature pu-tride �, ce qui am�ne Zola � d�finir la m�thode du roman naturaliste et � en d�fendre la moralit� dans sa Pr�face � la seconde �dition (avr. 1868).</p><p>Zola lit la Physiologie des pas-</p><p>sions, du docteur Letourneau, qui lui servira � b�tir le projet des Rougon-Macquart. Il �crit des chroniques sur les faits divers, l�actualit� politique downloadModeText.vue.download 590 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11801</p><p>et litt�raire, le Salon de peinture pour l��v�nement illustr�. Il collabore �galement au Globe et � la Tribune, hebdomadaire d�opposition qui s�est fond� en juin 1868, apr�s promulgation de la loi lib�ralisant le r�gime de la presse. Il rassemble ses premi�res notes pour l�Histoire d�une famille en dix volumes, noue des relations amicales avec les Goncourt (nov.) et publie en d�cembre Madeleine F�rat, second roman physiologique sur le th�me de l�� impr�gnation �, qu�il a trouv� chez Michelet (l�Amour, la Femme) et chez le docteur Lucas (Trait� de l�h�r�dit� naturelle).</p><p>1869-1871</p><p>Zola re�oit Paul Alexis, arriv� d�Aix et qui deviendra un de ses amis les plus proches. Il collabore au Gaulois (reprise des Livres d�aujourd�hui et de demain), au Rappel et � la Tribune, s�affirmant ainsi de plus en plus comme un journaliste d�opposition. Le projet des Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d�une famille sous le second Empire, est accept� par l��diteur Albert Lacroix. Zola voudrait en faire pour la soci�t� du second Empire ce qu�a �t� la Com�die humaine, de Balzac, pour celle de la Restauration.</p><p>Il pr�pare la Fortune des Rougon. En 1870, il publie de violents articles</p><p>de satire politique dans le Rappel et la Cloche, en les m�lant de quelques chroniques litt�raires (sur Balzac, Jules de Goncourt). La Fortune des Rougon para�t dans le Si�cle et est interrompue par la guerre. Zola a commenc� � �crire la Cur�e. Le 7 septembre, il part pour Marseille avec sa femme et sa m�re afin d��chapper au si�ge de Paris. Il fonde avec Marius Roux un quotidien, la Marseillaise, qui ne vit que quelques semaines. Il cherche en vain � se faire nommer sous-pr�fet par la d�l�gation g�n�rale du gouvernement de D�fense nationale, qu�il va rejoindre � Bordeaux le 11 d�cembre ; mais, le 21 d�cembre, il est nomm� secr�taire d�un membre de la d�l�gation, Glais-Bizoin. Apr�s l��lection (8 f�vr. 1871) de l�Assembl�e nationale, qui si�ge � Bordeaux, il devient chroniqueur parlementaire de la Cloche. Il rentre � Paris le 14 mars 1871, tandis que l�Assembl�e va si�-</p><p>ger � Versailles. Pendant la Commune, il est partag� entre sa sympathie pour le peuple de Paris et le soutien qu�il pense devoir apporter � Thiers, devenu pr�sident de la R�publique, en qui il voit le seul homme politique capable d�imposer la r�publique � une majorit� parlementaire monarchiste. Cependant, craignant d��tre arr�t� comme otage, il va passer la fin du mois de mai � Bennecourt. Il envoie des chroniques au S�maphore de Marseille en m�me temps qu�� la Cloche : c�est l� qu�on peut trouver son reportage de l�atroce r�pression qui suivit la d�faite de la Commune et, plus tard, le reflet de la vie politique, de la vie parisienne et des arts. En octobre para�t la Fortune des Rougon, qui raconte la r�sistance des r�publicains du Var au coup d��tat du 2 d�cembre 1851 et les d�buts, � la faveur du coup de force bonapartiste, de l�ascension politique et sociale des Rougon, bourgeois de Plassans (qui n�est autre qu�Aix-en-Provence). En novembre, le parquet de la Seine interrompt la publication de la Cur�e en feuilleton dans la Cloche : le volume para�t en janvier 1872. Zola y d�peint les amours adult�res de Ren�e Saccard et de son beau-fils Maxime, tandis qu�Aristide Saccard (pseudonyme de Rougon) s�enrichit en sp�culant sur les transformations de Paris : cur�e de la chair et cur�e de l�or.</p><p>1872-1877</p><p>Zola fr�quente d�sormais Flaubert, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt, le romancier russe Tourgueniev. L��diteur G. Charpentier rach�te les droits des Rougon-Macquart pour cinq cents francs par mois. Il r��dite la Fortune des Rougon et la Cur�e, et publie en mai 1873 le Ventre de Paris, qui d�peint dans l�univers grouillant des Halles la petite-bourgeoisie commer�ante � dig�rant, ruminant, cuvant en paix ses joies et ses honn�tet�s moyennes �, personnifi�e par Lisa Macquart, la plantureuse charcuti�re. Les Gras, satisfaits de l�Empire, triomphent des Maigres, qui r�vent de changer l�ordre du monde. Zola est un Maigre : son article du 22 d�cembre 1872 dans le Corsaire, o� il raillait l�avidit� cynique des monarchistes, a fait interdire le journal, l�a rendu suspect au gouvernement de Thiers, puis � celui de Mac-Mahon, et lui a ferm� les journaux parisiens : � part une s�rie de comptes rendus dramatiques dans l�Avenir national, Zola n��crit plus que dans le S�maphore de Marseille, d�ailleurs sans signer ses articles, qui resteront pour la plupart in�dits. En juillet 1873, le drame qu�il a tir� de Th�r�se Raquin a neuf repr�sentations au th��tre de la Renaissance.</p><p>En juin 1874 para�t la Conqu�te de Plassans, quatri�me roman du cycle des Rougon-Macquart : les bonapartistes colonisent Plassans par l�interm�diaire de l�abb� Faujas et avec l�appui des Rougon. En novembre paraissent les Nouveaux Contes � Ninon, recueil de r�cits publi�s dans la presse depuis 1866. Le 3 novembre, le th��tre Cluny repr�sente les H�ritiers Rabourdin, com�die en trois actes inspir�e de Volpone, de Ben Jonson. � partir de mars 1875 jusqu�en d�cembre 1880, Zola envoie une chronique mensuelle (Lettres de Paris) au Messager de l�Europe, revue d�esprit lib�ral paraissant � Saint-P�tersbourg : �tudes litt�raires et sociales, comptes rendus des Salons de peinture, extraits de ses romans, nouvelles analyses de l�actualit� th��trale.</p><p>La Faute de l�abb� Mouret para�t en avril : c�est le roman du pr�tre amoureux, opposant � la st�rilit� meurtri�re de la religion la f�condit� grouillante</p><p>de la terre. Les Zola passent leurs vacances d��t� � Saint-Aubin-sur-Mer.</p><p>Le 10 avril 1876, Zola inaugure une longue collaboration au Bien public en qualit� de critique dramatique, tandis que l�Assommoir commence � faire</p><p>scandale par son sujet (l�alcoolisme, la libert� des moeurs dans les milieux populaires de Paris) et par son langage, qui stylise le parler argotique des faubourgs. Mais le livre est un grand succ�s de librairie et apporte � Zola l�aisance et la notori�t�. D�sormais, Charpentier lui verse des droits d�auteur proportionnels � la vente ; il publiera toutes ses oeuvres, d�abord seul, puis plus tard en association avec Eug�ne Fasquelle. Zola est le romancier le plus discut�, le plus caricatur� de Paris, et le chef du � naturalisme �.</p><p>Il a envoy� son livre � Flaubert avec cette d�dicace : � En haine du go�t. �</p><p>1878-1885</p><p>Le succ�s de l�Assommoir a permis aux Zola de s�installer 23, rue de Boulogne (aujourd�hui rue Ballu). Au printemps de 1878, ils ach�tent une maison � M�dan (9 000 F) ; ils y passeront d�sormais plusieurs mois par an et y recevront les amis et les jeunes admirateurs de Zola : J. K. Huysmans, Henry C�ard, L�on Hennique, Maupassant.</p><p>L��crivain continue � publier dans le Bien public, puis dans le Voltaire, qui lui succ�de � partir de juillet 1878, des articles hebdomadaires o� il expose ses th�ses sur l�esth�tique du roman et du th��tre. En avril 1878 para�t Une page d�amour, roman psychologique dont l�action se d�roule dans les appartements cossus de Passy et dont Paris, avec l�oc�an de ses toitures, � est un des personnages, quelque chose comme le choeur antique �. Le 6 mai, Zola fait jouer un vaudeville, le Bouton de rose, au Palais-Royal ; � partir du 18 janvier 1879, l�Ambigu repr�-</p><p>sente un drame tir� de l�Assommoir par William Busnach et Octave Gastineau.</p><p>Nana, publi� d�abord en feuilleton dans le Voltaire, puis chez Charpentier en mars 1880, d�clenche un nouveau tapage. La critique, pudibonde et en-vieuse, s�insurge, mais Flaubert trouve � Zola � du g�nie �. Il mourra deux mois plus tard, au grand chagrin de Zola. Cependant, celui-ci commence</p><p>� r�unir les �tudes critiques qu�il a publi�es depuis cinq ans � Paris et � Saint-P�tersbourg, et publie chez Charpentier le Roman exp�rimental (1880), les Romanciers naturalistes (1881), le Naturalisme au th��tre (1881), Nos auteurs dramatiques (1881), Documents litt�raires (1881). De septembre 1880</p><p>� septembre 1881, il m�ne une campagne hebdomadaire dans le Figaro, sur des th�mes tant�t politiques (critique du syst�me parlementaire) et tant�t litt�raires (d�fense du naturalisme, � travers ses propres oeuvres et celles de C�ard, de Huysmans, d�Alexis, de Maupassant). Le recueil de ses articles para�t en janvier 1882 sous le titre d�Une campagne. Le 29 janvier 1881, Nana, pi�ce en cinq actes adapt�e du roman par William Busnach, conna�t le succ�s � l�Ambigu. En avril 1882</p><p>para�t Pot-Bouille, chronique grin�ante des moeurs bourgeoises. En novembre, le Capitaine Burle recueille une partie des nouvelles donn�es au Messager de l�Europe. Au Bonheur des dames (mars 1883), roman des grands magasins, appara�t, par son principal personnage, Octave Mouret, comme une suite de Pot-Bouille. Un second recueil de nouvelles, Na�s Micoulin, para�t en novembre. Le 13 d�cembre, premi�re, � l�Ambigu, de Pot-Bouille, pi�ce en cinq actes de W. Busnach.</p><p>Du 23 f�vrier au 3 mars 1885,</p><p>Zola s�journe � Anzin, o� il visite les corons, descend au fond de la mine pour pr�parer Germinal. En mars, il publie la Joie de vivre, dont le h�ros, Lazare Chanteau, lui doit beaucoup de ses angoisses, de ses tristesses, de ses superstitions m�me, mais o�, malgr� tout, il tente de combattre les th�ses du pessimisme contemporain.</p><p>En ao�t 1884 et en ao�t 1885, les Zola s�journent au Mont-Dore, d�o� l��crivain rapporte des notes pour un roman sur les villes d�eau, qui ne sera jamais �crit. Germinal, qui d�peint la vie et les luttes des mineurs du Nord et raconte la pr�paration, le d�roulement et l�issue tragique d�une gr�ve, para�t en mars 1885. L�adaptation du roman � la sc�ne se heurte � la censure, que Zola stigmatise, en octobre-novembre, dans le Figaro.</p><p>downloadModeText.vue.download 591 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11802</p><p>1886-1888</p><p>Mars 1886 : l�OEuvre, dont le h�ros, le peintre Claude Lantier, se tue par d�sespoir de ne pas r�aliser son r�ve d�art. On a cru reconna�tre comme mod�les possibles, selon les divers �pisodes, les peintres Paul C�zanne, �douard Manet, Claude Monet, Andr� Gill, l��crivain Duranty. Zola y �voque ses propres d�buts � travers le personnage de Sandoz. Le 25 f�vrier 1887, le th��tre de Paris joue le Ventre de Paris, drame en cinq actes de W. Busnach ; le Th��tre-Libre, dirig� par Antoine, donne le 30 mars Jacques Damour,</p><p>pi�ce en un acte tir�e d�une nouvelle de Zola par L�on Hennique ; le 16 avril, Ren�e, pi�ce tir�e de la Cur�e par �mile Zola, est jou�e au Vaudeville ; la critique l�accueille avec s�v�rit�, comme toutes les pi�ces pr�c�dentes de Zola. Tandis que la Terre para�t en feuilleton dans le Gil Blas, cinq �crivains de second rang (Paul Bonnetain, Lucien Descaves, Gustave Guiches, Rosny a�n�, Paul Margueritte) publient contre Zola un violent manifeste dans le Figaro du 18 ao�t, en se donnant pour des disciples �coeur�s par � son violent parti pris d�obsc�nit� �. On soup�onne Goncourt et Daudet de les avoir encourag�s. Zola s�abstient de r�pondre. Le 23 d�cembre, le Th��tre-Libre donne Tout pour l�honneur, drame en un</p><p>acte tir� du Capitaine Burle par Henry C�ard. Le 21 avril 1888, Germinal, drame en cinq actes de W. Busnach, est jou� au Ch�telet. Le 14 juillet, Zola est fait chevalier de la L�gion d�honneur.</p><p>En octobre para�t le R�ve, qui est rest� longtemps, en raison de son sujet �</p><p>l�histoire d�une jeune fille mystique dans un d�cor de conte � la seule oeuvre de Zola qu�on accept�t dans les milieux bien pensants. Dans l��t� de 1888, Zola s�est �pris d�une jeune ling�re qui travaillait � M�dan, Jeanne Rozerot : elle devient sa ma�tresse le 11 d�cembre 1888. Il vivra d�sormais une double vie, d�chir� entre une affection inalt�rable pour Alexandrine et son amour pour Jeanne, qui lui donnera deux enfants, Denise, n�e le 20 septembre 1889, et Jacques, n� le 23 septembre 1891.</p><p>1889-1893</p><p>Le 1er mai 1889, le Th��tre-Libre joue Madeleine. En automne, les Zola s�installent dans un h�tel particulier, au 21 bis de la rue de Bruxelles. En octobre, Zola est jur� aux assises de la Seine. Mais cette exp�rience lui servira peu pour la B�te humaine, roman des chemins de fer et roman du crime, qui est presque achev� et qui para�tra en mars 1890. En 1891, Zola r�pond � l�enqu�te de Jules Huret sur l��volution litt�raire : � Je crois � une peinture de la v�rit� plus large, plus complexe, � une ouverture plus grande sur l�humanit�, � une sorte de classicisme du naturalisme. � Dans l�Argent (mars 1891) repara�t Aristide Saccard, le sp�culateur cynique de la Cur�e ; le roman s�inspire du krach de l�Union g�n�rale, survenu en 1882, et d�peint les milieux de Bourse. Quelques semaines plus tard, Zola est �lu pr�sident de la Soci�t� des gens de lettres. En revanche, candidat � l�Acad�mie fran�aise depuis 1888, il �chouera � chaque �lection. En avril, il parcourt le champ de bataille de Sedan pour pr�parer la D�b�cle, qui para�tra en juin 1892 : � La d�b�cle, �crit-il, ce n�est pas la guerre, seulement, c�est l��croulement d�une dynastie, c�est l�effondrement d�une �poque. � � deux reprises, les Zola visitent Lourdes, en septembre 1891 et en ao�t-septembre 1892 : leur second voyage les conduit � Aix-en-Provence, sur la C�te d�Azur et � G�nes. Le dernier volume des Rougon-Macquart, le Docteur Pascal, para�t en juin 1893. En t�te du roman, Zola publie l�arbre g�n�alogique de sa</p><p>� terrible famille �. Le docteur Pascal tient � la fois de Claude Bernard et de l�auteur ; Clotilde doit beaucoup � Jeanne Rozerot. Le 13 juillet, Zola est fait officier de la L�gion d�honneur et, en octobre, il est accueilli en ambassadeur des lettres fran�aises au Congr�s de la presse qui se tient � Londres.</p><p>1894-1897</p><p>Deux mois apr�s la publication de Lourdes, premier roman du cycle</p><p>des Trois Villes (ao�t 1894), et tandis que les Zola se pr�parent � partir pour l�Italie, o� ils s�journeront du 30 octobre au 14 d�cembre 1894, le</p><p>capitaine Dreyfus est arr�t� et inculp� d�espionnage au profit de l�Allemagne.</p><p>Il est condamn� le 22 d�cembre, par un conseil de guerre, � la d�portation perp�tuelle. Zola n�y pr�te pas d�attention particuli�re et consacre l�ann�e 1895 � �crire Rome, qui para�t en mai 1896. De d�cembre 1895 � juin 1896, il publie dans le Figaro une s�rie de chroniques, qui para�tra en mars 1897</p><p>sous le titre de Nouvelle Campagne.</p><p>La campagne pour la r�vision du proc�s Dreyfus commence � la fin de</p><p>1896 avec la publication d�une brochure de Bernard Lazare. En mai, Zola avait consacr� un de ses articles du Figaro (� Pour les Juifs �) � condamner l�antis�mitisme. La campagne en faveur d�Alfred Dreyfus s�amplifie � la fin de 1897 avec la d�nonciation publique d�Esterh�zy. Zola soutient les</p><p>� dreyfusards � par trois articles dans le Figaro (25 nov., 1er et 5 d�c. 1897).</p><p>Il a abandonn� tout espoir de r�ussir dans le th��tre dramatique. Mais, depuis que le musicien Alfred Bruneau a mis en musique le R�ve (1891) et l�Attaque du moulin (1893), et est devenu son ami, il s�est tourn� vers le th��tre lyrique, composant pour Bruneau des livrets originaux : Messidor est jou� le 19 f�vrier 1897 � l�Op�ra ; l�Ouragan sera jou� � l�Op�ra-Comique</p><p>le 29 avril 1901 ; Lazare (achev� au d�but de 1894), Violaine la Chevelue (�crit en 1897), l�Enfant-Roi (1902) et Sylvanire ou Paris en amour ne seront publi�s qu�apr�s sa mort.</p><p>1898-99</p><p>Tandis que Paris para�t en feuilleton dans le Journal (en librairie : mars 1898), Zola s�engage de toute sa force dans la d�fense de Dreyfus. Exasp�r� par l�acquittement d�Esterh�zy devant le conseil de guerre (11 janv. 1898), il publie dans l�Aurore du 13 janvier J�accuse, pamphlet qui d�nonce les forfaitures commises ou couvertes par l��tat-major pour laisser Dreyfus au bagne. D�f�r� devant la cour d�assises pour diffamation du conseil de guerre qui a jug� Esterh�zy (7-23 f�vr. 1898), il est condamn� � un an de prison et 3 000 F d�amende. Cass�, le jugement est confirm� par la cour de Versailles en juillet. Mais les officiers appel�s �</p><p>t�moigner ont prononc� des paroles imprudentes. Tandis que Zola vit exil� pr�s de Londres (depuis le 18 juillet), le lieutenant-colonel Henry, principal accusateur de Dreyfus, convaincu de faux, est arr�t� et se suicide dans sa cellule du Mont-Val�rien. Le m�canisme de la r�vision se met en mouvement. Deux jours apr�s la cassation du proc�s de 1894, Zola rentre � Paris (5 juin 1899). Jamais le jugement qui le condamnait ne lui sera signifi�. � l�issue des d�bats d�un second conseil de guerre (Rennes, 7 ao�t - 9 sept. 1899), Dreyfus est de nouveau condamn�,</p><p>mais presque aussit�t graci�. Zola proteste dans l�Aurore contre l�iniquit� du jugement de Rennes, puis, l�ann�e suivante, contre l�amnistie, qui renvoie dos � dos innocents et coupables.</p><p>En octobre 1899 para�t le premier des Quatre �vangiles, F�condit�, roman sur les probl�mes de la natalit�, �crit en Angleterre.</p><p>1900-1902</p><p>Le vieil ami de Zola, Paul Alexis, meurt en 1901. Edmond de Goncourt est mort en 1896, et Alphonse Daudet en 1897. J. K. Huysmans, Henry C�ard, L�on Hennique se sont d�tach�s de Zola pour des raisons litt�raires et politiques. En f�vrier 1901 para�t la V�rit� en marche, recueil des articles sur l�affaire Dreyfus ; en mai, Travail, o� Zola imagine la cit� fraternelle de l�avenir dans un r�ve de socialisme phalanst�rien, plus inspir� de Fourier que de Marx. Dans la nuit du 28</p><p>au 29 septembre 1902, au retour de M�dan, l��crivain meurt asphyxi� par les �manations du chauffage dans son appartement de la rue de Bruxelles.</p><p>Accident ou malveillance ? On en a d�-</p><p>battu, sans parvenir � une certitude. Ses fun�railles ont lieu le 5 octobre. Une d�l�gation de mineurs est venue de Denain. Anatole France, dans son discours d�hommage, prononce ces mots :</p><p>� Il fut un moment de la conscience humaine. �</p><p>En 1903 para�t V�rit�, roman ins-</p><p>pir� par l�affaire Dreyfus et par la lutte contre les congr�gations. Le quatri�me des Quatre �vangiles, Justice, est demeur� � l��tat de notes pr�paratoires.</p><p>En 1906 meurt Paul C�zanne, l�ami</p><p>d�enfance de Zola. La m�me ann�e, le jugement de Rennes est cass�, Alfred Dreyfus, enfin r�habilit�, est r�int�gr� dans l�arm�e. Le 4 juin 1908, un immense cort�ge transporte les cendres de Zola au Panth�on.</p><p>Le romancier</p><p>L�oeuvre la plus illustre de Zola est les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d�une famille sous le second Empire, massif romanesque</p><p>qui compte vingt romans et qui parut entre 1871 et 1893. Ce n�est pas que les romans du d�but soient n�gligeables : la Confession de Claude (1865), encore sous l�influence de Musset et de Mur-ger, les Myst�res de Marseille (1867), roman-feuilleton o� Zola utilise d�j� la technique du dossier documentaire, et surtout Th�r�se Raquin (1867) et Madeleine F�rat (1868), o� la chronique de moeurs est tr�s fortement enserr�e dans les pr�suppos�s d�un d�terminisme physiologique et social inspir� � la fois de Balzac, de Taine (Nouveaux Essais de critique et d�histoire), de Michelet, des Goncourt (Germinie Lacerteux). Apr�s les Rougon-Macquart ont paru les Trois Villes, Lourdes (1894), Rome (1896), Paris (1898).</p><p>Le mysticisme des foules de Lourdes, client�le docile et pitoyable des marchands d�illusions b�nites, les cl�s de Saint-Pierre et les intrigues vaticanes sous le r�gne du pape L�on XIII, les downloadModeText.vue.download 592 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11803</p><p>vains efforts d�un pr�tre progressiste pour susciter un � aggiornamento �</p><p>de l��glise, les secousses politiques et sociales de Paris au temps du g�n�ral Boulanger, de l�affaire de Panam� et des anarchistes : rien, dans ces trois romans, n�a perdu de son int�r�t pour le public d�aujourd�hui. Quant aux Quatre �vangiles, au titre messianique, on peut y voir une m�ditation, en forme de cycle romanesque, sur les grands probl�mes qui assaillent la soci�t� � la veille d�un si�cle nouveau, alors que le progr�s acc�l�r� des forces productives ne semble pas devoir �pargner � la France une profonde crise morale :</p><p>probl�mes de la natalit� dans F�condit� (1899), de la lutte des classes et du socialisme dans Travail (1901), de l��ducation dans V�rit� (1903). Le XXe s. a fort mal r�pondu aux th�ses et aux esp�rances des Quatre �vangiles.</p><p>Mais ce sont trois oeuvres indispensables � lire pour qui veut explorer les courants id�ologiques qui parcourent la France de 1900, et aussi trois oeuvres de facture curieuse, o� s�annoncent des genres romanesques nouveaux, tels que le roman-fleuve ou le roman de</p><p>� politique-fiction �.</p><p>C�est cependant par l��tude des Rougon-Macquart qu�on peut le mieux</p><p>caract�riser les th�mes favoris, les techniques, l�art de Zola romancier.</p><p>Sur le mod�le de la Com�die humaine, infl�chi par l�enseignement de Taine, Zola a voulu peindre � une famille qui s��lance vers les biens prochains et qui roule d�traqu�e par son �lan lui-m�me, justement � cause des lueurs troubles du moment, des convulsions fatales de l�enfantement d�un monde �.</p><p>L�ensemble des sujets, de la Fortune des Rougon au Docteur Pascal, compose l�histoire et les structures de la soci�t� fran�aise, du coup d��tat � la d�b�cle de Sedan (avec quelques ana-chronismes, notamment en mati�re</p><p>d�histoire �conomique). Il compose aussi une peinture souvent cruelle, parfois �mouvante, sans fards ni vaine pudeur, des moeurs et des mentalit�s.</p><p>On peut faire confiance dans une large proportion au t�moignage de Zola, qui s�est appuy�, pour �crire chacun de ses romans, sur un dossier consid�rable de lectures et d�enqu�tes personnelles.</p><p>Malgr� la multiplicit� des personnages et des situations, l�ensemble du cycle constitue un v�ritable syst�me, un ensemble coh�rent, organique, dans la mesure o� le mod�le sur lequel il est construit � le d�doublement d�une famille en deux branches compl�mentaires et oppos�es � suffit � assurer son fonctionnement. Un autre principe d�unit� tient au langage symbolique et mythique, qui sous-tend la chronique et lui donne ses significations profondes, marqu�es par la vision du monde</p><p>propre � l�auteur. L�oeuvre enti�re est ordonn�e par le double courant qui parcourt la vie int�rieure de Zola, sans que</p><p>le cr�ateur et l�homme priv� puissent ais�ment se distinguer : l�exaltation des forces de la vie (th�mes de la nature et de l�homme en travail, th�mes du rut, de la g�sine, de la f�condit�, de la germination) ; la hantise du n�ant, la conviction que tout c�de, s��croule, se dissout sans l�action inexorable de la mort (th�mes de la violence, de la destruction, du meurtre, de la b�tise, de la st�rilit�, de l�absurdit�, de l�agonie).</p><p>Les deux courants se m�lent dans les m�mes oeuvres, comme on le constate ais�ment � la lecture de Nana, de Germinal, de la Terre, de la B�te humaine ou de la D�b�cle.</p><p>On ne peut sous-estimer la part de la m�thode dans la gen�se des Rougon-Macquart ; les �bauches, les plans et les notes documentaires qui pr�c�dent chaque oeuvre en portent la marque.</p><p>Mais ils portent aussi la trace d�une vive sensibilit�, d�un regard qui saisit sur le vif les �tres et les choses, comparable, par la mani�re dont il fonctionne et se traduit dans la cr�ation, au regard des peintres que Zola aimait : Manet, Pissarro, Monet, Renoir. Comme eux, l��crivain est habile � capter le jeu des formes, des couleurs, des mouvements, des �clairages. Comme eux, il part � la recherche du � motif � et jette sur ses carnets de multiples esquisses. De l�, dans les Rougon-Macquart, des centaines d�instantan�s, de sc�nes vues, de silhouettes attrap�es au vol : par exemple l�animation des boulevards ext�rieurs dans l�Assommoir, la foule du salon de peinture dans l�OEuvre, la sortie des puits dans Germinal, la fi�vre des jours de grande vente dans Au Bonheur des dames, etc. Le quotidien est happ� au plus pr�s de sa source. Rien, cependant, qui soit banalement photographique. Une vibration affective</p><p>� piti�, ironie ou anxi�t� � ponctue chaque phrase. � chaque sensation se m�le une connotation symbolique.</p><p>Zola romancier n�est ni un �crivain doctrinaire qui confondrait la d�-</p><p>marche du savant et celle de l�artiste, ni le � boeuf de labour � qui exploiterait laborieusement un amas de documents livresques. La lecture des Rougon-Macquart montre � quel point se sont p�n�tr�s mutuellement son g�nie intuitif et son g�nie narratif, la somme des exp�riences et le travail du langage, le</p><p>spectacle du monde et l�imagination po�tique, l�observation de la nature et de l�humanit� et son transfert en corr�lations dramatiques et mythiques, la v�rit� du reportage et, selon le mot du critique Auerbach, le sens du � tragique historique �.</p><p>Le conteur</p><p>�mile Zola �crivit de courts r�cits en prose d�s son adolescence. Son premier recueil, les Contes � Ninon, fut compos� entre 1859 et 1863. Le titre et plusieurs des contes (la F�e amoureuse, Simplice) �voquent la sylphide s�duisante et gracile qui hantait les r�ves de l�adolescent sous le ciel d�Aix, et qui appara�t au jeune �crivain, � Paris, lorsqu�il appelle, de son imagination solitaire, la pr�sence apai-sante d�une figure f�minine. Plus tard, il r�incarnera en Miette, en Albine, en Catherine, en Ang�lique le � r�ve familier � d�autrefois. D�autres r�cits (le Carnet de danse, le Sang, les Voleurs et l��ne) ne sont plus des contes de f�es, m�me si y subsiste l��l�ment fabuleux : le premier ironise sur la coquetterie ; le deuxi�me enferme quatre paraboles sur la violence et la guerre ; le troisi�me raconte une partie de campagne.</p><p>Les Aventures du Grand Sidoine et du Petit M�d�ric pastiche Gulliver et Microm�gas.</p><p>Les Esquisses parisiennes, publi�es en 1866 avec le Voeu d�une morte, sont des croquis de femmes (la Vierge au cirage, les Vieilles aux yeux bleus, l�Amour sous les toits), non point de Parisiennes du grand monde, comme celle que campait un Ars�ne Houssaye, mais de femmes humbles, d�sh�rit�es, que Zola regarde d�un oeil quasi fraternel et dessine d�un trait de crayon estomp�.</p><p>Les textes que l�on a regroup�s pour les OEuvres compl�tes (Paris, Cercle du livre pr�cieux, 1966-1969) sous le titre de Dans Paris ont paru entre 1865</p><p>et 1868 dans divers journaux. Ce sont autant de nouvelles � esquisses parisiennes �, inspir�es � Zola par ses vagabondages dans Paris, ses rencontres, ses lectures ou les faits divers : Un croque-mort, la Journ�e d�un chien errant, Un mariage d�amour (nouvelle</p><p>d�o� na�tra Th�r�se Raquin), les Bals publics, le Boutiquier campagnard, Histoire d�un fou, etc. Tous ont pour d�cor le paysage de Paris ou de sa banlieue, o� l�auteur d�couvre une prodigieuse r�serve de spectacles et d�histoires. Son langage s��pure d�sormais des st�r�otypes romantiques et s�enrichit de termes qui �voquent plus exactement les choses telles quelles.</p><p>Mais son regard s�empreint souvent d��motion, de sympathie fraternelle ou, au contraire, de moquerie. Ses personnages se groupent plus nettement en coquins et en victimes, et la morale devient d�sabus�e. Dans Paris pourrait faire songer � la Rue de Jules Vall�s.</p><p>Ces textes valent par leurs qualit�s intrins�ques de vision, d�invention de langue et aussi par le plaisir que le lecteur prend � suivre Zola dans cette promenade po�tique et insolite � travers le Paris de 1865. Ils permettent, d�autre part, de rep�rer � leur naissance des th�mes que le romancier a plus tard r�employ�s dans un plus vaste cadre.</p><p>Les Nouveaux Contes � Ninon, pu-</p><p>bli�s en 1874, r�unissent des contes authentiques (le Paradis des chats, la L�gende du Petit Manteau bleu de l�amour), des portraits (Mon voisin Jacques, Lili, le Forgeron), des r�cits situ�s aux fronti�res du croquis de moeurs et de l�all�gorie (Un bain, le Je�ne, les �paules de la marquise, le Ch�mage), des Souvenirs, o� passent tant�t la nostalgie de la jeunesse insouciante, tant�t le souvenir de sc�nes vues dans le Paris de la fin du r�gne ou de la guerre ; enfin, un texte nettement plus long que les pr�c�dents, les Quatre Journ�es de Jean Gourdon, rythme une vie de paysan en quatre �poques, de l�adolescence � la vieillesse, parall�les aux quatre saisons de l�ann�e : r�cit � la fois r�aliste et symbolique, o� se r�sument les joies, les angoisses, les chagrins, les r�ussites et les d�sastres que peut compter une vie d�homme.</p><p>Deux recueils de contes et nouvelles ont encore paru du vivant de Zola : le Capitaine Burle (1882) et Na�s Micoulin (1884). Les r�cits qui les composent avaient d�abord paru dans le Messager de l�Europe entre 1871 et 1880. Le Capitaine Burle, qui donne son titre</p><p>au premier recueil, porte sur la soci�t� militaire un regard d�nu� d�indulgence ; Comment on meurt �tudie en cinq nouvelles les signes et les rites de la mort dans les diff�rentes classes de la soci�t� ; dans Aux champs, Zola �voque les courses qu�il faisait autrefois � travers les bois et les campagnes de la banlieue ; la F�te � Coqueville est un tableau burlesque, dans la mani�re de Rabelais ou de la peinture flamande.</p><p>L�Inondation, au contraire, �voque un cataclysme et profile au-del� du souvenir d�un fait divers un mythe du d�-</p><p>luge, de l��touffement par l�eau, qu�on retrouve en d�autres parties de l�oeuvre de Zola. Dans Na�s Micoulin, la Mort d�Olivier B�caille propose le mythe voisin de l�enfouissement, de l��touf-downloadModeText.vue.download 593 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11804</p><p>fement par la terre ; Nantas adapte et combine des th�mes de la Cur�e et de Son Excellence Eug�ne Rougon ; Na�s Micoulin, �crit � L�Estaque, pr�s de Marseille, en ao�t 1877, d�crit de nouveau le paysage et les femmes de Provence ; Madame Neigeon et surtout les Coquillages de M. Chabre sont des vaudevilles en forme de nouvelles � la Maupassant ; enfin, Jacques Damour raconte le retour d�un communard d�-</p><p>port� qui retrouve sa femme mari�e � un autre. Les r�cits de ces deux recueils m�lent donc � la fois la veine fantastique, la veine burlesque et la veine chroniqueuse. Ce sont des variations sur des sujets que les Rougon-Macquart orchestrent plus largement, mais dans lesquelles Zola donne plus libre cours � ses r�veries et � ses fantasmes personnels.</p><p>Il en va de m�me pour une s�rie</p><p>de textes qu�il n�a pas recueillis en volume de son vivant (sauf l�Attaque du moulin, publi�e dans les Soir�es de M�dan, recueil collectif) et qui ont paru dans les OEuvres compl�tes sous le titre d�Autres contes et nouvelles. Ainsi se r�v�le dans toute son ampleur une oeuvre de nouvelliste qui aurait suffi, � elle seule, � sauver de l�oubli le nom de Zola.</p><p>Le dramaturge</p><p>et le th�oricien</p><p>du th��tre</p><p>En mati�re de th��tre, Zola est � la fois auteur, th�oricien et critique. Il a voulu trouver le succ�s comme dans le roman. Mais, dans ce domaine, il a �chou�.</p><p>Apr�s la Laide, en 1865, il a compos� Madeleine, drame en trois actes (d�o� il devait tirer le roman Madeleine F�rat). Lemoine-Montigny,</p><p>directeur du th��tre du Gymnase, a refus� la pi�ce en avril 1866 � cause de la � crudit� inadmissible � de sa donn�e. Sa premi�re oeuvre th��trale jou�e est donc, en 1867, � Marseille, un m�lodrame qu�il a tir� de son roman les Myst�res de Marseille, en collaboration avec Marius Roux. En 1868 et en 1869, puis en 1872 et en 1873, dans le Globe, puis dans la Tribune, la Cloche et enfin dans l�Avenir national, Zola publie quelques chroniques de critique dramatique, s�v�res pour la pi�ce d�intrigue traditionnelle, � laquelle il propose de substituer le � drame humain �, la � trag�die moderne �, le � drame d�analyse �tudiant logiquement un personnage ou un fait jusqu�au bout �. En 1873, il tente d�appliquer ses conceptions dans un drame en quatre actes tir� de Th�r�se Raquin. La critique lui reproche la trivialit� des personnages, la bizarrerie des situations, le r�alisme macabre du langage et l�inefficacit� de la construction. Zola reconna�t les d�-</p><p>fauts techniques de sa pi�ce, mais n�en affirme que plus nettement sa � volont� bien nette d�aider au th��tre le large mouvement de v�rit� �.</p><p>Ses deux pi�ces suivantes, cepen-</p><p>dant, ne r�pondent gu�re � ce dessein : en 1874, les H�ritiers Rabourdin, dont le th�me est emprunt� au Volpone de Ben Jonson, sont, de l�aveu m�me de Zola, un pastiche de la � vieille farce litt�raire � ; en 1878, le Bouton de rose est un vaudeville l�ger. Les deux pi�ces rencontrent le m�me insucc�s. Zola ne signera plus qu�une seule oeuvre dramatique de son seul nom, Ren�e, adapt�e de la Cur�e vers 1880 et repr�sent�e seulement en 1887. Pour att�nuer les audaces du roman, Zola a imagin�,</p><p>comme dans Nantas, nouvelle �galement inspir�e de la Cur�e, que Ren�e a contract� un mariage blanc avec Saccard. Les sp�culations de celui-ci sont � peine indiqu�es, et tout le fond de satire politique et sociale est comme gomm�. Il ne reste que l�intrigue pas-sionnelle, avec pour issue le suicide de Ren�e, fin plus m�lodramatique que celle de la Cur�e. Sidonie Rougon est remplac�e par un personnage plus p�le, Mlle Chuin. Saccard a lui-m�me perdu beaucoup de sa d�sinvolture. Comme dans Th�r�se Raquin, les meilleures pages du livre � la promenade au bois, le tableau de la vie nocturne sur le Boulevard, les descriptions de Paris �ventr�, le bal chez les Saccard � n�ont pu passer � la sc�ne. Malgr� les qualit�s du d�coupage et la force de certaines situations, Ren�e n�est que le p�le reflet d�un grand roman.</p><p>Entre-temps, Zola s�est efforc� de faire pr�valoir ses conceptions dramatiques par ses articles de critique et a collabor� avec William Busnach pour l�adaptation de ses principaux romans.</p><p>Sans illusion sur la valeur litt�raire de ces transpositions, il les utilise pour moderniser la mise en sc�ne et le jeu des acteurs dans le sens d�un plus grand r�alisme. L�Assommoir, Nana, Pot-Bouille, le Ventre de Paris, Germinal sont ainsi port�s successivement � la sc�ne avec un succ�s in�gal. L�Assommoir, en 1879, est un triomphe, mais Germinal, trop long et trop charg� de mati�re, s�effondre en 1888. En 1887, Henry C�ard a tir� du Capitaine Burle, nouvelle de Zola, une pi�ce en un acte, Tout pour l�honneur. La m�me ann�e, un autre de ses disciples, L�on Hennique, adapte une autre de ses nouvelles, Jacques Damour. Apr�s 1890, la propre �volution de Zola vers une conception messianique de l�art et, d�autre part, l�amiti� du musicien Alfred Bruneau le conduisent � composer des livrets de � pi�ces lyriques �</p><p>(drames, f�erie, com�die, pi�ces en prose).</p><p>On peut donc isoler deux p�riodes au cours desquelles Zola a tent� de faire oeuvre dramatique originale : de 1873</p><p>� 1880 � le naturalisme d�analyse �</p><p>et de 1891 � sa mort � le naturalisme lyrique. La seconde p�riode est encore</p><p>fort mal connue. Il y aurait lieu, en particulier, de rechercher ce que doit � l�influence du th��tre symboliste cette seconde carri�re dramatique de Zola, si distincte de la premi�re dans ses th�mes, ses personnages et son style.</p><p>Les pi�ces compos�es par �mile</p><p>Zola lui-m�me ont connu une fortune in�gale. Perrette, la Laide n�ont jamais �t� jou�es, non plus que Violaine la Chevelue et Sylvanire. Madeleine, le Bouton de rose, l�Ouragan, l�Enfant-Roi ont quitt� l�affiche apr�s quelques repr�sentations et n�ont jamais �t� repris. Ren�e, en 1887, a �t� jou�e trente-huit fois et n�a plus �t� port�e � la sc�ne. Les H�ritiers Rabourdin, apr�s dix-sept repr�sentations, ont quitt� la sc�ne fran�aise jusqu�� ces derni�res ann�es, o� ils ont �t� repris ici et l� pour quelques repr�sentations.</p><p>Messidor est rest� longtemps au r�pertoire de l�Op�ra � la fin du XIXe s. et au d�but du XXe. Seule Th�r�se Raquin, apr�s n�avoir �t� jou�e que neuf fois en juillet 1873, connut plusieurs reprises, d�abord en province, puis � Paris, dans les ann�es suivantes (au Vaudeville le 20 mai 1892 ; � la Ga�t�-Lyrique en 1899 ; � l�Od�on le 8 f�vrier 1905</p><p>� quatorze repr�sentations � et le 21 mai 1910 ; aux Folies-Dramatiques en 1928 ; au Gymnase le 12 avril 1948</p><p>� soixante repr�sentations �, dans une adaptation de Marcelle Maurette).</p><p>Seule, �galement, elle a connu une carri�re honorable � l��tranger, notamment en Allemagne, en Italie et dans les pays scandinaves.</p><p>Parmi les adaptations au th��tre des romans de Zola, seuls l�Assommoir et Nana rencontr�rent un v�ritable succ�s. Tout pour l�honneur, apr�s avoir rencontr� au Th��tre-Libre un succ�s d�estime, fut jou� sept fois � Bruxelles au th��tre Moli�re (avec la participation d�Antoine lui-m�me), en janvier 1888. Jacques Damour, � la fin de 1887, entra au r�pertoire de l�Od�on pour quelques soir�es. Germinal,</p><p>malgr� ses d�m�l�s avec la censure, qui en emp�cha pendant trois ans la repr�sentation (tandis que la pi�ce, en 1886, �tait jou�e aux �tats-Unis), fut un �chec complet � Paris et un demi-succ�s � Bruxelles, au th��tre Moli�re, en 1889. Les adaptations post�rieures</p><p>eurent une existence encore plus �ph�-</p><p>m�re. Mais Nana eut plus de cent re-pr�sentations en 1881 ; l�Assommoir en eut pr�s de trois cents en 1879 ; il fut jou� en province par deux troupes distinctes pendant trois mois et fut repris au Ch�telet en 1885 et au th��tre de la R�publique en 1893 ; en Angleterre, son adaptation par Charles Reade (Drink) fut jou�e plus de cinq cents fois.</p><p>La critique reprocha aux com�dies de Zola leur manque d�esprit et de gaiet�, et � ses drames l�incertitude de leurs caract�res, la longueur de leurs tirades d�analyse, leur complaisance dans la violence verbale et la peinture outr�e des n�vroses, leurs maladresses de construction. Parmi les plus s�v�res citons Paul de Saint-Victor, Francisque Sarcey. D�autres, comme Jules Claretie, Th�odore de Banville, Paul Foucher, Henri Chabrillat �taient plus indulgents et relevaient dans Th�r�se Raquin la vigueur de la donn�e et la puissance des effets de passion et de terreur. Mais il est certain que Zola n�a pas craint, dans ses drames, de recourir aux conventions du th��tre traditionnel, aux d�pens de ses principes affirm�s de v�rit� et de logique, et des qualit�s d�observateur, de peintre et de po�te qu�attestent ses chefs-d�oeuvre romanesques.</p><p>Si Zola ne semble pas avoir mesur� d�assez pr�s les difficult�s qui tou-chaient � la forme de l�oeuvre dramatique, il voulait, de toute son �nergie, en renouveler la substance. Plus que par ses pi�ces, c�est par ses �tudes th�oriques et critiques, regroup�es pour l�essentiel dans Nos auteurs dramatiques et le Naturalisme du th��tre (1881), et par ses pr�faces qu�il a exerc� une profonde influence sur l��volution du th��tre et de la mise en sc�ne apr�s 1880.</p><p>Pour lui, tout est fauss� dans le th��tre contemporain : la sc�ne, les go�ts du public, les exigences de la critique. � Compliquer une situation d��pisodes parall�les, �picer avec quelques types pittoresques, tout brouiller pour tout d�m�ler, mettre le public dans la confidence, de fa�on � ne pas lui �tre d�sagr�able en le surprenant par trop �, voil� la recette de</p><p>la pi�ce bien faite. � On entasse sans le moindre scrupule les faits les plus downloadModeText.vue.download 594 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11805</p><p>ridicules, les impossibilit�s les plus mat�rielles. On se moque bien de</p><p>l�analyse des personnages, de l��tude des caract�res, de la logique de l�action g�n�rale [...]. La critique dramatique en est arriv�e � ne plus constater que le jeu plus ou moins bien graiss� des ressorts. � Zola s�efforce de discr�diter la com�die d�intrigue (Sardou, Labiche, Gondinet), la pi�ce � th�se (Feuillet, Dumas fils), le drame historique (Hugo et ses disciples, Hennery). Il marque plus d�indulgence pour �mile Augier.</p><p>Il rend hommage � Racine et � la trag�-</p><p>die classique. Et il souhaite un th��tre qui se d�tache des personnages tout faits et des m�canismes artificiels pour revenir � l�analyse exacte des passions et reprendre la formule classique, �largie � la repr�sentation totale et vraie de la vie contemporaine. Il r�clame une action fond�e sur la confrontation des temp�raments, une langue naturelle, qui soit comme un � r�sum� de la</p><p>langue parl�e �, et la recherche d�une minutieuse v�rit� dans les d�cors, les costumes, les mouvements et la diction. � Le besoin du fait mat�riel est devenu de plus en plus imp�rieux. Tandis que les spectateurs d�autrefois se plaisaient � l��tude simplifi�e des caract�res, � la dissertation dialogu�e sur un sujet, les spectateurs d�aujourd�hui exigent l�action elle-m�me, le personnage allant et venant dans son milieu naturel. � � cela, Sarcey, Dumas fils, Lemaitre, Weiss, Lapommeraye, critiques traditionalistes, opposaient l�impossibilit� d�identifier l�art � la nature, l�impuissance de la sc�ne � jamais dire tout ce que disent les interdits de la biens�ance, les n�cessit�s du spectacle et les lois de l�illusion sc�nique.</p><p>Les id�es de Zola ont inspir� Henry Becque, Lucien Descaves, Oscar</p><p>M�t�nier, les auteurs de � com�dies rosses �, qui ont d�peint avec f�rocit� les comportements de la bourgeoisie.</p><p>Mais, malgr� ses esp�rances, il ne s�est pas trouv� en France un grand drama-</p><p>turge naturaliste. C�est dans la mise en sc�ne, avec Antoine et le Th��tre-Libre, que l�action de l�auteur des Rougon-Macquart s�est fait sentir de fa�on durable.</p><p>Le critique,</p><p>le chroniqueur</p><p>et le pol�miste</p><p>Mes haines, au titre �clatant et provocateur, est le premier recueil d��tudes critiques publi� par Zola (1866). Il r�unit des chroniques qui avaient paru en 1865 dans le Salut public de Lyon, sur Germinie Lacerteux, Gustave Dor�, Proudhon, Courbet, Barbey d�Aurevilly, Erckmann-Chatrian, Dumas fils, Taine, etc. Certains de ces articles tournaient au manifeste, et Mes haines marque bien � cet �gard le point de d�part du naturalisme : Zola y affirme sa faveur pour les � fortifiantes brutalit�s de la v�rit� �, sa confiance dans le proche triomphe de l�art d�analyse, mais aussi le r�le indispensable d�un</p><p>� temp�rament � personnel. D�ann�e en ann�e, jusqu�en 1875, � travers ses articles de critique litt�raire (r�unis dans les OEuvres compl�tes sous les titres de Marbres et pl�tres, de Deux D�finitions du roman, de Livres d�aujourd�hui et de demain, de Causeries dramatiques), il d�veloppera et appro-fondira ces th�mes, en portant sur les oeuvres de la litt�rature contemporaine des jugements que la post�rit� a g�n�-</p><p>ralement ratifi�s. Il en est de m�me pour la peinture, avec ses Salons, o� il proclame son admiration pour Courbet, Manet, Monet, Pissarro, Sisley, Bazille.</p><p>Il a donn� un expos� syst�matique de ses id�es en 1880-81 dans les volumes qui s�lectionnent ses meilleurs articles de la p�riode 1875-1880 : le Roman exp�rimental, o� il appuie la m�thode naturaliste en litt�rature sur le mod�le de la m�thode exp�rimentale dans les sciences biologiques ; les Romanciers naturalistes, qui �tudient l�oeuvre de Balzac, de Stendhal, de Flaubert, de Daudet, des Goncourt ; Documents</p><p>litt�raires, choix d�articles consacr�s aux grands romantiques, ainsi qu�� Alexandre Dumas fils, � la po�sie, � la</p><p>critique contemporaine et � la morale litt�raire ; le Naturalisme au th��tre et downloadModeText.vue.download 595 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11806</p><p>Nos auteurs dramatiques. Ses �tudes de critique litt�raire (articles, pr�faces, non recueillis de son vivant, notamment bon nombre de textes post�rieurs � 1880) ont paru dans les OEuvres compl�tes sous le titre de M�langes critiques : il y expose non seulement une esth�tique, mais une �thique et une m�thode de pens�e, fond�es sur la confiance dans la raison et dans la science.</p><p>Cette �thique s�est exprim�e de</p><p>bonne heure dans les chroniques de pol�mique politique, sociale et morale qu�il a donn�es aux journaux de l�opposition r�publicaine � la fin du second Empire. En effet, d�s 1868, � c�t� des articles qu�il publie dans l��v�nement illustr�, variations fantaisistes sur les faits divers et les anecdotes de l�actualit�, Zola collabore � la Tribune, hebdomadaire r�publicain mod�r�. En 1869 et en 1870, il �crit dans le Rappel et la Cloche, dont l�opposition est plus radicale et plus combative. Plusieurs th�mes reviennent sans cesse dans ses attaques : les dissipations et l�amoralit� de la soci�t� imp�riale, le faste dispen-dieux des transformations de Paris, la mis�re du peuple, le souvenir des origines sanglantes de l�Empire, dont il pr�dit, � la mani�re de Hugo, le proche �croulement. Les Lettres parisiennes, dans la Cloche, en 1872, expriment le scepticisme religieux, l�horreur de toute superstition, de toute censure, de tout dogme, la d�fense de la libre pens�e. Dans la R�publique en marche (recueil des chroniques parlementaires publi�es dans la Cloche en 1871-72), surtout dans Une campagne (1882)</p><p>et encore dans Nouvelle Campagne</p><p>(1897), Zola s�impatiente devant les jeux des partis politiques, la d�mago-gie des discours �lectoraux, les combinaisons de l�oligarchie financi�re et politique. Il r�ve d�une r�publique o�</p><p>� seuls les hommes sup�rieurs seraient appel�s aux affaires �. Il voudrait une politique qui soit � la fois positive,</p><p>scientifique et en progr�s, et il ne voit pas d�ouverture entre la compromission politicienne et l�abstention hau-taine. Il affirme cependant son attachement � la R�publique et sa confiance dans la d�mocratie, y compris sous ses aspects r�volutionnaires.</p><p>L�Affaire Dreyfus lui fournit l�occasion d�une derni�re campagne. Zola en appelait directement � l�opinion pour la d�fense, au-del� de la seule personne de Dreyfus, des principes de la v�rit�, du droit et de la justice. Dans ce combat, il ramassa toutes ses ressources de passion pol�mique et, comme Voltaire ou Hugo, porta le pamphlet au niveau des oeuvres de grand style. Les textes de Zola sur l�Affaire, par lesquels s�achevait sa carri�re, �taient les premiers �chos d�une bataille id�ologique qui allait traverser tout le XXe s.</p><p>H. M.</p><p>F Dreyfus (Affaire) / Naturalisme / Roman.</p><p>&amp; G. Robert, �mile Zola, principes et caract�res g�n�raux de son oeuvre (Les Belles Lettres, 1952). / F. W. J. Hemmings, �mile Zola (Oxford, 1953 ; nouv. �d., 1966). / R. Ternois, Zola et son temps. � Lourdes �, � Rome �, � Paris � (Les Belles Lettres, 1961). / A. Lanoux, Bonjour, M. Zola (Hachette, 1962). / H. Mitterand, Zola journaliste (A. Colin, 1962). / J. C. Lapp, Zola before the � Rougon-Macquart � (Toronto, 1964). / Zola, num�ro sp�cial d�Europe (1968).</p><p>/ �mile Zola journaliste. Bibliographie chronologique et analytique (Les Belles Lettres, 1968-1972 ; 2 vol.). / J. Borie, Zola et les mythes (�d.</p><p>du Seuil, 1971). / J. Dubois, � l�Assommoir � de Zola, soci�t�, discours, id�ologie (Larousse, 1973). / A. M. Vial, � Germinal � ou le � Socialisme � de Zola (�d. sociales, 1974). / M. Serres, Zola. Feux et signaux de brume (Grasset, 1975).</p><p>zona</p><p>Maladie fr�quente, qui correspond � la r�cidive focale de l�infection par le virus commun � la varicelle et au zona.</p><p>Le virus quiescent (au repos) dans un ganglion rachidien est r�activ�, puis se propage le long des filets nerveux dans un territoire m�tam�rique (celui d�un nerf cr�nien ou rachidien). Le taux des anticorps subit une ascension faible, mais rapide.</p><p>Le zona est plus fr�quent chez les sujets �g�s, en raison d�une baisse du taux des anticorps. Des facteurs d�clenchants peuvent �tre retrouv�s : les cancers, les leuc�mies en particulier, au cours desquels les zonas surviennent fr�quemment et sont toujours graves, du fait de l�immunod�pression observ�e chez ces malades.</p><p>Des zonas peuvent r�v�ler une l�sion rachidienne ou ganglionnaire rachidienne (Pott, m�tastase). Ils peuvent �tre d�clench�s par un traumatisme ou s�observer sans cause apparente.</p><p>Signes cliniques</p><p>La forme habituelle est le zona thoracique. Au d�but, la douleur domine ; en h�miceinture, elle est � type de br�lure et s�accompagne d�une hyperesth�sie cutan�e et d�un ganglion axillaire.</p><p>L��ruption est caract�ristique. Elle survient quelques jours plus tard.</p><p>D�abord �ryth�me simple (rougeur) en bande horizontale, en plaques plus ou moins confluentes qui vont �tre bient�t le si�ge de v�sicules perl�es, lesquelles vont confluer en v�ritables bulles, elle ne d�passe pas en g�n�ral la ligne m�diane. Parfois s�observent des �l�ments aberrants � distance. Les douleurs s�exacerbent, � type de cuisson (feu de saint Antoine), associ�es � des troubles de la sensibilit� avec anesth�sie douloureuse. Il existe �galement des troubles vaso-moteurs, parfois une r�action m�ning�e.</p><p>�voluant en plusieurs pouss�es �</p><p>quelques jours d�intervalle, l��ruption persiste une quinzaine de jours. Puis les v�sicules se fl�trissent, se recouvrent d�une cro�te noir�tre qui laissera une cicatrice ind�l�bile. Les douleurs peuvent persister longtemps.</p><p>Les formes cliniques sont nom-</p><p>breuses, sans v�sicules ou avec �ruption d�passant la ligne m�diane, voire zona g�n�ralis� dans les cancers.</p><p>Les formes topographiques sont</p><p>nombreuses. Le plus habituellement, les zonas int�ressent les racines rachidiennes (zona thoracique, cervico-occipital, brachial, lombaire, abdomino-</p><p>g�nital, etc.).</p><p>Les zonas c�phaliques (4 � 6 p. 100) sont rares, mais douloureux et parfois graves. Le zona ophtalmique atteint une ou les trois branches du nerf ophtalmique de Willis. Dans l�atteinte de la branche nasale, il existe des risques oculaires tr�s importants.</p><p>Le zona du cou et les zonas bucco-pharyng�s sont plus rares.</p><p>Complications</p><p>Les complications du zona ou ses</p><p>s�quelles sont domin�es par les douleurs postzost�riennes, tr�s intenses chez le vieillard, persistantes, pouvant conduire � la toxicomanie ou au suicide.</p><p>Des paralysies peuvent s�obser-</p><p>ver dans les zonas, si�geant dans le territoire atteint et habituellement r�gressives.</p><p>Les troubles trophiques (d�pilation, d�pigmentation, syndrome douloureux �paule-main) peuvent s�observer.</p><p>Les diagnostics de zona sont ha-</p><p>bituellement ais�s, sauf dans certaines formes topographiques (zona des ganglions g�nicul�s ou zona</p><p>abdomino-g�nital).</p><p>Le traitement comporte la d�sinfection par colorants antiseptiques, la lutte contre la douleur (vitaminoth�rapie, s�datifs, carbamaz�pine). La radioth�rapie semble � beaucoup plus dangereuse qu�efficace. Dans les formes g�n�ralis�es graves, certains agents (cytosine arabinoside) peuvent �tre utiles.</p><p>P. V.</p><p>zoog�ographie</p><p>�tude de la distribution et de la variation des animaux � la surface des continents et dans les oc�ans. (On dit aussi g�ographie zoologique.)</p><p>Aspects et probl�mes</p><p>On distingue habituellement parmi les</p><p>diff�rents aspects que peut rev�tir cette discipline :</p><p>� la zoog�ographie classique, ou</p><p>chorologie, ou g�on�mie, dont le but est de d�limiter dans l�espace les aires de distribution des esp�ces et de faire appara�tre, �ventuellement, les facteurs limitants issus du milieu physique ou de l�environnement en g�n�ral ;</p><p>� la zoog�ographie dynamique, ou</p><p>zoog�ographie �volutive, qui �tudie les origines (centres de dispersion) et la variation de l�esp�ce en fonction de sa distribution, et conduit � envisager les adaptations et le probl�me de l��volution ;</p><p>� la zoog�ographie historique, ou pa-l�obiog�ographie, dont l��tude permet de retracer la distribution et la variation des esp�ces au cours des temps g�ologiques.</p><p>L��tude des aires de distribution est directement en rapport avec la taxi-nomie*, dont le but est de situer les esp�ces et de d�finir les cat�gories sp�cifiques, suprasp�cifiques (genre, famille...) ou infrasp�cifiques (sous-es-p�ce, race...).</p><p>Elle est �galement en rapport avec la g�n�tique*. L�examen attentif de la distribution des esp�ces permet souvent, en effet, de d�celer les variations infimes qui se manifestent essentiellement dans les populations rejet�es � la p�riph�rie des aires de distribution.</p><p>Ces variations, quand elles co�ncident avec la pr�sence d�espaces non satur�s biologiquement, ou d�une possibilit� de fonctions dans une bioc�nose, sont dans de nombreux cas � l�origine de formes taxinomiques nouvelles, nettement caract�ris�es par la pr�sence de particularit�s physiologiques ou autres, intervenant dans l��volution des groupes (ph�nom�ne de sp�ciation*).</p><p>Les modes de dispersion � l�origine de la formation ou de l�extension des aires de distribution peuvent �tre : 1o de type actif, c�est-�-dire en rapport direct avec l�activit� m�me et la downloadModeText.vue.download 596 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11807</p><p>reproduction des esp�ces ; 2o de type passif, les esp�ces �tant transport�es par les forces du milieu (vents, cours d�eau, courants marins, �les flottantes, radeaux naturels, animaux m�me [dans leur toison]). Les organismes r�partis suivant ce dernier mode de distribution forment des peuplements d�ubiquistes souvent sans grande originalit� et ne pr�sentent pas de structures bioc�notiques aussi achev�es que dans le type pr�c�dent.</p><p>On a parfois pens� que la zoog�o-</p><p>graphie pr�sentait d��troites relations avec l��cologie, et c�est particuli�rement vrai pour ce qui est des facteurs limitants dans la distribution des organismes. Mais il faudrait admettre que, � l�origine, une esp�ce form�e de populations identiques aurait la possibilit� de s��tendre ind�finiment dans la mesure o� les �carts des facteurs �cologiques de l�aire de distribution seraient rigoureusement comparables. Ce serait �galement admettre que les facteurs propres d�extension (taux de reproduction, mutations) ne joueraient qu�un r�le secondaire. Or, en r�alit�, dans les deux cas, c�est souvent l�inverse qui est observ� : deux populations de la m�me esp�ce ne sont jamais tout � fait identiques, et les conditions de milieux varient dans des proportions importantes sans que pour autant les limites de l�aire soient r�ellement modifi�es.</p><p>Le r�le que sont appel�es � jouer les diff�rentes bioc�noses dans l�histoire du peuplement intervient probablement davantage.</p><p>De nombreux auteurs pensent que</p><p>la sp�ciation g�ographique par s�lection peut, � elle seule, rendre compte de la diff�renciation sp�cifique dans le r�gne animal. Mais des g�n�ticiens se refusent � admettre que cette sp�-</p><p>ciation soit essentiellement guid�e par des facteurs �cologiques et accordent davantage d�importance au simple jeu de la variation et de l�isolement des populations.</p><p>Finalement, il semble donc que les probl�mes de biog�ographie soient beaucoup plus li�s � des particularit�s �volutives de la faune qu�� des pro-</p><p>bl�mes d��cologie, tout en admettant que, sous une certaine forme, ceux-ci puissent intervenir dans la distribution d��l�ments particuli�rement sensibles aux variations du milieu.</p><p>La superposition (A. Cailleux) aux ensembles g�ographiques (continents, parties de continent, archipels, �les...) d�ensembles physionomiques, voire physiologiques, puis taxinomiques ou, mieux, bioc�notiques rend assez bien compte de cet aspect plus fondamentalement biologique. La superposition des aires de r�partition de groupes parfois tr�s diff�rents confirme encore cet aspect essentiellement biologique de la zoog�ographie.</p><p>Les r�gions faunistiques</p><p>On distingue � la surface du globe diff�rentes r�gions biog�ographiques o� la faune comprend de nombreux �l�-</p><p>ments qui lui sont propres (taux d�en-d�micit� �lev�), le plus souvent des esp�ces ou des genres, mais aussi, parfois, des familles zoologiques enti�res.</p><p>D�une fa�on g�n�rale, on admet la pr�sence de sept r�gions assez bien caract�ris�es :</p><p>� 1o la r�gion holarctique (Eurasie, nord de l�Afrique, Am�rique du Nord), qui se subdivise en sous-r�gion pa-l�arctique (Eurasie, nord de l�Afrique) et en sous-r�gion n�arctique (Am�-</p><p>rique du Nord) ;</p><p>� 2o la r�gion pal�otropicale (Afrique du Sud, Sahara, Madagascar, Indo-Malaisie), qui est subdivis�e en sous-r�gion �thiopienne (Afrique tropicale et Afrique australe, cette derni�re formant parfois une province distincte), sous-r�gion malgache (Madagascar), sous-r�gion indo-malaise (Inde, Chine, Malaisie) ;</p><p>� 3o la r�gion australienne (Australie et Tasmanie) ;</p><p>� 4o la r�gion n�o-z�landaise ;</p><p>� 5o la r�gion polyn�sienne ;</p><p>� 6o la r�gion n�o-tropicale (Am�-</p><p>rique du Sud et Am�rique centrale) ;</p><p>� 7o la r�gion antarctique (Terre de Feu, �les australes, terres antarctiques).</p><p>Dans le m�me ordre d�id�es, on</p><p>distingue encore, � l�int�rieur de ces r�gions, des provinces (par ex. la province m�diterran�enne), des secteurs, des stations.</p><p>Pour ce qui est des oc�ans*, la distinction de r�gions semble plus difficile � effectuer, en raison de la r�elle continuit� des faunes et de la non-possibilit� d�isolement g�ographique.</p><p>La distribution, d�une fa�on g�n�rale, semble davantage en relation avec certains facteurs limitants du milieu tels que la temp�rature : les eaux froides ou chaudes forment des barri�res comparables aux obstacles orog�niques des continents et contribuent � l�isolement de faunes finalement distinctes.</p><p>Le peuplement zoologique des dif-</p><p>f�rentes r�gions qui viennent d��tre cit�es se superpose aux principales zones de v�g�tation du globe, en rapport elles-m�mes avec des facteurs limitants essentiellement climatiques (toundra et �tage alpin, for�ts de conif�res, for�ts temp�r�es de feuillus, fo-r�ts-maquis, steppes et prairies, d�serts et semi-d�serts, savanes, for�ts tropicales � feuilles caduques ou � feuilles persistantes, for�ts �quatoriales).</p><p>F. P.</p><p>F �cologie / Esp�ce / Faune.</p><p>&amp; E.-L. Trouessart, la Distribution g�ographique des animaux (Doin, 1921). / M. Prenant, G�ographie des animaux (A. Colin, 1933). /</p><p>A. Cailleux, Biog�ographie mondiale (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1953 ; 3e �d., 1969). /</p><p>P. J. Darlington, Zoogeography : The Geo-graphical Distribution of Animals (New York, 1957). / R. Furon, Causes de la r�partition des �tres vivants (Masson, 1958). / E. Binder, la G�n�tique des populations (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1967 ; 2e �d., 1972). / M. Udvardy, Dynamic Zoogeography with Special Reference to Land Animals (Cincinnati, 1969). / E. Mayr, Populations, esp�ces et �volution (Hermann, 1974).</p><p>zoologie</p><p>�tude scientifique des animaux. (Elle</p><p>sera d�finie ici, exclusivement par son histoire. Se reporter aux renvois en fin d�article.)</p><p>La pr�histoire</p><p>L�histoire de la zoologie commence avec les d�buts de l�humanit�, en ce sens que les repr�sentations d�animaux dues aux artistes du Pal�olithique et du N�olithique constituent autant de pr�-</p><p>cieux documents sur la faune qui les entourait.</p><p>Les principales esp�ces repr�sent�es sont des Mammif�res (renne, cerf, cheval, mammouth, bison, sanglier, ours, lion, etc.), accessoirement des Oiseaux (coq de bruy�re, chouette), Poissons, Reptiles, Amphibiens et m�me des</p><p>Invert�br�s. Beaucoup de ces dessins ou gravures t�moignent d�un sens</p><p>d�velopp� de l�observation des animaux en mouvement. Certains d�tails anatomiques (masses musculaires, jeu des tendons et des articulations, ventre alourdi par la masse intestinale ou la gestation) y sont nettement visibles.</p><p>L�Antiquit� orientale</p><p>Bien que l��tude scientifique des animaux n�ait vraiment d�but� que dans l�Antiquit� classique, les anciennes civilisations orientales ont n�anmoins laiss� un apport zoologique important, soit dans leurs oeuvres �crites (textes religieux ou fables), soit dans leurs oeuvres d�art (repr�sentations tr�s fi-d�les d�animaux inspir�es de la faune locale). On note �galement l�existence chez la plupart des peuples orientaux d�une classification zoologique rudimentaire qui n�est pas sans int�r�t.</p><p>Chine</p><p>Dans la Chine ancienne, les connaissances zoologiques portaient sur des esp�ces utiles pour l�Homme (ver � soie, abeille, cochenille de la laque, b�tail, volaille, etc.). Les Chinois �levaient �galement divers animaux (grillons, cigales, poissons rouges) pour leur plaisir et connaissaient assez bien divers parasites (tel le sarcopte de la gale). La zoologie chinoise est donc essentiellement d�inspiration pratique.</p><p>Un de ses aspects les plus int�ressants est constitu� par les excellentes figures d�animaux (Invert�br�s et Vert�br�s) ornant divers recueils de ma-ti�re m�dicale (ben cao [pen ts� ao]).</p><p>Leur facture est bien sup�rieure � celle des illustrations zoologiques occidentales des m�mes �poques.</p><p>Inde</p><p>Les anciens Indiens avaient, comme les Chinois, des connaissances plus ou moins empiriques sur divers animaux utiles (cochenille de la laque, Mammif�res domestiques, poissons d�eau douce, etc.). En outre, dans divers textes indiens allant de 600 av. J.-C.</p><p>� 200 de notre �re, on trouve d�j� une �bauche de classification zoologique fond�e sur des caract�res morphologiques, �cologiques ou �thologiques.</p><p>Proche-Orient</p><p>Les anciennes civilisations du Proche-Orient (Sum�riens, Babyloniens,</p><p>Assyriens) nous ont laiss� quelques documents zoologiques sous forme de lexiques de noms d�animaux et d�admirables repr�sentations de chevaux et de sc�nes de chasse du lion ou d�autres Vert�br�s sauvages.</p><p>Il en est de m�me dans l�Iran ancien (civilisation ach�m�nide et sassanide), et l�on trouve dans l�Avesta une classification des animaux fond�e sur leurs moeurs, leur habitat et certains d�tails morphologiques. On conna�t �galement les multiples repr�sentations animales (Poissons, Oiseaux, Mammif�res) dans les oeuvres d�art des anciens �gyptiens, qui, par ailleurs, nous ont laiss� un grand nombre d�esp�ces momifi�es, souvent en tr�s bon �tat de conservation. De nombreuses esp�ces animales sont cit�es dans la Bible, o� est tent�e une classification zoologique rudimentaire (animaux terrestres, aquatiques, volants). Les anciens H�breux faisaient �galement une distinction entre esp�ces downloadModeText.vue.download 597 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11808</p><p>pures (kasher) et impures (terefah), les</p><p>premi�res seules pouvant servir de nourriture humaine.</p><p>L�Antiquit� classique</p><p>Gr�ce</p><p>C�est dans la Gr�ce ancienne que la zoologie en tant que discipline scientifique va prendre vraiment naissance avec l�oeuvre fondamentale d�Aristote.</p><p>Avant lui, des philosophes tels</p><p>qu�Anaximandre de Milet, Alcm�on</p><p>de Crotone, Emp�docle d�Agrigente et D�mocrite s�interrogeaient sur les origines de la vie et accordaient une certaine place aux animaux dans leurs oeuvres. Anaximandre de Milet (VIe s.</p><p>av. J.-C.) [v. Ioniens (les)] exprimait l�id�e que la vie avait commenc� dans la mer et que les premiers �tres vivants �taient couverts d��cailles et semblables � des poissons.</p><p>Alcm�on, qui vivait � la m�me</p><p>�poque, �tait m�decin et s�occupait de physiologie. � ce titre, il aurait diss�-</p><p>qu� divers Vert�br�s et aurait m�me pratiqu� la vivisection.</p><p>Emp�docle (Ve s. av. J.-C.) s�int�ressait � la sexualit� et � l�embryologie des �tres vivants, �galement � leur respiration et � l�analogie des fonctions entre les r�gnes animal et v�g�tal. Il avait de plus compris le r�le de l�adaptation des organismes au milieu et entrevu l�id�e darwinienne de la survivance des plus aptes.</p><p>D�mocrite (v. 460 av. J.-C. - v. 370)</p><p>[v. mat�rialisme], esprit encyclop�-</p><p>dique, fut le plus naturaliste des philosophes dits � pr�socratiques �. Il s�int�ressait � l�anatomie des animaux inf�rieurs et sup�rieurs, qu�il divise le premier en deux groupes suivant la pr�-</p><p>sence de sang rouge (enaima) ou son absence (anaima), cette classification devant �tre reprise par Aristote.</p><p>On trouve �galement des animaux</p><p>mentionn�s dans un des volumes (Peri Diaitis) composant le Corpus Hippo-craticum, o� ils sont consid�r�s sous l�angle de leur valeur alimentaire et class�s en fonction de leur degr� de domestication et de leur comportement.</p><p>C�est Aristote* qui est le v�ritable fondateur de la zoologie par ses trois trait�s : De l�histoire des animaux, Des parties des animaux, De la g�n�ration des animaux, dont le texte, � l�origine illustr� de figures malheureusement perdues, constitue l�essentiel de cours profess�s au Lyc�e, � Ath�nes. Partisan de l�observation directe, Aristote �tudia les animaux dans la nature (en particulier la faune marine) et compl�ta les donn�es ainsi obtenues par des enqu�tes minutieuses aupr�s des bergers, des chasseurs, des agriculteurs, des p�cheurs, des marins, etc., qui, par leurs occupations, �taient amen�s � conna�tre diverses esp�ces sauvages ou domestiques.</p><p>On estime � environ 400 le nombre d�animaux qu�il connaissait et dont il avait diss�qu� une cinquantaine. Il les divisait, comme D�mocrite, en deux grands groupes : les enaima (Vert�-</p><p>br�s) et les anaima (Invert�br�s). Son Histoire des animaux est moins une</p><p>� zoologie � qu�un ouvrage d�anatomie et d��thologie. Il y compare les donn�es concernant l�organisation des animaux pour faire ressortir leurs ressemblances et leurs dissemblances.</p><p>Ses observations, tant anatomiques qu��thologiques, sont remarquables, et certaines d�entre elles n�ont �t� confirm�es qu�au si�cle dernier : ainsi les moeurs curieuses du Poisson qui porte son nom (Parasilurus Aristotelis), dont le m�le surveille les oeufs ; la pseudo-placentation du squale Mustela laevis ; la locomotion de l�Argonaute (Mollusque C�phalopode).</p><p>Le grand philosophe grec avait plac�, le premier, correctement, les chauves-souris dans la classe des Mammif�res et avait pressenti la parth�nogen�se chez l�abeille.</p><p>Aristote est aussi un pr�curseur de l��cologie (�tude des organismes en fonction du milieu) et de la zoog�ographie (r�partition des animaux suivant les divers pays et r�gions du globe).</p><p>Comme anatomiste, il a �tabli, le premier, le principe d�homologie structurale entre divers caract�res : il note ainsi que les insectes � deux ailes (Dipt�res) ont leur � aiguillon � (= pi�ces buccales piqueuses) � la partie ant�-</p><p>rieure, tandis que ceux qui ont quatre ailes (Hym�nopt�res) l�ont � la partie post�rieure (abdomen).</p><p>Pour classer les animaux, Aristote a utilis� les vocables d�esp�ce (eidos), qui correspondrait � ce terme tel qu�on l�entend aujourd�hui, et de genre (genos), qui irait du sous-genre au phylum actuels.</p><p>Toute imparfaite qu�elle est, l�oeuvre zoologique d�Aristote devait avoir une influence pr�pond�rante jusqu�au XVIIe s., car aucun naturaliste ins�r� dans son temps n�a apport� plus que lui.</p><p>Th�ophraste (v. 372 av. J.-C. -</p><p>v. 287) [v. botanique] connut bien Aristote, � qui il succ�da � la direction du Lyc�e. Quoique botaniste, il fit de nombreuses et bonnes observations sur les Insectes nuisibles aux plantes cultiv�es et �galement sur le comportement de divers animaux (insectes, oiseaux).</p><p>Parmi les autres auteurs de la Gr�ce ancienne ayant fait oeuvre de zoologiste, il faut citer : X�nophon*, qui dans ses Cyn�g�tiques donne des renseignements tr�s pr�cis sur les diverses races de chiens et sur les li�vres ; Oppien de Cilicie (v. 150 apr. J.-C.), qui a �crit un po�me sur la p�che (Halieutiques) o� l�on trouve, m�l�es � diverses l�-</p><p>gendes, quelques bonnes observations sur les Invert�br�s (Crustac�s, �chinodermes, Mollusques) et les Vert�br�s marins (Poissons, C�tac�s) ; Oppien d�Apam�e (IIIe s. apr. J.-C.), qui a �crit un po�me sur la chasse (les Cyn�g�-</p><p>tiques) bien inf�rieur � celui de son homonyme. On trouve �galement des donn�es zoologiques dans les oeuvres de divers auteurs m�dicaux : Nicandre (IIe ou IIIe s. av. J.-C.), Dioscoride (Ier s.</p><p>apr. J.-C.), Philoumenos (IIe s. apr. J.-</p><p>C.) ; elles concernent des animaux venimeux (insectes, arachnides, serpents) ou parasites, ainsi que diverses esp�ces utilis�es dans la mati�re m�dicale de l��poque.</p><p>Il faut enfin mentionner les excellentes repr�sentations animales dans l�art cr�tois (taureaux et autres Ruminants, dauphins, poissons, Mollusques, etc.) et dans l�art grec classique.</p><p>Rome</p><p>La contribution des anciens Romains � la zoologie n�est qu�un p�le reflet de celle de la Gr�ce. Leur principal naturaliste est Pline l�Ancien (23-79), auteur d�une Naturalis Historia, vaste encyclop�die en 37 livres dont plusieurs concernent les animaux. Malheureusement, avec Pline, la zoologie a perdu son caract�re scientifique pour faire place aux l�gendes les plus invraisemblables et s�orienter r�solument vers des buts utilitaires. Bien souvent, il paraphrase Aristote en n�gligeant ce que ce dernier apportait de nouveau ou d�int�ressant et en ajoutant des faits m�diocres ou erron�s. Il relate, de plus, sans le moindre esprit critique, toutes sortes de � l�gendes zoologiques �</p><p>sans aucun fondement et croit ferme � l�existence d�animaux purement imaginaires (dragon, basilic, etc.). Il s�agit, de plus, d�une compilation et non de faits observ�s dans la nature. Son seul m�rite est de nous donner un �tat des connaissances de l�Antiquit� classique sur l�emploi des animaux dans la ma-ti�re m�dicale populaire, et, d�autre part, la Naturalis Historia constitua pendant presque quinze si�cles le principal ouvrage de r�f�rence en zoologie. Les agronomes latins (Columelle, Caton, Varron) sont beaucoup plus in-t�ressants, car il s�agit d�auteurs ayant observ� divers animaux domestiques (cheval, b�tail) ou des esp�ces utilis�es pour l�alimentation (escargots, hu�tres, poissons), sur lesquels ils donnent des renseignements de premi�re main.</p><p>Le Moyen �ge</p><p>(Ve au XVe s.)</p><p>Cette p�riode n�est pas si obscure pour les sciences que l�ont affirm� certains, mais elle reste marqu�e par un go�t tr�s vif pour le surnaturel et le fabuleux. Chacun conna�t les innombrables repr�sentations de monstres ou d��tres imaginaires dans l�art m�di�val (dragons, licorne, sir�nes, etc.).</p><p>En outre, pour ce qui est de l�Occident chr�tien, la nature fut alors souvent mobilis�e au service de la religion et de la po�sie, et les �tres vivants (dont les animaux) servirent de th�me � des</p><p>variations th�ologiques, morales ou po�tiques. Telles sont les diverses versions du Physiologus, recueil all�gorique religieux dont la vogue fut consid�rable, tant en Occident qu�en Orient, et des bestiaires, de nature profane, o� l�on trouve toutes sortes d�affirmations zoologiques invraisemblables : le sang du bouc briserait le diamant, l�hy�ne changerait de sexe � volont�, la belette concevrait par l�oreille et enfanterait par la bouche, etc.</p><p>Toute cette litt�rature rel�ve davantage du folklore que de la science et il y eut heureusement pendant cette longue �poque des contributions plus int�ressantes dont nous allons examiner les principales.</p><p>Occident</p><p>Pour ce qui est de l�Occident, les principaux auteurs ayant laiss� une r�elle contribution zoologique peuvent se r�partir en trois cat�gories : les religieux, les amateurs et techniciens, les illustrateurs.</p><p>Parmi les religieux qui �crivaient en latin des encyclop�dies, il faut citer Isidore de S�ville (v. 570-636), dont tout un livre des Etymologiae est consacr� aux animaux, �num�r�s sans esprit critique et comprenant des esp�ces fabuleuses ; Hildegard de Bingen (1098-1179) a �galement trait� de zoologie dans un livre de sa Physica, citant en particulier des esp�ces de la faune d�Allemagne connues de son</p><p>temps et donnant leurs noms en latin et en allemand. � partir du XIIIe s., la zoo-downloadModeText.vue.download 598 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11809</p><p>logie, tout comme les autres disciplines scientifiques, va subir l�influence de trois facteurs nouveaux : la fondation des universit�s, la red�couverte d�Aristote et l�activit� enseignante de divers ordres religieux.</p><p>Ces deux derniers facteurs furent les plus importants. En effet, c�est par les traductions arabes, elles-m�mes retraduites en latin, que l�oeuvre du Sta-</p><p>girite devint accessible en Occident, o� elle constitua la base de diverses encyclop�dies. Parmi celles-ci, il faut citer le trait� De animalibus d�Albert* le Grand. Cet ouvrage comporte 26 livres, desquels 19 sont emprunt�s � Aristote, dont Albert perfectionna la classification zoologique. Il fit �galement des observations originales sur divers Invert�br�s (araign�es, fourmis) et Vert�br�s (C�tac�s, moeurs du castor, races g�ographiques de l��cureuil d�Europe). Mais il consid�rait les C�tac�s comme des Poissons et les chauves-souris comme des Oiseaux, ce qui marque un net recul par rapport � Aristote. Ses id�es embryologiques et physiologiques �taient influenc�es par les auteurs de l�Antiquit� (Hippocrate, Aristote, Galien, Pline). Il rompt cependant un long silence, et son oeuvre marque une transition entre l�Antiquit� et la Renaissance.</p><p>Les amateurs et techniciens, d�ga-g�s de pr�occupations scolastiques ou religieuses, ont fait preuve d�un indiscutable esprit d�observation des choses de la nature et notamment des animaux. Ils exer�aient les professions les plus diverses : chasseurs, p�cheurs, fauconniers, agriculteurs, m�decins, hippiatres, voyageurs, chroniqueurs, etc.</p><p>Le plus important de ces auteurs est l�empereur Fr�d�ric II* de Hohenstaufen (1194-1250) qui a r�dig� un important trait� de fauconnerie (De arte venandi cum avibus) qui constitue une v�ritable encyclop�die ornithologique, car il n�y est pas seulement question de faucons, mais de toutes sortes d�autres Oiseaux dont il �tudia la morphologie et les moeurs (vol, migrations, nutrition, etc.). Les manuscrits connus de ce trait� sont illustr�s par d�excellentes miniatures, dont certaines donnent avec une grande pr�cision l�habitus de telle ou telle esp�ce. On retrouve de telles illustrations zoologiques, souvent tr�s fid�les, dans divers manuscrits m�di�-</p><p>vaux. Elles concernent aussi bien des Vert�br�s (Oiseaux, Mammif�res) que des Invert�br�s (Insectes, Crustac�s, Mollusques) et t�moignent d�un indiscutable esprit d�observation.</p><p>Orient</p><p>On retrouve dans l�Orient m�di�val (isl&#x101;m, Byzance) les m�mes caract�-</p><p>ristiques des ouvrages zoologiques, qui sont tant�t des encyclop�dies de caract�re compilatoire sans esprit critique, tant�t des trait�s dus � des � techniciens � qui connaissaient bien les animaux. Parmi les premiers, citons le Livre des animaux d�al-Dj&#x101;&#x1E25;iz (IXe s.), influenc� par Aristote, mais renfermant aussi quelques observations personnelles, ainsi que le trait� d�al-Dam&#x12B;r&#x12B;</p><p>(v. 1341-1405). Ce dernier, intitul� Livre de la vie des animaux, est une encyclop�die � para-zoologique � o� les animaux sont class�s par ordre alphab�tique. On trouve pour chacun d�eux sa description d�apr�s Aristote et al-Dj&#x101;&#x1E25;iz, les traditions et proverbes le concernant, ses propri�t�s alimentaires ou m�dicales.</p><p>Parmi les auteurs techniques islamiques, il convient de citer les agronomes qui avaient de bonnes connaissances en zootechnie (�levage des moutons, des chevaux, des mulets, des �nes, des chameaux, des oiseaux de basse-cour, des abeilles). Sous la dynastie des Mamelouks furent publi�s de nombreux ouvrages concernant</p><p>l�hippologie et l�hippiatrie.</p><p>Les grands m�decins de l�isl&#x101;m</p><p>m�di�val : Avicenne*, Avenzoar (Ab&#x16B;</p><p>Marw&#x101;n ibn Zuhr, v. 1092/1095-1161), Averro�s*, ont contribu� �galement � la zoologie en �tudiant divers parasites de l�Homme et certains animaux venimeux (Arthropodes, Serpents), et en commentant ou en r�sumant les trait�s zoologiques d�Aristote.</p><p>Il en est de m�me du m�decin et philosophe juif Mo�se Ma�monide* (1135-1204), qui dans son Trait� des poisons mentionne divers animaux venimeux ou dangereux pour l�Homme (chien</p><p>enrag�). On trouve �galement des allusions zoologiques dans le Talmud, et dans ses commentaires, tel celui de Rashi (1040-1105).</p><p>L�apport des Byzantins, qui, de 330</p><p>� 1453, maintinrent la tradition hell�-</p><p>nique, est assez r�duit.</p><p>Au IVe s., Basile* le Grand consacra trois passages de son Hexam�ron aux animaux, utilis�s ici dans un but</p><p>th�ologique. Le voyageur Cosmas In-dikopleust�s (VIe s.) consacra un livre de sa Topographie chr�tienne aux animaux de l�Inde, qu�il n�aurait cependant pas visit�e. Dans les Geoponica, recueil de textes agricoles du Xe s., se trouvent des passages concernant divers animaux utiles, parmi lesquels le ver � soie (Bombyx mori), que les Byzantins introduisirent d�s le VIe s.</p><p>d�Extr�me-Orient � Constantinople et de l� en Europe occidentale.</p><p>Tout comme en isl&#x101;m, certains</p><p>m�decins byzantins (Aetios d�Amida, Alexandre de Tralles, Paul d��gine, etc.) ont �tudi� dans leurs ouvrages divers animaux parasites de l�Homme ou venimeux.</p><p>Les Byzantins eurent �galement le m�rite non n�gligeable de transmettre � l�Occident les �crits zoologiques d�Aristote.</p><p>Le XVIe si�cle</p><p>Aux si�cles relativement obscurs du Moyen �ge, o� la pens�e scientifique �tait soumise � la scolastique et � des imp�ratifs religieux, va succ�der une p�riode durant laquelle elle va tenter de se d�barrasser de cette double tutelle : la Renaissance.</p><p>La plupart des zoologistes du XVIe s.</p><p>sont des humanistes encore tributaires de l�Antiquit�, et en particulier d�Aristote, dont les �crits zoologiques furent �dit�s d�s 1483 par Th�odore Gaza, le d�veloppement de l�imprimerie �tant un facteur important pour la diffusion des connaissances scientifiques.</p><p>Par ailleurs, le XVIe s. fut �galement l��poque des premi�res exp�ditions dans le Nouveau Monde, tandis que se poursuivait l�exploration de l�Asie et de l�Afrique, � laquelle particip�rent divers zoologistes.</p><p>On peut diviser ces derniers en</p><p>plusieurs cat�gories : les �rudits polygraphes, les � sp�cialistes �, les anatomistes et m�decins, auxquels il faut ajouter des voyageurs. Parmi les polygraphes, il faut citer : Conrad Gesner (1516-1565) de Zurich, auteur d�une Historia animalium totalisant</p><p>4 500 pages in folio illustr�es par plusieurs centaines de gravures ; Ulisse Aldrovandi (1522-1605), qui r�digea un trait� zoologique en onze volumes de 7 000 pages in folio comportant �galement une bonne illustration. De tels ouvrages sont encore alourdis par une pesante �rudition : pour chaque animal sont indiqu�s ses noms dans diverses langues (anciennes et modernes), son origine, son habitat, ses caract�res morphologiques, ses maladies, ses moeurs, son r�le alimentaire ou th�rapeutique, enfin des consid�rations �tymolo-giques sur son nom et les proverbes qui lui sont li�s. C�est ainsi que le cheval n�occupe pas moins de 176 pages chez Gesner et 294 chez Aldrovandi.</p><p>Comme � sp�cialistes �, on peut</p><p>citer Guillaume Rondelet (1507-1556), Ippolito Salviani (1514-1572) et Pierre Belon (1517-1564), qui �crivirent tous trois des ouvrages sur les � Poissons �</p><p>o� �taient consid�r�s non seulement les poissons v�ritables, mais �galement toutes sortes d�autres animaux aquatiques (hippopotame, phoque, crocodile, divers Amphibiens et Invert�br�s marins). Pierre Belon fut �galement un naturaliste voyageur qui visita de 1547 � 1549 l�Italie, la Gr�ce et le Proche-Orient et qui publia (1553) un ouvrage sur l�histoire naturelle de ces r�gions o� figure la description de divers animaux exotiques (hippopotame, dromadaire, girafe, buffle, z�bu, etc.). Il est �galement l�auteur d�un ouvrage consacr� aux Oiseaux (1555) o� l�on trouve l�illustration juxtapos�e d�un squelette humain et d�un squelette d�oiseau, ce qui a fait consid�rer Belon, � tort, comme le fondateur de l�anatomie compar�e.</p><p>C�est n�anmoins lui qui � a tir�</p><p>l�ornithologie du chaos o� l�avait laiss�e le Moyen �ge � (P. Delaunay). La d�couverte du Nouveau Monde amena celle de la faune am�ricaine par divers voyageurs portugais, espagnols, italiens, fran�ais et anglais. Parmi les plus importants, il faut citer : Gonzalo Hern�ndez de Oviedo (1478-1557), qui consacra quatre livres de son Histoire g�n�rale et naturelle des Indes (1525-1535) aux Mammif�res, aux animaux aquatiques, aux Oiseaux et Insectes de Saint-Domingue (Ha�ti) ; Jos� de</p><p>Acosta (1540-1600), qui publia en 1590 une Histoire naturelle et morale des Indes apr�s avoir s�journ� aux Antilles, au P�rou et au Mexique ; Andr� Thevet (1502-1590), qui visita l�Am�-</p><p>rique du Sud et �crivit les Singularit�s de la France antarctique (1558), o� sont d�crits divers animaux de ces r�gions : paresseux, opossum, laman-tin, tapir, tandis que Thomas Harriot publiait (1560-1621) en 1588 un ouvrage consacr� � la Virginie, d�o� il avait rapport� une trentaine d�animaux encore inconnus en Europe.</p><p>Pour ce qui est des observations sur la faune de l�Ancien Monde, il faut citer, outre P. Belon d�j� mentionn�, Pierre Gilles (1489-1555), d�Albi, qui visita le Proche- et le Moyen-Orient (Turquie, Perse, Arm�nie, M�sopotamie, Syrie), o� il �tudia l�anatomie de l��l�phant, de la girafe et de divers autres animaux. Il fut surnomm� le</p><p>� P�re de la zoologie fran�aise �.</p><p>Certains anatomistes et m�decins</p><p>de la Renaissance ont �galement fait oeuvre de zoologiste. Si l�oeuvre anatomique de L�onard* de Vinci concerne downloadModeText.vue.download 599 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11810</p><p>surtout l�Homme, il a n�anmoins diss�qu� �galement d�autres Mammif�res (singes, Bovid�s, �quid�s, Carnivores), s�est int�ress� � la nage des poissons et au vol des oiseaux, des chauves-souris et des insectes. Volcher Coiter (1534-1576) fut un des pionniers de l�anatomie compar�e ; il diss�qua de nombreux Amphibiens, Reptiles, Oiseaux et Mammif�res et tenta, le premier, une classification g�n�rale des Oiseaux d�apr�s les diff�rences existant entre leurs divers genres. Carlo Ruini (1530-1598) est l�auteur d�un remarquable ouvrage sur l�anatomie et les maladies du cheval, qui eut 15 �ditions entre 1598 et 1769. Le c�l�bre chirurgien Ambroise Par� (v. chirurgie) s��tait occup� aussi de zoologie, diss�quant des animaux rares pour son �poque (au-truche, toucan) et consacrant 26 chapitres de ses OEuvres aux animaux ; il reste encore tributaire d�Aristote, appe-</p><p>lant � Poissons � tout ce qui vit dans l�eau et � Oiseaux � tout ce qui vit dans l�air, consid�rant la � reine � d�abeille comme un � roi � et croyant encore � la g�n�ration spontan�e des parasites dans le corps de leur h�te. Il connaissait cependant l�Acarien de la gale (Sarcoptes scabiei), dont l�existence ne sera d�finitivement admise qu�en 1834, et aurait publi� la premi�re figure du cachalot. S�il croyait encore � l�existence de dragons tuant des �l�phants, il mettait en doute l�existence de la mythique licorne, dont la � corne �</p><p>utilis�e dans la pharmacop�e d�antan n�est autre que la d�fense d�un c�tac� : le narval (Monodon monoceros). Il faut encore citer le Livre des quadrup�des de Michel Herr, exhum� de l�oubli par E. Wickersheimer (1957), les Exotico-rum libri decem de Charles de L�cluse (1526-1609), compilation illustr�e sur les animaux exotiques o� sont figur�s le tatou (Dasypus), le paresseux (Bra-dypus), le casoar, le � dodo �, le poisson-scie (Pristis) et le limule. Comme autres m�decins zoologistes du XVIe s., mentionnons les Anglais Edward Wot-ton (1492-1555) et Thomas Moufet</p><p>(1553-1604) [qui s�occupa des insectes et dont l�ouvrage posthume ne parut qu�en 1634].</p><p>On note aussi en pleine Renaissance la persistance d�une litt�rature populaire et utilitaire d�origine m�di�vale, o� la zoologie occupe une certaine place. � celle-ci appartiennent le Livre de la nature de Konrad von Megenberg (1309-1374), qui eut 5 �ditions avant 1500 et fut r��dit� en 1536 et 1540, le De rerum proprietatibus de Barth�lemy l�Anglais (XIIIe s.), qui connut 6 �ditions au XVIe s., les diverses versions du Hortus sanitatis, recueil de m�decine et th�rapeutique populaires, auxquelles on peut ajouter l�ouvrage d�histoire naturelle appliqu�e d�Adam Lonicer (1528-1586), o� la zoologie est repr�sent�e par l��tude des propri�-</p><p>t�s di�t�tiques et th�rapeutiques de divers Vert�br�s et Invert�br�s. Il faudra attendre le � grand virage du XVIIe s. �</p><p>(G. Petit et J. Th�odorid�s) pour que la zoologie prenne une orientation v�ritablement scientifique.</p><p>Le XVIIe si�cle</p><p>Au d�but de ce si�cle, des id�es inexactes sur les animaux h�rit�es de l�Antiquit� et du Moyen �ge ont encore cours et font appel au merveilleux et au surnaturel. Mais, rapidement, les zoologistes vont travailler avec moins d�id�es pr�con�ues et se d�barrasser progressivement de l�emprise des Anciens, qu�ils n�h�siteront pas � contredire s�il le faut.</p><p>Plusieurs facteurs vont amener un v�ritable changement dans l��tude des animaux. Tout d�abord l�accroissement consid�rable du nombre des esp�ces connues, � la suite de voyages dans les divers continents.</p><p>Des informations sur divers ani-</p><p>maux exotiques furent en effet apport�es par de nombreux voyageurs qui, bien que n��tant pas tous naturalistes, poss�daient un bon sens de l�observation. Parmi ceux-ci, il faut citer pour l�Ancien Monde : Prospero Alpino</p><p>(�gypte), Jean-Baptiste Tavernier et Jean Chardin (Perse), Jacobus Bontius (Indon�sie) ; pour le Nouveau Monde : Jean-Baptiste Du Tertre et sir Hans Sloane (Antilles), Georg Marcgrav et Willem Piso (Br�sil).</p><p>L�anatomie va �galement faire des progr�s consid�rables, et la dissection va �tre pratiqu�e sur une grande �chelle et dans toutes les classes zoologiques, qu�il s�agisse des Vert�br�s ou des Invert�br�s. Pour l��tude de ces derniers, un facteur d�une importance capitale joua un r�le de tout premier plan dans l�essor de la zoologie : l�apparition du microscope*. En outre, tous ces travaux, qu�il s�agisse d�anatomie macroscopique ou microscopique,</p><p>allaient �tre encourag�s par le grand d�veloppement pris � cette �poque par les soci�t�s et acad�mies scientifiques.</p><p>Enfin, c�est au XVIIe s. que furent faites les premi�res tentatives d��tude scientifique de la psychologie animale et du comportement.</p><p>Voyons maintenant quels furent les principaux zoologistes de ce temps et leurs contributions. Et tout d�abord les microscopistes, qui se servaient d�instruments rudimentaires repr�sentant plut�t des loupes que des microscopes</p><p>au sens actuel du terme. Parmi ceux-l�, mentionnons Francesco Stelluti (1577-1651), membre de l�Accademia dei</p><p>Lincei, qui figura d�s 1625 dans son Apiarium l�anatomie fine de l�abeille.</p><p>Le m�me insecte fut �tudi� par Robert Hooke (1635-1703) dans sa Microgra-phia (1665), o� sont figur�s �galement le pou, la puce, les yeux compos�s de la mouche et de la libellule, des moustiques, etc.</p><p>A. Van Leeuwenhoek*, autodidacte</p><p>n�erlandais, est plus important encore pour l�histoire de la zoologie. C�est lui, en effet, qui d�couvrit en 1674 la classe des Protozoaires, d�crivant aussi bien des esp�ces libres (Cili�s et Eugl�nes) que parasites (Cili�s, Flagell�s, Cocci-dies). Il fit �galement de nombreuses observations sur plus de 200 esp�ces animales, tant parmi les Invert�br�s (d�couverte de la parth�nogen�se chez les pucerons) que parmi les Vert�br�s (description des globules sanguins et de la circulation dans les capillaires, �tude de divers tissus : muscles stri�s, dents, poils, etc.).</p><p>Un autre Hollandais, Jan Swam-</p><p>merdam (1637-1680) [v. �volution</p><p>biologique], fut un des cr�ateurs de l�anatomie des Invert�br�s, par ses remarquables dissections d�insectes (�ph�m�re, abeille, pou), et un des pionniers des techniques d�anatomie fine des Vert�br�s (injection de colorants dans les organes).</p><p>Les autres zoologistes du XVIIe s. ont �t� pour la plupart des anatomistes, et beaucoup d�entre eux furent �galement m�decins. Aux Pays-Bas appartiennent Gerardus Blasius (ou Gerard Blaes, 1625?-1692), auteur de plusieurs ouvrages, dont un trait� d�anatomie compar�e o� sont d�crits 119 types zoologiques, et Jan Goedaert (1620-1668), peintre et entomologiste qui a d�crit et repr�sent� 140 esp�ces d�insectes.</p><p>La contribution des Anglais est tr�s importante. Il faut tout d�abord citer William Harvey (1578-1657), c�l�bre par sa d�couverte de la circulation*</p><p>sanguine (1628) ; son trait� de physiologie animale, publi� trois si�cles apr�s sa mort (1959) sous le titre De motu locali animalium, est consacr� � l�examen des id�es d�Aristote sur les</p><p>mouvements des animaux ainsi qu�� la structure et � l�action des muscles. Il avait en outre �tudi� une cinquantaine d�animaux de divers groupes et publia en 1651 un des premiers essais d�embryologie compar�e (Exercitationes de generatione animalium) o� se trouve le fameux adage : Ex ovo omnia, c�est-�-</p><p>dire : � Tout �tre provient d�un oeuf. �</p><p>Thomas Willis (1621-1675) �tait</p><p>�galement m�decin et consacra un ouvrage (1672) � l�anatomie de quelques Invert�br�s (hu�tre, homard, ver de terre).</p><p>Le naturaliste John Ray (1628-1705) occupe une place importante dans</p><p>l�histoire de la zoologie, car, dans ses divers ouvrages, il introduisit d�importantes innovations (introduction de la notion d�esp�ce en histoire naturelle, pr�cision plus grande pour d�finir les esp�ces, les groupes, etc., utilisation de l�anatomie comme base principale de la classification zoologique). Il s�ins-pirait cependant encore d�Aristote en divisant les animaux en esp�ces pourvues ou d�pourvues de sang rouge. Il a n�anmoins perfectionn� la classification zoologique, qu�il s�agisse des Vert�br�s (divis�s en Vivipares et Ovipares), des Mammif�res (divis�s en Ongul�s et Onguicul�s) ou des Insectes (o� il tenait compte de la pr�sence ou de l�absence de m�tamorphoses).</p><p>Sa classification renferme d�j� tous les �l�ments de celle de Linn� et des auteurs post�rieurs. C�est Ray qui publia les ouvrages de son ami Francis Willoughby (1635-1672) sur les Oiseaux et les Poissons. Martin Lister (1638-1712), m�decin et zoologiste, fut sp�cialis� dans l��tude des Invert�br�s et est consid�r� comme le fondateur de la conchyliologie (�tude des Mollusques) britannique. Quant � Edward Tyson (1651-1708), �galement m�decin et anatomiste, il laissa une oeuvre zoologique d�une tr�s grande importance par ses �tudes anatomiques sur le dauphin, le crotale, les vers parasites, le p�cari, l�opossum, le chimpanz�.</p><p>L�apport des Italiens fut �galement tr�s important. Girolamo Fabrici d�Ac-quapendente (1533-1619), anatomiste et chirurgien, �tudia l�anatomie compar�e des organes g�nitaux, du foetus,</p><p>des organes sensoriels et du tube digestif de divers Vert�br�s ; il est de plus l�auteur de 167 planches anatomiques en couleurs repr�sentant les organes de plusieurs de ceux-ci, conserv�es � Venise (Biblioteca Marciana). Son �l�ve Giulio Casseri (ou Casserio, ou Casserius [1559-1616]), �tudia (1601) les organes de la phonation et de l�audition de divers Vert�br�s, �galement l�appareil stridulant des Insectes, en donnant d�excellentes illustrations.</p><p>Citons encore Marco Aurelio Severino (1580-1656), auteur de plusieurs trai-downloadModeText.vue.download 600 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11811</p><p>t�s d�anatomie animale. Mais les deux plus grands zoologistes italiens du XVIIe s. furent Redi et Malpighi.</p><p>Francesco Redi (1626-1697) fut</p><p>tout � la fois naturaliste, m�decin et po�te. Ses principaux travaux zoologiques concernent la vip�re (1664), la g�n�ration des Insectes (1668) et les parasites (1684). Dans le deuxi�me de ces ouvrages, il nie la � g�n�ration spontan�e � des vers apparaissant dans la viande putr�fi�e, en montrant qu�il s�agissait d�asticots engendr�s par les mouches. Il croyait cependant que les Insectes des galles v�g�tales y apparaissaient spontan�ment, erreur qui sera rectifi�e par son disciple Antonio Val-lisnieri en 1712. L�apport de Redi � la parasitologie en fait le cr�ateur de cette branche de la zoologie. Il a en effet d�crit plus de 100 esp�ces de parasites (Helminthes, Acariens et Insectes) de divers Vert�br�s. Le terme de r�die fut cr�� en son honneur pour d�signer un des stades du cycle des Tr�matodes. Et c�est sous son influence que ses �l�ves Giovanni Cosimo Bonomo et Giacinto Cestoni d�crivirent (1687) le sarcopte de la gale, dont ils donn�rent d�excellentes figures.</p><p>Marcello Malpighi (1628-1694)</p><p>[v. �volution biologique] fut le fondateur de l�anatomie microscopique. Il �tudia dans son De pulmonibus (1661) les capillaires qui permettaient d�expliquer le passage du sang art�riel au sang veineux, chez la grenouille et divers</p><p>Mammif�res. Son Trait� du ver � soie (1669) constitue la premi�re monographie d�taill�e consacr�e � un Invert�-</p><p>br�. Il d�couvrit l�appareil excr�teur des insectes qui porte son nom (tubes de Malpighi) et consacra une importante �tude � l�embryologie du poulet (1673).</p><p>La contribution fran�aise est surtout marqu�e par l�oeuvre anatomique de Claude Perrault (1613-1688), �galement architecte, et de ses collaborateurs (Jean Pecquet, Joseph Duverney, Jean M�ry, etc.), qui publi�rent de 1667</p><p>� 1676 plusieurs ouvrages concernant une cinquantaine de Vert�br�s. On y trouve d�importantes observations : description de la valvule spirale de l�intestin des S�laciens, premi�re �tude anatomique s�rieuse d�une tortue, pr�-</p><p>cisions anatomiques sur l��l�phant, mise en �vidence de la position syst�matique diff�rente du h�risson et du porc-�pic, etc. Perrault est �galement l�auteur d�une M�canique des animaux (1680), o� il soutient des vues tout � fait oppos�es � la th�orie des � animaux-machines � de Descartes.</p><p>Marin Cureau de La Chambre (1596-</p><p>1669), un des tout premiers membres de l�Acad�mie fran�aise, fut un pionnier de l��thologie et de la psychologie animales, notant que des animaux se trouvent ensemble non en raison d�une pr�tendue � amiti� � entre eux, mais tout simplement parce qu�ils partagent le m�me habitat, ayant comme nous dirions aujourd�hui les m�mes exigences �cologiques.</p><p>Le Danemark vit au XVIIe s. l��panouissement d�une importante �cole d�anatomistes � pr�occupations zoologiques, illustr�e par les noms de St�non et des Bartholin. Nicolas St�non (Niels Steensen) [1638-1686] fut � la fois anatomiste, physiologiste, g�ologue, m�decin et �v�que. Il a laiss� d�importants travaux sur l�anatomie des S�laciens (raie, requin) et sur les muscles de l�aigle. �galement pal�ontologiste, il fit des consid�rations sur la structure des coquilles fossiles en partant d�es-p�ces voisines actuelles.</p><p>Gaspard (1585-1629) et Thomas</p><p>(1616-1680) Bartholin (le p�re et le fils) �tudi�rent l�anatomie de divers</p><p>Mammif�res (renne, lion, li�vre, C�ta-c�s, etc.) et Oiseaux (cygne). Leur nom reste li� � divers organes, en particulier au canal et aux glandes de Bartholin.</p><p>� la fin de ce si�cle, on trouve r�alis�es trois conditions qui vont permettre � la zoologie de prendre son v�ritable essor : int�r�t pour l�anatomie des Invert�br�s, am�lioration des techniques de dissection, coordination des donn�es obtenues. Par ailleurs, les progr�s de la classification zoologique r�alis�s par J. Ray annoncent celle que va mettre au point Linn� au si�cle suivant.</p><p>Le XVIIIe si�cle</p><p>C�est le � si�cle des lumi�res �, celui o� des philosophes et des savants � l�esprit ind�pendant vont r�agir contre les exc�s de la th�ologie pour tenter de faire triompher le rationalisme et lutter contre la scolastique, le merveilleux et le surnaturel. En ce qui concerne plus sp�cialement la zoologie, c�est aussi l��poque des d�buts de la biologie ex-p�rimentale, qui va tenter de r�soudre chez divers animaux (Vert�br�s et Invert�br�s) quelques-uns des grands probl�mes biologiques (reproduction, f�condation, g�n�ration, d�veloppement, r�g�n�ration, etc.). C�est �galement au cours de ce si�cle qu�allait se perfectionner l�oeuvre des naturalistes descripteurs, dont les plus illustres furent Linn� et Buffon.</p><p>C�est de cette double approche � la fois taxinomique et biologique des animaux que na�tra d�s la fin du si�cle la conception transformiste qui m�nera � la th�orie de l��volution. Nous allons examiner quelles en furent les grandes lignes.</p><p>Linn�* et Buffon*</p><p>Ces deux savants furent contempo-</p><p>rains, et leur oeuvre s��tend sur presque tout le XVIIIe s. Le Su�dois Linn� fut principalement botaniste, et notre compatriote Buffon fut surtout zoologiste.</p><p>Carl von Linn�* (1707-1778) entreprit ce que nul avant lui n�avait tent� de faire, � savoir de donner une classification des esp�ces animales et v�g�tales connues � son �poque et qu�il entreprit</p><p>de nommer en latin.</p><p>C�est lui, le premier qui adopta la nomenclature binaire consistant � d�signer chaque �tre vivant par un double nom, le premier correspondant au</p><p>genre, le second � l�esp�ce (exemple : Felis catus, le chat). Avant lui, chaque esp�ce �tait d�finie par une diagnose de plusieurs lignes dont on con�oit bien toute l�incommodit�. C�est en 1735</p><p>que parut la premi�re �dition de son Systema naturae qui devait immortaliser son nom.</p><p>Linn� utilisa, le premier, les termes de flore et de faune pour d�signer le peuplement v�g�tal et animal d�une r�gion donn�e. Il est, en outre, un des fondateurs de l��cologie et de la biog�ographie, ayant not� pour chaque esp�ce les conditions de son milieu et sa r�partition spatiale.</p><p>Dans ses premiers ouvrages, il fut r�solument fixiste, ne concevant pas que les esp�ces puissent d�river l�une de l�autre. Pour lui, fid�le � la tradition biblique, chacune d�elles s��tait maintenue identique depuis la Cr�ation. Cependant, � partir de 1742, ayant observ� des � variations � (nous dirions aujourd�hui des � mutations �) chez certains v�g�taux, il admit que les esp�ces pourraient se modifier par hybridation et sous l�influence du milieu, tout en affirmant l�immutabilit� des genres.</p><p>Plusieurs contemporains de Linn�</p><p>tent�rent de perfectionner avec plus ou moins de succ�s sa m�thode.</p><p>J. T. Klein (1685-1759) proposa une classification du r�gne animal fond�e sur la pr�sence ou l�absence de pieds et le nombre de doigts ou de sabots � ces derniers. L�utilisation de ces caract�res artificiels l�amena � s�parer les ours et les singes des autres Mammif�res et � classer les baleines (C�tac�s) avec les Poissons. Mathurin Jacques Brisson (1723-1806), qui fut le traducteur de Klein, en fran�ais, publia une Ornithologie (1760) en 6 volumes contenant la description de 1 500 esp�ces et est �galement l�auteur d�un Tableau du r�gne animal (1756), dans lequel les animaux sont divis�s en 9 classes.</p><p>Georges Louis Leclerc, comte de Buffon* (1707-1788), fut nomm� en 1739 intendant du Jardin du Roi (aujourd�hui Mus�um national d�histoire naturelle) � Paris et publia � partir de 1749 une Histoire naturelle qui devait compter 44 volumes, dont certains posthumes. Une vingtaine d�entre</p><p>eux concernent les Vert�br�s (Mammif�res et Oiseaux). Pour r�aliser une telle oeuvre, il s�assura la collaboration de plusieurs naturalistes dont le plus connu est l�anatomiste Louis Daubenton (1716-1800).</p><p>Le principal m�rite zoologique</p><p>de Buffon c�est d�avoir donn� pour chaque esp�ce �tudi�e de Vert�br�, outre de somptueuses descriptions �crites dans un style brillant (et souvent pompeux) des renseignements</p><p>biologiques tels que : vitesse de croissance, �ge de la maturit� reproductrice, dur�e de gestation, nombre de jeunes par port�e, proportion des sexes, aptitude � l�hybridation, variabilit�, anomalies, soins maternels, moeurs et instincts, voix, etc.</p><p>On lui a, par contre, souvent reproch� son m�pris pour les Invert�br�s, qu�il ne voulait pas s�abaisser � �tudier, comme le fit son contemporain R�aumur, qu�il n�aimait pas.</p><p>Buffon a aussi le m�rite d�avoir</p><p>fond� la zoog�ographie (�tude de la r�partition g�ographique des animaux) en montrant les diff�rences existant entre le peuplement zoologique de l�Ancien et du Nouveau Monde et en notant dans chacun de ceux-ci la pr�-</p><p>sence d�esp�ces apparent�es les unes aux autres, tant chez les F�lins que chez les Ruminants, les Singes ou d�autres groupes de Mammif�res.</p><p>Il a de plus reconnu l�originalit� de la faune du continent australien (qui venait d��tre d�couvert par James Cook lors de son premier voyage dans le Pacifique) avec ses esp�ces end�-</p><p>miques dont il sera question plus loin.</p><p>Buffon a entrevu le ph�nom�ne de</p><p>l��volution des esp�ces animales en supposant la possibilit� d�un � transformisme limit� � (l�expression est de Jean Rostand), c�est-�-dire l�action modificatrice du milieu agissant essen-</p><p>tiellement par le climat, la nourriture et la domestication (dans le cas d�animaux domestiqu�s par l�Homme). Ces id�es sont expos�es dans le chapitre downloadModeText.vue.download 601 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11812</p><p>de l�Histoire naturelle sur la � d�g�-</p><p>n�ration � des animaux, o� il note les ressemblances entre certaines esp�ces de l�Ancien et du Nouveau Monde, o� elles auraient � d�g�n�r� �. C�est ainsi qu�il compare le tapir � l��l�phant, le p�cari au cochon, le lama au chameau, le jaguar � la panth�re, la moufette au putois, etc. Il avait de plus rapproch� l�Homme des grands Singes (anthropo�des), le situant ainsi parfaitement dans l��chelle animale.</p><p>Parmi les collaborateurs de Buffon, outre Daubenton, il faut mentionner l�abb� Bexon, Philibert Gu�neau de Montb�liard et surtout Lacep�de (1756-1825), qui r�digea les volumes de l�Histoire naturelle concernant les</p><p>� quadrup�des ovipares � (Reptiles et Amphibiens) [1788-89], les Poissons (1798-1803), les C�tac�s (1804)</p><p>[v. �volution biologique].</p><p>Morphologie et syst�matique</p><p>De nombreux travaux descriptifs furent publics sur tous les groupes zoologiques. Les Protozoaires, d�couverts, nous l�avons vu, par Van Leeuwenhoek, furent �tudi�s par de nombreux auteurs, parmi lesquels il faut citer : Joblot (1718), qui d�crivit de nombreux infusoires (Cili�s), dont il vit, le premier, la vacuole contractile ; Henry Baker (1753), qui d�crivit les nocti-luques (Dinoflagell�s) ; Roesel (1755), qui d�crivit une amibe (libre) dont il observa le mouvement du protoplasme et la formation des pseudopodes, tandis que Otto Frederik M�ller (1730-1784) d�crivait et figurait la conjugaison chez le cili� Paramecium, publiant en 1786</p><p>une monographie des Infusoires dans laquelle �taient d�crites 378 esp�ces (dont 150 valables). Ces observations sont remarquables si on consid�re l��tat encore rudimentaire de la microscopie et le fait que les premiers objectifs</p><p>achromatiques ne feront leur apparition qu�en 1824. L�embranchement des Coelent�r�s (hydraires, m�duses, coraux) fit l�objet d�importants travaux.</p><p>Le zoologiste suisse Abraham Trembley (1700-1784) d�couvrit l�hydre (ou polype) d�eau douce (Hydra viridis) et montra (1740) qu�elle pouvait se r�g�-</p><p>n�rer lorsqu�on la coupait en deux ou plusieurs morceaux (1744). Jean Andr� Peyssonnel (1694-1759) reconnut, le premier (1727), la nature animale du Corail, qui ne fut admise qu�apr�s la d�couverte de Trembley et les v�rifications de Bernard de Jussieu* et Jean �tienne Guettard, et ce n�est que dans la 6e �dition (1744) du Systema naturae de Linn� que le Corail est class� dans le r�gne animal.</p><p>Des Bryozoaires sont signal�s par Gualtieri (1742), John Ellis (1756) et Trembley, tandis que le premier Brachiopode sera d�crit par Peter Simon Pallas (1766). Les �chinodermes (our-sins et �toiles de mer) firent l�objet de recherches de Linck (1733), de Giovanni Bianchi (dit Janus Plancus)</p><p>[1760] et de R�aumur*.</p><p>L��tude des Mollusques, et en particulier de ceux qui sont pourvus d�une coquille (Gastropodes, Lamelli-branches), fut particuli�rement pouss�e au XVIIIe s., par suite de l�existence � cette �poque des collections conserv�es dans des cabinets d�histoire naturelle fort nombreux, r�pertori�s par Y. Laissus.</p><p>Michel Adanson (1727-1806) mon-</p><p>tra cependant que l�examen de la seule coquille �tait insuffisant, celui de l�animal qui y �tait enferm� �tant indispensable. Il fut suivi dans cette voie par Antoine Joseph Dezallier d�Argenville (1680-1765). Citons �galement les contributions d��tienne Louis Geoffroy (1767), de Jean Guillaume Brugui�res (1789), de Poli (1746-1825), qui divisait les Mollusques d�apr�s leurs organes de locomotion en C�phalopodes, Gastropodes et Ac�phales, noms encore utilis�s aujourd�hui dans la syst�-</p><p>matique de ce groupe.</p><p>Les Insectes furent �tudi�s dans de nombreux ouvrages, le plus important �tant constitu� par la s�rie des</p><p>M�moires pour servir � l�histoire des insectes (1734-1742) de Ren� Antoine Ferchault de R�aumur, qui, outre d�excellentes observations morphologiques illustr�es de nombreuses figures originales, s�int�ressa, le premier, � l��thologie (�tude des moeurs) de ces Invert�br�s, qu�il s�agisse des L�pidopt�res (chenilles et papillons), des Dipt�res, des H�mipt�res (pucerons, cigales) ou des Hym�nopt�res sociaux (abeilles, gu�pes). Il faut aussi mentionner l��tude anatomique (1760) de la chenille du saule par Pierre Lyonel (1706-1789), qui est un mod�le du genre, avec de splendides planches repr�sentant avec une tr�s grande exactitude les muscles, nerfs, trach�es, etc., de cet insecte. Citons encore les travaux de Johann Christian Fabricius (1745-1808) et de Carl De Geer (1720-1778).</p><p>� la fin du si�cle parurent diverses faunes entomologiques nationales</p><p>(France, Allemagne, Angleterre,</p><p>Su�de, etc.), et, � la m�me �poque (1792), Fran�ois Huber (1750-1831) d�crivit la f�condation de la reine d�abeille au cours du vol nuptial (nous verrons plus loin la d�couverte de la parth�nogen�se chez les pucerons par Charles Bonnet).</p><p>Les Crustac�s, encore confondus</p><p>avec les Arachnides (araign�es, scorpions, etc.), furent individualis�s en une classe sp�ciale par Brisson (1756), tandis que Plancus (1760) d�crivait des crabes, les pagures, l�anatife et les balanes (Cirrip�des), et �galement un Isopode parasite de Poissons (notons qu�un autre Isopode bopyrien parasite de crevettes aurait �t� vu par Deslandes d�s 1722). Herbst publia en 1782 une importante monographie sur les crabes, o� sont d�crits un grand nombre d�es-p�ces de ces D�capodes et �galement des Isopodes et Amphipodes.</p><p>Les Vers constituaient alors un</p><p>ensemble tr�s h�t�rog�ne malgr� les essais de classification de O. F. M�ller (1771), qui rattacha aux Planaires les N�mertiens, dont la premi�re esp�ce avait �t� d�crite en 1758. Les Vers intestinaux (N�matodes, Cestodes) firent l�objet de nombreux travaux, parmi lesquels il faut citer ceux de Nicolas Andry (1700), de Goeze (1782), de</p><p>Bloch (1788), et, en vue d�expliquer leur apparition chez leurs h�tes, des th�ories oppos�es s�affrontaient. Pour Pallas (1760), c�est par leurs oeufs provenant de l�ext�rieur que l�Homme et les animaux s�infesteraient, tandis que divers auteurs croyaient encore � leur g�n�ration spontan�e.</p><p>Il faut maintenant examiner les</p><p>principales contributions � l��tude des Vert�br�s.</p><p>Pour ce qui est des Poissons, c�est un ami de Linn�, Peter Artedi (1738), qui posa les v�ritables fondements de leur �tude et cr�a la nomenclature encore en usage, notamment en ce qui concerne les noms de certains ordres. Les autres ichtyologistes du XVIIIe s. furent, pour ne citer que les principaux : Gronovius (Jan Frederik Gronov), Antoine Gouan, Giovanni</p><p>Antonio Scopoli, Henri-Louis Duhamel du Monceau, Auguste Broussonet et surtout M. B. Bloch (1723-1799), auteur d�un ouvrage en 12 volumes sur les Poissons exotiques publi� de 1785</p><p>� 1797. Mentionnons encore l�ouvrage de A. Monro (1785) et rappelons la contribution de Lacep�de, d�j� cit�e.</p><p>Ce dernier s�occupa aussi des Reptiles, �tudi�s avant lui par Laurenti (1768), qui les avait divis�s en sauteurs (grenouilles et crapauds), marcheurs (tritons, salamandres, crocodiles) et rampants (serpents). Comme on le voit, des Amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons et salamandres) �taient encore consid�r�s comme des Reptiles. Dufay (1732) et August J. Roesel de Rosen-hof (1758) consacr�rent respectivement des m�moires aux salamandres et aux grenouilles. Diverses esp�ces exotiques (Pipa, Sirena) ou cavernicoles (prot�e) furent d�couvertes au cours du XVIIIe s.</p><p>L�ornithologie, ou �tude scienti-</p><p>fique des Oiseaux, est marqu�e par les contributions de Frisch (1734-1763)</p><p>[esp�ces d�Europe centrale et d�Allemagne], Catesby (1731) et Edwards (1743) [esp�ces am�ricaines], tandis que Moehring (1752) et Bris-</p><p>son (1760) proposaient de nouvelles classifications.</p><p>Les Mammif�res furent �tudi�s,</p><p>pour ce qui est de leur classification, par Schreber (1739-1810), T. Pennant (1771), Stow (1780), �tienne Geoffroy Saint-Hilaire et G. Cuvier* (1795).</p><p>Des esp�ces, jusqu�ici inconnues, du continent australien (ornithorynque, �chidn�) furent d�crites par G. Shaw (1794) et E. Geoffroy Saint-Hilaire, qui consacra une �tude d�ensemble aux Marsupiaux (1796), tandis que Pallas (1778) donnait une excellente monographie des Rongeurs.</p><p>Par ailleurs, l�Homme fut �tudi�</p><p>par Buffon (1749) et Friedrich Blu-menbach (1775), qui d�crivirent les diverses races, que ce dernier consid�-</p><p>rait comme des vari�t�s d�une esp�ce unique.</p><p>Anatomie compar�e</p><p>Parmi les anatomistes du XVIIIe s. qui s�occup�rent des Vert�br�s, il faut citer Petrus Camper (1722-1789),</p><p>pionnier de la craniologie moderne (mesure de l�angle facial), qui �tudia l�anatomie de l�orang-outan, de l��l�-</p><p>phant et du rhinoc�ros ; John Hunter (1728-1793), m�decin et chirurgien, qui cr�a � Londres un splendide mus�e d�anatomie humaine et animale (existant encore en partie de nos jours) et s�int�ressa � la pneumaticit� des os des oiseaux ; F�lix Vicq d�Azyr (1748-1794), qui fut le continuateur de l�oeuvre de Daubenton (avec qui il �tait apparent�) par ses nombreux travaux sur l�anatomie compar�e des Oiseaux et des Poissons. Il eut l�intuition du principe de la corr�lation des organes et peut �tre consid�r� comme le pr�-</p><p>curseur direct de E. Geoffroy Saint-Hilaire et de Cuvier. C�est �galement lui qui r�digea l�article � Anatomie downloadModeText.vue.download 602 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11813</p><p>pathologique � dans l�Encyclop�die de Diderot et de d�Alembert.</p><p>Biologie exp�rimentale et</p><p>physiologie animale</p><p>Les animaux (Vert�br�s et Invert�br�s)</p><p>furent utilis�s par divers biologistes du XVIIIe s. afin de r�soudre quelques-uns des grands probl�mes de la biologie et de la physiologie animales.</p><p>C�est ainsi que R�aumur, d�j� cit� pour ses travaux d�entomologie, exp�-</p><p>rimenta sur la digestion des oiseaux et montra le r�le du suc gastrique. Chez divers de ces animaux, il �tudia �galement la dur�e d�incubation des oeufs et tenta de r�aliser des croisements.</p><p>Lazzaro Spallanzani (1729-1799)</p><p>pr�cisa le r�le du suc gastrique entrevu par R�aumur et r�alisa la premi�re digestion artificielle. Il obtint �galement l�ins�mination artificielle des oeufs de grenouille (1777), cette exp�rience ayant cependant �t� faite avant lui chez des Poissons (truite et saumon) par Jacobi (1763). Enfin, c�est encore Spallanzani (1794) qui pressentit le r�le jou� par l�ou�e dans l�orientation des chauves-souris.</p><p>La r�g�n�ration de l�hydre d�eau</p><p>douce apr�s sa section, observ�e par Trembley (1744), eut un grand retentissement et suscita des exp�riences analogues chez d�autres animaux (ver de terre, escargot, salamandre, triton) qui amen�rent des discussions passionn�es et des pol�miques pour savoir si ce ph�nom�ne �tait li�, comme ceux de la g�n�ration, � la th�orie de la pr�formation ou � celle de l��pigen�se.</p><p>Enfin, Charles Bonnet (1720-1793) confirma en 1740 l�existence de la parth�nogen�se (reproduction d�une femelle vierge) chez les pucerons, d�j� vue par Van Leeuwenhoek. Cette d�couverte fit sensation et fut un argument de poids pour les ovistes, suivant lesquels c�est la femelle qui aurait la primaut� g�n�ratrice.</p><p>Rappelons encore qu�en 1733 Ste-</p><p>phen Hales (1677-1761) publiait son ouvrage intitul� Haemastatics, dans lequel il �tudiait le sang et la pression sanguine chez divers Mammif�res.</p><p>Zoologistes voyageurs</p><p>La contribution des naturalistes voyageurs � la zoologie au XVIIIe s. est loin d��tre n�gligeable, car elle permit d�accro�tre le nombre d�esp�ces</p><p>connues. On ne peut citer ici que les plus importants.</p><p>Pour ce qui est de l�Europe septentrionale et bor�ale (Islande, Groenland, Spitzberg), il faut mentionner les observations de J. Anderson (1746), de Mohr (1788) et de Fabricius (1780), qui d�crivirent assez bien la faune de ces r�gions, tandis que celle de Russie et de l�Asie russe �tait �tudi�e de 1737 � 1742 par Georg Wilhelm</p><p>Steller, qui visita �galement le Kamtchatka. De 1768 � 1774, l�imp�ratrice Catherine II organisa une exp�dition scientifique en Asie septentrionale et en Perse, � laquelle participa Peter Simon Pallas, qui d�crivit de nombreux Mammif�res et entreprit une Zoogra-phia russo-asiatica, qui demeura inachev�e. Jean Guillaume Brugui�res et Olivier visit�rent l�Asie Mineure et la Perse de 1792 � 1798 et en rapport�rent d�importantes collections et observations zoologiques ; le premier de ces naturalistes avait visit� Madagascar (1773). L�Afrique fut l�objet des recherches d�Adanson pour ce qui est du S�n�gal, o� il s�journa de 1749</p><p>� 1753, et de P. Kolbe et A. Sparrman en ce qui concerne l�Afrique du Sud, qu�ils explor�rent respectivement de 1705 � 1712 et en 1775-76 ; ce dernier d�crivit plusieurs esp�ces d�antilopes.</p><p>Au cours de l�exp�dition d��gypte (1798-99) de Bonaparte, E. Geoffroy Saint-Hilaire et Jules-C�sar Lelorgne de Savigny �tudi�rent la faune de ce pays, dont ils rapport�rent de nombreux �chantillons. Des observations et r�coltes zoologiques furent �galement faites au cours des grands voyages de circumnavigation par divers naturalistes tels que : Joseph de Jussieu*, qui visita l�Am�rique du Sud de 1735 � 1745 (exp�dition de Bouguer et de La Condamine) et �tudia les animaux de l�Amazonie ; Philibert Commerson, qui fit le tour du monde avec Bougainville*</p><p>de 1766 � 1769, tandis que sir Joseph Banks, Daniel Solander, R. et G. Forster, Sparrman et Anderson participaient aux trois voyages de J. Cook* dans le Pacifique (1768-1779) et d�couvraient de nombreux animaux jusqu�ici inconnus de la r�gion australienne (kangourou, ornithorynque, �chidn�s) ; Robert de Paul de Lamanon, qui accompagna La P�rouse et ses compagnons (1785-</p><p>1787) ; Jacques Julien Houton de La Billardi�re et Claude Riche, qui particip�rent au voyage de d�Entrecasteaux (1791-1793), et Maug�, � celui de Nicolas Baudin.</p><p>Pr�curseurs du transformisme</p><p>C�est au cours du XVIIIe s. qu�allait se faire jour l�id�e d�une transformation lente et graduelle des esp�ces au cours des �poques g�ologiques.</p><p>Sous l�influence des progr�s de la pal�ontologie (d�couverte et description de nombreux fossiles tant animaux que v�g�taux) et de la mise en �vidence de � variations � des esp�ces vivantes, divers naturalistes commenc�rent � entrevoir la possibilit� d�une modification de celles-ci. D�autre part, l��mancipation des esprits sous l�influence d�hommes d�pourvus de pr�jug�s religieux tels que le furent les</p><p>� encyclop�distes � (d�Alembert, Diderot, etc.) allait faire battre en br�che les id�es dites � cr�ationnistes �, suivant lesquelles les esp�ces une fois cr��es seraient rest�es identiques � elles-m�mes.</p><p>Voyons qui furent ces pr�curseurs du transformisme : selon Benoist de Maillet (1659-1738), les premiers animaux seraient apparus dans la mer (Poissons) et se seraient transform�s en Oiseaux.</p><p>De m�me, les Mammif�res, y compris l�Homme, proviendraient d�anc�tres marins. Ces id�es sont expos�es dans son Telliamed (1749) [anagramme de son nom], ouvrage posthume qui re-l�ve plus de la fable que de la science ; Jean-Baptiste Charles Robinet (1735-1820) souligna la continuit� des �tres vivants et leur perfectionnement graduel aboutissant � l�Homme, mais �galement d�une fa�on peu scientifique.</p><p>Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759), bien que de formation math�matique, aborda ces questions d�une fa�on beaucoup plus positive : il fit des exp�riences d�hybridation, nota l�existence de vari�t�s chez les animaux et l�Homme et fut un pr�curseur de la g�n�tique, ainsi que des notions de s�lection naturelle et de pr�adaptation. Nous avons vu pr�c�demment le</p><p>� transformisme limit� � de Buffon et</p><p>devons encore citer parmi les pr�curseurs de cette th�orie Erasmus Darwin (1731-1802), grand-p�re de Charles Darwin (qui devait au si�cle suivant lui donner ses lettres de noblesse).</p><p>Avant d�en arriver au XIXe s., il convient de faire remarquer que certains des grands zoologistes qui y v�-</p><p>curent �taient n�s au si�cle pr�c�dent et avaient publi� des travaux avant 1800, tout en donnant apr�s cette date l�essentiel de leur oeuvre scientifique.</p><p>C�est notamment le cas de Lamarck, de Cuvier et de E. Geoffroy Saint-Hilaire, dont il sera question plus loin.</p><p>Le XIXe si�cle</p><p>Ce si�cle va marquer une �tape capitale dans le d�veloppement de la zoologie.</p><p>C�est en effet entre 1800 et 1900 que vont �tre formul�s des concepts d�une tr�s grande importance tels que la th�orie de l��volution, la th�orie cellulaire et les lois de Mendel, qui marqu�rent de leur emprise le r�gne animal aussi bien que le r�gne v�g�tal.</p><p>Ces nouvelles conqu�tes de la biologie ne furent possibles que gr�ce � l�am�lioration des techniques et m�-</p><p>thodes d��tude des animaux, d�une part, et � l�accroissement de leur nombre inventori�, de l�autre.</p><p>Am�lioration des techniques et</p><p>m�thodes d��tude</p><p>C�est avant tout le perfectionnement de la microscopie qui permit une meilleure �tude des animaux entiers pour les esp�ces de tr�s petite taille ou des organes et tissus des plus grands.</p><p>Des objectifs de microscope dits</p><p>� achromatiques � furent confectionn�s d�s le d�but du si�cle et perfectionn�s par la suite, tandis qu��taient mis au point des objectifs � immersion permettant de plus forts grossissements.</p><p>Les �chantillons zoologiques � �tudier furent d�bit�s en coupes fines par des microtomes (mis au point entre 1866 et 1886), inclus dans la paraffine et mont�s entre lame et lamelle dans une r�sine (baume du Canada). Le</p><p>mat�riel �tait fix� � l�aide de divers</p><p>fixateurs (acide chromique ou ac�tique, bichromate de potassium, formol, etc.) et color� par divers colorants (d�riv�s de l�aniline, safranine, etc.). Certains d�entre eux �taient utilis�s chez les animaux vivants, ce sont les colorants dits</p><p>� vitaux � (indigo, carmin, iode, bleu de m�thyl�ne, etc.). La cytochimie, ou �tude chimique des constituants cellulaires, fut introduite d�s 1829 par Raspail, avant m�me la formulation de la th�orie cellulaire (selon laquelle chaque organisme animal ou v�g�tal est constitu� de cellules) par Matthias Jakob Schleiden (1804-1881) et Theodor Schwann (1810-1882). � la fin du si�cle furent mises au point les techniques dites � micromanipulation �</p><p>permettant de diss�quer des oeufs de divers Vert�br�s ou Invert�br�s, techniques devenues indispensables pour les �tudes d�embryologie.</p><p>Les zoologistes, jusqu�ici isol�s, se group�rent en soci�t�s telles que la Zoological Society de Londres (1826), la Soci�t� entomologique de France (1832), etc., et, � la fin du si�cle, furent organis�s les premiers congr�s internationaux de zoologie (Paris, 1889 ; Moscou, 1892 ; etc.).</p><p>downloadModeText.vue.download 603 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11814</p><p>Parall�lement � ces manifestations, les collections zoologiques des grands mus�es d�histoire naturelle (Paris, Londres, New York, etc.) s�enrichirent et s�agrandirent. Il en fut de m�me des jardins zoologiques et des m�nageries (connues depuis l�Antiquit�), o� l�on conservait des animaux vivants.</p><p>Enfin, des p�riodiques scientifiques consacr�s uniquement � la zoologie firent leur apparition (pour la France, citons les Annales des sciences naturelles [s�rie zoologie], les Archives de zoologie exp�rimentale, etc.), de m�me que le Zoological Record, fond� en 1864, recueil de bibliographie zoologique annuelle.</p><p>Avant de survoler les progr�s faits par cette science dans la syst�matique, la morphologie ou la biologie</p><p>des divers groupes d�animaux, il faut rappeler l�oeuvre capitale de trois des plus grands zoologistes du si�cle dernier : Lamarck, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire.</p><p>L�oeuvre de Lamarck, Cuvier et</p><p>Geoffroy Saint-Hilaire</p><p>Par leurs dates de naissance, Jean-Baptiste de Monet de Lamarck* (1744-</p><p>1829), Georges Cuvier* (1769-1832) et �tienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) sont des hommes du XVIIIe s., mais, comme nous l�avons d�j� dit, c�est � partir de 1800 qu�ils donn�rent la quintessence de leur oeuvre dans le cadre du Mus�um d�histoire naturelle, nouveau nom du Jardin du Roi apr�s les r�formes de la Convention. D�s 1793, Lamarck, jusqu�alors botaniste, y fut charg� de la chaire nouvellement cr��e des � animaux sans vert�bres �</p><p>(= Invert�br�s) et, en 1806, il donna son Tableau du r�gne animal, dans lequel il distingue 12 classes (Mam-maux [= Mammif�res], Oiseaux, Reptiles, Poissons, Mollusques, Ann�-</p><p>lides, Crustac�s, Arachnides, Insectes, Vers, Radiaires, Polypes), auxquelles il ajouta plus tard les Infusoires et les Cirrip�des. Lamarck publia �galement un Syst�me (1801) et une Histoire naturelle des animaux sans vert�bres (1815-1822). Mais il est surtout connu par sa Philosophie zoologique (1809) ouvrage capital car on y trouve la premi�re formulation nette de l�id�e d��volution des �tres vivants sous l�influence de leur milieu et de leur mode de vie. C�est �galement Lamarck qui fut un des premiers � utiliser en France, d�s 1802, le terme de � Biologie � pour d�signer l��tude scientifique des �tres vivants.</p><p>Georges Cuvier, � dont le nom est intimement li� � la constitution de la zoologie au XIXe s. � (Hoefer), fut avant tout un anatomiste.</p><p>Ses premiers travaux furent r�ali-s�s en collaboration avec E. Geoffroy Saint-Hilaire (avec qui il devait avoir plus tard une retentissante controverse) et portent sur la classification des Mammif�res (1795). � partir de 1800, il publia de nombreux ouvrages zoologiques, dont les plus importants</p><p>sont : Le�ons d�anatomie compar�e (1800-1805), le R�gne animal distribu� d�apr�s son organisation (1817), Histoire naturelle des poissons (1828, avec Achille Valenciennes). Il fut de plus le fondateur de la pal�ontologie animale avec ses Recherches sur les ossements fossiles des quadrup�des (1812-13). C�est lui qui formula le c�l�bre principe de corr�lation des formes dont voici un exemple : une esp�ce carnivore poss�de des dents aigu�s et tranchantes ainsi que des griffes, tandis qu�un herbivore a des molaires plates et des sabots.</p><p>Le but qu�il s��tait assign� �tait la cr�ation d�un syst�me anatomique bas� sur la corr�lation des organes. Il divisa le r�gne animal en quatre groupes principaux : Vert�br�s, Mollusques, Articul�s et Radi�s, et il distinguait � l�in-t�rieur de chacun de ceux-ci un plan de base � partir duquel se seraient diff�-</p><p>renci�s les divers types d�organismes.</p><p>Mais pour Cuvier on ne pouvait</p><p>comparer entre eux les animaux appartenant � des groupes diff�rents et il croyait, comme avant lui Linn�, que les esp�ces �taient immuables (fixisme).</p><p>E. Geoffroy Saint-Hilaire (v. �volution biologique) fut appel� � occuper en 1794 la chaire de zoologie (Mammif�res et Oiseaux) du Mus�um de Paris et collabora avec Cuvier. Puis, en 1798, il participa � l�exp�dition d��gypte, au cours de laquelle il fit d�importantes observations sur les Reptiles et les Poissons. On lui doit �galement des travaux marquants sur les Mammif�res. La grande id�e dominant depuis 1796 sa pens�e scientifique fut celle de l�unit� de plan de composition du r�gne animal, qui le range parmi les partisans du transformisme. En effet, si un m�me plan d�organisation se retrouve dans tout le r�gne animal, il est logique d�admettre que tous les �tres vivants d�rivent d�un m�me prototype ancestral.</p><p>Ces vues de Geoffroy Saint-Hi-</p><p>laire, expos�es dans sa Philosophie anatomique (1812-1822) et dans ses Principes de philosophie zoologique (1830), furent � l�origine d�une violente controverse avec Cuvier (1830)</p><p>lorsqu�il voulut les �tendre � des Invert�br�s (Mollusques). Geoffroy fut �galement un pr�curseur de la t�ratologie exp�rimentale (�tude des monstruosit�s) en soumettant des oeufs d�Oiseau � divers traitements. Son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) poursuivit son oeuvre dans cette discipline.</p><p>Autres contributions zoologiques</p><p>Si les trois zoologistes cit�s ci-dessus comptent parmi les plus grands du si�cle dernier, il ne faut pas n�gliger l�apport de nombreux autres, qui, bien que moins c�l�bres, n�apport�rent pas moins chacun sa pierre � l��difice commun.</p><p>Pour plus de commodit�, nous exa-</p><p>minerons leurs contributions dans les divers groupes zoologiques comme</p><p>nous l�avons fait pour le XVIIIe s.</p><p>L��tude des Protozoaires (terme cr�� par Goldfuss en 1817) fit de grands progr�s, li�s � ceux de la microscopie et de la micrographie. Alcide d�Orbi-gny (1802-1857) publiait (1826) sa monographie des Foraminif�res, mais eut le tort de les consid�rer comme des C�phalopodes (Mollusques) ; L. Dufour (1826-1828) d�crivait, lui, les gr�garines, parasites d�insectes. Les deux plus importants protistologues du XIXe s. furent l�Allemand Christian Gottfried Ehrenberg (1795-1876) et le Fran�ais F�lix Dujardin (1801-1860) ; le premier consacra en 1838 une monographie aux � Infusoires � (qui comprenaient, outre de v�ritables Protozoaires, des bact�ries, des diatom�es et des Rotif�res) et soutint une th�orie dite � polygastrique � selon laquelle les Infusoires poss�deraient des appareils digestif, reproducteur et nerveux, tandis que Dujardin montra qu�il s�agissait de vacuoles et d�finit, le premier, sous le nom de sarcode, le protoplasme (1835). Il publia �galement en 1841</p><p>une monographie sur les Infusoires et reconnut l�individualit� des Rotif�res.</p><p>C�est �galement au cours du XIXe s.</p><p>que furent d�crits les principaux Protozoaires parasites de l�Homme et des animaux domestiques : Trichomonas (Donn�, 1837), Trypanosoma (David Gruby, 1843 ; Evans, 1883 ; David</p><p>Bruce, 1894), amibe dysent�rique (Friedrich L�sch, 1875), H�matozoaire du paludisme (Alphonse Laveran,</p><p>1880 ; Golgi, 1889), Microsporidie (Nosema) des vers � soie (�douard Balbiani, 1867).</p><p>Pour ce qui est des Coelent�r�s,</p><p>mentionnons les travaux de Cuvier sur les M�duses, dont Fran�ois P�ron et Charles Alexandre Lesueur, au cours de leur voyage aux terres australes (1800-1804), avaient d�couvert de nombreuses esp�ces nouvelles. Plusieurs auteurs �tablirent le fait que certaines M�duses (dites � Leptolides �</p><p>dans la terminologie actuelle) passent par le stade polype au d�but de leur d�veloppement.</p><p>Le vaste groupe des Vers fut mis en ordre par Cuvier (1798), qui distinguait ceux qui sont pourvus de sang rouge des helminthes, qui en sont d�pourvus, et Lamarck (1801), qui employa, le premier, le terme d�Ann�lides pour d�signer ceux qui ont un sang rouge.</p><p>Quant aux helminthes (tous parasites, � l�exception de certains N�matodes), ils firent l�objet des travaux de Zeder (1800), qui en distinguait cinq classes (vers ronds, � crochets, suceurs, t�nias, v�sicules), que Carl A. Rudolphi transformera en ordres (1808-1810, 1819) : N�matodes, Acanthoc�phales, Tr�-</p><p>matodes, Cestodes et Cystica, qui, � l�exception de ce dernier, sont encore valables de nos jours. Des N�matodes pathog�nes pour l�Homme (trichine, ankylostome) furent d�couverts dans la premi�re moiti� du si�cle, tandis que sir Patrick Manson �tablissait le r�le des moustiques dans la transmission de certains d�entre eux (1878-79)</p><p>[filaires]. Une importante acquisition fut celle du cycle �volutif des Cestodes (t�nias), dont les cystiques re-pr�sentent la forme larvaire (Gottlob K�chenmeister, 1852 ; Pierre Joseph Van Beneden, 1861).</p><p>L��tude des Arthropodes fit �galement de grands progr�s. Les Crustac�s pass�rent de 36 genres (Lamarck, 1801) � 64 (Andr� Latreille, 1806), puis � 326</p><p>et � mille esp�ces environ (Desmarest, 1823). C�est parmi eux que Thompson (1830) rangea les Cirrip�des, plac�s auparavant dans les Mollusques. Quant</p><p>aux Insectes, ils furent �tudi�s par Andr� Latreille (1762-1833), qui les divisa en 12 ordres parmi lesquels figuraient encore les Myriapodes, reconnus ult�rieurement par Leach comme une classe particuli�re. Les divers ordres d�Insectes furent m�thodiquement</p><p>inventori�s, ainsi que les Col�opt�res, dont Auguste Dejean (1780-1845)</p><p>donna un catalogue comportant plus de 20 000 esp�ces et Jean Th. Lacordaire (1801-1870) une description de leurs divers genres couvrant 11 volumes.</p><p>downloadModeText.vue.download 604 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11815</p><p>C�est chez les �chinodermes (our-</p><p>sin, �toile de mer) que fut d�couverte la f�condation (p�n�tration du spermatozo�de dans l�ovule) par Oscar Hertwig (1875) et Hermann Fol (1877), tandis qu��lie Metchnikov observa chez l��toile de mer (1882) le ph�nom�ne de phagocytose. Pour ce qui est des Mollusques, il faut mentionner les travaux de Cuvier (1804), de Lamarck (1818), la monographie de A. de F�russac et G. P. Deshayes, qui parut de 1819 � 1851.</p><p>Henri-Milne Edwards (1800-1885)</p><p>rattachait aux Mollusques, sous le nom de Mollusco�des, les Tuniciers, Brachiopodes et Bryozoaires, et Alfred Moquin-Tandon (1804-1863) consacrait une monographie (1855) aux</p><p>Mollusques terrestres et fluviatiles de France. Ce groupe fit �galement l�objet des travaux de toute une pl�iade de zoologistes c�l�bres (Pierre Joseph Van Beneden, Richard Owen, Thomas Huxley, Henri de Lacaze-Duthiers, Karl Vogt, etc.). Les Tuniciers (Tuni-cata de Lamarck, 1816) furent �tu-di�s par le zoologiste russe Aleksandr Kovalevski, qui montra qu�il s�agissait de Cord�s, et, de 1841 � 1844, John Goodsir, Martin H. Rathke et Johannes M�ller mirent en �vidence les affinit�s de l�Amphioxus (d�couvert par Pallas en 1774 et nomm� par William Yarrel en 1836) avec les Vert�br�s inf�rieurs, cet animal constituant un cha�non entre les Invert�br�s et les Vert�br�s, que nous allons maintenant examiner.</p><p>Pour ce qui est des Poissons, Cuvier les divisait en deux grands groupes : les chondropt�rygiens (� squelette cartilagineux) et les poissons proprement dits (� squelette osseux), et cette classification fut suivie par A. Latreille, Constant Dum�ril, Henri Ducrotay</p><p>de Blainville, Lacep�de, etc. Louis Agassiz (v. pal�ontologie) la perfectionna en faisant intervenir la forme des �cailles. L�Histoire naturelle des poissons (1829-1849) de Cuvier et Valenciennes comprend 22 volumes</p><p>et 650 planches, mais ne traite qu�une partie des poissons osseux. Leurs organes sensoriels firent l�objet d��tudes sp�ciales (syst�me lat�ral : Franz Ley-dig, 1850 ; organes �lectriques : Carlo Matteucci et Savi, 1844 ; etc.).</p><p>La s�paration entre les Reptiles et les Amphibiens, d�j� pressentie par Alexandre Brongniart, fut r�alis�e par de Blainville (1816).</p><p>L�Erp�tologie g�n�rale de Constant Dum�ril et G. Bibron (1835-1850)</p><p>[10 vol.] est � ces deux classes ce que l�ouvrage de Cuvier et Valenciennes est aux Poissons. Parmi les nouvelles esp�ces d�Amphibiens d�couvertes</p><p>au si�cle dernier, il faut mentionner l�axolotl, rapport� du Mexique par A.</p><p>de Humboldt*, et qui est n�ot�nique (reproduction � l��tat larvaire). C. Du-m�ril (1806) divisa les Amphibiens en Anoures et Urod�les.</p><p>Les Oiseaux firent l�objet, pour ce qui est des esp�ces am�ricaines, des monographies somptueusement illustr�es de John James Audubon (v. 1780-1851) et de Charles Lucien Bonaparte (1803-1857). Citons �galement celles qui sont dues � Ren� P. Lesson et Gould pour diverses familles. Les migrations aviaires furent �tudi�es par Hermann Schlegel (1828), Johan Axel Palm�n (1876), tandis que leur � baguage �</p><p>fut introduit par H. C. C. Mortensen (1890). Le comportement des Oiseaux fit l�objet des observations de Christian et Alfred Brehm (1861-1869), tandis que R. Owen d�crivait le premier Ar-chaeopteryx, esp�ce fossile d�couverte en 1861. La classification des Mammif�res fut entreprise par divers auteurs (Illiger, 1811 ; de Blainville, 1816 ; Owen, 1841) qui utilisaient tel ou tel</p><p>caract�re anatomique, les travaux de G. Cuvier sur leur squelette et leur dentition constituant la base des travaux ult�rieurs.</p><p>�cologie et zoog�ographie</p><p>Le terme m�me d�oecologie (au-</p><p>jourd�hui �cologie), qui d�signe la science �tudiant les rapports des organismes avec le milieu, fut cr�� par Ernst Haeckel (1866) [v. �cologie et �volution biologique].</p><p>L�action de divers facteurs phy-</p><p>siques ou chimiques (temp�rature, lumi�re, teneur de l�air en oxyg�ne ou en gaz carbonique, etc.) fut �tudi�e chez divers animaux (Invert�br�s et Vert�br�s). C�est ainsi que, chez des Tardigrades et des Rotif�res, Louis Doy�re d�couvrit le ph�nom�ne dit aujourd�hui d�� anabiose � (ou dess�-</p><p>chement), qui leur donne la possibilit� de r�sister � la chaleur et qui s�observe aussi chez certains N�matodes. C�est Karl August M�bius (1825-1908) qui cr�a les termes d�esp�ces eurythermes ou st�nothermes, selon qu�elles supportent des variations larges ou �troites de temp�rature. Le m�me auteur (1877) forgea le terme de bioc�nose pour d�signer l�ensemble des �tres vivant dans un milieu donn�. L��tude des lois r�-</p><p>gissant les populations fut entreprise par Malthus* (1798, 1803) et perfectionn�e par Adolphe Quetelet (1835), William Farr (1843) et A. Spencer (1852).</p><p>La zoog�ographie*, ou r�parti-</p><p>tion g�ographique des animaux, dont l��tude avait �t� amorc�e par Buffon au XVIIIe s., fut poursuivie par Lacep�de, qui divisait la surface du globe en 26 r�gions zoologiques d�limit�es par l�orographie, l�hydrographie, le climat, l�altitude et la distribution des animaux d�j� connus. On trouve des id�es voisines chez Humboldt (1808) et, pour ce qui est des Mammif�res, chez Illiger (1804-1811) et Philip L. Scla-ter (1858), pour ce qui est des Reptiles chez A. G�nther (1858), tandis que Ludwig K. Schmarda (1853) donnait le premier ouvrage d�ensemble sur la question. Citons encore les contributions d�Alfred Russel Wallace et de Thomas Henry Huxley (v. �volution</p><p>biologique).</p><p>Zoologie marine</p><p>Si l��tude morphologique et biologique des animaux marins fut entreprise d�s l�Antiquit� par Aristote et poursuivie dans les si�cles ult�rieurs, ce n�est qu�� partir du XIXe s. qu�elle fit l�objet de travaux syst�matiques. Pour ce qui est de la France, citons les observations de Jean-Victor Audouin et de H.-Milne Edwards (1832-1834) sur la faune littorale de la Manche et de l�Atlantique, o� ils distingu�rent plusieurs zones de peuplement. Armand de Quatrefages de Br�au (1810-1892) entreprit des recherches analogues (1841-1853). Le plus grand zoologiste � marin � fran�ais du si�cle dernier fut Henri de Lacaze-Duthiers (1821-1901), le fondateur des laboratoires maritimes de Banyuls et de Roscoff et l�auteur de remarquables travaux sur divers Invert�br�s.</p><p>D�autres zoologistes de divers pays europ�ens s�illustr�rent �galement dans ce domaine : Filippo Cavolini (1756-1810) et Stefano Delle Chiaje (1794-1860) en Italie ; Edward Forbes (1815-1854) et Thomas Henry Huxley (1825-1895) en Grande-Bretagne ; Michael Sars (1805-1869) en Norv�ge ; Japetus Steenstrup (1813-1897) au Danemark ; Johannes M�ller (1801-1858) et Martin H. Rathke (1793-1860) en Allemagne, d�j� cit�s � propos de leurs �tudes sur l�Amphioxus.</p><p>Pour une meilleure �tude des ani-</p><p>maux marins, la cr�ation de laboratoires situ�s au bord de la mer devint indispensable. D�s 1843, P. J. Van Beneden avait cr��, en Belgique, une station zoologique � Ostende. En</p><p>France, c�est Victor Coste (1807-1873) qui fonda � Concarneau (1859) le premier laboratoire maritime. Puis ce fut la cr�ation de ceux de Roscoff (1872), de S�te (1879), de Banyuls (1881), d�Arcachon (1883), de Villefranche-sur-Mer (1886), qui d�pendait � l�origine de l�universit� de Kiev (Russie) et fut ensuite rattach� � celle de Paris, d�Endoume-Marseille (1888), etc.</p><p>En Italie, la station zoologique</p><p>de Naples fut fond�e en 1874 par un Allemand, Anton Dohrn, tandis qu�en</p><p>Angleterre �tait cr�� le laboratoire de Plymouth (1881), en Russie ceux de S�bastopol (mer Noire) et de Mourmansk (oc�an Arctique), aux �tatsUnis celui de Woods Hole (1886). En Afrique du Nord furent fond�es les stations marines d�Alger et de Salammb� (Tunisie), et au Vi�t-nam celle de Nha Trang.</p><p>Tous ces �tablissements jou�rent un r�le consid�rable dans le d�veloppement des �tudes sur la morphologie, l�embryologie et la physiologie des animaux marins pendant la seconde moiti� du si�cle. Il en fut de m�me des grandes croisi�res oc�anographiques organis�es � la m�me p�riode.</p><p>Jusqu�en 1850, en effet, l��tude de la faune marine �tait limit�e aux esp�ces du littoral et du plateau continental.</p><p>D�s 1859, on d�couvrit � 2 000 m de profondeur, en M�diterran�e, des animaux vivants (coraux, Mollusques, Bryozoaires) fix�s sur un c�ble t�l�graphique immerg�. � partir de 1861 fut entreprise l�exploration syst�matique du fond des mers par plusieurs naturalistes � bord de divers navires et, de 1872 � 1876, l�exp�dition anglaise du Challenger, qui parcourut l�Atlantique et le Pacifique, marque le v�ritable d�but de l�oc�anographie moderne par les mat�riaux et observations consid�-</p><p>rables qu�elle permit de recueillir.</p><p>D�autres exp�ditions furent organi-s�es : en France, les croisi�res du Travailleur et du Talisman (1881-1883), organis�es par L. de Folin ; aux �tats-Unis, celles du Blake (1877-1880) et de l�Albatross (1899-1900), par A. Agassiz (v. oc�anographie) ; en Allemagne, celle du Valdivia (1899-1900), par Karl Chun.</p><p>Il faut enfin mentionner l�oeuvre du prince Albert Ier de Monaco, un des fondateurs de l�oc�anographie moderne, qui, de 1884 � 1915, avec ses navires (Hirondelle I et II, Princesse-Alice I et II), entreprit une trentaine de campagnes scientifiques dans l�Atlantique et les mers arctiques et fit construire le Mus�e oc�anographique de Monaco (1910) [v. oc�anographie].</p><p>downloadModeText.vue.download 605 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11816</p><p>Ph�nom�nes de sexualit� et</p><p>embryologie</p><p>Ces ph�nom�nes furent tr�s �tudi�s � cette �poque, tant chez les Invert�br�s que chez les Vert�br�s.</p><p>Chez les Protozoaires, ils furent mis en �vidence par divers biologistes (conjugaison des Cili�s, d�crite par �mile Maupas en 1888-89 ; sexualit� des Sporozoaires, par Fritz Richard Schaudinn, Micha&#x142; Siedlecki et Louis L�ger, etc., vers la m�me �poque).</p><p>Chez d�autres Invert�br�s furent observ�s des cas d�intersexualit� (�tudes sur la bonellie, ver marin [Johann W. Spengel en 1879], sur divers Invert�br�s parasit�s par des vers ou des crustac�s [Rathke, 1837] ; notion de castration parasitaire [Alfred Giard, 1888]).</p><p>Des cas de gynandromorphisme</p><p>furent signal�s aussi bien chez des Crustac�s et des Insectes que chez des Poissons et des Oiseaux. Enfin, la notion d�alternance de g�n�rations (sexu�es et asexu�es) fut mise en �vidence par Adelbert von Chamisso</p><p>(1819) et Steenstrup (1842-1845).</p><p>L�embryologie fit de grands progr�s avec Karl Ernst von Baer (1792-1876), qui d�couvrit l�ovule des Mammif�res (1827), qu�il compara � la v�sicule germinative de l�oeuf d�oiseau, d�crite par Purkinje (1825). De 1828 � 1837, von Baer publia un important ouvrage sur le d�veloppement embryonnaire des animaux, dans lequel il �non�a un certain nombre de lois qui seront reprises par Haeckel (1866) sous le nom global de � loi biog�n�tique fondamentale �, selon laquelle l�ontogen�se (ou d�veloppement individuel) serait une courte r�capitulation de la phylogen�se (d�veloppement de la lign�e).</p><p>Citons encore les travaux de A. Kovalevski (1867) et de E. Metchnikov sur le d�veloppement embryonnaire des Tuniciers et des C�phalocord�s (Amphioxus).</p><p>� la fin du si�cle, l�embryologie devint exp�rimentale avec les recherches</p><p>de Laurent Chabry (1855-1894), de Wilhelm Roux (1850-1924) et de Hans Driesch (1867-1941), gr�ce au perfectionnement des techniques de microdis-section. Vers la m�me �poque (1897), Paul Marchal (1862-1942) d�couvrit le ph�nom�ne de la polyembryonie</p><p>(d�veloppement de plusieurs embryons par oeuf) chez un Hym�nopt�re. Rappelons enfin les progr�s de la t�ratologie, ou �tude des monstres, avec les travaux d�Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) et de Camille Dareste (1822-1899), qui cherch�rent � provoquer l�apparition d�anomalies au cours du d�veloppement embryonnaire.</p><p>�thologie</p><p>Ce mot fut cr�� en 1854 par I. Geoffroy Saint-Hilaire pour d�signer la science �tudiant la � conduite � (nous dirions aujourd�hui le � comportement �)</p><p>des animaux. Nous avons vu que, au XVIIIe s., R�aumur avait �t� un pr�curseur dans cette discipline par ses observations sur les moeurs des Insectes.</p><p>Celles-ci seront reprises au si�cle dernier par J. H. Fabre (1823-1915), le c�l�bre auteur des Souvenirs entomologiques, publi�s � partir de 1879</p><p>(v. entomologie).</p><p>Malgr� les critiques ult�rieures de certains, il s�av�re que la plupart de ses minutieuses observations sont exactes.</p><p>Ch. Ferton (1856-1921) �tudia plus particuli�rement les moeurs de certains Hym�nopt�res. Citons encore les noms de G. J. Romanes (1848-1894), de Charles B. Davenport (1866-1944), qui �tudia les tropismes, et de Charles O. Whitman (1842-1910), qui publia une mise au point sur le comportement animal (Animal Behavior, 1898).</p><p>�volution</p><p>Charles Darwin* (1809-1882) r�volutionna la biologie par la publication de son ouvrage Sur l�origine des esp�ces (1859), o�, se fondant sur la variabilit� des esp�ces animales et v�g�tales, il mit en �vidence le r�le de la s�lection naturelle dans le maintien des individus poss�dant certains caract�res morphologiques ou physiologiques les favorisant dans la lutte pour l�existence.</p><p>Les acquisitions biologiques de l��poque (travaux de Cuvier, progr�s de l�embryologie, th�orie cellulaire, etc.) contribu�rent au succ�s des id�es darwiniennes malgr� les attaques des fixistes et du clerg�.</p><p>August Weismann (1834-1914)</p><p>[v. g�n�tique] formula en 1883 sa th�orie de la continuit� du plasma germinatif, montra l�ind�pendance des cellules somatiques et germinales, chez lesquelles il supposait une concurrence amenant une s�lection germinale. C�est l� la base du n�o-darwinisme, qui allait �tre fortifi� au d�but du XXe s. par la d�couverte des mutations succ�dant � celle des lois de Mendel (1865), mises en �vidence chez les v�g�taux.</p><p>Le XXe si�cle</p><p>Les acquisitions de notre si�cle amen�rent la zoologie � son �tat actuel, sur lequel on ne peut insister de fa�on d�taill�e, car, de nos jours, les progr�s de cette discipline se confondent souvent avec ceux de la biologie et de la physiologie animales. Voyons cependant rapidement quelles furent les plus importantes de ces acquisitions.</p><p>M�thodes d��tude</p><p>La zoologie actuelle a beaucoup</p><p>b�n�fici� des progr�s constants de la microscopie optique (construction de microscopes binoculaires, d�ultrami-croscopes, de microscopes � lumi�re ultraviolette, � lumi�re polaris�e, � contraste de phase) et surtout de la microscopie �lectronique, qui permet des grossissements consid�rables. Parall�lement furent r�alis�es des coupes ultrafines (de l�ordre de 100 �) permettant l�observation microscopique au niveau mol�culaire.</p><p>Le cin�ma scientifique appliqu� � la zoologie, qui d�buta en 1904 (film d�Antoine Pizon sur le d�veloppement d�une Ascidie), a fait des progr�s consid�rables, et la m�thode de l�acc�-</p><p>l�ration a permis de voir des mouvements tr�s lents, tandis que celle du ralenti autorisait l�analyse des mouvements rapides.</p><p>L�utilisation des radio-isotopes (ou</p><p>marqueurs radioactifs) a permis de suivre les d�placements d�insectes (par exemple fourmis dans la fourmili�re) ou des Vert�br�s (oiseaux).</p><p>Les progr�s de la biochimie ont</p><p>permis de rapprocher ou de s�parer diverses esp�ces d�apr�s leurs caract�-</p><p>ristiques chimiques. La spectrographie a �t� �galement utilis�e pour d�terminer la sp�cificit� biochimique de certains parasites vis-�-vis de leurs h�tes.</p><p>Le XXe s. a vu para�tre plusieurs grands trait�s de zoologie, tels ceux de Willy Kukenthal, publi�s � partir de 1925, d�Auguste Lameere (1929, 7 vol.), et enfin celui qui est dirig� par Pierre-Paul Grass� (32 vol. parus en 1975).</p><p>Inventaire faunistique</p><p>Avec le perfectionnement des m�thodes d��tude, le nombre d�esp�ces animales connues s�est accru consid�rablement � partir de 1900, et des groupes zoologiques jusqu�ici enti�rement inconnus furent d�couverts. Tel est le cas des Protoures, Zorapt�res, Notopt�res, trois ordres d�insectes d�crits respectivement par Filippo Silvestri (1907, 1913) et G. C. Crampton (1915). Il en est de m�me des Pogonophores, vers marins benthiques d�couverts en 1914</p><p>et qui constituent un nouvel embranchement, et de la sous-classe des Mys-tacocarides (Crustac�s), individualis�e en 1943 dans le milieu aquatique dit</p><p>� interstitiel �. D�autres d�couvertes concernent des animaux appartenant � des groupes que l�on croyait �teints.</p><p>Tel est le cas des Mollusques mono-placophores du genre Neopilina d�couverts dans le Pacifique en 1952 et du coelacanthe, poisson du genre Latimeria (Crossopt�rygiens) mis en �vidence sur la c�te orientale d�Afrique en 1938</p><p>et retrouv� depuis au voisinage des Comores.</p><p>L�okapi (Giraffid�) a �t� d�couvert dans les for�ts du Congo au d�but du si�cle.</p><p>Acquisitions diverses</p><p>Une des grandes d�couvertes zoologiques du XXe s. est la mise en �vidence du r�le des Insectes piqueurs dans la transmission de diverses maladies</p><p>infectieuses (pou et fi�vre r�currente : Edmond Sergent et Foley, 1908 ; pou et typhus exanth�matique : Charles Nicolle et collaborateurs, 1909, etc.).</p><p>Les toxoplasmes (Toxoplasma)</p><p>furent d�couverts chez les Rongeurs (1908), puis chez l�Homme (1937). On les classe aujourd�hui dans les Sporozoaires. Il faut signaler aussi dans ce m�me groupe la d�couverte du cycle exo-�rythrocytaire des Plasmodium d�Oiseaux et de Mammif�res. Cette acquisition devait avoir une grande importance en m�decine clinique.</p><p>L��tude cytologique des Proto-</p><p>zoaires (libres et parasites) a fait l�objet de nombreux travaux, et leur ultrastructure a pu �tre pr�cis�e gr�ce au microscope �lectronique.</p><p>Le r�le de certains d�entre eux (Flagell�s), vivant en symbiotes de termites et de blattes dans la digestion du bois consomm� par ces insectes, a pu �tre pr�cis�.</p><p>La lutte contre les insectes nui-</p><p>sibles a �t� entreprise � l�aide d�autres insectes dits entomophages qui vivent en parasites de ceux-ci, et, � partir de 1939, ont �t� mis au point les insecticides de synth�se (D. D. T., H. C. H., etc.).</p><p>Un autre domaine de recherches, relativement r�cent, est celui de l�endo-crinologie des Invert�br�s (Crustac�s, Insectes, Mollusques). On a pu en effet mettre en �vidence chez ceux-ci des organes neuro-s�cr�teurs qui d�terminent le d�clenchement de la mue (travaux de N. Hanstr�m, de V. B. Wigglesworth, de C. Williams, etc.).</p><p>H�l�ne Charniaux-Cotton a mon-</p><p>tr� que la diff�renciation sexuelle des m�les g�n�tiques de certains Crusta-downloadModeText.vue.download 606 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11817</p><p>c�s r�sulte de la s�cr�tion d�une glande sp�ciale : la glande androg�ne.</p><p>Des travaux importants ont �t� �ga-</p><p>lement r�alis�s dans les domaines de la sexualit� (parth�nogen�se, intersexualit�, gynandromorphisme, etc.) et de l�embryologie de divers Invert�br�s ou Vert�br�s. Les recherches �cologiques ont �galement fait de grands progr�s en raison du perfectionnement des m�thodes d��tude (mesures des divers facteurs du milieu, m�thodes de prise des �chantillons, etc.).</p><p>L�exploration faunistique de di-</p><p>vers milieux biologiques jusqu�alors inconnus ou inaccessibles a pu �tre entreprise. C�est le cas notamment des grandes profondeurs marines (au-del� de 10 000 m), o� ont pu descendre les bathyscaphes (engins sous-marins capables de supporter de tr�s fortes pressions) munis d�appareils de photographie et de cin�matographie sous-marines. Chacun conna�t �galement le scaphandre autonome de Y. Cousteau, permettant � des zoologistes (Pierre Drach, 1946) l�exploration des fonds littoraux jusqu�� 60 m environ.</p><p>La faune interstitielle (organismes vivant dans la pellicule d�eau entourant des grains de sable) des eaux continentales ou marines donna lieu � de nombreuses �tudes poursuivies dans divers pays d�Europe et aux �tats-Unis � partir de 1927. Cette faune tr�s particuli�re se compose de Protozoaires (Cili�s), d�Acariens, de Crustac�s, etc., dont de nombreuses esp�ces jusqu�ici inconnues ont �t� d�couvertes.</p><p>La faune cavernicole (grottes et cavernes), d�j� �tudi�e au XIXe s., donna lieu � de nombreuses �tudes � partir de 1900 (travaux de Ren� Jeannel, d�Emil Racovi&#x163;&#x103;, de Robert Leruth, etc.). La construction de laboratoires souterrains (Moulis, dans le d�partement de l�Ari�ge, 1954) permit d�observer les animaux cavernicoles (troglobies et troglophiles) dans leur milieu naturel.</p><p>�thologie et physiologie</p><p>La notion de tropisme, �tablie par Jacques Loeb (1890), fut pr�cis�e par divers auteurs (H. S. Jennings, G. Bohn, G. Viaud, etc.) entre 1906 et 1956.</p><p>L��tude du comportement animal</p><p>est devenue une discipline autonome,</p><p>avec ses m�thodes particuli�res incitant � une observation dans le milieu naturel des esp�ces �tudi�es et non plus au laboratoire. Une telle m�thode fut appliqu�e par Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen, qui �tudi�rent principalement le comportement des Oiseaux (canards sauvages, mouettes, etc.). On tenta �galement de r�soudre le probl�me pos� par les migrations des Poissons et des Oiseaux. Pour ce qui est des Anguilles, Johannes Schmidt (1877-1933) d�couvrit (1905-1925) que les esp�ces europ�ennes vont se reproduire exclusivement dans la mer des Sargasses.</p><p>Les tropismes et les instincts ont �t� �galement �tudi�s chez les insectes, et principalement chez les esp�ces dites</p><p>� sociales � (abeilles, fourmis, termites, etc.). Rappelons les remarquables observations de Karl von Frisch sur la</p><p>� danse � des abeilles (1942) et la correction de leurs angles de marche par rapport � la position du Soleil ; les travaux de P.-P. Grass� sur les Termites (notion de stigmergie), Andr� Steiner (1962) sur un Hym�nopt�re pr�dateur (Liris), rejoignant les observations de Fabre.</p><p>L�importance de ces travaux sur le comportement animal est attest�e par l�attribution (1973) du prix Nobel de m�decine � K. von Frisch, Lorenz et Tinbergen.</p><p>Les d�couvertes en physiologie animale furent extr�mement nombreuses au cours du si�cle et il est impossible ici de les �num�rer m�me partiellement. Nous nous bornerons � en citer deux, � savoir celle de glandes situ�es au-dessus des yeux et du bec de divers oiseaux de mer (go�lands, mouettes) et leur permettant d�excr�ter le sel de l�eau de mer absorb�e (K. Schmidt-Nielsen) et celle de l��cholocation (ou sonar, ou �mission d�ultrasons) chez divers Mammif�res (chauves-souris, C�tac�s), leur permettant de s�orienter et d��viter les obstacles (travaux de D. R. Griffin et R. Galambos).</p><p>G�n�tique et �volution</p><p>Les lois de Mendel, red�couvertes chez les plantes en 1900, furent �ten-</p><p>dues aux animaux par William Bateson (1861-1926) et Lucien Cu�not (1866-1951) [v. adaptation]. � partir de 1910, la g�n�tique prit un grand essor � la suite des travaux de Thomas Hunt Morgan (1866-1945) [v. g�n�tique] et de son �cole sur la mouche du vinaigre (Drosophila), chez qui furent d�crites un grand nombre de mutations. Cette discipline se d�veloppa alors en trois branches qui sont : la g�n�tique formelle et cytologique, la g�n�tique physiologique et la g�n�tique �volutive.</p><p>Le nombre de chromosomes de di-</p><p>verses esp�ces animales fut d�termin�, y compris ceux de l�Homme, qui sont au nombre de 46 (dont 2 chromosomes XX ou XY, dits � sexuels �).</p><p>Les deux grandes th�ories explicatives de l��volution : le lamarckisme et le darwinisme, subsist�rent avec diverses modifications (n�o-lamarckisme, n�o-darwinisme).</p><p>Le grand �cueil du lamarckisme fut l�impossibilit� de d�montrer l�h�r�dit� des caract�res acquis. De m�me, les pr�tendus succ�s obtenus par Lyssenko et son �cole, assurant avoir modifi� par la greffe des esp�ces v�g�tales, n�ont jamais �t� prouv�s. Beaucoup plus vraisemblable est l�hypoth�se faite par Paul Wintrebert (1962), qui a compar� le m�canisme des mutations � celui de l�immunisation (lamarckisme chimique).</p><p>� partir de 1900, le mutationnisme allait renforcer les id�es darwiniennes et, selon les id�es des n�o-darwiniens, ce sont les mutations qui donneraient prise � la s�lection naturelle. La th�orie dite � synth�tique � de l��volution combine le r�le de l�adaptation et celui de la s�lection ; elle n�explique cependant pas un certain nombre de faits, tels que la gen�se des coaptations (constitu�es par l�agencement de deux parties ind�pendantes) ou d�organes hautement perfectionn�s (oeil, cerveau).</p><p>R�cemment, P.-P. Grass� (1973)</p><p>a tent� d�expliquer le m�canisme de l��volution en s�appuyant sur les faits de la pal�ontologie et de la biologie mol�culaire sans faire obligatoirement appel au r�le des mutations.</p><p>J. T.</p><p>F Anatomie / Biologie / Buffon / Cuvier / Cytolo-gie / Darwin / Entomologie / �volution biologique</p><p>/ G�n�tique / Jussieu / Lamarck / Linn� / Oc�anographie / Van Leeuwenhoek.</p><p>&amp; V. Carus, Geschichte der Zoologie bis auf J. M�ller und Charles Darwin (Munich, 1872 ; trad. fr. Histoire de la zoologie depuis l�Antiquit� jusqu�au XXe si�cle, Bailli�re, 1880). /</p><p>F. Hoefer, Histoire de la zoologie depuis les temps les plus recul�s jusqu�� nos jours (Hachette, 1873). / E. Guy�not, les Sciences de la vie aux XVIIe et XVIIIe si�cles. L�id�e d��volution (A. Michel, 1941). / F. J. Cole, A History of Comparative Anatomy from Aristotle to the 18th Century (Londres, 1944). / R. Taton (sous la dir. de), Histoire g�n�rale des sciences, t. III (P. U. F., 1961). / G. Petit et J. Th�odorid�s, Histoire de la zoologie des origines � Linn� (Hermann, 1962). / J. Th�odorid�s, Histoire de la Biologie (P. U. F., coll. � Que sais-je ? �, 1965 ; 2e �d., 1971).</p><p>zootechnie</p><p>Le terme de zootechnie fut utilis� une des premi�res fois � l�occasion de la cr�ation � Versailles, en 1848, de l�Institut national agronomique pour d�signer la chaire dont l�objet �tait de</p><p>� cr�er une doctrine nouvelle de la production animale fond�e sur la science exp�rimentale et dont le caract�re fondamental consiste pr�cis�ment dans la mani�re de consid�rer le b�tail en �conomie rurale �.</p><p>Depuis, l��volution des connais-</p><p>sances et des conditions de la production a fait que les m�thodes mises en oeuvre se sont progressivement modifi�es ; mais si la gamme des pr�occupations s�est �largie, l�esprit initial demeure. En effet, la zootechnie a pour objet l�application des sciences � l�am�lioration des productions animales et des produits animaux. Elle contribue � rechercher les moyens � mettre en oeuvre pour am�liorer les conditions �conomiques et sociales de la production et pour r�pondre � la demande du march�. C�est dire qu�elle est domin�e non seulement par des contraintes techniques, mais aussi de plus en plus par des imp�ratifs �conomiques et sociaux.</p><p>Les productions animales occupent une place essentielle dans les pays de la Communaut� �conomique</p><p>europ�enne : en France, les pro-</p><p>duits animaux repr�sentent pr�s de 60 p. 100 des recettes de l�agriculture ; en R�publique f�d�rale d�Allemagne, 72 p. 100 ; au Royaume-Uni, 68 p. 100 ; aux Pays-Bas, 64 p. 100 ; en Belgique, 62 p. 100. Seule l�Italie fait exception (35 p. 100). � l��chelle mondiale, le volume des productions animales par habitant et par an varie consid�rablement, comme l�indique par exemple le tableau suivant, qui se r�f�re � la viande de boeuf et au lait de vache :</p><p>Il existe donc de tr�s grandes diff�-</p><p>rences pour les disponibilit�s alimentaires et les consommations entre les continents, diff�rences qui sont encore accrues au niveau des pays. Il en r�-</p><p>sulte �galement l�existence de certains courants d��changes internationaux : ainsi, pour la viande bovine, l�Am�-</p><p>rique latine et l�Oc�anie ont une position r�guli�rement exportatrice.</p><p>Toutefois, les besoins en produits animaux s�accroissent en m�me temps que s��l�ve le niveau de vie des popu-downloadModeText.vue.download 607 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11818</p><p>lations humaines. Sur le plan mondial, les disponibilit�s en prot�ines animales progressent tr�s lentement et nettement moins vite que les besoins. Ainsi, les deux tiers de l�humanit� souffrent de la faim, et la consommation de prot�ines animales se situe au-dessous des recommandations de la FAO dans de nombreuses r�gions. Certes, le probl�me de la concurrence avec les prot�ines v�g�tales se pose, mais la consommation de viande fait cependant partie du comportement alimentaire de l�homme moderne ; en effet la place de la viande dans son r�gime ne s��tablit pas seulement en fonction d�un apport de prot�ines riches en acides amin�s essentiels, puisque, comme le note le professeur J. Tr�moli�res, la viande est l�aliment des conqu�rants.</p><p>Cependant, le consommateur des pays d�velopp�s craint l�exc�s d��nergie et limite, de ce fait, sa consommation de graisse. La production de porcs</p><p>� maigres � se substituant � celle des porcs � gras � illustre une adaptation au march� r�sultant de l��volution de la demande des consommateurs.</p><p>Au niveau des exploitations, les animaux ont pour objet de transformer des v�g�taux et des sous-produits en produits animaux. Il convient, � ce sujet, de distinguer deux cat�gories d�es-p�ces animales : les ruminants d�une part, les porcs et les volailles d�autre part. Si les ruminants sont capables de transformer en produits animaux des v�g�taux cellulosiques (fourrages) spontan�s et cultiv�s, et cela gr�ce aux micro-organismes de leur estomac, les porcs et les volailles ne peuvent, eux, transformer que des aliments d�origine v�g�tale dont le taux de mati�res cellulosiques est plus faible (tels les grains) ou des sous-produits (essentiellement des sous-produits de laiterie).</p><p>Le d�veloppement des productions</p><p>animales d�pend aussi tr�s fortement de la technicit� de l�exploitant. Toutes les productions demandent, pour �tre conduites dans de bonnes conditions sur le plan technique et sur le plan �conomique, une main-d�oeuvre qualifi�e qui, dans la plupart des cas, est soumise � un travail r�gulier et astreignant.</p><p>Le d�veloppement des produc-</p><p>tions animales est enfin subordonn� � l�organisation des march�s ainsi que des circuits de transformation et de distribution.</p><p>Il r�sulte de tout cela que l�am�lioration des productions animales doit viser tant � l�accroissement des quantit�s de produits offerts qu�au d�veloppement de leur qualit�, la notion de qualit� s��tendant du physique au chimique et au bact�riologique et englobant tant le point de vue hygi�nique que le point de vue gastronomique.</p><p>J. B.</p><p>Zoulous</p><p>Ethnie de la r�publique d�Afrique du Sud.</p><p>Le peuple zoulou</p><p>Elle regroupe environ 2 500 000 personnes. Se disent Zoulous tous ceux qui descendent des Zoulous ou de tout clan ou tribu ngoni situ�s en pays zoulou pendant le r�gne de Chaka (1818-1828). Mais cette reconnaissance commune n�emp�chait pas l�existence de diff�rences sociales et linguistiques plus ou moins marqu�es entre ces</p><p>tribus. Les Zoulous occupent la c�te orientale dans la province du Natal*. �</p><p>l�origine, ils constituaient un peuple de pasteurs et pratiquaient une agriculture itin�rante. Ils s�appropriaient le b�tail gr�ce � de nombreux raids.</p><p>L�ann�e est divis�e en une grande saison humide et une saison s�che. Il tombe environ 1 200 mm de pluies.</p><p>C�est une r�gion de grandes collines herbeuses. Mais leurs conditions de l��levage ont appauvri la valeur du tapis v�g�tal. Les Zoulous portent peu d�attention � l�agriculture, qui est un domaine r�serv� aux femmes et qui se trouve concentr�e dans les fonds de vall�e.</p><p>C�est le chef militaire Chaka qui organisa au XIXe s. les tribus soumises en une v�ritable nation gr�ce � des structures politiques et militaires qui conf�rent une coh�sion durable. Traditionnellement, le pouvoir �tait tr�s centralis� et la distribution de la richesse et des privil�ges correspondait � celle du pouvoir et de l�autorit�. Dans la mesure o� c�est le roi qui poss�de la terre, celui qui vient s�installer sur une de ses terres devient du m�me coup son sujet.</p><p>L�organisation militaire dominait la vie de l�ethnie. Les hommes d�un m�me groupe d��ge �taient r�unis dans des r�giments dispers�s � travers le pays.</p><p>Ils s�entra�naient � la guerre, gardaient les troupeaux royaux et cultivaient les champs du roi. Ils ne pouvaient se marier que lorsque le roi leur en donnait la permission. La justice �tait rendue par le roi, les parents qui d�tenaient le pouvoir avec lui et certains chefs de r�gion et de tribu. Le roi et le chef de tribu devaient tenir compte de l�avis de leur conseil. Des liens politiques ratta-</p><p>chaient les membres des tribus � leur chef alors qu�ils �taient li�s au roi par leurs obligations militaires.</p><p>Les Zoulous sont patrilin�aires. Le contexte clanique (isibongo) n�est plus qu�une r�f�rence nominale, mais il d�-</p><p>finit le principe de l�exogamie. Le cadre lignager (umndeni, uzalo, usendo) a d�j� une existence plus concr�te dans la mesure o� les lignages peuvent se diff�rencier en unit�s rituelles et c�r�-</p><p>monielles. Les groupes de descendance et les individus ont un ordre et un rang selon le rang de mariage de la femme et l�ordre de naissance des enfants m�les.</p><p>Dans ces conditions, les femmes</p><p>peuvent d�finir des groupes de descendance. Mais la polygamie semble avoir fortement recul�. Les unit�s de r�sidence sont le kraal ou la maisonn�e (umuzi) et la maison (indlu). Le kraal est un ensemble de familles nucl�aires rassembl�es autour de l�enclos � b�tail.</p><p>Il peut comprendre jusqu�� une douzaine de huttes et se situe en r�gle g�-</p><p>n�rale au sommet de buttes. Les terres cultivables et de p�ture se trouvent sur les flancs ou dans les fonds de vall�e.</p><p>Les Zoulous connaissent �galement des relations et des groupes de voisinage (isigodi).</p><p>En r�gle g�n�rale, chaque femme</p><p>cultive un grand champ et un jardin.</p><p>La charrue est utilis�e, mais les labours sont faits par les hommes. Les Zoulous cultivent des l�gumes (pommes de terre, haricots), des c�r�ales (ma�s, sorgho, riz). Le gouvernement sud-africain a essay� de d�velopper des cultures commerciales comme la canne � sucre. Le b�tail est conduit sur des p�tures communes, et le soir on le ra-m�ne au kraal pour le traire et lui faire passer la nuit. On assiste � une baisse de la production du lait, qui n�est d�ailleurs consomm� que comme lait caill�.</p><p>La coutume du pr�t du b�tail (ukusisa) existe. L�extension du travail urbain et industriel, le manque de main-d�oeuvre qui s�ensuit expliquent la disparition de la division sexuelle du travail. Toutefois, l�organisation collective du travail subsiste pour la construction de huttes ou pour les labourages. Le peu d�importance des �changes traditionnels, la domination des valeurs li�es aux troupeaux font dire aux Zoulous � propos des revenus mon�taires que</p><p>� l�argent n�a pas de veaux �.</p><p>Les croyances religieuses sont domin�es d�une part par des r�f�rences, un peu vagues, � des �tres supr�mes et de l�autre par un culte des esprits ancestraux assez complexe. Les Zoulous distinguent Unkulunkulu (le vieux, le tr�s vieux), qui est le cr�ateur de toutes choses (on utilise ce terme pour d�signer le premier d�une lign�e), le paradis ou ma�tre du paradis, du tonnerre et de la pluie, et Inkosazana, la princesse du paradis et fille du premier qui permit la maturation des ma�s. Quant aux esprits des anc�tres, ils ont la charge de surveiller leurs descendants. Ils visitent la terre sous la forme d�un serpent et se font conna�tre dans les r�ves, dans les signes pr�monitoires et les maladies.</p><p>Ces affaires sont r�gl�es gr�ce � des sacrifices de remerciements ou de r�paration au cours desquels on tue une b�te ; il existe �galement des sp�cialistes de la divination, mais la christianisation risque de remettre fondamentalement en cause toutes ces croyances.</p><p>J. C.</p><p>L�histoire</p><p>Le Zoulouland (ou Zululand) est le pays, adoss� au Swaziland et au Mozambique, qui a �t� laiss� aux Zoulous apr�s les annexions effectu�es par les Blancs en 1840 et 1887. Il a �t� rattach� au Natal* de 1897 � 1972, date o� son autonomie lui a �t� rendue, en tant que Bantoustan, sous le nom de Kwazulu. Il compte 27 000 km 2 et une population d�environ 2 millions d�habitants, dont beaucoup travaillent dans les plantations du Natal et les mines du Transvaal. Malgr� sa fertilit� naturelle, le pays est surpeupl� et il y r�gne une grande pauvret�.</p><p>S�il est probable que les Bantous*</p><p>ne d�passent pas le Limpopo au Xe s., l�arch�ologie et divers t�moignages montrent qu�ils tiennent les r�gions situ�es aux confins de l�Orange et du Transvaal au XIe s. (Sothos) et le Natal au plus tard au XIVe s. (Ngonis).</p><p>Lorsque, au XVIe s., les Portugais s�installent � Louren�o Marques, aux portes du futur Zoulouland, le commerce se d�veloppe entre ce centre europ�en et</p><p>les zones mini�res du plateau (Sothos).</p><p>Cela provoque la diff�renciation sociale des Ngonis du Nord, qui tiennent cette route, au moment o� l�apparition des colons hollandais dans le Sud bloque l�expansion des Bantous.</p><p>Les anciens royaumes segmentaires c�dent la place, dans la, seconde moiti� du XVIIIe s., � des �tats plus importants, dont le contr�le territorial est plus efficace et dont l�organisation militaire se fonde sur une r�forme des classes d��ge inspir�e des Sothos. C�est le cas des Ngwanes (Swazis), des Ngonis du futur Natal, des Ndwandw�s et des Mtetwas du roi Dingiswayo (1807-1818). Parmi downloadModeText.vue.download 608 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11819</p><p>les vassaux de ceux-ci se trouve le petit clan des Zoulous, dont le chef a un fils ill�gitime, Chaka (1786-1828), qui se distingue comme guerrier. Dingiswayo l�impose � la t�te de son clan en 1816</p><p>et, quand il est tu� par les Ndwandw�s du roi Zwide, en 1818, Chaka organise la r�sistance et fonde l�Empire zoulou.</p><p>En quelques ann�es, il se rend ma�tre du Natal, impose sa suzerainet� aux Ngwanes, et ses arm�es �tendent au loin leurs ravages.</p><p>Chaka met une intelligence remar-</p><p>quable au service de sa volont� de domination pour compenser une enfance humili�e qui explique une f�rocit� parfois proche de la folie. Il transforme compl�tement la soci�t� en regroupant toutes les classes de jeunes gens en villages militaires, si�ges des � r�giments �. Les clans sont ainsi fondus en une nation, et les vaincus vite assimil�s. La tactique r�nov�e rend leur assaut irr�sistible (lances � manches courts, attaque � en cornes � visant � exterminer l�ennemi au lieu de le mettre en fuite, comme dans la tradition). Ces m�thodes seront adopt�es non seulement par ses sujets, mais par ses ennemis.</p><p>La formation de l�Empire zoulou</p><p>a ouvert pour toute l�Afrique du Sud une p�riode de troubles effroyables.</p><p>La s�cession d��l�ments zoulous et la</p><p>fuite des vaincus am�nent la destruction des soci�t�s traditionnelles et la formation de nouveaux �tats, comme le Lesotho, par une r�action en cha�ne qui s��tend jusqu�au d�sert du Kalahari dans l�Ouest, au Zamb�ze et m�me au lac Victoria dans le Nord. Ces remous permettront aux �tats boers, issus du</p><p>� Grand Trek � de 1835, de s�installer sans trop de peine.</p><p>Cependant, Chaka essaie en vain</p><p>d�utiliser � son profit les commer-</p><p>�ants britanniques qu�il a autoris�s � s�installer � Durban en 1824. Il meurt assassin� en 1828 par son demi-fr�re Dingaan (ou Dingane), qui lui succ�de.</p><p>La nation que Chaka avait forg�e</p><p>va lui survivre, mais non sa grandeur militaire. Dingaan est confront� d�s 1837 � l�arriv�e des Boers : apr�s avoir fait massacrer en f�vrier 1838</p><p>Piet Retief, il est �cras� � Bloodriver, le 16 d�cembre 1838 par les troupes boers d�Andries Pretorius. Apr�s son assassinat en 1840, son fr�re Mpande (ou Panda) est couronn� roi du Zoulouland par les Boers du Natal, auxquels il s��tait alli� dans leur r�volte contre Dingaan. Mpande c�de alors aux Boers le vaste pays situ� au sud de la rivi�re Tugela et devient vassal de la nouvelle R�publique boer du Natal, qui, d�s 1844, est transform�e en colonie britannique. Renon�ant � la guerre, Mpande essaie de se faire oublier et obtient l�amiti� de l�officier politique du Natal, Theophilus Shepstone. Celui-ci intronise son fils Cetewayo comme roi des Zoulous, en 1873.</p><p>Mais la volont� de f�d�rer tous les Blancs d�Afrique du Sud am�ne les Britanniques � entreprendre, en 1879, l��limination du puissant �tat noir que constitue le Zoulouland. Malgr� une r�sistance remarquable (bataille d�Isandhlwana, janv. 1879), les armes � feu l�emport�rent ; Cetewayo est d�port� en ao�t 1879 et le Zoulouland divis� en 13 chefferies. Apr�s l��chec d�un retour de Cetewayo (1883-84) et la vaine tentative de son fils Dinizulu pour reconstituer le royaume, le Zoulouland devient protectorat britannique (1887), puis est annex� au Natal en 1897. Les Zoulous sont alors soumis au syst�me d�exploitation raciste de l��co-</p><p>nomie sud-africaine. Le r�tablissement d�une certaine autonomie en 1972, peu avant que la d�colonisation du Mozambique les fasse sortir de leur isolement, annonce sans doute que la fin de la nuit est proche pour eux, sinon pour leurs fr�res du Natal.</p><p>Y. P.</p><p>F Afrique du Sud (r�publique d�) / Natal.</p><p>&amp; E. J. Krige, The Social System of the Zulus, Shuter and Shooter (Londres, 1936). / A. Vila-kazi, Zulu Transformations (Pietermaritzburg, 1962). / D. H. Reader, Zulu Tribe in Transition (New York, 1966).</p><p>Zuiderzee (le)</p><p>Golfe de la mer du Nord, p�n�trant profond�ment � l�int�rieur du territoire n�erlandais.</p><p>Le nom signifie litt�ralement � mer du Sud �, par opposition � la � mer du Nord � et � la Baltique (Oostzee, ou</p><p>� mer de l�Est �). Depuis qu�il a �t� barr� par une digue (1932), le Zuiderzee porte le nom de lac d�IJssel (IJsselmeer).</p><p>Du Zuiderzee</p><p>au lac d�IJssel</p><p>Le Zuiderzee est une cr�ation des transgressions marines de l��poque historique, qui ont consid�rablement agrandi et mis en communication avec la mer le lac Flevo des Romains ; la ligne de rivage se fixe � peu pr�s � la fin du Moyen �ge gr�ce � la construction de digues sur le pourtour ; mais au milieu du XIXe s., encore, l��le de Schokland (qui abrite aujourd�hui un mus�e), rong�e par les eaux, doit �tre �vacu�e. Profond en moyenne de quelques m�tres seulement, mais avec des chenaux accessibles aux navires d�alors, le Zuiderzee est extr�mement fr�quent� par la navigation maritime du XIIe s. au XVIIIe s. ; moins dangereux que la mer du Nord malgr� ses temp�tes, il s�ouvre en effet sur la Scandinavie et les pays de la Baltique, avec lesquels les Pays-Bas entretiennent d�importantes relations commerciales : des ports bien abrit�s comme Kampen (pr�s de l�embouchure de l�IJssel) et</p><p>Amsterdam* t�moignent de cette activit�. Au XVIIe s., encore, le Zuiderzee relie plus qu�il ne les s�pare l�ouest et le nord-est du territoire n�erlandais actuel : des navires charg�s de grains, de tourbe, de b�tail, de beurre et de fromage y croisent les services r�guliers de voyageurs joignant Amsterdam aux petits ports du sud de la Frise*, de l�Overijssel* et de la Gueldre*. Mais d�j� des difficult�s apparaissent : les chenaux s�envasent alors que la taille des navires augmente, et ceux-ci ne peuvent plus toujours acc�der � pleine charge au port d�Amsterdam ; le commerce maritime s�oriente plus vers l�ouest que vers le nord, au b�n�fice surtout de Rotterdam. Au cours de la premi�re moiti� du XIXe s., on doit creuser un canal d�Amsterdam au Helder et, de 1865 � 1876, le canal de la mer du Nord, qui d�tourne vers l�ouest le trafic du grand port n�erlandais. Parall�lement, la concentration de la navigation maritime se fait aux d�pens des petits ports du Zuiderzee, tandis que la construction des r�seaux routier et ferroviaire ruine rapidement le cabotage. Vers 1870, un voyageur fran�ais, H. Havard, publie un r�cit dont le titre seul donne une id�e de la situation : Voyage aux villes mortes du Zuiderzee ; des ports comme Hoorn et En-khuizen, qui avaient connu une grande prosp�rit�, n�ont plus qu�une m�diocre activit� de p�che, et les relations entre les rives du golfe ont presque compl�-</p><p>tement disparu. De lien, le Zuiderzee est devenu obstacle.</p><p>Le premier projet de reconqu�te</p><p>sur la mer date du XVIIe s., mais seuls les moyens techniques de l��re industrielle et les possibilit�s financi�res d�un �tat moderne pouvaient permettre une op�ration de cette ampleur. Apr�s plusieurs �tudes au cours de la seconde moiti� du XIXe s., les graves inondations de 1916 font prendre la d�cision de commencer les travaux (1918). La premi�re �tape, qui dure jusqu�en 1934, comprend deux �l�ments distincts :</p><p>� la cr�ation d�un polder exp�rimental de 20 000 ha, le Wieringermeer, par rattachement de l��le de Wieringen au continent (1925), la construction d�une digue de ceinture (1929), l�ass�-</p><p>chement (1930) et la mise en culture</p><p>(1934) ;</p><p>� l��tablissement de la digue de fermeture du Zuiderzee (Afsluitdijk), entre Wieringen et la c�te frisonne (29 km) ; les travaux, qui durent de 1927 � 1932, se heurtent � d��normes difficult�s techniques, mais sont finalement men�s � bien ; large de 90 m, haute de 7 m au-dessus de la mer, la digue est perc�e d��cluses permettant le passage de petits navires (de p�che notamment) et la r�gularisation des eaux dans ce qui deviendra peu � peu un lac d�eau douce, le lac d�IJssel.</p><p>La digue porte une route (le projet de construction d�une voie ferr�e ne sera pas r�alis�) qui raccourcit sensiblement les distances entre Amsterdam et le nord du pays (la Frise en particulier), qui souffrait de son isolement depuis le d�clin de la navigation � travers le Zuiderzee. Enfin, elle assure la protection des travaux ult�rieurs et abaisse consid�rablement le co�t des digues de ceinture des nouveaux polders.</p><p>La pold�risation</p><p>du Zuiderzee :</p><p>les travaux</p><p>Comme la plupart des projets de pold�risation, celui qui a �t� retenu ne pr�voit pas l�ass�chement complet du lac d�IJssel ; � cela trois raisons principales : l�utilit� de conserver une r�serve d�eau douce, la volont� de maintenir en activit� les petits ports du littoral et de l��le d�Urk, l�in�gale qualit� agricole des d�p�ts sous-marins. En effet, si la partie m�ridionale du lac comporte des s�diments argileux et argilo-sableux � partir desquels peuvent se d�velopper de bons sols de culture, les sables grossiers et les graviers de la partie nord pr�sentent un int�r�t beaucoup moindre. Aussi d�cide-t-on de limiter les gains de terres � 225 000 ha, r�partis entre quatre polders (outre le Wieringermeer). Le premier, le polder du Nord-Est (Noordoostpolder), couvre 48 000 ha ; les travaux d�endiguement commencent en 1937, se terminent</p><p>dans des conditions difficiles en 1942, mais la guerre retarde l�ass�chement et la mise en culture, qui n�interviennent qu�apr�s la Lib�ration ; ce polder est contigu au � vieux pays �, o� il d�termine un abaissement de la nappe phr�a-downloadModeText.vue.download 609 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11820</p><p>tique pr�judiciable � l�agriculture.</p><p>C�est pourquoi les travaux ult�rieurs laisseront entre les polders et l�ancien rivage des �tendues aquatiques (Ve-luwemeer, Gooimeer...), utilisables en outre pour la navigation et le tourisme.</p><p>En 1950 commence l�endiguement du Flevoland-Oriental (Oostelijk Flevoland), dont les 54 000 ha sont ass�ch�s en 1957 et mis en culture � partir de 1962. De 1959 � 1968, c�est le tour du Flevoland-M�ridional (Zuidelijk Flevoland), dont l�am�nagement agricole se termine actuellement (43 000 ha).</p><p>Reste le Markerwaard (56 000 ha), dont l�endiguement est d�j� bien avanc�.</p><p>Depuis le Wieringermeer, la</p><p>connaissance du milieu et les moyens mis en oeuvre ont beaucoup progress�, mais les techniques utilis�es restent fondamentalement les m�mes. La</p><p>premi�re �tape consiste � entourer l�espace � conqu�rir sur les eaux d�une digue constitu�e de sable, d�argile, de fascines et de blocs de rocher (que les Pays-Bas doivent importer de l��tranger) ; puis un syst�me de pompes �lectriques ass�che le polder, ce qui prend pr�s d�une ann�e, car la hauteur d�eau peut d�passer 5 m. On obtient alors une vasi�re qu�il faut drainer (canaux, drains souterrains en poterie, plantation de roseaux), niveler et transformer en terres de culture. Tout ce processus, y compris les premi�res ann�es d�exp�-</p><p>rimentation agricole, est � la charge de l��tat : le lotissement des terres n�intervient que lorsqu�elles sont en �tat d��tre exploit�es.</p><p>Les polders,</p><p>espace agricole</p><p>Un des buts essentiels de l�op�ration �tait � l�origine le gain de terres cultivables dans un pays o� la petite taille des exploitations, les fortes densit�s de population, l��norme consommation d�espace par les villes, l�industrie et les voies de communication posaient le probl�me de la survie de l�agriculture et du monde rural. Cette colonisation</p><p>devait concilier deux objectifs contradictoires : cr�er une agriculture moderne et rentable, mais aussi satisfaire � des besoins sociaux en fournissant des terres ou du travail au plus grand nombre possible de paysans et de salari�s agricoles issus du vieux pays. Il n��tait donc question ni de diviser les polders en quelques tr�s vastes exploitations de type nord-am�ricain, ni de les d�couper en une multitude de petites unit�s insuffisantes pour assurer la subsistance d�une famille. Il a fallu rechercher une taille minimale, variable selon les syst�mes de culture propos�s par les agronomes (polyculture � base c�r�ali�re, association culture-�levage, �levage, horticulture) ; mais la rapidit� de la modernisation de l�agriculture a entra�n� une augmentation des dimensions des exploitations au fur et � mesure que de nouveaux polders �taient mis en valeur : ainsi, la superficie moyenne de 25 ha des exploitations non horticoles du polder du Nord-Est (contre 40 ha dans le Flevoland-Oriental) para�t faible aujourd�hui pour faire vivre une famille et pour assurer un emploi � plusieurs ouvriers agricoles.</p><p>L�agriculture des polders repose cependant sur des bases tr�s favorables.</p><p>Les exploitations, d�un seul tenant, sont lou�es (et non vendues) par l��tat selon des baux � long terme, ce qui pr�vient leur fragmentation par mutation ou h�ritage et �vite aux agriculteurs une immobilisation importante de capitaux. La demande �tant tr�s sup�-</p><p>rieure � l�offre, les pouvoirs publics ont pu r�aliser un choix parmi les postulants : des conditions d��ge, de comp�tence technique, d�assise financi�re assurent � l�exploitant un maximum de chances de r�ussite ; en outre, il b�n�-</p><p>ficie des conseils techniques, agronomiques et commerciaux d�organismes sp�cialis�s.</p><p>Les labours occupent la plus grande partie de la surface cultiv�e, contrairement aux polders ant�rieurs au XIXe s., dont le drainage peu profond favorisait plut�t les herbages. Cela explique la place tenue dans la production agricole par les c�r�ales (le bl� surtout) et les cultures qui leur sont associ�es comme la betterave � sucre, le colza,</p><p>la pomme de terre, les plantes fourrag�res. Certaines fermes s�adonnent aussi � l��levage (bovins et porcs) gr�ce aux cultures fourrag�res et � des prairies temporaires. La superficie horticole reste modeste malgr� l�int�r�t d�une utilisation tr�s intensive d�un sol conquis � un co�t aussi �lev� : mais le march� de ces produits n�est downloadModeText.vue.download 610 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11821</p><p>pas ind�finiment extensible et l�on ne pouvait concurrencer trop s�v�rement les r�gions fruiti�res et mara�ch�res du vieux pays. Enfin, quelques parcelles ont �t� bois�es, notamment en bordure des lacs de ceinture, afin de rompre la monotonie du paysage et de cr�er des espaces de loisirs.</p><p>Les polders :</p><p>habitat et milieu de vie</p><p>L�histoire de la pold�risation aux Pays-Bas* montre que l�int�r�t des � entrepreneurs � pour l�habitat et le milieu de vie date seulement du XXe s. ; au si�cle dernier encore, l�implantation des villages de la � mer de Haarlem �</p><p>fut laiss�e � l�initiative des premiers colons. Avec le Wieringermeer d�bute la planification dans ce domaine ; outre les fermes construites sur les exploitations, on pr�voit trois villages destin�s � jouer le r�le de centres de services ; mais trop proches les uns des autres, construits de fa�on �chelonn�e pendant la p�riode de mise en valeur, ils remplirent mal les fonctions qui leur avaient �t� d�volues. Deux conclusions se d�gag�rent de cette premi�re exp�-</p><p>rience : il faut implanter les centres le plus t�t possible lors du processus de colonisation (le trac� des canaux et des routes en d�pend d�ailleurs �troitement), et concevoir avec beaucoup de soin leur nombre, leur taille et leur localisation. On doit chercher � mettre le � tertiaire � � faible distance du consommateur : on ne peut se contenter d�assurer � des colons � mentalement urbanis�s � le confort domestique auquel ils peuvent pr�tendre ; il faut encore leur �viter l�isolement dans un</p><p>milieu d�pourvu de commerces et de services. Mais, par ailleurs, les centres doivent disposer d�une client�le suffisante pour que la rentabilit� des �quipements soit assur�e, ce qui est difficile dans le contexte d�une densit� de population beaucoup plus faible que celle du vieux pays.</p><p>Apr�s quelques h�sitations, le</p><p>sch�ma adopt� pour le polder du Nord-Est (1948) ordonne dix villages autour d�une petite ville centrale, Emmeloord.</p><p>En vingt-cinq ans, celle-ci s�est plus d�-</p><p>velopp�e que pr�vu puisqu�elle atteint aujourd�hui 13 000 habitants et �vite, pour la majeure partie des commerces et des services, le recours aux centres anciens plus �loign�s. En revanche, les villages sont trop nombreux, trop petits pour la plupart et desservent une aire d�influence dont les habitants se sont rar�fi�s � la suite de la m�canisation croissante de l�agriculture. Compte tenu de cette situation et de la diffusion de l�automobile dans une population rurale � niveau de vie relativement �lev�, on propose une organisation diff�rente pour le Flevoland-Oriental : toujours une petite ville, Dronten, mais seulement quatre villages, dont le nombre est r�duit � deux lors de l�am�-</p><p>nagement du polder. En outre, dans l�ouest de celui-ci s�implante la future capitale r�gionale du pays neuf, Lelystad (du nom de l�ing�nieur Cornelis Lely, qui fut � l�origine de la conqu�te du Zuiderzee), qui compte d�j� une dizaine de milliers d�habitants. Pour les polders du sud et de l�ouest, l�existence m�me de villages est mise en cause : un changement d�optique quant � la destination des terres conquises explique les nouvelles orientations de la politique d�am�nagement.</p><p>Les nouvelles</p><p>utilisations</p><p>des polders</p><p>Depuis une dizaine d�ann�es, l�id�e d�une utilisation purement agricole des polders a �t� abandonn�e ; il est apparu absurde en effet de maintenir un semi-d�sert humain au coeur du territoire n�erlandais surpeupl�, alors que les villes des polders ne pouvaient se d�velopper par leur seule fonction de centres de services en milieu rural, et</p><p>que le manque d�espace pour la r�sidence, les loisirs et l�industrie se faisait durement sentir dans les provinces limitrophes d�Utrecht et de Hollande-Septentrionale. Ce changement d�optique a eu deux cons�quences. Dans le polder du Nord-Est, le plus �loign� des r�gions vitales du pays, il n�a d�termin� que des retouches � la situation existante par la cr�ation d�emplois industriels et tertiaires � Emmeloord. Dans les Flevoland et le futur Markerwaard, il a conduit au contraire � l�affectation d�espaces consid�rables � des utilisations non agricoles : for�ts et plages le long des lacs de bordure, zone industrielle le long de l�Oostvaardersdiep (chenal d�Amsterdam � Lelystad, entre le Flevoland-M�ridional et le Markerwaard), a�roport international dans le Markerwaard, villes nouvelles avec une extension de Lelystad beaucoup plus consid�rable qu�il n��tait pr�vu (plus de 100 000 hab.), cr�ation d�un centre urbain face � Harderwijk et surtout fondation d�une ville de 125 000</p><p>� 250 000 habitants, Almere, dans le coin sud-ouest du Flevoland-M�ridional. Des modifications peuvent encore �tre apport�es � ces projets, mais il est certain que, pour les deux polders les plus r�cents, l�accueil du trop-plein de population et d�activit�s du Randstad Holland* l�emportera sur la fonction purement agricole.</p><p>Un des probl�mes qui se posent au planificateur est l�am�nagement de voies de communication suffisantes pour permettre � la fois un trafic de transit entre l�ouest et le nord des Pays-Bas et les relations quotidiennes entre le Randstad et les nouveaux centres urbains. En attendant une possible desserte ferroviaire, l�autoroute Amsterdam-Groningue (140 km au lieu de plus de 200 par les routes actuelles), via Almere, Lelystad et Emmeloord, constituera la pi�ce ma�tresse de cette infrastructure ; il n�en existe pour l�instant qu�une �bauche avec le tron-</p><p>�on Lelystad-Emmeloord et, au sud, le pont de Muiderberg, qui permet, depuis 1969, des relations directes entre la Hollande et les polders en �vitant le d�tour par Harderwijk, Elburg ou Kampen.</p><p>J.-C. B.</p><p>Zurbar�n</p><p>(Francisco de)</p><p>Peintre espagnol (Fuente de Cantos, Badajoz, 1598 - Madrid 1664).</p><p>C�l�bre au seuil de la maturit�, d�-</p><p>mod� et presque oubli� � la fin de sa vie, �tiquet� par les critiques du XVIIIe s.</p><p>comme un � Caravage* espagnol � robuste et prosa�que, d�couvert � gr�ce � la Galerie espagnole de Louis-Philippe</p><p>� par les romantiques fran�ais, mais durci et d�form� en peintre antith�tique de moines farouches et d��blouissantes jeunes saintes, Zurbar�n conna�t aujourd�hui la vogue internationale. Mais cette ascension au premier rang des ma�tres espagnols, presque au niveau de V�lasquez*, ne date gu�re que d�un demi-si�cle : c�est depuis lors seulement que sa vie et son oeuvre, jusque-l� tr�s mal connues, ont attir� des chercheurs nombreux. En 1964, la grande exposition du tricentenaire, � Madrid, downloadModeText.vue.download 611 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11822</p><p>permettait de dresser un premier bilan, et d�autres progr�s ont �t� r�alis�s par la suite.</p><p>Ascension,</p><p>z�nith, �clipse</p><p>S�il appartient � l��cole s�villane, Zurbar�n n�est pas un Andalou. N� en Estr�madure d�un p�re basque �</p><p>commer�ant immigr� dans le Sud �, il a v�cu dans cette province archa�que et rustique beaucoup plus qu�on ne l�imaginait. Au cours d�un apprentissage de trois ann�es (1613-1616) � S�ville, chez un peintre oubli�, Pedro D�az de Villanueva, il se lie d�amiti� avec son contemporain V�lasquez et montre dans l�Immacul�e enfant qu�il signe en 1616 (Bilbao, collection Fern�ndez Vald�s) un sens vigoureux du relief. Mais il revient ensuite pour dix ans au pays natal. Mari� en 1617, � Llerena, � une femme plus �g�e que lui, p�re de trois enfants, veuf, puis remari� d�s 1625, Zurbar�n peint, pour les �glises des alentours, des retables</p><p>dont aucun ne nous est connu. On peut supposer dans ce milieu une r�gression</p><p>� gothique � et archa�sante dont t�moi-gneraient les trois grands tableaux provenant de la chartreuse de S�ville et pass�s au Mus�e provincial (v. Chartreux), si, comme on le croit, c�est pour les peindre que Zurbar�n aurait �t� appel� � S�ville.</p><p>En tout cas, � partir de 1626, il y s�-</p><p>journe souvent et des commandes importantes attestent son succ�s croissant aupr�s des ordres religieux ; il s�agit de grandes compositions en frise, souvent sur deux registres, terrestre et c�leste, ou figures isol�es sur des fonds sombres, toutes d�un dessin �nergique, peintes en nappes de couleurs durement tranch�es, qui peuplent en quelques ann�es les �glises et les clo�tres des congr�gations s�villanes : Dominicains d�s 1626 (Histoires de saint Dominique, � San Pablo, Docteurs du mus�e de S�ville, Christ en croix de Chicago) et jusqu�� 1631 (pour le coll�ge Santo Tomas : Triomphe de saint Thomas</p><p>d�Aquin, la plus ample composition de Zurbar�n, mus�e de S�ville) ; moines du � grand couvent � de la Merced de 1628 � 1634 (Histoire de saint Pierre Nolasque, dans divers mus�es, Saint S�rapion martyr de Hartford, Docteurs de la Merced � l�acad�mie San Fernando de Madrid) ; Franciscains en 1629 (Vie de saint Bonaventure pour le coll�ge San Buenaventura, cycle commenc� par Francisco Herrera* et achev� par Zurbar�n, partag� entre le Louvre et Dresde) ; Carmes du coll�ge San Alberto (Saint Cyrille et Saint Pierre Thomas de Boston) ; J�suites (la Vision de saint Alonso Rodriguez, 1630, Madrid, acad�mie de San Fernando). En juin 1629, la municipalit� invite le peintre � se fixer dans une ville qu�il honore : il s�y installe avec sa famille, pour plus d�un quart de si�cle.</p><p>La d�cennie suivante marque le z�-</p><p>nith de Zurbar�n � c�l�brit�, atelier florissant, foyer heureux � en m�me temps qu�une �volution sensible de son art. Apr�s une violente pouss�e de t�n�brisme et de tension, dont le Retable de saint Pierre � la cath�drale de S�ville et les Ap�tres du mus�e de Lisbonne (1633) marqueraient le point culminant, un s�jour de six mois � la</p><p>Cour (1634) �largit son horizon. V�lasquez le fait appeler pour collaborer � la d�coration du nouveau palais du Buen Retiro : Zurbar�n peint la D�fense de Cadix et la s�rie des Travaux d�Hercule (conserv�es au Prado), incursion malencontreuse dans un domaine qui lui reste �tranger. Il y gagne le titre, purement honorifique, de � peintre du roi � ; il d�couvre surtout les V�nitiens et les Flamands des collections royales, ainsi que les oeuvres r�centes de V�-</p><p>lasquez : sa peinture s��claire et s�assouplit, le paysage y prend une place croissante. � partir de 1636, les peintures de la Merced descalza de S�ville (notamment le Saint Laurent de l�Ermitage � Leningrad, qui baigne dans une lumi�re dor�e) et surtout les deux ensembles majeurs de la chartreuse de Jerez (1638-39, grandes compositions de retables partag�es entre Cadix, Grenoble, Pozn�n et New York, figures de chartreux conserv�es au mus�e de Cadix) et du monast�re de Guadalupe en Estr�madure (1639-1647, Vie de saint J�r�me et Chronique de l�Ordre hi�ronymite, heureusement rest�es en place) attestent l�aisance nouvelle et le majestueux �quilibre de son art.</p><p>La p�riode qui suit est plus confuse, et � coup s�r moins heureuse. Zurbar�n semble se remettre mal du choc que lui causent la mort de sa femme, en 1639, et les p�nibles d�m�l�s d�int�r�t qui suivent avec sa fille a�n�e. D�autre part, les commandes monastiques</p><p>se font plus rares : crise �conomique qui �prouve S�ville, terrible peste de 1649 qui la d�peuple (elle emportera Juan de Zurbar�n [1620-1649], brillant disciple et collaborateur de son p�re), apparition d�un nouvel astre, le jeune Murillo*. On ne peut dater des an-n�es 1640-1650 que peu d�ensembles (1644 : retable de l��glise de la Cau-delaria � Zafra, en Estr�madure). Mais Zurbar�n � qui s�est remari� en 1644</p><p>avec une jeune veuve dont il aura vite plusieurs enfants � doit subvenir � l�entretien de sa nouvelle famille : il reconvertit son atelier vers une production coloniale (contrats et documents divers attestent ses rapports avec Lima et Buenos Aires) et industrialis�e, offrant au choix des clients des cycles de saintes martyres, d�ap�tres (Guatemala, Santo Domingo ; Lima,</p><p>San Francisco), de fondateurs d�ordres, mais aussi de patriarches, de sibylles, voire de guerriers l�gendaires : grandes figures processionnelles, souvent dans des paysages, parfois directement inspir�es de gravures italiennes et surtout flamandes. Dans ces s�ries � forc�-</p><p>ment tr�s in�gales, bien que nullement n�gligeables �, la part de Zurbar�n, pour l�inspiration comme pour l�ex�cution, est difficile � discerner, d�autant que les disciples dont nous connaissons les noms (les fr�res Miguel et Francisco Polanco, Bernab� de Ayala, Francisco Cubrian, etc.) ne sont pas identifiables par des oeuvres personnelles.</p><p>Mais ces palliatifs, en d�pit du succ�s en Am�rique, sont insuffisants. De nombreux documents attestent la g�ne o� se d�bat Zurbar�n apr�s 1650. Cet homme simple et droit, probe artisan sans grande culture, affectueux et timide, incapable de supporter la solitude, mais avant tout profond�ment croyant, accepte avec une r�signation discr�te l��preuve imm�rit�e. En 1658, il va tenter de nouveau sa chance � la Cour de Madrid. Mais, malgr� l�appui de V�lasquez, son heure est pass�e. Il ne rencontre qu�indiff�rence et v�g�te dans une p�nurie qu�illustre cruellement son inventaire apr�s d�c�s.</p><p>Les tableaux, assez nombreux et souvent sign�s (� partir de 1653 : le Christ portant sa croix, cath�drale d�Orl�ans) des dix derni�res ann�es, en majorit� de dimensions moyennes, semblent</p><p>plut�t destin�s � des chapelles ou � des oratoires aristocratiques. Plus intimes et contemplatifs que narratifs, ce sont des Vierges � l�Enfant, des Immacul�es, des images de saint Fran�ois en m�ditation, le regard perdu, ou debout, momifi� dans le caveau d�Assise. Les courbes se font plus suaves, le model� plus fondu, la couleur plus sourde.</p><p>L�influence probable de Murillo, l�effort pour se mettre au go�t du jour n��tent rien � la sinc�rit� du sentiment, au charme m�lancolique de ce cr�puscule.</p><p>Solennel et candide,</p><p>surnaturel et quotidien</p><p>On aurait tort de ne voir en Zurbar�n que le peintre des moines espagnols.</p><p>Il l�est certes : et malgr� la dispersion</p><p>de ses grands ensembles, victimes au XIXe s. de l�invasion napol�onienne, puis des guerres carlistes, il reste le miroir incomparable de presque tous les ordres (et non d�un seul, comme le chartreux S�nchez* Cot�n ou le b�n�-</p><p>dictin Fr. Juan Rizi), �voquant leur chronique � travers des portraits fortement individuels, pris sur le vif dans les cellules et les clo�tres. La diversit� des habits, gris, noirs, bruns, blancs, lui fournit des accords puissants et subtils.</p><p>Il traduit le � climat � propre � chacun</p><p>� rusticit� des Chartreux et des Franciscains, distinction affable des Dominicains ou des Hi�ronymites �, mais aussi certaines constantes de types psychologiques (les dominateurs, les doux, les anxieux) ou d�attitudes spirituelles : absence d�emphase et s�r�-</p><p>nit�, disponibilit� au martyre comme au miracle, attente de la visite c�leste (Saint Pierre crucifi� chez saint Pierre Nolasque, Prado ; le Christ chez le p�re Salmer�n, Guadalupe, etc.) qui baigne la vie quotidienne de solennit� et de myst�re.</p><p>Mais ce secteur monastique repr�-</p><p>sente � peine la moiti� de l�oeuvre connu de Zurbar�n, qui est aussi un �vocateur, path�tique autant que discret, de la solitude du Christ dans la Passion (Sainte Face, Stockholm ; plusieurs Christ en croix : S�ville, Prado, Ermitage, etc.), un puissant constructeur d�ap�tres, de docteurs, de martyrs, d�une majest� tranquille. Il est surtout l�un des peintres les plus sensibles de la jeune femme et de l�enfant : et cela moins dans les images hi�ratiques de saintes aux lourdes parures que dans ces Immacul�es adolescentes, fi�res et secr�tes (Madrid, Prado, mus�e Cerralbo, etc.) qui font para�tre fades celles de Murillo, ou ces � Enfances �</p><p>de la Vierge et du Christ (la Vierge enfant endormie, Jerez ; l�Atelier de Nazareth, Cleveland), humbles sc�nes d�int�rieur charg�es de symboles et de pr�sages. Enfin, Zurbar�n � peintre des choses � est la grande d�couverte de notre temps. La conscience pleine d�amour avec laquelle il rend les pains, les fruits et les fleurs, les vanneries et les poteries, la vigueur expressive des volumes et des reflets, comme la sobri�t� et la rigueur de la composition donnent une grandeur religieuse aux morceaux de nature morte si nombreux</p><p>dans ses tableaux, et plus encore � downloadModeText.vue.download 612 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11823</p><p>quelques bodegones, dont la Corbeille de fruits, avec tasse et citrons de l�ex-collection Contini de Florence (1633) est le plus c�l�bre.</p><p>Tel quel, avec ses grandeurs et ses limites, Zurbar�n occupe une place � part dans l�art espagnol. In�gal, parfois maladroit quand un sujet ne l�inspire pas, inapte aux compositions savantes, d�-</p><p>pourvu d�invention (mais marquant ses emprunts de sa griffe, qui les simplifie et les solennise), il incorpore � sa peinture des influences multiples : D�rer*, la Flandre mani�riste et baroque, le t�n�brisme caravagesque ; en Espagne, le tendre et m�lancolique Morales*, et ceux qui ont appris le � mani�risme r�form� � de l�Escorial avant d��voluer vers le r�alisme : le S�villan Roe-las*, le Tol�dan S�nchez Cot�n. Mais l�influence majeure semble celle de la sculpture polychrome en bois, surtout en la personne du S�villan Monta��s*, qui a si fortement marqu� Zurbar�n : reliefs cassants, figuration statique et monumentale, indiff�rence aux demi-teintes et � l�enveloppe atmosph�rique, qui donnent parfois au r�el une sorte d�irr�alit� magique. On comprend</p><p>que, par rapport � ses contemporains V�lasquez et Cano*, Zurbar�n fasse vers 1650 figure d�attard�, fig� dans son univers raide et immuable. En revanche, la sensibilit� d�une �poque form�e par C�zanne* et le cubisme*</p><p>l�adopte sans effort. Ce monde �pique, viril et candide, nourri de certitudes, qui associe sans effort le surnaturel au quotidien, vient rafra�chir notre �ge aride. Il exprime en tout cas, mieux que les visions fr�missantes et d�sincar-n�es du Greco*, cette Espagne rurale des plateaux, paisible et grave, qui est peut-�tre la plus profonde Espagne.</p><p>P. G.</p><p>&amp; J. A. Gaya Nu�o, Zurbar�n (Barcelone, 1948). / M. S. Soria, The Paintings of Zurbar�n (Londres, 1953). / P. Guinard, Zurbar�n et les peintres espagnols de la vie monastique (�d.</p><p>du Temps, 1961). / R. Torres Martin, Zurbar�n, el pintor g�tico del siglo XVII (S�ville, 1963). /</p><p>M. L. Caturla, Fin y muerte de Zurbar�n (Madrid, 1965). / P. Guinard et T. Frati, Tout l�oeuvre peint de Zurbar�n (Flammarion, 1975).</p><p>Zurich</p><p>En allem. z�rich, principale v. de Suisse ; 407 000 hab. (715 000 hab.</p><p>pour l�agglom�ration).</p><p>La g�ographie</p><p>Le d�veloppement de Zurich a �t� favoris� par toute une s�rie de facteurs naturels et humains : site et situation g�ographique favorables, proximit� de zones agricoles riches et dens�-</p><p>ment peupl�es, existence d�un artisanat de vieille tradition orient� vers les �changes et acceptant le fait industriel ; dynamisme d�une population, essentiellement protestante, qui sut faire de la ville, dans le cadre de l�autonomie cantonale, une v�ritable m�tropole europ�enne ; enfin, conditions politiques issues de la neutralit� suisse et assurant la stabilit�.</p><p>Le site et la situation</p><p>Le lac de Zurich (Z�richsee) est install� dans la d�pression d�termin�e par les deux cha�nons de direction S.-E. -</p><p>N.-O., le Zimmerberg, au sud, et le Pfannenstiel, au nord. C�est � la terminaison nord du lac que s�est d�velopp�e la ville de Zurich, l� o� la Limmat joue le r�le d�exutoire. La ville, tout en �tant en contact avec les Alpes, s�ouvre sur le Mittelland. La terminaison septentrionale du lac, � la hauteur de la vieille ville, est form�e par une couronne des moraines w�rmiennes. C�est en contournant cet arc que la Sihl va rejoindre la Limmat. Un ensellement entre le Z�richberg et le K�ferberg ouvre le lac de Zurich et la vall�e de la Limmat en direction de la vall�e de la Glatt (D�bendorf, Schwamendingen, Oerlikon [�rlikon], Glattbrugg), plus pauvre en eau. Cela a favoris� l�expansion de la ville vers le nord et le nord-est (ind�pendamment du pourtour du lac).</p><p>Le lac de Zurich se trouve � une altitude de 406 m. Le point le plus �lev�</p><p>situ� sur le territoire municipal est le Uetliberg, appel� aussi Uto, culminant � 871 m. L�arc morainique, si important pour la fixation de la vieille ville, a �t�, � plusieurs endroits, perc� par les eaux de fusion des glaciers, laissant des passages importants, ainsi que des collines. D�cisive pour la gen�se de la ville a �t� la colline Lindenhof, dominant la Limmat de plus de 20 m. La ville doit beaucoup au lac, qui constitue un environnement qui n�a cess� d��tre valoris�. Ses bords ont �t� colonis�s d�s la pr�histoire. La Limmat, d�une largeur de 200 m � la sortie du lac, se r�tr�cit jusqu�� 50 m � la hauteur de l�h�tel de ville. Le lac jouant le r�le de r�gulateur, les rives de la Limmat sont donc attractives jusqu�au confluent de la Sihl, qui perturbe consid�rablement son cours.</p><p>Le d�veloppement urbain</p><p>Les routes naturelles longeant le lac se rejoignent au nord de celui-ci pour se s�parer de nouveau, formant une es-p�ce d��toile soulignant l�importance de la situation g�ographique au contact du monde alpin et du Mittelland. Le pont de l�h�tel de ville a �t� le point de convergence et de dispersion d�cisif. Un �tablissement celte, d�abord, un point d�appui militaire romain, ensuite, ont occup� cet emplacement.</p><p>Des enceintes successives agrandirent la ville, ax�e sur la rivi�re. La ceinture morainique est franchie au XIVe s., en direction de l�actuelle Bahnhofs-trasse. La ville comptait alors de 6 000</p><p>� 7 000 habitants. Le XVIIe s. voit la construction d�une enceinte � la Vauban. La situation de la ville �tait telle que celle-ci contr�lait tous les ponts in-t�ressant les r�gions voisines. De plus, elle �tait le lieu de rupture de charge entre la navigation lacustre et fluviale, d�une part, et les transports routiers, d�autre part.</p><p>L�artisanat s��tait d�velopp�, tr�s t�t, sur les rives de la Limmat utilisant la force hydraulique de cette derni�re.</p><p>Moulins, scieries et forge �taient align�s c�te � c�te. Les reste de ces �tablissements industriels �taient visibles jusqu�en 1949. Les maisons pittoresques des corporations, conserv�es</p><p>dans le voisinage rappellent ces activit�s pass�es.</p><p>Les ponts d�termin�rent aussi la</p><p>localisation des nombreux march�s.</p><p>Au XIXe s., les fortifications c�d�rent la place � des espaces verts. Ce fut l�occasion de construire des �difices publics.</p><p>C�est ainsi que, sur la � Hochschul-terrasse �, furent implant�s l�universit�, l��cole polytechnique f�d�rale (Polytechnicum), l�h�pital cantonal, les �coles cantonales, etc. La gare principale fut construite, au nord, sur un terrain vierge, en 1847. Elle permit de r�aliser la premi�re liaison suisse (Zurich-Baden). La gare donna naissance, sur pr�s de 3 km, � de multiples activit�s industrielles et commerciales.</p><p>Le travail de la soie fut introduit d�Italie d�s le Moyen �ge. Celui du coton le fut, de Locarno, au XVIe. La r�vocation de l��dit de Nantes amena de nombreux huguenots dans la ville.</p><p>L�industrie textile en profita en premier. Le travail � domicile �tait largement r�pandu � Zurich et dans les campagnes environnantes. Des entrepreneurs zurichois contr�laient ainsi downloadModeText.vue.download 613 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11824</p><p>les campagnes voisines. Au milieu du XIXe s., on d�nombrait � Zurich 40 usines � soie et 18 grossistes en soieries. La fabrication de broches � filer, de m�tiers � tisser est une cons�-</p><p>quence du travail du textile. Ainsi na-quirent des quartiers industriels de part et d�autre de la Limmat, au nord de la vieille ville. Mais rapidement l�industrie d�borda le cadre urbain pour s�installer dans les environs, notamment � Oerlikon. Les quartiers pr�sentent des diff�rences sociales assez consid�-</p><p>rables. Les fonds de vall�e ont �t� rapidement colonis�s par les populations ouvri�res. L�habitat est plus a�r� sur les coteaux, � proximit� du lac. Plus on s��loigne de la ville, plus les habitations sont cossues. La topographie ainsi que l�industrie ont amen� une v�ritable s�gr�gation sociale. C�est sur les pentes du Z�richberg qu�on trouve les plus belles habitations.</p><p>Les aspects d�mographiques En 1833, Zurich ne comptait encore que 35 000 habitants. La croissance s�acc�l�re � la fin du XIXe s., la ville atteignant 104 000 habitants en 1888</p><p>et 168 000 en 1900. Immigration, ex-c�dent des naissances et annexions de communes en sont les causes. Toutefois c�est au XXe s. que se place la croissance la plus rapide : 215 000 habitants en 1910 et 440 000 en 1960. Depuis cette date, il y a une l�g�re r�gression (407 000 en 1972) qui est due � l��migration vers la p�riph�rie de nombre de personnes ais�es.</p><p>L�immigration continue a l�g�re-</p><p>ment alt�r� la r�partition en fonction des langues parl�es. En 1970, la r�partition est la suivante : sur 1 000 habitants, 827 parlent l�allemand, 24 le fran�ais, 89 l�italien, 60 diverses langues. Zurich peut passer pour une ville protestante, mais en pourcentage la population de confession protestante n�a cess� de reculer (54,1 p. 100 en 1972).</p><p>La structure de la population montre un fort pourcentage de personnes</p><p>�g�es. Plus de 16,3 p. 100 ont plus de 65 ans. � la base de la pyramide des �ges, les moins de 20 ans regroupent 20,2 p. 100 de la population. Les �trangers n��taient que 3 250 en 1836, mais 74 000 en 1970, dont 30 500 Italiens.</p><p>La vie industrielle</p><p>En apparence, l�industrie ne donne pas des caract�res originaux � Zurich.</p><p>Toutefois, avec pr�s de 46 p. 100 des actifs (artisanat compris, selon la d�finition suisse), elle constitue l�activit� premi�re de la ville, animant d�autres secteurs �conomiques. Les quelque 6 000 �tablissements industriels diss�-</p><p>min�s dans la ville donnent une id�e de la vari�t� du travail industriel, qui repose sur une tradition artisanale vivace.</p><p>La construction de machines, d�appareils et d��quipements arrive tr�s largement en t�te, avec environ un tiers des effectifs ouvriers. Cette branche est une sp�ciale zurichoise. Elle s�exprime le mieux � travers l�importante</p><p>fabrique de machines d�Oerlikon, de r�putation mondiale, aujourd�hui incorpor�e dans le puissant groupe germano-suisse Brown Boveri &amp; Cie (BBC). Mais, � c�t� de ce g�ant, on trouve une multitude d�entreprises de moyenne importance travaillant activement pour l�exportation. L�industrie m�tallurgique (chaudronnerie, etc.) arrive en seconde position, pr�c�dant les industries graphiques, qui emploient plus de 12 000 travailleurs. Zurich est la m�tropole de la confection suisse (pr�s de 12 000 emplois). L�industrie chimique (pharmacie), avec 4 p. 100</p><p>des emplois industriels, occupe une place plus modeste. Technologique-ment tr�s avanc�e, travaillant en �troite collaboration avec l�universit� et le Polytechnicum, l�industrie zurichoise contribue activement aux exportations suisses.</p><p>La m�tropole commerciale et</p><p>financi�re de la Suisse</p><p>Le commerce, la banque et les assurances occupent un peu plus de</p><p>100 000 personnes. Gr�ce � sa situation g�ographique exceptionnelle, Zurich assure un r�le de distribution et de redistribution � l��chelle de la Suisse enti�re, voire de l��tranger imm�diat.</p><p>Les principales maisons commerciales suisses ont au moins une antenne � Zurich. Les banques et assurances fournissent � elles seules un peu plus de 16 000 emplois dans la ville. La Banque nationale suisse (banque centrale) a un double si�ge � Berne et � Zurich. Plus de 80 banques ont leur si�ge principal ou au moins une succursale importante � Zurich.</p><p>La Bourse, dont le volume de transactions est �lev�, est une des premi�res du monde. Elle a permis de mobiliser de nombreux capitaux au profit de l��conomie zurichoise. La ville s�appuie sur une vaste r�gion industrialis�e et urbanis�e. Dans un rayon de moins de 30 km, on trouve ainsi deux centres urbains qui �paulent la puissance �conomique de Zurich : Baden, si�ge de la puissante BBC, et Winterthur, si�ge d�une des plus puissantes compagnies d�assurances.</p><p>Un centre culturel et touristique</p><p>De ville suisse, Zurich s�est hiss� �, partir de la fin du XIXe s. au rang de m�tropole europ�enne.</p><p>La taille des �tablissements universitaires n�est peut-�tre pas consid�rable, mais leur renomm�e est grande. L�universit� (fond�e en 1833) est fr�quent�e par 9 800 �tudiants (1973). Le fameux Polytechnicum (fond� en 1855), fiert� de la Suisse, compte 7 000 �tudiants, dont seulement 1 350 sont du canton de Zurich, mais 4 500 du reste de la Suisse et 1 100 �trangers. On mesure le r�le national et international de Zurich � travers ces chiffres.</p><p>La vie culturelle est fond�e sur des �quipements nombreux, vari�s et de tr�s haut niveau. Le tourisme est � la fois d�affaires et culturel. � l�attrait de la vieille ville s�ajoute l�attraction de la technologie suisse. Le tourisme est non seulement une importante source de revenus, mais encore de devises.</p><p>Une m�tropole internationale et</p><p>alpine</p><p>Au XIXe s., l�essor de Zurich a �t� favoris� par les grandes perc�es alpines et le d�veloppement des chemins de fer.</p><p>De ce fait, la ville est devenue une v�ritable plaque tournante ferroviaire, int�ressant l�ensemble de la Suisse, mais aussi l�Italie, la France, l�Allemagne, voire des pays plus lointains du fait de l�importance des tunnels alpins.</p><p>Aujourd�hui, les routes et autoroutes accentuent la valeur du carrefour zurichois. L�a�roport, install� dans la zone urbanis�e de Kloten, est le premier de Suisse. Inadapt� au trafic moderne, il est en voie d�extension. En 1972, le trafic a port� sur 5,5 millions de passagers, classant Zurich au onzi�me rang des a�roports europ�ens. La compagnie Swissair a son si�ge � Zurich.</p><p>F. R.</p><p>L�histoire</p><p>L�histoire de Zurich remonte au</p><p>IIIe mill�naire avant l��re chr�tienne.</p><p>Quand les glaciers se furent retir�s, les bords du lac de Zurich se peupl�rent de cit�s lacustres. Au cours des 500 ans</p><p>qui pr�c�d�rent notre �re, des tribus celtiques, et plus tard les Helv�tes, �tablirent des colonies agricoles et b�tirent une forteresse sur l�Uetliberg.</p><p>Les Romains, ayant conquis l�Hel-</p><p>v�tie au Ier s. apr. J.-C., construisirent une citadelle et une station de p�age (Turicum) sur le Lindenhof. Selon la l�gende, les premiers chr�tiens qui s��tablirent � Zurich faisaient partie de la l�gion Th�baine ; parmi eux se trouvaient Felix, Regula et Exuperantius, qui furent d�capit�s (v. 303) � l�endroit o� se dresse aujourd�hui la Wasser-kirche : les trois martyrs devinrent les patrons de la ville.</p><p>Lors de la d�cadence de l�Empire</p><p>romain, les Alamans envahirent la cit�. Les alentours du lac furent soumis par les Ostrogoths et plus tard par les Francs. � la fin du VIIIe s., une downloadModeText.vue.download 614 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11825</p><p>�glise, que remplacera aux XIe-XIIIe s.</p><p>le Grossm�nster, fut construite (vraisemblablement par Charlemagne) et un chapitre de chanoines fut institu�. En 853, Louis II le Germanique (petit-fils de Charlemagne) fonda une abbaye de femmes, Fraum�nster, en l�honneur de Felix et Regula. Sa fille Hildegarde en fut la premi�re abbesse.</p><p>Investie de droits et privil�ges tr�s �tendus, l�abbesse de Fraum�nster fut pendant plusieurs si�cles la souveraine incontest�e de Zurich. Le Lindenhof �tait domin� par le ch�teau servant de r�sidence royale (Pfalz), autour duquel on construisit des �glises, des couvents et les habitations destin�es aux dignitaires de la cour, marchands et artisans.</p><p>La petite cit� m�di�vale, qui comptait 6 000 habitants, jouit d�une heureuse prosp�rit� pendant 350 ans. Le nom de R�diger Manesse, avec son cercle de � Minnes�nger �, d�artistes et de m�c�nes, t�moigne d�une premi�re floraison litt�raire et artistique au XIIIe s.</p><p>En 1218, Zurich fut proclam�e ville libre. Un si�cle plus tard, les artisans, ayant � leur t�te Rudolf Brun (v. 1300-</p><p>1360), renvers�rent le gouvernement aristocratique (1336). Treize corporations artisanales fond�es � cette �poque prirent en main le gouvernement de la cit� avec la corporation des � seigneurs �, comprenant les aristocrates et les marchands. Elles exerc�rent le pouvoir durant plus de 300 ans et subsistent encore aujourd�hui, comme associations culturelles et sociales, sans aucune influence politique.</p><p>En 1351, Zurich adh�ra � la Conf�-</p><p>d�ration helv�tique, fond�e en 1291, dont elle forma le cinqui�me canton.</p><p>Apr�s maintes querelles territoriales contre Schwyz et les autres Conf�d�r�s (guerre de Zurich, 1436-1446), l�alliance des cantons fut d�finitivement consolid�e vers 1450. L�acquisition du comt� de Kyburg en 1452 et de la ville de Winterthur en 1467, une participation d�terminante aux guerres de la Conf�d�ration contre l��tat bourguignon valent � Zurich � au sommet de sa puissance � une influence pr�pond�rante au sein de la Conf�d�ration, sp�cialement sous le gouvernement de son bourgmestre Hans Waldmann</p><p>(1435-1489).</p><p>Le 29 janvier 1523, le th�ologien Ulrich Zwingli* fait adh�rer Zurich � la R�forme. La cit� fut d�s lors un centre de sa nouvelle doctrine en Suisse ; elle eut par la suite � souffrir de luttes confessionnelles. Quand ces querelles eurent pris fin, Zurich connut un renouveau de prosp�rit� �conomique et culturel, marqu� par les noms de J. J. Bodmer et de J. J. Breitinger �</p><p>qui redonn�rent un lustre � la litt�rature allemande �, de Salomon Gessner,</p><p>peintre et po�te bucolique, de Johann Martin Usteri, �crivain et peintre, de Johann Kaspar Lavater, un des cr�ateurs de la physiognomie et grand ami de Goethe, de Heinrich Pestalozzi, p�dagogue de r�putation mondiale, de Heinrich F�ssli, peintre, etc. En 1756, Zurich comptait 11 600 habitants.</p><p>Pendant la premi�re moiti� du</p><p>XIXe s., Zurich subit des transformations profondes. Au d�veloppement rapide de l�industrie dans le canton et la ville (industrie textile, construction de machines) s�associa l��mancipation d�mocratique des paysans et</p><p>des bourgeois contre les traditionnels groupements patriciens �litaires. Depuis 1848, ann�e o� fut �tablie la nouvelle constitution f�d�rale, Zurich n�a cess� de jouer un r�le de premier plan dans les destin�es de la Conf�d�ration, gr�ce � sa puissance �conomique et � l�influence de personnalit�s comme Alfred Escher (1819-1882), initiateur de la cr�ation du Polytechnicum et de la construction de lignes de chemin de fer, parmi lesquelles celle du Saint-Gothard. Au d�but du XIXe s., la ville entreprit de raser ses fortifications et engloba treize faubourgs, avec lesquels elle ne forma plus qu�une seule commune � partir de 1893.</p><p>La seconde moiti� du XIXe s. fut une p�riode de prosp�rit� �conomique ; elle fut aussi marqu�e par le rayonnement consid�rable de la vie culturelle zurichoise, ses repr�sentants les plus illustres �tant Gottfried Keller et Conrad Ferdinand Meyer, classiques de la litt�rature allemande. Des personnalit�s �minentes telles que l��crivain Georg B�chner et l�historien Theodor Mommsen enseign�rent � l�universit� et au Polytechnicum. Nombres d�artistes, d��crivains, de savants et d�hommes d��tat ont v�cu et travaill� � Zurich, Richard Wagner entre autres.</p><p>Au XXe s., la ville fut en proie aux luttes de partis. Apr�s la Premi�re Guerre mondiale, les socialistes</p><p>conquirent la majorit� dans les deux conseils de la ville (1925-1928) et la conserv�rent jusqu�en 1949. Depuis lors, les forces politiques en pr�sence tendent � s��quilibrer. (Une particularit� int�ressante de cette �poque fut la cr�ation d�un nouveau parti ind�-</p><p>pendant par l�entreprenant Zurichois Gottlieb Duttweiler, cr�ateur des su-permarch�s � Migros �.) En 1934, huit autres faubourgs ont �t� rattach�s � la commune de Zurich.</p><p>H. O.</p><p>F Suisse.</p><p>&amp; P. Kl�ni, Z�rich. Geschichte der Stadt und des Bezirks (Zollikon, 1948).</p><p>Zwingli (Ulrich)</p><p>R�formateur suisse (Wildhaus, cant.</p><p>de Saint-Gall, 1484 - Kappel, cant. de Zurich, 1531).</p><p>Les d�buts</p><p>Ulrich (ou Huldrych) Zwingli na�t le 1er janvier 1484 � Wildhaus, petite bourgade alpestre d�pendant de l�abbaye de Saint-Gall. Fils d�une famille nombreuse mais ais�e de paysans, il grandit dans une atmosph�re de fid�-</p><p>lit� � l��glise et de conscience civique solide. Tout enfant, il est confi� � un de ses oncles, pr�tre, qui lui enseigne le latin, avant qu�il aille parfaire sa formation � Vienne et � B�le. Apr�s des ann�es de tr�s bonnes �tudes, il quitte l�universit� et, en 1506, devient cur� de Glaris. Quelques ann�es se passent sans histoires ; il s�int�resse avec d�autres � l�Antiquit� red�couverte, participant aux heurs et malheurs des mercenaires suisses : aum�nier des vaincus de Mari-gnan, il en tire la conclusion que seule la neutralit� est compatible avec la situation et le temp�rament des Suisses.</p><p>Comme ses paroissiens ne l�entendent pas de cette oreille, il les quitte en 1516 et devient pr�dicateur du p�lerinage d�Einsiedeln. Comme Luther, il se plonge alors dans le texte grec du Nouveau Testament, qu��rasme vient d��diter et, sans grande crise, avec une enti�re conviction, il d�couvre que le centre de l��vangile est le pardon, la bonne nouvelle de la mis�ricorde du Christ.</p><p>Le r�formateur</p><p>D�s lors, sa pr�dication a un sel et une verve inusit�s : il est promu � la coll�giale (Grossm�nster) de Zurich en 1518 et commence, le 1er janvier 1519, pour l�instruction du peuple, � y pratiquer la lectio continua, lecture et explication d�un texte d�un bout � l�autre ; cette mani�re de pr�cher sera longtemps une des caract�ristiques des r�form�s, face aux luth�riens rest�s fid�les � l�usage catholique des p�ri-copes. Et sans que l�on puisse bien en dater les �tapes, il parvient petit � petit au terme d�une �volution o�, d�humaniste qu�il �tait, il est devenu protestant : les ouvrages de Luther, qu�il d�couvre vers 1520, correspondent � une certitude d�j� �tablie en lui et qu�il</p><p>confirme dans chacune de ses prises de paroles et aussi, en 1522, en �pousant secr�tement Anna Reinhard, une veuve de la bonne soci�t� zurichoise, r�clamant, au nom de la seule autorit� valable, l��criture, le droit, pour tous les pr�tres, de se marier.</p><p>L�affaire passe alors du plan priv� au domaine public : les autorit�s de Zurich, voulant arbitrer un d�bat que l��v�que se refuse � trancher, organisent une � dispute � : le 29 janvier 1523, devant 600 personnes, Zwingli d�fend 67 th�ses th�ologiques, articul�es autour d�une solide confession christocentrique, avec quelques traits de spiritualisme (l�homme peut parvenir � la foi directement par l�Esprit, sans la n�cessaire m�diation de la Parole). � l�issue du d�bat, le Grand Conseil de Zurich adopte les th�ses et leur programme r�formateur : sans drame ni effusion de sang, la ville libre est pass�e � la R�forme. Zwingli pousse son avantage, r�digeant le Commentaire des 67 th�ses, premi�re dogmatique protestante en allemand, posant dans son sermon, � la Justice divine et la justice humaine �, la question des rapports entre l��glise et la soci�t� et entreprenant une r�forme liturgique, avec, bien entendu, l�introduction dans le culte de la langue vulgaire en lieu et place du latin. Malgr� quelques remous internes, dus aux exc�s des iconoclastes, la R�forme progresse � grands pas.</p><p>En novembre 1523, Zwingli publie</p><p>la Br�ve Instruction chr�tienne, simple petit manuel destin� � exposer � tous, aux la�ques d�abord, les grands points de la doctrine �vang�lique. Dans le m�me temps, les images sont bannies des �glises, les couvents sont s�cularis�s, les biens et revenus eccl�siastiques mis au service de tous, notamment par la cr�ation d�une �cole d�ex�g�se biblique qui est bien la premi�re universit� populaire protestante. En 1525, la messe est abolie ; elle est remplac�e par la pr�dication de la Parole, dans un cadre extr�mement d�pouill� (sans orgue !) ; la c�ne n�est plus c�l�br�e que quatre fois l�an. Il vaut la peine de s�arr�ter un instant � ce dernier fait : la r�action contre la messe, son caract�re � myst�rique � et sacerdotal, les superstitions et les angoisses aux-</p><p>quelles donnait lieu le magisme entretenu par le pouvoir cl�rical � �vacue l�enfant avec l�eau du bain � : ce qui, au d�part, n�est qu�une sorte de � je�ne eucharistique �, pour mieux retrouver downloadModeText.vue.download 615 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11826</p><p>la c�ne, s�installe et prive les fid�les de la joie de la communion ; l�aust�rit� et la raideur protestantes sont largement le fruit de cette pauvret� volontaire, dont, malgr� les renouveaux biblique et liturgique, les �glises r�form�es ne sont pas encore d�livr�es.</p><p>Ceci explique-t-il cela ? Le conflit doctrinal majeur de la R�forme naissante fut, on le sait, l�affrontement entre Luther et Zwingli sur l�eucharistie : pour Luther, comme ult�rieurement pour Calvin, l�essentiel est, quelles qu�en soient les modalit�s, la pr�sence r�elle du Christ dans la c�ne, le pain et le vin n��tant pas transform�s, mais devenant signes et v�hicules de sa vie donn�e et cr�atrice de communion.</p><p>Pour Zwingli, le � est � de � ceci est mon corps � (verbe que J�sus n�a, de toutes fa�ons, pas prononc�, puisqu�il n�existe pas en aram�en !) doit �tre compris dans le sens de � signifie � : les paroles d�institution de l�eucharistie doivent donc �tre prises dans un sens symbolique ; la c�ne est un m�morial de la Passion... Luther, croyant retrouver l� les errements de ses adversaires de Wittenberg, avait r�agi avec la plus grande �nergie lorsqu�il avait �t� inform� des positions des Zurichois.</p><p>Or, � l�initiative du prince Philippe de Hesse, d�sireux de souder au plan doctrinal la coalition protestante contre les puissances catholiques, un colloque se r�unit � Marburg en 1529 : les meilleurs th�ologiens de la R�forme naissante s�y rencontrent et s�y affrontent trois jours durant. En vain... et on se s�-</p><p>pare, apr�s avoir r�dig� quinze articles, les premiers faisant �tat de tous les accords existant entre les deux partis, le quinzi�me constatant les divergences sur l�eucharistie : on est d�accord pour</p><p>que toute l�assembl�e re�oive le pain et le vin, pour affirmer qu��tre chr�-</p><p>tien, c�est �tre nourri spirituellement du corps et du sang du Christ, mais on diverge d�opinion sur la question de savoir � si les vrais corps et sang du Seigneur sont corporellement pr�sents dans le pain et le vin de la c�ne �.</p><p>C�est l��chec, une division qui, � l��poque, a un poids que nous n�ima-ginons plus et des cons�quences politiques graves : les protestants vont dispers�s aux grands affrontements de la fin du si�cle ; au-del� du XVIe s., deux courants se poursuivent : l�un, luth�ro-calvinien, enracin� dans la tradition oecum�nique, insiste sur le caract�re d��v�nement dynamique de la rencontre avec le Christ r�ellement pr�sent dans la c�ne ; l�autre, l�gitimement m�fiant � l��gard de tous les d�bats sur les explications du mode de cette pr�sence et des garanties minist�rielles qui en assurent l�effectivit�, souligne que l�important est l�intention de la communaut� de se situer dans la fid�lit� aux origines et au fondateur du christianisme. Les deux accents sont justes l�un et l�autre ; s�par�s, ils sont g�n�rateurs de bien des malentendus : s�agit-il de l�actualit� de la pr�sence, certes, mais la tradition va-t-elle amplifier, codifier, noyer, dans un formidable �difice, le message originel ? S�agit-il de revenir sans cesse � ce dernier, mais ne risque-t-on pas de sacrifier le pr�sent au pass� et la vie de l�Esprit au souvenir religieux ? Christ de la foi et J�sus de l�histoire sont-ils condamn�s � s�affronter et � s�exclure ? Le d�bat traverse aujourd�hui toutes les �glises, et si les luth�ro-calviniens ont, en cette affaire, gard� le contact avec les autres branches de la famille chr�tienne, force est de constater que cela les a souvent condamn�s � une absence de fait � l��gard des grands probl�mes du pr�-</p><p>sent ; tandis que les zwingliens, s�ils sont parfois aux limites de l�agnosti-cisme � racines historiques chr�tiennes, ont conserv� de leur r�formateur un sens aigu de l�actualit� des hommes ; c�est en elle, avant tout, qu�ils pensent devoir chercher et rencontrer le Christ vivant. Dans toutes les �glises, il en est aujourd�hui qui pensent que ces deux accents sont compatibles : ne serait-ce pas en rencontrant quoti-</p><p>diennement le Christ dans � les plus petits de ses fr�res � et en les servant par la lutte pour la justice qu�on peut vraiment �tre en communion avec lui dans l�eucharistie ?</p><p>Les adversaires</p><p>Comme Luther avec les paysans et Calvin avec Michel Servet, Zwingli trouve devant lui d�irr�ductibles adversaires, qu�il combat avec les m�thodes de son �poque : les baptistes anarchistes, connus sous le nom d�anabaptistes*, veulent saper l��difice fragile de la nouvelle �glise et de la soci�t� civile qui la porte en elle : en 1527, un des chefs du mouvement Felix Manz est noy� dans le lac, � ayant p�ch� par l�eau et ch�ti� par l�eau �...</p><p>Comme il fallait s�y attendre, la r�action � la R�forme zurichoise s�organise : les cantons catholiques, Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne, Zoug, ainsi que ceux de Soleure et Fribourg, constituent en avril 1524 l�� alliance de Beckenried �. Malgr� les exhortations � l�union qu�il fait entendre, Zwingli et ses Zurichois sont mis en marge de la Conf�d�ration ; bien plus, en 1526, downloadModeText.vue.download 616 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse - Vol. 20</p><p>11827</p><p>la di�te, sur la base d�une dispute qui a eu lieu en mai-juin � Baden, et pour laquelle les catholiques ont fait donner leurs meilleurs th�ologiens et pol�-</p><p>mistes, condamne Zwingli et somme Zurich, en vain, de l�abandonner.</p><p>Mais voici qu�en 1527 Berne, � son tour, bascule dans le camp protestant et, en janvier 1528, au cours d�une dispute organis�e dans cette ville, les protestants, tirant les enseignements de Baden, font un retour en force. Devenu officiellement r�form�, le canton de Berne jouera un r�le d�cisif : en 1536, il s�emparera du pays de Vaud et, du coup, c�est toute la Suisse francophone qui s�ouvrira aux id�es nouvelles ; Gen�ve aussi, o� Calvin, sans cela, n�aurait pu trouver refuge...</p><p>Mais d�s 1529 la situation se radi-</p><p>calise : face aux succ�s protestants, les catholiques s�allient � l�Autriche, l�ennemi h�r�ditaire des Conf�d�r�s ; la guerre de religion est � la porte ; diff�r�e un moment, que Zwingli utilise pour essayer de constituer une ligue d��tats protestants oppos�s � la coalition catholique, recherchant des alli�s en haute Allemagne et m�me en France ; il s�efforce d�obtenir l�appui de Fran�ois Ier, en lui d�diant, en 1531</p><p>(comme il l�avait fait en 1525 de son De vera et falsa religione commen-tarius, expos� syst�matique de la religion r�form�e), son dernier �crit th�ologique, la Brevis ac Distincta Summa sive Expositio christianae fidei.</p><p>Comme la situation entre l��glise et le pouvoir se tend � Zurich m�me, il offre sa d�mission ; on la refuse ; finalement, les catholiques attaquent les cantons protestants qui les ont soumis � un blocus : le 11 octobre 1531, � Kappel, les Zurichois, priv�s de l�appui des Bernois, subissent une d�faite compl�te ; Zwingli, qui est avec les siens comme aum�nier, est tu� ; son cadavre est coup� en quatre par le bourreau et br�l�. La paix qui s�ensuit fixera pour trois si�cles les fronti�res confessionnelles � l�int�rieur de la Conf�d�ration helv�tique.</p><p>Tel est le dernier acte de cette vie intense. Si l�on peut, � juste titre, regretter que, comme tant d�autres, Zwingli n�ait pas �t� pr�par� � la t�che historique qu�il devait assumer et que sa th�ologie, �labor�e au fur et � mesure des besoins de tout un peuple, n�ait pas la rigueur et l��quilibre des oeuvres de cabinet, il n�en est pas moins exemplaire � plus d�un titre : non seulement parce qu�il a eu le souci permanent de ne pas laisser retomber dans une � religion � d�autorit� et d��vasion, dans un syst�me clos de garanties, de rites et de m�diateurs l��vangile red�couvert dans sa puret� ; mais encore parce qu�il a compris et v�cu jusqu�� la mort qu�il doit �tre cru et traduit dans le domaine politique ; car si l�amour ne vise pas � la constitution d�une cit� nouvelle, esquissant la nouvelle J�rusalem, c�est qu�il n�est pas celui du Christ de la foi, ni de J�sus de l�histoire, pour qui c�est bien � la justice qui est l��panouisse-</p><p>ment de l�amour et de son av�nement triomphal � (Bernanos).</p><p>G. C.</p><p>F Calvin / Protestantisme / R�forme.</p><p>&amp; J. Courvoisier, Zwingli (Labor et Fides, Ge-n�ve, 1947) ; Zwingli, th�ologien r�form� (Delachaux et Niestl�, Neuch�tel, 1965). / J. V. Pollet,</p><p>� Zwinglianisme � dans Dictionnaire de th�ologie catholique, t. XV, 2e partie (Letouz� et An�, 1950) ; Huldrych Zwingli et la R�forme en Suisse d�apr�s les recherches r�centes (P. U. F., 1963).</p><p>/ J. Rilliet, Zwingli, le troisi�me homme de la R�forme (Fayard, 1959).</p><p>downloadModeText.vue.download 617 sur 635</p><p>downloadModeText.vue.download 618 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11829</p><p>direction de la publication</p><p>�tienne GILLON, Claude MOREAU,</p><p>Jean-Louis MOREAU</p><p>r�daction</p><p>Claude DUBOIS, r�dacteur en chef</p><p>Francis BALLE, Mich�le BEAU-</p><p>COURT, Marcelle BENOIT, Jacques</p><p>BOURNEUF, Didier CASALIS,</p><p>Alfred CATON, Anne-Marie CAT-</p><p>TAN, �dith CHABRIER, Jacques</p><p>DALBANNE, Jacques DEMOUGIN,</p><p>Norbert DUFOURCQ, Pierre DU-</p><p>FOURCQ, Armelle DUMAS, Marie-</p><p>Th�r�se EUDES, Henri FRIEDEL,</p><p>Gilbert GATELLIER, H�l�ne HA-</p><p>CHARD, Chantal de JACQUELOT,</p><p>Sylvain LABOUREUR, Bernadette</p><p>LAINE, Jean LAMBERT, Suzanne</p><p>LARRUE, Gilles de LUZE, Jean-</p><p>Pierre M�VEL, Danielle NAKACHE,</p><p>Ren� OIZON, Jean-Loup PASSEK,</p><p>Pierre PIERRARD, Andr� POINCHE-</p><p>VAL, Ir�n�e TERRI�RE, Raymond</p><p>TOUREN, Mady VINCIGUERRA.</p><p>correction-r�vision</p><p>Pierre BASSET, chef du service de correction</p><p>Bernard CHAUDAT, Bernard DAU-</p><p>PHIN, Claude DHORBAIS, Louis</p><p>PETITHORY, Ren� VIOLOT.</p><p>maquette de</p><p>Serge LEBRUN</p><p>assist� de Christiane CROS, Claude MAGNIN-RENONCIAL et Simone</p><p>PIERRE.</p><p>documentation g�n�rale</p><p>Georges GRELOU, chef du service de documentation</p><p>documentation iconographique</p><p>Jacques PIERRE, chef du service de documentation iconographique</p><p>Bernard CROCHET, Jane FASQUEL,</p><p>Fran�oise GUILLOT, Monique PLON,</p><p>Viviane POITEVIN, Mich�le STROM-</p><p>BERG, Monique TILLEQUIN.</p><p>cartographie</p><p>Soci�t� fran�aise d��tudes et de r�alisations cartographiques</p><p>Mich�le B�ZILLE, Genevi�ve</p><p>PAVAUX</p><p>dessin</p><p>Roger LEPERRE, chef du service du dessin</p><p>Daniel BAILLON, Ernest BERGER,</p><p>Mireille CHENU, Guy DAUXERRE,</p><p>Jean DEMION, Michel DERAIN,</p><p>Jacques DEUM, Henri DEWITTE,</p><p>H�l�ne FRANTZ, Yannick GRA-</p><p>PARD, Francine HOULLEY, Paulette</p><p>MEUNIER, Marcel MILLER, Hubert</p><p>NOZAHIC, Pierre RIVALLAIN, Jean</p><p>WECLA.</p><p>photographie</p><p>Andr� LAPORTE, Guy MOTT�, chefs</p><p>du service photographique</p><p>G�rard LE GALL, sous-chef du service photographique</p><p>Mariano AGUAYO, Jacques BOT-</p><p>TET, Jean D�COUT, Henri MAL-</p><p>B�QUI, Jean-Louis PASQUIER,</p><p>Fran�oise ROLLAND, Jacques ROU-</p><p>CHEUX, Ren� SERGENT, Jacques</p><p>TOROSSIAN, Michel TOULET.</p><p>Principaux</p><p>collaborateurs</p><p>ACHE (Jean-Baptiste), docteur �s</p><p>lettres, professeur titulaire au Conservatoire national des arts et m�tiers, directeur du Centre de recherche et de documentation d�histoire moderne de</p><p>la construction.</p><p>ACKERMANN (Robert), licenci� en</p><p>droit canonique, r�dacteur aux informations religieuses de � la Croix �.</p><p>ADAM (Marion),</p><p>kin�sith�rapeute-monitrice.</p><p>ADH�MAR (Jean), conservateur en</p><p>chef du cabinet des Estampes de la Biblioth�que nationale.</p><p>ADLE (Charyar), ancien �l�ve �tranger de l��cole du Louvre, attach� de recherche au C. N. R. S., charg� de cours � l�Institut national des langues et civilisations orientales, universit� de Paris-III.</p><p>ADRIAN, membre de l�Association de la presse du music-hall et du cirque, �crivain et journaliste.</p><p>AGHION (Ir�ne), conservateur au cabinet des M�dailles de la Biblioth�que nationale.</p><p>AGNEL (Aim�), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�-</p><p>rieur de musique, docteur de 3e cycle (musicologie), conseiller technique et p�dagogique � l�Institut national d��ducation populaire de Marly-le-Roi.</p><p>AGOGU� (Jean-Fran�ois), chef</p><p>de la rubrique � Golf � du journal</p><p>� l��quipe �.</p><p>AGOURTINE (L�on), membre du</p><p>Centre national d��tudes de politique �trang�re.</p><p>AKOUN (Andr�), docteur en socio-</p><p>logie, ma�tre assistant de sociologie � l�universit� de Paris-V.</p><p>ALBERT (Pierre), agr�g� de l�Universit�, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Paris-II.</p><p>ALBOUY (Pierre), docteur �s lettres, professeur � la Sorbonne, directeur d�U. E. R. � l�universit� de Paris-VII.</p><p>ALBRECHT (Fr�d�ric), pr�sident de l�Association d�acridologie, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>ALEXANDRIDIS (Katerina), dipl�-</p><p>m�e de l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts d�Ath�nes.</p><p>ALLEAU (Ren�), licenci� �s</p><p>lettres, licenci� �s sciences, dipl�m� d��tudes sup�rieures de philosophie, ing�nieur-conseil.</p><p>AMIEL (Mireille), d�l�gu�e g�n�-</p><p>rale de la F�d�ration fran�aise des cin�-clubs.</p><p>ANDR� (Fernand), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, ancien chef de la section � Missiles-Espace � au secr�-</p><p>tariat g�n�ral de la D�fense nationale.</p><p>ANGELLOZ (Jean-Marc), dipl�m� de</p><p>l��cole des sciences politiques, d�l�gu� g�n�ral de la F�d�ration des syndicats de producteurs de p�tes pour papiers et textiles artificiels, pr�sident du Syndicat des industries de la cellulose et de la papeterie pour la sauvegarde de l�environnement � EN. CEL. PA. �.</p><p>ANGLADETTE (Andr�), ing�nieur</p><p>agronome, ing�nieur d�agronomie</p><p>tropicale, licenci� �s sciences, inspecteur g�n�ral de recherche honoraire (O. R. S. T. O. M.), professeur d�agriculture tropicale au C. N. E. A. T.-</p><p>I. S. T. O. M., membre de l�Acad�mie des sciences d�outre-mer.</p><p>ANGUELOV (Dimitar), membre de</p><p>l�Acad�mie des sciences de Bulgarie, professeur � l�universit� de Sofia.</p><p>ANSART (Pierre), docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Paris-I.</p><p>ANSIAU (B�atrice), ancienne �l�ve de l��cole du Louvre.</p><p>ARDOINO (Jacques), docteur �s</p><p>lettres et sciences humaines, licenci� en droit, philosophie et psychologie, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Paris-VIII, pr�sident de l�Association nationale pour le d�veloppement des sciences humaines appliqu�es.</p><p>ARMANET (Jean), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, ing�nieur en chef au Corps des mines en retraite, ancien professeur d�exploitation des mines aux �coles des mines de Saint-</p><p>�tienne et de Paris, et � l��cole cen-</p><p>trale des arts et manufactures.</p><p>AROM (Simha), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�-</p><p>rieur de musique, docteur en ethnologie, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>ARON (Raymond), docteur �s lettres, professeur au Coll�ge de France.</p><p>ARRAMBIDE (Jean), ing�nieur g�n�-</p><p>ral des services techniques de la Ville de Paris, chef du service technique des eaux.</p><p>ASSOCIATION FRAN�AISE DE</p><p>NORMALISATION (AFNOR).</p><p>AUBINEAU (Michel), ing�nieur agricole, ma�tre de conf�rences � l�Institut national agronomique (machinisme</p><p>agricole).</p><p>AUBRUN (Charles V.), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, membre de la Hispanic Society, � New York, membre correspondant de la Real Aca-demia Espa�ola, professeur � l�universit� de Nice.</p><p>AUCOUTURIER (Michel), agr�g� de</p><p>russe, charg� d�enseignement � l�universit� de Paris-IV.</p><p>AUG� (Marc), agr�g� de l�Univer-</p><p>sit�, docteur �s lettres, sous-directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>AULOTTE-LEGAY (Robert), docteur</p><p>�s lettres, professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>AVERMAETE (Roger), membre</p><p>de l�Acad�mie royale flamande de</p><p>Belgique.</p><p>AYMONIN (G�rard-Guy), sous-di-</p><p>recteur du laboratoire de phan�rogamie au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>BABLET (Denis), docteur �s lettres, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>BABONAUX (Yves), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-I.</p><p>BACIOCCHI (Joseph de), charg� de</p><p>cours � la facult� de th�ologie catholique de Lyon, expert au comit� �piscopal pour l�unit� des chr�tiens.</p><p>BACK�S-CL�MENT (Catherine),</p><p>agr�g�e de l�Universit�, ma�tre assistante � l�universit� de Paris-I.</p><p>BADET (Jean-Pierre), licenci� �s</p><p>lettres, documentaliste.</p><p>BAECHLER (Jean), docteur �s lettres, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>BAGLIN (Annie), agr�g�e de math�-</p><p>matiques, docteur �s sciences, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>BAILB� (Jacques), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de litt�rature fran�aise � l�universit� de Caen.</p><p>B&#x102;LAJ (Teofil), attach� culturel de l�ambassade de la R�publique socialiste de Roumanie en France.</p><p>BALBIR (Nicole), docteur �s lettres, professeur � l�Institut national des langues et civilisations orientales, charg�e de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>BALLE (Francis), ma�tre de conf�-</p><p>rences � l�universit� de Paris-II, directeur de l�Institut fran�ais de presse.</p><p>downloadModeText.vue.download 619 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11830</p><p>BAR (Francis), agr�g� de lettres, docteur �s lettres, dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section), laur�at de l�Institut, professeur de philologie fran�aise � l�universit� de Caen.</p><p>BARB� (Yann), licenci� �s lettres.</p><p>BARB�RIS (Pierre), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l��cole normale sup�rieure de Saint-Cloud.</p><p>BARBIN (Madeleine), conservateur � la Biblioth�que nationale, professeur � l��cole du Louvre.</p><p>BARNEVILLE (Fran�ois Brisout de), g�n�ral de brigade (C. R.).</p><p>BARRET-KRIEGEL (Blandine),</p><p>agr�g�e de philosophie, charg�e de cours � l�universit� de Paris-I.</p><p>BARTH�LEMY (Maurice), docteur</p><p>en histoire de l�art et arch�ologie de l�universit� de Li�ge, biblioth�caire du Conservatoire royal de musique de Li�ge.</p><p>BASTARD (Jean), chef de clinique</p><p>assistant des h�pitaux d�Angers.</p><p>BASTI� (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-IV.</p><p>BATAILLON (Claude), agr�g�</p><p>de l�Universit�, docteur �s lettres, ma�tre de recherche (g�ographie) au C. N. R. S.</p><p>BATICLE (Jeannine), conservateur</p><p>au d�partement des peintures du mus�e du Louvre.</p><p>BATTISTINI (Ren�), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, directeur du d�partement de g�ographie de l�universit� d�Orl�ans, ancien doyen de la facult� des lettres et sciences humaines de Tananarive.</p><p>BAUCHOT (Roland), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-VII.</p><p>BAUDRY (Georges), ing�nieur Arts et M�tiers, ing�nieur � l�imprimerie Cr�-</p><p>t�, consultant en imprimerie.</p><p>BAUDRY (Ren�), d�l�gu� en France</p><p>des Archives publiques du Canada.</p><p>BAUDRY-WEULERSSE (Delphine),</p><p>licenci�e en russe et en chinois, docteur en �tudes extr�me-orientales, ma�tre assistante de litt�rature chinoise � l�universit� de Paris-VII.</p><p>BAUER (Michel), dipl�m� de l��cole des hautes �tudes commerciales, titulaire de la ma�trise de sociologie, assistant � l��cole des mines de Paris.</p><p>BAUER (Roger), docteur �s lettres, professeur de litt�rature allemande et</p><p>de litt�rature compar�e � l�universit� de Munich.</p><p>BAY�N (Dami�n), docteur en his-</p><p>toire, membre du Comit� des conseillers artistiques de l�Unesco � Paris, visiting professor � l�universit� d�Austin (Texas).</p><p>BAZIN (Germain), conservateur en</p><p>chef honoraire du mus�e du Louvre, membre de l�Institut.</p><p>BAZIN (Jean), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant de sociologie � l�universit� de Paris-V.</p><p>BEAULIEU (Mich�le), conservateur</p><p>au mus�e du Louvre.</p><p>BEAUMONT (Andr�), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-XI.</p><p>BEAUVILLAIN (Ren�), professeur</p><p>d�optique � l��cole normale sup�rieure de l�enseignement technique.</p><p>BECQUELIN (Pierre), agr�g� d�his-</p><p>toire, docteur en pr�histoire, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>B�DARIDA (Fran�ois), ma�tre de</p><p>conf�rences � l�Institut d��tudes politiques de Paris, ancien directeur de la Maison fran�aise d�Oxford.</p><p>BEHMAN (Issa), docteur �s lettres, professeur � l�universit� de T�h�ran.</p><p>BELLAS (Jacqueline), agr�g�e de</p><p>lettres, charg�e d�enseignement � l�universit� de Toulouse-Le Mirail.</p><p>BENJAMIN (Roger), docteur en bio-</p><p>logie, docteur �s lettres, directeur de la Fondation pour la recherche sociale.</p><p>BENOIT (Marcelle), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, docteur �s lettres et sciences humaines, charg�e de cours au Conservatoire national sup�rieur de musique, secr�taire g�n�rale de la R�daction.</p><p>BERCHTOLD (Alfred), docteur �s</p><p>lettres, charg� de cours � la facult� des lettres de l�universit� de Gen�ve et � l�Institut des sciences de l��ducation de</p><p>Gen�ve.</p><p>B�RENGER (Jean), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales vivantes, professeur d�histoire moderne � l�universit� de Rennes-II.</p><p>BERGIER (Jacques), membre de</p><p>l�Acad�mie des sciences de New York.</p><p>BERNARD (Roger), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, membre de l�Acad�mie des sciences de Bulgarie, professeur au Centre universitaire des langues orientales vivantes, charg� de cours en Sorbonne.</p><p>BERNARD-MA�TRE (Henri), direc-</p><p>teur de l�Institut d�ethnologie et de sociologie religieuse, � Chantilly.</p><p>BERNOT (Denise), docteur �s lettres et sciences humaines, archiviste-pal�ographe, professeur � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>BERRY (Andr�), docteur �s lettres, grand prix de po�sie de l�Acad�mie fran�aise, grand prix litt�raire de la ville de Bordeaux.</p><p>BERTAUD (Jean-Paul), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I.</p><p>BERTRAND (Jean-Marie), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I.</p><p>BESSE (Jean), ing�nieur agronome</p><p>I. N. A., ing�nieur en chef d�Agronomie, directeur de lyc�e agricole.</p><p>BESSET (Maurice), conservateur du mus�e de Grenoble.</p><p>BESSI�RE (Jean), agr�g� de lettres modernes, docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences de litt�rature compar�e � l�universit� d�Amiens.</p><p>BESSON (Ren�), directeur � la Compagnie Thomson-Brandt � Paris, professeur de technologie industrielle � l��cole fran�aise de radio-�lectricit� de Paris.</p><p>BEX (Florent), licenci� en histoire de l�art, directeur du Centre international</p><p>culturel d�Anvers.</p><p>BEX-VERSCHAEREN (Hedwig),</p><p>licenci�e en histoire de l�art, attach�e aupr�s du mus�e royal des Beaux-Arts d�Anvers.</p><p>BIARDEAU (Madeleine), directrice</p><p>d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>BIAYS (Pierre), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Lille-I.</p><p>BIDAN (Pierre), ing�nieur agronome I. N. A., ing�nieur frigoriste I. F. F. I., directeur de recherche � l�Institut national de la recherche agronomique, directeur de la Station de technologie des produits v�g�taux.</p><p>BILLON (Jean), m�decin en chef des arm�es.</p><p>BISSON (Claire), docteur en</p><p>psychologie.</p><p>BISSON (Michel), chef de clinique assistant des h�pitaux de Paris.</p><p>BLACH�RE (R�gis), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur titulaire � la facult� des lettres et sciences humaines de Paris (philologie et litt�rature arabes).</p><p>BLANC (Andr�), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-X.</p><p>BLANC (Jean), licenci� en histoire de l�art.</p><p>BLANCHETEAU (Marc), docteur en</p><p>psychologie, docteur en sciences biologiques, ma�tre de conf�rences de psychologie exp�rimentale � l�universit� de Montpellier-III.</p><p>BLAU (Joyce), docteur en �tudes</p><p>orientales, charg�e de cours de langue kurde � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>BLOCH (Bernard), licenci� �s lettres, titulaire de la ma�trise d�histoire de l�art.</p><p>BLOCH (Michelle), licenci�e �s</p><p>lettres, titulaire d�un doctorat de 3e cycle.</p><p>BLONDEAU (Anne-Marie), licenci�e</p><p>�s lettres, titulaire d�un doctorat de 3e cycle, dipl�m�e de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section), directrice d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (Ve section), charg�e de l�enseignement du tib�tain � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>BLONDEL (Jacques), docteur �s</p><p>sciences, ma�tre de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>BLONDEL (Nicole), dipl�m�e de</p><p>l��cole du Louvre, chercheur au secr�-</p><p>tariat g�n�ral de la Commission nationale de l�inventaire.</p><p>BOBET (Jean), directeur de l�Institut de thalassoth�rapie de Quiberon.</p><p>BODIN (Louis), ma�tre de conf�rences � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>BOIGE (Pierre), docteur en m�decine, m�decin des h�pitaux psychiatriques, conseiller technique au Centre r�gional de Paris pour l�enfance et l�adolescence inadapt�es.</p><p>BOISH�RAUD (Bernard Mosnay</p><p>de), g�n�ral de brigade (C. R.), ancien directeur des �tudes � l�Institut des hautes �tudes de la D�fense nationale.</p><p>BOISSELIER (Jean), docteur �s</p><p>lettres, ancien membre de l��cole fran�aise d�Extr�me-Orient, chef de la Mission arch�ologique fran�aise en Tha�lande, professeur d�art et civilisation de l�Asie du Sud-Est � l�universit� de Paris-III.</p><p>BOISSIN (Henri), professeur au</p><p>Centre universitaire des langues orientales vivantes.</p><p>BONASSIES (Pierre), agr�g� des</p><p>facult�s de droit, professeur � la facult� de droit et de science politique d�Aix-Marseille.</p><p>BONHOURE (Jacques), licenci� �s</p><p>sciences math�matiques, m�trologiste principal au Bureau international des</p><p>poids et mesures.</p><p>downloadModeText.vue.download 620 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11831</p><p>BONIFACJ (Astrid), ancienne �l�ve de l��cole du Louvre, r�dactrice � la librairie Larousse.</p><p>BONIVET (Maxime), �crivain.</p><p>BONNAUD (Pierre), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Clermont-Ferrand.</p><p>BONNET (Jean), ancien �l�ve de</p><p>l��cole sup�rieure des travaux publics, journaliste technique, ancien chef du d�partement technique du journal</p><p>� l�Auto � et de la rubrique motocy-cliste du journal � l��quipe �.</p><p>BOOTH (William), directeur d�enseignement clinique associ� au C. H. U.</p><p>de Cochin, chef du service de m�decine de l�h�pital Saint-Jacques, vice-pr�sident du Syndicat d�acupuncture.</p><p>BORJEIX (Jean), analyste financier, responsable du Centre d�information de la Chambre syndicale de la Compagnie des agents de change.</p><p>BOUCHARD (Jacques), directeur</p><p>g�n�ral de l��cole fran�aise de radio-�lectricit� et d��lectronique de Paris-Bordeaux-Rouen.</p><p>BOUCHE (Denise), agr�g�e d�histoire et de g�ographie, docteur �s lettres et sciences humaines, ma�tre assistante d�histoire contemporaine � l�universit� de Nancy-II.</p><p>BOUCHER (Jean du), g�n�ral de brigade (C. R.), brevet� parachutiste, ancien attach� militaire pr�s l�ambassade de France en Isra�l.</p><p>BOUCLY (Jacques), conseiller � la cour d�appel de Paris.</p><p>BOUCQ (Fran�oise), dipl�m�e de</p><p>l��cole des hautes �tudes commerciales pour jeunes filles, ing�nieur en chef � la Soci�t� C2M.</p><p>BOUDON (Raymond), docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-V.</p><p>BOUGLER (Jacques), ing�nieur agronome I. N. A., ma�tre de conf�rences � l�Institut national agronomique Paris-Grignon.</p><p>BOUILHET (Henri), architecte,</p><p>directeur artistique de l�Orf�vrerie Christofle.</p><p>BOULOC (Bernard), professeur �</p><p>l�U. E. R. de sciences juridiques de l�universit� de Paris-X.</p><p>BOUNOURE (Vincent), �crivain.</p><p>BOUREAU (�douard), professeur �</p><p>l�universit� de Paris-VI.</p><p>BOURGEOIS (Jean-Fran�ois), titu-</p><p>laire du dipl�me d��tudes litt�raires (psychologie), professeur d��ducation physique � l�U. E. R. de Dijon.</p><p>BOURGEOIS (Pierre), colonel</p><p>(R.), titulaire du brevet technique et du brevet de qualification militaire sup�rieure.</p><p>BOURGEOT (Andr�), dipl�m� de</p><p>l��cole nationale des langues orientales vivantes, licenci� en sociologie, charg� de cours � l�universit� de Paris-X.</p><p>BOURGEY (�mile), expert national</p><p>en numismatique.</p><p>BOURGUET (Pierre du), licenci� �s lettres, dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes, conservateur au d�partement �gyptien du mus�e du Louvre, professeur d��gyptologie � l�Institut catholique de Paris, directeur de l��cole des langues orientales anciennes de l�Institut catholique de Paris.</p><p>BOURGUIGNON (Andr�), m�decin</p><p>des h�pitaux de Paris, chef du service de psychiatrie de l�h�pital A. Chene-vier de Cr�teil et des secteurs psychiatriques nos 6, 7 et 14 du Val-de-Marne, professeur de psychiatrie � la facult� de m�decine de Cr�teil.</p><p>BOURLIGUEUX (Guy), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant � l�universit� de Nantes.</p><p>BOURNEUF (Jacques), docteur en</p><p>m�decine, ancien externe des h�pitaux de Paris, secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>BOURRICAUD (Fran�ois), docteur</p><p>�s lettres, professeur � l�universit� de Paris-V.</p><p>BOURRILLY (Jean), professeur de</p><p>litt�rature et civilisation polonaises � la Sorbonne.</p><p>BOUTEILLER (Marcelle), docteur �s lettres, ma�tre de recherche honoraire au C. N. R. S.</p><p>BOUTEVILLE (Guy), musicographe.</p><p>BOUVERESSE (Jacques), agr�g� de</p><p>philosophie, docteur �s lettres, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I.</p><p>BOUVIER (Mich�le), docteur en</p><p>droit, conseil juridique.</p><p>BOYER (Jean-Claude), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Paris-X.</p><p>BRASSEUR (G�rard), docteur �s</p><p>lettres (g�ographie), directeur de recherche � l�Office de la recherche scientifique et technique outre-mer.</p><p>BRASSEUR (Paule), docteur en</p><p>histoire.</p><p>BREMOND (Claude), ma�tre assistant � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>BR�S-STURMS (Wilhelmine-H�-</p><p>l�ne), licenci�e �s lettres, sp�cialiste de litt�rature n�erlandaise.</p><p>BRIARD (Jacques), professeur d�anthropologie pr�historique � la facult� des sciences de Rennes.</p><p>BRIDGMAN (Nanie), dipl�m�e des</p><p>langues orientales, dipl�m�e d��tudes sup�rieures (musicologie), conservateur � la Biblioth�que nationale, pr�sident de la Soci�t� fran�aise de musicologie.</p><p>BRIGNONE (Andr�a), docteur �s sciences �conomiques.</p><p>BROCHON (Pierre), homme de</p><p>lettres.</p><p>BROSSARD (Yolande de), titulaire</p><p>de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique et de la ma�trise de musicologie, professeur au conservatoire municipal du XIIIe arrondissement de Paris.</p><p>BROSSELIN (Michel), ing�nieur</p><p>agronome E. N. S. A. R., directeur technique de la Soci�t� nationale de protection de la nature.</p><p>BRUN (Edmond), agr�g� de sciences physiques, docteur �s sciences, membre de l�Acad�mie des sciences, professeur honoraire � la facult� des sciences de Paris.</p><p>BRUNEAU (Jean), docteur �s lettres, professeur de litt�rature fran�aise et compar�e � l�universit� Harvard, � Cambridge (Mass., �tats-Unis).</p><p>BRUNEAU (Michel), agr�g� de</p><p>g�ographie, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>BRUNET (Ren�), ing�nieur agronome de l�Institut national agronomique, ing�nieur du G�nie rural, des Eaux et des For�ts, directeur g�n�ral du Centre technique du bois.</p><p>BRUNET (Roger), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, directeur de recherche au C. N. R. S.</p><p>BRUNHAMMER (Yvonne), conserva-</p><p>teur au mus�e des Arts d�coratifs.</p><p>BRUNHES (Bernard), ancien �l�ve</p><p>de l��cole polytechnique, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, administrateur de l�I. N. S. E. E., directeur du Cabinet du commissaire au plan.</p><p>BRUNSCHWIG (Henri), directeur</p><p>d��tudes d�histoire de l�Afrique noire � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, professeur � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>BRUSSET (Henry), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-VI, � l��cole normale sup�rieure et � l��cole centrale des arts et manufactures.</p><p>BULLIER (Paul), docteur-v�t�rinaire, licenci� �s sciences naturelles, sous-directeur et ma�tre de conf�rences au Mus�um national d�histoire naturelle, sous-directeur du Parc zoologique de Paris.</p><p>BUR� (Jean), ing�nieur agronome de l�Institut national agronomique, ing�-</p><p>nieur E. F. M., membre correspondant de l�Acad�mie d�agriculture de France, professeur � l��cole nationale sup�-</p><p>rieure des industries agricoles et alimentaires, directeur du d�partement Industries des c�r�ales et amylac�s, conseiller scientifique de la Meune-rie industrielle et des Industries de cuisson.</p><p>BURNIER (Michel-Antoine), licenci� en philosophie, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, journaliste, �crivain.</p><p>BUSNEL (Ren�-Guy), directeur de</p><p>recherche � l�Institut de la recherche agronomique et � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, directeur du laboratoire de physiologie acoustique de l�Institut national de la recherche agronomique.</p><p>BUSNEL (Robert), pr�sident de la F�-</p><p>d�ration fran�aise de basket-ball.</p><p>BUTTET (Henri de), colonel (R.), ancien conservateur du mus�e de l�Arm�e.</p><p>CABAU (Jacques), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>CABOT (Jean), agr�g� de l�Univer-</p><p>sit�, docteur �s lettres (g�ographie), recteur de l�universit� du Tchad.</p><p>CACHON (Jean), docteur �s sciences, professeur de zoologie � l�universit� de Nice.</p><p>CACHON (Monique), docteur �s</p><p>sciences, ma�tre de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>CAGNAC (Bernard), agr�g� de physique, docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>CAGNET (Michel), docteur �s</p><p>sciences, ing�nieur E. S. O., ma�tre assistant � l�universit� de Paris-IX, professeur � l�Institut d�optique.</p><p>CAILLAS (Alin), ing�nieur agricole, soci�taire de la Soci�t� des gens de lettres de France.</p><p>CAILLAT (Colette), professeur �</p><p>l�universit� de Paris-III, membre de l��quipe de recherche associ�e au C. N. R. S. de philologie bouddhique et ja�na.</p><p>CAILLET (Claude), licenci� �s</p><p>sciences, ing�nieur dipl�m� de l��cole sup�rieure d��lectricit�, adjoint au chef du service ing�nierie des syst�mes informatiques � la Compagnie internationale de services en informatique.</p><p>CAMPREDON (Jean), ancien �l�ve</p><p>de l��cole polytechnique, ing�nieur downloadModeText.vue.download 621 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11832</p><p>g�n�ral du G�nie rural, des Eaux et des For�ts, directeur honoraire du Centre technique du bois, directeur honoraire de l�Institut national du bois.</p><p>CANAPA (Marie-Paule), docteur</p><p>en g�ographie, dipl�m�e de l�Institut d��tudes politiques, dipl�m�e de l��cole nationale des langues orientales, charg�e de recherches au C. N. R. S. (Centre d��tude des relations internationales), conf�renci�re � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>CAND� (Roland de), musicographe.</p><p>CANTEL (Raymond), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-III, directeur de l�Institut d��tudes portugaises et br�siliennes (Paris-III).</p><p>CAPPE (Danielle), licenci�e �s lettres, professeur certifi�e de philosophie.</p><p>CARLES (Philippe), �crivain et r�-</p><p>dacteur en chef de � Jazz Magazine �.</p><p>CARMIGNAC (Jean), docteur en</p><p>th�ologie, docteur � honoris causa � de l�universit� de Bonn, ma�tre de conf�-</p><p>rence � l�Institut catholique de Paris, directeur de la � Revue de Qumr�n �.</p><p>CARR� (Pierre), agr�g� de physique, physicien principal au Bureau international des poids et mesures.</p><p>CARTEAUD (Alexandre), ancien</p><p>interne des h�pitaux de Paris, ancien chef de clinique � la facult� de m�decine de Paris, m�decin assistant de l�h�pital Saint-Louis.</p><p>CASALIS (Didier), secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>CASALIS (Georges), docteur d��tat en th�ologie, membre de l��quipe d�animation de l�Institut oecum�nique au service du d�veloppement des peuples, charg� d�enseignement � l�Institut protestant de th�ologie, professeur � l�Institut oecum�nique de Paris, pr�sident de la Commission g�n�rale d��vang�lisation de l��glise r�form�e de France.</p><p>CASALIS (Jacques), ing�nieur agricole, professeur � l��cole nationale sup�rieure des industries agricoles et alimentaires.</p><p>CASSAR (Jacques), certifi� d�his-</p><p>toire et de g�ographie, professeur au lyc�e d��tat Auguste-Mariette de Boulogne-sur-Mer.</p><p>CASTORIADIS (Cornelius), cofon-</p><p>dateur de � Socialisme ou Barbarie �, �crivain politique.</p><p>CATON (Alfred), secr�taire d��dition � la librairie Larousse.</p><p>CAUSSAT (Pierre), docteur en philosophie, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-X.</p><p>CAVAGNAC (Guy), dipl�m� de</p><p>l�I. D. H. E. C., metteur en sc�ne de cin�ma.</p><p>CAZABAT (Charles), ing�nieur des</p><p>Travaux g�ographiques de l��tat, professeur � l��cole nationale du g�nie ru-</p><p>ral, des eaux et des for�ts, et � l��cole nationale des sciences g�ographiques.</p><p>CAZAMIAN (Pierre), docteur en</p><p>m�decine, directeur de laboratoire de psychophysiologie appliqu�e du Centre d��tudes et recherches des Charbon-nages de France.</p><p>CAZENEUVE (Jean), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Paris-V, pr�sident de la soci�t� T. F. 1.</p><p>CENTRE TECHNIQUE DU CUIR �</p><p>LYON.</p><p>CHABANIER (Jean), colonel (R.), di-pl�m� de l��cole sup�rieure de guerre et de l��cole nationale des langues orientales vivantes, ancien attach� militaire dans les pays baltiques et en Bulgarie.</p><p>CHAILLEY (Jacques), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Paris-IV, charg� de mission d�inspection g�n�rale (musique) au minist�re de l��ducation nationale.</p><p>CHAMOUX (Marie-No�lle), cher-</p><p>cheur en ethnologie, charg�e de cours aux universit�s de Paris-V et Paris-X.</p><p>CHARLOT (Jean), professeur � l�Institut d��tudes politiques de Paris, secr�-</p><p>taire g�n�ral de l�Association fran�aise de science politique.</p><p>CHARMET (Raymond), agr�g� de</p><p>l�Universit�, critique d�art.</p><p>CHARNASS� (H�l�ne), docteur de</p><p>3e cycle (musicologie), ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>CHARPENTREAU (Jacques), profes-</p><p>seur de lettres.</p><p>CHAUDONNERET (Jean), docteur</p><p>�s sciences, professeur de zoologie � la facult� des sciences de la vie de Dijon.</p><p>CHAUVE (Pierre), docteur �s</p><p>sciences, professeur de g�ologie � l�universit� de Besan�on.</p><p>CHAUVET (Jean-Marc), sous-direc-</p><p>teur de la Maison centrale de Poissy.</p><p>CHENU (Marie-Dominique), ma�tre</p><p>en th�ologie, ancien recteur aux facult�s du Saulchoir � Paris, professeur � la facult� de th�ologie de Paris.</p><p>CH�RAY (Jean-Louis), membre fon-</p><p>dateur des cin�mas d�art et d�essai.</p><p>CHERBONNIER (Gustave), profes-</p><p>seur au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>CHICOT (Emmanuel), architecte</p><p>naval, membre de la Soci�t� des ing�-</p><p>nieurs professionnels de France, ing�-</p><p>nieur (E. R.) � la direction technique de la Compagnie g�n�rale transatlantique et � l�Association fran�aise de normalisation (section � Construction navale �).</p><p>CHING-LANG HOU, docteur en</p><p>�tudes extr�me-orientales.</p><p>CHIOREANU (Aurora), directeur</p><p>d�Editura Enciclopedic&#x103; rom�n&#x103;</p><p>(Bucarest).</p><p>CHI-TSIEN CHENG, docteur �s</p><p>lettres, dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes, charg� de cours � l�universit� de Paris-VII.</p><p>CHOPARD (Lucien), professeur honoraire au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>CHR�TIEN (Jean-Pierre), agr�g�</p><p>d�histoire, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>CHRISTOPHOROV (Nadia), agr�-</p><p>g�e de l�universit� de Sofia, docteur de l�universit� de Paris, ma�tre assistante � l�Institut national des langues et civilisations orientales (Paris-III).</p><p>CISS� (Youssouf Tata), dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, assistant de recherche � l�Institut des sciences humaines de Bamako, assistant � titre �tranger � l��cole pratique des hautes �tudes.</p><p>CLARE (Michel), chef de la rubrique</p><p>� Ski � au journal � l��quipe �.</p><p>CLASTRES (Pierre), directeur</p><p>d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (Ve section).</p><p>CLAUSE (Georges) agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, ma�tre assistant � la facult� des lettres et sciences humaines de Reims.</p><p>CLAVAL (Paul), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-IV.</p><p>CLEMENT (Olivier), agr�g� de l�Universit�, professeur � l�Institut de th�ologie orthodoxe Saint-Serge (Paris) et � l�Institut sup�rieur d��tudes oecum�-</p><p>niques de l�Institut catholique de Paris.</p><p>CLOAREC (Henri), licenci� en droit, directeur honoraire � la Compagnie g�n�rale transatlantique.</p><p>COGNET (Louis), docteur en th�ologie, ancien doyen de la facult� de th�ologie catholique de Paris.</p><p>COHEN (Marcel), professeur hono-</p><p>raire � l��cole des langues orientales, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>COIRAULT (Yves), professeur de</p><p>litt�rature fran�aise � l�universit� de Paris-IV, vice-pr�sident de la Soci�t� Saint-Simon.</p><p>COLLIN (Ren�), ancien �l�ve de</p><p>l��cole nationale des sciences g�ographiques, ing�nieur divisionnaire des Travaux g�ographiques et cartographiques de l��tat, professeur de travaux pratiques de g�od�sie � l��cole sup�-</p><p>rieure des g�om�tres et topographes.</p><p>COMMIOT (Jean), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, ing�nieur en chef g�ographe, directeur adjoint de l��cole nationale des sciences g�ographiques, charg� d�enseignement au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>COORNAERT (�mile), professeur ho-</p><p>noraire au coll�ge de France, membre de l�Acad�mie des inscriptions et belles-lettres.</p><p>COPANS (Jean), licenci� �s lettres, docteur en sociologie, chef de travaux � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>COPFERMANN (�mile), directeur de la revue � Travail th��tral �.</p><p>COQUERY-VIDROVITCH (Cathe-</p><p>rine), agr�g�e de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur d�histoire et directrice de l�U. E. R. de g�ographie et sciences de la soci�t� de l�universit� de Paris-VII.</p><p>COQUET (Jean-Claude), agr�g� de</p><p>l�Universit� (grammaire), charg� de ma�trise de conf�rences � l�universit� de Paris-VIII, charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>CORDELIER (Jean), docteur en m�-</p><p>decine, �crivain.</p><p>CORNIER (Sidsel), docteur �s lettres, assistante de litt�ratures scandinaves.</p><p>COU�DEL (No�l), chef de service au journal � l��quipe �.</p><p>COULET (Henri), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres et sciences humaines, professeur � l�universit� de Provence, centre d�Aix, secr�taire g�n�ral du Centre aixois d��tudes et de recherches sur le XVIIIe si�cle.</p><p>COURIET-BOSSAN DE GARA-</p><p>GNOL (William), colonel (R.), ancien d�port� � Mauthausen.</p><p>COUTON (Georges), agr�g� des</p><p>lettres, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Lyon-II.</p><p>COUTY (Daniel), agr�g� des lettres, ma�tre assistant � l�universit� de Rouen.</p><p>COYAUD (Maurice), docteur �s</p><p>lettres, ma�tre de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>CR�MIEU-ALCAN (�tienne), pr�si-</p><p>dent de l�Association contre la famine (section fran�aise).</p><p>downloadModeText.vue.download 622 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11833</p><p>CRESTOIS (Paul), docteur en</p><p>pharmacie.</p><p>CRIMAIL (Philippe), chef du service de gyn�cologie-obst�trique du Centre hospitalier intercommunal de Montreuil, ma�tre de conf�rence libre � l�U. E. R. de m�decine de Paris-XIII.</p><p>CROCHET (Bernard), dipl�m� de</p><p>l��cole du Louvre, documentaliste � la librairie Larousse.</p><p>CROSNIER (Jean-Claude), ing�nieur agricole, directeur de l�Institut technique de la pomme de terre.</p><p>CROUZET (Jean), ophtalmologiste,</p><p>chef du service de l�h�pital du Raincy.</p><p>CROVISIER (Jacques), licenci� �s</p><p>sciences, assistant � l�Observatoire de Paris.</p><p>CROZIER (Michel), docteur �s lettres, directeur de recherche au C. N. R. S.</p><p>CRUMEYROLLE (Jean), ma�tre as-</p><p>sistant au laboratoire d��volution, universit� de Paris-VI.</p><p>CU�NOT (Claude), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, membre du conseil d�administration de la Fondation Pierre-Teilhard-de-Chardin, charg� de recherche � l�Institut national de recherche et de documentation p�dagogiques.</p><p>CUISIN (Michel), vice-pr�sident de la Soci�t� ornithologique de France.</p><p>DAGNEAUX (Jean-Claude), docteur</p><p>en m�decine, anesth�siste-r�animateur.</p><p>DAINVILLE (Augustin Oudot de)</p><p>colonel (R.), titulaire du dipl�me militaire sup�rieur.</p><p>DAJOZ (Roger), agr�g� de l�Universit�, docteur �s sciences, sous-directeur du laboratoire d�entomologie au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>DALBANNE (Jacques), ing�nieur</p><p>des Arts et Manufactures, dipl�m� de l��cole sup�rieure d��lectricit� et du Centre de perfectionnement dans l�administration des affaires, secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>DALLEINNE (Eug�ne), ing�nieur agronome I. N. A., attach� de direction au Centre national d��tudes et d�exp�-</p><p>rimentation de machinisme agricole.</p><p>DALMAIS (Ir�n�e-Henri), dipl�m� de l��cole, pratique des hautes �tudes, licenci� en th�ologie, professeur � l�Institut sup�rieur de liturgie de l�Institut catholique de Paris.</p><p>DALMASSO (�tienne), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-VII.</p><p>DANDE� (Yves), docteur en math�-</p><p>matiques, ing�nieur � la Compagnie internationale de services en informatique, professeur au Centre associ� au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>DARBOIS (Michel), agr�g� de l�Universit�, professeur de sciences naturelles au lyc�e Voltaire � Paris.</p><p>DASSA (Samy), attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>DAUCHEZ (Luc), licenci� en droit, dipl�m� des sciences politiques, secr�-</p><p>taire g�n�ral du Cercle de la voile de Paris.</p><p>DAVRAINVILLE (Louis), ancien</p><p>�l�ve de l��cole polytechnique, ing�-</p><p>nieur en chef honoraire des Manufactures de l��tat.</p><p>DAVY (Ren�), docteur en pharmacie.</p><p>DEBREG (Lucile), historienne.</p><p>D�CAUDIN (Michel), agr�g� des</p><p>lettres, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-III, pr�sident de la Soci�t� d��tudes du XXe si�cle, pr�sident du Syndicat des critiques litt�raires.</p><p>DECH�NE (Ren�), agr�g� des</p><p>sciences physiques, inspecteur g�n�ral honoraire � l�Instruction publique.</p><p>DEGOIS (Anne-Claude), licenci�e �s lettres, dipl�m�e d��tudes sup�rieures d�histoire.</p><p>DEHOUVE (Dani�le), docteur en</p><p>ethnologie, attach�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>DEKEIREL (Paul), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., ancien secr�taire g�n�ral de la F�d�ration nationale des syndicats de cultivateurs de champignons, ancien directeur de la Coop�rative des champignonnistes de France.</p><p>DELAINE (Nicole), titulaire de la ma�trise de sociologie.</p><p>DELATTRE (Nicole), titulaire du</p><p>certificat d�aptitude professionnelle � l�enseignement secondaire.</p><p>DEL LITTO (Victor), professeur �</p><p>l�universit� de Grenoble-III, directeur de la revue � Stendhal Club �.</p><p>DELOFFRE (Fr�d�ric), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>DELORME (Jean), ing�nieur chimiste de l��cole sup�rieure de chimie industrielle de Lyon, ing�nieur expert � la Station d�essais des mati�res plastiques de Bandol, expert consultant des Nations-Unies.</p><p>DELUCHAT (Ren�), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s sciences, professeur honoraire au lyc�e Saint-Louis.</p><p>DELVERT (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-IV.</p><p>DEMAILLY (Philippe), ophtalmo-</p><p>logiste, chef de service de l�h�pital Saint-Joseph.</p><p>DEMATHIEU (Pierre), ancien �l�ve</p><p>de l��cole polytechnique, ing�nieur g�ographe, ancien chef des Services de t�l�d�tection � l�Institut g�ographique national.</p><p>DEMEUSE (Pierre), historien du socialisme belge.</p><p>DEMOUGIN (Jacques), secr�taire</p><p>g�n�ral de la R�daction.</p><p>DEN�S (Fran�oise), titulaire de la ma�trise de chinois, ancienne assistante � l�universit� de Paris-VIII et charg�e de mission au mus�e Guimet.</p><p>DENIS (Michel), journaliste.</p><p>DENIZOT (Michel), docteur �s</p><p>sciences, directeur de l�Institut de botanique de Montpellier.</p><p>DEPEYROT (Michel), docteur �s</p><p>sciences (informatique), docteur en philosophie de l�universit� Stanford (Californie).</p><p>DERCZANSKY (Alexandre), charg�</p><p>de conf�rences au Centre universitaire des langues orientales vivantes.</p><p>D�RIB�R� (Maurice), ing�nieur de</p><p>l��cole Breguet, pr�sident du Centre d�information de la couleur, conseil � la Compagnie des lampes Mazda, ancien pr�sident de la Soci�t� fran�aise de photobiologie.</p><p>DERIVRY (Daniel), dipl�m� de</p><p>science politique, attach� de recherche au C. N. R. S., charg� de cours � l�universit� de Paris-V.</p><p>DERRIEUX-CECCONI (Any-Fran-</p><p>�oise), licenci�e �s lettres, dipl�m�e d��tudes sup�rieures de philosophie, professeur, psychologue-praticienne.</p><p>DERRIEUX-CECCONI (R�gis),</p><p>agr�g� de Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Paris-X.</p><p>DESAUTEL (�dith), ing�nieur dipl�-</p><p>m�e de l��cole sup�rieure des travaux publics, licenci�e �s sciences.</p><p>DESPORTES (Isabelle), docteur �s</p><p>sciences, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>DESROCHE (Henri), docteur �s</p><p>lettres, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, directeur de centre de recherches coop�ratives et de coll�ge coop�ratif, � Paris, r�dacteur en chef des revues � Archives de sciences sociales des religions � et � Archives internationales de sociologie du</p><p>d�veloppement �.</p><p>DESTOUCHES (Jeanne), licenci�e</p><p>d�histoire et g�ographie, titulaire d�une ma�trise d�enseignement.</p><p>DESVERNOIS (Arnaud), r�dacteur militaire.</p><p>DE VOS (Dirk), licenci� en histoire de l�art et arch�ologie, conservateur adjoint des mus�es de la ville de Bruges.</p><p>DEVOTO (Daniel), docteur �s lettres, musicologue.</p><p>DIETSCHY (Marcel), musicographe.</p><p>DIVIES (Charles), charg� de re-</p><p>cherche � l�Institut national de la recherche agronomique � Dijon.</p><p>DOLLINGER (Philippe), docteur en</p><p>histoire, professeur � l�universit� de Strasbourg-II.</p><p>DONATIEN (Fran�ois), licenci� �s</p><p>lettres.</p><p>DONQUE (G�rald), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences (g�ographie) � l�universit� de Madagascar.</p><p>DORL�ANS (Bernard), docteur en</p><p>g�ographie.</p><p>DORMONT (Claude), titulaire de</p><p>premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur � l��cole C�sar-Franck.</p><p>DOSSAT (Yves), docteur �s lettres, directeur de recherche au C. N. R. S.</p><p>DOYON (G�rald), ing�nieur en chef des T�l�communications, directeur de l�Exportation � la Compagnie industrielle des t�l�communications (C. I. T.</p><p>Alcatel), professeur de physique � l��cole sp�ciale de m�canique et</p><p>d��lectricit�.</p><p>DREYFUS (Fran�ois-Georges),</p><p>agr�g� d�histoire, docteur �s lettres, professeur d�histoire contemporaine de science politique � l�universit� de Strasbourg, directeur de l�Institut d��tudes politiques et du Centre d��tudes germaniques.</p><p>DREYFUS (Huguette), claveciniste.</p><p>DREYFUS (Monique), titulaire de la ma�trise de philosophie, chef de ru-</p><p>brique � la Documentation fran�aise (Paris), charg�e d��tudes au Centre de documentation, Am�nagement Nord-Pi-cardie (Docam�nor-Lille).</p><p>DREYFUS (Philippe), ing�nieur de</p><p>l��cole de physique et chimie industrielles de Paris, vice-pr�sident du groupe CAP-SOGETI, pr�sident de</p><p>la Gemini Computor Systems Inc.</p><p>(�tats-Unis), directeur g�n�ral de la CAP-Europe.</p><p>DUBOIS (Claude), r�dacteur en chef des dictionnaires et encyclop�dies Larousse.</p><p>DUBOIS (Claude Gilbert), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de l�universit� de Bordeaux-III.</p><p>downloadModeText.vue.download 623 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11834</p><p>DUBOIS (Dani�le), docteur en psy-</p><p>chologie, attach�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>DUBOIS (Jacques), moine b�n�dictin, biblioth�caire, charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section).</p><p>DUBOIS (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de linguistique � l�universit� de Paris-X.</p><p>DUBOIS (J�r�me), sp�l�ologue.</p><p>DU COLOMBIER (Pierre), critique et historien d�art.</p><p>DUCREY (Pierre), docteur �s lettres, professeur d�histoire ancienne � la facult� des lettres de l�universit� de Lausanne.</p><p>DUCROT (Jean-Marie), ing�nieur</p><p>textile, directeur du service � Documentation et informatique � � l�Institut textile de France.</p><p>DUFOUR (Henri-Marcel), ancien</p><p>�l�ve de l��cole polytechnique, ing�-</p><p>nieur en chef g�ographe, chef du Bureau d��tudes g�od�siques � l�Institut g�ographique national.</p><p>DUFOURCQ (Norbert), archiviste-pal�ographe, docteur �s lettres, professeur honoraire au Conservatoire national sup�rieur de musique, directeur du Conservatoire municipal du Luxembourg (Paris), charg� de cours compl�-</p><p>mentaires � l�universit� de Paris-IV.</p><p>DUFOURCQ (Pierre), secr�taire g�-</p><p>n�ral de la R�daction.</p><p>DUGRAND (Raymond), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� Paul-Val�ry (Montpellier).</p><p>DUMAS (Armelle), docteur en m�de-</p><p>cine, interne des h�pitaux psychiatriques de la Seine, dipl�m�e d��tudes sup�rieures de psychopathologie, se-cr�taire g�n�rale de la R�daction.</p><p>DUMAZEDIER (Joffre), docteur en</p><p>sociologie, directeur de l�U. E. R. des sciences de l��ducation � l�universit� de Paris-V, directeur de l��quipe de sociologie du loisir et des mod�les culturels au C. N. R. S.</p><p>DUMONT (Charles), moine cister-</p><p>cien, r�ducteur de la revue de spiritualit� monastique � Collectanea cisterciensia �.</p><p>DUPAIGNE (Paul), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., licenci� �s sciences, chef du service de technologie � l�Institut fran�ais de recherches fruiti�res outre-mer, � Paris.</p><p>DUPOUX (Pierre), chirurgien, ancien chef de clinique � la facult� de m�decine de Paris.</p><p>DUPOUY (Michel), ancien �l�ve di-</p><p>pl�m� de l��cole nationale sup�rieure des postes et t�l�communications, directeur d�partemental des Postes du Haut-Rhin, ancien directeur du Mus�e postal de Paris, pr�sident-fondateur du mus�e r�gional des P. T. T. d�Alsace.</p><p>DUPUIS (Jacques), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie a l�universit� de Paris-X.</p><p>DUPUY (Bernard-D.), docteur en</p><p>th�ologie, directeur du centre d��tudes</p><p>et de la revue � Istina � (Paris), expert du Secr�tariat pour l�unit� des chr�-</p><p>tiens, professeur � l�Institut catholique de Paris.</p><p>DUPUY (Ren�), ing�nieur des Arts</p><p>et Manufactures, ing�nieur-conseil en chauffage et ventilation, pr�sident honoraire de l�Association des ing�-</p><p>nieurs de chauffage et de ventilation de France.</p><p>DUQUESNE (Henri), ing�nieur tex-</p><p>tile, inspecteur des �tudes � l�Institut textile de France.</p><p>DURAND (Claudine), titulaire du</p><p>C. A. P. E. S. d��ducation musicale et d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur d��ducation musicale.</p><p>DURAND (Micheline), licenci�e �s</p><p>lettres.</p><p>DURAND-DAST�S (Fran�ois), agr�-</p><p>g� de l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Paris-VII.</p><p>DURIEZ (Marius), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, ing�nieur g�n�-</p><p>ral des Ponts et Chauss�es, membre de l�Acad�mie des sciences de Rome, pr�-</p><p>sident de la F�d�ration internationale de la pr�contrainte, conseiller technique � la Commission permanente des liants hydrauliques et des adjuvants du b�ton.</p><p>DURLIAT (Marcel), professeur � la facult� des lettres de Toulouse.</p><p>DURU-DELACOUR (Berthe), profes-</p><p>seur au Conservatoire national sup�-</p><p>rieur de musique.</p><p>DUSAILLY (Jean), ing�nieur dipl�m� de l��cole d��lectricit� et de m�canique industrielle (�cole Violet), membre de l�Acad�mie des sciences de New York.</p><p>DUSCH (Raymond), lieutenant-colo-</p><p>nel, titulaire du dipl�me militaire sup�-</p><p>rieur, chef d��tat-major de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris.</p><p>DUSSART (Bernard), docteur �s</p><p>sciences, ma�tre de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>DUVELLE (Charles), musicologue.</p><p>DUVIGNAUD (Jean), professeur � la facult� des lettres et sciences humaines de Tours, directeur de l�Institut de sociologie de l�art.</p><p>EHRARD (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Clermont-Ferrand.</p><p>ELIAN (Judith), responsable de</p><p>la rubrique � Tennis � au journal</p><p>� l��quipe �.</p><p>ELLEINSTEIN (Jean), ma�tre as-</p><p>sistant d�histoire � l�universit� de Poitiers.</p><p>ELLUL (Jacques), agr�g� des facult�s de droit et sciences �conomiques, professeur � l�universit� de Bordeaux.</p><p>�MILE (Jean), ancien interne des h�-</p><p>pitaux de Paris, ma�tre de conf�rences agr�g� de neurologie, m�decin des h�-</p><p>pitaux d�Angers.</p><p>�NAUD (Fran�ois), inspecteur principal des Monuments historiques.</p><p>ENGRAND (Charles), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant � l�universit� de Lille-III.</p><p>ESCARPIT (Robert), docteur �s</p><p>lettres, pr�sident de l�universit� de Bordeaux-III, professeur � l�universit� de Bordeaux-III, directeur de l�Institut de litt�rature et de techniques artistiques de masse.</p><p>ESCHAPASSE (Maurice), licen-</p><p>ci� en droit et �s lettres, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, inspecteur des Beaux-Arts d�tach� au Centre national d�art et de culture Georges-Pompidou.</p><p>ESTIVALS (Robert), docteur �s</p><p>lettres, docteur en histoire, ma�tre de conf�rences � l�universit� de</p><p>Bordeaux-III.</p><p>EXERTIER (Michel), titulaire de la ma�trise de sciences de l��ducation, professeur � l�Institut national des jeunes sourds de Paris, responsable au sein des groupes d��ducation th�rapeutique (p�dagogie institutionnelle).</p><p>FABRE (Paul), ancien �l�ve de l��cole polytechnique, ing�nieur en chef de l�Armement, directeur du Centre de recherche des industries textiles de Rouen.</p><p>FAILLER (Albert), docteur de</p><p>3e cycle, attach� de recherche au C. N. R. S., membre de l�Institut fran-</p><p>�ais d��tudes byzantines.</p><p>FARDOULIS (Anne), licenci�e �s</p><p>lettres, attach�e au mus�e de l�Homme.</p><p>FAUREL (Louis), directeur adjoint du Mus�um national d�histoire naturelle (laboratoire de cryptogamie).</p><p>FAURRE (Pierre), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, docteur en philosophie de l�universit� Stanford (Californie), docteur �s sciences, secr�taire g�n�ral de la Soci�t� d�applications g�-</p><p>n�rales d��lectricit� et de m�canique.</p><p>FAVRE (Georges), docteur �s lettres, inspecteur g�n�ral honoraire de l�Instruction publique.</p><p>FAVRE (Henri), docteur en sociologie, vice-pr�sident de l�Association fran-</p><p>�aise pour l��tude et la recherche dans les pays andins, charg� de recherche au C. N. R. S., professeur � l�Institut des hautes �tudes de l�Am�rique latine.</p><p>FAYOLLE (Roger), docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences � l��cole normale sup�rieure.</p><p>FELICE (Ariane de), docteur �s</p><p>lettres, dipl�m�e de l��cole du Louvre.</p><p>FELICI (No�l), agr�g� de l�Universit�, docteur �s sciences, directeur du laboratoire d��lectrostatique du C. N. R. S., professeur � l�Institut national polytechnique de Grenoble.</p><p>FELLOUS (Mich�le), licenci�e �s</p><p>lettres.</p><p>FERCHAULT (Guy), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures (philosophie), professeur d�histoire de la musique au Conservatoire national de r�gion de Versailles et � l��cole nationale de musique de Saint-Maur-des-Foss�s.</p><p>FERRAS (Robert), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� Paul-Val�ry (Montpellier).</p><p>FEUILL�E (Pierre), docteur �s</p><p>sciences, professeur � l�universit� de Dijon.</p><p>FISCHER (Georges), ing�nieur des</p><p>Arts et Manufactures, docteur �s</p><p>sciences, chef de projets � la division avionique et spatiale Thomson-C. S. F.</p><p>(Groupe Thomson-Brandt).</p><p>FISCHER (Herv�), ma�tre assistant de sociologie � l�universit� de Paris-V.</p><p>FISCHER (Jean-Claude), ma�tre as-</p><p>sistant au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>FI�ERA (Vladimir-Claude), doc-</p><p>teur en histoire, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques, licenci� de russe, dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales (tch�que), titulaire de certificats de langues et litt�ratures russes et tch�ques des universit�s de Leningrad et de Prague, charg� de recherche et de conf�rences au Portsmouth Polytechnic (Grande-Bretagne).</p><p>FLAMANT (Michel), r�dacteur d�a�-</p><p>ronautique militaire.</p><p>FLAMBARD (Marie-Madeleine),</p><p>docteur en g�ographie, dipl�m�e de l�Institut d�urbanisme de Paris, charg�e d��tudes � l�Atelier r�gional de Bretagne, enseignante � l�Unit� p�dagogique d�architecture de Nantes.</p><p>FLANZY (Michel), ing�nieur</p><p>chimiste, docteur �s sciences, chef du downloadModeText.vue.download 624 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11835</p><p>d�partement de technologie des produits v�g�taux � l�Institut national de la recherche agronomique, membre de l�Acad�mie d�agriculture de France.</p><p>FLEURY (Andr�), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., ma�tre assistant � l�Institut national agronomique</p><p>Paris-Grignon.</p><p>FLORENT (Lucien), licenci� �s</p><p>lettres, prieur des Carmes de Lille.</p><p>FONTAINE (Raymond), membre du</p><p>centre d��tudes � Istina �, professeur de langues anciennes (h�breu, grec).</p><p>FORLACROIX (Charles), ma�tre as-</p><p>sistant � l�universit� d�Abidjan.</p><p>FORTUNATO (G�rard), agr�g� de</p><p>l�Universit�, directeur des �tudes et du laboratoire de physique de l��cole normale sup�rieure de l�enseignement technique.</p><p>FOUCART (Bruno), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, charg� de l�enseignement de l�histoire de l�art contemporain � l�universit� de Paris-X.</p><p>FOUCRAS (Claude), ing�nieur</p><p>chimiste de l��cole nationale sup�-</p><p>rieure de chimie de Clermont-Ferrand, ing�nieur � la Manufacture fran�aise de pneumatiques Michelin.</p><p>FOURCADE (Jean-Michel), dipl�m�</p><p>de l��cole des hautes �tudes commerciales, licenci� en sociologie, dipl�m� d��tudes sup�rieures de philosophie, professeur au Centre d�enseignement des affaires de Jouy-en-Josas.</p><p>FOURNET (Jean-Pierre), ancien chef de clinique � la Facult� de m�decine de Paris, chef de service de p�diatrie et de r�animation n�o-natale de l�h�pital de Montreuil.</p><p>FOURNIER (�tienne), profes-</p><p>seur de m�decine l�gale et de toxicologie, doyen de la facult� de</p><p>Lariboisi�re-Saint-Louis.</p><p>FOURNIER (Vincent), ma�tre assis-</p><p>tant de litt�rature � l�universit� de Bordeaux-III.</p><p>FRADET (Marie-Delphine), titulaire du C. A. P. E. S. d��ducation musicale et de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur d��ducation musicale.</p><p>FRAISSE (Paul), professeur � l�universit� de Paris-V, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en</p><p>sciences sociales (IIIe section).</p><p>FRANC (Andr�), docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-VI.</p><p>FRANCO (Jean), ancien directeur de l��cole nationale de ski et d�alpinisme.</p><p>FRAN�OIS (Marie-Th�r�se), agr�-</p><p>g�e des facult�s de pharmacie, docteur �s sciences physiques, professeur titulaire de la chaire de mati�re m�dicale de la facult� de pharmacie de Nancy, professeur � l��cole sup�rieure d�application des corps gras.</p><p>FR�D�RIC (Louis), sp�cialiste des civilisations de l�Asie.</p><p>FR�MONT (Armand), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Caen.</p><p>FREYTAG (Ren�), ing�nieur dipl�m� de l��cole sup�rieure de chimie de Mulhouse, directeur de laboratoire � l��cole sup�rieure de chimie de Mulhouse, directeur op�rationnel au Centre de recherches textiles de Mulhouse.</p><p>FRIEDEL (Henri), professeur agr�g� de sciences naturelles au lyc�e Voltaire, � Paris, secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>FRIGOUT (Arlette), agr�g�e de</p><p>philosophie.</p><p>FRY (Philip), docteur en philosophie.</p><p>FUZEAU-BRAESCH (Suzel), docteur</p><p>�s sciences, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>GABEL (Joseph), docteur en m�de-</p><p>cine, docteur �s lettres, professeur de sociologie � l�universit� d�Amiens.</p><p>GABORIT (Jean-Ren�), archiviste-</p><p>pal�ographe, ancien membre de l��cole fran�aise de Rome, conservateur au d�partement des sculptures du mus�e du Louvre.</p><p>GACHET (Jacqueline), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique et d�une ma�trise de musicologie, professeur au Conser-</p><p>vatoire national de r�gion de Toulouse, assistante � l�universit� de Toulouse-Le Mirail.</p><p>GAGNEPAIN (Bernard), titulaire</p><p>de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique et de la licence �s lettres, directeur du S�minaire europ�en de musique ancienne (Belgique).</p><p>GAIOTTI (Angelo), journaliste.</p><p>GALAND-PERNET (Paulette),</p><p>agr�g�e de grammaire, dipl�m�e de berb�re, charg�e de recherche au</p><p>C. N. R. S., charg�e de conf�rences � l�Institut national des langues et civilisations orientales (litt�rature berb�re).</p><p>GALARD DE LEERSNYDER (Bri-</p><p>gitte), titulaire du C. A. P. E. S. d��ducation musicale et d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur d��ducation musicale et professeur � la Schola cantorum.</p><p>GALIFRET (Yves), professeur, directeur du laboratoire de psychophy-</p><p>siologie sensorielle � l�universit� de Paris-VI.</p><p>G�LLEGO (Juli�n), professeur �</p><p>l�universit� autonome de Madrid.</p><p>GALLOIS (Martine), dipl�m�e de</p><p>l�Institut d��tudes politiques.</p><p>GAMA (Jo�lle), m�decin psychiatre, ancienne interne des h�pitaux psychiatriques de la Seine, attach�e de psychiatrie � l�h�pital Bic�tre, psychanalyste.</p><p>GAMBLIN (Andr�), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, directeur de l�Institut de g�ographie de l�universit� de Lille-I.</p><p>GANTHERET (Fran�ois), docteur</p><p>en psychologie, psychanalyste, directeur de l�Institut de formation de psychologues cliniciens � l�universit� de Paris-VII.</p><p>GARANGER (Jos�), docteur �s lettres, ma�tre de recherche au C. N. R. S., charg� de cours aux universit�s de Paris-V et Paris-X, secr�taire g�n�ral de la Soci�t� des oc�anistes.</p><p>GARCIA (Henri), r�dacteur en chef adjoint du journal � l��quipe �.</p><p>GARCIA (Luc), docteur en histoire, professeur d�histoire et g�ographie au coll�ge d�enseignement secondaire Langevin-Wallon � Levallois-Perret.</p><p>GARC�A-PELAYO (Fernando), di-</p><p>pl�m� de l�universit� de Madrid.</p><p>GARC�A-PELAYO (Ram�n), profes-</p><p>seur � l��cole sup�rieure d�interpr�tes et de traducteurs de l�universit� de Paris, ma�tre de conf�rences � l��cole nationale d�administration et � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>GARDAIR (Jean-Michel), agr�g�</p><p>d�italien, lecteur de fran�ais � l�universit� de Milan.</p><p>GARDIN (Bernard), docteur en lin-</p><p>guistique, assistant � l�universit� de Rouen.</p><p>GARIDIS (Miltiadis), docteur de</p><p>l�universit� de Paris, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>GARNIER (Pierre), professeur d�allemand au lyc�e d��tat mixte d�Amiens.</p><p>GARREAU (Jacques), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Bretagne occidentale (Brest).</p><p>GARRIGUES (Colette), licenci�e et dipl�m�e d��tudes sup�rieures de philosophie, assistante de recherche au C. N. R. S., producteur � la Soci�t� fran�aise de production et de cr�ation audiovisuelles.</p><p>GARRIGUES (Emmanuel), docteur</p><p>en sociologie, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques, charg� de cours de sociologie � l�universit� de Paris-V.</p><p>GASQUET (H�l�ne), agr�g�e de l�universit�, professeur d�histoire et de g�ographie au lyc�e Francisque-Sarcey de Dourdan.</p><p>GASSIOT-TALABOT (G�rald), cri-</p><p>tique d�art.</p><p>GATELLIER (Gilbert), secr�taire</p><p>g�n�ral de la R�daction (beaux-arts).</p><p>GAUBERT (Guy), chef des rubriques</p><p>� Handball � et � Aviron � au journal</p><p>� l��quipe �.</p><p>GAUDON (Jean), professeur � l�universit� Yale (�tats-Unis).</p><p>GAULMIER (Jean), professeur �</p><p>l�universit� de Paris-IV.</p><p>GAUTHERIN (Jacques), professeur � l��cole nationale sup�rieure des arts et m�tiers (m�canique g�n�rale et m�canique appliqu�e), professeur � l��cole normale sup�rieure de l�enseignement technique de Cachan.</p><p>GAUTHIER (Andr�), critique</p><p>musical.</p><p>GAUTHIER (Maximilien), homme de</p><p>lettres, critique et historien d�art.</p><p>GAUTIER (Paul), docteur en philologie orientale, dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales, membre de l�Institut fran�ais des �tudes byzantines, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>GAVALDA (Jean), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., directeur g�n�ral de la S. A. saline d�Einville.</p><p>GAVOTY (Bernard), membre de l�Institut, critique musical du � Figaro �.</p><p>GELOSO (Jean-Pierre), docteur �s</p><p>sciences, professeur sans chaire � l�universit� de Paris-VII.</p><p>G�NERMONT (Jean), professeur �</p><p>l�universit� de Paris-XI.</p><p>GENET (Jean-Philippe), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I.</p><p>G�NIN (Georges), ing�nieur de</p><p>l��cole sup�rieure de physique et de chimie industrielles de Paris, ancien ing�nieur en chef � la Compagnie g�n�-</p><p>rale d��lectricit�.</p><p>GENOUX (Charles), dipl�m� d��tudes sup�rieures de droit et de l�Institut d��tudes politiques de Lyon, inspecteur principal des Imp�ts.</p><p>GENTIL (Pierre), historien.</p><p>GEORGE (Augustin), docteur en</p><p>th�ologie, licenci� en sciences bibliques, professeur de Nouveau Testament � la facult� catholique de th�ologie de Lyon.</p><p>GEOUFFRE DE LA PRADELLE</p><p>(Marie-Th�r�se de), dipl�m�e d��tudes sup�rieures de droit, et de l�Institut d��tudes politiques d�Aix-en-Provence.</p><p>downloadModeText.vue.download 625 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11836</p><p>GEOUFFRE DE LA PRADELLE</p><p>(Paul de), professeur honoraire de la facult� de droit d�Aix-en-Provence, membre de l�Institut de droit international.</p><p>G�RARD (B�atrice), titulaire de la ma�trise d�indologie.</p><p>G�RARD (Yves), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�-</p><p>rieur de musique, dipl�m� d��tudes sup�rieures de l�universit� de Nancy, professeur au Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur associ� � l�universit� Laval de Qu�bec.</p><p>GERVAIS (C�line), agr�g�e de l�Universit�, charg�e de cours � l�Institut national des langues et civilisations orientales, assistante � l�universit� de Paris-I.</p><p>G�ZE (Bernard), docteur �s sciences, professeur � l�Institut national</p><p>agronomique.</p><p>GIACOMINI (Roger), agr�g� des</p><p>sciences physiques, inspecteur g�n�ral de physique et chimie.</p><p>GIAGOMO (Math�e), agr�g�e de</p><p>l�Universit�, assistante de linguistique � l�universit� de Paris-III.</p><p>GIACOTTINO (Jean-Claude), agr�g�</p><p>de l�Universit� (g�ographie), charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>GIBBAL (Jean-Marie), docteur en so-</p><p>ciologie, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>GIBOIN (Eug�ne), ing�nieur de l��cole polytechnique, du G�nie maritime et de l��cole sup�rieure d��lectricit� (section radio), chef du Groupe t�l�communications au service technique des Constructions et armes navales, secr�taire g�n�-</p><p>ral adjoint de l�Institut fran�ais de navigation.</p><p>GIGNOUX (Philippe), dipl�m� de</p><p>l��cole nationale des langues orientales vivantes, docteur en �tudes orientales (syriaque), directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, directeur de la revue � Studia iranica �.</p><p>GILBERT (Marie-Anick), kin�sith�rapeute-monitrice, chef du service de r��-</p><p>ducation fonctionnelle, de l�h�pital de la Croix-Saint-Simon de Paris.</p><p>GILLE (Bertrand), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Clermont-Ferrand.</p><p>GILLON (�tienne), ancien pr�sident du Syndicat national des �diteurs.</p><p>GINESTIER (Paul), docteur de l�universit� de Paris, laur�at du prix Da-gneau, professeur de litt�rature fran-</p><p>�aise moderne � l�universit� de Hull (Grande-Bretagne).</p><p>GIRAUD (Alexandra), docteur en</p><p>m�decine.</p><p>GITEAU (Madeleine), membre de</p><p>l��cole fran�aise d�Extr�me-Orient.</p><p>GLATRON (Jacques), ing�nieur des</p><p>Arts et Manufactures, vice-pr�sident de la S. A. Arjomari-Prioux, administrateur de la Conf�d�ration fran�aise de l�industrie des papiers, cartons et cellulose.</p><p>GLEINY (Christine), �crivain d�art.</p><p>GODELIER (Maurice), agr�g� de</p><p>l�Universit�, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>GOUGENHEIM (Andr�), ing�nieur</p><p>hydrographe g�n�ral de la marine,</p><p>membre de l�Institut, du Bureau des longitudes, de l�Acad�mie de marine et de l�Acad�mie des sciences d�outre-mer.</p><p>GOUPY (Armelle), agr�g�e de russe, docteur en �tudes slaves.</p><p>GOURDET (Georges), titulaire de premiers prix du Conservatoire national su-p�rieur de musique, professeur � l��cole nationale de musique de Caen, directeur du conservatoire municipal de Suresnes.</p><p>GOUREVITCH (�douard), rabbin</p><p>de l�Association consistoriale isra�lite de Paris, charg� de mission aupr�s du grand rabbin de Paris, directeur de l�Au-m�nerie isra�lite de l�arm�e de l�air.</p><p>GOURNAY (Bernard), conseiller r�f�-</p><p>rendaire � la Cour des comptes.</p><p>GOUZ (Sylvain), dipl�m� d��tudes su-p�rieures de sociologie et de droit.</p><p>GRANDGUILLAUME (Gilbert),</p><p>licenci� d�arabe, docteur en sociologie, assistant � la facult� des lettres et sciences humaines d�Oran.</p><p>GRANIER (Louis), chercheur � la Fondation pour la recherche sociale.</p><p>GRANOTIER (Bernard), docteur en</p><p>sociologie, professeur � l��cole sp�ciale d�architecture.</p><p>GRAPPIN (Pierre), agr�g� d�allemand, docteur �s lettres, ancien doyen de la facult� des lettres de Nanterre, professeur � l�universit� de Metz.</p><p>GRAS (Alain), dipl�m� d��tudes sup�-</p><p>rieures en math�matiques, docteur en sociologie, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I, ma�tre de conf�rences � l��cole des hautes �tudes commerciales.</p><p>GR�CO (Pierre), professeur agr�g�, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>GREIMAS (Algirdas Julien), direc-</p><p>teur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>GRELOU (Georges), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Paris-X.</p><p>GR�MION (Pierre), docteur �s lettres, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>GR�MY (Jean-Paul), docteur en so-</p><p>ciologie, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-V.</p><p>GRENIER (Fernand), doyen de la</p><p>facult� des lettres de l�universit� Laval (Qu�bec).</p><p>GRISOLIA (Michel), journaliste, critique de cin�ma.</p><p>GRITTI (Jules), docteur en histoire de la philosophie, professeur � l�Institut catholique de Paris.</p><p>GRIZE (Jean-Blaise), docteur �s</p><p>sciences, professeur ordinaire � la facult� des lettres de l�universit� de Neuch�tel (Suisse), directeur du Centre de recherches s�miologiques de l�universit� de Neuch�tel.</p><p>GROUCHY (Jean de), docteur en</p><p>m�decine, directeur de recherche</p><p>au C. N. R. S., chef du laboratoire de cytog�n�tique � l�h�pital des</p><p>Enfants-Malades.</p><p>GRUSS (No�), docteur �s lettres,</p><p>charg� du service h�bra�que � la Biblioth�que nationale, chef du service h�bra�que � la biblioth�que du Centre universitaire des langues orientales vivantes.</p><p>GU�RIN (Olivier), professeur d�histoire au lyc�e Fustel-de-Coulanges � Massy.</p><p>GU�RON (Jules), docteur �s sciences physiques, directeur g�n�ral honoraire � la Communaut� europ�enne de l��nergie atomique, professeur � l�universit� de Paris-XI.</p><p>GUESPIN (Louis), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, ma�tre assistant de linguistique � l�universit� de Rouen.</p><p>GUILBERT (Madeleine), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� Fran-</p><p>�ois-Rabelais � Tours, responsable d�une �quipe de recherche associ�e au C. N. R. S.</p><p>GUILLOT (Pierre), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national</p><p>sup�rieur de musique et de la ma�trise de musicologie, assistant � l�universit� de Lyon-II.</p><p>GUINARD (Paul), professeur hono-</p><p>raire � l�universit� de Toulouse.</p><p>GUIREC (Jean), pr�sident honoraire de la Soci�t� des gens de lettres de France.</p><p>GUTTON (Philippe), docteur en</p><p>m�decine, ancien interne des h�pitaux psychiatriques de la Seine, docteur en psychologie.</p><p>HACHARD (H�l�ne), r�dactrice</p><p>chor�graphique.</p><p>HADZIS (Dimitri), professeur associ� � l�universit� de Budapest.</p><p>HALBREICH (Harry), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur au conservatoire de Mons.</p><p>HAMAYON (Roberte), docteur en</p><p>linguistique, charg�e de recherche au C. N. R. S., directrice d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>HAMIDI-SIMON (Brigitte), licen-</p><p>ci�e, r�p�titrice de persan � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>HAMMEL-CADIER (Rosine), titu-</p><p>laire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, animatrice musicale.</p><p>HAROT (Ren�), licenci� �s lettres, di-pl�m� d��tudes sup�rieures d�histoire.</p><p>HARROY (Jean-Paul), ing�nieur</p><p>commercial et docteur en sciences coloniales de l�Universit� libre de Bruxelles, professeur � l�Universit� libre de Bruxelles, secr�taire g�n�ral de l�Institut international des civilisations diff�rentes, membre titulaire de l�Acad�mie royale des sciences d�outre-mer de Belgique.</p><p>HARZ� DE GENELLIS (Marie-</p><p>France), �crivain.</p><p>HAUSTRATE (Gaston), r�dacteur en</p><p>chef de la revue � Cin�ma �.</p><p>HAVARD (Christian), professeur certifi� d�histoire et g�ographie.</p><p>H�CAEN (Henry), directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, directeur de l�Unit� de recherches neuropsychologiques et neurolinguistiques de l�I. N. S. E. R. M.</p><p>(U. 111), �quipe de recherche associ�e au C. N. R. S.</p><p>HEIDMANN (Nicole), docteur �s</p><p>sciences, astronome adjoint � l�Observatoire de Paris.</p><p>HENKEL (�veline), agr�g�e d�alle-</p><p>mand, professeur au lyc�e de Chartres.</p><p>HERMANTIN (Fred), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures de droit priv� et de droit public, avocat.</p><p>HERV� (Yves), ing�nieur agricole, in-g�nieur d�agronomie, dipl�m� d��tudes approfondies de physiologie v�g�tale, ma�tre assistant de phytotechnie � l��cole nationale sup�rieure agronomique de Rennes, responsable de laboratoire � la station d�am�lioration des plantes de Rennes de l�I. N. R. A.</p><p>HO�NG (Michel), journaliste.</p><p>HOCQUENGHEM (Guy), docteur</p><p>�s lettres, enseignant � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>downloadModeText.vue.download 626 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11837</p><p>HODEIR (Andr�), violoniste, compositeur, arrangeur et musicographe.</p><p>HO�R�E (Arthur), compositeur et</p><p>musicographe, charg� de cours compl�-</p><p>mentaires � l�universit� de Paris-IV.</p><p>HOLLANDER (Raymond d�), ancien</p><p>�l�ve de l��cole polytechnique, ing�-</p><p>nieur g�n�ral g�ographe, directeur des �tudes de l��cole nationale des sciences g�ographiques.</p><p>HOLLIER (Denis), professeur de philosophie, d�tach� au d�partement de</p><p>fran�ais de l�universit� de Californie, � Berkeley.</p><p>HOLSTEIN (Robert), ing�nieur agronome I. N. A., ancien administrateur des Services civils d�Alg�rie.</p><p>HONEGGER (Marc), directeur de</p><p>l�Institut de musicologie de l�universit� de Strasbourg.</p><p>HONGLA (Amos), licenci� �s lettres, titulaire d�une ma�trise d�histoire et d�un doctorat de 3e cycle, biblioth�caire.</p><p>HORTIGUE (Michel), secr�taire au</p><p>Centre d��tudes ornithologiques de Bourgogne.</p><p>HOUAISS (Antonio), membre de</p><p>l�Acad�mie br�silienne des lettres.</p><p>HOUIS (Maurice), docteur �s lettres, professeur � l�Institut national des langues et civilisations orientales, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section).</p><p>HOUOT (Georges), capitaine de vaisseau commandant le Groupe des ba-</p><p>thyscaphes de 1954 � 1971.</p><p>HOURMAT (H�l�ne), licenci�e �s</p><p>lettres, titulaire d�une ma�trise d�histoire de l�art.</p><p>HUARD (Serge), professeur agr�g�, assistant � l�universit� de Paris-XI.</p><p>HUDELOT (Claude), licenci� �s</p><p>lettres, dipl�m� de chinois de l��cole des langues orientales, titulaire de la ma�trise d�histoire contemporaine de la Chine, producteur � la Soci�t� fran�aise de production et de cr�ation audiovisuelles.</p><p>HUET (Christine), licenci�e de</p><p>chinois, dipl�m�e de l��cole du Louvre.</p><p>HUETZ DE LEMPS (Alain), agr�g�</p><p>de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Bordeaux-III.</p><p>HUETZ DE LEMPS (Christian),</p><p>agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Bordeaux-III.</p><p>HUGLO (Michel), docteur de 3e cycle (musicologie), ma�tre de recherche au C. N. R. S., charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>HUOT (Jean-Louis), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant d�arch�ologie orientale � l�universit� de Paris-I.</p><p>HURAULT (Jean), ing�nieur en chef g�ographe, ancien �l�ve de l��cole polytechnique, conseiller scientifique � la direction de l�Institut g�ographique national.</p><p>HUSSON (Roger), professeur de biologie g�n�rale � la facult� des sciences de Dijon.</p><p>HUYGHE (Ren�), membre de l�Acad�-</p><p>mie fran�aise, professeur au Coll�ge de France.</p><p>IMBERT (Christian), docteur �s</p><p>sciences, professeur � l�universit� de Paris-XI et � l�Institut d�optique.</p><p>INSTITUT TEXTILE DE FRANCE.</p><p>IRIARTE (Maria Elvira), titulaire de la ma�trise en beaux-arts de l�universit� des Andes � Bogota.</p><p>ITARD (Jean), agr�g� de l�Universit�, membre de l�Acad�mie internationale d�histoire des sciences, professeur honoraire de math�matiques sup�rieures.</p><p>JACOBS (R�mi), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, musicographe.</p><p>JACQUELOT (Chantal de), titulaire de la ma�trise d�histoire, r�dactrice � la librairie Larousse.</p><p>JACQUILLAT (Claude), professeur</p><p>agr�g� � la facult� de m�decine de Lariboisi�re - Saint-Louis, m�decin des h�pitaux.</p><p>JAMEUX (Dominique), licenci� d�histoire de l�art et d�arch�ologie, directeur de la revue � Musique en jeu �, producteur radiophonique � la Soci�t� fran�aise de production et de cr�ation audiovisuelles.</p><p>JAMOUS (Haroun), docteur en sociologie, charg� de recherche au C. N. R. S., charg� de cours � l��cole nationale sup�-</p><p>rieure des mines de Paris.</p><p>JANNEAU (Guillaume), ancien admi-</p><p>nistrateur g�n�ral du Mobilier national et des Manufactures nationales, professeur honoraire au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>JANSSENS (Paul), agr�g� d�histoire, professeur � d�Economische Hoges-chool Sint-Aloysius.</p><p>JANVIER (Agn�s), �crivain.</p><p>JANVIER (Ludovic), �crivain.</p><p>JARGY (Simon), professeur � l�universit� de Gen�ve.</p><p>JARRIGE (Jean-Fran�ois), charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>JAULIN (Bernard), directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>JEANNE (Yvonne), r�dactrice au</p><p>journal � l��quipe �.</p><p>JEAN-NESMY (Claude), moine b�n�-</p><p>dictin de la Pierre-qui-Vire, �crivain.</p><p>JENKINS (Jean Lynn), bachelor</p><p>of Arts de l�universit� du Missouri, ethnomusicologue.</p><p>JERA-BEZARD (Robert), dipl�m� de</p><p>l��cole du Louvre, charg� de mission au mus�e Guimet.</p><p>JOLIVET (Gilbert), docteur-v�t�rinaire, agr�g� des �coles nationales v�t�rinaires, inspecteur g�n�ral de la recherche agronomique.</p><p>JOLIVET (Jean), docteur �s sciences, physicien adjoint � l�Institut de physique du globe de Paris.</p><p>JOUANIN (Christian), attach� au</p><p>Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>JOUBERT (Pierre), professeur �</p><p>l��cole nationale sup�rieure des arts et m�tiers, professeur au Centre de formation de professeurs techniques de</p><p>Cachan.</p><p>JOURCIN (Albert), agr�g� de l�Universit�, professeur honoraire de</p><p>lettres sup�rieures au lyc�e Pasteur � Neuilly-sur-Seine.</p><p>JOURDAN (Denise), titulaire d�un</p><p>premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique et de la ma�trise de musicologie, attach�e de recherche au C. N. R. S., charg�e de cours compl�mentaires � l�universit� de Paris-IV.</p><p>JULIA (Didier), agr�g� de philo-</p><p>sophie, docteur �s lettres, d�put�, vice-pr�sident de la Commission des Affaires �trang�res, repr�sentant de la France � l�O. N. U.</p><p>JULLIARD (Alain), licenci� �s</p><p>sciences, chirurgien, assistant des h�-</p><p>pitaux de Paris, ancien assistant des h�pitaux de New York.</p><p>JUSSERAND (Jean), kin�sith�ra-</p><p>peute, moniteur du Centre Viggo-Peter-sen de Paris.</p><p>KAIL (Michel), titulaire de la ma�trise de philosophie et du C. A. P. E. S. de philosophie, professeur de philosophie.</p><p>KAISERGRUBER (Danielle), pro-</p><p>fesseur certifi�e de lettres modernes, enseignante � l�universit� de Paris-X, r�dactrice du � Tr�sor de la langue fran�aise �.</p><p>KAMINKER (Jean-Pierre), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant au Centre universitaire de Perpignan.</p><p>KANNENGIESSER (Charles), doc-</p><p>teur en th�ologie, professeur � l�Institut catholique de Paris.</p><p>KASPI (Andr�), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences en civilisation am�ricaine � l�universit� de Lille-III.</p><p>KAUFMANN (Pierre), agr�g� de phi-</p><p>losophie, docteur �s lettres, professeur a l�universit� de Paris-X.</p><p>KEILLING (Jean), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., membre de l�Acad�mie d�agriculture, professeur honoraire � l�Institut national agronomique Paris-</p><p>Grignon, directeur de l��cole nationale sup�rieure de biologie appliqu�e � la nutrition et � l�alimentation � Dijon.</p><p>KERMAREC (Jo�l), agr�g� d�his-</p><p>toire, dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales vivantes, professeur au lyc�e Lakanal, charg� de conf�-</p><p>rences � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>KESTELOOT (Lilyan), professeur �</p><p>l�universit� d�Abidjan.</p><p>KHAYATI (Moustapha), licenci�</p><p>d�arabe, licenci� de philosophie.</p><p>KOECHLIN (Philippe), journaliste, r�dacteur en chef de � Rock and Folk �.</p><p>K�NIGZON (Elie), docteur �s lettres, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>KOPEL (Jo�l), ophtalmologiste,</p><p>attach� � l�h�pital Saint-Joseph et � la clinique ophtalmologique des Quinze-Vingts.</p><p>KOSSIAKOV (Nadia), dipl�m�e du</p><p>Centre de formation � la recherche ethnologique du mus�e de l�Homme.</p><p>KOVALEVSKY (Jean), membre du</p><p>Bureau des longitudes, directeur du Centre d��tudes et de recherches g�odynamiques et astronomiques, � Grasse, directeur du Groupe de recherches de g�od�sie spatiale.</p><p>KREBS (Kurt), ing�nieur agronome</p><p>de l��cole nationale d�agriculture de Grignon, docteur en agronomie de</p><p>l�universit� de Berlin, ancien conseiller des Affaires agricoles de l�ambassade d�Allemagne � Paris.</p><p>KRYNEN (Marie-Madeleine),</p><p>musicographe.</p><p>KUD&#x11A;LKOV�-POGNAN (Mark�ta),</p><p>dipl�m�e de l�universit� de Prague en lettres et arts plastiques.</p><p>KUENTZ (Pierre), professeur � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>LABAT (Ren�), agr�g� de grammaire, docteur �s lettres, membre de l�Institut, pr�sident de la Soci�t� asiatique, vice-pr�sident de l�Assembl�e des profes-</p><p>seurs du Coll�ge de France, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes (IVe section), professeur au Coll�ge de France (chaire d�assyriologie).</p><p>LABOUREUR (Sylvain), secr�taire</p><p>g�n�ral de la R�daction.</p><p>downloadModeText.vue.download 627 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11838</p><p>LACAPE (Andr�), capitaine de vaisseau (R.), titulaire de la ma�trise d�histoire.</p><p>LACASSIN (Francis), licenci� en</p><p>droit, dipl�m� d��tudes sup�rieures en sciences humaines, charg� de cours � l�universit� de Paris-I, sc�nariste et dialoguiste de films, �crivain.</p><p>LACHNITT (Jacques), ing�nieur civil de l�A�ronautique, ing�nieur � la Soci�-</p><p>t� nationale industrielle a�rospatiale.</p><p>LACHOUQUE (Henri), commandant</p><p>(R.), ancien conservateur adjoint au mus�e de Malmaison.</p><p>LACOUR (Jean-Pierre), ancien r�-</p><p>dacteur au journal � l��quipe �.</p><p>LACROIX (Jean), licenci� en droit, agr�g� de philosophie, professeur honoraire de philosophie, chroniqueur philosophique du journal � le Monde �, directeur aux Presses universitaires de France de la collection � le Philosophe �.</p><p>LADMIRAL (Jean-Ren�), docteur en</p><p>philosophie, assistant � l�universit� de Paris-X.</p><p>LAFERR�RE (Michel), agr�g� de</p><p>l�universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Lyon-III.</p><p>LAFFORGUE (Gilbert), agr�g�</p><p>d�histoire, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-IV.</p><p>LAFUMA (Henri), docteur �s sciences physiques, professeur honoraire au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>LAGAUSIE (Philippe de), chirurgien, ancien chef de clinique, assistant des h�pitaux de Paris.</p><p>LAGEAT (Yannick), agr�g� de l�Universit�, assistant de g�ographie � l�universit� de Clermont-Ferrand.</p><p>LAGNEAU (Janine), docteur en so-</p><p>ciologie, ma�tre assistante � l�universit� de Paris-V.</p><p>LAIN� (Jean-Pierre), docteur en</p><p>g�ographie, assistant � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>LA LAURENCIE (Bertrand de),</p><p>dipl�m� de l��cole des hautes �tudes commerciales, dipl�m� d��tudes sup�-</p><p>rieures de droit, dipl�m� de l��cole des sciences politiques, secr�taire g�n�ral de la Compagnie des commissionnaires agr��s pr�s de la Bourse de commerce de Paris.</p><p>LALOUETTE (Claire), ma�tre assis-</p><p>tante � l�universit� de Paris-IV.</p><p>LAMAZE (Jean de Pradel de), colo-</p><p>nel (R.), licenci� �s lettres, ancien professeur d�histoire � l��cole sup�rieure de guerre.</p><p>LAMBERT (Jean), docteur en droit, secr�taire g�n�ral de la R�daction (droit et sciences �conomiques).</p><p>LAMBERT (Jean-Marie), contr�leur</p><p>g�n�ral des arm�es, dipl�m� d��tudes sup�rieures de droit public, dipl�m� d��tudes sup�rieures d��conomie.</p><p>LAMEYRE (Jean), docteur �s</p><p>sciences, professeur de g�ologie � l�universit� de Paris-VI.</p><p>LARGEAULT (Jean), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Toulouse-II.</p><p>LARRUE (Suzanne), licenci�e �s</p><p>lettres, secr�taire g�n�rale de la R�daction.</p><p>LASSUS (Jean), ancien professeur</p><p>� la Sorbonne, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes d�Aix-en-Provence.</p><p>LATHUILL�RE (Roger), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�Institut de langue fran�aise � l�universit� de Paris-IV.</p><p>LAUER (Jean-Philippe), ancien di-</p><p>recteur de recherche au C. N. R. S., expert du Service des antiquit�s d��gypte � Saqqarah.</p><p>LAURENT (Monique), conservateur</p><p>du mus�e Rodin.</p><p>LAUTOUR (Jacques), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures de droit priv�, dipl�m� de l�Institut de criminologie de Paris, assistant � l�universit� de Paris-II.</p><p>LAVALL�E (Dani�le), docteur en</p><p>pr�histoire, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>LAZATE (Lucien), directeur du lyc�e Ren�-Cassin � J�rusalem.</p><p>LE BERRE (Jean-Ren�), docteur �s</p><p>sciences, professeur � l�universit� de Paris-XI, expert consultant �cologiste aupr�s de l�Organisation pour l�alimentation et l�agriculture.</p><p>LE BONHEUR (Albert), conservateur au mus�e Guimet.</p><p>LE BOUAR (Guy), ing�nieur des Arts et Manufactures, directeur de gestion aux Ardoises d�Angers.</p><p>LECLANT (Jean), docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-IV, directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (Ve section), membre de l�Institut.</p><p>LE CL�RE (Marcel), docteur en droit, professeur � l�Institut de criminologie de l�universit� de droit et de sciences sociales de Paris, charg� de conf�-</p><p>rences � l�Institut international d�administration publique.</p><p>LECOQ (Jacques), fondateur-direc-</p><p>teur de l��cole Jacques-Lecoq, professeur � l��cole nationale sup�rieure des beaux-arts � Paris.</p><p>LECOQ (Pierre-Jo�l), ophtalmolo-</p><p>giste des h�pitaux de Paris.</p><p>LE COZ (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� Paul-Val�ry (Montpellier).</p><p>LEFLON (Jean), pr�lat de la Mai-</p><p>son de Sa Saintet�, membre de l�Institut, docteur �s lettres, directeur de recherche au C. N. R. S., professeur honoraire � l�Institut catholique de Paris.</p><p>LEFORT (Pierre), ing�nieur des Arts et Manufactures, directeur du service apr�s vente de la Soci�t� Bronzavia, professeur � l��cole technique d�a�ronautique et de construction automobile.</p><p>LEFRANC (Georges), agr�g� d�his-</p><p>toire et g�ographie, docteur �s lettres, laur�at de l�Acad�mie fran�aise et de l�Acad�mie des sciences morales et politiques, professeur.</p><p>LEFRANC (Pierre), agr�g� d�anglais, docteur �s lettres, professeur � la facult� des lettres de l�universit� de Nice.</p><p>LEGOUIX (Jean-Paul), docteur �s</p><p>sciences, docteur en m�decine, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>LEGRAND (G�rard), �crivain.</p><p>LE GRAND (Yves), directeur hono-</p><p>raire du Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>LEHMAN (Jean-Pierre), membre</p><p>de l�Acad�mie royale des sciences de Su�de, professeur au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>LEHNING (Arthur), membre de l�Institut international d�histoire sociale.</p><p>LEIPP (�mile), docteur en m�canique, directeur de recherche au C. N. R. S., directeur du laboratoire d�acoustique de l�universit� de Paris-IV.</p><p>LELUBRE (Maurice), docteur �s</p><p>sciences, professeur de g�ologie � l�universit� Paul-Sabatier � Toulouse.</p><p>LEMAN (Pierre), docteur de 3e cycle, directeur r�gional des Antiquit�s historiques Nord-Pas-de-Calais.</p><p>LE MO�L (Michel), archiviste-pa-</p><p>l�ographe, conservateur aux Archives nationales, membre de la Commission du Vieux Paris.</p><p>LE MOIGNE (Fran�ois-Yves), ma�tre assistant d�histoire � l�universit� de Metz.</p><p>LEMOIGNE (Marcel), ancien �l�ve</p><p>de l��cole polytechnique, ing�nieur en chef des Manufactures de l��tat, directeur r�gional des ventes au Service d�exploitation industrielle des tabacs et des allumettes.</p><p>LEMPERT (Jacques), agr�g� de phi-</p><p>losophie, professeur de philosophie au lyc�e de Cahors.</p><p>LEMPERT (Maurice), agr�g� de</p><p>lettres modernes, professeur de lettres modernes.</p><p>LE NY (Jean-Fran�ois), docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>L�ON-DUFOUR (Xavier), professeur</p><p>d��criture sainte.</p><p>LE PARCO (Jean-Claude), ma�tre de conf�rences agr�g�, m�decin des h�pitaux de Paris.</p><p>LEQUEUX (James), astronome titu-</p><p>laire de l�Observatoire de Paris, directeur du d�partement de radioastronomie de l�Observatoire de Paris.</p><p>LERAT (Serge), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Bordeaux-III.</p><p>LE RAY (Michel), docteur �s sciences physiques, professeur de physique au Centre universitaire de Valenciennes et du Hainaut-Cambr�sis, directeur du laboratoire d�hydrodynamique</p><p>superfluide.</p><p>LE RENARD (Victor), ing�nieur des Arts et Manufactures, chef du service de normalisation de l�Institut textile de France, pr�sident de la Commission g�n�rale des textiles de l�Association fran�aise de normalisation.</p><p>LE ROUX (Ren�), ing�nieur du</p><p>Conservatoire national des arts et m�tiers, docteur de l�universit� de</p><p>Paris, professeur au Centre associ� du Conservatoire national des arts et m�-</p><p>tiers et � l�Institut sup�rieur des mat�-</p><p>riaux et de la construction m�canique, ing�nieur-conseil.</p><p>LE ROY (Pierre), conseiller de l�enseignement technologique, secr�taire g�n�ral des �tablissements Engel-Re-liure industrielle.</p><p>LE ROY (Ren�), professeur honoraire au Conservatoire national sup�rieur de musique, directeur du Conservatoire municipal du XIVe arrondissement de Paris.</p><p>LESOURNE (Jacques), ing�nieur au</p><p>Corps des mines, directeur g�n�ral de la Soci�t� d��conomie et de math�matiques appliqu�es.</p><p>LETROUIT-GALINOU (Marie-</p><p>Agn�s), ma�tre de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>L�V�QUE (Jean-Jacques), critique</p><p>d�art, pr�sident de la section fran�aise de l�Association internationale des critiques d�art.</p><p>LEVY (Michel), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures de sciences �co-downloadModeText.vue.download 628 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11839</p><p>nomiques, administrateur de l�Institut national de la statistique et des �tudes �conomiques.</p><p>LE YAOUANQ (Jean), agr�g� de</p><p>l�Universit�, assistant � la facult� des lettres et sciences humaines de Tours.</p><p>LH�NAFF (Ren�), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, charg� d�enseignement (g�ographie) � l�universit� de Lille-I.</p><p>L�HUILLIER (Fernand), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur d�histoire contemporaine � l�universit� des sciences humaines de Strasbourg, pr�sident de l�Association europ�enne d�histoire contemporaine.</p><p>LI�GEOIS (Jean-Pierre), titulaire de la ma�trise de psychologie, docteur en sociologie, ma�tre assistant � l�universit� de Lille-III, charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>LI OGG, charg� de conf�rences �</p><p>l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, ma�tre assistant � l�universit� de Paris.</p><p>LION-GOLDSCHMIDT (Daisy), li-</p><p>cenci�e en art et arch�ologie, ancienne �l�ve de l��cole du Louvre, charg�e de mission des Mus�es nationaux (mus�e Guimet, section d�Extr�me-Orient), conf�renci�re des Mus�es nationaux.</p><p>LISSARRAGUE (Pierre), g�n�ral de</p><p>division a�rienne (C. R.), ancien directeur des �tudes � l��cole sup�rieure de guerre a�rienne, directeur du mus�e de l�Air.</p><p>LITVINE (Mardoch�e), homme de</p><p>lettres.</p><p>LIVET (Georges), doyen honoraire</p><p>de la facult� des lettres, professeur � l�universit� des sciences humaines de Strasbourg.</p><p>LOCATELLI (Fran�oise), titulaire</p><p>de la ma�trise de psychologie exp�rimentale, assistante � l�universit� de Paris-V.</p><p>LOMBARD (Denys), directeur</p><p>d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>LOMBARD-SALMON (Claudine),</p><p>docteur �s lettres, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>LOUIS-MARIE (R. P.), licenci� en</p><p>th�ologie, biblioth�caire provincial des Carmes de la province de Paris.</p><p>LOURD (Jacques), licenci� �s</p><p>sciences, ing�nieur textile, conseiller technique pr�s l�Industrie des fibres li-b�riennes, charg� de cours au Conservatoire national des arts et m�tiers, professeur � l�Institut textile de France.</p><p>LOYER (Fran�ois), licenci� en histoire de l�art et arch�ologie, docteur en esth�tique (philosophie), ma�tre</p><p>assistant en histoire de l�art moderne � l�universit� de Haute-Bretagne � Rennes, conseiller historique de l�Atelier parisien d�urbanisme � la pr�fecture de Paris.</p><p>LUZE (Gilles de), titulaire de la ma�-</p><p>trise de philosophie.</p><p>MACNAB (Roy), fellow of the Royal Society of Arts (Londres), directeur de la Fondation sud-africaine (Londres), �crivain.</p><p>MADAULE (Jacques), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ancien membre de l��cole fran�aise de Rome, pr�sident du Comit� national des �crivains, pr�sident honoraire de l�Amiti� jud�o-chr�tienne de France.</p><p>MAGNE (Marie-France), ma�tre as-</p><p>sistante au C. N. R. S.</p><p>MAHJOUBI (Ali), assistant d�histoire � l�universit� de Tunis.</p><p>MAHO (Jacques), docteur en sociologie, charg� de recherche au C. N. R. S., charg� de cours � l�universit� de Paris-X.</p><p>MAILLARD (Monique), dipl�m�e</p><p>d��tudes sup�rieures en histoire, dipl�m�e de l��cole pratique des</p><p>hautes �tudes en sciences sociales (IVe section), charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>MAISONNEUVE (Jean), docteur �s</p><p>lettres, membre de la Soci�t� fran�aise de psychologie et de la Soci�t� fran-</p><p>�aise de sociologie, professeur � l�universit� de Paris-X (chaire de psychologie sociale).</p><p>MAITRON (Jean), docteur �s lettres, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-I.</p><p>MALECOT (Georges R.), ancien</p><p>�l�ve de l��cole sp�ciale militaire de Saint-Cyr, dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, directeur du Centre de hautes �tudes sur l�Afrique et l�Asie modernes (Fondation nationale des sciences politiques).</p><p>MALIGNAC (Georges), administrateur de l�Institut national de la statistique et des �tudes �conomiques.</p><p>MALLET (Th�r�se), licenci�e en</p><p>sciences �conomiques, titulaire d�un dipl�me de sp�cialisation en information (Fondation nationale des sciences politiques), documentaliste.</p><p>MALPUECH (Robert), agr�g� de</p><p>l�Universit�, professeur de biologie, responsable aupr�s du Centre r�gional de documentation p�dagogique de Paris.</p><p>MANE (Roland), dipl�m� d��tudes</p><p>sup�rieures de droit et d��conomie politique.</p><p>MANESSE (Fran�ois), agr�g� de</p><p>philosophie.</p><p>MANSUY (G�rard), docteur en droit, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques d�Aix-en-Provence, charg� de cours � l�universit� de Toulon, avocat.</p><p>MARCAD� (Jacques), agr�g� d�his-</p><p>toire, docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Poitiers.</p><p>MARCAD� (Jean-Claude), agr�g� de</p><p>l�Universit�, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>MARCAD� (Valentine), docteur en</p><p>�tudes slaves, ma�tre assistante � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>MARCELLESI (Christiane), docteur</p><p>en linguistique, ma�tre assistante � l�universit� de Rouen.</p><p>MARCELLESI (Jean-Baptiste), doc-</p><p>teur �s lettres, ma�tre de conf�rences de linguistique � l�universit� de Rouen, directeur de l�Institut de linguistique moderne de Rouen.</p><p>MARCILLAC (Raymond), ancien di-</p><p>recteur des services Sports et Tourisme de la T�l�vision fran�aise.</p><p>MARC-LIPIANSKY (Mireille), pro-</p><p>fesseur certifi�e de lettres, docteur en philosophie, professeur au lyc�e Claude-Monet (Paris).</p><p>MARGUERON (Jean-Claude), agr�-</p><p>g� de l�Universit�, charg� d�enseignement � l�universit� de Strasbourg, directeur des Missions arch�ologiques de Ras Shamra et d�Emar (Syrie).</p><p>MARIJNISSEN (Roger), docteur en</p><p>histoire de l�art et arch�ologie, directeur adjoint de l�Institut royal du patrimoine artistique (Bruxelles).</p><p>MARQUER (Paulette), docteur �s</p><p>sciences, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>MARTEIL (Louis), docteur �s</p><p>sciences, directeur de recherche � l�Institut scientifique et technique des p�ches maritimes.</p><p>MARTIN (Henri), commandant (R.),</p><p>ing�nieur de l��cole sup�rieure du g�nie militaire.</p><p>MARTIN (Jacqueline), �crivain.</p><p>MARTIN (Jean), docteur en histoire, charg� d�enseignement � l�universit� de Yaound�.</p><p>MARTIN (Jean-Pierre), agr�g� d�histoire, ma�tre de conf�rences d�histoire ancienne � l�universit� de Reims.</p><p>MASSEPORT (Jean), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres (g�ographie).</p><p>MASSIP (Catherine), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, archiviste-pa-l�ographe, conservateur � la Biblioth�que nationale.</p><p>MASSUS (Michel), licenci� �s</p><p>sciences �conomiques, directeur des �tudes �conomiques et de march�s au Centre d��tudes des papiers, cartons et celluloses.</p><p>MATALON (Benjamin), chef du d�-</p><p>partement de psychologie du Centre d��tudes et de recherche sur l�am�nagement urbain.</p><p>MATEI (Horia), r�dacteur � l�Editura Enciclopedic&#x103; rom�n&#x103;.</p><p>MATHELIN (Marie), titulaire de</p><p>la ma�trise de chinois, dipl�m�e de</p><p>l��cole du Louvre, attach�e au mus�e Guimet.</p><p>MATHIVET (Pierre), ing�nieur dipl�-</p><p>m� de l��cole sup�rieure d��lectricit�, ing�nieur des services techniques � la Direction des eaux de la Pr�fecture de Paris, charg� des �tudes et r�alisations sp�ciales aupr�s du directeur, professeur agr�� de l�enseignement technique sup�rieur, charg� de cours � l��cole sup�rieure des travaux publics.</p><p>MATIGNON (Bertrand), documenta-</p><p>liste m�dical.</p><p>MAUNY (Michel de), homme de</p><p>lettres.</p><p>MAUREL (Maurice), chef des infor-</p><p>mations du journal � l��quipe �.</p><p>MAURON (Paul), ing�nieur agronome I. N. A., ing�nieur g�n�ral honoraire du G�nie rural et des Eaux et des For�ts, directeur de l�Office international de la vigne et du vin.</p><p>MAUZI (Robert), professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>MAYOUX (Jean-Jacques), docteur �s lettres, professeur honoraire de litt�rature anglaise � la Sorbonne.</p><p>MAZINGUE (Georges), ing�nieur</p><p>dipl�m� de l��cole nationale sup�-</p><p>rieure de chimie de Lille, licenci� �s sciences, directeur � l�Institut textile de France-Nord.</p><p>M�DARD (Louis), ing�nieur g�n�ral des Poudres, pr�sident de la Commission des substances explosives au minist�re de l�Industrie.</p><p>MEDVEDEFF (Michel), m�decin-</p><p>chef de la direction du mat�riel d�Air France.</p><p>MEILLON (Gustave), brevet� de</p><p>l��cole nationale de la France d�outre-mer, licenci� �s lettres, professeur � l�Institut national des langues et civilisations orientales, directeur de l�Institut franco-vietnamien.</p><p>MEINADIER (Jean-Pierre), ing�-</p><p>nieur des Arts et Manufactures, directeur g�n�ral d�Ing�nierie Informatique</p><p>downloadModeText.vue.download 629 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11840</p><p>S. A., charg� de cours � l��cole centrale des arts et manufactures.</p><p>MEISTER (Albert), docteur en lettres et sciences humaines, sociologue au Centre d��tude des mouvements sociaux de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>M�JANE (Jean), ing�nieur</p><p>E. N. S. I. A. A., ma�tre de conf�rences � l��cole nationale sup�rieure des industries agricoles et alimentaires.</p><p>MELCHIOR-BONNET (Alain),</p><p>licenci� �s lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures.</p><p>MELCHIOR-BONNET (Sabine), li-</p><p>cenci�e �s lettres, dipl�m�e de l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>MELIK (Rouben), po�te, critique litt�raire � Radio-France, attach� � la direction des �diteurs fran�ais r�unis.</p><p>M�LINAND (Christophe), titulaire</p><p>d�une ma�trise d�histoire.</p><p>MELOT (Michel), archiviste-pal�o-</p><p>graphe, conservateur � la Biblioth�que nationale.</p><p>M�NACH� (Maurice), responsable</p><p>du laboratoire d�oc�anographie physique � l�Institut oc�anographique de Paris.</p><p>M�NEZ (Em�lie), licenci�e en histoire de l�art.</p><p>MENTZEL (Emmanuel), licenci� �s</p><p>lettres.</p><p>M�RIEL (Pierre), agr�g� de phy-</p><p>sique, docteur �s sciences, ing�nieur au Commissariat � l��nergie atomique.</p><p>M�RIGOT (Bernard), licenci� �s</p><p>lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures en lettres modernes, dipl�m� d��tudes approfondies en anthropologie,</p><p>membre de l��cole freudienne de Paris,</p><p>conseiller technique � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>MERLIN (Anne), historienne.</p><p>MERMET (Pierre), licenci� �s lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures d�histoire, professeur d�histoire et de g�ographie au lyc�e �douard-Branly � Nogent-sur-Marne, charg� de recherche au C. N. R. S. (Comit� d�histoire de la Seconde Guerre mondiale).</p><p>MESMIN (Georges), dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, licenci� en droit, ancien �l�ve de l�E. N. A., inspecteur des finances, ancien directeur de l��quipement scolaire, d�put� de Paris, conseiller de Paris.</p><p>M�VEL (Jean-Pierre), secr�taire g�-</p><p>n�ral de la R�daction.</p><p>MEYER (Gaston), ancien r�dacteur</p><p>en chef du journal � l��quipe �.</p><p>MEYER (Jean), agr�g� de l�Univer-</p><p>sit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Perpignan.</p><p>MEYER (Jean-Paul), directeur technique de la revue � le Bridgeur �.</p><p>MEYER (Raymond), ancien chef des</p><p>rubriques � Boxe � et � Volley-ball � au journal � l��quipe �.</p><p>MEYLAN (Pierre), musicographe.</p><p>MICHARD (Gil), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s sciences, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Paris-VII.</p><p>MICHEL (Bernard), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur d�histoire contemporaine � l�universit� de Poitiers, directeur de s�minaire � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>MICHEL (Marc), agr�g� de l�Universit�, docteur de 3e cycle, ma�tre assistant d�histoire � l�universit� de Paris-I.</p><p>MICHELAT (Guy), ma�tre de</p><p>recherche au C. N. R. S. (Centre</p><p>d��tudes de la vie politique fran�aise contemporaine).</p><p>MILLET (Catherine), r�dactrice en chef de la revue � Art-Press �.</p><p>MILLET (Yves), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�Institut national des langues et civilisations orientales (Paris-III).</p><p>MILLIOT (Sylvette), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, docteur �s lettres et sciences humaines, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>MILLS (Jean), ing�nieur des Ponts et Chauss�es.</p><p>MINK (Georges), dipl�m� du cycle de sp�cialisation de la Fondation nationale des sciences politiques.</p><p>MIRAMBEL (Andr�), agr�g� des</p><p>lettres et docteur �s lettres, membre de l�Institut, professeur � la Sorbonne.</p><p>MITEV (Iono), professeur � l�Acad�-</p><p>mie des sciences de Bulgarie.</p><p>MITTERAND (Henri), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>MOCHCOVITCH (Ana Maria), li-</p><p>cenci�e �s lettres de la facult� de philosophie de l�universit� du Br�sil, ex-professeur de l�universit� de l��tat de Guanabara.</p><p>MOINDROT (Claude), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-VII.</p><p>MOISY (Pierre), agr�g� des lettres, docteur �s lettres, professeur � l�universit� des lettres et sciences humaines de Strasbourg, ancien conseiller culturel � Varsovie.</p><p>MONGR�DIEN (Jean), agr�g� de</p><p>l�Universit�, charg� d�enseignement � l�universit� de Paris-IV.</p><p>MONNERET (Sophie), charg�e de</p><p>mission des Mus�es nationaux � l��cole du Louvre.</p><p>MONOD (Jean), docteur en ethnolo-</p><p>gie, assistant d�ethnologie � l�universit� de Paris-VII.</p><p>MONOD-BECQUELIN (Aurore),</p><p>docteur en linguistique g�n�rale, charg�e de recherche au C. N. R. S., charg�e de cours � l�universit� de Paris-VII.</p><p>MONTGOLFIER (Bernard de),</p><p>conservateur en chef au mus�e</p><p>Carnavalet.</p><p>MONTIER (Bruno), membre de la</p><p>Soci�t� fran�aise des analystes financiers, directeur de l�Information et des Relations ext�rieures de la Compagnie des agents de change, administrateur de la soci�t� DAFSA Analyse.</p><p>MORAND (Fran�ois), agr�g� de</p><p>l�Universit�, charg� d�enseignement (g�ographie) � l�universit� de Paris-X.</p><p>MORANDO (Bruno), docteur �s</p><p>sciences, astronome au Bureau des longitudes, vice-pr�sident de la Soci�t� astronomique de France, chef du service des calculs et de m�canique c�leste du Bureau des longitudes, charg� de cours � l�universit� de Paris-VI.</p><p>MOREAU (Claude), ancien �l�ve de</p><p>l�Institut sup�rieur des mat�riaux et de la construction m�canique, inspecteur divisionnaire � la Direction du mat�riel de la S. N. C. F.</p><p>MOREAU (Jean-Luc), agr�g� de</p><p>l�Universit�, professeur des langues finno-ougriennes � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>MOREAU (Jean-Paul), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Pi-cardie (Amiens), doyen de l�U. E. R. des sciences historiques et g�ographiques.</p><p>MOREL (Ernest-Henri), sociologue.</p><p>MORICE (Eug�ne), licenci� �s</p><p>sciences math�matiques, dipl�m� de statistique, professeur � l�Institut de statistique de l�universit� de Paris, directeur de l��cole nationale de la statistique et de l�administration �conomique, pr�sident de la Soci�t� de statistique de Paris.</p><p>MORISSET (Michel), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, trompettiste.</p><p>MOTTEZ (Bernard), ma�tre de re-</p><p>cherche au C. N. R. S., chercheur au Centre d��tudes des mouvements sociaux, charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>MOULONGUET (Albert), profes-</p><p>seur agr�g� d�urologie, chirurgien des h�pitaux de Paris, chirurgien-chef de l�h�pital Gouin � Clichy.</p><p>MOY (Jean-Yves), licenci� en histoire et titulaire de la ma�trise d�histoire, charg� de cours d�histoire � la facult� des lettres de l�Institut catholique de Paris.</p><p>MOYSET (Ren�), ancien journaliste �</p><p>� l��quipe �.</p><p>MUCCHIELLI (Roger), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur en m�decine, neuropsychiatre, docteur �s lettres et sciences humaines, professeur honoraire � l�universit� de Nice.</p><p>MULARD (�ric), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national su-p�rieur de musique et d�une ma�trise de musicologie, animateur aux Jeunesses musicales de France.</p><p>MULLER (�rika), agr�g�e de l�Uni-</p><p>versit�, ma�tre assistante � l�universit� de Paris-X.</p><p>MULLER (Paul), astronome titulaire de l�Observatoire de Paris.</p><p>NAKACHE (Danielle), dipl�m�e</p><p>d��tudes sup�rieures de droit public et de l�Institut fran�ais de presse, r�dactrice � la Librairie Larousse.</p><p>NAKAMURA (Noriyasu), docteur de</p><p>l�universit� de T&#x14D;ky&#x14D;, lecteur de japonais � l�universit� de Paris-VII.</p><p>NANTEUIL (Hugues de La Barre de), g�n�ral de brigade (R.), membre de la Commission fran�aise d�histoire militaire, correspondant du Service historique de l�arm�e de terre.</p><p>NARDIN (Jean-Claude), archiviste-</p><p>pal�ographe, conservateur � la biblioth�que Mazarine.</p><p>NAROT (Jean), titulaire de la ma�trise de philosophie.</p><p>NASLIN (Pierre), ancien �l�ve de l��cole polytechnique, ing�nieur dipl�-</p><p>m� de l��cole sup�rieure d��lectricit�, licenci� �s sciences, ing�nieur g�n�ral de l�Armement, chef de la section � Recherche pour la d�fense � au Secr�tariat international de l�O. T. A. N.</p><p>NAUD (Th�r�se), dipl�m�e de l��cole nationale des langues orientales</p><p>vivantes.</p><p>NAUDOU (Jean), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique, de l��cole des langues orientales vivantes et de l��cole du Louvre, docteur �s lettres, professeur d�indologie aux universit�s de Lille et de Bruxelles.</p><p>N�EL (Louis), membre de l�Institut, pr�sident de l�Institut national polytechnique de Grenoble, directeur du laboratoire de magn�tisme (Grenoble, C. N. R. S.), prix Nobel de physique.</p><p>downloadModeText.vue.download 630 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11841</p><p>NESME (Henri), dipl�m� d��tudes</p><p>sup�rieures d�histoire de l�art et d�ar-ch�ologie, peintre.</p><p>NETTER (Francis), agr�g� de phy-</p><p>sique, docteur �s sciences, chef de service au Commissariat � l��nergie atomique.</p><p>NEVEUX (Jean), agr�g� d�alle-</p><p>mand, docteur �s lettres, professeur � l�universit� des sciences humaines de Strasbourg.</p><p>NGUY�N PHUC LONG, titulaire</p><p>des ma�trises d�arch�ologie, d�histoire de l�art et de langue et civilisation vietnamiennes.</p><p>NICOT (Jacqueline), sous-directrice du laboratoire de cryptogamie du Mu-s�um national d�histoire naturelle.</p><p>NIDERST (Alain), docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Rouen.</p><p>NOACHOVITCH (Georges), ing�-</p><p>nieur agronome I. N. A., professeur</p><p>honoraire � l��cole sup�rieure d�agronomie tropicale, ma�tre de conf�rences honoraire � l�Institut national agronomique Paris-Grignon.</p><p>NOCIN (Louis), professeur � l�universit� de Paris-VII.</p><p>NONN (Henri), agr�g� de l�Univer-</p><p>sit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� Louis-Pasteur (Strasbourg), directeur du laboratoire de recherches r�gionales de l�U. E. R. de g�ographie de Strasbourg.</p><p>NUTTIN (Joseph R.), docteur en philosophie et lettres, docteur en philosophie, laur�at du Solvay-Prijs (1970-1975) pour les sciences humaines et sociales, professeur ordinaire � l�universit� de Leuven, directeur du laboratoire de psychologie exp�rimentale, membre de la Koninklijke Academie voor Wetenschappen.</p><p>NYS (Carl de), charg� de cours com-pl�mentaires aux universit�s de Lyon-II et de Saint-�tienne, musicologue.</p><p>OBOLENSKY (Olga), dipl�m�e de</p><p>hautes �tudes d�arch�ologie.</p><p>OCHSE (Madeleine), historienne</p><p>d�art.</p><p>OGUS (Arnold), ing�nieur des Arts et Manufactures, licenci� �s sciences, expert pr�s la cour d�appel de Paris, ing�nieur au Commissariat � l��nergie atomique, responsable de la formation continue � Maintenance industrielle �</p><p>� l��cole centrale des arts et manufactures, professeur au C. A. C. E. M. I. et � l�A. I. F. P.</p><p>OIZON (Ren�), docteur en g�ogra-</p><p>phie, docteur �s lettres, secr�taire g�n�ral de la R�daction (g�ographie).</p><p>OLIVAUX (Robert), docteur en</p><p>psychologie, dipl�m� de l�Institut sup�rieur de p�dagogie, attach� de psychologie de Centre hospitalier universitaire, psychoth�rapeute, grapho-th�rapeute, graphologue.</p><p>ORANGE (Marc), licenci� en droit, dipl�m� d��tudes sup�rieures de droit public, licenci� �s lettres (chinois),</p><p>dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales vivantes (chinois, cor�en), docteur en �tudes extr�me-orientales (�tudes cor�ennes), attach� de recherche au C. N. R. S., ing�nieur au C. N. R. S., charg� de cours � l�universit� de Paris-VII (cor�en).</p><p>ORDOQUY (Lucien), ing�nieur du</p><p>G�nie rural et des Eaux et des For�ts, chef de bureau d��tudes de remembrement et de la voirie.</p><p>OSTERTAG (Hansj�rg), docteur �s</p><p>lettres, homme de lettres, traducteur.</p><p>OUNDGEV (Ivan), membre corres-</p><p>pondant de l�Acad�mie des sciences de Bulgarie.</p><p>OURY (Fernand), instituteur</p><p>sp�cialis�.</p><p>PACQUEMENT (Alfred), licenci� en</p><p>histoire de l�art et arch�ologie, responsable des expositions du mus�e national d�Art moderne (Paris).</p><p>PADIOLEAU (Jean), docteur en</p><p>sociologie, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>PAGEAUX (Daniel Henri), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Paris-III (litt�rature g�n�rale et compar�e).</p><p>PAGNEY (Pierre), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Dijon, directeur du Centre de recherche de cli-matologie de l�universit� de Dijon.</p><p>PAIN (Jacques), charg� de cours en sciences de l��ducation � l�universit� de Paris-X.</p><p>PANSU (�velyne), dipl�m�e d��tudes sup�rieures d�histoire, licenci�e en histoire de l�art et arch�ologie.</p><p>PAPAZOGLOU (Christos), charg�</p><p>d�enseignement � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>PARIS (Robert), docteur en histoire, chercheur au C. N. R. S. et � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>PARISSE (Michel), ma�tre de conf�-</p><p>rences � l�universit� de Nancy-II (histoire du Moyen �ge, histoire de la Lorraine).</p><p>PASCAUD (Marc), professeur � l�universit� de Paris-VI.</p><p>PASSER (Jean-Loup), critique de</p><p>cin�ma, secr�taire g�n�ral de la</p><p>R�daction.</p><p>PATTE (Didier), interne des h�pitaux de Paris.</p><p>PAUBON (Pierre), fl�tiste, professeur aux conservatoires municipaux de Bourg-la-Reine, de Sceaux et de Clichy.</p><p>PAUTHENET (Ren�), docteur �s</p><p>sciences, professeur � l�Institut national polytechnique de Grenoble, directeur du Service national des champs intenses.</p><p>PAVLIN (Cyrille), ing�nieur en chef � la soci�t� Bertin et Cie.</p><p>PAYEN (Jean-Charles), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Caen.</p><p>P�CAUT (Myriam), dipl�m�e</p><p>d��tudes sup�rieures d�allemand, collaboratrice technique au C. N. R. S.</p><p>P�CHOUX (Pierre-Yves), agr�g� de</p><p>l�Universit�, ma�tre assistant de g�ographie � l�universit� de Toulouse-Le Mirail.</p><p>PELLANDINI (Jean), licenci� �s</p><p>sciences.</p><p>P�NINOU (Jean-Louis), titulaire d�un dipl�me sup�rieur de sciences �conomiques, docteur en sociologie.</p><p>P�PIN (Jean), directeur de recherche au C. N. R. S., charg� de conf�rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>PERCUSSIONS DE STRASBOURG,</p><p>ensemble d�instruments de percussion (Strasbourg, 1962). Pr�sident, Jean Batigne.</p><p>PERDRIZET (Jacques), docteur en</p><p>m�decine.</p><p>PERNOUD (R�gine), archiviste-pa-l�ographe, conservateur aux Archives nationales.</p><p>PERRET (Jacques), agr�g� de gram-</p><p>maire, docteur �s lettres, ancien professeur � la Sorbonne.</p><p>PERRIN (Jean-Claude), docteur ing�-</p><p>nieur, ing�nieur E. S. O.</p><p>PERROT (Claude), ma�tre assistant � l�universit� d�Abidjan.</p><p>PERROT (Fran�oise), docteur en histoire de l�art, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>PERROTIN (Jean), professeur � la facult� de m�decine de Paris, chirurgien de l�h�pital Lariboisi�re.</p><p>PERRUS (Claudette), agr�g�e d�italien, ma�tre assistante � la facult� des lettres et sciences humaines de Paris-IV.</p><p>PERSON (Yves), docteur �s lettres, dipl�m� de l��cole nationale des</p><p>langues orientales vivantes et de l�E. N. F. O. M., professeur � l�universit� de Paris-I.</p><p>PEYCH�S (Ivan), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s sciences, membre de l�Institut, directeur scientifique honoraire de Saint-Gobain.</p><p>PEYRADE (Jean), licenci� �s lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures d�histoire, directeur du Service des �tudes de la Documentation fran�aise.</p><p>PEZEU-MASSABUAU (Jacques),</p><p>agr�g� de l�Universit�, docteur</p><p>�s lettres, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>PHILIPPOT (Jacques), agr�g� de</p><p>l�Universit�, professeur de sciences naturelles au lyc�e Voltaire � Paris.</p><p>PICARD (Colette), docteur en</p><p>arch�ologie.</p><p>PICARD (Gilbert Charles), profes-</p><p>seur � la Sorbonne.</p><p>PICARD (Olivier), agr�g� d�histoire,</p><p>ancien membre de l��cole fran�aise d�Ath�nes, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-X.</p><p>PICHOIS (Claude), docteur �s lettres, distinguished Professor of French � la Vanderbilt University � Nashville (�tats-Unis).</p><p>PICOU (Pierre Henri), ancien �l�ve de l��cole du Louvre.</p><p>PICRON (Claudine), licenci�e en histoire de l�art et arch�ologie, professeur d�histoire de l�art.</p><p>PI�R�S (Fran�oise), dipl�m�e de</p><p>l��cole du Louvre.</p><p>PIERRARD (Pierre), docteur �s</p><p>lettres, professeur d�histoire contemporaine � la facult� des lettres de l�Institut catholique de Paris et � l��cole sup�rieure de journalisme de Lille, secr�taire g�n�ral de la R�daction (histoire).</p><p>PIERRE (Franklin), ma�tre de re-</p><p>cherche au C. N. R. S.</p><p>PIERRE (Jos�), critique d�art, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>PIERRET (Simone), ing�nieur-</p><p>chimiste de l��cole sup�rieure de chimie industrielle de Lyon, sous-directeur du Centre de recherche de la soierie et des industries textiles, expert judiciaire pr�s la cour d�appel de Lyon.</p><p>PIETRI (Ren�), titulaire de la ma�trise de g�ographie.</p><p>PINCHERLE (Marc), musicologue.</p><p>PING-MING HSIUNG, assistant �</p><p>l�Institut national des langues orientales vivantes de Paris-III.</p><p>PIRAUX (Henry), ancien chef de</p><p>la propagande technique � la S. A.</p><p>Philips.</p><p>downloadModeText.vue.download 631 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11842</p><p>PIRAZZOLI-T�SERSTEVENS (Mi-</p><p>ch�le), docteur �s lettres, conservateur au mus�e Guimet.</p><p>PIRIOU (Nicole), agr�g�e de l�Universit�, ma�tre assistante de g�ographie � l�universit� de Bretagne occidentale (Brest).</p><p>PIVETEAU (Didier-Jacques), di-</p><p>pl�m� d��tudes sup�rieures en psychologie, titulaire d�une ma�trise de pastorale cat�ch�tique, professeur � l�Institut catholique de Paris, � l�Institut sup�rieur de p�dagogie et � l�universit� Notre-Dame (�tats-Unis).</p><p>PLAISANCE (Georges), ing�nieur</p><p>agronome I. N. A., ing�nieur des Eaux et For�ts.</p><p>PLANHOL (Xavier de), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-IV.</p><p>PLANQUE (Bernard), ing�nieur-</p><p>conseil, secr�taire g�n�ral de � Gens d�images �, pr�sident de Media-Forum.</p><p>PLON (Monique), dipl�m�e de l��cole du Louvre, documentaliste � la Librairie Larousse.</p><p>POCHON (Jacques), docteur �s</p><p>sciences, docteur en m�decine, professeur honoraire � l�Institut Pasteur.</p><p>POIDEVIN (Raymond), agr�g�</p><p>d�histoire, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Metz, directeur du Centre de recherche � Relations internationales �.</p><p>POINCHEVAL (Andr�), ing�nieur</p><p>agronome I. N. A., secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>POIRION (Daniel), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de litt�rature fran�aise � l�universit� de Paris-IV.</p><p>POISSON (Marie-Antoinette), licen-ci�e en psychologie, dipl�m�e de l�Institut de psychologie de Paris, psychanalyste membre de l��cole freudienne de Paris.</p><p>POLIN (Claude), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant de sociologie � la</p><p>Sorbonne.</p><p>PONDE VASSALLO (Ligia), dipl�-</p><p>m�e d��tudes sup�rieures de langue et litt�rature fran�aises, professeur � l�Alliance fran�aise de Rio de Janeiro.</p><p>PONS (Yves), ing�nieur agronome</p><p>I. N. A., assistant temporaire � la chaire d�agriculture de l�Institut national agronomique, conseiller agricole � la Chambre d�agriculture du Morbihan.</p><p>PONTHOREAU (Jacques), agr�g� de</p><p>l�Universit�, assistant � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>POSTEL (�mile), directeur du laboratoire de biologie halieutique de l�universit� de Rennes.</p><p>POTTIER (Bernard), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de linguistique g�n�rale � l�universit� de Paris-IV, directeur scientifique au C. N. R. S.</p><p>POUPARD (Paul), docteur en th�o-</p><p>logie, docteur en histoire, dipl�m� de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, recteur de l�Institut catholique de Paris, pr�sident de l�Union des �tablissements d�enseignement sup�rieur catholiques, vice-pr�sident de la Soci�t� d�histoire eccl�siastique de la France.</p><p>POUP�E (Henri), assistant au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>PRACHE (Anne), docteur �s lettres, ma�tre assistante � l�universit� de Paris-IV.</p><p>PRADEL (Jean-Louis), critique d�art.</p><p>PRALONG (Annie), titulaire d�une</p><p>ma�trise d�histoire de l�art, dipl�m�e de l�Institut des langues orientales de la facult� d�Aix-en-Provence.</p><p>PR�AUD (Maxime), archiviste-pal�ographe, conservateur au cabinet des Estampes de la Biblioth�que nationale.</p><p>PRESSAT (Roland), docteur �s lettres, chef de d�partement � l�Institut national d��tudes d�mographiques, professeur � l�universit� de Montr�al.</p><p>PR�VOST (Charles), agr�g� des sciences physiques, docteur �s</p><p>sciences, pharmacien, professeur honoraire de la facult� des sciences de Paris, ancien professeur � la facult� de pharmacie de Nancy, � la facult� des sciences de Lille, � l��cole centrale, � l�Institut agronomique, aux �coles normales sup�rieures de Fontenay et de Saint-Cloud.</p><p>PROFIT (Alain), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique et de l��cole nationale sup�rieure des t�l�communications, ing�nieur en chef des T�l�communications.</p><p>PROKOPAKI (Chrysa), �crivain.</p><p>PROST (Lucie), dipl�m�e de l��cole du Louvre, charg�e de mission au mu-s�e Guimet.</p><p>PROVOST-CHAUVEAU (Gene-</p><p>vi�ve), docteur en linguistique, ma�tre assistante � l�universit� de Rouen.</p><p>PRUNIER (Philippe), ancien chef</p><p>de clinique � la facult� de m�decine, n�phrologue.</p><p>PUJOL (Rosemonde), chroniqueur au</p><p>� Figaro � (consommation).</p><p>PYNE (Chandra), docteur �s sciences, charg� de recherche au C. N. R. S.</p><p>QUEMADA (Daniel), agr�g� des</p><p>sciences physiques, docteur �s sciences, professeur � l�universit� de Paris-VII.</p><p>QURESHI (Ma&#x1E25;m&#x16B;d), pr�sident de</p><p>l�Alliance fran�aise de Chittagong (Bangladesh).</p><p>RAASCHOU-NIELSEN (Inge-Vi-</p><p>beke), historienne d�art.</p><p>RACHET (Guy), historien et arch�ologue, membre de l�Oriental Institute de l�universit� de Chicago, membre de l�Archeological Institute of America, membre de la Society for the Promotion of Hellenic Studies.</p><p>RACINE (Pierre), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur en histoire, charg� d�enseignement � la facult� des lettres et sciences humaines de Metz.</p><p>RAILLON (Louis), licenci� �s lettres, directeur de la revue � �ducation et d�veloppement �.</p><p>RAIMBAULT (Ren�), licenci� �s</p><p>sciences, docteur de l�universit� de Montpellier, ma�tre de recherche, chef du laboratoire de biologie conchyli-cole (pour la M�diterran�e) � l�Institut scientifique et technique des p�ches maritimes (centre de S�te).</p><p>RANCUREL (G�rald), professeur</p><p>agr�g�, m�decin des h�pitaux de Paris.</p><p>RANGER (Jean), charg� de recherche au C. N. R. S., ma�tre de conf�rences � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>R�NKI (Gy�rgy), directeur de l�Institut des sciences historiques de l�Acad�-</p><p>mie hongroise.</p><p>RAVEL D�ESCLAPON (Gabriel de),</p><p>ing�nieur horticole, ing�nieur en chef d�Agronomie, professeur au lyc�e agricole et horticole d�Antibes.</p><p>RAVIER (Andr�), docteur �s lettres, p�re de la Compagnie de J�sus.</p><p>REBOUILLAT (Hubert), ing�-</p><p>nieur des travaux agricoles, directeur au coll�ge agricole de Fayl-Billot (Haute-Marne).</p><p>REGARD (Maurice), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Provence.</p><p>REGOURD (Annie), professeur cer-</p><p>tifi�e au Centre audiovisuel de l��cole normale sup�rieure de Saint-Cloud.</p><p>REINE (Philippe), ing�nieur civil de l��cole nationale des ponts et chauss�es, ing�nieur en G�nie atomique, docteur en droit, dipl�m� de l��cole des sciences politiques, inspecteur des �tablissements nucl�aires de base, expert en questions nucl�aires.</p><p>REITEL (Fran�ois), agr�g� de l�Universit�, docteur �s lettres, directeur du d�partement de g�ographie de l�universit� de Metz.</p><p>RENAUD (Jean), agr�g� de l�Universit�, professeur au Vestjysk Gymna-sium, Danemark.</p><p>RENAUD (Tristan), �crivain et critique de cin�ma.</p><p>RENAULT (Emmanuel), licenci� en</p><p>th�ologie, assistant religieux des F�d�-</p><p>rations des Carm�lites du Midi.</p><p>RENAULT (Michel), urbaniste.</p><p>RENIERS-SERVRANCKX (Anne),</p><p>�crivain.</p><p>RENOUVIN (Michel), m�decin de</p><p>l�h�pital Saint-Jacques, directeur d�enseignement clinique associ� au C. H. U. Cochin.</p><p>R�TIF (Andr�), archiviste � la Librairie Larousse.</p><p>REUCHLIN (Maurice), professeur de psychologie � l�universit� de Paris-V, directeur du laboratoire de psychologie diff�rentielle de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IIIe section), directeur de l�Institut national d��tude du travail et d�orientation professionnelle.</p><p>REVEL-MOUROZ (Jean), charg� de</p><p>recherche au C. N. R. S.</p><p>REY (Maurice), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur �s lettres, professeur honoraire � la facult� des lettres de Besan�on.</p><p>RIBIERRE (Roger), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., inspecteur principal � l�Office de contr�le et d�exportation, � Casablanca (Maroc).</p><p>RICHER (Jean), docteur �s lettres, professeur de litt�rature g�n�rale et compar�e � l�universit� de Nice.</p><p>RIGOL (Georges), conservateur du</p><p>Mus�e postal.</p><p>RIMBERT (Sylvie), docteur �s lettres, ma�tre de recherche au C. N. R. S., directrice du Laboratoire de cartographie th�matique � l�universit� Louis-Pasteur, Strasbourg.</p><p>RIPERT D�ALLAUZIER (Gilles),</p><p>historien.</p><p>RITTER (Jean), dipl�m� d��tudes su-</p><p>p�rieures de g�ographie.</p><p>RIVERAIN (Jean), licenci� �s lettres, secr�taire de r�daction de � Vie et Langage �, homme de lettres.</p><p>RIVI�RE (Claude), docteur �s lettres et sciences humaines, docteur en philosophie, ma�tre assistant de sociologie � l�universit� de Paris-V.</p><p>RIVI�RE D�ARC (H�l�ne), docteur</p><p>en g�ographie, attach�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>ROBELIN (Dominique), licenci�e en droit, dipl�m�e de l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>downloadModeText.vue.download 632 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11843</p><p>ROBERT (Fran�oise), docteur en linguistique, assistante � l�universit� de Paris-X.</p><p>ROBERT (Fr�d�ric), musicologue,</p><p>professeur aux conservatoires de Drancy et de Montreuil.</p><p>ROBINEAU (Michel), moiti� de conf�-</p><p>rences agr�g�, m�decin des h�pitaux (maladies infectieuses et tropicales), d�tach� en coop�ration � l�universit� Laval � Qu�bec.</p><p>ROBY, directeur de la collection</p><p>� L�homme face � la nature � aux �ditions France-Empire, secr�taire de r�daction � � Carrefour �.</p><p>ROCHE (Alexandre), professeur titulaire � l�universit� Louis-Pasteur de Strasbourg, directeur de l�Institut de physique du globe de Strasbourg.</p><p>ROCHE (Jean), ancien recteur de</p><p>l�Acad�mie de Paris et professeur au Coll�ge de France, membre de l�Acad�mie des sciences et de l�Acad�mie nationale de m�decine.</p><p>ROCHE (Marcel), ing�nieur</p><p>E. N. S. I. A. A., ma�tre de conf�rences (sucrerie) � l��cole nationale sup�-</p><p>rieure des industries agricoles et alimentaires, chef du service � Sucrerie �</p><p>� l��cole nationale sup�rieure des industries agricoles et alimentaires.</p><p>ROCHE (Martine), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, claveciniste et musicologue.</p><p>ROCHEFORT (Michel), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-I.</p><p>ROCHET (Jean-Charles), capitaine</p><p>au long cours, expert maritime devant les tribunaux, commandant de navire � la Compagnie g�n�rale transatlantique.</p><p>ROCOLLE (Pierre), docteur �s</p><p>lettres, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, professeur � l��cole sup�rieure de guerre, professeur d�histoire contemporaine aux facult�s catholiques de Lille et de Paris.</p><p>RODINSON (Maxime), docteur �s</p><p>lettres, dipl�m� de l��cole nationale des langues orientales vivantes et de l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section), directeur d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales (IVe section).</p><p>RODR�GUEZ DE ALONSO (Jose-</p><p>lina), attach�e culturel de l�ambassade du Venezuela � Paris.</p><p>RONCIN (Fran�ois), ing�nieur agronome I. N. A., assistant � l�Institut national agronomique Paris-Grignon.</p><p>ROOS (Nina), licenci�e �s lettres.</p><p>ROOTH (Marie-Louise), agr�g�e de</p><p>l�Universit�, professeur � l�universit� de Sarrebr�ck.</p><p>ROPARS (Joseph), capitaire au long cours, ancien commandant du paquebot</p><p>� France � et du paquebot � Libert� �.</p><p>ROSENBERG (Pierre), conservateur</p><p>au mus�e du Louvre.</p><p>ROSSET (Roland), licenci� �s</p><p>sciences, docteur en m�decine v�t�rinaire, directeur du Centre d��tudes et de recherche pour l�alimentation collective, professeur � l��cole nationale</p><p>sup�rieure des industries agricoles et alimentaires de Massy, professeur au Conservatoire national des arts et m�-</p><p>tiers � Paris.</p><p>ROSSI (Jean-Pierre), docteur en psychologie, assistant au laboratoire de psychologie exp�rimentale de l�universit� de Paris-V.</p><p>ROSSIGNOL (Violaine), dipl�m�e</p><p>d��tudes sup�rieures d��gyptologie.</p><p>ROSTAND (Claude), musicographe.</p><p>ROUBERT (Bernard), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures de droit public.</p><p>ROUDIL (Pierre), titulaire d�une ma�-</p><p>trise d�histoire, assistant pour l�histoire de l��ducation au minist�re de l��ducation nationale.</p><p>ROUGEOT (Jacques), agr�g� des</p><p>lettres, ma�tre assistant � la Sorbonne.</p><p>ROUSSEL (Henri), ma�tre assistant de d�mographie � l�universit� de Paris-V, chercheur � l�Institut national d��tudes d�mographiques.</p><p>ROUSSELOT (Jean), po�te et</p><p>critique.</p><p>ROUX (Francis), ma�tre assistant au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>ROUX (Jean-Paul), docteur en �tudes orientales, docteur �s lettres, ma�tre de recherche au C. N. R. S., professeur � l��cole du Louvre.</p><p>ROY (Bernard), docteur �s sciences math�matiques, directeur scientifique de la Soci�t� d��conomie et de math�-</p><p>matiques appliqu�es.</p><p>ROZELOT (Jean-Pierre), ing�nieur</p><p>de l�Institut national polytechnique de Grenoble, docteur �s sciences</p><p>physiques, attach� scientifique � l�ambassade de France � Varsovie, ma�tre de conf�rences � l�universit� de Toulouse-III.</p><p>RUDEL (Jean), agr�g� de l�Univer-</p><p>sit�, charg� de ma�trise de conf�rences � l�universit� de Paris-I.</p><p>RUFFI� (Jacques), agr�g� de l�Uni-</p><p>versit�, docteur en m�decine, docteur �s sciences, professeur au Coll�ge de France, directeur du Centre d�h�moty-pologie du C. N. R. S.</p><p>RUHLMANN (Georges), agr�g� de</p><p>l�Universit�, professeur d�histoire en classe pr�paratoire � l��cole des chartes au lyc�e Henri-IV.</p><p>RULLI�RE (Gilbert), docteur �s</p><p>sciences �conomiques, ma�tre de recherche au C. N. R. S.</p><p>SABATIER (Fran�ois), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, musicologue.</p><p>SABLI�RE (Jean), licenci� �s lettres, professeur de coll�ge d�tach� au Service d�action culturelle du mus�e du Louvre.</p><p>SAFAR (Jean-Louis), cardiologue.</p><p>SAGLIER (Jean), licenci� en droit, pr�sident honoraire de la F�d�ration nationale de la bijouterie, joaillerie, orf�vrerie, diamants, perles et pierres pr�cieuses, pr�sident honoraire de la F�d�ration des m�tiers d�art de France, pr�sident de la Soci�t� de la propri�t� artistique, dessins et mo-d�les, expert honoraire pr�s la cour d�appel de Paris.</p><p>SAILLENS (Alain), journaliste.</p><p>SAINSAULIEU (Renaud), charg� de</p><p>recherche au C. N. R. S.</p><p>SALEM (Jean), charg� d�enseigne-</p><p>ment � la facult� de droit et des sciences �conomiques de Beyrouth.</p><p>SALL� (�mile), licenci� �s sciences math�matiques pures et appliqu�es, assistant de math�matiques � l�universit� de Paris-X.</p><p>SALVAN (Paule), conservateur en chef honoraire des Biblioth�ques, dipl�m�e d��tudes sup�rieures d�histoire.</p><p>SARLIN (Michel), documentaliste.</p><p>SAUR (Dominique), titulaire d�un premier prix d�histoire de la musique du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur d�histoire de la</p><p>musique au Conservatoire national de R�gion de Tours.</p><p>SAURAT (Albert Harold), ancien</p><p>�l�ve de l��cole polytechnique, directeur du d�partement � Ing�nierie � � la Soci�t� fran�aise des p�troles BP, administrateur de la Raffinerie de Strasbourg.</p><p>SAUVAN (Jacques), docteur en m�decine, sp�cialiste en �lectroradiologie et gastro-ent�rologie, ancien chef du d�partement � Cybern�tique � de la So-ci�t� nationale d��tude et de construction de moteurs d�aviation.</p><p>SAVARD (Aim�), journaliste, r�dacteur aux � Informations catholiques internationales � et � � la Vie catholique illustr�e �.</p><p>SAZIN (Jean), agr�g� de l�Universit�.</p><p>SCHEFER (Jean Louis), �crivain.</p><p>SCHILLI (Henri), grand rabbin,</p><p>directeur du s�minaire isra�lite de France.</p><p>SCHNAPPER (Antoine), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur � l�universit� de Dijon.</p><p>SCHNEIDER (Marcel), agr�g� des</p><p>lettres.</p><p>SCH�RMANN (Reiner), docteur en</p><p>philosophie, dipl�m� en sciences politiques, professeur assistant de philosophie � l�universit� New School for Social Research � New York.</p><p>SCRIBAN (Ren�), docteur �s sciences, ma�tre de conf�rences � l��cole nationale sup�rieure des industries agricoles et alimentaires, directeur du Centre national de formation aux techniques du conditionnement.</p><p>SEBAST�AN LOPEZ (Santiago),</p><p>docteur en histoire de l�art de l�universit� de Madrid, directeur du d�partement d�histoire de l�art � l�universit� de Barcelone.</p><p>SELZER (�douard), agr�g� de l�Universit�, chef du service de magn�tisme terrestre � l�Institut de physique du globe de l�universit� de Paris-VI.</p><p>S�M�NOFF (Alexis), ing�nieur �lec-tricien de l�Institut national polytechnique de Grenoble, ing�nieur-conseil, expert agr�� pr�s les tribunaux,</p><p>conseiller technique de la � Revue de l��quipement �lectrique et �lectronique � et des �ditions Tests � Paris.</p><p>S�MERY (L�opold), ing�nieur civil des Mines.</p><p>S�N�CA (Camil), journaliste, chroniqueur d��checs au � Figaro �.</p><p>S�NIK (Andr�), agr�g� de philoso-</p><p>phie, professeur au Centre national du t�l�-enseignement.</p><p>SERREAU (Genevi�ve), licenci�e �s lettres, �crivain, secr�taire de r�daction de la revue et des collections des</p><p>� Lettres nouvelles �.</p><p>SERVI�RE (Jacques), assistant en</p><p>psychophysiologie � l�universit� de Paris-VII.</p><p>SIEFFERT (Ren�), docteur �s lettres, professeur de litt�rature japonaise, pr�sident de l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>SIEROSZEWSKA (Krystyna), titu-</p><p>laire de la ma�trise de l�universit� de Varsovie, facult� de la philologie romane, r�dactrice aux �ditions Wiedza Powszechna � Varsovie.</p><p>SIMON (Alfred), dipl�m� d��tudes</p><p>sup�rieures de philosophie, professeur de philosophie, critique dramatique de la revue � Esprit �.</p><p>downloadModeText.vue.download 633 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11844</p><p>SIMONI-ABBAT (Mireille), charg�e</p><p>du d�partement d�Am�rique au mus�e de l�Homme.</p><p>SIOHAN (Robert), compositeur, inspecteur g�n�ral honoraire au minis-t�re des Affaires culturelles, professeur honoraire au Conservatoire national sup�rieur de musique.</p><p>SLOVE (Florence), dipl�m�e d��tudes sup�rieures de droit public et de l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>SOKOLOFF (Vera), charg�e de cours au Centre universitaire des langues orientales vivantes.</p><p>SOLMI (Angelo), r�dacteur en chef de la section � Grands Ouvrages � aux �ditions Rizzoli, � Milan.</p><p>SORIANO (Marc), agr�g� de philo-</p><p>sophie, docteur �s lettres et sciences humaines, professeur � l�universit� de Paris-VII et � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>SORNAY (Jacques), docteur �s</p><p>sciences, professeur sans chaire du Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>SOUCHAL (Fran�ois), docteur �s</p><p>lettres, archiviste-pal�ographe, dipl�-</p><p>m� d��tudes sup�rieures de l��cole du Louvre, professeur � la facult� des lettres de Lille.</p><p>SOUMAGNAC (Myriam), titulaire de</p><p>premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, productrice � la Soci�t� fran�aise de production et de cr�ation audiovisuelles.</p><p>SOUSTELLE (Georgette), docteur �s lettres, ma�tre de recherche honoraire au C. N. R. S., charg�e de cours � l�universit� de Paris-V, charg�e de conf�-</p><p>rences � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales.</p><p>SOUSTELLE (Jacques), directeur</p><p>d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, ancien ministre.</p><p>SPIESS-FAURE (Dominique), li-</p><p>cenci�e �s lettres modernes, dipl�-</p><p>m�e d��tudes sup�rieures en lettres modernes.</p><p>STALTER (Marcel-Andr�), ma�tre</p><p>assistant � l�universit� de Lille-III (histoire de l�art).</p><p>STEGMANN (Andr�), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur titulaire, directeur du Centre d��tudes sup�rieures de la Renaissance � Tours.</p><p>STEINBERG (Michel), docteur �s sciences, professeur de g�ologie � l�universit� de Paris-XI.</p><p>STERN (Jean-Claude), ing�nieur-</p><p>conseil, charg� de cours � l��cole nationale sup�rieure d��lectronique et d��lectrom�canique de Caen.</p><p>STRICKER (Remy), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur au Conservatoire national sup�rieur de musique.</p><p>SUDAKA (Charles-Michel), docteur</p><p>�s sciences odontologiques, docteur en chirurgie dentaire, chef de service � la facult� de chirurgie dentaire de Paris-VII.</p><p>SUGIER (Henri), adjoint au directeur du laboratoire de filature et tissage du Conservatoire national des arts et m�tiers, chef de la section � Physique-m�canique � de l�Institut textile de France, expert fran�ais aupr�s de l�International Standard Organization.</p><p>SURET-CANALE (Jean), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur en g�ographie, charg� de recherche au C. N. R. S., ma�tre assistant � l�universit� d�Oran.</p><p>SUTTERLIN (Raymond), ancien</p><p>�l�ve de l��cole polytechnique, ing�-</p><p>nieur g�n�ral de 1re classe de l�Armement (C. R.), ing�nieur-conseil au Centre technique des industries m�caniques.</p><p>SYROTA (Andr�), assistant des</p><p>h�pitaux de Paris, assistant de bio-physique � la facult� Bichat-Beaujon (universit� de Paris-VII), assistant au laboratoire d�exploration fonctionnelle par les radio-isotopes de l�h�pital Claude-Bernard.</p><p>SYROTA (Jean), chef du Service des probl�mes de l�atmosph�re au minist�re de la Protection de la nature et de l�environnement.</p><p>SZABO (Thomas), directeur de re-</p><p>cherche au C. N. R. S. (d�partement de neurophysiologie sensorielle).</p><p>TAKMIL HOMAYUN (Nasser), doc-</p><p>teur en histoire moderne de l�Orient, biblioth�caire sp�cialis� de la Biblioth�que nationale de Paris, chercheur du d�partement de l�histoire et de la civilisation de l�Asie centrale au Coll�ge de France, membre de l�Institut d��tudes iraniennes de Paris.</p><p>TAMISIER (Alain), docteur �s</p><p>sciences, charg� de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>TARDI (Pierre), ing�nieur g�n�ral g�ographe, professeur honoraire � l��cole polytechnique, membre du Bureau des longitudes, pr�sident de l�Acad�mie des sciences (1970), directeur du Bureau gravim�trique international.</p><p>TATHAM (Claude), ing�nieur des</p><p>Travaux g�ographiques, professeur de photogramm�trie � l��cole nationale des sciences g�ographiques.</p><p>TAVERNIER (Yves), charg� de re-</p><p>cherche � la Fondation nationale des sciences politiques, professeur � l�Institut d��tudes politiques de Paris.</p><p>TEMPELAERE (Marthe), dipl�m�e</p><p>d��tudes sup�rieures d�histoire.</p><p>T�NOT (Frank), directeur de la revue</p><p>� Jazz Magazine �, critique de jazz.</p><p>TERCIER (Suzanne), dipl�m�e de</p><p>l��cole nationale des langues orientales vivantes, docteur en histoire de l�art.</p><p>TERRASSE (Jean-Fran�ois), secr�-</p><p>taire de l�Association nationale des fauconniers et autoursiers, attach� au laboratoire d�ornithologie du Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>TERRIEN (Jean), agr�g� des sciences physiques, docteur �s sciences, directeur du Bureau international des poids et mesures.</p><p>TERRI�RE (Ir�n�e), dipl�m� de langues s�mitiques, r�dacteur � la Librairie Larousse.</p><p>TESSIER (Raymond), g�n�ral de brigade (C. R.).</p><p>TESTART (Jacques), professeur de</p><p>clinique chirurgicale de l�universit� de</p><p>Rouen.</p><p>T�TRY (Andr�e), docteur �s sciences, directrice � l��cole pratique des hautes �tudes.</p><p>TEXIER (Alain), ancien �l�ve de</p><p>l��cole polytechnique et de l��cole nationale sup�rieure des t�l�communications, ing�nieur des T�l�communications, adjoint au chef du d�partement � Transmission de donn�es et r�seaux priv�s � du Centre national des t�l�communications.</p><p>TH�BERGE (Pierre), conservateur</p><p>� la Galerie nationale du Canada � Ottawa.</p><p>THELLIER (�mile), agr�g� des</p><p>sciences physiques, docteur �s sciences, professeur titulaire � l�universit� de Paris-VI, membre de l�Acad�mie des sciences.</p><p>TH�ODORID�S (Jean), docteur �s</p><p>sciences, docteur �s lettres, ma�tre de recherche au C. N. R. S., Laboratoire d��volution, universit� de Paris-VI.</p><p>TH�RY (Henri), d�l�gu� g�n�ral de la Fondation pour la recherche sociale, pr�sident de la F�d�ration nationale des centres sociaux.</p><p>TH�VENOT (Roger), ing�nieur</p><p>agronome de l�Institut national agronomique, ing�nieur g�n�ral du G�nie rural, des Eaux et des For�ts, directeur honoraire de l�Institut international du froid, membre de l�Acad�mie d�agriculture.</p><p>THIBAULT (Genevi�ve), musico-</p><p>logue, ancien conservateur du mus�e des Instruments de musique du Conservatoire national sup�rieur de musique.</p><p>THIBAULT (Pierre), agr�g� de l�Universit�, ma�tre assistant d�histoire du Moyen �ge � l�universit� de Paris-X.</p><p>THIERRY (Jean-Michel), docteur en m�decine.</p><p>THIERRY (Nicole), docteur �s lettres.</p><p>THIERRY (Solange), ma�tre de conf�-</p><p>rences, sous-directrice au laboratoire d�ethnologie du Mus�um national</p><p>d�histoire naturelle, charg�e du d�partement d�Asie au mus�e de l�Homme, charg�e de cours compl�mentaires � l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>THIEULIN (Gustave), agr�g� des</p><p>�coles v�t�rinaires, contr�leur g�n�ral honoraire des Services v�t�rinaires, membre de l�Acad�mie nationale de m�decine, ex-pr�sident et secr�taire g�n�ral de l�Acad�mie v�t�rinaire, membre du Conseil sup�rieur d�hy-gi�ne publique de France, laur�at de l�Institut.</p><p>THIRION (Pierre), ing�nieur des Arts et M�tiers, docteur-ing�nieur, directeur de recherche.</p><p>THOMAS (Louis-Vincent), professeur � l�universit� de Paris-V.</p><p>THOMAS (Lucie), conservateur de la Biblioth�que nordique (section finno-scandinave de la biblioth�que Sainte-Genevi�ve de l�universit� de Paris).</p><p>THOMPSON (Patrice), agr�g� des</p><p>lettres, docteur �s lettres, professeur de litt�rature fran�aise � l�universit� de Neuch�tel (Suisse).</p><p>THORAVAL (Yves), docteur en anthropologie, dipl�m� de l�Institut des langues et civilisations orientales (arabe litt�raire et arabe dialectal), licenci� �s lettres, professeur, journaliste.</p><p>TOLOSA (Paco), ancien responsable de la rubrique � Tauromachie � au journal � l��quipe �.</p><p>TONNET (Bernard), ing�nieur �</p><p>l��cole sup�rieure du bois, directeur adjoint de l��cole sup�rieure du bois, directeur de l��cole technique du bois.</p><p>TORNAY (Serge), ma�tre assistant � l�universit� de Paris-X.</p><p>TOURAINE (Alain), directeur</p><p>d��tudes � l��cole pratique des hautes �tudes en sciences sociales, professeur.</p><p>TOUREN (Alain), agr�g� des</p><p>sciences physiques, professeur au ly-c�e Saint-Louis � Paris, professeur � l��cole normale sup�rieure de l�enseignement technique.</p><p>TOUREN (Raymond), agr�g� des sciences physiques, professeur honoraire au lyc�e Saint-Louis � Paris, secr�taire g�n�ral de la R�daction.</p><p>downloadModeText.vue.download 634 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11845</p><p>TOURNEUR (Henry), chef de la</p><p>rubrique � Automobile � au journal</p><p>� l��quipe �.</p><p>TOURNON (Jean), docteur �s</p><p>sciences politiques, dipl�m� de l�Institut d��tudes politiques de Paris, charg� de recherche � la Fondation nationale des sciences politiques, directeur adjoint � l�Institut d��tudes politiques de Grenoble.</p><p>TOUSSAINT (Claude), professeur �</p><p>l��cole nationale sup�rieure d�ing�-</p><p>nieurs des arts et m�tiers, professeur � l��cole normale sup�rieure de l�enseignement technique, charg� de cours � l�universit� de Paris-VI.</p><p>TOYAMA (Karuyuki), directeur de</p><p>l�universit� musicale Toho de T&#x14D;ky&#x14D;.</p><p>TRAN-THONG, ma�tre de conf�-</p><p>rences associ�, directeur de la section psychologie g�n�tique � l�U. E. R. de psychologie et des sciences de l��ducation de l�universit� de Paris-VIII.</p><p>TRAN VAN KH�, docteur en musi-</p><p>cologie, docteur � honoris causa �</p><p>de l�universit� d�Ottawa, directeur de recherche au C. N. R. S., directeur du Centre d��tudes de musique orientale � l�universit� de Paris-IV.</p><p>TRAUSCH (Gilbert), directeur de</p><p>la Biblioth�que nationale du Luxembourg, charg� de cours � l�universit� de Li�ge.</p><p>TROLLIET (Pierre), docteur en g�ographie, dipl�m� de l�Institut national des langues et civilisations orientales.</p><p>TROMBERT (�ric), dipl�m� de</p><p>chinois et vietnamien de l�Institut national des langues et civilisations orientales, titulaire de la ma�trise de</p><p>chinois, charg� de cours � l�universit� de Paris-VII.</p><p>TROTOUX (Jacques), professeur</p><p>agr�g� � la facult� de m�decine, oto-rhino-laryngologiste des h�pitaux de Paris.</p><p>TUFFRAU (Michel), ma�tre de re-</p><p>cherche au C. N. R. S.</p><p>TUNNER (Erika), agr�g�e de l�Uni-</p><p>versit�, ma�tre assistante � l�universit� de Paris-X.</p><p>TURBIN (Pierre), d�l�gu� g�n�ral</p><p>de l�Union des fabricants de tapis de France et de l�Institut national du tapis.</p><p>TURMEL (Fran�oise), agr�g�e de</p><p>l�Universit�, professeur de sciences naturelles.</p><p>TURMEL (Jean-Marie), docteur �s</p><p>sciences, ma�tre de conf�rences au Mus�um national d�histoire naturelle.</p><p>TUROT (Paul), licenci� en droit,</p><p>dipl�m� de l��cole des sciences politiques, directeur des �tudes � l�Institut d��tudes bancaires et financi�res, professeur d��conomie bancaire au Conservatoire national des arts et m�tiers.</p><p>UZZAN (Aldo), ing�nieur chimiste, directeur g�n�ral adjoint � l�Institut des corps gras, � Paris.</p><p>VALADE (Bernard), licenci� �s</p><p>lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures d�histoire, docteur en sociologie, ma�tre assistant � l�universit� de Paris-V.</p><p>VALENTIN (Jean-Marie), charg�</p><p>d�enseignement � l�universit� de</p><p>Strasbourg.</p><p>VALLET (Guy), dipl�m� de l��cole</p><p>sup�rieure du bois, licenci� �s</p><p>sciences, directeur adjoint de l��cole sup�rieure du bois.</p><p>VALLETTA (Jean), anesth�siste-r�animateur de l�h�pital Lariboisi�re.</p><p>VALLUY (Chantal), dipl�m�e de</p><p>l��cole du Louvre, charg�e de mission au mus�e Guimet.</p><p>VALLUY (Jean-�tienne), g�n�ral</p><p>d�arm�e (C. R.), ancien commandant en chef des Forces alli�es atlantiques (secteur Centre-Europe).</p><p>VALMACHINO (Fernando), docu-</p><p>mentaliste � la Librairie Larousse.</p><p>VALON (Arnaud de), chef de ba-</p><p>taillon, r�dacteur militaire.</p><p>VALTOT (Fran�oise), ophtalmolo-</p><p>giste, assistante � la facult� de m�decine, attach�e des h�pitaux de Paris.</p><p>VAN CAMELBEKE (Micheline),</p><p>docteur en droit.</p><p>VANEIGEM (Raoul), journaliste.</p><p>VANGHEESDAELE (Gabriel), ing�-</p><p>nieur de recherche � l�Institut national de la recherche agronomique � Dijon.</p><p>VANMACKELBERG (Maurice),</p><p>musicographe.</p><p>VANNEY (Jean-Ren�), agr�g� de</p><p>l�Universit�, docteur �s lettres, professeur de g�ographie � l�universit� de Paris-IV.</p><p>VAN REGEMORTER (Jean-Louis),</p><p>agr�g� d�histoire, charg� d�enseignement d�histoire russe et sovi�tique � l�universit� de Paris-VIII.</p><p>VARENNE (Jean), professeur d�his-</p><p>toire � l�universit� de Provence</p><p>Aix-Marseille-I.</p><p>VARLOOT (Jean), ma�tre de re-</p><p>cherche au C. N. R. S.</p><p>VASQUEZ (A�da), docteur en psy-</p><p>chologie, psychoth�rapeute.</p><p>VAUSSARD (Maurice), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures d�italien, membre de l�Association des italianistes de l�enseignement sup�rieur, ancien</p><p>directeur du coll�ge de Normandie � Cl�res (Seine-Maritime), membre du C. N. R. S.</p><p>VEINSTEIN (Andr�), professeur �</p><p>l�universit� de Paris-VIII, directeur du d�partement du th��tre, � Paris-VIII.</p><p>VENNETIER (Pierre), docteur �s</p><p>lettres, directeur de recherche (g�ographie) au C. N. R. S.</p><p>VERCHALY (Andr�), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures, vice-pr�sident de la Soci�t� fran�aise de musicologie, charg� de cours compl�mentaires � l�universit� de Paris-IV.</p><p>VERGNE (Robert), r�dacteur au</p><p>journal � l��quipe �.</p><p>VERNILLAT (France), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, productrice � la Soci�t� fran�aise de production et de cr�ation audiovisuelles.</p><p>V�RON (Philippe), ancien �l�ve</p><p>de l��cole polytechnique, docteur �s sciences, astronome adjoint � l�Observatoire de Paris.</p><p>VERPRAET (Georges), journaliste</p><p>parlementaire, expert pr�s la cour d�appel de Paris, vice-pr�sident de la F�d�ration nationale des associations et syndicats de journalistes, vice-pr�-</p><p>sident de l�Association des journalistes europ�ens.</p><p>VEYSSIER (Pierre), ancien chef de clinique, assistant des h�pitaux de Paris, chef du service de m�decine interne et r�animation du rentre hospitalier de Compi�gne.</p><p>VIALARD (Antoine), ma�tre de</p><p>conf�rences agr�g� des facult�s de droit.</p><p>VIALARD (Jacques), dipl�m�</p><p>d��tudes sup�rieures de droit et d��conomie politique, notaire, pr�sident honoraire de l�Assembl�e de liaison des notaires de France.</p><p>VIALLANEIX (Paul), agr�g� des</p><p>lettres, docteur �s lettres, professeur de litt�rature fran�aise � l�universit� de Clermont-Ferrand.</p><p>VIANSSON-PONT� (Pierre),</p><p>conseiller de la direction et �ditoria-liste du journal � le Monde �, professeur associ� � l�universit� de Paris-I.</p><p>VIATTE (Auguste), membre correspondant de l�Acad�mie des sciences morales et politiques, membre de</p><p>l�Acad�mie des sciences d�outre-mer, professeur �m�rite � l��cole polytechnique f�d�rale de Zurich.</p><p>VICTOROFF (David), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Caen.</p><p>VIDAL (Jean-Paul), licenci� �s</p><p>lettres, dipl�m� d��tudes sup�rieures d�espagnol, dipl�m� de l��cole sup�-</p><p>rieure de traducteurs de l�universit� de Paris.</p><p>VIEIL (Pierre-Andr�), g�n�ral de</p><p>division (C. R.), ancien chef de la mission militaire fran�aise au Cambodge.</p><p>VIEL (Ren�), dipl�m� d��tudes sup�-</p><p>rieures d�ethnologie.</p><p>VI�NET (Ren�), dipl�m� de chinois de l��cole nationale des langues</p><p>orientales vivantes, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>VIGNAL (Marc), licenci� �s lettres, musicographe.</p><p>VIGNERON (Claudine), docteur en</p><p>m�decine.</p><p>VILCOSQUI (Marcel), titulaire de</p><p>premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, professeur certifi�.</p><p>VILLI�RE (Andr�), ing�nieur agro-</p><p>nome de l�Institut national agronomique, ing�nieur en chef du G�nie rural, des Eaux et des Forets, chef du service des recherches au Centre technique du bois, professeur � l��cole sup�rieure du bois, professeur � l��cole nationale du g�nie rural, des eaux et des for�ts.</p><p>VIOLOT (Roland), ing�nieur agro-</p><p>nome I. N. A., ing�nieur frigoriste, ing�nieur en chef du G�nie rural et des Eaux et des For�ts, directeur des recherches �conomiques � la Compagnie du Nord, pr�sident-directeur g�-</p><p>n�ral de la Compagnie des entrep�ts et gares frigorifiques, pr�sident du conseil de surveillance des �tablissements Pien et Glasson.</p><p>VIRET (Jacques), ma�tre assistant associ� � l�universit� de Strasbourg-II.</p><p>VIVIER (Odile), titulaire d�un premier prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, licenci�e �s lettres.</p><p>VIVIER (Paul), ing�nieur agronome I. N. A., ing�nieur des Eaux et des For�ts, licenci� �s sciences naturelles, directeur de recherche honoraire � l�Institut national de la recherche agronomique, pr�sident d�honneur de l�Association fran�aise de limnolo-gie, membre du Comit� national fran-</p><p>�ais de g�od�sie et de g�ophysique (sciences hydrologiques).</p><p>VIVIER (Robert), membre de l�Aca-</p><p>d�mie de langue et de litt�rature fran�aises de Belgique, professeur � la facult� de philosophie et lettres de l�universit� de Li�ge.</p><p>VOGLER (Bernard), agr�g� d�his-</p><p>toire, docteur �s lettres, ma�tre assistant d�histoire moderne � l�universit� de Strasbourg-II.</p><p>downloadModeText.vue.download 635 sur 635</p><p>La Grande Encyclop�die Larousse</p><p>11846</p><p>VOISIN (Andr�), dipl�m� de sciences �conomiques, charg� de recherche � la Fondation pour la recherche sociale.</p><p>VOISIN (Eug�ne), ing�nieur textile du Conservatoire national des arts et m�tiers, directeur au Centre de recherche de la bonneterie � Troyes.</p><p>VORREUX (Damien), professeur.</p><p>WATTEZ (�douard), �lectroradiolo-</p><p>giste, ancien chef de laboratoire � la facult� de m�decine de Paris, ancien attach� d��lectroradiologie des h�pitaux de Paris.</p><p>WEBER (�dith), docteur �s lettres et</p><p>sciences humaines, professeur � l�universit� de Paris-IV.</p><p>W�BER (�douard), dominicain,</p><p>docteur en histoire de la philosophie, attach� de recherche au C. N. R. S.</p><p>WEMAERE (Jacques), colonel (R.),</p><p>ancien conservateur du mus�e de l�Arm�e.</p><p>WILMET (Jules), docteur �s</p><p>sciences, professeur � l�universit� catholique de Louvain, ma�tre de conf�-</p><p>rences � l�universit� de Li�ge.</p><p>WITTWER (Mich�le), licenci�e �s</p><p>lettres, titulaire d�une ma�trise d�histoire de l�art.</p><p>WYART (Jean), agr�g� des sciences physiques, docteur �s sciences,</p><p>membre de l�Acad�mie des sciences, professeur � l�universit� de Paris-VI.</p><p>YACONO (Xavier), docteur �s</p><p>lettres, professeur � l�universit� de Toulouse-Le Mirail.</p><p>YBERT (Christiane), assistante</p><p>au secr�tariat de la R�daction</p><p>(beaux-arts).</p><p>YOSHIDA ATSUHIKO, professeur</p><p>adjoint � la facult� des lettres de l�universit� Seikei, � T&#x14D;ky&#x14D;.</p><p>ZACHARIA (Anton), dipl�m� d�his-</p><p>toire de l�universit� de Zagreb.</p><p>ZAKHOS (Emmanuel), historien.</p><p>ZANTE (Jean), ing�nieur agricole, inspecteur g�n�ral � la Caisse nationale de Cr�dit agricole, expert en cr�-</p><p>dit et coop�ration agricoles pour le Bureau international du travail.</p><p>ZENATTI (Arlette), titulaire de premiers prix du Conservatoire national sup�rieur de musique, docteur en psychologie, charg�e de recherche au C. N. R. S.</p><p>Z�RAFFA (Michel), docteur �s</p><p>lettres, charg� de recherche au</p><p>C. N. R. S.</p><p>ZUBER (Claude), ing�nieur des Arts et Manufactures et de l��cole sup�-</p><p>rieure de chimie de Mulhouse.</p><p>ZUNINO (Pierre), docteur en droit, ancien �l�ve de l��cole nationale de la sant� publique, professeur � l�Institut d��tudes politiques d�Aix-en-Provence.</p><empty-line/></section></body><binary id="cover" content-type="image/jpeg">/9j/2wBDAAUDBAQEAwUEBAQFBQUGBwwIBwcHBw8LCwkMEQ8SEhEPERETFhwXExQaFRERGCEYGh0dHx8fExciJCIeJBweHx7/2wBDAQUFBQcGBw4ICA4eFBEUHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh4eHh7/wAARCAWgA/kDASIAAhEBAxEB/8QAHAABAAICAwEAAAAAAAAAAAAAAAYHAQUCAwQI/8QARxAAAQQCAQMDAwMCBAQEBAENAQACAwQFEQYSITEHE0EUIlEVMmEjcRZCUoEIM2KRFyRyoTRTgpIlQ4OxwSZEY/AYZXOz0f/EABQBAQAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAD/xAAUEQEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA/9oADAMBAAIRAxEAPwD7LREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBYKyiAi1Wc5BiMK6JmQuxQvlexjWF33be7padeQCe2/HYrRck9TuEcdlijzGeire7GyWN4hkkY9jjppDmNIIPbXfvsIJkijlfmmBtcfZnqU9i3QfO2APiqy9XU54Z+wt6tAkbOtBbnIZGjj4Y5r1qKuyWVkLDI7Qc95DWtH8kkABB6kXAvA+FkPBQckXEPBOlkkBBlFhddmeKtC6aeRkUTBtz3uDWtH5JPhB2otJjuVYG/DdlrZKB7aUkrJwHbLfaPS868loPz4XvxWSqZXG18lQmbPUsxiWGRvh7SNghB7EXHrTqQckUYfz7i45E7AMvyTXmTtrSiGtLJHDK7wx8jWljXfwSFJS/SDki4dYWesIOSLxZjJ1MRirWUyEntVKkTpp5Nb6GNGyf8AYBdtW1Faqw2oD1RTRtkjd+WkbB/7FB6EWNrBeg5IuAes9SDki49YTrCDki0vLeS43i+Kdk8qLYqtJ63wVnzdAAJJcGAkDQPc9lscfdgvUYLtV/XBYjbLG7WuppGwf+yD0ouPWE6wg5ItXiM5j8rNdjx8xn+isOrTvDT0CRv7mh3hxB7HXg7B7hZsZzH1s7Twk0xbeuQyTQR631Mj6eo7/jqH/dBs0WvxWXq5P6r6Zs7fpbDq8nuwuj29ut9PUPuHfyOy9nuIOxERARRN/qJxNmfjwkuQlisy2Ppo3yVZWQum/wDliUt6C/8Ajazd9ReIUuRHA2cqGXWzMgf/AEnmKOV422N0gHQ15+Gk7QStEB2NhEBFC+Q+qfBOPZaTF5jOipbjf0OjdVmP3a3oEMIPbv2KkuGy1LMY2HJY6UzVZ29Ubyxzdj+zgCEHvRcPcCz1hByRcdrIKDKLU8n5HiONU47eZsvrwySe21zYJJfu0TrTGkjwV5+Jcw47yyK1Lx/ItusqS+zPqN7DG/W+khwBB0doN8i6pJ2Rsc929NBJAGyf7BebCZSvl8TWyVVkzYbMYkYJonRvAP5a4Ag/3Qe5FwL9Lz5HIQ0cfYvTMmfHAwvc2KMyPIH+lo7k/wABB60Wl4lyTGcoxP6piXTOr+7JCfdidG9r2OLXAtcARoherFZerk5rcVZs7TUnMEvuwuj24AHbdj7h38jsg2CItdm8zjsPHWdkLAiNuzHVrt1sySvOmtA//nQBJ7BBsUWF4MVmsZlZLkePtMndSsOrWQ0Ee3KACWnf9wg2CLj1/wAJ1oOSLiHbTqQckXDrTrQc0XDrWetByREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQVb63+kWN9S7ONtX7r4XUXsDWtYB9nX1P+4DZJHYAnp+dFdHrdQixXozTxkZEjKl7EwBxja3rDbkA3poAHjwOytheXJYzHZOr9LkaNa7X62Se1PEJGdTXBzXaPbYcAQfggIID66m1juK1M3jspcxs1TJUWagm6I5GyWomODx89nFa3/iPqT3ON4S9WztjHwQ53H9Zi6Cw7sx6kcXA/s0T+PyrOzWIxWbxz8bmcbUyNKQtL69qFssbukgjbXAg6IB/2XS/j+Cfgf0B2HoHE+37X0Rrt9jo/wBPRrp1/GkFdeoo5Fi+P4HH47mN83Luer1JLzmRl/tv3tumgD4Wm9RKnJuDcbhp0eS5PJQZ3kteu+We0I56lZ0bi5rZ37DS57AOogAdfYK2cdxbjePoV6FHA4yvVrTCxBFHWYGxyjxI0a7O7+fK9uUxmOytCXH5SjWu1Jh0yQWIhIx4/lp7FBCvSCLk9R2aoZ+UuqxWmuoRz5BtuzCwsHUySQAb+4EjffR18KfSgGJwLujsfu/H8rW8e49guO1XVcDh6GLgcdujqwNjDj+T0juVs3NDmlrhsHsR+QgjvpzWgq8Xghg5JY5GwOf/AOfnmZI9/wBx7Fze3bwtpn6DcpiLWOfIY22YXROeGtdoEa3pwIP9iCFjA4XE4HGsxuEx1XHUoySyCtEI2N2SToDt5JXvQUtwX0hxfptx3ldmlkJZ3XYbDg3oADWacWAkjewDrW+n+Fu+AchqYr0Dxt2o+G3ax3HfqRXbIOpxjhJ1r+SNKy54IZ4JIJ4mSxSNLXse0FrgfIIPkLRYPg/DMHbNzC8SwWMsFhjMtShFE4tPlu2tHY/hBUHFc1bZyz05c/mt3J5DPwy2slWFkGu1roOsARjswB3YDz9pV8yh5icGfv0en+61GH4ZxHDljsVxjD0XRzGdhr0o4y2QtLS4aHY6JG/wdLe9IQUH6Xcot8W9OuKU4aNee5kOTTYrOCWQiaC1LYl6nkAaJ0N9yOxHn42XGcLybl2c5Jk38zyNJmI5e+KnViH9L2IXROex439/WOpvfsN70fCsu1wniNrkUXIrPGsVLl4ZBKy66s0yh4/a7q1skfB+FtqWPoUff+ipV631Ezp5/ZjDPdkd+57teXHQ2T3OkHzvyDk9i1hcpyqxzC9RyI5OMdQxsFvoZFHHZbG5rmD922/ed/Dl7eRT8qmoeo3JXcwyUQ47k3DF0q56ImdDGH7+33tPV48K5p+F8QnyNrIzcWwsty4B9TO+jG58ujsdRI79wPP4H4XufhMK+rdqvxFB0F5xfcjdXYW2HEAEyDWnHQHc78IKA9Usw3kOK9R3Z3lN3FVMJUZTqY2rN7PvPkrMk63fMge6TQH4aueTv8yzfIbfHsRPbrtxfHqLqAiyjajC6WEk2HhwPuBrx0dPj7e/lXhkOHcSyOROSyHGMNbumEwGealG95jILSzZG9aJGvwdLGa4ZxHNiuMxxnEZAVm9EH1FNkntt/0t2Ozew7eEHt41Jem43jZsm6B159WN1h0D+qMyFo6i0/Ld70VVHqrkuRX/AFSrcVoyXoaIwz7jW1ck2k+abr6d+44d+gf5B/q2VckEMcELIYY2RxRtDWMYNNaB2AA+AtbyTjPHeSRRRcgweOyrIXdUQt12y9B/I6h2/wBkFQUouZZjk3EeNZjlE1JruOTWMv8Ap0rT9TJHM1g6ZG+D+SP7Lw4TkeeyvHuD4XI5+3VrZTIX61zINkDJphXle2OL3D+1zmjZI7npP5V5UsHhaToH0cRQqvrwGvA6KuxhiiJ2Y2kD7W7APSO2157XFuN28IcJZwGLlxheZDUdUYYeouLi7o1rZcSd/k7QQLmD7fBcThuRUc3kcjhsXde3Ksms+9urLoF5d/8Awz0n+21H7/Js9Y4di827KWMfQ5XyZkUdo/8A7ljHNf7fT/pdJ7Tfu/8A4ynPJeBC1g2cX4+/H4Djk7Hx361WkA+Vjj9zWkEBuxsE6J7qWz4XE2cKMLaxtSfG+0IvpZIWui6ANBvSRrQ0ghXJsTXxXpfzCtWzF/JMdj5yPq7PvFn9IkgO86O/laHl2atUfSjhcOPyhoQ5K1jcfduxO+6vC9g69O/yk6Dd/HUrKxHFeNYjF2MXjMDjKdGzv368NZjI5djR6gBp2x27/CxT4lxWnhJ8HT41h62LsEmelFSjZDISACXMA0ToAb18BBR/Nc1n+PXOSccwXJ7bq0EuHfVt2JPefVdPO6ORhdvb2lrQ7RPyQu3NZ7kvD7fP6+Bz9/Nx4rCwWHT3C2UVLj3EHXb/AEfeWeArK5P6Zcav8S/w1isVjsTQfegtzwwVGiOX25GvLXNAAPUG9J38KT4bj2Bw+Ofj8ThcdQqSb9yCtWZHG/Y0dtaNHY/KClK+V5jxHjmb5CyV09EYB12CO5lWW3utbH9ZoaB9h33+FjjsVR/rVxyn/i69mb03GrctqVtrq9pz/Z+5nT2j38K4cRwriGIbabi+L4akLbCywIKUbBKw+Wu0O7f48LswfEOKYOSKXDcbxGOkhDxE6tTjjLA/XVogdt6G/wA6CCE+mGQyMWB5fWmyVnK2cXmLsNX6qbrldHGG9IJ1s+fKiXo9b5vkrPFeSWrkktfIRyOyrLGXjfHL1sJb7UIG2OY8a1+N7V00ON8eoZe1mKOCxlXJWwRYtw1WMmm2QT1vA27wPJ+F5qPDOJUMy/NUuNYitkpHFzrUVNjZdnyeoDez8/lBs62So2MhPj4bcElqu1rpoWyAvjDvBcPI38L0v8Lw1MJiKmZt5mrjasORusYy1aZEBJM1n7Q53kgfG1sCN+UFUPvVPUPl0UZuV63GsBkuzS4CTI3onf8AdsTHf7ucPwO9N5uK3muAc0xb3S0IsPnrs0oJ6HXspJYH0rW/PSxuj/J6Pwvpb/w+4H+o/qX+CuOC773v/UDFwiX3N9XX1dO+rffe97Xfb4ZxO1yBvIbHHMXLlmEEXH1mmXY8Hq15HwfIQemrlKFWfH4m1egjyNmDrirvkAkkDWjqIHk6+VtNFRXN8RpZfneA5TaEYmwbZvpumICQvlYWHb/PSGl32+NnZ8KVoK19YRrlvpvvXfknft5/8tMunIcqbivUTmNbJ5dtajRwdOxXa+TXQ4mx1uA/J0z/ANlY13H0bstaW5Tr2H1ZPdruljDjE/RHU0n9p0SNj4JXgzHFeM5nI1slluP4u/drDUE9moySSMfgOI2AgpzFc1ynGOF8I57ncnau4TMYSKveDjsx3HR9cUn/AOcPUw/9TmL0MyGYnynG+K8s5RYxEc+Ks5jJzRS+xJI8ydomyf5WRh3x/papzn+EzZefHYZ01KrxGlJDJ+mV6oaXmIh0bOrehGHNaekN+NbUkzvG+PZ11d2bweOyTqz+uA2qzJTE78tLgdfHj8IKV9KeY5Ga3wo3OQy2KFxubEktqX/nNilZ7Rc4/hu1K/TPlXIcxw7J5nC14eRvdyC7DWE936dv0zZCGdL+h3YDWhrwVN7/AAviOQoQ0LvGMNYqQzOnigkpRmNkjiS54brQcSTs/O1tMdjMbjYnxY6hVpxySOleyvE2Nrnu/c4hoGyfk/KCEc45pk+NcDfksji69PkFuQVMfRbbE7H2H76B19LdgaLj28AqB599r0u4JgJ8PlnXbEuQsNyUsbgReu2oHljnf/n+kD8BXVyLjnH+RwRV+QYPGZeGJ/XGy9VZO1jta2A8HR18ryUOGcPx9UVKPFcHUrixHa9qGhExnvRnbJNBuutp7h3kfCCqvTCxyDlFjOcb5FmsgyzxmpHRvWKs3svmte9Mfc6h+YmxH/6lzscnzj/+F/BZ2nm5P1q1WpMN0OD3NkkewEu/2PcK5q2Nx1ezas16FWGe44OsyRxNa6cgaBeQNuIHbv8AC1uO4bxHHYyTF4/i+FqY+WVs0lWGjGyJ8jdFriwN0SNDR120EFQcly2e9PrvKYoc/ksuW8djvxvvydbYrBmMbpB/pZ330+Oy2fCbgo+sePwNbl2RzbZcHJbyDJ7Puj3utnQ/TRpmw53ZWbybA18lUtmvXx8WQsVjW+pnpsm/p730OB/czz9u9d1FvTz06ZxvkDsxY/SY5I6hq1q2Kx4qV4mucHPcWgnqc4tHf4A0g6vRRsc3Ec1XEwY6TN5PvG4dbd2H912+jtmwJuT4mzlbWQGPzUleB1ub3JWxiOMgE+T3cVLsVxnjuJyNjJYvAYqjdtb+osV6jI5ZtnZ63NALtnv3XLH8c4/QzNrNUcFi6uTtgixchqMZPMDrfW8Dqd4Hk/A/CDZPJa0nYAHckqA8aB5nzSbljxvEYkyUsNsdpZP2z2B/G/safwHH/Mp9PFHPC+GVodG9pa5p+QfK6sZRp4yhBQx9aKrVgYGRQxN6WsaPAAHgIO4D7VV/pHcqQ5znUUtiJj3cmm6Wl4BP9OP4VpKOS8D4RLmXZqXh/H5Mm6UTOuPx0RmMg8PLy3fV287QUnzflF+TEcx5FZ5jdxN/G504nFY2rb9saje1u3s/zl46n/2UoyNDkvLvUfmOFr8xyOHo1MbUFOOp29mxLG8+6TvZALd9Oxv8hWTa4ZxG1k7OTtcXws923H7dieSlG58zfw4kfcOw8/gLZ1sZj61qa3Wo1obE4Y2aZkQD5AwaaHO8nQ7DfhBSWWuZO5a57JluY38LNxWCMUmVpvYZ0isJPqZG/wD5Trk2O/b7dLvwPP7ra/LsnyPKfp74+NYy3FXkOhBNNBKXFrf5eB2VqZziHF85fgyGZ47icjbg0Ip7NRkj2AHYALhvW++l2ZTifGMpkosnk+PYq7eij9qOxPVY+RrP9IcRvXc9v5KCmLVnlN/h3CM8+zk8njxxevPlKdDJtqXTM+JjvqO+hJ2B+zbe52txyu3l87guK5vi1vIZLCPp+7Yow5QUr87XNb0yhx7Pc3TttJGyfKsTL8E4VlYqkWS4nhLcdOJsFZstGNwhjaNNY3t2aAAA0dl25rhfEc1FWjy/GcPeZVZ7dcT02PETf9LdjsOw7D8IKh5FynJ8gZwTHcXfln4jLVbMjnOyDKlqeSLpDYnS9/uH3E689Ksz0n/xE3hsUXKJYpchDYljDmWGzExB59vre0AF/Trf8rb5DifGMjiIcPf4/i7OOg17NWSqwxR6Gh0t1oaHjXhe3EYrGYigyhicfVoVI/2QVomxsb+dNaAEHtCIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiDAWURAREQEWAsoCIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAmkRAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREEM9RvUnjnBJqMOcmkifckYyP7D06c7pJ6vBI8lu96+FjnXqVx3h3DaXK8qLho3Z4IYGRxalJl7jbXEa6W9TjvwGlZ9QvTvjPOJqc+ex0dmWpIwsdIOodDXdRYAew6j5IG9dtqAep3H7uf5diuHYbA18jicDhZS6CzbdCwPnj+nj+8sf1Fkfuf/cguyKzHIxjmuH3t6mDfdzfytbyHkeNwVStavyO9qzchpRmNvV/UlkEbd6+OojZ+FRnEeVSYq1wbM8tjvVH0MNfxFsiKR+7cUzGAdh3Lwzqb+epa61gq3IPQ3G5zNYW+TS5XJanjkMjJoahyLjKXNYfhnf5I+EH0vJPHG1z5HsYxvcuc7QH+64st1nxxyxzxPjlOo3NeCH9t9j89lRXqTDipuJ8aPEJw/idbNbyskkc9qHp6D0+40nqfF7nTv48LW1RVweHweZhzTchhKnNWWZn0Kj2VqbHVpmuDW/8Ay+tzfHYFyD6INiNvV1PaOnXVs+N+FiC3XmlkiimifJEemRrXglh/kfC+cuU2JuU8e9UrtGDJ16t/MYT6VzonRyPjDqrTIwa3o9Lj48K7eH8F43xPI37uBpfRuvxQx2GMP2uMfVp57bLz1nqcSSeyCTeP5XCGaOZpdFIyRoJaS07AI8hZfoMd+Nd1E/SYcTHGrH+Da0tfHfqFjrbJHKwmbr/qHUn3a34+PwglFuyytXknkDiyNpc7paXHQG+wHcqFcF9VeMcxyGTo4h88ktCZ8bx7Z7ta1h6z/p2XEAHR2x3ZTa5Wit1Zas7S6KZhY8AkEgjR7juFCeIel/EuG3MnksFjmwWbZkdtvbpa5rR0dv3AdOwXbO3O79ygkPCeSU+W8Tx3JMfDYiqZCETRMnaA8NP5AJG+35WyF2uZfZE8Rm/+X1jq/wCypv0D5Zi2+keA4vj7Ug5LWxL2tqSQSDUjATo7Ab+FC+GyYSax6YWMfhLcvJP1kSckyctF3vMnfXn92OWUjejJ4bvQ6B/CD6WdfqNdG02YeqV5Ywe4NucPIH5Pbwuf1tb6v6T34vqOnq9rrHXr8686VN+mfpxg8rFk+Q5SlO7LQ8svXKtiV5LmCOy/oYzf7YnfIb2d+SobFHR/RMfR+hsf+Kn+JGvkn+nP1IH1Xd75f/kex/PT09kH0z78fQX+4zpB0TvsD+F1S5GnDOyCe1BFI/8Aax8gBd/YFfOeezzKfDMzw81r8ucdy0zPgjrvPtwuuteJS7Wugg9jvv8AC2HP/wBIxPqVkc1XkwnIL81mBj8PkcY51yJ47A1Zen9oA6taLer5CC/J8hSryNintwRSP/a18gaT/bflc7FuvXLBNNFH1kBge8DqJ8Ab8lUB6qvxWM5tkOQFuDzuSEFeN/H8xjnOnIGi0VX6/ceo9u7er5C8nqdTdkfUvNx8wvY/F0r2HrNwzsljnWWwdnGVsLm9mTB/c67kBn4QfSKLWcVD4+M4qOS5Jde2nCHWZGOY+Y9A+9wd3BPkg9+62aAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIHwsaG96G/ysog4ujYQAY2kA77j5Tobojpb0nyNdlyT4QcQxgZ0hjQ0/GuywI4wzoEbOn8a7LmiDHQ34aP+ya772sogLDWtaNNaGj+AsogLBWUQYAA8LDWtb4aBs7OguSIMdI/AWDHGX9ZY3q/1a7rkiDj0s6iekbPk6WCyMv6ixpcP82u65og4GKNzg8saXfktG1l0cbyC9jXEeNjelyRAAAGgEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQCuPV/Cr/wBWPVXBenU2PhzMFrqvSMax4icWdJd0u0WgkuA79Ou4+Vr+a8tyWUyOB47x7EXpp8tQdlngX/oZGQRujDo3PDXFrj7jd60e2gUFpItMMyyhgYcjyIVsN9o98SWw9kTj8dZA6v76UVxXqTWyvCZs7SfiY7Dr9inTjtXxFFP7UxjJD9HyB1aAP4/lBYaLQ825RQ4ng/1bIAvi92KPpY4dRL3tYCNkbALgT/C2E2WxsNCS/NfrR1Yxt8zpW9Df7negg9yLWU8/hrtSK3UylOevNKIY5Y5mlr3k6DQd9zv4XdYymOr/AFBmvV4/pg10/VIB7Qd4LvwDr5Qe1FrsZnMRkr1mjQyVO1Zq69+KGZr3R78dQB7L3uKDki8dHIU7zZXUrUNlsMropDE8ODHt8tOvBH4XpkeGROefDQSUHNFWvp36wYHm3Kslx7GU77bNJ+ndcDh0NDASZNgBp6i5gALtlpPggqT+nnKY+YcQpchiqPqMtGUCJzw4t6JXxnuPOyzf+6CRotRJyTBRZduJlzFBl9xDW1jYb7pJ8Dp3tYtcmwFa1FVs5nHwzzT/AE8cb7DQ58uwOgDfd2yBr+Qg3CLUycjwceZbhn5ai3Iu8VTYb7p/+ne16XZPHtr2LLrtcQ13Fsz/AHBqMjyHH4KD2otPlOTYHF2Ya2RzFCrPMNxxy2Gtc4b12BO1nM8lweGmjiyuXoUXyjcbbFhrC4fkAnug26LV5bkOGxDYnZbJ06DZndMRsTNYHn+Nnv5WwZK17Q5pBaRsEfKDsRRvnfLIeM1accNOXJZXJTitjaEJAfYl0Se57NY1oLnOPYAf2B0Gd5xyTE3+P4V/FKt7NZZk73QQ5L24ofa0T/Uez7vI+AgsNFEuI86xuc41YzF6I4U07ElW5DclaBBLGdOb1g9JH4I87C3FPkWEuUWXqmVoz1Xye02Zk7Swv/073rf8INqijdzmWA/QreSoZrE2PZJiaXXGiL3tfaxz/glbCvk2x4OHJZSSrUaYWyTuE24o9jZ+8gbH8oNoij8nIG5bBWbnC7OKzdmJwaG/V6iLvJaXtDtHX8Lp4Hy2Hk9Syx9KbG5PHzfT5GhOQX15QN62OzmkEEOHkFBJkREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREEa5dwvjfKZq9jM4yCzPXcwxyuYOoNa7q6N/6SfI+VW3qfh6VT1K4zNLg+TyYWnhLNVjuPwW9wvMkHQwmtpwb0td2J12H4V29inSB42gpPlEjmct4XmJ+M8hy3GYKFhsNaShPPZitnoERmjk+8O0HgOf433IWkPH8tZ/4ac5Da4hbq5R2SsT18cKbnzxB1wOHttGyft7/aO/xtfRGljtvwgqv1mxlfmXpYbtPj1vIWar4p4a9ii+Oz0NlYZGiOQBwJa09iO60HqHjq2W9OsWeFYLIUcbTztazk6seFkjklhaHdWoHtaZel5jdrXfpV56HlNBB8728PNUxrc/jo+R5SvHy3HZS812DfV6WRsLZHw1g0PJ109Wm9yNja4cogz3J8R6vXo+L5qpHk8fjIcfFYpyNlshnuBxazW99+7fI2N62vovQ/KaCCP8b4dxvj+Rkv4XFx0rL6sdR7oyQHRsc5zQR4J29x6vJ33JW+cuaIIpwCTDywZb9G49ZwjG5Sdtlk1L6f6iYEdUzR/ma7tp3zpSlzQ6MtcNgjRCysoIpxrgfFeO5exk8RhqtaxM7qaWRge19jWFrNftBDG7H8KCehOdnxfBsfw6/xnlVHKQyW2e5PhbEcALp5Xtd7pb06IcO+1cugnb8lB8ycfo5M43g+MbwTP/rdHlMNvkOSsY+Ts/3X7f7xH9Rh6t7b9rW62QrA9P8AgOHu5Dl2Q5Dx+T6ublst2rNYjfG8sidG+F8ZOj0dbSe32u7+Vbeh+SmgUHzflsJcZxrP8XfxnJzcwu8hfbp5L9PkdH0usdcc/wBTrpa1jO2i7fbWl28qlztTj/qBxSrxTkORyOTyz7Vd8FCQwPgf7e5BLrpdrR+0Eu2NaX0Zoa0saCCgufsnwvLLubwFbLT52SGtFLirnH5LVK/0j7fbnDP6LvuIJ6tA9yF6PVcTVeTy8kxNbLN5IMXHAaEvHpchRv66nsjbIxp9t+3OGw4fkhXroJoIPn7n+Ky0nqA3MZ+tkatHJcehrxirhf1ZlaTR9+BzQxxbvqbp2vu6f4Vw+n1AYvg2FxzZL0ja1KKJrr0fRP0taAOtvw7QGwpBpNIK09QpWYb1U4XyPJH28M1lrHS2Hf8ALrzzBhic8/5QehzN/l4/K8/qZgctnvU7hs2JyGSxtWGvd9/I0YWSe1trOlpc9rmDq0ddt9uysrKUaWSoTUchVitVZm9MkUrA5rh+CCurA4rH4XFQ4zF1m1acIIjibvTQTvQ3/dBUHN+N1eK5HhMDsLl87xenZuz5KOGo+7LJae0OimkYwEn7jJ310jYUfi4nkM3w+SnkOJ3aUNrnsVt9IV3DoqEtd1fZ26dfuI7A7G19HAAJoIIHyjhWCrcO5S3D4KI2MjWfI6COMvD5Ww+2zoj7gHpAH2gf9yVHrUeN5D6F1cblsbyeCGGvWrzxQ4mZtuKWNrHB3svZtzQQN/aQR2IVuaCaG97QVl6I5PMTuz1bJUwMdUmiFTKvxLsY671M2/qheGnbTodQAB6u3hcvTN7Mv6oc35Vj3NkxFk1aEEzDtk8sDXCV7T8jbg3f5YVPM7icfnMZNjcrVZaqTa9yJ++l2jvvpejG0aWNow0cfVhq1YW9McMTA1jB+AB4QehERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEKIgIiICIiAiIgIiICxpZRBjSyiICIiAiIgLA2sogIiIMALKLG0GVhZRAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREFYetXq3R9N7WNrXMbLZddezpcyRm+kv6XfbsO2B36tdPwSs3+fcmtcjxGE4xgcXYmyGB/WHG5kNBo62t9trow5ru7v3A6/BU3z+AxOYMLshRhnfDIySN7m/cCx3UBvyRvvrwq75fHncD6t47PYjh+Qy2Pj45JjwKAjAif77XtbpzhodLddvHZBJsF6kcds8Hp8pzV2vg4Z3yQSR25g0snje6N8Y/1EOa7x5HdefkXqnxTGcex2erZWhfo5DIRUoZI7cbQ7qlET3jZ7hhO3KveOcY5JxPMcQzdvi9vNGKpkZZ4a3SXU7dmw6cdnEa017mdXfXdBwzkNj0bh/VOKxSZujyd+TfS6WyvdD9f7zmxk+eqP8AttBclzlfG6eEdm7Ocx7MaHdH1IsNMZdvXSCD3O+2vO138ezmK5Di48phb8F+lISGywu2Ng6IPyCD2IPcKrPUPDX8/heOZXj/AB/N4qDDZY2pqFaKKvYkaY3M9xrHdtguB0fOvzpSv0kxEWLo5SaKpnq7r936qU5cMEsryxoL+lvjeu++5Pf5QTHI36WLoTX8jbgqVIGl8s88gYyNo+S49gFDuEeoVHl3MOS4vCWKV3H4qtUkhtQPLvcklEnU0/HboH/ddHrljMlkuMYk4/GT5WGlnKly/Qh112q0biXsAJAd36XdJ7HpXl9Na3I7fqNy/kOZ4/Ph6eQq4+Ki2ZzS97YveB6uknR+4Ej42g3npnyXMZrgNfPcqp1sVcJmM8bSWRxtY9w6iX9wNDfdY9Pea0uU/qk0OUxE8dachkdSbrdHF36XyE/6tEgjtodiVw9auO3uTemWYwmLOrc8I9tnV0+50uDizfx1a1s9u6rW3xPJZnjHJJ8bS5ezOWsF9CBl3QsZIA4H2W9Hz+77/H3IJvB6r8fv+oUXH8RlsZdx8eMs3bluKbqERiexutjtrTnHY34Ug4dyeHM4i9ljl8NdoR2phDZoy7jZEz4kcToOA/d8BQbiVTkGR9T8HmH8Ls4LBY/AzUY/qHMDvcL4vt9tp+1umnX50fA0t16X1bdXI8sw+WwVuCGzmrluKaVjXV54ZXDQHc72Pgjwg2fAfUXj/LorX0d6k2xBbnrtgbbje+RsTiPcAB30kDY7eF6uEcqqcmt5ebHZjEZLH1rDYoPopC6SM9ALmy/Ads7GvjSh/pTjBxjL5HEWOGzQTnLXJ62Sjqx+19PK8vb9+9j/AE60vfxepl6vqJzKGxhb0dPLzRzVcgGtMGhXawg9+oHqH4QSWlzriF3kLuP1eR4ybKNe6P6ZlhpeXtG3MH5cNHbR3GjtcIfUDhUuVrYpnJ8W69akdHBALDS97w4tLdfB6mkAHyQQN6VU4Xj/ACKTjPC+CycSvULmCzkNq3lulorGOGVznSRv3tzpN+Nf5jteqhwTJ0/TenXgwvRlf8aR5KcdLevoGR6/cJ/iLX+yC9FrredxFPOU8HZyFeLJXmPkrVnPAfK1g24tHzpbJRzJWAzmmJru41Jc9yKY/qoY0tp6A+wk9x1712/CCQtKqb1Z9Z6XA+cYvjdjGvnNsBzpBPGOzg4Ad3Do+4MHU/TdE9+xVsNWpzPG8JlL9a/fx0FizWd1RvcwE/tc3R/1DT3DR7dygjHN+d5fj9vCtrcZdYp3rNaGzbktNayH3n9DWt1svdvv27a+Vjk/MuQ/4myWC4tjcdYlxFBt28+9M+MO6y7ojZ0g9yGOJJ7Dt5+Nf64vy01PEY3DcZy2VdWylO9K+oxnQ2OOXqc3bnD7tDwvJzmpj8rPHmJuIcnlyN6kYhHV6oPcZ1O1BP0v1/3+HINnV5zyTP8ACcNyviOLwktG9VM9k5LIOh9hw8tBawggads/wtdivUvPZHD4CH9DoVc9nDYmgjfbd9NFUiOvqHP6d6dtuhrZ6gvFj+CZeh6b8C9OmwvbjTaL+Q+x+2OLUs5h/wDQ6Utj/wDSu/1g4m23z3inJJsFbzeExsNirdoVmdfZ/QY3mP8A/KNa5n7f538ILM41NlLGIikzH0P1hJ6zTe50RG+xBd38LaKA+jGIvYjjd1tihLi6lnJT2KGOk11U67iOhh0SB4Lukft6tfCnyAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICwVlEBERAREQEREBERAREQEREDSIiAiIgIiICIiAsBZRAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBFUvrr6r2vT3IYylUwj8m626N7jCS97G+50uBYNaBHYO357aXH1D5rzzG8Ix3L+PP4w2pabRa6tarTTvDrMkbNtkZIwFo9wH9vcD+ewW4ijOBzFyter4Dk+RxcmfniksxsowSRRvha4DYD3OOxsb7/IXiyvqZwvGTGK7mWRu+pmqhojc5z5ounrYwAfcR1AaG9nsPCCZoohD6i8Um4w3kceSJovn+laPZf7xn3r2va119e/8utrbcV5FiuTYw5DE2HSxsldDKx8bo5IpGnTmPY4AtcPwUG5RdVmeOtWksTO6Y4mF7z+ABsrX8Wz+M5Ngqucw1kWaFtnXDL0lvUP7HuEG1Rafmua/wAOcVyOc9qOX6KEy9Ekvttdr46tHX/ZVh6VetsHIcJmsryemcHVxkzg99hpjkDHTvjjBjOyNABpdv8AcHDQ0gudFBsN6rcGy176OnmCZRFPM4SQPZ7bYTp/VsfaR50e+u/hd+E9SeJ5aeWGvfkhdHWdbb9TWkh96BvmSPqaOtv/AKdoJkihXHvUziHIMtWxuHypsy3I3SVZPYe2KfpALmseQGucARsA7HyuWA9SOJ5vMR4yjkXPknfIypM6F7YLZj/f7UpHQ/X/AEk9u6CZooZJ6lcRZno8N+oyyTyXRQEsVaR8AsE6ERlDejr321vz28rpveqfCq2ZOIdlXvusvtx8scdeR/szOeGNa8humbcdAnW++vBQTlFCsx6l8TxOWfjLl+YzRTRwTOhrSSxwyPIDWPe1paxx2OxIPddWU9WOC43Jy461mD9TXsfT2mxwPeKzj4MrgNMBPYFxAJ8IJ0iqtnq1icZznl2F5FebFFi7UDarYKz5HMhdVikfJIWA9LQ55+46CkOT5bAed4XBVcp9MLDXSPikoPLbjTH1NEcx00EfuOtn47IJmii3Ludcc4xYjrZe3K2w6F1gw1675nsiaQHSOawEtYCf3HQW/pXK96hXvU5mzVrEbZYpGnYe1w2CP4IKD1IofzvlMOFlxtD9RfjLF67BEyeTHyTwuDpA0xlzftY52+kEn5XPl3qBxXidyKryDKCnLLGJWgxud9heGdZ6QdNDiNn4QS1FAh6s8F+mZYGYcWyzy14QK8nVLJGA4tY3W3Ehzda87Gl64/UzhruMs5HJlhXxzrf0TpJ43MMc+9e29pG2O320dIJkigFn1LwFvi+UyuNuX4W0j7Mkj8XM90D3R9bXuj6eroDdO32GvlbO5zHD4PimJyuay8UjLsbBFYjhcBZeYy/7GDZBdo6b5JIA2SgliKD4f1U4Llq92xUzsXsUajblmaRjo2MidsdW3Ab0QQQPB7eV1cI51TyOOzV3KZKKB1B5mnryVpK5p1yD7ZcJAHO2Gk9WtE7A8IJ6ijPD+b8f5VYmrYq1ObEMTJjFYrPhe6J37ZGh4Bcw6OnDspMgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIUHiymNpZJkTLldkwilbNH1DfS9p2139wVFPWbAZPkPB/0vD12zWf1GjMWl4ZpkVqKR52e3ZrT2U4RBVf/ABCSOp4PHZ3D2a0fJ8Zeifi4ZO5tGVwifCG/PUH/AOxaD8KN5XEWeI8w9NsbSwkmfvVKeRe5jJIo3Omc1jny9UhaO73O/nurmnw2Jmy8WWmxdKS/C3pitPgaZWD8B+tgdz8/K9T6laW3FbkrxPnhDhHI5gLmA+QD5G0FG5H0x5K7A0MxZh9/Lt5FNm7eOp3nQ6bKws9uOTsOtgP7joHv42rF9KsQ3FY/ISfoORxMly370jb94WZpT0Nb1OcHOA7NA1s+FNUQdNuSVlWV8EXuytYSxm9dR12G/ha3iVzLZHAVLecxAw+QkZuekJxMIXf6esAB39wtwiDi/soP6h8U/UODz4TA46Bj5r0NgxtDWg/+YbLITvt3+4qdIgofkvpfn8zXyVVsMNM3shnJffD2+LMYZA52u/fXf8Be+5xzmHKrmJdf47+hjCYm1D/Utxy/VTyQ+01jOgnUfzt2j47dldKIKhl4FlpuLenuIirMpOxNJ9fIGJ7R7BfTdE7X+r73fH91rcRxbl9rFcC4lkeP/pdbiFqvYs5QWo3xWfpoHRMETWnr/qdW3Fwb09x332u86WHAkEeQUHzHjpOQ0sV6ecMbVxAgp8pic61BkGTuv9M0knusjb9zWhvUXOd89lcXp5xP9N/xUczi6zzkuSz5KH3GMf1t/p+0/wCe4LNjfcEfCkeN4xx3G5B+Qx+BxVO2/wDfPBTjZI7+7gNlblB8/wB3iHqI3j2X4nS47VfFNyE5R+UN6PVmE2WzdDWH7hIB9m3aGmee689HE57kUXqHw7G4Bv0mW5FJHby0tiLojiAjLv6e+tz9dh21/K+h156tOtVdKa8EURmkMknQ0DrcfJP5KCrLHA8xFW9VWQ0o3v5DXZDjHCRvVMG0WQjq7/b97T50vbyrD8kgt8ByGNwUmVfhGltyvFZijc3cHt7Be4A9/wCVZ6IKd9QOG5RvqRa5RWxWYzNLJ46GpNDjMkypPWfEXkb6nta+Nwf377Bb4O1Y/CsYzD8SxeKjomgyrVZE2sZvd9kAaDev/NrxtbtEEJ9ZcTl8xxOrFg8echcq5ajd+nErIzIyGwyRwDnkNB00+Sop6k8QzvLJcjejwwikucX+iZBLPGXMnNlshZvev2j929K4UQfPmexmY476y4O+OOSZSW3msrbpVYZ4WOdF9JCzrBe4NbrudEg/wt5/4e5+7hIZMjVq/XXuXQ569VZMHMgja8fYHnXWQ1rR2A3/ACrfmp1pbUVqSvE+eHq9qRzAXM6ux0fI2vQgj3KsKyzxjkFbEUYI72TqyNeWtDDNIY+hpcfnsANn4ChFLAcmyOE4LHf4+6hLgbrTZimsRSbayq9gkaWOII63DQ89tq2EQfPV70o5Ha43XxzKsVR8OAhh0LHS11mK77/tuLdnTm/5ltLHp/e5Pxvk1P8Aw7lsNdyeOjrCzlso2yZCx/WIh0OcQzf+bse57BXiiCr/AExwFqtyIZfJcXzOMux0hVdYyGYZbB77LI2tc77N9+o9P9laCIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICwVlEAIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiCoPX/1D5Nwu9iq2AwpygtSxGQRh4czcnSQXdDm9Lh20PuB7gELdY/luYn5vxDDu9plfLYOe/ZY2FzdSN9nWi/TwP6juxG/G1PbNWtZDRZrxzBjg9vW0HTh4I/kKB86wXLZfUTBct4vTxN0UKFqpNBetvg37royHAtjfvXQgkPLOW4rjUlOvcbctXbrnNq06cDpppekbcQ0eAB5J0B2UdHrBxIY3F3HRZf3MrNYr1KoouM75YHdL4+n/VvwF4+QYLnk/LMFy7H0MK/I1sdYo2qUt2T2YzI5rmyMf0Au10jY6Wk789l4eBenHJ8LkuL2MtZxtn9Kt5Sxalhe4e4bLy5ha0t/nuPjXbaCSR+p/G3cZZm3RZGIvunHii+qfqvqgdGH2xs9Xk/jQ3vS54j1KwGRlggNfI07MuWbiDXtQdEjLDoXTAEb7Dobvf8AKrzl3H7/ABbNUM9PksFFPHyW7kq0N64a8MscsQZoyFp6ZG+R2PyvDxDAcp5JHkOV4+zi8lfh5qzLRb64KttkdT6dzY5Oknpb16D9fd7f8oLcynPuPYl2cbemmacLPBXstZE5znSTMa6NjAO73ODwAB8r1cM5dQ5PJkK8FW9RvY6Vsdundh9qaLrb1McR/pcN6I/B/Cq/I+lnL8/j+SXOQ2cO7KX8xQy9WGJ8gg3WiDPYkIAcAQC3qHf/ADaB7Cdel3GJMFPkrk3GcVhJbbYmn6S/LafKGdX73Pa3WursBvye6CbSdmkj4C0/DuQ1uS4uXIVa1+vHHZlrllys6F5LHaJDXdy0/B+VuXglp1512Wn4dJyKTGSu5PVoVrv1MgYynI57DD1fYSXAHqI8hB7svYlqYuzZgax0kUTntD+rRIG+/SCf+w2qi9C/Unl/MeS5rHZ7AjHQV7MvtyOZL8Ni1G0lgA11Fx6yHf1G9uyuleevWr13SuggjiM0hkkLGgdbjoFx/J7Dv/CDvcTrsqa9HeXZflUlOzkvUTFyW5LNhr8JDWhbJqOV7ene+v8AY3q8K5H712UK9JOIT8U4fSxmRjpOvQTWJHywDqB9yZ7xpxAPhwHhB4mer3F5s1Fi68GVne/K/pEszKhMUFnrLA17vA24dtb7ELst+qnHIMu2kytlrNc5OPFOvwVHOqstPeGCMyeP3OAJGwDvfhbD054zawGKyNe+yv7lrMX7rDGer7JrD3s3289JCrmP059RIMLieKxyYFuHxXJIcsbRmeZrcbbfvlhb0fY4Akb77IHgIJjL6v8AEm3Z68ceWljq3voblllNxhqy9fQBI742fH8dzoLZ5T1AxdPPTYSrjMzlrdbp+r/T6ZlbW6vHWdjR130NnXwozZ9PM5L6fchwDJaDbGRzj8hA8yO6BGbAlHV9u+rpGtaPcLzXRyXgnPbwxVTHZapy7IMki9+eSB1adsQaWuLY3gsIYNE6Oz+PASflXqbx/jtu5Vs1cvcfj64s5A0qhkbTjI2DKdjp+3vrzpMjy+vJzTj2Lily9UXmukhIp7rXAYurpMh7gtHfsoXyngfqDa/x5jMM/CNx3K3Cc3LEr/dhd7DInxdHR3B6OztjQO9fCk/J+Ncqfb4RewtbGWpcEHC1FYtvia7cPt/Y4McT3/ICDccm53j8Fn4sB+l5jK5N9X6w18dW95zIevo63dxodWx+eylNaUzQsl9t8Ye0O6XjThv4I+Cq09XuIZfktuOahx3HzXYK5ZRy0eXlo26bzvenRsJLN6Ot6Oj2U94zWyVHj+OqZe8MhkIascdq0G9ImlDQHv18bOzr+UG0REQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREAIiICIiDouVa9uP27NeKdn+mRgcP+xXZBDFBGI4Y2Rsb2DWNAA/2XNEBERAREQFgrKICIiAiIgLomgjke17mNLm/tJb3H9j8LvRBxYNDS5IiAiIgwFlEQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBFTv8AxBco9QeP38PFwvFy3IppojORHpvV7mgzrLgD1eCwDeu+wvHz7luYqZ/hFPL8svcYp5HFT2cg+ClG17p2ti6WuY9ryzRc7t8HttBdyKvnczgxVTC4bFMy/McpfrPtQuZ7UckkAPeR7ndDGj7gANDa89j1bwcOAxWVGNysr8jkH4xtKODdiO03qBiLfG9t1sHXcHx3QWSiqbKetMeLpN+u4Zn48iTeBpNETnAVBG6U9Yd0a6ZAQd67Eedb9tL1hw1jG2bRw+WZN9TBWx9QsZ72QdOzrh9tvV9vU3bvv6dAbOvCCzEVS8p9VL9bhnMbEHGczjs1gIS2SF8UdkRPdB7rJHGN5HQGkEnamnp/yWTkmFhsS4nK0JBDG55vVTCJS5oJLO52EEmRcJOzSdE6HgLUcNzU+exUl2xhMlh3tsSw/T34wyQhjiA8AE/a7yCg3SLxZaSeLG2pawcZmROdGGs6yXAdtN+f7fKpP0l5t6m5W9ydvK8XNRr1ZLJgd9OC1r2RR6YXdX2a/d06OzIRv7UF8oqB9NeWckmucC6eZz8ls5ys6XLUnxwEVGe11+7uJjejTuluj52r8YdoOSLi86Vb43I8xg9aTistma02KtYia1BSr1w1sRZMxrXFx24u0477gfwgspFU3qB/iGhynEx4Hl+Yly+RyUT2YvURqx02uHvueOjqDA3enb2XEAfw9U/1/HZKpNgeYZh2dv3Ym4/DxCE1zEOkSmRpYXe2G9Ti8uGiQB3ICC2UVPeqvOOQ1uR4nF8XsCGCjlsfDnLHttcD9RMxgrt6ge5a4uJHga+T20/qNzDM1snzuw/mk3H7fHY2HC4uKOMi/uBsgc5rml0ge8mPTSOnpP8AdBfKKM8X5djcnxTDZm5bqUX5GhFaEc0zWa62gkDetgHYUY9a8nyrGYqhl+P52vRost1GWGMriSSwJLDGEBx21rel3wN/ygs1FC/U3UGDkytjleS4/VrRuLzS9vqlcf2/ua4ucNdmjXUTpV9+ucqbDxLCcu5VY439Vi5rdnINdDFNLK17QyJznAsa7pcHO0O57DQBQXqipDh/LZOS+lEWZzXKs/RZj71ijPcxdXqku+3IQx/SI3v+5nSftGu/le3jec5jyD0TlyuO5DAzINdakZesQMfN9MwyGPqYz7Gz6EYc0jTfu2N9kFxIo16X5K7lvTrjmTyM5sXLeKrTzyloBfI6Jpc7Q7DZJ8KQ2XuZE57Wlxa0kNHk/wAIOxFqOIZexneO1MrZxF7Dy2Glzqd1gbNF3I04Dwey9OXs2qeMsWaeOnyNhjdx1oHsY+Q/gF7mtH+5CD3IoN6c24uU+msM8F/OwNtustMlqw03IXNnkY4dbdj7S0hut6AC8Xo9JkMt6c2K2TzOSsz/AKhkKYuvmH1AYyzLGw9YH7g0DR18ILGRQD0Rs5CXEZ6rkcpdyRoZ21UhmuSdcvtMLekE6G/JU/QEWHEBpJOgFW1P1bxFrPVq0eNuHEWsk7FV8t7kXtSWgS3pEfX7nSXAtD+nW/47oLKRVdX9YsfYn64OOZp+Niy36TbyPQxsMFgy+00aLg54LtbLAQNjffYFnM7oOaKss56u4/HZXOU4eO5q9Dx+cR5ezCxgjrMLWu69ucOvs79rdnt3AXozvqjWo38o3H8dy2WoYSNkmYu1zEG1WuZ7nZrnh0hDPuIaCQP57ILFRV9meUxS804tVbDmI6GScX0b9axGKtpxic7okZ1e4QB3H263ruvXzD1AgwHKa3Fq2DyeXy9ug+7XhqNb0ua14YQ57iAzzvZ0NDtskBBNkWo4dm28k4tjs62pPTF6u2YQTjUke/8AK7+QtPzfm9Xjl/H4mDH2MpmMiJHVqUMsURMcYBe9z5HNa1o2B58kIJeiqDl/q0YuJ8ezfHsXlp/1LKRV5RHT972mib25YnEHQkPcAb7qzuP5P9YxrbwoZCh1Ej2bsBilGvy0oNiijfPeWUOIYyvbuQz2prlllOnVg6fcsTP3poLiGgaBJJIAAKi0/rBhqeDdeyOKyNe3BmI8RaoRhk80U8jOuPXtuIeHNIILT33rygs1FE+Ccx/xNcyuPs4W9hcji5IhYqW3Rud0Ss643h0bnNII323sEEFbjlOdx/GsBbzeVlMVOpGZJXNaXHX4AHcknQAQbRFBG89s0sNfzfJOKZXB42rXFhks0kMjpQT9rOljyQ87A6T8nS8bvVGvQr5Eci47lcJdp4qbLx1ZnRSOsVohtxY5jy0OHbbSQRseUFjoovkORUbOUxnGuu5BNncdPYgnhd0OiaxrN6Pw7+oCPwQtN6MWMi6Hk1DIZa/kxj87PVgluyB8gjAaQCQB+UFgrBWUKAi0cObsScys8f8A0TIsghqMsjIuYPppC5xHttdvfWNb1rwt58ICKlfVHkOQwHNcbBiuZZn9Xu5Ku1mPs1msxgrud97XSmMN/Z1a+/rLtBR7n/POUmTk2Wwectx3cbl5qOIxMDY/YliqRtktTTlzSS3XUOxH+UDudoPotFr+OZEZbj+OyjW9IuVIrHTv9vWwO1/7qPcp5nJjeRM45hcBf5Bl/pvq54KskUba8Jd0tc98jmtBcQdN8nRQTFFWHIPVunhMo3HW+NZwzs+mbabGyN/077HaNhIcQ5xd9umk/nwphwDkUPK+L1c5DTs0hM6WN9ex09cUkcr4ntPSSDpzHdwe6DfBZREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERB1yMa/XUAdHY2PlRjLcZnveo2D5O2eIQY2larSQuB6nmUx6I+O3Qf+6laIINy/i2bl5pjuX8YsUGXqtOSjNXuh3tSxOcHDRb3aQ4b/AJ8LU4X01u488ennycE9qlnLGavPbGQ2aWZkjXBg/wAoHWNfw38kqz0QQf1E4bc5PkIbVe3BXbHhcnjiHtJJdbZE1ru3w32+/wCdqMZr0vzv6tUzmHy1BmRo2qVmCOzE4xP9ms6B7X6O+4eSCPGlb6IKvw/pvmJMfzqHkGbr25eWxtEkkERb7J9j2i0A/wCUdtfOh3KlXAafKMfjG0eRvxT21oo4a7qXXt4aNFzurxvt2Hjv3UmRBh++k61v42tPw9nI48XI3lFnH2b31MhY+lE5kfs9X2AhxJ6gPJW5RAXhyVEWcbcqR9EbrMT2dWv8zmkbK9oWUES9L+HU+F8NxeGiq0m2qtRkE89eEMMzmjXUT5O/5Wyw8XJGciysmTsUH4dwj/TooY3CZh0ev3CTo7OtaW7RBxKri5x3n0nqVX5QyXjZqw1H0vZ1MHmJ0jX7346vt1+O6slEFYYjivPcTyvNZirb4zZ/VLgkdLajnNiOuOzIQQdaaN6HjZJ+Ui4nzyjzrO8gx9vjNlmRkYIjdjmMsEDWgCIFvYDe3dvJKs9EFWc89GOMcij+pr42tWyU+Ur37s5kk1N0ytdL26tbcG63rsvZzbifIsoyTEYSpgKVCSqKseSm6pLdRjgWv9tpBBPSTol3k99qx0QRpnBuKDG4/H2MFQuQ46qyrWNmFsjmRsGgNkf/AMlaP1b4pyXkuCr4XjUuFp1GSwSu+rbJsGKRr2taGfH2gKwUQVjyni3O8tmeN5h1rjkj8XFKZKU8cpr/AFBOmTMI79TWdvu8Ekj8rc5ihzGzg8fE/F8WyF9rn/UCx7n08ez9rmAgk9vO9f3U1RBXeA4vyzhvHatDjcuIyM8k81nI/WmSJsksh6iYy3fS0HsAfgBefH8K5LiOF5mjUu4eTL5y9YtXnSRvbXjEzSHCMN+7Y+3RPnuSrMRBEvSvC8h47xSjgs9PjJxj6sNWvLSDx1sYwN24O+ew8KUWRIYXiIgP6T078b+F2og1PEI8/Fx2pHyixRsZcNP1MlJjmQuOzrpDiSBrS2x8dkRBCPSXjec4pg34TKz0LFeKxYlrSV+vrIlnklIfvt26wBr+Vj004xyDjMeRx2QsY2xj5Ltm1VfCHiXc07pCHg9u3Vrt+FOEQQbgXHOR8ez2cbZmx02HyGQmvRGPrE7HSEfaQe2horfYaLkrM7l3Zexj5MW97P0xkDHCVjen7xIT2J3418Ldog4vaDGWnwRoqpOJemFvj2Thgr4/jF3GwZE2obtiq43mM933OnfgvBPZ++3bt2VuogrI+nV7/A5479bF7hz/AOre70np6fq/f6f767Ky2DQ0uSIK4yfp9ds4Tn9Fl6uyTk80skDi0kQ9UDIx1fnu3fZa276d8qpnklTj+YxbMbyaNv1xtwvM1WQwNgkfDrs7bGggO8OHyOytlEFd8m4PlxT4czjFum1/GH7h+uDiJW+yYgD0/wB9rdu45OfU2vy91iP2mYWXHOhAO+p00cgdv8fYQpSiDAHZV76lcAl5DyLEckow4u3ex0Utd1XJxl0E0UhaTot7teC0EHR+QrDRBXOW4Jk7fp/Rw9P9FxmTo34r8AqwObVa+OX3A3p89/BP+6mfHW5oY/8A/HRRbaLyQ2oXFjW/A27uStmiCE+rHC3cxx2L+nNMXsVfZdrNuxe5XkIa5jmSN89Ja93cdwQFpovT3IzUMVHPV47iX0uQVss6PFwPDZGxAjpcToucd9joaHZWeiCL8e43Pjed8m5HJYjfFmWVGxxNB6o/ZY5p3/fqXp9QuNx8u4fkOPyWX1Taj1HOwAmN4ILXaPY6IB0t+iCt8txPmfKuF3+N8syGEhbLXj9ixj45C4Txva9sha/trbR9uzvv3Xgynp3yLlVrI3uV5LHwTzcfs4WuKDHENE7dSSu6tfgab8a8q10QVfxvhXL/APGmA5LyLOY2b9JoS0m06kDms04R/wBQOPcklncHsAG6+VuOC8c5Hx/lPIZLM+Omw2Uvy3ougOE7HvDB0n40A0qcIg0uIi5IzkWWkydnHyYd5j/TY4Y3CaMdP3+4SdHbu40B2W6REEJrZTlMnrBYxQZDJxiPFtlL/p3NfFZL+zes/a8FvfQ8a7+VNXeFx6AuaCt+d8a5py6tPxy3Pg6uCntRyPtM9w2hE14d0NbrpDu2urf+yjWZ9IczHyLlb+PXKUOO5U0R2ZZ3SOnoNeGiwIR4Pua35Gj+VdqIPNi6MGOxlXH1m9MFaFkMY/DWgAf+wUL5BxXkVXnk/MOJW8aLFyjHTu1Mg1/tyCNzjHI1ze7XDreCO4IPjY2p6iCtLHp/mb+UdlshfpC3YvYy5YbCxwYDVPVI1u++nHxvwPKlPp1x+Xi/F2Yiawyw5tu3OJGAgamsSSgd/kCTX+ykSICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIuEpDdbIG1yB20FBlERAREQEREDaJpEBNIuAcHE6IOjo6+EHNERAWFxd27grrisQzEtimY8t8hrgdIO4LK6fei932fcb7mt9O++vyu5ARE2gwFldTpmNc1rnAF7tAE+V2oCJsIgaWNLi14O9EHXnRXLaAsrpEzSSA4dvPfwuNe3WsPeyCxFK5h08MeCWn+deEHo0iIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIKc/4g+P8AqLmr2Fm4TkJacMNiIWQHB7S73Nh/tlh10+S/fjtorUc/q238y4JiM5hcpyR36Na+ppQ2gXmZvs/1C8ujD9d+/wA78K+lo8hxunc5hjOTyTWG3MdWnrRMaR7bmylhcXDW9joGtEeSghkmdymNuYLhHD8FVxtqXHSX5Y8k9zmVIWuALT0Elzy53wdfytdN6pZyfBYb9P47Wly9vPTYO1XNnUcUsTXlz2v+W/aD43o+CeymnLOFxZvMUc5UzGRwuXpRvhit0/bJdE8gujc2RrmuBIB7jsQvHjfTfCUK2Cggs3ycRkJMi2Rz2l9meRr2vdKenvvrPjXgDwghfKfUD1K45AyjawGI/UnQZO31iR3sGvVbE8SfJ+4PI152uyp6qcnkifSnwdRmbv36lbFUxPsNbPAZ9zO126GNPVoHv2G1YXLeG43k1iKxesW4nx4+5jx7LmgGO01jXnuD9w9tuvjzsFaHM+lWHyFiO3FlstQvQT1p69qs9jZIXwQmFpG2kHqaTvqBH4AQRXlXMObScG9Sce6vjXZXjsPtmxSsSRMDJKnvdbSRvrb1Dt/7qw/Te5yO5gKsnIMfUqu+lhMT4LRmMu2DZdsDpP8AHf8AutfgPTHCYqjySm+/k8hHyRmsibUwc57jH7bnAgAgkf7D4AHZbjhPG7XG6hqTchymYhaxkUAuiIeyxg0APbY3ZPyTsnQQSCTfT9vn4Wo4hNySbGSu5TToVLosyNjZTlMjDD1f0ySQD1Ea3/K3Eg2NbI38hafh+DnwGLlpWM5ksy99mWcWLz2ukaHu2GAgAdLfAQe3Lx2JsVahqOeyw+Jwjcx/QQ7XbTtHX99H+ypP0exPqLxHI8sz3P8AKzuw8D7FhzTID+2KJxm7Rj3Ptbrq7d2P+3ur5XlzGPq5bE3MXej9yrcgfBMz/Ux7S1w/7EoKroc/5gL/ABa1k8ViK+M5JDNNXh+ocbMbGQe83qP7CSPgA6/9l0cU9TOWWqfC83mcDjKuJ5POynHHFO91mOV8L5WSHY6eg+24a86IP8LZ0fSGjRONtTckz+Us4aCSHGfVzRkQxOjLBFoMGxrp2f3EtHfQ0vP6U+ms2L47xW/yTK5XIZPDY5ratCw6IQUZXR9DugMYC4hp6QXFxA+UGuwPqjy+7T4vyHIcextXB5zJR4wMbO42A+SR0bJh8BvU39p76O1vOHYuhh/XDlVfG1IqkEuGozOiiHS0yOlsdTtfk9IXg9IvTCzT49xqzyvKZWxZxD5J62LmdEK9SUueA4dDQXEBx0XOdrqUzm4Wx3qAeY189las0laKtZpRe0a9hkZkLeoOYXA7kPcOHgINPibVv/xtyGOyOMxXunC+/Vu1+r3TB7/T7cm+299+yf4o5Xm+W5rEcVq4aKnhZ2VrVjIOkLppSxry1jWftAa4fcd7J8dtnc5Dh0VnntXmEGaylK3DSFGWvB7RhsQiQydLw5hcO58tI8Lw5H0+a7kdvOYPk2ZwE18sN+KmYnR2HNGg4iRjul2gBtuuwQRzl/qFyWueWT8fx+KNHidfqvz3pnD35vaEhijA8aBA2fJOtLxZvknOn+q/FmYzF0307WGs2GQvyDmNm37BLnDoIBaSQPOwT4W85L6O4fO3s46fkGerY/OkSZDH1p2MhllEYYJN9HUDpoJAPSSO4873Oc4FHkJcJbo5/KYjIYaua1e3VETnOic1rXNe2RjmnfS0+OxCDVcyyOTr8w4cL+JxE1O3kPaY6QuNirY9iVznsI7a0Nf7rvz/ACXk1zmlrifEK+NM+PoMu3Z8g54buRzmxRtDe/focS741/K2fL+FM5DTw0Muey1KziLLbVe7W9r3nSBjmbd1sc07DjvTR3XRyLgoyOYZm8ZyLLYPLGmKVi1T9o/URA7AeyRjm9QOyHAAjZ+OyCH4r1N5DyS1gMdxbBU/qsvi7FqWS9YIjpywT+zID0jb29QcAR57Hst9g/UJ1r0qj5VcpAZKSaWjFThdv6i42V0LY4999Oe3/Ydz4K2nGPTrB8dv4q3jZbbHYzGvx8LC5unNfIJHvd22Xlw2TvXc9l1cf9Ocbh7mLkjv27NfFyWpqsM/SQ2axIXukOgNkBzmjt2B/KCNzZLkvCJuM8Yx1KrlsvyKS3Pdt2JnMZHOGNe54HnoBOgPOmhddX1Kzxp/pE2Jpy8rlzz8JFHHI76RzmM9103V56BH3I877LdepfF81n+ecOtYzIXMZXofWGzcqiMyR9cTQ0ASNcO5GvBXZY9KcMcJjqVPK5alfx+Qfko8rHIx1p9iQOEr3FzS09Ycdjp141rQQV3PkuX4zAer97/yMmUqzgTPhmeyOJn0Ef3R9W/uH4/Ksb0YwbsXxiGebj2Mw880EJcacvuOsDoGnyOIB6u5/wD5KzjPS3D4/j/J8M3KZWxHyUuffmsStfL1uiEbnNPToE66u4IBPbt2U2x1RlGhXpxuc5kETYmud5IaAAT/AD2QegFZTSICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIm0BERAREQY0soiDDh2XDoXYiDi1uguSJ8oCIiAiIgIiICIiDj091yRYB7oMoiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIg6rFiGuGmaVkfW4Nb1O1snwB/KxJYgicGzTxMJ8BzwFUv/EDwLmHMb2Hn4zmTjoqssXvBheXP/qb6i3ra3Tf3bH3fgha2Th9DJ+s/H8NyujTyYrcKf7rXOfI33W2I2lzS/wC7+xJ2gvIEEAggg+CEXz/w7lfMKnEeHcf48+nYfkMplcdHayHVJ7cFaWURv7EF/SxoGv8AN0juNkqSy5v1CgyOC4VZu4uDPZN16d+U+kLo21oHt6C2Hr0HuD2bBcdd0FqXbValWks27EVeGNpc+SV4a1o/JJ8LnE5pZ17HSRvapPknLuU3PSnmFp0uFGR4vcmq3xNjnT1sgyNgcNMMgLOoPaTsu0QfIUi9e7GfZ6M5OzhJacBNMOndKXhzWnp/Z0/P90FnbHlFXOYyfqJifTO3ejo4m/l2Ni+mZRjkkAjJaHv6HFpe5repwaCNkaXt9IeRv5Bi7rrHJK+asV5+iQDGOozVtgH25YnOcQ7+e3/60E5RcXb6e3n+Vp+HxclixkreVWcbYvGzIY30Y3MjEJd/TBDiT1AeUG6XTFZgnMjYZo5DG7oeGuB6Xfg/grpy9eW1jbNeAtEskTmMLnOaNkaGy3uP7juqT9J+Gcv9O7PJ+Q8vzZv4+EWLLW9Uh/bGxxkb9569hnT9/wB32ee6C8ZbVaGaKGWeOOSYkRMc4AvIGyAPnsu3f8r5+t5zklnN+nfL+UW8c2pddZyEOKp1D114xUe8f1XP+89HY/a3utpFzvm2O49xjmGVsYqfG8okYyDHQ1XRupe9A+WAmXrPufs07sPPbSC70XzzU9R/Ut0cGTvuwMVI18Tfkjjrv6vbt2BB7O+vz36+r48a+VuLXPeYz08byulcxFPB3OS18RHRdUfJPJC62K7pDKXgNcdOcAGHQ1vaC5Rdq/XOoizCbTYxK6HrHWGb11dPnW+216VXWIuZOH1wv4jIPxVqKXCC5VsQ0jFYij98sEL39Z629t+G9z4UV5Bzn1BazmmXpzYarieKZAxCF9dz5bsbWsc5u+odHZ50dHfbwgu9FRvLfU3lz+Tcgp8cxz/ZwLK5bXbi5bRvyyQtmMZkY4CIdLgAdE7JPjsrqxth9rHV7MkL4HyxNe6N47sJAJB/kIPQsKqc7yHnt31D5NxvjVrDY+picZVum5erum0+T3f6fS17ezuj92+wHgrv9Muf5LleQqNt1a1WC1xirli1hJLJZHODgCT+3t2+f5QWT9VW+r+j9+P6jo6/a6h1dPjevwvPkMxi8fPDBfyVSpJOdRNnmawyHetN2e57hUNx/O8t5bzjiuUxUuNp5O/xaeWe7YjMkcDBZH7YgW9ZOtd3ADz38L3clyzuZeg+O5Hm8fj35aHN163vxw66XR5FkRezey3q6N62db13QXhfuVMfUfbvWoa1eMbfLK8NY0fyT2C9LSC0OBBBGwfyq+9e7eUxvpxdyePmxxiqx9Virdo/UR2W7H2fuHT/AH07+y9fqZyXI4SjgaOGjrDJ5zJxYyrJYYXQwF0b3ukc0EFwDY3aAI2dd0E3WFpuLVM/SryxZ/L1MrKXbjlgpGsQPw5vW4H+40t0gIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAodzH07wnKM/BnLl7MUrsNN1IPoXXQdULnBxa7p7kEgKYogjFThGApnj4qVXQx8fL/wBPja89LA9hY7Y/zbB33+e67eX8RxvJfoprE1yldoyF9W5TmMc0WxpwB+QR5B7eFIkQRGL0+47HwjIcQEVh2PyIk+skdMTPM6T9z3P8lx/K9o4ljpOJz8YvT3clQsROimNucvkex3kdXY/2UhRBEKnBq8GClxLuQchka6Rj2WHXiJo+j9rQ4Dx/+n5Xr4hw/HcbtZG7BZu3r2SkY+1buSdcsnQ3pY3egNAb0APk/lSREGHDbSPyFp+I8dq8axs1Gpcv2mS2ZLJfcsOmeHPdsgOd36R8D4W5RAXReqwXaU9K1E2WvPG6KWNw2HNcNEH+CCu5ZQV5x70j4rhsjjr7Tk7c2MDmUTauPlEERaWmJoPhmj4+dN34C7Md6T8Zp2YHmbJ2KlT3PoKM9pzq9PrBaTGz4Ia4tBJOh4U/RBDX+nPGH0hTdBZ9kQUoA333fsqSCSEf7OAJ/K1Q9G+G/Vsn1kzHDkG5KrW+rd7NawJPc6o2eBt3c/3KsdEEZyHDMZc5nX5Z9VkK+QgqirqCwWxyRB5f0vb4cNlcLXA8DZxHIMXKyc18/M6a7/U+4uLWtPSdduzQpSiCHZP0+xdvLvytXIZbE2Z4mRWnULRi+oazs3r89wO2xo6+VLYI2wwsiaXFrGhoLnEnt+SfK7EQVdk/TR+e9SOTZTM2r0WFyVClWbDUuuiFj2zN7jZQ3uW/e0Dv+Vvc96a8ay9+tac25SEFL9PdDTsGKOersEQvA8s2PA12JHyVMg1cgEFdf+EPF4q2Nr4+3mcbHjqDsdEKtws667n9RY7t37/PlbzJ8F4/e4THw4VZKmJi9oxsrSGNzDG8PaQ7zvqaDv5UpRBHMvxDG5fhVjiWTs5C1RsRe1JLLYJnI3v9/nf8rpyfCMTlOLQ8fyVjI24q8rZoLUlk/UxSNO2vbINEOG+x/HZSlEGm4vgm4KCWMZXKZJ0rup0l+x7rh21odgAP4C3KLGkGUREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAReTI36ePZE+7ZirtllbEwyODQ57vDR/JXizfJuN4CSOPOchxOLfK3qjbcuxwl4B1sBxGxtBuEXmx1+lkqMV/HXK9ypMOqKeCUSRvH5Dh2K68XkqOUgfYx9qKzEyV8Tnxu2A9h6XN/uCCEHtRFxkeyNhfI9rGtGy5x0Ag5Ium1Ygq1ZLViVkcMbC973HQa0dySV04zI08ljoMjRsxz1J4xLFMw7a9pGwQfwg9iKP4TmHGc7lbWLw+bqXrlUF00cL+roAIae/g6JAOvlbHCZbH5rHsyGLtw26jy5rJondTXFri09/4IIQe/SJtY2gyi4sex42x7XAHWwd91yQEREBF5DkKTcizHOtQi2+J0zYS8dZjaQC7X4BIG/wAkL1IMom1jYQZReJuRouyzsSLUf1zYBYdBv7xGXFofr8Egjf8ABXtQEWFr/wBewooz3jlaTaleR0U0752tjje06LS4nQIPY/z2QbFFqc/yHA4Ci29m81j8bVcdNmtWGxtcfwCT3P8AZdtLN4e9hxmaeVpWMaWF/wBXHO0xdI8nr3rQQbFF1VLNa5Uit1LEVivMwPiljeHMe0jYcCOxBHyF5f1fFux8+RbkqbqVfr96w2Zpjj6Nh/U7eh06O9+Nd0HvRazjuewvIaTruCy9HJ1mvLDLUnbK0OHkEtPY9x2/lYyufwuKmMOSydarKIveLJHgEM6gzq1+OpwG/wAlBtEXFrtgEdwRsLO0GUXBksb29Ub2vG9bad91pq/LOL2eQv49X5Di5swzfVRjtMdMNDZ+wHfYd0G8ReTE5CllaLL2OtRWq0m+iWN22u0SDo/3BCy3IUH5F+NZerOvRxiV9YStMrWE6Di3ewCe2/CD1ItA3mnEnZ//AA+3kuHdltlv0YuMM2x5HTve/wCPK7bXKOOwZ6LAz53GxZaUbjpPssEzvxpm9oN0i0t7lHHaGYr4a/ncbVyVnXsVJbTGyyb7DTSdnfx+VwyvMuI4m86hleVYKhbaAXQWchFFIARsEtc4Hug3qKPZXmvEMVka+OyXKMPUuWWtdDDNcY1zw79pAJ8H4/K297IUaDIX3btaq2aRsURmlawPe7w1uz3cfgDuUHq0mk2m0DSxpZJWNoMrBXmqZCnas2K1ezFLNWcGzsY8ExkjYDvwdaK9WwgLC8mUyVLGVfqr9mKtAHNYZJHab1OIDRv8kkD/AHXqadjf5QcgiBeSxepxX4KMtqJlqcOdFEXfc8N/cQPnWwg9aLyVclj7bbDqt6rO2tIYrBjma4RPABLXaP2kAg6PfRC1uA5fxXkF2alg+SYnJWoB1SxVbbJXNG9bIaT2322g3qLy179CxcnpQXa0tqvr34WStc+LfjqaDtu/jazJepR3o6D7ldtuVhfHAZQJHtGtkN8kDY7/AMoPSi0v+KON/wCIf8O/r2N/WNb+h+pZ7+tb/Zvfjv8A2WxyN2pjqcly9YirV4xt8kjg1rfjuSg9KwV4sZk6GSFg0bcVj6ad1eb23b6JG/uafwRte3qagDysrgZIw8M6m9R7gb7rV8k5Px3jVeOxyHN4/ExSu6YnW7DYg8/gdR7oNui19TL4u1ciqVr9eaeWsLcbGPBL4SdCQa8tJ+fC7slkaGMrfVZK9WpQdQb7tiVsbNk6A24gbJ7IPUi0/JeTcc45DHNyDO43FRykiN1uyyIPI866iN/7LFzk/HqWDZnLmcxtfFSBpjuSWWNhf1eNP3o7/hBuUWps8kwFbj7eQT5rHx4hzA9t51hohLT4IfvWj8Lg/lPGY8FBnpeQ4qLE2DqG7JbjbBIe/YPJ6Sex7b+D+EG5RR93NeI/o82ZZyjCSYyB4jmuMvxuhjedaa54OgTsdvPde/A5rD56gL+FylPI1CekTVpmyM3+Ng+UGxRebH5CjkarbWPu1rldxIbLBK2RhIOiAQddiNL0oCIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiCo/Xr0synP8jibuNzD8c6o+NkghJY9zPc6nEu33AHcN1vffa6/WvBwYv0Sx9CdlWzNQt4mv7nsANOrcDSWtJPSD+Nnt2VwKMc14HxrmYiZyOratxwlpZGzIWIGAhwcCWxvaCQQCCQSNDSDQ82y2XfzfCcFwd6LCx26M9+xbZC1zmxxFjehgP2glzwdkHsCqr4lybOYziHHuO4W3cuuzGfy4nyVOvHLMWx2Hu6mD9nUf/0Aq68r6ccRytLHVMhjp5244ObWkden94Md+5jpevrex3y1xIKP9NuGnj8OChw7atGvadbrtrTPhfBK5xcXRvY4OZ3J/aR514QV4zkHqU6pxLFTPOKvZDN2aEtu9WaZH1WxPe2X22u17mm/22tZzq7zC56Y+oOHn5HHafgbpgdZsU2l9mF0bJA0hpaGuBd5A+FcGP4Rxyi2gIqc8hx9l9qtJPblmkbK9pa5xc9xLiQSPuJXofxTASxZqGXGxSxZt5fkWPJc2clgZ3BPb7WgdtePygj0lDmEHArrrfK4RcZXM8FirQazoa1m+gteXg+PK6sZczma9FaeUq5CCplLWIZO6d9frZ1GPbvsBHnv/ZSLj3EMLg8ZZxtJt2StZb0SNtXprB6dFoaDI5xaADrQ0nGeHYHjeBkwWIr2Isc/YMMtyabpBaGaa6R7nNGgBoEAIIR6EYPkDfRvDQzchiibZxdZ1KSpSaySqC3btlxc15Ox30PB7d114DnOVof8O/8AjG4I7+RgZYaA5ojbI9th8bNhoGh2bvX8qzsLi6mHxNTFY6L2adSFsEEfUT0MaNAbPfwtDjvTziWPweRwdbFuOMyPWLNSa1LNE4OJLg1r3EMBLidN13KCsc9yTmXGsnepz8ubkrT+H3cuYvYjaK88fT0Fgb36PPkn+62nHspzyHPcXq5XkVezLyTFWJ3RioPapytjY5jmaIc4fd9wce/xpS/H+lfBKLJ/p8H/AFbFOWjNNJamklkglAD2Oe55cRpoA2ft120t9/hvDi/i7wp6sYqF0FJ/uP8A6THAAjW9HsB52UFbf8PFLlrKOQnyOex9nHx5rIxyVo6BY90nvO28P6zob760f/1q3uruo5Q4Rx6jySTP1K1mC3JK6Z7I7swgdI4ac8w9ft9RHz0qR9KDSVaeZj5dduy52KfFS142Q436cNdBICep/XvbgRrtoa0t98LS1uMYerym7yeCu5uUu14688plcQ5jCS0dJOh5PgLcIKTzHo1l7/rTFzdvIAymS+V9X23e11iSIta5nX92wwknYAc1h0VdTdjs5diEbQUj6gct5RLHz7LYzkLcJQ4iPYgjbCxxtTiFsv3l4Omkva0Ad97/ACvZeyvN8/zpvHMRyCDGVhxOrk3y/TNfI+zJJK3QJBDWnpbvsfHYKXZz0u4RnMxdyuVwrbNi80NtNM8gjmIZ0Bzow4NLg3sHEbHwQt5S43hqOUGUqUwy6KMWP94vcT7EZLmM7nXYucd+e6CkOZcmzfEfUquy0IX5a5xXHU7eRk/+FpyOsWOuaTXfoBB1oDZ0Njexb+UxXIJOOY2riuUsp3YpoX2Ls1Vsv1LAdvYG7AHV8EeF7chxXBZHIW79/GwWbFyiMfYMu3NkrhznCMtJ6dbe7vrffyvLkOEccu8dxvH7NOWTHYyaGepGbUpdG6I/Z95d1EDxok9kHk9R81cx2Or4XCvDs/mZPpaI/wDl9tyTu/DY27d/JAHkhQ/1h4Px6h6B5KnJTFp2ExM76j5XE6lLDuUjwXb2dkbBPZWZ+hUDyE5+RjpMgK30zJHOJEcfV1ENHgbOtn50F4uZ8OwXL6Ao5+vZs1dOa6KO7PA17XDRDhG9vUP4Owg1fI83T49gsXMMezJ5m0G18VVGg+SZzPAcf2N0CXO+Gg/2UeHpxjqPpLk8byGOrkp3Ot5ay2FpZWNl7XO01nyxpPYO+QDrfjf2/SzhlrHUaNijfkjoSvlqvdlrfuxOeNO1J7nXrQHbev4XqPp3xZ3Gjx11fInHGUyujOWtdTnEEHcnudZbon7erX8IK/fm8njfQjg2NxEGTFjJYunA+7Tqun+ii9pvuSkN776ezdf5iD4BUI4/axH/AIA5jiePq5SB7s3JWxUctd0fu2X3T9O1xd2O5GjrB+Nr6G4fxDB8SomjgoLNesQ1ojluzTtYGjQa33Xu6QB8N0F57vBuMW+P2uP2MY1+Ns2nW3xe68ObM6T3DI1++pjuv7gWkaPhBXvpPl5MVl+fWObNjx3I6n09rKCuNU/p2xFsL4T5d1dL97Advtrwtd6g4/KH0l5Ny7KVBHncz9O9sE4/+FhbK32ID/by7/qcVY1L014pUqT1217tj6qzDZty2701iay6L/liSR7i5zR/pJ1/Hlb/AJJgMXyLCz4bMVjYoWGhssQkczqAOx3aQR3A8FBTPKeT834pPn68vJW5CQcUlzMTxVYwU5mODWsaO+2O+7s7Z7eSttgspzuvzrGYS9yirdmzmCmuuApD28dKwsDXMaCCWnr/AMx768qRZ/0wwY4JyTB8frfTXc3TfXlt2bEs8r9t00Oke5zyB8DfbfZbjg/B8DxVrpcbVf8AWzRMjs2p7MliWQNHZvXK5zg3ez071/CCsfSSLmlL00z99ubqztquy4grx0Ol5nbLKWu6us/5/jX8bXT6QZrM4PiXAJ5cThf0jNiKrXZCHfWRzyRPeZ5Hns7q6Xl2u46vJVs4rg3HMTnZs1jqtmvZme+R8bbk30/W/wDe8Q9Xthx+SG//AK15MD6b8SwmbZlsfj5o5YHSOqwutSvr1HSb6zDC5xZESCR9oHYkeEFV/wDD1yTLZGDDcVjmGLpY2Oe1J7o1LkuqxL/yv/4TT2cfPV27KW8fwWKwn/EDfjxlRlc2uOfUTvBLnSyG13c5xJJP/wCgDsphX4FxStFh2VsU2E4aV8uPeyV4fCXlxeOrq2Wu6jtpJB8aXhb6Y8QbyJvIW1cmMk1wcJv1i38O6g0j3ddO+/Trp/hBH8nUg57yapiMbVij4/x3Ktt3rntgGe5EdthiP8E7e/8A+n8qlOTSX8rwzmcVEfT/AKPn7mQyF1w/qT22WOmnXafPZrWu3+OkfK+iavpVwmrlDkquPvV7BtfVkRZW02P3erqLvbEnR3PfWtLuv+mnELuffmbGPmdLLOyzPALcorzTs10SvhDuh7xodyCewQfPGb+sz3G/UrFyNME0GTt38zdeNODa7W/RV2H46i1r/wD0/wB1O+RYfknHauW9TYqXHc3UlxVO5kaOSrH3+mvWAkLJTsB2uogEdyNb7qzct6bcRymbky9zHSOnnfHJaiZalZBadHr23TQtcGSFuhrqB8D8LHIPTfiuey0uRyte9N75jdYqjITtqzlgAb1wB/tu0AOxb8d9oIl6z189yL0zs2OO0sI3EX8V7+RbZaW2jB0dfTGektD+jx1dgV4fU3H8fy3BuIcyq03yzPtYhtCaweqSGKSeI/PYOIP3Edyp7yL0641yC8+zkm5N0crGxz1IsnYiqztaNBskLXhjhoAaI7jyuXLPTrivKPphmaVmSOqGCCGC/Yrxs6Ttv2RPa3YPg62OyCJevHNc/wACsYrKYuSteq2xJWmxzwetp6S4WQQCehmvvH+nwrC4wZ3YCi6fJsykzoGufbjaGsmJG+poHgfheahw7j9O1HabTknnjpmi2S1ZksOEJO3M3I5x7nyfJ0Ad6C9/HsHjuP4eviMTAa9KsC2GL3HPDAST0guJIA3oDwBoDQAQR71O5u3hmLhsHEXL8lh/tseG9FeF3+qaU9o2fzoryWOTZrCcHlzWUmxWWyFyURY6vjOr2XSv7RxBziS7v3LtDts6ACncjGSMLJGNe0+QRsFR6nwbjFHJVr+PxUFN1WWSeGKEFkTJZGhrpAwfaHEDWwPl35KCEZaPK8Lw/HOK4q7CzPcmyjvrspKzr1KY3zWJQP8AUejoYPA7fhaDI8w5ZjeLc2ircgZlb+Fz2Px9WzPEwdpjX62vDBrzK5p7bGvG1bnL+JYTllGCnnajrEdeYWIXMlfFJFIAQHMewhzTokdj4JWvp+m/DKdC3Qq4SOGrbsQWZ42SyAPlh6fbefu8jobv/URs77oK89T8Xy7D8DzUnIc+zNU5L+LfTayIMkjcLDPdb0gAdJPT09ye3cqY+kvIsty2pd5DdsxV69iZ0VfFhn9XH9BLSyU/Mh7EjwNgD8mYZ7C43O4047K1hYrGSOQsLi37mODmnYIPZwB/2XRQ47hqObvZmnSbXu32sFt8b3NbN0/tcWb6erXbq1vXbaDxccZksLxyWTlPIoMrNE+aaW62AQMbHsuDekEgdLe2999bUf4JizyR+S5hnYnsfmYDXoQE6dWx/wDkGx3D5O8jteOoD/Kt5V4FxqrxKbitenKzETzOmlg997usuf1uBcST0k+Rvx2W+sUoLFKSlK1wgkjMZEbzGQ0jXZzSC3t8gghBWvorjsXhJvUDHU6terj6/JXtEQADGs+iq73v/fe1nilGPmHNKXPW1I6GDxtSWnhGtjDX2Wya6pjrwzTG9A/u78LfYr0s4Xi5b0lKjkGOvte2315e3KJutnQ4uD5SCS0AbI328rs4x6acR41cgtYanfrvgZ0RtflbUsbW66ddD5C3Wv47IIrwTEYri3qpziLD0S2EYyjYdHGS+SV594kuJ2XOP5JJUA4lnpJfXzB8jzVDNwZfL0rUEkEuOm6KsPVF7ULd/wCVu3Fz/wDU53xpXRh/TPiOI5Ac9QqZBmRJaXTPy1uTr6d9Ic10pa4DZ0CCApDZwmOsZurmZa4deqQyQwy9R+xjy0vGt679Lfj4QfOdSxL/AIuo5Seq08Bm5i99W5rdw33f09O+fZMvUAf3fn7VbOaI5vzyHBsJODwErLGRI8T3PMMP/wBH/Md/Ptr31/S7htfNNycVCw3otm7HT+sl+jZZJ2ZhX6vbD999hvnupDx/B4/B0n1cdEY2yTyTyOc4udJI93U5zie5JJ//AEIKFOQ5fx/Ec+5RjM1Wo1Mby2cw0RXD/rHOkia5sjvI2CA3XyVsOScr519P6gZmryOvjanF7HXThNRr/qnCGOX2ZD/pPV0jWiS/z272Y3014bFnn5z9IdJbfbN0tltSyQfUH/8AKiJzjGH/AIIbsfC0+K9LcPLzHP8AIc/D9dLdyzL1SL6qX2GhsEbG9cPV7bnBzHHZafj8BBGc3X5nkPWzi9zH57GY91rAWJYWy410wjafZL2n+o3qJJGj21r52uqV3MLPrzyiPE4/C2btHDUvbuZYPMccTvc6o4ms7t63B23d9dI7FWpyrh+D5NJUnyUNllmn1CvYq25a0sbXa6mh8TmnpcANjejoLxZ3074vmbNaxbrXI5q9b6QSVr88D5IP/lSOY8Oez+HE+T+SgpnL+pFqHO4LlmIxPsvy3FYINy//AA+OMlrXuyEd/ab/AAO/bwpb688drWPSE5LMTfqmUxgqiG27sA51mEPe1m9An89zrttWT/hDjXuteMNUDW479LbEGajFXe/aDP26/wBlqcv6YcOymDp4S7Ruy46lF7MFcZS0xoZ1dQaemQF4BA11b1oAaAQOf52PFS1KmPxkeV5FdDo8bVc0aPjre9x/bG3sXfnQHkhVHyCjN6dcs4Bx6rA3JWRSyb8e10eo5clK+IdXT4a1oe7X4BP5VuZT0v4dk4Mcy7TyEj8c2RlWYZe22VjZCC8GQS9bgS0diTrQ0u216dcWsYSlinV7rWUJzYqWG5Cf6mB53stn6/cG9kEdXjsg+cMNZt8Q5ZQxVoTZ2rR5Jkm0G+1ttvJmtH21+1gEsk2vx/spPxLgeczV3lfHoctTkmw/K6WXe63X92q+06s2SzGGA/t6361v4/lXVP6d8Tk45VwP6c6KrVn+pgkhnkjsRz7JMwmafcEhJO39Wzs7J2VxZ6c8Yj48zCV4LtWBll1sTV8hPFZdO7fVK6ZrxI5x2dkkoI7wDJ5TJ0eS4BuC45j+Q4O62CQV2E0JHOjD2SAdnDs7uPIWo9MMTFkcp6hcV5jRgOUlyEFzKxUpnipPHLGPaDD9rgOmL7mu7n52CpxD6b8Xg467B1Ib1SCSz9XJPXvTR2ZJ/wD5rpmu9xztaGy49gB8Bd2P4Dx2hiLuMrQ3Pbvv9y5M6/ObNh/b7nz9fuE9gP3dh2CCE+lcUtf0SyVbEXq2Hmgv5P6ad0Y9qAMtS9O29gGADR/AXD0n5pyfn+DzGW/UcfhbMHs14aMsXuiu4Na90sn7SWyAnp8dtHv4EtxvpXwjH4u3i6+MtfQ3O89eTKWpI3/f1n7XSEDqd3dr93fewStjkeCcTyNye3dwsEslisyrO3qcGTRMcHMY9gIa4AjtsHsSPBIIab049QZOS5S9hLmKLLlAD3L1F5sY+Y/hk2hp35Y4Aj8lT4eF5adKpRqx1aVaGtXjHSyKJgY1o/AA7BeoeEBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREGAsoiAiIgIsbWUBERAREQEQlEBERAWFlEBERAREQEREBERAREQEREBERBhw2jW6WUQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREGHDYRo0s7RAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQazNZzF4l0LchdhrulkZGxrndyXu6W9vwT22tdyXnPEuNx1pM3natKOywPhkeSWPBIAIcAR3JGvztRD1x9I4PUq1i7MmQ+ldRkZ2bEzZZ17ft5aXHt4aft33IXm9b6FbD+jVHFukhc2pexMDXe2yPq6bkAJDWgBoOvAGggtDE5OllsbDkcdO2erO3qjkAIDhvW+/9l0YHM4/M1JLePsCWKOeSu461qSNxY8f7OBCgfqJl7U/PsDxKvnJ8Fj7dKzftWqxY2V7YukCNrnAhuy/ZIG+2lVvEs7nIuG8bwfHLV63Xy/Icr7tuO3FHNMyOeRzWtlkHSHP/d1eft7IPqDqb+V0XblWlWktW7EcEEY2+SR3S1o/kqjp5PUZtPiGDv52fFXb3ILNaSYSxzzfRNge5vU5v2+5/P8AYrXc3/xDY9M/UjDHlWRkjwN72WTzsjklnhMLH9D3dI+X+Ro9kH0HasRV6slmRx9qNhe4tG+wG/A8rox2QrX8bBkKznGCeMSxlzCw9JGxsHRH9ioa/D5N3AbTJOaZSxM2AWY7dZsMMjNM2G/a3XSV04e1leQeiFS63Mvhyc+EZLJcEbXO6jFt3bxtBIeMc24/yW5NVw1meyYml3u/TvbC8B3SSyQjpd3/AAVtcBlaeZxceSoukdXkc5rTJG5h+1xaezgD5BVb+h3Hsq30Zw7LXKb7obeJrPgFeOOJ9UdPVpjuk/kDvvx/K8XHOZ5jH/8ADVJyma67J5arHaHvWSHEuFiSNjn612AA/HYILk2E2F885rOZvjmayWOx/PchmLX+C7uTse/LG4QWG9PQ9oa0BnzoLece/wAV0eUcTgt80yV6TkuGsPte5HH7UMojY9j4ma+3p69a3313QXJSu1LsbpKlmKdjHujcY3AgOadOb/cFdxKpz0AxWagbk7FvlktqtDnMhHJTdBG0SP8Addt2wNjv92lcDj3Qc1lRypWlj55kLh5LLYjkqRMGIJZ0ViC7+qNfdt3jv27KR/CDUP5BhocwzEOyNf618TpRF1jfS1zWH/fqewa8/cFrMn6i8LxmcODv5+rBkg7p+ncHdRPbx27+R4/Kg+U9FK131ei563Khjm7kfCasXSHh8ZaA3p0dhrtvJ6t9JB+0LZ8udTHr3wnrdBv9LyfVsjf/AOQ1tBJ89zziuGyzcTeyrWXS1r3RMjfIWNcdNLukHpBP5TL+oPDMPl3YjLchpUrzGxufFM4joD/2EnwAf5KhPPa+Y4Ll+QepHHpKN/GTRRS5zF2SGvcIWdIkhk/yuDNfYRo6Gu57wD1Jlyl/Peo9yiMSzDy4TGTZNts6nNd0UvWyBx+1shbtoJ+S1B9F187h7OZtYaDI15MhUhZNPXD/AL44376XEfg6P/Zd+HydDMYutk8Zait07UYkgmjO2vafBC+crs8lH1PzvqDhY7DauGxOJNiEd3SY2aKUTAt/zOb0MeP/AEFWt/w7nfofw93/APa4v/0IJLyrlvH+Ne03M3xXklaXMY2N8ji0eTpoJ0PyvNd51xSng6WamzMDqd/X0j49vM/bf2tbsnQBJ/GlrPUfkdinYp8dwTK7uQ5SKT6eafQjqQjQknf8nWwA0fucR8bIqzP0LXDOb8L4/wAZhdZnsYWzRxtyQgtjsulY6ed//pb9/wDPhBctznXFquFpZmTLMfSvHVaSGN0vuHWyAGAntrv+F2Sc24rHxaLk7s1WOJmeI4rDSSHvJ0GtA7l2wRod+yrL0Txt+DhGexnG8tExzM/ZGPuXYxZEjR0+48dx1Av9xQKvk7+Hj4YP04ZOzjuTZarKYj/5a/lXRn2pfw1pc6R3/T9wQfRMXNuLScZfyRmarHFxv9uSYkjpk6g3oLfIfsgdOt7ISrzrilrjNrkcOZr/AKZTe5lmZ+2ey8HRa5p0Q7ZHYjfcL5mtGxxTms9qb6zNU63LoTZ0fstZZ2Pk/wBm/wBdzf4b/ssciFni3KctkMj9blY62aw93PNi+9j75bNJ0Rjxr/ktH+20H0zQ51xO9g7magzVb6Kkem09+2GE/hzXAEE7GhrvtZxXNeMZTE3cpTy0T61DZtlwLHQ6G/uaQCO3fwqIo8U5Jk/UHkohtVp8r9Ji8rlYrMjvpPrmzzPbX7fAh6W7/wB1IMBk7+D9XeZ8k5V+nU6kOBrG/BSLp2QyNkk9oOdodUnR1fH+ZBavH+dcVzj7keNy8Uj6UYlsska6N0TDvTyHAHp7Hv4XHA854rnHWhjMzBMasInmB23UR3/UGx3b2PcdlUnqJRyNn0z5hzm++KPK3cZGwY+Fwf8ASY9swc5rgP3Se31dXx8Befjc1iz6p8d5nfc6nBcxl6SOk7QZSxUcbfZLmjw5zndR/wC3wguTj/O+LcgypxWKyzJrgiMzYnMcxz4wdF7eoDqbs+QpM1VlwaNnLOX1uf5F9eGOGm+vgaLHDrZBIQXzSa/zvDWab/lb/JKs0eEGUREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAWg5Nw3i/JpIn8hwWPyhi/5f1UIk6e++2/Hfut+iCN3+CcRv0KFC5gKFirjyTUikhaWw789P91zs8K4tZwpws2CoHHe6ZhXEIDWyFxcXD8OJJOwpCiDR0OI8cx8dOOjh6VdtKV0tboiA9p7gWuc38Egkb/kr0/4fw3tZCP8ATapbkndV4GIH6k9Ibt/+r7QB3+AtmiDSYDifHcBSnpYfE1qdex/zo429n9td/wDb48LlguLcewWJmxOGw9KhQmJMleCINY7bQ07HjwAP9luUQeXHY+njsdBjqFaOtUrxiKGGNumMYBoNA/Glqsbwzi2Mp3qePwOPq1r+/q4Y4AGT73vqHg72f+5W/RBGaPAOF0az61LjOLrxPgkrvayu37o5NdbD+QdDY/hbX9Exf1VK0aFf36MZiqP6BuBhABaw/AIAHb8LYog0MHDuMwcidyGDDVIso8kvstZpziRok/zr5W96Qsog1cHH8PByKzyGHHwR5W1CyCe0G/1JI2ElrSfwNlbNZRBjSjGS9PeFZHNnN3uMYuzkurq+qlgDpN9vn/YKUIgiuW9POG5bNPzGSwFO1ckLXSPkaSHloAaXN30u0ANbHwF25bgXDctl/wBWyXGsXbu9LG+/LXa55DP2jZ/CkqINcMLiW2btluOrCa9EyG28RjqmYwENa4/IAc4AfyV24rG0cVjYMbjKsVSnXYI4YIWhrI2jwAB4C9iII/yPhXFOSW4befwGPyU8LDHFJYga9zGE7LQT4G+66r3BOIWsHWwk3HqDsfVcX14Gx9IhcdklmtFpOz4/JUlRBGb/AAHiF7EUcTYwVT6Ghv6OGNpjEG/PT061v5XdY4bxixx9nHpcJSOKY4OZVEQaxrgd9QA8HffY7qQIgj7OFcUZxp3G24GkMS53W6r7f2F++rqP5dvv1ed90q8K4rV47Y49BgqTcXZJdPXMfU2UnyXb8n+SpAiCN0uC8TpYC1gquEqx4+27rsRAH+q7t3cfJPYLNTg3Eq2AtYGLAUP023/8TXfEHtmP5fvZcf7qRogjWE4Hw7CvmfiuOY2m6eMxTGKAN62Hy0/kfwsYbgXEMPBegxvH6EEd6IwWWiLYkiIIMZB/ydz9vjupMiCMcf4Bwzj+RZkMLxrGULcbSxkteu1jmgjRA1/Ck6IgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAij/ACjl/HuNTV4czlK9WWw9jY43v+4hzukO1/p32J8BePP8845hxjWyz27s+TiM1KvjqkluSaMAEyBsYP26I+7x3CCWIvJi70OQx1e9A2ZkU8YkY2aJ0TwD8OY4BzT/AAQCF6eoIOXyi49Y0s9QPgoMosdQ+DtOoIMoVglZCAi67E8VeB888jY4o2lz3uOg0DySo7x7m3GOQXLdTEZevZmqyOY9rXfu6WtcXN/1N09v3DY2dIJMi1vGs5jOR4GnnMPY+px9yMS15ehzOtv504Aj/cLYdYQctouHW35XLqHhBlFjqCFwB0SN/wB0GUXEvaCASBvx3WS4BBlFjazvsgIo/wAr5bi+OOjZcr5W1LIwyCOhjprTg0eSfbadD+61tj1K4k3A4rMQ3LNuHLhxoxVaks083SNv1G1pcOnR3sdvlBMkUQsepHCq3DWcutZ2GHEODtSuY/qJbsOb7eusuGjtutjRWzy3KsTjcFTzDxes1r3R9M2pSlnkk62l7fsY0uH2gnZAA+UG8RaPh/KsPyvHz3cRNM5tew+tYingfDLDK39zHseA5pGx5HyvdmctjMNjZsllL0NOnCOqSaV3S1o/koPcijlLmXH7/D2csoWp7eKkaSx8VWV0j9O6dCPp6yd/Glrsd6l8Rs1stPLdtUDiI2SXor9KWvLE1++h3Q9ocQ7R1oHZGkE0RRriPM8Fye1bqY+S3DcqBrpqtypJWmax++l3TI0EtOj3HZc4Oa8Zs5HPY+vlGS2ePxtkybWRuIgBYXjvrTjpp7N2RrR7oJEihnF/U/h/JZ2xYm5fe10JnE0+Ls14fbA31e5JG1vj+V2cZ9ReK5/MR4vH3LInsQunqGxSmgZbjbrqdC57QJANj9u+3fwgl6IiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgrr1e9KMN6kTY6XL27bXUZWOjjbIWxgB23EBuj1EdtkkD8Lycw4rDVfh7WC5ezE8nwdEwVZ7ro3/VV+3WyZh1tpLQeputHwrQWnz/F+OZ+SOTN4PHZJ8X/LdZrtkLP7Ejsgpmnyx3Psrw3/ABTamwmGyOLtzuir3JKzLNuKX29e6C0lvSDI0b7juuvgnLrUWV4qcxnHtwzbWZqwXLdjTbUEXT7DnuPZ/bej89O1d97A4XIUWUb+IoWqsehHBNXY+NmvGmkaGkvcfwd6jDRuYehYqwEGKGWuxzGEeNNI0EFDNz+V5FxWtPi89fqxX+dmvFZjOnCAuOgP4Uh57hLfBeJOjpchykOJymfqMu23WpHSY6o/TZdTPc5wDnD929j3Do+NW8zE4xjAxtCq1om98ARNAEn+rx5/ld1mrBZrPrWIo5oZG9L45GhzXD8EHygpf1NNfi/p1KODZaYw28rTr5GwMzJN9HXkfp8nuvL/AGdjt1fHV1eVJPR2nlMfkc9UtZKlLji6CSlRiyj70lUlrhJ1Pf8Ad0uLQQCfPUptjuOYDHUJqFDC46rVn/50MVZjWSf+poGj/uueFwWGwkT4sPiqOPjedubWgbGHH+ekDaD3y66e50Nefwo16bQ4SLAzjAckscgqm9O59qa4LLmyl564+sfDT218KTPGwAe4XnxmOoYyB0GPpwVInyOkcyGMMaXuOy7Q+SUHLIVW3KU1V73sZKwsLmaDgCNbG/lVt6a+j+C9Psnm8xi7d18t50h6XzFzSwsboPB8uDg87Gv3612CtFYc0OaWkAgjRCCoP+HvkOMj9BeN1auRpWMlBh3PFRs7TKXNDjrp8/8AsoZxjP0b2Q9Msmzld7Icjz98S5eKPISuhax9eZzojCHe3GGvaGtGgT0Hzoq+8bxjjmNti3j+P4mnYaCBNBTjjeAfP3AArsq8dwVV5fVw2OgcZvqCY6rGn3e/37A/d3Pfz3KCpvT7i2S5O+7yK9yvNumxvLLZqV/qXCFleCzI32egEB3Vry4O0AAB22oxBlbX+GKnKxyTI/42l5MKr6f1snSWG30Oq/Tb6Oj2vu3071938r6Nq1K9WN0daGKBjnukc2NgaC5x249vknuT8rxf4ewn6x+s/pFD9T1r6v6dvu//AHa2gozK81kp+n2WozcjdFmjyx9WCL3z9R0fWN7a89Pt/wC2l7ucWjhOf5DP5u2c9i47UETW0c3JBYxXZv2+w14bJt3f/UfwVcruO4F96e9Jhcc+1Y170zqzC+TWiOo62daH/Zddji/G7GUGVnwGMlyAd1Cy+qx0oP56iNoKf9UXmhyvIcqyNr9dwlKKv106ubfVtYvX3dXtteBL1/a7v9/wNrw+oVvO8j9QM9j/AK4Ua9bE17GD9/MyY4M62vJs9Lf+a5r+33bA147q7rvGOPXsk3JXMHjLF1hBbYlqMfICPB6iN9tLszHHsHmXxPzGIx+QdCdxGzXZIWf26gdINfj8/SxfHOPv5Lmsey7kGQ12TCQCO1Yczeo/z1EEgBSJ47KOcv4jjuTjEwXwBVxt6K6yJsbfufH3YNkbaAdH7dE6142pKRsIK69UOVvx2QocSx+Sq4rKZaJ8hyFpzRHUrtID5B1dnP8AuAaPydnsNGt+VQt41zrhmK4haa6ldwtnE0skZmujqPMkbpZerwZOgEj8uV9Zbj+Dy745Mrh8fffGCGOs1WSlo/ALgdLqtcX47axDMRYwWMkx8buplY1We0073sN1oHZPhBRXF6mExvoX6gCF0DsYLGV/RZZ393N9hzetjnfu27q7jz1KbXOe43jvpjxiSnZpWb96Cpj6bXzgRMmMIcTIQezWtBcf7a8lWFZ47grdCGjbw+Os1a//ACYJarHRxf8ApaRof7LqPE+MGkKR45hjVD/cEBox+2H611dOtb122gjPDKDcVw63/hnJ0eR5qzZNq9Zns6jsWHkdZJjB6AAPtaB2AA/lbmq+4ePWJ+Z1cPScx+2iOwZIWga6SXPaNO6t/wDstzisPi8TE6LF42lQjc7qcytA2JpP5IaB3XZkcfSyVR9PIVK9us/XXDPE2RjtdxsEaKCofTHmmE456EuzUlutZ+lmsFsEUzepz32HBjfP27JA2ey4x8Xq8l41yG7a5Xi5OTZKSrctTwytkrU/Yk64Yene/baRok6J2T2VoV+JcXrwTV4OOYiKCcATRx0o2tkAOx1ADvo/lIeJcYgrWa1bj+KggtR+1YjjqRtbMz/S7Q7j+EFHzN57J6t5vJYS1iclmq3GRW+npHoqwSyTt9vqe7/N0+6/p/t+Vy9LcfaxnN+ZcaymBmxdCzhawyF6bIRPdH1NsdUzz8l5c4/wr3wuDw+EqfSYbGU8fBvZjrwtYCfydeSu+THUJHzyOp1y+xGI53GMEysG9Nd+R3PY/lBR9CjkcdmqnpVDzh/JuNZfA2q5L44jYxsTIwxj/ciA+09XSOv5b2XndQ5A/wBR/TSjYzeGyU2Kkke1mLa77aYg6HzSkk9OyGNAHY9R7nSuvBcZ4/gxN+jYXH4/3/8AmmtXbH1/30O6YPjXH8C6V2EwuPxxmO5DWrtjL/76CDboiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIEQEREBERAREQEREBERAREQEREDSIiAibCICIiAiLCDKJtNoCJtN/wgIiIMLIREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERBEOeeonFuF2atbPZOGrNacwRskcGfa53SX7PYgHzruvLmvU3C4/JUqFTF5zMy3cb+pxfptP3f/LbA6yCQR3I7a2uXqZ6Z8f59NRmzTZHvpyMdH97ukAO6iA3egT46vOlXXqPh+SR+qMOL4XlpaV6pwaVsQePeksNbZa0ML37Icf8AV52EFz8c5BiuQ4GrnMXZEtC3GJIpHDp2PGiD3BBBBB7grUeofMG8PxkeVmxFu/QDmixPXfHqAOe1rS4OcCQS4eNqkMxk6NnBenkeNlx+J4WatmOxFmJJGQx3Y/tMdhzSPvDvc/d5K3nII4aX/Cnk2P5BSzFetK3ovV3H2PaF1umte4/c1o+3e/8AKgvwOAYHE67b7rwZ3OYzC4Szmb9kMpVmdcsjQXaH57eVVfq1yzBZAcNllzcQ4bfyEwyN+GwWQOLIz7cb5G601z9ggHuW6Kg0mPxGe9KvU79Igvw42jkDPjoGySt+z2YjvpJ2Wu/cAfO0H0rYstjoutMa6XTOtjGkbf22AN9tlcMRbkuYqtdsU5qUksYe+vKQXxEj9rtEjY/hVtjanCM36ZZGDC5Q52o2H6iTqvvsGOTo+0b2en+yilvkkeX/AOHLj1nF5eWzRikx9fkM1SUukgr7YbGy37gel33fICC/mTRPZ1skY5v5B7I2aN5IY9riPOjvS+Y+TWcWavN63p1kX/4Wdj8f7k9KcuhhvOtBv9Jx2N+3ouA+dbVjcSw2P4v63vw2H+oZVtcZbZsiWZ8hlnbY6RI4uJ+7ROygtjaw2RriQ1wOjo6PhZCh/p9/hQ5PlH+Gbb7Fj9Xk/VWulkeI7XS3qaA7s0a6ezeyCYOOgoRx71S4ZneT2OP43MwT3IgCxjCS5+mFz/t1tvTrR6td9D5Cm7hsa8Kt8F6S8b4zyjJ8txwsC/YjcS50zy532OB6ySfc3vf3eCBpBs8N6n8Vy/F8XyPHzWJqWSyceLiHtfeyd8vtBrxv7e/f+xBUyMkXudPuM6v9PV3XyLgqN/BYP0ynpxO/SuR53Futt1/ybkFgff8A/nGef5at9HexhxVRwv2f/FP/ABS33a/W76j/AOK+5ro//kex/GtIPo2nm8bcz2Rwdecvv46KGW1H0kdDZevo7+Dvod/2QZCVvIY8WKE74X1nTOthzfbY4OaBGRvq6iCT4128qlhjeIYD135M/kGbtYqS9Vx1qg2bJzRC08On9wDv9+ndH2/HV/K32Rscc4v/AMQmMt2rMGOOZ4/ZYXTTlrbFj6muGAAnRf0h2tfG0FtySxx/veG7/J0sPljbrqcG9XjZ1tUlyGxxQerXI4vU67XrUmwV/wBB+usuigMftj3ejuAZPc6t/OunXyo16lsbc9QstSzOdwOJxH6LWPHZstYmjaGe273ZYC1w6pWv0TvbtBv5QfSq65JWNG3Oa3+5Wv4sZncYxbrF0X5jTi9y01paJz0Db9fG/P8Auqp9TMlx5vqq3Fc8sSswsGGFjH0w54bdtOlLXaDe8j2gNAaP9ROvkBK8j6nYip6ZVuffQ3pcdYliibGxoMg9yYQtJG/9RCnYljZH1PcGt0Dtx0qz/wCHuhTyXoDxqpfqRz13wmT2pmbH2zuc3YPyCAf7haj/AIgX2xyXicFu3jqvHXusfWPybpGUzP0t9kSuYRofv1s635QXL70fSHdbdHvvax70Qj9wyM6P9XUNL53x2Liykvp7gZeUjK46S9lOqTF2HiGWIM6mw9W9vY39vnwl7H4qLhGdwljk9PA0qPMXtotykj3VJA2MPFV52CIiCfnt0jz4QfRDZY3M9wOBZ/qB7IJYizrD2lv532XzZfzdrI+jIjwtLH4nH1OTQ1szLRsSTY+Wt/nljkGnez1e2Ha8fcuNTE07t/G4eDlmLuYTI8ha4VcBZk9qt/5Kbrj6i4/a/p2R8fcgvvl3JKXHMXFkLQdLHLcr1AIyCQ6aRsbT/bbl7ctkJamNms0aMuTnjH214HsDn/xtxAH/AHXyTk61ahxGm6fK3KjbeJxlizdlsl3t9OULfcG+zehvhXF6RtwrfUjkMvC5prXGBjq7JbHvulgnu9bupzHknqPR+4j5QWNwTk1bl3FKfIalWetDZMjRFNrrY5kjo3A6JH7mHwt4yWN5IZI1xHnR3pUR6bZ6Sz/w55rFcUyME/JcbWyW4IZAZYZXWJyzY8g/hdfoLFR/xfRsYzk/HZi/EP8AraOOlldNM/qb/UmEjiWvB38A9/n4C/lgOaSQHAkeRvwsM8KIcTPE/wDHPKv0S5LNmRND+sROle5sT/b+wAO+1u2/6UExREQEREBFjayCgIiEoCLG1lAREJQEWNptBlERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBYWVhA2Pz/suPSzr9zpHVrW9d9KpeR5zlNP11yON47iX5iV/Hq0rYZ7hgqwgTTdTi7vpzvtAAHfXfQC8PIfUrkt/FenmZwHHrLq2ausdOxl2FglJrzE1z1kHXU3fV2H2fygueSKOVunsa4b3oj5WWxsDddI1+Ndv+yqn1T5hzPF0eITUeLX60t3N1obcbb1buD1f0Ceogh2h93gaWyz/P+RY27gMVFwqeXMZr6gR1XXY+mD2uk9T3t2Okh29jevwgsR0UbmdLmtI/BHZZDW612140oLxfmeWz3E8xdr8d/wDx7E2Jqk2N+qAZJPH/AJWSkAaPbRIHnupKct9FxZuazkTcc6OoLFuJ0gcIHdO3M6h2OjsbHnSDYxxMZtkbGsZ+GgALloD7fhQvgMl8YrI8v5JYmpnIn6llOWUllGq0f02nvoPLfucfy4jwAtJV5LJiuOZn1OzptyxWi1mIx0Z7CDq6YG68e5K93UT8BzR4ags+OKFjC1kbGtPkAABcg1u+wGv7KB2uW8iwPHMjnuY4GlTr1oWugjx9x1iSaVxDRFpzG6cSQAe43v8A38VDnPKxyK5gL/FKrcgzDDJ14KmQ6y7cnR0Oc9jA0/PyPhBZa62Rxx9RYxjOo7cQNb/uqn9JOeZ6X0rr8g5libcNSrjpbljKvtQyCZrHOJPQ13UPtHyF7sLzTM5rPYfB8g4xBjqPIqFixWcy+507Y2Nb2kaGgNcQ8ftcdILMa7fgg/2XI6+VV3pA6vhK/OY5LNgY/F52drDPO+YxQshjcR1PJOhsnyuOE9TcvLLxvJZrj0GO49yidkGLtC51zNdIxz4fdj6R09bW/BOiRtBaPSO38eFxEUYkMgY0PPYu0N/91Vlf1Tydr9JytXjkR45lc2zE1bclzpnkLnuZ7wi6SOjqa7W3AkDwtnD6kGXheP5H+k6FzOMxPs+/+3qtfT+5vp7/AOrWv438oLA9uNzw9zGlzfBcNkLk4A9wNH8qoMj60VoOQ3YYKtGTFY/Jsxth7rwbbfISGufHDo9TGuOjsgnR14VuNd1NDh4I2gwY2Sa9xrH6Ox1AHRXKSGGTRexji07HU0HSo+xzbkXG+X+plunhJctjMPdhtWX2LpjEUIpwl7IBogu/c7R6R/PdbrJep+alyWbr8c4n+oQ4fGwZKeexb9hropYDMGD7T/U7aDfHySEFqlxDe3gLHQyUte+NjiP2kgHSpT1T5NmOQWuDY/G8byVrDZx31kkUWQjrutgQGRsLnB4IA2CR4OhtW1xajFjePUqMFOSiyOIH6Z85ldCT3LC8k9WiSN7I/HZBtNAD4AWHtZI0tcGvaRogjYKqv/iHy2cp4vBYjGYq/ar5XMVatuSpeZWe9heSYA4uDgXhuuoaAG9nuuy1yGXgeH45hsPwuwy3m7UkMWPdfEnsS9Bd90m3fZ27nfYd9fCC0QxgA0AAPHbwuD2xyDpc0EE9wRvah+N5dfp8Gv8AIOY4xuHmpSStdAxzpPcDTpntkhpd1nWuw3sLR1c1nOKcfxzsnTsZPlvJ8ifZx5saihkcwv6Orv0RRRs+4gdz/dBZ7Y42s6A0BvjWlwDGRjojaGDe+w0quv8AqnksTx7kd/K8ZD7+Dy9TGOqUbXu++6d0IDmOc1vj3h2IHhavn3KuWf4WyT89iHcabUzOJ9uxFcLmyRPsxl/36b48O1sfygufpjc3uA4a8EII2dAAaAB4AUW4JyiTlte1k6WPfFhfc6KFuR+nXANh0gZ/lZv9pJ7+dDtvZcPv5nIcejt8hw7cLdLn9dUWWzBjQTo9Te3cd0G3DW9XY+fOlxbBGx5cyNjHOO3FrQC7+6gfHZspyrPZTkFLIWKeLijkx+JOttkcHaks9Hhw6m6aT8NJHZy8fo9HkxX5rjMtyHLZV9bkc1VlqzPuSNhrVz9mhpgDnOIa0ADfYILM/auLY4w5z2xta537iBon+6qThmPdJ6qGzxTK5yXjmPqzVclJdyk9uG3bd0lgjErnfdGAepzdD7g3ztez07myWI9QObY/N8kv5SCnXp2PctO0yIuY8v6GD7WN7DsPx32e6C0tptURw3nFzkPrlQyb+QCDjuRw9puPxv1A6XtbNCGTSN3+9+3FvyG9vkrS4fOWrHrZBjzm8qLY5DZP6ib8v6bcrNb/APBxx76PdZ1NaRre2uO0H0i4o1QPmVq1nuU0OFYyzJCxvRezM0Ty18VcO/pxhw7h0jgR/wClrlwbzLkeV5Lk8dxfj1K1j8Va+js27lx0JfMA1z2xhrHb6Q7ydbPZBPeoLO1RFbnXJOOZH1CuxYGXKYvEZl89yae6YxDF7URLIWlp6yAS4jsP9+y7vXi02tj2cgxbOY1cjYjglgzFe3YGOxjD07fLGx/T0dPd/wDTdv5QXnv+FxJVD+vHPL89CbD8W5JFQGJ+jsZW9BaDJHmSWPogYQQfua7qcR/l0PlSj1giws2OZeGSztvI3IzVw1TFZiaATTnwWticGnR8udsAILP2uQKoTPC7VydPEeoWfz7RBxyuynZoWJ4fq7/iZ39HXVJvp0Hf6vC1lX1NzeX9FsRiocuMbya/RtPuXppOiWtBDJJGZQPiV/Rpv87Pwg+j9riSqT5XbzuU/wCG2PO4vmN+jZrce+qsWa8v9eaZsAcB7nlvfuSO5Wz9UMjIyzwqLPX8lQ4xajmdk7VSaWFxnEbDAx8sRD2tcTJ4I2QBtBbOysb/AIXy7T9Qsl+jQ8PnyPIzSm5XNjYrQEn6hJQ9r34Ymu/f7j29DOs9+l3wVZ/GouMZbj2awkNnmHGv0qw2XIwWczOy3W/p9Q/re6/+mW9+zy1BavUFlVf6HYq8wZTkZzHILWHyhYMVWy2SltvZCzq/q/1CSwyFxOh/lDd91aCAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICx8rKwUEeg40yL1Au8s+pc59rHQ0fZ6ezRHI9/Vv8Anr1r+FGo/TA1OA8a4/j84+K/xyyy1SvSVw5rnta9pD4992lsjxrY/urHRBC+R8Qyue4lRo3s+wZqjdjv178VQNjbNG/qb/S3+3R6ddW9fO+6i/KuPc7n5lw+SvmoTbq17/1OTbi9xM9zo6WdHudv4+7/ACq29LGigh+E4dYwXCreExObsxZO0ZZ5MpJG18hsyHbpS0jp8+G60BoLtzvF7+aw2FxOVyxtVqz4pMn/AEgx2QMbdgHXZrTIGvIHnp6fBKlqII5zTjjuS4iHDS2XV8c+xG+9ExvezC07MO/8rXEAEjuRsfK5814vj+V8TtccumWCtO1oY+u7ofC9hDmPafgtcAR8dlIEQV1lOA8kz/Gb+E5NzJt8SiF9OaDHtgdBNG7rbK4dRDz1Bp12Hbwu/ifAcjjeaz8uzPJZctkbOO+hmb7AiiDQ8Ob0NB+0AAgjuTve1PkQVpiPTO9V4rkuG2eSmzxq1Us1IYPpOmxFHMT2MnUQekEgaaP52nGfTbL0OVYTkmc5fZy9zEVJKUEQrtih9lzQAekH9+xsuO99gAAFZaIIRguE3sbnuQzyZmG1hs7Zks2Me+npzXvY1h1J1dxpvjQ8rT4r0wuwDA43J8iORwPHJvexVIVWsl6mMcyH3Jd/d0NdoaDd6G/Cs9EHzhhuJZyzm+JYCkeV/pGCzrLzIshim1IasLC95a+UHVgkkNaW+AVNH+kGQklqUzzG03CUM2zMUqLK7QWvFj3y17t/eNkgdhre1bPSfklch2QVyz06v43PXrWAztWljr9z6yWtNjWWJI5D/wAz25HEaDj3IcHaPjSlN3G5mblGOyEGdfBi68UjLWPFdhFlzgOlxf5aWkfHnut6iCsc56X5HKZjkv8A+1Tq+E5JZjmyFKOk33XMbEyJ0bZS77Q4M7np337ELdw8Dggv8rswXCxufpQVBH7fau2KAxDXfv538KZoghtfgzIm8KH6gXf4WjLGn2//AIj+h7W/P2/n5W25bjMxkqNeLCZ1+GsR245ZJm12S+7E0/dEQ7wHDtsdwt4iCO8z403kbcMH2jB+mZaDJD7N9Zi6vs89t9XlceQcYZmORcfy5s+0cNZknDOjfudcTma3vt+7fz4UkRBG+S8cOezOGluTh2Oxs7rTqhZsTzAf0nOP4YdnXydH47+P1A4da5JLhcji8wcNl8NbdYq2fYbM3T43RvY5hI2C135B7BTBEFX1fSRseKzNKxya9ckyuYqZaaxNE0v92B8TyPOtOMfYAANB0BoBS7n3F4uW4JuKmsmu0XK1kuDA/fszMk6SD8Ho1/upEiCKcJ4f/hOzkYMfkHuwtmT3q2Pcz7ach/eI3b30OPfp+DvXnS6BxnkM/A5uPZPlktu/YLmS5JtZsT/ac77mta3sD0baD8eVMkQayPGfQ8fZi8K6Oj7FcQ1XGPrbFoaaenfcD8KD8e9PuUYxvJGT84jnbnnTzTGLFCJ0ViSJsQlYfcOukMadfJHkKy0QQL0/4Zyni9ejjZuYVr2Ipwe1HVZiGQuJA7OLw8ne+57dzteTA8D5NR5hkM7kuX0snFk2xR3qxw4j9yONpDWg+4dee50VZCIIGPTHjUfOcfyWvicXA2lTlrtrspMG3Pcxwfv4Lejt2/zFaLGek+RqSYvGyckil49iswctUqilqx7nuulax83V9zQ93+kEjsSVbKII5wvjhwEd+a1YF3I5G2+1btdHSXk9mtA+GtaA0D+N+SVozwbO47k+SynFuVNxlPK2W2rtOxRbYb7ugHOjPU3o6gBve+/dT9EFXZD0tvXclnK9nk8n+Hs9eFvIUY6bWyy/a0GP3uo6YegbAaCR22tly/hvJ89FkcNHymtT43kIm15KraG54oOjpfHHL16HUN9y0kb7eAp+iCBcv9K+Kci4zJh/0yjVkLYWMt/Stkla2NzSBs9zsN15Xmy/p5lmcxh5BxjktbCsgxwoQVHYts8cLeoucWfe3p6jrf8AYKxkQQ3N4Lm9rHVK1Hl1GtL7HtXJ3Yzqc93/AMyMdemO/g9QXSPTDibeIM48cVSn9qi6pHasVmSStDurbtkeduJP8qcIgrfL+mkzvS6HgWDzVfEU3UjTuSNxzZXTgs6S8DqHS7533W2bhecQcdqUanLMZJchk0+exiD7b4g3Qb0NlBBB0eoO/wBlMkQVnY9KIn8ZgiizD28khzH64Mu6Fruq6eznGPx7ZaS3o32Gu+xtdsvptavcd5XWy2e97L8nayK3chr9EccTG9LWRxlx0NF29kklx2VY6IOirCyvXjgjaGsjaGNAGgABoDS70RAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERARee5Zr1ww2Z44WveGNL3AAuPgf3K89vK4yjKI7mRqVnOHU0TTNYXD8gE9wg2CLgx7XtDmuDmnuCD2K1+YzuGw74GZXJ1KJnd0xCeUM6z2Ghvz5H/dBslnaw0gjYOwVxkcG9yQB+Sg5oV1zzxV4HzzyNjiY3qc5x0AB8rhRt1b1OK5TnjnrzND45GO217T4IKDvREQEREBYKHsNrpgs15bEteOaN00WjIwOBczfjY+NoO9FxPZeenbrXIfeqWIrEXU5nXG8Obtp0RsfIIIQekeVldbXguLQQSPI/CyHjq6djf4Qc0REBEJABJOgF56lutbgFirPHPE7enxuDmnXY9wg9CLz1LUFuMyV5o5WBxb1McHDYOiNj8EEL0IG1gri9waduIA/krkf2oMrB8rwZjMYrDV22Mvka1GFzukPnkDGk63rZ/gFeyCSOaJssT2vje0Oa5p2HA+CCg7EREBERBgLK65ZGRRukkcGsaC5zidAAeSVipYht1YrNaVksMzA+ORh217SNgg/IIQdqLC1OV5HgcXfhoZHMUalqfXtQzTta9+zoaBOz3QbdFgElarP8iweB9r9Zy1LH+7v2/qJms69edbPdBtdLIXGNwfG17TsEbBSV7Y43PcQGtGyT8IM/KyumpPFagZPBKyWKRocx7DtrgfkH5XcgIvNJcqi62kbEQsuYZGxdQ6y0EAu151sjv/K9KDAWVheQ5CoGzuNmHpru6Jj1jUZ1vTj8HRB7/lB7EXiuZLH06QvW71avVIB96SUNZo+O57LNLIUb1MXadyCxWPiaOQOYf9x2QexF569mKzAyevMyaJ4217HAtcP4IWI7cDmSPZNE9sbi2QteD0EeQfwQg9KLwYvLY3KtkfjchVuNjd0vMEoeGn8bC732a7LMdZ88bZpASyMuHU4DyQPnSDvCyuueeKCCSeaRkcUbS973HQa0DZJP4XGGxDNXZYika+J7Q9j2nYc0jYIP4QdyLV47O4fJWZK2PylO3NH++OGdr3N/uAV7HTxNnbAZWCVwLmsLh1EDyQPx3CD0ItbLmsPDk48XNlacd+X/AJdZ07RI7+zd7XL9Xxf6l+mfqNX67W/p/dHua/8AT5QbBFr7GYxde/Hj7GRqRXJBuOB8zRI4fw0nZXfNZgZNHC+eNkkm+hjngOdrzofKD0otfey2Lx9mGreyVStPP/yY5ZQ1z/7A+UuZnEU5vZt5WjXk1volsNYf+xKDYItdezOJpYr9VtZKrFQ6Q76h0oEej4PV4XbiMjSy1CO/jrUNqrLv25YnhzXaJB0R28ghB6wsoiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgp//iA9OuT82u4mzx7NHGirLEJQx8gc/wDqb32eG6b52B178EBQ31K6eOc6x0WS4lHyn9N4O4WIQTK2Msmb1SD3OpxAP93aX0ktNPxzFy8m/wARSwF+QNF1Avc4lvsF4eW9Pj9w862gp2HkOY4txzg/B+P2bNp97Ey3HZKlSF0hjO/THGS0E7ePJ7Aa0fK9HPp8rnv+Ha5keWYkVcxDJHHuWt7T/tuRtbIGHZZ1N76/lTz/AMMeLMw+PxlaG5UjxksktCWvckZLW9wkuYx+9hh3+3xrQ12C913g+Du8KscSvm/cx9k7lfNckdM49Yfv3N9W+oD5+EHh9SOQZWhkOO8a4+a0WVz1iSKOzYYXsrxRs65H9II6na0ANjuf4VZczzvNMl6Wc+rOzGLuS4W46k6y2B8RdGGxk6DXdnBziO5PhWnmvT3A5XFY/H3pMnL+nSmWpZ+ulFmJxBBIlB6u4JBG/C5Yn074njMFl8HUxpbj8wSbsL5XuEpLAwnZOwSANkeTs+UHgli5oOB2n38th4chFD7sb4KTpYixrN9LmPd8/wB1ppuY5fG+i/FsxUgoR5PMS0acf9DUEDrDgOv22kbDd/tBG/yFNMBxOlh8ZZx0dvJ3IbLPbebtx8zg3p6Q1pd4GvwvBS9OeM1eHScSMNyziXua5sVq3JK6EtDQ3oc4lzddII0ex7hBAuW855lw88iw1m/SzORpYurk6Fr6UQF7ZbJgdHI0Hp8jsR8E78d5Rw/Mcsreo0vFuT5OnkfqMO3JxfS1PZbXd7xjdHvqJcPHc9+y98HplxdlLIVpmX7r8iYfqrFq2+Wd7YjuNvWe4a0+AO3cqRfoON/xKORiJwyQpfRCTrOva6+vWvHn5QbRq0vHIORQ2cqc7kaNyKS451BtaEsMMGhpjySep299/wCVux4Wm45xyhgbOUnoutudk7jrk4nsulDXkAaYHH7W9h2HZBuHtJY4fkaVIemfpZyzjnqpc5Fkc39VjiQY63uzdDdsePs3ISenq1/U6uxOulXiiDrP7T/dfO/BcxzbA8Tx+Xr38dFgTyx+PFL6frlsRz33Rve6Tf2EF/2gD/L38r6JcO+j8qNRcF46zAQYNtSQUq+QGRiZ7zticT++Hb3s/wBTvrx8eEFf8W/x2fXbmzIr2BNdsGMMrXxTdoj9R09A6v368nwey5t/x9/4751tPI4L2hiaxZHJBL/yfel18/v/AD8Kd53g2Fy/IxyB82Sp3/aZDK+ncfCJ2McXNbIGnTgCXa3+SuXIuD4fOZqDMzzZGpfih9gzU7b4DJH1dXQ/pP3Df5QVvyzl/qHHY9Q7mNyWJp4zibw6Drp+6+1qrFM6M/eOgfc77u5/Csh8nIcpX41ksZepUaknRYydeaEvfLG6PftsdsdLg4jufx/sotU9Kad7nHKcxyH37GOyWQr2K9JtyT2ZBFXiZuSMEBx62E99/Cmub43Qy+RxF2ybTH4mwbFZsNh0bS7pLdPaDpw0fBQaT1Nyd6Q0eI4Kd8OYzXUxs7PNSs3XvT/3aHAN/wCpzV08xnHHeNYzh3EomwZO8G0sfGze68bW/fOf+ljRvZ8uLR5KktLj9CvyW/yJokfkLsUcDpJHdXRGzemM/wBI2SSPk/7JXwFKPk0vIn9ct+SsKrXPdsRxhxcWtHxs6J/Oh+Agg2TnymDznGPTHiVurijNj5rUl2aATP8AbhLWnTSQHSOc8Ek/yu3PZjmNLLcf4TSzFCbNZCCzZsZWWl9rIYnNH2whwBeeto867E68BSrl/D8Nyh9SbItsw26Ti+pbqWHQzwkjR6XtO9EeR4K1GT9MeN5GtjY7cuWkmx3uexb/AFCUWC2Q7kY6QODnNd8g/wAa0gq7lHIeb8g9Jqdt2TxUk8XKhRmsfTOjEojutZE4BriADr7h32DrY77sLlWe5jimce46JsQeQZ6++vFYZE/6eCGON0kknQTtzg1ug3Y2T+AtxB6dcTr8Rm4pXxxixMtg2fZZK4dEhf19THb20hw2NeF05H02wWSw9bH5K1lrLqlv6utbdek+ohk0W7bJvqG2kggHWkELkyeWzPBvU7E8iu0MvJg/dqxWo6Yi6v8AyzXnbdnRBcR5+Fuc3yXKYD0x4fBhRCzIZd2PxsE88ZfHAZWAGRzQRvQB0NjakeF9PeL4fFZnF0KMkdTMj/zzDM8mUmMRk7J2CQO5Hckk+VgenvHjw/8AwrN9fZx7ZWTRGe5I+WB7OnoLJCepvSWgjR7IILmufcm4fPn+P5KzUzuVrRY9+MsiH2Q51uZ8IbM1pOulzd9tbafjyvLyLmXOOLX+R4rI5/GZiahi6l1j46Ih9t8tj23NLQ8nWh23oqWcg9N8ZX4tlquMxUucu5OSF1p1/JyNmm9s/YROduaWeW60AVo+E+lcjrXIbHJcZHVr5ijHRkgN91ueUNLi6WSYgEuJcND46f57Bsue+oVrjWcyjY42z18fxabLfTj97pGydLf9iF5fSzlPOsnyOtWzdC9Yx9ygbMluXDvpx1Z9g+0xxcetpDjonv8Ab/KkuF9MeKYu7YvR1rFq1bqOp2prdh8z5oT/AJXFx+Pj+F7eK8HxHG7LJsfcy8jYozFDDayEs0ULP9LGuOgg93OD/wDsZnNEEjHT/wD+typ3085BzfB4L00GSs42fF53GxVIqEVVwkrtjp+4yX3Or7iQw9Q0AOoK28fxPF0hnWtkuTNzkrpbbZrDngdTOghgP7Br4C1nFvTXjHHLUFmky/NLVqfRVHW7klg1YPBZH1k9IIAB18AIIDw3mnqFYxvAuSZ7IYt1Lkl5tCTHwVC0ta+KVzJvc6v3bi30ga0defHfwbH8qteuXN58j/h6eGvNRhkLq7zK2L2OtojO/t87O/lWNBwjj0GIwGKiqyCrx+wyxjmmZxMcjGva0k727s93Y/lbDHYLHUM3lMzWie27lTE628vJDzGzoZoeBpvbsg2Icerp2N/hU1bx/Ksn/wARWQa7/D09erhoDELVd7zHXfO/bW9/3np7nx4Vn/4co/4v/wAU+5c+v+j+j6PqHez7fV1b9vfT1b/zfhd8ODx8fI7HIGxOGRsVmVZJOs6MbHOc0a8Du490Fb5fLepGY5lyvjvFb+KoQ4aGCSu6WsZJJpHs6hESXaa0kd3aJG+w+Vueb2ruduUOAQTPZJkoRNmJITp8FMEB4B+DIdxg/guI8BS/HYLH0M3kszWjc25kvb+peXkh3tt6W9vA0PwuvE4Cljcvk8rB7j7mTka+xJI7qOmt6Wsb+GgfH5JPklBXfIs/yAZnlOJ4tkcfgMZw/HxyTSS0/f8AckdCZWsA6gGtDA3Z7+V5avLuecjynDsThL2MoyZniLMxdsy1jIY5CYgSxuwD3eQAe3ffxozLknplxHP5qzl8lTsPnuRMiusjsvZFbazfR7rAel/Ts6JC2OD4ZgsPbxtuhXkjnxmL/Sar3Sud0Vepjug7Pfuxvc9+yCnuZcp5Bw3mXGctyKtBYz541JXsui7VWTPtQtD5H/5IgSNu+FbFyrzJ/DGR4/OYscgIjcbstU/Tn7gXAMB8FuwO/wDK9+W4phMpkzkclTbanNCXHkPJLHQSOa57S3wdlo7rwWeC4abhUfEWyZKPGRdAjDLsglYGv6gBJvq18a347IO3n3IpeN8e+ogi+qytlza1Cs0f8+w79o/hvkk/DQSohy7gOJreieTx2UM+QsV6lnI2Z3SuZ9TbMbi6R7WnTu52GnYGh+FPruAx9vPY/NWmyS2sfG9lYF32ML9Bz9fLtDW/gE/ldPMeL0eVYr9NyU16Ou4nrbVtvgMjS0tLXFhBLSD4QROrawmN9H+M3c5RjyLGY+kKtV0QlfPYdE1rGMaQdvPUQP7k+Nrz8S9Oa7OF5ityKq2IZjISZSzj6kzoooTodMP2EbH27drs4k9ltX+lnGZcHRw0s2YfVx9hlioTk5/cge1hY3pf1dQAa4jW9LY1eC4utgrOHjyWfMNiUSPkdlp3Sg/gPLtgH8BBXPHuS3OK/wDDjx6TE07LrViuKlZ8NWSZlXb3D3HtY1ztNAJ7DuojwjJ8bpelHqNx+PLZdx+umLbEtOYTzF7Ym7+9oBkdI79nn7vGlfPA+F4jhdF9HCzZI1nABsVq7JO2PW/2h5PT5768rjf4HxzIYzM423Tc+rmbJtXW+64F0umgOad7aR0NI1rRCCtPQ2S5Q5VyFnKsVS41m242o59KkzVc1WNduYH5cXF4I+NAd/JkGEvSnG5/1eyUUj4YcbOcVUPYx0oml/Uf+uVzS4/9PQPhbiv6X8ejqZCKe1l7s2RhZWs2bV18kroGnfshx/aw9wQPIJ2pl9JWNE0XQMNYx+17RH29GtdOvxrsgqq4zmeQ9KM1yPN8gozVb/G7U7sbBR6Gw9ddzmhknV1HW+/UDv8Aha/09zHMsTY9PMdlrONsYvP4x7DRjr/fVEVdr2u69/fvw7t5PZTbF+mHHMbVt0a1jL/p1mpLUNJ+RlMEUcg04Mb1ab28fj40u7jPpvxvATGxVF+ewKn0UU1q5JM+CDt9kZcT0jsPH4CCvslHJgPW3j+TyXG6WKxXs3qmLkxP77T+j3Omduh/kjcWtG/uUX4ny+DIeuGC5TlnZmHJZGjcrsoy422I6dcui9mLRZ+/9znv7AF2tgBqurCeneGxuZrZae7l8raphwpOyN184rdQ07oB7Akdt+VvLOBx9jkNLPyxuOQpQSwQSB5AayQtLwR4O+kefCCgvTjNW4OKx8zyHEaFqGbkL47uRml3eEzrXs+41uv2sd0MDd701eTnmP5Lx3izN8SdXzdXlDLv+IvdjP1Ada+3p+7r6ntd0dGtAK5I/TDjEeb/AFJjbzY/rf1D6D6t/wBL9V/872966t/d+N99bXrscCxVrkEWYv3stkDDZ+qgq2rjn14ZPy2Px2+N718IKN9QnyWue8gtDHGfiv61RGWzQj/81jp4enqZB/8Aw/8Al9R/y+4fKsbmmCxlX1w4FnIo3yXr9yyHyySvcGMbSeA1jSdNB1sgDuVv8r6W8ZyOUuXJn5JsF+y21doR3Xtq2ZRr7nxg6P7RseD8ru5H6b4DP56DN5CzmW26zuquK+TmhZCejoPS1rgG7b2OvyUFLc4YOUcs9RMFIYjkjaLZ7ksReMVi69aOQOZ/pc+Rx1/PUfhSW63H8h9POF1chx7F5Hm/IsXAyOxbqskfC1sQMth2x4aD4+XPaFYHIfS7jOcuTWrhyUL7dZlW+K9x0YvRM/a2bX7td+/YkEgqQu43iXZ7H5r6bVvHVZKlUtcQ2OJ5YXNDR2/yN/7IKk9ROOZXC2fTLinHziG4SpkGwQV7scj+qSKtMQ6TX7vG/wD1aKubBQT1sZBBZZVbO1g90VY+iIv/AMxa09wCdnuvPl8FjspkcXfuQufPi7DrFRweR0SFjoySB5+17h3/ACtog5IsBZQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQY+VlEQEREBERARAiAiIgIiICLG1lAREQAiIgIiIBQIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICFEQEREBERAREQFghZRAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREHiymUx+NERv3IKwmlbFH7rw3qe46a0fyStdnuXcXwMsMec5JhsW+dpfC25ejhMjR5LQ4jY7/Cgfrt6T3PUK/i7lLNS481Hxte2Foa5zevbnOed7AHhmh377Wjz+PuYD1b4vjaWCj5DNV4dPW+naWQRfbNCOvTyQ1uwOw2e/ygu6nbrXK0dqpPHYglb1MkjcHNcPyCPK9CoytjOV8PxPp7wbF5uDGTZS3fN6WGASNhY73LBZEHfLOroaT27Aka+07GxJzCtyLjPp9e5ZabNkDft2crDHH9Q+GJ7TDENs6A7Ug6j0n9h152AuJFR1PmXJMfEbF7JfXY7B8nfhcnO6NrTYrv6RHM7pGmujcWg60Dsrr5Hz3lcvEo8xhHy/S8j5NHisQ6JjPciqBr9zxl2mudIYndPV205vnwQvVFRGSzfqZjME2t7tqrLPyihSxlzKshfNLXm0JGytiIael29a6SRpZynK+WcQuco42/kEuXtC1iamMu34I+qCW858bnODA0FjSzqA/wBiUF7Ivn3k3KeV8Xuc4xOP5jNmbeIoY2aB1+KI+zPPNI1zT7bG/aQB28j8ra5TknKuD5XkEVzPS8iMPFn5tjbETImxzskLCxgaNiM7HYkkdPnyUF2oqwqS5zj/AKf3ec3eW5DP3IsK+66k5kDKz3+31joaxgc3xofcfPfZ7rV+lmQ9RLedw9zK/qlrEZDHe9ekuNriKGVwa9hg9o9QaQS3TursB8oLjRcXrSYWjlYOTZe5bz/1lGwIvpKHstb9HoHqPUDt3VsHv40g3hXhflMeMocWLsBvCITGv1jr6C7p6tfjY0va5UrH6M3metn+Of16U1f+f7HtD2vc93q6fb351369/u76QW9icpj8rBLNj7cVmOKZ8EjozsNkYdOaf5BGl7thfNNC9y7B8SzfI8byL6SCDltiGnjmV2OZc67fTI2QuBcXHem9PTr+Vus7yDnb8bz3Pw8nkpVeN5FzKVKGrERMGtY5zZXvBJbokAN1ruST20Fw8r5Tx/jMMEucykFITu6YWu258h8kNa0FztfwFtKFuC9ShuVZBJBMwPjeP8zSNgqnOR4/k2Q9f8BLR5LBRhfgLE0EUmNbMIh1wh7dlwJJPffbXjurkjeGBkckjOsjX46j86CDW8k5DhuOUW385kYKNZzxG18h7vefDWgd3E/gbK9WGylLMYyDJY6f36k4LopOkt6gCR4IBHcHyqu9X8dyKz6mcCZjeRxUIX3LBgY6g2b2pG137fsuHVsHWu2u/le/l0/LrfqJxniFDkv6fBbw1mzkrUVVnuvdFJC3riDgQxxLyO+wA49iQEFoLC0nB6Obx/F6NPkWSZksnE0ie00aEp6jo60O/ToePhbxAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQFrpMLjH8gjz76jDk46zqjLBJ6mxOcHFnnWiWg/7LYhEGuvYbG3MlQyVqq2W3j3PdVkJO4i9vS4j47g67ry8p4rguTV4YczRFj2H+5BI2R0ckLta2x7CHNOvwVu0QR+vw/jcPFJeKw4mu3DSseyWqQS2QOO3Fx3sknuTve1zyHFOP3+LxcYt4uCTEQxRwxVdENY2PQZ0kdwW6GiO40t6iCLUOB8YpxMiZjnShluK6HWLEkzzPF/y3lz3F22/HfS9Oa4XxjMnJHKYiC0cnHFHcMhJ91sRJj+e3SXEgjXlSBEEQqemvCKVeaCrx6rGyxFHFMQ5/VK1jzI3qO9uIcSdnudrdy4LEy5c5aSjC666oaTpCPMBd1FmvGtraIgifHPTvifHbz7mIxhrOcx0bYhPI6KNjjtzWxucWtB18ALnxzgHFuPZEXsRjTXkYHNib78jo4Wu/c2Nhd0sH9gpSiAtPi+NYfGciynIKdQRZHKiMXJuokyiMEM7b0NAnwtwiAiISgiVL034XUzv63Dg4/rfqHWmvfLI9rZnfukaxzi0OP5A2tjPxPBTUcpRfj4jWy0jpbzO/8AWc4AEnv27AeFvEQaw4TG/q9fLfSt+urV3VoZiT1NicQS3/ctH/ZdGc41hs3kcXkMnRbYs4qc2KTy4j2pC0t6ho/gnyt0iDX38Rj72Qo5C1WZLax73PqyHe4nOb0uI/uDpHYjHPzkGbkqsdkK8EleKck9TI3lrnNHxoljT/stgiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIURAWFr5czjW8gjwBtMGTfVdcbX79Rha8ML/AMa6nAf7r3hByCICvLfv06EbJbtqGsySRsTHSvDQ57jprRv5JIAHyUHp0mk2m0GVhefIXK1CnNcuTx160DDJLLI7paxoGy4n4AC7IJY5oWzRSNfG9oc1wOwQflB2oiICIovS5thL3JJ8FS+us2IJjBLNFUea8coG3MMuukOH4357IJQiizebYWXlD+O1G37luKQQzvr05HwwSEb6XyAdIOvPftsbW4xmVq3r96lC2wJKT2slMkLmNJc0OHSSNOGj8INii4E6cQfGtrW8fzWOz2OOQxdj364lkh6ukj7o3ljh3/DmlBtVhauznMfTzFLETzH628HugiYwuPSwfc46/a0bA2e2yAtpsflA7p3WdrG0GeydkKxsIMomwsEhBlF5MlkKONgbPftw1YnSNia+V4aC9xAa3Z+SSAF6R+Qg5Im1jaDKJtY2EGUTabQEREBF5KOQpXn2GU7cU7q0phnDHgmN4AJa78HRHb+V6e6Dki10eVrPz0uFa2x9TFXbYc4wuEfS5xAAfrRPY9vPhe/qQckRY2gyixsJsIMotWzNY53JH8eE5/UWVhadF0n/AJZcWg78eQVs0GUWNrO0BEWlj5HiJLOcrMsky4MtF9vQf6XVEJR/f7HA9kG6WCtVxXO47k3H6edxE5noXI/cgk6S3qb8HRW2+EDaLHUE2PygyibCbCAibCbQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQVllJ4IP+JSk+eaOIHh1gAvcB/wDvsP5Wp9VMvn7/AKhYbjGJdaZjp8XNdD6mTZTfZlD2gNEjgdhrSXdLe53vwFYvI+I8V5FPFY5DxnC5eaFhjikvUY53MaTstaXg6G/gLGQ4hxbJ4mtiMhx3E2sfU19PVlqMdFDoaHQ3Wm9u3ZB4/S52cdwbG/4lsV7GWa17LEsMzZWv6ZHNaepvYuLQ3evnaiP/ABH42xc45hLUeat42Ovnsf7ntdPT91mMB7uoH9vn8flWZi8ZQxdGKhjKdelUhHTFBBGGMYPwGjsFyy2OoZbGzY7J0q12nO3plgsRCSOQfhzT2KCpPVO5yTAYvjOEx2ct5M5XMmvbvGxHBKGdDniL3NdLCS0AHW/j5XhydjmXH/TTK2b2flqX6GVYcQ1twW55t9PTUm6R93U4uH50QfhWmOH8Wj4+7j0fHcS3EOPU6kKjPZcfyWa0T/PlZx/EuM4+rWrY/j+KqMqzGeuIqjGiKUggvbodnEEjY76OkFQz2Mty7/h35Xk7/IrsWZfVuyZKl7bd0ZGMf/5PpO+lo+3v5d+4HuthyS/muJ+iLr2H5PPlrtmKgyOeUxD6KGVzWOeC1ugNE6c4HR0rcgw+Mhs3LUOOpxT3tfVysgaH2NDpHuEDb9Dt3327LxYThvFMNSuU8XxzE0611vTaigqMYyduiOl4A04aJ7Ht3KCJ+kVfllLkOZr5mSYYp9eCWnDbyrLs7JPvEh6mgEMcOnW/kHXlb71fz1zjPp1ms3QLG2qtYuic8baxxIHU7+G72f4C2fG+L8c417w4/gsZimz69wU6rIuvXjfSBvW+34WzvU696rLUtwRWK8rCyWKVgcx7T2IIPYg/hBS/F554fVijxmrznI5P6nj0ti4XWmyhkxezpe0a0zsToL3/APDxhspBxW1bfybITxvymSj9h7Iy3qFqRvub6d9X2786/hWHhOKcZwb4n4fjuIx7oWvZE6rSjiLGvILgC0DQJaN/nQWxx1CljoDXoVIKsJkdIY4WBjetzi5ztD5JJJ/koKq9B8HlILfI7dnlGRuRszlyKSB7I2tldsD3CQ3fV3/Ov4W39KJbVPlvN8HYzN/IxUcjAKou2Pcexjq7HEAnvrZKn9HHUaHvfRVK9b35XTS+zGGe5I7y52vJP5Xkj43x+LPycgiweMjzEreiS+2qwWHt1rRk11EaA+UFbel0tjlUb+UZnk2Qgy0eWsQyYxloRwVuidzI4DGf3bYATvuersoRxGrmsTwzF8ng5LkWA8wNWOjG7pr+zJkXRSNe3/OXdTjs+OwHjavWbhvFJs+3PzcbxMuVY4PbcdUYZg4eHdet7HwfIXsbgMI2hHQbiMe2nHP9THAKzOhsvX1+4G60Hdf3dXnffygouC56hZvkubzFKSStbx2b+laHZeKKvBVje37XwEbd1t+7Z/2X0GNuY0nROu+lpMhw3ieRy7MzkeM4e5kmEFtqamx8o14+4gnt8fhb5g7aHZBU0ss3JfVLk+GzXIsjhq+HhrfQV6tn6b3mys6nTE/5/uHT+B0n8rUZ29fy3Ied/V8xvYSLjVSH9MZFOGfb7HufUyf/ADeqT7deO2lavIuH8X5FNFPnuP4vKSwjUb7dVkpaPwC4Ht/C4ZbhnFcxarWstxzE3pajQyu+emx5jaO4aCR4HwPAQURQznNuU2K1+blN7F/U38XV+mh7MZ9RTEkx1/Pkf6SVnguRzOduDHZvnuUx+Go4F1qeSOcMklcy5NGHe5+dN7/n7V9CuweIdOZzi6JkMzbBf9O3qMrW9LXk67uA7A+QOyik3pbxW3zV2fu4XD2qzaTK8FKXHxuZA8SvkdI3Y0C4v76HcjaCuODZXkPLHcQwvKOQ3sVFPgHZFjq8vsTXHCUtY5zv4j6Xlv8A1LNLPct5FheB04uS3K/1+bv058hAwddqrF7ntv8Axshg7/7q6uRcY47yGtFXzmCxuSjhO4m2qzJBGfHYOHbt2XfFhMRE2k2PGUmtof8AwbRA3Vbt0/0+32du3bXbsgpr1d4lmML6Z0qsnN8rKyHkVaQTS9LnCKS0zoa5z+on2/g77/K2fqre5FxvA8bw2OzdvJMyecbUt3nTwwTNjMb3CIPDQ1nU5oHVr+PJCtnJ42jlKMtDJVILlSZvTLBPGHsePwWnsQtXBw3itfAyYGHj2KjxchJkptqs9p5/JbrRP8+UGi9Io+S1qWVp8gl644rp+hZJdbanhhLG/wBOR41sh3VrffRCz6y5W3h8Xx2zVuuqNk5Lj4LDw7QML5elzT/B2ApNx3A4Pj1H6HA4mljKxd1GOrC2Npd+SAO5/ld+cxGLzmMlxmYx9a/SmAEkFiMPY7R2Ng9vPdBRfPebZS1neeV+NcmdGylNgq9aWI9bK0ks0rZdf+2x/GlNODw3sJ6r5fjs2cyWVqvw9a7u7KHubMZZGvLdAaDtA68DSmFTh/F6tV9arxzEV43iIObHSjaHCIkx70O/SSS3fgkkLZsxtBuRdkhTgF58QhdYEYEhjBJDS7zoEk6/lBrfUDI3sPwfN5XGQe/dp0Zpq8Wt9b2sJA/7hQHj4fjPTx3MaPJcrn8vJhJbjYH2uuOzN7XX9sfhundu35VtOAc0tcAQRogrQ4jhvFMTlJsni+NYijdmBEs9enGx7gfI2Bvv8/lBVfo1Y5rayfGsxavSWcbkcc+S++zmI5/qXuY10b4ogB7fSSeoD4Pdd/o3gOU8k4vx7l+S57lpLBnsOmg3/SfD1Sxtj1v9wPS7qO/GtfKsvE8N4nhcnJk8TxrEUbsm+qzBUYyU78/cBvv8/lbjF4+ji6EVDG069OpECI4YIxGxmzs6aOw7klBTvo/iblHmHM55+Y5Gx9LyCRs1ORkQE+68fS4gN6tnfbX+kKLxckvX4+E8pn5hd/V85yiKq7Gw2h7EVb6hzHRe0Pw0dye+1e0vEeNS8iZyKXBY1+XYdtumqz3h20Pv1vsOy6q3CuJQ35b0PGsPHZlnbZfK2lGHula7qbJvW+oO7g/B7+UEX43NYx3rln8I7M3rFKbDVr8cFufrEUr7EzXe340NNb2UCytnlP8Ah3lvL3cxyzZMNyB9fHVY5OmJkTZmtc14/wA+w7XfwPCvC1xnj9vNw523hMZYy0DAyG9LUY6eNoJIDXkdQGyfB+Sux2Bwrqdmi/D459W1KZrEBrMMcshOy9zdac7YB2e+wg98Dy6tG8+XMBP/AGVF8vbyLJ5j1WuM5dlqNTjkEc+Oq1XhgZKMeyYku1stLv8AL47lXs0BrekAAAaAC18uFxUn6h1Y6oTkm9N/cLf/ADQ6OjUnb7x0fb3327eEFLDI5DlVzkMme5hcwTsNhadqi2rOINOkr+66y7/WOvt0nt20o/U5DzXlJx+Rl5RkMW+a1ha309Z3Sz/zMJdM4j+fgfH8q+sxwniWYfUky/GsPffTYI6xsU2Se0weGt2Ow7Dt4XvdgsQ+x9Q/FUXSmVkxe6uwuMjBpjydfuaOwPkfCD5y4fFkM5yWOTKc0yFCCDAWRctteBPYbBkZo2bkPjQA3+VvsBkuX53BemWLn5FkaLsm659bJH/zrEEfePbvglo/d8bVuXuBcJuugfb4fx+d9cu9l0mOicY+pxe7RLe23EuP5JJ8rbuxdB1itafSrOnqAivKYml0II0Qw623Y7HSCmOYQcq4tNw/hEWZyOVr5K7eksWjd+mnl6fvhr+87euzv7noVh+kY5FHxZ8HJrDZ7UNuZkLvqWzvEAd/TD3t0HPA7Ere53C4jPU/os3jKmSrdQf7VmFsjeoeDo/P8rsw2JxeCosoYbG08dTaSWwVYWxMBPk6aANoIb6zZq/Sl4vgqOUdh2Z3LCrZyDSA6KJsUkhawnsHvLA0H+T2JWh9DYsbJzD1MgoZWXMUzkasZszT+86U/RxB+3/OiSP9lZ2ewmI5Djzj85i6eSpuIc6C1C2RhIOwdOGtj8rOJweHw5l/ScVQx/vdHu/TV2xe50NDG9XSBvTQGjfgABBAfViazwD0eipcQZ9HFBLVoRye4B9NC+RrHP6nAgaB8nsD3PZRbIz8249wP1CtS3rFaGDGR2MWLGUbds15NP6z1gD7D9ut/gq8btStdqyVLleKxWlaWyRSsDmvafIIPYhaXGcL4fjMfcx2P4thqtO80NtQRU2NZO0b0HgDTh3PY/lBB8hgeRcb4fnuT2OZ5PJ2ZcA8uZKA1kdgN6vdjaOzBrQ6f43srxUsVyfjnAZ+ds5Vfy2QZxie1JSsf8mSz7QkY5g3pgbrWtEneyVbtqpVtU307NeGatIwxvhewOY5pGuktPYjXwsw1q8NZlWKGNkDGBjI2tAa1oGgAPxpBQnHrXPGces5s5WU1LPGbcz3S5eK0ZrXtdcckLGtBZr7tjx4UixnM3X+V+lGJrZozy5HFzWclEx2/dH0Ycxz/wD69kKwcRwviWHuy3sTxvEULMoIklrU443uB8gkDwVxwXDeJYOaGTDcZw2Pkge98L61KON0ZcOlxaQNjY7H+OyCuPRvCcl5Hg8DzPKc5y0sseQtvfV6tRSV2yTRNicARs7DXdX8aAHldXFbuYwvqDRq8xyGVvPyeRsR47IUcmJcfYBD3MifX7GJzWaHgjbd9XdXJjsbj8bUZTx1OvTqsLi2CCMMY3qJcdNHYbJJ/wB1psdwfh2Ly4y+M4thKV8EkWYKMbJAT5IcBsE/JHlBuRkKBybsW27XN5sQldXEg9wMJ0HFvnW/leta1uFxLc8/PMxtRuVfXFZ9wRD3XRA7DC7zrZJ0tkgIuLna8d1ljuoIMoiICIiBpNJtCgaTSxtNoMoiICIsIM6RYBWUBNoU0gIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiCnfVDltjGerlLj1v1A/whh5MC651+1WcZbH1AYBuZjv8u+wUjy/qDRwGTxfGYquX5NmrmMbbrmnBHu2wENMhILWM3+4n7W99DyAurl/HOXD1Mr8w4y7AygYZ2Mlr5KSVnmcSh4LGnfjXdbClxzNSeodDl+Sfj2yR4E4+zFXLyPfMokJYSP2diO/fwg3PC+RUuV8YpZ/Hsljr2muIZK3T2Oa4sc1w+CHNI/2Xk5vy+nxgUIHVLOQyORmMNKlW6fcmcAXOO3ENa0AbJJC6vS7jdniXCamCuTRTzwTWZHPi30n3Z5JRrYB7B4H+y1HqlwaTlN7DZerXx9y5iJJOmpkC5sFiORoa5pc0EtI0CHaPjwg03qB6pGH0gyvJMFSyVfJRSSUgw1feNSw13S73NHp0Pg70djyvPf5PZ4l6RZjksTubZC5HG8M/WKTvcjlEZ/qBga3UW/n9q293guTuelOV4u2ngsRZvS9bYqXWYGfe12y4jbnfbreh8KT8+wVnkXp/luOV5ooZ71J9dkkm+hriNAnXfSCGcZ5LQ43wubkuTvcxvPlMMfsZaH25J53kBogjLWDTnO+Oy92R9T4hxDk9uLD5OrmMHEfeomATvjL43PikPtlwMZ13IPbRBXu9R+Cu5VwyphjNW+qo2K1uv9QwugfLCezZANEscOoHXcb38LzcU4bPBgc/jbmC4/hjlaxrkYuSSQuBY5u3ve1u9dXYAdu/coNr6Vcvk5dxulcsYzJ07Bo15pn2qL4I5HvZs+2XfuG9+PAI/KmChvptR5ZhePVcLyKLDdGOqQ1K01GaR7phGOnqeHNAZsBvYF3faekWZ5LneOW7vJoKjJxkZ46slaN7I567XajeGv8Au0RvufI7/KCU5KqblCxUFmeqZo3ME0DgJI9jXU0kEAjyNgqD+jmRvScVzH6xlrF/9NzN6s2zbc3r9mJ/bqIAHYfOgrBVdcQ4jncfFybCZWTGvw2XuXLDJK8z/faLB7tLSwDsO2w4oO7inqdi+QZqhQZjMjTgy0ckmJt2GsEd1sfdxaA4ub27jqA2Nqb37UdKhPclBMcEbpHBvnQGyqr9M/TvI8Xu4qG3guLzR4xphjysJk+qlYBprugjpY7/AFfcVZ2YrPuYq5Sa5rXWIJIgXeAXNI7/APdBWlL1049bmrsiwub9uY1HiUwN6RDYk9pk29/t9z7fyfI2O620fqpiXXGSnF5IYGXIfpsWZ6G/TusdfRrp319PX9nX09O+21oZvS/LSYltEXag1jsPU2OoN3TtMlkPj5DftXAenXJzhq3CJLWLdxeDKtuC0HPFswNn94Q9Otb6u3X1ePjfdB2+rPqVbgwOTg4ljcpY+huwVbeWibG2vA8ysD2AucC8gHR6QdE68rd531Vw+Iylyn+n37lTFyRRZW9C1vtVHP1reyC7QcCekHQ8qK5f0z5tLh8vxihm8XFhbWZOVZK6NxsPD5/eMLv8o07/ADd9j4XqveltyvyzL5Cpg+MZilmbItyPyb5BLVkIaHhoa09bT09h9uvyguGKRsjGvadtcNg/wqz5h6kWcJ6r4zjIw+bsUJaU8sxrYmWZ0r2+30mNzQepo6yHa8HSsuFgZG1ugNADQ8KE8849yCbl+F5Vxo42a3j4LFZ9a9K+Jj2S9G3B7WuIILB20d7PhA5P6jUsNdZj4MRksneFH9Qs1q4Y19Wv306TrcNOOjpg249J7dlxyHqrxXHR461dmmgxuUxpv0L7mf0bGmh3tA+RKWnYaRs6Ou/ZaHlnp5krvMDyqvjeP5W1dxsdS9VvvkayOSMuLJInhrjr73AgtG9Bc+V+mFvluLxeEyd2ri8PiqrX1YMU10ZF4AtbL3HZkYJ6W9yS4k+O4dnOPUq5iP8ABz62CzGszdjM8f6fJK5kTopHe39nb3dtb9vfttb/ADvqBTxtPFGLEZWzkcsZBUxxh9mwej9zntkI6Ggd9u15H5Wv5Dxjl2V4rxovt4mTkWCyEN0k9ba1ssa+MgnXUzqa8nsDo/kLX834RmOTzYLP36HH7WYxRnjfQmkldVlhl6dtEnR1NeOhundB+eyCb8K5JT5XgI8tSjmhaZHwywza64ZWOLXsdokbBB8HS4805Tj+K46vZuxWLM1uy2pTqVmh01mZwJDGAkDegSSSAACSey6fT/ES4PjraM+NxWOk958pgxpcYW9R35cASfydD+y1nqfxzN5i5x3M8cmotyWDvusshvF4gma+J8bgS3uDp2wdFBF+N+pNmjb5nf5JSyNdlfNVcfjcU4RvsCSWvERE3pcWkucXO/d2BJOgCp3wfl1TlP6jAynYx+Qxk4gu07BYXxOc0OadsJaWlpBBB/I+FW9r0jz2VxuZsZnL4y9mLedq5yuXQObXMkUIjdDIwd/bLetgIJOulx77Cnvppx+zhIb77OCwGHfZew+1i3Pk6g0Ebe9zW9R7nQAGv5QbvlGdx/G8JczWVlMVKnGZJXhpcdfAAHkk6AHySFoIOeCDD5DM8h47lsBj6db6n37ntnrb+Olji4O/ghe71J40zlvDL+ANx9OSwGuhsNaHe3IxwexxB8gOaNj5Udy/HeX814fleN8y/QakVqsGRTY+SSTcoP7ix4Gm/wDTs/3QbfhvO6/Ic1Jh58RkMRebVbciiue2TNC4662ljnDsexB0RsdlKr1qClUmt2ZGRQQxuklkedNY1o2ST8AAKB+mXE8phMk6zkePcVxzm1vZ9/FvlfLMdjueto6G9t9P3d/nt3lfNsOOQ8PzPHzM6AZOhPTMrRss9yNzOr/be0Fby+plnJc44rNBj8njOMW4L1h9q2xjGW444Q4PDdl7QO7vuDdgqQcd9TqOWyWKrz4XK4ypmw44i5cjayO5odQA77aXN+5ocBsb0orW9M+a5m5gmcty2IGNxmMtYs18eJAXsmr+0Zdu/wA38eB/K2OG4RzGSXiVLktnDOxvEpGzVZaZk967JHE6GJz2kBsYDHuLgC7Z1rQQSPB8/OdyfTh+NZa5h/qHVxlm+2IHua7pc5oLutzA4EdQGu34XOD1Ew03F8NyAQWm18tkWY+BhaOpsjpHRgu761tpWp9PeNcz4ayDjVV2Et8YrWJHV7U0kjbjIHuc/wBssDelzgXa6uobHchRqp6a86FbA4J+YwzcLgc43Is6Yn+7cjEzpQHEj7HN6tdtg+eyDYn134+R1x4HPuiMXvsk+naGuhbL7Usm+rwx3Y/n42t1lfVfCUMvarmhfmx1G1HTvZNjW+xXmfrTD36na6hstBA338FRux6TZb/DwxgvUuv9BdjOv7v+Y6173V48dP8A7rm30usY/lWSs0sJxnMUsjf+uNjJGQS1XO/5g6QCJfy3u3XhBuc16u4vHZHN1Y8FmrkeAmDMtYhhb7VVha13WSSOrs7w3Z0CfC8+a9UJqPqrV47Fhc5axsmLfYc6viJZHPeHM6XscPLNOIJAPdenK+n9+1xr1DxzLtVsnKZ5JKrz1ahDoGRgP7fBYT235Xoz3G+TQ8mwnIeOHF2Z6GMkx89e9I+JsjXFhDw5rXa0WeNd9+Qgn0MwliZIGuaHNDgHtLSN/kHwVFOXc6r4PL/otLEZHOZRtY25q1EM/oQg6D5HPc1rdnehvZ0dKTVPf+nj+p6Pf6B7nRvp6td9b+NqvOT8O5Z/jfL5zjOTxcEGfoQUr7rkb3SVvZ9zpfEB2cSJHDTtaOj3GwQm3D87V5PxXGchpRyxVsjWZYiZKAHta4bAOvlRz1P5VJioa+BxRtyZ/KNcakVWON8jY2Ee5J/Uc1o0D2LjrZHY+FtfTLBWuMen2D47dnisWMbSjrSSxb6Xlo1sbAPf+yjfqfwOfkXIcRySjTxeQs46KWu+jknOZDNFIWkkPaHFjwWjvoggka+UGl5T6sRY7hnGsrhKWXuG9kYKkrvozYe3UvtSxydHYS/gfJ8KS8r57BU4rBbp0crXyeSlNTG1bNIxzvmIOtskLdAAFxLiBoLwZPg2Ut+ndLC4+HC4rI0cjDkoYa8bhVDo5fcDN6338F2v50uvnfCs7zDHYHJ5KpgmZrD3nzinJNJJUniewsdGX9IcCexDuntrwgknpbnoM3xVnTLffcoSupXxeDRO2wzXX1dH2ne9gt7EEaXv5hyWhxbDnJ5J0rmGVkMMMMZfLYle4NZFG0d3PcToD/8AUvF6fYWXCYeaCbFYbGSS2HSmHGF7oxvXlzg0ud+ToBR/10j6cHh8mzKUsdYxWWgvQSXo3ms9zdjokcwHoBDj9x7AhB3s9U8bDTz0uZwuVw8+F+nbPVnYx80jrG/aawMc4OLiNAb8rUYH1Lp4Pjmbn5WcqzJ4qaOW/FYjZtkc79Re2IyW9AGx539p2SobgOKZf1Gl53fv368319nGS4+/FXd9FJLWjc7pa06MkTS8NLuxd30eyljvTjK2+N5Ki/D8XwNm3JTduhLLL7nszdbutzmN7a7NAHbZ2e/YN/j/AFOxUgy7stjclg2Y2l+ol15jW+7VO/6jQCT8a6T92yAQF4OB84NvLZSDMR5eC7NWOTqwWYWMiFQDTRGGuJDtDbuo7JPwNAd/OPTh/KMpm3yXWxVcjgBjAAPua8SF/V/bwvPxDhGVoMtMucf4ljrDsc+m25jjJ1yuI1vu0dDP+nv/AHQd/FfV3D8htUDXw+Xq4y/Skt18jZhDIXMjAMnz1aG/3a0dHRXRwXn0Wd5jG2wMlXqZyuZcC2eKNkU0MQ29wDXF4eQ7q+/W2gaA0dybj3FBW9L6nDMnI2UNxP6dYfCSA4GPocWk9/kqI+lvp9keLXsXFcwfFvbxcJhblITKbc46OkO6COmMkfu+52/hBaziGNJBAGu+1UPKPUyzk8rxiLi9HKDE2OTQUZssBGK9po9wSRsBPW5u2/u6QPtOirZuw+9Xki3rrYW7/Gwqbw3ptzllHiWHvZnBtxXGMsy1F7MTxLcjZ7gHX20xwDwNDYJ2SR4QSpnqphpM5DVix992LlyP6W3K/Z7DrW+noA6uojq+3q1rfZWC79qpvjPpZc47lvZiwvF8nRZkvro8haMv1UYdJ169sDpL2n9ruofGwrjd+xBTHNeV38h6uDifXzHH42pQEkn6PQd1zzPk6WvMnSf6QH47b8qTcn9Tsfx2xlKcGGy+YbhYhJlbFRrPbpgt69Pc9w27o+7pbs6I/K3EfHLf/iPY5UJ4fp5MVHRbF36+psrnl3jWu+lAeU+nnNrR5xhsTl8TWxHKXvsmxJG82YnvibG6H/T0Ho/d5DSdDaCZZX1Bijy7MNg8Dk89kBVjt2YqvttFaN++j3HPcGhztHTd7I7+F05z1Iio3Z6OP43msrZpVGXMlHXYzdJj2lzWv27u/QJ6W7PZRjPY7kfBeVQ8g4+cXePIo6OMt1LjpGe3PE0sZMx7GuJZogFpb/O/xs8nxXm1LkOYzPG7WBMvIqUEWQZbdKBWniY5glh009bSHftdrwO/lB67nqzhnW4aWDxmUz9uzjYsnXjoRgiSu/f3lziGtA18kHZAHdTLiubp8j49QzmP9z6W9A2eLrbpwDhvRHwR4KhfAfTyTi2Sa6G2yarFx+rioi7/AJjnw+51Pd8aPueB+FI/THA2OMcGxXH7c0U09GD2nvi30uOydjff5QY5hy+nx65QxjKF3K5bI9ZqUKbWmR7Wa63kuIa1g2NuJ+R+VrOM+pOMztrE048feq2clJeiZHN0bjfULWyhxaSPLuxG96XTzrjfJ5edYnlfFZ8T9RWoz0JocgH9AbI5rmyDo7ktc39vbYPkeVEsT6bc245BgMjQymFyGYxd7JyyG2JI4po7juou+wdnAtb21r+UG09RPVYYjh+RyeEx2Qns0sv+mPP0TpYmvZLG2TqLfGw/7d62VIcj6iUaeCgvuwmd+rt2/oqWNlpOgtWpunq0xj9fboElxOgAVGqHprmn+mnIeOZHNVrGSyWYlyjLbYi2MvMkcjQ5vwOpmjrfY/K2fIuP8vzkGDzUzcHV5HgcibVOJk0slWaN0TopGPcWhzSWvdohp0QPPdBix6u4ivG6vPhsuzMMvfQSYr2m/UNmMfuM+enpe3uH76fPcaK6cN61cXyOKuZN1XJ1atejXuxPmh0bTZXujDYhvbnCRhbr5Pjt3Xnxvpzm7PMxzXNW8fFlJslHZsVqznuhihirPhjYxzgC523lxcQB37DsN6W16QZ+TE49sGToMt43FY+tE09RjfYqWnz7d2/Y7r6d+Rrej4QSp3qgDXz0E3F85SyWKoRW/pnQsne9svWGECJzvBYS78Dyuz0x59a5PwWplH4HNS5IY2K1Kw0HV47MjmgkQukIY7Z8fd413XVxPiHKIOW8i5LyfI42WxmsdDVFelG8Mq+37n2gu7vH9TfUdd99gFsPSvFcm45hKfHs0zEvp42oyrWs1ZZDLOGfa0vY5oDD0gb0T38dkHL045JUvcJmzti3kGVYp7b535N0Ykg9uV4e1xZ9vS3pIHnsB3WtreruNfNAbHHs5Tp3KVm7RtTxMa2zFBH7jnBvV1t23RHUBva82B4HyFnp/wAp4dkrWLjq5QX207dd0j5G/UvkduRjgB9vufDjvXwopkuNc0uc54fjeVXMb7T8LlcZC3GxP9uMGsxpleXf53duwAA6T+UFqs5vi3P4sPbnDeSwumqEt/5bWwe+ev8AH2/+60+A9UsPmc7j6UGOyEVDKSyQ4zJSBghtvjDiQ0dXWAQxxaXNHUB2+FHeP8A5lJl+HSchyOGGM4zVmpNr1Pc6rLHVTB7pc4dnHt9vgDfcnS5ennprc4tkcXUdhuLT1MW4thyh9wW5Ix1dH9Pp6WyAO0X9Z3rwEFwIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIHyhOlgeUcgwXAeSAslwA76Cov1CfiZ/V7N0+V8rt4zAwYKtN9KzIugEshfN9w6SHHp7faPJI/C0WEyVuZ3EsL6n5rI0acHFvr5InXpaz7k3u9I9x0ZD3OZH0fZv9x2g+kQQfCBzSOxBH8L5s4ZJkuQcU9Jse/kOaq1797KsuOr3ZGSzxxmbpY6TfV40N72Pgg91enA+MxcTwIw9e5ZtQtsSyxusSOe9rXvLgzqcSSGg6Gz4CCQHSdlXfqrlnYfmXBLNnImhjHZGwy3I+b24jutJ0h/fR7+N/KrC5mrnLMg5uL5DlqlK96ixVI7EE7mP+n+geXNZ/0Et2Pj/MEH0iHA9xorOwq09JqpxHNec8dq2r0mLx9yo6pFatSTmL3KzXSAOkJdou27W/JK5/8AELZt1eDUnU8xNhny5zHQuuxSdBhY6ywOd+CAO+j27d0Fkbaf5Rpb+1uu3wF85W5Bi6Hqm7hufydzCVMBG76qTJzWOm/qb3DHKSfu6ejq0fPT4W/5HxTLcT4JluXYTkmetZizhGQ2Hy2XSl0hcHOna0ktY5rSelrGgADSC7g5p8EH+ydgT3C+drWUh4rkbU/p1mbGVji4lbyF6EXX3GCdjB7Er+onTnOc77RrfT47LPAsjgv/ABJ4ZHheRZTM37eJs2cvOchNPFLJ7bSOvbyxrg7q00DsEH0R1N2BsbPgIXNB0SNqi/STi9m1wPj/AD61n89ezdWGzY9ua5I+OZhEjRB0b1rs070XbHlQyDM461i+B5qPlWQyHKctYfPmD+oTdEe6k7zC6Lq9uLpka0NboH7Cg+p9j8hNt35G18nipk62D/VhynkMk0GNwF8NfkJOl089tjHv8+Pb+zp8a89+66xTyUOCGZPKuQOlPH6uVI/UJP8An/W9LD58NZ214PzsoPrQuaCASNlNr5rm/wAR5fmWbuW+Q0MXl6HIGtpm7mJoDDWaR0MbAP6bhIzf53vyV9IBx6G9RG9d0Hi5Hl6mDwN/NXi8VaFd9iboG3dDQSdD5OgvTjrUN6hWuxE+1YiZLH1dj0uAI/8A0r5y9XMrh8i71Pi5VmshFLjIRVwmKjtzRdfVXa/3hExw93b3O7nYDWfja6uQfr2W5RZxlvLU8XWq8bx78G+zmJ6LY3Pj++w32+z3iQdP3eAG68lB9NbAWC4D8LW8XdZfxnGSXLcNyyakZmsQnbJn9I29v8E9x/dV9z3G2M/6y8dwkmVyVTFyYO9NcgqWHRCyGzVwGOc0ggfdvYIOhrwSgtPrbrexr8rJIA2ewXz9zzEZPB5bhvBpcu6TAw4+wfeyGUmqi3YDh0NfMzuehhOmk/z8LnJNehxHBcBy7lBl49PNbiyGQq35BHO5hP08MljYdrtokkdRZrffRC/dt12I/umwe3yqR5U3j0OU4Tgq2fsRcIs2b31szMrJ0PmY1vtQOn6thm+v7erX26Uapz5XJWsJg6HIcx+gnms1KhfivP8AcnptqSudH7nlzQ/qaHee3lB9JtcCNjRCyCCNjuP4XzhmI79LIy8MxGezOOx0HPaNKB8dyR8sUM1AyyMEjyXdJe5xAJIBKzyO7c4pd5ZxnH5nKUcHJn8PVkmfckkfSgtR7sOZK8lzOojyTppcSNFB9FvI0T57fC8OAyAy2HrZIUrVL329XsWo+iWPuRpzfg9lT/pdW41m+f8AqDx7G38tc4/DWxRic7KWnNL9WPcdHI6TqGyGglhAJb/C9npjkf1v/hyjhHL/AKS43FyRT5J1jrfVkLnae9297H8naC5GuaewIP8AZZBaSdEEjz3VE+mt6rUbyTjE1iPFZJmJ95+cp5mS7ULe7fe/qPPtPB79/P5K1PEM1/hKjyHHVIYclyGvx+xkK1+hmLF2G0YW7b7jJHEseXfHfq+EH0X1t3rY3+FnqBOvlfM+Nv4WHlfFJMFybK5m/awOQsZe3+pzSskm+mDmb+7oY8O6iGtALQP7LacJx1vEVvSXOnkGbu5POxMgyEli7I5kkb6D5Gt9vfR9pY3R1snuSfCD6ELm63tA5uvIVH+kb8DkKlfN8hztwc2F+Vl2rPk5muim91zRCK3X0hvToa6fB6lHOBu5Hk+Q1M1e5HjaeaHI5K9+GfMTiwYfqHN+lFX9gHt92/8A3IPpPYTqbvWxv8Lqae+vhfOGdyBdheU5qTOZKvzqrn5K+MqfXSs7NmDa8bYOrpdHIzz277QfSfZeB2UoNzceGNhovyQOsMh+TG0gF3+xI/7r5v5TZdN/4hWZ+XZf/ElTLe1x7G1b0rPbs+3H0dMbXffs/nYA6lKeTYetF6xYe3nOWZnDut4KUvl/UfYYyUPi6o2fgfPT8+UFz5DIinfpVPorc5tyFnuQx9TIdNJ28/A7a3+VsDrXfSqf1DlxuC57wXOPy1irHasSQWbEmRkbBNEKzy3qYXe3/O9bWr9R8viLPqZksbzDM3MdiMbhop8ZVrXZaxuzSOkEjgYnNdI5vSxoYCf3eEF2Bw/hOpoGyQAvnn0r5lFiZONXeS5yzFXn4TDNGbczj70olPVrfd7+7fyVpK+WzWc496ewXMg9uGyVW9JYORyE1RlmcTH22SSs+7szZDSe+v4QfUQIK4vP8KHejrL8XBqcGSzdTNTwySxi3WsOmYWB56G+47u8tboEn8LR+t2UEGa4hhchl7GGwOUuTtyNuGw6DqEcJeyEyNILQ8/ggkNI33QTXA5+hmbmWq0/cD8VcNOx1t0PcDGu7fkacFuAWkfBC+Vvr21eN5ZvEr0lfjlznbK9q1NenYfpvYb+6bvK2N72tHX/AKXN+Crk9E6l2hTzFSbN43IUxcD6kFPIyXPo2ljeqMySfdrqDnAfAdpBYoLfhARvuRtQT1zyGWxfppkLWIsWqr/chZYs1WkzV65kaJpGa79TWFxBHceVDuW2+M8T9Pcte4Dmp3TTGnBcsx5WS4+tC+YMM/3SO6NBzj1DW9fx2C7dg9wQsbbvyN/hfOcV3E0uS85pcOzuVtVK/E/fExydidpsBz+qRr3vP3/t2W+FvXcet8S9N7PqHS5BmLucZxiR85tWHStmmLGuZJ0klrOjWgGtA0gu/Y87CfaT2I3+F878cyGMh9RuO1uHcgv5q/Nx27YvPlyU1iKzZ6I3RdXU/wBsP/d2brpDvxpSH0Xj4rlMHh8nPyS7Y5ferH6/3MtJ9QJ3MPut9jq6W9J6tDo+3XZBa+Ly2Pyv1f6fZbY+ksvq2On/APJys/c0/wAja6oMzWk5DNgnQWorLIRMx74iIpWnz0O8Eg+R5CqL0bxuNw+f5PC/lmYky0XJLpgxtvKf/EAhvS57PLtjvv8A3Wg9N485kcng+RX+SUa+cGXnjycU2Zn9+RvXI11X6Z32N19vTr/Tv5QfSGwO2wCuWxvyqQ4Pwyxym7nczf5JnG2Mdy+Z1Jn1cntQxwyMcWdHVoh+tEneh4UZY3lGS5rlchZ5Li8TlqfIfbhFvNTxvr1fd+2Jlf8A5TmyM/vsuQfSpLQQCQCfHdZ7FfP/ADe5WwXqPf5Flb1Xk2Oddrxx1q2dkr3cY77GdDIGvDZW7+4j9x6vlX7Hoxhzd6I33QR/mHLsTxqSlWuixZvXX9NSlVhMs8xGtlrR8DfcnQH5Ws5H6j4DBXBUtwZGWwyr9ZbjrVHzOpQ/6pukHo+f/tK1OJ0f+I7PfqP/AD/0Cn+k7/8Ake5N7+v/AM50b/2/hamtlcNxr1H9SDya3UqstV61phsOA+oriItLWg/u0e2v+pBNs3zvAYtuOaJLGQsZOL36NahCZ5Z4tb9xrW/5Na+46HcLwZT1M41jJakFuLNCzaqG62CPFzySMiB0XPDWnp7/AJVYeiL/APCfIOOnlZ+kdf4hVr0JrI6RGWPc51fqP7XdL4/t/wCj+FsPUy1yPIepv13Ar9Q22cTsOjLme42bU37WHYAd/KCx8l6iceo4XGZ531tjB32e4MnBXMkFdvbRlI7sHfyRoaO1LopGTRMljc18b2hzHNOw4HwQfkKDemU/F7PpHi3Y1/VhmUyywLI+5ugfeEn/AFAl3V/utZ6NZepgfQjFZjPX/o8ZWhe6Oe07Xt1vccIuonwOjp8oLRWq5LncZgYqUuTmdE27ehoQaYXdU0zulg7eASfK2NaeGzXjsQSNkikaHMe09nA+Cq3/AOIazXp4Pitu3KyGvDy/FPlke7paxonBLifgBBZLTo91y6hrsQdqp/W7lL7npz9Vw7OV5IHZStXyN2raLRXgc9vubkj26PsQC4dwDtd/ohVt0b2fquzmKt48ury1KNLJyXfo3Oa7r++T7mtdppDdnRDkFm2Z4q9eSxM4NjjaXPcfgAbJXnxGQpZfF1cpjpm2KduJssErfD2OGwR/cLX84xbsrxPJ0G2rtZ0td+pakpjlBA3oEfnWiPkEhUpxC+ONf8O0uX45ye9kcxX4/GXU57vv/ROHS1xbF/k6D1dv+nSD6H2B22FglmwTrY8L5iz93F1sjlKfDuRZjKyO4RkpZrX6nPaElkMZ0EOc4tEg24kN1oObseFMYuZYjN8+4Jj6+cFmo3AXpsoYpz7W/Zh17jwddQ+8/lvnttBdnWFyXz/6IZ3JTc4ZR5BlMzJjRBL/AIRfc2wZCr1fdJJ3++QN6enq79H3a2SvoBAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQCix5KOOkEZm4ZiZeb3OVW4IbdmzTgqtZPC14h9p0jg5pI7E+5/7BbmzjaF18UlqlWnfAeqJ0kQd0H8jfhRzlXMp6XJYuMYLCTZrLmqbc0bJmxR14erpDnvd2BcdgDydFV36f8AqhbxvpxwylPXGWz+Sxb7s31N6OBrImPLS90jzrZJDQB3JH47oLsio04zH0VYG+0XGPpjA6CfJH438r0rQcB5PS5fxGhyPHtcyC4xx6HEEsc1xY9pI7bDmuHb8LweovNBxD9Ia3EW8pLlLf0kMVbXX7haXDz2761vYA8lBJcjQpZGua9+pBah3vomjD27/OiuLcfTaWkVYB0vEgIjA+4DQd/fXbf4VeXvVWxiuPMs5zjUuPy9jKHG1KElpgbM8Dq6/dOmhnTsl3xrXlc6nq3j5uL2cj+mSyZODJtxIx9aZkpltP17bWPB6SHA73vsAdoLGZXhjlfLHExr5Ndbg0Au0NDZ+VpOccWq8rxdXHXZemCDIVrpHQHB5hkDwwg9tHWj/BWhyXO8xhMGLOf4ua2Ss3YqWOp17jJvqpZPA6u3TrR3sdgNrWZD1dbhaeWZyDjluplcXPVZLTglbN7sVh/QyWJw/eNhw1oHY0gsWHG4+CiaEFGtDVIIMMcQawg/wOy9BiYWdBaOnWta7aVYXvVyXD0uQy8j4rdxk+Hq1rnse8yV0sEz3Maft3pwLTtv/ba9NT1QNazk4+T4KxgW08WMrF7srZHS19lp2G76X7GunugmU3HqMeNu1cRHDiJbUZabFSvGHNcR2dotLSR57ghRninp87FcggzmTzP6jaqRSxVY4qENSGL3Ne4/ojH3PPSBsnQHgDZXRg/UPM3eRR4S7xCWjYuYuTJUA+7G73WtcAGv1+wnqb+fK9npVmG5PDZm6+jcozw5a1Harz2/qSyVhAd0O8dPbsAgmcFWGCFsMEbIo2+GsaAB/sF5IsNioi72sdTj6pPdd0wMG39/uPbz3Pf+Sof6W+od3nkIydPBRQYaTYjsfXMfMwj/ACyxDvG7/pPcLj6e+otvmN6WWphIYcTHPNA+c3mOnicxxaPchHdmyPk7GxtBOP02iYzG6nXcwta3pMY1pp20f7HuFk46gY/bNKuWdAZ0mMa6Qdgf2330q5Z6sSz28TaqcYsv4/lcw3E1cm+wxvuSF7mF4j/d0bY7R+dfjRXRR9YZbjq12PiOQZhX5kYea9JKxvTO6f2Wlrd7e3q1sjxv+CgsezhcVZux3bGNpTWY/wBkskDXPb/YkbC9zmqCjneVyXIMjQ4xxabLU8ZabUt23WmQD3exe1jXd3dII2e3fstPyj1koYbP5KlHjWT0sPNHDk7L7sUbo3O1sRxk9UnSHDeh/baCxZsRjJ7RtT4+pLYLCwyvha5/SRot2RvX8LjewuKvtibfx1S0If8Ale9C1/R/bY7L2RyiSNsjT9rgCP8AdQPk3qJdo5zM4/B8ZsZmLAwsmyszZmx+2HM9zojB/e8M+7p7eQN7KCfANawNaAABoALrEMQmExjjMoaWh/SOoA+Rv8dh/wBlS9D1FyknqJyOzx/D3+RUrWDxmRqV2zNjjgiLLDnuJd4c77B062T/AGOvbn/U/Iz3/T/IcdweUt4vPOfJK1jItyg1pXiIFzuzmuaCT47eUFrZPHUcnW+nv1K9uLYPRNGHt2PnRXF+Kx76AoSU6z6o/wDyLogWf/b4UL5X6kDBuw9BmI//ABnKV32W0rlyKv7DGa2ZHkkDuQBreytcPV+K7V44cFxy7k7efisGCBkrB7T4HhkjZHb00Bx11ePxvY2FgnBYg44Y04ykaIOxX9hvt7/9OtL0R46jFDDFFUgjjgO4msjAEZ1rYA8dif8AuoPxT1NgzdvBUpcRYp28lYv1Zo3va4V5an7xsfuB+CFI+Jcli5C7LiKs+H9NyMtB3UQessDT1D+PuQbY0KTnmR1WEvMglLugb6wNB399dtrhPjqM7J45qdeVlgATtfGHCUDx1A+f91oPUjmbOG08VMcVcycmTyLMfDBVAL+tzHuB0fP7Nf77+FGf/Fj6Wllq2V47aq8go3q9GPGMla/35LDdwak7DR07Z+Ok+UFj1sfSqgCpUgrgMDP6cYb9o8Dt8DZ7Lqgw2Lr15a9fHU4YZv8AmxxwNa1//qAHf/dQJ3qqaH11LPYCWhlqVulBLVZO2RrmWpPbZK1/bqaHbB7b7Lc8g57Ww+Sz9OWjLL+i4ZuVlc13eRpc8dAGvP2FBIaOCxFGKaKnjaVeOb/mMigaxr/7gDuuWPwuJxxlOPxlKoZf+Z7EDWdX99DuonwbneW5JmoILHEL+MxlzHi7TuzO31jYAa9oH2Eg7AJ3r4CmeRtw0KE96y7pggjdLI7/AEtaNk/9gg6a2GxVYNFfHU4g0uIDIGtALvJ0B8ru+iq9MLfYiAg/5I6B/T7a+38du3ZQ7inOMtm4IszNxeWhxyxCZ4L0tpnue3rqDnxeWgj+T/K1HD/WGjyDO4em7GfTUs6JP0ux9XG+R/Q3q/qRA9Ue2gkb/HfRQWAcLi3ZEZI42l9YPE/sN9z/AO7W1xfhMW7IfqL8fTN3Y1Y9hvuDX/Vra2LnANLtgADZVK8z9QMvmpePzYHFW4MA7llKmcqbDWfUtE/RIGx+XRnThv8Ajetd0F0MYvLNh8TNkY8jLjaj7sf7LBhaZB/9Wtqvj6qu945Mcctf4W/Uv039W91v/M9z2+v2/Pt9fbq/31rutpJzjJ3eQ5HGca4xNlocXYbWu2XWmQtEpALmsDv3locCfA+EG143wvFYXMZjLMiinuZO+66ZXws64iWNb0Ndrevt/wDdbnJ4nG5JjGZGhVuNYeponha8NP5Gwond9Q69XActy0mMsa41YfDMzrb/AFS1jHbB+P36+fCjd31mnbmpcbj+G5K7/wCdmoQSiVjGyzxxCXXc9m9JJLvDdfJ7ILQuYrH3YmRXKVayyM7Y2WJrw0612BHbsuOQw+Pvlj7NWCSaIEQyvia50RI1tpI7KsMp63UYYI3Y3Ei5NHiYctcjkuRwezDKC5jGl5HXJppPSPx5Wxteq0lrKuxnGOM2sxMcRXy8UnvNiidBKHHu4/tP2gAdyS740UEo4rw7E4LjOGwkkEOQGIgbDXnsQtLx0j938H+y21rDYq3SFKzjqk1UHYhfC1zN/wBiNKrM76pZKa36d5HBYPKz0M/uaaONsX9VrqsrxDtzuz2uaCddu3lWriLk17HQW56M9GSVgc6CfXXGfwdEjf8AYoO6nUr04G16sEcELf2sjaGtH+wXDI0KeSr/AE9+pBah2He3NGHt2PB0flRj1F51BxOXGUYqsdzJZSR7a0MtllePpY3qe9z3nQABH5JJHZRy56y0YuE0c/DiXGe3lTiTFLajZDFYHVvqm2Whn29nfOwgsaXG0XV5KzqlcwSnckZiBa8+O4+fAXLHY6jjoPYoVK9WLe+iGMMbv+wCrn1N5ryfD+ldnNQ4KerliQGfTTRzsgHW37i46BBBIHYqccTzFrMY36i5hr+Kka7o9q2GBzuw+4dLiNINs+Jr2FrgHNPkEditdTwWHqRzxVcVRrxzjUzYq7WCQf8AVod/915uccnp8U4/LlrsU0wD2QwwQjck8z3BrI2j8ucQFWeP9QMrhuac3yvLcfPjKONxGNkhofVtnPXI+cdtdg5xDR/sgtyDE42vCIoMfUijEftdLIWtHR/p7fH8L0fTxCEQhjRGB09HT21+NfhQv099Qm8nzd3B3MfFSyFeuy01sFyOzG+F5IB6mHs4Ed2/Gx5Uvumy6nOynJHFZcxwhkkYXta7XYloI2AfjYQdNTHY2iGCnjqdcsJ6Paha3p351odt6G1xhw2JgvuyMWLpMuPP3WBC0PP/ANWtqq8FyPkHHeC+qGRy+Wlz9vjmQsfTyzsEYPTThkDQ1v7WB7ydd+3yoeeZ8h4bmsdegyuTzmNNWSpm5Ltn3I35L6R9kCBv+UM9sh2u33gD9qD6G/SsZ+pfqX6bT+tPb6j2G+5r/wBWtrj+lYsZH9RGMpfWePf9hvuf/dra+f8AjfKeR4/lXBbsecyGXZlH163JDNN/Q+ptw+5EyGP/AC+3/Hxra+h8h9QKNj6Tp+o9t3t9Xjq12/8AdBzhjjh62xxsjD3F7g0a24+SuifC4mxeZesYylNaYNMnkga57f7OI2qHwHLs6eSM4ZyDO3MaywKlizZykjYrAcP+bDF/0vka0N/j3NfC+h/xruEGtkwOHkyAyL8XRfdadiw6uwyD/wCrW1sWNI8rkiCOcx4di+UPqWLM12jfpOc6pfoze1YgJ89LtEEH5a4EH5C99nAYq9FUblacGTlqAe3NahY9/UAPu8didb7aW0RB48nisbk6wrZGhWuQg7DJ4g9u/wCxSvjKFZsYrVIIRHH7TOiMDpZ/pGvA/hexEEW5RwbF8jir079q/FjGOc6fH1ZRDBb6iDqbpHU4dv2ggHZ3tb2bG0Zcf+nTVIJKXQI/p3Rgx9I8Dp8a/hexEHBkbWNDWgBoGgB8Lru1K12H2LVeGxFvZZLGHtP+x7LuWUHhhxOOgryV69GrBDL/AMyOOFrWv7a7gDRWMZh8djGujx1GrTjdrbIImsBP+y96IOJ8aXgrYTFVpbE1fH1IZLI1O6OFrTL/AOogd/8AdbAeVlB4KuHxtSJkVShUgYzfQI4Wt6d+daHz8rjBhMVBE2GvjaMMTQ4BjK7QB1fu8D5+fytiiDymhUJhJgi3B/yfsH9Ptr7fx27dl6kRAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQFhZRBXvJuEZyxzezyTj3JI8V+oY+OjkI31Pde4RucWPid1DocA947hw7g67KP1fR6fF4njAx+UxdjJYTHPxz35DGe/BZhc/r/Z1gscD3BDvk/lXEiDTcTx1nFYCrQtvpPmiDus06orw7LiftjBPSO/5/lePlvGTncvx6+239P+jXzc6Ojq93cTmdO99v3b338KSoghXqVwpvLocVJFNVgu4q6LdZ1qqLELj0lrmPjJHU0tcfBBB0QVq8h6dX8hxVmPmyeNo5OpkY8ljrOMx308VeZnYEx9R6tguB2e4KslEFc5rhfKeQYiIZnkuPGXx+QiyGLtUqDo44ZGAjT2Okd1tcHOBGx2PbS8Mnplk8tcuZbO5+vPmLV3HSulr0zHDHBTl91sTWF5O3OL9uLj+7+NK1EQV1zb04l5Jmc1kP1Zlb9ToU6nQYC72/p53y9W+ob6uvWu2tb7+E5/6bu5XlchcdlvpW28H+lNYIdljhMJRJvffRGunX+6sVEFc8a4HyKvzyry/kXKoMnagxsmP+mgo+xCGOcwhzR1uIP29973vtoDS2HDOKZ3jl3kAGapTUcndsXa0YpFsteSU77v6yHgf+kbU2RBWGC9OsrB6gUeX5TJYb6utBNFMcZjHVH3TJrvOfccHhutgaGiumH00zM/PMfynMZPB/U1PdEtjG4x1W1da+Po6Jn+4QWjzrXkD8K1UQU3ivSTkNStxzFy8yimxHHcrFfpVxj+l8jWSOd0Su6/uPS7pDgBryQVvofTSSPg9LjX6w0mtn2Zj3/p/3dNz6n2+nq/8Ap3v+dfCsZEFd1OG8pwnIMpY4vyOlVxeUt/WT1blEzuildr3PbeHt0Ha8EHRJK8dj02twctyeWxE3HmwZW023ZbkMP9TKyQNAd7b+tugdb0QdFWgiDqazTQPwNKvOQ8E5C7O8gu8a5LWxlfkUTG5CKekZnte2P2/cicHt6XdHSNEEbAP97IRBUzfSvO4q3fj4pyqti8bew9PFyMlx/uzxtrtkaHsk6wASJXeWnR7rdZvgUjMFxSlxbIQY2xxeVjqTrVb345GiJ0TmvaHNPcO3sEHan6IK15V6f5PMZXC8hmvYWxnaNWSpYdbxfvVZ43nq7RdYLSDog9R8LYYbhFyvyDAZq3fx4kxVW1XdDTo+xE/33tdtreo9Gunx33v4U6RBVR9MM1SdSuYPk1apkqeVv3o5p6HusLbW+phZ1jxvzvv+ApH6Y8Pt8Qo5OG3mXZefIZGW/JO+IRu6pANggHXkfGlMkQVz624/N5D/AAcMD0stwcjilMz67po4WivOC57WkHp768jyF4Z/SqzZxl65c5AZuU2srXy36kK2omzVwGws9nq/5YaNFvVs7PdWoiCpsr6X5XNtzeSzPIa0mfyDqYrWYKRZBVZVkMsbRGXku28kuJd37eNLtHpjm7ljlV3N8rju2+QYgYwllL246wHXosb1dx9/gnex57q1EQeLDVP0/F1aXX7n08DIurWurpGtrll6cGRxlnH2m9cFmJ0Mrfy1wII/7FetEFfcQ4fybD4+vx/Icjo5Ljdeu6qyF1Assvi6elrXydZb2HY6aNryen/p1kuJ2KFZl3AT4yhtkDxhmtuuj1pjXTdetgeXBoJ+VZiIOEjWujc0704aOlTdT0j5AxuHxTuaB+AweaiydKp9Fp72sm9325X9f362QHa/kg+Fc6IKlPpXkzS/w3/iSL/CRyn15o/Rf+Y17nue17vVro6+/wC3euy2zeF8lwnJMtkOK8hx9TH5eyLdmrcouncybTWvdG4SN11Bo7EHv/2ViIgqPlXpbyLMDk1GpzGOjiOQWRanrih1SNk9tjHDr6xth6ASNb/lbbGemb6eQjuHMB/Rk7WQ6fY1/wA+ARdG+r41vfz40FYyIKepeklrE2a1rDXsHYn/AEqvj7ZymI+oZI6AdLJWD3AWHR0Rsg6H4UvwXDZ8fn8hl58hDK65h6mOMcVYRtYYfc28AHQB9zs0Aa15PxMkQVn/AOHOQp8L4ficVm68WU4tKyWtanql8MxET43B8YcCA5rz4dsH8qfYRmSjxkMeYs17V4D+tLXhMUbj/wBLSSQP9yvciCD+ovBm8oyeFzNSShHksS+X2vrqYswPjlAD2OZseelpBBBGl1P4lyIcUZiIr3GGuNhz7MDsFunNGf8AJ7XubB/nanqIKwxHpa6l6U5jhL8swHIzzTskggLIahe5rmsijLj0xtLezd/JUy4nV5HVouj5DkcfelBAjdUqOgAaBo7Dnu2Se/wt6iCJ+pnFZ+Xcfho1MiMbdq3YL1WwYvcayWJ4c3qbsdQ7dxsKIv8ASK5k28sm5Lyb9Ss8hrVIuplXoZVfXfI9hY0udtu3t+0/6f57W0iCGcB4zmMJZllyU/HpA6FsYONxH0jnEeXOPW7e/wADQUquR2H1Jm05Y4rJYRE+Rhe1rvgloI2P42F6UQVbgPTjkkTeT0uRcixORxXJpppshXr418Ly6SFkRDXGV2gAwHwtfxH0fnoxYjGcgytLIYXCwWY6tetVdE+w+dvQ+adznu6n9JcNjXck/wAK4kQU/wAE9Jr3H5cFQuZilbwmAtyXKUUVRzJ7Ezg5rHzvc93UWBx1rWzo9td7akDnMd06DiDrf5XciCpct6Ry5Os6afPdOQvRzw5ib6br+pZM6Mu6NuHtlrYmMb5AA8FT01OQO5dFfbmIW4RtQxyUDW/qOm69iT3N+OntrS3qICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIsLIII2CCPyEBERARcHv6Rvtr+TpcgSfjSDKIiAi4F/fp7b/G1gvdvWkHYiLiXd+5H8IOSLBK49XdBzRYBWdoCLHhZQEREBERARFgEOGwQR/CDKIiAi4yPDBs6A/k6WWkkbI0gyiBCgIsBw3rY3+EcgztFxC5BAREQEREBCVxJ767LBd376B/ug5aCzpcA5cgUGUQFEBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQAsOWQsFBCeT8sy/wDixvEuKYepkcoymLtuW9afXr1onOLWAuYx7nPcWu0ABoAnfwq99IOa8hk4NxLi3G8fVyeY/RfrrkmSuPjjjj63Na0ODXOe9xB+AAB3PfSnvKfT+TKcsmz2L5Bfw0l2k2lkWVmtP1ETHEt0492OHU4bHwfGwCtRjPSWTAUMI3i3JrWNvYzGnGyWpIWyG1CXFw6x2+4E9jtBpbfrt7OBkyTONSST/TAx1Pf091hlkwTw76f8nS529dwPAWyl9VsldydDG8f41HkJ8nbnrU5H3Pbjb7cEUnuSHpJDep72nWz9g0O62GO9IMJSyPFrbLlqT/D8dsBrzv6mSz1GSR/5JL3n/wCpd3CvSrH8WdgPpMnZlbhZLz4g9o+/6k7IP/p+EER9Sck7l/odyi/m6EdPMYB1msTVsydDJ2OA643faSCO/cKwebcpt8eqYGhiqMV/LZqyynShlmMTARGXve5wa7TWtaSe2/C82Q9Oqlvh3KOOHI2GxcgsSzyS9LdwmTWwPz4+VnL8Fu5jA4uG9yOU5vE3Pq6OTirtY6JwBb09GyC0tJBHyCg0k/qpfx0OUxGVwUX+KqV+tjoKVe11QW5bDeqEtkLR0tI2XbH29J8riPVDMYmXlFHknH6bMliPoY6kGPuOlbcmudYhjDnsZr7m6J0db2u656TfW0bNu3yK1JyWfKV8n+q+y0dEkA6Ymtj8BgZ1DXz1EnZXVL6Ox2P1uzc5NkLOTyslGybkjGl0Fmo5zo5GDwB92unxpBV/q1kPUePkubmH0eOzYq4d9KHH5CV7QPq5iWudpvd3T0HtohbGx6uzT+ptfl8M803GK/GpSynFL2sW3fTv/ttpmaz+DtWLT9Ix/iKfkOU5RkcjkbLqT5nyNa1u60rpG9IH7QerWh48+V6s76Q8WyckccMH6bTjp264r02NY3rsPY90vj9wdGCP5QeaH1Fy+EyUtTnmIpY2M4ibKwy0bD5wI4RuWN3U1v3NHffz/C0J5VyGz6g8Pz3IsZSw+IlxmQtshjvPmnEYhY8GVnQ1oOu+gXKRu9L3ZIW/8WZ+bNmXFy4uE+w2L2oZf+Y7t5edN+7412XXg/Sp8Obx+Wz/ACnI5yWjQmx0cU0cbIvYkaGkdIH7tDu7yUGl4V6tnmeZxuKs46pDjOR15fpTTvudargNLh7wDWhhczuC1xIPbv5XVwniVRnq7ymo7O8ldUwzKktaGTM2HtBe0ucSC49Xj52plwbhOW4y+lTbyeW3h6MZir1pakfudGtNa6Xy7pHg9j+drc4ji9bGcuznIWzySyZhkLJInAdLBG0ga/O9oK5wXrbFms/jGVqNI4nJZN2Og1bJusPU5jZZIenpEbnjX7tgEE+dLeUfUbIT8/PBJOO+3nY7HuTD6ncDaHkWWv6fuJ8dGth2wew2vVxv09vcctRVcRyF0GBhuOsxUDSjL2Bzy8xCXz0bJ0NbA7A6A11u9Kqf6rDyJmXtt5OzI/WPy3SPckj8fTFvj2ej7QzwPPnug02A5bzaf1h5Xin8as2aMEWPDITkYg2q1xnBlA136w0Ej/p8q2hvQUPy/Csi7nE/KMDyKTFSXoIK+RgNdsrZ2wucWFu/2kB7xv8Albe9icrNynG5ODPT18dVikZZxzY2lllzh9rnOI2Ok9+yCO5D1DjxbeYsy9L6ebjrmPiY2Tq+silaDC5vby5x6Nd9FZoc8vPi5c27h469njdKCzJEJyfcdJW95zd67a/bvuu/l/p1jOS83wXJ7dqeN2Mduaqw/wBK50nqiEg+QyTTx/IWu5j6XzZ7N5y3W5NdxdHP1I6+TrV2AOm6GOY0h/loLXaIHkDz3KDR5/1lkgdRrYuhihafhIMzabkb7oWsbKzqZAwtY7qedEbOh4/PazOIZ2DkPFcXnq8UkUWQqx2BHIPuj6mg9J/kb1/sojJ6aS07eOv8bzz8ZdrYqHFWny1mzstxQjUTnNPhzdu0Qf8AMpFlMHmbGCx2Ppcls0LNaaGSzbjgjLrLWfvYWkdLQ/50Br4QeDmPLMjT5Pj+KcdxUGRy1yCS091qwYK9aBmgXvc1r3ElxDQA0/yQAq79KuZ8ii4thON4rH0rueyFjKWZHXLcja8EUVx7XEvDC523ODWjp/vpWDzPg1nM8nqcjxHIbeEyENR9KR8MbXiSFzg4jTvBBHYjxtaXFekbcFi8Mzj/ACK3UyeJ+rbFcnibN7kdiX3Hse0/u0dEHe9jaDUzetNiCl0zcbD8o2G5G6pHa31XK8sMZgaenuHe+xwfrx8Lum9YrNv9Kk45x4ZT9Ut16lZhtdH3y1TOS49J0G66Sf7n40drU9IcTFJxqzPkrk93C5KfJSzu11W5ph9/X+BsAgDt2C5cZ9JsVgH4/wCiuTCOhn7GZib0/wDzWSMEPn9jRJ2/t/PYNLyTJO5l6fc1ocpxMNXL8a91j/orsjofd+m91kjHaY7w8diPKkFnlknG/TDi9iCl+oZTJR0sfSgdL7bXzStAaXu0dNHck6J0FtX8FrOj5k366UHlLuqc9A/of+XZB9v57N33+StdN6eT2eE0+P3uRWZ7WMsQ2MXfbXYySq+HXt9u4drRB35DjtBrLnqjd48M9j+U4eBmYxcdZ9eChYMkd76lxjhDHPDSD7jS07A15BO9Di/1NzOAvZyrzDCY+ucZi4Mg39NvOse6ZZHMbH98cejtv8+V3ZD0n/WKeVsZzkVq3nb8lV7MiyJrPp/pn9cLWM8AB5c4j5JXVN6PMvnO2M1yfIX72ax8dSewWNb7TopC+J8bfDenetd9/JQefjV/ldv1xx7+RUKGOZPxqWWGvUvPn1udh/qBzGtDgO327+e/5ta217672RymJ7mkNeAD0nXY6PnSg/FPT+3ieat5dluUX81kjjzQd7sbY4xH1hw6WN7N1r/fZJ/ic2mSSV5GRSe3I5hDH630kjsdfOkFbei8WRo8l51ib+dyWY+kykHRNdl6iOutG49I8NGz4AAVmk6BOidDwFAeGcGznH+U5PNT8ulvtykzZ7ld1GONr3tjEbdEHY0GhTwtcQR1aJHlBWfp96jZXlXJp6UtXBUK8U1iOSi+9J+pQiNxa1z4jH0nq0D2doNO9lein6lPn4bxvkRxYb+t5qHF+z73/K65nR9e9d9dO9aH91zg9Or9jmGI5BnORNyLsPLJJULaTIpiXte3T5G/uADz2AAJ1va1lX0fdFLh68vKshJisJlW5LH0RG0Na4TOk093l/7ukHtofk90HP8A8QeZZDO5ergOGw2qGHzDcdasy23B0oLmAuiY1h2Wtf1O2QAB2JKtIdwFouI8bh49Pm5YbMkxy2SkyDw8ACNz2tb0jXx9oW/QfPNzktLMc05nez+N5VlKXH77qjv0ycww4+FjR/VIbI0vcSXHsHEBvj8bH12NWvjBnMZU5CbdiOvNFnq1qUVcZG0j+rI1r/2hvcj2zvfdSzO+mdm3mc9Ni+QyY3GcjLXZeoyu1zpHBvQ50b9gsL2aafP5GivRyTgucy1W7go+Umrxm7XbUlpMqNMzYOgMfGyUnY6hvuQT9x/hBA/VCC1DzjIcmydDmmR4ocbVMU+Ayjo2QdIe6WR0bZWlw6ek9gfCuzjU1OzgqFnHWHWKctWJ9eVzy4vjLAWuJPckjR2e6iXJuEZ3I1pMRiuWyYnAy1G1H1I6bHSMjDelwZJ2I2O3ff8AGlMMDjamGw1PEUIhDUpQMrwMB30sY0NaP+wQe5ERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERACIiAiIgIiICFEQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQAhQeFhyB1J1KDycvsU/UrL8YyzK0NKDDMytGdrSHPja9zJw8k6JafbIAA7O+VrsB6nU28Pw2T5JG6vkMtXfdgo0Kss8ra3VtjyxvU7XQWdTvGz8eEFk9SbVZ+ofK8pBxXDcx4hn6UuKnu1IZI3Vfd+pZPYZES1/UOggOPwe4U6tZrHVc5QwtifpvX45JK8fST1iMAvO/jWwg2aKE531S4RhIXzZHL+01ktiEhsL3uL4Oj3QA0Enp9xpP8HfwV2V/U7hljEX8rDlg6pQnbBM/wBp33PfroDBrb+rfbp3v42gmSLTcU5PiOTUZbWKmkd7ExgnimidFLDIAD0vY4BzTog9x4K9OeGWdi5W4OalDeJAjktxukiaN9yWtc0u7b7bH90Hv6gnU1UyfUXlGDi5lUyn6Xm7GIs0amNt1oHVo7Fqyen2XsL39JYSwkh3hy2XAOd5q76oZbgWfnoZCanSFqLIUaj4InOa5jZoSHPftzC9ncH50QCEFqhCsNWSgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIKl/wCIngnIOXQYS1xaSOO/Xmkp3HPf0/8AkbADZ9f9X2tI/sV68vg87xn1Ar8qwHH/ANerTYZuMkqwzRwywOjd1Mc0yFreg+D32NDQPhWfpY0EFMTcH5Rj/Q2vx2GhBdzH6vHlJKsM7WtbvICy6Nr39LftaS3fbZC3fLq3K5uTcS5nQ4tNYmx8NqG1jTbibKz3mAA9eywgFo3onse2/CsvpanS1B8/x+m/M7MVmxksdSN6aHkLiIZ2ljJLkcIhaCf/AEOG/wDvpd/I/TTPzwiSrVJ/TLeKt1a1e59OZ21qr4JI2PH7HDr2347f7q+elqdLUEF9K8L+mzZe8eO5TEPvyxve7I5FtqecsZ0gu6XODdDQH3HYA8eFsfVD/FD+FXYOIQGXLTdEbOmVkbmMLgHuY5/2hwbvW/nSlWgmggpXN8U5JnPSu7xbD8Sl4ncoe1bxMlm9DYE1mOUSbeWFx6i4bLneSV7fSzimUg5dUzNrC3MHjcXhX46GC7LHJYt2JpWzT2HmNzh3c0dydkk9grd0E0EBqyUCFAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQY7pso5wCyDsbQY7p3KwHd9LkUBNIiAiIgIiICIiAiIgIiwgyiIgIiICIiDACFCdIDtBnSaWNptBnSaWNrKBpFhzgFgOBQckWC4BA4FBlERAREQEREBEXltZClUdA23agrmeQRQiWQN9x58Nbvyex7D8IPUix1BY6wg5IuPWFnqCDKLG1lAREQYCFCUBQZREQEREBERAREQEREBNIey49QQckWOoflcXSAIOfdFxDwVkOCDKIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIBWFlNIK95Pmc7mPUhvCsBebiYaePbkMleELZZPveWRRRh32jZa4lxB8ALY5PlUXFIsdh8ob+ezViJ72x0KfVNLGwjqkLB9rQOpoJJA2e34Xg5VguR471Dj5txWCnfksY4Y/IY6zP7HvNa8vjkY/pIDmlzgQexB+D50fOuCZjkHI8PzGxhcXcuxY19K7ipcjLExvU8Pa5kzG9y0jRBaAQUHp5p6uYfGYfimWxplsVs5k4YCfpZHlsJLmydmjs8Fuuk99g9lYmCy1XM45l+mJhC8kN96F0Tux13a4AjuFXmT4VkB6fcbxuDxeJxt/B5aHJRY+Od5rO6JXuMfulvVtweSXFp+7fburAwE2Vmx7Zc1TrU7ri7rhrzmZjBs9P3lrdnWt9kHi5lyzG8WgpuuxW7Ni9N7FSrUi9yad+tkNb/ABJPgfK1uL9RuPX46Jb9XDNbyn6T9PLCWyw2vbfL0SN/y/awnfjuPPldHqRx3L3s9xrk/H2VZ8hg5p/wDylqZ0Uc8U0fQ8dYDulw0CDo/I+VDJfT/l7ZZOURx4p+fk5RHm/oDZcIBGys+uIve6N76X9W+jyNIJ7f8AUHj1LPT4ey+yyevkYMdK8xH22zTRCSIF34IIG/ydLlyT1A49gH5oZCSfpwlKK7ffHEXiJkji1o7f5j0k6/GioXQ9OuR5bF8+Zy6zjhY5NJXnrPpOdqtLFEwRnuAdsexpB+enfbekk9O+Q2/RTkWDv2aM/LeREy3rJe72XS7aGgO6eroaxjQO35/KCS431U4tcdl3Si/Rr4umy9JYt1jHHLXe5zWyR77uBLCPC7MT6mYC7duVrNTK4n6XH/qTpMjVMLDW3r3AT8f30Vy9VeLX+TcKs4vFyVYr5dDJB7+xG4xSNeGOIGw09Oj2+Sq75nw/meYPJ87yzIYLDQX+NHGwtbK57KjxKJP6jukdTT8oJ/g/VHA5TKCiaeVoh9GS/DPdqOhjlgj6ep4LtdvuHlejiXqNg+SZWDHVquTqPtwPs0X3KromXImkBz4yfIHU06OjogqpsPDlfULnr8dkbmGfQHELWPe3EWPqGV/e6Gjqk0NuOj9uu2lMvSrgtrA5LHy5LimEq2cfWdB+owZGaeSXsG7ZG9uow4NBI2UFsPcGsLiewGyVCcF6m8czOVp0qkWRbDkJZYaF6SqW1bckfUXNjf8AJ01xH56TramVuJlirLXeXBkrCxxadEAjXYqmfTf0uu8Xlw2Nn41hLcWJnLosyclN7jmjqDXiDWhJp2j92vKCdYDn+PzuZdQxuIzM1UWJq36mK3/lPci6utvXvfYtLd60T2Wg4r6rY/KeonIOOzMstiqWKsFPpoy9TnSRgu6zrt9x+ddu/ha6jwnlMXqJj8/SxWP4436102Wlx2WldFkYyHbD6xYGdZPSS8nqB2e631fDcpw/qhm83iqOMu4zOmobDprbopaxiZ7b9NDHB+2gEdx37ILCd4Vd5T1h4njr2RqSR5Sf9Kt/S5KaCm58VPuB1yO8NZ3Hfz/CsQ+FQdHj3KOU/wCPuMV62NrYPIcjlbbyElhxsCPTC9rIg3RJ1oOLu296PhBYnKfVHj2Au3qr6+SyLsdALF52PrGZtWMgu6nkdh9o6tedd/C6+S+q3GsHkW42SvlLt1+MZlGwVKpkcazi77/wNdDt78dvyFD+T+n/ADqQc6wWBmwceM5Q1r237Mkn1EQFdkRiLA0g76Ozt9g7wdKXcc4pk6POByCz9Ma443UxXQ1xL/cjkkc861rp+4a790G449znB519llF0/VWx1XJSB8ej7Nhr3RkfzqN2wtrxrNU+QceoZ3Hl5qX67LEJe3pd0OGxsfB0VX3JONcwi5bnclxhuH+nz2LrUZZrUr2vpuh94dTWBpDwRN+RrSlnpnh7XHvT7Acfvvifax2OhrTOiJLC9jACQSAdbH4QeD1N5K3FVquPo27seatuL6cFSn9S+UM0XdTP9HcAnbfPY70tzwTkVLlPGK2boiVsUxewtljLHNexxY8Fp7jTmlRXl/H+WM9Ra3KuKtxdjrxb8bNFflcwQbkDxM3paerwQW9t9ltvRzjWU4pwKrhM1Yr2b0VixJJLX30P9yZ7wQCBrs4bHwfz5Qa715s5zE8GtcjwecsY6bHNa4xMjY5k/VIxundQJGtnxpSfmb77eHZJ2MsTwX/pH/Tywwe89snT9pDO3Ud67LW+r2ByXKPTvL4HEGv9bbjY2H6h5ZHsSNd3IBI/b+Ct3gpMrNjYzmqdWncGw+KtOZowPjTi1pP/AGCCNwcns8U9PcHd5sZZ85Yir1pYKkXXJYuOb3ZG1vkkhx/A0fgLh/4pcYi4zmc9fbfx0eEkjiyNa1WLJ65kLQzqZ+D1DRBI1v8ABXZ6mcZyeZODzGDdWOVwWQFyvDacWxTgxvjewuAJaS150dHuPCh+a9PeU53EcwuZAYytmeRPosjrRzufDBDWka4AyFoLnH7z+0eQEEqxXqXiswMxHj8Pn3S42KCVzDQPXKybqDHxt3tw+xx/2Xfwrk2OHpbS5PezU9ul9M6d965EIpHtBPdzR2B7a0FK3R/a57GtD3dt6VMScT5Bj/8Ah8m4fyafDYuWhExkFtlp8kMvTJ1j3CWNLATpp1vsd7QTXD+pOMyd2alFhs9DYbj3ZCGKei5j7MIOuqNp7nexodj3+Fz4ZyvHzen+R5PPeyVmtTkuS2DbrCKeFsL39cZYP9HSQPzpQj02yOY5B60PzNmxipqtXj/0oZjZTPFA50rSA6YhvU5wYToAaGvyt5gOIcrq8F5fxO9BimxZMZJ1C1Hbe4udadIWiRpjHQB1jZBd4KDdcY9UeM8hylKjRbkY2X677FG1YqujgtMYAX9Dz56QRv8A9trnxv1N49nsvSoVIcjHHkWyOx1ueq5kF3oG3e24+e3fvrY7ja1UvA8hYn4TDKajamHxdijd9uQh25KzYtx/b37jffS03pj6cXOL3MLXu8ZwrjiGujjy8eSnfK8BhY1zYHN6Wuc06d92u50guTYA2ewUBd6rca/V61GKtlp69nJtxceRipONQ2XO6Qz3PB79tjtsEbU7mZ7td8e9dbS3f9wqNo+nvP4MRxXjksmEixPHM/BkHTRzPdLdiZYc/u0s/puDXbI2dn5AQWQfUHj3+HW573JzTdkxjAfaPV7xn9jx+Ov5/C6J/UvjEN+xjJJbIycN+Oh9D7J9+SSQbY5rf8zC3Z6h20134VfycA56+jHx2EYKPDV+SNy/1JsSGaeL6v3+jo6NMI/udra5r0+5bkOej1Civ46DPUZxBj6//wC7vofd1skd0dXuO3vq19vYdwgt0HttUpnuQTW/WTM425zLDcfbhoa36d9XWidI8ztJf0l5G/2t8fkK6m7LB1aBI76VXXeNcvx/qdyLkGLw3HspRy0FRjPrLz4ZYjE0h3YRPGjv8/CDc8751S4+y1iK8eRyWZZj32jHQre8YG6d0ySfDAS063+D+FpMLzGazg/Th2Rs5atczEdJ89mGs017Mr6xe6Fzj4BIJ7d/tXRyTifPP8WcqtcfGF+m5LQgrvntTuDqT4o3M+1ob/UB6tg/bo/ld+T4VymDgvp7j8YzF2slxeanLZZNZfFDKYaz4ndDwwn9ztjbR2/CDYepnqHBxPlfGMVLDM6DI23stuZVkkLYxDI5pb0g7PUwdu/ZejmnMacOIwtmGbNUa2Ru1WsuQUeoN65mMEcocPsDy7p2Rsb2u7n+FzmUm41mcJBRnvYbIfVvq2Z3Rsla6GSJzRIGkgj3NglujruF08+w3J+S8HrQ1KeNhzMN+ncNeW072D7Nhkpb7gZvuGa30+Sg2/L+YY3jVqjRmrX8hkb/AF/S0qMBlmlDAC92uwDQCNkkDutRN6t8Shx2OuOku9WQszU4awrP98WIgS+Es1sPGta/K8/IsFy+xybjnMsfTxb8pQqz1LuOkuPbE+OYsJ9uXoJ6gY26Jb32VpuNenOfp8kwXIcjJj/qm5i9lMnHFI4tjM8JjYyPY+7p+3ZOvkoJIPVPjv8Ahl+cdWyjSzJDFmiap+q+rJAEPR/q7/nWvlSXjua/WKBtHF5LHOEhY6C9D7cgI+dAkEfyCq/yXCsqcVyenPgcJn62Zzhu/SW7b4QIfaY0ODwwlkocwEa/7g+N36RYLP8AH8NerZyy97JLjpKNZ959x1SDpaBEZntDn9w4jY7AgfCD0+smfyPGfT67msU9jLcMsDWF7eoafMxh7f2cVIM9mMdgMNYzGXtsrU60fXNI7wB/+s/gDyo96x8fynK/TrI4PDGsL8zoXw/UvLIyWSsfouAJHZv4K0fMcFznmXB8hicrjsHjLzLNWzSEF+SeOYxSiQskJjaWA9IGwHeSg2uN9UMHblyUU+OzOOkx+P8A1GRtymYy+v3+9o2SfHjyujD+r3E8lK8tGQrUxjpMky9Zr+3Xlgj11uY4nbtb+Ao7NwrnWWzvIs1mXYWCTKcddiq9evM9wrv6nEbeWjqB6tk6GvwpbneHvy/pVJxCWaKCzJihSbYa3qax4YBseCW9QH+yDpo+qnHbHvC1Uy2LcyhJkYm36hiNmvGNvfF56tDvrse47LdjmGHNjj8AfMX8gifLQHtn7mtiEp6v9P2nfdQDI8J5jy6zUl5S3F4plDD26EX0Vh1gzy2IvadIdsb0tA0enuT/AAuHG+KeoX+JeF3M43AVavGqUtZsVWeSV0znVxEJCSwa7j9vwPkoJlw/1Bx3KpmnE4nMuoy9fs5F9XprTdB0el+96JB127rPGef4/keU+lxeIzUtUzSwjImrqqXxlzXjr3v9zSN68qGcV4TyXHeodLOVMJQ4tRJnfloMflpJa98ua7oP05YGRu6iHFw79tfO1nE8H5RD6i4/PY7E47i9cWny5d2NysrockwtcAHVSwMDySCX+dgnZQSuH1O43Lm245keRMDr36e3I/TH6R1nx7Qk3+7f2+Nb7bU2VI8Y9K58HmDXPGsLkqceY/UK+RkyUzJGNM3u/wDI0W9bT4O9FXc4bQQjNepvHcVmLOPliyM7Kc0cF23BVc6vVkfrpbI/wD9zd/jY3pebO+rvFsRk8vj5YMtYmwz2tyRr0nSNqsLGvEj3DsGdLwd+fPbsVE7/AKX2YeXZ6zHxrC52hlsj9f7lvJTwPgc7pLmuY1pa8dQ23WvOj8LfZHg2UuYP1OqxzVGT8rbIKPU52o9044W+4ddvvYT232/7ILLryx2IGTRODo5GhzSPkEbCr71PzXMMLncDLjZcXBhLGTr1LHuNc+eb3HEEDw1gHneyT+ApxhoJKmJp1ZS0vhgZG4t8EtaAdfx2UG9WcRzPPT4ytx/H4WWpSvwXjLbvyRPc6N2yzpbE4f77/wBkGr5lybNyct5DiMdyOtx+HBYqO833YGSutvf1Eb6vDB0a+3ueryNLqr8rz3J/S7C88xvMK3GKkmPE91kuNba6pAel3SSRodQOv7rac5w3IMxHSkHBOL5HLfSdIvW7LX/QTH/R1Rbc0ee3SV1s9O7lTDcD49BPWsYfCWhYyscm2fVPbG8td0gEH+u4P0TrtvugjD+d8voUeM4HlOdo4TK5OGe9dyH0retkDZOmOJsXce67qb+f2lWvwW5Ff43Xsw59mfYSR9e1jWe53+Q3sCPHwov6h8Vyc/O8BzvA06WQu4iCeq+janMLZY5dHqD+lwDmkb7jvsra+lXHrvHcDbGTNdt7I35r88NYkxQmR2+hpIG9DWzobO0Ei5HlocFgLuYsQWZ4acLpnx1ojJK4NGyGtHcn+F24y8zIUK1yKOWOOxE2VrZWFrmhw3og9we/ha7neSu4fhmWyuOFR1yrVfLA205wic8DYDi0E6J/AXPht+/lOJYnJ5Wl9DkLVOKazW7/ANGRzQXN7/gnSDcoiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgwQPlNBVT6zVstLyGjfrTSZLFUqMrr2Iq5c0bIJcC2w0gjrGmub0uIH8+Vob3LMdyfNcfp2OSXsJxgcYZmQ43HV7FvZDdPl8kNHd2j3cQdoLz6WrOmqvf+HbJWMv6P4XIWrli5JK6yPesOLpHNbZla3qJ776QB/svH6qR5PIeovDcFVzd7GUrrbhuCq7pdKxrG/bv/AC73rqHcAnSCz+y49lQ3Fs3exmbwWNs5q2+jByzJY0utWf3RNge+NjnO86+PnstDkOR5DlXIsjVxfKr7cYczkGtfVf0dccOPjcGtP+nr/wC/n5QfSzy1rC5xAaBsk/C1mBzFPN0Pr6HuuqukcyOR8ZYJA066m78tPwflfN9/kXLcFx90cfI8halyNXBSXrU1rp+nFqSRszmu7iH9rWj8eVJM4eX8b9LvUFv6mKUcEEFjFMjyxuT0nE9Mn9QgODD0tLQf+tBf73BrQT30PheDC34M3jGXWVrMUUpcPat13RSDTi37mOAI8bH8aUSwfALVW5kpb/K8zfgyFaKOdrrD2PEzHPLpWOa7+n1BzR0tAADVp/TDJZC/6HFzuQtiybYbsf6hcm6jC5tiVkbpHH8DpQWhUp1KjXNqVYK7SdkRRhuz/su3SoDD8kyPC+Pcjp24Mg3kOPwMuSa+fMOvVrQjaQJWdXdmy5vYgb7fhONXGn1H4nhqXOsvlbuWwNuxk3i/7wY8sYY3taNxxu2X9IHwP4QXljsnRyUL5sfbitRxyvhe6N3UGvYdOaf5BGiFwxmUguZC/SjgtxvpSNY98sDmMeS0HbHEaeO+tjweyqf0ExTq8WTNjl+Xlkjzt+B9SeWHokd7ru5AYHdZH3ef5W59M3zUeT88wrMjdtRY65F9Gy3ZdNI0Gu1xALjvXUUFoaanS0FfOuDy92PBcL5rHynJXeQ5rNxVL1D6jccofI5s0Hs+GeyzZ2ANdGyuOMk5BHxTGcys8pzE908wFOCD3tQMquyHsvicz/PsF33HuO2ta7h9GFcWxxt2WMa3qPU7Q1s/krL+7V83c+5KZMPzfkN/ltzHZPGZQ43DY+tddH0dBbpzox3eXbc7Z7Bv8BB9IrWZ3NY/DMrfWSP9y1O2CvDGwvklefgNHwB3J8AAk6Xsxz3PpwOcduMbST+TpUZ6jy8uz/qhyLBUZn1m4nGQT4gtzH0PQ+Rr+q0W6Puhr29Pf7Rr+UF2WMhQr5Grjp7UUdu4HurwuOnShgBd0j50CN/3XXn8tRweNfkL8jmQsc1oDGF73ucQGta0dySSAAFT3LcPlL/P/TW1leYZGjauVbMbpKMsPstn+nZv2i5p/wCZ3/O/hZ9QH53J+ouI4fUuWLWMbgTbgkblhUfdm9wMMnuNH3uaNHpHb79oLuhPusa/pczYB04aI/uu5Rv01OZ/wNiWcgt1rmUjriOzPXlEjJHtJHV1DsSdDevnai/rF+r2uU8HwuNzdzFQ5G/PHcfWP3yRCu9xaPwe37vI8jv3AWFkbdXH0J71ydkNeBhklkcdBrQNkldWJvRZLG18hDFPFHYjEjGzxGN4BGxtp7g/we6pf1Docg4jT4vxalmL+SoZXMWDPPYvurydPQXRVve+53fv33t3T/svKy7yHH4vA8PzOfFCDJ5+aCa7DkBNLXqtifM2qZ//AJhP29XnSC5eYcjp8Xwz8tfq5CetGSZDTqPnMbQCS5wYCQ0AHZPZe2vkK9vExZSuJJK8sAnj0wlzmFvUNN87I+PKpXi+Tr3eBerNbHZm1lMXRklhpST2XTkN+kZ1ae7u4dfV3U/xtarmvSbGwtu2YxHioXe7Rtuie1zYmnXUw7/HZBLcLfiyuJrZGGKxDHYjEjY7ERikaD8Oa7u0/wAFel8TJGFj2te1w0Q4bBVWceu5nPf8PFCetyOGnmruIiDchPKAGTuG9OPw471+e/yorHyfI4TgXOauMp5WjynE0I5nsnyrr8bWSbAmieTrw1x8D9vhBcvHL+Iuy3ocREwR05zBLJFD0RukH7g1wGna8EjejseQVuvPZUFjHcz4zxzkWaxkomgPGpbVOKbLi9JNaZ3EzQB+07O9dltvRhnIv17H5OTJNlxN/FufL7+Z+sfalBb0yxtAAZrbtgdhsILo01NNWr5NelxfHclkoITYmqU5Z44v/mOYwuDf9yNKh8Bk47WY9OHxc2yd/McjgksZWOO7uJjJKkj9BjftZ0v7N+fs/ug+jVx7KkeE8p5BmM3ivTmzcnGX47dkdyCz/mnrwd65/wDz/VE4/wAB4Wl4Ld5rmblLlFi99PaHIX17zZsv/SZB77o/pvpdfbJ0j7fknv8AKD6JIb86TpCp7hbYOV5/O3ORciyMOUxudkrR0Y7pgZXjjLfaHtg6cHtAcSR32rgj/agjlTl+Ls8zk4kIcjBkmQPsN9+nJHFLGxwa5zHuGnjbgOykfZV1mpoYv+IbCGWRjAeNWwOp2tn6iFQTnFzl+f8AUrmOKoWpKTsPUquxD25cU2RB8XWbL2EH3R7nU077aZpB9AkApoLw4GaxNiKktqSKSd9eN0jonbYX9I6i0/I3vRVZes9fNS8jgyVaxPkMRQxzzbxFPL/Q2WOLur6hpBHufa0t6XEDyR3QW3oBAAFSEOXqcy5pi6VjP5LGccl4vDlMcxt11eWyX/ufI4nbixvT/H37K8vpfza/Pd4nb5BnSylJgslI+aaQMZO2C0GRzu+DuMdW/HdBduVyWPxkcMmQuQ1WzTMgiMjtdcjzprR/JPYBdeZyUOLxVnIzQWp467Op0daF0srh+GsaCXH+AvnfIS2+W+kfHeR2OV5SKFvLB/VZIxoEZuuayR3Ww/tHT0/HfurD9WcdPjPSDJXIOSZqe5io3TRWxb9qV7tgFsntBocB+NILSj6Hsa8b+4b0fK5hrfwqm9bM1mKnGOMRYef24cplq9W5Ybb9jUbmOcGe7/k63ta3q/nXkhRbNM5vjsRTwr+QyYxtvl9OvWMN/wCssVa8sbuuN7iO/wBwcW9X8IPoPsuJVb+ljLOK57zPjDclfu47HmjLV+tsOmkYZYXF46j30SwHXxsrZ+uWev8AHPTi9kMZOK1h8sNYWCAfp2yyNjdL37faHF3f8IJE3O41/JHceEp/UBUFss6Tr2urp3v+/wALZhq+YORWMfgOT8yfxrkuQt3KHFojauPvunc1/wBQPDv8v29yArVpcqZkfWmlg8fl22oIMC+W5DDL1xtlL4+neu3V0kn+zh+UFlu6WtJdoADuSoZS9Q+K3shJWpXLVmOMSk3YqMz6h9obeBOGe2SP4cf+/ZbrncGQs8JztbEOc3Iy4ywyoWnRExicGa/nq0oPwO5iZ/8Ah2pMxkkQji486J0IP3RyMr6ewj4IcDsfnaCYUuW8cs47C5GtlYZ6ublbDj5WBxEz3Mc8N8dj0tdveta0dLY8dzOM5Bi25PEWm2qjpZYmyBpaC6OR0bxogHs5jh/svmLgrLfGb/pPxp23YnMW6Wcx7j39t7sfILMX/wB7mvH/AKnK3P8AhvyWPHprVoG/V+r/AFTKf0fdb1979g/t8+EFpaH4WF425bGvzD8M2/WdkY4RO+qJR7rYySA8t862NbXsd4CCJ5rnfG8VnH4Waxbs34w108NKjNZMDXftMhjY4Rg/HUQpOwhwBHgqsfSSSOlyn1BpXpGx5RvIpLU3uEAuqvY32Hd/jp7b/jShvK73NeQc65rXoWTSfhHVxjAc19JFXYYo3++9mv6rHOcdk9tDp8oL4sZGhHlYcS+3E29NE6aOAu+9zGkBzgPwC4f91xlyePr5SrjJ7kMVy2x768DnAPlDNdZaPnXUN/3VQ8kw1y1638dkn5jlqL7mCtuaa0sAa3T4fsYXRnsf3HyU9RcFNa9ZeBzO5jlaMNqpeYyavLEA0tjh7MJaRt/k+R/CC7eydlRXOrPIsl6jUeM0L1qfGQ4IT1zFmPon23n905eAfd6NN+0dvuO/IVqemzsseD4kZ25Wu5JtZrbFivIJGSPHYuDh2Pj4QSHTfwmh+FlP9kGHNa4acAR+Cmh4WUQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAQ+EHhD4QaHkfFOL5+WGbP8cxOWlhGo326jJXMH4BcDofwu69x3AZN1J+QwmOsuokGmZazH+xoaHRsfb8ePwFEPVbmP0NyLi+I/UJsxJCL07KMkMckVVrtOPXK9rQ5xBAA2ex7fK7j6m4yfH4I8cxuQ5FdzNE3qlWoY2P9gAdUkjpXNYwAuA7nZd2AKCa0KNShWFajWhrQhzniOFgY0Fzi5x0O2y4kn+SVmenTmtw25qsEliAOEMrmAvj6vIa7yN/OvKpXCc1y7vRrB5XOwZ8i1k3ss5GnPA19X/8RdFFG/7vuH7WHpB7KXetPM7/ABDG4mXHUb1h9zK1IJHwVfea2J0zQ9v8PcDpv5KCW5DjXHchSkpXcDjLVaWf6iSKaqx7Hy//ADCCNF38nuu2HAYOJ4fHhscx3f7m1WA92Bh76+WAN/sAPChvqDzA1fTO7m/8P8phqmN7bBg9upbqxj/8r/UcP9tbP8KQcw5ZU4xisdI6rayFzIzMq0KcHT7tiVzS7W3EAANa4lxOgAg2r8FhX15a7sTQMM0LYJY/p29L4m76WEa7tGzoeO5XkxnD+LYvGT4zG8bw9OjYO5q0NKNkcp+OpoGnf7qI3fV/D4vHWH5rDZalkqeSr427jmsbLNFJOOqJwLHFr2uaQQWk/jQW/wCDc0HJMhlcXaweQwuSxboTPVtujc725Wl0bw6Nzm9w1wI3sEEFBKg0BvYDsNaWnp8V41SiuxUuPYmsy9/8WyKnGxtj/wDyAD7vnz+Vw55yehw3i1vkWSjmkqVekyNhbt2i4N2B/uon/wCLFSsMscvxnM4s0caMpCyf2i+zVLujrAa89DursWP0R2337IJXg+I8ZwYsDC8fxWOFoanFaoyP3R+HaHcfwV2Yri/HcSyEYrBYuiYXOfH9NUZH0Od2cR0gaJAAJ+dLRc19SsNxR7mX6tuTWKkyf9JoO42OY0t8/u28dlqMH6w4zJ5yPFy4HLY/VqapYntNYI4JI4veAJDjvqj+7t+3Y3rYQTFvGePDPnPjBYwZcjRvCqz39eP36347f2Xobx/Bszbs4zDY5uVe3pfdFVgnc3WtGTXVrsO21XnCPUWlmecQumGVipZ2JwwfvOh9l7Ih1OPQxxkY5wJcDIBsADtrv7cF6uVM1kKEVHjGb+gt5KTFvvvYwQx2G9f2/u6iP6Z+4DXcd99kEvg4xx2DOyZ2vgcZDlJd+5cZVYJn787eBs+F6hh8WKjKgxlIVmTCdsQrt6GyB/X1ga0HdX3b877+VGOD592V5nyOlapZrHXKbK/uVLtiKSFrXB3S+L23OA6tHezvsOwXgyHqxVhutdQ45lb2HGWixEmWa6JkAsPlbFprXPD3ta92i4N1sO86QWOtJY4rxy3k58la4/iJ7liL2Z7EtON0ksf+lziNkeOx/AWnd6jYpnE7vI3VLf09TJuxr4wG9ZkEwh2O+tdR3/Zazkfq1i8RmL1RmKu3KWKnjgyt2N8bW1Hv0ddDnB79AgktBACCxIYxG0NA0ANAfhankPF+OcgkgfncDjMo6AkxG3VZL0b866gdfH/YLbRyNkja9h21wBH9lCeZ+osOCyeQx2PwGSzs+Lpi7kzUfCxlOIhxb1uke0dRDXODRs6G/wAIJHmuO4PN4xmMzGIoX6UejHXsV2yRsIGgQ0jQ0vPlOJ8ZymLrYzKcexV6jV0IK89Rj44tDQ6Wkaboduy9+AyUOZwGPzEDHxw3qsdmNj/3Na9ocAdfOioR6rcw+hng4rhxkJ81ahNxzKUkMb46zHAOcXyuDQSToAbJ76HbaCeUatTH04qdGrBVrRNDY4YWBjGD8ADsAuNmtVsTwTz1YJZq7i6CR8Yc6IkaJaT3B0ddlVvKfVT6fH8HyOAxWZv0s5eia97KfuF8LopSYx37Tba06/6Xd1uOc87FXAUqONqZSrn83G9tCtJAxk0Rb+97xI4NaGj5J77GtoJvl8Tjczj5Mfl8fVyFOT98FmJsjHf3aey8B4fxY4MYE8cxBxIf1ikabPY6v9XRrW/5Xm9NeRUOS8RrXqBuBsRdWmbccHTNljJY8PcCQ49QPcHR+Fn1C5hW4fhq9+enNclt3I6VaCN7Gdcr99IL3kNaOx2SR/30g2kGDw8EFiCDE0IYrTQywyOu1rZmhoY0OAH3ANAaAfAGvC4YfBYXBUn0cNh8djakji98FSsyGNziACS1oAJIAG/4UZzvqL/h3jmNyvIuM5SjPkMgKENSJ0ViRz3Mc5hBjeQQ7p0O+9nuAO68Efq1iWYjOT5vEZTDZLDWIa0+Mnax873z69gMLXFjuvfb7tDR2dDaCV1eK8ZrYixiKnHMPXx1l3VPUioxshldoDbmAacdAeR8Lu4/xjj3H60tbB4PG4yCbvLHVrMia/8AuGjv/uoHwz1CpY3jfIZeTvyUF3AFk+RbYfFM8tm+6L2vac5pB7tDd72FJMTyzP3qFqefgGbqPbD7taN1mt1Tj/T/AM37H/w7Q/nfZBs8BxfjeAknkwfHsVjJLG/ddVpsiMnfeiWgbCYXivG8Ldnu4nj+Ko2rBJlmr02RyP3524DZWi9P+TYx/pYzk9i1k46MP1cs78nI2SeMRzSB4c5mwdFrgNfAC82H587kmbh4xY45nsEMtQmsUrcskTHuibppe0Nc50b/AL2kBw2NhBYDWhzSHAEEa0Vp8bxPjWOd1UeP4mq73/qA6GmxhEuiOsaH7tOcN+dEj5UY9Hsjd/SeQw5PJ277MdmrVaOxbf1vbEwjQLvlePG+suIuSQTPw2Qr46/XsT4u5JJDq4IWF7gGB5fH1NaS3rDdhBYcOOow3Zr0NKtFanDRLO2JokkDf2hztbOtnW/C10nEuMyZ1uek4/i3ZZp2Lxqs98H89etqB4v1uxWQyFatHxnPwxzy0x700TGtZDbPTBOfu30uf9uvPzrS2NP1bxFnPVqrMbc/SLeS/SquW9yIxS2tlvSI+v3OguaWh/TokfjuglWU4hxfJ5WHLZLjuIu5CEtMVqenG+Vhadgh5G+x7j8LeD7Qqyg9YsfYn64OOZqTGw5b9Jt5HoYIYJzL7TfLup4LtbLQQOob77A6cd6lZCX1az3HJ+P56WhUgqCD2scT0Oe+Vr5HO3+w9LSD+AUE/wAvx3AZixBZy2DxmQnrncElqoyV8R3v7S4Et7geF1Z3inHM/YgnzmBxWTkrncL7dRkro/n7S4Ejv+Fuvjar/mnqfXwGfyOApcbzOayVDGtyUzKjGBjYD17cXucACOg9vJJGgUE8jhZHG2ONoYxo01oGgAtNyDiHF8/Yis5zj2Jyc8QAjkt02SuaN70C4E6/hRXkHqzRxz2Q0sFkcnPFjosnkIoZIo3U4JGlzQfce0OkIa7TG7P2/wAhbHJ+olUz42lxvEXORXsjRbkYYqr442srO10yPfI5rW9ROgO5Oj20Cg32c4txvOVYK2ZwOMyMNf8A5MdmqyRsf/pBGgmS4xx/JtqNyWExl1tJwdVbPVY8QEeCwEfbr+FHcr6hz17VbFUOKZXIZx9L6+1jmSwtdUhB1/UeX9HUT2DWk70fjutDkvXbjFenUu1cZlrtWWrFbsSRwtH0sTpzA73ATvqZINFo2e/baCxpMHiJMXPi34ui6jP1GWqa7faf1Hbts1o7JJPbue666nG8DUwb8HVwmNhxcgIkpx1WNgeD52wDpO/nt3UEZ6yUXWaWObxbPPzF2e5XhxzGRulEtcs6muPV0tBEjTsnQ77Xqr+rFO3iaJo4DJT525enx7MP1xNmZNB3m6nl3QGNHfr3o7bryEExZxzAR4J+DiweNixbgQaTKrBAQTs/YB0+f4XHGcW43jKUVPHcfxVOCGYWI4oKccbGyjxIABoOH+ryona9WMTX4vNlJsXfiyNbJMxVjFyOjbLFbeftY55d7YaQQ4P6ukgj57L35PnzMRw05vP4O/jLUlgVa1D3IppbErzqNsZY8sPUfyRrR3od0Err06kN2xchqwR2bHSJ5mxgPl6RpvUfJ0CQN+Fzv1Kt+pJUu14bNeVpbJFKwOY8H4IPYhVhxb1IxeG4fl5uSPyrcnhrMcV6Gw+KaaSSfvCIzG4xkO30tAIA0d/JUq4FzeHlF7J4qfGWMVlcaIn2K0s0Uo9uUOMb2vjc5pB6XDzsEFBs6fFuPUqhq0cFi6sBhMBjiqMa0xkklmgP27JOv5KziOM4HDCIYfC43HiFrmxCtVZH0Bx24DpA0Ce5XDnfJafEOKX+R5CKaSpRj9yVsQBcRsDsD/dRjHeq2KkuWIsziclgYG45+Vqz3gwCxUZ++TTXEsI/0v07RB13QWH8LQM4ZxSPNzZuLjeJZkp2OZLaFRgkeHDTgXa33BIP5HlaDjPqS3Mcjx2JscVzOJZlaslvHz23Q6mjYGkksbIXsOnt7OA8rxcI9W63LruDOO4xmYcZmWS/T37DWMZ7kbC9zNdW/jQdrpJ7AoJ4cNinRUmOxtIigQaY9huq5Deke32+zTSQNa7LW0uFcQpZNuTp8VwNe+15kbaix0TJg4+XB4bvZ2e/8qQog17MRjGZp+abQrNyT4RXfaEY910YOwwu86330tgfCIg0Wd4lxrPXK93NYHGZGzWO4ZbNVkj4+++xI2O/dcszxPjWatV7eZ4/i8jYr/8AJltVGSOj777FwOu63aINPnuN4HPV46+bwuOyUMTg6NlusyVrCPkBwOv9lnM8awObxcWLy+Fx1+jEQY69isySNmhoaaRoaHbstuiDR5XinGstjauMynHsTdo1NCvXnqMfHDoaHQ0jTe3bstrSq1qVWOrTgir14mhscUTA1rAPgAdgF3ogIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIA8IUHhYcgrXn/AACfJ84i5ZjamDvzyUBRsVctE50Za15e17XN2WuHUQR4II/C8svBOU4/PYzN8av8fxtlmGOLswMpu9hg933A+Jm+2vGidKV8h5jBhOSYnD3cTkOjKWG1a9xrWmH3S1zuk9+odmn4UnBGt9ggqoemmah9Da/BI8rTmyde622bcsbmxSFt76ru1vcb8dvlSLmvGszyjh9ak61Qq5atarXY5Wte6D3oZGyNGj9xaS3X+6mnbt/KyCCNDuEEI5VgeQ8s9Os1x7Kz42rdyED4I5K/W6KMEdierRP89gvHyjinJMzisBcN7FVuQ4K4LUBayR1WX+m+NzHA/cAWP8jwQtt6o8rj4phK7o/e+vyNgU6DYqrp9zOa5w2xvcjTSfjwtjwy+/J4GCeaPJtkYBG9+QqivLK4Du8sHYAn8IIC/wBNM1kcq7kGZydA5aznsdk7Da0bhDHDU7NiZvuXEdy467k+BpTPj/G58fz7kfJH2I3w5avThZEAeqMwe7sn47+4P+y9FTktS7l8/ia1ew+1g/bE7en/AJhfF7jQz89u3917IstGOPDM3a81CJtY2Jo526fC0DZDgN9wAg13qZx+blPD7WEr2I6753xO9yQEgBkjXHsP/TpRvn3p5Z5PlMpcgyMVZt3jkmHaHMJLHul9wPP8dta8qeY67BkcbWyNR/uVrMLJon611McAWnR/IIXXx6/Jk8VHdmx1vHOkLga9pobI3TiO4BI763/YoKizvpjzDkdixZzuexnvPwz8XDBXruEcW3xv6+o9ySY+/wCNj8Hcitemr7mQmlt3YTVnzdnITRNaduilptrlm/zsbVlAsJ7EbH4Kz2Ox2QVT6a+nOS4vbxkM9His1bGsLIsjHUc27K0N03fw13+o99qYemvHJOL8ShwtmeKzJHZsT+4wED+rM+QefwH6/wBlJQWgEA718BD4CCFUeOZvHeqGY5HBYx0mLysEEcsbg/34zE1wHTr7dEu+fhVnyfg/LsDxzDYePMVp8BT5fUuQsiru9+Vst8S6lPjTS8+Nb7eNK6+J57Hckxj8ljHvfXZZmrEvZ0nrieWP7f8AqaVtvt3o6/KCmc36Y8vnpZDB1s/ja2Bs5v8AVe0DjYfuZspjd8Ab6u4/heu56Y2oeVZrI43H8ZyNXM2RblOVrPfJXk00P6ddnNdreu2ircJHhNgHWxv8IOuu0tja3QGgB28KreVen3KLGf5hLgs7QpY/lteOO6Zq7pLEDmQeyfa79OnN13d3HchWtto3sga8oS35I7oNTxDGy4bimJw00rZZKFGGq57RoOLGBpI/vpQznvp3NluaVeW4+rhb1htE0bFTLRF8TmdfW17CAS1wOx4IIP50RZOx/CzsfwgrvM8MzFni3Ha+OfhqeRweSjyEMccDo6jiA9rmdIOwOmR3cfOivHzTg2Y5JZwOduRcds5jFmaOSCeJ8lWaGTX27I20jpH3aP8AZWcOknYWHEAnZAA+Sg0PC8VPicEyrZq4qpJ7j3mHGRGOBuyT2B7k/k/JXRz7GZHL4NtHH08Nda+YfU1spE58Usej2HT4PV0nZBHY/wB17OK56lyOnZtUGyCOvcmpvEjek9cTi13+2wt0NaQUDmOH8o4vieK0Maaklh3M2XK1f+s+pRj9ib+n1d39H/sCew0pFkvSW7msFm7GbyVWfkmTyVXItmEJ+lidW0IYeje3M11B3jq6j4VugtI32Ok7Hfjsgqt3p1cyHF8/hchS49hTkooRXmw0Dupkkbi5r3l4HXp3TppH5877S7h8fNWPeOVOwJY2MNjdj/cDnO+XOD/G+3YE/PdbTkF+fGY59uvjLmTe0gfT1Q0yEE+R1EDt/defhfIKXK+K47keObK2pkIRNCJW6eGn8hBBMX6dZ5npRm+A5DJ4817X1P0dmFrg5vvTPl+8Hzov157gL0cZ4Zy9nO8Xyrkecx1l1HHTUWU6kDmMaHlh6w493E9HfegOwHyTZg07fg6TsP4QQDiXEs5jLnJaORsY2bA5i1ZtBsYeLDTL2LSfHj5UY436VZXDYSPBR0+KyVq9OWpBkTWeLj2vjdG1xHhrwHdz1Hf8K5gWnwQf90+38hBVjvTW85rWnIwgBuGb2Z3Ioyh7/n/NrQXk4l6Y2uOZOKCtj+MWaEGRNuG5YqudeYz3fc6d+Osb0H77aHbsrE5HyCjgp8TFbD3OymRZj4egb1I9j3gn+NRlbo9I8lo342grI+nNwcEPHzkIBIc/+q+4GEjp+r9/o1+ddtrZ5HjfI6vqDb5Rx61i3NydOCrbhvB+4/ae4h7C3sdh7gWnXcDup328dlnsgwN9I3relFqXHpKvqFl+TusMczIUK1QQ9PdntOkcTv5B9wf9ltOV5qrxzjmQz11sjqtCB08wjG3dLRs6H5WpznNMfiMxxzH2al145BMYa08cW4439BeA8/BIHZBGOV+nVq1zu7yfGY/juSGTqww26+Xic723xbDJIi0HWwdOaR30O69N/hudo8jo8m4zbxUNyLENxdujPC5lV7WnqY6Po25nSerQ7jR0rGa4bI7dvK5HoA2dAIK4vcY5hX5DFy3CWsIzLWcYyjk4LDJDA/oc5zHMI+4a63dvnstBQ9HbFXCzUK2XgcJaUED3vhLeqVt425H62ezi5wA/lXN9vyR38LPbwgozN8b5ThvV7Cy4I46WxdnzF4TWY5PaibKK+mu6P832/wC63MHpfk8VFg8zicrXsclxt65bsz2GFte2beveb0jZb+xnSe+un5VtHpHc6GvkoCCO2iEFXV+DZ6DCZZ04wGYyeeyX1eVgu13fSOiDOhsbfn7Q1ncg779lqm+kVs8ImxM9ukyePNMy+PqtD5qVVzAAIOl56jE4B3UO2us9IGhuw+e8obxHCyZebE3r9aFrn2DVa0mGNo2Xu2R27fHdOS8oZhuKDkTcTkMhWEPvyR1WtL2R9HWXEEjwEEIyPppLnuKZLD3cfxrDTTT17Vf9Oqucz3YHdbDKXaLxvtrQ0C7v3Un9NeOXcHNenu4jjOOdYZG0DEQvaX9PV3e5wG/PYa7d/O1I8Hka+Zw1LLVmubBcrx2I+saPS9ocN/zorz8u5BR4zhxk74kdB78MGohs9UkjWN/93BBHP+ICGzY9IeQQ043SWHQN9toaXbPuN+B3WiyXp1m+V1sxPynK0ortvByYmiyjC4x02yaLnnr7vcXBv47DW1a22O2Ng/kLkNeUFX8d4XzFvN8Fyrkmaxs/6VQnotqU4HNZp7Wf1Op3cuJaNjsAANfJMo9MeOTcT4JheOTWY7UmPrNhdMxpAcRvuAe6k5I3rt+fKEg9h5QZWVq8NmcfmBdOPnEwpW5Kc/YjomjIDm9/xtZo5J9jL3qDqFuFtTo1YkaBHN1Df2HezrwdgINmEXEaPbf/ALrOx+UGURD/AHQEWAQfBB/snUNA7Hf+UGUTY/IQEEbBBH8ICKLc45hDxWfHC5icjYrXLMVY2oGtMcL5JGxsD9uB7lw8AqUA6bs9v7oMosbBGwdqO835ZjeI0advJx3JRduMpV46sJlkfK8OLWho/wDSUEjRaLhnKMVynGz3cY6dv01l9WzDYiMUsEzQCWPae4OnNP8AYhc+Xcix3F+O3M/lnSilUYHymJnW7RIA0B57kIN0ijvGOSxZ90/tYnMUBCGnd+oYeve/27Pfx3/uFIkBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERBWnrndpY67wW9kbcNSrDyWF0ksrulrR7Uvk/CivrValyXO+Pw2Mji4+Kz4maeJ1+7LXqT2S5nSS+I93Bh6mg9vJHcK77NeKwA2WNkgB2A5oK6p6FWxAIJ68EsQ1/TfGHN7eOxQUHnKU0vp7w+C/zzj+TsUvfLobt+WGllWdTmtHv76upg6e533VrejuXp5308xmQoY2XG1yHxMrPsGfo6Hlp6ZD3e0kbafkEKSzYyhNCIJqcEkTfDHMBaP8AYr0wxMiaGRta1o8ADQCCpv8AiQmirf4FsTZkYaOPk0XVdIYRD/Rl+49fZaz1C5FVPD+NMbzWS9hLvIGU8tmonhhZD0yO6euPQZt3ts3/ANSuqxBFO0NliZIB3Ac0ELpfjqb4DA6rAYXdzGYx0k/2QULwLFcWzLvVOpiYJn4QS1pax+onaXllUfc1/V1kdXcd9H+ykPH3VOZ/8N8VepmbF6ePBuZI+jcPue+IP+W4g/z3B/Kt2KtFGwsZExoPkBoG1iCrFCCIomMafIa0AIKp9EaXFMr6c08VDnLOVdPiav1tM5R8nsEM/b0g7i77Gu37f4Ud43yG1J/wx3Y8Bk5LOWox2YpvYnMliu36t/8Ac9Qj8b7q961GpWc91etBC5/d5jjDS7++vKyyrBCHCCGOIO89DQNoPnDKyYek/Lt9PM3NNjHcMuz5OSG4+drJgxvsvcXE9Mp7/gkefCkfF8PBxfmvCJm5K++XLYG0/JzWLL3++WxRPa5zSdfb31oBXPBj6cDZGw1YI2yb9wMiaA/fneh3Xea8Z1uNh0NDt4CChPRaelgec4/ButYvk1q/WsGLkGMyj5ZJGsPURbgcT0OPwQSN9uyv/q7A/wALzVsdRqSOlrU68Mj/AN744g0u/uR5XpcOwQU76A8v4zX49Px6XO49mYdnckG0jO33dm3KR9u9+Cq4fmMZkK2LzWQyN2fmc/Nq8dqIWZf/ACcDbzY/adH1dMcfR0+R36l9Qto02ye42rXa/e+oRDe/7rDcfUbI+RtaAPeQXOEYBcR4JKCmcZwqDm/LeduymayzDQ5BGMe2K04MqlsMLy5rd6JdvXfwB28ncX5fdpfTc2u5TIXYefU8lIMDELT2S9ILBVbDHv7mv+fz9219Jtga0ktaAT3JA8rrfQpyWGWZasD52DTJXRgvb/Y+QgoDl3M48Li/VqlmMnLHmJ44xQqdR93bsdFtzB/oD+okjsNFdXqfJUpXavJsjlMRnYqWAg+pwNzKS1LDSAX+9X6Tpz3B2tEd+n9y+hH0qr5vefXhdJrp6ywF2vxtcbGOpTvY+epXlcz9jnxAlv8AYnwgoz1flqz5DG8jsX8LZqxYZsj+OZjKSUnjrHV7kb2nRlP7fuB8DuF5ObZOznuS8dZkJ6+L4xc4221SgzVyaswzvA/fIz/8s1vw4/kjav8AsY+lakD7VGtM4D7XSRNcR/uVmxRqWYxFarRTMb+1sjA4D+wKDQelTLcXp9h4b2ZrZmzFXEb71dxcyfWwHBx7u7a7/KhvrXksbFzTi+J5Pk5cfxezDamuETuhZNLH7ftRue0g6PU53Tvv0q2Io2RMDI2NY0DQDRoBddqrBZ6RPDFKGnbQ9gdo/kbQfLvGchja/H+NYaxenwvDMjyHMOtyusvhJEbuqGKR37vv+46J2eld2HY3ONweMw2RzVLES87sxRf+ZlZMav0crunbjsNPkfwvpmWjTmh9marBJH1dXQ6MEb/OlzFeLt0xMGu400dkFA2cbDDhPUHicHJIuP4+lnqTKJu25fpx1QQzOgfJ1dYY89QP3fP+ynXoDlaFvEZjFUsTVx7sZf8AasOo3nW6UzzGx3VDK7vrRaC34I/kqwpadeVrmywxvD/3hzQer+65VK1apEIasEUEY8MjYGgf7BB2n9wXz7wzkFmT/hKaziWRY/L0cP0OEDiZa7uo9R6R3BDe6+gnt6guqKtDECI4Y2B3kNaBtBTXoXVir8oktY3kuBt0p8c0T0cfkJrLzICP67/dJLXHZB/Ox+FbfI33WYDIPxrA+62rIazT/mk6T0j/AL6XfVoU6rnOrVYIC87cY4w3Z/J0vSgor0yucUj4nHncVflyfO24meSeCzcf9TLabGXPY+Lq/wBfbWu3worxLM4d2U9Nsji8tczPJr4mlzVj6mR4dM6nI4Qyd+hv39WmfHSvpWPHU47LrTa0AsP/AHSCNvUf99bWYqNWHftV4WAu6/tYB935/ug+YMJcwOXm9McxPkJ8nzK1yOOXKONh7/pj0WNwubvpj0ewGt/apx6f8Ig5NbyfIclmcu+9j+Y2Zqn/AJp/RFHDZJ9prd66X607e+3YaCudmPpxv62V4mu6uvYYB935/uu2OFkYIY0N27qOh5P5QfM+Lbl8hzC7kMnyPDYjkFbkfSPrMhOy02v72mQxwfs6Hx/gdydr6aZ47rokx9OWwLEtSu+YftkdGC4f7r0tCD5g9XclgcpW9Sm8puWpM1SlNTD45tiQezAI2ubK2NpAcHFznOcQQANdtd/oDH4fH24MJkbUAltUYAaz3OOoy5gBIHjeu2/Plbd9Go+Z0z60LpHN6S8sBJH43+F3CMAADsB4QUpyXldLjnMfU+HMZOSGWbGVHYyv1H3Jv/Lyh3tNHc/f514+VouGYdnLbkMOayOVkqV+CYec12W3sbLO+KT+o4g7LhrfnuTs70F9BSUq0k7Z5K8MkrRpr3MBcB+AVzbBEzfTGwbGjofA8BB8wy5DK5rH8Ai5JlKceIm4v7olyl+evBYuAhpc58fmUM7jZ/JV7+kjLUXp7iI7uagzdhkRa69A5zmSjZ6dOd9ztN0NnyQpHNQqzwNhmrwyRN8MfGC0f7LugiZCwMY0NaPAA0AgrD1xtxMzXE6mdtz0uJ2LkoyksczomlwjJhZI9pBDHO3vuO4HdRzlL+JmbhtChlYv8AWbtz9RljyD/Y98R/0InydW2sJ6+29baArxsV4LETorEMc0bvLJGhwP+xXT+m0PpfpPoq3029+z7Tej/wC3WkFF1Jpv/B71Qr07klzjtd9pmGnleXf0PZb1tY937mNk62t/9lP35bHZj0SyE+KvV70IwUkbpIJA8B4r6c3t8j8KdMrQMgNdsUYhPbo6Rr/skVWvFGYooo2RnyxrQB/2QUfl+VVT/wAP3G3YjOBlR7sbjMpcpS7fTicGNm+5p2wgdt+R1KAcjk43I71Bp8dv2KuBidgPatGw98TP/Mv9yWN0jj/ufH2r6sFGoIHwNqwNik/ewRjpd/cfKw2hVDOgVoA3QHSIxrQ8BB84ZNsuMdzeb00yWSvY2PFVxctMsvs7sGUe7JG7v94g6ien+Fv8RPhKPOJq/p9lp7eEk43YnyLYrrp4WTBo9lx2T0yEdW/nt3V5wVIIIzFDFHHH/oYwAf8AYLhWoVKzXivWggDyS8Rxhocf515QUhwbi1jFel+O9R6mRy2R5LW4xPIRYsOl+rkMO2At/wCkjsB+VouG2+Lzc99PRgc/ksncylO1+s3vq5ZBJM6psB/fpa8O6iGgfb/C+kRG1jPba0ButaA7Lqr0atdvTBWhiHV1DoYB3PkoKU9F8Vx7E8tz+Mt8jvtysXIbogx9jJv6p2Pa0iR0RP37b36lufTt2L4/6rc+41UvGMv+ilo0ZrbpHEmu50hYHuJ1vROlaIx9X6r6o14TP/8AM6B1f9/K5ipB9T9QYYjN/r6B1f8Afyg+asdfj/SMLkq2Sun1Gl5E2O1W+pf72vf/AK0boer/AJQi/jWu67ji3/4OyvMJsrmJMvW5mYqT/rZA2tH9a1hYG70WuDnb2Pn8dl9HfQVPqzbFWAWCNGURjrI/v5XL6ePXT7bNb3rXbaDsA6mA776C+ZfVTN4iyfUx/I8lkf8AEOOkdXwOOhnlaYYm12vjsMYwjy4vc53wG919NBp7rofQqPmMz60LpXN6S8xguLfxvzr+EFGckznIOG5GXE4iW1YdzilX/RpNF7amQ6GxTf2Z7fRL/djlqefYuyzntni+Vy+Pp4mjga0eCly2Qmrgu+4SzMeztJKC1m+rxsa8r6ONeM9O2NPR+3t4/suu1RqWiz6qtBP0HbfcjDuk/kb8IKOyktabkHEcf6i5v3MA7jbXx3G2HwUr977OuRzvt79H3MafyT8K4+IMw7eOUmYGwJ8a2MCtIJjKHM+NOJJP/de6zQq2YfZsV4Zoh4Y9gc0f7FdsETIWBjGhrR4AGgEFef8AEPYgqcEp2bEzIYYs7jZJJHnTWtFuMkk/gDutJ6u8kw97PcKrX86yHhmUZcntW4bJjisPiaz2onStI+09TzrY30a/hW7ZgjnZ0Ssa9v4cNhdb6NV8LYZK0L426LWOjBAP8BBWP/DdPXn4xnvoPrG0Gcjutpx2XPL2Q7aWDTz1AaOwD8FcP+JWcV8XwyU5aPEBvKqu7sgaWwf05fvPV27fyrWhibENMY1o/gaWLEEM7emaNkg86c3YQfMlZ88/B7OMgzNqUTeoFaM56jIY/wBQ9zo63t+O37O3b7ey9fP6EWCwnq9xrHS24sbFXxU9eOWd83RLKXe48F5J2SxpPfyvo5tWFrWsbFG1rTsANGgfysmvG4vLo2Hr/dsDug0vFMVlcbXd+p8htZn3Gs6DNBFH7eh310Ab3/P4UgQAAAIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIVjaDKIiAiIgLHdZRAREQEREBYKyiDCyiICIiAibRARAiDBQLJRAWECygLBWUQCsLKwgysFAs+UBERAWCsogLBCyiDCLKIMFFlEBYKyiDA8rKIgwUWUQEKIgwsoiDCyiICIiAsFZRBjusoiDCyiICwdrKIMBZREGDtNLKIMIsogIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIHyhOlgeVh/hB1zWq0IcZrEUfSAXdbwNA/naxYt1K8YksWYYWOIAdJIGgk+Bsqh/Uc8LHrZmJOatdeqt49VFfGGJ8zbMhfPrUbQep47AfjqJ+NjV8dxkGFn4jU9XK5mxcHFfaqi7GZ4ILJk26N/Yj3fa9to+ftIag+kBIwkND2kkbGj5C4maHQPus0T0g9Q7n8L524Jfn4pe4ZluUDIVcb+l5SCt70Uj3+260H1o3N7nr9oN0PPx5XRi8VNyXiPCKeUp5SCC1zDIyWIJOpkvtOdZd0v+Q0+D/fSD6Qq2a9uL3qs8U8ZJAfG8OHb+Qo/6j8ju8U4zYzlXByZeOq10tiOOdkRZG1pJd93nx4XdwriuG4lSs0cHW+lqz2XWPYaAI4i7W2saAA1vbwvF6wskm9LeTRRMc978XOGtaNknoPZBIMXfiu4mtkNe0yeBkwDj+0OaD3/AO67YLVazv6exFLrz0OBVL82zlDK+jvGZKsk9zADI4+rnpK7JNx12691rgAHBvUGhxHwT+V7PQ1mGd6lc6s8dwjsThJYcd9C1tP6eKYNbOHSMbodiR8gH5+UFjc55FDxXjkuZsV5J445YoyxhAJL5GsB7/y5bOO3Wka9zLEThH2fp4+0/g/hQP8A4kYjP6Q5WIOnYDLX63wb9yNvvM6nt13BA2d/wop6ZYTjF71Byk3GcMw8Sdg2UMh1wH2L9v3erqPX/wA1wZ1dTjvfX5KCyr3KJqPB8ryfIYqSuMbFZndXbMx5kZF1EEOHb7mtB18b0Vs62XZcxDbVFjJ7T6rZ21RK0P8Aub1NaT4G/Gz2VKcasUv/AOnvnXF6Y9u1Tizf/lGxlro4nT2DF0jWunoLda+NLj6Y4rCy8+4na4VDK2Khh3/r15rHgTPeGdEcj3f8x++o/PT/ABtBa3AuWP5RXyf1GLlxVvGXnUrMEkrZNPa1ruzm9iNOC22Iyc12/kIZKQhr1pGtgnE7HicFuydNO26PbRUB9LL+PbzbnmBslwuzZ2ay2F8bgHxe1EN78ELy+m36RhPUTnfHMZWgxsk9iKejUgh9qNzRXb1FgADR9296QWu21VdYdXbYidM0bdGHjqA/JHla7G56hkc5l8NWdIbeJdE20C3TQZYxI3R+ftK+euM0sc7G8NrUKc0XqNHnWPzEhgIs9PuO+rdO/XeIs3rZ7/YGqR4Hj/C+OetvJzl4JqlmzZoT4brsWNT/AGadr7tP1J5B8f2QWnxPllPPQWX+39K6HIT0mskkbuQxO6SR377/AB5XryOb/Ts9jsdLUkfBf6mtsMe0iN4GwHN31aI39wBGxo62FQtniFI8F5LyRuOks5yPlb3Vp3tL5IGNuN7Q7/YCNk9OurZ3tdXLsc+1zrl8HJM3QxN2bIRHD2bWLkmssha1pj+lkH/V1bDfnyg+k5rEFcgzTxxh3jqcBv8A7rmJIzsh7True/hfM3qjcwrr3qWOVYixlc5HRZDgWSUTL0Q/SdXuw7+2PUnuOc/sR0rYPz0OCi57RuRXX3szx6gcXXhge82f/ImNxaQOkBrgdkkaQfQ0typCxr5bMMbXkBpc8AEnwAu4EEbBBC+YMtjJJr2Gj5dPjKuHfxClDjn5fHvsQNl9v/zOtECOb/l/9RGteCr+9O4HVeC4OschLkjFRij+rlidG+YBoAe5ru4J1s7Qb2azXhDjNPFEGt6iXvA0Pz3+Flksbw0skY4OHUNHewqq5vxmhyX12wsOZqS3cbDx+d76z9mtJJ78fT7jf2u13IDu2xvWwFCOD5CLis/DL+cbbrYms3N0WP8AakLWf+a/pR9IH+hn2/x2CD6KdbqtZ1vsQtbvWy8Ab3r/APSum7kKtahZuOkD4qzXOk9s9R7DZGh8/wAL5QvYmbkHFLd27hsg1rMfye1XgnY8OZJ9VEYtt/1Dy0fBW95Txu1ia93H4+M1+P1uSUZMiZq77EUkIqN/qSsb+9pmLes/nv8ACD6J45k5cngq2Tt1foDO0P8AZfK1xYCewJHbfjsCV32cjW+nnlrzQ2HQba5jJWj7/wDSSToH+6+f72GqS+kOao4jN/qFG/ybHOaMTUfBDVDrUPuewD26excentvatBvpnw3E4vOx1cJVkrZGKOSWpJC18PXCwhrwwjXUdklx2STsoJfg7dm7hat29SdQnliD5a7pGvMR/Bc3sf7hd8d2pJsR2oX689LwdKhYMrLc/wCFrGMxNq//AOVgpVMwYBJ78MPUz6gf6tiNx8d1GM8ME7Kc0bwfB/R4uHjtKQGpSMIse3aPU9renqf2/wA3zpB9S+9F1dHuN6tb1v4XGC1WsF7YLEUpjOnhjw7pP4OvCoTkGdu8s5ZyCxwltyQx8Lsw0rwjc2OWwZPDOry4fkefhd3ohj8MzlGPtYrO46OeHFmG1j6WLlryTElunWHO8vaQf3d+5QXvI9rQ573dLWgkn8BQzifOjymxDZxHHMtLg7D3Rw5Z5ibFIW7+4ML/AHOg60HdPdSTkdJ9/AZDHxSe3JaqSwsf/pc5haD/ALbVGcH5dl8bR4Bw/HSOgytOo/G5jDSQHrY+Cs/Uu/8ASXsb3B0epBfptV/cNcTxGf8A+X1jq/7KNcN5bYzXI85x+/gp8VexAhe9r52StkZKHFpBae3Znj+VRXEJMHK/03sxYS5Nyv8AXGSckyktB4mhmMM/VHLK4dWi7s0b10sHxpWnx/K0KHr/AMuoW5XRWL9PHfStMbtS9Ecpdo612CCQ8b5fayHNcvxa/gJ8ZZx9eO0x77DJWzwyPexrh0+O8Z7HutyzJWZORuxrKTXVG1fdNsWGECTqA9vo31b0d71r48qCMydWh/xE5KO88wfX4GjHTLmnUz2zWepoP/1BeUuwfG/+IkT+xDj2ZfAOa58cBAs2jab+4gd39P5+EFp2LlSs5jbNqCBzz0sEkgb1H8DflcrFurXDTPZhiDv29bw3f9tqk744pV9VuUy+pmNgsCd0DsJNfqmeP6cRtBbF2Ia4SB5IH3HYPjSjXqdLibOQ9SKvIMHNlMx9C2HitdtAzhlc1Ptkg2Olmpesud5HTr4CD6WBBGwQQfwsqG4jkmMwXHOI1sm+wybKwV6tcMrvk3KYg7TukHpGge7tBTJAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAPlCnysOOgg1EOAx9flFvkjGvN+3ViqyEu23ojc9zdD4O5HbP9lsw1ssYdsFp7j5UK5VynPO5geJcSxdG5fioi7csXp3xwV2OcWsb9jXOc93S7QGtAb38KvfRvl3KH8G4nxfj1KjcyTcGMhdnyVh7YmMMjmsaC0FznuIJ/AA77QXy6NrtdQDteNjwnQB2CpK/66WIuPfqEXHAbj6/VXpmz90s7LL4J4genv0Bjn9Wu4+Atk/1XzOQy2No8Z47UyH6rcmr05ZLnQzoihie6R5AOgHSPBA2fs/nsFtPkjj/AHva3f8AqOlyIBHcAgqjfUnJv5d6H8pvZ3GVq+ZwL7Nc/TTOcxkjCPvjd2Pf7VP+bcrt8epcfxuKpRXsxmrDalSOd5ZE0iJz3ve4AnTWtJ0O5Oh28gJkY2FnTodP40sNY1v7dD+wVWT+qeSxgymFyuEqv5NVyNWhUr17BEFt1kbicHOHU1vZ/V2Ougrqk9Tc9hbHKaHI8TjZ8hif0+KnDjJ3uFqa51iOMmRren7mjv37HaC15HjXTtuz8LDdAdPS3f41pfL/AKvWfUB+fzgNirSzYp4d9CHHWZHRg/VzEscXBv7iNH4IXrf6s2LvqJBzisJ5uOwcYlZFTZJ0Ca2H1nv/APtMjWd/B2g+lxH89gsNEYOuwJ/HbarP/wARs9xzJOq8+xONpxyYixlIZcdO+RrGwAGWJ/W0bcAdgt8/gKPy8m5LN6h8R5FySnj8XizichehrV7MksoZ7THf1ewbsN/G0F3EBpLu2/k6XX93X1DWvyqc4P6sz81ymOxV7HY5mN5BXlETalmR89UdJIEx6Q0dbT2LT2P58rq4Pw7DRer/ACyB8uTkgxf0ctSKTIzuZG5zS49i7R2QOxQXSI2kl4DQT5Ou6yY29nODXEeCR3CpfjXrXJmeQ4tkVXHfpeTyT8fDFHM99xn3OayZ7ejpa1xb432BB33W+qepGXk9QRwGTARszLJvflJn3F+n/E7Xa7uJ+3p+HfOu6CymjewPH9ll0bCQ57Q4jwSN6VR4HkvOj6zcrof4dE9OKDHf0zlW9FdjvqP6jR0+XdPcf9IVttkJ1sIPDn8NSzmGvYm8HGvdrvrzdB07oe0g6PwdFeijQgpUq9SAf068TYo+ruelo0O/+yg+R9R2YgcxZmKQhm4+WSwMY/f1kMo1AW9vLpNx6+CFnH85yTv8Yx5HEwwTcZow2ZGtmJEj31vfczeuwH7d9/ygnr4mOAD2teB42NrmB20DpUtnfWmSCejUxsGHhuOwVfL22ZGzIxoMzepkMZYxxLjo/cdADXY77WlxDNjkXFcXnBXkq/XVI7BgeCHRFzQS07+RvSDavad72NrDGMewb6HNHjsCFDuX8pzNflVDifGMZTt5a3WktyS3pnRV68LCG9Ti1pc4lzgAAP5PYKu/SXl3IoeJYPjWNqULefyFjKWpprtiQV4I4rj2nuAXv2XBoHbt3OvBC9+ga19v/ZYLAWkHpIPka8ql5/WrJV65ik4xG/JCK5A2pFZ6uu9XlhjMLXdPdrveDgdeB/K7nesV29Vw0vHsA3Jfq96vSrsNjo06WqZy5x6ToNI6T/3QW/IYoYwD7cbN/wAAbXNgLhvY0VT/ACLJTcy9POd4vleJpMynGzI3/wAtI90XX9MJWSMJ0fD/AJW+t8rsca9MuLSU6ovZPJx0qFKKWQsY+eVjQHPfo6aO5Pyda+UFhmMFpb8LVRcdx8fKJuRgSfXTUm0n/d9hia4uHb87ce6gNz1QyfHTncTyjFUn53HxVZKcePncYr31LzHG0F4BYQ8dJ3vt38dhix6mZ/j1nP1uX4bGtlxmKgyELcZZfJ7plkdG2Il7W9+oDv47oLSa2JhDGhjTrwB8LDYmsJc0BpPkga2qo4xe5Ta9cqL+SVMdSdLxqZ0VenZfL0/+YZ2eXNA6h28bCta7FHYqywTFzY5GFri1xaQCO+iO4/ugyyRjyQ0tdrzo7QQxe57giYH/AOrpG/8Auqm4FhKL/VGTK8PbYpcbx1aapclNh8keSsl7f2hxOxH0nb/kuI+Crd39vUBvQ8IOLY2gkAAAnZ7fKyY2l2yAT+dd1V/p/wCo+V5Ry61i7DMBjvpZp2S4qaxK3JxtYSGvLC0NcHaB+3YAcO5+fTU9SrE3CeM8h/TIg7NZyLFuhEh1E18z4usHXcjpB1/KCx/b/wCrsP4WPb7g7Gx42FVjOf8AOsnl8zBx7iFO1Rw+cbjrE0tlwkmZuPrdGwDy1ry4lxA8Ab+LVb3AJ/7IOl4aZP6gafx1aWewP3dPX8b8r58scho5fm/N8ryDjmazVTj+RNXqr2CyGhBEB9zQHtLnOcXPdrZAGvhbT13ih/RH8kxuByjrFiGCwOQ17LujGxAt/quj6+rTWDqIDe/ygu52n6Dvjxtd0fhUL6i07I5pkeW5fj2fz3FDi6xjnxWScz2egSOll9oPb17BZ42ftV08Xno2eO461i5TNQmqxPqvLi4uiLQWnZ7ntryg2XysoiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICwQsoggnKfTuPL8rfyGnnsliZrVNtHIx1nDptwNcXNaSQS0jqcOpujpxWrxfpPHgqGEj43yTIYy7i6Bxpt+3HI6xXLi4NeHDRIPgqz0QVvjvSTjVLIcbutdakkwMdlsXW/fvusdRke/8AJJe8/wD1Lt4b6V4bi5wH0F249uEdcdXEhaer6h2zvt/l8D+PKsNEEIuenOOs8S5Px437bYeQzzTzSDp6ojJ07De2tDp+Vxy3A58rx/HU73I702VxdsXMflfZibNBIAW+A3pI6XOaQR3BU5RBWc3pNVtUrE9zP5CbkE+Tr5M5jojErJoG9EQazp6AwM+3p132Sdkrzy+jlCWLNSz8hy82Sy0lOxJfke0yRWKznujlYNaHd/7ddPYdlaiIKxpeklOPOzZy/wAhy+RyNl1R9macs+815HPZoBumj7taHwPySV7c/wClnFsq6OJtX6GnHTt1RXqtaxpNh7Hvk3rfX1RggqwUQVvD6WwXPrHcmzt7OyT4qTEwulYyP2K8n79dIG3nQ24/hcMJ6UQVc3Qy2Y5Jls7PRpy0YmW+gR+w9oaWdLQB4Hc+T8qy0QQjhnC8jxp1SnFyvI2cLRBbVoSxxnoZrTWmTp6iGjx3H8ra4fi9Why3OchbYmklywhEkTgOlntNIGu2++++1IkQQPjvA7nHbja+H5Tkq+CjsvsRYv24yxhcS4sD+nq6OpxPTv514XnZ6WYuPIMzUeSvDkAyX178tpn1DwexhP269os0zp1oAbGj3ViIgheR4Zak5lPyXDchuYme5BDBfjZGyRthkRcWfvB6SOtw2PgrcXcNescqxuXizlyvTqRSsmx7Gt9qy54GnOOt/brY0VvEQQnlfp5huQ83wfKbkllk2Jf1/TxuAis67x+6P83Q/Tx/I/C1/MPTCHkGazdtvIsrjqWeqx18pTrdAbY9thY09RaXN+06IB76VjIgr3/w3dTsULvHORXsNdrYyDFzzRxRv+rghGo/ca5uutu3acNfuPx2W9zXHcjewmPoV+S5GnYqzwSy3GBpksCP9zXbGtP+dBSVEEI5jwT9d5LU5DRz2Sw1+Gq+nK+r0f1oHEEtPUDogjs4dxsrS430ho4bHYaLA53JUL2J+qbDc+2R7455Ot7Hhw04b/3/AJVoogren6UYWCXjth125LZwuSnyRmeQXW5php5k7fkNPbXgLngPSjBYV+PNO1da2hnrGaiaS398rHt9rx/y2iQ6HnsO6sVEEQk4VScOXAW7APJ3bsnQ/pf0Gw/Z2/0t3333Xg/8O/f4VU45kORZC1Jj7EVjHXvbiZNVfFr29ab0nWvkd9nfbsp8iCs7XpRWyVTLS5rP5C/mclJXf+pFkbH1/p3dUIiY1vS0NJJ1ruTsrqd6Q0bJz1jKcgy+QvZulHVs2JXtHT7chfE9jQAGlu9ADt/CtFEEC4n6ejD8vbyzIchyWYy/0JpPksdDWFnUCNNaAG618eVLs9ROUwt7GixNVNutJAJoTp8XW0t6m/yN7H9l70QQbgvCMnxdtGqOYZK9jaUAgipS14GM6Q3Te7GA9vPlTcj7NAkEjyuSIK/g9PbU3KMRm87ya3lzhp5J6LJa8Ub2udG5n3SMaHOADz23o/O1qqno7VhsYxk3JcvNjsPlhlMZR+wRwv8AcMnS7TdvG3EDfcA9laqINDxLjlbj8mYkrzyynK5GTIS9evse9rWkN18faFvtIiCuc96Y/XZnNWKHIbmMx/IC05inDGw/Uab0EscRuMuboEjzr8rv5PwHKZplvFN5ddqcbt1xWlxkVeLtF7YY5jZNdQDgDv5+460p+iCBcm4PlMpXkxVHlt3F4Kas2tLQr14j0xhvTqOQt6mbH91McHjqmIw9PFUYhFUpwMggYP8AKxjQ1o/7AL2IgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiBpNJtNoGk0m1jaDKIiAiIgaTSIgaTSbTaAiIgIiICJtEBETaAiHwuO9d0HJERARYWUBERAREQEREBERAREQO6LG1naAibTaAibTaB3TusbTaDKIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIIhPyS+31ir8QDIP0+Tj8uSLuk+57rbEcYG966dPPx5+V7eWcwwnGX1YMjJalt2y76enSqyWbEoaNucI4wXdI+TrQUY5fjeWU/V2ly/A8fizNVmAlxssRvMrua99hkgI6h3Gmf+68WaxHN4/UGrzPFcdqWJrWE+gngmvNb9FN1h2+rX3s7nehs68d0E+4nyHGcowNfN4eSSSlY6vbdJGY3ba4scC13caLSO6j3qNyXMUMvg+L8aZV/Wc1JJ7c1ppfFXhjaDJI5oILtbAA2O5HdcvRPj+W4z6bYzCZwQjI132DMYXbYeueR4I/ghwOvhdXqRx7MT57j/AC3j0EVvI4WSVr6kkvt/UQStDZGtcewd2a4b7Hp123tB7JuSM4Zx+GzzvkVGX3bQgjtw1XQsJd+1paHO79j8/wABddX1N4nPgr2Yls3KcFGy2rPHapSxTe84AsY2It63OcHDQAJO1AcFwHkE2CpR2sT9NGzmP6v9HZsNk9mr+PJ7/wAKW+qfGsndlwOZ4/j6V21i8w3IWKcsgiFse0+PfUe3U3qBG/wUHrZ6scMbjrV67cuYyKpcipWG5ClLXfFLK3qYHNe0EAt778a0vVh/UniWTxWYyYvT0YMMQbwyFWSq+Jrm9TH9EgDul47tOu/x3Vcs4LzbK569ls3QoMdkOT4nLvrsmD2xwQMDHs7juWgN3+ddlsPUHgXJspnOUZLG1q8gmnw9qlA+YNbbNOSSR8T/APSD1ADfZBt8B6nVrnNeQ/WutYvjuMwta715KhJUf1PkmDnj3ACWFrG67eVKeJc2wfJrVinj/roLcEbZnV71OStI6J2+mRrZACWnXkKss9wbm/MshzC7nKNLEx5bDVKtCJlj3TG+GZ8nRIRrZJI7t7ad/Ck/plxyWlySTK2uJ2sVaNEVpLVjMm4ZB1BxY0EnTdjYPY/wEE45TenxvG8lkKwYZq1SWaMPBLS5rSRvRHbsoN6Zcnz2T4/W5FnuT8dt1ZMcLs9WhTcySAdPUdu912wO48Kb8spz5DjOUx9VrXT2acsUQcdAucwgbPx3KrLgPGeQ43h03H5+B4nDzHCvpvu17MLjPL7eu/QAe5/KCW8b9UeG8hyVGjirtqY5CJ0tOc05WwWOloc9kchb0uc0HbgCdLvo+ofHshlX0cdHlrsbJXQG7Xxsz6nut2HM94N6Nggje9b7b32Ucx3C8tWpemMYghYOPNIvMDwOndXoPT+fv/8A+p6Y0uWcKxFHhlrBQ2sXj5HxR5dltjWvgLnOa90Z+7rAOnDuN7IKCXRc243JxijyOLIe5j788das5rCXSSvk9tsfTrfV1diPjR3rRXmk9QcB/iF+Eqx5XITxTtrWJqWOmngryuIAZJI1pa0jYJG+w86VdcLwrb/rbl24u9Db4liLBy0Ucf3MiydiPokYHeNNHVJoeHSKQcOocw4Zk72ErcciyuLtZWW3BkWXWRGOKaTqeJIz3Lmku7jyOkdtINlgsnyOD1kyPGMll4shj/0WPJQAVGxOiL53x9GwT1ABg7le3Lep3EcZmJ8bZt2z9LK2G5bjpSvq1JHa6WSzBvQwnY8ntsbXgyWP5FV9amcko4hl3F2MHFjZpfqWxuhe2xJIXdJ7uGnDwonm+H8wiwnMeE47FVrtLk1+a03KvshjazJyC8PYRsubr7QNg/kIJnnvVnhGEyF/H3cjYfZxz2i8yvSlmFVrmNeJJC1pDI+l7fvJA7/3Xm9Q+fUsK6rXq5KSPTY72QlgoyWvpqJJ/qu6AWsa7pI6nfAJ0dKvamI5Lk8z6pcSw+KrvgylmtQny0tlrfYYcfCx39P9ziB4W2z/AKaX8fy3IZKviLPI8dk8bVqGGLKGo6B0EftdLhsNfG9uj8kHq7aKCwuVc+wGDggidJbvXLlV1qtXx1OS3K6IAf1CyJpIZ3H3HQKimB5/NkeJcClyeQsUcjnfpXySsxUkladz2ncPXrpjc4+O++y8buN80wHJ8hd43gqE9fK4OjjojJbAbi3QCRpGiNyM1Jsa1st123sc7fEuT4/0l4Di62Oiu5fAXMfNZrCw1jT7LXB+nnt8oJ/yrl+H4y+tBf8ArJ7dsu+mp0qr7E8oaNucGMBPSB5PhbLjuZx3IMPXy+JsCxTsN3G/pIPnRBB7gg7BB7hVt6l8Qy2X5dguWwYqxkPYx0lO3QrZE1poy8teHNkBAcAR0kE6PYjwpt6aYaLAcOqYyLDDDNY6R/0n1X1BYXvc4kyfJJJJ/BOkHj57yPIYLPcQpU2V3w5jMfRWfcaS5rPZkftpBGjtg87W55VyTD8Xxn6hmbJgidI2KNrI3SSSyOOmsYxoLnuPwACor6u4nkOQucTynHsZFkpMNmPrJ677LYS5nsys7Od23t4Wr5jS5lnLXFOTQ8aiZkMFkZJpMTJeY4SsfC+PrEgHT1N6tgH4333pBIYvU7iRwGRzdqzcx9XG2oqt0XqUsEkEkhaGB7HtDgD1tOyNaO111PVTh8+Oyd99m7WixskMcrLFKWOSQzf8r22EdUnX/l6QdqDHgXM8rheVRZmvjjdzPI8dk+iOTcXsROr9cff/AEiJw/6vPypn6pcVu5epQyOAp1H5XGZatkWxSEMbaEOx7bnfHY6B76/CD20/Uri1ilYsPnuVH1bUFSzWt05YZ4JJnBsQdG5uwHE9j47Hv2K2eU5fgMXbyVXIXhXkxlEX7fU06jgJcA7fjy09vKq3PcK5dyK3nOU2MbWx9+YY0UMc6013uipZM25JB2aXb6fnQHytjRwvMMlyvlfI8/xrHS18lg4aNXFm2He50vkL2SP1ruHb3oj4/lBOMJzfFZShcvmpl8dVpw+/JLksdLVaY9E9QMjQCNDf8fKcX5viORNlkqVcvWgZD77LF3HS14pY/wDUxz2gEa7/AJ138KC8D47yfGHPBmGuRYGWj7VfCZbKNs9c/cENk+7oiI/JP8ALycd4RyKWTN4aOne45xfI4aam6lYyTLfszSDpa6vrZja1vwTrxoDSCfcX9ROM8iyseNx09sTTxOnqPsVJIY7kbTpz4XuAEgGxst+CD4KlwOwqd9KuH38Pl8MMrxKeGziqbq4yTsy6eL9nR/Sjd3+7XzrSuFo0EAOBOu//AGXGbq6HdGurXbf5UcxXCMDjc8M3VZdFwOe8ufdle0lwIP2lxb8n47KSuQVHD6j55/BJHe1QHLWZ79C+n9p3s+/73T1dPVvp9r+p5Upu+pvEqGZlxlm5ZArztq2bopy/SQTnxE+bp6Gu8DW+xIB0VFT6e5Uf8QB5IJYxxiRjckYgfuGRaww71+DH3/utXleGcyPH+S8Dq4mvYx2dys1tuYNlrRDDNL7jwY/3e407A12PY7QTKPJ8kq+tUeBtZaC3hr+KnvQQNrBjoDHLGwDrB+4EPKsBV1yTFclp+p2D5FhsOzKU6+Jlxs+7LYnML5Y3dYB8gBh7KV5m7nYM3h4MdiIbWPnkeMhZfZ6HVWhpLS1uvv27Q1sa3tBuXKDeql7k2HxFvOYvkmJxVKlVdI6O3QMzppRvTN+43XV2AABO1N3FVjz7G8rvc/qX4uLxcgwVCu2SlWfkGQMbc6juV7XD7i1ug34BJPnSDTZj1B5Z9NDBGcdx+5R47Bl8wbFd1gsll7NrsZ1t8vBHnfcAKdeknK5ebcAxnIrNM0rU4fHZrka9uaN7o3jR+OppUC5hw/k9v1BxXOW4H6uI0YxdwouM0LUXUYHOcez2NL3/AO+j8Ke+kvG7XE+C0sPelZLd9yazaLCS0SzSuleGn5ALyB/ZBMEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQNBY0sogaCwW7WUQcfbasdDfwuaIMdIWDGCuRQIMFoKx0BckQY6QnSFlEHHpCxLDHLE+KVjZI3tLXNcNhwPkEfhc0QeTGY2hjKbaeNpVqVZn7Ya8TY2N/s0DS9PQFyRBx6AnQFy/wB0QdMVStFLLLHXijkmcHSva0AvIAALiPJ0AO/4XZ0hckQcQ0LJaCsog4dI2uQaFlEGOkLHQ38Ll3RBw6WrIa1ckQcegIGBckQY6R+FxLAuaIOIbpckRAWCFlNoMdITpCztNoOPSE6QuSIMaCdIWUQY6QnSFlEBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREGOpY6lXXrRm+X4OPFXMFax9THfX1IbbpIzJNN7s7YzG0H7Wt6Xb6u532AHlPW7LcwwPG25Xj1nH1K1aWI3JZojLK5rpWM6GN/aNhx24718D5AWN1BOoKKc+gtR4h1/wDxhZ43QqxulsTV4oi7QHYl0rXgAfgDuoNbz/qO30BfyKC3SrZaChavS27dY+4YYg98REXgPexrdg9hs9iguTqH5QEKDcnyLncCxmXu8ptcdZ7MM1q5WrMke/qYPtAcx4ALiD2afGuyx6H8gyXJOCjKZG4zIRuuTx0roY1jrVZryI5Xtb2a8jyAB/YIJ2iIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgr71iwXMeRUauN47WwLq0dmvaklv3ZYn9cUok6Q1kTwQQ0De/nwvP6mYfn3K+CtwlSjxiC1a9t1t0uSn6InMla8BhEG3ghvckN0T4KsggFOkIKu5nx/1F5BNx6d9DicsNGWSxdxk+RnNaWYEey7qEG3ho2elzQOrR76C2PNsdz7kHpxewMNLjEWRytKxStbyE4grskY5gdG72C550d6LW/3KsDpCx0tQQfHj1CxXFsZXGB43cvVA2vJGzLTMY6JsYAeJDBsO2O7enx8ru9LeL5HjsGau5Z9Nt7N5KTITVqRJgrlwA6WkgFx03bnaG3EnSmayAAgwFlEQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBYIWUQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREDSxtZ2mkFZepfO8lx7nvGMTVwmYtVbU031P09ZrxOBC5zWsPV3IOiR+ApNjeYV7nKavHzjbtaxYxIyf9doaY29fR0OG+zt/7LzeofG8nl7mDy+DuVa2Sw9p88QtRl8UjXxmNzXdJBHZ2wQfIWmzHEuZWOSY/klHP46pkv0l+OvOFQuY0GT3A+IF3keO+0Ht4r6m4zO28JAMfaqDNMtGpJKR0ufXlLHR7/wBRDS4fwCumX1Rpvrw/puDyWRt3chPRx1aEsa6z7PaSbbnANiB2Oo/j+QoFyzi78T6WYX02xuQt3uYV7YtYu7BWe325HWHOdK53drWhr3h2z3G9eQFMsv6dZGk/iFjiOWrY61x2nNTZ9TAZWSMlazrJAI+7qYD/ALn8oPXxv1OgylnG0reDt0Lt3K2sY6J0sb/akgYXuJLSQQR+FJeN8lgzeUzlCGtLE7EXBUkc8jT3e21+xr408Kusb6W8jxVbH2KfKKtvK0s5Yyv1NyoXCQTxGN7HNa4fnYI14ClnpjxPJcXGbmy2Z/V7eWv/AFsk/te3omNjS3XwAWnX4GvKDaeofK6vDOJWuQ3K01mOB0bBHGWtLnSPaxu3OIa1u3DbidAbK09jn82N4a/P57j09OWSzHWo1a1uG0br5CBGI3sd0/c46761rfhb7ldTI5HCy08a7HCWQgPZfrmaGRn+ZrmgjyFW+M9JLrMDl6UmRpY6WfKVspjIaEDhTpTwEEdMTneHkfcBod+w2EG3u+rcGGpZr/EvHb2LyOHrw2p6nusl9yCR/Q18bmkh2jsEedjXyF2RerFepJlW8j43lcJ9Fjxk4mTdD5J65f0A9LXHpd1duk9/C12V9Mc1yJ+aynIsvj/1W/VrU4XVa7hDBBFN7pb0k7cXO+Sfx2/O05z6dN5Vl7tubJexHawX6WGti25kgnEzZQd/BGun/wB0HqwnqI+xl3YnOcZv4O3JSfepsmnik+oiYAXfsP2uGxtp/wC5Wv4h6sf4jsY20zieWoYK/TkstydrpaxvQ3qdsAkhvwHHQOj8LljOF8ks8kZnOU5mhasVcZLj6jalYxt/qAB0r9nyekdh479+/aQcV4tFifTajw+3My3HDj/oZpAwtEjS0td2322CflBoOG+rVDkWdxtH9Hs0quYZK/FWpLET/fDBs9TGuLoyW/cA74/B7KyAqv8ATn09ynFbOOrSRcUnpY9hjZcZi+i9I0DTdyA9iB2J+VaDUGUREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQYI2nSEHhBvaAGt3vpG/zpNBZQoMaH4WdBEQY6Qmgs6TSBoLBDfwsrG0GNN/CyAPwn+yz/sgxpZ0m02gIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgwSR5G0B34VWev1CY1cFfqZrPY6abMU6MgoZWesx8UkunAtjeGkkHXVrfjv2XvznLMvx/lWO4Dx3Az5u9JinW47Ny+Q2NjHhm5pHBzj5Hf7nEn+5QWKsEqpr3q9O3inGMtDiaVWTOzTwPfkLpirVHwuc1zXyBp7lzCG9u6eqfL+XYzinHLeOxbJbFzL0orTqF6J8Qa6dg6GvkA2H71sDt8+UFtIq/wCWc+y/HeNY7I3eHXBkL+RZRZj22YnvDn76T1NJb31+fC89TnvJKdvH0uS8Wjoz3s4zFROhsOfE5rq75vda4tHUAWdOgPO+6CyEVXco9UrmN5Td47juOnIXK+Sjx8YFjpEj30vqeo/aelo/aT30AT/C01X1zfBgbeXzHGH0Yhi696jGLQe+w6aZ8LWnsAwdbfJP7e50eyC6lhVB/wCM5q4nkc97D1LFzCR1pzHjLv1MdiOZ5Z9r+hp6mkHbSPxo91t8dzzk02Yv4a9w0wZFmLGTp14MhHI+aIye2WuJ0xrwfjZB+CgslFWfoDynlHIuD4ufPYO1GHVi45GWzC8TnrcP2sOx2Gu4U/zuUq4bCXsxecWVKNaSzO4DZaxjS5x189gUHs2sdQPhVhQ9Sc5G7BT8g4vDj6HIYXuxssN33Xh4jMrI5W9I6S5gcdgu106KYHlEMdbiHJoobI/xxLBFJUfZL4qznV5JetgI7H7Ok60D58+QtDqWGyNd4IP9iuJb1AhVrwehXw3rbynF0HWWUziaNoxSWZJWiWSWz1uHW463oePwgs5FT+U9a6lbO3Ia9OjLjKOTZjbEjr4bac8kNe9kPSdta46JLgex0FbnWHNDh41tB2Iq3z/qHkK/qHLxPHUcQx0MMUvuZTIOqmz172IR0EO6dd+/lcuRc+z7OQZ3H8Z41DlK/HYWPyUs1v2XPkcz3PahHSepwZo99DZA/lBYyKqX+rGRy2TlocP4sco0YitlmWrNr2Ifam6/td9pIf8AZoDXfvvQGzPeFZ+Hk3EcTyGCF8MWRqR2WxuOyzraD0n+29INyigHqT6iM4xnMdx6lFj5Mnegksh1+4K0EUTCASXaJJJOgAP5+FpLvrD/APshxnN08bTh/W7EteSa/bMFSq+PqBD5ek+XMIb27oLZ6lkFVL6rcw5fi+E4PJYfGQWLdvIVmTy0Lsb4GtM7G9Ac8AuDwSNgdu+9KxuOX8lfxosZXCS4ex1EfTyTxynX56mEjug2bjobWGODvBUS9V+Y1uGcXZemYH2LtqOhTY6URNdNJvRc8jTGtAc4k/DVXnE/U4YzFx8exuGGUzEeTFKR8eSM8M75oXzMnE5bstJGnDX2gHQ0AEF4krAeCNgghVRwr1L5Fy1klatxKGvZmxbb1WO1e6GzNMrongua09Pdux52FseEcmr0fQ2tyyjh7P08OPksRY9k77Ev2ud9vW77neN7KCyEUJ9LuW5Dl1F9+yMAaxDTE7GZB1gg99tkDmN6SO353/spDzHMDj3EsvnjAbAxtGe2YgdF4jjc/p3/AD06QbVFVuD9U8i/J4cck4x+i4zNUp7lGw6z1yBsLA9wlj6R0badjue3nR7LnhPUvN3snxiSzxaKphuTzPZj7Dru7AYInStfJF06b1Nb4DiRvugs9YcdKsOL+o/J+Q26Vijwmb9Gky8uLs2/qNvZ0PkaZgwN7xAsALiRou1o672c/v2QA4HwQVyVY8RoQ4f1x5NjaL7YqSYSlbMUtqSVrZXz2A9zQ9x6d6HYaHYLz5/1Sy1SPK5HEcbr3cFiLwo2bc972pJZQ8MeIo+k9XSTo9Rb3QWsi4xP9yJj9a6mg6XJAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREEF9T+G5zl8lGOnyeLE1KdiG22I48TudNE8ua7qL26Hga0vfjOK2I+ZU+U38t9Xdgw/wCmyhtcRtlJkDzJrZ13Hjv/AHUnE0TpHRtkYXs11NDhsb8bWqzeUlqtqjHRV7s01lkT4zZbGWsLtPeN/uLf9I7lBEoOAZTF8RpcdxHIqrYIH2XSsv4xtiKf3pnynqb1NI6esgaP91xh9L4ofSyrwuDLyxy1LLLle62ID252T++0hngMDuwb412UjyHJ4KPNqfG7ETWNs4+a79S54DWCNzGkEH89fnfwpA2xXdHE9s0ZZKP6ZDhp3bfb89kEQvcRyuYpYpufz8Vq1j8rFkA+Gp7bHBm9MDeokefJJXf6h8Vm5NRxgpZc4vIYvIx5CpY9kStD2sewhzCR1NLZHDyPhSOC/QnrmzBdrSwAkGRkrXNBHnuDrstbyDkmJw/HLmfmsNnpU4/ckdAQ/t/GkEJwPpJJj+Ruz1zk9rJXZcichM6eFv3vNN9bXbWgOvqH46QP5WbXpBQt4ptG3k5X+1iYKEEjYmtdHJBMZo5x57h530+FYl26yDGuttdH3j6o2ySBgcdbA2ew2uOJtzWcRXuXq4pyyRNfLEZQ8RkjuOodjr8oIPZ9P8zluN5PEZzkNKY2/Z6H08WyuGe2/qJcA4lxd48gD4CkQ4w3/HzOVG0dtxH6b7HR2I933Ove/wDbWlvK9+hYq/VV7taWvvXusla5m968g6XOC1VnkljgsQyvhd0ytY8EsP4IHgoId6fcSzPEYxim8gjuYCuJBSquphs0Yc8uAfL1fd07IHYdvKleax9TL4a7ib8fu1LteSvOzeupj2lrh/uCV7OyjGQ5bTrc5xPFY2NnnyMdiQvZKP6PtNBIc3z332QRnD+m9xl7CDPcjflsdx+J0eKrio2JwJj9tr5n7PuPawkAgNHfuCvHx70mvY6zxj9Q5jbvUuMWA/F1RVaxgjEb4w2TR+5+nD7v+nx3KlnFeXS5nmHJ+PWMPPQOCkgDZ5HhzbLJWucHDXjXT3B/I/KlAmgLI3iaMtlOoz1DT+2+357AoObFD5eJ5NnqfNy+lnWV61qlBUt0nUw8yNidI4ESdQ6d+4fg+FKm3aZljhbbgMsrS6NgkHU8DyQPkLP1lT6wUzag+pLesQ+4Ost3rfT50ggDPT2/jM9es4DN1aWNvXPrJa82ObYkjkP/ADPbkcewee5Dg7R8aVgdwAPJK7l5bN+jUdE21drQOmd0xiSUNLz+Bvyf7IID6ien+a5i6zSsZ7Hx4iwQRDLimvsV+2j7U3UOk7+4EgkHx4GsZb05yjstmLXHOTHDwZyvFDkozW957iyP2/cjcXfY8sAG9Edt633VgzXqUM8Vea5Xjmm37UbpAHP1+B5P+yjGT5ZdoeoeN4zYwpFPJ+4Kt9thpDnMjD3As1sfj/ZB08Z9P6HHsjkJsdOWVbOKp42OAs37bK4lDXb33J9077LccEwDeL8OxPHGWTZZjarK7ZS3pLw0a2QtrbuU6hjFu3BAZHdLPdkDes/gb8lZs26lZr3WLUMLWAOeZJA0NHjZ34CCI864XLms5j+RYnJQY/MUon1g+zTFmGWF5BcxzCQfIBBBBGvwSuFzi3I58BTxzeQ40vj6vqWzYdj68+zsf0w5vTr+5387UxnuU4YzJNagjYGe4XPkAAb/AKtn4/lJrlOGobk1qCOsG9RmfIAwD89R7aQV/U9L4avpczhkGXlZLFZ+thttiAbFOJvdb0x+BGHdgzfjttTDjNbOVqXRncvXydouJ9yCp7DAPgBvU7/9K2sb45Y2vje17HDbXNOwQsSyRxML3vYxo8lx0AgjvqLxOvy/Bw0n2XVLVO3HdpWWsD/ZnjPYlp7OaQXNLT5Dj/daWvwTK2buNuZfP1Zn4++bkUVPGNrRd4Xx9Og4k/v3sk+Avfjeax5SXlUeNqNtnAythYY52kWXmBsoAPx+7p+e4Xv9PeSHlfC8ZyN9CTHfXQCU15XAuj/gkdj48oNTwvgUfG8nSuMyTrAq4gY3p9vp6tTOk6/Pb92tf+66eC8IzvFOCO4vByqOx7DCyhZOPaHQNJJ05pc4P8/wpe3I0JIpJYb9WRkY+9zZmkN/Gzvt3Xm47kbN3A1r+RqMozyMLpYBO2VsWif847HsN7QRngvA7GF5fkOUZLJUbN63XbWLKGPFSItaSep46nF7/je+w8Bbn1QqWr/ppymhShfPas4a3DBGxvU573QvDWgfJJIC3cN2nJZdVitQPnYA50TZAXtB8Ejzpen4QVXxP07uXcdQs8zzMuSliw7qEFRlYV2VGzRNZL26nEvIGurY0PAHfeON+lOVoX+LXMrzKzkhxcmLHQCs2KL2PadHp7Wn7pNEff8A9PYDZVoyvbHGZHkBrQS4n4AUJ4fzy3ymaK7jOMXjx+eRzIMo+RgEoBI9wM31dB12d/8Aq7oNzwLjo4rx/wDSW2jZH1dmz19PT3mmfKRr+C8j/Zb9/hdDLtKS2+my3A6yxvU6ISAvaD8keQFrsLn6GWzOaxNUyfU4axHXs9TdDqfE2UaPz9rwg0tviuT/APEyTl9DPMqxWKMNKzTfSEgkZE+R4If1gtJMh+D4Ci2V9HreQiyeLby+zWwNzJPyjKUdZpcLDnh565N7czrHV09u/k6Vh4zP0L/IsxgoPc+rxPsfUdTdN/qsL26Pz2C2b7dSGxHVktQRzyAlkTpAHOA8kDyUHZE324mM3vpaBtc00iAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgLBG1lEFP8Aq0c7w3lsPMOK4ixkLGbqOxFqGFhf02R3qTuHw1pL2uP4cF4vUDiOG4v6dcQecY21ZwuVxxkvioZbHSZw6d+wC8dTupztflXW5u/lY6AW6JBH4KCj/VI8Zu+p/FcvyfH2reCGItSCM05JI539cZY17ADv8hrvkeFo8bw6xY4rwPD5TD2YsVNyi1YFAuI+mpPEz44pNeG60C3x36V9CSTQNe1kksYJ7NDnDa7tD8BBSfqTxbA8Xm43SbhZv8I2czPcy1atVL4RJ7f9IOjYP+X199a1vSi8nGKGd9MPUqOtxCaq0ZQ28XjzUMDun2ItOYxmvLe/T8Hse6+lizqGiQR+FgM/BCCsMDjOBZn00ydHCYWK1VbB1yQWaj3AT+127SjyP/ZRSd02b/4cOPU6lO9Zq46THsz1T6eRj31Yyw2I+jQc/t5AHcbCvxrA0aaA0fwFxDdDTdAfjSD5o5bi62XHN5uDYqWpxmxjKFeRtWo+u2a59SPviZod2x62QPx+FYnE+L4/jPrP7WBxEeOx0vGG+6YYSxskos9i8/5n9JPc91aoaGjtob/AXBxjD+kvHuEb186QaD1IdlW+n/IXYJr35X9MsfRtZ+4y+2enX870qa9Oa/Hneo3BJONcXsU/psXZGRyJx5iM0xjZ1NfIQHPd1dWy789l9BxyRvB6HNdo6Ojtcmxgfta0f2CDXy4ulWo5H6GnDC+2HyTe2wNMshbrqdryT27qhOKZOXI4b0k45WxWWdNhMlCcrK+m5kVRzKs8ZY4uH5+R2/7hfRbJI3khkjXFp0QD4KyGAft0N/gIPm3hXCKeL4D6f5yvgZhnncqifYsGEmeOIzzNe3etsj6PjsO68/HOOTO5g5vJMs2hyaLln1gf+gvfZsD3/wCmG2fHsmLpZ+AOy+mg0DsPhOgl3Uekn86Qcnb0deVSFlvGqHqZyuf1EwIuTW5of0qzZxzrTPpRGB7cZDSGkP6yWjv3BKuqKzFLI5kcjHOb5AcCQsOdE+URO6HSa6g063r86QfO/MqOLjueo1bkPH5rmcyTmnjswoF7nQ+w32Gwya/p9EvVvxo91L+V3LODzPptks82yTVZML00cEkupXV+nv0g+XK3SzqIJa0n4JC63+2whr5G7J7AoKS5szAV/U/lFz1CwsuUxlzEVmYUuoGyxrAH+/FH2PRKXdJ/J7fha70+4O/LchwEfqHjJMnNS4dWbILTTJE+YzSaD99nvaz8713Kv97Wdg5rT+NhYcGxjrcQB+Sg+dfTHh1fPZTgUPKMNLap0eL2GGC1Afa6m2tRtkaRo6b4B/vpa5mEvxce4N+qR/Scdx17Kxyx28WbUEUv1D21zJF2+wM30nwF9OMLZPBH+y5+20t6SAR+CEEH9D8bWxPBIqdHIvv1RZnfE803VmsDpHHoZGfDG70NdtLT+vntlvF25mpPa4ucsDmYoonSB7RE8wiRrQdxe4G77a3077K0WtDRpoAH4Cw6NrhpwBH8oKj9DaOPt5P1AbDxc4fC3cjEK1GakII3wmrGOoR6AAd3OtfJ332tl6+RSs4LjqkVed2I/VacWWgqREn6D3AJQGt79OtAgfGwrLAA8FZIBGj3QUf6T4njmX57z0VeFw0uOXKeLZXr2cc2OG0I/qQ5wjI12P5G/B+V5uF2GWf+FO5g69O0LlLCzQSVX1JGvEn3/aAR93+yvgN14IC4hg8DWj/CCCem/AeNcdZjMzjqBiyf6WyCewXHrn6ul7nyHy95cPJJUm4xyGjyFmQdRjtM+guPpze/A6Lb2AElvUB1N7jTh2K2wjAQAN3oAIPHyKk7JYLIY5kntPt1ZYGv/wBJewt3/ttV16Q8mo0+G4Tg+TisYzkeOoNoy05IHA9cMfT1hwHSWu6eoOB0d+VaP7u64lsZf1FrOrX7td/+6D5o9LuOxxZnj/6xlpaPJ6mSnfeh/QD9RYc4yNkEln/NG8O8+P2+FJOIcc4Vxv1i5FBkMLLVv2sjUnw8vTO8Pa6CMdneO0gfvfj+yvGMB+nsLXNI2CO+x/dczHtwcQCR4OkFFVOOcN43638gmy2Flilvuoz4mQNneHv05r9Ob231+Qf/ANCjmW48bHMORQcjyX6blbOfZYpT/ob7E74WOb7XsT/5WgdiB47/AJX0y6MOILgCR4Olwe2Nn3vc3t8n4QdkQ1EwbJ00dz8rksN0AADv/dZQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBYJWUQQblXJ88eb1+G8Wr0Df/AE85G1ZvdXtRRdZY1oa3u5znA/I0AvBkuS82k5JX4piaeG/Vosf9dfnndJ7DQX9DGMAG9uId3PjXyt3zDhcObzlPPUszksHl6sD6wt0SzqkhcQ4xva9rmub1AEbGwfHyvBlPT19q1SydXl2epZmvUdUlyMfsmSzEXdWpGmPoOj400a+EEH5pkavMvSnDcxmxkdPL1s9Ur/aep1eSPIshla1/4Jb/ALhT/nHJsvQ5Hg+Lcfq0pcjlmTTe9cc72oYog3qOm93El7QBsef4XVd9N8RJ6dQ8JqXb1CtFYjtNtQuYZ/eZOJ/cJe1zS4vGzsHeyu7McFGRGHuHkmXhzeIDxXyrGw+85r/3tcz2/bIdodun4CCITeqXIv8A8MxVLAUpc7NnZ8LciNkiBj44fc91rtb6SC06899fyuNz1P5Tj6wx36DjbuebylmAkZDO5kDg+u+ZsrS7uOwbsHfypTiPTXDY44qb67JWLdDIy5J9mZ7HPtTyRlj3SHp/B7dOtaA8Ltl9PMM/NHK/U3ffOdZnCOpvT77K5gDf2/s6TvXnfzrsgieU9Vs3x7D5+DkGPxr81jMpTxsBquk+mmfaY17HHYLwGgu32O+nt50pJ6Sc1vcotZnH5CKtLJjXxdF6nFKyvYZI0nsJAHBzS1wI/sfldub9OMLlps7YsW8hHPmLNW37kUjWuqz12NbFJF27EdIPffffwdLecWw1/Eid2Q5Jk83LN0gOttiY2MN3+1sbGgb33Pfegg4+ofJYeI8Su56WB1kwBrYYGnRmle4NYwH424gbUB4tPyib15P+Jf01sp4p1sipdZbHu03bSXeSO3cKwud8boct4xawOSfPHBYAIlgcGyRPaQWvaSDoggELRcR9P6uC5XLyqbO5rL5eaj9DLLdlYWuYHhwIa1oDSNa7aH8b7oPJgcZX9MeI8s5DkJC6CSzYzEsETnvbCzpBLG9RJJPSSfjbjrtpeDAc25tPyvAYzL47B1a+ex9i5VZDJI+SAsa1zWvJ7HfWN6HwVPuSYinyDj2QwWRY59S/XfXmDTo9DgQdf91EONemFDE8jxnI7fIc7l8njK76laS5MzobA5oHt9DWgdtb35JPcntoOfpDes2puUsyOOx1TI1cw+G2+j1e3YeIoz7n3d9kED/ZanhvNfUDksmOyMPG8ZFhZMvPRsf1nOn9mN0o+oHgBu2Mbrudu/ClfHeIRYXk2ZzNXM5N8WXnNmejJ7RgbKWtb1NIYHjs0di4he/h3HqvF8DHhqU080Mcs0ofMQXEySOkd4AHlx128IN31hZHhQrGYjPt9VcvmZMhc/Q5KMMMVSWRrozMCSXxgDbRo6Oz3JU0b4QVlg8bQxX/ABHZSPHVIqsdni0NmZsbdB8ptygvP8kAL2RXsiPXZuNv0MUWSYGzPRuRdX1DYm2K7TG/fbRL99vwttkeHss88g5hBnMrRtspMoy14PaMM8TZHSAPD2Od5ee7SOyZ3h8WR5jjeUxZrKY+5SqyUyyqYuieF8jHua/rY4/uY3wQeyCA5b1R5u3kdzG4vAYl0Dcjfx1eSed2y+tH7vuHp/y9PYjz1LZVeTZPKco4FkMjisQ6lma75q7wZPqK0vsdbv8Ap0fH5UjHp7hv1I3zYumQ3LlzXW3XXaZ0SD9vgDx878krov8Ap3VsY/jlWryDM45/HmdFKeuYes/Z0ff1RuB7fgBBovUXMc0r+r/D6eHx9aWhOy6eh98xCwWxNP3gNOukkkedrwer/NpXZOlwezBRqWZcezJXzafO6FpD/thBhG3bcD37DQ7g70p/zHiTeQ2cZfiy+QxOSxj3vq26gjLmh7el7S17XNII1218BeDKcEdcyFHMVeTZnH5utU+ilyMAhMlqIkEiRrmFh+4dQIaNfHZBDch6wyGlxatjalbFXczjpbs7r8EpZVDCGdHQxvU4l518du6sb0y5JNyzhVHPWaT6U8/W2WFwIAcx7mEt2Aek9OwdeCFrMrwP6t+JvwckzFXOYyJ8LMo32nSzMf8AubI0s6HAnR/b2IGlKOPUpcdioqU+SuZKWPfVatlpkkJJPfpa0fOhoDsAgifqPy3kOE5Pxvj/AB3EVL9nN/Ut67EpY2D22B3WdeR37jz2Uep+p2dlpjDyYnHu5W7OyYZkQld9K50cXuvm356Qzv073vstz6l8XzWf57w+5jMhdxlegLv1NyoIzJH1xtDQBI1w7kEeFiX0pwjcLjqVHJ5ejex96TIRZSOZr7T7EjS2V7y9pa7rDiCOnX40g0eR9TOUYnj/ACea5iMbbymDzVLGRxVZHNjnNgw99v7g/wBbXf8ACnHBrfNZ72Vh5djMbVjiMRpS0pHObK1zSXg9R3tp0N6APwtDR9J8JWxeUx/6pl5mZPJ1cpZkmla+R08Do3Ah3T/mMQLt78nWuwFhxb+5BHPUnkU3GMFXyMFdk75chVqdLyQAJpmRk9vwHbUZ9Q/Ua7xe/wAmq1cXHcdiMPWyELTJ0mV8szoyw/js0aKl3OON1OWYCXEXJ7FZrnxyxz13ASRSMeHse3YI2C0eQQoi/wBJcVLJmZ8hyDP5C3mq0Na5Ynli6iI3lzS0CMNb+NAa1/PdB7OH8s5XPzkcc5RjMZW+qxn6jVNOVzjE0PDXRyEjTj3b3Gh57Kb5WS3Fj55KMMc9kMcYo5JOhrna7Au0dDfzpapvGqQ5fX5OJ7P1cFB1BsZI9sxl4fsjW+rYHzr+FvJRtukFO+kPJObu4Rkcll6FSWCvPkn/AFBuull645X9MfT0/t7a8+FuZee2bGD4FZ+kiB5XUL7Hf/k7pOn+3/fstpx/gTMNZtxQcgy0mHtSWJX4qT2vZD5iS/7gz3NdyQC7yVqML6QYvH2cFZn5Fn778Cx0ONZYkiMcEJidF7fSGDf2kfcfu21vfQ0giHpXzTlmG4V6eSZHE0/0DLyQYmM++51sSGN3RMd9uhxj8edHa2GF9a7eWztB9WpROLu5Y41tb25jcY33HRiw49PthuxsjfZvfZUo4f6XUMBNhjPnszmIMGwsxda66MRVttLerUbG9TukkAu3rfZezDcC/RL5/RuUZyliTcNs4pronQBzn9bmBxYXtYTvbQ75KCbNeVRfq7yvkme4jyV+DrY+vgcZkI6EtqWVxnnlZKz3PbDezQ09u/lXm3X4VZZj0dw+TkycE2ez0WKyF/8AUXY2GdjYWWdgl4+3qOyN9JJG/hBo+TesdvH5/L0sTUqTxYOWKvYryRzOsXHlrXPEXQ0tb0hw/d5IPgd1dFeX3oYptFokaHaPxtQ21wLp5Bey2G5PmcKMiWPu16vsujlexoaHjrY4scWhoJaRvSmcTehjGA7DRpB2fKyiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiIHwuJC5BCghWS57i8TzbK4XO2qeNpUaFW0Lc84YHumfK3p0fx7f/ALrd5nlXGsNSr3MpncdTr2QDBJLYa1soI2C077jXyFWHMqsVL1pyudyHCsvn2S8fr1sf9PjzZidL1zdbCe7YzogdTtaDj30TvS8Q41kPT+/xmzyjAX81Wh42MeHUqrrv0cxl9x8XQGk6O2t6vH9PugtnlHKalGjQdj8phPqr8sQqNu3PaZYjL2hxYQD1HpPbQ7nS2+azWIwdMXMzkqtCv1BgknkDWlx8AE/Kpm5xnO0v+HODGz4e3Jfhy8NyChFEZ5q1c5JswjAbs/ZF8DwG6+FKPVAUM3icDkzX5RSsVrBs0rVPDvnkqyFpafdrlhdogkEFqCxcPk8dmMfFkMXcguVJRuOaF4c139iF7FXXEeS56h6Y3uRcjwdj6il77xBXq+xLYiYfsf7RO2Oc3v0nuFMuKZmtyLjGLz9NksdfJU4rcTJW6e1sjA4Bw/Oig9lu1XqVpLNqaKCCNpdJJI4Na0DyST4ChvEvUPDcg5PyPH0LlGfG4aCtM6/DYD43e6JC7Z8Dp6Pz8rx+u9LIXeLYxtXHWsnShzVSfLUq0fuPsU2vJkb0f5xvpJb8gFVpyDj/ACnk59QbNDi+RxFG63Euq13QtZLcrwPlMrOk9uot/wDyZ/gO8oL94/n8HyGu+xg8tTyMUbuh7q8oeGn8HXheu/cqUKzrN2xFWgaQHSSvDWjZ0O5/lVt6PY+D/FOazsUvI5ZrtSvHYdksR9BGSwv6Q1pa0veA4gu0Rrp0VuvW7ETZzgFjGQ05bpls1eqCNpcXME8Zd2Hx0g7/AIQb3Gcr4zlLENfHZ7G25p2PkiZFYa5z2scWucAD3AcCCVquNcvx+ezeZq1reN+mxrwxro7rJJX631yOa06YzfYbOzok67KpXen+WZdujB4d2PtXL2fEdr2On2RJF01z1f5Wk/t/3K2PpPxenLl8H+q1OSfU43FS0Z6tvDNr1Ig9obJE6TpDZQddukuB+UFocG5niOVVZ5KcsccsNuet7LpmF7/aeWl4AP7TrYXsPLONOzLsHFnsW7KgloqfUt9zqA/aW73tVZ6cYShx2fNYWtwyTHchN68+jkGYjpiEby4xObYDenX3a1vfxpaHh9LMuoemWJbwLLU5cPlGSZ65YrdB+p+nnY92/MjXSO6jJ+3uzugtjgfJM5lOT8iwOeoY6tZxBgIfRnfJHI2VpcP3taQQB3GlNQq045JYxnrXyuG1issIMqym6rcZSkdWPtwu6w6UDpad9tE9z2Uxbnt8tdx79Jyf20m2/r/Y/wDKnby32w/f/MGt614IQbpOy0k2f9vltbj36Tk3e/VdZ+ubBuqzR10Ofvs8+da8LFzP/Tcqx+B/ScpL9ZFLJ9bHButD0a7PfvsTvsg3nZFGOTcvqYPlPHcDZoXpHZ2eSCGzFGDDE9sZfp53sbDTr+ykrUGr5ByXj/H/AGf1zM0Md7x6YhZnazrP8b//AJ7rhyDlHHOOwwy5vNUaDLH/ACTPMG9fbZI/I/lVN6mYXIt9Ucll7/64cVkcPHTrPx2J/UOgtL/diczpcWdfUwg60dHfhdPJcHWxNHitvHy8yq5fG4QVall2EdeEsXb+hPEGnpk+1v4/ugs7knN8Fh5MCH2YpmZq22tA9krAGh0bniQ7I+zTdb/kKS1Z4bMIlryxyxu8PY4OB/3Cpbm+FnzvEuC8m5HwqKzkKF6tPmKcFETyxwGN7XtEeiXAOe0lgBIG/Ola3DX4+Xj1Z+KxcmLpaIhqvpmqY2gkf8ogFoPnwPKDtznIcHg+j9Yy1Kh1t6m/UTNZsbDdjf8ALmj/AHC0/IubYSlgL12hncC6xDK6tGbd5scAsgE+2943o9iSNb7KC+v3FrXIco+eLDSZEQcTy0UBbF16svMHttH/AFHpdr+xXkyPD563DPU/DUePy+3PHGMZAyLfvEVGt/p/6jvY/ugt6fKU8fghlsxcp0q7I2vmmdMBE3ev8x1sbI1+V1Yvk3HsniJsvj8zRsY+EkS2WTD24yBs9R+NDR7/AAoJy0Y/k3pVWhyGM5TVYyeDpdBjJfqqs0RDmSmEtLnMBHf7XAj4UMylLmvKPSzLVZK12zBRzlaeKZuK+knytOP2zJ/5Z/8Am7a76DunwgvPj+ewvIajreEylTIwNcWOkryh4DvwdL3yyMijdJI5rGNBLnOOgB+SVWvo9jK0Wa5BmoZuQTS3mV2TPyOL+hjJj6wOhnS0lwGg46+GjZ0t36yYjKcg9MM7hsMXfXWqpZG1rukv7glm/wDqAI7/AJQbfHcu4vkady5Qz+Os16I3akjsNc2Ea3tx+B/K7cTyXj2XyFjH4zNULlusAZoYZ2vewH8gFURJx+fK8U5XPj6vKpsrJxabGsq2sL9DH4AbH2aPckHxrY/lTnD8Y/RPULhRx2G+lx1PAWa87ooOlsT3eyWtcflxId5//Wgs65Zr06ktu1NHDBCwvkkedNY0DZJPwF0z5LHwwV5prkEcVlzWQPc8ASFw20NPzsd1zuVoLtSWpaiZPXnjdHLG9oLXtcNEEHyCCqd9L+N8lPK6uF5NSm/ROFNlhxVifuLzpDqKT+fag+z+5QWLxXkbM5dyz6V7DXcdWexlaSja92Qkt273RrTTvwAT27rWen/qJheRYzF/XXsfRzGQEro8f9QDIWse9uwPJ7MJ8flanhsc2L9WuawTYnIQ1slLWmp2WUn/AEzwyDTh7gHSDvtrflV1wjjU9rC8S4/W4Zk8fk6HJBlspkLFB1drBFYc/wD5j9e51s6WAN3pv8IL4vcu4tRtR1LmfxsFiWx9LHE+w0PdL2+wDe9/c3t/ITLcs4ticlFjcnn8bTuzECOCaw1r3E9hoE7UD4RwLF28zzTIZ3Cu9+7yQ2IpZWFjnxxCN0Ra4aPSHgnsfIUEzuPzwwPLsI3hGVv569nn2pL4q7iNMTNMb2yb+4hjekMH3b+Nd0F0f42wf+N7HFH2oY7MFRtl0rpmBndxb0ed9Q1vS7X8irv5pW49TvYiSURPkuQOuasxjQLOmIDuDvuSRoEKvs9x3AY31d/W8rwd2Qp38W2P6ithza1bbLv7+hpLXOB/ce3buVuefCel6lcP5FHhspZpwx2Y7D6VF87oi9rQzrDASB57/CCbZ3lPHMDagq5rOY/HzWP+THYnaxzxvWwCfG+20zPKeOYUSnLZzH0RE1jpPfnazpDyQ09z86Ov7H8KrOT1HYjmnN5M3xTJciiz9KFuMdWoutNLWRua6u7QIi+8l33aaevuRpeb044Depcllm5TjTbvVeI47Hx2ZY/dZ7oEolY0/Lv2gn8f3QXhXnhs14rFeVksMrA+ORh21zSNgg/IIXYFVPG+Ru9NfQri9jkGFyjn1oKlKzBDDuSAvPQHPBI0B23/ACQFarHB7GvG9OGxtBlERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQEREBERAREQB4WCsjwiDj0/glY6B+VzWEHH2x+Vgs/ldiEIPDlsZSyuNmx1+ET1J29EsZJAe38HXwvTVgirV468DGxxRsDGMaNBrQNAADwAOy7UQcehY6P5XLusoMNbr5Kw5u1yRB1iIBc+ka0sog49H8oWfyuSIOHR/KyGALkiDj0p0rkiDX2MPjrGVqZSxVZLbph4ryO7mPqGna/BI7b86XvasoUHAs2fKBn8rmsfKDj7Y3tcmt0sog4lgWPbG1zRBx6f5To/lckQcSz+U6AuQT5QcOjv5WegLkgQY6QsFgK5Ig4e2NaWPbH5XYiDh0BZ6B+VyRBx6B+U6f5XJEHAMKz0LkiDwZfEUMtHBFka0dmOCdliNkg20SMO2u14Oj37/ADo/C948IiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiAiIgIiICIiD/2Q==</binary>
</FictionBook>